A. Grothendieck · J. A.
Dieudonné
Eléments de
Géométrie Algébrique
Springer-Verlag Berlin Heidelberg New York 1971
A. Grothendieck
Professor at Institut des Hautes Etudes Scientifiques
J. A. Dieudonné
Prof essor at the University of Nice
Geschliftsführende Herausgeber:
Prof. Dr. B. Eckmann
Eidgenôssische Technische Hochschu!e Zilrich
Prof. Dr. B. L. van der Waerden
Mathematisches Institut der Universitat Zürich
AMS Subject Classifications (1970): 14-02, 14A 15, 14F05
ISBN 3-540-05113-9 Springer-Verlag Berlin Heidelberg New York
ISBN 0-387-05113-9 Springer-Verlag New York Heidelberg Berlin
This work is subject to copyright. Ail rights are reserved, whether the whole or part of the material is concerned.
specifically those of translation, reprinting, re-use of illustrations, broadcasting, reproduction by photocopying
machine or similar means, and storage in data banks.
Ünder § 54 of the German Copyright Law where copies are made for other than private use, a fee is payable to
the publisher, the amount of the fee to be determined by agreement with the publisher.
© by Springer-Verlag Berlin· Heidelberg 1971. Library of Congress Catalog Card Number 73-110151.
Printed_in Germany.
Printing: Zcchnersche Buchdruckerei, Speyer. Binding: Konrad Trihsch, Graphischer Betrieb, Würzburg
Table des matières
Avant-propos .
Introduction . 4
CHAPITREO
Préliminaires
§ 1. Foncteurs représentables. . . . . 19
1.1. Foncteurs représentables . . . . 19
1.2. Produits fibrés dans une catégorie 25
1.3. Changement de base . . . . 31
1.4. Noyaux; morphisme diagonal . . 34
1.5. Foncteurs adjoints . . . . . . . 38
1.6. Structures algébriques dans les catégories 41
1.7. Morphismes fonctoriels représentables 44
§ 2. Compléments de topologie . . . 48
2.1. Espaces irréductibles . . . . . 48
2.2. Espaces localement noethériens 55
2.3. Ensembles quasi-constructibles et ensembles constructibles . 55
2.4. Ensembles globalement constructibles dans les espaces noethériens 58
2.5. Fonctions constructibles . . . . . . . . 61
2.6. Parties très denses d'un espace topologique 62
2.7. Quasi-homéomorphismes .. . . . . . . . 64
2.8. Espaces de Jacobson . . . . . . . . . . 67
2.9. Espace sobre associé à un espace topologique 67
2.10. Applications ouvertes en un point . . . . . 70
§ 3. Compléments sur les faisceaux . . 72
3.1. Faisceaux à valeurs dans une catégorie 72
3.2. Préfaisceaux sur une base d'ouverts . 74
3.3. Recollement de faisceaux . . . 77
3.4. Images directes de préfaisceaux. . . 78
VI Table des matières
3.5. Images réciproques de préfaisceaux . . . . . . . . . . . . 80
3.6. Faisceaux simples et faisceaux localement simples . . . . . . 83
3.7. Images réciproques de préfaisceaux de groupes ou d'anneaux. 84
3.8. Quasi-homéomorphismes et images réciproques de faisceaux 85
3.9. Faisceaux d'espaces pseudo-discrets. . . . . . . . . . . . 86
§ 4. Espaces annelés . . . . . . . . . . . . 87
4.1. Espaces annelés, d-Modules, d-Algèbres . 87
4.2. Image directe d'un d-Module . . . . . . 94
4.3. Image réciproque d'un .14-Module . . . . 96
4.4. Relations entre images directes et images réciproques 99
4.5. Immersions ouvertes et morphismes représentables par des immersions
ouvertes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
§ 5. Faisceaux quasi-cohérentset faisceaux cohérents 107
5.1. Faisceaux quasi-cohérents . 107
5.2. Faisceaux de type fini . . . 108
5.3. Faisceaux cohérents . . . 111
5.4. Faisceaux localement libres 115
5.5. Modules localement libres sur un espace localement annelé. 119
5.6. Groupe de Picard . . . . . . . . 124
5.7. Morphismes plats d'espaces annelés. . . . . . . . . . . 126
§ 6. Complémentsd'algèbre commutative. . . . . . . 128
6.1. Limites inductives d'anneaux . . . . . . . . . 128
6.2. Identification du module Mf à une limite inductive 131
6.3. Propriétés de finitude . . . . . . . . . . 131
6.4. Critères pour qu'un anneau soit noethérien 140
6.5. Anneaux normaux et fermeture intégrale 145
6.6. Compléments sur la platitude . . . . . . 152
6.7. Compléments sur les modules projectifs . . 165
6.8. Existence d'extensions plates d'anneaux locaux . 168
§ 7. Complémentsd'algèbre topologique . . 170
7.1. Anneaux admissibles . . . . . . . . 170
7.2. Anneaux adiques et limites projectives. 174
7.3. Anneaux préadiques noethériens . . . 178
7.4. Modules quasi-finis sur les anneaux locaux. 179
7.5. Anneaux de séries formelles restreintes 180
7.6. Anneaux complets de fractions. . . . . . 182
7.7. Produits tensoriels complétés . . . . . . 187
7.8. Topologies sur les modules d'homomorphismes. 191
Table des matières VII
CHAPITRE I
Le langage des schémas
Sommaire ..... . 193
§ 1. Schémas affines 194
[Link] spectre d'un anneau 194
[Link]étés fonctorielles des spectres premiers d'anneaux 196
[Link] associé à un module . . . . . . . . . 197
[Link] quasi-cohérents sur un spectre premier . . . 205
[Link]œaux cohérents sur un spectre premier . . . . . 209
[Link]émas affines et morphismes d'espaces localement annelés dans des
schémas affines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
1.7. Images directes et images réciproques de faisceaux quasi-cohérents
par des morphismes de schémas affines 212
§ 2. Schémas et morphismesde schémas . . 215
2.1. Définition des schémas . . . . . . . 215
2.2. Faisceaux quasi-cohérents sur un schéma 217
2.3. Morphismes de schémas. 219
2.4. Recollement de schémas. . . . 222
2.5. Schémas locaux . . . . . . . 223
2.6. Schémas au-dessus d'un schéma 226
2.7. Schémas noethériens et schémas localement noethériens 228
2.8. Schémas artiniens . . . . . . . . . . . . . . 230
§ 3. Produit et somme de schémas. Changementde base 230
3.1. Somme de schémas . . . . . . . . . . . . . 230
3.2. Produit de schémas. . . . . . . . . . . . . 231
3.3. Produit tensoriel de Modules quasi-cohérents sur un produit de
schémas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
3.4. Changement de base; fibres . . . . . . . . . . . . . . . 239
3.5. Point d'un schéma à valeurs dans un schéma; points géométriques 242
3.6. Morphismes surjectifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 244
3.7. Morphismes radiciels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
3.8. Morphismes universellement ouverts, universellement fermés, uni-
versellement bicontinus . . . . . . . . . . . . . 249
3.9. Morphismes générisants. . . . . . . . . . . . . 252
3.10. Morphismes submersifs et universellement submersifs 256
§ 4. Sous-schémas et morphismesd'[Link]émas réduits 257
4.1. Sous-schémas . . . . . . . . . . 257
4.2. Morphismes d'immersion . . . . . 260
4.3. Image réciproque d'un sous-schéma. 263
VIII Table des matières
4.4. Immersions locales et isomorphismes locaux . . . . . 266
4.5. Nilradical. Schémas réduits . . . . . . . . . . . . 268
4.6. Existence d'un sous-schéma d'espace sous-jacent donné 273
§ 5. Morphismes séparés. Critères valuatifs . 274
5.1. Diagonale d'un S-schéma . . . 274
5.2. Morphismes et schémas séparés 277
5.3. Critères de séparation. . . . . 279
5.4. Morphismes schématiquement dominants et sous-schémas schémati-
quement denses . 283
5.5. Critères valuatifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285
§6. Conditions de finitude relatives 290
6.1. Morphismes quasi-compacts et morphismes quasi-séparés 290
6.2. Morphismes localement de type fini et morphismes localement de
présentation finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 297
6.3. Morphismes de type fini et morphismes de présentation finie 304
