Erythroenzymopathies
Erythroenzymopathies
Erythroenzymopathies :
modèle d'études coordonnées
par biochimie
et biologie moléculaire
L
a pathologie d ' origine une série de recherches sur l'origine
Raymonde Rosa génétique des enzymes des crises d'hémolyse aiguë, surve
érythrocytaires se traduit le nant chez des sujets traités préven
plus souvent par des ané tivement par des antipaludéens de
mies hémolytiques mais synthèse [2] . Quelques années plus
parfois par des polyglobulies. Les tard, en 1 96 1 , fut décrite par W.N.
enzymopathies érythrocytaires repré Valentine la première enzymopathie
sentent une pathologie importante : érythrocytaire de la voie principale
plusieurs millions de personnes en de la glycolyse, le déficit en pyruvate
sont atteintes dans le monde, et des kinase [3] , associé à une anémie
enzymes variées ont été identifiées hémolytique chronique. Depuis,
comme pouvant être à l'origine de toute une série de découvertes ont
ces maladies. Elles avaient constitué eu lieu, impliquant différentes enzy
ADRESSE jusqu'au début des années 1980 un mes de l'érythrocyte, principalement
modèle d'étude privilégié de patho celles qui interviennent dans la
R. Rosa : maître de conférence des universités, logie métabolique. Depuis quelques dégradation du glucose. Les princi
praticien hospitalier. Inserm U.9 1 , hôpital années, leur investigation a été tota pales enzymopathies érythrocytaires
Henri Mondor, 5 1 , avenue du Maréchal
de-Lattre-de-Tassigny, 940 1 0 Créteil, lement transformée par les apports décrites jusqu'à présent sont résu
France. de la biologie moléculaire. mées dans plusieurs revues dont
C'est en 1956 que fut découverte la nous signalons quelques-unes des
première enzymopathie de l' éry plus récentes [ 4-8] . A l'exception
TIRÉS A PART ------ throcyte, le déficit en glucose des déficits en G6PD et en phos
6-phosphate déshydrogénase (G6PD) phoglycérate kinase qui sont liés au
R. Rosa. [ 1 ] . C'était l'aboutissement de toute sexe, la plupart des déficits enzyma-
1218 m/s n° 1 1 vol. 9, novembre 93
tiques érythrocytaires sont génétique
ment transmis selon le mode auto
somique récessif, et les hétérozygo
tes sont cliniquement indemnes.
Glucose
Seuls sont atteints les homozygotes,
issus pour la plupart de parents con
v- ::
sanguins, et les hétérozygotes com
posites dont les gènes alléliques de
�
Hexokinase
l'enzyme sont porteurs de deux
mutations différentes (ce qui semble G6PD
être beaucoup plus fréquent qu'on
ne le croyait, à mesure qu'on peut G6P ------......
déterminer la structure des enzymes 1
1 Shunt
mutées) . Glucose P-isomérase 1 des pentoses
Si les enzymes participant à la 1
Phosphofructokinase 1 phosphates
glycolyse sont particulièrement
impliquées dans la pathologie du +
globule rouge, c'est que ce dernier
-�FDP +----�
' !
puise son énergie presque essentiel Aldolase
lement dans la glycolyse (figure 1) .
D'autres voies métaboliques sont, DHAP
certes, aussi impliquées dans les
enzymopathies de l'érythrocyte, mais
1
elles sont apparemment moins nom Triose P-isomérase GAP +---
breuses. L'érythrocyte mûr est une
cellule qui ne possède ni noyau ni
GAPDH
mitochondries. Une grande partie
des enzymes du métabolisme cellu
laire qui existent dans l'érythroblaste
disparaissent au cours de la matura
tion de l'érythrocyte. De ce fait, il
lui est impossible de renouveler ses Phosphoglycérate kinase
enzymes en synthétisant de nouvel
les molécules, et ses métabolismes
s'en trouvent considérablement
réduits. Certaines enzymes apparte
nant à des voies métaboliques ayant 1 Pi
1
disparu de la cellule mûre sont Phosphoglycérate mutase 1
cependant encore décelables dans le Eno/ase 1
v-
globule rouge. Elles peuvent subir +
des mutations qui, sans conséquence PEP
t--+
pour l'érythrocyte lui-même, peu ADP
vent entraîner un syndrome patho Pyruvate kinase
logique dans d'autres tissus. La ATP
mesure de leur activité dans le glo
bule rouge permet alors de faire le Pyruvate
!
diagnostic.
