Architecture et Art pour Enseignants
Architecture et Art pour Enseignants
dans
la peinture et la sculpture
© Ville de Toulouse, musée des Augustins, document réalisé par le service éducatif, (Catherine Lemonnier, 2008).
Sommaire
Introduction
Du décor … à l’espace
> L’architecture comme décor
Du décor …
… à la mise en scène
> Notions
> Problématiques
Repères bibliographiques
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© Ville de Toulouse, musée des Augustins, document réalisé par le service éducatif, (Catherine Lemonnier, 2008).
Introduction
A travers les œuvres des collections permanentes du musée des Augustins, nous aborderons la
représentation de l’architecture dans la peinture et la sculpture. L’enjeu sera de poser la
question de sa signification au regard d’un registre de formes architecturales repérées. Edifice,
ruine et vestige constitueront des points d’appui pour montrer la permanence des interrogations
artistiques mais aussi les ruptures tout comme nous nous attacherons à expliciter la
contemporanéité des œuvres, choisies dans une période allant du Moyen-Âge jusqu’à l’aube du
e
XX siècle. Au-delà d’une approche linéaire et chronologique, il s’agira de poser la question de
sa figuration dans sa relation à l’espace du tableau ou de la sculpture, au croisement de
données historiques, géographiques, techniques et artistiques. Que signifie l’architecture dans
l’œuvre ? Dans quelle mesure constitue-t-elle un langage ? Est-elle décor et/ou espace ?
Comment la représentation architecturale dans l’œuvre devient-elle autonome ? Constitue-t-elle
alors une expérience sensible ? En quoi est-elle l’expression d’un rapport au temps et à
l’histoire ?
De la forme…
au langage architectural
Vers une définition
L’architecture est un moyen d’expression dont les œuvres s’inscrivent dans un espace à trois
dimensions incluant l’homme. Elle désigne un corpus d’édifices construits ayant une destination
fonctionnelle en rapport avec les grandes activités matérielles, sociales ou spirituelles de la vie
humaine (temples, habitations, palais, etc.) 1 Au-delà d’une somme de largeurs, longueurs et
hauteurs, une construction est un ensemble des mesures du vide, espace interne dans lequel
l’homme se déplace, marche, vit et habite. Bruno Zevi souligne que chaque édifice collabore à
la création de deux espaces :
… l’espace interne, défini complètement par l’édifice lui-même, et l’espace externe, ou
espace urbanistique, enfermé entre cet édifice et les édifices voisins. Il devient ainsi
évident que toutes ces œuvres que nous excluons de l’architecture proprement dite parce
qu’elles n’ont pas d’espace interne, ponts, obélisques, fontaines, arcs de triomphe,
groupe d’arbres, etc. et particulièrement les façades d’édifices, rentrent en jeu dans la
formation des espaces urbanistiques, qu’elle que soit leur valeur artistique. 2
Comment, en écho à cette définition, regarder l’architecture dans les peintures et sculptures du
musée des Augustins ?
1
Etienne SOURIAU, Vocabulaire d’esthétique. Editions PUF, 1990
2
Bruno ZEVI, Apprendre à voir l’architecture. Editions de Minuit, 1959
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> Symbolique
Depuis l’Antiquité, les hommes élaborent une langue, un alphabet, par des assemblages
complexes et habiles de pierres. Le symbole s’établit dans l’édifice et dans sa représentation.
Suivant le contexte, profane ou sacré, l’élément construit permet de condamner la passion
amoureuse, l’orgueil, la corruption ou l’idolâtrie. Il peut aussi adresser divers avertissements,
moraux, religieux voire politiques. Les chapiteaux du Moyen-Âge témoignent d’une large
représentation d’éléments architecturaux. D’ailleurs, il convient de préciser que l’on considérera
le chapiteau comme une sculpture, elle-même étant une forme volumétrique issue d’un
ensemble architectural plus important tel
le cloître du musée des Augustins par
exemple. Il est fréquent d’y remarquer la « Tu croyais que j’écrirais quelque chose de
grand, une fois arrivé à Rome. Une matière
présence d’arcades ou de colonnes.
