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ISEMath 2016

Ce document présente les sujets d'un concours d'ingénieurs statisticiens économistes. Il contient trois sujets au choix portant sur la justice, le rire et la liberté. Le second document présente les exercices de mathématiques du concours, comprenant des problèmes d'analyse et d'algèbre linéaire.

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ISEMath 2016

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ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE STATISTIQUE

DE STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE


ENSEA – ABIDJAN ISSEA – YAOUNDÉ
ÉCOLE NATIONALE DE LA STATISTIQUE
ET DE L’ANALYSE ÉCONOMIQUE
ENSAE – SÉNÉGAL

AVRIL 2016

CONCOURS INGÉNIEURS STATISTICIENS ÉCONOMISTES

ISE Option Mathématiques

ORDRE GÉNÉRAL
(Durée de l’épreuve : 4 heures)

Les candidats traiteront au choix l’un des trois sujets suivants.

Sujet n° 1

La justice est‐elle juste ? Vous répondrez à cette question en illustrant vos propos.

Sujet n° 2

Le rire est‐il une forme de pouvoir sur les autres ? Discutez et illustrez.

Sujet n° 3

La liberté s’oppose‐t‐elle toujours à la contrainte ? Argumentez et illustrez vos propos.


ECOLE NATIONALE SUPÉRIEURE INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE STATISTIQUE
DE STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ENSEA - ABIDJAN ISSEA - YAOUNDÉ

ÉCOLE NATIONALE DE LA STATISTIQUE


ET DE L’ANALYSE ÉCONOMIQUE
ENSAE - SÉNÉGAL

AVRIL 2016
CONCOURS INGéNIEURS STATISTICIENS éCONOMISTES
ISE Option Mathématiques
1ère COMPOSITION DE MATHéMATIQUES
(Durée de l’épreuve : 4 heures)

Le sujet est constitué d’un problème d’analyse et d’un problème d’algèbre linéaire indépendants.
Tout résultat donné dans l’énoncé pourra être admis dans les questions suivantes. Le plus grand
soin sera apporté à la rédaction et à la présentation des résultats.

1 Problème d’analyse
On désigne par I l’intervalle [1, +∞[ ; on note E l’espace vectoriel des fonctions continues et
bornées sur I à valeurs réelles, et C 1 (I, R) l’espace vectoriel des fonctions de classe C 1 sur I à valeurs
réelles.
On fixe un réel a > 0.
Si f est un élément de E, on dit qu’une fonction y de C 1 (I, R) est solution du problème (Ef )
si :
∀x ∈ I, y 0 (x) − ay(x) + f (x) = 0
L’objectif du problème est de montrer qu’à tout élément f de E, on peut associer une unique
solution g de (Ef ) bornée sur I, puis d’étudier l’application U : f 7→ g.
1. (a) On considère f ∈ E et y ∈ C 1 (I, R). Ecrire la dérivée de x 7→ e−ax y(x) et en déduire que
y est solution du problème (Ef ) si et seulement si il existe K ∈ R tel que :
 Z x 
ax −at
∀x ∈ I, y(x) = e K− e f (t)dt .
1

(b) Montrer que, s’il existe une solution de (Ef ) bornée sur I, celle-ci est unique.
Z +∞
(c) Vérifier la convergence de l’intégrale e−at f (t)dt.
1

1
Z +∞
(d) Montrer que g : x 7→ e ax
e−at f (t)dt est l’unique solution de (Ef ) bornée sur I.
x
Dans la suite du problème, si f ∈ E, on note U (f ) la fonction g obtenue à la question d).
2. (a) Expliciter U (f ) dans le cas où f = 1.
(b) Montrer que U est un endomorphisme de E.
(c) U est-il injectif ?
(d) On définit les puissances successives de U par U 0 = IdE et si n ∈ N∗ , UZn = U n−1 ◦ U .
+∞
(t − x)n −at
Montrer que, pour tout entier naturel n, U n+1 (f ) est la fonction : x 7→ eax e f (t)dt.
x n!
3. (a) Pour k un nombre réel positif, et fk : x 7→ e−kx , expliciter U (fk ).
1
(b) En déduire que pour tout λ ∈]0, ], ker(U − λIdE ) 6= {0}.
a
(c) Pour tout n ∈ N, expliciter U n (fk ). En déduire pour x ∈ I : lim [U n (fk )](x)
n→+∞