1 Les érythroenzymo
pathies hémolytiques
Lactate déshydrogénase
Lactate
Parmi les érythroenzymopathies, cel F i g u re 1. Schéma simplifié de la glycolyse. G6P, glucose 6-phosphate ;
les qui sont à l'origine d'une FDP, fructose 1,6-diphosphate ; Pi, phosphate inorganique ; DHAP, dihydroxy
hémolyse sont les plus nombreuses. acétone phosphate ; GAP, glycéraldéhyde 3-phosphate ; 1,3-DPG, 1,3 diphos
Elles résultent d'un dysfonctionne phoglycérate ; ADP, adénosine diphosphate ; A TP,adénosine triphosphate.
ment de la membrane érythrocy 3-PGA, 3 phosphoglycérate ; PEP, phosphoénol p yruvate ; 2,3-DPG,
2,3-diphosphoglycérate ; GADPH, glycéraldéhyde 3-phosphate déshydrogé
taire, consécutif à la perturbation
nase. L 'A TP, presque totalement fourni par la glycolyse dans l'érythrocyte,
d'une voie métabolique. L'hémolyse est nécessaire à certaines enzymes membranaires, dont les A TPases, qui par
survient parfois dès la naissance sous ticipent au maintien de l'équilibre ionique entre le plasma et la cellule. Un
forme d'ictère néonatal, se poursui taux d'A TP trop réduit aura pour conséquence un mauvais fonctionnement
vant ou non par une anémie hémo- de ces enzymes, aboutissant à une hémolyse. ----
rn/s n° 11 vol. 9, novembre 93 1219
lytique chronique, souvent jalonnée que les autres enzymopathies de la
d'épisodes aigus. Ces enzymopathies voie d'Embden-Meyerhof.
sont généralement classées selon le Toutes ces enzymopathies présentent
métabolisme qu'elles altèrent. Dans peu ou pas de spécificités cliniques,
de nombreux cas, c'est la défaillance et le meilleur - et souvent le seul
RÉFÉRENCES ------· de la glycolyse ou du métabolisme - moyen de les déceler et de les
des nucléotides qui, par insuffisance distinguer est la mesure de l'activité
1 . Carson PE, Flanagan CL, Ickes CE,
Alving AS. Enzymalic defi c i e n cy in
d'ATP, fragilisera la cellule. Para de l'enzyme. Cette mesure se fait
primaquine-sensi tive erythrocytes. Science doxalement, cette diminution de sur hémolysat en se référant à la
1 956 ; 1 24 : 484-5. production d'ATP peut parfois résul concentration de l'hémoglobine ou
ter de l'hyperactivité d'une enzyme. au nombre de globules rouges. Cer
2. Beutler E. Glucose 6-phosphate dehydro
genase deficiency. New York : Plenum
C'est le cas de l'adénosine désami taines modifications des concentra
Medical, 1978 : 23-167. nase (figure 2). tions de métabolites peuvent néan
De toutes les enzymopathies éry moins étayer le diagnostic. Par
3. Valentine W, Tanaka KR, Miwa S. A spe throcytaires, celles de la voie prin exemple la concentration élevée de
cifie erythrocyte glycolytic enzyme defect
( pyruvate kinase) in three subjects with
cipale de la glycolyse (ou voie 2,3-diphosphoglycérate (2,3-DPG) et
d'Embden Meyerhof) sont les plus la baisse de l'ATP viennent souvent
nombreuses. Le Tableau 1 résume les
congeni tal non-spherocytic hemolytic ane
mia. Trans Assac Am Physicians 1961 ; 74 : confirmer un diagnostic hésitant de
1 00-10. caractères des principales érythro déficit en pyruvate kinase érythrocy
4. Valentine WN Hemolytic anemias and
.
