Communication et organisation
40 | 2011
Âges et générations : la communication revisite ses
publics
La notion de compétences relationnelles : une
conception utilitariste de la relation à l’autre
Odile Camus
Éditeur
Presses universitaires de Bordeaux
Édition électronique Édition imprimée
URL : http:// Date de publication : 1 décembre 2011
communicationorganisation.revues.org/3585 Pagination : 127-140
DOI : 10.4000/ ISBN : 978-2-86781-745-8
communicationorganisation.3585 ISSN : 1168-5549
ISSN : 1775-3546
Référence électronique
Odile Camus, « La notion de compétences relationnelles : une conception utilitariste de la relation à
l’autre », Communication et organisation [En ligne], 40 | 2011, mis en ligne le 01 décembre 2014,
consulté le 30 septembre 2016. URL : http://communicationorganisation.revues.org/3585 ; DOI :
10.4000/communicationorganisation.3585
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© Presses universitaires de Bordeaux
C&O n°39 ANALYSES
La notion de compétences relationnelles :
une conception utilitariste de la relation à l’autre
Odile Camus1
La notion de « compétences relationnelles et sociales » (CRS)2 : un peu plus de
confusion dans le domaine problématique de l’évaluation des compétences ?
Quel article traitant de compétences ne commence-t-il pas par souligner
la polysémie du terme et le flou conceptuel entourant la notion ? Ajoutant à
la confusion, les CRS sont devenues incontournables, - souvent considérées
comme clef de l’employabilité, et base de la réussite professionnelle. Leur
désignation est de plus multiple : sociales ou relationnelles (ce deuxième terme
étant d’un usage plus récent), mais aussi compétences comportementales,
ou professionnelles (entendu comme transversales), ou encore savoir faire
relationnel (substitut direct du savoir être), et même « volonté de travailler »
ou « volontés professionnelles ». Par delà la diversité croissante des pratiques
d’évaluation professionnelle et de leurs finalités, et partant le foisonnement
des définitions et des références impliquant de multiples disciplines, est-il
possible de trouver quelques lignes transversales pour appréhender l’éventuelle
consistance de la notion ?
Le modèle des compétences possède certes une consistance interne forte
et maintes fois décrite, qui lui est conférée par sa fonction idéologique
notamment mise en évidence dans l’analyse de ses conditions d’émergence
(sous-emploi, dévalorisation des acquis scolaires, etc...). Cette notion serait
nécessaire à la reproduction d’un modèle entrepreneurial qui ne chercherait
pas tant l’objectivité dans l’évaluation des personnes, que, finalement, le
maintien et la légitimation d’une hiérarchie professionnelle reflétant la
1. Odile Camus est Maître de Conférences HDR en psychologie sociale à l’Université de Rouen. Ses travaux
portent sur les processus idéologiques appréhendés du point de vue d’une psychologie sociale de la com-
munication. Cette étude intervient dans le cadre du contrat ANR 08-COMM-043. « Savoir communiquer » :
approche critique de l’efficacité persuasive ;
[email protected].
2. L’usage actuel tendant à les confondre, nous avons choisi de ne pas les distinguer ici. Cela étant la notion
de compétence(s) sociale(s) reste plus fréquente dans une acception large incluant tous les contextes de la
vie, tandis que celle de compétences relationnelles (toujours au pluriel d’ailleurs) reste plus spécifique au
contexte professionnel.
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C&O n°40
hiérarchie sociale. De ce point de vue, la notion même de compétence prend
ancrage dans le modèle normatif de l’individualisme libéral tel que décrit en
particulier dans Beauvois (2005). Ce modèle en effet favorise l’occultation des
déterminismes sociaux au profit d’une mise en cause des personnes dans leurs
parcours professionnel (en particulier : domaine de l’insertion).
Il n’en reste pas moins que le champ des CRS ressemble à une mosaïque
de caractéristiques disparates. Sera examiné ici l’usage de la notion dans
des contextes variés, constitués en quelque sorte en « formation discursive »
(Foucault 1969). La notion de formation discursive permet de rendre
compte de l’organisation sous-jacente (« ensemble de règles ») à un ensemble
d’énoncés a priori hétéroclites, voire contradictoires, sur un objet donné.
Cette notion présuppose une cohérence entre tous les discours co-occurrents
dans une « épistémé » donnée - quel que soit leur statut au regard des savoirs
légitimes. Les textes scientifiques retiendront donc notre attention au même
titre que les productions les plus visiblement marquées idéologiquement. À
notre sens, et en dépit des distances de Foucault d’avec la notion d’idéologie,
cette cohérence rend compte de l’idéologie au sens strict du terme, et une
approche en termes de formation discursive permet d’en saisir la face obscure,
celle des évidences non problématisées.
