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Atrocity Guide FR Appendix

Ce document présente les concepts de base du droit pénal international, notamment les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide. Il définit également des termes clés comme la compétence universelle et la complémentarité.

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Atrocity Guide FR Appendix

Ce document présente les concepts de base du droit pénal international, notamment les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide. Il définit également des termes clés comme la compétence universelle et la complémentarité.

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ANNEXES

BASES DU DROIT PÉNAL


INTERNATIONAL
ANNEXE 1

INTRODUCTION AU DROIT
PÉNAL INTERNATIONAL
Cette section présente les concepts de base et l’histoire du droit pénal
international en pratique au cours des dernières décennies. Il ne remplace
pas un diplôme en droit, en histoire ou en relations internationales. Pour
compléter vos connaissances, nous vous encourageons à consulter les
ressources et les organismes mentionnés dans ce guide.

Lorsque vous commencez à élaborer un programme d’observation des procès,


il est important de savoir que le procès sur lequel vous travaillez ne se déroule
pas de manière isolée. Le système de justice pénale internationale a évolué
de multiples façons au fil du temps. Le fait de disposer d’une compréhension
de base de ce contexte vous aidera à mieux apprécier le contexte actuel dans
lequel se déroulent les procès pour crimes d’atrocité.

Terminologie
Le langage utilisé lors des procès pour crimes d’atrocité peut être très
complexe. Il est important pour vous, l’observateur du procès, de comprendre
les termes utilisés dans la salle d’audience afin de mieux informer votre
public. Il existe des glossaires de termes juridiques, tels que https://www.
ijmonitor.org/glossary-of-legal-terms/. Nous abordons ici certains des termes
de base.

Les procès que vous suivez peuvent concerner plusieurs crimes spécifiques,
allant de la torture aux violations de la loi sur l’immigration. Il existe trois
grandes catégories de crimes que vous êtes susceptible de rencontrer
régulièrement :

• les crimes de guerre ;


• les crimes contre l’humanité ;
• et les génocides.

Il s’agit de crimes relevant soit du droit des traités, soit du droit international
coutumier. Le droit des traités existe lorsque les États ont signé un accord
international. Le droit international coutumier est le corpus de droit non écrit
qui s’est développé grâce aux pratiques cohérentes des États qui, selon le
Comité international de la Croix-Rouge, sont si « répandues, représentatives
et pratiquement uniformes » qu’elles sont universellement acceptées comme
des règles générales auxquelles les États sont tenus. Les termes « crimes
de guerre », « crimes contre l’humanité » et « génocide », ainsi que d’autres
termes importants, sont définis ci-dessous, par ordre alphabétique.

42 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Compétence universelle
La compétence universelle désigne généralement une situation dans laquelle
un État est autorisé, en vertu du droit national, à poursuivre des crimes commis
en dehors de son territoire. Les crimes spécifiques couverts par la compétence
universelle et les conditions à remplir pour être poursuivi varient en fonction
des lois de chaque État. Dans de nombreux États qui ont adopté une législation
reconnaissant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide,
les lois permettent de poursuivre ces crimes même s’ils sont commis à l’étranger.

La plupart des États peuvent poursuivre de tels crimes (même lorsqu’ils sont
commis à l’étranger) si l’auteur est un ressortissant de ces États. Certains États
l’autorisent également si la victime est un ressortissant de ces États. Quelques
États peuvent poursuivre de tels crimes même si ni l’auteur ni la victime ne
sont des ressortissants de ces États. Dans ces États, cependant, les autorités
exigent souvent que l’auteur soit situé dans leur pays. En outre, certains traités,
tels que la Convention contre la torture, exigent des États qu’ils poursuivent ou
extradent les auteurs s’ils sont découverts sur leur territoire.

Complémentarité
La complémentarité est un principe inscrit dans le Statut de Rome de la Cour
pénale internationale, qui stipule que la CPI « doit être complémentaire des
juridictions pénales nationales ». Cela signifie que la CPI ne peut enquêter sur
les crimes relevant de sa compétence et poursuivre leurs auteurs que lorsque
les institutions nationales ne peuvent ou ne veulent pas le faire véritablement.

Crimes contre l’humanité


Selon le Statut de Rome, les crimes contre l’humanité sont définis comme :

« L’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une
attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et
en connaissance de cette attaque :

• meurtre ;
• extermination ;
• réduction en esclavage ;
• déportation ou transfert forcé de population ;
• emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en
violation des dispositions fondamentales du droit international ;
• torture ;
• viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation
forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;
• persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des
motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou
sexiste [...] ou en fonction d'autres critères universellement reconnus comme
inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans
le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ;
• disparitions forcées de personnes ;
• crime d'apartheid ;
• autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement
de grandes souffrances ou des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la
santé physique ou mentale ».
Les crimes contre l’humanité peuvent être commis en temps de guerre ou en
temps de paix.

43 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Crimes de guerre
Un crime de guerre est une violation grave du droit humanitaire international
(qui est un mélange de traités multilatéraux et de droit international
coutumier) commise pendant un conflit armé international ou non
international.

En vertu du Statut de Rome – le traité fondateur de la CPI – les crimes de


guerre comprennent, entre autres, les infractions graves aux Conventions
de Genève, telles que les meurtres intentionnels et la torture. Il comprend
également d’autres « violations graves des lois et coutumes applicables aux
conflits armés internationaux ». Une liste non exhaustive d’exemples est
fournie :

• le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile ;


• le pillage d’une ville ou d’une localité ;
• les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements
humiliants et dégradants ;
• le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée ou la grossesse forcée ;
• le fait d’affamer délibérément des civils comme méthode de guerre ;
• le fait de procéder à la conscription ou à l’enrôlement d’enfants de moins
de 15 ans dans les forces armées ou de les faire participer activement à des
hostilités.