à écrire, immense sans doute pour l’avenir,
Celles-ci suffisent à évoquer des églises me fut offerte ; mais dans l’immédiat, il n’y a
ou des palais. rien que j’ose entreprendre, écrasé que je
suis par l’admiration pour de si grandes
choses et par le poids de la stupeur. […]Tu
Dans La transfiguration, chapiteau du 1er avais l’habitude, je m’en souviens, de me
atelier du prieuré Notre-Dame de la dissuader de venir, avançant surtout la
Daurade (1100-1110), les trois tentes raison que mon ardeur connue fléchirait, à
l’aspect de la ville en ruine qui ne
sont représentées par trois tours dont la correspondrait pas à sa réputation ni à
symbolique est religieuse. l’opinion que je m’en étais faite d’après les
livres. […] En vérité, Rome fut plus grande
et ses vestiges sont plus grandioses que je ne
Le registre architectural sculpté le pensais. Je ne m’étonne plus que le monde
(colonnes, chapiteaux…) témoigne d’une ait été dominé par cette ville, mais qu’il l’ait
continuité de structures antiques dans un été si tard. Salut ».
contexte chrétien. Dans ce sens,
Lettre de Pétrarque adressée à son protecteur
observons aussi avec attention Le le cardinal Giovanni Colonna.
Lavement de pieds (2ème atelier du
prieuré Notre-Dame de la Daurade, Pétrarque, Epistulae de rebus familiaribus, liber
secondus, epistula XIV, in Petrarca, Epistulae, Florence,
1120-1130) dans lequel les six colonnes Fracasseti, 1859.
torses rythment l’espace intérieur.
3
Sabine FORERO-MENDOZA, Le temps des ruines. Editions du Champ Vallon, 2002
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Au XVIIIe siècle, ce point de vue passéiste évolue quelque peu. Le goût de la ruine s’étend à tout
vestige de toute époque qu’il soit rotonde grecque ou baptistère gothique. La ruine en tant que
stimulant de la méditation ou de la rêverie est valorisée. Volney 4 , Denis Diderot ou encore
François-René de Chateaubriand l’exaltent en tant que vestige duquel surgit le passé mais
aussi en tant que présent fait de réminiscences et de filiations. Diderot en énonce la poétique :
L'effet de ces compositions, bonnes ou mauvaises, c'est de vous laisser dans une douce
mélancolie. Nous attachons nos regards sur les débris d'un arc de triomphe, d'un
portique, d'une pyramide, d'un temple, d'un palais, et nous revenons sur nous-mêmes.
Nous anticipons sur les ravages du temps, et notre imagination disperse sur la terre les
édifices mêmes que nous habitons. A l'instant, la solitude et le silence règnent autour de
nous. Nous restons seuls de toute une génération qui n'est plus ; et voilà la première
ligne de la poétique des ruines.
> Imaginaire
L’esthétique de l’architecture imaginaire est particulièrement exemplaire dans les gravures de
Piranèse ou de Gustave Doré, à la fin du XIXe siècle. Les œuvres de ce dernier à l’intonation
dramatique, caractérisent une idée de magnificence romaine à travers la grandeur et l'isolement
des éléments architecturaux, comme s’il voulait parvenir à sublimer l'Antiquité. En 1751, il
réalise une série de Vues de Rome. Il procède à une retranscription de l’Antiquité transmuée
par son imagination. Pour cela, il exploite le cadrage, la mise en scène et opère de forts
contrastes d’ombre et de lumière. Cette référence au vocabulaire architectural antique avec
pour thématique la ruine est présente dans la peinture. La littérature la développera aussi
largement. Pour Bernardin de Saint-Pierre, dans ses Etudes de la Nature (1784-88), la ruine est
le signe d’une transcendance.
4
Constantin-François CHASSEBŒUF DE LA GIRAUDAIS, comte Volney, dit VOLNEY (1757- 1820).
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est lié à l’essor de la peinture de paysage, en particulier celle de Claude Lorrain ou de Nicolas
Poussin. Tout en étant idéalisées – par la représentation de l’architecture –, leurs compositions
sont fidèles à la réalité. Dans cette perspective, au XVIIIe siècle, l’art du monde occidental
témoigne d’un intérêt renouvelé pour les antiquités romaines et grecques. Cette ferveur est-elle
une réaction aux ornements tourmentés du style rococo ou un attrait pour l’Histoire ? En
peignant des architectures antiques, les peintres laissent libre cours à leur sensibilité.