La signification de la notion de CRS : de la polysémie manifeste à la cohérence
implicite
Les définitions dans les offres de formation et d’évaluation
Le premier corpus est constitué de 21 offres de formation et d’évaluation
en matière de CRS, offres émanant des prestataires les plus variés (organismes
de bilan de compétences, conseils en communication, coaching, etc. Voir
annexe). L’analyse, qualitative et articulant analyse de contenu et analyse du
discours, est focalisée sur les référents des CRS et leurs interrelations, ainsi
que sur leur expression lexicale. Le format prototypique de ces offres peut être
succinctement décrit de la manière suivante : énumération de caractéristiques
variées en guise et place de définition ; usage systématique, bien que non
exclusif, du lexique personnologique ; absence de références théoriques
(psychologiques notamment)... On ne peut y trouver matière pour une
définition scientifique des CRS. L’analyse de ce corpus révèle une première
stratégie de construction de la cohérence, reposant sur l’intrication entre
énoncés descriptifs et évaluatifs : le registre évaluatif, normatif et essentialiste,
de la personnologie (voir Beauvois 1984, 1994) d’une part, et le registre
descriptif des comportements avec autrui, d’autre part, s’y trouvent entremêlés,
voire confondus. La valeur normative des CRS est ainsi omniprésente dans
les références aux conduites relationnelles attendues, lesquelles se présentent
formellement comme des catégories descriptives opérationnelles, mais sans
qu’il soit effectivement possible d’attribuer sans équivoque, sur la base de ces
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La notion de compétences relationnelles... ANALYSES
pseudo-descriptions, une CRS donnée à partir d’un comportement donné.
Le document 1 illustre cette stratégie.
Document 1
Valeur normative et confusion description/évaluation dans le corpus des
offres (extraits des définitions proposées)
Sont soulignés par nous dans ces exemples les termes évaluatifs pour lesquels
la mise en relation avec des faits observables paraît la plus problématique.
• Relation aux autres :
Développer l’aptitude à aborder les autres de manière ouverte, à entrer en
relation avec eux de manière flexible. (Monika Radecki)
Nous définirons cette compétence comme la capacité d’entrer en contact,
d’adopter et d’adapter, vis-à-vis d’autrui et en fonction des buts que nous
nous sommes fixés, des comportements, aptitudes et attitudes efficaces (…)
afin d’entretenir des échanges satisfaisants et fructueux dans un contexte
professionnel. (Solutions & Co)
Eprouver un intérêt réel pour les soucis des autres. (Accompagnement Conseil RH)
• Persuasion :
Envoyer des messages clairs et convaincants. (Accompagnement Conseil RH)
S’exprimer de façon convaincante et vivante. (LCA)
Acquérir les bases d’une communication saine et efficace augmente la
productivité. (TQ16)
• Image de soi :
Le déploiement de la personnalité comme nécessité à l’action autonome.
(Michel Pretre)
Communiquer le plus clairement possible et avec conviction (…) ses projets
personnels de développement en donnant une image positive de soi. (PMC)
S’affirmer dans ses relations transversales en exprimant ses critiques de façon
constructive. (Cegos)
Maintenir une attitude et une posture positive face au travail et à la vie. (PMC)
• Rapport à l’entreprise :
La faculté de vivre et de travailler dans la société en prenant des responsabilités
et en participant activement à son développement. (Michel Pretre)
Une seconde stratégie concerne la structure globale de ces offres,
sous‑tendue par des associations conceptuelles implicites. Plus précisément,
par delà la diversité des descriptions définitoires, l’ensemble des CRS citées
peut faire l’objet d’un regroupement en quelques dimensions consensuelles.
Ces dimensions y sont fréquemment distinguées de façon explicite ; elles
rassemblent différentes caractéristiques d’apparence homogène ; elles sont
sémantiquement définies de façon proche d’une offre à l’autre. Mais leur
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C&O n°40
homogénéité repose en fait sur des associations arbitraires entre caractéristiques.
De plus, la distinction entre dimensions est principalement formelle, des
référents proches pouvant se retrouver dans plusieurs dimensions :
• Affects orientés vers autrui (empathie, perception du sentiment des autres,
respect, tolérance...). En même temps, sont incisés dans cette référence
des éléments relatifs au potentiel d’influence sur autrui, introduisant
implicitement une visée utilitariste qui n’en paraît pas dissociable.