4. Pour tout n ∈ N, on considère la fonction de E définie par : ϕn : x 7→ xn e−x . On note


ψn = U (ϕn ).
(a) Pour n ≥ 1, établir une relation entre ψn , ϕn et ψn−1 .
(b) Soit p ∈ N. Montrer que le sous-espace vectoriel Fp de E engendré par (ϕ0 , . . . , ϕp ) est
stable par U et admet pour base (ϕ0 , . . . , ϕp ).
(c) On prend ici p = 2. Ecrire dans la base (ϕ0 , ϕ1 , ϕ2 ) de F2 la matrice T2 de l’endomor-
phisme U restreint à F2 . Calculer T2n pour tout n ∈ N.
5. (a) Pour f ∈ E, montrer que |U (f )| ≤ U (|f |).
(b) On suppose que ϕ appartient à E et est à valeurs positives. Montrer que ψ = U (ϕ) est
à valeurs positives.
(c) Si de plus ϕ est décroissante, montrer que aψ ≤ ϕ puis que ψ est décroissante.
6. On note E1 = {f ∈ E ∩ C 1 (I, R) : f 0 bornée sur I} et D l’application qui à f ∈ E1 associe
f0 .
(a) Pour f ∈ E1 , montrer que aU (f ) = f + U (f 0 ).
(b) En déduire que pour tout f ∈ E1 , D(U (f )) = U (D(f )).
Z +∞
7. Dans cette question, f est un élément de E, à valeurs positives, tel que f (t)dt converge.
Z x Z x 1

On note F : x 7→ f (t)dt, g = U (f ) et G : x 7→ g(t)dt.


1 1
0
(a) Vérifier que G − aG = −F + g(1).
(b) Justifier que la fonction F est un élément de E, et montrer qu’il existe un réel C tel que,
pour tout x ∈ I,
g(1)
G(x) = Ceax + [U (F )](x) −
a
G(x)
(c) Vérifier que la fonction x 7→ est bornée sur I.
x

2
g(1)
(d) En déduire que C = 0 et que G = U (F ) − .
a
Z +∞
(e) Montrer que g(t)dt est une intégrale convergente.
1

2 Problème d’algèbre
Dans tout le problème, N désigne l’ensemble des entiers naturels, n un entier naturel supérieur
ou égal à 1, R le corps des réels et C le corps des complexes. Si K = R ou C, on note Mn (K)
l’espace vectoriel des matrices carrées de taille n × n à coefficients dans K.
On identifie un vecteur de Kn avec le vecteur colonne de ses composantes dans la base canonique
de Kn . On peut définir l’endormorphisme fM canoniquement associé à M ∈ Mn (K) par :

Kn → Kn
fM :
x 7→ M x

On note Ker(fM ) et Im(fM ) respectivement le noyau et l’image de fM . On note h·, ·i le produit


scalaire canonique et k · k la norme associée.

Le problème est constitué de deux parties qui pourront être traitées de manière indépendante.

2.1 Première partie


Si λ est une valeur propre d’une matrice M ∈ Mn (K), on note Eλ le sous-espace propre de Kn
associé à la valeur propre λ, c’est-à-dire le noyau de l’endormorphisme associé à la matrice M − λIn
noté Ker(M − λIn ) où In est la matrice identité de taille n × n. Ainsi

Eλ = {x ∈ Kn : M x = λx} = Ker(M − λIn ).

