MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE SALAH BOUBNIDER CONSTANTINE « 3 »
FACULTE DE MEDECINE BELKACEM BENSMAIN CONSTANTINE
SERVICE DE CHIRURGIE CARDIOVASCULAIRE
EHS DJEGHRI MOKHTAR CONSTANTINE
C o u r s à l ' u s a g e
d e s é t u d i a n t s e n
4 è m e a n n é e
m é d e c i n e
M o d u l e d e c a r d i o l o g i e
Le rétrécissement mitral
A n n é e u n i v e r s i t a i r e 2 0 2 3 - 2 0 2 4
Elaboré par : Dr. KOUTCHOUKALI Raida Ahlem
Maitre de conférences classe A
Chirurgie cardiaque
I. DEFINITION
II. ETIOLOGIE
III. EPIDEMIOLOGIE
IV. PATHOGENIE
V. ANATOMOPATHOLOGIE
VI. PHYSIOPATHOLOGIE
VII. EXAMEN CLINIQUE
VIII. EXAMENS COMPLEMENTAIRES
IX. EVOLUTION
X. COMPLICATIONS
XI. TRAITEMENT
Rétrécissement mitral
I. DEFINITION : C’est une diminution de la surface de l’orifice mitral réalisant un obstacle au
remplissage diastolique du ventricule gauche.
La surface mitrale normale est de 4 à 6 cm².
Le RM est défini par une surface mitrale ˂ 2,5 cm².
RM est dit serré si la surface mitrale est ˂ 1,5 cm².
RM est très serré si la surface mitrale est ˂ 1 cm².
II. ETIOLOGIE
1. RAA
Etiologie la plus fréquente (90% des cas).
Sa constitution après la cardite rhumatismale est longue.
2. Autre causes
RM dégénérative : par calcification surtout de l’anneau mitral.
Endocardites bactériennes avec végétations exubérantes.
Maladies inflammatoires (LED, polyarthrite rhumatoïde) ;
Maladies de surcharge (mucco-polysaccharidose, amylose).
Tumeur carcinoïde.
RM congénital : exceptionnel et consiste en une malformation de tout l'appareil mitral.
III. EPIDEMIOLOGIE :
Pathologie fréquente dans les pays en voie de développement : RAA+++.
Elle est 3 fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme.
IV. PATHOGENIE :
Poussée rhumatismale → Lésions initiales inflammatoires par la réponse immunitaire anti-
streptococcique.
Dr KOUTCHOUKALI Raida Ahlem
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Rétrécissement mitral
Secondairement, les lésions continuent d'évoluer lentement sous l'influence de facteurs non
spécifiques (conditions hémodynamiques anormales avec flux sanguins turbulents)
conduisant à l'épaississement, à la fibrose et à la calcification des valves.
V. ANATOMOPATHOLOGIE
1. Lésions valvulaires et sous valvulaires :
Soudure des commissures valvulaires.
Valves épaissies rigides, parfois calcifies.
Raccourcissement et fusion des cordages, rétraction des piliers réalisant un véritable
barrage sous valvulaires.
2. Retentissement sur les cavités cardiaques :
L’OG est dilatée.
Thrombose intra OG.
Cavité droite dilatée.
VG petit ou normal.
3. Vaisseaux pulmonaire : Infundibulum, tronc, branches de l'artère pulmonaire sont dilatées
et épaissis.
VI. PHYSIOPATHOLOGIE
Normalement la surface mitrale est de 4 à 6 cm², la pression dans L'OG est égale à la
pression dans le VG.
En cas de RM, le barrage mitrale gêne le passage du sang de l'OG vers le VG au cours
de la diastole, créant un gradient de pression auriculo-ventriculaire gauche.
Il résulte une augmentation de la pression auriculaire gauche, d'où la dilatation de l’OG
favorisant la fibrillation auriculaire, entrainant à son tour une stase sanguine responsable
de la formation de thrombus intra OG.
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Rétrécissement mitral
La transmission rétrograde de l'élévation de la pression auriculaire gauche, est
responsable d’une HTAP.
Cette HTAP d'abord passive, post capillaire, réversible à la levée du barrage mitral.
A long terme, il y aura une modification artériolaire pulmonaire, réalisant une HTAP
très importante dite active ou pré-capillaire irréversible.