• Rapport à soi (confiance en soi, auto-évaluation, conscience de soi,
maturité d’esprit, développement personnel...). Cette référence recouvre
en partie la précédente, de par des incises de même nature (visée utilitariste
implicite).
• Travail en équipe (coopération, collaboration, négociation, résolution de
conflits, synergie de groupe, objectifs communs...). La référence à l’influence
sur autrui est ici plus explicite que dans les autres dimensions, et se décline
selon deux axes : l’impression produite, et le potentiel de leadership.
Document 2
L’influence sur autrui, noyau structurant les CRS
1. L’empathie utilitariste :
• Savoir déchiffrer les flux émotionnels sous-jacents d’un groupe et ses
relations de pouvoir. (Accompagnement Conseil RH)
• Intelligence émotionnelle : Capacité d’utiliser le pouvoir et la conscience
des émotions (…), de sentir et d’utiliser efficacement l’information,
l’appartenance et l’influence. (Michel Pretre)
• Influencer, intéresser, convaincre et persuader vos interlocuteurs par une
écoute active, une flexibilité relationnelle qui intègre les motivations de
l’autre. (LCA)
• Techniques d’identification des attentes de vos collaborateurs pour mieux
ajuster votre message à leur sensibilité et créer un climat d’empathie et de
performance. (LCA)
• Vos collaborateurs sont-ils en empathie (pour fidéliser vos clients) ?
(Alpin)
• L’investissement sur l’amélioration des relations de proximité au sein de
l’entreprise a des effets immédiats et de long terme sur le développement
des relations et du dialogue avec les clients : l’intimité client. (Eurostaf )
2. La relation à soi au service de l’efficacité professionnelle :
• Nous devons nous entraîner à nous rencontrer nous-mêmes, à être en
relation de manière efficace avec les autres sans renoncer à nous-mêmes ni
mettre en danger nos relations de travail. (Monika Radecki)
130
La notion de compétences relationnelles... ANALYSES
• Former les individus à connaître et à appliquer les techniques de
communication ainsi que les normes de comportement et de jugement (…)
pour une meilleure efficacité professionnelle ainsi que pour une réalisation
de son potentiel personnel. (Solutions & Co)
• Habiletés qui permettent à un individu (…) de se différencier, de se
séparer de la masse et de réussir. (Solutions & Co)
• Déterminer sa personnalité et celle des autres pour se faire une place.
(Apollo)
3. Le leadership
• L’énergie positive que vous irradiez attirera les gens vers vous. (PMC)
• Utiliser la position d’hélicoptère pour identifier la cible, les enjeux, le
contexte. (Cegos)
• Développer l’aisance face à la prise de parole pour aller plus loin dans
l’expression de votre autorité et de votre charisme. (LCA)
• En décidant d’inscrire (vos collaborateurs) à ce séminaire, vous allez
passer de convaincre à persuader. (…). Ils constateront par eux-mêmes
l’amélioration constante de leur impact sur leur auditoire. (Alpin)
• Aider les managers à renforcer leurs compétences relationnelles pour
accroître leur leadership. (Eurostaf )
L’influence sur autrui constitue ainsi la référence transversale aux différents
registres de CRS, et plus largement, la référence nécessaire à la consistance
globale de la notion. Elle témoigne de l’ancrage constant de ces compétences
dans un modèle entrepreneurial, avec pour trame implicite l’efficacité
managériale. En définitive, le flou de la notion ne se situerait pas tant au
niveau conceptuel que terminologique (décalage entre ce dont on parle et les
labels qu’on lui appose). De ce point de vue, la référence au relationnel aurait
une fonction de légitimation, nécessaire à la construction de la valeur sociale
d’un modèle éthiquement discutable.
Confrontation à la définition des CRS en contexte scientifique
Dans les articles scientifiques, la distance à la personnologie est généralement
plus marquée que dans les offres. Différentes dimensions descriptives y sont
clairement distinguées. Une revue synthétique des définitions scientifiquement
admises des compétences sociales est par exemple proposée dans Dépret &
Filisetti (2001), dans la perspective d’une remédiation aux nombreux biais,
socio-affectifs et socio-cognitifs, présidant à l’évaluation d’autrui. Trois
dimensions (facteurs) y sont dégagées :
• le « degré de compréhension de l’autre, du sens de l’interaction et de
l’événement social » ;
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C&O n°40
• le « degré d’adhésion ou de respect des règles, normes et rôles sociaux
en vigueur dans un groupe social donné » - et les auteurs insistent ici, par
delà les références de la littérature, sur « l’importance des normes sociales
relatives aux comportements d’interaction sociale » (p. 311) ;
• le « degré de retenue et de contrôle de soi » - cette troisième dimension
étant plus marginalement mentionnée dans la littérature que les précédentes
(p. 309).
