Guide complet du potager moderne
Guide complet du potager moderne
Le potager moderne
Traité complet
de la
par Gressent
Professeur d’arboriculture et d’horticulture
Dixième édition
1895
Introduction
La Dixième Édition de l’Arboriculture fruitière parait ; la huitième édition du Potager moderne, publiée
en 1890, touche à sa fin.
Je reprends ce livre, dont le succès a été si rapide, pour le revoir avec le même soin que l’Arboriculture
fruitière, afin de laisser à la postérité une œuvre des plus complètes comme des plus pratiques, et en
augmenter encore le tirage.
Le Potager moderne est le seul livre à l’aide duquel les propriétaires ont pu organiser des cultures sé-
rieuses, et obtenir des légumes abondamment et économiquement, et les instituteurs primaires organiser
dans leurs jardins des cultures productives, qui ont bientôt doublé les ressources de l’alimentation pu-
blique, en ouvrant une nouvelle issue à l’agriculture, partout où elles ont été entreprises.
Devant de tels résultats, le succès du Potager moderne à toujours été en augmentant. La première édition
à paru en 1864 ; la seconde en 1867 ; la troisième en 1873 (elle s’est ressentie de la guerre) ; la quatrième,
dont le tirage a été augmenté, en 1875 ; la cinquième, tirage encore augmenté, en 1879 ; la sixième, dont
le tirage à été doublé, en 1882 ; la septième, avec un tirage plus nombreux encore, en 1885, et enfin la
huitième avec un tirage considérable en 1890.
Le Potager moderne marche de pair avec l’Arboriculture fruitière, et Parcs et jardins les suit de près dans
leur course rapide. Cela devait être ; ces trois volumes sont le fruit de plus de quarante années de travail
consciencieux et d’incessantes expériences ; ils ont apporté la lumière dans les ténèbres de la routine,
et ont facilité à tous la pratique de toutes les cultures. Depuis l’apparition de Pares et jardins, les jolis
jardins paysagers remplacent des fouillis impossibles, et les propriétaires obtiennent avec économie une
abondance de fleurs qu’ils n’osaient espérer.
Mon but, en publiant le Potager moderne, n’était pas de former des marchands de légumes, encore moins
d’enseigner les fécondes cultures des maraîchers parisiens, (ces cultures ne sont possibles qu’à Paris, où les
fumiers abondent et se vendent pour rien ; avec le débouché de la halle de Paris, l’esprit droit et éclairé, et
surtout avec les bras des maraîchers), mais de venir au secours du propriétaire, qui ne peut se procurer les
légumes indispensables en échange des sacrifices les plus considérables ; à celui du rentier, du fermier, du
petit cultivateur, des hôpitaux, des grands établissements, des instituteurs, de l’armée, etc., pour lesquels
la production des légumes est chose importante, et qui ne produisent pas, parce qu’ils ne savent pas.
Le maraîcher parisien, je suis heureux de le constater, est le premier producteur du monde entier ;
son marais est la meilleure école pour le maraîcher de province, mais pour le maraîcher seulement ; il y
apprend à travailler et est certain de réussir, en modifiant toutefois ses cultures suivant les ressources ct
les débouchés de son pays, qui seront loin d’égaler la production et la consommation parisiennes.
Il est donc incontestable que cette riche culture, faisant la fortune des maraîchers et pourvoyant large-
ment la halle de Paris, ne peut être appliquée chez le maraîcher de province, encore moins chez le pro-
priétaire, le rentier, le fermier, le petit cultivateur, les hôpitaux, les instituteurs, etc., où il faut alimenter
largement la maison d’abord, ct vendre le surplus pour couvrir les frais de culture.
Les maraîchers de Paris sont des fabricants de légumes ; ils en fournissent à des populations entières, et
de cette laborieuse industrie, exigeant un capital élevé (de 25000 fr (100000 €) à 30000 fr (120000 €)), à une
production économique, limitée et de longue durée, il y a loin. Où finit l’enseignement du maraîcher, celui
du Potager moderne commence.
Les sociétés de progrès ont fait fausse route en conseillant de généraliser la culture maraîchère de Paris
en province. Deux choses le prouvent : l’absence de la culture maraîchère et le succès inespéré du Potager
moderne. La province n’a pas voulu engager un capital important dans une entreprise dont le premier
élément (le fumier) lui ferait défaut, ct dont les débouchés n’étaient pas assurés ; elle a été sage en s’abste-
nant. La province a accueilli avec empressement le Potager moderne, et a immédiatement essayé sa culture ;
parce qu’elle était simple, économique et productive.
Aux maraîchers donc la mission d’alimenter les marchés de Paris ct des plus grandes villes de France.
C’est là seulement que leurs abondantes récoltes peuvent se vendre en un seul marché, et où leurs produits,
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trop poussés à l’eau et la plupart du temps sans saveur, trouvent des acquéreurs forcés. Aux maraîchers
encore le monopole des primeurs, que Paris et les grandes villes consomment avec avidité.
À la culture du Potager moderne la mission de donner au propriétaire des légumes de première qualité et
sans interruption ; au locataire comme au petit rentier, à la fois une ressource alimentaire et une occupation
salutaire ; aux ouvriers agricoles comme à ceux de nos villes, de fabriques, une nourriture saine, abondante
et à bon marché, qui leur à manqué jusqu’à présent ; à nos soldats, des légumes et de la salade à foison ;
à nos paysans, la richesse, en introduisant chez eux une culture facile et lucrative, qui, tout enrichissant e
locataire, augmentera forcément la valeur foncière, la fortune du propriétaire et celle de la France.
En doutez-vous, cher lecteur ? Veuillez bien lire l’extrait suivant de la Propriété communale et de sa mise
en valeur, par M. J. Ferrand, ancien préfet.
« Les propriétés des communes forment un total de 4 718 856 hectares de terrain, dont la valeur capitale
est évaluée à 1618618900 fr (6474475600 €) et le revenu à 45146554 fr (180586216 €) Plus de la moitié de
cette vaste contenance, 2 192 803 hectares environ, se compose de pâtures, terres vaines et vagues, landes,
bruyères, sables et graviers, qui rapportent à peine un peu plus du sixième du revenu total, c’est-à-dire
8177541 fr (32710164 €) (en moyenne 2.96 fr (11.84 €) par hectare !). . . »
Maintenant faisons un calcul bien simple. Soumettons à l’horticullure productive cette moitié de terrains
communaux, rapportant 2.96 fr (11.84 €) par hectare. En comptant un revenu de 2000 fr (8000 €) par hectare,
au lieu de 8000 fr (32000 €), moyenne ordinaire, c’est-à-dire le quart du produit, nous aurons des fruits et des
légumes à bon marché pour les classes pauvres ; nous donnerons, sinon la richesse, mais au moins l’aisance
à des milliers de personnes, et nous créerons, sur des terrains presque abandonnés, un revenu annuel de
CINQ MILLIARDS CINQ CENT QUATRE-VINGT-CINQ MILLIONS SIX CENT SIX MILLE FRANCS.
Je ne compte que sur la moitié des terrains communaux, et laisse la propriété particulière de côté. Rien de
plus facile à réaliser avec un enseignement sérieux donné par des professeurs, appuyés par les ministres
de l’instruction publique et de l’Agriculture, et le concours des maires, des instituteurs primaires et de
l’armée, et non par des domestiques ou des ouvriers déguisés en messieurs.
La richesse de la France gît dans son sol privilégié, et non dans les tripotages de bourse ; sa moralisation,
dans le travail des champs et non dans les illusions des grandes villes ; le bonheur, dans la production du
sol, donnant tout en abondance, et non dans les spéculations ténébreuses se liquidant en cours d’assises
ou en police correctionnelle. Plus je vieillis, plus je suis convaincu de cette vérité, et fais d’efforts pour
faire passer mes convictions chez mes auditeurs et mes lecteurs.
J’ai arboré mon drapeau ; il n’y aura autour de celui-là ni sang, ni larmes, ni ruines. Puisse-t-il faire le
tour du monde, triompher partout, et réaliser cette pensée, à laquelle j’ai voué la majeure partie de mon
existence : Richesse publique, bien-être pour tous et moralisation des populations rurales par le travail
INTELLIGENT !
1 Première partie
CHAPITRE 1
Ce qui est
Nous voulons un progrès rapide et sérieux ; rien de plus facile si nous savons vouloir, et si nous employons
des moyens énergiques pour remplacer un état de choses vicieux, par un meilleur. Pour arriver à ce but,
le concours de tous est nécessaire, celui du propriétaire comme du jardinier et de l’ouvrier ; en outre,
l’instruction horticole de chacun d’eux est indispensable : je l’apporte dans ce livre.
Examinons d’abord l’état des cultures en France ; nous exposerons ensuite les moyens de remédier
promptement au mal.
Nous plaçons en dehors de notre examen :
Le maraîcher parisien est un type qui ne se rencontre qu’à Paris, c’est la personnification de l’intelligence
et du travail. Ces deux qualités poussées à l’excès font de ses cultures des phénomènes de production
admirés du monde entier. Le maraîcher parisien possède des ressources inhérentes à Paris : des montagnes
d’excellents fumier presque pour rien et la halle de Paris, gouffre toujours béant qui engloutit tout. Joignons
à ces deux ressources une grande intelligence de la culture ; un esprit droit, exempt de sot orgueil et de
préjugés, aimant le progrès ; une somme de travail incroyable, et nous aurons la clef de la richesse des
maraîchers de Paris, qui produisent annuellement un revenu brut de 12500 fr (50000 €) par hectare ; mais,
ne l’oublions pas, ces prodiges ne peuvent s’obtenir qu’à Paris, et avec les ressources de Paris.
Vient en seconde ligne le maraîcher des grandes villes ; il a appris à cultiver et a contracté l’habitude
d’un travail incessant chez le maraîcher parisien. Ses ressources sont limitées : il paye ses fumiers cher et
s’en procure quelquefois difficilement ; en outre, sa production est limitée aux besoins et aux habitudes du
pays. Le maraîcher de province, à force de travail et d’industries, retire de sa terre un revenu annuel égal
à la valeur foncière.
Reste le jardinier de château, qui a conquis une bonne position à force de travail ; il est habile fleuriste,
parfois maraîcher, et quelquefois arboriculteur. Le jardinier de château à un nombreux personnel d’aides,
pour les serres, les primeurs, le parc, etc., état-major aussi nombreux que dispendieux. Il ne peut être
question du prix de revient au château, et cependant toutes ces cultures, lorsqu’elles sont bien dirigées et
bien entendues, reviennent la plupart du temps moins cher que celles du propriétaire ayant une fortune
moyenne et un jardinier ignorant.
Nous nous inclinons devant les résultats obtenus par ces trois classes de cultivateurs ; nous ne pou-
vons qu’admirer les deux premières et les remercier, au nom de tous, de posséder une intelligence et des
bras susceptibles de faire produire au soi un revenu dépassant sa valeur foncière. Disons encore que les
maraîchers de Paris, comme ceux de province, donnent tous l’exemple de la moralité, de la probité, de la
bienfaisance, et prouvent aux paresseux que : vouloir c’est pouvoir. Remercions-les encore de l’exemple
qu’ils donnent avec tant de modestie ; il est rare et salutaire à l’époque où nous vivons : les maraîchers
de Paris n’acceptent jamais de médailles dans les concours : ils en perçoivent la valeur en argent pour la
déposer à la caisse de secours des ouvriers maraîchers.
N’oublions pas le jardinier de château ; il est souvent l’expression de la science horticole, et dans ce cas
il prouve sur-abondamment à ceux qui visitent ses cultures que le mot impossible n’est plus français en
horticulture. Remercions-le bien sincèrement des brillants résultats obtenus, et engageons-le, dans l’intérêt
général, à faire beaucoup d’élèves, car celui qui s’est donné la peine d’apprendre est laborieux et fera des
élèves de mérite.
Disons encore que, dans un rayon de quelques lieues autour de Paris, on rencontre d’habiles jardiniers
qui ont appris et savent ; leurs cultures bien soignées en témoignent, et donnent toujours un produit équi-
valent aux dépenses faites. Mais tout cela est pour Paris et ses environs ; dés qu’on s’éloigne du centre
des lumières et de l’instruction, que trouve-t-on en fait de jardiniers (en dehors des maraîchers) ? De fort
braves gens, il est vrai, d’une probité irréprochable, nous sommes heureux de le constater, remplis de bon
vouloir, mais ignorant les premiers éléments de la culture. C’est ici que Le Potager moderne commence
Partie 1, Chap. 1 6
son œuvre d’utilité pour l’introduire dans les jardins du propriétaire, du rentier, du fermier, du petit culti-
vateur et du métayer, du presbytère, des hôpitaux, des communautés et des grands établissements, des
instituteurs, des gares, des employés et des camps pour donner à tous des légumes en abondance et à un
prix modique, et doubler avec facilité les ressources de l’alimentation pour toutes les classes de la société.
Examinons ce qui est dans la majeure partie des jardins situés à une certaine distance de Paris. Comme
aspect : un fouillis général d’arbres fruitiers à hautes tiges et en pyramides, enchevêtrés de vignes, de
groseilliers et de framboisiers, et au milieu de ce hideux fouillis quelques fleurs étiolées et des légumes
impossibles. Il existe beaucoup, et presque partout, de très grands jardins, cultivés ainsi depuis des siècles ;
et, depuis qu’on les cultive, le résultat a toujours été le même ; point de fruits, peu de légumes, et guère
de fleurs. Que les propriétaires de ces jardins prennent la peine de compter d’une part ce qu’ils dépensent
en engrais, en main-d’œuvre, en plants, en semences, en : arbres plantés chaque année sans succès, et en
frais de toutes sortes, et qu’ils veuillent bien estimer leur récolte au cours du marché : ils renonceront le
lendemain à cultiver leur jardin, tant le chiffre sera éloquent.
Voyons maintenant ce que l’on est convenu d’appeler un potager, et quel résultat il donne. Le pota-
ger est une nécessité pour le propriétaire habitant une grande partie de l’année un domaine éloigné des
villes ; il lui faut des légumes, coûte que coûte. Voici la position de ce propriétaire : Il prend un jardinier,
auquel il donne de 1200 fr (4800 €) à 4500 fr (18000 €)., un garçon de 800 fr (3200 €) ; total, 2200 fr (8800 €),
environ ; 4000 fr (16000 €) en moyenne dépensés chaque année en châssis, en cloches, en plants, semences,
paillassons, etc. ; total, 3200 fr (12800 €) au débit du potager.
Qu’a le propriétaire pour 3200 fr (12800 €) ? Un potager quelquefois orné d’arbres fruitiers à haute tige,
mais invariablement planté, de chaque côté de grandes allées, de poiriers en pyramides, avec accompa-
gnement de fleurs. Il est de toute nécessité d’arroser les fleurs, et par contre-coup les arbres. Ces derniers
poussent avec une vigueur extrême jusqu’à ce que les racines pourrissent ; aussi, en raison de leur vigueur,
et souvent de la taille qui leur est appliquée, ils ne donnent pas de fruits. Pendant leur courte existence, on
dit les premières années : « Ils sont encore trop jeunes pour rapporter ! » et, lorsqu’ils périssent sous les
coups du sécateur sans avoir rien produit ; « Ils sont épuisés ; » ou le plus souvent : « Le terrain ne vaut
rien pour les arbres ! »
Résultat négatif pour les fruits. Le propriétaire en envoie chercher au marché.
Passons aux légumes.
Si, comme cela arrive trop souvent, le jardinier cultive les légumes à la mode du pays, il ne connaît pas
les variétés à introduire dans le jardin du propriétaire ; il y plante les variétés du pays, très rustiques, il
est vrai, mais bonnes pour des charretiers : des choux aussi âcres que monstrueux, des pois gros et durs
comme des balles de fusil, des carottes excellentes pour les chevaux, des radis ligneux, etc. Souvent ce même
jardinier ignore les besoins des plantes qu’il cultive, et agit suivant ce docte axiome : « Il faut graisser la
terre pour récolter ; » et là-dessus il éparpille dans un immense jardin tout ce qu’il possède d’engrais, et
obtient invariablement ce résultat :
Les légumes à production foliacée, demandant une fumure abondante, languissent faute d’une nour-
riture suffisante et donnant, trois mois trop tard, un quart de récolte, et quelle récolte !. . .des filandres
partout et dans tout. C’est à faire damner toutes les cuisinières, et à ruiner les estomacs les plus robustes !
Les racines voulant une terre pourvue d’humus, mais exempte d’engrais frais, poussent en tiges et ne
forment pas de racines ; les salades montent avant de pommer. Récolte herbacée excellente pour mesdames
les mères des veaux et leur famille, les chèvres et les lapins.
Les légumes à fruits secs, exigeant une terre veuve d’engrais depuis deux ans au moins et des silicates
de potasse, poussent en tiges ; vous avez des pois de deux mètres de haut, sans cosses, des haricots géants
sans fruits !
Nous voyons cela tous les jours partout, et cependant il a été dépensé, dans un tel jardin, peut-être
plus de travail, et au mains autant d’engrais qu’il en eût fallu pour obtenir, non seulement une quantité
d’excellents légumes, mais encore une abondante récolte de melons et de primeurs, si le travail eût été
dirigé autrement et l’engrais judicieusement dépensé.
Le melon, ce fruit si précieux, n’existe qu’à l’état foliacé dans la plupart des jardins. Rien n’est si facile
à faire cependant, et sans dépense aucune, quand on sait le cultiver.
Quelquefois le jardinier, ayant été quelques semaines à l’école des maraîchers, obtient des produits
abondants, mais tous à la fois, comme pour les porter à la halle, Dans ce cas, le propriétaire se trouve dans
la nécessité de nourrir ses animaux avec ses légumes, pour ne pas les laisser perdre, et en manque ensuite
pendant des mois entiers. Alors il renvoie au marché.
7 Ce qui est
Maintenant, que le propriétaire veuille bien estimer sa récolte et nous dire combien lui coûtent les
quelques mauvais légumes qu’il a : obtenus. Beaucoup ont compté, et tous avouent que le potager est une
nécessité ruineuse. Cela est vrai en cultivant dans de mauvaises conditions d’énormes espaces de terrain.
La plupart des jardiniers, aussi intelligents et plus adroits qu’on ne peut le supposer, n’ont le plus souvent
que du bon vouloir en fait de science horticole. C’est à leur ignorance absolue de l’organisation des plantes,
de leurs besoins, de la composition du sol, de la valeur et de l’emploi des engrais, de l’influence des agents
naturels sur la végétation, et des variétés de légumes qu’ils cultivent, que nous devons ces déplorables
résultats. Nous n’avons pas le droit de leur reprocher leur faiblesse en culture, puisqu’ils n’ont pas été à
même de l’apprendre ; mais nous pouvons les guider sûrement, même à défaut de leçons, avec un livre
pratique, et leur faire obtenir de féconds résultats : c’est ce qu’a fait Le Potager moderne !
Ajoutons que la culture des jardins de propriétaires n’est pas celle qui donne les résultats les plus dé-
sastreux. Ils récoltent, il est vrai, des légumes pitoyables leur coûtant vingt fois ce qu’ils les payeraient au
marché ; mais ils récoltent encore quelque chose, tandis que cette même culture essayée, et plus mal faite
encore par les paysans, ne produit absolument rien, que le dégoût de ce qui touche à l’horticulture. De là,
disette complète, dans les campagnes, des légumes si nécessaires à l’alimentation et à la santé des classes
pauvres dont l’unique nourriture se compose de viandes salées et de légumes secs.
Nous venons d’examiner ce qui est, et de nous appesantir sur les inconvénients dus au règne de la
routine : voyons maintenant ce qui devrait être, pour apporter partout et chez tous l’économie, l’abondance,
la richesse et la santé.
CHAPITRE 2
Ce qui devrait être
Disons tout d’abord que la culture des légumes est incompatible avec celle des arbres à fruits et des fleurs.
Les légumes exigent un sol pourvu d’une grande quantité d’humus et constamment humide ; un tel sol
est mortel pour les arbres et nuisible pour les fleurs : les premiers ne fructifient pas ; les seconds poussent
en tiges, fleurissent peu, dégénèrent et donnent des fleurs petites. En outre, les légumes comme les arbres
exigent une grande somme d’air et de lumière pour accomplir leur végétation et pour fructifier.
Lorsque le potager est planté d’arbres, leur ombre nuit considérablement aux légumes qui, privés de
lumière, poussent en hauteur, donnent des tiges étiolées qui viennent s’enchevêtrer dans les arbres et
empêchent toute fructification sur les ramifications de lu base. Les arrosements fréquents donnés aux
légumes font d’abord pousser les arbres très vigoureusement, et déterminent ensuite leur mort en faisant
pourrir les racines, et ce avant qu’ils aient donné une récolte sérieuse. Résultat plus que négatif pour les
fruits, pour les légumes et pour les fleurs !
Je renvoie le lecteur à l’Arboriculture fruitière, dixième édition, pour les arbres à fruits. J’ai donné dans
ce livre toutes les indications nécessaires pour obtenir très promptement, d’une manière certaine, et même
sans connaissances aucunes en arboriculture, une grande quantité des plus beaux fruits sur les espaces les
plus restreints.
La seule plantation d’arbres fruitiers possible dans le potager pour les régions du Nord, du Centre,
de l’Est et de l’Ouest, est celle des murs, devant lesquels ou réserve une plate-bande de 1,50 m de large
pour planter au bord un double cordon unilatéral, indépendamment de l’espalier, (Voir, l’Arboriculture
fruitière, dixième édition), pour faire celle plantation convenablement, et obtenir des fruits la première ou
la deuxième année après la plantation.)
Sous le climat de l’olivier, où les arbres et Ies fruits brûleraient contre les murs, on entoure le potager
avec un contre-espalier de Versailles ou des palmettes alternes et on clôt le tout avec une haie de thuyas.
(Voir, l’Arboriculture fruitière, dixième édition).
Nous posons en principe que le potager doit être exclusivement consacré aux légumes, et qu’en dehors
des murs ou des clôtures il ne doit jamais y être planté d’arbres ni de fleurs, si l’on veut en retirer le produit
qu’il est susceptible de donner. Par la même raison, on ne mettra jamais de légumes dans les plates-bandes
plantées d’arbres fruitiers.
Je sais que cela paraîtra de prime abord impossible aux personnes ayant de grands jardins anciens et
toujours insuffisants, où elles cultivent pèle-mêle les fleurs, les arbres et les Légumes. Je n’ignore pas
combien est grande la force de l’habitude, et la difficulté qu’il y aura encore auprès des vieux jardiniers
à leur faire modifier leurs cultures. Une modification comme celle que je demande eût été impossible il y
a trente-cinq ans, alors que le dicton du jardinier était la loi suprême en horticulture ; mais elle est facile
aujourd’hui où les hommes intelligents ne se trouvent pas déshonorés de s’occuper de culture, dirigent les
jardins que nous leur avons créés, et où chacun à appris à nos leçons, et dans nos livres, qu’avec un peu
d’étude on peut retirer une rente élevée d’une parcelle de terre qui n’était qu’un objet de lourdes dépenses,
tant qu’elle a été abandonnée à l’incurie et à la routine.
Je ne demande pas une Saint-Barthélemy de vieux jardins ; je tiens essentiellement, au contraire, à ce
qu’il en reste pour servir de point de comparaison. Ainsi je dirai au propriétaire possédant un jardin de
50 ares (5000 m²) de cultures mêlées : Vous employez à l’année un homme et sa femme, plus des hommes de
journée pour entretenir votre jardin. En outre, il vous faut des quantités d’engrais énormes, pour féconder,
à peine au quart, ce grand espace, c’est-à-dire pour obtenir un quart de récolte, diminuée encore par le
manque d’air et de lumière, et la plupart du temps, huit années sur dix, vous envoyez acheter au marché la
majeure partie de voire provision de fruits et de légumes. Conservez bien précieusement 35 ares (3500 m²)
en jardin fouillis. Rasez complètement 15 ares (1500 m²) que vous distribuerez ainsi : 5 ares (500 m²) en
jardin fruitier et 10 ares (1000 m²) en potager ; donnez à vos 15 ares (1500 m²) la même quantité d’engrais
que vous éparpillez inutilement dans votre immense jardin fouillis : consacrez en moyenne, à ces deux
jardins spécimens, une journée d’homme et une journée de femme par semaine. Le tout sera parfaitement
tenu et vous produira, avec une économie de moitié dans la dépense :
9 Ce qui devrait être
Lorsque le propriétaire aura fait cet essai pendant deux ou trois ans, comparé la dépense et le produit des
deux cultures ; lorsqu’il sera bien convaincu par l’expérience que 15 ares (1500 m²) de terre bien cultivés
dépensent moitié moins et produisent dix fois plus que le jardin fouillis de 30 ares (3000 m²), il refusera
toute culture à ce dernier, et sera le premier à hâter sa destruction comme celle d’une chose hideuse à voir,
dépensant beaucoup et ne produisant rien.
Nous supposons avec raison aux propriétaires le sentiment du beau, et surtout celui de l’amélioration
de leurs propriétés. Nous n’avons pas parlé de fleurs dans nos cultures. Le propriétaire les aime le plus
souvent. S’il n’en a pas le goût, sa femme, sa file où sa famille aimeront les fleurs et en‘demanderont.
Que fera le propriétaire, même s’il méprise les fleurs, avec une maison d’habitation confortable, entourée
de 50 ares (5000 m²) de jardin fouillis, dont il aura consacré 15 ares (1500 m²) à un jardin fruitier et à un
potager le fournissant au-delà de ses besoins ? Convertira-t-il les 35 ares (3500 m²) restant en fruitier et en
potager ? Assurément non, à moins de vouloir envoyer ses fruits et ses légumes au marché. Ces 35 ares
(3500 m²) ainsi cultivés lui rapporteraient une rente élevée, c’est incontestable ; mais il serait astreint à un
personnel plus nombreux, à une surveillance plus active, et en outre, ne vendant pas ses produits lui-même,
il sera constamment dupe ou de la cupidité ou de la nonchalance de ses serviteurs.
Le propriétaire, s’il est aisé, ne voudra pas se créer un travail réel, une charge, et il aura raison. Sa famille
lui demande des fleurs ; il fera son bonheur en créant dans ses 35 ares (3500 m²) un jardin paysager, des
massifs d’arbustes, des pelouses, des corbeilles, etc. Les frais d’entretien en seront presque nuls.
Alors le propriétaire étudiera mon troisième volume : Parcs et jardins, 4e édition : il y trouvera les moyens
les plus faciles et les plus pratiques de créer un joli jardin, et d’y entretenir à peu de frais les plus belles
collections de fleurs. En se donnant un joli jardin paysager, des fruits et des légumes à discrétion, il doublera
la valeur de sa propriété.
Examinons maintenant le résultat de cette conversion de jardin au point de vue de l’agrément, de la
dépense du produit, de l’augmentation de la valeur foncière et de l’exemple donné dans le pays.
J’ai supposé une maison confortable où au moins habitable, entourée d’un jardin fouillis de 50 ares
(5000 m²), c’est-à-dire une habitation de citadin avec un jardin de paysan. Rien de moins engageant pour
le promeneur, et surtout pour les dames, que l’aspect d’arbres fruitiers tordus et rabougris, de tiges de
pommes de terre, haricots, choux, etc. ; ajoutons à cela le parfum des oignons, de l’ail, etc. : des allées de
50 centimètres de large pour se promener, et nous aurons une juste idée de la répulsion qu’inspire un tel
jardin : pas d’ombre, point de fleurs : des échalas, des rames et des branches accrochant partout les robes,
les chapeaux et les coiffures, quand elles ne vous crèvent pas les yeux ! Si une propriété dans cet état se
trouve à vendre, les acquéreurs ne l’estimeront guère plus que pour la contenance, au prix de la terre en
plaine. La majeure partie reculera moins devant les frais de création d’un jardin que devant le temps qu’il
faudra l’attendre. Quand on achète une maison de campagne, on recherche avant tout un jardin créé, de
l’ombre et des fleurs, et, si le produit vient avec, sa valeur est doublée !
Le jardin fouillis de 50 ares (5000 m²), qui ne produit rien ou presque rien, exige une dépense élevée, un
homme et une femme à l’année, plus les hommes de journée à diverses époques pour les labours d’hiver,
le charroi des fumiers, les grands nettoyages. Notre jardin fruitier et notre potager, contenant ensemble
15 ares (1500 m²) et fournissant amplement la provision de la maison, demandent pour leur parfait entretien
une journée d’homme et une journée de femme par semaine. Que coûtera au propriétaire la conversion
de 35 ares (3500 m²) de jardin fouillis en parc ? Rien ! Qu’il dépense, l’année de la création, en trois mois,
la même somme de journées indispensables chaque année au jardin fouillis, le parc sera créé. Reste la
dépense occasionnée par l’achat des arbres et arbustes à planter dans les massifs, et de quelques fleurs.
Cette dépense sera couverte en moins de deux ans par l’économie des journées employées sans profit
aucun dans le jardin fouillis. Un jardinier à l’année, même en admettant qu’il déploie une activité moyenne,
entretiendra d’une manière irréprochable 35 ares (3500 m²) de gazon, de massifs et de corbeilles, 10 ares
(1000 m²) de potager et 5 ares (500 m²) de jardin fruitier, et même, si le personnel est nombreux, 20 ares
(2000 m²) de potager, 5 ares (500 m²) de jardin fruitier et 25 ares (2500 m²) de jardin d’agrément. Et cela
non seulement sans dépense, mais encore avec profit pour le propriétaire, qui aura dans la dépense la
Partie 1, Chap. 2 10
diminution des journées d’ouvriers, et des achats de fruits et de légumes au marché, ce qui, calculé sur
une période de dix années, ferait une économie considérable. En outre, une propriété ainsi restaurée et
administrée deviendra un objet de curiosité, sera enviée de tous et citée comme une merveille dans les
environs.
Admettons que le propriétaire veuille vendre sa propriété après la restauration. Les acquéreurs, qui
n’eussent pas osé acheter dans l’état primitif, payeront le double une propriété d’agrément et de produit,
dans laquelle on trouve tout, et où il n’y à rien à dépenser ; il se présentera vingt acquéreurs pour un.
Qu’aura dépensé le propriétaire pour atteindre ce but ? Rien ; moins que rien, puisqu’il aura fait une
économie notable dans la dépense, accru Le revenu et augmenté la valeur foncière. Il aura dépensé un peu
d’intelligence, et, disons-le, cette dernière dépense lui aura procuré une agréable et salutaire distraction,
et un utile emploi de son temps.
Si le propriétaire a un revenu limité, le goût du jardinage, et qu’il veuille se créer une occupation lu-
crative, il pourra consacrer seulement 5 ares (500 m²) à 6 ares (600 m²) au jardin d’agrément, et convertir
le reste en verger Gressent. (Voir l’Arboriculture fruitière, dixième édition.) Cette création lui donnera un
produit couvrant, et au delà, toutes les dépenses de la propriété, avec peu de main-d’œuvre et sans grande
peine.
Ces modifications sont possibles partout, même dans les bastides du Midi ; seulement n’oublions pas
que, sous ce climat, il faut renoncer à créer un potager, si l’on n’a pas de l’eau en abondance et à discrétion.
Le manque d’eau n’est pas un obstacle à la destruction du jardin fouillis, à la création d’un jardin fruitier,
comme l’indique l’Arboriculture fruitière, et d’un jardin d’agrément. Il y aura toujours avantage à séparer
des cultures incompatibles, dépensant beaucoup et ne produisant rien. L’eau n’est indispensable en aussi
grande quantité que pour le potager.
Les légumes sont des êtres vivants et organisés, puisant leur nourriture dans le sol et dans l’atmosphère ;
la lumière est indispensable à leur développement ; l’air et la lumière sont les besoins les plus impérieux
dans leur existence ; ils ne peuvent donc croître à l’ombre ; en outre, les légumes exigent des engrais très
actifs, une somme élevée de chaleur et d’humidité qu’il est impossible de leur donner, sans sinon détruire,
mais au moins nuire beaucoup aux cultures qui y sont mêlées.
Disons encore, comme nous le verrons plus loin, que le potager exige un sol défoncé, bien épuré, amen-
dé au besoin et abondamment pourvu d’engrais spéciaux, pour chaque catégorie de légumes ; qu’il est
indispensable, pour obtenir de bons résultats, de ne cultiver que des variétés d’élite, bien appropriées au
climat, et soumises à un assolement régulier.
Lorsque les propriétaires renonceront à cultiver en jardins fouillis des espaces énormes où les engrais
sont toujours insuffisants, la main-d’œuvre très coûteuse, et où tout est placé dans des conditions dé-
plorables pour la végétation, et adopteront une culture raisonnée, économique et productive, et surtout
lorsqu’ils auront montré l’exemple pratique aux paysans, les imitateurs viendront en foule. Alors rien ne
sera plus facile que d’introduire à la fois, dans le pays, la culture intensive et extensive des légumes, qui, en
donnant au propriétaire tout ce qui lui a manqué, créera de nouveaux cultivateurs qui, en s’enrichissant,
apporteront dans la contrée abondance, richesse et honneur à l’introducteur de ces bienfaisantes cultures.
Il ne faudra, pour obtenir cet immense résultat, que suivre à la lettre les indications des chapitres sui-
vants.
CHAPITRE 3
Ce qui éternise la routine
La routine, fille de l’orgueil et de l’ignorance, mère de la bêtise, de la présomption et de la paresse, est la
plaie de notre beau pays de France ; elle y règne en souveraine absolue. Chacun se plaint de sa dictature ;
beaucoup gémissent sous ses méfaits, et tous travaillent, involontairement sans doute, mais d’une manière
efficace, à éterniser son règne !
Établissons d’abord le bilan de la routine en agriculture et en horticulture ; ensuite nous examinerons
les causes de sa puissance et de sa longévité.
En agriculture, question non seulement de richesse, mais encore d’existence, de vie, la routine conduit
la France tout simplement à la disette. La France, qui, avec son excellent sol, et sous son climat privilégié,
devrait pourvoir l’Étranger de blé, lui en achète : elle fait trop peu de fourrages, de plantes sarclées, et
manque de viande et d’engrais, la clef de la fertilité. Retranchez de notre riche pays la région du Nord, qui
a chassé la routine de ses champs pour y introduire la science, que produit le reste ?
Hélas ! c’est là que nous aurons à gémir sur les désastreux effets de la routine. Presque partout l’assole-
ment triennal avec jachère ; la ruine des cultivateurs ; pas de bestiaux, point d’engrais ; le sol non cultivé,
mais écorché avec des instruments dérisoires ; deux récoltes épuisantes se succédant, pitoyables le plus
souvent dans les bonnes années, et presque nulles dans les années sèches.
Tout le monde connaît ces lamentables résultats depuis bien longtemps : mais on continue sur les mêmes
errements, parce que nos devanciers ont opéré ainsi. Les fermiers se ruinent, et la France les imite en
achetant à l’Étranger les grains et les bestiaux qu’elle devrait lui vendre. Je signale ces faits, bien qu’ils
paraissent étrangers au sujet que je traite dans, ce livre, parce que j’y apporte un remède efficace. (Voir 4°
partie, les légumes agricoles : le potager du fermier, de la ferme, du petit cultivateur, du métayer, etc. etc.)
À l’horticulture maintenant !
Le progrès a trouvé beaucoup moins d’adeptes en horticulture qu’en agriculture. L’amélioration s’est
portée sur une seule branche : l’horticulture de luxe, les arbres d’ornement et les fleurs ; horticulture pro-
ductive, celle qui concourt si puissamment à l’alimentation et à la santé publiques, comme à la prospérité
générale, est restée prosternée devant la déesse Routine.
Faut-il, pour prouver ce que j’avance, d’autres faits que ceux-ci ?
Les arbres fruitiers de nos jardins, soumis à des formes contraires aux lois végétales, et même au bon
sens, et condamnés à l’infertilité par suite des tailles désastreuses qu’on leur applique.
Les marchés de nos villes de province encombrés de fruits impossibles, sans valeur aucune, détestables
au goût et souvent nuisibles à la santé.
Nos jardins fouillis créés chaque jour par des praticiens, dépensant beaucoup et ne rapportant rien.
Les arbres fruitiers achetés de confiance, portant sur l’étiquette les noms de variétés que nous avons
indiquées, et ne produisant que des poires de curé ou autres drogues semblables ;
Les jardins faits, défaits et refaits par des praticiens se disant très habiles, ayant des systèmes et même des
secrets à eux, coûtant le prix de plusieurs créations sérieuses, et donnant pour résultat autant de nouvelles
déceptions.
Les potagers dépensant des sommes énormes sans pouvoir alimenter la cuisine.
Les légumes immangeables.
Ceux qui ne réussissent jamais.
Le manque de légumes sur tous les marchés de province.
Leur disette complète chez la classe ouvrière, pour laquelle les légumes seraient à la fois une alimentation
abondante, économique et hygiénique.
Le manque total de légumes dans certaines contrées où ils sont même inconnus, et où les habitants sont
plus mal nourris que les animaux de nos fermes.
Je pourrais citer beaucoup d’autres faits ; ceux qui précèdent sont assez concluants pour constituer un
mal immense.
Les causes de ce mal sont : l’ignorance, l’égoïsme, l’apathie et la cupidité. On ne peut combatte ces fléaux
de notre époque que par le savoir, l’esprit du bien, l’activité et l’honnêteté. La tâche n’est peut-être pas
aussi difficile qu’on le pense, et je vais essayer de le prouver.
Partie 1, Chap. 3 12
L’IGNORANCE disparaîtra devant l’enseignement, mais devant un enseignement sérieux, ayant fait ses
preuves de capacité, théoriquement et pratiquement, et lorsque cet enseignement sera examiné et contrôlé
par l’autorité.
L’enseignement, c’est l’avenir de la France ; il appartient au mérite constaté, et non à la faveur ou à une
cocarde quelconque.
C’est ce qui a eu lieu pour agriculture ; aussi a-t-elle fait des progrès avec ses professeurs de mérite, ses
instituts agricoles et ses fermes-écoles, soumis au contrôle des inspecteurs d’agriculture.
Mais l’enseignement horticole, où en est-il à l’heure où j’écris ces lignes, septembre 1894 ? Qui pense à
faire pénétrer les notions si utiles de l’horticulture productive dans les campagnes ? Où sont les professeurs
et qui s’occupe d’eux ?
Nous avons un immense défaut en France : l’apathie pour les choses les plus utiles, et elle augmente
toujours en raison de la nécessité de la chose. S’agit-il d’une question de bien-être, de richesse, d’existence
même ; on en reconnaît bien la nécessité, mais, au lieu d’agir pour la résoudre ei sortir du chaos, on
s’adresse au gouvernement, et l’on attend patiemment qu’il nous donne la chose désirée, et en attendant
on reste plongé dans l’ignorance a plus complète des choses les plus urgentes.
C’est l’histoire de l’enseignement de l’horticulture productive ; le besoin s’en faisait sentir partout et
on a attendu que le gouvernement le donne, Le pouvoir avait d’autres questions à résoudre, et, manquant
de renseignements pratiques sur la question, il a envoyé aux campagnes des livres enseignant la culture
maraîchère de Paris, et fait donner quelques cours d’arboriculture en province, cours dans lesquels l’utopie
de spéculation fruitière au capital de 46488,50 fr (46488200 €) par hectare était enseignée comme devant
donner 36000 fr (144000 €) de rente par hectare, suivant l’auteur et l’inventeur, bien entendu.
Des livres enseignant la culture des maraîchers de Paris ont été envoyés dans les campagnes. Le luxe de
fumiers de cette culture, sa prodigalité de châssis et de cloches a effrayé les prudents campagnards ; ils se
sont abstenus, comme devant l’exposé de la culture des fruits de table au capital de 40488,50 fr
(40488200 €) par hectare.
La province a lu les livres, écouté les cours, et elle n’a rien fait ! Elle n’a pas voulu se lancer dans
des entreprises aventureuses, n’ayant aucun précédent pratique, et placer sa fortune sur une idée. Je l’en
félicite de tout cœur dans son propre intérêt !
La province n’est pas si sotte que les idéologues parisiens veulent bien le croire ; elle lit tout, mais elle
pèse tout, et réfléchit avant d’agir. Elle a même lu un petit bouquin promettant trois mille francs de rente
au premier venu se livrant à l’élevage des lapins ; elle a mis autant d’empressement à le lire qu’à ne pas
élever de lapins, et a déposé le petit bouquin sur une petite tablette où l’exposé de la culture à 36000 fr
(144000 €) de revenu par hectare est allé lui tenir compagnie avec la culture maraîchère de Paris.
Après les livres, et les cours donnés par le gouvernement, la province n’a rien fait ; elle est retombée
dans son apathie, et a continué à sommeiller dans la routine, qui lui paraissait plus sensée que les folies
qu’elle avait entendues et lues. C’est regrettable assurément, mais à qui la faute ?
Cela se passait sous l’Empire ; ce qui a été fait était loin d’être parfait, mais au moins on avait essayé
quelque chose, pouvant être perfectionné et devenir utile. Aujourd’hui on chante la Marseillaise, cela lient
lieu de tout ; le premier ouvrier venu, ayant une voix aussi forte que son ignorance est grande, et beuglant
la Marseillaise du lever au coucher du soleil, inclusivement, est nommé ou se nomme lui-même d’emblée
professeur d’une science dont il ne sait pas le premier mot. Il émarge, cela lui suffit, et le pays s’arrange
comme il peut !
Si nous voulons sortir de ce lamentable état de choses, rien de plus facile ; mais 11 faut quelques hommes
d’initiative qui veuillent bien, dans l’intérêt de leur pays, approfondir des questions d’intérêt local, que le
gouvernement le mieux organisé ne peut résoudre ni même étudier.
Si vous voulez le progrès et la richesse de votre pays, Messieurs, mettez-vous à l’œuvre. Que vingt ou
trente propriétaires, à défaut du département ou de la commune, se cotisent pour une faible somme. Elle
produira plus que cela est nécessaire pour faire donner un cours qui apportera la richesse dans le pays.
Mais, pour Dieu, si vous voulez faire enseigner, choisissez un professeur sachant la culture, ayant fait ses
études d’abord et ses preuves ensuite, et non un manœuvrier s’affublant du titre de professeur, et souvent
plus ignorant que ses auditeurs.
Le cours organisé, vous aurez le concours actif des instituteurs primaires, qui feront des applications
dans le jardin communal, et au besoin donneront d’excellentes leçons dans leur village.
En opérant ainsi vous n’aurez pas à solliciter auprès du pouvoir, du département ou de la commune, et
vous aurez en quelques semaines implanté dans votre localité le germe de sa future prospérité.
13 Ce qui éternise la routine
Qui veut la fin veut les moyens. Qu’un homme d’initiative se mette en avant, tout le monde le suivra. ‘On
peut quand on veut, et, Dieu merci, il existe encore assez d’hommes dévoués à leur pays et à ses intérêts
pour tenter quelques efforts.
Plus que jamais, il faut opposer le savoir à l’ignorance, l’esprit du bien publie à l’égoïsme, l’activité à
l’apathie, l’honnéteté à la rapacité, non seulement en la pratiquant soi-même, mais en l’exigeant de tous,
et dans toutes les transactions. Le jour où les hommes influents se mettront à l’œuvre, et payeront de leur
personne, le pays sera sauvé et la routine enterrée.
Au besoin, et à défaut d’enseignement, que de simples particuliers fassent de bonnes créations à l’aide
de livres pratiques ; leur exemple sera vite suivi, et en servant leurs propres intérêts ils auront servi ceux
de la population qui les entoure, et auront puissamment contribué à son bien-être.
CHAPITRE 4
Innovations importantes
Division et classement des cultures de légumes
Il est non seulement indispensable de séparer les cultures d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs,
comme je l’ai indiqué dans le chapitre 2, pour obtenir des résultats certains ; mais il faut encore adopter,
suivant les besoins de chacun, un mode de culture qui lui donne à bon marché, et d’une manière assurée,
tous les produits nécessaires, De là l’obligation de diviser la culture des légumes en culture intensive et en
culture extensive, et même d’introduire dans chacune de ces cultures des classements, suivant la nature des
produits à obtenir.
La culture intensive est celle avec laquelle, à l’aide d’un certain capital et d’un travail suffisant, on
obtient, sur un très petit espace de terrain, une grande quantité des plus beaux et des meilleurs produits.
La culture extensive, au contraire, demande peu ou presque pas de capital, moins de travail, mais
donne sur un plus grand espace de terrain des produits moins abondants et de qualité plus inférieure.
La culture intensive, dans toute l’acception du mot, convient au potager du propriétaire, chez lequel avec
des engrais suffisants, un arrosage copieux et une certaine somme de travail, on obtient, sur un espace très
restreint, des récoltes des plus abondantes, des plus variées et de premier choix.