Cette HTAP sera responsable d’une dilatation des cavités droites d'où une dilatation de
l’anneau tricuspide et la réalisation d'une IT fonctionnelle.
VII. EXAMEN CLINIQUE :
1) Signes fonctionnels :
Souvent latent.
Dyspnée d'effort puis de repos.
Tachycardie, palpitation.
Parfois révélé par une complication (OAP, hémoptysie, embolie systémique).
Signes d'insuffisance cardiaque droite dans les formes sévères avec grande HTAP.
2) Signes physiques :
Inspection : Le classique faciès mitrale érythrosique dans les formes évoluée,
caractérisée par une Erythrose et cyanose des pommettes et des lèvres.
Palpation :
Frémissement diastolique de la pointe (frémissement cataire).
Signe de Harzer si le VD est hypertrophié.
Auscultation : En décubitus dorsal puis en décubitus latéral gauche
a) La triade de Durozier
Éclat de B1 due à la fermeture de la valve mitrale, perçu si la valve est souple
et disparaît si elle est calcifiée.
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Rétrécissement mitral
Claquement d'ouverture de la valve mitrale (COM) : bruit surajouté, sec, après
le B2, perçu également si la valve est souple.
Roulement diastolique : élément majeur de diagnostic.
o Maximum à la pointe, irradient à l'aisselle gauche.
o Timbre grave, rude, grondant.
o Intense.
o Holodiastolique, max en protodiastole, puis son intensité diminue pendant
la diastole avec renforcement pré systolique lorsque le rythme est sinusal,
ce renforcement est dû à la contraction auriculaire (systole auriculaire).
b) Signes indirects
Eclat de B2 au foyer pulmonaire (témoin de l'HTAP).
Souffle sous xiphoïdien d'insuffisance tricuspide.
Signes viscéraux
b) Signes pleuro pulmonaire :
o Râles crépitants.
o Epanchements pleuraux.
c) Signes de stase périphérique :
o Signes d’insuffisance cardiaque droite :
Hépatomégalie
Reflux hépato-jugulaire
Les œdèmes des membres inférieurs.
VIII. EXAMENS COMPLEMENTAIRES
1) Radiographie thoracique :
Silhouette mitrales typique : silhouette cardiaque triangulaire avec :
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Rétrécissement mitral
o Arc moyen gauche rectiligne, convexe, parfois en double bosse correspondant à
la saillie de l'OG.
o Arc inférieur gauche rectiligne avec pointe sus-diaphragmatique en cas d'HVD.
o Arc inférieur droit en double contour due à la dilatation de l'OG dont l'opacité
se superpose à celle de l'OD.
Poumon mitral
o Redistribution pulmonaire vers les sommets.
o Œdèmes interstitiel (lignes de kerley : opacités linéaires, très fines, horizontales,
au-dessus des culs de sac pleuraux,).
o Œdème alvéolaire : Opacités floues, péri hilaires.
o Parfois épanchement pleural.
2) Electrocardiogramme :
ECG est parfois normal.
Peut montrer une hypertrophie auriculaire gauche (HAG) : caractérisé par une onde P
large et bifide en D2, bi phasique en VI V2.
Une fibrillation auriculaire dans les formes évoluées.
Une hypertrophie ventriculaire droite : Axe QRS à droite, R/S˃ 1 en VI, BBDI.
3) Echocardiographie-doppler trans-thoracique ETT : Examen clé permettant
La confirmation du diagnostic : en objectivant un épaississement et/ou calcification
des feuillets et de l'appareille sous valvulaire ainsi qu’une réduction la mobilité de la
valve.
L'estimation du degré de sténose, par la quantification de la surface mitrale et le calcul
du gradient trans-valvulaire.
Son retentissement sur les cavités cardiaques par la mesure du diamètre de l'OG, du
VD et de la pression artérielle pulmonaire (PAPS).
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Rétrécissement mitral
Rechercher une complication type thrombus intra OG.
Rechercher des lésions associées, en particulier d'autres atteintes rhumatismales (IM,
valvuloplasties aortique).
4) Echocardiographie doppler par voie Trans œsophagienne(ETO) :
o Intérêts
Appréciation de l'état de l'appareille valvulaire et sous valvulaire mitrale
Quantifie une IM associée
o Indication systématique
Avant tout geste de dilatation percutanée.