Différentes démarches sont adoptées : leur ordonnance respecte des données archéologiques
ou au contraire relève d’une certaine fantaisie. Citons par exemple Giovanni Paolo Panini qui,
malgré la représentation d’édifices réels, en particulier des ruines, ne s’attache pas à les
disposer selon des distances vraisemblables.
Du décor… à l’espace
Pour appréhender la place et le rôle de l’architecture dans la peinture et la sculpture, il
conviendra d’interroger l’espace de l’œuvre. De là, nous tisserons les liens d’une signification
au croisement de données historiques, géographiques, techniques et artistiques.
> Du décor …
La sculpture du Moyen-Âge, en particulier les chapiteaux, offre une grande profusion
d’ornements et de formes architecturales répertoriées. Les sculpteurs exploitent toutes les
surfaces libres en taillant de riches motifs. Le chapiteau La Course au sépulcre de Pierre et
Jean (cloître du prieuré Notre-Dame de la Daurade, 2e atelier, 1120-1130), témoigne d’une mise
en valeur de Jean se penchant vers le tombeau par une colonne soutenant une arcade. Ce
détail architectural devant le personnage contribue à donner une impression de profondeur.
Lorsqu’on regarde le Portrait de Germain-Louis de Chauvelin, garde des sceaux peint en 1727
par Hyacinthe Rigaud, il est intéressant de souligner la présence d’un fût de colonne cannelée à
gauche derrière le garde des sceaux. La présence de cet élément architectural, apparemment
décoratif, contribue, comme les draperies somptueuses et le fauteuil de bois doré, à évoquer
symboliquement l’importance et la noblesse du personnage représenté.
Dans Louis XV chassant le cerf dans la forêt de Saint-Germain, tableau de Jean-Baptiste Oudry
peint en 1730, la représentation de l’architecture est étroitement liée à celle du paysage. Et
même si la ville est peinte en arrière plan d’une scène de chasse, sa figuration donne à
l’ensemble un caractère poétique. Le traitement des plans successifs par une perspective
atmosphérique confère à ce paysage une grande précision. Il renforce l’aspect narratif de
l’action représentée. Dans ce sens, l’architecture est plus à considérer comme une donnée
sensible que constructive dans l’espace de l’œuvre.
L’architecture contribue à célébrer la puissance et l’autorité royales. Elle est utilisée pour mettre
en scène des évènements historiques. Le Sac de Troie peint par Antoine Rivalz (1667-1735)
représente une scène de combat. Au premier plan,
plusieurs cadavres rendent la situation dramatique
mais la violence de la bataille est renforcée par la
présence de bâtiments à colonnes dans le fond
droit du tableau. Ici, ils sont utilisés pour ennoblir
le décor d’une histoire. Dans l’œuvre de Benjamin
Constant, L’Entrée du sultan Mehmet II à
Constantinople le 29 mai 1453, peinte en 1876,
l’arcade de pierre fissurée et les colonnes aux
chapiteaux effrités encadrent une scène de chaos
et de violence. D’une part, l’élément bâti, à la
silhouette monumentale, indique symboliquement
une limite, une frontière entre deux camps qui
s’affrontent.
Le dispositif architectural choisi par le peintre
donne l’impression d’une fenêtre ouverte sur le
sultan monté à cheval accentuant ainsi sa
Benjamin-Constant, L’Entrée du sultan Mehmet II grandeur. D’autre part, le caractère suggestif des
à Constantinople le 29 mai 1453, 1876.
formes dégradées exaltent une beauté propre à la
ruine.
D’autres constituants architecturaux comme le palier, la fenêtre, la façade ou encore
l’escalier sont des prétextes pour théâtraliser des scènes religieuses, historiques ou de
genre.