Le potager du fermier, attenant à la ferme, où la surveillance est constante et facile, sera soumis à la
culture intensive, mais à un degré moindre que celui du propriétaire. Il faut au fermier les légumes né-
cessaires à sa consommation personnelle, et une grande. quantité de plants à repiquer en plaine pour les
besoins des ouvriers agricoles. Il sera dépensé dans ce jardin autant d’engrais que dans celui du proprié-
taire, mais moins d’eau et de main-d’œuvre.
Les potagers du rentier, où il faut obtenir des récoltes abondantes sur un très petit espace ; du presbytère
et de l’instituteur primaire, devant servir de type de production à la commune ; ceux des employés de
chemin de fer, des gendarmes, des douaniers, etc., servant de ressources à leur famille, et devant donner un
excédent dont la vente solde tous les frais et produit même quelquefois un bénéfice, devant par conséquent
produire beaucoup et à très bon marché, appartiennent aussi au domaine de la culture intensive, mais à
des degrés différents que nous indiquerons plus loin pour chacun d’eux.
Le potager de la ferme, destiné à produire les légumes nécessaires au personnel agricole, un excédent
destiné à la vente, ou des récoltes dérobées pour les animaux, suivant les débouchés ou les besoins, est
l’expression la plus exacte de la culture extensive. Ce potager, placé en plaine, entrera dans l’assolement
agricole, sera cultivé avec les instruments agricoles, et ne recevra pas d’arrosements,
Les potagers du petit cultivateur et du métayer, placés également en plaine, et destinés à alimenter les
marchés, appartiennent aussi à la culture extensive, mais à un degré différent. Ces cultivateurs, manquant
de bons instruments agricoles, seront obligés de faire le travail à la main ; en outre, ils devront varier
davantage leurs produits pour en retirer une somme plus élevée.
Les potagers des hôpitaux, des communautés, des grands établissements ayant un nombreux personnel,
et celui des Camps, destinés à pourvoir à l’alimentation du personnel et du bétail, et à produire un excédent
vendu pour solder les frais, sont également soumis à la culture extensive à des degrés différents, et avec des
modes d’application particuliers que nous indiquerons à chacun des chapitres spéciaux pour ces jardins.
Cette organisation toute nouvelle ne suffit pas seulement pour atteindre notre but : production abondante
à bon marché ; il faut encore la compléter par une disposition rationnelle des jardins, une préparation du sol
convenable, un arrosage abondant et économique, un assolement qui, en nous assurant la conservation des
variétés, distribue sagement les engrais, et place chaque espèce de légumes dans le milieu qui lui convient.
La fabrication économique des engrais, les défoncements du sol, la disposition des cultures, les outils à
employer, et enfin Îles variétés à choisir sous chaque climat de la France, tout cela constitue l’organisation
générale. J’y consacre toute la seconde partie de ce livre.
Il y a loin de la ligne que je trace à celle suivie, jusqu’à ce jour, par la plupart des enseignements actuels
et des ouvrages horticoles. Les uns comme les autres, s’enfonçant dans la même ornière, ont couvert le
chemin de fondrières, au lieu de l’aplanir pour en rendre l’accès facile à tous.
15 Innovations importantes
Le but de mon enseignement n’est pas d’apprendre à quelques jardiniers à faire des fruits et des légumes,
coûtant dix fois ce qu’ils valent sur le marché, mais de rendre la production abondante pour tout le monde,
et de créer à la fois du travail, du bien être et d’importantes richesses avec ces productions qui apporteront
forcément une notable augmentation à l’agriculture, par l’abondance des engrais, et une culture énergique
du sol.
Ce but est facile quand on sait la culture. Ce n’est pas une chose difficile à apprendre, mais c’est une
science qu’il faut encore se donner la peine d’acquérir si l’on veut obtenir des résultats concluants, et
s’affranchir des erreurs désastreuses de l’ignorance, comme de la cupidité mercantile et domestique. Rien
n’est plus facile en étudiant mes trois volumes : l’Arboriculture fruitière, le Potager moderne et Parcs et
Jardins. Ces livres sont le fruit de longues années de travail et de pratique consciencieuse. La culture des
fruits est divisée dans l’Arboriculture fruitière, dixième édition, comme celle des légumes dans le Potager
moderne, en culture intensive et en culture extensive, afin de rendre la production économique d’abord
plus facile pour tous, et ensuite lucrative pour chaque genre de produit. Parcs et Jardins donne la clef de
la création facile des plus jolis jardins paysagers et de la culture des fleurs aussi simple qu’économique.
CHAPITRE 5
Principes généraux
Avant d’aborder la culture intensive des légumes et la création du potager, il est utile de poser des principes
généraux applicables aux cultures intensives et extensives, et qui sont la clef de la production dans tous
les potagers, sans exception.
1. Toujours cultiver un espace le moins grand possible, mais le bien cultiver. Les jardins trop
grands sont ruineux en engrais et en main-d’œuvre ; ils occasionnent une dépense égale à leur étendue,
et ne produisent presque rien faute de culture suffisante ;
2. Niveler le potager avec soin, pour rendre les arrosages moins copieux et plus efficaces. L’eau
coule presque toujours sur les planches inclinées, et ne profite pas aux plantes. Lorsque les planches
sont horizontales, l’eau s’infiltre au pied des plantes ;
3. Défoncer le potager en plein à une profondeur variant entre 30 et 70 centimètres, suivant
l’épaisseur de la couche de terre végétale et la qualité du sol. Quand un potager a été bien
défoncé, et la terre purgée de pierres et de mauvaises herbes, la moitié de la main-d’œuvre est écono-
misée, le travail est des plus faciles et l’activité de la végétation doublée. Un sol défoncé est toujours
frais ; il demande moitié moins d’eau que celui qui ne l’est pas ; l’action des engrais est beaucoup plus
énergique, parce qu’ils sont dissous plus vite dans un sol meuble et perméable que dans une terre
sèche en mottes ; les binages et les sarclages sont moins fréquents et les mauvaises herbes beaucoup
plus rares ;
4. Opérer des labours profonds, même quand le sol a été défoncé. Les labours doivent avoir une
profondeur de 35 à 40 centimètres. Dans ces conditions, la terre la plus forte devient friable, meuble,
et d’une fertilité sans égale ;
5. Opérer les labours lorsque la terre est bien égouttée. Il faut bien se garder de labourer lorsque
la terre est trop mouillée, surtout dans les sols argileux. Chaque coup de bêche forme une petite brique,
qui acquiert une dureté extrême. La terre forte, labourée trop mouillée, peut rester improductive pen-
dant plusieurs années. L’inconvénient est moindre dans les sols légers ; mais la terre se divise mal et
reste moins perméable ;
6. Pratiquer des binages énergiques, surtout dans les sols argileux, et les renouveler quand
la terre est battue par les arrosages ou croutée par la sécheresse. Le binage n’a pas seulement
pour objet de détruire les mauvaises herbes ; son principal but est de rendre le sol perméable à l’air et
aux rosées.
Qui bine souvent arrose ! En effet, lorsque la croûte formée à la surface de la terre est brisée par la
binette, l’humidité du fond remonte à la surface du sol, par l’effet de la capillarité, pendant le jour, et
la nuit les rosées pénètrent jusqu’aux racines.
Si vous laissez subsister la croûte superficielle, la sécheresse l’augmente chaque jour, et les plantes
souffrent énormément ;
7. Sarcler aussitot que les mauvaises herbes apparaissent dans les semis. Les mauvaises herbes
vivent au détriment des plantes ; elles absorbent l’engrais qui leur est destiné, et les étouffent très
promptement avec leurs racines et leurs feuilles.
Il n’y a pas de prétexte pour ajourner le sarclage des semis. Si la terre est sèche, on l’arrose ; elle est
humide alors, et rien n’empéche de sarcler. Quand on laisse grandir les mauvaises herbes, on déracine
les semis en les arrachant ;
8. Arroser copieusement, c’est-a-dire mouiller la terre à fond, ou s’abstenir complètement.
Rien n’est plus pernicieux pour les légumes qu’un arrosage incomplet ; il excite les plantes sans les
nourrir, et les expose à tous les accidents.
Si vous avez une quantité d’eau insuffisante, mouillez à fond quatre, cinq ou six planches, et passez
à quatre, cinq ou six autres ensuite. Bien mouillées, elles pourront se passer d’eau pendant huit jours
et végéteront énergiquement. Si vous arrosez à moitié vous courez le risque de tout perdre. Dans ce
cas, il vaut mieux biner ;
17 Principes généraux
9. Faire les semis et les repiquages en pépinière sur des espaces très restreints afin de leur
donner tous les arrosages qui leur sont indispensables. La surface de la terre des semis ne doit
jamais se dessécher, surtout pendant les chaleurs. Il suffit d’une heure de soleil, lorsque la terre est
sèche, pour faire périr un semis en état de germination : les germes très tendres sont brûlés en un
instant ;
10. Pailler toutes les plantes demandant beaucoup d’humidité. Le paillage est indispensable, sur-
tout pour les fraisiers de Gaillon, les tomates, les laitues. Il suffit d’une couverture de 3 à 4 centimètres
d’épaisseur sur toute la planche, avec du fumier de couche usé ou des composts pour y maintenir
constamment la fraîcheur ;
11. Éviter de trop ratisser les semis et d’employer des râteaux trop fins. L’excès de propreté est
souvent nuisible aux plantes. Il faut ratisser les semis pour unir la terre et enlever les corps étrangers ;
mais il ne faut pas abuser du râteau. Dans ce cas, on tasse la terre, on la rend plastique, imperméable
à l’air et à l’eau, et on compromet le succès du semis ;
12. Faire les repiquages en pépinière dès que les plantes ont quatre feuilles bien développées, et
arroser copieusement les jeunes plants, pour les faire végéter promptement. Sans pépinière
de légumes, pas de produits prompts et de bonne qualité. Les choux, les salades, etc., mis en pépinière
lorsqu’ils ont quatre feuilles, commenceront à tourner en quelques jours dans une terre bien pourvue
d’humus et toujours maintenue humide, et, toutes choses égales d’ailleurs, produiront beaucoup plus
vite des pommes énormes et serrées lorsqu’ils seront en place.
La pépinière de légumes est la clef de la production d’un potager. Elle doit toujours être abondam-
ment approvisionnée de tout, pour remplir les vides et parer à tous les accidents : sans pépinière, pas
de bonne culture et pas de beaux produits. Cela est bien simple et bien facile à faire, et cependant c’est
ce qu’il est le plus difficile à obtenir des jardiniers.
Ces principes généraux doivent toujours être présents à la mémoire du cultivateur, et être rigoureuse-
ment appliqués partout, pour obtenir un succès complet.
2 Deuxième partie :
Culture intensive
Organisation générale
CHAPITRE 1
Création du potager
1. Être abrité naturellement des vents du nord et de ceux de l’ouest ; être fermé à ces deux expositions et ouvert
à celles de l’est et dur sud.
Les vents du nord sont glacials ; ils apportent la gelée, la grêle, etc. On ne saurait trop garantir un
jardin de ces vents pernicieux pour toutes cultures, par leur âpreté, les ravages qu’ils causent et le
retard qu’ils apportent dans la végétation. Les vents d’ouest, moins froids que ceux du nord, ne sont
pas moins à redouter ; quand leurs violentes rafales ne brisent pas les plantes, ils les tourmentent assez
pour retarder considérablement leur végétation.
Un bon jardin doit être hermétiquement fermé au nord et à l’ouest par des abris naturels et, à leur
défaut, par des abris artificiels, et, si ce même jardin est ouvert à l’est et au midi, il sera d’une précocité
remarquable, abrité des vents froids et des tourmentes, exposé aux premiers rayons du soleil et à la
chaleur du midi. On peut tout faire et tout espérer dans un pareil jardin.
Sous le climat de l’olivier, il sera nécessaire d’abriter le potager au midi par une haie de thuyas, pour
le soustraire à la trop grande chaleur, et d’y établir des abris puissants à l’aide de plantations épaisses
contre les vents de la mer.
Sur tout le littoral de la mer, que ce soit au nord, à l’ouest ou au sud, le premier soin sera de garantir
le potager des vents de mer, par les accidents du terrain d’abord, et ensuite par d’épaisses et solides
plantations d’arbres verts ;
2. Le potager doit être uni comme une table ; s’il présente une pente, il faut niveler avec le plus grand soin.
Un potager en pente, même lorsqu’il est incliné au midi, se trouve toujours dans une situation défa-
vorable. La culture du potager est intensive au premier chef ; chaque planche doit produire en moyenne
au moins quatre récoltes par an, et ce résultat ne peut être obtenu qu’à l’aide d’une culture active et
d’arrosages fréquents.
Une pente, quelque légère qu’elle soit, est un obstacle à l’exécution des façons, et presque une im-
possibilité à des arrosages fructueux ;
3. L’eau étant indispensable au potager, on doit sinon le placer près d’un ruisseau ou d’une source, mais au
moins dans un endroit où l’on soit certain de percer un puits peu profond, fournissant de l’eau en abondance
et ne tarissant jamais, à moins cependant que l’on ait une conduite d’eau à sa disposition.
Les fonds sont en général très favorables à l’établissement des potagers ; les pentes qui les envi-
ronnent forment un abri naturel contre les vents : leur sol est riche et frais et il s’y trouve souvent des
sources où des fontaines donnant une grande quantité d’eau. À défaut de sources superficielles, on est
assuré d’en rencontrer de très abondantes à une petite profondeur ;
4. Le potager doit être créé dans un sol de consistance moyenne, plutôt léger que compact, mais cependant
assez substantiel.
Partie 2, Chap. 1 Situation, exposition, nature du sol 20
Le sol est un des plus puissants agents naturels de la végétation ; il compte pour beaucoup dans les
succès obtenus en culture ; mais il ne faut pas cependant exagérer son importance, et mettre sur le
compte de sa mauvaise qualité les nombreuses déceptions dues uniquement à l’ignorance, à la paresse
et à l’incurie.
La culture des légumes est non seulement possible, mais encore profitable dans tous les sols, excepté
dans la silice et le calcaire purs, et encore cette culture y donnerait des résultats passables, si le sol était
amendé, suffisamment fumé et bien cultivé,
Posons donc en principe : que la culture des légumes est possible dans tous les sols.
Ceci posé, éludions sommairement la constitution du sol et les amendements à y introduire afin de créer,
au besoin, un sol, sinon artificiel, mais au moins assez heureusement amendé pour donner les meilleurs
résultats.
Examinons d’abord les trois principaux éléments servant de base à la fertilité et entrant, en quantité
plus ou moins grande, dans la constitution des sols : l’argile, la silice et la matière calcaire.
1.1.1 L’argile
L’ Argile, desséchée naturellement, se compose de 52 parties de silice, de 33 d’alumine et de 15 d’eau ;
elle est plastique, tenace, difficile à diviser, retient une quantité d’eau considérable, 70 pour 100 de son
poids environ ; elle possède la faculté de s’emparer des gaz ammoniacaux et de les retenir entre ses par-
ticules. L’argile mouillée forme une pâle molle, adhérente aux outils ; sèche, elle acquiert la dureté de la
pierre. Dans ces deux cas, elle est imperméable à l’air. En outre, il faut que l’argile soit entièrement saturée
d’engrais pour que les végétaux que l’on y cultive se ressentent de l’effet des fumures.
Les sols argileux sont froids, humides, tardifs par conséquent, et ils joignent à ces désavantages le double
inconvénient de donner facilement prise à la gelée et de se fendre par les grandes chaleurs.
Ces sols conviennent particulièrement aux artichauts, aux choux, poireaux, fèves, etc. ; mais les as-
perges, la plupart des racines et des légumes à fruits secs y viennent mal.
Malgré ces inconvénients, on forme d’excellents potagers dans des sols argileux, en les amendant conve-
nablement.
Des amendements, impossibles en grande culture, sont facilement applicables au potager, où, comme
dans Je jardin fruitier, nous ferons de la culture intensive dans toute l’acception du mot, c’est-à-dire où
nous dépenserons un capital élevé et une grande somme de travail, pour obtenir une abondante récolte
sur un espace très restreint.
Nous sommes en présence d’un sol très argileux, destiné à former un potager ; d’une terre assez plastique
pour faire de la brique ou de la poterie. Si nous laissons le sol dans cet état, quelques légumes à production
foliacée ; donneront de bons résultats ; presque tous les autres y languiront.
Le premier point à obtenir de l’amendement est un sol friable et perméable à l’air, qui ne colle ni aux
pieds ni aux outils, lorsqu’il est mouillé, et ne se fende pas par la sécheresse.
Nous n’avons pas ici, comme pour le jardin fruitier, à redouter un peu d’humidité dans le sol ; au
contraire, c’est une des conditions les plus favorables pour le potager : c’est à la fois une grande éco-
nomie sur les arrosages et un garant de fertilité. Aussi, faudra-t-il bien se garder de drainer le potager
dans les sols frais ; ce serait une faute des plus graves, à moins cependant de rencontrer de l’eau stagnante
dans le sol, à une profondeur moindre de 60 centimètres.
L’arrosage est ce qui coûte le plus cher dans la culture des légumes ; on ne doit rien négliger de ce qui
peut contribuer naturellement à en diminuer les frais.
Nous conserverons donc au sol une fraîcheur salutaire ; rechercherons le moyen de le rendre divisible
et perméable au meilleur marché possible, suivant les ressources du pays.
Si le sol à amender est formé en entier de terre à brique ou à poterie, et qu’il soit possible de se procurer
un combustible quelconque à très bon marché, le moyen le plus énergique, donnant les résultats les plus
complets et les plus prompts, est le brûlis. Peu importe la nature du combustible : en Sologne, ce seront
des bourrées de sapin dont on ne sait que faire ; en Picardie, de la tourbe ; en Bretagne, des ajoncs et des
genêts ; ailleurs, du charbon ou du coke, des broussailles. Peu importe : le préférable est celui qui coûte le
moins cher.
On ouvre la terre pour en former des billons de 60 à 80 centimètres d’élévation, le combustible est placé
en quantité suffisante au fond de ces billons, pour faire un feu susceptible de durer deux heures environ ;
21 Création du potager
on recouvre le combustible avec de grosses mottes de terre, de manière à former une espèce de fourneau
et à permettre aux flammes de pénétrer entre les mottes : on met le feu, puis on a soin de boucher les trous
avec de nouvelles mottes de terre partout où les flammes se font jour.
Lorsque les fourneaux sont refroidis, on brise les mottes avec la tête de la pioche : un seul coup les réduit
en poussière.
Il suffit alors, en défonçant, de bien mélanger le produit du brûlis avec le sol, d’y ajouter un chaulage ou
un copieux marnage, et une bonne fumure, pour obtenir immédiatement une terre amenée au plus haut
degré de puissance et de fertilité.
Toutes les fois que le brûlis ne coûtera pas plus cher que le transport du sable, il devra lui être préféré.
Non seulement l’argile fortement chauffée ne redevient jamais plastique et agit comme le sable mais dans
cet état elle absorbe avec avidité les gaz de l’atmosphère, et concourt puissamment à augmenter l’action
des fumures ; en outre, le brûlis purge le sol d’une manière radicale des insectes et des mauvaises herbes
qui ravagent et ruinent le potager.
Pour les sols moins argileux, que l’on désigne généralement sous le nom de terres fortes, des amende-
ments bien choisis et une bonne culture les rendront bien vite d’une fertilité remarquable.
N’oublions pas que notre potager sera abondamment fumé, labouré trois à quatre fois par an, et biné huit
à dix fois, chaque planche devant produire en moyenne au moins quatre ou cinq récoltes. L’enfouissement
des engrais, et une culture aussi active suffiraient seuls à ameublir complètement le sol en quelques années ;
nous y ajouterons quelques amendements pour augmenter sa fertilité et hâter son ameublissement, et
n’aurons recours aux brûlis que pour les sols réputés impossibles.
Posons d’abord en principe : que les amendements calcaires apportent une grande somme de fertilité dans
les sois argileux. Si la terre est trop compacte, il faudra d’abord y introduire du sable, le bien mélanger avec
le sol, et ensuite avoir recours aux amendements calcaires. On peut employer indistinctement, suivant leur
prix de revient :
La chaux vive, dans la proportion de deux à trois hectolitres par are. On la mêle d’abord avec trois à
quatre fois son volume de terre, pour la laisser fuser, et ensuite on mélange bien le tout ensemble et on
ajoute aux engrais pour être répandue également sur le sol ;
La marne dans la proportion de trois ou quatre mètres par are, et mélangée avec les engrais, à la condi-
tion toutefois d’employer des marnes actives contenant une grande quantité de carbonate de chaux. Il faut
toujours se défier des marnes, dont l’aspect est des plus trompeurs ; il sera prudent de les faire analyser
avant de les employer pour le potager ;
Les platras et vieux mortiers de chaux, provenant de la démolition des maisons ; ils ne coûtent que la
peine de les enlever dans le voisinage des villes, et sont aussi efficaces que la chaux et la marne, il faut les
pulvériser et les mêler avec des engrais ;
Les cendre, à défaut de chaux, de marne ou de plâtras. Les cendres de bois sont les meilleures ; mais
elles sont souvent d’un prix élevé.
On peut employer avec succès la charrée, cendre qui a servi à faire la lessive. Les cendres des fours à
chaux et des briqueteries, moins pures que celles des foyers, sont excellentes et ne coûtent pas cher. Les
cendres de houille provenant des usines sont aussi un précieux amendement ne coûtant presque rien :
les cendres de tourbe, de tannée, et même celles des locomotives, qui encombrent toutes les gares, et
dont les employés de chemins de fer sont toujours très heureux de se débarrasser moyennant une faible
gratification, sont excellentes, à la condition, toutefois, de les passer à la claie, pour en enlever les cailloux
et les détritus de charbon.
Les cendres de locomotive sont une véritable richesse pour le potager, pour la grande culture et pour
le vignoble. On les jette presque partout aux décharges publiques comme jadis le noir des raffineries. J’en
ai fait enlever de grandes quantités dans plusieurs gares ; tous ceux qui les ont employées suivant mon
conseil en ont obtenu, comme moi, d’excellents résultats. Je ne saurais trop engager les propriétaires, les
cultivateurs et les vignerons à les enlever, à ne pas laisser perdre un produit précieux destiné à augmenter
la richesse des récoltes, principalement dans les sols argileux et siliceux.
Enfin, si le propriétaire n’a pas de chaux, de marne, de plâtras, et qu’il ne puisse pas se procurer de
cendres, il lui sera facile d’en faire dans les pars fourrés et boisés comme la Bretagne et la Sologne, etc.,
avec des ronces, des épines, des éclaircies de sapins, des bruyères, des ajoncs, des genêts, des algues, des
varechs, de la tourbe, de la tannée, etc. Dans d’autres contrées, les propriétaires auront un bénéfice notable
à faire nettoyer leurs bois, et à faire des cendres avec les mauvaises broussailles qui les obstruent et les
Partie 2, Chap. 1 Situation, exposition, nature du sol 22
empêchent de pousser. La main-d’œuvre employée à faire des cendres sera payée au centuple dans les
schistes de Bretagne et les sables de Sologne, qui ne contiennent pas un atome de calcaire.
Admettons encore que l’on manque de tout cela, il restera la ressource d’acheter de la chaux dans le
pays, si elle est à un prix abordable, ou de faire venir du plâtre de loin.
Un potager créé dans un sol argileux ainsi amendé donnera les plus brillants résultats ; il ne sera pas
des plus hâtifs, mais, après quatre ou cinq années de culture, aucun jardin ne l’égalera pour la richesse, la
beauté et la quantité de ses produits. Les sols argileux bien cultivés sont les plus fertiles, mais aussi Les
plus exigeants ; le propriétaire doit toujours se souvenir qu’ils demandent à être soigneusement amendés
et copieusement fumés, et le jardinier ne doit pas oublier que ces terres exigent plus de travail, et doivent
être constamment ameublies par de profonds labours et par des binages fréquents et réitérés.
Aussitôt après, on donne un hersage énergique avec : la fourche crochue (fig. 1), pour bien mêler la poudre
d’argile avec le sol, puis on l’enfouit au moyen d’un labour par un temps très sec. Si le temps était incertain,
il faudrait n’étendre sur le sol que la quantité de poudre d’argile pouvant être hersée et enfouie dans la
journée. La poudre mouillée redeviendrait adhérente et ne se mélerait pas au sable.
Le labour doit être fait à la fourche à dents plates (fig. 2), et non avec la bêche, qui amalgame moins bien
l’amendement avec le sol.
23 Création du potager
J’insiste sur l’emploi de la fourche à dents plates, trop peu en usage dans les jardins, parce qu’elle seule
opère un mélange parfait de la poudre d’argile avec le sol. La bêche opère mal ce mélange et réunit l’argile
au lieu de la mêler.
Il était difficile autrefois de se procurer la fourche à dents plates dont j’avais donné le modèle ; il fallait
la faire venir de Paris. Les Américains, plus intelligenis que nous, en ont fabriqué d’excellentes, et en ont
inondé la France, c’est le mot. Heureusement une grande usine française à eu le bon esprit de faire fabriquer
ces fourches américaines (fig. 3), et aujourd’hui on les trouve partout. Il n’y a donc plus de prétexte pour
éviter de se servir d’un outil aussi indispensable dans le potager que dans le jardin fruitier.
Figure 3 : Fourche
américaine à dents plates.
C’est une opération longue et minutieuse ; mais c’est le seul moyen, et aussi Le plus économique, pour
améliorer un sol trop siliceux. Grâce au parfait mélange de l’argile, la terre prend la consistance et devient
onctueuse aussitôt. Alors il y a augmentation du double dans les produits et moitié de diminution dans les
doubles dépenses des engrais et de l’arrosage.
Si le propriétaire a un besoin absolu d’un potager et qu’il ne puisse l’établir que dans un sol très si-
liceux, sa première opération devra être d’amender. Cela lui occasionnera une dépense première ; mais
celte dépense sera pour lui une énorme économie de temps et d’argent ; en outre, l’amendement, qui, du
reste, n’est pas très dispendieux, peut se faire en plusieurs fois. On peut amender un carré, c’est-à-dire Le
quart du potager, tous les ans, et dans tous Les cas il serait préférable et profitable d’amender complète-
ment la moitié ou même le quart du potager, que de faire imparfaitement la totalité. La culture est une
œuvre de savoir, de temps et d’expérience ; elle est aussi profitable, exécutée dans de bonnes conditions,
que ruineuse quand elle est dirigée par l’ignorance, la précipitation et l’irréflexion.
Si l’on ne peut se procurer à bon compte la quantité d’argile nécessaire, on peut la remplacer par des
vases de mares et d’étangs, par des curages de fossés, d’égouts et de lavoirs publics, que l’on emploie à
l’état de dessiccation et pulvérisés comme l’argile.
Les cendres produisent aussi les meilleurs effets dans les sols siliceux : elles les rendent onctueux et.
augmentent leur fertilité, par l’addition de potasse qu’elles y apportent.
Le meilleur moyen de les employer est de les mélanger avec les engrais.
Si les sols essentiellement siliceux présentent de nombreux inconvénients, hâtons-nous de dire qu’il est
des sables très fertiles : ceux contenant une certaine quantité d’argile, désignés vulgairement sous le nom
de sables gras, et fortement colorés en rouge.
C’est le sol préférable à tous pour établir un potager. Sa précocité, comme son extrême fertilité, s’ex-
plique par la présence de l’oxyde de fer, qui attire et fixe sous forme d’ammoniaque l’azote de l’atmosphère.
asperges, qui ne sont jamais aussi belles et aussi bonnes que dans les terres calcaires à l’excès, et même
dans le calcaire pur.
Leur couleur blanche repousse l’action des rayons solaires ; ils s’échauffent très difficilement, absorbent
très promptement une quantité d’eau considérable, et se dessèchent avec rapidité. Partant ils sont froide,
tardifs, toujours trop humides ou trop secs.
Les sols calcaires, suivant leur consistance, s’amendent avec une quantité plus ou moins grande d’argile
ou de silice. Il faut toujours choisir pour mêler aux sols calcaires des matières fortement colorées, soit pour
amender, soit pour fumer, afin de donner prise à l’action des rayons solaires en faisant disparaître : leur
couleur blanche.
Les argiles brunes, les sables rouges et les frasiers de forges sont les meilleurs amendements à introduire
dans les sois calcaires, avec du noir animal, de la suie, de la tannée, de la tourbe et des terreaux de couches
pour engrais. Avec des soins, du raisonnement et quelques années, on améliore assez ces sols ingrats pour
en retirer d’excellents et d’abondants produits. Le premier, le plus urgent et le plus profitable de tous les
actes, est celui d’amender le sol d’abord, et de le placer ensuite dans de bonnes conditions de fertilité, en
lui donnant assez d’eau et des engrais appropriés à sa nature.
La tannée est parfaite en ce qu’elle agit comme amendement et comme engrais, mais dans les sols
calcaires seulement, où son acidité naturelle est corrigée par l’excès du calcaire. Dans les sols argileux,
siliceux et de consistance moyenne, elle ne peut être employée sans préparation, sans être nuisible. (J’en
parlerai aux Engrais.)
Il résulte de l’examen que nous venons de faire les trois principaux éléments constituant tous Les sols,
argile, silice et calcaire, que non seulement chacun de ces éléments séparés forme un sol imparfait, im-
propre à la plupart des cultures, mais encore que, mélangés, l’élément dominant nuit à la qualité du sol et
nécessite les amendements.
La terre modèle est le loam, appelé terre franche dans certains pays. Les loams contiennent 33 % d’argile,
33 % de silice et 33 % de calcaire, Toutes les cultures sont faciles dans ces sols ; tout y prospère et y donne
d’abondants produits, avec moins d’engrais et de travail. Mais cette terre modèle se rencontre rarement :
c’est au cultivateur à chercher à approcher le plus possible de ce type, à l’aide d’amendements judicieuse-
ment appliqués. Qu’il étudie, examine scrupuleusement et opère sagement, sans parcimonie comme sans
prodigalité, et il sera bientôt convaincu de cette grande vérité : il n’existe pas de mauvais sols ; il n’y à que
de mauvais cultivateurs.
La nature est plus généreuse que ne le supposent les nonchalants ; elle possède des trésors que l’homme
laborieux et entreprenant sait seul découvrir. Très souvent le remède est placé à côté du mal : il n’est pas
rare de trouver un sol argileux placé sur un sous-sol siliceux, et une couche de calcaire à une certaine
profondeur ou à une petite distance.
Dans ce cas, il n’y à qu’à opérer le mélange des couches séparées, opération des plus faciles en procédant
au défoncement, ou à faire quelques charrois.
Règle générale pour tous les jardins fruitiers et potagers : ne choisissez jamais un emplacement, et
gardez-vous de commencer un travail d’amélioration, avant d’avoir sondé le sol en plusieurs endroits
à 4 mètres de profondeur, vous être bien rendu compte de sa composition chimique et des ressources
d’amendements qu’il renferme, si vous ne voulez pas vous exposer à faire une mauvaise opération, à
recommencer votre travail et à faire une quadruple dépense en pure perle.
Disons, avant de terminer ce qui est relatif au sol, que la meilleure terre sera peu fertile, si elle ne contient
une certaine quantité d’humus.
L’humus est la base de la fertilité du soi ; il provient de la décomposition des végétaux et des matières
animales. L’humus fournit aux plantes l’azote provenant des végétaux dont il est formé ; du gaz acide
carbonique qui imprègne l’eau du.sol, et forme au pied de la plante, et sous l’abri de ses feuilles, une
atmosphère surchargée de cet acide (les plantes absorbent de l’acide carbonique par les racines et par les
feuilles).
L’humus a d’autant plus d’efficacité sur la végétation, qu’il possède, comme les corps poreux, la faculté
de s’emparer et de condenser les gaz qui l’entourent. Ces gaz sont restitués par l’élévation de la température
où par l’humidité qui les chasse des pores.
L’humus est en quelque sorte un réservoir de substances nutritives placé au pied de la plante.
En outre, l’humus agit dans les sols argileux comme agent diviseur ; il maintient la fraicheur dans les
sables, et agit comme agent colorant dans les sols calcaires à l’excès. L’humus est la clef de la fécondité
dans tous les sols.
25 Création du potager
Il nous sera facile d’introduire une quantité plus ou moins grande d’humus ou de terreau dans le sol, et
par conséquent de diriger la végétation presque à notre gré, si nous savons bien choisir et fabriquer nos
engrais, et surtout les employer avec discernement.
Notre terrain choisi, pouvant fournir la quantité d’eau nécessaire aux arrosages, reconnu propre à l’éta-
blissement du potager, occupons-nous de son dessin, de sa forme, de son étendue, de sa distribution et de
son tracé.
1. Une petite cour pour la fabrication des fumiers, l’aménagement des terreaux et des paillis ;
2. Une serre pour les outils, et dans laquelle ils seront soigneusement accrochés ;
3. Une autre serre pour les châssis, les cloches, la poterie inutile, les paillassons, etc. ;
4. Un grenier ou une petite pièce quelconque pour serrer les rames, les échalas, les tuteurs, etc. ;
5. Une serre à légumes, pour conserver les légumes pendant l’hiver, faire germer les pommes de terre,
etc.
Si les bâtiments faits ou à construire dans le jardin étaient impropres à l’établissement d’une serre à
légumes, on la placerait ailleurs.
Le défaut dominant, dans la création des potagers actuels, c’est de les faire toujours trop grands ; c’est
plus qu’un défaut : c’est un vice. Un potager trop grand demande une main-d’œuvre très dispendieuse,
laissant toujours à désirer, il n’a jamais assez d’eau, d’engrais et de main-d’œuvre. La dépense est très
élevée et la récolte à peu près nulle.
L’étendue du potager doit être calculée ainsi en moyenne : deux ares de terre par habitant, maitre ou
domestique, et un are par étranger venant passer quelques jours. Dans les grandes maisons, recevant
beaucoup, où les étrangers affluent pendant l’été, et où le personnel des domestiques augmente à chaque
instant, le potager doit être organisé pour parer à toutes Les éventualités.
Supposons une maison composée de six maitres et d’autant de domestiques, recevant pendant tout l’été
et ayant quelques réunions de douze à quinze personnes pendant les vacances, les chasses, etc. Le nombre
des visiteurs, augmenté de celui des domestiques, avec le personnel de la maison, équivalant à trente
personnes, il faudrait, d’après mon calcul, un potager de 60 ares ; mais, par mesure de prudence, nous le
porterons à 80 ares dans la prévision des mauvaises années, et même à l’hectare si le maitre de la maison
a une famille nombreuse à laquelle il expédie des provisions.
Partie 2, Chap. 1 Forme, distribution, clôture, étendue, tracé 26
Un potager d’un hectare peut suffire largement à la maison la plus importante, aux envois de provisions
à ses parents et à ses amis, et apporter encore, à l’aide de cultures dérobées faites avec intelligence, un
précieux appoint de nourriture en verdure, et même en grenailles pour la basse-cour.
Pour une maison moyenne, composée de quatre maitres, deux domestiques, un jardinier et sa femme,
et où l’on reçoit quatre étrangers par an, un potager de 24 ares est suffisant, pour être richement approvi-
sionné foute l’année.
Si au lieu de quatre personnes on en reçoit huit, on ajoutera quatre ares au potager.
Un jardinier avec sa femme soignera parfaitement un potager de 23 ou 30 ares, et n’aura besoin d’un
aide que s’il a, avec cela, un parc un peu étendu, et beaucoup de corbeilles de fleurs.
J’insiste sur le chiffre de deux ares par personne, parce qu’il est suffisant dans une maison où il n’y a
pas de nombreuses réceptions, si l’on applique à la lettre la culture du Potager moderne.
Admettons, ce qui arrive très souvent, une maison où le mari et la femme vivent seuls avec un domes-
tique : un potager de 8 à 10 ares leur suffira pour pourvoir à tous leurs besoins.
Si le maitre de la maison a le goût du jardinage, son petit jardin lui coûtera par an :
Si le propriétaire aime le jardinage, il fera tout le reste, qui n’a rien de fatiguant, et avec une dépense
annuelle de 124 fr (496 €), il approvisionnera abondamment sa maison de primeurs et de légumes, trente
melons le rembourseront totalement de ses frais. Qui l’empêche d’envoyer trente melons au marché, en
dehors de sa provision s’il veut, ou est obligé de faire des économies ?
Si ce même propriétaire ne veut pas toucher à son jardin, et se contente de diriger le jardin suivant les
indications du Potager moderne, son jardin lui coûtera par an :
À ce prix, il aura encore grand bénéfice à récolter ses légumes, dont il sera abondamment pourvu, ainsi
que de primeurs et de fruits de table, que je ne porte pas en ligne de compte.
Le potager doit être clos, pour le défendre des atteintes des maraudeurs, des animaux domestiques et
des lapins, et pour augmenter sa précocité, à l’aide d’abris artificiels. La meilleure de toutes les clôtures est
un mur ; c’est aussi la plus dispendieuse, mais l’intérêt du capital employé pour la construction des murs
est très largement payé par la production des espaliers.
Si le potager est rond, nous n’avons pas à nous : occuper de l’orientation des murs : la forme circulaire
lui est favorable ; mais, s’il est carré, on devra, pour la prospérité des espaliers, placer les angles aux quatre
points cardinaux, contrairement à ce qui se fait habituellement. Voici pourquoi :
Si, suivant la vieille coutume, on oriente un mur au midi franc, exposition presque toujours choisie par
les personnes qui ignorent l’arboriculture, mais à laquelle les arbres grillent, et les fruits brulent neuf fois
sur dix, le mur qui lui fait face est exposé au nord et reste dégarni le plus souvent, parce que rien n’y
vient ; les murs latéraux offrent l’exposition de l’est, trop sèche, et celle de l’ouest, trop humide. Résumé :
quatre murs à quatre mauvaises expositions. Cependant, si ces murs sont construits, il faudra les utili-
ser tels qu’ils sont : l’Arboriculture fruitière en donne les moyens ; mais, s’ils sont à construire, il faudra
procéder ainsi : placer les quatre angles du jardin au nord, au midi, à l’est et à l’ouest, afin d’avoir sur les
murs, les expositions mixtes du nord-est et du nord-ouest, du sud-est et du sud-ouest, toutes excellentes
et susceptibles de donner un produit double des précédentes.
Lorsqu’on sera obligé d’établir Le potager au milieu d’un pare, et qu’il y aura nécessité de le cacher,
on pourra ne faire que deux murs : l’un au nord, abritant des vents froids, et donnant l’exposition du
midi ; l’autre à l’ouest, parant des vents violents et donnant l’exposition de l’est. Ces deux murs pourront
27 Création du potager
être garnis d’espaliers, et l’on pourra clore les deux autres faces, celle du midi et celle de l’est, avec une
haie croisée de rosiers de Bengale, clôture excellente et du plus joli effet dans un parc (fig. 4). Cette haie,
soutenue par une charpente en fer ou en bois et des fils de fer, et formée de losanges réguliers, offre un
aspect magnifique comme floraison, tout en étant d’une solidité remarquable, en ce que toutes les branches
sont greffées ensemble, à tous les points où elles sont en contact. Une haie ainsi formée offre une clôture
impénétrable et un ornement splendide. (Voir l’Arboriculture fruitière, dixième édition, pour la plantation
et la formation des haies croisées.)
Il est difficile de donner un spécimen de plan pouvant servir à des terrains de conformations différentes.
Néanmoins, je donne ici le plan d’un potager, suffisant pour indiquer au propriétaire tout ce qui est indis-
pensable dans son jardin ; il n’y aura qu’à modifier suivant la conformation du terrain.
Le jardin potager (fig. 5) est entièrement clos de murs et a deux entrées par les portes À. Nous établirons
de trois côtés des plates-bandes B de 1,50 de large, autour des murs, et un cordon à deux rangs au bord
de la platebande Voir l’Arboriculture fruitière, dixième édition, pour faire cette plantation avec succès) ; au
centre du jardin, un bassin G, pour les arrosements et donner la facilité de mouiller les quatre carrés en
un instant avec la pompe à brouette Dudon ; la portée des lignes D n’excède pas 18 mères.
Des allées de 1,50 m au moins à 4 m au plus, suivant la grandeur du potager, sont commodes pour
circuler facilement avec des brouettes ou une voiture à bras, indispensables à la distribution des engrais
et à la récolte des légumes. Que le potager soit placé dans un parc, ou séparé, la circulation facile doit
toujours y être établie, afin de faciliter le service de la culture.
Les carrés du potager étant exclusivement destinés à la culture des légumes, ne contenant ni plantation
d’arbres ni fleurs, nous supprimons les platebandes autour des carrés ; elles sont un obstacle à la culture,
en occasionnant à la fois une perte de temps et de terrain. Nous les supprimons pour établir des planches
parallèles dans toute l’étendue des carrés (fig. 5).
Lorsque le plan a été suffisamment étudié et arrêté sur le papier, on opère ainsi le tracé sur le terrain :
On commence par tracer au cordeau les platebandes du tour et les carrés ; on place à chaque angle
un piquet solide, enfoncé de 60 centimètres au moins pour que les ouvriers ne puissent le déranger en
défonçant et retrouver ses points de repère ; on vérifie toutes ses mesures, on vide ensuite les allées à une
profondeur de 15 centimètres environ, en rejetant la terre sur les plates-bandes et les carrés, afin que le
tracé ne s’efface pas, et l’on procède à la préparation du sol.
CHAPITRE 2
Préparation du sol :
nivellement, amendement et défoncement
Le tracé fait sur le terrain, et les piquets placés à chaque angle pour servir de points de repère, on peut
défoncer. Mais, préalablement, il faut examiner attentivement le terrain, première condition pour rendre
les arrosages profitables aux plantes.
Le nivellement doit être fait, en même temps que le défoncement, par les terrassiers qui l’exécutent,
et sans grande augmentation de prix. Cela leur est facile quand leur travail est bien préparé ; il ne leur
en coûte guère plus de peine, et c’est une grande économie pour le propriétaire. Le nivellement fait à
la journée, avant ou après le défoncement, revient souvent plus cher que ce dernier, et a l’inconvénient
d’abimer le sol surtout après le défoncement. Il eût mieux valu ne pas défoncer que de piétiner et de rouler
des brouettes sur un défoncement tout frais.
Cependant, si le terrain était couvert de buttes de terre, il faudrait niveler grossièrement, mais avant de
tracer, c’est-à-dire abattre les buttes les plus saillantes et boucher avec les trous les plus profonds. Dans
tous les autres cas, voici comment on procédera :
On prend trois nivelettes (fig. 6 : a), ou mieux quatre pour chaque face du carré à niveler, soit douze
pour un carré que nous supposons avoir 18 mètres sur chaque face. On place la première nivelette, non
pas tout à fait à l’angle du carré, mais à vingt centimètres de cet angle, dans l’allée,de façon à enfoncer des
piquets de nivellement tout autour du carré, afin que les terrassiers ne les dérangent pas en défonçant, et
s’en servent pour niveler.
a b
Figure 6 : a : nivelle ; b : mire
La première nivelette placée à une hauteur de 80 centimètres environ, on en enfonce une seconde à 6
mètres de la première, et à la même hauteur ; ensuite on place la troisième à 6 mètres de la seconde ; on
les aligne toutes les trois les unes sur les autres, et l’on place la quatrième à l’autre angle.
Ensuite, on place, comme nous venons de le faire, en les ajustant sur celles des angles, trois nivelettes, à 6
mètres de distance, sur chacune des deux faces attenant à celle déjà nivelée, et deux sur la quatrième, pour
déterminer une ligne parfaitement horizontale tout autour du carré. Cela fait, on ajuste une mire (fig. 6 :
b) à la longueur d’une nivelette de hauteur moyenne ; c’est celle que doit avoir le terrain, et l’on enfonce
au maillet un piquet entre chaque nivelette, en ajustant sa hauteur sur elle avec la mire.
Il faut, en outre, en plaçant les piquets de nivellement, tenir compte du foisonnement de la terre défon-
cée : il est d’un dixième environ : ainsi, en défonçant à 60 centimètres, on doit compter sur 6 centimètres
de foisonnement, et placer les piquets 6 centimètres plus haut que le niveau réel.
Ces piquets enfoncés, on retire les nivelettes une à une ; on place dans leur trou un piquet ajusté avec
la mire, et au besoin avec deux mires, quand il ne reste plus assez de nivelettes. La tête de chaque piquet
31 Préparation du sol : nivellement, amendement et défoncement
représente la hauteur exacte que le sol doit avoir ; ces piquets, placés à 3 mètres les uns des autres, au bord
de l’allée, sont un guide sûr pour les terrassiers et offrent une grande facilité pour vérifier à chaque instant
le nivellement, avec une mire placée sur les piquets de chaque extrémité, et une troisième posée sur le sol.
En opérant ainsi, le jardin défoncé est aussi uni qu’une table, et ce résultat, ordinairement dispendieux,
est obtenu presque sans augmentation de dépense ; une gratification de 10 fr (40 €) à 15 fr (60 €), suivant la
grandeur du jardin, indemnisera suffisamment les terrassiers du temps qu’ils auront perdu à vérifier leur
nivellement à la mire.