6.4. Schémas de Jacobson et anneaux de Jacobson 307
6.5. Schémas algébriques et localement algébriques 308
6.6. Détermination locale d'un morphisme . . . . 311
6.7. Image directe d'un faisceau quasi-cohérent. . 313
6.8. Prolongement de sections de faisceaux quasi-cohérents 315
6.9. Prolongement des faisceaux quasi-cohérents . . 316
6.10. Image schématique d'un schéma. Adhérence schématique d'un
sous-schéma . . . . . 324
6.11. Morphismes quasi-finis . . . . . . 325
§7. Ensemblesconstructibles dans les schémas 327
.7.1. Morphismes de présentation finie et ensembles constructibles. 327
7.2. Ensembles pro-constructibles et ind-constructibles 331
7.3. Applications aux morphismes générisants . . . . . . . . . 339
§ 8. Applications rationnelles . . . . . . . . 342
8.1. Applications rationnelles et fonctions rationnelles . 342
8.2. Domaine de définition d'une application rationnelle . 346
8.3. Faisceau des fonctions rationnelles . . . . . 349
8.4. Faisceaux de torsion et faisceaux sans torsion 350
8.5. Critères de séparation d'un schéma intègre. . 351
§ 9. Foncteurs représentables élémentaires dans la théorie des schémas:
Schémas relativement affines, fibrés vectoriels, fibrés projectifs et
grassmanniennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 354
9.1. Morphismes affines et spectres d'Algèbres quasi-cohérentes. 354
9.2. Faisceaux quasi-cohérents sur un S-schéma affine sur S . . 361
Table des matières IX
9.3. Application aux changements de base pour les images directes de
Modules quasi-cohérents . . . . . . . . . . 363
9.4. Fibré vectoriel associé à un faisceau de modules 369
9.5. Schémas en ensembles algébriques 376
9.6. Schémas en groupes linéaires. . . . 377
9.7. Grassmanniennes d'un Module. . . 380
9.8. Morphismes de Plücker et de Segre . 388
9.9. Fibrés en drapeaux . . . . 396
9.10. Fibrés en variétés de Stiefel 399
§ 10. Schémas formels . . . . . 401
10.1. Schémas formels affines . 401
10.2. Morphismes de schémas formels affines 403
10.3. Idéaux de définition d'un schéma formel affine 405
10.4. Schémas formels et morphismes de schémas formels 407
10.5. Idéaux de définition des schémas formels 409
10.6. Schémas formels comme limites inductives de schémas . 411
10.7. Produit de schémas formels . . . . . . . . . . . . 417
10.8. Complété formel d'un schéma le long d'un sous-schéma 418
10.9. Prolongement d'un morphisme aux complétés ..... 423
10.10. Modules de présentation finie sur les schémas formels affines
adiques . . . . . . . . . . . . . ......... . 427
10.11. Modules de présentation finie sur les schémas formels adiques 433
10.12. Morphismes adiques de schémas formels. 436
10.13. Morphismes de type fini ....... . 439
10.14. Sous-schémas fermés des schémas formels 441
10.15. Schémas formels séparés ...... . 444
10.16. Morphismes affines de schémas formels . 446
APPENDICE
Ultraschémas et espaces algébriques de Serre
1. Spectres maximaux et ultraschémas 449
2. Espaces algébriques de Serre 451
Bibliographie . . . 454
Index des notations 455
Index terminologique 460
Avant-propos
Cet ouvrage se propose de donner un exposé systématique des
fondements de la Géométrie algébrique. Il est maintenant admis que
pour obtenir une théorie susceptible d'applications aussi larges que
possible, il convient de donner à la Géométrie algébrique toute la
souplesse et la généralité désirables, en la faisant reposer sur la notion
de schéma: nous avons essayé, dans l'introduction, de décrire rapidement
l'évolution qui a abouti à cette notion.
A titre informatif, nous donnons ci-dessous le plan général prévu
pour le Traité:
Chapitre I. Le langage des schémas.
Chapitre II. Etude globale élémentaire de quelques classes de mor-
phismes.
Chapitre III. Cohomologie des faisceaux algébriques cohérents. Appli-
cations.
Chapitre IV. Etude locale des schémas et des morphismes de schémas.
Chapitre V. Compléments sur les morphismes projectifs.
Chapitre VI. Techniques de construction de schémas.
Chapitre VII. Schémas en groupes, espaces fibrés principaux.
Chapitre VIII. Le schéma de Picard.
Chapitre IX. Le groupe fondamental.
Chapitre X. Résidus et dualité.
Chapitre XI. Théorie d'intersection, classes de Chern, théorème de
Riemann-Roch.
Chapitre XII. Cohomologie étale des schémas.
Les chapitres I, II et III jouent un rôle central dans tout le Traité
et sont indispensables pour la lecture de tous les travaux de Géométrie
algébrique fondés sur la théorie des schémas; les chapitres suivants
(surtout à partir du chap. VII) traitent de questions plus spéciales. Mais
il convient de souligner que ce Traité n'a pas de prétentions encyclo-
pédiques et passe sous silence de nombreuses questions de Géométrie
algébrique, sans tenir compte de leur importance historique ou du
nombre de travaux qu'elles suscitent aujourd'hui. Le lecteur déjà au
2 Avant-propos
courant de la Géométrie algébrique classique pourra pallier cet in-
convénient en consultant un des ouvrages [3], [7], [11], [12], [13], [16],
[17] de la Bibliographie, où il pourra se familiariser avec l'aspect que
prennent certains problèmes classiques lorsqu'on les envisage dans
l'optique de la théorie des schémas.
Il n'est guère possible d'aborder la lecture de ce Traité sans avoir
une bonne connaissance des sujets suivants:
a) L'Algèbre commutative, telle qu'elle est exposée par exemple dans
les Eléments de N. Bourbaki [1].
b) L'Algèbre homologique, pour laquelle nous renvoyons à Cartan-
Eilenberg [2], (cité (M)), Godement [5] (cité (G)), MacLane [9], ainsi
qu'à l'article [6] de A. Grothendieck (cité (T)).
c) La Théorie des faisceaux, où nos principales références seront (G)
et (T).
d) Enfin, il sera utile au lecteur d'avoir une certaine familiarité avec
le langage fonctoriel, qui sera constamment employé dans ce Traité et
pour lequel le lecteur pourra consulter (T) et [10], ainsi que [SGA 4], I
et [SGA 3], I et IV. .
Pour la commodité du lecteur, nous donnons dans un «Chapitre O»
(publié en plusieurs parties jointes aux autres chapitres) des com-
pléments divers d'Algèbre commutative, d'Algèbre homologique, de
Théorie des faisceaux, utilisés au cours du Traité, qui sont plus ou moins
bien connus, mais pour lesquels il n'a pas été possible de donner des
références commodes. Il est recommandé au lecteur de ne se reporter au
chapitre O qu'en cours de lecture du Traité proprement dit, et dans la
mesure où les résultats auxquels nous nous référons ne lui sont pas
suffisamment familiers.
Les références seront données suivant le système décimal; par exem-
ple, dans III, 4.9.3, le chiffre III indique le chapitre, le chiffre 4 le para-
graphe, le chiffre 9 la section du paragraphe. A l'intérieur du même
chapitre, on supprimera la mention du chapitre. Le chiffre ON réfère à
la partie du chapitre Ojointe au chapitre N.
Il est parfois utile de grouper des résultats dans un même paragraphe
alors que certains ne peuvent être démontrés qu'en faisant appel à des
propositions prouvées ultérieurement dans le texte; ces résultats seront
toujours placés entre astérisques:* ... * et le lecteur pourra dans chaque
cas vérifier qu'il n'y a pas de cercle vicieux, ces résultats n'étant jamais
utilisés pour prouver les propositions sur lesquelles ils reposent. Quant
aux exemples, nous ne nous astreignons pas à n'y utiliser que les proposi-
tions prouvées antérieurement dans le texte.
Les passages imprimés en petits caractères peuvent être omis en
première lecture; de même que pour le Chapitre 0, il est [Link]é de .ne
se reporter à [Link] qu'en cas de besoin.
