Hémorragies Cérébro-Méningées
Hémorragies Cérébro-Méningées
I. INTRODUCTION
Définitions
L’irruption brutale de sang dans les espaces sous arachnoïdiens définit l’hémorragie méningée, plus précisément
appelée, hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA). Dans la plupart des cas, elle est due à une rupture
anévrysmale, mais peut avoir une autre origine. Si le saignement contamine un ou plusieurs ventricules, on
parlera d’hémorragie méningée à effraction ventriculaire. S’il existe un saignement intra-parenchymateux
associé, on parlera d’une hémorragie cérébro-méningée.
Epidémiologie
- Incidence : 11/ 100 000 habitants ; augmente avec l'âge ; Prévalence : 1 à 5 %
- 2 à 7 % des accidents vasculaires cérébraux ;
- Sex ratio : 3F/2H
- Morbi-mortalité de 30 %.
II. PHYSIOPATHOLOGIE
Le sang diffuse dans le liquide cérébro-spinal (LCS) contenue dans les citernes arachnoïdiennes sous l'effet de la
force de la pression sanguine transmise au niveau de la brèche vasculaire. Le sang se répand aussi dans le LCS par
diffusion physique simple (comme l'encre dans l'eau) et par gravité pour suivre les voies d'écoulement
ventriculaires et cisternales du LCS. Le volume de sang épanché dépend de l'importance de la brèche vasculaire et
de la durée (toujours brève) du saignement qui s'arrête sous l'effet de la coagulation et le phénomène de
tamponnement.
En quelques minutes ou quelques heures, le sang diffuse et peut occuper toutes les citernes arachnoïdiennes
intracrâniennes. Il se répand jusqu'au niveau du cul-de-sac lombaire où il sédimente et où sa présence peut être
détectée par une ponction lombaire diagnostique.
Dès leur contact avec le LCS, les éléments figurés du sang et principalement les globules rouges et les plaquettes
subissent l'effet d'une hémolyse qui libère leur contenu. L'hémoglobine contenue dans les hématies se dégrade
progressivement pour donner l'oxyhémoglobine, substance toxique pour les vaisseaux, puis des pigments biliaires
qui vont colorer en jaune le LCS. On dit alors que le liquide est devenu xanthochromique. Discrète à la première
heure, cette hémolyse est visible dès la 6ème heure et atteint son maximum au 3 ème jour pour durer encore 8 à
10 jours. La libération de l'oxyhémoglobine et d'autres produits de dégradation des éléments figurés du sang sont
responsables d'une agression tissulaire des vaisseaux. Elle est présente et entretenue durant toute la durée de
l'hémolyse, soit du 3ème aux 12-15 ème jours.
Dans le même temps, une fibrinolyse va dégrader la fibrine. Plus l'hémorragie aura été abondante, plus il y aura
présence de fibrine dans les espaces sous-arachnoïdiens, et plus il y aura risque de colmatage et blocage des
voies d'écoulement du LCS. Ce phénomène est un risque présent dès la 3ème heure après le début de
l'hémorragie. Dans les jours suivants, ce risque diminue théoriquement du fait de l'action de la fibrinolyse. Mais il
est encore présent du fait de l'installation d'une l'inflammation cicatricielle de l'arachnoïde entretenue par la
présence de débris fibrineux et de restes des hématies hémolysées.
Ces phénomènes physiopathologiques sont présents quelle que soit la cause de l'hémorragie méningée et vont
durer de 10 à 15 jours en moyenne. Ils sont proportionnels à la quantité de sang épanché et sont responsables de
toutes les complications secondaires ou tardives de l'hémorragie méningée.
Pr F. HAOUAM
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La survenue à l’occasion d’un effort est évocatrice mais inconstante. Il existe de nombreuses variantes :
- céphalée modérée, survenant de manière répétée.
- coma d’emblée ou mort subite par inondation massive des espaces sous-arachnoïdiens.
- perte de connaissance brutale, voir malaise.
- syndrome confusionnel d’installation aiguë,
- crise épileptique généralisée, voire état de mal.
