Dérivabilité et Fonctions Classe Ck
Dérivabilité et Fonctions Classe Ck
Dérivabilité
2 Fonctions de classe C k 6
2.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.2 Opérations sur les fonctions C k . . . . . . . . . . . 6
Mathieu Mansuy - Professeur de Mathématiques en supérieures PCSI au Lycée Saint Louis (Paris)
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PCSI5 Lycée Saint Louis, Paris
τa (f ) : I \ {a} → R
f (x) − f (a)
x 7→
x−a
admet une limite finie en a. Cette limite, lorsqu’elle existe, est le nombre dérivée de f en a. Il est noté f 0 (a)
ou D(f )(a).
Par définition, f est dérivable en a si et seulement si le coefficient directeur de la droite (AM ) admet une limite
quand x tend vers a.
Dans ce cas, la position limite de la droite (AM ) lorsque M tend vers A est la tangente à Cf au point A. Son
coefficient directeur est donc f 0 (a), et son équation cartésienne est:
y = f 0 (a)(x − a) + f (a).
Si τa (f ) tend vers ±∞ lorsque x tend vers a, alors f n’est pas dérivable en a et la courbe représentative de f
admet en (a, f (a)) une tangente verticale.
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Définition.
Soit f : I → R une fonction et a ∈ I.
f (x) − f (a)
On dit que f est dérivable à droite ou dérivable à gauche en a si x 7→ admet une limite
x−a
0 0
finie à droite ou à gauche en a. Si elles existent, on note alors ces limites fd (a) et fg (a), appelées dérivées à
droite ou à gauche de la fonction f en a.
Propriété 1
Définition.
On dit qu’une fonction f définie sur I admet un développement limité à l’ordre 1 en a s’il existe
(a0 , a1 ) ∈ R2 et une fonction : I → R tels que :
Propriété 2
Soit f : I → R et a ∈ I.
f est dérivable en a si et seulement si f admet un développement limité à l’ordre 1 en a, et ce
développement limité est alors nécessairement :
Preuve.
⇒ Supposons f dérivable en a. On pose alors : I → R, x 7→ f (x)−f
x−a
(a)
− f 0 (a) si x 6= a, et (a) = 0. Comme
f est dérivable en a, on a (x) −→ 0. Pour x ∈ I\{a}, f (x) = f (a) + f 0 (a)(x − a) + (x − a)(x), et cette
x→a
égalité reste évidemment vraie quand x = a.
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Propriété 3
Preuve. Soit f : I → R une fonction dérivable en a ∈ I. On sait que f admet un développement limité à l’ordre
1 en a : il existe : I → R telle que lim (x) = 0 et pour tout x ∈ I, f (x) = f (a) + (x − a)f 0 (a) + (x − a)(x).
x→a
En prenant la limite de cette expression quand x tend vers a, on obtient : lim f (x) = f (a), donc f est continue
x→a
en a.
Remarque. La réciproque est fausse: une fonction peut être continue en un point et non dérivable en ce point.
Par exemple, les fonctions valeur absolue ou racine carrée sont continues en 0 et non dérivable en 0.
a 1
|x| sin si x 6= 0
Exercice. Étudier la continuité et la dérivabilité de la fonction x 7→ x (a > 0).
0 si x = 0.
Preuve.
(1) Soit x ∈ I\{a}. Alors
avec g(x) −→ g(a) car g dérivable donc continue en a. Ainsi f g est dérivable en a, de dérivée f 0 (a)g(a) +
x→a
f (a)g 0 (a).
(3) Comme g est dérivable en a, elle y est continue, g(x) −→ g(a) 6= 0. Il existe r > 0 tel que pour tout
x→a
x ∈ V = I ∩ [a − r, a + r], g(x) 6= 0. Pour x ∈ V \{a}, on a
f f
g (x) − g (a) f (x)g(a) − f (a)g(x) f (x)g(a) − f (a)g(a) + f (a)g(a) − f (a)g(x)
= =
x−a g(a)g(x)(x − a) g(a)g(x)(x − a)
f (x) − f (a) g(a) g(x) − g(a) f (a) f 0 (a)g(a) − f (a)g 0 (a)
= × − × −→
x−a g(x)g(a) x−a g(x)g(a) x→a g(a)2
f f 0 (a)g(a)−f (a)g 0 (a)
et g est dérivable en a de dérivée g(a)2 .