Avant-propos 3
Les deux premiers chapitres du Traité constituent une réédition des
deux chapitres parus séparément dans Publ. Math. Inst. Hautes Ét.
Scient., n° 4 (1960) et n° 8 (1961). Les principaux changements par
rapport à cette première édition consistent surtout en remaniements
de l'ordre des matières, notamment par incorporation à ces deux chapi-
tres de questions traitées d'abord (ou prévues) dans des chapitres ultéri-
eurs; signalons particulièrement l'introduction au chap. I, §9 des schémas
représentant certains foncteurs particulièrement importants dans les
applications, dont l'existence est établie par une méthode uniforme.
Signalons enfin, par rapport à la première édition, un changement
important de terminologie: le mot «schéma» désigne maintenant ce qui
était appelé «préschéma» dans la première édition, et les mots «schéma
séparé» ce qui était appelé «schéma». Le sens du mot «constructible»
a également changé: on désigne maintenant ainsi ce qui était appelé
«localement constructible» dans la première édition, et «globalement
constructible» a le sens qu'avait «constructible» dans la première édition.
Les références aux chapitres III et IV de la première édition sont
données comme ci-de~sus, mais en ajoutant une astérisque au chiffre
du chapitre.
Introduction
1. Nous nous proposons, dans cette Introduction, d'essayer de
montrer (sans entrer dans les détails) comment le point de vue moderne,
en Géométrie algébrique, s'est dégagé de façon assez naturelle de l'évolu-
tion des problèmes fondamentaux posés par cette branche des mathé-
matiques. Pour la commodité de l'exposé, nous utiliserons le langage
de la Mathématique moderne, même pour décrire des situations histori-
ques où il est évident que le langage et la technique des auteurs con-
temporains étaient fort différents des conceptions actuelles.
2. On peut dire que l'origine historique et un des buts essentiels de
!'Algèbre, depuis les Babyloniens, les Hindous et Diophante jusqu'à nos
jours, est l'étude des solutions de systèmes d'équations polynomiales. Pour
préciser le problème, nous considérons un anneau commutatif k ayant
un élément unité, et l'anneau
(1)
des polynômes par rapport à une famille arbitraire (T1) 1e1 d'indétermi-
nées, à coefficients dans k. Rappelons que pour toute famille t= (t 1) 1e1
d'éléments de k, il y a un k-homomorphisme et un seul de P dans k,
transformant l'élément unité en élément unité et chacun des T 1 en
t 1 (iEI): l'image d'un polynôme FEP par cet homomorphisme est notée
F(t). On définit ainsi, pour tout polynôme FE P, une «application
polynôme» t- F(t) de k1 dans k.
Cela étant, le problème considéré consiste à se donner une famille
(F)jeJ de polynômes de P, et à chercher tous les systèmes t= (t)Ek 1
pour lesquels on a
(2) F)t)=O pourtoutjEJ.
On dit qu'un tel système t=(t 1)ie1 est une solution du système d'équations
polynomiales
(3)
Introduction 5
Il y a lieu, pour ne pas s'embarrasser de restrictions gênantes dans
certaines applications (et en particulier pour les développements qui
vont suivre) de ne faire aucune hypothèse spéciale sur les ensembles
d'indices I et J; mais historiquement, ce sont les problèmes où I et J
sont finis qui ont été étudiés presque exclusivement pendant très long-
temps.
3. A l'aspect purement «algébrique» du problème précédent s'est
ajouté, dès l'invention de ce qu'on a longtemps appelé la «Géométrie
analytique», un aspect géométrique d'un grand intérêt, tout d'abord
pour k=R et I réduit à 2 ou 3 éléments, où les ensembles de solutions
de certains systèmes (3) se trouvaient être des «courbes» ou «surfaces»
étudiées depuis !'Antiquité, comme par exemple lès coniques ou les
quadriques. Depuis environ le milieu du XIXe siècle, on s'est peu à peu
habitué à employer un langage géométrique inspiré de celui de la géo-
métrie élémentaire, lorsque k est un anneau quelconque et I un ensemble
d'indices quelconque; c'est ainsi que k 1 est souvent appelé un «espace
affine» sur k et ses éléments t = (tJieI des «points».
4. Les premières questions naturelles que l'on se pose dans l'étude du
système d'équations (3) concernent l'ensemble de ses solutions dans k1:
cet ensemble est-il vide ou non? Est-il fini ou non? S'il est fini, peut-on
donner une estimation du nombre des solutions? S'il est infini, peut-on
donner des estimations asymptotiques du nombre de solutions satisfai-
sant à des inégalités supplémentaires où figurent des paramètres, lorsque
ces paramètres tendent vers certaines limites? Etc. On peut qualifier ce
point de vue «naïf» de point de vue arithmétique (en un sens très large),
parce que la nature «arithmétique» de l'anneau k y joue un rôle essentiel:
les méthodes et les résultats seront très différents suivant que k est un
corps, ou un anneau tel que Z (par exemple), ou l'anneau des entiers
d'un corps de nombres algébriques. De même, si k est un corps, les
résultats diffèreront beaucoup suivant que k est un corps de nombres
algébriques, ou un corps fini, ou un corps algébriquement clos (par
exemple le corps C), ou le corps R des nombres réels («géométrie algé-
brique réelle»).
5. C'est précisément l'étude des courbes et surfaces algébriques dans
le domaine réel qui allait conduire à un point de vue différent: dès le
début du XVIII° siècle, et systématiquement à partir de Monge et de
Poncelet, on associe à un système (3) à coefficients réels le même sys-
tème dont on ne cherche plus seulement les solutions dans RI, mais
bien dans l'espace complexe correspondant C1, utilisant le fait que R
est un sous-corps de C. Cette idée se montra très féconde, du fait que
les propriétés des êtres algébriques étudiés se simplifiaient considérable-
ment par cette «extension» du corps de base; en fait on peut même
6 Introduction
dire que cette «extension» réussit en un certain sens trop bien, car
l'avantage additionnel de disposer, sur le corps C, de la puissante théorie
des fonctions analytiques, fut cause que pendant tout le XIXe siècle,
on cessa pratiquement de considérer d'autres systèmes (3) que ceux à
coefficients complexes (ou dans des sous-corps de C tels que les corps
de nombres algébriques); ce qui conduisit à perdre de vue pendant
longtemps l'idée fondamentale du «changement du corps de base»
sous sa forme générale (la seule exception concerne la théorie des con-
gruences, où l'idée de chercher des «solutions imaginaires» conduisit à
la théorie des corps finis (Gauss, Galois) et à leur utilisation dans la
théorie des groupes linéaires (Jordan, Dickson)).
6. C'est seulement à partir de 1940, avec la Géométrie algébrique
«abstraite» (c'est-à-dire sur un corps de base k quelconque, pouvant
être de caractéristique -1:0) développée surtout par Weil, Chevalley et
Zariski, que l'idée du changement de base prend de l'importance dans
un contexte plus général: il est en effet fréquemment nécessaire de passer
par exemple à une clôture algébrique de k, ou (lorsque k est un corps
valué) à la complétion de k. Toutefois, il n'y a pas d'étude systématique
de cette opération chez Chevalley ni Zariski; tandis que chez Weil,
qui l'utilise dans bien d'autres occasions, sa généralité est quelque peu
masquée par le parti pris de se restreindre une fois pour toutes à n'en-
visager que des sous-corps d'un corps algébriquement clos « assez
grand» (le «corps universel»), restant donc en apparence assez proche
du point de vue classique où le corps C tenait ce rôle. Ce n'est que plus
récemment, d'abord chez E. Kahler [8], puis dans la première édition
du présent Traité, que l'utilité d'admettre des «extensions» k' de k qui
soient des k-algèbres (commutatives) arbitraires (même lorsque k est un
corps) a été reconnue et que de tels changements de base arbitraires
sont devenus un des procédés les plus importants sans doute de la
Géométrie algébrique moderne; si bien qu'on peut opposer au point
de vue «arithmétique» décrit plus haut le point de vue qu'on peut
qualifier de proprement «géométrique»: on y fait abstraction des
propriétés spéciales aux solutions du système (3) dans l'espace particulier
k 1 d'où l'on est parti, pour considérer, pour chaque k-algèbre k', l'en-
semble des solutions de (3) dans k'1, et la façon dont cet ensemble varie
avec k'; on recherchera en particulier les propriétés du système d'équa-
tions (3) qui restent invariantes lorsque k' varie (ou, comme nous dirons
encore, qui sont «stables par changement de base»).