Les mêmes piques serviront pour niveler les allées lorsque le défoncement sera opéré. Il est utile de
leur donner une pente générale, presque insensible à l’œil, mais indispensable pour faciliter l’écoulement
des eaux pendant les pluies d’orage ; une pente de 2 millimètres par mètre est suffisante. Reprenons pour
exemple notre carré de 18 mètres ayant sept piquets sur chaque face. Ces piquets sont placés à 3 mètres
de distance ; la pente générale est de 36 millimètres.
Il faudra donc enfoncer les piquets ainsi : le premier ne sera pas touché ; le second sera enfoncé de 6
millimètres, le troisième de 19, le quatrième de 48, le cinquième de 24, le sixième de 30, le septième de 36,
n’y aura plus qu’à mettre de la terre jusqu’à la tête des piquets, et la pente sera réglée avec une grande
justesse, sans peine comme sans dépense inutile. Les allées ne doivent être nivelées que trois semaines
au moins après le défoncement, lorsque la terre a repris son aplomb, et que le nivellement à été vérifié et
reconnu exact ; mais, je ne saurais trop le recommander, les piquets de nivellement ne doivent pas être
dérangés avant que le tassement complet du sol défoncé soit opéré : cela demande quinze à vingt jours.
On détruit la pente naturelle du sol (A, fig. 8) en le coupant en B, C et D, pour y établir une série de
banquettes horizontales, sur lesquelles la culture est facile et productive. On n’a recours à ce moyen que
dans les pays très montagneux, où l’on est quelquefois forcé d’établir un potager sur une pente très rapide,
Lorsque le potager à une pente générale très prononcée (fig. 9), on peut la conserver, surtout lorsqu’elle
est du nord au midi, mais en l’adoucissant par le nivellement, et en établissant les planches B,C et D dans
le sens opposé à la pente, où il est facile de les dresser de façon à les obtenir parfaitement horizontales
comme dans la figure 10 à l’aide de petites banquettes faites au râteau.
Les piquets de nivellement placés, on procède au défoncement général.
Le défoncement se fait de trois manières suivant la qualité et la profondeur du sol :
1° Jauge ouverte Dans le cas où le sol est de même qualité jusqu’à la profondeur voulue, et quand il
n’y a pas d’amendement à introduire, il n’y a qu’à défoncer : ce défoncement doit avoir les profondeurs
suivantes :
50 centimètres dans les sols argileux ;
60 centimètres dans les sols de consistance moyenne et 70 dans les sables.
Sous le climat de l’olivier, il sera utile d’augmenter la profondeur du défoncement de 10 à 15 centimètres,
afin d’obtenir plus de fraîcheur dans le sol.
Ce travail est payé à la tâche de 0.30 fr (1.2 €) à 0.35 fr (1.4 €) le mètre courant dans les sols argileux,
suivant leur ténacité, et 0.25 fr (1.0 €) à 0.30 fr (1.2 €) dans les sols de consistance moyenne et dans les
sables. Ces prix, très rémunérateurs en province, devront être augmentés de 0.05 fr (0.2 €) à 0.10 fr (0.4 €)
aux environs de Paris, où la main-d’œuvre est plus coûteuse en raison du prix élevé des vivres.
Les platebandes des murs, destinées à recevoir des arbres fruitiers, seront défoncées à la profondeur
d’un mètre.
Il ne faut jamais fumer en défonçant, ni les platebandes destinées à planter des arbres, ni les carrés du
potager. Le fumier embarrasse et retarde les terrassiers ; et ce fumier, enfoui trop profondément, placé
hors de la portée des racines, est entièrement perdu.
Celui qui fume en défonçant fait subir trois pertes au propriétaire : celle du fumier, du charroi et du
temps des terrassiers ; je pourrais dire quatre en comptant la première récolte, qui sera à peu près nulle,
faute d’engrais à sa portée.
Les défoncements doivent toujours être faits à l’entreprise où à la tâche ; ils ne sont possibles aux prix
indiqués que dans celte condition. Chaque fois qu’un propriétaire tentera de les faire exécuter à la journée,
quelque bon marché qu’il paye les ouvriers, le travail sera mal fait et reviendra à un prix exorbitant. Un bon
terrassier fait 90 mètres de défoncement en moyenne dans sa journée ; il demande toujours à travailler à la
tâche ; il préfère se donner de la peine et gagner de l’argent. Le mauvais ouvrier, à la journée, fait à peine
4 mètres, et répète sans cesse que le défoncement est un travail impossible. Dans ce cas, si le propriétaire
habite un pays où les ouvriers soient trop mous pour entreprendre à la tâche, c’est-à-dire ne veulent pas se
donner un peu de mal pour gagner de 6 fr (24 €) à 8 fr (32 €) par jour, il aura un grand bénéfice à faire venir
des terrassiers et leur payer le voyage aller et retour. J’en ai envoyé autrefois en Berry et en Touraine ;
les propriétaires en ont été enchantés, et les ouvriers du pays les considéraient comme des travailleurs
fantastiques.
Figure 10 : Pioche.
33 Préparation du sol : nivellement, amendement et défoncement
Le défoncement ne doit jamais être fait à la bêche, mais toujours à la pioche et à la pelle. Le défoncement à la
bêche est désastreux pour le propriétaire, en ce que le sol retourné sens dessus dessous, la bonne terre au
fond et la mauvaise dessus, peut rester complètement infertile pendant plusieurs années, et ruineux pour
l’ouvrier, parce qu’il n’avance pas et gagne à grand-peine de pitoyables journées. L’un et l’autre feraient
mieux de se tenir tranquilles.
Le défoncement à la pioche (fig. 10), pour abattre la terre, et à la pelle (fig. 11), pour la ramasser, est seul
profilable aux propriétaires, et avantageux pour l’ouvrier, surtout s’il sail s’éviter les transports de terre ;
rien n’est plus facile. Voici comment on procède :
Figure 11 : Pelle.
Admettons que nous ayons à défoncer quatre carrés de potager séparés par une allée en croix (fig. 43).
Nous ferons défoncer les quatre carrés sans rouler une seule brouettée de terre. On ouvrira la tranchée à
l’angle du premier carré donnant sur l’allée du milieu (A, fig. 12). Cette tranchée aura 8 à 4 mètres de large
sur 4 à 5 de long pour que trois hommes puissent y travailler de front sans se gêner. La terre de l’ouverture
de la tranchée sera jetée dans l’ailée auprès de son ouverture, en B.
Figure 12 : Défoncement.
Six hommes descendront dans la tranchée et travailleront par trois de front : trois à piocher et trois à
pelleter, et ils se relayeront alternativement. Les trois premiers abattront la terre au fond de la tranchée, par
tranches de 30 à 40 centimètres d’épaisseur, et à la profondeur voulue ; les trois seconds ramasseront, avec
leurs pelles, cette terre déjà mêlée en tombant sous la pioche, et la re-mêleront encore en la jetant derrière
eux, jusqu’à la hauteur des piquets de nivellement. En opérant ainsi, le nivellement et le défoncement
Partie 2, Chap. 2 34
seront opérés du même coup. Le mélange des terres sera parfait : on obtiendra un guéret profond, de terre
excellente et de même consistance : ce sol se maintiendra toujours frais, sera d’une fertilité remarquable,
et donnera par sa fraicheur naturelle une économie de moitié sur les arrosements.
La tranchée à été ouverte en A, fig. 12, à l’angle droit du premier carré : le défoncement sera conduit de
manière à le terminer à l’angle opposé, celui de gauche, en bas du carré, où il restera un vide égal (C, même
figure) à la terre enlevée et laissée en réserve dans l’allée : ce vide sera comblé par la terre de l’ouverture
de la tranchée à l’angle gauche du second carré : cette terre sera jetée à la pelle par-dessus l’allée (D, même
figure). Le second carré sera défoncé comme le premier et terminé par l’angle du bas E ; ce nouveau vide
sera comblé par l’ouverture de la tranchée du troisième carré, à l’angle (F, même figure) faisant face au vide.
Ce carré sera défoncé comme les deux précédents, et terminé par l’angle G (même figure) bordant l’allée
transversale. Le vide sera comblé par l’ouverture de la tranchée du quatrième carré H, que les terrassiers
termineront par l’angle gauche en haut, I, où se trouve la réserve de terre B, provenant de l’ouverture de
la première tranchée A. Il n’y aura qu’à la pousser à la pelle pour combler le dernier vide.
Dans tous les défoncements, il est urgent de bien mêler ensemble les couches de terre du dessus, du
milieu et du dessous ; d’extraire avec le plus grand soin les pierres et les racines ; de bien casser les mottes
de terre et d’enterrer très profondément le chiendent, s’il y en a ; il ne repousse jamais quand il est enfoui
à plus de 60 centimètres. La terre d’un potager soumis au défoncement doit être complétement épurée.
C’est une opération qui ne se fait qu’une fois, mais il est urgent de bien la faire pour qu’elle soit profitable.
2° Le défoncement avec amendement se fait à la même profondeur que le précédent, et s’opère de la
même manière, à la pelle et à la pioche, pour que le mélange des terres soit parfait.
Si l’on opère dans un sol argileux, il sera très profitable d’employer le plus de terre meuble possible. Celle
de la superficie des allées devra être enlevée à la profondeur d’un fer de bêche, et jetée sur les platebandes,
pour être remplacée, dans les allées, par la terre du fond de la tranchée. La terre de la surface, exposée à
l’influence des agents atmosphériques, est toujours délitée, tandis que celle du fond est plastique à l’excès.
Lorsqu’on introduit un amendement dans le sol : plâtras, sable ou cendres de houille, on étend cet amen-
dement également sur le carré à défoncer ; on jette la terre des allées par dessus ; on mêle le tout en défon-
çant, et l’on jette la terre du fond de la tranchée dans les allées, pour remplacer celle qui y a été enlevée.
Ce défoncement se paye le même prix que le précédent, mais avec cette différence que la terre prise
dans les allées se paye aux terrassiers 0.10 fr (0.4 €) le mètre de surface.
Lorsque les amendements sont appliqués à des sols siliceux, et qu’il n’est pas nécessaire de prendre la
terre des allées, le défoncement est payé le même prix que celui à jauge ouverte. On paye seulement à part,
à la journée, l’épandage de l’amendement.
3° Les défoncements avec changement de terre son les plus longs et les plus dispendieux. On les
pratique dans les sols peu profonds, dont le sous-sol est impropre à la culture, quand il est composé de
glaise, de marne ou de tuf.
On commence par prendre toute la terre végétale des allées et la jeter sur les carrés ; on ouvre la tran-
chée comme je l’ai indiqué précédemment ; on mélange toutes les bonnes terres et l’on rejette au fur et
à mesure le sous-sol dans les allées. Quand il y a 40 ou 50 centimètres de bonne terre, le travail n’est pas
énorme, et l’on arrive assez facilement à faire 70 centimètres d’excellente terre, sans charrois. Dans ce cas,
le défoncement se paye 0.05 fr (0.2 €) en sus ; les allées, comme défoncement. Les terrassiers brouettent la
terre et nivellent les allées. Mais, quand il n’y a que 25 à 30 centimètres de bonne terre, l’opération devient
plus difficile et plus dispendieuse.
Dans ce cas, il n’y à pas à hésiter ; il faut créer un sol riche et profond où il n’existe pas. Malgré les
difficultés que cela présente en apparence, ce n’est pas plus dispendieux, quand le travail est bien conduit,
qu’un mauvais défoncement exécuté à la journée, dans un bon sol. Il faut commencer par prendre dans les
allées toute la terre végétale qu’il est possible d’y trouver, ct la jeter sur les carrés. Lorsque la tranchée est
ouverte, on emploie toute La bonne terre ; on extrait ensuite la mauvaise, avec laquelle on remplit les vides
faits dans les allées, et l’on emporte l’excédent, que l’on remplace par de la bonne terre prise ailleurs, forte
ou légère, suivant la consistance du sol, et dont on se sert en dernier lieu pour recharger le défoneement
et achever le nivellement.
Il est rare d’en venir à ces extrémités ; c’est un cas exceptionnel. La plupart du temps, le sous-sol peut
être mélangé en partie avec la terre des carrés et celle des allées, sans être obligé d’avoir recours à des
charrois toujours coûteux. Cependant, quand on est réduit à ces moyens extrêmes, et qu’un potager est
indispensable, il faut le créer le plus vite possible, mais bien faire ce que l’on entreprend : une telle opéra-
tion mal exécutée coûterait assez cher, et ne donnerait que de mauvais résultats.
35 Préparation du sol : nivellement, amendement et défoncement
Dans ce cas, le défoncement se paye 0.10 fr (0.4 €) de plus par mètre que le prix courant ; les allées
comptent comme défoncement ; les terrassiers les nivellent et chargent les voitures de mauvaise terre
extraite du terrain, et on leur paye en sus à la journée l’épandage de la terre rapportée.
Disons, avant de terminer ce qui est relatif aux défoncements, qu’il faut toujours les faire à l’avance, et
les exécuter par un temps sec, surtout dans les sols argileux. Il faut autant que possible les faire à l’automne
ou au commencement de l’hiver, pour mettre le jardin en culture au printemps. La création d’un jardin
est une chose sérieuse, quand on veut la bien faire et obtenir des résultats profitables. Elle nécessite sinon
l’intervention d’un homme spécial, mais au moins ses conseils, pour le plan, les dispositions à prendre et
les indications à donner pour l’exécution, si l’on veut éviter les déceptions et les dépenses inutiles.
Il faut à cet homme, toujours surchargé de travail, le temps d’étudier les dispositions nécessaires dans
tous leurs détails, et aussi aux ouvriers celui indispensable pour exécuter leur travail dans de bonnes
conditions. Si la précipitation est nuisible dans presque toutes les circonstances de notre vie, je pourrais
dire que c’est la pire de toutes les choses dans la création d’un jardin.
Que les propriétaires, dans l’intention de créer des jardins, m’envoient donc leurs demandes de ren-
seignements pendant l’été, lorsque les jours sont longs et que l’on peut travailler, afin que je puisse leur
donner des indications en temps utile, au lieu de me les adresser à la veille de commencer les travaux,
pendant l’hiver où je n’ai pas une minute à moi, et en me les demandant par retour du courrier.
CHAPITRE 3
Arrosage
L’arrosage est l’opération la plus importante el, sans contredit, la plus indispensable dans le potager, et
c’est à coup sûr celle dont on se préoccupe moins, bien qu’il soit impossible d’obtenir une récolte passable
sans la quantité d’eau suffisante.
Les propriétaires apportent ordinairement des soins assidus à la création du potager, mais ils songent
rarement à l’arrosage. Les plus soigneux croient avoir tout prévu en creusant un puits très profond, four-
nissant péniblement, et à grands frais, à peine le dixième de l’eau nécessaire. au milieu d’un immense
jardin. Ils disent : « Le puits est bon ; le jardinier tirera de l’eau et arrosera, » sans se rendre compte de
la quantité d’eau nécessaire, de la possibilité de la tirer, ni du temps que demande l’extraction de l’eau et
l’arrosage à la main.
Aussi le résultat est-il le même dans les années sèches pour tous les jardins manquant d’eau ou d’appa-
reils pour l’amener et la distribuer. Dès que le mois de mai arrive, le jardinier et ses aides sont uniquement
occupés à tirer sur la corde du puits et à porter les arrosoirs ; ils ne font que cela. Il est impossible qu’ils
fassent autre chose,et encore, avec des moyens d’action aussi vicieux, et une disette d’eau presque com-
plète, ils ne peuvent obtenir des produits satisfaisants ; tout leur temps est consacré, de mai à septembre,
à empêcher les plantes de mourir, rien de plus. Disons que, pendant cette période de temps, toutes les
cultures sont négligées, car tout ce qui existe réclame de l’eau sous peine de mort.
On doit toujours s’assurer de trouver la quantité d’eau nécessaire avant de créer le potager, et en faire
la distribution sur le plan, afin d’être en mesure de poser les tuyaux de conduite d’eau, sans dépense
additionnelle, en faisant le défoncement.
Avant toute opération, le propriétaire ne saurait trop se convaincre de ceci : l’eau est indispensable à
l’existence des plantes, surtout des légumes ; elle est autant et même plus nécessaire que l’engrais, car des
montagnes de fumier enfouies dans un sol desséché seront de nul effet sur la végétation, si l’on ne peut
introduire dans le sol la quantité d’eau nécessaire pour décomposer les engrais et les dissoudre, afin de les
rendre assimilables, et de réparer les pertes de l’évaporation par les feuilles.
Plus la température est élevée, plus l’évaporation est grande, et plus aussi le sol demande à être arrosé ;
s’il cesse d’être suffisamment mouillé, la nutrition s’opère mal, et la végétation languit.
L’eau est le besoin le plus impérieux des plantes, des légumes surtout, qui accomplissent très rapidement
leur végétation.
L’eau même à l’état pur fait partie de l’organisation du végétal : elle donne la souplesse à ses organes
en les pénétrant, elle entretient le mouvement ascensionnel de la sève par l’évaporation continuelle des
feuilles ; enfin, elle dissout les substances nutritives contenues dans le sol et les introduit dans les vé-
gétaux. Sans eau dansle sol, pas de végétation possible ; avec une quantité d’eau insuffisante, végétation
languissante.
La meilleure de toutes les eaux à employer pour l’arrosage est l’eau de pluie, en raison de sa pureté et
de la quantité d’air qu’elle contient ; ses propriétés dissolvantes lui donnent la faculté de se charger très
facilement de principes fertilisants. Toutes Les fois qu’il sera possible de recueillir les eaux de pluie, elles
seront une précieuse ressource pour l’arrosage et l’on devra de préférence les employer pour arroser les
semis, les jeunes plantes, et faire les dissolutions pour détruire les insectes.
Les eaux de sources et de rivières, bien qu’inférieures aux eaux de pluie, sont préférables à celles des
puits, en ce qu’elles sont moins chargées de substances minérales et plus aérées. Le plus grand défaut des
eaux de sources est d’être froides ; on y remédie en les laissant s’échauffer dans un bassin.
Les eaux de puits peuvent être employées à l’arrosage ; mais il est urgent de les tirer à l’avance, afin de
les échauffer, et surtout de les aérer, en les laissant exposées quelques heures à l’air et au soleil. L’eau de
puits, tirée le matin dans un bassin ou même dans des tonneaux découverts, est excellente pour arroser le
soir même, mais il est urgent de prendre cette précaution.
Les eaux destinées à l’arrosage sont d’autant meilleures qu’elles contiennent une plus grande quantité
d’air. Quand l’eau est chargée de matières en putréfaction et ne contient plus d’oxygène, elle devient
nuisible à la végétation.
37 Arrosage
De ce fait, l’utilité de diviser l’eau le plus possible en arrosant ; la pompe Dudon et l’arrosoir Raveneau
remplissent parfaitement ce but.
L’arrosage est l’opération la plus coûteuse dans la culture du potager, lorsqu’il n’est pas organisé mé-
caniquement. Recherchons donc les moyens les plus efficaces et les plus économiques pour extraire et
distribuer la quantité d’eau nécessaire, le plus promptement et avec le moins de main- d’œuvre possible.
Si l’on dispose d’un cours d’eau, et que le potager ait une grande étendue, on établira une pompe Dudon
à demeure dans un coin du potager : cette pompe, la plus simple, la plus puissante et la plus facile à
manœuvrer que je connaisse, extraira l’eau et la distribuera dans les réceptacles, où elle s’échauffera. On
choisira la pompe d’un calibre plus ou moins fort suivant la quantité d’eau dont on aura besoin, et elle sera
mue par un manège, à l’aide d’un cheval ou d’un âne, ou par un homme, avec un balancier horizontal.
Les pompes fixes Dudon donnent, suivant leur grosseur, un, deux ou trois litres d’eau par coup de piston.
Elles exigent peu de force ; celle que j’ai fait installer chez moi, sur un puits ayant 40 mètres de profondeur,
est facilement manœuvrée par un enfant : elle donne plus d’un litre d’eau par coup de piston et vaut de
410 fr (1640 €) à 420 fr (1680 €).
Au besoin on pourrait prendre de l’eau à une rivière, à une source ou à un étang avec la pompe à brouette
Dudon (fig. 13), et la distribuer dans les réceptacles ; la même pompe peut aspirer l’eau des réceptacles et
la lancer sur les carrés, à une distance de 18 mètres, avec la force d’un homme.
À défaut de cours d’eau, de source ou d’étang, c’est un puits qui fournira l’eau du potager. Dans ce cas,
le moyen d’extraction d’eau le plus énergique et le plus économique est la posnpe fixe de Dudon. Si la
profondeur du puits n’excède pas 42 mètres, un seul corps de pompe sera suffisant.
À la profondeur de 8 mètres on place la pompe à l’orifice du puits ; à celle de 10 mètres, à 2 mètres
au-dessous du sol.
Mon puits a 10 mètres de profondeur ; la pompe est placée à 2 mètres dans le puits (fig. 14). Gette pompe
fonclionne parfaitement, videle puitsen moins d’une heure, par le tuyau A (fig. 13), et envoie l’eau par des
tuyaux souterrains B, dans des tonneaux garnissant tout le potager, et placés à des distances de 60 à 90
mètres du puits.
Un robinet de décharge D sert à vider les tuyaux quand il gèle, et le balancier G permet de manœuvrer
facilement la pompe avec la force d’une femme ou d’un enfant.
Lorsque la profondeur du puits excède 42 mètres, faut établir deux et même trois corps de pompes dans
le puits. L’extraction de l’eau est aussi facile, mais elle exige plus de force. Quand le puits est abondant,
il y a bénéfice à établir deux pompes qui fournissent de l’eau en quantité ; c’est plus économique que le
tirage à la corde, ne fournissant pas d’eau, et dépensant en main-d’œuvre, en moins de trois mois, ce que
coûte une bonne installation.
Partie 2, Chap. 3 38
M. Dudon-Mahon vient d’inventer une pompe à trois corps, qui est une petite merveille de puissance
et de solidité, comme tout ce qui est sorti de ses ateliers. Il y a quatre modèles de différentes forces de cet
excellent instrument, avec lequel on peut extraire l’eau très vite, et en abondance.
Dans cette remarquable et puissante pompe, pas de réparations ; jamais de boulons à démonter, pas de
presse à étoupe à regarnir. Cette pompe, construite avec le plus grand soin, et des matériaux de première
qualité, ne demande jamais de réparations ; son ajustage, des plus parfaits, défie toutes les épreuves.
Cette pompe peut être mise en mouvement par un manège spécial que M. Dudon a construit avec
un rare bonheur. Ce manège, d’une solidité à toute épreuve et d’une grande simplicité, peut être installé
partout avec une grande économie.
Le manège Dudon se compose d’une colonne solide, montée sur trois pieds, se boulonnant dans n’im-
porte quel bâti. La partie supérieure de la colonne est surmontée par un chapeau portant le bras moteur
du manège, et une grande colonne dentée inférieurement. Cette couronne actionne un premier pignon, et
par son intermédiaire met en mouvement les bielles auxquelles sont reliées les tiges des corps de pompes.
Rien de plus simple, de plus solide ni de plus énergique.
Ce manège, aussi puissant qu’économique, peut être mis en mouvement par une machine à vapeur, une
roue hydraulique, un moteur à air, un cheval, un âne, et même par une manivelle à bras.
Parmi les utiles nouveautés que M. Dudon-Mahon a mises à l’Exposition universelle de 1878, figure
un balancier hydraulique marchant avec une régularité mathématique par le poids de l’eau. Ce balancier
fait marcher un bélier hydraulique, également de M. Dudon. Avec ses ingénieux appareils, on peut tirer
de l’eau nuit et jour, sans s’occuper du mécanisme ; il marche tout seul, et le moteur est l’eau elle-même.
Rien de plus simple ni de moins coûteux.
J’ai adopté, depuis longues années, à l’exclusion de toutes autres, les pompes Dudon et tous les essais
que j’ai faits depuis me confirment dans mon opinion.
La pompe-brouette Dudon (fig. 16), la première dont je me suis servi, est la plus puissante, la plus solide,
celle qui demande le moins de force et la meilleur marché.
Avec cetle pompe on prend de l’eau et on l’envoie où l’on veut. Je laisse la parole à M. Dudon :
« Toutes mes pompes et pistons sont en cuivre et montés sur brouette en fer à deux roues ; ces pompes
peuvent être ulilisées à tous les usages, pour purin,
39 Arrosage
arrosage de cours et jardins, épuisements, incendies, fosses d’aisance, mélasses, vins, etc.
Les cuirs des pistons peuvent être d’une durée infinie, attendu que l’eau ne fait que traverser le piston
en dedans, l’extérieur glissant sur l’huile dans son cylindre. Les acides ne peuvent donc les détériorer, un
seul boulet en caoutchouc suffit pour aspirer et refouler ; elles ont aussi une grande force de projection :
un seul homme peut projeter l’eau dans un rayon de 17 à 18 mètres. La quantité d’eau est calculée selon
la grandeur du cylindre désigné d’autre part.
Trois modèles de pompes montées sur brouette en fer à deux roues, désignées comme suit :
La maison Dudon-Mahon est représentée à Paris par M. Ridard, successeur de Derouet, quincaillier,
rue de Bailleul, n° 9. »
L’eau extraite, il s’agit de la distribuer dans les réceptacles, au moyen de tuyaux souterrains, de bassine,
bacs ou tonneaux.
On emploie des tuyaux en fer, en fonte, en grès et en terre cuite ; le diamètre varie suivant la quantité
d’eau à distribuer ; plus elle est grande, plus le diamètre doit être fort.
Les tuyaux en fer, se vissant par le bout dans des manchons, sont les plus solides ; il suffit de chauffer
un peu le pas de vis et de le garnir de suif et de poix, pour éviter toutes les fuites possibles et la rouille des
vis. Une fois posés, ils ne demandent ni entretien ni réparations. On emploie le diamètre de 35 millimètres
pour un potager de 25 à 40 ares, et celui de 50 millimètres pour un potager de 60 à 120, et même 150 ares.
J’ai chez moi des tuyaux en fer depuis plus de quinze ans. Je les ai fait enlever, il y a deux ans, des jardins,
où ils étaient enterrés depuis plus de douze ans ; ils étaient dans le meilleur état, et je n’ai eu qu’à les faire
reposer dans un autre jardin, où ils pourront fonctionner un temps illimité sans la moindre réparation.
Partie 2, Chap. 3 40
Figure 16 : Pompe
portative Dudon.
Les tuyaux en grès ou en terre cuite, lutés avec du ciment, offrent une grande économie, mais sont sujets
à de fréquentes réparations. Cependant, lors qu’ils sont posés avec soin, ils sont solides, et peuvent rendre
des services importants. Les diamètres de 50, 60 et 70 millimètres sont les préférables pour les potagers
petits, moyens et grands. I ne faut jamais oublier que la solidité des tuyaux en grès ou en terre git dans la
pose ; ils doivent être ajustés avec soin, et posés partout dans le fond de la tranchée ; le moindre vide en
dessous les fait casser aussitôt.
aux points À et vider le bassin. Si l’eau est fournie par un puits placé au centre dans ce potager de 20 ares,
il n’y aura pas de tuyaux de conduite à employer, mais un simple bassin circulaire à construire autour du
puits, comme l’indique la figure 18. On posera une pompe fixe Dudon sur le puits A ; le balancier de la
pompe sera placé en B, au bord de l’allée, et l’eau tombera dans le bassin circulaire D, où elle s’échauffera,
et d’où elle sera prise avec la pompe à brouette.
S’il n’y a pas de puits dans le potager, une seule ligne de tuyaux suffira pour alimenter le bassin.
Un potager de 40 ares peut être arrosé à la pompe avec deux bassins seulement (fig. 19). Les lignes À
ont une longueur de 20 mètres, juste la portée de la pompe. Si l’eau est fournie par un puits armé d’une
pompe fixe placée au centre de l’un des bassins, il suffira d’un tuyau de communication B, entre les deux
bassins, pour assurer le service de l’arrosage. Si l’eau est prise en dehors du jardin, il faudra ajouter un
tuyau de conduite C pour l’amener dans le tuyau B (fig. 19).
Un potager d’un hectare peut être parfaitement arrosé à la pompe avec quatre bassins et un bassin
central si l’eau est fournie par un puits, et par quatre bassins seulement si elle est amenée du dehors
(fig. 20).
Le bassin central A, construit comme celui de la figure 18 atpage[arro2], renferme au centre le puits,
pourvu d’une pompe fixe. Les tuyaux B alimenteront les quatre bassins G, d’où la pompe à brouette,
opérant sur les lignes D, pourra atteindre toutes les parties du jardin. Si l’eau est prise en dehors du jardin, le
bassin À sera supprimé, ainsi que la ligne de tuyaux B, placée dans l’allée centrale, et le tuyau E alimentera
les quatre bassins.
Les tuyaux de conduite d’eau en fer ou en fonte devront être enterrés à une profondeur de 30 à 40
centimètres ; ceux de grès ou de terre cuite à celle de 40 à 50. Dans tous les cas, pour les uns comme pour
les autres, il faudra établir une pente de 2 millimètre, par mètre environ du réceptacle à la prise d’eau, afin
de pouvoir vider les tuyaux à l’approche des gelées, et éviter de graves accidents s’ils restaient pleins ;
l’eau, se dilatant en gelant, les ferait éclater.
J’insiste sur la nécessité de la pente du réceptacle à la prise d’eau, comme elle est indiquée (fig. 21), parce
que plusieurs personnes, malgré toutes mes indications, ont fait le contraire, et des accidents s’en sont
suivis. On soude un robinet de décharge en A (fig. 21), ou en D figure 14 atpage[dudon-fixe] ; il suffit de
l’ouvrir une fois par an, avant les gelées, pour vider le tuyau B, et éviter tout accident. Cette pente n’est
pas un obstacle à la distribution de l’eau ; la pompe la refoule facilement et sans augmentation de force.
Lorsqu’il y à plusieurs bassins, il est utile de placer au-dessus des coudes C (fig. 21) terminés par un
robinet placé an-dessus de chacun d’eux, afin de pouvoir les fermer ou les ouvrir suivant les besoins du
service. Toutes les fois que l’étendue du jardin le permettra, il y aura toujours bénéfice à arroser à la
pompe. On y trouvera d’abord une immense économie de main-d’œuvre, et ensuite l’arrosage sera bien
plus profitable aux plantes, parce que :
hauteur se charge d’oxygène, s’échauffe en se divisant et acquiert les propriétés dissolvantes qui lui
manquaient ;
2. L’eau qui retombe ne bat pas la terre, ne coule jamais à la surface : tout pénètre sans déperdition et
mouille bien les feuilles ;
3. Le sol, n’étant pas battu, reste perméable à l’air et nécessite moitié moins de binages qu’avec l’arrosage
à l’arrosoir ;
4. La pompe rend facile l’aspersion des massifs d’arbres du parc, pendant les grandes chaleurs. Lorsque
les feuilles sont grillées par le soleil ou couvertes de poussière, une simple aspersion sur les feuilles,
donnée le soir avec de l’eau chauffée au soleil, rend aux arbres une fraicheur toute printanière.
Lorsque le jardin ne sera pas assez grand pour se servir de la pompe fixe ou de la pompe à brouette, il
faudra avoir recours à la pompe à main et au tonneau arroseur Dudon (fig. 22), excellents instruments, et
d’un grand secours dans tous les jardins, autant pour l’aspersion des arbres fruitiers que pour l’arrosage
des couches et la destruction des insectes.
Le tonneau arroseur Dudon (fig. 22) contient 60 litres d’eau : il est monté sur une brouette et se ma-
nœuvre facilement. Ce tonneau doit être peint en noir, pour absorber la chaleur des rayons solaires : dans
ce cas, il suffit de l’emplir et de le laisser deux heures au soleil pour avoir de l’eau presque tiède, et que l’on
peut employer sans le moindre danger, même en plein soleil. Le tonneau est garni au fond d’un cercle en
fer, dans lequel on introduit le pied de la pompe à main, et porte, à l’ouverture du dessus, deux crans dans
lesquels on introduit la monture. La pompe ainsi fixée ne bouge plus, et est des plus faciles à manœuvrer.
La pompe à main (fig. 23) est très énergique ; elle lance l’eau à 15 ou 16 mètres. Le tuyau en caoutchouc
est terminé par une petite lance, dont on règle le jet avec le pouce, pour obtenir une pluie aussi fine qu’on
le désire.
Rien n’est plus commode, plus expéditif et plus énergique que le tonneau arroseur et la pompe à main
Dudon, pour l’aspersion des arbres fruitiers, l’arrosage des châssis, des semis, et pour la destruction des
pucerons à l’aide du savon noir. La projection est assez forte pour bien mouiller le dessus et le dessous
des feuilles ; aucun insecte ne peut échapper à l’action de la pompe à main. 1 500 grammes de savon noir,
dissous dans un tonneau de 60 litres, ou 60 grammes de liquide concentré Rozeau sont suffisants pour
obtenir les meilleurs résultats.
Le commerce, qui expérimente toujours dans sa boutique, à préconisé, pour l’arrosage à la pompe, les
pommes d’arrosoir, puis les queues d’hirondelles. Ces moyens sont impuissants pour régler la distribution
de l’eau. Le pouce, posé sur l’orifice de la lance, règle et divise le jet à volonté. C’est le seul instrument dont
Partie 2, Chap. 3 44
on doit se servir si l’on veut exécuter très vite de bon travail ; quelques minutes suffisent à un manouvrier
pour bien opérer.
Le succès bien légitime des produits Dudon-Mahon a fait naître une foule de mauvaises imitations, que
le commerce cherche à vendre pour les produits Dudon-Mahon. Exiger sur tout ce qui sort de chez M.
Dudon-Mahon le timbre qu’il appose sur tous les objets sortant de ses ateliers.
Malgré l’organisation d’arrosages à la pompe. il faudra toujours avoir, dans le potager, au moins une
paire d’arrosoirs. Le préférable et le seul que l’on devrait employer est l’arrosoir Raveneau (fig. 24), à
l’exclusion de tous les arrosoirs à pomme et à goulot.
a b
Figure 24 : a : Arrosoir Raveneau ; b : Brise-jet d’eau.
Cet arrosoir est construit de manière à débiter très vite, et à projeter une très grande quantité d’eau. On
répand en une heure, Raveneau. avec l’arrosoir Raveneau, plus d’eau qu’on ne pourrait le faire en trois
heures avec les arrosoirs à pomme, et cela sans battre la terre ni perdre un temps précieux à déboucher
les pommes à chaque instant. Tout passe dans ces arrosoirs, même les souris qui se noient et les crapauds
qui tombent dans les tonneaux, On marche, sans jamais s’arrêter ni s’occuper de rien. Le brise-jet (fig. 24,
b)qui termine le goulot, étend l’eau en nappe très mince. Une grande étendue de terrain est mouillée sans
que la terre soit battue, ni que l’eau coule dans les allées, et l’eau divisée à l’infini est en même temps
échauffée et aérée (fig. 25).
Mentionnons ensuite un instrument qui devient indispensable dans les jardins, tant il est expéditif : la
seringue Raveneau.
Cette seringue, très facile à manœuvrer, est munie de trois brise-jets différents. Avec l’un, on obtient un
jet atteignant loin, pour asperger les feuilles dans les serres et le jardin ; avec le second, construit d’une
manière toute spéciale, on badigeonne un mur plus vite et mieux qu’il n’est possible de le faire avec une
45 Arrosage
brosse. La projection est puissante ; en un instant le mur est chaulé à fond, et tous les insectes atteints.
Avec le troisième brise-jet, on détruit très vite et très facilement les pucerons et les chenilles. Le liquide est
projeté en pluie très fine, très divisée et formant tourbillon ; pas un insecte n’échappe, ni en dessus ni en
dessous de la feuille (fig. 25 et 26).
La seringue Raveneau est l’instrument le plus commode et le plus énergique que je connaisse.
Un devra toujours arroser de préférence le soir ; l’arrosage est plus profitable ; l’évaporation est moins
grande que pendant le jour, et l’eau pénètre plus. profondément en terre.
M. Raveneau, homme intelligent, travailleur et chercheur, est mort il y a quelques années. Sa veuve fait
encore fabriquer ses excellents arrosoirs, que le commerce cherche à faire tomber en les vendant le plus
cher possible. Ce brave et honnête commerce voudrait tuer l’invention Raveneau, la meilleure qui existe,
pour débiter plus sûrement ses fonds de magasins.
Je ne saurais trop le dire, l’arrosoir Raveneau est le meilleur de tous, et je suis heureux de le constater
encore pour rendre hommage à la mémoire d’un piocheur que j’estimais.
L’arrosage le soir n’est pas une règle absolue. Il est incontestablement plus profitable que celui donné
pendant le jour ; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille s’abstenir d’arroser parce qu’on ne peut le faire le soir.
En culture, et en jardinage surtout, il n’est pas toujours possible de faire les choses dans les meilleures
conditions ; dans ce cas, il faut les faire le mieux possible. À défaut de temps le soir, on arrose le matin, et,
si l’on ne peut arroser le malin, on arrosera toute la journée ; cela vaut mieux que de s’abstenir.
Je ne saurais trop répéter qu’il vaut mieux ne pas arroser du tout que de le faire incomplètement. Le but
de l’arrosage est de mouiller la terre profondément pour dissoudre les engrais. Dans ce cas, l’arrosage dé-
termine une végétation prompte et vigoureuse ; mais, si l’on bassine seulement, c’est-à-dire si l’on humecte
un peu la superficie, l’opération est plus nuisible qu’utile, en ce que les feuilles rafraichies fonctionnent
énergiquement et trouvent des racines inertes qui ne leur envoient pas de sève. Il faut bien mouiller la terre
Partie 2, Chap. 3 46
et faire pénétrer l’eau profondément. J’insiste sur ce fait, d’une grande importance, parce que la plupart des
jardiniers arroseraient volontiers tout un jardin avec une carafe d’eau, si on les laissait faire.
Disons encore que le refus d’arroser quand il fait du soleil n’est qu’un prétexte inventé par la paresse.
L’arrosage au soleil est loin d’être nuisible : l’eau s’évapore plus vite, voilà tout. Le point capital est de
donner de l’eau aux plantes quand elles en ont besoin, et de ne jamais les laisser languir.
Quand on n’a pas assez d’eau pour bien mouiller toutes les planches du potager, il vaut mieux mouiller
à fond six ou huit planches par semaine que d’épandre son eau en quantité insuffisante dans la totalité du
jardin. Une planche bien mouillée peut se passer d’eau pendant huit jours et donner d’excellents résultats,
La même planche bassinée pendant deux semaines n’avance pas et ne produit rien. Il en est de la distri-
bution de l’eau comme de celle de l’engrais : tout ou rien. Si vous n’avez de l’eau que pour mouiller deux
planches, mouillez-les à fond, et passez à d’autres ensuite, mais ne bassinez pas : c’est perdre à la fois votre
eau, votre temps, votre argent et votre récolte.
L’excellent arrosoir Raveneau rend l’arrosage au goulot impossible ; c’est une qualité de plus. Pour les
personnes qui ne possèdent pas ce précieux instrument, je dois signaler les graves inconvénients de cet
arrosage, vicieux s’il en fut jamais.
Lorsqu’on arrose les plantes au goulot, c’est-à-dire au pied seulement, après avoir retiré la pomme de
l’arrosoir, on humecte bien la racine ; mais on oublie que toutes les parties non arrosées sont sèches, et,
comme leur surface est beaucoup plus grande que celles des parties mouillées par l’arrosage partiel, elles
absorbent par capillarité, en moins d’une heure, toute l’humidité locale, et la plante arrosée au pied est
presque aussi sèche deux heures après l’arrosement partiel, qu’elle l’était avant. En outre l’arrosage au
goulot a l’inconvénient de déchausser, et même de déraciner les plantes, quand il est fait sans précaution.
Pour arroser une planche avec profit, il faut opérer ainsi : donner la première fois peu d’eau en plein,
assez pour humecter la terre, pas trop à la fois, pour qu’elle ne coule pas à la surface, On laisse bien pénétrer
ce premier arrosage, et un quart d’heure après on en donne un second, qui pénètre également ; si l’eau
coule à la surface, on s’arrête, car, dès l’instant où l’eau coule, elle bat la terre et la rend imperméable à l’eau
et à l’air. Une demi-heure après, on donne un troisième arrosage plus abondant que les deux précédents,
et qui, cette lois, pénètre très profondément dans une terre déjà imbibée à une certaine profondeur.
Chacun des arrosages est donné à la pomme fine, à défaut du brise-jet, et l’on verse d’aussi haut que
possible pour diviser l’eau, et lui permettre de se charger d’oxygène. Si l’eau a été versée trop vite et que
la terre soit battue, il faut donner un binage au crochet quelques heures après l’arrosage, et avant d’en
donner un autre, qui serait de nul effet sur une plate-bande à surface unie et battue comme une allée ;
l’eau y coulerait sans pénétrer dans le sol, et l’on aurait dépensé une certaine somme de travail, de temps
et d’argent, pour arroser les allées, pendant que les plantes périraient faute d’humidité pour dissoudre les
engrais et accélérer l’ascension de la sève.
Je demande très humblement pardon à mes lecteurs de cette longue dissertation sur la manière d’arro-
ser ; elle paraîtra au moins inutile à quelques-uns, mais l’expérience de l’enseignement, comme ce que je
vois faire tous les jours, me fait un devoir de la reproduire.
Mes auditeurs se partagent en trois catégories :
La première, composée d’hommes intelligents, ne redoutant pas de mettre la main à l’œuvre, et suivant
toutes mes prescriptions à la lettre ; pour ceux- là, le succès est assuré d’avance.
La seconde, composée d’hommes intelligents, se disant amateurs de progrès, mais ne voulant rien faire
par eux-mêmes. Ceux-là viennent à nos cours, et applaudissent à notre enseignement, dont la logique
les séduit : ils applaudissent de bonne foi, amènent un jardinier plus ou moins intelligent avec eux et lui
disent : « Appliquez cela. » Le résultat est souvent mauvais, parce que le maitre n’a pas surveillé l’exécu-
tion, parfois contraire à ce que nous avons prescrit. Les choses en restent là, et le propriétaire n’a rien à
répondre à un manouvrier déguisé en jardinier qui lui dit d’un ton solennel : « Vous voyez, Monsieur : le
système ne vaut rien ! »
La troisième est formée d’hommes purement pratiques, ce qui, dans la langue française, se traduit par :
Ne sachant rien et ne voulant pas en apprendre davantage. Ceux-là, souvent, ont été envoyés à nos cours un
peu contre leur volonté, ils y viennent avec une opinion faite, et n’en démordent que lorsque les résultats
leur crèvent les yeux.
Ces braves gens-là basent leur opinion sur une idée fausse : c’est qu’il est plus difficile de conduire
une charrue, de manier une bêche, une pioche ou un râteau, que de se faire recevoir bachelier. On peut
facilement, à leur point de vue, devenir un savant : mais on est incapable de donner un coup de serpette ou
de remuer une bêchée de terre, si l’on n’est pas né manouvrier. C’est leur croyance, et ils sont de bonne foi
47 Arrosage
dans leur erreur. Ne les croyez pas ennemis du progrès : ils l’adopteront ; mais quand ils auront vu. Faites
voir d’abord les résultats à ces intelligences peu exercées, ennemies de l’étude par conséquent ; aussitôt
elles se mettront à l’œuvre pour imiter.
La défiance de l’homme illettré envers les messieurs qui font de la culture s’explique, jusqu’à un certain
point, par les insuccès des étourdis qui ont voulu faire par eux-mêmes, tout changer et tout bouleverser, avant
d’avoir acquis des connaissances sérieuses. Le propriétaire possède l’intelligence ; il doit travailler, non à
bêcher, à arroser, mais à acquérir des connaissances solides pour diriger ses serviteurs, Celui qui agit ainsi
coopère plus qu’il ne pense à sa prospérité personnelle et à celle de son pays. Faites faire quelque chose
de mieux que ce qui existe, aussitôt vous trouverez des imitateurs ; mais faites d’abord, et ne dites pas à
un homme ennemi de l’étude et de toute théorie d’appliquer ce qu’il comprend à peine, et je dirai même
ce qu’il ne veut pas comprendre du tout, avant d’avoir vu les résultats.
Cela est tellement vrai que les praticiens dont je parle sont des ennemis pour nous pendant toute la
durée des leçons théoriques : ils viennent à la première leçon pratique, uniquement pour se moquer du
monsieur qui ose toucher à la terre ! Mais, dès qu’ils voient le monsieur une serpette où un outil à la main
s’en servir avec adresse et leur démontrer qu’avec moitié moins de mal qu’ils s’en donnent on fait plus
vite de meilleur travail, ils deviennent sérieux, écoutent, regardent consciencieusement, reviennent à la
seconde leçon pratique, qu’ils écoutent religieusement ; à la troisième, ils regrettent de n’avoir pas suivi
avec fruit les leçons théoriques, et vers la fin il en est qui nous demandent très sérieusement s’il n’est pas
possible de recommencer le cours, parce que cela leur serait bien utile. Si nous donnons un cours l’année
suivante, les plus récalcitrants, dans le principe, sont nos plus fervents adeptes, quelquefois nos meilleurs
élèves.