On note alors σ(M ) le spectre de M , c’est-à-dire l’ensemble de ses valeurs propres complexes.
Et ρ(M ) le rayon spectral de M , c’est-à-dire le plus grand module des valeurs propres de M .
1. Dans cette question, on pose n = 2 , K = R et on définit la fonction F sur R2 à valeurs dans
R de la façon suivante pour tout x = (x1 , x2 ) ∈ R2 ,
1
F (x) = hAx, xi − hb, xi.
2
où    
2 −1 1
A= et b=
−1 5 4
(a) Justifier que la fonction F est de classe C 1 sur R2 .
(b) La fonction gradient de F est notée ∇F . Montrer que ∀y ∈ R2 , ∇F (y) = Ay − b.
(c) En déduire que la fonction F admet un unique point critique sur R2 .
(d) Écrire le développement limité de F en ce point critique.
(e) En déduire que la fonction F admet un minimum global sur R2 , que l’on précisera.

3
Un endomorphisme symétrique f de Rn est dit positif si, pour tout x de Rn , hf (x), xi ≥ 0.
On dit de même qu’une matrice symétrique M ∈ Mn (R) est positive si l’endomorphisme
de Rn associé à M est positif, et qu’elle est définie positive si ce même endomorphisme est
défini positif, i.e. pour tout x de Rn , x non nul, hf (x), xi > 0.
2. (a) Montrer qu’une matrice symétrique M ∈ Mn (R) est positive si et seulement si son
spectre σ(M ) est inclus dans R+ .
(b) Montrer qu’une matrice symétrique M ∈ Mn (R) est définie positive si et seulement si
son spectre σ(M ) est inclus dans ]0, +∞[.
3. On suppose dans cette question que la matrice M ∈ Mn (R) est symétrique positive, que c
est un vecteur de Rn et on définit l’application
1
∀x ∈ Rn , G(x) = hM x, xi − hc, xi.
2
(a) Prouver que, pour tout couple (x, h) de vecteurs de Rn × Rn , on a : hM x, hi = hM h, xi.
(b) On pose ∇G(y) = M y − c pour tout y ∈ Rn . Donner la forme de la fonction R : Rn → R
telle que
∀(x, h) ∈ Rn × Rn , G(x + h) = G(x) + h∇G(x), hi + R(h).
(c) On suppose qu’il existe un vecteur x0 ∈ Rn tel que G(x) ≥ G(x0 ) pour tout x ∈ Rn .
En observant que G(x0 + th) ≥ G(x0 ) pour tout h ∈ Rn et tout t ∈ R, montrer que
∇G(x0 ) = 0.
4. On suppose que la matrice M ∈ Mn (R) est symétrique définie positive.
(a) Montrer qu’il existe un unique x0 ∈ Rn tel que G(x0 ) = infn G(x), et le déterminer en
x∈R
fonction de M et c.
(b) Soit v ∈ Rn et d ∈ Rn avec d non nul. Montrer qu’il existe un unique r ∈ R tel que
G(v − rd) = inf G(v − sd).
s∈R
(c) Exprimer r en fonction de v, d, M et c.

2.2 Deuxième partie


On note L(Kn ) l’ensembles des endomorphismes de Kn . On note Πf le polynôme minimal
d’un endormorphisme f ∈ L(Kn ) et Pf (X) = det(XIn − f) son polynôme caractéristique.
Un endomorphisme f ∈ L(Kn ) est dit cyclique s’il existe un entier naturel non nul p et un
vecteur a ∈ Kn tels que :
Cap = {a, f (a), . . . , f p−1 (a)}
soit une partie génératrice de Kn de cardinal p, stable par f , c’est à dire :
— Cap est une famille génératrice de Kn ,
— Cap possède p éléments deux à deux distincts,
— f (Cap ) ⊂ Cap .
Une telle partie Cap est nommée cycle de f au point a et on dit que f est cyclique d’ordre p.
5. (a) Pour quel(s) entier(s) n ∈ N non nul, un projecteur h de L(Kn ) peut-il être cyclique ?
(b) Comment s’écrit alors un cycle de h ?

4
6. On considère B = (e1 , . . . , en ) la base canonique de Cn .
(a) Soit f l’endomorphisme de Cn avec n ≥ 2 dont la matrice dans la base canonique est :
 
0 ... 0 0 0
 1 . . . ... ... ... 
 
 
. . 
 0 . . . 0 .. .. 

 .. . .
 

 . . 1 0 0 
0 ... 0 1 1

Montrer que f est cyclique et expliciter un cycle de f .