Crimes sexuels et sexistes


Les crimes sexuels peuvent inclure le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution
forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de
violence sexuelle de gravité comparable.

Les crimes sexistes sont les crimes commis contre des personnes, hommes
ou femmes, en raison de leur sexe et/ou de rôles sexospécifiques socialement
construits.

«  Il est important de reconnaître que les violations sexuelles


ne sont pas limitées au temps de guerre, mais qu’elles sont
profondément ancrées dans la discrimination et les problèmes
structurels de chaque société. Les crimes sexuels et sexistes
sont caractérisés par l’humiliation et la domination ».

Alix Vuillemin Grendel — conseillère principale à Women’s Initiatives


for Gender Justice

Il est important de connaître le contexte dans lequel la violence sexuelle se


produit et pourquoi elle est poursuivie comme un crime international.

44 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Exemple : la violence sexuelle en tant que crime
contre l’humanité
Vous trouverez ci-dessous un extrait d’un rapport sur un procès devant un
tribunal national traitant de la violence sexuelle en tant que crime contre
l’humanité.

« Un tribunal du Guatemala a jugé deux anciens officiers supérieurs


de l’armée coupables de crimes contre l’humanité dans une affaire de
meurtre, d’esclavage sexuel et d’autres atrocités commises sur la base
militaire de Sepur Zarco, dans l’est du pays, en 1982 et 1983. [...]

En prononçant le jugement dans un tribunal bondé le vendredi 26 février,


la juge Yassmin Barrios a déclaré que le viol avait été délibérément utilisé
à Sepur Zarco comme une arme visant à détruire la communauté indigène https://www.
ijmonitor.
maya locale, les Q’eqchi’. org/2016/02/
guatemala-court-
Le procès de Sepur Zarco est le premier exemple connu de poursuite finds-both-sepur-
devant un tribunal national du crime d’esclavage sexuel pendant un zarco-defendants-
conflit armé comme violation du droit humanitaire international ». guilty/

Droit à un procès équitable


Tout accusé a droit à un procès équitable. Le principe du procès équitable
contient un ensemble de règles qui protègent toute personne accusée d’un
crime, y compris :

• le droit à une audience publique ;


• le droit à un tribunal légalement constitué, compétent, indépendant et
impartial ;
• le droit de recours ;
• le droit d’être défendu par un avocat et de bénéficier de l’aide juridique ;
• le droit à la présomption d’innocence jusqu’à ce que la culpabilité soit
prouvée conformément à la loi ;
• le droit à un jugement motivé ;
• le droit à une position égale pour faire valoir ses arguments dans des
conditions qui ne placent pas l’accusé dans une situation de désavantage
substantiel par rapport à l’auteur des poursuites ;
• le droit à un procès dans un délai raisonnable ;
• le droit de savoir quels sont les chefs d’accusation ;
• le droit de garder le silence ;
• le droit d’avoir du temps pour préparer la défense ;
• le droit d’assister au procès.

Certains de ces droits peuvent être restreints pour certaines raisons. Par
exemple, les audiences peuvent être fermées au public si cela est nécessaire
pour protéger un témoin.

Le principe du procès équitable est inscrit dans de nombreux traités


internationaux et dans les constitutions nationales. Les règles détaillées
sont principalement basées sur les lois nationales et la jurisprudence
internationale.

45 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Droit humanitaire international
Le droit humanitaire international est un ensemble de règles qui visent à limiter
les effets néfastes d’un conflit armé en protégeant certaines personnes et en
interdisant certaines méthodes de guerre. Il ne repose pas sur un document
unique, mais sur une série de conventions, dont ce que l’on appelle généralement
les Conventions de Genève, qui définissent un grand nombre de règles.

Le droit humanitaire international ne régit pas la question de savoir si un État


peut ou non faire la guerre. Il s’applique plutôt à toutes les parties au conflit
une fois qu’un conflit armé est en cours. Son objectif est de limiter les pertes
civiles et de minimiser les souffrances.

Formes de responsabilité
Il s’agit d’un domaine évolutif. Il se concentre sur la question de savoir quel
individu est responsable et peut donc être poursuivi pour un crime. Cela
dépend de la manière dont la personne est liée aux crimes.

Les crimes peuvent être commis directement par une personne. Ils peuvent
également être perpétrés par plusieurs personnes ensemble selon un plan
commun, ce qui les rend tous responsables. Une personne qui ordonne
ou aide une autre personne à commettre un crime peut également être
responsable de ce crime. Si un commandant ou un chef a un contrôle sur une
personne qui commet le crime, il peut être responsable s’il avait connaissance
du crime et n’a pas empêché ou puni l’auteur direct.

Ce sont des exemples des différentes formes de responsabilité. Elles


dépendent de la loi qui s’applique dans chaque cas. Par exemple, s’il s’agit
d’un tribunal national, il utilisera les lois nationales.

Parfois, les aspects techniques d’une affaire doivent être au centre de


l’observation et constituer la base de vos rapports. La désinformation basée
sur un malentendu peut se répandre rapidement. Il n’est pas toujours aisé de
trouver le bon équilibre entre un langage juridique complexe et la clarté requise.

Exemple : explication des formes de responsabilité


Dans cet exemple, le rapport examine la question des formes
de responsabilité dans une affaire portée devant la Cour pénale
internationale. L’avocat de la défense soutient que la chambre
préliminaire n’a pas établi de lien adéquat entre l’accusé et les crimes
dont il est accusé. Pour un public n’ayant pas lu l’argumentation complète
de la défense, le rapport devait fournir un contexte suffisant pour
expliquer la le raisonnement juridique de la défense.

