REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE
Ministère de l’Enseignement
Supérieur وزارة اﻟﺘﻌﻠﲓ اﻟﻌﺎﱄ و اﻟﺒﺤﺚ اﻟﻌﻠﻤﻲ
et de la Recherche Scientifique ﺎﻣﻌﺔ اﶊﺪ ﺑﻮﻗﺮة
Université M’hamed BOUGARA
ﺑﻮﻣﺮداس
Boumerdès
Faculté des langues étrangères.
Département de français.
Année universitaire 2022/2023.
Module : Phonologie.
Enseignant : M.MORSLI.
Les variantes (combinatoires et facultatives).
Objectifs de la séance :
- Comprendre la notion de variante.
- Les types de variantes (libre et combinatoire).
- Les notions de distribution libre et de distribution complémentaire.
- La différence entre les types de variantes.
- Comprendre la loi de distribution complémentaire pour les voyelles
La notion de variante d’un phonème : La variante d’un phonème renvoie aux différentes réalisations
phonétiques concrètes d’un phonème. Deux sons peuvent être des variantes d’un phonème donné si «ils
ne peuvent être employés pour différencier des signification intellectuelles» (Troubetskoï, Principe de
phonologie, Klincksieck, Paris, 1986, p49).
Deux variantes d’un même phonème ne peuvent jamais former une paire minimale. Une variante est toujours
un son ; ce n’est jamais un phonème. C’est une réalisation phonétique concrète particulière du phonème. On
distingue deux types de variantes : les variantes libres (ou facultatives) et les variantes combinatoires (ou
contextuelles).
1- Les variantes combinatoires : «Si deux sons d’une langue, parents entre eux du point de vue acoustique ou
articulatoire, ne se présentent jamais dans le même entourage phonique, alors ils sont à considérés comme des
variantes combinatoires du même phonème ». (Troubetzkoy, 1986, p50). Si deux sons d’une langue ne se
présentent jamais dans le même contexte phonique (ou dans la même distribution ou position), cela veut dire
qu’ils ne peuvent jamais s’opposer dans une paire minimale ; en d’autres termes, ces deux sons ne peuvent
jamais constituer deux phonèmes de cette langue.
Les variantes combinatoires dépendent de l’entourage (ou du contexte) phonétique dans lequel elles
apparaissent ; leur réalisation est déterminée automatiquement par le contexte phonétique et par des
automatismes articulatoires. Leur apparition est donc prévisible par l’analyse de ce contexte phonique. On dit
qu’elles sont en distribution complémentaire, car elles n’apparaissent jamais dans le même contexte phonique
(distribution) mais elles occupent les différentes positions dans la chaîne parlée de façon complémentaire, mais
jamais dans la même position. Certains auteurs les appellent des allophones. Un phonème présente donc des
variantes combinatoires, s’il prend des formes différentes (des manifestations phonétiques différentes) selon le
contexte phonétique dans lequel il peut apparaître.
Exemples :
Pour les consonnes : Le /ᴙ/ se réalise en variante désonorisée [ ̻ᴙ] quand il subit l’influence d’une consonne
sourde et désonorisante: [ᴙ] uvulaire sonore et [ ̻ᴙ] uvulaire désonorisé constituent des variantes combinatoires
d’un même phonème /R/. Ainsi, pour le mot prêtre on transcrira phonétiquement [p ̻ᴙɛt ̻ᴙ] (il s’agit ici de la
réalisation concrète du phonème, qui se manifeste sous forme de variante désonorisée), mais phonologiquement
on transcrira : /pᴙɛtᴙ/ (on a affaire ici au phonème, ou à un archiphonème dans le cas d’une neutralisation d’une
oppositions qui donne lieu a deux variantes combinatoire.). Il faut noter que la désonorisation des deux [ᴙ] est
due ici à la présence de deux consonnes sourde et désonorisantes, respectivement le [p] et le [t]. (Voir d’autres
exemples dans le cours d’André Thibault (semaine 03), le /l/ désonorisé et le /k/ palatalisé (ou encore vélarisé)
à cause du contexte.