enzymopathies. Le déficit en pyru taire [ 4] . En revanche, la baisse
erythrocyte enzymopathies. Ann lntern Med vate kinase [9] est, parmi les défi simultanée du 2,3-DPG et de l'ATP
1 985 ; 1 03 : 245-57. cits de la glycolyse, le plus répandu accompagnera le plus souvent un
et le mieux connu. Les déficits en déficit en hexokinase ou en phos
5. Miwa S. Molecular basis of red cell enzy
mopathies associated with heredi tary non glucose-phosphate isomérase sont phofructokinase [ 7] . Ces déficits
spherocytic anemia. Haematologia 1989 ; 22 : bien moins fréquents que ceux de enzymatiques sont associés à une
2 1 5-31 . la pyruvate kinase érythrocytaire anémie hémolytique chronique qui
6. Valentine WN Tanaka KR, Paglia DE.
,
mais sont plus souvent découverts peut être soit isolée (c'est le cas de
Pyruvate kinase and otl1er enzyme defi
A B
ciency disorders of the erythrocyte. l n :
Scriver CR, Beaudet AL, Sly VS, Valle D ,
1 Métabolismes 1 1 Métabolismes 1
1 ( 1
eds. The metabolic basis of inherited disease,
New York : Mc Graw-Hill, 6th ed. 1 989 :
2341-65.
/ 7
marion, 1992 : 4 1 0-24. + +
9. Kahn A, Kaplan JC, Dreyfus JC. Advan
Adénosine (Adénosine)
ces in hereditary red cell anomalies. Hum
Genet 1 979 ; 50 : 1-27. Adénosine désa Adénosine désa
1 0. Rosa R, Préhu MO, Calvin MC. Possi
bility of prenatal diagnosis of hereditary
triosephosphate isomerase deficiency. Pre
nat Diagn 1 986 ; 6 : 231-4.
l nosine + NH3 l nosine + NH3
Il. Mohrenweiser HW, Fielek S. Elevated
frequency of carriers for triosephosphate
isomerase deficiency i n new-born infants.
Pediatr Res 1 982 ; 1 6 : 960-3. F i g u re 2. Mécanismes responsables de la diminution d'ATP dans le
déficit en adénylate kinase (A} et dans l'hyperactivité en adénosine
1 2. Fujii H, Miwa S. Recent progress in the désaminase (8}. A. Le déficit en adénylate kinase se traduit directement
molecular genetic analysis of erythroenzy par une diminution de formation d'A TP. B. La quantité d'A TP formée est
mopathies. Am J Hematol 1 990 ; 34 : 301-1 0. normale. L 'hyperactivité (très rare) de l'adénosine désaminase entraÎne une
dégradation beaucoup plus rapide de l'A TP, avec pour conséquence une
1 3. Puzenat N, Vaulont S, Kahn A, Ray
diminution d'A TP. Cette hyperactivité résulte de l'hyperproduction de
mondjean M . Combinatorial crosstalk of
transacting factors binding to the L -type l'enzyme dont la structure et les caractères ne sont pas modifiés. La muta
pyruvase kinase promoter elements analy tion est probablement située sur le système régulateur du gène de l'enzyme.
zed in vitro. Biochern Biophys Res Commun La transmission de l'enzymopathie est dominante (dans les cas publiés
1 992 ; 1 89 : l l l 9-28. jusqu 'ici).
1 220 m/s n,0 1 1 vol. 9, novembre 93
la majorité des déficits de la voie fructokinase de type M. Ce déficit parce que l'anomalie atteint le type
d'Embden-Meyerhof) , soit associée à est caractérisé par des symptômes spécifique du globule rouge qui
des signes d'atteinte d'autres tissus. musculaires et une hémolyse. Dans n'est présent que dans cette seule
L'hémolyse peut être associée à d'autres cas d'enzymopathies muscu cellule. La pyruvate kinase s'exprime
d'autres symptômes si l'enzyme est laires, si l'isoenzyme est peu ou non en effet dans les tissus sous forme
monogénique et formée d'un seul représentée dans l'érythrocyte, celui de quatre isoenzymes : M l spécifi
type de chaîne. Dans ce cas, ci ne sera pas atteint par l'enzymo que du muscle, M2 présente dans la
l'enzyme mutée est ubiquitaire et pathie. C'est ainsi qu'un déficit du plupart des tissus, L spécifique du
tous les tissus peuvent être atteints type M de la phosphoglycérate foie et R spécifique de l'érythrocyte.