« [L’avocat de la défense, Odongo] a déclaré que la décision de la


Chambre préliminaire II confirmant les charges ne précisait pas le rôle
d’Ongwen par rapport à certaines des charges. Odongo a déclaré que la
décision ne définissait pas non plus l’intention d’Ongwen lorsqu’il aurait
commis les crimes dont il est accusé. Dans le langage du Statut de Rome,
la loi fondatrice de la CPI, il s’agit là des formes de responsabilité.

Odongo a déclaré que certains chefs d’accusation dont Ongwen a été


accusé sont larges et comportent de nombreux éléments, mais la décision https://www.
confirmant les accusations ne précise pas lesquels de ces éléments ijmonitor.
s’appliquent à lui. [...] “En langage clair, la décision de confirmation org/2019/02/
defense-asks-
des charges définit-elle ou établit-elle les éléments des crimes et des judges-to-dismiss-
formes de responsabilité reprochés à M. Ongwen et appuie-t-elle chaque 41-counts-against-
élément par une allégation factuelle” ? » ongwen/

46 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Génocide
La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide est
entrée en vigueur en janvier 1951.

Le traité définit le génocide comme « l’un quelconque des actes ci-après,


commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national,
ethnique, racial ou religieux, comme tel ». Ces actes comprennent :

• meurtre de membres du groupe ;


• atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
• soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant
entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
• mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
• transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Plus de 130 nations ont ratifié le traité de 1951, qui les oblige à prendre des
mesures pour prévenir et punir les actes de génocide commis en temps de
guerre ou en temps de paix. Cependant, ce n’est que bien des années plus
tard, avec la création des tribunaux pénaux internationaux, qui ont inscrit le
génocide au rang de crime dans leurs statuts, que les poursuites ont eu lieu.

Justice transitionnelle
La justice transitionnelle comprend l’ensemble des processus et des
mécanismes associés aux tentatives d’une société de faire face à un héritage
de violations des droits de l’homme à grande échelle, afin de garantir la
responsabilisation, de servir la justice, et de parvenir à la réconciliation.

Traditionnellement, il y a quatre piliers ou approches de la justice


transitionnelle. Il s’agit : des poursuites pénales, des réparations, de
l’établissement de la vérité et des garanties de non-récurrence.

47 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
ANNEXE 2

INSTITUTIONS
Les institutions chargées des crimes d’atrocité peuvent être nationales,
internationales ou un mélange des deux, et peuvent traiter de nombreux types
de crimes différents.

Pourquoi utiliser les tribunaux pour traiter les crimes


d’atrocité ?
La plupart des gens ont entendu parler de la Cour pénale internationale,
basée à La Haye, aux Pays-Bas. Créée en juillet 2002, elle est la première
cour internationale permanente chargée de juger les personnes accusées de
crimes internationaux.

Cependant, la création de la CPI a pris beaucoup de temps et ses pouvoirs


sont limités, car elle est basée sur un traité. Il est utile de comprendre ce
qui l’a précédé, ainsi que les autres tribunaux qui existent. Vous trouverez
ci-dessous une liste de tribunaux qui ont traité ou cherchent actuellement à
traiter des crimes d’atrocité.

Nuremberg
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, les gouvernements alliés
ont créé le Tribunal militaire international de Nuremberg, en Allemagne, et
ont inculpé 24 dirigeants nazis. C’était la première fois que les dirigeants d’un
grand État étaient jugés par la communauté internationale pour avoir commis
des crimes contre la paix et l’humanité. La création de ce tribunal a marqué
un tournant dans le renforcement de l’État de droit au niveau international en
reconnaissant l’existence de crimes contre l’humanité. Un tribunal similaire a
été créé en 1946, le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, afin
de poursuivre les criminels de guerre japonais.

Après Nuremberg, la détermination à faire en sorte que de tels crimes ne


restent plus jamais impunis a été renouvelée et un nouvel ensemble de règles
internationales sur la conduite de la guerre a été créé. Toutefois, pendant
près d’un demi-siècle, jusqu’à la création de la CPI, il n’y a pas eu de tribunal
international permanent pour faire appliquer ces règles.

Tribunaux des Nations Unies


Il y a eu des tribunaux ad hoc (c’est-à-dire temporaires) des Nations Unies.

En mai 1993, le Conseil de sécurité des Nations Unies a créé le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). C’était le premier tribunal pour les
crimes d’atrocité depuis Nuremberg. Un an plus tard, en novembre 1994, à
la suite du génocide rwandais, le Conseil de sécurité a voté la création du
Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Les deux tribunaux avaient pour mandat de juger les suspects de crimes
d’atrocité de toutes les parties au conflit, mais seul un nombre limité d’entre
eux – ceux portant la plus grande part de responsabilité – pouvaient être
poursuivis en raison de ressources limitées.

Au TPIY et au TPIR, les procureurs ont enquêté et ont mis en accusation des
suspects, ce qui a dû être confirmé par les juges. Les procès se sont déroulés
selon le principe du contradictoire, les procureurs et les avocats de la défense
présentant leurs arguments aux juges. Sans jury, les juges ont rendu la
décision finale.

48 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Le TPIY, basé à La Haye, a inculpé des personnes de tous les groupes
ethniques et de toutes les parties impliquées dans les guerres en ex-
Yougoslavie, y compris l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic.

Le siège du TPIR était à Arusha, en Tanzanie, et le procureur avait des bureaux


à Arusha et à Kigali, au Rwanda. On lui doit notamment l’inculpation de
membres du leadership extrémiste hutu.