Par delà ces dimensions, les auteurs distinguent une acception générale de
la notion : « savoir faire social et capacité relationnelle », et une acception plus
spécifique, comme « capacité à faire bonne impression, à susciter approbation
sociale et affection » (p. 311).Nous ne relèverons pas les écarts systématiques
entre approche scientifique d’une part, définitions d’usage dans les pratiques
d’autre part, d’autant que sur les référents explicites eux-mêmes, ces écarts
paraissent relatifs. Mais dans le corpus des offres, le modèle entrepreneurial
amène une distorsion générale dans la caractérisation des CRS, tout
comportement relationnel tendant à être interprété en rapport avec une visée
d’influence unilatérale sur autrui. Cela étant cette interprétation pourrait
peut-être trouver une assise scientifique dans un domaine directement
concerné par le monde de l’entreprise. Pour examiner cette question, nous
proposons l’analyse d’un article de référence en gestion, celui de Persais
(2004). Cet article conjugue perspectives théoriques et appliquées dont la
validité scientifique paraît établie, et il fait l’objet de nombreuses citations
dans la discipline. L’auteur y propose une définition des CRS en tant que
compétences stratégiques. L’influence sera donc explicitement au cœur de la
perspective. Les CRS sont vues sous l’angle de l’alliance entre entreprises, et
dites « stratégiques » en ce qu’elles contribuent à la performance, par le biais
notamment d’une « meilleure intégration au sein de l’environnement ».
Processus d’influence et visée utilitariste sont traités ici de front. En
même temps, l’auteur défend une éthique de l’influence - sans pour autant
aborder directement la question. Ainsi, bien qu’insistant sur la coopération
entre partenaires pour une nouvelle organisation des échanges, ou encore sur
l’importance des réseaux relationnels et la détection des « acteurs-clefs », il
se prémunit soigneusement contre toute évocation de pratiques douteuses
en la matière (accord illicite entre firmes, lobbying...). Face à ces omissions,
les divers partenariats explicitement cités se situent tous sur le registre du
socialement acceptable, et même, pour nombre d’entre eux, du socialement
valorisé (organismes et associations d’intérêt public, organisations écologistes
tout particulièrement, mais aussi sécurité alimentaire, prévention des risques,
associations de défense des consommateurs, défense des salariés, etc.).
Préoccupations éthiques et stratégies persuasives à visée de profit ne seraient
pas seulement conciliables : elles iraient de pair. Le document 3 reproduit deux
extraits illustrant les stratégies discursives visant à l’assimilation entre ces deux
ordres de préoccupations. Y sont soulignées toutes les références directement
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La notion de compétences relationnelles... ANALYSES
stratégiques, reflétant l’issue pré-déterminée de toute forme de négociation,
dans un entourage sémantique mettant l’accent sur la responsabilité éthique
de l’entreprise.
Document 3
Stratégies persuasives et souci éthique : le brouillage des pistes.
Exemple 1 (p. 134)
(…) la présence d’un « observatoire social » traduit une attention particulière
portée aux salariés et aux organisations chargées de promouvoir les
avancées dans le domaine social. La nomination d’un chargé de mission
« environnement » signifie, tout au moins en partie, une volonté de favoriser
le dialogue entre l’entreprise et les principales parties prenantes concernées
(populations environnantes, organisations écologistes, pouvoirs publics). Plus
généralement, dans le contexte actuel, l’entreprise doit s’efforcer de multiplier
les contacts avec l’extérieur de manière à déterminer, en toute connaissance de
cause, les groupes à « privilégier » dans le cadre d’une politique partenariale.
Exemple 2 ( p. 137)
(…) Une attitude volontariste conduit l’entreprise à agir, de manière à faire
perdurer ce lien, y compris en dehors de toute sollicitation de la part des
acteurs concernés. Une firme du secteur chimique pourra, par exemple, être
à l’initiative de rencontres avec les groupes écologistes et les populations
environnantes. Elle les informera régulièrement, voire devancera leurs
attentes en matière de sécurité et de prévention des risques. Elle s’efforcera de
répondre à leurs exigences, quand bien-même celles-ci dépasseraient le cadre
des contraintes légales ou réglementaires. L’entreprise doit donc reconnaître
la légitimité d’intérêts externes et adopter une démarche véritablement
constructive vis-à-vis des groupes externes.