(b) Déterminer le rang de f .
(c) L’endomorphisme f est-il diagonalisable ?
7. Soit f ∈ L(Kn ) cyclique d’ordre p.
(a) Justifier que p ≥ n.
(b) Montrer que f est au moins de rang n − 1.
8. Soit f ∈ L(Kn ) un endomorphisme cyclique et Cap un cycle de f . Soit m le plus grand entier
tel que la famille F = (a, f (a), ..., f m−1 (a)) soit libre.
(a) Prouver que ∀k ≥ m, f k (a) ∈ V ect(F ).
(b) En déduire que la famille (a, f (a), ..., f n−1 (a)) est une base de Kn .
9. Soit (x, y) ∈ C2 et f l’endomorphisme de C2 de matrice dans la base canonique :
 
0 x
1 y

On suppose que 1 n’est pas valeur propre de f . Déterminer les valeurs (si elles existent) de
x et y pour que f soit cyclique d’ordre 2.

5
ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE STATISTIQUE
DE STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
ENSEA – ABIDJAN ISSEA – YAOUNDÉ
ÉCOLE NATIONALE DE LA STATISTIQUE
ET DE L’ANALYSE ÉCONOMIQUE
ENSAE – SÉNÉGAL

AVRIL 2016

CONCOURS INGÉNIEURS STATISTICIENS ÉCONOMISTES

ISE Option Mathématiques

2ème COMPOSITION DE MATHÉMATIQUES


(Durée de l’épreuve : 4 heures)

Dans toute cette épreuve, R désigne l’ensemble des nombres réels.

Exercice n° 1

1 1 1 
 
Soit A   1  1 1 
 1 1  1
 

1. Trouver un polynôme P de degré 2 ayant deux racines réelles distinctes tel que P(A)=0.

2. Calculer le reste de la division euclidienne de X n par P(X ) , où n est un entier naturel


strictement supérieur à 2.

3. Pour n entier positif ou nul, calculer A n et résoudre le système : U n1  AU n , où


 xn   1
   
U n   y n  avec la condition initiale U 0    1
z   1
 n  

Exercice n° 2

 
Soit f : 0,    R définie par : f ( x)  x 5 e1 / x  1
1

1. Calculer la limite de f en zéro et en   . Montrer que f admet un maximum.

2. Soit x0  Arg max( f ) , montrer que 5 x0 (e1 / x0  1)  e1 / x0  0


 
3. Soit g (t )  5 1  e t . Montrer que l’équation 5 x (e
1/ x
 1)  e
1/ x
 0 , où x>0,
est équivalente à g (t )  t , où t est strictement positif.

4. Montrer qu’il existe une unique solution  de l’équation g (t )  t , avec   4, 5

5. En déduire que f possède un unique maximum.

Exercice n° 3

On considère A et B deux matrices carrées symétriques réelles d’ordre n (entier strictement


positif).

1. Montrer que la matrice AB-BA n’a que des valeurs propres imaginaires pures.

2. On suppose de plus que A et B sont définies positives, étudier le signe de Tr(AB), où Tr


désigne la trace de la matrice.

3. Soit M une matrice carrée antisymétrique réelle. Montrer que I+M est inversible et
déterminer la nature de la matrice ( I  M )( I  M ) 1 .

Exercice n° 4

On considère les suites (u n ) et (n ), n  1 , définies par les relations de récurrence :

1  un 
u n 1  ;  n 1  n
2 u n 1

1. Montrer que pour u1  0 et 1  2 , il existe deux autres suites ( n ) et ( n ) telles que


pour tout entier n strictement positif, on a :

u n  cos ( n ); n   n sin ( n ); 0   n   / 2 .

Montrer que la suite (n ) est convergente, on précisera sa limite.