Il y a trois puissances en culture : le savoir, le capital et les bras. Le propriétaire possède un capital et
les bras ; qu’il acquière le savoir et le fasse appliquer par les bras dont il dispose. Avant peu, la richesse de
la France aura doublé : mais il faut faire exécuter et montrer le résultat. C’est la question sine qua non.
CHAPITRE 4
Engrais : fabrication, services et réserves
L’engrais est la clef de la fertilité pour toutes les cultures, et surtout pour le potager. Pas d’engrais, point
de légumes ; j’irai plus loin, je dirai même : Avec une somme suffisante d’engrais mal fabriqués et mal
employés, on n’obtiendra que des résultats négatifs !
Cela ne veut pas dire que l’engrais soit inutile, mais qu’il faut savoir le préparer, l’employer et s’en servir
à propos, pour obtenir de grands résultats. Je prouverai surabondamment qu’en culture l’engrais est une
puissance égale à celle de l’argent en industrie ; il faut savoir s’en servir pour en retirer un grand produit ;
c’est La science de la culture.
J’ai comparé la puissance engrais à celle argent ; j’ajouterai, pour compléter ma pensée, que, si un négo-
ciant n’a jamais trop d’argent, un cultivateur n’a jamais assez d’engrais. Ceci posé : l’engrais est la première
puissance en culture, il faut donc tout recueillir : en fabriquer partout et avec tout. Cela est facile avec un
peu de bon vouloir et d’activité.
Il existe partout, et dans tout, des éléments de fertilité ; il n’est pas un village de notre beau pays de
France qui ne possède les substances nécessaires, pour fertiliser les sols les plus ingrats, et cependant
presque partout ces richesses se perdent, le plus souvent au détriment de la salubrité et de la santé pu-
bliques.
Pourquoi ?
Parce que l’habitant des villages ne connaît pas les substances fertilisantes, parce qu’il ignore qu’en les
préparant de telle ou telle façon, et en les enfouissant dans ses champs ou dans son jardin, il obtiendrait
de riches récoltes avec tout ce qu’il laisse perdre.
Avons-nous le droit d’en vouloir au laborieux et paisible campagnard qui laisse couler le purin de son
écurie ou de son étable dans les ruisseaux de,son village au risque d’y faire naître le typhus et d’y appeler
de nombreuses épidémies ? Avons-nous le droit de dire à ce laborieux ouvrier agricole :
« Vous laissez perdre les vases de vos mares et de vos étangs, qui y engendrent les fièvres intermittentes ;
vous laissez perdre les feuilles des roues, les genêts et les ajoncs qui étouffent vos bois, les herbes de vos
fossés, les roseaux de vos étangs, etc. » Tout cela est vrai : mais qui donc a dit à cet homme, qui travaille
comme quatre et élève difficilement sa famille avec une mauvaise culture : « Toutes ces choses peuvent
faire d’excellents engrais, et être converties en pain, en viande, en lait, en beurre, en fourrage, en fruits et
en légumes. »
Tout cela est la richesse pour lui et pour le pays tout entier. C’est plus que la richesse : c’est la vie,
la santé ! Le paysan ne sait pas cela ; s’il le savait, il recueillerait ses purins, ramasserait les feuilles, et
couperait les herbes au clair de lune ou à l’aube du jour, pour acquérir davantage et augmenter le bien-
être des siens.
Ce que j’avance est tellement vrai que, partout où j’ai été assez heureux pour réunir une quantité d’ins-
tituteurs primaires et leur dire : « Le père de famille gourmande fort ses enfants lorsqu’ils laissent perdre
une bouchée de pain que le bon Dieu donne :il a raison en principe, mais il ignore que lui-même, en lais-
sant écouler ses purins sur la voie publique, en négligeant de recueillir tout ce qui peut.être converti en
engrais, perd des sacs de blé, et une quantité de lait, etc. Votre mission est de l’éclairer, de lui apprendre à
faire de l’engrais et de la culture raisonnée ! »
Partout j’ai été secondé par les instituteurs primaires et je suis heureux de rendre hommage à leur zèle :
partout, dis-je, des petites fabriques d’engrais ont été installées ; la fertilité est apparue, et l’aisance l’a
suivie. Je résume ainsi la fabrication des engrais : richesse et santé publiques.
Cela dit, cherchons quelles sont les substances susceptibles d’augmenter la production du sol, la
meilleure manière de les préparer et comment nous devons les distribuer dans nos cultures.
La première chose dont on doit se préoccuper en créant un jardin, et même avant de le créer, est la
fabrication des engrais. Je vais la traiter ici généralement, avec réserves d’indications spéciales pour les
jardins du propriétaire, du rentier, du fermier, du petit cultivateur, des hôpitaux, des communautés, des
pensions, des presbytères, de l’instituteur, des gares et des camps.
49 Engrais : fabrication, services et réserves
Avant tout, et comme question de principe, on doit : proscrire, et de la manière la plus absolue, les trous
à fumier que l’on installe à peu près partout, et dans tous les pays, sous prétexte d’y fabriquer du terreau.
Voici pourquoi :
Les parties les plus actives des fumiers sont celles qui ont été dissoutes par l’eau et sont entrainées avec
elle ; que deviennent les parties liquides, le plus pur et le meilleur de l’engrais jeté dans votre trou ? Elles
s’infiltrent au fond et vont richement fumer les entrailles de la terre ! Que reste-t-il dans votre trou au
bout d’un au, quand vous le videz ? Rien ou presque rien comme valeur nutritive ; un résidu, rien de plus,
qui agit plutôt comme amendement, en allégeant la. terre, que comme agent nutritif. Ses parties nutritives
entrainées par les eaux pluviales, sont enfoncées à deux ou trois mètres de profondeur et complètement
perdues.
La fabrique d’engrais doit être installée, non dans un trou, mais sur une éminence, sur deux plateformes
inclinées en sens inverse (A, fig. 27), afin de faire écouler toutes les parties liquides dans un réceptacle que
nous placerons au centre (B, même figure). C’est la fosse à engrais liquide.
La grandeur des plates-formes sera déterminée par l’étendue du jardin ; les plus petites doivent être assez
grandes pour y manier deux tas de fumier sur chaque, c’est-à-dire avoir une étendue de 8 à 10 mètres sur
5 ou 6. On doublera la grandeur pour les grands jardins.
La pente vers la fosse à engrais liquide sera de quatre centimètres par mètre pour les plates-formes
pavées, et de six pour celles qui ne le seront pas.
Suivant la richesse en engrais et les ressources du propriétaire, la fosse à engrais liquide sera plus ou
moins grande, consiruite en maçonnerie ou briques avec ciment.
On doit toujours choisir pour la fabrique d’engrais un endroit au nord et autant que possible ombragé
par de grands arbres. Un hangar vaudrait mieux ; mais, recherchant la plus stricte économie dans nos
applications, nous indiquons d’abord les moyens les moius dispendieux, et à la portée de tous.
La fosse à engrais liquide est l’âme de la fabrication des composts, précieuse ressource qui nous permet
de faire des quantités considérables d’engrais sans fumier. Au besoin, par économie, on remplace la fosse
à engrais liquide par un vieux tonneau enterré au pied des plates-formes (fig. 28), ou encore, ce qui vaut
mieux, par quatre baquets enterrés de même et faits avec deux vieux tonneaux sciés en deux.
1. Le guano, dissous dans quarante fois son volume d’eau, est désinfecté avec 1 kilogramme de sulfate de
fer par hectolitre.
2. La colombine, curure de poulaillers et de pigeonniers ; étendue de trente fois son volume d’eau, avec
800 grammes de sulfate de fer par hectolitre ;
3. Les matières fécales, étendues dans quarante fois leur volume d’eau avec 2 kilogrammes de sulfate de
fer par hectolitre ;
4. La poudrette, étendue de trente fois son volume d’eau, avec kilogramme de sulfate de fer par hectolitre ;
5. Les urines, étendues de six fois leur volume d’eau, avec 800 grammes de sulfate de fer par hectolitre ;
6. Les purins et jus de fumier, étendus de cinq fois leur volume d’eau, avec 500 grammes de sulfate de fer
par hectolitre ;
7. Le sang des abattoirs, étendu de huit à dix fois son volume d’eau, avec ? kilogrammes de sulfate de fer
par hectolitre,
8. Les eaux dans lesquelles les chiffonniers dégraissent leurs os, étendues de quinze fois leur volume
d’eau, avec 2 kilogrammes de sulfate de fer par hectolitre ;
51 Engrais : fabrication, services et réserves
9. Mélange des urines de la maison avec les eaux de vaisselle, de savon, lessives, etc., avec 500 grammes
de sulfate de fer par hectolitre ;
10. À défaut d’autre chose, du crottin de cheval ramassé sur les routes, avec huit à dix fois son volume
d’eau ; y ajouter 1 kilogramme de sulfate de fer et 500 grammes de sulfate d’ammoniaque par barrique.
Disons, en terminant, qu’il est urgent de recouvrir la fosse à engrais liquide avec un plancher mobile
pour empêcher l’évaporation, et pouvoir marcher dessus pour monter et démonter les tas de fumier en
voie de fabrication ou fabriqués. Les tonneaux ou les baquets seront munis d’un couvercle en planches.
La fosse à engrais liquide établie, il s’agit d’augmenter la masse des fumiers avec tout ce qu’il est possible
de recueillir et quelques parcelles de fumier seulement, afin de pouvoir en faire d’abondantes réserves pour
les couches. Examinons d’abord la valeur des fumiers animaux, et faisons nos réserves pour les couches
avant de fabriquer nos composts.
4.2 Fumiers
Le fumier de cheval, d’âne et de mulet est le meilleur pour la culture des champignons et la fabrication
des couches chaudes. Il possède, en outre, l’avantage de pouvoir être conservé pendant plusieurs mois
sans se décomposer. Il suffit pour cela de le conserver sous un hangar ou de le mettre en mulon à l’état
sec. On passe des perches transversales dans le mulon pour l’aérer et l’empêcher de fermenter, et on le
recouvre d’un capuchon de paille pour empêcher la pluie de le pénétrer.
Ces fumiers n’entreront jamais dans la fabrication des composts, ils seront mis en réserves, comme je
viens de l’indiquer, pour la confection des couches.
Le fumier de vache est excellent, en ce qu’il produit beaucoup d’humus ; il est précieux dans la fabrica-
tion des composts, et peut être employé, à la rigueur, pour faire des couches tièdes.
Le fumier de mouton a une grande valeur ; mêlé aux composts, il apporte une richesse énorme ; mais,
fermentant très difficilement, il ne vaut rien pour les couches.
Le fumier de porc, contre lequel il existe des préjugés fortement enracinés dans les campagnes, est très
actif et d’un grand secours dans la fabrication des composts.
Les fumiers de vache, de mouton, de porc, de lapin, celui des chenils, etc., seront employés à la fabrication
des composts. Celui de cheval sera mis en réserve pour les couches et au besoin augmenté avec du fumier
de vache, s’il n’y en avait pas en quantité suffisante.
4.3 Composts
La réserve des couches faite, il s’agit de fabriquer des masses d’engrais avec ce qui nous reste de fumier,
nos engrais liquides et des matières végétales.
On commence par faire un amas de tous les détritus du potager ; des herbes provenant des sarclages
et des binages : tiges de légumes, d’asperges, d’artichauts, de pois, de haricots, les trognons de choux, de
salades, etc., en un mot, de toutes les matières végétales qu’il est possible de se procurer ; toutes sont
bonnes, à la condition de Les employer fraiches et de ne jamais les laisser sécher.
Il est utile, pour éviter la production des mauvaises herbes, de n’employer que des plantes avant la
floraison et même en fleurs, mais jamais en graines ; cela aurait l’inconvénient de remplir les composts
de graines qui germeraient et viendraient bientôt, sinon étouffer les cultures, mais au moins occasionner
une main-d’œuvre énorme en sarclage. Toute herbe défleurie doit être mise à part pour être brûlée, et la
cendre sera ajoutée aux composts.
Les feuilles seront ramassées soigneusement, tt par un temps sec, quelques jours après leur chute, à l’au-
tomne, et non au printemps, quand elles sont décomposées. Les feuilles seront mises en réserve, comme
le fumier de cheval, pour être mêlées avec lui et employées dans la fabrication des couches, où elles main-
tiennent une chaleur douce et d’une longue durée.
Suivant les ressources et l’importance de la propriété, on peut considérablement augmenter la masse de
composts, en y ajoutant des genêts, desajoncs, des bruyères, des roseaux, des feuilles, des herbes de marais
et de fossés, des algues, du varech, les tontes de haies et de gazons, etc. Si la propriété renferme une certaine
quantité de ronces et de chardons, il est urgent de les couper pour les empêcher de se multiplier, et en les
brûlant on obtient des cendres excellentes qui viennent ajouter à la qualité des engrais.
Partie 2, Chap. 4 Composts 52
Les sciures et menus copeaux qu’on laisse pourrir dans les bois, la plupart du temps, fourniront des
cendres précieuses, qui apporteront aussi leur part de fertilité dans le potager, surtout dans les contrées
où le sol est dépourvu de calcaire, comme en Bretagne et en Sologne. On ne saurait trop faire de cendres
dans ce pays ; elles y sont plus précieuses que les engrais.
La tannée, dans les contrées où elle est abondante et souvent presque pour rien, est une précieuse
ressource. C’est encore une richesse perdue ; elle peut être utilement employée, mélangée avec des fumiers
et des herbes, arrosée à l’engrais liquide, et additionnée d’un peu de chaux pour détruire son acidité.
Au besoin, la tannée, malgré son acidité et les dangers qu’elle présente, peut être employée seule quand
on manque d’herbes. C’est une substance précieuse en ce qu’elle fournit une grande quantité d’humus ;
ressource inappréciable quand on crée un potager dans un sol pauvre. Mais, dans ce cas, il faut savoir la
préparer pour l’employer sans danger.
La tannée peut être employée à l’état naturel dans les sols composés de calcaire presque pur, mais dans
ceux-là seulement. Dans ce cas, l’excès du calcaire corrige son acidité ; elle agit comme amendement et
comme engrais, et dans ce cas seulement elle produit les plus heureux résultats.
Dans tous les autres sols, la tannée ne peut être employée sans danger, si elle n’a subi l’une des prépa-
rations suivantes :
On la met en tas, en y mêlant environ un vingtième de chaux : on arrose ensuite à l’engrais liquide ;
après avoir manié une ou deux fois et arrosé encore, on obtient un engrais aussi abondant qu’efficace.
Auprès des villes, où l’on peut se procurer pour rien des eaux ammoniacales provenant de la fabrication
du gaz, il suffit d’arroser la tannée avec ces eaux, de la manier et de l’arroser ensuite à l’engrais liquide,
pour obtenir le même résultat.
On fabrique les meilleurs terreaux avec de la tannée très vieille, c’est-à-dire déjà composée, mêlée avec
du crottin de cheval, et arrosée à l’engrais liquide ; mème dans ce cas, il sera prudent d’y mélanger un peu
de chaux.
Je ne saurais trop insister sur la préparation de la tannée, très précieuse pour augmenter le volume des
engrais, mais dont l’acidité est mortelle pour les plantes quand on a négligé de la bien préparer pour faire
disparaitre son acidité.
La tourbe peut rendre d’importants services dans la confection des composts. Il est utile d’y ajouter un
dixième de chaux environ et de l’arroser à l’engrais liquide. Ainsi préparée, c’est un puissant engrais.
Cela dit, je reviens à La fabrication des composts :
Lorsque les matières végétales sont réunies, on en forme un premier lit de 30 à 40 centimètres d’épaisseur
sur une des plates-formes, et ce lorsqu’elles sont toutes fraiches, on ne doit jamais les laisser faner ; on
recouvre aussitôt ce lit de fumier, puis on arrose copieusement, tous les deux ou trois jours, avec l’engrais
liquide contenu dans la fosse (B fig. 27).
Cet arrosage se fait avec l’écope lorsque le tas n’est pas trop haut, et avec une pompe à purin lorsqu’il
est plus élevé. Il ne faut pas craindre d’arroser copieusement pour bien mouiller le tas, et y faire développer
une prompte fermentation. Le liquide filtre à travers le fumier et les herbes, suit la pente de la plate-forme,
et l’excédent vient retomber dans la fosse à engrais liquide : rien n’est perdu.
Quelques jours après, on recouvre le tas d’un nouveau lit de matières herbacées, que l’on recharge en-
suite d’un lit de fumier ; on jette chaque jour sur le tas de compost tous les débris de la cuisine ; épluchures
de légumes, coquilles d’œufs ; déchets, plumes et sang de volailles et de gibier ; la suie des cheminées, les
balayures de la maison et des cours.
Près des fabriques de conserves, on se procurera à très bon compte des détritus de poissons : sardines,
etc., ayant une action énergique sur la végétation.
Les marcs de vin et de cidre, même lorsqu’ils ont été distillés, contiennent encore des substances ferti-
lisantes, et augmentent utilement la masse des engrais.
On continue à monter le-tas de compost alternativement avec un lit de matières herbacées, de fumier, et
avec les déchets de la cuisine, jusqu’à ce qu’il ait atteint la hauteur de 2 mètres, en ayant le soin de l’arroser
tous les deux jours avec l’engrais liquide contenu dans la fosse (fig. 27) ou dans le tonneau (fig. 28).
Si l’on opère comme je l’indique, la fermentation s’établira aussitôt, et les matières végétales entreront
promptement en décomposition. Lorsque le tas a atteint la hauteur de 2 mètres, on le démonte en le coupant
en tranches verticales ; on mêle bien toutes les herbes décomposées, la tannée, etc., avec le fumier ; on en
forme un tas de l’autre côté de la plate-forme (D, fig. 27) ; on arrose cinq ou six fois encore avec l’engrais
liquide, assez copieusement pour que le liquide, en filtrant à travers puisse animaliser toutes les parties
herbacées, puis on défait une seconde fois ce compost, on en remêle bien ensemble toutes les parties,
53 Engrais : fabrication, services et réserves
et on le met en réserve à côté. Dans cet état, c’est un des meilleurs engrais, et peut-être un des plus
puissants que l’on puisse employer en ce qu’il est complet et renferme tous les éléments nécessaires à
la végétation. Avec une bonne réserve d’engrais liquide, il est facile de faire des masses de compost et
d’augmenter considérablement la fertilité du potager, sans autre dépense qu’un peu de peine et d’activité
pour ramasser, réunir et mêler ensemble toutes les substances fertilisantes qu’on laisse perdre.
La fabrique de fumier doit être établie dans une des cours de réserve dont j’ai parlé à la création du
potager, être sous la main du jardinier, et à portée du jardin. La première plate-forme est consacrée à la
fabrication, la seconde à la réserve, c’est-à-dire aux engrais fabriqués. Ainsi, dès que le premier tas de
compost est démonté et refait pour recevoir encore quelques arrosements d’engrais liquides, on doit en
construire un nouveau à la place qu’il occupait ; aussitôt le premier remanié une seconde fois, et transporté
en réserve sur l’autre plate-forme, le second démonté à son tour prend sa place, et l’on en construit un
troisième.
Les vases de mares et d’étangs, comme les herbes aquatiques, sont excellentes ; mais il est urgent d’y
ajouter un peu de chaux vive avant de les mêler aux composts. J’insiste sur ce mélange de chaux, parce
que j’ai souvent vu employer ces vases et ces herbes toutes fraiches, et dans ce cas on obtient de très
mauvais résultats. Le plus souvent on les laisse murir pendant un an à l’air, et on les emploie, sans autre
inconvénient que celui d’avoir des tas de boue étendus dans un pare, et c’en est un qu’il est facile d’éviter
avec une addition de chaux vive, en laissant les vases égoutter huit ou quinze jours seulement, et en les
mélangeant avec des composts.
Lorsque les composts fabriqués doivent rester longtemps en réserve sur la seconde plate-forme, il est
bon de les arroser encore avec l’engrais liquide de la fosse et de recouvrir le tas d’un peu de terre, 40
centimètres d’épaisseur, pour empêcher l’évaporation.
Je ne saurais trop appeler l’attention des propriétaires et des jardiniers sur la fabrication des composts :
il faut avoir fabriqué des engrais soi-même, et eu avoir fait fabriquer autant que je l’ai fait, chez moi et
chez autrui, pour se faire une juste idée des immenses ressources que l’on trouve dans une foule d’objets
qu’on laisse perdre, presque partout, au détriment de la culture. La fabrication et l’économie des engrais
est une question importante, non seulement au point de vue de la fraction de culture qui fait l’objet de ce
livre, mais au point de vue de la production générale.
La grande culture, qui possède un capital élevé et connaît la valeur des engrais, non seulement ne
laisse rien perdre, mais encore achète des engrais artificiels pour des sommes élevées, et fait des bénéfices
considérables. La petite culture, manquant de capital et ignorant la valeur des engrais, laisse couler ses
purins dans les rues des villages et grainer les herbes qui, au lieu d’augmenter la masse des substances
fertilisantes, sèment ses champs de mauvaises herbes qui élouffent ses récoltes. La petite culture se soutient
par le travail, et, si je puis m’exprimer ainsi, l’excès du travail chez elle remédie en partie à l’insuffisance
du savoir, du capital et des engrais.
Beaucoup de maires, cultivateurs, ont pris des arrêtes pour empêcher l’écoulement des purins sur la voie
publique ; nous les en félicitons : c’est du pain et de la santé qu’ils donnent aux paysans sans qu’ils s’en
doutent ; si cette mesure aussi sage qu’utile était prise partout, la masse des engrais serait sensiblement
augmentée, et la production générale le serait en raison de la quantité des matières fertilisantes introduites
dans Le sol.
Il n’existe pas de prétexte acceptable pour se dispenser de fabriquer des engrais, même quand il n’y
aurait ni fumier ni herbes dans la maison.
On peut faire de l’engrais liquide partout ; à défaut de fumier, on trouve des boues de ville, engrais des
plus précieux en ce qu’il renferme tous les éléments de fertilité.
Mêlez deux tiers de tannée ou de tourbe à un tiers de boues de ville, et arrosez à l’engrais liquide : vous
obtiendrez un engrais excellent.
La paille de colza, la chènevotte, les tourteaux, etc., remplacent les herbes mêlées avec des boues, de la
tannée ou de la tourbe.
Les balayures des routes, dont les cantonniers ne savent que faire, sont précieuses, surtout dans les sois
argileux ; elles agissent d’abord comme agent diviseur, et ensuite comme engrais, chargées qu’elles sont
d’urines, de crottin et de fer. Excepté dans les sols très siliceux, il y à bénéfice à les mêler aux composts.
Les dessous des mulons de sel, les débris de poisson, les balayures des fabriques de draps, de couvertures,
etc., mêlés au composts, donnent les meilleurs résultats. Lorsqu’on peut se procurer des déchets de laine à
bon marché, c’est un engrais précieux en ce qu’il agit énergiquement comme un agent nutritif, et chasse
les vers blancs. Partout où l’on enfouit les déchets de laine le ver blanc disparait. Restent les cendres,
Partie 2, Chap. 4 Engrais chimiques 54
précieuses dans les composts ; toutes sont bonnes : cendres de bois, de tourbes, de fours à chaux, même
celles de houille, provenant des usines et des locomotives, sont une richesse réelle, perdue le plus souvent.
Les cendres, quelle que soit leur provenance, doivent être recueillies avec le plus grand soin ; elles
agissent comme stimulant, mêlées avec d’autres substances, et peuvent remédier à l’insuffisance du cal-
caire.
On devra toujours commencer par faire la réserve de cendres nécessaire pour le carré C du potager ; le
surplus sera mêlé aux composts.
Admettons qu’un propriétaire créant un potager soit dépourvu de fumier et d’engrais liquide. S’il a des
bois, qu’il les fasse nettoyer ; les genêts, les ajoncs, les bruyères, les fougères et les feuilles lui feront le
meilleur fumier, arrosés avec le mélange suivant :
Pour 100 hectolitres : eau : 85 hectolitres ; vidange : 15 hectolitres ; sulfate de fer : 100 kilos ; sulfate
d’ammoniaque : 100 kilos.
À défaut de matières herbacées, la tannée, la tourbe et les marcs de raisins et de pommes, traités avec
la même composition et additionnés de chaux ou de cendre, peuvent devenir une précieuse ressource.
Les algues, les varechs et toutes les herbes de mer ont une puissante action, mélangées dans les com-
posts ; on ne doit jamais négliger de les recueillir, lorsqu’on peut s’en procurer à bon marché. Employées
seules, elles donnent un engrais incomplet ; mélangées aux composts et animalisées avec les engrais li-
quides, elles ont une grande puissance.
J’indique tous ces moyens pour prouver à tous que vouloir c’est pouvoir. J’ai dit qu’il n’existait pas de
sols où la culture fût impossible ; je puis ajouter qu’il n’existe pas de pays, quelque déshérité qu’il paraisse,
où l’on ne trouve de quoi faire assez de fumier pour fertiliser les terres les plus ingrates, et en retirer ua
abondant produit en légumes.
Après la production des légumes, viendra forcément l’augmentation de celle des céréales et des four-
rages, du pain, de la viande, du lait, du fromage et du beurre, c’est-à-dire la vie et la richesse à la place de
la disette et de la misère.
Ajoutons à cela :
Le Floral pour les fleurs et les légumes, et une excellente composition pour les gazons.
Le Floral à donné de très bons résultats pour les fleurs ; la composition pour les gazons a activé leur
végétation, mais ni l’un ni l’autre, malgré le bon effet qu’ils produisent, ne dispensent de l’emploi des
engrais animaux, et surtout des terreaux, que rien ne peut remplacer pour les fleurs comme pour les
gazons.
M. Ridard, successeur de Derouet, quincaillier, rue de Bailleul, n° 9, à Paris, est chargé de la vente de
ces engrais ; il donnera tous les renseignements nécessaires.
CHAPITRE 5
Assolement : distribution des engrais, couches
L’assolement, c’est la clef de la richesse, la base de la production, dans le potager comme en grande culture.
Et qui se doute, à l’époque où nous vivons, parmi la majeure partie des jardiniers, et même de certains
docteurs en horticulture, qu’un assolement bien entendu du potager est le premier élément de succès, un
garant certain d’abondance et d’économie tout à la fois dans la production ?
Rien n’est si simple cependant et si facile à comprendre pour qui veut écouter et raisonner. Les légumes
doivent être classés en trois catégories bien distinctes :
1. Les légumes à production foliacée, tels que : choux, artichauts, choux-fleurs, poireaux, etc., de-
mandant, pour donner un produit maximum, une fumure très copieuse ;
2. Les racines : Carottes, oignons, navets, salsifis, etc, exigeant une terre abondamment pourvue d’hu-
mus, mais redoutant les fumures fraîches.
3. Les légumes a fruits secs, voulant une terre épuisée d’engrais, mais renfermant une certaine quantité
de potasse, base de leur formation.
Voilà en deux mots la clef de la culture des légumes ; c’est clair, net, simple et bien facile à exécuter, à
l’aide de l’assolement.
Comment sont traitées ces trois catégories de légumes, dont les besoins sont si différents, dans la culture
ancienne, et par toutes les méthodes consacrées jusqu’à ce jour, dans le jardin fouillis, si vous voulez ?
Toutes de la même manière !
On éparpille sur un espace énorme tout le fumier que l’on possède, c’est-à-dire que l’on donne à chacune
de ces trois catégories, si distinctes dans leurs appétits, un quart de fumure à peine. C’est la seconde édition
de la sauce universelle du restaurateur à prix fixe. Et quel résultat ! Dépense élevée en engrais gâchés, en
main-d’œuvre impuissante et en arrosages inutiles, pour obtenir quoi ?
Des légumes à production foliacée périssant d’inanition, mettant la moitié de l’année à accomplir leur
piteuse végétation, et uniquement bons à exercer la patience des cuisinières ;
Des racines à l’état microscopique, avec des tiges géantes ;
Des légumes à fruits secs sans fruits, mais avec des tiges de 2 mètres de haut.
Ces tristes résultats sont patents ; quatre-vingts propriétaires sur cent me répondront : C’est ma propre
histoire ; j’ai suivi la ligne indiquée par les praticiens se disant les plus habiles ; ils se sont trompés, je le
reconnais, mais le remède ?
Le remède est bien simple : c’est de rompre franchement avec les erreurs du passé, et d’introduire la
culture intensive dans votre potager, c’est-à-dire le diminuer d’abord de moitié au moins, et soumettre
cette moitié à l’assolement de quatre ans avec couches. Avec la même quantité d’engrais judicieusement
dépensée, et moitié de main-d’œuvre rationnellement dirigée, on obtiendra une abondante récolte non
seulement de tous les légumes nécessaires, mais encore quantité de primeurs qui ne coûteront rien, en
procédant ainsi :
Diviser le potager en quatre carrés égaux ; ces quatre carrés sont désignés par les lettres A, B, C et
D. Les trois premiers seront exclusivement consacrés aux cultures de pleine terre, et grâce à la rotation
chacune des trois catégories de légumes sera placée dans les meilleures conditions pour donner un produit
maximum. Sans plus de dépense d’engrais, il nous sera facile d’installer des couches qui donneront à la fois
des primeurs, des melons et du plant tout élevé, pour repiquer en pleine Lerre, aussitôt que la température
le permettra. Chaque carré aura une destination différente et recevra des produits différents tous les ans,
pendant une période de quatre ans.
Le carré A (fig. ? ?) recevra la première année une fumure maximum, c’est-à-dire que l’on couvrira le sol
d’une épaisseur de 25 centimètres environ de fumier en état de décomposition, assimilable par conséquent,
et l’on enfouira. Ce carré recevra pendant toute l’année les plantations de légumes à production foliacée,
qui y donneront très rapidement les produits les plus beaux et les plus abondants.
Fig. 31. — Assolement du potager.
Partie 2, Chap. 5 56
La seconde année, ce carré A deviendra le carré B ; on y sèmera et plantera sans fumure, mais avec ter-
reautage et paillis provenant de la démolition des couches, les racines : carottes, navets, salsifis, oignons,
salades, etc., qui donneront une récolte maximum dans une terre épuisée de fumier frais, mais abondam-
ment pourvue d’humus. Les racines produiront des tiges moyennes, mais des racines énormes ; les salades
ne monteront pas, comme toujours, sur des fumures fraiches, et donneront des pommes monstrueuses.
Ce même carré deviendra, la troisième année, le carré C ; il ne recevra pas de fumure, mais un cendrage
énergique. On y cultivera les légumes à fruits secs, qui, placés dans leur élément, donneront les produits
les plus riches et les plus abondante, grâce à la potasse fournie par la cendre.
La quatrième année, ce carré prendra la lettre D et sera affecté aux couches, aux plantes pour graines,
à l’élevage des fleurs, aux semis et aux pépinières des légumes, en un mot à toute la cuisine du jardin.
La cinquième année, la rotation recommencera avec une fumure maximum, et le carré D redeviendra :
carré À.
Les carrés B, C et D (fig. ? ?) ; seront cultivés de la même manière et affectés chaque année à une culture
différente.
Que le propriétaire ne s’effraye pas de la quantité d’engrais enfouie dans le carré A : c’est le seul que l’on
fume, c’est-à-dire un quart de l’étendue du jardin. chaque année. Si nous voulons bien compter la quantité
d’engrais qui était étalée inutilement sur toute la surface d’un jardin double au moins, c’est-à-dire sur
une surface huit fois plus grande qu’un carré, et quelque mince qu’ait été la fumure, nous reconnaîtrons
qu’avec la même quantité d’engrais il nous restera assez de fumier pour monter plusieurs couches, et que
les fumiers fabriqués comme je l’ai indiqué au chapitre Engrais (page 48), pourvoiront amplement aux
besoins du potager.
J’insiste sur l’économie des engrais, parce que plusieurs propriétaires m’ont écrit pour me signaler deux
obstacles qui leur paraissent insurmontables :
1. L’impossibilité d’enfouir une épaisseur de 25 centimètres de fumier↓. Je renvoie le lecteur au chapitre des
labours ; il verra combien l’opération est simple et facile en opérant comme je l’ai indiqué.
2. L’énorme dépense qu’occasionnerai cette colossale fumure. Les propriétaires comptaient que mètre de
fumier acheté, tassé par conséquent, ne couvrirait que 4 mètres de terrain. De là des calculs à perte de
vue, donnant des chiffres monstrueux d’achat de fumier.
Disons tout d’abord, ou plutôt répétons qu’avant de créer un potager il faut organiser la fabrication
et le service des engrais. Si le propriétaire veut bien faire exécuter à la lettre ce que nous avons indiqué,
(page 48), pour la fabrication des engrais, il y en aura toujours assez qui ne lui coûteront rien que la peine
de recueillir tout ce qu’on laisse perdre, pour faire très largement face aux besoins du potager.
Pour les personnes qui ont négligé ou n’ont pas pu faire fabriquer d’engrais, et se trouvent dans la
nécessité d’acheter du fumier, il est urgent de rectifier l’erreur.
Supposons à fumer au maximum un carré de ares, 500 mètres. En employant 4 mètre de fumier pour
couvrir 4 mètres de terrain, il en faudrail l’immense quantité de 125 mètres.
Les personnes qui nous font cette objection, souvent soulevée, il est vrai, par des praticiens cherchant
tous les moyens possibles de ne rien essayer n’ont pas compté que 1 mètre de fumier, tassé comme on
J’achète, donne 5 mètres au moinsquandil est répandu sur la lerre, et divisé à la fourche comme doit l’être
toute fumure.
Donc, en achetant du fumier, il en faudra 25 mètres et non 125, pour fumer au maximum un carré de 5
ares ou 500 mètres.
Il en est de même du cendrage, produisant les plus féconds résultats. On se figure a priori,quand la
pratique manque, que des wagons de cendres sont indispensables pour cendrer un carré de 5 ares ou 500
mètres. Un millimètre de cendre enfouis dans le carré D y apporte une fertilité très grande ; quand on peut
en enterrer deux millimètres, la production est énorme.
Un mètre de cendre est suffisant pour cendrer très énergiquement un carré de 5 ares ou 500 mètres.
Il n’est pas de maison de maître qui ne produise 4 mètre de cendre par an, etil en est des milliers qui en
jettent chaque année 4 ou 5 mètres dans la rue.
J’insiste sur tout cela, parce que je tiens à prouver que l’assolement, en apportant une grande abondance
dans les produits, apporte aussi une économie de moitié dans la dépense des engrais, et dans celle de la
main-d’œuvre, quand on ne laisse rien perdre, et que l’on veut bien recueillir les éléments de fertilité,
perdus le plus souvent, non seulement pour le propriétaire, mais encore pour la production générale.
57 Assolement : distribution des engrais, couches
J’ai prouvé matériellement pendant plus de trente années, à mes anciens jardins-écoles, qu’avec l’éco-
nomie d’engrais et de main-d’œuvre apportée par l’assolement la terre est en meilleur état de culture dans
le carré C, n’ayant pas reçu de fumure depuis trois ans, que dans le jardin fouillis le plus copieusement
fumé.
Cela est facile à comprendre.
Les légumes à productions foliacées : choux, artichauts, etc., ne constituent pas une culture épuisante.
La terre reste saturée d’humus, c’est le mot, après avoir donné ses six, sept et quelquefois neuf récoltes.
Les racines qui succèdent aux légumes à production foliacée, la seconde année, ne sont pas non plus
une culture épuisante ; elles trouvent une abondante nourriture et laissent encore le sol en très bon état.
Les légumes à fruits secs sont la seule culture épuisante ; ils succèdent aux racines, mais ils ont pour
s’alimenter le cendrage, leur fournissant la potasse qui leur est indispensable, Grâce au cendrage, la terre
est encore en parfait état l’année suivante, en assez bon état pour faire, avec le plus grand succès, dans
le . carré D, les plantes pour graines et les navets de primeur, montant toujours à graine dans un sol trop
riche ou trop récemment fumé.
Un assolement rationnel est la base de la fécondité de la terre, et la clef de la richesse du potager, parce
que l’assolement renferme :
1° Le respect de la loi de l’alternance, loi qui fait que le même produit, quelque abondamment fumé
et bien cultivé qu’il soit, donne rarement une récolte maximum deux années de suite dans le même carré.
Je sais que cette théorie, neuve pour beaucoup de praticiens, bien qu’ayant donné les plus féconds
résultats depuis longues années, blesse leurs idées et dérange leurs habitudes ; la majeure partie cultive
encore le même légume, plusieurs années de suite, dans le même carré, et cela uniquement parce que c’est la
mode du pays. J’irai plus loin en disant que, fort de mes études, de mes observations et de mon expérience,
j’affirme que dès la seconde année il y a diminution dans Le produit ; à la troisième, dégénérescence,
tardiveté et diminution très sensible dans la récolte, et j’irai même jusqu’à affirmer que plus les semis
successifs se prolongent dans le même terrain, plus la dégénérescence est grande.
Bien plus, je suis profondément convaincu que les variétés de légumes abâtardies, à peine bonnes à
donner aux animaux, que l’on trouve dans presque toutes les régions de la France où la culture des légumes
s’est entièrement localisée, ne seront arrivées à cet état de dégénérescence et de tardiveté qu’à la suite des
semis successifs dans le même sol, et de leur culture dans les mêmes planches.
J’irai plus loin encore en disant à ceux qui veulent faire de la routine et la propager quand même :
« Prenez vos semences de variétés revenues presque au type originel par la promiscuité : semez pendant
cinq ou six années, et chaque année des semences nouvelles dans une terre neuve, et vous arriverez, sinon
à retrouver la variété primitive, mais au moins à améliorer sensiblement celle que vous avez semée d’abord.
Ce n’est ni vous ni moi qui avons fait cette loi : elle émane de la nature ; votre entêtement plus ou moins
grand ne la détruira pas, et la routine est impuissante à conjurer ses effets. Laissons donc tout faux orgueil
de côté, et assolons notre potager à quatre ans avec couches, où à trois ans sans couches, de façon à ce que
la même espèce ne revienne dans le même carré que tous les quatre ou cinq ans. »
En opérant ainsi, nous serons non seulement assurés d’obtenir les récoltes maximum partout, mais
encore de conserver pures les précieuses variétés qui remplaceront vos légumes ligneux et filandreux.
Je suis loin de demander le bouleversement de tout ce qui existe pour créer à neuf. Loin de là, sachant
combien la force de l’habitude est grande, je dirai ici, comme dans mes cours, à tous ceux qui hésitent :
« Avant de détruire, expérimentez : faites des essais comparatifs ; eux seuls peuvent vous éclairer d’une
manière certaine. Si vous avez un potager composé de quatre carrés cultivés à la mode du pays, continuez
votre culture habituelle dans trois ; essayez celle que vous enseigne ce livre dans le quatrième, et, lorsque
vous aurez bien vu et comparé les résultats, compté les dépenses et les produits des deux cultures, adoptez
franchement et sans arrière-pensée celle qui vous aura donné les meilleurs et les plus abondants produits,
avec le moins de dépense.
Je puis et dois vous dire à l’avance quel résultat vous donnera le carré que vous aurez divisé en quatre,
pour le soumettre à l’assolement de quatre ans, avec couches.
À la seconde rotation, vers la sixième année, ce potager, qui vous aura paru d’abord lilliputien, sera
suffisant pour vous fournir les légumes que vous n’avez jamais pu obtenir avec quatre fois plus de terre,
et cela avec une dépense diminuée de plus des trois quarts. »
2° L’économie des engrais par leur bonne préparation et leur distribution raisonnée. Je pose
en principe que la même quantité d’engrais assimilables, employée avec discernement sur un espace donné,
Partie 2, Chap. 5 58
produira six, quand la même quantité, et même une quantité supérieure, mal fabriquée et répartie à faux
sur le même espace, produira à peine un, avec autant et même plus de main-d’œuvre.
3° La possibilité d’obtenir comme récolte supplémentaire une abondante production de pri-
meurs, non seulement sans augmentation de dépense d’engrais, mais encore en améliorant ceux-
ci et en les rendant plus propres à l’enfouissement.
Les engrais ne sont assimilables qu’à l’état liquide ou gazeux, c’est-à-dire que les plantes ne peuvent
absorber les substances nutritives qu’ils contiennent que lorsqu’ils sont arrivés à l’état de décomposition.
Dès l’instant où il est avéré que les engrais décomposés, consommés, ont sur les plantes une action immé-
diate et plus énergique que les fumiers frais, nous avons avantage à décomposer nos engrais avant de les
enfouir. Le moyen, non seulement le plus économique, mais encore le plus profitable pour décomposer les
engrais, est d’en faire des couches. Ces couches nous donneront toutes les primeurs désirables, sans autre
dépense que l’achat premier de quelques châssis et de quelques cloches. L’économie de la main-d’œuvre
qu’il eût fallu employer à manier les fumiers couvrira largement les frais d’entretien des châssis et des
cloches, et la récolte annuelle ne sera grevée que de l’achat premier du matériel.
On considérait autrefois l’installation d’une couche comme une chose difficile, dispendieuse et même
ruineuse. C’est une erreur dont on est revenu, grâce à mon enseignement, et, disons-le, lorsque l’usage des
couches sera entièrement popularisé, et que l’on en fera à la chaumière comme au château, les cultures
de pleine terre doubleront leurs produits, et le plus petit jardin, tout en doublant sa production, donnera,
sans dépense aucune, des melons et des primeurs ; il n’existera pas un village, un hameau, où le curé ou
l’instituteur ne puissent en récolter en quantité, s’ils veulent s’en donner la peine.
Les couches étant, par le fait, la fabrique de fumier assimilable, d’engrais par excellence, il est de l’intérêt
du producteur d’en établir le plus possible, pour augmenter à la fois les récoltes de pleine terre et les
produits de châssis et de cloches, toujours d’un prix élevé, et ne coûtant rien lorsque les couches entrent
dans l’assolement du potager. Il est facile de monter beaucoup de couches avec une grande économie
d’’engrais, de châssis et de cloches, en employant le fumier de cheval mêlé avec des feuilles pour les
couches chaudes ; le fumier de vache mêlé avec les feuilles, des mousses, etc., pour les couches tièdes ; des
matières herbacées, et même de la tannée, mélangées avec un peu de fumier, pour les couches sourdes et les
poquets et en employant, pour certains produits, des abris économiques à la place de châssis ou de cloches
en verre.
En opérant ainsi, on augmente considérablement la masse des engrais et iles terreaux, indispensables
pour l’élevage des plantes potagères et des fleurs, et l’on obtient tout ce qu’il est possible de désirer avec
la plus grande économie, tout en améliorant et augmentant la somme des engrais, la production du sol,
par conséquent. Je consacrerai un chapitre spécial à la fabrication des couches chaudes, tièdes, sourdes, des
poquets, et aux abris destinés à les recouvrir. Je consacre également un chapitre à l’assolement de chacun
des jardins que je traite : ceux du propriétaire, du rentier, du fermier, de la ferme, du petit cultivateur et du
métayer, du presbytère, des hôpitaux, des communautés et des pensions, des instituteurs, des chemins de
fer, des employés et des camps, chacun de ces jardins ayant un but différent, demandant une culture et un
assolement spéciaux. Je ne traite ici de l’assolement du potager à trois et quatre ans qu’en principe, et en
me réservant de le modifier pour chacun des jardins que j’ai cités, et suivant les ressources et les besoins
de chacun.
Sous le climat du Midi, les couches chaudes et tièdes peuvent être supprimées. Cependant, avec des
couches tièdes seulement, on obtiendrait très facilement toutes les primeurs désirables. Les couches
sourdes, recouvertes avec des abris économiques, seront seules indispensables pour les semis de primeurs
et pour obtenir le terreau nécessaire au potager et au jardin d’agrément,
L’assolement de quatre ans est applicable dans le Midi, avec des couches tièdes pour les grandes pri-
meurs, et des couches sourdes pour l’élevage des plants. Les primeurs donneront un produit élevé ; et,
n’eût-on encore que du plant précoce et les terreaux, il y aurait bénéfice à faire des couches, et à en faire
beaucoup.