Plus fondamentalement, c’est la relation d’influence elle-même qui, dans son
principe, est posée comme coopération moralement irréprochable - moralité
conditionnant sa rentabilité : « orientation positive », « confiance réciproque »,
plutôt que « défiance » et « ambitions sournoises » sont « évidemment » plus
rentables pour chaque acteur. Relevons encore les références à la « loyauté »
p. 131, l’« intégrité » p. 131 et p. 137... Ce discours moral permet au passage
de rappeler l’intérêt commun des partenaires : éviter « la mise en place de
mécanismes de contrôle » - rien n’étant dit de l’intérêt de cet évitement,
évidence au cœur de la doxa du libéralisme économique.
Par ailleurs, si les compétences stratégiques sont définies comme compétences
de l’entreprise, elles n’en sont pas moins décrites comme « individuelles ».
Paradoxe ? L’auteur souligne que l’idée de « compétence collective », dans la
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C&O n°40
littérature, est peu présente (p. 123) ; le terme même pourrait constituer un
« abus de langage ». Et quand la notion est utilisée (en particulier dans l’analyse
de stratégies), elle est définie « par analogie aux compétences individuelles ». La
personnologie revient ici à la charge : référence aux « volontés », aux « talents »,
désignation du savoir-être comme « volonté »... Les CRS sont néanmoins
conçues comme ancrées dans l’organisation (pp. 123 sq.), mais le dépassement
d’un niveau d’analyse intra‑individuelle semble difficilement concevable
dans cette littérature, et si la notion de « compétence collective » n’est pas
totalement exclue, elle se réfère toujours, dans sa description opérationnelle,
aux réseaux relationnels - et non à des relations intersubjectives. La conception
psychologisante des CRS se traduit également, et là peut-être plus qu’ailleurs,
par l’intérêt que l’auteur fait porter sur la personnalité du manager : caractérisé
par un idéal « naturel » (p. 137) de figure de pouvoir, son intégration du « code
informel » de l’entreprise à sa propre personnalité est censée aller de soi dans
la plupart des cas, une « politique de formation adaptée » pouvant remédier
aux éventuels cas de « léger déphasage » (p. 138). Les CRS apparaissent donc
bel et bien comme une dimension de la personnalité, voire : la personnalité
elle-même, et leur description comme indissociable de la valeur accordée au
modèle entrepreneurial. Ce qui n’est pas sans générer quelques contradictions,
et ce faisant, assigner des objectifs paradoxaux aux pratiques d’évaluation et
de formation.
La gestion des paradoxes dans la formation aux CRS : entre perversion et
aliénation ?
La notion de CRS renferme une injonction paradoxale : être tout à la fois
allégeant et autonome. L’adaptation à l’entreprise, condition de l’autonomie,
exige en fait une identification à ses valeurs, normes, objectifs, etc. qui serait
vécue comme soumission (source de risques psycho-sociaux, notion permettant
de faire l’impasse sur la question de l’aliénation) si la personne ne parvenait pas
à se convaincre de sa propre autonomie. Les formations aux CRS constituent
en quelque sorte des stages de « remise à niveau » amenant les sujets à «
incorporer (…) les mots, les formulations et les pensées légitimes, parce que
légitimés et légitimants dans le milieu social et/ou professionnel », ce que l’on
peut traduire en termes de « maltraitance symbolique » (Diet 2009 : 80). Le
corrélat de l’illusion de l’autonomie de l’agent exécutant pourrait bien être le
développement de conduites perverses en matière de management, en lieu et
place de conduites autoritaires devenues contre-normatives. Pour Diet par
exemple, « le stress, le chantage et la menace narcissique sont devenus des
instruments banalisés du management », et « leur maîtrise et leur emploi font
aujourd’hui partie des "qualités" exigées des cadres » (2010 : 65).
Faut-il alors rendre compte des enjeux propres à la notion de CRS en termes
d’aliénation ? Celle-ci peut être définie comme l’ensemble des processus
contribuant à la construction d’une identité artéfactuelle (identification
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La notion de compétences relationnelles... ANALYSES
à un modèle normatif à forte valeur sociale), et consistant pour l’essentiel
à attribuer à ses propres conduites des significations conformes à ce que le
fonctionnement social exige pour asseoir sa légitimité. Et la notion de CRS
touche à l’identité même de la personne. Bézille et Astolfi le relevaient déjà en
1999 à propos de la notion de la compétence en général : « Reconnaître à une
personne telle ou telle compétence revient à lui attribuer une identité, plus ou
moins valorisée » (p. 16). Or cette attribution identitaire se trouve d’autant
plus marquée que les compétences en question relèvent des CRS.