Robert-Fleury, Pillage d’une Louis Duveau, L’Abdication J.P. Laurens, Saint Jean
maison dans la Giudecca à Venise du doge Foscari , 1851 Chrysostome et L'impératrice
au Moyen-Âge, 1855 (détail) (détail) Eudoxie, 1893
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L’escalier dans L’Abdication du doge Foscari peint en 1851 par Louis Duveau est un prétexte à
mettre en scène les personnages accompagnant le doge. Dans ce sens, la façade dans Les
Adieux du consul Boetius à sa famille (1826) de Jean-Victor Schnetz fait obstacle entre le
consul et sa femme. Elle met en tension deux espaces : l’un de privation (intérieur) et l’autre de
liberté (extérieur) ou encore l’un interne et l’autre externe si on se réfère à la définition de Bruno
Zevi citée précédemment. De même, le peintre J.N. Robert-Fleury dans le Pillage d’une maison
dans la Giudecca à Venise au Moyen-Âge (1855) utilise l’escalier, représenté en contre-
plongée, comme un décor quasi théâtral pour mettre en scène le groupe de personnages.
L’Eclair, peint en 1848 par Alexandre Antigna, présente une femme et deux enfants assis dans
une pièce mansardée en contre-jour, éclairée par la lumière naturelle provenant d’une lucarne.
L’expressivité des visages est rendue par la lumière qui les modèle. La fenêtre permet d’établir
une relation entre les personnages penchés vers celle-ci et le monde extérieur matérialisé par
la source lumineuse. Ce champ / contre-champ souligné par la direction des regards confère au
tableau un certain « réalisme » irréel !
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Au-delà, c’est la représentation de
la nature et de l’architecture que
nous interrogeons. Quelles relations
entretiennent-elles ? Dualité ou
unité ? Paris, vu des hauteurs du
Père Lachaise de Louise-Jeanne
Sarazin de Belmont (1790-1870)
pose la question de ce lien entre
architecture funéraire et nature. L’un
est-il un prétexte pour composer
avec l’autre ? Ou chacun concourt-il
à la représentation d’un paysage ?
Louise-Jeanne Sarazin de Belmont (1790-1870), Paris, vu des
hauteurs du Père Lachaise
La profondeur du paysage est rendue par la disposition spatiale des tombes selon des plans
successifs et par celle des arbres décroissants avec l’éloignement. De ce fait, le vestige a part
égale avec la nature dans le paysage. Ils sont simultanément sujet et composante plastique
assurant ainsi l’unité de l’œuvre.
Jean-Baptiste Oudry.
Louis XV chassant le cerf dans la
forêt de Saint-Germain, 1730
Le Paysage peint en 1655 par Anthonie Jansz van der Croos fait preuve d’une grande précision
dans la représentation d’un lieu ordinaire : paysage champêtre avec quatre personnages au
premier plan et un village en arrière plan. C’est la raison pour laquelle il est qualifié de paysage
dit topographique. Peut-on pour autant ne le considérer que comme un simple témoignage ? De
la même manière, une attention particulière est accordée par Jean-Baptiste Oudry à la
représentation de la ville de Saint-Germain-en-Laye figurée en arrière plan dans son tableau
Louis XV chassant le cerf dans la forêt de Saint-Germain (1730). L’œuvre ne doit-elle être
considérée que comme vecteur de l’événement historique qu’elle représente ?
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D’autre part, dans la seconde moitié du XVIe siècle, l’essor de l’estampe autorise une circulation
des images des ruines de Rome. La traduction et la publication des traités architecturaux, la
divulgation des catalogues et recueils d’antiquités favorisent la diffusion d’une culture visuelle.
Certains artistes travaillent à partir de planches gravées, d’autres utilisent des notes ou des
croquis qu’ils ont eux-mêmes
effectués in situ. L’Eruption du
Vésuve, le 24 août 79 (1813)
témoigne d’une recherche de
vraisemblance. Pour peindre la mort
de Pline l’ancien qui a voulu
s’approcher de la montagne pour
assister à l’éruption du volcan, Pierre-
Henri de Valenciennes s’est rendu à
Pompéi (ville rendue célèbre par ses
fouilles archéologiques). Il assista
même à l’éruption du Vésuve qui eut
lieu en août 1779.
P.-H. de Valenciennes, L’Eruption du Vésuve, le 24 août 79, 1813
Pourtant, ici les vestiges antiques donnent l’impression qu’ils sont traités comme les éléments
d’un vocabulaire décoratif aux multiples possibilités expressives. Ainsi, ils matérialisent
l’impuissance des hommes face à une nature déchaînée. Par une savante combinaison, l’artiste
satisfait sa quête d’idéalisme.