7. L'idée de «variation» de l'anneau de base que nous venons d'intro-
duire s'exprime mathématiquement sans peine grâce au langage fonc-
Introduction 7
toriel (dont l'absence explique sans doute la timidité des tentatives
antérieures). On peut dire en effet que l'on a un foncteur covariant
(4) E1 : k' ......k' 1
de la catégorie des k-algèbres dans celle des ensembles, ce foncteur
faisant correspondre à tout k-homomorphisme <p: k' -+k" l'application
<p1 : k' 1-+k" 1 ; on dit encore que (4) est le foncteur «espace affine-type de
dimension I sur k». Si S désigne la famille (F)JeJ de polynômes con-
sidérée au n° 2, notons Vs(k') la partie de k'1 formée des solutions du
système (3); on dit encore que ces solutions sont les «points à valeurs
dans k'» de la «variété sur k» définie par le système (3). Il est immédiat
que
(5)
est un sous-foncteur du foncteur E 1 (l'image de Vs(k') par <p1 étant con-
tenue dans Vs(k")). On pose donc en principe que l'étude du système
d'équations (3) du point de vue de la Géométrie algébrique est l'étude du
foncteur Vs (de la catégorie des k-algèbres dans celle des ensembles).
Cette étude comporte deux aspects: tout d'abord l'étude du foncteur
k' ......Vs(k'), indépendamment de la façon dont il est réalisé comme sous-
foncteur d'un foncteur «espace affine-type» convenable; ensuite, le cas
échéant, l'étude des propriétés d'un plongement Vs(k')-+ k' 1• Dans la
plupart des problèmes qu'on se pose d'ordinaire en Géométrie algé-
brique, ce deuxième aspect est entièrement accessoire: seules importent
les propriétés intrinsèques du foncteur Vs, indépendamment de l'immersion
affine particulière
(6)
Par suite, on est justifié de regarder deux familles S1 , S 2 de polynômes
(par rapport à deux familles d'indéterminées éventuellement distinctes,
il importe peu) comme essentiellement équivalentes, si les foncteurs cor-
respondants Vs, et Vs2 sont isomorphes.
8. Nous allons préciser la structure du foncteur (5); partons de
l'observation que ce foncteur ne change pas quand on ajoute aux équa-
tions données (3) toutes les équations de la forme F = 0, où F est de la
forme
(7)
les A1 étant des polynômes de l'algèbre k[(T1) 1e 1], nuls sauf pour un
nombre fini d'indices; l'ensemble de ces polynômes F n'est autre que
l'idéal ~ de l'algèbre P 1 engendré par la famille (F)JeJ· On peut donc
8 Introduction
toujours, pour l'étude des foncteurs Vs, se ramener au cas des foncteurs
de la forme V3 , où~ est un idéal de Pd 1)
Introduisons maintenant la k-algèbre quotient
(8)
et notons que l'on a une bijection fonctoriellé en k'
(9)
associant à tout point t = (t 1) de k'1 l'homomorphisme F ......F(t). Par
cette bijection, V3 (k') correspond à l'ensemble des homomorphismes de
k-algèbres P1-k' qui sont nuls dans~, ou encore à l'ensemble des homo-
morphismes de k-algèbres de A3 dans k'. Autrement dit, on obtient par
restriction de (9) un isomorphisme de foncteurs en k'
(10)
En outre, par les bijections (9) et (10), le plongement canonique (6) n'est
autre que l'injection Homk-alg.(A3 ,k') - Homk-alg.(P1,k'), correspondant
à l'homomorphisme canonique surjectif
(11)
Si on tient compte du fait que toute k-algèbre commutative A peut
s'écrire sous la forme PJ~ pour I et ~ convenables, on voit donc qu'à
isomorphisme près, les foncteurs Vs sont exactement les foncteurs repré-
sentables
(12) VA: k' ......
Homk-alg.(A,k').
Un plongement VA- E1 d'un tel foncteur (pour un ensemble d'indices
I convenable) est une application injective fonctorielle en k'
1
VA(k')-k' .
Or, si l'on a une application fonctorielle en k'
(13)
(1) Cela montre que, même lorsque l'ensemble I des indéterminées est fini et
que k est un corps, il n'y a pas lieu de se borner à des systèmes d'équations finis,
puisque les systèmes «les plus naturels» sont ceux dont l'ensemble d'indices est un
idéal de P (ensemble qui est rarement fini!). Bien que, lorsque k est un corps et
que I est fini, tout idéal 3 de P=k[(T 1) 101] puisse être engendré par un nombre
fini d'éléments («théorème de la base» de Hilbert), donc que les deux définitions
possibles du foncteur (5) (par un· système S fini, ou par un idéal de P) coïncident,
il n'en reste pas moins que la restriction de finitude est a priori artificielle, et techni-
quement gênante.
Introduction 9
en y faisant k' =A, il correspond par (13) à l'identité lA de A un k-ho-
momorphisme
(14) 1t: P1 --+A
et, par fonctorialité, l'application (13) n'est autre que Ù>--+[Link]
l'homomorphisme 7t est surjectif, l'application (13) est donc injective
(la réciproque étant inexacte); on se borne d'ordinaire aux plongements
VA--+E1 obtenus comme (6) à l'aide d'un homomorphisme 7t surjectif.
Se donner un tel homomorphisme équivaut d'ailleurs à se donner les
images des T1 par cet homomorphisme, c'est-à-dire un système généra-
teur (t 1) 1e 1 de la k-algèbre A, ayant I pour ensemble d'indices.
9. Ces considérations montrent (compte tenu des propriétés élémen-
taires des foncteurs représentables (voir (0, 1))) que la catégorie des
foncteurs
k-alg--+ Ens
associés à des systèmes d'équations (3) (autrement dit de la forme Vs)
est équivalente à la catégorie opposée de la catégorie des k-algèbres
k-alg, en associant à toute k-algèbre A le foncteur VA défirii dans (12)
(qui dépend de A de façon contravariante). On peut donc dire que
l'étude des foncteurs Vs indépendamment des immersions (6), étude que
nous avons présentée comme étant le but initial de la Géométrie algé-
brique sur k, équivaut très exactement à l'étude des k-algèbres quel-
conques A. Dans cette correspondance A +--+VA,aux k-algèbres A de
type fini correspondent les sous-foncteurs de foncteurs «espaces affines-
types E1 de rang fini», c'est-à-dire pour lesquels I est fini. Si l'on s'était
donc (à tort) borné à des familles finies d'indéterminées dans (3), cela
aurait eu pour conséquence de nous restreindre à l'étude des k-algèbres
de type fini exclusivement.
D'autre part, l'étude des foncteurs de la forme Vs munis de leur
immersion (6), revient à l'étude des k-algèbres A munis d'un système de
générateurs (t1) 1e 1, ou, de façon équivalente, à l'étude des idéaux dans
des anneaux de polynômes P 1. On voit en particulier, pour I fixé, que
la correspondance
~-v.J
d'idéaux de P 1 à sous-foncteurs de E1 de la forme Vs, est injective: un
idéal ~ est connu quand on connaît le sous-foncteur V,J de E 1 ensemble
des solutions du système d'équations (3) défini par~, dans n'importe quelle
k-algèbre k'; en effet~ est l'idéal des polynômes F tels que la fonction
polynôme correspondante t ......F(t) soit nulle dans V3 (k') pour toute
k-algèbre k'. Ceci montre plus généralement que pour deux idéaux
~.~' de P 1, on a l'équivalence
(15)
10 Introduction
10. Il y a lieu de bien noter la différence, fort importante pour la
question des fondements, entre ces résultats, liés à la considération de
k-algèbres k' quelconques, et ce qui se passe lorsqu'on se borne à la
considération de k-algèbres k' qui sont des corps, ou plus généralement
qui sont réduites (c'est-à-dire sans élément nilpotent # 0). De façon
générale, soit C une sous-catégorie de k-alg formée d'algèbres ré-
duites (par exemple la catégorie de toutes les algèbres réduites, ou de
toutes les k-algèbres qui sont des corps, ou la catégorie ayant un seul
objet qui est une algèbre réduite, ou un corps); notons V.J,cla restriction
de V,Jà C. Il est immédiat que V.J,cn'est pas modifié lorsqu'on remplace
le système d'équations F = 0, où F parcourt ~, par le système d'équa-
tions F = 0, où F parcourt l'ensemble des polynômes tels qu'il existe
une puissance F" convenable de F contenue dans ~- L'ensemble de ces
polynômes, image réciproque dans P 1 du nilradical de A3 = P1/~, est
la racine r(~) de ~, et on a donc
(16)
Comme il est possible que r(~) -1:~,( 1) la correspondance ~ ......V3 ,c
n'est plus injective en général. Toutefois, si ~ = r(~), et si C contient
les corps des fractions des k-algèbres intègres quotients de P1, alors la
connaissance de V3 ,c détermine complètement ~- En effet, ~ = r(~) est
l'intersection des idéaux premiers p de P1 contenant ~ (Bourbaki, Alg.