Pour les voyelles (la loi de distribution complémentaire): Certaines voyelles du français présentent deux
timbres vocaliques : ouvert et fermé : [e] et [ɛ], [oe] et [Ø], [o] et [ɔ]. La répartition ou la réalisation de ces deux
timbres se
fait selon la loi de la distribution complémentaire: « Dans une syllabe accentuée fermée, la voyelle est ouverte
et dans une syllabe accentuée ouverte, la voyelle est fermée » (P. Léon, Phonétisme et prononciation du
français, nathan/sejer, 2004, p85). Ainsi, c’est la nature de la syllabe (ouverte ou fermée) qui détermine la
nature du timbre, ce qui fait de ces timbres vocaliques des variantes combinatoires (ou contextuelles).
Loi de distribution complémentaire :
Les voyelles [e] et [ɛ], [oe] et [Ø], [o] et [ɔ] sont respectivement les variantes combinatoires des archiphonèmes
: /E/,/Ø/ et [O]. Ainsi, le mot décors se transcrit phonétiquement : [dekɔᴙ], avec la réalisation automatique du
timbre ouvert dans une syllabe accentuée fermée, mais, phonologiquement, il se transcrit /dekOᴙ/ avec
l’archiphonème /O/.
Le mot château se transcrit phonétiquement [ʃɑto] avec un timbre fermé dans une syllabe accentuée
ouverte, mais,phonologiquement, il se transcrit /ʃɑtO/ avec l’archiphonème /O/. Le mot prêtre se transcrit
phonétiquement [p ᴙ̻ ɛt ̻ᴙ], notez la présence de la variante combinatoire désonorisée à cause du contexte
phonique désonorisant, et du timbre mi-ouvert de la voyelle à cause de la neutralisation de l’opposition /e/~/ɛ/
dans une syllabe accentuée fermée qui ne laisse apparaître que la voyelle mi-ouverte). Mais, phonologiquement,
le mot prêtre se transcrit : /pᴙEtᴙ/. (Notez la présence du phonème /ᴙ/ du fait que l’assourdissement n’est pas
pertinent dans cette distribution et de l’archiphonème /E/ du fait de la neutralisation de l’opposition /e/~/ɛ/ dans
une syllabe accentuée fermée).
La loi de la distribution complémentaire présente des exceptions dues à l’étymologie, à la graphie…
(cf., Léon, 2004, P86, voir aussi le cours de Thibault, semaine 06).
3- La variante libre (facultative): « Si deux sons de la même langue apparaissent exactement dans le même
entourage phonique, et qu’ils peuvent être substitués l’un à l’autre sans qu’il ne se produise par là une
différence dans la signification intellectuelle du mot, alors ces deux sons ne sont que des variantes facultatives
d’un même phonème unique » Idem, p, 47. Bien qu’elles apparaissent dans le même contexte phonique, les
variantes libres ne peuvent jamais opposer deux unités dans une paire minimale, car la substitution de l’une à
l’autre n’entraîne pas un changement de sens. Les variantes libres ne sont pas vraiment prévisibles, car elles ne
dépendent pas de facteurs linguistiques ou phonétiques. Elles dépendent de facteurs socio, sociolinguistique,
géographiques, elles sont liées au locuteur, à son origine sociale ou géographique, à son intention stylistique,
etc. On dit qu’elles sont en distribution libre.
Ex : Dans la langue française, la vibrante uvulaire [ᴙ] et la vibrante apical [r] sont les variantes libres d’un
même phonème. Elles apparaissent exactement dans le même contexte phonique, mais elles ne changent pas le
sens des unités linguistiques. Ex : [ᴙaᴙ] et [rar]. L’apparition de l’une ou de l’autre de ces variantes dépend de
facteurs stylistiques et/ou sociolinguistiques.
Bibliographie ;
- TROUBETSKOY, Principes de phonologie, Klincksieck, Paris, 1986.
- LEON, P, Phonétisme et prononciation du français, Armand colin, 2004.