En cas d'accident embolique (à la recherche de thrombus auriculaire gauche).
5) Exploration hémodynamique : son intérêt a nettement diminué avec les progrès de
l’échocardiographie.
En cas d'indication de dilatation mitrale par ballonnet, l'exploration hémodynamique est
réalisée avant et après le geste.
Cathétérisme gauche
o Réalisé par voie artérielle rétrograde.
o Permet de calculer le gradient mitral.
o Permet de calculer la surface mitrale par la formule de GORLIN.
Cathétérisme droit
o Mesure de la pression artérielle pulmonaire (PAP), la pression capillaire
pulmonaire (PCP) et du débit cardiaque.
o C'est la seule méthode permettant d'estimer les résistances artériolaires
pulmonaire.
La coronarographie : fait partie du bilan préopératoire si on envisage une chirurgie,
elle est indiquée si l’âge est supérieur à 40 ans chez les hommes, après ménopause
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Rétrécissement mitral
chez les femmes, en présence d’un facteur de risque cardio-vasculaire, en cas d’angor
ou de dysfonction VG.
IX. EVOLUTION : elle est progressive
Le pronostic du RM est bon chez les patients asymptomatiques.
Evolution est marquée par des accidents évolutifs
La survie des patients symptomatique est de 10% à 10 ans.
X. COMPLICATIONS :
1) Accident pleuro pulmonaire : OAP, hémoptysie, infarctus pulmonaire.
2) Troubles de rythme auriculaire :
Extrasystole auriculaire, flutter auriculaire.
Surtout la fibrillation auriculaire (FA) due à une dilatation de l'OG, sa survenue marque une
étape évolutive (aggravation hémodynamique, insuffisance cardiaque, accident embolique).
3) Accident thromboembolique :
Surtout cérébrale (60% des cas), mais aussi des membres inférieurs et plus rarement
viscérale.
Thrombose massive de l'OG.
4) Insuffisance cardiaque droite : tardive.
5) Endocardite infectieuse.
6) Syndrome d'Ortner : compression du nerf récurrent par la dilatation de l’OG
XI. TRAITEMENT :
1) Traitement médicale :
Traitement symptomatique digitalo-diurétique.
Traitement des complications.
Traitement anticoagulant en cas de fibrillation auriculaire.
Prophylaxie anti-oslérienne (endocardite) et rhumatismale.
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Rétrécissement mitral
2) Commissurotomie mitrale percutanée :
C'est une technique de cathétérisme interventionnel percutané, consistant à gonfler un
ballon introduit par ponction veineuse périphérique et positionnée dans l'orifice mitral
par cathétérisme trans-septale qui provoque une ouverture des symphyses
commissural.
Cette technique a révolutionné le traitement du RM.
Indication : RM serré à valve souple et appareille sous valvulaire non ou peu remanié.
Avant la procédure I'ETO est systématique pour éliminer les contre-indication
(thrombus de l'OG, appareille valvulaire très remanie, existence d'une IM ou d'une
valvulopathie associée).
3) Traitement chirurgicale : sous circulation extracorporelle
Commissurotomie mitrale à cœur ouvert CMCO : indiquée en cas de remaniement
modéré de l’appareil sous valvulaire.
Remplacement valvulaire :
o Indiqué en cas de valve très remaniée ou calcifiée avec remaniement important
de l’appareil sous valvulaire.
o Types de prothèse valvulaire :
Mécanique
Avantage : pas de dégénérescence
Inconvénients : anticoagulants par AVK à vie
Indiquée plutôt chez le sujet ≤ 65 ans.
Biologique
Avantage : pas de traitement anticoagulant
Inconvénients : risque de dégénérescence à long terme de la prothèse
Indiquée par conséquent plutôt chez le patient âgé > 70 ans.
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Rétrécissement mitral
Indications opératoires :
XII. Conclusion :
Le RM reste un problème de santé public.
Son diagnostic est facile.
La dilatation mitrale percutanée a révolutionné le traitement de cette pathologie.
Le meilleur traitement de cette affection reste la prévention du RAA.
Références bibliographiques :
Rétrécissement mitral. EMC - Cardiologie 2014;9(2):1-10 [Article 11-010-A-10].
David Atias. iKB Cardiologie vasculaire 9ème édition 2021
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