Les deux tribunaux sont maintenant fermés, mais leurs fonctions restantes
sont assurées par le Mécanisme international résiduel pour les tribunaux
internationaux, basé à La Haye et à Arusha.

Tribunaux mixtes et chambres des crimes de guerre


Il s’agit de tribunaux locaux, parfois avec une implication internationale ou
des mandats spécialisés.

Tribunal spécial pour la Sierra Leone


La guerre brutale en Sierra Leone, émaillée de massacres, de mutilations et de
crimes sexuels, a pris fin en 2002, avec l’engagement international de soutenir
un tribunal chargé de punir les pires criminels.

Pour éviter les dépenses liées à la création d’un nouveau tribunal de l’ONU
et pour garantir que la justice rendue trouve un écho dans la société sierra-
léonaise, l’ONU et le gouvernement de la Sierra Leone ont convenu de créer
le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), comprenant du personnel,
des juges, des procureurs et des avocats de la défense sierra-léonais et
internationaux. Le tribunal était basé à Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Comme le TPIY et le TPIR, le TSSL est compétent pour les crimes


internationaux – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ainsi que pour
les crimes relevant du droit sierra-léonais, qui comprennent la maltraitance de
filles de moins de 13 ans et l’incendie de bâtiments publics et d’habitations.
Le génocide n’a pas été inscrit dans les statuts de la cour, car on pense qu’il
n’a pas eu lieu en Sierra Leone.

Chambres extraordinaires au sein des tribunaux


cambodgiens
Un tribunal mixte similaire a été créé au Cambodge sur la base d’un accord
entre l’ONU et le gouvernement cambodgien pour le procès des quelques
dirigeants khmers rouges survivants, responsables de la mort d’au moins
1,7 million de personnes pendant quatre années de terreur de 1975 à 1979.
Basées dans la capitale, Phnom Penh, les Chambres extraordinaires au
sein des tribunaux cambodgiens (CETC), également connues sous le
nom de Tribunal des Khmers rouges, disposent d’un personnel, de juges,
de procureurs, d’avocats de la défense et de représentants des victimes
cambodgiens et internationaux.

Le tribunal a commencé à fonctionner en 2006 et est compétent pour les


mêmes crimes internationaux que le TPIY et le TPIR, y compris le génocide,
ainsi que pour les crimes relevant du droit cambodgien.

Chambres africaines extraordinaires


Après un lobbying intense de la part des groupes de victimes et des recherches
massives menées par les enquêteurs sur les droits de l’homme, les Chambres
africaines extraordinaires ont été créées en vertu d’un accord entre l’Union

49 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
africaine et le Sénégal pour juger les crimes d’atrocité commis au Tchad entre
1982 et 1990 sous le régime de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Les
Chambres africaines extraordinaires ont ouvert en 2013 à Dakar, au Sénégal.

Autres tribunaux mixtes


Au Timor oriental, l’Administration transitoire des Nations Unies a créé des
Chambres spéciales, qui sont des unités spécialisées dotées d’un personnel
international, mais au sein du système judiciaire local, pour que les personnes
soupçonnées de crimes de guerre répondent de leurs actes.

En Bosnie-Herzégovine (ex-Yougoslavie), une Chambre des crimes de guerre


a été créée en étroite collaboration avec le TPIY et avec un personnel
international pour juger les responsables des crimes commis pendant les
guerres dans les Balkans. Des poursuites ont été engagées contre des
personnes que le tribunal de La Haye considère comme trop peu importantes
pour qu’il les poursuive lui-même.

Dans les pays voisins, la Croatie et la Serbie, les systèmes judiciaires ont
également bénéficié d’un soutien international pour la refonte de leurs
tribunaux afin de les rendre conformes aux normes européennes et de leur
permettre de mener eux-mêmes des procès efficaces pour crimes de guerre.

En Irak, l’ancien président Saddam Hussein et d’autres hauts dirigeants


irakiens ont été jugés par la Haute Cour irakienne, créée conjointement
par l’Autorité provisoire de la coalition dirigée par les États-Unis et les
responsables irakiens.

Parmi d’autres exemples, on peut citer les nombreux procès concernant des
crimes d’atrocité au Kosovo menés par la mission des Nations Unies. Plus
récemment, un nouvel ensemble de chambres – faisant partie du système
national du Kosovo, mais basées à La Haye avec seulement des juges et du
personnel internationaux – a été créé pour examiner les crimes d’atrocité
commis pendant et après le conflit du Kosovo de 1998-1999.

Tribunaux nationaux
De nombreuses juridictions nationales prennent en charge des procès pour
crimes d’atrocité. En voici deux exemples.

L’Ouganda a adopté de nombreuses dispositions du Statut de Rome dans


son droit national et a créé sa propre Chambre pour les crimes internationaux
(ICD) au sein de la Cour suprême d’Ouganda. L’ICD est chargée de traiter
des affaires de terrorisme, ainsi que des crimes de guerre, des crimes contre
l’humanité et des génocides. Elle a été créée en 2008 en application de
l’accord de paix signé entre le gouvernement ougandais et le groupe rebelle de
l’Armée de résistance du Seigneur. Cependant, il a fallu plusieurs années pour
la mettre en place, et un seul procès pour crimes d’atrocité a été intenté.

Au Guatemala, la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala


a été créée par le Secrétaire général des Nations Unies et le gouvernement
du Guatemala en 2006. Bien que son mandat soit principalement axé sur les
enquêtes et les poursuites en matière de corruption, la création de tribunaux
à haut risque au sein de l’appareil judiciaire national a également conduit à
plusieurs procès pour des crimes d’atrocité commis pendant les 36 années de
conflit armé interne du pays.