2. En utilisant la formule de Taylor, montrer que, pour tout n  1 , on a l’inégalité :

3
  n  . En déduire un entier N tel que :    N  10 6
6  8n

Exercice n° 5

On considère l’espace vectoriel R 4 rapporté à une base orthonormée B. On désigne par


( x, y, z , t ) les composantes d’un vecteur dans cette base. Soit f l’endomorphisme de R 4 ,
associé, dans la base B, à la matrice suivante :
0 1 1 1
 
1 0 2 0
M 
1 2 4 2
 
1 0 
 0 2

1. Déterminer l’image de f.

2. La matrice M est-elle diagonalisable ? Si oui, donner la matrice diagonale semblable.

3. Quel est le rang de la forme quadratique définie sur R 4 par :

q ( x, y, z, t )  4 z 2  2 xy  2 xz  2 xt  4 yz  4 zt

4. On considère le système d’équations :

 y  z  t 1
 x  2z  m 2  1

 , où m et p sont des paramètres réels.
 x  2 y  4 z  2t  p  2
 x  (m  1) y  2 z  2

Résoudre le système homogène associé


Discuter l’existence de solutions de ce système en fonction de m et p.

Exercice n° 6

Soient f et g deux applications numériques définies sur 0,   , où f est convexe et g affine.

On suppose que :

(1) x  0, f ( x)  g ( x) et
(2) f (1)  g (1)

Comparer f et g.
ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE INSTITUT SOUS-RÉGIONAL DE STATISTIQUE
DE STATISTIQUE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE ET D’ÉCONOMIE APPLIQUÉE
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ET DE L’ANALYSE ÉCONOMIQUE
ENSAE – SÉNÉGAL

AVRIL 2016

CONCOURS INGÉNIEURS STATISTICIENS ÉCONOMISTES

ISE Option Mathématiques

CONTRACTION DE TEXTE
(Durée de l’épreuve : 3 heures)

Sujet :
Vous résumerez en 150 mots le texte ci-après de Richard Munang et Jesica Andrews paru en 2014
dans le magazine Afrique Renouveau. Vous n’oublierez pas d’indiquer le nombre de mots utilisés à
la fin de votre copie.

L’Afrique face au changement climatique

Le changement climatique s’accompagnera d’effets sans précédent. On assistera par exemple à une baisse
des rendements agricoles, des saisons de végétation brèves et les modifications du régime des précipitations
rendront l’accès à l’eau difficile. La population en Afrique devrait atteindre deux milliards dans moins de
37 ans et, dans 86 ans, trois naissances sur quatre dans le Monde se produiront sur le continent.

La baisse des rendements agricoles et l’accroissement démographique exerceront une pression


supplémentaire sur un système de production alimentaire déjà fragile. Dans un tel contexte, les experts
signalent que, si la situation actuelle perdure, l’Afrique ne pourra subvenir qu’à 13% de ses besoins
alimentaires d’ici à 2050. Cela fera également peser une nouvelle menace sur les quelque 65% de
travailleurs africains dont la subsistance dépend de l’agriculture, y compris sur les enfants et les personnes
âgées – premières victimes de l’insécurité alimentaire.

À l’heure actuelle, quelques 240 millions d’Africains souffrent déjà de la faim. D’ici 2050, il suffira d’une
augmentation de 1,2 à 1,9 degré Celsius environ pour accroître d’entre 25 et 95% le nombre d’Africains
sous-alimentés (+ 25% en Afrique centrale, + 50% en Afrique de l’Est, + 85% en Afrique australe et + 95%
en Afrique de l’Ouest). La situation sera catastrophique pour les enfants, dont la réussite scolaire dépend
d’une alimentation appropriée. La Commission économique pour l’Afrique (CEA) estime que le retard de
croissance infantile provoqué chez les enfants par la malnutrition pourrait priver les pays africains de 2 à
16% de leur produit intérieur brut.

Une agriculture africaine sous pression climatique

Des changements climatiques tels que la hausse des températures et la réduction des réserves en eau, ainsi
que la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes, ont un impact sur l’agriculture. Selon la
célèbre revue scientifique internationale Science, l’Afrique australe et l’Asie du Sud seront les deux régions
du monde dont les productions agricoles seront les plus affectées par le changement climatique d’ici à 2030.
À titre d’exemple, les variétés de blé se développent bien à des températures comprises entre 15 et 20 ºC,
mais la température moyenne annuelle en Afrique subsaharienne dépasse aujourd’hui cette plage pendant
la saison de végétation. Si ces tendances climatiques se poursuivent, la production de blé pourrait donc
enregistrer une baisse de 10 à 20% d’ici à 2030 comparé aux rendements des années 1998-2002.