Le Pont du Rialto à Venise de Francesco Guardi (1712-1793) conjugue ces deux axes. Cette
veduta (signifie vue en italien) est une peinture très détaillée représentant Venise. Le caractère
documentaire de l’œuvre se voit doubler d’une vision poétique. Dans ce paysage urbain, la
lumière est traitée d’une manière diffuse estompant les contours des édifices et des
personnages. Elle contribue à segmenter l’espace en tâches colorées transfigurant une scène
pourtant vue et revue.
5
André Masson, Le plaisir de peindre, La Diane Française, 1950
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Les différentes formes de perspective utilisées au Moyen-Âge tout comme le système
perspectif, géométriquement
exact, mis en place à la
Renaissance constituent une
donnée importante pour la
représentation de l’architecture
dans la peinture et la sculpture.
Dans le bas-relief Nativité et
Adoration des bergers (1544-
1545), Nicolas Bachelier, déjà
évoqué ci-dessus, crée une
illusion de perspective. Elle est
soulignée par les personnages
et par les fûts de colonnes
sculptés en relief.
Gabriel Blanchard, La Purification de
la Vierge, 1682
Dans L’Adoration des mages, c’est la poutre de bois s’apparentant à un tronc d’arbre qui
contribue à cadrer la scène représentée.
On trouve aussi des exemples significatifs dans la peinture. Gabriel Blanchard dans La
Purification de la Vierge (1682) exploite un ensemble de motifs antiques pour architecturer sa
composition. Les éléments combinés et imbriqués suivant quatre plans (les marches vues en
contre-plongée au premier plan, la colonnade au second plan, le portique au troisième plan et
enfin une partie de temple à l’arrière plan) confèrent à l’œuvre une illusion de perspective.
S’agit-il alors d’une composition ou d’une re-composition ? Ou plus justement d’une composition
recomposée ? Regardons aussi
Job dans l’adversité (1619) de
Gaspard de Crayer. L’ensemble
de ruines représenté en arrière-
plan semble relever davantage
d’une re-composition. Le
répertoire de formes empruntées
à l’Antiquité permet au peintre de
reconstituer un univers exprimant
un improbable chaos. Au XIXe
siècle, Jean-Auguste-Dominique
Ingres, apprécié pour ses portraits
et ses nus, ne l’est pas moins
pour ses peintures d’histoire. Tu
Marcellus eris (1811-1820) inspiré
de l’histoire antique, témoigne de
la douleur d’Octavie, sœur de
Ingres, Tu Marcellus eris, 1811-1820
l’empereur Auguste, à qui on
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annonce par ces mots évocateurs Tu Marcellus eris, la mort de son fils. La composition en frise
suivant un mouvement latéral gauche /droite est contrebalancée par un rythme de verticales
(pilastres) présentes dans le décor architectural.
Cette architecture rigoureuse de l’œuvre contribue à lui rendre un caractère solennel et théâtral.
Au-delà, c’est la relation entre le fond (décor architectural) et la forme (scène représentant les
personnages) qui s’inscrit dans l’espace de l’œuvre, comme préliminaire d’une préoccupation
artistique annonçant le XXe siècle.
Par l’espace du tableau, l’espace externe de la ruine prend sens. Il questionne la position du
vestige dans l’espace du paysage. En pensant l’espace au-delà de la surface bidimensionnelle
du plan pictural, l’artiste interroge déjà ce qui déterminera l’art du XXe siècle, en particulier
l’intégration ou la confrontation de l’œuvre dans un espace physique : l’œuvre in situ, la place et
le rôle du spectateur dans l’œuvre. L’œuvre fait acte de contemporanéité au regard d’André
Masson qui, dans Le plaisir de peindre, dit :
Déjà le Moyen-Âge était précurseur en la matière. La visée pédagogique de l’art médiéval induit
l’implication du fidèle. Il est acteur lorsqu’il regarde / lit un chapiteau. Le principe narratif l’incite
à parcourir les différentes faces sollicitant un déplacement physique de sa part dans l’espace
qui lui est consacré.
L’artiste lui-même incite à rendre le spectateur acteur dans l’œuvre. Par exemple, Ingres
sollicite le spectateur de par l’architecture du tableau. Le rythme donné par les verticales des
pilastres structure et oriente notre regard.