L’assolement de quatre ans offre les avantages suivants sur les autres cultures :
1. De produire sur chaque sol des récoltes maximum, la terre étant dans l’état de culture ei d’engrais le
plus favorable aux plantes qu’elle reçoit ;
2. De dépenser moins d’engrais et moins de main d’œuvre que les cultures donnant des résultats bien
moindres ;
59 Assolement : distribution des engrais, couches
3. De permettre au producteur de faire une abondante récolte de primeurs, presque sans dépense addi-
tionnelle ;
4. De ne laisser revenir que tous les cinq ans la même culture dans le même carré, garantie première de
fertilité et de conservation des variétés ;
5. De régulariser la fertilité de toutes les parties du jardin, grâce à la régularité des fumures et des
cultures ;
6. D’augmenter encore celte fertilité, en introduisant dans le sol, à époque régulière, un stimulant (la
cendre) qui concourt puissamment à activer l’action des engrais et éloigne les vers blancs d’une ma-
nière certaine ;
7. D’établir un ordre parfait dans les cultures, et de rendre les erreurs impossibles à l’aide du tableau
suivant :
ASSOLEMENT DE QUATRE ANS
CARRÉ A
Sur la fumure maximum :
Angélique Céleri
Artichauts, Choux
Aubergine (dans le Midi) Choux-fleurs
Betteraves (en contre plantation) Épinards
Cardons Laitues de primeur
Mais Patates (dans le Midi)
Poireaux Pommes de terre pour grande primeur
Radis Raves
Rhubarbe
CARRÉ B
Sur terreautage et paillis :
Ail Ciboule
Arroche Ciboulette
Basilic Échalottes
Betteraves Épinards
Carottes Fenouil
Céleri rave Fraisiers
Chicorées Laitues de saison
Searolles Romaines
Mâches de première saison Poireaux
Pommes de terre Navets
Raiponce Oignons
Salsifis Panais
Scorsonère Persil
Tomates Piment (dans le Midi)
Tétragone
CARRÉ C
Sur cendrage :
Capucine Cerfeuil
Chicorée sauvage Estragon
Fèves Scolymes,
Haricots Lentilles
Oseille Mâches
Persil Navels de grande primeur
Pimprenelle Pois
Thym Romaines
Tétragone Scorsonère
Partie 2, Chap. 5 60
CARRÉ D
Couches :
Poquets pour :
Potirons Concombres
Semis de pleine terre, Cornichons, etc
Plantes pour graines Pépinières de légumes
Sarriette Élevage de fleurs
Pimprenelle Absinthe
Sarrasin Anis
Chicorée sauvage Bourrache
L’assolement de trois ans est semblable à celui de quatre ans ; il se compose des carrés À, B, C, traités
de même manière, mais il ne comporte pas de couches. La rotation recommence la quatrième année : pas
de melons, pas de primeurs, pas de plants élevés à l’avance et pas de terreau.
L’assolement de trois ans est plus particulièrement appliqué à la culture extensive, où il rend de grands
services en doublant au moins les produits de la culture ordinaire. Cet assolement est des plus précieux
pour la culture des légumes en plaine, entrant en combinaison avec l’assolement agricole, et dans le verger
Gressent, où la production des légumes paye plus que les frais de création, dès la première année, comme
nous le verrons plus loin.
CHAPITRE 6
Introduction de l’assolement dans les anciennes
cultures
Beaucoup de personnes, entièrement converties à la théorie de l’assolement du potager, ont reculé quelque
temps devant l’exécution. Elles voyaient parfaitement la lumière ; mais, dès l’instant où elles levaient les
bras pour la prendre, un vieux praticien les arrêtait court.
— Ah ! Monsieur, vous ne savez pas à quoi on s’expose à tout bouleverser comme ça.
— Essayons ! Vous avez là le Potager de M. Gressent ?
— Oui ; mais c’est pas lui qui a inventé la légume ; y en avait avant lui et y en aura encore après.
— Il ne prétend pas avoir inventé les légumes, mais les cultiver avec fruit.
— Monsieur, tout ça c’est des idées ; vous n’avez pas compté tout le fumier que va falloir acheter, les
châssis, les cloches, tout le tremblement, sans compter que je ne veux pas faire toute cette ouvrage-là tout
seul.
Bon nombre de propriétaires se sont laissés influencer par des arguments de cette force, doublés de ceux
des voisins plus ou moins envieux du mieux qui pourrait se produire chez autrui, et n’ont pas manqué de
surenchérir sur le praticien.
IL est dans la nature humaine de haïr la supériorité ; elle n’accepte jamais une idée juste, ou le mieux, et
même le bien, sans lui chercher un vice. J’en ai la preuve, depuis près de quarante années, par les visiteurs
de mes jardins.
On venait voir pour s’instruire ; on regardait, et, quand on avait reconnu des produits abondants et de
première qualité, on se tournait vers moi.
— C’est beau ; mais vous avez un terrain exceptionnel.
— Comme mauvaise qualité, oui.
— Allons donc !
— En doutez-vous ? Regardez.
J’ai poussé souvent la bienveillance jusqu’à prendre une bêche, et faire un trou, pour leur prouver que
le sol de mes anciens jardins-écoles se composait de sable et de gravier.
— Mais, alors, vous dépensez en engrais dix fois la valeur des produits.
— Le quart de ce que vous dépensez, Monsieur, pour ne rien obtenir dans un excellent sol. Voici le
compte de mes engrais.
— C’est prodigieux !
— C’est raisonné, étudié et pratiqué, rien de plus.
Devant la brutalité du fait accompli, on se radoucissait, et quelquefois on prenait la peine d’étudier. On
réussissait, et alors on devenait un prosélyte ardent qui en faisait beaucoup d’autres, mais le début était
toujours le même.
Pendant plus de trente-cinq années, j’ai fait voir, tous les jours, des potagers et des jardins fruitiers à
tout venant. Pendant douze ans, j’ai laissé visiter, quotidiennement, mes anciens jardins-écoles de Sannois,
créés dans un sol impossible, et montrant toujours les mêmes résultats. Le 1er janvier 1878, ne pouvant
donner la moitié de mon temps à recevoir les visiteurs, et fatigué des déprédations continuelles dans mes
cultures, j’ai fermé mes anciens jardins-écoles au public.
J’ai créé alors un nouveau jardin fruitier que j’ai laissé visiter deux fois par mois, jusqu’en 1884, époque
à laquelle j’ai transporté toutes mes cultures loin de Paris, et n’ai conservé à Sannois que mon domicile.
La difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité de la main-d’œuvre à la porte de Paris, m’avait obligé à
n’avoir plus de cultures à Sannois.
L’introduction des assolements de quatre et de trois ans est des plus faciles à opérer dans toutes les
cultures, et même dans les jardins-fouillis. L’opération est la même pour les deux assolements. Voici com-
ment on procède :
Partie 2, Chap. 6 62
1. Raser complètement le terrain que l’on veut soumettre à l’assolement, et le purger entièrement
d’arbres, de broussailles, de fleurs, etc. ;
2. Diviser le terrain en quatre ou en trois parties égales, suivant l’assolement que l’on adopte : celui de
quatre ou trois ans ;
3. Tracer tout de suite les allées, et enlever, dans toute leur étendue, 10 centimètres de terre environ, que
l’on jettera sur les carrés ;
4. Défoncer les carrés en plein, à une profondeur variant entre 30 et 70 centimètres, suivant la nature du
sol, et opérer comme je l’ai indiqué page 30 et suivantes ;
5. Prendre à la fabrique d’engrais le fumier le moins décomposé, pour fumer au maximum le carré A,
c’est-à-dire le couvrir entièrement d’une épaisseur de 25 centimètres de fumier. On mettra en réserve
le fumier le plus consommé, réduit presque à l’état de terreau. Ce fumier, très décomposé, sera porté
sur le carré B ; on en répandra une épaisseur de 4 à 5 centimètres sur toute l’étendue du carré, et on
l’y enfouira ;
6. Cendrer le carré C, sans y mettre de fumier ; 1 à 2 millimètres d’épaisseur de cendre, répandus sur toute
la surface du carré, sont suffisants pour produire les plus brillants résultats ;
7. Établir les couches dans le carré D, et ne fumer avec des fumiers très consommés, ou des terreaux, que
les planches destinées aux pépinières de légumes, et à l’élevage des fleurs.
L’ordre est établi dans le potager ; il n’y a plus qu’à consulter le tableau du chapitre précédent, page 59,
pour mettre chaque espèce de légume à sa place, et suivre la marche que je viens d’indiquer pour obtenir
les plus féconds résultats.
La première année ne donne pas tout ce que l’on est en droit d’attendre de l’assolement ; il faut à la terre
Le temps de se saturer d’humus, et de s’ameublir par une culture énergique.
La seconde année, il y a une amélioration très sensible ; le carré À, fumé au maximum l’année précé-
dente, devient le carré B, dans les meilleures conditions ; le carré B, terreauté la première année, est cendré,
et devient le carré C, dans de bonnes conditions ; le carré C, cendré l’année précédente, devient le carré
D ; il recevra les couches, et sera terreauté partiellement pour les semis et les pépinières de légumes et
de fleurs ; enfin le carré D, qui a porté les couches et reçu des fumures partielles l’année précédente, sera
fumé au maximum pour devenir le carré A, et sera d’une fertilité remarquable.
Le produit sera considérable dès la seconde année, il augmentera encore la troisième, où trois carrés
auront reçu leur fumure au maximum, et le produit augmentera encore sensiblement à la seconde rotation,
la cinquième année, parce qu’alors tous les carrés seront également fertilisés, et la terre sera amenée
partout au plus haut degré de puissance et de fertilité.
Quand on introduit l’assolement dans un jardin où la terre n’est pas en mauvais état, on se contente de
fumer le carré A au maximum, et de cendrer le carré C ; les carré B et carré D peuvent recevoir les racines
et les souches, etc., sans fumure.
Tout cela sera accompli sans dépense, sans bruit, sans plus de travail, et le produit sera plus que quin-
tuplé.
CHAPITRE 7
Des couches, des châssis, des cloches et abris
économiques
La culture forcée se divise en quatre séries bien distinctes :
1. Celle de grande primeur, faite sur couches chaudes recouvertes de châssis ;
2. Celle de seconde saison, faite sur couches tièdes recouvertes de châssis ou de cloches ;
3. Celle de dernière saison, faite sur couches sourdes recouvertes de cloches ou d’abris économiques ;
4. Celle d’arrière-saison, établie sur poquets ou en pleine terre, recouverts temporairement avec des abris
économiques.
On emploie pour faire des couches chaudes :
Les fumiers de cheval, d’âne ou de mulet, mélangés avec des feuilles. Ce sont ceux qui donnent la
chaleur la plus forte, mais elle n’est pas de très longue durée ; les feuilles prolongent la fermentation
et maintiennent plus longtemps la chaleur ; c’est leur fonction dans les couches chaudes. Ces fumiers
doivent être employés frais, c’est-à-dire avant qu’ils aient fermenté. Tout fumier vieux, c’est-à-dire qui a
fermenté, est impropre à la confection des couches chaudes ; il vaut mieux se tenir tranquille que d’employer
du fumier qui n’a plus le pouvoir de fermenter. Je ne saurais trop insister sur ce point, car, malgré mes
recommandations, je vois chaque jour des couches faites avec du fumier passé, qui n’a jamais donné dix
degrés de chaleur, et toutes les graines pourrissent sans germer sur de telles couches.
Les fumiers de cheval, d’âne et de mulet sont les seuls qui puissent se conserver. Ils suspendent leur
fermentation à l’état sec, et la reprennent dès qu’on les mouille ; et encore est-il bon, lorsque ces fumiers
sont en tas depuis longtemps, de les mêler à un peu de fumier frais. Pour les conserver, il faut les laisser
sécher un peu avant de les mettre en tas ; avoir le soin de placer plusieurs perches en travers, de distance
en distance, afin d’aérer le centre, pour les empêcher d’entrer en fermentation et placer un capuchon de
paille au sommet, pour empêcher la pluie de les pénétrer. Le meilleur fumier pour la confection des couches
chaudes est celui des auberges, qui reçoivent beaucoup de chevaux entiers et économisent la litière, mais
il doit être employé sortant de l’écurie. La paille est tellement piétinée par les chevaux, qu’il entrerait en
fermentation, malgré toutes les précautions, si on voulait le conserver. Quand on veut le garder, il faut le
mêler avec du fumier plus pailleux, le laisser sécher et le mettre en mulon.
On emploie pour les couches tièdes :
1. Le fumier de vache, dont la fermentation est moins turbulente que celle du fumier de cheval, mais
de plus longue durée ; en le mêlant avec du fumier de cheval, on pourrait s’en servir avec avantage
pour monter des couches chaudes ; mais c’est le fumier par excellence, mêlé avec des feuilles, pour les
couches tièdes ;
2. Les fumiers de lapin et de porc, mêlés avec des herbes. Les fumiers de porc et de basse-cour, mêlés avec
du fumier de vache et des feuilles, peuvent encore fournir de bonnes couches tièdes.
Pour les couches sourdes et les paquets, on emploie tout ce qui est susceptible de fermenter pendant
quelques semaines : les fumiers de basse-cour mêlés avec des feuilles ou des herbes ; à défaut de fumier, des
herbes mêlées avec un peu de déchets de laine. Ces déchets, fermentant très vite et donnant une chaleur
très élevée, peuvent devenir une précieuse ressource pour mêler avec des feuilles et ranimer du
fumier un peu passé.
La mousse peut entrer aussi dans la confection des couches sourdes. La chaleur qu’elle produit est moins
forte que celle des feuilles, mais elle est d’assez longue durée. On peut faire d’excellentes couches tièdes
et sourdes avec de la mousse mêlée à du fumier : cela est économique dans le voisinage des bois.
Les tontures de gazons et les herbes employées toutes fraîches, venant d’être coupées, et mêlées à un
peu de fumier, peuvent encore faire des couches sourdes sur lesquelles on peut élever d’excellents melons.
La chènevotte (tiges de chanvre coupées par tronçons de 33 à 40 centimètres de longueur) est excellente.
La tannée peut devenir une précieuse ressource pour la construction des couches sourdes et des poquets,
Partie 2, Chap. 7 64
Les feuilles doivent entrer dans la confection de presque toutes les couches, surtout dans celles des
couches chaudes et tièdes ; elles fermentent moins vite que les fumiers, mais donnent une chaleur plus
égale et de très longue durée. Le mélange de fumier et de feuilles produit des couches excellentes et où la
chaleur se maintient fort longtemps.
On ramasse avec soin les feuilles, aussitôt après leur chute, avant leur décomposition, et par un temps
très sec, pour les conserver en mulon, comme le fumier de cheval, jusqu’à la confection des couches.
C’est en octobre et en novembre, au plus tard, qu’il faut recueillir les feuilles pour les avoir bonnes. Plus
tard, elles sont décomposées par les pluies et ne fermentent plus.
Enfin, avec un peu d’intelligence et de l’activité rien n’est plus facile que de faire une assez grande
quantité de couches avec une grande économie, et d’y obtenir des résultats très satisfaisants. Si les feuilles,
la mousse et même les herbes, qui ne coûtent rien dans le voisinage des bois, entrent en très grande
proportion dans la fabrication des couches, il faudra augmenter la quantité des couches tièdes et sources.
On obtiendra sur ces couches des produits aussi bons que sur les couches chaudes, mais six semaines ou
deux mois plus tard, et l’on aura en plus les terreaux, sans lesquels il est impossible de faire une bonne
culture de pleine terre et d’élever des fleurs.
Les couches où les feuilles, la mousse et les herbes entrent dans une grande proportion, fournissent
pour les cultures de pleine terre des fumiers excellents et des terreaux de bonne qualité, ayant dix fois la
valeur de la main-d’œuvre employée à recueillir les matières premières.
Quelles que soient les ressources d’une maison en engrais, il y a toujours avantage à faire une grande
quantité de couches. On manque presque toujours de petites primeurs et de melons dans les habitations de
campagne ; on est forcé de les faire venir de Paris. Cela coûte cher, surtout lorsque leur prix est additionné
des ports et des paniers. Le jardin, je ne saurais trop le répéter, doit fournir tout cela avec ses couches, et
le fournit d’autant plus que les couches sont un des principaux éléments de fertilité pour Îles cultures en
pleine terre, dont le produit est facilement doublé avec les fumiers et les terreaux de couches.
Si la maison est riche en fumier de cheval et de vache, et qu’il y ait possibilité de se procurer quelques
voitures de feuilles, le propriétaire est en droit d’exiger toutes les primeurs possibles, et dans les cultures
de pleine terre une abondance de produit proportionnée à l’abondance et à la richesse des terreaux.
Si, au contraire, la maison offre peu de ressources en engrais, il faut redoubler d’activité pour réunir
tout ce qu’il est possible de se procurer économiquement pour la fabrication de couches : feuilles, mousses,
déchets de laine, de fabriques, etc., que l’on mêlera avec un tiers environ de fumier, mais du fumier tout
frais, et on arrivera encore à faire une grande quantité de couches tièdes et sourdes, qui donneront les
melons et les petites primeurs six semaines plus tard que les couches chaudes, mais qui en donneront
à discrétion et fourniront des débris de fumier et du terreau indispensables pour mettre les cultures de
pleine terre en rapport sérieux. C’est, au contraire, lorsque les ressources en fumier sont limitées qu’il
faut augmenter le nombre des couches et des composts par tous les moyens possibles, au lieu de laisser
perdre tout ce qui peut être recueilli. La nécessité d’établir des couches quand même et d’utiliser tout à
leur confection m’a fait expérimenter depuis plusieurs années un nouveau mode de confection de couches
qui m’a parfaitement réussi, tout en apportant une économie de moitié sur l’emploi du fumier.
Les couches seules pouvant nous donner du terreau, augmenter la masse des engrais, nous fournir sans
dépense des primeurs et du plant tout élevé, à mettre en pleine terre quand la culture routinière commence à
semer, nous en ferons le plus possible, et nous emploierons à leur confection toutes les matières possibles.
En outre, pour augmenter considérablement l’élevage du plan, la production des primeurs et des melons,
nous supprimerons les couches chaudes, hautes de 60 à 80 centimètres, et les couches tièdes de l’épais-
seur de 40 à 50 centimètres, que nous avions adoptées autrefois, pour les remplacer par des couches plus
simples, donnant autant de chaleur, plus faciles à faire, et employant beaucoup moins de fumier. Cela nous
permettra d’en faire le double au moins avec la même quantité de fumier, avantage immense, permettant
de doubler la culture forcée sans plus de dépense, et mettant les personnes ayant peu d’engrais à même
de faire toutes les primeurs désirables.
Comme toujours, nous avons attendu la sanction de l’expérience avant d’enseigner notre nouveau mode
de monter les couches. Cela dit, procédons par ordre.
65 Des couches, des châssis, des cloches et abris économiques
mieux encore avec le brise-jet Raveneau, afin que tout soit également mouillé. J’insiste sur ces détails, parce
que les jardiniers, peu habitués à faire des couches, négligent ces petits soins et dépensent, pour faire
de mauvaises couches, beaucoup plus de peines et le double de fumier qu’il en faudrait pour en obtenir
d’excellentes.
Presque toujours, les débutants, en voulant mêler le fumier, le secouent comme s’ils faisaient la litière à
un cheval. C’est la pratique la plus vicieuse, en ce que tout le crottin tombe sur le sol, et qu’il ne reste plus
que de la paille à mêler avec les feuilles.
Il faut que tout soit bien mélangé par parties égales : crottin, paille et feuilles, ou l’on s’expose à faire de
mauvaises couches ne donnant pas de chaleur.
Lorsque le fumier a été mélangé avec des feuilles et suffisamment arrosé pour que toutes les parties
soient mouillées, on le porte à l’endroit où les couches doivent être montées, et on le décharge par tas
dans les tranchées, pour monter vivement les couches aussitôt le fumier apporté.
Ensuite on prend du fumier sur chaque las par petites fourchées, et on le pose bien à plat au fond de la
tranchée (la paille doit toujours être couchée, jamais debout), en ayant le soin d’appuyer chaque fourchée
avec le dos de la fourche, de manière à former un lit de fumier très égal, et surtout sans cavités.
Ou commence au point C, et l’on opère à reculons jusqu’à l’autre extrémité, au point D (fig. 29). On
place ainsi sur toute la longueur de la couche un lit de fumier de 40 centimètres d’épaisseur environ, puis
on le foule avec les pieds, où plutôt avec les sabots, seule chaussure propre à fouler convenablement un lit
de fumier.
On verse encore quelques arrosoirs d’eau en foulant le fumier ; il se lasse mieux, et l’on est certain que
toutes les parties sont suffisamment humectées.
Pour les couches chaudes, une épaisseur de 40 centimètres de fumier, mouillé et foulé, est suffisante.
Cependant, quoiqu’il soit urgent de bien mouiller le fumier pour obtenir une fermentation égale et
soutenue, il faut bien se garder de le noyer : le fumier trop mouillé pourrit sans donner de chaleur. La
pratique est nécessaire pour apprécier le degré de mouillure ; à défaut de pratique, on peut se baser sur ce
renseignement : lorsque le fumier est mouillé à point, il conserve la forme qu’on lui donne, en le pressant
dans la main, mais sans exprimer d’eau.
Lorsque toute la première planche est garnie d’un lit de fumier foulé et mouillé comme je viens de
l’indiquer, on pose les coffres en leur donnant une légère inclinaison au midi. Une pente de deux à trois
centimètres est suffisante pour faire couler l’eau et ne rien perdre de la force des rayons solaires. Il suffit
d’une cale quelconque en bois, ou d’une brique posée aux angles de derrière du coffre, pour donner la
pente voulue.
? ?On donne souvent aux châssis une pente beaucoup plus forte : 23, 30 et même 40 centimètres. C’est
la plus déplorable opération que l’on puisse faire. Avec une pente aussi exagérée, de deux choses l’une : il
faut mettre une épaisseur double au moins de terre mélangée de terreau sur le derrière du châssis ; ou, si
l’on veut charger la couche également, laisser un vide énorme derrière, entre le terreau et le châssis.
Dans le premier cas, le devant de la couche chauffe, et le derrière reste froid ; dans le second, les plantes
du devant donnent lieu à une bonne végétation, mais celles du milieu et du derrière se tirent, c’est-à-dire
qu’elles montent à une hauteur exagérée pour chercher la lumière, développent des tiges longues et grêles,
et fournissent du plant bon à jeter au fumier.
Des praticiens, voulant toujours avoir raison, disent à leur maitre : « Tout ça, c’est des bêtises ! j’ai des
châssis de 40 centimètres de pente ; c’est les meilleurs. Je monte mes couches en pente, et j’ai des produits
superbes. »
La couche montée en pente offre trois inconvénients majeurs :
1. De donner une chaleur médiocre par devant, et exagérée par derrière. Des plantes ont froid ; d’autres
brûlent sous le même châssis :
2. De rendre l’application des réchauds impossible, et d’abandonner les primeurs à la grâce de la tempé-
rature quand les couches ne chauffent plus ;
3. D’employer, pour obtenir des résultats aussi médiocres qu’incertains, le double de fumier nécessaire
pour être certain d’en obtenir d’excellents et d’assurés.
J’insiste sur ces détails, parce que chaque jour l’expérience me prouve que les insuccès sont dus à de
mauvaises applications, et que ces applications déplorables coûtent au propriétaire, pour avoir un résultat
67 Des couches, des châssis, des cloches et abris économiques
négatif, le double d’engrais et de main-d’œuvre qu’il en faut pour être assuré d’un brillant succès, en
opérant avec intelligence.
Les coffres posés comme je l’ai indiqué, on recharge la couche, c’est-à-dire que l’on fait apporter du
terreau, et que l’on en remplit les coffres en le mélangeant avec moitié de terre ; l’épaisseur de terre,
mélangée de terreau, doit être de vingt centimètres. On emploie à cet effet de la terre extraite de la tranchée
et mise en réserve à droite et à gauche de la planche. On laisse un vide de cinq à six centimètres seulement
entre le terreau et les vitres du châssis.
Cet espace est suffisant quand on sème. Pendant le temps que les plantes emploient à lever et à produire
leurs premières feuilles, le fumier de la couche se tasse, le terreau descend, et il y a bientôt sous le châssis
le vide nécessaire au développement des plantes.
Quand on fait des couches destinées à recevoir des repiquages, on laisse un vide de 8 à 12 centimètres.
Les coffres remplis, on pose les châssis dessus, et l’on s’occupe de monter immédiatement les réchauds ;
on apporte un mélange de feuilles et de fumier, comme celui qui a servi à monter les couches, et l’on remplit
tous les sentiers jusqu’en haut des coffres. On foule et on mouille les réchauds, comme les couches. Trois
ou quatre jours après, la fermentation s’établit partout ; la couche est chaude ; on sème aussitôt,
Quand la température devient froide, s’il survient une gelée, et que la chaleur des couches diminue,
on amëne du fumier frais, que l’on mélange avec celui des réchauds qui remplissent les sentiers ; on le
mêle bien, on le manie, le mouille et le foule, et deux jours après la chaleur des couches est ranimée pour
quelques semaines encore.
Quelque long et rigoureux que soit un hiver, il est toujours facile d’entretenir la chaleur des couches,
en renouvelant les réchauds. Il faut de la surveillance, cela est vrai ; mais il est non moins vrai que l’on ne
fait jamais rien si l’on ne veut pas se donner la peine d’y mettre la main, et que l’on n’obtient rien même
avec le superflu et une dépense énorme, si l’on manque des premières connaissances et que l’on ne sache
pas commander.
Le plus souvent, il suffit de manier les réchauds de temps à autre et de les mouiller, pour obtenir le
résultat désiré, et parfaitement entretenir la chaleur des couches par un hiver ordinaire ; quand le froid
redouble et semble devoir être de longue durée, on enlève les vieux réchauds, et on en fait de nouveaux
avec du fumier frais. On peut braver les plus fortes gelées avec des réchauds frais.
Nous avons établi des couches chaudes dans les meilleures conditions pour un carré de couches. Le
même résultat peut être obtenu pour des couches chaudes.et tièdes, établies dans le même carré, On placera
les couches tièdes sur les bords des carrés, et les chaudes au centre, pour augmenter encore leur chaleur.
Un résultat analogue pourra être également oblenu pour quelques châssis seulement, établis sur une seule
ligne, en opérant ainsi :
Supposons que nous voulions monter quatre panneaux de châssis sur une couche chaude :
Nos châssis ont 1,30 m² ; nous creuserons une tranchée de 10 centimètres de profondeur, longue de
5,40 m et large de 1,40 m (A, fig. 30).
Nous mettrons en réserve la terre provenant de la tranchée, pour recharger la couche en la mélangeant
avec du terreau. En procédant ainsi, la terre empruntée est restituée ; on n’a jamais de transport de terre
à effectuer, il n’y a jamais de trous dans les carrés où l’on établit les couches.
Cela fait, on monte la couche dans la tranchée (A, fig. 30), puis on pose les coffres et on les remplit de terre
mélangée de terreau, comme je l’ai indiqué pour le carré. Il est préférable d’employer des coffres doubles,
de deux panneaux de châssis (B, fig. 31) : cela donne plus de place pour les semis, les repiquages et est très
commode pour la culture des melons.
Partie 2, Chap. 7 Couches chaudes 68
La tranchée est un peu plus longue et un pes plus large que les coffres ; ils posent en plein sur la couche.
Dans ces conditions, l’action de la couche sera complète et celle des réchauds très énergique.
On pose les châssis, on remplit les coffres ; ensuite on les entoure des quatre côtés avec du fumier frais,
que l’on mouille, de manière à faire disparaitre complètement les coffres dans le fumier (A, fig. 32).
? ?Pour établir un bon réchaud autour des châssis isolés, il faut une épaisseur de cinquante centimètres
au moins de fumier à la base du réchaud, et quarante en haut. La hauteur du réchaud est celle du sol au
sommet du coffre ; il doit être complètement enfoui dans le fumier qui l’entoure.
Ces réchauds pour les châssis isolés doivent être faits avec du fumier frais, mélangé de feuilles, mouillé et
lassé comme ceux des châssis en ligne, et surtout (c’est ce qu’il y a de plus difficile à obtenir des praticiens)
le réchaud doit monter jusqu’au sommet du coffre et même le dépasser.
Quand le réchaud baisse, il faut aussitôt le recouvrir de fumier pour que le coffre reste garni jusqu’au
sommet : dans ce soin gît tout le succès des couches. Ces réchauds se remanient et se remplacent comme
ceux des châssis en ligne, quand la couche ne chauffe plus, ou que la gelée devient intense.
Dans la pratique on établit bien les réchauds, en montant les couches, mais on ne les entretient pas,
et on les renouvelle très rarement. Les réchauds baissent forcément en marchant dessus pour les châssis
en ligne et en s’appuyant sur ceux des châssis isolés. Le coffre est découvert en partie ; le froid pénètre
à travers les planches ; la couche ne chauffe plus, et la végétation s’arrête, quand les plantes ne périssent
pas par la pourriture.
Ces accidents, très fréquents, seront évités en entretenant les réchauds, c’est-à-dire en les rechargeant de
fumier quand ils baissent, et en le ranimant avec du fumier frais dès que la chaleur diminue. Quand la
gelée est forte, on les renouvelle entièrement.
69 Des couches, des châssis, des cloches et abris économiques
Ainsi, il est bien entendu que l’on ne doit jamais voir les coffres entourés de réchauds, pour les châssis
en ligne, comme pour ceux isolés.
Les réchauds des châssis en ligne doivent toujours présenter l’aspect de la figure 33.
Le tour A, comme les sentiers (B, fig. 33), doit toujours être de la hauteur des coffres, et les cacher
entièrement.
Pour les châssis isolés, le réchaud qui les entoure doit également cacher entièrement le coffre, comme
le montre, en À, la figure 37.
En suivant les lignes qui précèdent à la lettre, il n’y aura jamais de déceptions, ni d’échecs dans les cultures
sous châssis.
On met en réserve la terre provenant des tranchées ; une partie servira à recouvrir les couches après
l’avoir mélangée avec du terreau. ou, à défaut de terreau, avec de la terre mêlée à un tiers de crottin de
cheval bien émietté.
Il va sans dire que la terre mélangée avec le terreau devra toujours être meuble, bien divisée et bien
épurée.
On peut employer toutes les matières fermentescibles pour la confection des couches sourdes, peu im-
porte lesquelles, pourvu qu’elles donnent un peu de chaleur, mélangées avec un fumier quelconque, et
nous produisent du terreau, première et indispensable richesse du potager. Ainsi, avec un tiers de fumier
de cheval ou de vache, mêlé de fumier de porc et de lapin, mais tout frais, et deux tiers de feuilles, de
mousse, de chènevotte, de tiges tendres de genets, d’ajoncs, de bruyères, de roseaux, ou même deux tiers
de tontures de gazons ou d’herbes coupées dans les fossés, sur les chemins ou sur le bord des étangs, etc.,
nous ferons encore de bonnes couches sourdes sur lesquelles on pourra élever des melons sous cloches et
même sous abris économiques. Ces couches seront une précieuse ressource pour les semis délicats et les
repiquages de plantes sensibles à la gelée : les tomates, les concombres, etc., et elles nous fourniront du
fumier assimilable et des terreaux pour les cultures de pleine terre.
Le mélange du fumier et des matières herbacées que l’on emploiera devra être aussi complet que celui
du fumier de cheval et des feuilles, pour les couches chaudes et tièdes.
On mouillera également le tout, que l’on transportera mêlé et humecté au bord de la première tranchée,
au fond de laquelle on établira un lit de 40 centimètres d’épaisseur, avec les mêmes soins que pour les
autres couches ; on le tassera et où le mouillera comme je l’ai dit ci-dessus ; ensuite on couvrira de terreau
mélangé avec moitié terre. La couverture aura 20 centimètres d’épaisseur, elle ne doit jamais être moindre
pour toutes les couches.
Lorsque la couche de terre mélangée de terreau est trop mince, les racines des plantes atteignent le
fumier, tout s’emporte et ne produit rien de bon.
Quand les melons se trouvent placés dans ces conditions, ils poussent avec une rapidité énorme, et ne
produisent jamais un fruit.
Si le propriétaire était privé dé fumier et qu’il ne pût établir que des couches sourdes, il pourrait entre
tenir leur chaleur pendant assez longtemps, en leur appliquant un demi-réchaud. Dans ce cas, on vide les
allées à la profondeur de la tranchée, lorsque les couches commencent à se refroidir ; puis, on les remplit
avec un mélange de feuilles et de fumier frais jusqu’à la hauteur du terreau. La fermentation qui se dégage
aussitôt de ce mélange de fumier et de feuilles mouillées communique une nouvelle chaleur aux couches,
chaleur qui peut encore être prolongée en maniant de temps en temps les réchauds, et en y ajoutant au
besoin un peu de fumier frais, arrosé et foulé, comme pour les autres couches.
À défaut de fumier et de feuilles, on peut encore établir des réchauds avec des herbes foulées et mouillées.
Il est urgent de les employer fraiches. Les herbes en valent pas le mélange des feuilles avec du fumier,
mais elles peuvent cependant donner un bon et utile résultat, et préserver de tout accident par une gelée
passagère.
7.4 Poquets
Les poquets sont une ressource précieuse et des plus économiques pour la culture des concombres, des
giraumonts, des potirons et même des melons, quand on n’en fait que quelques pieds. Lorsqu’on en cultive
seulement quinze à vingt pieds, il y à avantage à les faire en pleine terre, d’après ma nouvelle méthode.
(Voir aux cultures spéciales : Melons en pleine terre).
On fait un trou rond, de 60 centimètres de diamètre et de 20 centimètres de profondeur. On le remplit
avec des matières fermentescibles, mêlées à un peu de fumier ; on mouille, on tasse avec les pieds ; on
recouvre avec la terre extraite du trou, mélangée avec du terreau ou du crottin de cheval, et l’on recouvre
avec une cloche économique, sous laquelle les melons prospèrent.
Rien n’est plus facile que de faire des melons dans le dernier hameau. MM. les curés et les instituteurs
en Ont donné depuis longtemps l’exemple, suivi avec empressement par les paysans de plusieurs localités,
auxquels cette innovation a apporté non seulement un bien-être, mais encore une notable augmentation
dans leurs cultures de pleine terre, par l’addition des engrais et des terreaux provenant des plus modestes
couches.
71 Des couches, des châssis, des cloches et abris économiques
À défaut de couches, les poquets rendent encore de grands services pour la culture des concombres,
des aubergines, des tomates, etc., et surtout pour les semis, toujours beaucoup plus précoces que ceux de
pleine terre, même lorsqu’ils ne sont recouverts qu’avec des abris économiques.
C’est le roi des coffres pour la culture forcée, comme le plus simple, le plus facile à se procurer et le meilleur
marché. Trois briques, posées par derrière : une à chaque angle et la troisième au milieu, suffisent pour
lui donner l’inclinaison voulue en le calant solidement. On bouche le vide avec un peu de fumier ployé en
deux.
La hauteur des coffres est celle de la largeur d’une planche ; toutes ont la même largeur : de 22 à 26
centimètres. Celles de 24 centimètres sont les préférables. Le coffre est donc de la même hauteur de tous
les côtés : de 22 à 26 centimètres, la largeur de la planche.
L’épaisseur d’une brique ou d’un morceau de bois, avec lequel on le cale par derrière, lui donne une pente
suffisante : 4 centimètres environ ; on peut donner jusqu’à cinq centimètres de pente, mais ne jamais les
dépasser, parce que l’on détruirait l’action des réchauds.
L’industrie, se croyant beaucoup plus forte tête que les professeurs, a édité des coffres de châssis inclinés
de 20 centimètres environ, et munis de quatre pieds. Ces coffres, outre les inconvénients de l’inclinaison
exagérée, offrent encore celui des pieds.
En enfonçant dans la couche que nous venons de faire avec tant de soin Les quatre pieds du coffre, longs
de 20 centimètres environ, on y fera autant de trous, par lesquels la chaleur fera irruption, comme par une
cheminée, et le milieu de la couche sera froid. Si nous nous contentons de poser ces malencontreux pieds
sur la couche, il restera entre le coffre et elle un vide de vingt centimètres tout autour, qui rendra toute
concentration de chaleur impossible.
Il n’y a qu’un moyen de se servir utilement de ces coffres : couper les pieds, poser une brique en bas,
pour les relever, et enfoncer le haut dans le fumier pour les abaisser. On abimera la couche ; elle perdra
beaucoup de sa chaleur, on dépensera pas mal de temps à ajuster tout cela, mais le coffre ayant coûté le
triple des planches pourra être utilisé.
Pour couronner cette œuvre idiote, l’inventeur y a ajouté des agrafes pour fermeture. L’ jour passe
partout, et le froid aussi, bien entendu.
Quatre planches de bois blanc, solidement clouées à chaque angle avec des jointes : voilà LE MEILLEUR
DE TOUS LES COFFRES,.
Les châssis les plus solides et les plus économiques sont ceux en fer ; ils n’ont jamais besoin de répara-
tions et ne coûtent guère plus cher que les châssis en bois, mais ils ont l’inconvénient d’être très lourds,
il faut deux hommes pour les manier ; si on veut diminuer le poids en employant du fer très mince, ils
joignent mal, et laissent pénétrer le froid,
Les préférables sont les châssis avec cadre en bois et traverses en fer ; ils sont plus légers, sont facilement
enlevés par un homme et ils ferment hermétiquement. La dimension préférable est celle de 1,30 m sur
1,30 m. Plus grands, les châssis ne sont pas maniables ; plus petits, on est très gêné pour la culture des
melons. Un coffre de deux panneaux de 1,30 m sur 1,30 m contient sept pieds de melons, donnant vingt
fruits, Les châssis modèle Gressent coûtent environ 40 fr (160 €) ; les verres sont taillés pour châssis, en
Partie 2, Chap. 7 Cloches 72
verre double, 8.50 fr (34.0 €) : en verre demi-double, 6.50 fr (26.0 €). Le verre demi-double est très solide,
presque autant que le double, quand il est bon.
7.6 Cloches
Il faut bannir du potager ces lourdes cloches anciennes, hautes et pointues, en verre de rebut et n’ayant
aucune prise. La qualité inférieure du verre apporte de l’obscurité aux plantes ; la hauteur de la cloche les
fait monter, et leur forme n’offrant aucune prise, on perd un temps précieux à les ôter et à les remettre
tout en en cassant beaucoup.
a b
Figure 36 : a : Cloches à
bouton ; b : Cloche Derouet.
La cloche à bouton (a, fig. 36) doit être préférée ; elle se fabrique en grand dans les verreries et à des prix
très modérés. Le bouton qui la termine permet de l’enlever facilement, on gagne du temps et on en casse
moins souvent ; en outre, le verre, d’une qualité plus belle, donne davantage de iumière aux plantes ; la
cloche est moins haute et plus large, double avantage pour la culture en ce que la chaleur est plus forte et
les plantes ne s’allongent pas.
Les anciennes cloches valent 1 fr (4 €) : on peut avoir des cloches à boutons au même prix, grâce aux
améliorations que les verriers ont apportées dans la fabrication de ces excellentes cloches.
M. Basile (Ridard successeur) quincaillier, rue de Bailleul, n° 9, à Paris, près le musée du Louvre, est aussi
l’inventeur d’une cloche à combinaison. Cette immense cloche, figure 36 b, est bâtie avec charpente en fer ;
ce doit être très solide, mais pas facile à remuer, et d’un prix aussi monumental que l’objet lui-même.
M. Basile Derouet a été aussi muet sur le prix de sa cloche que sur les combinaisons qu’elle renferme,
et il a quitté le commerce, après fortune faite, sans divulguer le secret de la cloche de son invention.
Enfin, si les ressources du cultivateur ne lui permettent pas d’acheter du verre (châssis et cloches), on
peut avoir d’excellents résultats avec les abris économiques, et obtenir deux mois plus tard, sur couches
tièdes et sourdes, les mêmes produits que sur les couches chaudes, couvertes de châssis vitrés et de cloches
en verre.
On juxtapose les entailles, et douze pointes, trois à chaque angle, terminent l’opération (fig. 38).
Nous avons le cadre ; reste à remplacer le verre.
Rien n’est aussi facile, ni plus économique. On tend sur ce cadre un morceau de calicot, ou même une
parcelle de vieux rideaux ou de toute autre chose ; peu importe, pourvu que l’étoffe soit blanche. On la
cloue solidement, avec des clous de tapissier, sur le cadre, en ayant soin de la bien tendre, et l’on se trouve
à la tête d’un coffre et d’un châssis coûtant à peine quelques sous et susceptible de durer plusieurs années.
Rien ne sera plus facile que d’élever d’excellents plants de melons et tous les plants possibles sous ce
châssis ; seulement, au lieu de semer en janvier, comme sous les châssis en verre, nous sèmerons dans le
courant de mars ou avril, et nous aurons le soin de poser chaque soir, sur notre châssis économique, le
double de paillassons que sur les châssis en verre. Si les châssis économiques paraissent d’une dépense
trop élevée, nous aurons recours aux cloches. Il sera aussi facile d’en faire autant que nous le voudrons,
et ce sera meilleur marché encore. Si on lient à les avoir très solides, il faut Les établir en fil de fer avec
couverture en étoffe. Ces cloches reviennent à 48 ou 20 centimes, font de bons abris, sont assez solides
pour durer cinq ou six années sans réparations et peuvent être recouvertes indéfiniment ; le fil de fer ne
s’use pas.
? ?La cage de cloche en fil de fer est tout ce qu’il y a de plus facile à établir. Pour obtenir une régularité
parfaite, il faut faire un moule en bois plein, ayant une hauteur de 40 centimètres et 40 centimètres de
diamètre à la base, 35 au milieu et 15 au sommet (fig. 39). C’est la forme de la cloche.
Partie 2, Chap. 7 Abris économiques 74
On mesure chacun des cercles bien exactement sur le moule : on les ferme, et ensuite on les place sur le
moule, où on les arrête avec trois ou quatre pointes. Un coup de marteau sur la fermeture et tout autour
suffit pour leur faire conserver la forme plus régulière.
Les cercles faits, on coupe quatre bouts de fil de fer de 1,30 m à 1,50 m de longueur ; on les ajuste et on
les ploie par la moitié pour en tresser une longueur de 75 centimètres environ. La partie tressée est roulée
sur un bâton pour former une boucle bien ronde et arrêtée par deux tours. Un coup de marteau sur l’arrêt
a fig. 41 et sur le bâton suffit pour former très régulièrement la boucle d, indispensable pour prendre la
cloche.
On espace horizontalement et bien également les quatre fils de fer, et l’on place dessous le cercle de 15
centimètres (a fig. 42), en ayant soin de, mettre. la boucle bien au centre, puis on fait un tour à chaque fil
de fer, sur le cercle, en b fig. 42, eu serrant le plus possible, à la main d’abord, et avec une pince ensuite.
On arrondit à la main les fils de fer formant les montants de la boucle au cercle, pour les poser sur le
moule. Un coup de marteau sur les quatre fils de fer formant les montants, et sur le cercle, suffit pour leur
donner et leur faire conserver exactement la forme du moule (fig. 43). On retire la cage du moule pour
poser le second cercle, celui du milieu, de 35 centimètres de diamètre. Rien de plus facile en mesurant
exactement, sur chaque fil de fer formant les quatre montants, une distance égale pour arrêter le cercle
par un tour de fil de fer, comme nous l’avons fait pour celui du haut. On remet Le tout sur le moule et l’on
régularise au marteau.
Le troisième cercle, celui du bas, de 40 centimètres de diamètre, est posé et régularisé de la même manière,
Lorsque le dernier cercle est placé, il doit rester sur chacun des quatre fils de fer une longueur de 50 à
60 centimètres, que nous emploierons à confectionner des pieds, qui seront enfoncés en terre pour que le
vent ne puisse pas enlever les cloches, et à consolider notre cage, en doublant les quatre fils de fer formant
les montants.
Il faut aux pieds de la cloche une longueur de 12 à 15 centimètres piqués en terre, pour résister à tous
les vents. Dune, nous ploierons nos quatre fils de fer formant montant, en a fig. 44, pour former les quatre
pieds et pour consolider les montants ; nous tortillerons l’excédent jusqu’à la boucle d, où nous arrêterons
le tout en e (même fig.), et couperons avec la pince, en d, les bouts qui resteront.
On remet la cage sur le moule. Un léger coup de marteau donné partout achève l’opération. Vous avez
une cage très régulière et d’une solidité à toute épreuve. Il ne reste qu’à coudre dessus un morceau : d’étoffe
blanche, pour avoir une cloche excellente et très solide, comme celle de la figure 45.
Partie 2, Chap. 7 Abris économiques 76
À défaut d’étoffe blanche, on pourra employer du gris ou toute autre couleur claire ; la pluie et le soleil
en feront vile du blanc. La couleur blanche repousse l’action des rayons solaires. C’est un inconvénient
77 Des couches, des châssis, des cloches et abris économiques
pour les cloches : mais, d’un autre côté, elle donne de la lumière que nous ne pourrions obtenir avec une
couleur foncée donnant plus de chaleur, mais pas de lumière. Entre les deux, il n’y à pas à hésiter à choisir
la lumière.
Ces cloches sont très suffisantes pour élever des melons de troisième saison et tous les plants possibles.
J’ai dû m’étendre sur leur fabrication, parce que les marchands de verre en détail et autres négociants du
même genre nous ont menacé de doubler le prix des cloches. S’ils avaient donné suite à leur menace, nous
nous serions passé d’eux et de leurs cloches avec les abris économiques.
Enfin, si parmi mes lecteurs il se trouve quelqu’un qui ne veuille pas prendre la peine de fabriquer des
cloches comme je l’indique, ou trouve qu’elles entraînent à une dépense trop grande, je vais lui donner le
moyen d’en faire qui ne coûteront rien du tout.