Il s’agit d’une liste non exhaustive, destinée à donner une idée de l’éventail
des efforts déployés pour lutter contre les crimes d’atrocité.

50 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Cour pénale internationale
L’objectif de la Cour pénale internationale est de juger les personnes portant la
plus grande part de responsabilité pour les crimes d’atrocité. Il s’agit de la première
cour permanente ayant un mandat global pour enquêter et juger de telles affaires.
Jusqu’en 2002, date de sa création, les procès pour crimes de guerre étaient
menés par des tribunaux nationaux ou sous les auspices de tribunaux temporaires
internationaux ou mixtes.

Le Statut de Rome – le traité fondateur de la CPI – a été adopté par une majorité
écrasante d’États des Nations Unies le 17 juillet 1998. Toutefois, la Cour ne pouvait
commencer à fonctionner qu’après la ratification du traité par 60 pays, ce qui a
pris quatre années de plus.

La CPI est habilitée à juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les
génocides. Elle peut également examiner les agressions, dans des circonstances
très strictes.

Contrairement à la croyance populaire, elle n’a pas le pouvoir de poursuivre


quiconque, où que ce soit dans le monde, pour des crimes d’atrocité. Elle ne peut
juger que les crimes commis après juillet 2002 et n’est compétente que pour les
crimes commis dans les États qui ont ratifié le Statut de Rome, ou à l’égard des
ressortissants de ces États. Toutefois, le Conseil de sécurité des Nations Unies
peut renvoyer devant la CPI un État qui n’a pas ratifié le Statut de Rome. Les États
non membres peuvent également accepter la juridiction de la CPI de leur propre
initiative.

Une affaire peut être déclenchée par le procureur indépendant du tribunal, par
un pays ou par le Conseil de sécurité des Nations Unies. En dernier recours, les
enquêtes de la CPI ne seront menées que si la Cour est convaincue que le pays
concerné ne veut pas ou ne peut pas mener un procès. L’opposition des membres
permanents du Conseil de sécurité de l’ONU disposant d’un droit de veto,
notamment les États-Unis, la Russie et la Chine, a fait que les renvois émanant du
Conseil de sécurité de l’ONU sont très limités.

Fonds au profit des victimes


Le Fonds au profit des victimes est un organisme indépendant affilié à la CPI
et a deux fonctions principales. Il aide les victimes, par exemple en apportant
un soutien matériel à l’éducation et à la formation professionnelle et en
leur donnant accès à une réadaptation physique et psychosociale, qui est
supervisée par un conseil d’administration indépendant. Le soutien apporté
au Fonds au profit des victimes provient de gouvernements, de fondations
et de donateurs privés. Sa deuxième fonction consiste à administrer les
réparations dont le paiement a été ordonné par le tribunal aux personnes
condamnées.

51 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
ANNEXE 3

PROCÉDURE JUDICIAIRE
Cette annexe explique ce qui se passe lors d’un procès. Tous les
tribunaux sont différents, mais les processus auxquels vous aurez à faire
face sont similaires. Les termes sont présentés ci-dessous dans l’ordre
chronologique approximatif dans lequel les processus judiciaires se déroulent
habituellement.

Mise en accusation
Un acte d’accusation est une liste détaillée des crimes qu’un suspect est
supposé avoir commis. L’acte d’accusation décrit les faits de l’affaire, les
preuves recueillies à ce jour et le droit applicable. L’acte d’accusation peut
porter des noms différents selon les juridictions ; par exemple à la CPI, un
acte d’accusation est appelé « document contenant les charges », et ailleurs il
peut être connu sous le nom de « réquisitoire ».

Une fois qu’un acte d’accusation est publié, il devient souvent un document
public, et vous pouvez en citer des extraits. Toutefois, certains éléments
d’un acte d’accusation peuvent être censurés ou ne pas être accessibles au
public. Il est important de lire attentivement ce document, car les informations
contenues dans l’acte d’accusation constituent la base de vos futurs rapports.
À ce stade, vous pouvez décrire le suspect comme (par exemple) « un suspect
de crimes de guerre », mais n’oubliez jamais qu’un accusé est innocent
jusqu’à preuve du contraire.

Un acte d’accusation peut contenir des informations générales utiles et


énumère les charges retenues contre une personne sous la forme d’un
certain nombre de « chefs d’accusation » En général, un incident ou une série
d’incidents est décrit, et les chefs d’accusation relatifs à cet incident sont
énumérés. Certaines des personnes jugées à la CPI font l’objet de dizaines de
chefs d’accusation.

Un acte d’accusation est généralement préparé par les procureurs à la fin de


leur enquête et avant un procès. Il sert de base pour savoir ce qui doit être
prouvé au procès pour condamner cette personne. Dans certaines juridictions,
l’acte d’accusation émis par le procureur doit être confirmé par le ou les juges
avant que l’affaire puisse être jugée.

Acte d’accusation scellé


Dans certains cas, les noms des personnes et les accusations portées
contre elles ne sont pas rendus publics dans l’acte d’accusation. Un acte
d’accusation scellé donne à l’accusation de meilleures chances d’arrêter la
personne inculpée. C’est une pratique courante dans de nombreux tribunaux.

Mandat d’arrêt
Un mandat d’arrêt est un document délivré par un tribunal ou un procureur
qui donne à la police l’autorisation d’arrêter une personne parce qu’elle
est soupçonnée d’avoir commis certains crimes. Le mandat d’arrêt indique
généralement qui est le suspect, quels sont les crimes présumés et pourquoi
cette personne doit être arrêtée, par exemple si elle risque de s’enfuir.