À un niveau social et sociétal, ce processus contribuerait à accroître
le fossé entre normes qui régissent les comportements, et normes qui
régissent les discours. Or, la focalisation sur le relationnel semble relever de
ce second registre ; non qu’elle n’entretienne aucun rapport motivé avec les
comportements relationnels effectifs, mais elle permet de les labelliser de
telle sorte que leur signification consciente pour les sujets ne corresponde
pas au vécu d’une relation qui n’a objectivement pas grand chose à voir avec
ce qu’elle prétend être. En somme, si la notion de compétence en général
favorise l’occultation des facteurs sociaux au profit d’une focalisation sur
les caractéristiques psychologiques, ce serait plus spécifiquement la relation
à l’autre que la notion de CRS psychologise, c’est-à-dire désocialise, en
la plaçant sous l’entière détermination de qualités individuelles visant
l’instrumentalisation. Et de fait, les références à la communication dialogique
sont marginales dans les discours sur les CRS, au profit d’une focalisation sur
la capacité de maîtrise de relations artificiellement bilatérales.
Compte-tenu de l’exigence de production d’une impression favorable,
avec mise en avant de la maîtrise de soi, l’implication de la sphère affective,
aussi bien dans le rapport à l’autre qu’à soi, est là encore source potentielle
d’aliénation, en tant que seule gestion possible d’un paradoxe : s’impliquer
affectivement dans la relation, être authentique (valorisation de l’expression
de soi), et se sentir bien... à des fins stratégiques. Le discours normatif sur
« l’intelligence émotionnelle », qui dans les usages managériaux se substitue
souvent à la notion de CRS, s’appuie certes sur un domaine scientifique très
investi actuellement et dont les résultats sont de fait probants. Mais l’accent est
surtout mis, dans le domaine managérial, sur l’expression des affects - plutôt
que sur les émotions elles-mêmes. En d’autres termes : les affects doivent faire
l’objet d’une expression socialement acceptable, expression à visée stratégique :
capacité à signifier son écoute et son approbation, par exemple, n’implique pas
écouter et approuver. Rien à voir évidemment avec une éthique humaniste de
la bienveillance ; pas plus au demeurant qu’avec l’intelligence émotionnelle, à
strictement parler. Car il ne s’agit pas tant d’utiliser ses émotions pour mieux
comprendre la relation, que de comprendre la relation pour déterminer ce
qu’il convient de montrer que l’on éprouve, et faire inférer à l’autre la positivité
de son propre état affectif, positivité posée implicitement comme condition
d’une influence efficace. En pareille position, quelle alternative à l’aliénation,
135
C&O n°40
si ce n’est la perversion ? Auquel cas, les CRS serviraient au premier chef la
normalisation de conduites manipulatrices, sous couvert d’un psychologisme
humaniste fonctionnant comme caution déontologique.
Les formations aux CRS sont désormais incluses dans de multiples
programmes de formation centrés sur la manière d’être des personnes. Tous ont
en commun de se cibler sur l’individu, et visent à lui apprendre à se présenter
et se comporter socialement de façon plus conforme au regard des exigences
de son environnement social, professionnel en particulier. En même temps, le
« développement personnel » est censé générer un mieux-être psychologique.
Il s’agit en somme de supprimer le hiatus entre ce que l’on est, et ce que l’on
doit être. De manière générale, c’est la relation à l’environnement social qui
est conçue comme reposant sur un déterminisme personnologique fort : savoir
influencer l’autre, agir sur l’autre. L’adaptation, comme le changement, ne
peuvent relever ici que de processus unilatéraux... L’action sur l’environnement
est donc toute entière sous la dépendance d’un potentiel individuel d’action
persuasive sur autrui, d’où l’enjeu fondamentalement politique porté par la
notion de CRS.
On pourra objecter que les CRS sont parfois décrites précisément en termes
de compétences politiques, ou du moins, que ces dernières en font partie,
par exemple chez Ferris, Fedor, & King (1996). Les compétences politiques,
indispensables au manager et composant son « style interpersonnel »,
relèveraient d’un savoir communiquer dans lequel l’image de soi est centrale :
se montrer agréable, inspirer confiance, donner une impression de sincérité...
ce dans le but de construire un réseau relationnel important. Or, l’usage
du terme « politique » ici, tout comme la référence à la communication,
s’inscrivent dans une sorte de CRS générique conforme à ce que nous avons
rencontré jusqu’à présent. Négociation, dialogisme, communication inter-
subjective, construction d’un espace symbolique commun... sont exclus de cet
univers de référence.