B. SIGNES CLINIQUES :
la raideur méningée : les signes cliniques sont souvent réduits à un enraidissement douloureux de la
nuque, parfois responsable des signes de Kernig et de Brudzinski. La raideur de la nuque peut manquer
au stade inaugural, mais son absence n’élimine pas le diagnostic.
Des signes végétatifs : bradycardie ou tachycardie, instabilité tensionnelle, hyperthermie retardée (38-
38°5), polypnée, modifications vasomotrices, modifications de la repolarisation à l’ECG.
Des signes neurologiques sans valeur localisatrice : signes pyramidaux (Babinski bilatéral, réflexes
ostéo-tendineux vifs), paralysie du VI.
Des anomalies du fond d’œil : hémorragies rétiniennes ou vitréennes, œdème papillaire.
La paralysie du III intrinsèque et extrinsèque : témoigne d’une compression du nerf par un anévrisme de
la terminaison de l’artère carotide interne.
Les autres signes de localisation : témoignent d’une complication de l’hémorragie méningée (hématome
intra parenchymateux associé, spasme artériel au-delà du troisième jour) :
- une hémiparésie,
- une hémianopsie,
- une aphasie en cas d’hématome temporal ou spasme de la vallée sylvienne, compliquant un anévrisme
de l’artère cérébrale moyenne ;
- une paraparésie,
- un mutisme,
- un syndrome frontal en cas d’hématome fronto-basal compliquant un anévrisme de la communicante
antérieure.
Le diagnostic est donc suspecté d’emblée devant l’apparition brutale d’un syndrome méningé sans fièvre ou
de troubles de la conscience chez un sujet jeune en bonne santé jusque-là.
Pr F. HAOUAM
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2. L’IRM
Elle remplace rarement le scanner dans cette situation d’urgence.
Certaines séquences (T2*) sont particulièrement sensibles pour détecter un saignement intracrânien.
3. La ponction lombaire
Elle est contre indiquée s’il existe un signe de localisation neurologique faisant craindre un hématome intra
parenchymateux (risque d’engagement cérébral).
Elle n’est réalisée que si le scanner cérébral est normal.
Les conditions pratiques de sa réalisation doivent être soigneusement respectées. Il faut éviter une
contamination sanguine par ponction traumatique (qui peut rendre difficile l’interprétation) :
Les anomalies caractéristiques du liquide céphalo-rachidien en cas d’hémorragie méningée sont :
- liquide uniformément rouge (rosé), incoagulable, dans les différents tubes.
- surnageant xanthochromique après centrifugation, avec pigments sanguins (à partir de
la 12ème heure).
- érythrocytes en nombre abondant, rapport érythrocytes/leucocytes supérieur à celui du
sang. La leucocytose est initialement à même répartition que celle du sang puis à
prédominance lymphocytaire.
- pression du liquide céphalo-rachidien élevée, témoignant de l’augmentation de la
pression intracrânienne.
Ces résultats s’opposent point par point à ceux d’une ponction lombaire traumatique :
- liquide coagulable et de moins en moins sanglant au fur et à mesure du recueil.
- surnageant clair après centrifugation avec absence de pigments sanguins.
- à l’examen cytologique, rapport érythrocytes/leucocytes superposable à celui du sang.
- pression d’ouverture normale.
La normalité d’une ponction lombaire 12 heures après le début de la céphalée (avec notamment absence de
xantochromie) permet d’éliminer le diagnostic d’hémorragie méningée.
Pr F. HAOUAM
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L’échelle de Fisher est un score de gravité radiologique des hémorragies sous-arachnoïdiennes anévrismales dont la
valeur prédictive de survenue d'un infarctus cérébral sur vasospasme a été validée.
V. DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUE
A. Bilan étiologique
1. L’artériographie (ou angiographie)
- Son but est de diagnostiquer la cause de l’hémorragie qui dans la grande majorité des cas est due à la
rupture d’une malformation vasculaire.
- L’artériographie sera réalisée après conditionnement du patient.
- Elle est indispensable et doit être précoce.
- Si possible réaliser une injection des quatre axes : deux artères carotides, deux artères vertébrales
(anévrysmes multiples, anévrysme distal de la PICA).
- L’angiographie comprend des clichées de face, profil, 3/4 (obliques antérieurs droits et gauche), parfois
une incidence de Hirtz (analyse de l’artère communicante antérieure).