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Propriété 5
g ◦ f (x) = g(b) + (f (a) + (x − a)f 0 (a) + (x − a)1 (x) − b)g 0 (b) + (f (x) − b)2 (f (x))
= g(b) + (x − a)f 0 (a)g 0 (b) + g 0 (b)(x − a)1 (x) + (f (x) − b)2 (f (x))
| {z }
=:3 (x)
et dans ce cas :
0 1 1
f −1 (b) = = 0 −1 .
f 0 (a) f (f (b))
Preuve.
f −1 (y) − f −1 (b) 1
=
f f −1 (y) − f (a)
y−b
f −1 (y) − a
La fonction f est continue, strictement monotone sur l’intervalle I non vide et non réduit à un point,
donc la fonction f −1 est continue sur l’intervalle J = f (I). Par composition des limites, à l’aide de la
dérivabilité de f en a, on a :
f f −1 (y) − f (a)
−→ f 0 (a),
f −1 (y) − a y→b
et puisque f 0 (a) 6= 0 :
f −1 (y) − f −1 (b) 1
−→ 0 .
y−b y→b f (a)
Exemple. C’est grâce à ce théorème qu’on avait prouvé que arccos est dérivable sur ] − 1, 1[ et pour tout
1
x ∈] − 1, 1[, arccos0 (x) = − √ .
1 − x2
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2 Fonctions de classe C k
2.1 Définitions
Définition.
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I. On définit récursivement les dérivées successives de
f par :
pour n = 0, f (0) = f ;
Si, pour n ∈ N, la fonction f (n) existe, on dit que f est n fois dérivable sur I, et on appelle f (n) la dérivée
nieme de f sur I. Enfin, on dit que f : I → R est indéfiniment dérivable sur I si f est n-fois dérivable sur
I pour tout n ∈ N.
Définition.
On considère une fonction f : I → R sur I. On dit que :
f : I → R est de classe C n sur I si f est n-fois dérivable sur I, et f (n) est continue sur I. On note
C n (I, R) l’ensemble des fonctions de I dans R de classe C n .
On dit que f : I → R est de classe C ∞ sur I si f est C n sur I pour tout n ∈ N.
Remarques.
C 0 (I) est l’ensemble des fonctions continues sur I, et C ∞ (I) est l’ensemble des fonctions indéfiniment
dérivables sur I
f est de classe C n si et seulement si f 0 est de classe C n−1 .
On a la suite d’inclusions strictes : C ∞ (I) ··· C n (I) ··· C 1 (I) C 0 (I).
2
Soient n ∈ N, (f, g) ∈ (C n (I, R)) et (λ, µ) ∈ R2 . Alors λf + µg ∈ C n (I, R) et (λf + µg)(n) =
λf (n) + µg (n) .
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Preuve. On montre par récurrence sur n ∈ N la propriété P(n) : Si f et g sont C n , alors λf + µg est C n et
(λf + µg)(n) = λf (n) + µg (n) .
Pour n = 0, on a vu dans le chapitre précédent que P(0) est vraie.
Soit n ∈ N tel que P(n) est vraie. Supposons f et g de classe C n+1 . Alors f et g sont C n , donc par hypothèse
de récurrence, λf + µg est C n et (λf + µg)(n) = λf (n) + µg (n) . Comme f (n) et g (n) sont C 1 (car f et g C n+1 ),
(λf + µg)(n) est dérivable (comme combinaison linéaire de fonctions qui le sont) de dérivée (λf + µg)(n+1) =
λf (n+1) + µg (n+1) continue. Ainsi λf + µg est C n+1 et on a P(n + 1).
Conclusion : ∀n ∈ N, P(n) est vraie.
Preuve. On montre par récurrence sur n ∈ N la propriété P(n) : Si f et g sont C n sur I , alors f g est C n sur
n
n
(k) (n−k)
I et (f g)n =
P
k f g .
k=0
0
0 0
f (k) g (0−k) = f (0) g (0) = f g = (f g)(0) ,
P
Si f et g sont continues sur I, alors f g est continue sur I et k 0
k=0
donc on a P(0).