Des mandats d’arrêt ne sont pas délivrés dans tous les cas. Si le suspect se
présente volontairement devant la police, le procureur ou le tribunal, il n’a pas

52 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
besoin d’être arrêté, mais peut simplement être cité à comparaître. Les citations
à comparaître peuvent également être inconditionnelles ou conditionnelles ;
par exemple, un juge peut ordonner qu’une citation soit délivrée à la condition
que le suspect n’interfère pas avec les témoins, que ce soit directement ou
indirectement.

Les mandats d’arrêt peuvent être délivrés à différents stades de l’enquête, en


fonction du droit applicable. Si le suspect est arrêté sur la base d’un mandat
d’arrêt, il peut être détenu jusqu’au début du procès (détention provisoire), ou
libéré (généralement sous certaines conditions) jusqu’au début du procès. La
détention provisoire ou la mise en liberté provisoire nécessitent généralement
l’approbation d’un juge.

Première comparution
Un suspect fait généralement une première comparution devant le tribunal,
après qu’un acte d’accusation a été émis, mais avant le début du procès. Cette
comparution peut être destinée à décliner l’identité du suspect, à l’informer
de ses droits et à fixer une date pour confirmer les accusations. Les suspects
auront déjà eu le temps de choisir un avocat pour assurer leur défense.

Procédures préliminaires au procès


La période précédant le début du procès est souvent appelée la phase
préliminaire. Des informations plus détaillées sur les accusations portées
contre le défendeur sont souvent disponibles pendant la phase préliminaire
au procès.

Au cours de la procédure préliminaire, différentes étapes de la procédure


peuvent être franchies. L’acte d’accusation est confirmé par le ou les juges
lorsque la loi l’exige. C’est également à ce moment que le procureur divulgue
généralement à la défense les preuves qu’il souhaite utiliser au procès, afin
que l’accusé puisse préparer sa défense. Dans certains tribunaux, c’est le
moment où la chambre préliminaire ou le juge unique peut ordonner le gel des
avoirs de l’accusé.

Exemple : saisir les détails


Ce rapport, concernant un plaidoyer de culpabilité à la CPI, fournit des
détails sur ce qui a été dit exactement au tribunal, et le contexte de ce qui
va se passer ensuite.

« Ahmad Al Faqi Al Mahdi a informé la Cour pénale internationale


(CPI) qu’il souhaite plaider coupable d’une seule accusation de crime
de guerre, à savoir la destruction, totale ou partielle, de bâtiments
historiques dans la ville de Tombouctou, au nord du Mali. Al Faqi a
informé la cour de sa décision le 1er mars, mais les détails de ses propos
n’ont été rendus publics que cette semaine.

Le chef des rebelles islamiques maliens a fait connaître son intention


lors d’une audience que la Chambre préliminaire I a tenu le 1er mars pour
https://www.
écouter l’accusation expliquer pourquoi la chambre devrait confirmer ijmonitor.
les charges retenues contre Al Faqi. Pendant la phase préliminaire org/2016/03/
d’une affaire, le suspect n’est pas tenu d’inscrire un plaidoyer. La phase al-faqi-tells-
chamber-he-
préliminaire du procès à la CPI se concentre sur la question de savoir si intends-to-plead-
les preuves de l’accusation montrent qu’il y a des “motifs substantiels” guilty-to-war-
pour qu’une affaire passe en jugement ». crime-charge/

53 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Ouverture
L’accusation ouvre, ou commence, le procès en expliquant la teneur des
charges invoquées et en exposant les grandes lignes de l’affaire. La défense
répond. Ce schéma se poursuit tout au long du procès : l’accusation d’abord,
puis la défense. Ces arguments initiaux sont parfois appelés « mémoires
d’ouverture ou déclarations préliminaires », et ils exposent ce que chaque
partie cherche à prouver. Ils peuvent contenir beaucoup d’informations utiles.
Dans certaines juridictions, les avocats représentant les victimes peuvent
également faire une déclaration préliminaire, et parfois l’accusé peut faire une
déclaration sans prêter serment lors de l’ouverture d’un procès.

Des réunions peuvent avoir lieu avant le procès afin de régler des différends
techniques. Elles peuvent être plus intéressantes qu’il n’y paraît : un suspect
peut s’apprêter à plaider coupable, par exemple. L’aspect technique du
procès est guidé par le statut et les procédures du tribunal, et ceux-ci
peuvent changer. Les juges peuvent se réunir pour essayer de rationaliser les
procédures. Il est important de se tenir au courant de tout changement.

«  Différents juges gèrent leurs salles d’audience de différentes


manières. Lors du procès Ongwen à la CPI, le juge Schmitt, qui
présidait le procès, était très pragmatique et essayait de faire
respecter le temps de parole par toutes les parties ».

Tom Maliti — observateur de procès à l’OSJI

Présentation des preuves


En fonction de leurs arguments, l’accusation et la défense peuvent produire
des preuves au tribunal pour étayer leur approche de l’affaire ; par exemple,
elles peuvent appeler des témoins ou présenter des enregistrements ou des
documents qui montrent quel a été le rôle de l’accusé. L’accusation présente
d’abord ses preuves, puis la défense les reprend, en essayant de démontrer
que l’accusation n’a pas assez de preuves.

La principale façon dont les avocats de chaque partie tentent de démontrer


le bien-fondé de leur argumentation consiste à présenter des preuves par le
biais de témoins, documents ou objets et, de plus en plus, par le biais d’autres
données obtenues grâce aux nouvelles technologies. Les témoins peuvent
comparaître en personne, à distance par liaison vidéo, ou peuvent présenter
une déclaration écrite. D’autres preuves peuvent provenir de documents, tels
que des ordres militaires. Certains témoins sont dits « experts » et permettent
au tribunal de se faire une idée sur une question spécifique. Les témoins
experts sont des personnes qui n’ont rien vu ou entendu directement sur le
crime présumé ou l’accusé, mais qui possèdent une expertise sur un sujet
spécifique, comme la structure militaire, qui est importante pour l’affaire.