L’insécurité alimentaire pourrait également être source d’instabilité sociale, comme cela a déjà été le cas
par le passé. Entre 2007 et 2008, plusieurs pays avaient connu des émeutes en réaction à une flambée des
prix des produits alimentaires de première nécessité. En 2010, des centaines de manifestants étaient
descendus dans les rues au Mozambique pour protester contre une hausse de 25% du prix du blé, provoquée
par une pénurie mondiale, en partie imputable aux feux de forêts ayant ravagé les cultures en Russie, suite
à une période de températures extrêmes. L’augmentation du prix du pain avait provoqué des violences, des
pillages, des incendies, et même des morts.

Le rapport Africa’s Adaptation Gap (L’écart de l’adaptation en Afrique) du Programme des Nations Unies
pour l’environnement (PNUE), signale qu’un réchauffement d’environ deux degrés Celsius entraînerait une
réduction de 10% du rendement agricole total en Afrique subsaharienne d’ici 2050. Un réchauffement
supérieur (plus probable) pourrait porter ce chiffre à 15 ou 20%.

Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là pour l’agriculture africaine : d’ici le milieu du siècle, la
production de blé pourrait enregistrer une baisse de 17%, 5% pour le maïs, 15% pour le sorgho, et 10%
pour le mil. Si le réchauffement dépassait les trois degrés Celsius, toutes les régions actuellement
productrices de maïs, de mil et de sorgho deviendraient inadaptées à ce type de cultures. La question est
donc de savoir si le système agricole africain est prêt à relever le défi.

Protéger les ressources hydriques

Des précédents montrent qu’il est possible d’accroître la production agricole dans un contexte de
changement climatique. Les analystes considèrent donc que les pays africains devront intégrer ces
connaissances à leur planification, et qu’il leur faudra protéger et consolider leurs ressources hydriques,
cruciales pour la sécurité alimentaire.

Dans les années à venir, l’eau nécessaire à l’agriculture se fera de plus en plus rare. Selon le PNUE, 95%
de la culture africaine est pluviale. Pour la Banque mondiale, la disponibilité totale des eaux «bleues et
vertes» (issues des précipitations et des rivières) diminuera très probablement de plus de 10% dans toute
l’Afrique d’ici à 2020. Le changement climatique menace aussi la biodiversité et les écosystèmes, qui
constituent le pilier de l’agriculture. Ces pertes affecteront la qualité des sols et de la végétation dont dépend
le bétail pour son alimentation. Toujours selon la Banque mondiale, la réduction potentielle de la
biodiversité, des cultures et des ressources en eau devrait obliger l’Afrique à réexaminer son système
alimentaire actuel, obligeant le continent à travailler avec la nature et non contre elle.

De nouvelles approches plus efficaces

La capacité de la révolution agricole industrielle à résoudre tout ou partie des problèmes climatiques en
Afrique reste sujette à débat. Les experts soutiennent que l’agriculture industrielle est actuellement
responsable du tiers de toutes les émissions de gaz à effet de serre, principale cause du changement
climatique. Ils considèrent également que les ressources et les infrastructures nécessaires à l’exploitation
d’un système agricole industriel ne sont pas à la portée des petits exploitants africains.

De nouvelles machines seraient synonymes de réduction de la main-d’œuvre, ce qui pourrait entraîner une
hausse du taux de chômage et une baisse des salaires pour les nombreux Africains vivant de l’agriculture.
Les pratiques actuelles seront insuffisantes pour satisfaire la future demande alimentaire, l’Afrique se doit
donc d’adopter de nouvelles approches plus efficaces.