Soit n ∈ N tel que P(n) vraie.
Supposons f et g de classe C n+1 . Alors f et g sont C n , donc par hypothèse de récurrence f g est C n et
n
n
(k) (n−k)
(f g)(n) = . Pour k ∈ [|0, n|], f (k) est C n+1−k donc C 1 donc dérivable et g (n−k) est C k+1 donc
P
k f g
k=0
C 1 donc dérivable. Ainsi (f g)(n) est dérivable comme produits et combinaison linéaire de fonctions qui le sont.
On a alors :
n n n
(n+1) (n) 0
X n (k+1) (n−k) (k) (n+1−k)
X n (k+1) (n−k) X n (k) (n+1−k)
(f g) = ((f g) ) = (f g +f g )= f g + f g
k k k
k=0 k=0 k=0
n+1
X n n
X n (k) (n+1−k)
= f (k) g (n−k+1) + f g par changement d’indice
k−1 k
k=1 k=0
n
n (n+1) (0) n (0) (n+1) X n n
= f g + f g + + f (k) g (n+1−k)
n 0 k−1 k
k=1
n
X n + 1
= f (n+1) g + f g (n+1) + f (k) g (n+1−k) par la relation de Pascal
k
k=1
n+1
X n+1
= f (k) g (n+1−k)
k
k=0
et pour k ∈ [|0, n + 1|], f (k) est C n+1−k donc continue, g (n+1−k) est C k donc continue. Ainsi (f g)(n+1) est
continue comme produits et combinaison linéaire de fonctions qui le sont. Ainsi f g est C n+1 et on a P(n + 1).
On conclut par principe de récurrence.
Exercice. Posons f (x) = xn (1 + x)n . En calculant de deux façons différentes le terme dominant de f (n) ,
n 2
X n
simplifier .
k
k=0
n 2
X n
Par la formule de Leibniz, on obtient que le coefficient du terme de plus haut degré est n! .
k
k=0
(2n)!
Or le terme de plus haut degré dans f (x) est x2n , et donc le coefficient de ce terme dans f (n) (x) est .
n!
n 2
X n (2n)!
Ainsi on obtient la formule : = .
k (n!)2
k=0
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Propriété 9
f
Soient f et g : I → R de classe C n . Si g ne s’annule pas, alors g est C n sur I.
Propriété 10
Soient f : I → R et g : J → R deux fonctions C n sur I telles que f (I) ⊂ J. Alors (g ◦ f ) est de classe
C n sur I.
Propriété 11
Soit f : I → J bijective, de classe C n sur I et telle que f 0 ne s’annule pas. Alors f −1 est de classe
C n sur J.
Exemples.
La fonction arctan est C ∞ sur R.
Les fonctions arcsin et arccos sont C ∞ sur ] − 1, 1[.
On dit que f admet une minimum local en a, s’il existe un réel η > 0 (eta) tel que la fonction
f|I∩[a−η,a+η] admette un minimum en a, i.e :
f (x)
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Preuve. Quitte à changer f en −f , on suppose que f admet en a un maximum local. Il existe alors η > 0
tel que ∀x ∈ [a − η, a + η] ∩ I, f (x) ≤ f (a). Comme a n’est pas une extrémité de I, il existe ν > 0 tel que
[a − ν, a + ν] ⊂ I. Posons δ = min(η, ν) > 0. Ainsi, pour tout x ∈ [a − δ, a + δ], f (x) ≤ f (a).
Pour tout x ∈ [a − δ, a[, f (x)−f
x−a
(a)
≥ 0 (car f (x) − f (a) ≤ 0 et x − a < 0), donc en passant à la limite quand
x → a− (comme f est dérivable en a), f 0 (a) = fg0 (a) ≥ 0.
De même, pour tout x ∈]a, a + δ], f (x)−f
x−a
(a)
≤ 0 (car f (x) − f (a) ≤ 0 et x − a > 0), donc en passant à la limite
quand x → a+ , f 0 (a) = fd0 (a) ≤ 0.