comm.,chap.11, §2, n°6, prop.13); pour tout polynôme FEP 1 non dans
~, il y a, donc un idéal premier p :::i ~ tel que F Ifp, et si k' est le corps
des fractions de PJp, la fonction polynôme t>-+F(t) dans k' 1 n'est pas
identiquement nulle dans V3 (k'), puisque l'image de F dans P 1/p (et a
fortiori dans PJ~) n'est pas nulle. On peut donc dire que, moyennant
l'hypothèse précédente sur C, l'application ~- V3 ,c, restreinte à l'en-
semble des idéaux égaux à leur racine, est injective. Plus généralement,
le même raisonnement montre que, sous la même condition pour C,
on a l'équivalence
(17)
(1) Il suffit de prendre P=k[X] et3engendréparX 2 ;ona r(3)=(X).
(2) Le célèbre <<Nullstellensatz»de Hilbert (Bourbaki, Alg. comm., chap. V,§ 3,
n° 3, prop. 2) montre que l'équivalence (17), et par suite l'injectivité de 3,....V 3,c
sur l'ensemble des idéaux 3 égaux à leur racine, est encore vraie lorsque k est un
corps, que I est fini, et qu'on suppose seulement que C contient les extensions
finies de k (lorsque k est algébriquement clos, C peut donc être réduite à k): en
effet, r(3) est alors l'intersection des idéaux maximaux m de P1 contenant 3, et
ceux-ci sont tels que PJm soit une extension finie de k).
Introduction 11
11. On peut donc dire que la considération exclusive de k-algèbres k'
réduites, comme anneaux de valeurs pour les coordonnées des solutions
d'un système d'équations polynomiales (3), revient à développer une Géo-
métrie algébrique dans laquelle on ne distingue pas entre un idéal~ (d'une
algèbre de polynômes P1) et sa racine r(~); ou, en termes de l'anneau
quotient A= PJ~, où l'on ne distingue pas entre une k-algèbre A et le
quotient de A par son nilradical.
Un tel point de vue, non seulement serait a priori artificiel, mais il
apparaît aujourd'hui comme un fait bien établi par l'expérience qu'il
serait inadéquat pour exprimer un grand nombre de phénomènes im-
portants en Géométrie algébrique (plus particulièrement les phéno-
mènes de nature «infinitésimale»), et pour développer certaines tech-
niques essentielles (telles la technique de descente, ou celle du passage
de la Géométrie formelle à la Géométrie algébrique [7]). On verra
notamment apparaître, au cours de notre Traité, le rôle technique très
important des anneaux locaux artiniens, qui intuitivement représentent
des «voisinages infinitésimaux» de points sur des variétés algébriques.
12. Dans le point de vue classique de la Géométrie algébrique du
XIXe siècle, où k = C et où l'on ne fait pas «bouger» le corps de base,
l'ensemble V(k) = Vs(k) c k 1 est appelé la variété algébrique définie par
le système (3) et l'intérêt se concentre sur ses propriétés géométriques
(sous-variétés, intersections avec d'autres variétés plongées dans le même
espace affine k1,etc.). Nous allons voir que dans la Géométrie algébri-
que conçue comme nous l'avons exposé au n° 7, il est encore possible
d'associer au foncteur Vs (ou VA (équation (12))) que l'on étudie un
objet «géométrique» bien déterminé, qui tient lieu de la notion classique
de «variété algébrique» et la généralise. Comme nous voulons étudier
ce foncteur indépendamment de ses plongements possibles (6), il s'agit
de définir cet objet (qui sera appelé le spectre de A) en partant unique-
ment de la donnée de la k-algèbre A.
En Géométrie algébrique classique, l'anneau A apparaît comme
l'anneau des fonctions polynomiales sur la variété V(k), restrictions à
cette variété des fonctions polynômes sur k1,et la correspondance bi-
univoque (10) entre la variété et l'ensemble Homk_019_(A,k) consiste à
associer à tout point tE V(k) l'homomorphisme f ......f(t) associant à la
fonctionfsa valeur au point t (idée due d'abord à Dedekind et Weber)(1).
La même interprétation de la correspondance (10) estbien entendu
possible dans le cas général: si f EA 3 , pour tout polynôme FE P1 dont
(1) En vertu du Nullstellensatz et du fait que k=C est algébriquement clos,
il y a aussi correspondance biunivoque entre V(k) et l'ensemble des idéaux
maximaux (ou «spectre maximal») de A (cf. chap. I, Appendice I).
12 Introduction
l'image canonique dans A est f, la restriction à V3 (k') de la fonction
polynôme t- F(t) sur k' 1 ne dépend pas du polynôme F choisi dans
l'image réciproque de f; c'est donc une fonction fk, sur V3 (k'), bien
déterminée par f, et (pour k' fixé) l'application
f>->fk'
de A dans la k-algèbre k'V(k'>des applications de V(k') dans k', est un
homomorphisme (en général non injectif) de k-algèbres. A tout point
tEV(k') correspond alors le k-homomorphisme
(18)
de A dans k'. On est donc conduit à noter simplement t cet homo-
morphisme, à écrire f(t) ou t(f) au lieu de fk,(t), et à appeler les éléments
9.(A,k') les «points de VA à valeurs dans k'» (ou «à coor-
de Homk--ai
données dans k'»).
13. On a bien ainsi réintroduit un langage «géométrique»; toutefois,
on n'a plus affaire à un «objet» bien déterminé comme dans la Géo-
métrie algébrique classique, mais à une «famille d'objets» variables avec
k'. Pour obtenir le spectre de A, nous allons tout d'abord restreindre
notre attention aux «points de VA» à valeurs dans des k-algèbres k' qui
sont des corps; nous dirons que ce sont les «points géométriques» de
V A, et nous allons établir entre ces points (correspondant aux différents
corps k' possibles) une relation d'équivalence. Nous dirons que deux
points géométriques
f:A---1-k', t":A---1-k"
sont équivalents s'il existe un troisième point géométrique s: A---1- K et
des homomorphismes de k-algèbres (nécessairement injectifs)
f': k' ---1- K, f": k" ---1- K
tels que l'on ait s=f'ot' = f"ot", autrement dit que le diagramme
k'
(19)
k"
soit commutatif.
Montrons que cette relation équivaut à la suivante: t' - 1 (0)= f' - 1 (O)
(ce qui prouvera bien que c'est une relation d'équivalence). En effet,
Introduction 13
puisque f' et f" sont injectifs, la commutativité du diagramme (19) en-
traîne l'égalité des noyaux de t' et f'. Inversement, remarquons que
puisque tout sous-anneau d'un corps est un anneau intègre, le noyau
d'un homomorphisme ~----➔ k' est un idéal premier de A. Si les noyaux de
t' et t" sont égaux à un même idéal premier p, k' et k" peuvent être con-
sidérés comme deux extensions du même corps K(p),corps des fractions
de A/p, et on sait (Bourbaki, Alg., chap. V, § 4, n° 2, prop. 2) qu'il existe
un corps K et deux K(p)-monomorphismes f': k' .....-➔ K, f": k" .....-➔ K, qui
rendent évidemment (19) commutatif.