En juillet 2013, les dirigeants africains ont pris l’ambitieux engagement d’éradiquer la faim d’ici 2025. Ils
comptent encourager les exploitants à abandonner progressivement l’agriculture de rendement, les
systèmes agricoles fragiles et les cultures exigeant de grandes quantités d’engrais et de pesticides, au profit
de pratiques durables et résilientes au changement climatique. L’épuisement des nutriments représente, à
lui seul, une perte de capital naturel comprise entre un et trois milliards de dollars par an, selon les résultats
publiés par le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Une adaptation fondée sur les écosystèmes

Pour que l’Afrique puisse libérer son potentiel, les décideurs politiques du secteur agricole et de
l’environnement doivent joindre leurs forces à celles de la société civile et des organisations non
gouvernementales afin d’évaluer les options permettant aux agriculteurs, et à l’environnement, de s’adapter
au changement climatique. L’une des options à l’étude est l’adaptation fondée sur les écosystèmes, dont
l’objectif est d’atténuer les effets du changement climatique en utilisant des systèmes naturels, comme par
exemple des variétés résistantes à la sécheresse, des méthodes de stockage d’eau plus efficaces et des
systèmes de rotation culturale variés, indique le PNUE.

En Zambie, 61% des agriculteurs ayant appliqué ces méthodes fondées sur les écosystèmes, telles que des
pratiques de préservation des ressources naturelles ou d’agriculture biologique durable, ont rapporté des
excédents de production. Dans certains cas, les rendements ont enregistré une croissance allant jusqu’à
60%, tandis que les ventes d’excédents sont passées de 25,9 à 69%. Au Burkina Faso, les agriculteurs
utilisent des méthodes traditionnelles pour restaurer les sols : en creusant des micro-bassins (connus
localement sous le nom de zaï) dans une terre dévitalisée, puis en les remplissant de matières organiques,
certains fermiers burkinabés sont capables de revitaliser les sols et d’améliorer le stockage des eaux
souterraines afin d’accroître leur productivité. Ces exploitants ont ainsi récupéré 200 000 à
300 000 hectares de terres dégradées et produit 80 000 à 120 000 tonnes de céréales supplémentaires, selon
les estimations.

D’autres options consistent à protéger les bassins versants et à améliorer leur capacité à retenir l’eau et à la
transporter là où elle est la plus nécessaire; mettre en œuvre des programmes de lutte intégrée contre les
nuisibles pour protéger les cultures de manière rentable et naturelle; pratiquer l’agroforesterie, la culture
intercalaire et la rotation culturale pour diversifier les apports en nutriments et accroître les rendements de
manière durable et naturelle; entretenir les forêts et utiliser les aliments forestiers; utiliser des engrais
naturels tels que le fumier; et recourir à des pollinisateurs naturels tels que les abeilles qui, selon une récente
étude, pourraient permettre d’accroître de 5% le rendement des arbres fruitiers. Toutes ces alternatives sont
rentables : le projet entrepris en Zambie ne coûte que 207 dollars par personne, et des projets similaires
développés en Ouganda et au Mozambique reviennent respectivement à 14 et 120 dollars par personne.

Une lueur d’espoir

Les prévisions les plus pessimistes concernant les effets du changement climatique suggèrent que l’Afrique
pourrait perdre 47% de ses revenus agricoles d’ici à l’an 2100, tandis que les plus optimistes prédisent une
perte de 6% seulement. Ce second scénario part du principe que des pratiques et des infrastructures
d’adaptation au changement climatique sont déjà en place. Néanmoins, l’écart entre ces deux estimations
est suffisamment important pour justifier des investissements dans des stratégies d’adaptation qui
permettront à l’Afrique de mettre à profit ses vastes ressources naturelles. Pour parvenir à consolider son
agriculture et à enrayer la faim, les analystes considèrent que le continent devra composer avec son
environnement naturel afin de le rendre plus productif et résilient au changement climatique.

À travers le continent, de nombreuses communautés ont déjà commencé à développer une résilience en
stimulant les écosystèmes existants et les ressources naturelles disponibles. C’est en mettant en œuvre ces
bonnes pratiques et en gérant les effets inévitables du changement climatique de manière appropriée que le
continent pourra subvenir à ses besoins alimentaires. L’Afrique n’est pas inéluctablement vouée à
l’indigence.

Richard Munang et Jesica Andrews

Afrique Renouveau: édition Spéciale Agriculture 2014, page 6

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