En somme la référence au relationnel, dans le contexte des CRS, constitue
un filtre idéologique légitimant l’individualisme utilitariste, en le présentant
comme antithétique de la soumission à un environnement professionnel
devenu non négociable. La communication telle qu’elle transparaît ici traduit
l’impuissance de l’inter-action avec l’autre, c’est-à-dire de la communication à
strictement parler, et ce faisant de l’action collective. Faut-il alors s’étonner, à
l’instar de Dubois & Charpentier, de « constater en entreprise la déconnexion
manifeste et récurrente entre communication et régulation sociale, comme
si la communication n’avait pas à intervenir dans ce domaine, comme si
elle devait rester en permanence dans un registre infrasocial ou métasocial »
(2006 : 15) ?
136
La notion de compétences relationnelles... ANALYSES
Les CRS, substitut de la communication
L’importance accordée aux CRS témoigne de la naturalisation
psychologisante caractérisant l’individualisme, en même temps que de la
normativité de la communication. Or, comme le remarque Sfez, « on ne
parle jamais autant de communication que dans une société qui ne sait plus
communiquer avec elle-même.(...) On ne parlait pas de communication dans
l’Athènes démocratique, car la communication était au principe même de
la société » (1988 : 28). Ce paradoxe ne révèle-t-il pas in fine le caractère
pathologique des relations sociales auxquelles réfère la notion de CRS ? Le
concept de tautisme forgé par Sfez est à cet égard éclairant (document 4) (voir
Camus 2007 : 293 sq.)
Document 4
Le tautisme
Le concept complexe de « tautisme », contraction de « tautologie » et
« autisme », que propose Sfez dans sa Critique de la communication, rend
compte de l’idéologie de la communication en tant que « forme symbolique »,
qui caractériserait nos sociétés. Le tautisme se définit par :
• la confusion des registres de la communication (réalité représentée et
réalité exprimée), confusion que Sfez qualifie de « primordiale et source de
tout délire » (1988 : 17) ;
• la vacuité de l’autoreprésentation de la société (tautologie : formule
autoréférente donc vide de sens ; en se désignant comme « société de
communication », la société ne dit rien de plus que : « Je suis société »
(p. 101) ;
• l’isolement quasi autistique que produit le système de communication ;
• « tautisme » évoque également une « visée totalisante, voire totalitaire »,
que Sfez évoque ainsi : « la glu qui me colle à l’écran, la réalité de la culture
écranique, réalité toujours médiée alors qu’elle s’exhibe comme réalité
première » (p. 17).
Ainsi, le registre expressif est au cœur des CRS, l’image de soi en constituant
le noyau dur. Et en définitive, ce à quoi réfèrent globalement les compétences
sociales, c’est à un potentiel de valorisation, qui aura pris le pas sur la valeur
substantielle du travail. Or, c’est pourtant le travail lui-même qui constitue
l’objet premier de la communication en contexte professionnel, sa matière,
la « réalité représentée » sur laquelle les partenaires de l’échange se doivent
de s’accorder. Et la notion de CRS n’est qu’accidentellement rapportée à
la communication opératoire (voir Camus 2012), centrée sur l’activité en
situation ; elle ne semble pas concerner ces échanges apparemment anodins,
et dans lesquels la valeur de la coopération est indissociable de l’exécution de
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la tâche, la réciprocité de l’influence étant la condition de l’ajustement des
représentations mutuelles.
En somme, la communication version CRS est une communication sans
objet, dans laquelle le rapport au réel devient problématique (source de
« délire », pour reprendre le terme de Sfez).
Par ailleurs, la notion de CRS, et plus largement le culte de l’autonomie
individuelle et de l’indépendance de l’individu à l’égard du social, entretient
une représentation dichotomique entre ce qui relèverait du psychologique et
ce qui relèverait du social. Or, cette dichotomie n’est pas sans rapport avec
la vacuité de l’autoreprésentation de la société que souligne par exemple
Castoriadis : « Il ne peut pas y avoir de société qui ne soit pas quelque chose
pour elle-même ; qui ne se représente pas comme étant quelque chose (…)
Tout individu doit être porteur (…) de cette représentation de soi de la société.
C’est là une condition vitale de l’existence psychique de l’individu singulier.
Mais (…) il s’agit aussi d’une condition vitale de l’existence de la société
elle-même » (1996 : 20 sq.).