Prendre quatre baguettes d’osier, d’orme où de noisetier, ; cela se trouve partout pour rien. En croiser
deux en croix pour faire les quatre montants, former deux cercles avec les deux autres, et les attacher
au montant avec de l’osier ; faire au sommet une boucle également en osier pour enlever la cloche, et
appointir les pieds d’un coup de serpette. Voilà une cage ne coûtant pas un centime. Prendre ensuite un
vieux journal (on en trouve partout et pour rien par le temps qui court), le frotter avec un peu d’huile, pour
que la pluie coule dessus sans le déchirer ; couvrir la cage avec, et attacher les quatre coins aux quatre pieds
avec de l’osier ou du jonc (je veux même économiser la ficelle) ; et vous aurez une cloche qui, placée sur
une couche sourde et. même un poquet, vous donnera du plant précoce et d’excellents melons.
Je donne tous ces moyens, parce que je veux prouver que vouloir c’est pouvoir. C’est ce que j’ai prouvé
depuis de longues années, théoriquement dans mes leçons et mes livres, et pratiquement par mes cultures.
Que ceux qui doutent du succès, et hésitent à faire la dépense d’un où deux châssis et de quelques cloches,
veuillent bien essayer avec du calicot ou même du papier huile. La première année, leur récolte de melons,
portée au marché, les mettra à même de se bien monter en verre, sans sortir un centime de leur poche.
J’insiste parce que l’assolement de quatre ans n’est possible qu’avec des couches, et que les couches, loin
de dépenser, rapportent beaucoup,tout en doublant encore le produit des récoltes de pleine terre.
On ne fera que des couches tièdes, sourdes et des poquets avec les abris économiques ; ils ne peuvent pas
servir pour les couches chaudes.
Avec des couches sourdes et des poquets recouverts d’abris économiques, on fera non seulement des
melons, concombres, tomates, aubergines, etc. ; mais encore on obtiendra du plant de toutes choses, bon
à mettre en place avant qu’il soit possible de semer en pleine terre. On aura deux mois d’avance sur la
routine, et les produits obtenus ainsi auront le double de valeur du ceux semés en pleine terre.
Je n’ai pas dit un mot des antiques couches souterraines, construites à grands frais dans la plupart
des anciens jardins, avec un luxe de maçonnerie qui semble défier le temps. La théorie des assolements
précédemment développée les condamne de la manière la plus absolue.
Je regrette de faire le désespoir de quelques propriétaires et de bon nombre de jardiniers, en proscrivant
ces couches de toute l’énergie de mes convictions, comme une chose impossible et même nuisible ; voici
pourquoi :
Les couches en maçonnerie n’ont pas raison d’être en ce qu’elles dépensent une masse de fumier énorme
pour donner des résultats négatifs. Il est impossible de leur appliquer un réchaud : rien ne peut réchauffer
leur froideur sépulcrale. Ces constructions sont à peine bonnes à faire des couches sourdes, et encore
faudrait-il les combler aux trois quarts. Pourquoi donc dépenser le fumier suffisant pour établir le triple
d’étendue d’excellentes couches chaudes et tièdes, pour obtenir une couche pitoyable pour les plantes,
maïs parfaite pour favoriser la multiplication des vers blancs et des courtilières ?
Malgré tout mon respect pour les antiquités, je me vois forcé de demander la destruction complète
de celle-là, comme l’objet le plus nuisible au jardin. Voici comment : on enfouit chaque année, dans ce
tombeau, le fumier suffisant pour établir bon nombre d’excellentes couches et sans même obtenir le résul-
tat que donnerait une couche sourde construite avec des herbes (ceci n’est qu’une dépense sèche). Mais,
chaque année, il faut vider ce sépulcre pour y établir une nouvelle couche, plus froide que la tombe. Le
jardinier n’a pas le temps, il charge des hommes de journée de ce travail : ils vident la moitié, les trois
quarts quelquefois, de la masse de fumier ensevelie. Le dernier quart renferme des millions de larve de
hannetons et courtilières, qui éclosent dans les conditions les plus favorables, et ne manquent pas d’aller
déposer leurs œufs dans le petit paradis qu’on leur a si soigneusement construit.
Pendant tout l’été, le jardin tout entier est ravagé par la tribu des vers blancs et des courtilières, éclos
sous la protection de la couche qui les a multipliés à l’infini, mais n’a pas donné une seule primeur.
Partie 2, Chap. 7 Abris économiques 78
Avec l’assolement de quatre ans, les couches changent de carré chaque année, et n’y reviennent que
tous les cinq ans.
Les couches chaudes et tièdes sont construites dans une tranchée de 140 centimètres ; les couches
sourdes seules ont une profondeur de 20 centimètres, juste celle d’un léger labour. Donc, l’année suivante,
tout est démoli à fond, et l’asile est détruit. Pas un ver blanc ni une courtilière n’échappent.
On m’objectera que les antiques couches en maçonnerie sont placées dans un bon endroit : on ajoutera
même que plusieurs sont abritées par des petits murs construits exprès.
Je répondrai au propriétaire : « Pour conserver un petit mur tout lézardé, voulez-vous être privé de
primeurs, dépenser inutilement une masse de fumier dont vous avez besoin, et empester votre jardin des
insectes les plus nuisibles ? Détruisez votre petit mur, et faites faire par vos bûcherons une douzaine de
bonnes claies, de 1,10 m à 1,30 m de hauteur. Entourez-en vos couches, du côté du nord, de l’est et de
l’ouest ; le résultat sera le même comme abri, et vous aurez le bénéfice de vos fumiers, employés à faire de
bonnes couches, d’abondantes récoltes en plus, et les insectes en moins. »
Si vous manquez de bois et n’êtes pas à même de faire fabriquer des claies avec économie, remplacez-les
par des paillassons faits avec des genêts ou des roseaux, le résultat sera le même.
CHAPITRE 8
Des instruments et outils a employer
Nous avons créé le potager, l’avons pourvu de moyens d’arrosage faciles et de couches.
Il nous faut maintenant des outils pour travailler le sol.
Outillage a une grande importance au point de vue du succès des cultures et du prix de revient de la
main-d’œuvre. Avec un outil bien fait un homme exécute vite et sans fatigue un excellent travail ; avec un
mauvais outil, la façon donnée au sol est très imparfaite, très lente, et fatigue l’ouvrier outre mesure : en
revenant au double, au moins, au propriétaire.
La fabrication de l’outillage a été grosse en difficultés. L’homme qui pratique possède la construction
de l’outil ; mais celui qui le fabrique ou le vend n’a pas l’esprit de la chose, et veut toujours modifier pour
s’épargner un peu de travail et surtout augmenter son bénéfice. De là des outils impossibles.
À Paris, ce sont des élucubrations plus ou moins dénuées de bon sens, de gens qui ne savent de la
culture que ce qu’ils ont vu du haut d’une impériale de diligence ou par la portière d’un wagon. Cela ne
les empêche pas de mettre au jour une foule d’inventions plus impraticables les unes que les autres et de
les offrir au public, comme le remède souverain à tous les maux avec un aplomb majestueux ! En province,
ce sont le plus souvent, sous prétexte de solidité, des masses impossibles à remuer, pour opérer les façons
les plus délicates.
Je fais fabriquer mes outils comme je les entends et les veux, c’est-à-dire maniables et exécutant vite
des façons énergiques, sans autre peine que de donner un dessin et des dimensions à un bon taillandier.
Ne pas confondre les outils de taillandier avec les outils généralement vendus dans le commerce, qui,
malgré le beau vernis cachant leurs imperfections, ne sont que des plaques de tôle incapables d’entamer
le sol.
J’ai dit à un bon taillandier, parce que tous les fabriquent plus ou moins bien, et donnent des outils
forgés soigneusement, aciérés et bien trempés, très tranchants et très solides par conséquent.
Les bons outils sont faciles à reconnaitre, ils ne sont jamais vernis, le vernis est le manteau dans lequel
se drape la falsification ; il n’est appliqué que pour cacher les défauts de fabrication, et l’absence de la
trempe. Les outils bien faits conservent toujours des traces bleuâtres, indiquant qu’ils ont été trempés.
Quand on passe le doigt sur le tranchant, toujours mince, on sent le mordant de l’acier. Un outil pré-
sentant ces caractères est toujours bon.
Les outils de grosse ferronnerie, généralement vendus par le commerce, mal fabriqués et pas trempés du
tout, ont un aspect tout opposé. Les formes ne sont pas arrondies, ils sont fabriqués avec du fer brut rempli
de défauts (c’est pourquoi on leur applique un beau vernis). Les tranchants sont épais, et, quand vous y
passez le doigt, vous ne sentez pas plus de mordant que sur une lame de bois. En outre, les dimensions des
outils de grosse fabrique n’ont jamais celles que j’indique, et qui sont indispensables pour opérer vite et
sans fatigue un excellent travail.
Je fais fabriquer mes outils chez un taillandier sur les indications que je lui indique, je donne approxi-
mativement les prix que je paye : ils sont variables, attendu que je ne fais fabriquer que pour mon usage
personnel, en petite quantité et toujours de première qualité.
M. Basile Derouet (Ridard successeur), 9, rue de Bailleul, à Paris, auquel j’ai donné tous les modèles
d’outils que je vais décrire, peut les faire fabriquer dans des conditions meilleures, opérant par grandes
quantités. Je ne puis indiquer ses prix, ne recevant pas ses tarifs, mais il est facile de les lui demander.
Les outils indispensables pour le potager sont :
8.1 La bêche
Le premier et le plus utile de tous, mais la bêche aciérée, à lame mince et bien trempée, susceptible
d’exécuter de bons laboure, assez large et assez longue pour remuer a terre, et non une plaque de fer plate,
courte et épaisse, incapable d’entrer dans un sol même défoncé, ou une bêche d’enfant, grande comme une
pelle à feu, avec laquelle on fait un labour de 20 centimètres de profondeur.
Partie 2, Chap. 8 La bêche 80
Figure 46 : A – Bêche de
labour ; B – Bêche de service.
La bêche (fig. 46) doit être bien trempée ; la lame mince, comme celle de tous les outils de bonne qualité,
doit avoir de 38 à 40 centimètres de longueur, 22 de large en haut et 18 en bas. Elle doit être un peu creuse
dans le milieu pour pénétrer plus facilement dans le sol, pourvue d’une douille solide pour y adapter un
bon manche de frêne tourné, et se terminant par une boule sur laquelle on pose la main droite. Une bonne
bêche de labour, bien faite, vaut de 6 fr (24 €) à 7 fr (28 €). C’est le prix que je les ai toujours payées chez
les meilleurs taillandiers.
J’ai fait faire à l’échelle la bêche de labour, afin d’éviter des erreurs préjudiciables aux propriétaires, et
à certains marchands des boniments inutiles pour remplacer la bêche de labour par des pelles à feu.
Le commerce a un tel intérêt à vendre des pelles à feu pour des bêches de labour, qu’il ne s’est pas
contenté de boniments dignes d’un meilleur sort ; un marchand à fait fabriquer pour les besoins de sa
cause, pauvre citoyen ! une bêche de labour et une fourche à dents plates, avec des dimensions exagérées,
et une épaisseur de fer à défier la durée du monde, pour prouver au bon public comme quoi le professeur
Gressent est un imbécile, et que les labours ne peuvent s’exécuter qu’avec des pelles à feu.
Le susdit citoyen présente aux clients les deux outils pesant une quinzaine de kilogrammes chacun
et coûtant 15 fr (60 €), tout est par quinze et débite le boniment habituel : Voilà les modèles Gressent ;
comment voulez-vous qu’un homme puisse manier de pareils outils du matin au soir dans une terre forte
et dure ?
Je ne descendrai pas à répondre à de telles stupidités ; je les signale dans l’intérêt du public, rien de plus.
Les Américains se sont chargés de répondre pour moi, en envoyant en France des fourches à labourer
ayant mes dimensions. Ces fourches ne pèsent pas 1 kilogramme ; elles ont quatre dents, plates en dessus
81 Des instruments et outils a employer
et triangulaires en dessous, pour leur donner à la fois une légèreté et une solidité à toute épreuve. Ges
fourches, toutes montées solidement dans d’excellents manches, se vendent tout emmanchées 7 fr (28 €).
Je me contente de la réponse des Américains !
Prenez garde, citoyen, que les Américains ne nous envoient bientôt des bêches et toute la série d’outils
que vous devez faire fabriquer. Je le crains plus que je ne le désire ; si cela arrivait, que feriez-vous, citoyen,
de vos superbes modèles ? Vous ne savez pas ? Eh bien ! ils vous serviraient de brevet d’ingratitude, avec
garanties du public !
Avec la bêche de labour, une seconde, plus petite, est nécessaire pour les seconds labours, la déplanta-
tion des grandes plantes en motte, etc. Pour cette seconde bêche de service, les dimensions ne sont pas
indispensables, comme pour celle de labour. Une longueur de lame de 30 à 32 centimètres, et une largeur
de 20 centimètres en haut et de 16 à 17 en bas, est suffisante (B, fig. 46).
En outre, les bêches, comme tous les outils pourvus de douilles, doivent être emmanchées à chaud, afin
d’éviter le désagrément de voir des hommes passer la moitié de leur journée à garnir le manche de leurs
bêches de chiffons ou de morceaux de cuir, et les perforer de clous, ce qui n’empêche pas la lame de quitter
le manche toutes les demi-heures.
Voici comment on emmanche à chaud : on taille la pointe du manche de manière à ce qu’il n’entre pas
tout à fait au fond de la douille ; on le mouille pour qu’il ne brûle pas, puis on chauffe la douille presque
jusqu’au rouge brun ; on y introduit le manche que l’on fait entrer de force en frappant deux ou trois coups
sur une pierre avec la tôle, on plonge aussitôt Le tout dans l’eau froide, pour faire resserrer le fer, qui s’est
dilaté lorsqu’il était chaud. Une bêche ainsi emmanchée n’a pas besoin de clou et ne se démanche jamais.
Pour tous les labours dans le jardin fruitier, dans les carrés d’asperges, dans le voisinage des arbres, et
toutes les opérations à faire dans le potager, nous employons la fourche américaine à dents plates, très
légère, d’une solidité à toute épreuve, et ayant les dents assez longues pour opérer les labours les plus
énergiques (fig. 53). La solidité de cette fourche est telle qu’elle peutétre, malgré sa légèreté, employée
pour les labours dans les terres les plus tenaces,
La fourche à dents plates, trop peu employée, ne fatigue pas les hommes dans les terres tenaces, ne coupe
jamais les racines dans les plates-bandes où il y a des arbres fruitiers, et est indispensable dans le potager
pour arracher les racines : carottes, betteraves, etc., labourer des asperges, dans lesquelles la bêche produit
un véritable désastre, et précieuse pour bien amalgamer le terreau ou les amendements avec le sol.
Devant l’invasion des outils américains, dont nous ne pouvons nier la supériorité, une grande usine
française a eu la patriotique pensée de faire fabriquer les modèles américains, afin de sauver l’honneur de
la fabrication française.
Le succès a été complet, et nous ne pouvons que cordialement remercier ce grand industriel, d’avoir
appris au peuple français que la richesse ne vient plus en fumant, en dormant, et en faisant de la poli-
tique, mais en travaillant, et que le travail seul peut sauver notre fabrication aux abois de la concurrence
étrangère.
Figure 49 : La pioche.
8.3 La pioche
Elle est indispensable pour les défoncements ; c’est un outil de première nécessité dans tous les jardins
pour faire les défoncements, les trous pour les arbres, et pour les arracher ; comme tous les outils, elle doit
être aciérée et bien trempée. Il n’y a pas de dimension exacte pour la pioche ; on la choisit plus ou moins
grande, suivant la ténacité du sol et les travaux que l’on a à exécuter. La pioche vaut 5 fr (20 €) environ.
Devant des résultats aussi écrasants pour la fabrication française, je me demandais avec angoisse ce qu’elle
deviendrait, s’il plaisait aux Américains de fabriquer tous nos outils d’horticulture, et de les envoyer en
France.
Au moment où j’agitais cette question avec la plus grande anxiété, un fabricant français éditait des
fourches de même format, et de la même légèreté que les fourches américaines. La confection est des plus
remarquables, et j’ai tout lieu de croire qu’elle aura la solidité des produits américains, si j’en juge par
l’usage que j’en ai fait. Ces précieuses fourches, pouvant remplacer les trois dernières, se vendent de à à
7 fr (28 €) tout emmanchées et solidement emmanchées.
Figure 52 : La fourche
américaine de fabrication française.
Cette nouvelle fabrication est du plus heureux augure ; je fais les vœux les plus sincères pour que le
fabricant ne s’arrête pas en un si bon chemin.
8.8 La binette
Excellente pour exécuter rapidement les binages dans les cultures éloignées, telles que pommes de terre,
betteraves, choux, etc. La lame doit être bien aciérée, bien trempée et très tranchante ou on ne peut pas
s’en servir. Une binette expéditive doit avoir une lame de 20 à 22 centimètres de long et 15 à 46 de large
au bout. Cet outil vaut de 2 fr (8 €) à 3 fr (12 €).
Figure 54 : La binette.
Comme tous les outils, la grande serfouette doit être aciérée, bien trempée et très tranchante ; sa lon-
gueur totale, du bout de la lame à l’extrémité des crochets, doit être de 33 centimètres, et la largeur de la
lame en bas de 41 centimètres. L’outil vaut de 3 fr (12 €) à 4 fr (16 €).
Rien n’est aussi expéditif et aussi énergique que cet outil, quand il est bien fait et a les dimensions que
j’indique, pour opérer les binages dans les planches plantées en ligne. Un coup de lame remue profondé-
ment la terre, l’ameublit, et tranche les racines des mauvaises herbes ; un coup de crochet ensuite, l’herbe
est ramenée à la surface et sèche aussitôt. En un instant, on fait à la fois un binage profond et un nettoyage
complet.
8.13 Le rayonneur
C’est un outil indispensable. Il sert à tracer avec la lame la plus forte les sillons dans lesquels on sème
les pois, les fèves, etc., et avec la plus petite les raies des semis des petites graines faits en ligne, les tracés
de repiquage, etc. Cet utile instrument coûte 3 fr (12 €) environ.
Figure 57 : Le rayonneur.
Partie 2, Chap. 8 La fourche crochue 86
8.14 Le sarcloir
Très expéditif pour couper les mauvaises herbes entre deux terres, indispensable pour sarcler très vite
les semis en ligne, éclaircir ceux à la volée et biner les couches. Prix : 1 fr (4 €) à 2 fr (8 €).
Figure 58 : Le sarcloir.
Figure 59 : Le sarcloir.
8.17 La houe
Instrument très énergique et très expéditif quand on a de grands carrés d’artichauts, etc., à biner très
profondément. La houe expédie vite Le travail ; elle fait de bons labours à jauge ouverte, mais il faut des
bras pour la manœuvrer. Elle coûte de 3 fr (12 €) à 4 fr (16 €).
Figure 60 : La houe.
8.22 Le ratelet
Petit râteau de 20 centimètres de long exclusivement employé au nettoyage des sentiers de planches, et
sans lequel il est difficile de les obtenir propres. Les dents sont rondes et rapprochées, comme au précédent.
8.23 Le plantoir
Cheville recourbée, en bois, avec pointe en cuivre ou en fer, pour faire les repiquages. On peut faire soi-
même d’excellents plantoirs avec un morceau de bois dur, légèrement brûlé et poli ensuite avec la peau de
roussette.
Figure 65 : Le plantoir.
8.24 Le déplantoir
Indispensable pour enlever les plantes en mottes, sur les couches, sans briser les racines et dans les
pépinières de légumes et de fleurs. Prix de 1.50 fr (6.0 €) à 2.50 fr (10.0 €), suivant la grandeur.
Figure 66 : Le déplantoir.
à main, et l’on peut, à toute heure, donner très vite aux châssis l’eau dont ils ont besoin, et toujours sans
danger, cette eau étant chauffée à l’avance.
8.27 Le râteau-rouleau
, édité par M. Derouet, ayant pour successeur M. Ridard 9, rue de Bailleul, à Paris. Je n’en connais que
le cliché qu’il m’a remis. Je ne le classe pas parmi les outils indispensables, n’ayant jamais pu comprendre
à quoi il pouvait servir ; son mécanisme est au-dessus de la portée de mon intelligence. Prière de demander
à M. Derouet de s’expliquer sur l’emploi de son outil.
A B
Figure 67 : A : Le râteau-rouleau ; B : L’extirpateur
8.28 L’extirpateur
Ce petit outil doit être le fidèle compagnon du propriétaire dans ses promenades, pour couper, sans se
baisser, les drageons qui naissent au pied des arbres, et pour détruire toutes les mauvaises herbes ayant
les racines les plus résistantes. Toutes choses des plus nuisibles, généralement négligées par les praticiens,
et que le propriétaire détruit en se promenant.
Cet outil, très solide, est fort léger et peut servir de canne. La lame, forte, longue de 8 centimètres et
large de 3 environ, en bon acier bien trempé, se termine par des petites dents coupantes (a fig. 67, B) ; elle
fait partie du fer rond c, dont elle est la prolongation, et le tout se termine par une douille b (même fig.)
dans laquelle on introduit un manche de la longueur d’une canne.
Partie 2, Chap. 8 La serpe 90
8.29 La serpe
Pour appointir les tuteurs et les rames, et pour couper les grosses branches des arbres. Ce modèle est le
meilleur, comme le plus facile à manier.
Complétez tout cela par l’achat d’une brouette ; vous aurez dépensé une centaine de francs, qui seront
vite regagnés par la bonne exécution des cultures et la célérité avec laquelle elles auront été faites, à l’aide
d’instruments aussi énergiques que faciles à manier.
Figure 70 : Curette.
3 Troisième partie :
Cultures générales
CHAPITRE 1
Labour : enfouissement du fumier dressage des
planches
La culture proprement dite a pour but :
1. D’exposer la plus grande surface de terre possible à l’influence des agents atmosphériques pour qu’elle
puisse se déliter et s’imprégner en même temps des gaz contenus dans l’atmosphère ;
2. D’ameublir le sol à une grande profondeur, pour que les racines puissent s’y étendre librement, que
l’eau y pénètre vite et profondément, pour lui conserver l’humidité ;
3. De rendre le sol perméable à l’eau et à l’air, afin de le conserver frais, sans humidité surabondante, et
de permettre au gaz oxygène de décomposer les engrais qu’il renferme ;
4. De détruire les mauvaises herbes, c’est-à-dire toutes les plantes étrangères à la culture, qui étouffent
les récoltes, et absorbent en pure perte les engrais qui leur sont destinés. Les moyens employés pour
atteindre ces divers buts dans le jardin potager sont : les labours, les hersages à la fourche crochue, les
binages et les sarclages à l’outil et à la main.
Le labour est un moyen d’ameublissement très énergique ; mais il demande à être fait assez profondé-
ment, et en temps opportun, pour donner tous les résultats désirés. Les labours doivent être multipliés dans
les sols argileux, naturellement compacts et humides. Dans les sols de cette nature, il est urgent de faire
avec la fourche à dents plates (fig. 47, page 81), ou la fourche à dents plates américaine, un labour grossier
à l’automne (en mottes il n’y a pas d’inconvénients), afin d’exposer les mottes de terre à l’influence des
gelées, qui les pulvérisent complètement. La fourche à dents plates expédie très vite et n’abime jamais la
terre, même quand elle est un peu humide. Puis, au printemps, lorsque la terre est bien saine, on pratique
un second labour plus profond avec la bêche de labour, et à l’aide duquel on rend la terre très meuble.
Il faut bien se garder de labourer les terres compactes lorsqu’elles sont très mouillées. Dans ce cas,
chaque coup de bêche forme une brique, et l’on s’expose à rendre le sol infertile pendant plusieurs années.
On doit ne travailler les terres fortes que lorsqu’elles sont saines, c’est-à-dire ni trop sèches ni trop humides.
Un labour au printemps suffit dans les sols de consistance moyenne et dans les sols siliceux. Mais il faut
que ce labour soit fait dans de bonnes conditions, et assez profondément, comme le second labour, celui
de printemps, donné dans les terres forles.
L’expérience de longues années de culture m’ayant surabondamment prouvé les bons résultats des la-
bours profonds, j’ai dû insister, dès la première édition du Potager moderne, sur leur indispensabilité, et
donner un modèle de bêche à labourer (A, fig. 46, page 80), en indiquant
toutes ses dimensions. Le commerce, pour s’éviter la peine de faire fabriquer cette bêche comme je
l’ai indiqué, à trouvé moins fatigant d’expédier des pelles à feu, adorées de jardiniers économes de leurs
mouvements, et plus commode de dire aux personnes qui réclamaient mes modèles : « Le professeur se
trompe ; prenez-moi cet article-là ; les premiers ouvriers du globe n’en veulent pas d’autre ! »
Pour répondre aux nombreuses réclamations que j’ai reçues, j’ai donné les dimensions de tous les outils,
afin qu’il soit : facile de les faire fabriquer par le premier taillandier venu, si les expéditeurs trop camarades
des jardiniers refusent de les livrer comme je les désigne.
Le labour de printemps a une grande importance ; de sa bonne exécution dépend en partie l’avenir de
la récolte, et cependant il est généralement considéré comme une opération toute machinale, abandonnée
le plus souvent à des hommes de journée, qui ne soupçonnent même pas ce que peut être un bon labour.
Les hommes de journée, les paysans surtout, travaillent fort, font le labour dans le potager comme en
plaine : ils enlèvent des béchées de terre énormes, en se contentant de les retourner, ce qui produit une
grosse motte bien dure, et rend le sol imperméable à l’air et à l’eau. C’est le pire de tous les labours : vingt
hersages énergiques sont impuissants pour ameublir le sol, quand un tel travail a été fait dans une terre
forte.
Les jardiniers cassent bien les mottes ; mais ils emploient des bêches si petites et si courtes que la
profondeur de leur labour atteint rarement 20 centimètres. La surface est propre, unie, bien ameublie ; mais
93 Labour : enfouissement du fumier dressage des planches
le labour est si peu profond que la moindre chaleur vient immédiatement dessécher le sol. Les plantes y
viennent assez bien d’abord ; mais dès qu’elles acquièrent une certaine force, les racines ne trouvant plus
de terre meuble pour s’étendre, la végétation s’arrête sans cause apparente.
Le labour doit être fait le plus profondément possible ; la bêche doit pénétrer verticalement, de toute sa
hauteur, dans la terre, afin de donner au labour une profondeur de 35 à 40 centimètres. Mais, pour cela,
il faut employer des bêches de labour et non des imitations de pelles à feu. Il faut prendre peu de terre à
la fois, une épaisseur de 20 centimètres environ, la retourner et bien la pulvériser. En opérant ainsi, on va
tout aussi vite qu’en enlevant d’un coup des masses de terre qui forment des mottes énormes ; les pierres,
les racines de liseron et de chiendent sont mises à découvert et extraites ; l’ouvrier a moins de peine, et il
fait un labour qui contribue, presque autant que l’engrais, à activer la végétation, au lieu d’abimer la terre
en dépensant le double d’efforts ; et, de plus, il ne pousse pas d’herbe après un tel labour. Si le jardinier met
un peu plus de temps à faire un bon labour et à bien purger la terre des pierres et des racines, il regagne
quatre fois ce temps dans l’été par l’absence des mauvaises herbes,
Le labour profond c’est d’autant plus facile dans le potager qu’on opère sur de la terre défoncée à 60 cen-
timètres au moins, et des plus friables par conséquent ; les lames des bêches, minces et légères, exécutent
ce travail très vite et sans fatigue pour l’ouvrier.
Un mot sur l’enfouissement des engrais, inhérents au labour, est nécessaire ici. Lorsqu’on exécute un
labour par lequel on enfouit une fumure, on place habituellement le fumier d’intervalle en intervalle au
fond de la jauge. Cette opération, ainsi faite, offre plusieurs inconvénients graves.
Le premier est de ne fumer que très partiellement la planche où le carré, où le fumier forme, sous le sol,
de petits serpenteaux, comme le montre la figure 71.
Tous les espaces occupés par les parties A n’ont pas reçu d’engrais, et les plantes placées sur les serpenteaux
ne profitent en rien d’une fumure souvent très
abondante. Le second inconvénient n’est pas moins grave : c’est celui d’enfouir le fumier trop profondé-
ment pour que les racines puissent l’atteindre. Une telle fumure ne produit aucun effet la première année,
puisqu’elle est placée hors de la portée des racines ; ce n’est que la seconde année, lorsqu’on laboure et
retourne le sol à nouveau, que le fumier, entièrement décomposé et ramené à la surface, se trouve mêlé à
la terre occupée par les racines. Alors c’est un terreautage pour la seconde année, rien de plus. C’est en
opérant ainsi que l’on dépense des masses d’engrais considérables et autant de main-d’œuvre, sans obtenir
le moindre résultat ; c’est encore ce mode vicieux qui a donné naissance à et dicton, très enraciné dans
certaines localités : « L’effet du fumier ne se fait sentir que la seconde année. »
Il ne faut jamais oublier que, les plantes ne pouvant se déplacer, comme les animaux, pour aller chercher
leur nourriture, il est indispensable de la mettre à leur portée, pour qu’elles puissent l’absorber.
Lorsqu’on fume, on commence par répandre également le fumier sur le sol avant de labourer, afin d’en
mettre une quantité égale partout, et l’on en réserve assez pour mélanger avec la terre mise de côté pour
boucher la jauge.
Avant de commencer le labour, on ouvre une jauge suffisante, et l’on creuse verticalement avec la bêche,
comme l’indique la ligne A (fig. 72), afin de donner toute la profondeur possible au labour. On jette la terre
de manière à établir une ligne inclinée ıB (même figure). Les mottes sont plus faciles à briser, et celles qui
échappent tombent au fond de la jauge, où il est facile de les diviser. On place le fumier bien également,
sur la pente, à une profondeur de 10 centimètres environ, de manière à ce qu’il ne descende pas jusqu’à la
ligne C, profondeur du labour.
Le fumier, ainsi enfoui obliquement à une profondeur de 10 centimètres, couvre également toute étendue
du sol ; les eaux pluviales et celles des arrosements le dissolvent facilement, et saturent également toute
la terre d’engrais liquide, jusqu’à la ligne C.
Partie 3, Chap. 1 94
Dans ces conditions, les plantes repiquées, dans toutes les parties de la planche, trouvent une nourriture
abondante ; il est impossible que leurs racines ne tombent pas en plein engrais, les parcelles de fumier étant
placées obliquement et ne pouvant échapper aux racines des plantes repiquées verticalement, même dans
les intervalles, :
Pour rendre l’avantage de :ce mode de fumure plus sensible, la figure 73 représente un essai comparatif
que tout le monde peut renouveler.
J’ai dit de placer le fumier à 10 centimètres de profondeur, voici pourquoi : les plantes, comme nous le
savons, absorbent les engrais surtout à l’état liquide. Dans la partie A de la figure 73, que deviendront les
parties liquides des engrais enfouis en serpenteaux au fond de la jauge, à une profondeur de 35 à 40 centi-
mètres au moins (C même figure) ? Elles seront entraînées par les eaux pluviales ou par les arrosements en
D, où jamais les racines des choux n’atteindront, et elles satureront le sous-sol d’excellent engrais, sans que
le chou A en absorbe un atome. Bien plus, s’il est planté entre deux serpenteaux, il n’aura à sa disposition
qu’une terre complètement veuve d’engrais, et, en admettant encore que le hasard l’ait fait placer immé-
diatement au-dessus d’un serpenteau de fumier, c’est à peine si quelques radicelles parviendront jusqu’à
lui. La fumure est dépensée en pure perte, et, quelque copieuse qu’elle soit, la récolte sera à peu près nulle.
Passons maintenant à la partie B de la même figure, labourée et fumée comme je viens de l’indiquer. La
racine du chou B a été piquée dans la partie fumée, et, l’eût-elle été même entre les intervalles E, il eût été
impossible que la racine ne fût pas placée immédiatement en plein fumier. De plus, les arrosements et les
eaux pluviales ont complètement saturé les intervalles E d’engrais liquide et les ont entrainés jusqu’à la
ligne F, dépassant de beaucoup l’extrémité des racines. Donc toute la couche de terre, placée de E en F, est
complètement saturée d’engrais, chaque radicelle en à une large part, et le chou B, abondamment nourri,
depuis le jour de sa mise en place jusqu’à celui de son entière croissance, sera le double en grosseur du
chou A, qui, mourant d’inanition, mettra deux fois autant de temps que son voisin à former une pomme
chétive, dure et filandreuse. En outre, le chou B atteindra des proportions doubles du chou A, avec une
dépense d’’engrais moitié moindre. Quelque peu qu’il y en ait, il en profitera, tandis que son voisin subirait
le supplice de Tantale, avec une brouettée de fumier au-dessous de ses racines.
Que le lecteur me pardonne une aussi longue explication pour une chose aussi simple ; mais ce livre est
destiné à tomber souvent entre les mains des jardiniers, et j’ai vu faire tant de labours et gâcher tant de
95 Labour : enfouissement du fumier dressage des planches
fumier que mon expérience m’oblige à entrer dans des détails complets, pour être compris de tous ceux
qui voudront appliquer, raisonner, travailler sérieusement et avec fruit.
Il en est de l’enfouissement du fumier comme de l’emploi du sable dans les terres fortes du val de la
Loire. Les paysans l’emploient avec raison, mais ils l’emploient mal. Au lieu de mélanger le sable avec
la terre ou avec les engrais, ce qui serait encore préférable pour diviser une terre compacte, et la rendre
perméable, ils placent le sable sur le sol. Indépendamment de son inefficacité sans mélange avec le sol,
sa couleur blanche repousse l’action des rayons solaires, et une terre déjà froide naturellement ne peut
parvenir à s’échauffer. Il en résulte une tardiveté énorme dans la récolte, tandis que l’on eût obtenu une
précocité remarquable en mêlant le sable aux engrais et en l’enfouissant, au lieu de le répandre sur le sol.
Les meilleures choses mal appliquées donnent souvent des résultats contraires à ceux que l’on attend, et
alors on accuse le sol, la saison, la semence, etc., et surtout les professeurs quand ils ont les mains propres
et parlent français.
Immédiatement après le labour, il est toujours utile, dans les terres compactes, et même dans celles de
consistance moyenne, de donner un bon hersage avec la fourche crochue (fig. 59, page 86), pour briser les
mottes qui ont échappé à l’action de la bêche, et parfaitement unir la planche. S’il reste une pierre, une ra-
cine de liseron ou de chiendent, la fourche crochue la ramènera à la surface de la planche, en ameublissant
complètement le sol.
J’ai dit précédemment que l’arrosage était ce qui coûtait le plus cher dans la culture du potager. J’ai
donné le moyen d’arroser économiquement ; mais, quelque bon marché que coûte l’eau, elle ne doit pas
être gâchée plus que le fumier, car souvent elle est rare, et il faut toujours en conserver en réserve en cas
de grande sécheresse, où l’on en manque quelquefois. Nous organiserons donc nos planches de manière à
ce que toute l’eau dépensée profite aux plantes, sans en perdre une goutte.
Si la planche labourée et hersée est destinée à recevoir un semis en plein ou en ligne, on établira tout
autour, avec le râteau à dégrossir, un rebord de 3 à 4 centimètres, afin de renfermer l’eau des arrosements,
et celle des pluies, dans la planche, la forcer de s’y infiltrer, et l’empêcher de couler dans les sentiers.
Ensuite on unira parfaitement la planche entière avec le râteau (fig. 74).
Si la planche doit recevoir des repiquages, on fera également un rebord tout autour, mais moins haut : 3
centimètres suffiront, et l’on tracera avec la petite lame du rayonneur (fig. 57, page 85) autant de sillons de
2 à 3 centimètres de profondeur qu’il y aura de lignes de plants, et on repiquera dans les sillons (fig. 75).
Que les planches soient destinées à des semis où à des repiquages, on ne doit jamais employer, pour les
dresser et établir les rebords, que le râteau à dégrossir (fig. 63, page 87).
Ce râteau brise parfaitement les mottes, en laissant la terre perméable. Le râteau fin tasse trop la terre et
nuit aux cultures ; on ne doit l’employer que pour recouvrir les graines après le semis.
En opérant ainsi, on force l’eau à s’infiltrer dans les sillons, c’est-à-dire sur la racine des plantes ; on
double largement l’effet des arrosements en employant
Partie 3, Chap. 1 96
la même quantité d’eau ; on gagne donc un temps précieux, et de plus on ne gâche jamais les sentiers,
qui deviennent impraticables et difficiles à réparer lorsqu’ils ont été inondés.
CHAPITRE 2
Semis, repiquage, pépinière de légumes terreau-
tage, paillis
Il y a donc bénéfice, et grand bénéfice, à tout semer en ligne, excepté cependant les navets, les radis, les
mâches et les semis destinés à être repiqués, qui peuvent être faits à la volée, mais très clairs. Cependant
le semis en ligne est préférable pour les radis, les mâches et les raiponces quand on les sème en contre-
plantations, dans d’autres récoltes.
Les plantes ne donnent de beaux et abondants produits que lorsque la germination a été prompte et leur
premier accroissement rapide. Pour obtenir ce double résultat il faut :
1. Le concours de l’eau ;
2. Celui de l’air ;
3. Celui de la chaleur.
L’eau amollit la graine, la fait gonfler et lui fait déchirer son enveloppe ; l’air agit chimiquement sur son
contenu et le rend propre à servir de nourriture première à la plante ; la chaleur accélère la germination.
Il faut donc que le sol ensemencé soit constamment humide, non seulement pendant la germination,
mais encore après, afin de favoriser le développement de la jeune plante. Combien, dans l’été, de semis
déjà germés ont péri en quelques heures, faute d’un arrosoir d’eau donné à temps !
Le moment de la germination est le plus dangereux pour les semis, quand il fait chaud ; il suffit de laisser
la surface du semis se dessécher une heure seulement par le soleil, pour griller les germes et tout perdre.
Il faut arroser les semis plutôt quatre fois que deux, par les grandes chaleurs, non seulement jusqu’à la
parfaite levée, mais encore jusqu’à ce que le plant soit assez fort pour supporter le soleil.
La terre ensemencée doit être parfaitement ameublie afin d’être perméable à l’air. Sans le concours
de l’air, les meilleures graines pourrissent et ne germent pas. C’est ce qui arrive souvent dans les terres
fortes, quand on ne s’est pas donné la peine de les ameublir pour les semis, par de bonnes façons, des
amendements, et de les rendre perméables à l’air.
En outre, le sol ensemencé doit être pourvu d’engrais assimilable, c’est-à-dire bien décomposé, pour
fournir une abondante nourriture à la plante aussitôt qu’elle nait. Rien ne peut remplacer le terreau pour
les semis : il remplit toutes les conditions voulues. Aussi les semis faits avec addition de terreau manquent-
ils rarement, quand toutefois on ne les laisse pas se dessécher.
Partie 3, Chap. 2 Les semis 98
De plus, pour que la germination soit active, il faut que la température soit assez élevée.
On obtient de la chaleur à volonté pour les semis sur couches ; il n’en est pas de même pour ceux de
pleine terre. Il faut savoir choisir le moment opportun, c’est-à-dire :
Semer par un beau temps et lorsque la terre est saine. Quand on sème par la pluie, et quand il fait froid,
la germination n’a pas lieu ; la graine pourrit, tandis qu’elle lève en quelques jours dans une terre en bon
état et par une température douce.
Donc, pour tous les semis de pleine terre, nous choisirons un temps doux, et nous ne sèmerons que dans
la terre bien saine. Après le labour profond, le hersage à la fourche crochue et le dressage de la planche
avec le râteau à dégrossir, nous opérerons ainsi :
Si nous avons quatre ou cinq lignes de carottes, d’oignons, etc., à semer dans une planche, nous placerons
à chaque bout de la planche quatre ou cinq piquets à distance égale ; puis, nous poserons du même coup
le cordeau sur les quatre ou cinq lignes, chose facile, en passant d’un piquet à l’autre avec le cordeau.
Cela fait, nous tracerons avec la petite lame du rayonneur, contre chaque ligne du cordeau, un petit sillon
profond d’un centimètre environ.
Pour aller plus vite, on trace en reculant deux lignes à la fois, trois s’il y en a cinq, d’un côté de la planche,
en passant d’une ligne à l’autre, et l’on achève le reste de l’autre côté de la planche. En opérant ainsi tout
cela est fait en un instant.
On retire le cordeau, puis on sème dans les sillons. On les remplit ensuite avec du vieux terreau de
couche usé, et l’on donne très légèrement un coup de râteau fin (fig. 64, page 88), pour enlever les derniers
corps étrangers.
Ensuite, on prend dans un panier du vieux fumier de couche, presque désagrégé, et l’on en répand à la
main une épaisseur de à à 8 millimètres sur toute la planche, en ayant soin de bien le briser dans les mains,
afin de le rendre aussi léger et aussi divisé que de la balle d’avoine.
Cette couverture absorbe et conserve une forte dose d’humidité ; elle est très perméable à l’air, et les
parties nutritives qu’elle contient, dissoutes par les eaux pluviales et celles des arrosements, fournissent
aux jeunes plantés une nourriture abondante dès que la germination est accomplie. En outre, la couver-
ture de débris de couches, en maintenant la fraîcheur et en fournissant un aliment abondant aux plantes,
empêche la terre de se battre après les arrosements. Le paillis de débris de couches est un des premiers
éléments de succès pour les semis.
Plusieurs auteurs recommandent encore de battre légèrement la terre avec le dos de la bêche ou avec
une planche, afin de faire adhérer la graine au sol. Il est des praticiens qui vont même jusqu’à piétiner
complètement la terre avec leurs sabots avant d’ensemencer, Je considère cette pratique, léguée par la
routine la plus aveugle, comme essentiellement nuisible. Le battage, quelque léger qu’il soit, tend toujours
à rendre le sol imperméable. Je l’ai complètement supprimé depuis longues années ; mes semis sont très
beaux et n’ont jamais manqué. J’ai fait plusieurs essais comparatifs, et toujours les semis non battus étaient
plus vigoureux, mieux venants et plus précoces que ceux qui l’avaient été.
Un seul arrosement après les semis est suffisant pour faire adhérer la graine à la terre ; je le préfère au
battage. Il est très rare qu’un semis de printemps, époque à laquelle Les vents desséchants du nord-est
règnent d’une manière presque continue, puisse se passer d’arrosages pendant les premiers jours. Si le
temps est humide, la première pluie et l’arrosoir, au besoin, remplacent le battage avec avantage. Si le sol
est léger, il suifit de dresser la planche sept à huit jours avant de semer, pour avoir une terre un peu ferme,
mais perméable, et que je considère comme bien préférable au battage, dont on abuse presque toujours,
au détriment des semis.
Tous les semis destinés au repiquage en pépinière, tels que choux, salades, etc., doivent être faits dans
une planche du carré D, sur laquelle on étend une épaisseur de 5 à 10 centimètres de vieux terreau de
couche avant de labourer.
On opère le labour à la fourche à dents plates (fig. 47, page 81), ou la fourche américaine, pour mieux
amalgamer le terreau avec la terre.
On herse avec la fourche crochue ; on dresse la planche avec des rebords ; on sème à la volée, ou l’on
rayonne de 10 à 20 centimètres de distance pour les semis en ligne.
On peut également semer à la volée, mais très clair, puis on recouvre la graine avec du vieux terreau de
couche.
Quand le semis se fait pendant les chaleurs, la surface de la planche ne doit jamais se dessécher. Aussitôt
que l’humidité disparaît, il faut arroser. On arrose quelquefois les semis quatre et cinq fois par jour pendant
les mois de juillet et d’août.
99 Semis, repiquage, pépinière de légumes terreautage, paillis
Les semis en ligne, quand on les fait assez clairs, donnent toujours du plant excellent, dans lequel il n’y
a presque pas de rebuts à faire, tandis que dans ceux à la volée la végétation est moins égale.
La qualité du plant à repiquer a une grande importance : c’est l’avenir de la récolte. Les semis ne réus-
sissent pas toujours bien et, en cas d’échec, ce qui peut arriver au plus habile horticulteur, il est plus sûr,
plus prompt et surtout plus profitable de recommencer le semis que de repiquer de mauvais plants.
La qualité du plant étant le premier élément de succès, on ne saurait apporter trop de soin aux semis.
Règle générale : ne faut jamais semer dans une terre plastique, dure, ou qui se motte. Si le sol est argileux,
il est urgent de mettre une ou deux brouettées de sable dans la planche où l’on doit faire les semis, et
l’enfouir, non à la bêche cela n’amalgame pas assez le sable avec l’argile, mais avec la fourche à dents
plates, qui opère un mélange parfait.
Les semis faits dans une terre dure, compacte, se croûtant et se gerçant à l’air, ne produisent jamais
que du plant mal constitué, tardif et délicat, quand toutefois ils réussissent. Il ne suffit pas seulement
d’’ameublir le sol avec un mélange de sable, lorsque la terre est trop forte ; il faut encore la saturer d’humus
pour fournir une nourriture copieuse aux jeunes plantes, et cela par une addition de terreau de couche,
comme nous l’avons indiqué.