La présentation des preuves est au cœur du procès. Il est très important de


pouvoir transmettre avec précision ce qui a été dit au tribunal, de choisir les
citations les plus importantes et de mettre les développements quotidiens en
contexte pour votre public.

Interrogatoire des témoins


Chaque témoin témoigne en répondant à des questions. Dans le cas d’un
témoin à charge, c’est l’accusation qui commence par poser des questions.
Dans le cas d’un témoin de la défense, c’est la défense qui interrogera d’abord

54 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
le témoin. Lorsque la partie appelante interroge son propre témoin, on parle
d’interrogatoire direct. Après cela, l’autre partie peut poser des questions, ce
qui s’appelle un contre-interrogatoire. Si nécessaire, la partie appelante pose
parfois des questions supplémentaires à son témoin, pratique connue sous le
nom de réinterrogatoire. Dans certaines juridictions, les juges et les avocats
des victimes peuvent également poser des questions.

Il peut y avoir beaucoup de contre-interrogatoires robustes et s’il y a plusieurs


accusés, avec plusieurs avocats, ils peuvent garder un témoin à la barre
pendant des heures, voire des jours. L’idée est de donner aux juges toute
latitude pour décider si un témoin est fiable ou non.

À la CPI, les témoins auront été familiarisés avec le cadre de la salle


d’audience par des fonctionnaires du tribunal avant de témoigner. En général,
les avocats savent ce que leurs témoins vont dire. Dans certains cas, ils auront
rencontré leur propre témoin pour discuter des questions et s’assurer qu’ils
connaissent les réponses. Ils auront également essayé d’anticiper les questions
que l’autre partie posera. Cependant, dans certains systèmes judiciaires, cette
pratique, également appelée « récolement de témoins », n’est pas autorisée.

Témoins protégés
Les témoins s’inquiètent souvent de possibles représailles et ne veulent pas que
leur identité soit connue du public. Le tribunal peut proposer toute une série
de mesures pour les protéger, notamment en leur donnant un pseudonyme,
en dissimulant leur visage, en déguisant leur voix ou en leur permettant de
témoigner à huis clos. Le tribunal peut également aider à la réinstallation de
témoins particulièrement sensibles. Des journalistes ont été accusés d’outrage
à la Cour pour leur rôle dans la révélation de l’identité de témoins protégés. De
même, tout observateur de procès pourrait être accusé d’outrage à la Cour pour
avoir révélé des détails relatifs à l’identité de témoins protégés.

Exemple : couverture des témoignages


Dans le procès devant la CPI de l’ancien vice-président de la RDC Jean-
Pierre Bemba, les témoins de la défense ont été contre-interrogés par
l’accusation sur les raisons pour lesquelles ils n’avaient pas raconté leur
histoire plus tôt à l’accusation.

« Un ancien soldat de la milice dirigée par Jean-Pierre Bemba a déclaré


aujourd’hui aux juges de la Cour pénale internationale (CPI) qu’il refusait
de rencontrer les juges car il redoutait d’être poursuivi. [...]

Le “témoin D04-13” est le 34ème témoin de la défense à se présenter au


procès Bemba. Il appartenait au contingent de soldats du Mouvement
pour la libération du Congo (MLC) qui est intervenu en République
centrafricaine en 2002 et 2003. [...]

Á l’ouverture de la plaidoirie de la défense, les avocats de M. Bemba


avaient déclaré que, contrairement aux procureurs, ils avaient l’intention
d’appeler des témoins qui possédaient une “connaissance concrète” de la
période de cinq mois pendant laquelle les soldats de l’accusé avaient été
déployés dans le pays en conflit. La défense a néanmoins signalé par le
passé que certains de ses témoins redoutaient l’auto-incrimination. [...] https://french.
bembatrial.
L’essentiel de l’interrogatoire de l’accusation du “témoin D04-13” s’est org/2013/11/
lancien-soldat-
déroulé à huis clos. Le témoin a donné sa déposition via un lien vidéo
du-mlc-declare-
avec une déformation numérique de la voix et du visage pour protéger redouter-detre-
son identité. poursuivi/

55 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
Aujourd’hui également, les procureurs ont interrogé le témoin sur les
divergences existant entre son témoignage et les documents présentés
par l’accusation concernant la date à laquelle le MLC était arrivé dans le
pays en conflit ».

Les preuves par les nouvelles technologies


Les enquêteurs et les procureurs sont de plus en plus habiles à utiliser les
nouvelles technologies dans les situations où des atrocités ont été commises.
L’imagerie satellite peut fournir des preuves de la destruction de villages.
L’analyse des données des appels téléphoniques permet de relier les suspects
aux scènes de crime. Les enregistrements de crimes partagés sur les réseaux
sociaux peuvent être utilisés. Des journalistes et des enquêteurs indépendants
se spécialisent dans l’analyse de ces preuves. Des groupes de défense des
droits de l’homme et des avocats ont travaillé sur des mécanismes permettant
aux militants de partager des documents en toute sécurité et d’établir des
normes selon lesquelles ces preuves peuvent être jugées et clairement
comprises. Bien que ce type de preuves soit encore relativement nouveau pour
les tribunaux, il est important de connaître et de documenter la manière dont
elles sont utilisées.