par le déficit fonctionnel. Le déficit mutase, ou de la lactate déshydrogé Les types L et R sont codés par le
en triosephosphate isomérase [6] en nase [ 12] , n'affecte pas l'érythrocyte gène L et un promoteur spécifique
est un exemple. Enzymopathie mais provoque un syndrome muscu de chacun des tissus est utilisé pour
extrêmement sévère avec des attein laire. Il ne sera décelé que dans le synthétiser des ARNm différant seu
tes tissulaires multiples (neuromus tissu musculaire. En revanche, le lement par la séquence de leur
culaire, cardiaque, du système déficit en pyruvate kinase R se tra extrémité 5' [ 1 2] . La régulation de
immunitaire) , survenant très tôt duit uniquement par une hémolyse l'expression du type R de la pyru-
après la naissance de l'enfant qui
atteint rarement l'âge adulte, la
sévérité de ce déficit justifie l'indi
Tableau 1
cation d'un diagnostic prénatal.
D'abord effectué sur le sang du fœ PRINCIPALES E NlYMOPATHIES É RYTHROCYTAI R E S
tus après 20 semaines de grossesse
[ 10] , le diagnostic prénatal du défi Enzymes Fréquence Signes particuliers
cit en triosephosphate isomérase a
été mis au point et effectué sur le Voie d'Embden-Meyerof
trophoblaste ( 1 2 semaines de gros
hexokinase rare hé m .
sesse) par la technique de la PCR, g lucose-phosphate
en se référant à la séquence nucléo isomérase assez fréquente h ém .
tidique dont la mutation, déjà iden phosphofructokinase rare h é m . + s. m u sc u l a i res
tifiée chez plusieurs sujets atteints, a ldolase très rare hé m .
avait été trouvée chez les parents de triosephosphate isomérase rare ? h é m . + s. n e u ral. ,
l'enfant (résultats personnels non card. infect. etc . . .
publiés) . Ce déficit en triosephos g lycéraldéhyde
phosphate-déshydrogénase très rare h ém .
phate isomérase est probablement
phosphoglycérate ki nase rare hém. ± s. n e u ra l .
plus fréquent que ne le laisse pen o u s . m u sc u l a i res
ser le petit nombre de publications di phosphoglycérate m utase très rare polyglobulie
qui en font état. Une étude systéma pyruvate kinase
tique a en effet montré un pourcen déficit fréquent hé m .
tage important d'hétérozygotes dans hyperactivité* rare polyglobulie
une population donnée [ 1 1 ) , ce qui
suggère que la rareté des homozy Sh unt des pentoses-phosphates
gotes pourrait être la conséquence
de la létalité in utero. glucose &-phosphate fréquent h é m . médicament.
Les enzymes peuvent être consti déshydrogénase C. H e i n z
enzymes du métabol isme rare h é m . médie., C. H e i n z
tuées de chaînes différentes, formant ± s. n e u r a l .
du g l utathion
des isoenzymes qui s'expriment dans
les différents tissus ou organes. Des Métabolisme des nucléotides
mutations peuvent entraîner des
désordres pathologiques dans l'un adénylate ki nase très rare hé m .
ou l'autre des tissus. Il en est ainsi hyperactivité de l' ADA rare hé m .
de la phosphofructokinase qui pyrimidine-S' nucléotidase rare 7 h é m . + ponet. bas.
s'exprime sous deux types, M et L. cytoch rome b5 réductase rare méthémo g l o b i n é m i e
Le type M est majoritaire dans le (méthémog lobine réductase) ± a rriér. m e ntale
més dans l'érythrocyte. Le déficit en celles qu'on observe dans le déficit, à savoir une baisse du 2,3-DPG au lieu d'une
phosphofructokinase, ou maladie de augmentation. Ses conséquences cliniques sont également inverses puisqu'elle aboutit
Tarui (encore appelée glycogénose à une polyglobulie au lieu de l'hémolyse consécutive au déficit en pyruvate kinase.