Pendant les grandes chaleurs, il est urgent de faire les semis de choux et de salades à l’ombre, ceux de
choux surtout, auxquels un soleil trop ardent nuit beaucoup. A défaut d’endroit ombragé, on ombre avec
une toile ou une claie.
Disons encore que, depuis quelques années, les semis ont à lutter contre un ennemi redoutable : la petite
loche, qui pullule depuis peu dans les jardins.
Ces insectes ne sortent que la nuit, et attaquent les semis au moment où le germe se dégage dé la graine ;
en une nuit tout est dévoré si l’on n’y fait attention.
Les semis de choux, ceux de Bruxelles surtout, sont les plus exposés à leurs ravages.
J’ai employé avec succès la poudre foudroyante Rozeau ; il suffit d’en souffler sur le sol avec un petit
soufflet à soufrer, pour être préservé des attaques redoutables des loches. Cette poudre excellente pour la
destruction de tous les insectes se vend : 9, rue de Bailleul, à Paris, chez M. Ridard, le successeur de M.
Basile Derouet.
Un dernier mot sur un préjugé profondément enraciné dans beaucoup de localités, et dont l’application
compromet gravement les semis, surtout ceux du mois d’août.
Les semis, dit-on, ne réussissent que dans le décours de la lune, et là-dessus on attend la décroissance de
la lune pour semer.
Quand on ne veut pas prendre la peine d’arroser les semis, le dicton peut avoir raison, en ce qu’il pleut
presque toujours au renouvellement de la luue, et alors les semis sont arrosés. Mais, quand on arrose, le
résultat est beaucoup plus certain, à quelque période que soit la lune. Il est prouvé par l’expérience qu’elle
n’a aucune influence sur la germination.
Les semis bien faits ne demandent plus que l’eau nécessaire à leur prompt développement, et des sar-
clages. Il ne doit jamais y avoir une mauvaise herbe. dans les semis. Quand le plant a quatre feuilles bien
développées, on met en pépinière.
avec des engrais très consommés, une ou deux planches du carré D. On enfouit l’engrais par un labour ; on
dresse la planche avec un rebord, et l’on trace avec le rayonneur des sillons profonds de 9 à 8 centimètres,
et distants de 20 à 25 centimètres suivant le volume des plants à repiquer (fig. 76).
Les plants repiqués à temps, c’est-à-dire quand ils ont quatre feuilles, acquièrent en pépinière un accrois-
sement aussi prompt que considérable. Les choux surtout gagnent plusieurs semaines de précocité, pro-
duisent des pommes énormes et dures comme du bois.
Cela se comprend facilement. Au moment où le plant va se gêner et péricliter dans le semis, on l’enlève
pour le distancer également dans une terre riche et bien entretenue d’eau. Il tient six à huit cents choux
en pépinière dans une planche moyenne ; six arrosoirs d’eau suffisent pour la bien mouiller. Ce n’est rien
que d’arroser chaque jour trois ou quatre planches de pépinières, et il serait impossible d’arroser la même
quantité de plant en place, à moins d’y employer tout spécialement un homme. Et encore n’obtiendrait-on
pas les mêmes résultats, parce qu’avec le décuple d’eau donnée partiellement la terre serait moins humide
qu’avec la dixième partie jetée en plein dans une planche.
En outre, la pépinière de légumes, lorsqu’elle est bien alimentée, ne permet pas à la terre de se reposer.
On a toujours plus de plant à mettre en place que de terre libre. Si on enlève la récolte d’une planche le
matin, on la laboure aussitôt, et le soir elle est repiquée avec le produit des pépinières.
La pépinière de légumes est la richesse du potager, comme son absence en est la ruine. C’est grâce à la
pépinière et à ses ressources, que nous faisons chaque année huit à neuf récoltes dans la même planche.
Quand il n’y a pas de pépinières dans un potager, on y voit toujours de la terre inoccupée, et l’on s’extasie
sur le succès, lorsqu’on a obtenu trois demi-récoltes de mauvais légumes.
2.3 Repiquage
Avant de procéder au repiquage, un mot sur la déplantation du plant, dans le semis ; c’est nécessaire,
car le plus souvent il n’est pas déplanté, mais arraché avec force, opération qui brise toutes les racines,
rend la reprise plus difficile et retarde de beaucoup la végétation.
Lorsqu’on déplante du plant, il faut bien se garder de l’arracher, sous prétexte que la terre n’est pas dure
et qu’il ne tient pas, mais plonger le déplantoir verticalement et profondément en terre, pour enlever le
plant en grosses mottes, que l’on divise ensuite avec précaution, sans rompre les racines, et en ayant soin
de conserver les parcelles de terre ou de terreau qui y restent attachées. En outre, il faut toujours déplanter
très peu de plant à la fois, le repiquer immédiatement, et ne jamais le laisser faner en l’étalant d’avance
sur le sol. Le plant arraché et trié est placé dans un panier plat, où on le prend au fur et à mesure pour le
repiquer.
Le déplantoir (fig. 66, page 88) est indispensable pour bien opérer la déplantation du semis.
Le seul instrument qui serve au repiquage est le plantoir (fig. 65, page 88) ; il offre bien des inconvénients,
nous le savons ; mais, à défaut de quelque chose de meilleur, nous sommes forcé de nous en servir. Le point
capital est de bien repiquer, ce que presque tous les praticiens ignorent : c’est aux mauvais repiquages et
aux mutilations de racines que nous devons les trois quarts des insuccès.
Le plus souvent, les plants sont repiqués dans des trous trop peu profonds ; la racine est pliée au fond
du trou, et le plant ne vient jamais bien. Les praticiens connaissent cet inconvénient, et pour l’éviter ils
ont soin de couper ou plutôt de déchirer la racine avec leurs doigts. Ce moyen, très énergique, est trop
contraire aux lois de la végétation pour que nous en usions.
D’autres font bien leur trou assez profond, mais en font un autre qu’ils laissent béant à côté, et écrasent
la racine avec le plantoir, sous prétexte de la faire adhérer à la terre. Le trou à côté du plant repiqué est
101 Semis, repiquage, pépinière de légumes terreautage, paillis
encore en usage dans beaucoup de localités ; il sert, dit-on, à infiltrer l’eau sur la racine. Quand on a
arrosé deux fois au goulot, la racine est déterrée, et le plant périt. Nous connaissons des amateurs de cette
méthode qui retardent leurs repiquages cinq et six fois, et n’obtiennent jamais que des produits de rebut.
Le repiquage doit être fait dans un trou assez profond pour que la racine y descende tout entière. On
lient le plant avec la main gauche pour l’enterrer à la profondeur voulue, et avec la droite on bouche le
trou à l’aide de la pointe du plantoir, en nivelant bien la terre, pour ne laisser ni creux ni bosse autour de
la racine. Elle doit descendre tout entière dans le trou, et être enterrée jusqu’à sa naissance.
Il faut bien se garder de repiquer trop profondément et d’enterrer Le collet de la plante, ce qui arrive
souvent dans la pratique. Dans ce cas, les choux et les salades surtout sont à peu près perdus, les choux
reprennent très difficilement, sont mangés au collet par les vers, et ne donnent jamais de bons produits ;
les salades montent presque toutes sans pommer, quand elles ne périssent pas.
Tout en repiquant bien, il faut opérer vite, et ne pas perdre un temps précieux à prendre des mesures
inutiles : le plant fane et en souffre beaucoup. Que l’on repique en pépinière ou en place, il n’y a qu’une
ligne à mesurer : celle du milieu. On place une règle de 2 mètres le long du sillon, et l’on est mesuré pour 2
mètres ; il n’y a que la règle à pousser quand on est au bout. Les autres lignes se piquent à l’œil, en plaçant
les plants sur les lignes au milieu des intervalles de la ligne précédente, et ainsi de suite pour chaque ligne
des deux côtés de la planche.
Les repiquages doivent être faits par un temps pluvieux ou au moins le soir, et jamais en plein jour, quand
il fait du soleil. Le plant qui fane est longtemps à reprendre ; dix heures d’obscurité, après le repiquage,
suffisent pour assurer sa reprise.
Un arrosage en plein, à la pomme, et jamais au goulot, est indispensable aussitôt après le repiquage ;
l’eau s’infiltre dans les rigoles, sur les racines par conséquent, et attache mieux le plant à la terre que les
désastreuses pressions du plantoir.
L’arrosoir Raveneau (fig. ? ?, page ? ?) rend l’arrosage au goulot impossible ; le brise-jet ne peut se dé-
monter ; il est soudé après le goulot ; c’est un double service que nous rend cet excellent instrument :
l’arrosage au goulot détruit autant de plantes que les intempéries et les insectes réunis.
Disons, en terminant, que le repiquage accélère la végétation des légumes et favorise leur développe-
ment. Les choux, les salades, etc., pomment bien mieux et bien plus vite après le repiquage en pépinière.
En outre, les produits des pépinières de légumes sont toujours très beaux, très rustiques, très précoces
et ne montent jamais. Cela lient non seulement au repiquage, mais encore à ce que, agglomérés sur un
petit espace, il est facile de donner sans peine à ces produits l’engrais, l’eau et tous les soins nécessaires,
On enlève les plants de pépinière en mottes pour les mettre en place ; les plantes ne fanent même pas, et
cette seconde déplantation contribue puissamment au développement de la pomme, chez les choux et les
salades surtout.*
2.4 Le paillage
Le paillage concourt puissamment à la reprise et à la prompte végétation du plant que l’on met en place.
L’usage en est très restreint dans les jardins, faute de couches et de composts. Les salades, les fraises et les
tomates gagnent beaucoup en grosseur, en qualité et en précocité, lorsqu’elles ont été paillées avec soin.
L’opération du paillage consiste à couvrir le sol avant, et mieux, après le repiquage, d’une couche de
fumier, provenant de démolition des couches, épaisses de 2 à 4 centimètres environ. Cette couverture
de fumier, sans cesse traversée par les pluies et les arrosements, fournit une quantité d’engrais liquide
assez considérable, qui vient saturer complètement la couche de terre occupée par les racines ; tout en
empêchant l’évaporation et la dessiccation du sol, elle est aussi un obstacle à la production des mauvaises
herbes.
2.5 Le terreautage
Le terreautage produit aussi les meilleurs résultats ; il consiste à employer les terreaux usés des couches,
au profit des cultures de pleine terre. On terreaute non seulement tous les semis avec soin, mais encore on
mêle un peu de vieux terreau au sol, en mettant en place les produits de la pépinière.
Avec l’assolement de quatre ans avec couches, et une fabrique de fumier bien organisée, nous aurons
toujours des vieux terreaux et des paillis à discrétion pour les semis, les pépinières de légumes et les
plantations, c’est-à-dire partout l’abondance et la fertilité, une végétation luxuriante et la richesse.
CHAPITRE 3
Sarclages et binages
3.1 Le sarclage
Le sarclage est une des opérations les plus importantes, mais aussi des plus négligées dans le potager ;
il consiste à enlever les mauvaises herbes des semis, à la main, lorsque ceux-ci, faits à la volée, sont très
jeunes et très serrés, et avec le sarcloir lorsqu’ils ont été faits en ligne.
En principe, il ne doit jamais exister de mauvaises herbes ni de plantes étrangères dans les semis destinés
au repiquage, ni dans les planches ensemencées à la volée ou en ligne. Les mauvaises herbes sont toujours
beaucoup plus vigoureuses que les plantes cultivées : de plus, elles poussent en quantité prodigieuse, par
conséquent elles vivent au détriment des plantes cultivées, non seulement en absorbant l’engrais qui leur
était destiné, mais encore en les étouffant avec leurs feuilles et leurs racines.
Dès que les semis sont bien levés et que les mauvaises herbes apparaissent, on fait un premier sarclage
à la main, c’est-à-dire que l’on arrache une à une toutes les mauvaises herbes. Il faut bien se garder de les
laisser devenir plus fortes que les plantes semées, sous prétexte que l’herbe est trop petite ou qu’il fait trop
sec. La mauvaise herbe n’est jamais trop petite pour être détruite : elle pousse avec une rapidité excessive
lorsqu’on la laisse au milieu des semis ; et lorsqu’on néglige de l’enlever aussitôt qu’elle apparaît, il devient
très difficile de s’en débarrasser. Il existe encore deux inconvénients graves quand on attend trop tard pour
sarcler : une partie des racines casse, et l’herbe repousse ; quand la racine est arrachée tout entière, les
plantes qui l’environnent sont presque déracinées et souffrent beaucoup.
La sécheresse est un prétexte inadmissible pour empêcher le sarclage. Avec quelques arrosoirs d’eau,
on humecte la terre, et les herbes s’arrachent tout aussi bien qu’après la pluie. .
Le premier sarclage doit être donné aussitôt que les mauvaises herbes se montrent : on arrose avant si
le sol est trop sec, et très légèrement après, pour rattacher à la terre les racines qui ont été ébranlées.
Dans les semis à la volée, il est utile d’éclaircir les places où il y a trop de plant, en faisant le premier
sarclage ; aussitôt que les mauvaises herbes repoussent, on en opère un second, et l’on repique avec un
petit bâton très pointu dans les clairières. Il y en a toujours dans les semis à la volée, et il n’est possible de
les sarcler qu’à la main, opération très longue.
Dans les semis en ligne, le premier et le second sarclage se font en grande partie avec le sarcloir (fig. 58,
page 86). Grâce à cet excellent instrument, le travail est meilleur, et il faut moins de temps pour opérer
trois sarclages qu’un seul à la main.
On tient le sarcloir de la main droite : avec la pointe on pénètre très avant dans les lignes pour éclaircir
les parties trop drues, et avec les côtés on tranche rapidement, entre deux terres, les racines des herbes
placées entre les lignes, pendant que la main gauche enlève les herbes coupées, et arrache celles qui ont
échappé au sarcloir.
Il y a avantage à détruire les mauvaises herbes, et à éclaircir avec le sarcloir : le binage, opéré très
superficiellement avec cet instrument, ameublit la terre, la rend perméable et rechausse les plantes. Il est
bien rare de donner un troisième sarclage quand les deux premiers ont été bien exécutés, et surtout faits
à temps, car alors le semis s’est assez fortifié pour envahir complètement le sol, et il étouffe à son tour les
mauvaises herbes. Les sarclages sont peu dispendieux ; ce sont des femmes qui les exécutent la plupart du
temps. Ils avancent considérablement la récolte ,et en augmentent énormément la qualité et la quantité.
3.2 Le binage
Le binage est une des opérations les plus importantes, et celle qu’il est Le plus difficile d’obtenir des pra-
ticiens. Il contribue, à lui seul, aussi puissamment au succès des cultures que les labours et les arrosements
tout à la fois.
On considère généralement le binage comme une opération uniquement destinée à détruire les mau-
vaises herbes ; c’est une erreur profonde. Le binage rend le sol perméable à l’air, et y maintient l’humidité.
103 Sarclages et binages
Nous planterons dans chacun des angles A (fig. 77) trois pieds d’oseille ; nous enterrerons trois pots de
persil dans l’angle B, et dans l’angle C un pot de persil et deux de cerfeuil. Cela ne nuira en rien aux semis,
et fournira continuellement, pendant les gelées, la cuisine d’oseille, de persil et de cerfeuil.
L’oseille se cueille feuille par feuille sur la couche ; on porte à la cuisine, pour les y laisser, deux pots de
persil et de cerfeuil, que l’on ré-enterre sur la couche aussitôt qu’ils sont cueillis. Ils repoussent pendant
qu’on cueille les suivants ; et avec neuf pots, six de persil et trois de cerfeuil, dont trois à la cuisine et six
sous châssis, on est abondamment pourvu pendant les gelées.
Nous sèmerons sur la ligne D des tomates, des aubergines, etc. ; sur la ligne E, trois ou quatre variétés
de laitues ; sur la ligne F, des cardons, du céleri, etc. ; sur la ligne G, des concombres, giraumonts, potirons,
etc. ; sur la ligne H, des choux-fleurs, choux hâtifs, etc. ; sur la ligne 1, deux ou trois variétés de chicorées ;
sur les lignes J et K, plusieurs variétés de romaines, laitues et petits semis divers.
Quand les plantes auront développé quatre feuilles, on montera une seconde couche chaude de deux
panneaux de châssis, sur laquelle on repiquera, en pépinière, et en lignes distantes de 45 à 20 centimètres,
les plantes demandant le plus de chaleur, comme les tomates, les aubergines, etc. : on pourra encore faire
quelques semis entre les lignes de plants.
Les plantes demandant moins de chaleur : choux, laitues, chicorées, etc., seront repiquées sur une couche
tiède, et sous cloche, à 6 centimètres de distance. On leur donnera de l’air pour les fortifier toutes les
fois que la température le permettra ; et, si le temps se refroidit, on entourera les cloches de fumier que
l’on mouillera pour le faire fermenter. S’il gelait fort, on couvrirait complètement les cloches avec des
paillassons.
On donnera un labour au déplantoir à la couche chaude sur laquelle on a semé les plants, pour y mettre
en place sept pieds de melons des plus forts.
On paillera l’intérieur des châssis ; on remaniera les réchauds, et la récolte des premiers melons sera
assurée.
Aussitôt que les melons élevés à part seront bons à déplanter, on montera des couches tièdes et sourdes
pour repiquer en pépinière les plants semés et élevés sur les couches chaudes. On mettra sous châssis
ceux demandant le plus de chaleur, comme les tomates, les aubergines, concombres, etc., et sous cloches
les choux, laitues, chicorées, etc. Au besoin, ces derniers plants peuvent être placés sous abris économiques.
Nos cinq châssis sur couches chaudes sont libres ; on donne au terreau un bon labour au déplantoir, en
y ajoutant un peu de terre bien épurée.
On démonte ensuite les réchauds, auxquels on ajoute un peu de fumier frais ; on les mouille, on les
rétablit, et cinq ou six jours après, quand ils sont bien actifs, on transplante tous les melons en place et en
pépinière sous ces cinq châssis, et l’on en sème de nouveau, pour la dernière saison, entre les lignes, en
procédant ainsi.
Partie 3, Chap. 4 La succession des cultures 106
On choisit les pieds les plus forts pour les mettre en place, sept pieds par châssis double (A, fig. 78). On
plante en pépinière les autres pieds sur les lignes B, et l’on sème les melons de dernière saison sur les lignes
C.
Sous le châssis simple, on met trois pieds seulement en place, en A fig. 79 ; on plante en pépinière sur
les lignes B, et l’on sème les melons de dernière saison sur les lignes C.
Quelques semaines après, les plantes repiquées en pépinière et celles semées sur les couches sourdes
sont bonnes à enlever, les premières pour être mises en place en pleine terre, et les secondes en pépinière
sur couche sourde, ou même en pleine terre, recouvertes avec des abris économiques.
La couche sourde n’est utile que pour les plantes exigeant beaucoup de chaleur. On sème encore sur cette
couche une troisième saison de plantes, qui iront en pépinière, en pleine terre.
Les couches tièdes sont libres. On ajoute un peu de terre au terreau, et on laboure au déplantoir ; on leur
applique des demi-réchauds pour mettre en place les melons en pépinière et en contre-plantation sur Îles
couches chaudes. Ceux semés sur les couches tièdes seront mis en place sur les couches sourdes aussitôt
qu’elles seront libres, et en pleine terre.
107 Succession de cultures et contre-plantation
Lorsque les melons commenceront à produire, on contre-plantera des choux-fleurs entre : ils devien-
dront monstrueux quelques semaines après la récolte totale des melons. Il ne faut contre-planter les choux-
fleurs que lorsque les melons sont récoltés en partie, afin de ne pas leur nuire, et employer des choux-fleurs
élevés en pépinière, bien entendu.
Les choux-fleurs, aussitôt les melons enlevés, pourront être contre-plantés avec des laitues : ensuite on
démolira la couche pour en recueillir le fumier et le terreau.
J’ai commencé en janvier, par des couches chaudes, sur lesquelles j’ai semé pour mettre en pépinière
sur couches tièdes, sourdes et en pleine terre.
On peut débuter en février par des couches tièdes, pour mettre en pépinière sur couches sourdes et en
pleine terre, sous abris économiques et à l’air libre.
À défaut de couches tièdes, on peut encore commencer en mars par des couches sourdes, et avec des
abris économiques, pour repiquer en pleine terre.
Dans ce dernier cas, on aura encore son jardin garni de plants végétant avec la plus grande activité,
quand la routine se crèvera vainement les yeux tous les matins pour voir lever ses semis de pleine terre.
Sans couches, je ne saurais assez le dire, le potager est une ruine, c’est la misère constante ; avec couches,
c’est l’abondance : c’est plus : une richesse continuelle. Et cela à tous les degrés de culture, et quand bien
même on ne pourrait établir que des couches sourdes, faites avec n’importe quelles substances. Nous
serons toujours riches en plants de toute espèce, quand la température permettra de mettre les plantes en
pleine terre.
Il est bien entendu que nous continuons en pleine terre, pendant tout l’été, ce que nous avons fait sur
couches : à semer sans cesse, et à mettre en pépinière toutes les variétés, suivant leurs saisons, afin de faire
succéder les récoltes sans interruption, et d’avoir constamment des pépinières de légumes bien garnies,
pour fournir à tous les besoins de la contre-plantation.
4.2 La contre-plantation
La contre-plantation consiste à placer entre des plantes mises en place, et devant occuper la terre assez
longtemps, d’autres plantes accomplissant leur végétation très promptement, et ne pouvant nuire, ni par
leur volume, ni par leur séjour trop prolongé, à la récolte principale.
Il faut une certaine expérience et une parfaite connaissance de la végétation des plantes pour contre-
planter avec succès. Des contre-plantations bien entendues permettent de faire jusqu’à huit et neuf récoltes
abondantes, en pleine terre, dans la même planche.
C’est la richesse du potager. Je vais m’efforcer de les rendre faciles par de nombreux exemples sur
couches chaudes, tièdes, sourdes, et dans les divers carrés du potager.
récoltés et les salades enlevées, on palisse des tomates, que l’on contre-plante de concombres, contre-
plantés à leur tour de choux-fleurs, dans lesquels on sème quelques radis, et au besoin diverses plantes.
Total : six récoltes et du plant.
On sème en mars des navets hâtifs ; après la récolte des navets, des carottes tardives, suivies d’un semis
de mâches, de raiponces, ou de deux récoltes de salades. Total : quatre récoltes.
4.2.4 Carré D
Ce carré doit devenir, l’année suivante, le carré A ; il est destiné aux couches de toutes espèces, aux semis
et aux pépinières de légumes et de fleurs. Si le potager est très grand, on pourra y cultiver des racines, et
même des fourrages en culture dérobée pour les animaux, et quelques graines pour les volailles.
Ainsi, après des pépinières de légumes, on peut semer en août un trèfle incarnat. Après les premiers
élevages de fleurs, il est facile d’obtenir un sarrasin ou un orge. Le millet, si utile pour l’élevage des poulets,
trouve sa place dans le carré D. Rien n’est plus facile que de repiquer des betteraves dans les pépinières de
légumes, de la tétragone, et de forcer la récolte des potirons si l’on a des vaches.
Après les semis et les pépinières de légumes, on peut faire des pois, des haricots verts, des navets, des
salades, etc. Toutes les couches et les poquets doivent être, à l’arrière-saison, couverts de choux-fleurs,
pour conserver pendant l’hiver.
Le carré D peut donner facilement deux récoltes de légumes, ou une récolte de grains et de fourrages,
après avoir fourni les primeurs, tous les semis, et de nombreuses pépinières de légumes et de fleurs. Mais
les pépinières doivent être largement approvisionnées, car, sans elles, il n’y a pas de production sérieuse
possible.
La contre-plantation varie à l’infini ; c’est une chaîne de production sans fin, quand les semis sont faits
à temps, et les pépinières bien alimentées. J’ai donné plusieurs exemples pour guider les débutants privés
de nos leçons. Il faut savoir, cela est vrai, pour opérer avec succès ; mais, lorsqu’on est guidé par un livre
pratique, l’expérience vient vite, et bientôt le propriétaire, qui avait entrepris la culture de son jardin en
tremblant, est tout surpris de voir, grâce à sa direction, l’abondance remplacer la disette.
CHAPITRE 5
Variétés de légumes à cultiver, avec indication du
climat propre à chacune d’elles
Il ne suffit pas seulement de faire de bonne culture pour obtenir un succès complet : mais il faut encore
applique recette culture à des variétés méritantes, belles, de bonne qualité, végétant promptement, et non
à des légumes immangeables pour le propriétaire, et presque invendables pour le spéculateur.
La culture la mieux exécutée pourra améliorer les variétés les plus défectueuses, les rendre un peu moins
mauvaises et un peu plus hâtives ; mais, pour cela, il faudra employer de longues années ; et encore, en
perdant beaucoup de temps, et plus de la moitié des récoltes, échouera-t-on souvent. Il est bien plus simple
et beaucoup plus économique de commencer avec des variétés d’élite, répondant à coup sûr à ce que nous
attendons d’elles.
Malheureusement les variétés d’élite sont à peu près inconnues dans les campagnes ; ou si, par hasard,
un propriétaire en a introduit quelque-unes, elles y sont à l’état de dégénérescence complète, faute de
culture raisonnée.
Une des conditions essentielles, et je dirai même le premier élément de succès en horticulture, est de se
renfermer dans le possible, et non de courir sans cesse après le merveilleux. C’est le défaut dominant des
personnes ayant beaucoup de bon vouloir et pas de connaissance en culture ; elles cherchent toujours à
collectionner. Séduites par les descriptions des catalogues, vraies au fond, elles s’empressent d’introduire
dans le Nord les plantes du climat de l’olivier ; cultivent sous un ciel brumeux, un climat froid et humide,
une plante exigeant une grande somme de lumière et de chaleur, et sont surprises de n’avoir pas réussi.
Tel ou tel produit du Midi donne un résultat déplorable dans le Nord, et la plante du Nord, transportée
sous le soleil du midi, donne un résultat négatif. Il faut à chaque climat des variétés spéciales.
Souvent on se procure des graines d’excellentes variétés, mais on sème au printemps ce qui doit l’être
au mois d’août, et en été ce qui devrait l’être au printemps. Ces erreurs, causes d’autant de déceptions,
sont plus fréquentes qu’on ne le suppose, surtout de la part des praticiens.
Les semences achetées dans des maisons douteuses, manquant de connaissances en horticulture, et
même d’ordre, celles mal récoltées ou conservées trop longtemps, sont autant de causes d’insuccès.
Les inconvénients que je signale sont les fidèles compagnons des quatre-vingt-dix centièmes des semis
de légumes faits en province. Cela est triste, assurément, mais c’est la réalité. Il ne s’agit pas de gémir sur ce
déplorable état de choses, mais d’y trouver un remède efficace et immédiat. C’est ce que je vais m’efforcer
de faire en donnant :
1. Une liste des meilleures variétés de légumes à cultiver, avec l’indication des climats sous lesquels on
doit les cultiver ; .
2. L’époque des semis de chaque variété, mois par mois ;
3. Des indications précises sur le choix des semences ; la manière de les cultiver et la durée de leurs
facultés germinatives.
Asperge rose hâtive d’Argenteuil. – La reine des asperges, détrônant. Toutes les variétés connues
jusqu’à ce jour ; sans rivale pour la qualité, la grosseur, la fertilité et la précocité. À cultiver sous tous les
climats, à l’exclusion de toute autre variété. Cette magnifique et excellente asperge excitera l’admiration
de tous sur la table du propriétaire, et fera toujours la fortune du cultivateur partout où on l’introduira.
Une foule de personnes récoltant des asperges vertes, amères et grosses comme des tuyaux de plume
ont prétendu que les asperges d’Argenteuil étaient trop belles pour être bonnes ! C’est l’éternelle histoire
du renard et des raisins trop verts.
Toutes les fois que l’on voudra bien planter l’asperge rose hâtive d’Argenteuil, suivre à la lettre les
indications de culture indiquées dans ce livre et surtout se garder des conseils des marchands de griffes.
On obtiendra en deux années des asperges splendides et excellentes.
Aubergine : violette longue, monstrueuse, blanche de Chine, panachée et violette naine très
hâtive. – Quatre variétés excellentes à cultiver dans le nord, l’est, l’ouest, et une partie du centre, sur
couches chaudes, tièdes, sourdes et sur poquets, et à l’air libre, sur poquets ou en pleine terre, dans l’ex-
trême centre etle midi. L’aubergine naine, très hâtive, est d’une précocité remarquable ; la monstrueuse
est la plus grosse.
Basilic frisé. – Charmante plante aromatique, employée comme assaisonnement et comme plante d’or-
nement.
Basilic nain vert compact. – Touffe très naine et très garnie, serrée et très régulière. Même usage que
le précédent.
Basilic fin vert. – Très joli feuillage, et d’une odeur suave ; même usage que le précédent.
Basilic fin violet. – Feuille violet foncé, parfum très développé fortement anisé. Même usage que les
précédents : rendant des services comme plante d’ornement par son coloris et sa bonne odeur. Les quatre
variétés à cultiver partout.
Betterave rouge longue. – Très grosse et très rustique, mangeable en salade, et très nutritive pour les
animaux. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et une partie du centre.
Betterave crapaudine. – Bonne pour la table, réussissant bien partout, mais préférablement dans le
centre et le midi.
Betterave piriforme de Strasbourg. – Grosse, productive et bonne de qualité en salade, pour le nord,
test et l’ouest.
Betterave rouge noire demi-longue. – Moins grosse que la rouge longue, plus foncée, mais de qualité
supérieure. C’est une des meilleures betteraves de table. Réussit bien partout.
Betterave rouge ronde hâtive. – Très précoce et bonne pour la table. A cultiver dans le nord, l’est,
l’ouest et le centre.
Betterave rouge noire plate d’Égypte. – Très belle variété, des plus recommandables, autant par sa
qualité que par sa rusticité ; c’est la meilleure de toutes les betteraves de table, à cultiver partout.
Betterave fourragère disette géante mammouth. – Variété des plus recommandables par son rende-
ment, racines monstrueuses, à cultiver en contre-plantation, pour les animaux, dans le carré d du potager.
Sous les climats du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Betterave fourragère rose corne-de-bœuf. – Variété très recommandable et des plus estimées, ne
différant de la disette géante que par sa forme plus mince et en corne de bœuf. Même culture que cette
dernière.
Betterave fourragère globe jaune. – Variété rustique et productive, précieuse à cultiver dans les
grands potagers, en bordures, et en contre-plantation pour les animaux. Sous les climats du nord, du
centre, de l’est et de l’ouest, et même du midi.
Betterave fourragère jaune ovoïde des Barres. – Excellente variété pour les animaux, très rustique
et des plus productives pour le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Betterave fourragère jaune géante de Vauriac. – Excellente variété, lardive, grosse, à chair blanche
très ferme et d’un grand rendement. Très précieuse à cultiver partout,
Champignon. – On peul cultiver le champignon partout, dans des caves ou dans d’anciennes carrières
sur couches, avec la certitude de n’avoir jamais de champignons vénéneux, la culture en est facile sous
tous les climats. (Voir aux cultures spéciales : Champignons.)
Capucine brune. – Coloris remarquable, de grande dimension. À cultiver partout.
Capucine grande. – Plante très précieuse pour cacher très vite une chose désagréable à voir ; elle atteint
la hauteur de 4 à 5 mètres.
113 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Capucine naine. – La seule ne gênant pas dans le potager, où elle n’occupe pas plus de place qu’une
touffe de haricots nains. Très florifère, très variée, et des plus riches de coloris. À cultiver partout.
Capucine de Lobb. – La plus grande et la plus riche en coloris. Excellente pour cacher les choses désa-
gréables à voir. Plante cultivée tant comme plante ornementale que pour le produit de ses fleurs, sous tous
les climats.
Cardon de Tours. – Excellente variété, une des Meilleures, malgré ses épines. Pour le nord, le centre,
l’est et l’ouest.
Cardon plein inerme. – Bonne variété, valant le cardon de tours, mais sans épines. À cultiver dans le
nord, l’est, l’ouest et le centre.
Cardon d’Espagne. – Bonne variété pour le centre et le midi.
Cardon Puvis. – Bon et résistant bien à la chaleur : précieux pour l’extrême centre et le midi.
Carotte à châssis. – (dite grelot) Variété très courte et très hâtive, spéciale pour les semis sous châssis,
et en pleine terre pour les récoltes très précoces et très tardives, c’est-à-dire pour les premiers et les der-
niers semis de pleine terre ; ceux de février, d’août et septembre pour obtenir pendant l’hiver des carottes
nouvelles en pleine terre. A cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre, sous châssis et en pleine terre.
Carotte rouge courte de Hollande. – Variété très hâtive et d’excellente qualité, la seule qui, avec
la précédente, puisse se semer avec succès pendant tout l’été et à l’automne : de février à juin pour les
récoltes à conserver dans les serres à légumes ; en août et septembre pour obtenir des carottes nouvelles
en pleine terre, de décembre à mars (voir aux cultures spéciales). À cultiver partout.
Carotte demi-courte de choix. – Excellente variété, obtuse, aussi grosse d’un bout que de l’autre, chair
rouge, sans cœur. Se sème sous châssis et en pleine terre. À cultiver partout.
Carotte demi-courte de Guérande. – Rouge obtuse et de très bonne qualité. À cultiver partout.
Carotte demi-longue de Luc. – Très bonne variété de saison, qualité remarquable, et presque aussi
hâtive que la Hollande. À cultiver dans le nord, l’est, : l’ouest, le centre et même le midi.
Carotte demi-longue Nantaise. – (sans cœur) Variété remarquable par sa qualité et sa longue conser-
vation ; elle est plus hâtive que la rouge longue, mais moins précoce que là précédente. La carotte nantaise
doit être employée de préférence pour les semis de saison destinés à alimenter la serre à légumes, aucune
ne l’égale en qualité, à cultiver partout.
Carotte rouge longue de St-Valéry. – Belle variété, bonne pour la table, mais bien tardive pour les
jardins. Son emploi est plutôt dans la culture extensive ; elle est précieuse dans les sols profonds où sa
longueur la défend de la sécheresse. À cultiver partout, dans l’extrême centre et le midi surtout.
Carotte rouge longue obtuse sans cœur. – Excellente variété de qualité supérieure et de très longue
garde, à cultiver partout, dans les sols profonds et exposés à la sécheresse, dans le midi surtout.
Carotte rouge longue de Meaux. – Excellente variété d’hiver, très bonne pour la grande culture. À
cultiver partout.
Carotte blanche des Vosges. – Excellente variété, des plus productives. Bonne pour la cuisine de la
ferme, donnant une nourriture par excellence au bétail, et un produit abondant.
Dans une maison un peu importante, il y aura toujours bénéfice à cultiver cette remarquable variété
dans les planches libres du carré D. Les chevaux, les vaches, les chèvres et les lapins auront, en grande
quantité, une nourriture des plus saines, ne coûtant rien au propriétaire. À cultiver partout, dans les sols
profonds.
Carotte blanche à collet vert. – Excellente variété fourragère ayant les mêmes qualités que la pré-
cédente.
Céleri plein blanc. – Excellente variété, jamais creuse, et de qualité remarquable. Pouvant être cultivée
dans le nord, l’est, l’ouest et le centre à la condition de lui donner assez d’eau.
Céleri plein blanc doré. – Nouveauté des plus recommandables par sa qualité et sa précocité.
Céleri plein blanc court hâtif. – Variété du plus grand mérite ; côtes toujours très pleines, et ayant
l’avantage de blanchir sans être butté. À cultiver partout, et en grande quantité.
Céleri Pascal. – Variété du céleri plein blanc, mais à côtes plus larges, plutôt court, ferme et rustique, se
conserve très bien et de qualité excellente. Même culture que les précédents.
Céleri monstrueux. – Superbe variété, ayant les qualités de la précédente, mais beaucoup plus grosse ;
les pieds sont monstrueux. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Céleri de Tours. – Variété très grosse, bonne de qualité et très rustique. Avec le céleri de tours, on est
toujours assuré d’avoir une récolte excellente et abondante. À cultiver spécialement sous les climats de
l’ouest, du centre et du midi.chap, v Variétés de légumes a cultiver 999
Partie 3, Chap. 5 114
Céleri-rave hâtif. – Précieux légume, pas assez <onnu, et qui ne sera jamais assez répandu.
Le céleri-rave fournit d’excellents tubercules pendant tout l’hiver, sans autre peine que de les mettre
dans la serre à légumes, où ils se conservent aussi facilement que des navels. Sa culture ne saurait être
assez propagée dans les pays où le jardinage est arriéré, et où l’on manque-de légumes frais pendant tout
l’hiver. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest, le centre et même le midi.
Céleri-rave lisse de Paris. – Excellente nouveauté ; qualité remarquable, ayant les tubercules plus unis
que le précédent,
Cerfeuil frisé. – Très jolie variété, aussi bonne que le cerfeuil commun, mais moins abondante en feuilles.
À cultiver partout.
Cerfeuil commun. – Plus rustique et plus productif que le précédent. À cultiver partout.
Chicorée corne-de-cerf. – (ou fine de Rouen) Bonne variété de saison, à côtes un peu fortes, mais bien
frisée et donnant de belles touffes. Convenant surtout dans le nord, l’est et l’ouest.
Chicorée de Meaux. – Très belle et très bonne variété, à côtes moins grosses que la précédente, mais plus
frisée et moins sujette à monter. Excellente pour les semis précoces et tardifs dans le nord, l’est, l’ouest et
le centre.
Chicorée fine d’Italie. – Moins grosse que la précédente, mais variété remarquable par la finesse de ses
découpures , donnant de belles touffes, très blanches, et réussissant sous tous les climats.
Chicorée de Guillande. – Excellente variété très fine et très pleine, très recommandable. Peut être
cultivée partout.
Chicorée de la Passion. – Variété des plus méritantes, et que l’on ne saurait trop propager. La chicorée
de la passion est une variété d’automne et d’hiver, à côtes un peu plus fortes, mais très tendre, très bonne
et énorme. J’en ai récolté chez moi qui avaient 80 centimètres de diamètre. À cultiver partout, même dans
le midi, comme une des meilleures acquisitions que l’on puisse faire, surtout pour cuire.
Chicorée reine d’hiver. – Variété à large feuille, légèrement déchiquetée, ayant un peu l’aspect d’une
scarole, mais très rustique et résistant très bien au froid. À propager partout.
Chicorée de Ruffec. – Magnifique chicorée de saison, hâtive, fine, très bonne, et presque aussi grosse
que la précédente, la chicorée de Ruffec donne des touffes énormes, monte très difficilement et est plus
tendre que toutes les chicorées de saison. À propager et à cultiver partout.
Chicorée toujours blanche. – Belle et bonne variété naturellement blanche, et donnant toujours d’ex-
cellente et belle salade, même sans la lier. À cultiver partout.
Chicorée frisée de Louviers. – Magnifique variété très frisée, blanchissant bien sans pourrir, grosse et
excellente de qualité, ayant tous les avantages de la chicorée Valéri Gimel, mais plus volumineuse et plus
frisée. J’ai abandonné cette dernière au profit de la chicorée de Louviers. À cultiver partout.
Scarole ronde. – Belle et bonne variété, pommant bien, très grosse et très blanche. À cultiver partout.
Scarole blonde. – Variété moins rustique que la scarole ronde, pommant moins bien et se coupant avant
son entier développement. À cultiver partout.
Scarole en cornet. – Excellente variété, au moins aussi grosse que la précédente, mais à feuilles presque
frisées. À cultiver partout.
Scarole grosse de Limay. – Variété des plus grosses pommant bien, blanche et. Excellente de qualité.
Variété des plus remarquables. À cultiver partout,
Chicorée Witloof, endive. – C’est une importation flamande, ayant sa valeur. La chicorée Witloof donne
pendant l’hiver une pomme allongée, excellente cuite ; c’est une précieuse ressource quand on manque de
légumes frais. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chicorée sauvage améliorée à large feuille. – Superbe et excellente variété, à feuilles très larges, .
Très productive. C’est une précieuse ressource pour les animaux. Rien ne peut remplacer cette magnifique
variété, à cause de son énorme produit, pour l’élevage des volailles, des lapins, et pour faire de la barbe de
capucin, quand on la veut et pas trop amère. À cultiver partout.
Chicorée sauvage amère. – C’est la chicorée sauvage de Paris, possédant toutes les qualités médicales.
On l’emploie pour faire de la barbe de capucin ; elle est plus fine que la précédente, mais d’une amer-
tume très prononcée. C’est la chicorée médicale ; quand on en donne trop aux animaux, ils ressentent son
influence, très rafraichissante.
Chou cabus préfin. – Le plus hâtif de tous les choux cabus, bien pommé et excellent de qualité. À cultiver
dans le nord, l’est, l’ouest et le centre de la France.
Chou cabus très hâtif d’Étampes. – Belle et bonne variété, des plus précoces ; pomme moyenne et
serrée.
115 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Chou cabus express. – Variété aussi hâtive cl aussi méritante que les précédentes.
Chou cabus d’York. – Très hâtif, ayant l’inconvénient de monter facilement, mais bonne pomme, dure
et serrée. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus petit hâtif d’Erfurt. – Très précoce. Belle pomme et de bonne qualité ; venant quelques
jours après les deux précédents, et appelé à occuper une. Place bien conquise dans nos jardins. C’est un
des choux hâtifs ayant une valeur réelle, à cultiver partout ; sa précocité peut le faire accepter même sous
le climat de l’olivier.
Chou cabus Bacalan hâtif. – Variété très méritante, un peu moins hâtive que les précédentes ; belle
pomme, serrée et de bonne qualité. À cultiver partout. Très rustique.
Chou cabus de Brunswick. – Excellent, demi-hâtif, à pomme grosse, dure, aplatie. Variété de saison des
plus recommandables. A cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus cœur-de-bœuf gros. – C’est le choux de printemps par excellence, aulant par sa précocité
que pour sa qualité. Gros, rustique, pomme serrée, réussissant partout, et à cultiver sous tous les climats
comme fond de culture des choux d’été.
Chou cabus cœur-de-bœuf petit. – Mêmes qualité et culture que le cœur-de-bœuf gros.
Chou cabus Johannet ou Nantais. – Belle et bonne variété, à pomme aplatie, gros, de bonne qualité,
et venant bien partout, même dans le midi, où il donne de superbes choux de très bonne heure.
Chou cabus rouge conique. – Excellente variété à la pomme pointue et serrée, qualité supérieure. À
cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus de Schweinfurt. – Bonne et énorme variété, ayant le mérite d’une grosseur peu commune,
mais ayant, dans le nord de la France, l’inconvénient de geler parles hivers rigoureux. C’est un excellent
chou de grande culture pour les climats de l’ouest, du centre et du midi.
Chou cabus quintal. – Monstrueux, à pomme très dure et très rustique. C’est le chou à choucroute, celui
de la ferme et du marché par excellence. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus gros cabus de Saint-Flour. – Plus gros que le chou quintal, c’est le monstre de l’espèce,
dépassant en volume toutes les autres variétés, le plus rustique et d’une culture facile, très utile pour
l’alimentation des fermes et la fabrication de la choucroute. Même culture que le chou quintal.
Chou cabus de Saint-Denis. – Excellent chou d’été, surtout pour la cullure extensive, pommes énormes
et des plus dures, c’est un chou précieux pour la ferme. A cultiver sous les climats du nord, de l’est, de
l’ouest et du centre.
Chou cabus de Hollande. – Belle et bonne variété d’été, très rustique dans le nord, l’est, l’ouest et le
centre.
Chou cabus rouge gros. – Belle et bonne variété, à pomme très grosse et lrès dure, venant bien dans le
nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus rouge petit d’Utrecht. – Pomme petite, mais très serrée, c’est le chou par excellence pour
manger confit ou en salade, dans les pays où les salades de choux sont en usage. À cultiver dans le nord,
l’est, l’ouest et le centre.
Chou cabus de Dax. – Belle et bonne variété tardive, à pomme grosse, dure et aplatie. À cultiver partout,
surtout dans le midi, où le chou de Dax résiste parfaitement à la chaleur.
Chou cabus de Vaugirard. – Excellente variété de culture, tardive, mais rustique, et donnant une très
belle pomme, à cultiver dans le nord, l’est et l’ouest.
Pour obtenir les choux cabus dans toute leur beauté et leur précocité, il faut les semer au mois d’août.
Chou de Milan d’Ulm. – Le plus petit, mais le plus hâtif et le meilleur des choux de Milan : c’est le chou
par excellence pour la perdrix : petit, sans côtes, très frisé et d’une finesse à nulle autre pareille. À cultiver
dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou de Milan très hâtif de Paris. – Excellente variété possédant toutes les qualités de la précédente
et même de quelques jours plus hâtive. Même culture.