- Les clichés avec compression permettent d’étudier les artères communicantes, leur fonctionnalité et les
éventuelles possibilités de suppléance au niveau du polygone de Willis.
- Elle met en évidence l’anévrisme artériel (image d’addition opacifiée aux temps artériels précoces),
précise son volume, ses rapports avec les axes vasculaires, sa forme, le siège du collet ; elle recherche
des anévrismes multiples (20 % des cas) et un spasme artériel secondaire ; elle peut révéler une cause
plus rare d’hémorragie méningée (malformation artério-veineuse…) ;
- Si l’artériographie est réalisée avant le 3ème jour il n’y a pas de spasme visible.
- Parfois l’examen est négatif. Un anévrysme peut être non injecté du fait d’un caillot ou du spasme
artériel. Une artériographie de contrôle s’impose alors à distance (15 jours à trois semaines).
- Enfin l’artériographie peut permettre le traitement de certains anévrysmes obturables par voie
endovasculaire. Ce geste peut alors, être réalisé a cette étape. Actuellement près de 2/3 des anévrysmes
peuvent être ainsi traités sans craniotomie.
Pr F. HAOUAM
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L’IRM en coupes axiales peut montrer la dilatation anévrismale (vide de signal pour la partie circulante,
signal de densité hétérogène dans une partie thrombosée).
L’avantage de ces examens est :
- ne pas comporter de cathétérisme artériel.
- Ils sont réalisables en urgence.
Les inconvénients sont :
- ils peuvent méconnaître un anévrysme de petit volume,
- ils ne donnent pas de renseignement sur l’état fonctionnel du polygone de Willis,
- ils ne procurent pas d’informations suffisantes sur le retour veineux ce qui est utile si un geste
chirurgical est décidé,
- ils ne permettent pas une reconstruction aussi précise qu’avec les acquisitions rotationnelles.
3. Le doppler trans-crânien
Permet d’étudier les vitesses circulatoires au niveau des artères carotides internes supra-clinoïdiennes, des
artères cérébrales antérieures, des artères cérébrales moyennes. L’étude des artères cérébrales postérieures
et du tronc basilaire est plus aléatoire. La mesure des vitesses circulatoires permet de dépister un
vasospasme. Réalisé après l’admission du patient il sera un élément primordial de la surveillance car il
permet de dépister un spasme avant son expression clinique et donc démarrer le traitement précocement.
4. Autres examens
Ils sont demandés au cas par cas :
- hémocultures en cas de suspicion d’anévrismes mycotiques ;
- échographie rénale pour la polykystose rénale ;
- biopsie de peau pour les affections du collagène, etc.
B. Étiologies
1. Anévrisme artériel
2. Anévrismes mycotiques, par embolie septique dans le cadre d’une endocardite infectieuse ;
3. Angiopathies d’origine diverse (angéites inflammatoires, abus d’amphétamines, dissection d’une artère
intracrânienne, etc.) ;
4. Hypertension artérielle
A la réputation d’entraîner surtout des hémorragies cérébrales (AVC hémorragique). Reste un diagnostic
d’élimination devant une hémorragie méningée d’autant plus qu’il peut exister une majoration de la
tension artérielle du fait de l’hémorragie méningée.
5. Troubles de l’hémostase
Même en leur présence un anévrysme doit être systématiquement recherché.
Rappelons à ce titre que les anticoagulants ne font pas saigner…Ils empêchent de coaguler.
6. Malformations vasculaires cérébrales
Malformation artério-veineuse (M.A.V.) : Sont une cause très rare d’hémorragie méningée pure. Les
M.A.V. sont le plus souvent responsables d’une hémorragie intracérébrale ou cérébro-méningée.
Les cavernomes (angiomes caverneux)
Les fistules artério-veineuses durales
7. Tumeurs cérébrales
Toutes les tumeurs superficielles peuvent occasionner une hémorragie méningée. Cette éventualité est
cependant rare. On recommande la pratique d’une IRM cérébrale devant une hémorragie méningée
dont l’étiologie ne fait pas sa preuve.