Ainsi, f 0 (a) = 0.
Remarques.
La condition f 0 (a) = 0 n’implique pas qu’il y ait un extremum local en a.
Par exemple, la fonction f : x ∈ R 7→ x3 satisfait f 0 (0) = 0, mais f n’admet pas d’extremum local en 0.
L’hypothèse a intérieur à I est essentielle : par exemple, la fonction f : x ∈ [0, 1] 7→ [0, 1] est dérivable sur
[0, 1] et a son minimum en 0 et son maximum en 1, mais f 0 (0) = f 0 (1) = 1 6= 0.
Soient a et b deux réels avec a < b et f : [a, b] → R continue sur [a, b], dérivable sur ]a, b[ et telle que
f (a) = f (b). Alors il existe c ∈]a, b[ tel que f 0 (c) = 0.
Preuve. f est continue sur le segment [a, b] donc est bornée et atteint ses bornes : on a (c, d) ∈ [a, b]2 tel que
∀x ∈ [a, b], f (c) ≤ f (x) ≤ f (d).
Si c ∈ {a, b} et d ∈ {a, b}. Comme f (a) = f (b), f (c) = f (d) et pour tout x ∈ [a, b], f (c) ≤ f (x) ≤ f (d) =
f (c) donc f (x) = f (c). f est alors constante, et en tout c ∈]a, b[, on a f 0 (c) = 0.
Sinon c ∈]a, b[ ou d ∈]a, b[, f admet en ce point un extremum local, et y est dérivable, donc sa dérivée s’y
annule d’après la proposition précédente.
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Remarque. En général, l’élément c ∈]a, b[ tel que f 0 (c) = 0 n’est pas unique, comme dans l’exemple suivant :
y
f (x)
a c2 b
x
c1
Exercice. Soit f : [a, b] → R. On suppose que f s’annule au moins n + 1 fois sur [a, b], et que f est n-fois
dérivable sur [a, b].
a) Montrer que l’équation f 0 (x) = 0 admet au moins n solutions sur ]a, b[.
b) Montrer qu’il existe c ∈]a, b[ tel que f (n) (c) = 0.
Solution.
a) Soit α1 < α2 < ... < αn+1 des points distincts de I sur lesquels f s’annule. Or, pour tout k ∈ [|1, n|], f est
continue sur [αk , αk+1 ] et dérivable sur ]αk , αk+1 [ donc d’après le théorème de Rolle, il existe βk ∈]αk , αk+1 [
tel que f 0 (βk ) = 0.
Enfin, puisque α1 < β1 < α2 < ... < αn < βn < αn+1 , les n βk (k ∈ [|1, n|]) sont deux à deux disjoints, ce
qui permet de conclure
b) On montre par récurrence sur k ∈ [|1, n|] la propriété P(k) : f (k) s’annule au moins n + 1 − k fois sur ]a, b[.
On a P(1) vraie d’après la question précédente.
Soit k ∈ [|1, n − 1|] tel que P(k) est vraie. Par hypothèse de récurrence f (k) s’annule au moins n + 1 − k
fois sur [a, b], disons en r1 < · · · < rn+1−k . Pour i ∈ [|1, n − k|], f (k) est continue sur [ri , ri+1 ], dérivable sur
]ri , ri+1 [ (car f est n-fois dérivable sur [a, b]) et f (k) (ri ) = 0 = f (k) (ri+1 ), donc par le théorème de Rolle, il
existe si ∈]ri , ri+1 [ tel que f (k+1) (si ) = 0. Comme a < s1 < · · · < sn−k < b, on a montré que f (k+1) s’annule
au moins n − k fois sur ]a, b[, ainsi P(k + 1) est vraie .
En conclusion, ∀k ∈ [|1, n|], P(k) vraie. En particulier P(n), et f (n) s’annule au moins une fois sur ]a, b[,
donc on a c ∈]a, b[ tel que f (n) (c) = 0.
Soient a et b deux réels avec a < b et f : [a, b] → R, continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Alors il
existe c ∈]a, b[ tel que f (b) − f (a) = f 0 (c)(b − a).