«  Je commence à voir plus de preuves technologiques dans


les procès que j’observe devant la CPI. Mais les défis sont
nombreux : d’où viennent les preuves, comment les tribunaux
peuvent-ils disposer de mécanismes solides pour empêcher la
manipulation, les juges comprennent-ils de quelle manière ils
doivent les évaluer ? »

Tom Maliti — observateur de procès à l’OSJI

Plaidoiries finales
Une fois que toutes les preuves ont été présentées et que l’accusation et
la défense ont fait valoir leurs arguments, les deux parties utiliseront leurs
plaidoiries finales pour dire à nouveau aux juges pourquoi le défendeur est
coupable ou non coupable des accusations. C’est un autre moment important
du procès. Chaque avocat résumera les points les plus saillants qu’il a
soulevés et tentera de démanteler l’argumentation de son adversaire. Dans
certaines juridictions, cette étape s’accompagne de conclusions écrites. Ces
résumés peuvent être très utiles pour les observateurs des procès.

Dans certains pays, les victimes peuvent faire une déclaration sur la manière
dont le crime les a affectées, appelée « déclaration de la victime ». Elle est
utilisée par le tribunal pour déterminer la peine qui sera infligée au coupable.
Parfois, l’accusé peut également faire une déclaration sans prêter serment
pendant la phase de clôture du procès.

Jugement et condamnation
Les juges disposent normalement d’un délai pour rendre leur verdict, vous
devez donc savoir à quel moment vous pouvez l’obtenir. C’est souvent la partie
la plus importante du procès, et vous devez être préparé. Composé de trois
éléments principaux, le jugement indique :

• si la personne est coupable ou non de tout ou partie des chefs d’accusation
retenus contre elle ;
• la peine qu’elle pourrait avoir à purger ;

56 G U I D E D E L’ O B S E R VAT I O N D E S P R O C È S P O U R C R I M E S D ’AT R O C I T É
• et les raisons pour lesquelles les juges sont parvenus à cette conclusion.

La sentence peut être prononcée immédiatement après un jugement ou à une


date ultérieure. Les juges peuvent décider de prendre en compte des facteurs
tels que le degré de remords exprimé par un accusé, la gravité des crimes et
le degré de participation de la personne condamnée à ces crimes. Dans le cas
d’un verdict de culpabilité, certaines juridictions permettent également aux
victimes des crimes de demander au tribunal d’ordonner des réparations à
leur profit.

«  Il est important de lire attentivement les motifs invoqués par


les juges afin de rendre une sentence particulière. Ils peuvent
examiner toutes sortes de facteurs. À la CPI, les juges prennent
véritablement en compte la façon dont un condamné s’est
comporté et s’il a exprimé des remords. Ils prennent également
en compte la gravité des crimes, [et] le degré de participation
d’une personne accusée à leur perpétration. Mais lorsqu’il
y a de nombreux chefs d’accusation, il est important de
comprendre sur lesquels une personne a été condamnée, et
si elle a commis le crime directement ou par l’intermédiaire
d’autres personnes ».

Wakabi Wairagala — observateur de procès auprès de l’OSJI

Si le défendeur est déclaré non coupable de tous les crimes, les juges peuvent
ordonner sa libération immédiate. Dans certaines juridictions, le défendeur a
droit à une indemnisation pour le temps passé en détention avant et pendant
le procès, sous certaines conditions.

Réparations
Dans certaines juridictions, en cas de verdict de culpabilité, les victimes de
crimes ont droit à des réparations. Les réparations peuvent prendre diverses
formes, notamment un dédommagement pécuniaire, des programmes de
réhabilitation et des mesures symboliques. Les tribunaux peuvent ordonner le
versement des réparations directement à chacune des victimes ou de manière
collective, ce qui signifie qu’elles peuvent bénéficier à toute une communauté
qui a été affectée par des crimes d’atrocité.

Appel
Après un jugement, une partie ou l’autre – ou parfois les deux – peut
vouloir contester le verdict. Un autre groupe de juges est généralement
chargé d’entendre l’appel et de rendre une décision finale. Dans certaines
juridictions, les victimes peuvent également avoir le droit de faire appel.

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L’Open Society Justice Initiative utilise le contentieux stratégique, la
recherche, la défense juridique et l’assistance technique pour défendre et
promouvoir l’État de droit et faire progresser les droits de l’homme. Nous
collaborons avec une communauté de défenseurs des droits de l’homme
dévoués et compétents dans le monde entier, dans le cadre d’un mouvement
de justice dynamique et progressiste qui reflète la diversité du monde.
Le fait d’observer et de rendre compte des procès pour crimes d’atrocité représente un défi unique. Ceux qui
assument cette responsabilité doivent comprendre l’histoire et le contexte du procès, ainsi que les théories
juridiques complexes, les procédures judiciaires et les principaux acteurs impliqués. En outre, ils doivent
communiquer ces informations complexes de manière compréhensible à des publics souvent très éloignés de
la salle d’audience.
Ce guide est destiné à aider les organisations non gouvernementales, les journalistes et d’autres personnes
à mieux comprendre, décrire et transmettre le déroulement des procès pénaux internationaux. Il couvre un
éventail d’activités d’observation des procès, allant de l’établissement d’un programme d’observation à la
couverture des événements quotidiens dans la salle d’audience, en passant par la définition des publics à
cibler et le choix des meilleurs moyens de communiquer avec eux.
L’observation des procès est un travail exigeant, qui requiert des connaissances en matière de communication,
de pratique juridique et de langage technique. Par-dessus tout, cette activité un engagement en faveur de
l’objectivité, de l’exactitude et de l’équité. Bien que l’observation des procès soit difficile, le nombre croissant
de procès pour crimes d’atrocité nécessitera un nombre croissant d’observateurs qualifiés. Nous espérons que
ce guide contribuera à répondre à cette demande.

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