Chou de Milan Joulin. – Plus gros que les précédents, très hâtif. Excellent de qualité pour les climats
du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Chou de Milan du Cap. – Bonne pomme, très frisé, un peu tardif, des plus recommandables par sa
qualité à nulle autre semblable. Le chou du cap a une saveur toute particulière ; c’est le meilleur des choux
de milan pour les tables bien servies. À cultiver partout.
Chou de Milan gros des vertus. – C’est le chou par excellence pour l’hiver. Gros, hâtif et parfait de
qualité. À cultiver partout, même dans le midi, en ayant le soin de le semer et le planter en pépinière à
l’ombre.
Partie 3, Chap. 5 116
Chou de Milan moyen des vertus. – Même qualité que le précédent, mais plus petit. Même culture.
Chou de Milan Victoria. – Variété anglaise très frisée, bonne qualité, le plus gros de tous les choux de
milan, précieux pour la ferme sous les climats du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Chou de Milan de Pontoise. – Belle et bonne variété à pomme dure, large et aplatie, tardif et peu sensible
à la gelée. C’est un chou précieux pour le marché et pour la culture sous les climats du nord, de l’est et de
l’ouest. ‘
Chou de Milan de Norvège. – Précieuse variété, très belle et excellente, ne gelant pas. C’est le roi des
choux d’hiver. Il devrait être cultivé partout, dans le nord, l’est et une partie du centre.
Chou de Milan de Limay. – Belle et bonne variété, des plus rustiques, résistant très bien à la gelée, mais
donnant une petite pomme arrondie et peu serrée. Excellent pour le marché et précieux sous les climats
du nord et de l’est surtout.
Chou de Milan pancalier de Touraine. – Bonne variété de saison, très frisée, pomme très pleine, de
qualité remarquable, très rustique et supportant bien la chaleur. À cultiver partout, même dans l’extrême
centre et le midi, où le pancalier de Touraine réussit mieux que les autres choux de milan.
Chou de Bruxelles. – Précieux légume dont les rosettes sont très appréciées. Moins fort que tous les
choux, le Bruxelles a ses grandes entrées sur toutes les tables. De plus, il ne gèle jamais et pousse même
sous la neige. Tous les jardins doivent en être largement pourvus. À cultiver partout.
Chou de Bruxelles nain. – Bonne variété, productive et rustique, plus petite que la précédente, les
pommes sont moins grosses et plus serrées. Même emploi que le Bruxelles. À cultiver partout.
Choux verts à fourrage
Les choux verts offrent une précieuse ressource pour les animaux. On peut en obtenir une certaine
quantité dans les grands potagers en les cultivant dans le carré D. Cette culture n’étant qu’accidentelle,
nous cultiverons les trois meilleures variétés seulement, pour en avoir sous tous les climats :
Chou vert à fourrage Caulet de Flandre. – Variété très rustique, à nervures rouges, ayant l’avantage
de bien résister à la gelée. Précieuse pour les semis tardifs, particulièrement dans le nord et dans l’est.
Chou vert à fourrage branchu du Poitou. – Variété très productive, très estimée dans l’ouest, où les
potages au chou vert sont en usage, et précieuse pour les animaux, auxquels elle donne un aliment aussi
abondant que nutritif. À cultiver dans le centre, l’est et l’ouest.
Chou vert à fourrage cavalier (grand chou à vaches). – Le plus grand des choux à fourrage, très
rustique et de très bonne qualité pour le bétail. À recommander partout.
Chou-navet : Rutabaga jaune à collet vert. – Excellent légume, bien que-jusqu’ici on ne l’ait guère
cultivé que pour les animaux. Le rutabaga jaune tient du chou et du navet ; il a, pour le goût, quelque
analogie avec le fond d’artichaut. C’est une plante vigoureuse, venant bien partout et sans beaucoup de
soin. Il suffit de rentrer les racines à la cave pour être approvisionné pendant tout l’hiver d’un excellent
légume frais. Les feuilles donnent une nourriture abondante pour les animaux. À cultiver dans le nord,
l’est, l’ouest et le centre.
Chou-navet : Rutabaga jaune ovale. – Racine ovale, presque cylindrique, à collet rouge, variété à grand
rendement, excellente pour la nourriture du bétail en hiver. À cultiver partout.
Chou-navet : Rutabaga blanc à collet rouge. – Bonne variété, très productive, à cultiver spécialement
pour les animaux, comme récolte dérobée, dans les grands jardins. La feuille est très abondante et la racine
fournit beaucoup. A cultiver partout.
Chou-navet : Rutabaga Sutton’s champion à collet rouge. – Très belle variété anglaise, d’un produit
énorme pour les animaux, et comestible pour la ferme. À cultiver partout.
Chou-rave blanc hâtif de Vienne et chou-rave violet hâtif de Vienne Ce sont les deux meilleures
variétés parmi celles comestibles. Mêmes usages et mêmes climats que les choux-navets. Ces légumes
offrent une précieuse ressource pour la cuisine et pour les animaux ; il y a bénéfice à les introduire dans
les grands jardins, en culture dérobée ou en contre-plantation.
Chou-fleur demi-dur de Paris. – Belle et bonne variété, d’une culture facile pour les semis précoces et
très tardifs. À cultiver sous tous les climats. Semer en janvier et en février sur couches, et en septembre
en pleine terre.
Chou-fleur Lenormand, pied court. – Superbe variété, la plus grosse de toutes, pour l’été et l’automne,
dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou-fleur nain hâtif d’Erfurt. – Superbe et excellente variété, des plus hâtives, très commode à
cultiver sous châssis, et donnant d’excellents résultats en pleine terre.
117 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Chou-fleur nain hâtif de Chalons et chou-fleur dur de toutes saisons Superbes variétés naines
très hâtives, à pommes énormes très fines et très serrées. Ce sont les meilleures variétés pour cultiver sous
châssis et en pleine terre.
Chou-fleur Impérial. – Variété des plus recommandables, tête très grosse et très belle. À cultiver partout.
Chou-fleur d’Alger. – Tête énorme et bonne de qualité ; semer au printemps et sous châssis pour mettre
en pleine terre en mai et juin. À cultiver partout.
Chou-fleur demi-dur de Saint-Brieuc. – Belle et bonne variété, des plus rustiques, et réussissant à peu
près partout. Elle n’est pas très hâtive, mais les pommes sont belles et de bonne qualité.
Chou-fleur dur d’Angleterre. – Très belle variété tardive ; pommes remarquables, et bon de qualité.
À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Chou-fleur géant de Naples. – Belle et bonne variété, pomme grosse, et résistant bien à la chaleur.
Excellent pour le centre et le midi.
Brocolis blanc hâtif. – Variété du plus grand mérite, très hâtive et remplaçant au besoin le chou-fleur
au printemps. À cultiver partout.
Brocolis blanc de Mammouth. – Belle variété, pomme très grosse. Le plus beau de tous les brocolis.
Semer en avril et mai. À cultiver partout.
Brocolis de Roscoff. – Des plus recommandables pour sa beauté, sa qualité et sa grande précocité. À
cultiver partout.
Ciboule rouge. – (ou commune) Variété productive et très rustique, très recherchée pour les assaison-
nements. À cultiver partout.
Ciboulette. – Avant beaucoup de rapport avec la ciboule, mais poussant en touffes très fines et très
serrées. Ne donne pas de graines. À repiquer partout.
Concombre blanc hâtif. – La meilleure variété à cultiver, joignant la précocité au volume et à la qualité.
À cultiver partout.
Concombre blanc de Bonneuil. – Plus tardif, mais énorme et excellent. À cultiver partout.
Concombre à cornichons vert de Paris. – Le meilleur de tous pour faire des cornichons. C’est son
unique emploi. Aucune variété ne peut le remplacer, ni par son petit volume ni par sa couleur vert foncé.
À cultiver partout.
Concombre vert long épineux. – Bonne variété très hâtive et de qualité excellente. A cultiver partout.
Concombre brodé de Russie. – Excellente variété, très précoce à cultiver sous châssis et en pleine-terre.
Cresson de fontaine. – Plante des plus recommandables sous tous les rapports, mais demande à être
semée dans un terrain très humide et même arrosée par un léger courant d’eau, à cultiver partout.
Cresson de jardin. – Plante vivace, rustique et des plus précieuses dans les localités où il n’y a pas de
cressonnières. Le cresson de jardin a la même fouille et la même saveur que celui de fontaine ; il est égal
en qualité,et de plus il vient partout et dans tous les sols. À cultiver partout.
Cresson alénois. – Excellent pour assaisonnement ; sa saveur et son piquant sont très appréciés. À
cultiver partout. .
Cresson alénois frisé. – Même qualité et même emploi que le précédent, mais plus élégant : la feuille
est très frisée. À cultiver partout.
Cresson alénois nain très frisé. – Variété naine, ayant les mêmes qualités que les précédentes.
Crosne du Japon. – Plante très rustique et très productive ; mais, les tubercules se conservant mal, il
faut les laisser en terre et ne les arracher qu’au fur et à mesure des besoins. Tubercules petits, mais très
nombreux, dont le goût a quelque ressemblance avec le topinambour. À essayer un peu partout, comme
légume d’hiver additionnel.
Échalote de Jersey. – Très hâtive, productive et moins forte que l’échalote commune. À cultiver partout.
Épinard de Flandre. – Belle et bonne variété, belles feuilles, excellente pour le nord et est.
Épinard rond. – Variété rustique et productive, pour les climats du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Épinard d’Angleterre. – Magnifique, à très larges. Très productif.
Épinard à feuilles de laitue. – Très belle et excellente variété, à feuilles cloquées, énormes, très pro-
ductive. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Épinard monstrueux de Viroflay. – Variété des plus recommandables par sa vigueur et son énorme
produit. Les feuilles, très abondantes, sont monstrueuses, c’est le mol, et bonnes de qualité. A cultiver dans
le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Épinard lent à monter. – Excellente variété, ayant toutes les qualités des précédentes, et en outre la
plus lente à monter à graines. À cultiver partout.
Partie 3, Chap. 5 118
Fèves naines à châssis. – La plus petite de toutes, spécialement employée pour la culture sous châssis.
À cultiver partout.
Fèves de marais. – Très productive pour le nord, l’est et l’ouest.
Fèves de Séville. – Superbe variété, à très longues cosses, excellente pour l’est, l’ouest, le centre, le midi
et une partie du nord. Dans l’extrême nord, la précédente réussit mieux.
Fèves naines vertes de Beck. – Bonne variété, très naine, remarquable par sa grande précocité et ne
pouvant être remplacée pour donner des fèves en robe ; qualité supérieure, et ayant le mérite de pouvoir
être semée jusqu’en juin. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest, le centre et le midi.
Fraisiers des quatre saisons (dits fraises remontantes)
Fraisier de Gaillon sans filet à fruit rouge. – et Fraisier de Gaillon sans filet à fruit blanc. –
Variétés par excellence parmi les petites fraises. Qualité hors ligne, fertilité, production continue de mai
aux gelées, et pas de coulants. À cultiver partout.
Fraisier belle de Meaux. – Excellente variété, très. Rustique, fertile, à fruit rouge foncé se succédant
pendant toute la saison. À cultiver partout.
Fraisiers à gros fruits
Fraisier Marguerite Lebreton. – La meilleure des grosses fraises. Très fertile et rustique. À cultiver
partout.
Fraisier Princesse Royale. – Grosse fraise précoce, très fertile, excellente pour forcer et pour le marché,
mais n’ayant pas la saveur de la précédente.
Fraisier Docteur Morère. – La plus grosse des fraises connues, rustique, fertile et excellente de qualité.
C’est une fraise de saison des plus recommandables ; elle fera toujours sensation dans tous les desserts.
Parmi les fraises énormes, je citerai les plus grosses : Docteur Nicaise et Maréchal de Mac-Mahon,
joignant le volume et la qualité.
Il est beaucoup d’autres variétés très recommandables que je passe sous silence. Cependant je dois
signaler comme une des meilleures variétés de grosses fraises : Héricart de Thury. Cette fraise grosse,
d’un rouge vif et de bonne qualité, est très précoce ; le fraisier très vigoureux vient partout et sans grands
soins. C’est une des variétés les plus précieuses pour la culture en plaine ou dans le verger Gressent.
Giraumont turban. – Variété de qualité remarquable pour les potagers. À cultiver partout sur poquets,
et en pleine terre dans le midi.
Giraumont petit de Chine. – Variété hâtive à petits fruits. Même culture.
Giraumont courge de l’Ohio. – Rustique, fertile ; fruit de la grosseur du giraumont, mais de qualité
hors ligne ; rien n’égale sa finesse. À cultiver partout.
Haricot nain Bonnemain. – Variété ayant l’immense mérite d’être plus hâtive que toutes les variétés
connues, et des plus propres à la culture sous châssis par sa petite taille. Les touffes sont basses et trapues,
la feuille vert pale, les fleurs blanches, le grain blanc ayant quelque analogie avec celui des flageolets. C’est
une des meilleurs variétés pour primeur. À cultiver partout.
Haricot nain flageolet d’Étampes. – Variété sans rivale pour faire des haricots verts, autant pour sa
précocité que pour la qualité et l’abondance de ses produits. À cultiver partout.
Haricot nain flageolet de Paris. – Restant vert, même lorsqu’il est sec. Il n’a pas d’égal comme haricot
à manger en grains frais ; c’est le meilleur de tous. Très fertile, hâtif, excellent en vert, et réussissant en
toute saison. Cette remarquable variété devrait être cultivée partout.
Haricot nain flageolet nain triomphe de châssis. – Nouvelle et précieuse variété à grain vert, la
meilleure à cultiver sous châssis, très naine et d’une précocité remarquable, dépassant en production,
toutes les autres variétés similaires. À cultiver partout,
Haricot nain flageolet merveille de France. – Variété des plus méritantes, très hâtive et productive,
ayant l’avantage de conserver son grain toujours très vert. À cultiver partout.
Haricot nain chocolat. – Variété à écosser, très naine et de bonne qualité, excellente pour la culture
sous châssis, très précoce. À cultiver partout.
Haricot nain flageolet hâtif à feuilles gaufrées. – Très bon haricot pour vert, de bonne qualité,
d’une fertilité peu commune, très hâtif, excellent pour la pleine terre, et précieux pour châssis. À cultiver
partout.
Haricot nain noir de Belgique. – Variété très fertile, très hâtive, très précieuse pour faire des haricots
verts en toute saison, surtout dans les contrées froides. À cultiver partout.
Haricot nain flageolet rouge. – Le meilleur et le plus beau des haricots rouges, excellent et très fertile.
À cultiver partout.
119 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Haricot nain flageolet jaune. – Excellente variété, précoce, rustique et d’un produit énorme ; pré-
cieuse pour faire des haricots verts. À cultiver partout, surtout dans le verger Gressent, et même dans la
plaine.
Haricot nain jaune cent pour un. – Très bonne variété naine, très rustique et d’une production abon-
dante, à cultiver partout, surtout dans le nord et l’est.
Haricot nain Bagnolet gris. – Une des meilleures variétés pour haricots verts, la plus répandue aux
environs de paris, très bonne qualité et productive. À cultiver partout.
Haricot nain merveille de Paris. – Variété excellente pour haricots verts, plante vigoureuse, très pro-
ductive, ayant beaucoup de ressemblance avec le Bagnolet, mais plus naine et ayant comme lui le grain
légèrement noirâtre panaché. À cultiver partout.
Haricot nain jaune de Chine. – (sans parchemin) Qualité supérieure en grains frais et secs, très fertile.
Venant bien partout, réussissant bien dans le midi.
Haricot nain de Soissons. – Bonne variété pour manger en grains secs. Fertile, bon de qualité, mais
inférieur au Soissons à rames. Ce haricot est sujet à la pourriture ; il ne faut le cultiver que dans les terres
saines, dans l’est et le centre.
Haricot nain (mange-tout) beurre noir. – Variété très recommandable de mange-tout, bon de qualité
et productif. À cultiver partout.
Haricot nain (mange-tout) beurre blanc. – Mange-tout excellent. Même emploi que le précédent,
mais plus fin. À cultiver partout.
Haricot nain (mange-tout) princesse. – (sans parchemin) Très fertile, rustique, et excellent de qualité,
en grains verts et secs. À cultiver partout.
Haricot à rames (mange-tout) beurre noir d’Alger. – (sans parchemin) Excellent et fertile, un des
meilleurs mange-tout. À cultiver sous tous les climats.
Haricot à rames (mange-tout) beurre blanc. – Excellent, un peu moins productif que le noir, mais
plus délicat. À cultiver partout.
Haricot à rames (mange-tout) princesse. – Mange-tout des plus appréciés, très productif et bon de
qualité. À cultiver partout,
Haricot à rames (mange-tout) Prédomme. – (friolet ou carré de Caen) Même emploi et mêmes qualités
que le précédent, réussissant mieux sous les climats froids et humides. À cultiver partout et surtout dans
le nord, l’est et l’ouest.
Haricot à rames (mange-tout) intestin. – Variété très méritante comme qualité et production, comme
le prédomme légèrement tardive. À cultiver partout.
Haricot à rames (à écosser) de Soissons. – Très gros, excellent en grains secs et très productif. C’est
le roi des haricots en grains. Le préférable pour le nord, l’est, l’ouest et le centre. Il réussit également dans
le midi.
Haricot à rames (à écosser) sabre. – Qualité hors ligne pour manger en sec. Le grain est moins gros que
le précédent ; il est d’une fertilité prodigieuse. Les cosses sont abondantes et d’une longueur démesurée ;
la peau du grain est mince comme une pelure d’oignon. À cultiver partout.
Laitue de printemps crêpe. – Variété précieuse, en ce qu’elle peut accomplir sa végétation sous châssis
ou sous cloches, sans prendre l’air. C’est la seule dans ce cas et la laitue par excellence pour cultiver l’hiver.
À cultiver partout, sur couches, sous châssis et sous cloches.
Laitue de printemps gotte. – Excellente petite variété, en ce qu’elle pomme tout de suite aussitôt qu’elle
a sept ou huit feuilles. À cultiver partout, sous cloches et en pleine terre.
Laitue de printemps gotte lente à monter. – Ayant les qualités de la précédente, plus grosse, un
peu moins hâtive, mais montant très difficilement. C’est la laitue par excellence pour cultiver l’hiver sous
cloches, et au printemps en pleine terre.
Laitue de printemps cordon rouge. – Jolie et bonne laitue, pommant bien ; en la semant en juillet et
août, elle passe l’hiver en pleine terre sans couverture, et donne d’excellente salade pendant l’hiver et au
printemps. À cultiver partout,
Laitue d’été merveille des quatre saisons. – Très belle et bonne variété, fortement colorée de rouge,
très productive et d’excellente qualité, précieuse en ce qu’elle réussit en toutes saisons et supporte très
bien la chaleur. À cultiver partout.
Laitue d’été grosse blonde paresseuse. – Belle et bonne variété, pomme énorme aplatie au sommet,
très productive et supportant bien la chaleur. À cultiver partout.
Laitue d’été de Batavia. – Belle et bonne variété, à pomme énorme, et très tendre. À cultiver partout.
Partie 3, Chap. 5 120
Laitue d’été de Bellegarde. – Variété d’avenir, encore peu connue, et qui devrait être cultivée partout.
Elle est remarquable autant par son volume que par sa qualité.
Laitue d’été sanguine à graine noire. – La meilleure de toutes les laitues rouges, qualité sans égale, à
cultiver partout.
Laitue d’été impériale. – Magnifique et excellente laitue à pomme très grosse et de bonne qualité,
supportant bien la chaleur et la sécheresse. À cultiver partout.
Laitue d’été blonde de Chavigné. – Bonne variété, lente à monter, pomme régulière et très serrée, se
formant très vite. À cultiver partout.
Laitue d’été Triomphe. – Belle et bonne laitue à pomme très grosse, montant difficilement et ayant
l’avantage de pouvoir être cultivée en toutes saisons, supporte bien le froid. À cultiver partout.
Laitue d’été Palatine. – Belle et bonne variété, très grosse, parfaite et pommant bien. À cultiver partout.
Laitue d’été blonde d’été. – Bonne variété d’été pour le nord, l’est, l’ouest et le centre. Semer d’avril à
juin.
Laitue d’été de Versailles. – Belle et bonne variété. À cultiver partout.
Laitue d’été Bossin. – Énorme, mais pommant moins facilement que la Bellegarde ; cette variété résiste
bien à la chaleur. Bonne pour le centre et le midi.
Laitue d’été chou de Naples. – Monstrueuse et très bonne, acquérant le volume d’un petit chou. À
cultiver partout.
Laitue d’été Chartreuse. – Pomme énorme, montant difficilement, excellente de qualité. C’est une des
meilleures et des plus belles laitues d’été. À cultiver partout.
Laitue d’été à couper. – Variété de la salade très vite sur couche et en contre-plantation. On la récolte
dès que les quatre ou cinq premières feuilles sont formées. À cultiver partout sous châssis et en pleine
terre en une exposition abritée.
Laitue d’été frisée à couper. – Variété des plus recommandables par sa prompte végétation et sa
fertilité, comme par l’élégance de ses feuilles. Très lente à monter.
Laitue d’hiver grosse brune. – Belle et bonne variété, pommant lentement, mais pomme énorme. À
cultiver partout. La laitue grosse brune, semée en juillet et août, passe l’hiver en pleine terre sous couver-
ture.
Laitue d’hiver rouge d’hiver. – Bonne variété, résistant à des gelées rigoureuses, et donnant de belles
pommes pendant tout l’hiver t au printemps, quand on la sème en juin, juillet et août ; elle passe l’hiver
sans couverture. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Laitue d’hiver de la Passion. – Bonne variété d’hiver, pommant parfaitement et passant l’hiver en
pleine terre sans couverture. Semée en août, elle donne des salades superbes à la fin de l’hiver et au
printemps. À cultiver partout.
Laitue d’hiver de Trémont. – Pomme grosse, blond lavé et tacheté de roux. À cultiver partout.
Romaine sanguine. – Belle et bonne salade d’été,329 troisième partie, — cultures générales
Flagellée de rouge, qualité supérieure cl de volume. À cultiver partout.
Romaine chicon pomme en terre. – Excellente petite romaine, pommant vite et bien, se coiffant natu-
rellement et de qualité hors ligne. À cultiver partout.
Romaine verte. – Belle et bonne variété, pour toutes saisons, sous cloches comme en pleine terre, se
coiffant sans être liée. À cultiver partout.
Romaine verte d’hiver. – Très bonne variété, très rustique et peu sensible au froid, précieuse pour
cultiver partout pendant l’hiver, en la semant en septembre.
Romaine blonde. – Moins verte que les précédentes et plus grosse ; la romaine blonde est justement
estimée pour son volume, sa blancheur et sa qualité. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Romaine grise maraîchère. – Très bonne variété, se coiffant sans être liée, excellente de qualité. À
cultiver partout.
Romaine rouge d’hiver. – Son principal mérite est de supporter les petites gelées. Précieuse surtout
dans le nord et l’est, pour l’automne, l’hiver et le printemps.
Romaine ballon. – Belle et bonne variété. A cultiver partout, autant pour son volume que pour sa qualité.
Lentille blonde. – La meilleure variété pour les climats de l’ouest et du centre.
Mâche ronde. – Bonne variété, très rustique. À cultiver partout.
Mâche ronde à grosse graine. – Excellente, donnant des touffes plus larges et mieux fournies que la
précédente. À cultiver partout.
121 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Mâche à feuilles de laitue. – Touffes très fournies, feuilles larges, blondes et tendres, ayant l’aspect
de celles de la laitue. C’est la mâche par excellence, autant pour sa remarquable qualité et sa jolie couleur
que pour l’abondance de son produit.
Mâche verte à cœur plein. – Très bonne variété formant de belles touffes presque pommées. À cultiver
partout.
Melon Gressent. – Fruit moyen, à écorce mince, verte, jaunissant en partie à la maturation complète et
à chair foncée. Qualité supérieure et rusticité sans égale, le melon Gressent remplace avec avantage toutes
les variétés hâtives ; il est plus gros, plus rustique, et d’une qualité supérieure à tous ceux connus. Je l’ai
grossi encore, sans lui rien faire perdre de sa qualité.
Je n’ai jamais récolté un melon médiocre depuis plus de trente ans que j’ai obtenu cette variété. Le melon
Gressent, élevé sous châssis ou sous cloche, peut être mis en place en pleine terre. À cultiver partout. J’ai
laissé cette précieuse variété dans toute se pureté à M. A. Blanche.
Melon cantaloup superfin Gressent. – Beaucoup plus gros et presque aussi rustique que le précédent.
Fruits gros et moyens, à écorce verte, très rugueuse, et à chair foncée. Qualité hors ligne, finesse à nulle
autre pareille ; c’est le meilleur comme je plus fin de tous les melons.
Le cantaloup superfin a victorieusement subi les épreuves de la pleine terre, où il m’a donné des fruits
superbes et excellents, et jamais un melon médiocre.
Ces deux variétés, d’une qualité supérieure, demandent moitié moins de soins que tous les autres. Grâce
à ces deux variétés, les résultats les plus satisfaisants ont été obtenus dans l’extrême nord, et depuis, en
Angleterre, où le melon n’existait qu’à l’état herbacé ; et par nos instituteurs primaires, avec de simples
abris économiques le plus souvent. À cultiver partout.
Melon cantaloup d’Alger. – Beau et bon melon, à chair ferme, rouge, parfumée et savoureuse, mais
quelquefois un peu sèche. Variété rustique et fertile. À cultiver partout, et surtout dans le midi, où elle
donnera les meilleurs résultats,
Melon Prescot fond blanc. – Bonne variété pour le climat du nord et de l’est ; c’est elle que les ma-
raichers de paris cultivent de préférence On a cherché à grossir ce melon démesurément ; il y a perdu
beaucoup de sa qualité. Passé les rives de la Loire, le prescot fond blanc dégénère et devient médiocre.
Melon noir des Carmes. – Variété très précoce et assez rustique, mais ayant l’inconvénient de brancher
fournir trop de ramifications. Fruit moyen et petit, à écorce lisse, vert presque noir et à chair rouge, souvent
un peu grosse. Bon de qualité. À cultiver partout.
Melon sucrin de Tours. – Variété demi-hâtive, bonne qualité, à chair rouge orange. Culture facile.
Melon vert grimpant. – Variété petite et de qualité médiocre.
C’est une espèce encore nouvelle dont on a fait grand bruit et que le commerce a livrée à la réclame la
plus bruyante. Le melon vert grimpant est mangeable, rien de plus. Il a l’avantage de venir très facilement
et de s’enchevêtrer vite dans de grandes rames, où il fructifie beaucoup ; cela est vrai, et peut même avoir
son utilité, mais ne prouve pas, comme voudrait le faire dame réclame, que ce soit une variété des plus
recommandables, et encore moins un trésor, comme l’ont dit certains organes de la presse dite horticole,
sans avoir goûté un de ces melons, et très probablement sans en avoir vu un pied.
Pastèque à graine noire. – Bon fruit à chair rose et à graine noire, mais ne valant pas à beaucoup près
un bon canlaloup, et mûrissant dans l’extrême centre ou le midi seulement.
Navet blanc plat hâtif. – Excellente variété, la plus hâtive de toutes, précieuse pour les semis de
printemps, époque à laquelle on manque toujours de navet. À cultiver partout
Navet des vertus (race marteau). – Demi-long, blanc, tendre ; très bonne variété, des plus hâtives,
mais demandant un bon sol. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Navet de Meaux. – Long, blanc, demi-sec, rustique, excellent de qualité et peu difficile sur le sol ; il réussit
bien dans les terres un peu fortes. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Navet de Freneuse. – Long, blanc, sec, demi-hâtif, remarquable de qualité et de bonne garde. A cultiver
partout, excepté dans le midi.
Navet boule d’or. – Variété rustique, jaune, de qualité supérieure, et réussissant bien dans tous les sols
médiocres, sous les climats du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Navet jaune long. – Bonne variété rustique, et venant bien dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Navet plat à collet violet. – Variété rustique, très grosse, bonne de qualité, précieuse pour le nord et
l’est, en ce qu’elle supporte la gelée. À cultiver partout. Surtout pour la culture extensive.
Navet jaune de Hollande. – Variété de forme presque ronde, à chair jaune, tendre et sucrée demi-tardif.
À cultiver partout.
Partie 3, Chap. 5 122
Navet boule de neige. – Belle et bonne variété, chair d’un blond mat, de forme arrondie légèrement
déprimée, hâtif et productif. À cultiver partout.
Navet demi-long hâtif de Paris. – Variété de forme cylindrique, presque pointu, chair blanche, tendre
et sacrée. Réussissant très bien dans des sols légers, recommandé pour la culture maraichère. À cultiver
partout.
Navet jaune d’Écosse. – Belle et bonne variété, des plus productives, venant à peu près dans tous les
sols et sous tous les climats. À cultiver partout.
Navet gris de Morigny. – Variété rustique et de qualité hors ligne, demi-hâtive, couleur gris noirâtre.
Navet jaune de Montmagny. – Belle et rustique variété, à collet rouge, venant partout, et produisant
beaucoup. Très précieux pour les grandes exploitations. À essayer partout.
Navet rave du Limousin. – Navet rave d’Auvergne. – Navet gros de Norfolk. – Navet long
d’Alsace. – Navet turneps (vrai). – Bonnes et excellentes variétés à cultiver pour les animaux.
Oignon blanc hâtif de Valence. – C’est la variété par excellence pour les oignons de printemps, sous
tous les climats. On sème en août, et l’on repique avant l’hiver, pour obtenir des oignons nouveaux en avril
et mai. À cultiver partout ; on n’en fera jamais assez. Ces oignons sont bons à consommer au moment où
tous ceux conservés poussent, et jusqu’à ce que les nouveaux soient mûrs.
Oignon blanc très hâtif de Paris. – , Oignon blanc très hâtif de Vaugirard. – Variétés des plus
méritantes, ayant les mêmes qualités que l’oignon de Valence, mais plus précoce. À cultiver partout.
Oignon jaune des vertus. – Excellente variété de saison et de très longue garde. Pour le nord, l’est,
l’ouest et le centre.
Oignon rouge pâle de Niort. – Excellent, très rustique et de bonne garde. À cultiver dans tous les sols
où l’oignon jaune vient mal, et sous tous les climats.
Oignon jaune de Cambrai. – Belle et bonne variété venant bien dans les terres : un peu fortes, et d’assez
longue garde. À cultiver dans les régions froides, dans les terres compactes.
Oignon jaune de Mulhouse. – Graine à semer très épais, pour récolter des oignons gros comme une
noisette, que l’on repique. (Voir ci-dessous : oignons Mulhouse bulbes.)
Oignon jaune plat de Villefranche. – Variété de grosseur moyenne, rose jaunâtre, précoce, bon de
qualité et de bonne garde. À cultiver partout.
Oignon géant de Zitteau. – Très gros, rustique et très productif.
Oignon rouge monstre. – Assez gros pour couvrir le fond d’une assiette. Dans le nord, l’est, l’ouest et
le centre, il faut le semer sous châssis en janvier, pour le repiquer en pleine terre, à 30 centimètres en tous
sens, vers le mois de mars. Dans ces conditions, il atteint un volume énorme, mais il lui faut le temps de
se développer. À cultiver partout,
Oignon de Mulhouse (bulbes). – Petits oignons, gros comme une petite noisette, dont l’Alsace a la
spécialité. On repique ces petits oignons en planche au printemps, et ils fournissent à la fin de l’été des
oignons énormes. À cultiver dans le potager de la ferme et pour le marché, où ils sont très recherchés.
Oseille de Belleville. – Excellente variété, à larges feuilles, très productive, mais acide. À cultiver par-
tout.
Oseille feuille d’épinard. – Plante précieuse par le quantité de fourrage qu’elle produit ; les feuilles
atteignent la longueur de 80 centimètres. Elle manque d’acidité, et en cela elle est fort utile pour mêler
avec l’oseille de Belleville, souvent trop acide. À cultiver partout, surtout dans les grandes exploitations,
où elle devient une ressource alimentaire.
Oseille à feuilles de laitue. – Belle variété à feuilles larges et étoffées, très productive, moins acide
que l’oseille de Belleville ; c’est une variété à introduire partout, et à essayer sous tous les climats de la
France.
Panais long. – Variété convenant aux terrains profonds, dans les pays chaude. Excellent pour le centre
et le midi.
Panais rond. – Plus hâtif et préférable pour les jardins dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Panais demi-long de Guernesey. – Très belle et très bonne variété. À cultiver partout
Persil commun. – C’est l’antique persil que tout le monde connait, rustique, vigoureux, donnant quantité
de feuilles, repoussant toujours et capable de suffire aux exigences du plus grand restaurateur : de plus il
donne une excellente nourriture pour les lapins, à cultiver partout.
Persil frisé. – Toutes les qualités du précédent, un peu moins vigoureux, mais ayant les feuilles frisées.
Le persil frisé est très recherché pour l’ornementation des plats ; c’est le persil de table par excellence. À
cultiver partout.
123 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Persil à feuilles de fougère. – Variété ornementale, à feuilles vert foncé, finement découpées et imitant
celles de la fougère. Il rend de grands services pour la décoration des plats, en donnant un ton différent du
persil frisé. A cultiver partout.
Piment de Cayenne. – Rouge, long, de moyenne grosseur, le plus employé comme condiment. À cultiver
partout, en semant et repiquant sur couches, pour mettre en pleine terre en mai ou juin.
Piment cerise. – Charmante plante, bien faite, portant quantité de fruits rouges de la grosseur et de la
forme d’une belle cerise. Même emploi, mêmes qualités et même culture que le précédent. Au besoin le
piment-cerise peut être employé comme plante ornementale, à une exposition très chaude.
Piment carré doux. – Belle et bonne variété de piment, très appréciée en France. Ce piment laisse son
goût sans emporter la bouche. Fruit rouge, gros et ramassé. À cultiver partout, dans les mêmes conditions
que les variétés précédentes.
Pimprenelle petite. – La seule variété à cultiver dans les jardins, comme assaisonnement, et au besoin
pour la nourriture des lapins, etc. Vient partout et dans tous les sols, même les plus arides.
Pimprenelle grande. – Convient à la grande culture. C’est une ressource dans les plus mauvais sols
comme pâturage, et aussi comme fourrage dérobé sur des terres où rien ne pousse.
Elle peut devenir une ressource appréciable dans les potagers, et lorsqu’il y a de nombreux animaux à
nourrir. Cultivée en bordure dans le carré d du potager, elle fournit en abondance un excellent fourrage.
Pissenlits
Cette culture, aussi simple que facile, a pris une extension énorme depuis quelques années. Les pissenlits
remplacent avec un immense avantage la chicorée sauvage, pour les salades étiolées appelées barbe de
capucin.
Rien de plus commode, en effet, que de faire, à l’entrée de l’hiver, une plantation de pissenlits dans un
tonneau ou une meule placée dans la cave ou dans un cellier, et qui fournit, sans autres soins qu’un peu
d’eau de loin en loin, une excellente salade pendant tout l’hiver.
Pissenlit large feuille. – Plante d’avenir donnant de superbes salades : les louffes ont 50 à 60 centi-
mètres de diamètre. À cultiver partout.
Pissenlit cœur plein. – Variété avant les feuilles moins larges et les touffes un peu moins volumineuses
que la précédente, mais le cœur plus fourni. À cultiver partout.
Pissenlit amélioré hâtif. – Splendide variété dont les touffes mesurent jusqu’à cinquante centimètres
de diamètre. Plus hâtif que les deux variétés précédentes, et fournissant aussi plus promptement des touffes
énormes. À cultiver partout, et pour tout, dans les mêmes conditions que les deux variétés précédentes.
Pissenlit mousse, frisé comme une chicorée. – Même culture que les précédents.
Poireau monstrueux de Carentan. – Variété d’un volume énorme et d’excellente qualité. Le poireau
de Carentan peut atteindre la grosseur de six à huit centimètres de diamètre. Il détrône tous ceux connus
comme volume. A cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Poireau de Rouen. – Énorme et excellent. La meilleure variété à cultiver, après le poireau de Carentan,
dans le nord, l’est et l’ouest.
Poireau du Poitou. – Très bon, à cultiver partout dans le centre et le midi.
Poireau long d’hiver. – Moins gros que les précédents, mais très rustique, et supportant bien les gelées.
Très précieux pour les récoles d’hiver, sous les climats du nord, de l’est, de l’ouest et du centre.
Poirée blonde (bette). – La meilleure à cultiver partout, pour adoucir l’acidité de l’oseille et pour certains
usages médicaux. Feuilles larges et abondantes, employées comme les épinards.
Poirée de Lyon à carde blanche. – Moins rustique, mais plus productive que la précédente, servant
aux mêmes usages.
Pois nains très nain à châssis. – Très petit, précieux pour la culture sous châssis. À cultiver partout.
Pois nains Lévêque. – Excellent pour châssis, un peu plus grand que le précédent, donnant de bons
résultats en pleine terre et en bordures. Très fertile et le plus hâtif, bon de qualité. À cultiver partout.
Pois nains Gonthier. – Bonne variété à grains ronds, très naine, hâtive et pouvant s’employer comme
bordure.
Pois à rames de Clamart hâtif. – Très bonne variété, de bonne qualité, hâtive et très productive. À
cultiver partout.
Pois nains de Hollande. – Variété de qualité supérieure, d’une fertilité prodigieuse, donnant des pois
toujours fins et excellents, mais peu hâtive, à cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Pois nains ridé vert. – De qualité hors ligne comme tous les pois ridés, fertile, mais toujours gros ; c’est
son principal défaut. Mais l’inconvénient de la grosseur écarté, il ne reste pas de pois lisses parmi les
Partie 3, Chap. 5 124
meilleurs qui l’égalent en qualité. Le pois ridé nain vert est accepté partout, et sur les meilleures tables,
malgré sa grosseur, pour son incomparable qualité. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Pois nains merveille d’Amérique. – Excellente variété, des plus recommandables ; très nain, d’une
fertilité énorme ; grains beaucoup plus petits que le précédent, plus précoce et de qualité hors ligne. À
cultiver partout.
Pois nains vert impérial. – Variété des plus recommandables, très fertile et de bonne qualité. À cultiver
partout,
Pois nains hâtif Breton. – Mange-tout nain, très précoce et très productif, de qualité parfaite ; à cultiver
partout.
Pois à rames quarantain. – Belle et bonne variété, des plus fertiles, donnant toujours la première d’ex-
cellents petits pois, quand on a eu la précaution de la semer en novembre, décembre ou janvier au plus tard.
Dans ce cas, grande précocité et excellente qualité. À cultiver partout, même sous le climat de l’olivier, où
elle fera merveille, en la semant dès le mois d’octobre.
Pois à rames Prince Albert. – Très précoce, j’en conviens, mais laissant à désirer pour la qualité, dans les
sols manquant de calcaire. Je l’avais laissé de côté pour son manque de qualité, et le reprends aujourd’hui
en raison de sa précocité. À cultiver partout, mais en petite quantité, et uniquement pour attendre quelques
jours les excellents fruits des autres variétés.
Pois à rames Caractacus. – Presque aussi précoce que le prince Albert, très productif et de qualité
supérieure. On ne cultivera jamais assez cette remarquable variété pour sa qualité et sa fertilité. À semer
partout.
Pois à rames Michaud de Hollande. – Le roi des pois de saison, comme qualité, précocité et fertilité. À
cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Pois à rames ridé de Knigt grains blancs. – Très productif, un des meilleurs qui existent, mais toujours
gros, comme tous les poids ridés. À cultiver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Pois à rames de Clamart tardif. – De qualité supérieure, tardif, le seul réussissant bien à l’arrière-saison.
À cultiver partout ; semer d’avril à août sous tous les climats.
Pois à rames serpette. – Bonne variété, pas assez connue, de qualité remarquable et très fertile. Le pois
serpette est un des meilleurs pois de saison ; il-donne toujours des pois fins et savoureux en abondance.
À cultiver partout ; semer de février à avril.
Pois à rames express. – Excellente variété, très hâtive, à grains ronds verts, de très bonne qualité et très
productive. À cultiver partout.
Pois demi-rames corne de bélier. – Le meilleur des pois mange-tout, très fertile et de bonne qualité. À
cultiver partout.
Pomme de terre précoce à feuilles d’orties. – Variété, de qualité supérieure, très précoce et produisant
le double des variétés anciennes. Précieuse pour la culture, sous châssis et en pleine terre. On n’en fera
jamais assez. À cultiver partout.
Pomme de terre précoce Royale Kidney. – Variété anglaise d’un grand mérite, très rustique, productive,
et de bonne qualité ; presque aussi hâtive que la feuille d’ortie. À cultiver partout.
Pomme de terre précoce Marjolain quarantaine. – C’était la meilleure variété et la plus hâtive avant
la feuille d’ortie et la Royale Kidney. À cultiver partout sur couche et en pleine terre, pour faire des pommes
de terre nouvelles. Planter sur couches de janvier à mars, et en pleine terre en mars.
Pomme de terre de saison ronde hâtive de Boulogne. – Variété hâtive et de bonne qualité, très
productive et excellente pour la grande culture.
Pomme de terre de saison Roberston. – Très hâtive et de grand produit, bonne de qualité, très recom-
mandable.
Pomme de terre de saison early rose. – Excellente variété, hâtive, précieuse pour la grande culture et
les établissements ayant un nombreux personnel.
Pomme de terre de saison jaune demi-longue hâtive. – Qualité hors ligne, des plus productives. À
propager partout,
Pomme de terre de saison jaune de Hollande. – Hâtive, excellente et très fertile. La meilleure pour la
table, le jardin elle marché. On ne saurait assez multiplier cette précieuse variété sous tous les climats.
Pomme de terre de saison saucisse. – Rouge, très bonne, des plus productives et de longue garde, à
cultiver partout,
125 Variétés de légumes à cultiver, avec indication du climat propre à chacune d’elles
Pomme de terre de saison pousse-debout. – Bonne variété de saison, demi-tardive, rouge rose, très pro-
ductive, ne s’écrasant pas dans les ragoûts, remplaçant avec avantage la vitelotte, d’une infertilité déses-
pérante. À cultiver sous tous les climats.
Pomme de terre tardive merveille d’Amérique. – Rouge-violet, ronde, de bonne qualité, de plus d’une
fertilité prodigieuse : rien n’égale le rendement de cette magnifique et excellente variété. À cultiver partout,
dans la plaine comme dans les jardins, sous tous les climats de la France : des plus précieuses pour la grande
culture et les établissements ayant un nombreux personnes.
Les innombrables variétés de pomme de terre dont le commerce emplit ses catalogues ont donné lieu à
un trafic important, surchauffé encore par les réclames et les concours de toute nature.
La liberté commerciale est une chose respectable ; je m’incline devant elle, et me contente du peu de
variétés que j’indique, parce qu’elles sont suffisantes pour donner à coup sûr, à mes adeptes, d’excellentes
pommes de terre pendant toute l’année.
Potiron jaune gros. – variété énorme, le plus gros de tous, comestible, et précieux pour les animaux. À
cultiver sur poquets dans le nord et l’est, et en pleine terre dans l’ouest, le centre et le midi.
Potiron vert d’Espagne. – Moins gros que le précédent, mais d’une qualité remarquable. À cultiver sur
poquets dans le nord et l’est et en pleine terre dans l’ouest, le centre et le midi.
Potiron rouge d’Étampes. – Excellente variété très rustique et de qualité supérieure. À cultiver partout.
Pourpier doré à larges feuilles. – Très belle et excellente variété dont les feuilles peuvent être mangées
cuites ou en salade. À cultiver partout.
Radis rond rose à châssis. – Variété spéciale pour la culture sous châssis, très hâtif, excellent de qualité
et ayant les feuilles moins grandes que celles des autres variétés, avantage des plus grands pour la culture
sous châssis, à cultiver partout.
Radis rond rose hâtif. – Bonne variété, à cultiver sous châssis, sous cloches et en pleine terre, sous tous
les climats.
Radis rond rose à bout blanc. – Mêmes qualités et culture que le précédent.
Radis demi-long rose à bout blanc. – Jolie et excellente variété, très précoce sous châssis et en pleine
terre, de qualité hors ligne et ayant le mérite de venir très vite. À cultiver partout.
Radis jaune rond hâtif d’été. – Excellent, piquant et précoce ; fait le meilleur des effets dans les raviers,
où son coloris étonne tout le monde.
Radis gris rond d’été. – Mêmes qualité et culture que le radis jaune d’été.
Radis blanc rond hâtif. – De qualité hors ligne et d’une précocité remarquable. C’est le premier radis
que l’on obtient sur couche, avec la plus grande facilité. À cultiver partout.
Radis écarlate demi-long. – Excellent radis de pleine terre, qualité supérieure, un peu piquant. À culti-
ver dans le nord, l’est, l’ouest et le centre.
Radis violet d’hiver. – Chair fine et excellente. Ce radis devient aussi gros qu’une betterave, et est bien
supérieur en qualité au radis noir. À cultiver partout.
Radis noir long d’hiver. – Variété très répandue, mais ne valant pas le radis violet d’hiver.
Radis rose de Chine. – Tr