L 'abaissement du taux de 2,3-DPG des deux types d'anomalies (hyperactivité pyru
de type VII) , fait partie des myopa vate kinase et déficit en diphosphoglycérate mutase) a pour corollaire une augmen
thies métaboliques et provient d'une tation conséquente du taux d'A TP.
mutation sur le gène de la phospho-
1 22 1
hém. : hémolyse ; C. Heinz : corps de Heinz ; ADA : adénosine désaminase.
m/s n° 11 vol. 9, novembre 93
Synthèse
!
1 4. Max-Audit I, Eleouet JF, Roméo PH.
--T
____, 'Ç
..,...--+
..- •
Transcriptional regulation of the pyruvate
kinase erythroid specifie promoter. j Biol ·
Chem 1993 (sous presse) . G6PD
G6P ___ 6PG
15. Miwa S, Kanno H, Fuji H. Concise
review. Pyruvate kinase deficiency. Histo
"-. L
rical perspective and recent progress of NADP NADPH
molecular genetics. Am J Hematol 1993 ; 42 :
31-5.
@
thion. Le mécanisme de cette
:::.
8 ..._
1 1
:
---LI.1.
I II...1..J.
10 12
-+-'-'-
L� ....
hémolyse est totalement différent de
I�J...._._ I_!_'�'-'-'-
3 4
;111..L....L. IIII
L..I.L.J...L.. IIIIu....[Link] ...._...J_ l -_
1 2 5 6 h 8 9 11 13
celui qu'on a évoqué précédemment
-
(figure 3). Une place à part doit être G6PD _ _
_
/
faite au déficit en glutathion synthé
tase, déficit certes rare, mais qui
s'exprime par une anémie hémoly 3 4 5 6
tique, isolée ou accompagnée de
II II Q II
signes d'acidose métabolique et par
J
fois d'un dysfonctionnement neuro
logique avec retard mental [9] .
®
Parmi ces enzymopathies, le déficit 376 A � G
( 1 26 Asn � Asp)
en G6PD [2, 18, 19] est de loin le
plus répandu. Il affecte environ 400
1
3 4 5 6
millions de sujets dans le monde,
l
avec une fréquence de 5 % à 25 %
en Afrique subsahélienne, dans le
Moyen-Orient, en Asie tropicale et 3 4 5 6
subtropicale, et dans certaines zones 563 C � T
�Il W Il
( 1 88 Ser � Phe)
J l 376 A -+ G
du pourtour méditerranéen. Cette
très forte fréquence a, comme pour
les hémoglobinopathies, fait évoquer
un avantage sélectif vis-à-vis de 202 G � A
(68 Val � Met)
l'impaludation, et cela d'autant plus
que la cartographie de l'incidence
du déficit en G6PD coïncide avec
3 4 5 6
celle de l'impaludation. Ce déficit,
11 11 w �
extrêmement étudié, entraîne des
J l 680 G � T
signes cliniques singuliers et divers.
Souvent bien toléré, il se manifeste ®
parfois par une anémie hémolytique 376 A � G
chronique, mais il est surtout connu (227 Arg � Leu)
pour sa responsabilité dans des cri
ses d'hémolyse aiguë, survenant à la
suite de l'ingestion de certains médi 3 4 5 6
li ll W ll
caments ou produits oxydants tels
J J
que les antipaludéens, les sulfami *
des, le bleu de méthylène, etc. , ou
de certains aliments comme les fèves 376 A � G 968 T -+ C
qui affectent particulièrement cer (323 Leu � Pro)
tains types de sujets déficitaires. Les
mécanismes moléculaires exacts de F i g u re 4. Représentation schématique du gène de la G6PD. Les numé
ces accidents ne sont cependant pas ros correspondent aux exons figurés en gris. En haut, la cartographie du
parfaitement élucidés, et ce d'autant gène de la G6PD-B considéré comme la référence, puis viennent les sché
moins qu'il n'existe le plus souvent mas agrandis de la partie du gène de G6PD contenant les exons de 3 à 6
1
cine/sciences 1 989 ; 5 : 93-102. sont pas établis.