Paradoxe ultime : les CRS préconisent l’indépendance à l’égard d’autrui. En
matière de relations sociales, l’influence sur autrui, la résistance aux pressions,
la maîtrise de soi, l’utilisation stratégique des émotions... ne traduisent‑elles
pas une injonction implicite à ne pas être affecté par l’autre ? Ce qui n’est
pas sans rappeler le constat d’Enriquez & Haroche : les démocraties
libérales favoriseraient le développement de personnalités apathiques,
c’est‑à-dire d’individus en état d’ « impossibilité d’être troublés » (2002 : 74),
développement symptomatique du processus pathologique dans lequel nos
sociétés seraient engagées.
Enfin, si l’on s’accorde sur la fonction primordiale de la communication :
convaincre l’autre pour co-construire du sens, c’est à l’interprétation sans
laquelle « il ne saurait être de parole échangée », que la confusion tautistique
porte atteinte (Sfez, op. cit. : 470). La conception des relations sociales qui
sous-tend la notion de CRS apparaît sous cet angle comme l’antithèse de
la communication. Elle contribuerait bien plutôt à la « désymbolisation »,
cette « forme inédite de domination » que décrit Dufour (2003, en particulier
225 sq.). Or, parce que la fonction symbolique est ce par quoi le sujet peut
se construire en tant que sujet, la désymbolisation signe l’avènement du
« sujet post-moderne », « précaire, a-critique et psychotisant » (p. 24 sq.) La
formation aux CRS, en dénaturant la communication, risque bien d’apporter
sa contribution à cette entreprise.
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SFEZ L., Critique de la communication, Paris, Seuil, 1988 (éd. 1992), 527 p.
Annexe : corpus des offres (nom et type de prestation)
• Accompagnement Conseil RH.
• Alain Martin. Conseil, formation et coaching en management.
• Alpin. Activateur de Performance Relationnelle® (formation exclusive
aux compétences relationnelles).
• Apollo formation. Formations professionnelles pour l’entreprise.
• Cegos. Formation professionnelle et continue.
139
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• Docteur Yves Doutrelugne (formation exclusive à la compétence
relationnelle).
• Eurostaf (groupe Les Échos) (études de marché, études marketing,
études stratégiques, diagnostics de groupes).
• Flück-Compétences. Ressources humaines et compétences.
• GKCF - Consulting - Formation - Coaching.
• Horizon Poitou-Charentes - GIP AGEVIF formation*.
• Institut du self-coaching - Coaching - Formations managériales.
• Ithaque Coaching. Coaching des odyssées professionnelles*.
• LCA Performances LTD - Formation RH.
• Marc Thomas consultant. Conseil / Accompagnement / Formation
professionnelle.
• Michel Pretre - Management & pre-sales.
• Monika Radecki - Conseil en communication.
• ORSYS formation - La formation à l’informatique et au management.
• PMC - SA - révélateur de potentiels (formations, coaching)
• Sedifop. Service Diocésain de Formation Permanente.
• Solutions & Co. Formations en compétences relationnelles
organisationnelles.
• TQ16 - Formation.
• *offres dont la conception des CRS est apparue atypique au regard du
reste du corpus, et dont les résultats présentés ici ne rendent pas compte
(soit 9,5% du corpus).
Résumé : Le modèle des compétences, maintes fois décrit comme produit idéologique
de l’individualisme libéral, tend à se réorganiser autour de la notion de compétences
relationnelles. Par delà la confusion apparente qu’apporte cette notion polysémique, une
analyse de corpus conçu en tant que formation discursive révèle sa consistance paradoxale :
autonomie supposant l’identification à l’entreprise, empathie instrumentalisante,
relégation du collectif dans l’interpersonnel... Ces compétences apparaissent in fine
comme source d’aliénation, et plus largement substitut tautistique de la communication.
Mots-clés : Compétences relationnelles, compétences sociales, communication,
idéologie, aliénation, tautisme.
Abstract : The notion of social skills : a psychotic view of the interpersonal relationship ?
The competence model, commonly described as an ideological product of liberal individualism,
is reorganizing itself around the notion of interpersonal skills. Beyond the seeming confusion of
this polysemic concept, a corpus - analysed as a discursive formation - reveals its paradoxical
consistency : autonomy assuming identification to the corporation, instrumentalised empathy,
collective matters being reduced to interpersonal matters... These skills eventually appear as a
source of alienation, and more generally as a tautistic surrogate of communication.
Keywords : Interpersonal skills, social skills, communication, ideology, alienation, tautism.
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