8. Hémorragies méningées de cause inconnue (cryptogénétiques)
Ne sont pas rares (20 à 25 % des cas). Si l’angiographie est normale, il est conseillé de réaliser une angio
IRM, puis une nouvelle artériographie 3 semaines à un mois plus tard pour ne pas rater un petit
anévrysme qui se serait spontanément thrombosé puis reperméabilisé.
Pr F. HAOUAM
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Pr F. HAOUAM
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- Sur une angiographie, le vasospasme artériel serait confirmé, mais cet examen n'amène aucune information
complémentaire concernant l'ischémie cérébrale.
- L'examen au Doppler transcrânien n'apporte non plus aucune notion concernant le débit sanguin cérébral :
son accélération signifie seulement la présence d'un rétrécissement du calibre artériel.
3. Récidive hémorragique
- Une récidive de l'hémorragie est toujours possible tant que l'anévrisme rompu qui lui a donné naissance n'a
pas été exclu de la circulation artérielle.
- Cette récidive hémorragique peut être très précoce et survenir dans les toutes premières heures qui suivent la
première manifestation. Elle survient avec une particulière fréquence au cours des 4 premiers jours justifiant
la mise en œuvre précoce d'un traitement de l'anévrisme intracrânien rompu.
- La récidive hémorragique ou resaignement survient aussi brutalement que le premier épisode et par
conséquent ses signes de début sont identiques et renforcés.
- La fréquence du resaignement chez les patients hospitalisés est estimée être d'environ 10 à 12%.
- La mortalité par resaignement est un risque supérieur à 70%.
Pr F. HAOUAM
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a. Le traitement endovasculaire
- Le traitement endovasculaire du vasospasme est parfois proposé.
- L'artère est dilatée par l'injection locale de papavérine ou par une manœuvre mécanique de dilatation
faite par un ballonnet intra-artériel.
- L'efficacité de ces techniques neuroradiologiques est encore incertaine.
Pr F. HAOUAM
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CONCLUSION
L’hémorragie méningée se caractérise par un syndrome méningé aigu (céphalée brutale) lié à l’irruption de
sang dans les espaces sous-arachnoïdiens. Il s’agit d’une urgence vitale, nécessitant une prise en charge
neurochirurgicale immédiate. Le diagnostic repose d’abord sur le scanner cérébral, puis la ponction
lombaire, dont la réalisation doit être soigneuse pour éviter une contamination sanguine d’origine
traumatique. La principale cause est l’anévrisme artériel, d’origine malformative. L’angiographie cérébrale
est l’examen de référence, souvent précédé d’une ARM et/ou d’un angio-scanner. Le traitement a pour
objectif d’exclure l’anévrisme de la circulation par neuroradiologie interventionnelle ou chirurgie. De
nombreuses complications, aiguës ou tardives, sont possibles. Le spasme artériel précoce est la principale
et est systématiquement prévenu.
Références
1. Claassen J et al., Effect of cisternal and ventricular blood on risk of delayed cerebral ischemia after
subarachnoid hemorrhage : the Fisher scale revisited, Stroke, 200; 32:2012-20
2. FEDOUL, l’hémorragie méningée par rupture anévrysmale. Annales de médecine et de thérapeutique.
AMETHER. janvier 2010 ; Volume 2, N° 1 : 66 - 73
3. Géry Boulard, CHU de Bordeaux. Conférence d’experts : hémorragie sous arachnoïdienne grave. 2004
4. Henry Dufour, Faculté de Médecine de Marseille. Hémorragies méningées : Les anévrysmes. 2006
5. Hémorragies méningées. Cours de DES Neurochirurgie. Université Jean Monnet, Saint Etienne. 22 Avril 2011
6. Laurent Riffaud, Service de Neurochirurgie, CHU de Rennes. Hémorragies méningées non traumatiques
7. N. Cherif El Kettani, M.R. El Hassani. Hémorragie méningée : TDM et IRM. Feuillets de Radiologie, Volume 50,
Issue 4, September 2010, Pages 220-221
8. Thomas Lescot, Lamine Abdennour, Lounis Allouane, Louis Puybasset. Prise en charge des hémorragies
méningées anévrismales. Le Praticien en Anesthésie Réanimation, Volume 13, Issue 3, June 2009, Pages 168-
177
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