plus répandu dans le monde ; type A,
35. Hirono A, Beutler E. Molecular cloning chez 30 % des Africains) et les types
and nucleotide sequence of eDNA for Autres
human glucose-6-phosphate dehydrogenase
déficitaires les plus répandus (déficit érythroenzymopathies
variant A(-) . Proc Natl Acad Sei USA 1988 ; A-, majoritaire chez les africains et
85 : 3951-4. déficit méditerranéen) ont été éluci- Si la plupart des érythroenzymopa-
1 22 4 m/s n° 11 vol. 9, novembre 93
A
thies sont productrices d'hémolyse,
certaines d'entre elles sont à l'ori
gine d'autres hémopathies. Une ARN
polyglobulie peut être secondaire à
une baisse de la concentration du
2,3 diphosphoglycérate (2,3 DPG)
qui induit une augmentation de
l'affinité des globules rouges pour
l'oxygène. Le mécanisme de cette
polyglobulie est probablement simi
laire à celui décrit pour les hémo
globines hyperaffines. Deux types Dégradation
! !
d'enzymopathies responsables de la
baisse du 2,3 DPG ont été décrits :
l'hyperactivité de la pyruvate kinase
[25] et le déficit en diphosphogly
cérate mutase (DPGM) [26, 27] . La
transmission génétique de l'expres
sion clinique est ici autosomique
dominante (comme pour l'hyper
�00
00
Uridine
00�
00
Cytidine
activité de l'adénosine désaminase)
probablement parce que l'hyper
activité de la pyruvate kinase ou le
déficit en DPGM sont déjà suffisam
ment marqués chez l'hétérozygote
pour pertuber le métabolisme, avec
les conséquences pathologiques qui
en découlent. De ces deux enzymo
pathies, qui semblent très rares, le
déficit en DPGM est le mieux étu
B
dié. Cette enzyme est maintenant
bien connue, tant sa fonction que sa
structure. Dimère composé de chaî
1-
nes identiques, elle possède trois ARN
fonctions impliquant le 2,3 DPG et
catalysées dans le même site actif
[28] . L'un des cas de déficit en
DPGM est particulièrement intéres
sant puisque le propositus faisait
A
lage qui empêche la synthèse de
l'enzyme (figure 6) [ 30] . Il y a donc
synthèse de 50 % de DPGM inactive nt 4 1 3 C -+ T = Arg 89 -+ Cys
dans les érythrocytes de ces sujets DPGM Créteil 1
déficitaires, ce qui correspond aux
valeurs trouvées par des techniques Délétion de nt 205 or 206 C
DPGM Créteil I l
immunologiques. La découverte de
ce déficit a été à l'origine d'une
étude du site actif de la DPGM. Par Promoteur
mutagenèse dirigée , on a pu
----r-{}--r---1 1 �1
E1 E2 12 E3
démontrer l'importance de certains (965 bp)
acides aminés pour le fonctionne 0 x
ment de l'enzyme et la possibilité de
1 1
le modifier [31 ] . Ces travaux mon 1 1 1
trent que, grâce aux possibilités 1 1 1 1
1 1 1
ouvertes par l'application des tech 1-, -, -,
niques de la biologie moléculaire, r------1
a b c
des études de corrélation struc
ture/fonction peuvent se faire main
tenant sur des enzymes du globule
rouge.
Un autre type d'érythroenzymopa
M1 1
thie est représenté par le déficit en -,
mé thémoglobine réduc tase ou -
x
cytochrome B5 réductase détaillé M2
B
dans deux revues générales récentes
[32, 33] .
1
-----Q--1 � � DPGM Créteil ! = variant Arg 89 -+ Cys
Traitement nt 41 3 C -+ T = Arg 89 -+ Cys
�
Le traitement de toutes ces enzymo
pathies héréditaires était jusqu'à pré
sent uniquement symptomatique,
énolase - -
Remerciements
adénylate kinase 9 +
adénosi ne désami nase ( hyperactivité) 20 - L'auteur remercie Jean Rosa pour le
pyrimidi ne-5' n ucléotidase - - concours actif qu'il a apporté à la rédac
cytochrome b5 réductase 22 + tion de cet article.