Les classes d'équivalence pour cette relation (qu'on peut encore
appeler les lieux de A)(1) sont donc en correspondance biunivoque avec
des idéaux premiers de A; en fait, on obtient ainsi tous les idéaux premiers,
car si p est un tel idéal et K(p) le corps des fractions de l'anneau intègre
A/p, l'idéal p correspond à la classe d'équivalence du point géométrique
A....-➔ A/p .....-➔ K(p), où les deux flèches sont les homomorphismes ca-
noniques.
On a donc obtenu ainsi une correspondance biunivoque canonique entre
l'ensemble des «lieux» de la k-algèbre A et l'ensemble des idéaux premiers
de A. C'est donc l'ensemble Spec(A) des idéaux premiers de A que nous
prenons comme ensemble sous-jacent de l'«objet géométrique» que doit
être le spectre de A. Dans le cas classique où k = C et où A est une
C-algèbre de type fini, cet ensemble contient la «variété algébrique»
correspondant à A, ensemble des points géométriques de VA à valeurs
dans k.
14. L'ensemble Spec (A) est muni naturellement d'une topologie
liée à la généralisation de la notion de «sous-variété» d'une variété
algébrique. Classiquement, une sous-variété d'une variété algébrique
définie par un système d'équations (3) est définie par un système d'équa-
tions contenant le système (3); autrement dit, si l'on considère l'anneau A
comme anneau des «fonctions polynomiales» sur la variété, une sous-
variété est définie comme l'ensemble où s'annulent certaines de ces foncti-
ons. Dans le cas général, on est donc amené à considérer une partie S
de la k-algèbre A, et, pour toute k-algèbre k', l'ensemble (partie de VA(k'))
où s'annulent toutes les fonctions fk' correspondant (n° 12) aux éléments
fES. Si l'on se restreint comme au n° 13 aux points géométriques à
valeurs dans des corps, on est donc amené à considérer l'ensemble V(S)
des «lieux» de ceux de ces points où s'annulent les fk, pour fES. Il
résulte du n° 13 que cet ensemble correspond biunivoquement à l'ensem-
ble des idéaux premiers de A contenant S; on dit encore que cette partie
(1) Le lecteur bien informé reconnaîtra dans ce langage une reformulation des
points «généraux» ou «génériques» des variétés algébriques, tels qu'ils inter-
viennent par exemple chez Zariski ou A. Weil.
14 Introduction
de Spec (A) est !'«ensemble algébrique défini par S». On remarquera
qu'il ne change pas quand on remplace S par la racine de l'idéal engendré
par S; et comme cette racine est précisément l'intersection des idéaux
premiers de A contenant S, on voit qu'on obtient ainsi une correspon-
dance biunivoque entre l'ensemble des idéaux de A égaux à leur racine,
et l'ensemble des parties V(S) de Spec (A). On montre (Bourbaki, Alg.
comm., chap. Il,§ 4) que cet ensemble de parties est l'ensemble des parties
fermées pour une topologie sur Spec (A), dite topologie spectrale ou
topologie de Zariski. En outre ( lac. cit.) l'espace X obtenu en munissant
Spec (A) de cette topologie est quasi-compact et satisfait à l'axiome de
Kolmogoroff, mais possède en général des points non fermés (et a fortiori
n'est pas un espace séparé); pour tout élément fEA, l'ensemble D(f)
=X-V(f) est ouvert dans X, et les D(f) (pour fEA) forment une
base de la topologie spectrale.
15. Si nous voulons que l'objet «spectre de A» que nous désirons
associer à un anneau A permette inversement de reconstruire l'anneau A,
il ne suffit pas de prendre pour un tel objet l'espace topologique Spec (A)
que nous venons de définir: par exemple, pour tous les corps K, on obtient
l'espace réduit à un seul point. Dans ce dernier cas, il est bien clair que
la considération de cet espace n'apporte rien de nouveau pour l'étude
du corps K.
Il est donc vain d'espérer décrire le spectre de A en termes exclusive-
ment topologiques; il faut munir l'espace topologique X= Spec (A) d'une
structure où l'algèbre A intervienne. Le modèle sur lequel on se guide ici
est fourni par les variétés holomorphes (dont les variétés algébriques sans
singularités du cas classique (k=C) fournissent des cas particuliers); sui-
vant la conception introduite par H. Cartan, puisque sur une telle variété
X il est possible de définir sur tout ouvert U c X les fonctions (complexes)
holomorphes dans V, en associant à tout ouvert U l'ensemble 0(U) de ces
fonctions, on définit de façon évidente un préfaisceau d'anneaux sur X
et en fait ce préfaisceau est un faisceau 0x; autrement dit, la variété
holomorphe apparaît comme un espace topologique muni d'un faisceau
d'anneaux, ou, comme on dit encore, un espace annelé. Dans son travail
fondamental [FAC], J. P. Serre a montré en substance comment on peut
transporter cette définition en Géométrie algébrique. Bornons-nous
d'abord au cas classique (k = C) et supposons que la «variété algébri-
que» X corresponde à un anneau de «fonctions polynomiales» A qui
soit intègre (cas où l'on dit que la variété est «irréductible», et auquel
l'on se borne souvent en Géométrie algébrique classique). Le corps des
fractions K de A est alors appelé le «corps des fonctions rationnelles»
sur X; un élément g/f de K, quotient de deux fonctions polynomiales
(avec f # 0), est une fonction définie aux points x EX où f (x) # 0,
Introduction 15
mais ne peut en général être prolongée par continuité aux points où
f(x) = 0 («pôles» ou «points d'indétermination»). Depuis Riemann, ces
fonctions jouent traditionnellement, pour une variété algébrique, le
rôle des «fonctions méro~orphes» sur une variété analytique. On est
donc conduit à considérer le préfaisceau U ......0(U) sur X, où, pour
tout ouvert U c X, 0(U) est l'anneau des fonctions rationnelles définies
dans U.
Or, on peut encore donner une définition analogue lorsque A est un
anneau intègre quelconque, X l'espace topologique Spec (A), et où d'une
part on restreint les ouverts U à ceux de la base des D(f) (pour f # 0
dans A), et où on prend pour 0(U) l'anneau A 1 des éléments de K de
la forme g/f" (n entier quelconque ;,,:0, gEA). Mais en fait, il est même
inutile de faire aucune hypothèse sur l'anneau A, et il est possible pour
tout f EA (diviseur de zéro ou non) de définir l'anneau A 1 (Bourbaki,
Alg. comm., chap. II, § 5, n° 1); on montre alors que l'application
D(f)>-+A 1 définit un faisceau de k-algèbres sur X, noté Â ou 0x, et l'objet
«spectre de A» associé à A est finalement l'espace annelé (X, 0x). Les
démonstrations détaillées seront données au chap. I, § 1; on y verra
entre autres que les fibres du faisceau d'anneaux 0x sont les anneaux
locaux AP, localisés de A aux idéaux premiers de A, si bien que (X, 0x)
est un espace localement k-annelé; l'anneau A se déduit alors (à isomor-
phisme près) de son spectre par la relation r(X,0x)~A.