D’une autre manière, Jean-Baptiste Jouvenet dans Fondation d’une ville en Germanie par les
Tectosages en 1685 fait de l’architecture le
sujet même de son tableau. Il fait coïncider
étroitement le sujet et la surface inhérente à
l’œuvre c’est-à-dire l’architecture représentée
et l’architecture du tableau créant ainsi une
sorte de mise en abîme. Celle-ci fait aussi
l’objet d’une réflexion dans L’Amour fuyant
l’esclavage (1789) de Joseph-Marie Vien. La
composition en frise, dont les jeunes femmes
athéniennes sont les actrices, se détache sur
un cadre architectural dépouillé. Marqué par
les découvertes faites à Herculanum, le peintre
expose sa vision de l’Antiquité dont l’objet Jouvenet, Fondation d’une ville en Germanie
par les Tectosages, 1685
architectural posé sur la table à droite des
personnages en est le témoignage.
6
André Masson, Le plaisir de peindre. pp.147-148. La Diane Française, 1950
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Pour mémoire
Aborder l’architecture dans la peinture et la sculpture, à travers les
collections du musée des Augustins, pose d’emblée la question de la relation
entre art et architecture. Ses représentations témoignent d’un répertoire de
formes riches et variées issues de l’Antiquité classique (colonnes, frontons,
chapiteaux, portiques). Celle-ci constitue à la fois une source et une
référence iconographique pour les créateurs depuis le Moyen-Âge jusqu’au
début du XXe siècle. Elle traverse nombre de moyens d’expression : bas-
relief, chapiteaux sculptés, peintures et de genres picturaux : paysage, scène
de genre, ou encore portrait.
Au XVIIe puis au XVIIIe siècle, les artistes donnent naissance à des mises en
scène d’architectures associant plusieurs formes antiques qui viennent souvent en
arrière plan d’évènements religieux, historiques ou mythologiques. Le
développement de l’architecture est lié en partie à l’essor de la peinture de
paysage, plus particulièrement celle de Claude Lorrain ou de Nicolas Poussin. Les
artistes oscillent entre deux quêtes, réalisme et idéalisme, entre recherche du
naturel et du sublime, entre deux visions, documentaire et poétique.
Le XIXe siècle verra avec le romantisme l’apogée d’une émotion spatiale dans ses
relations avec l’imaginaire. Mais la figuration de l’architecture dans la peinture et la
sculpture constituera le point d’ancrage d’une préoccupation de l’espace
annonciatrice de l’art du XXe siècle.
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Jalons pour une exploitation
pédagogique
Vocabulaire
Baptistère Bas-relief
Doubleau Drapé
Façade Fenêtre Fiction Fond Forme Forum Frise Fronton Fût Frontière
Iconographie In situ
Limite Lucarne
Niche
Urbanisme
Veduta Vestige
Xyste
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Notions
Ressemblance
> Référent
> Présentation
> Représentation
Décor
> Motif
> Mise en scène
> Théâtralité
Narration
> Récit
> Fiction
> Documentaire
> Témoignage
Espace à 2 dimensions
> Emprunt
> Référence
> Citation
> Patrimoine
> Identité
> Oeuvre
Matérialité
Problématiques
artistiques
> Comment l’artiste établit-il une relation avec une œuvre de référence ?
> En quoi l’histoire est-elle une question pour les artistes d’aujourd’hui ?
> Quelles relations doit-on construire entre les œuvres du musée et celles des
créateurs d’aujourd’hui ?
pédagogiques
> Comment les arts plastiques instaurent une relation avec l’histoire et l’histoire des
arts ?
> Peut-on construire une culture artistique de l’élève sans s’appuyer sur les œuvres du
passé ?
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> En quoi les œuvres du musée permettent à l’élève d’élaborer et de construire une
culture artistique ?
> Comment faire pour que l’élève prenne en compte l’espace dans lequel il vit ?
Repères bibliographiques
> BOSSEUR Jean-Yves, Vocabulaire des arts plastiques. Minerve, 1998
Crédits photographiques
© Toulouse, musée des Augustins – clichés Daniel Martin, Bernard Delorme, STC-
Mairie de Toulouse.
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