Interprétation géométrique : Le théorème des accroissements finis signifie que si f est une fonction continue
sur le segment [a, b], dérivable sur ]a, b[, alors il existe (au moins) une tangente à son graphe qui soit parallèle
à la corde (AB), où A(a, f (a)) et B(b, f (b)).
Interprétation cinétique : Considérons un point mobile se déplaçant sur un axe et supposons que la position
soit une fonction dérivable du temps. Ce théorème nous dit qu’il existe un instant c où la vitesse instantanée
f (b) − f (a)
f 0 (c) est égale à la vitesse moyenne sur le trajet .
b−a
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Preuve. Posons g : [a, b] → R, x 7→ f (x) − f (a) − K(x − a), avec K ∈ R. g est continue sur [a, b] et dérivable
f (b) − f (a)
sur ]a, b[ et g(a) = 0. Fixons alors K ∈ R tel que g(b) = 0 : g(b) = 0 ⇔ K = (a 6= b).
b−a
Par le théorème de Rolle appliqué à g, il existe c ∈]a, b[ tel que g (c) = 0. Alors f 0 (c) − K = 0, donc
0
f (b) − f (a)
= f 0 (c), puis f (b) − f (a) = f 0 (c)(b − a).
b−a
Fonctions monotones
Propriété 15
Preuve.
(1) ⇒ Immédiat.
⇐ Supposons que f 0 = 0 sur I, et soir x, y ∈ I, x < y. D’après le théorème des accroissements finis entre
x et y (f étant continue sur [x, y] et dérivable sur ]x, y[ car dérivable sur I), il existe c ∈]x, y[ tel que
f (y) − f (x) = f 0 (c)(y − x) = 0. Donc f (x) = f (y).
(2) On traite le cas f croissante (l’autre cas s’en déduit en remplaçant f par −f ).
f (x) − f (a)
⇒ Soit a ∈ I. Alors, pour tout x ∈ I, avec x 6= a, on a ≥ 0. En faisant tendre x vers a, on
x−a
0
obtient, par passage à la limite dans les inégalités, que f (a) ≥ 0 pour tout a ∈ I.
⇐ Supposons f 0 à valeurs positives. Soit (x, y) ∈ I 2 avec x < y. Par le théorème des accroissements
finis (f étant continue sur [x, y] et dérivable sur ]x, y[ car dérivable sur I), il existe c ∈]x, y[ tel que
f (y) − f (x) = f 0 (c)(y − x) ≥ 0 car f 0 (c) ≥ 0 et y − x > 0. Ainsi f (y) ≥ f (x) et f est croissante.
Remarques.
Si f 0 > 0 (resp. f 0 < 0) sur I, le raisonnement précédent montre qu’alors f est strictement croissante
(resp. strictement décroissante) sur I.
La réciproque est cependant fausse : une fonction f strictement croissante sur I ne satisfait pas nécessairement
f 0 > 0 sur I, comme le montre la fonction f (x) = x3 (strictement croissante sur R et telle que f 0 (0) = 0).
On a en revanche le résultat suivant utile en pratique.
Propriété 16
Preuve. Par l’absurde, si f n’est pas strictement croissante, alors il existe c < d, c, d ∈ I, tels que f (c) = f (d).
Comme f est croissante, on a donc f[c,d] constante et alors f 0 est nulle sur le segment [c, d]. C’est en contradiction
avec l’hypothèse de départ, donc f est strictement croissante.
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Soit f : I → R une fonction continue sur I, dérivable sur I\{a}. Si f 0 : I\{a} admet une limite l
(finie ou infinie) quand x → a, alors f (x)−f
x−a
(a)
−→ l.
x→a
En particulier si l est finie, f est dérivable en a et f 0 est continue en a et donc f 0 (a) = l.
Preuve. On démontre la proposition lorsque l = lim f 0 (x) est finie (la preuve est identique si l = ±∞). Soit
x→a
ε > 0.
∃δ > 0, ∀x ∈ I\{a}, |x − a| ≤ δ ⇒ |f 0 (x) − l| ≤ ε.