On verra aussi au chap. I, § 1 comment, à tout homomorphisme
(20) <p:A.....-➔ A'
de k-algèbres est associé de façon fonctorielle un morphisme d'espaces
localement k-annelés
(21) Spec(<p): X'=Spec(A') .....-➔ X=Spec(A)
tel que l'homomorphisme de k-algèbres correspondant
r(X,0x) .....-➔ r(X',(9x,)
s'identifie (compte tenu des isomorphismes canoniques r(X, 0x) ~A,
r(X', 0x,)~A') à l'homomorphisme donné (20). Cela implique en
particulier que l'application
(22) <p......Spec(<p): Homk-alg(A, A').....-➔ Homk(Spec(A'), Spec(A))
(où le second membre est l'ensemble des morphismes d'espaces localement
k-annelés (0, 4.1.12)) est injective. En fait, on prouvera même que cette
application est bijective (1, 1.6.3); en d'autres termes, le foncteur contra-
variant A ......Spec(A) de la catégorie des k-algèbres dans la catégorie des
espaces localement k-annelés, est pleinement fidèle. Cela permet donc
(compte tenu du «renversement des flèches» usuel quand on passe d'une
16 Introduction
catégorie à son opposée) d'identifier en pratique la catégorie des k-
algèbres à une sous-catégorie pleine de la catégorie des espaces localement
k-annelés, savoir celle formée de ceux de ces espaces isomorphes à un
Spec(A) pour une k-algèbre A convenable; ces espaces localement
k-annelés sont appelés schémas affines sur k. Le problème initial de la
Géométrie algébrique sur k, que nous avons identifié à l'étude des
k-algèbres, est donc aussi équivalent à l'étude des objets algébrico-
topologiques que sont les schémas affines sur k. Quant au foncteur VA
défini par (12), il s'exprime simplement en termes de Spec(A), compte
tenu de la bijectivité de (22), par la formule
(23) VA(k')~ Homk (Spec(k'), Spec(A)),
où le second membre a la même signification que dans (22).
16. Il peut sembler au premier abord que l'équivalence de catégories
précédente ne puisse aboutir qu'à remplacer l'étude d'un objet de défini-
tion assez simple comme une k-algèbre par celle de l'objet beaucoup
plus compliqué qu'est son spectre. En fait, même dans des études d'al-
gèbre locale, la traduction des propriétés en termes de la théorie des
schémas affines, en leur donnant une tournure «géométrique», les rend
souvent moins abstraites et plus accessibles à une sorte d'«intuition»
qui en facilite le maniement (cf. chap. IV), bien qu'en définitive les
démonstrations qoivent toujours se ramener à des propriétés purement
algébriques. Mais l'avantage décisif qu'apporte le langage géométrique,
basé sur l'introduction du spectre d'un anneau, provient de ce que ce
langage permet sans effort de sortir du cadre de !'Algèbre commutative,
ce qui est indispehsable si l'on veut développer la Géométrie algébrique
moderne sur le modèle de la théorie classique. En effet, depuis le début
du XIXe siècle, on s'est aperçu que l'étude des systèmes d'équations
polynomiales du type (3) (qui est ce que l'on peut appeler la Géométrie
algébrique affine) ne donne des énoncés simples et frappants que lorsqu'on
la place dans un cadre plus vaste, celui de la Géométrie algébrique
projective( 1 ). On sait que, classiquement, l'espace projectif complexe P:1;
s'obtient par «recollement» de n + 1 espaces affines, savoir les hyper-
plans xj=l, dans l'espace cn+1 (l~j~n+l), deux points étant identi-
fiés si dans l'espace en+ 1 la droite qui les joint passe par l'origine. Or,
dans d'autres domaines des mathématiques, de tels processus de «re-
collement» interviennent dans des contextes bien plus généraux, puisque
c'est ainsi maintenant que l'on définit les diverses notions de «variété»:
topologique, différentielle, analytique, etc. Dans tous ces domaines, le
(1) Il n'est d'ailleurs sans doute pas fortuit que ce soient les mêmes hommes,
Monge et Poncelet, qui sont à la fois à l'origine de cet élargissement et du passage
du corps des réels au corps des complexes.
Introduction 17
point crucial dans l'opération de «recollement» est le recollement des
topologies, celui des structures additionnelles s'en déduisant sans peine;
c'est sans doute H. Cartan qui a le premier vu la raison de ce fait en
observant que les diverses structures dont nous venons de parler peuvent
toutes être définies comme des structures d'espaces annelés, et que
l'opération de «recollement» se ramène donc dans chaque cas à l'opé-
ration générale de recollement de faisceaux.
Or; une fois qu'on a ramené l'algèbre commutative à une étude
d'espaces annelés particuliers, il suffit d'appliquer mutatis mutandis cette
opération générale pour arriver enfin à la notion fondamentale de la
Géométrie algébrique moderne, celle de schéma sur k: ce sera simplement
un espace X localement k-annelé, qui admet un recouvrement (X"') par
des ouverts qui sont (pour la structure d'espace annelé induite) des
schémas affines sur k.
Un tel objet X définit encore un foncteur
(24) k' ......
X(k'): k-alg .....-➔ Ens
par la formule (généralisant (23))
(25) X(k') = Homk(Spec(k'), X)
(«points de X à valeurs dans k'»). On peut d'ailleurs montrer (1, 2.3.6),
que la connaissance du foncteur (24)redonne le schéma X à isomorphisme
unique près, et plus précisément que le foncteur X ......
X(.) de la catégorie
des schémas sur k, dans la catégorie des · foncteurs k-alg .....-➔ Ens,
défini par la formule (25), est pleinement fidèle; en d'autres termes, il
permet d'identifier la catégorie des schémas à une sous-catégorie pleine
de la catégorie des foncteurs
k-alg .....-➔ Ens (1).
17. Il reste à signaler que !'«anneau de base» k n'a joué dans tout
ce qui précède qu'un rôle accessoire. L'espace annelé Spec(A), pour une
k-algèbre donnée, ne dépend en fait que de la structure d'anneau de 'A,
et la donnée de l'homomorphisme k .....-➔ A définissant la structure de
k-algèbre équivaut simplement à la donnée d'une structure de k-algèbre
sur le faisceau d'anneaux 0x, ou encore (d'après ce qu'on a vu au n° 15,
en y faisant k = Z) à la donnée d'un morphisme d'espaces localement
annelés
Spec(A) .....-➔ Spec(k).
(1) En ce sens, on peut considérer que l'introduction des structures d'espace
localement annelé est surtout un artifice technique, permettant de formuler de
façon particulièrement commode et intuitive un procédé de recollement de foncteurs
«affines». Pour plus de détails sur les relations entre espaces annelés et foncteurs
k-alg-+Ens, voir [3], chap. I, § 1, qui contient également un exposé, excellent
du point de vue technique, de la définition des schémas.
18 Introduction
Il y a donc intérêt à définir d'abord la notion de schéma au sens «absolu»
(i.e. un schéma sur Z), et de définir ensuite un «schéma sur k» (ou k-
schéma) comme un schéma X dont le faisceau d'anneaux 0x est muni
d'une structure de k-Algèbre, i.e. définie par la donnée d'un homomor-
phisme d'anneaux k - r(X, 0x), ou encore (et de préférence) par la
donnée d'un morphisme d'espaces localement annelés
X - Spec(k).
Ce dernier point de vue a l'avantage considérable de se prêter à la sub-
stitution à l'anneau k (ou mieux au schéma affine Spec(k)) d'un schéma
arbitraire Y, et de conduire ainsi à la notion de schéma X au-dessus
d'un schéma Y (ou Y-schéma) (cf. I, 2.6.1), qui sera étudiée de façon
détaillée dans notre Traité, et qui, intuitivement, est toute analogue à la
notion d'espace fibré (ou plus généralement d'un espace topologique X
au-dessus d'un espace topologique Y, c'est-à-dire muni d'une applica-
tion continue f: x- Y), couramment utilisée par les topologues.
L'objet de la Géométrie algébrique, au sens ou nous l'entendons dans
ce Traité, est donc l'étude des schémas, espaces localement annelés d'un
type particulier; ou, de façon équivalente, l'étude des foncteurs (24)
auxquels ils donnent naissance.
CHAPITRE 0
Préliminaires
§ 1. Foncteurs représentables
1.1. Foncteurs représentables
(1.1.1) Nous désignerons par Ens la catégorie des ensembles.
Soit C une catégorie( 1 ); pour deux objets X, Y de C, nous poserons
hx(Y) = Hom (Y, X); pour tout morphisme u: Y.....-➔ Y' dans C, nous
désignerons par hx(u) l'application v ......vu de Hom (Y', X) dans
Hom(Y,X). Il est immédiat qu'avec ces définitions, hx: C .....-➔ Ens est 0
un foncteur contravariant, c'est-à-dire un objet de la catégorie, notée
Hom (C Ens) des foncteurs covariants de la catégorie C opposée de
0
,
0
,
la catégorie C, dans la catégorie Ens ((T, 1.7, d) et SGA, 3, I).