Soit x ∈ I\{a} tel que |x − a| ≤ δ. D’après le théorème des accroissements finis appliqué à f entre a et x (f
continue sur [a, x] (ou [x, a]), dérivable sur ]a, x[ (ou ]x, a[)) :
f (x) − f (a)
∃cx ∈]a, x[ ( ou ]x, a[), = f 0 (cx ).
x−a
Or |cx − a| ≤ |x − a| ≤ δ, et donc :
f (x) − f (a)
|f 0 (cx ) − l| ≤ ε ⇒ − l ≤ ε.
x−a
f (x) − f (a)
Ainsi, lim = l, c’est à dire f est dérivable en a.
x→a x−a
Remarques.
Si l = ±∞, f n’est pas dérivable en a, et Cf admet une tangente verticale en a.
Si f est continue sur I, de classe C 1 sur I\{a} et si f 0 (x) −→ l ∈ R, alors f est C 1 sur I et f 0 (a) = l.
x→a
si 0 < α < 1, pα n’est pas dérivable en 0, et sa courbe représentative admet une tangente verticale en 0 ;
Exemple. Soit f : x ∈ R∗+ 7→ x2 ln x. Montrons que f peut se prolonger en une fonction f˜ qui est de classe C 1
sur R+ .
La fonction f est C 1 sur R∗+ comme produit de fonctions qui le sont. De plus f (x) −→ 0 par croissance comparée.
x→0
On peut donc prolonger f en une fonction f˜ définie sur R+ en posant f˜(0) = 0.
Pour x ∈ R∗+ , f˜0 (x) = 2x ln x + x −→ 0 (par croissance comparée), donc f˜ est C 1 sur R+ , et f˜0 (0) = 0 par le
x→0
théorème de prolongement C 1 .
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Preuve. Par le théorème des accroissements finis, il existe c ∈]a, b[ tel que f (b) − f (a) = (b − a)f 0 (c).
1. Comme b − a > 0 et comme m ≤ f 0 (c) ≤ M , on a le résultat.
Fonctions lipschitziennes
Rappel. Soit f : I → R et k ≥ 0. On dit que f est k-lipschitzienne (ou lipschitzienne de rapport k) sur I si :
Propriété 19
Soit f : I → R une fonction dérivable sur I. Si f 0 est bornée sur I par une constante M ≥ 0, alors
f est M lipschitzienne sur I.
Preuve. Il suffit d’appliquer l’inégalité des accroissements finis sur tout segment [x, y] : |f (x)−f (y)| ≤ M |x−y|.
Remarque. Si f est C 1 sur un segment [a, b], alors f est lipschitzienne. En effet f 0 est continue sur le segment
[a, b] donc y est bornée.
Exemple. Les fonctions sinus et cosinus sont 1-lipschitziennes sur R. En effet pour le sinus par exemple, on a
| sin0 | = | cos | ≤ 1. Par la proposition précédente, on a pour tout x, y ∈ R,
Propriété 20
Soit f : I → I une fonction contractante. Si f admet un point fixe l, alors l est unique et toute suite
définie par récurrence par u0 ∈ I et ∀n ∈ N, un+1 = f (un ) converge vers l.
Preuve.
Supposons avoir un deuxième point fixe l1 6= l ∈ I. Alors |f (l) − f (l1 )| ≤ k|l1 − l| i.e. |l − l1 | ≤ k|l − l1 |
i.e. 1 ≤ k (car |l − l1 | > 0)... absurde ! Ainsi si f admet un point fixe l, celui-ci est unique.
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Soit (un )n∈N ∈ I N une suite définie par u0 ∈ I et ∀n ∈ N, un+1 = f (un ). Montrons par récurrence sur
n ∈ N la propriété P(n) : |un − l| ≤ k n |u0 − l|.
P(0) est évidente.
Soit n ∈ N tel que P(n). Par hypothèse de récurrence, on a |un − l| ≤ k n |u0 − l|. Alors on a :
Calcul approché du point fixe. Si I = [a, b], le calcul précédent nous donne une estimation de l’erreur :
Ainsi, un constitue une estimation du point fixe l de f avec une précision au moins égale à k n |b − a|.
Exercice. Soit la suite définie par u0 = 1 et la relation un+1 = exp(−un − 1). Montrer qu’elle converge et
préciser L = lim un à 10−5 près.
On pose f (x) = exp(−x − 1). L’intervalle R+ est stable par f et u0 ∈ R+ , donc pour tout n ∈ N, un ≥ 0.
Par la proposition précédente, on sait que (un ) converge vers L. Plus précisément, on a :
Par récurrence, on a |un − L| ≤ e−n |u0 − L| ≤ e−n . Puisque lim e−n = 0, on retrouve que lim un = L par
théorème d’encadrement. De plus on déduit que u12 = 0.27846... donne L à e−12 ≤ 10−5 près.
f (x) − f (a)
On dit que f : I → C est dérivable en a ∈ I si le taux d’accroissement admet une limite
x−a
0
quand x → a. On appelle alors dérivée de f en a et on note f (a) cette limite.
Définition.
Soit f : I → C une fonction de la variable réelle à valeurs complexes. On définit les fonctions Re(f ) : I → R
et Im(f ) : I → R par : pour tout x ∈ I, Re(f )(x) = Re(f (x)) et Im(f )(x) = Im(f (x)).
Propriété 21
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Preuve. C’est une conséquence des résultats établis sur les limites, puisqu’on sait qu’il y a équivalence entre :
f (x) − f (a)
x 7→ a une limite finie en a ;
x−a
Re(f )(x) − Re(f )(a) Im(f )(x) − Im(f )(a)
x 7→ et x 7→ ont des limites finies en a.
x−a x−a
Et on a alors :
f (x) − f (a) Re(f )(x) − Re(f )(a) Im(f )(x) − Im(f )(a)
lim = lim + i lim .
x→a x−a x→a x−a x→a x−a
D’où le résultat.
Propriété 22
∀t ∈ I, f 0 (t) = φ0 (t)eφ(t) .
Exemple. Considérons la fonction f : t 7→ eit . D’après la proposition précédente, f est dérivable sur R et pour
tout t ∈ R :
f 0 (t) = ieit .
Remarque. Le théorème de Rolle (et des accroissement finis) est faux pour les fonction à valeurs complexes :
la fonction f est continue sur [0, 2π], dérivable sur ]0, 2π[, on a bien f (2π) = f (0) = 1. Cependant pour tout
t ∈]0, 2π[, f 0 (t) 6= 0 puisque |f 0 (t)| = 1.
On conserve cependant l’inégalité des accroissements finis pour les fonctions à valeurs complexes.
Soit f : [a, b] → C une fonction continue sur [a, b], dérivable sur ]a, b[ et telle que f 0 est bornée par
M ≥ 0 sur ]a, b[ : ∀x ∈]a, b[, |f 0 (x)| ≤ M . Alors on a l’inégalité |f (b) − f (a)| ≤ M |b − a|.
Preuve. Notons θ un argument de f (b) − f (a), de sorte que e−iθ (f (b) − f (a)) = |f (b) − f (a)|. On pose
g : [a, b] → R, x 7→ <(e−iθ f (x)). g est dérivable sur ]a, b[ (car partie réelle d’une fonction qui l’est) et pour
x ∈]a, b[,
|g 0 (x)| = |<(e−iθ f 0 (x))| ≤ |e−iθ f 0 (x)| = |f 0 (x)| ≤ M.
D’après l’inégalité des accroissements finis (cas réel), g est M -lipschitzienne. Ainsi |g(b) − g(a)| ≤ M |b − a|. Or,
|g(b) − g(a)| = |<(e−iθ (f (b) − f (a)))| = |<(|f (b) − f (a)|)| = |f (b) − f (a)|.
Propriété 24
Propriété 25
Une fonction f : I → C est constante si et seulement si elle est dérivable et de dérivée nulle.
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Preuve.
⇒ Si f est constante, son taux d’accroissement en tout point de I est nul, et donc f est dérivable sur I et f 0
est nulle.
⇐ Si f a une dérivée nulle sur I, alors f est 0-lipschitzienne sur I de sorte que f (x) = f (y) pour tout x, y ∈ I.
Donc f est constante.
Pour résumer ce qui est vrai ou non pour une fonction à valeurs complexes :
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