(1.1.2) Soit maintenant w: X....-➔ X' un morphisme dans C; pour
tout YEC et tout vEHom(Y,X)=hx(Y), ona wvEHom(Y,X')=hx,(Y);
désignons par hw(Y) l'application v ......
w v de hx(Y) dans hx,(Y). Il
est immédiat que pour tout morphisme u: Y.....-➔ Y' dans C, le diagramme
hx(ul
hx(Y') hx(Y)
hw(Y')l l hw(Y)
hx,(Y')
-
hx•(u)
hx,(Y)
est commutatif; autrement dit, hw est un morphisme fonctoriel hx .....-➔ hx,
(T, 1.2), ou encore un morphisme dans la catégorie Hom(C Ens) 0
,
(T, 1.7, d)) Les définitions de hx et de hw constituent donc la définition
d'un foncteur covariant canonique
([Link]) h: C .....-➔ Hom (C Ens).
0
,
(1) Nous considérons les catégories d'un point de vue «naïf», comme s'il
s'agissait d'ensembles et renvoyons à SAG, 4, I pour les questions de logique liées
à la théorie des catégories, et la justification du langage· que nous utilisons.
20 O. Préliminaires
(1.1.3) Soient X un objet de C, F un foncteur contravariant de C
dans Ens (objet de Hom(C Ens)). Soit g: hx ....-➔ F un morphisme fonc-
0
,
toriel: pour tout YEC, g(Y) est donc une application hx(Y)....-➔ F(Y) telle
que pour tout morphisme u : Y....-➔ Y' dans C, le diagramme
hx(Y') hx(u) hx(Y)
([Link]) g(Y')l lg(Y)
F(Y') ~ F(Y)
soit commutatif. En particulier, on a une application
g(X): hx(X) = Hom(X,X)....-➔ F(X),
d'où un élément
([Link]) et(g)= (g(X))(lx)EF(X)
et par suite une application canonique
([Link]) et: Hom(hx,F)....-➔ F(X).
Inversement, considérons un élément ç,EF(X); pour tout morphisme
v: Y ....-➔ X dans C, F(v) est une application F(X) ....-➔ F(Y); considérons
l'application
([Link]) V>--+(F(v))(ç)
de hx(Y) dans F(Y); si on désigne par (~(l;))(Y) cette application,
([Link]) ~(I;): hx ....-➔ F
est un morphisme fonctoriel, car on a pour tout morphisme u : Y....-➔ Y'
dans C, (F(vu))(I;) = (F(v)oF(u))(I;), ce qui vérifie la commutativité de
([Link]) pour g=~(ç). On a ainsi défini une application canonique
([Link]) ~: F(X) ....-➔ Hom(hx,F).
Proposition (1.1.4) Les applications et et ~ sont des bij(lctions réci-
proques l'une de l'autre.
Calculons et(~(ç)) pour ç,EF(X); pour tout YEC, (~(l;))(Y) est l'appli-
cation g 1 (Y): v >--+
(F(v))(I;) de hx(Y) dans F(Y). On a donc
et(~(ç)) = (g1 (X))(lx) = (F(lx))(ç) = lF<x>(ç)=ç.
Calculons maintenant ~(et(g)) pour gEHom(hx,F); pour tout YEC,
(~(et(g)))(Y)èst l'application v>--+(F(v))((g(X))(lx));en vertu de la commu-
tativité de ([Link]), cette application n'est autre que v>--+(g(Y))((hx(v))(lx))
= (g(Y))(v) par définition de hx(v), autrement dit, elle est égale à g(Y),
ce qui démontre la proposition.
(1.1.5) Rappelons qu'une sous-catégorie C' d'une catégorie C est
définie par la condition que ses objets soient des objets de C, et que si
§ 1. Foncteurs représentables 21
X', Y' sont deux objets de C', l'ensemble Homc,(X', Y') des morphismes
X'.....-➔ Y'
dans C' est une partie de l'ensemble Homc(X', Y') des morphis-
mes X'.....-➔ Y' dans C, l'application èanonique de «composition des
morphismes»
Homc,(X', Y') x Homc,(Y',Z') .....-➔ Homc,(X',Z')
étant la restriction de l'application canonique
Homc(X', Y') x Homc(Y',Z') .....-➔ Homc(X',Z').
On dit que C' est une sous-catégorie pleine de C si Homc,(X', Y')
= Homc(X', Y') pour tout couple d'objets de C'. La sous-catégorie C''
de C formée des objets de C isomorphes aux objets de C' est encore
alors une sous-catégorie pleine de C, équivalente (T, 1.2) à C' comme
on le vérifie sans peine.
Un foncteur covariant F: C 1 .....-➔ c 2 est dit pleinement fidèle si, pour
tout couple d'objets X 1 , Y 1 de Ci, l'application u ......F(u) de Hom(X 1 , Y 1 )
dans Hom(F(X 1 ), F(Y 1 )) est bijective; cela entraîne que la sous-catégorie
F(C1) de C2 est pleine. En outre, si deux objets X1 , X~ ont même image
X 2 , il existe un isomorphisme unique u: X 1 .....-➔ X~ tel que F(u) = lx 2 •
Pour tout objet X2 de F(C1 ), soit alors G(X 2 ) un des objets X1 de C1
tel que F(X 1) = X 2 (G étant défini au moyen de l'axiome de choix);
pour tout morphisme v: X 2 .....-➔ Y 2 dans F(C 1 ), G(v) sera l'unique mor-
phisme u: G(X 2 ) .....-➔ G(Y 2 ) tel que F(u) = v; G est alors un foncteur de
F(C 1 ) dans C1 ; FG est le foncteur identique dans F(C 1), et ce qui
précède montre qu'il existe un isomorphisme de foncteurs <p:le,~ GF
tel que F, G, <pet l'identité JF<c,> ~ FG définfssent une équivalence de la
catégorie C1 et de la sous-catégorie pleine F(C 1 ) de C 2 (T, 1.2).
(1.1.6) Appliquons la prop. (1.1.4) au cas où le foncteur F est
hx,, X' étant un objet quelconque de C; l'application
~: Hom(X,X').....-➔ Hom(hx,hx,)
n'est autre ici que l'application w>-+hwdéfinie dans (1.1.2); cette appli-
cation étant bijective, on voit, avec la terminologie de (1.1.5), que:
Proposition (1.1.7.) Le foncteur canonique h: C .....-➔ Hom(C0 , Ens) est
pleinement fidèle .
. On utilisera très souvent ce fait pour prouver des résultats sur les
morphismes d'une catégorie C: pour montrer par exemple qu'un dia-
gramme
c-D g
22 O. Préliminaires
de morphismes de C est commutatif, il suffit de prouver que pour tout
objet YEC, le diagramme
hA(Y) hi(Y) hB(Y)
l hv(Y)
hg(Y) h0 (Y)
est commutatif, car la relation hvoh1 =h 9 ohu équivaut en vertu de (1.1.7)
à vof = gou. On est ainsi ramené à vérifier des commutativités de dia-
grammes ensemblistes, ce qui est en général beaucoup plus aisé.
(1.1.8) Soit F un foncteur contravariant de C dans Ens; on dit
que Fest représentable s'il existe un objet XEC tel que F soit isomorphe
à hx; il résulte de (1.1.7) que la donnée d'un XEC et d'un isomorphisme
de foncteurs g: hx- F détermine X à un isomorphisme unique près.
La prop. (1.1.7) signifie encore que h définit une équivalence de C et de
la sous-catégorie pleine de Hom(C Ens) formée des foncteurs contra-
0
,
variants représentables. Il résulte d'ailleurs de (1.1.4) que la donnée d'un
morphisme fonctoriel g: hx-F équivaut à celle d'un élément ç,EF(X);
dire que g est un isomorphisme équivaut pour çà la condition suivante:
pour tout objet Y de C l'application v>--+(F(v))(I;) de Hom(Y, X) dans
F(Y) est bijective. Lorsque ç vérifie cette condition, on dira que le
couple (X,I;) représente le foncteur représentable F. Par abus de langage,
on dira aussi que l'objet XEC représente F s'il existe ç,EF(X) tel que
(X,I;) représente F, autrement dit si hx est isomorphe à F.
Soient F, F' deux foncteurs contravariants représentables de C dans
Ens, hx- F et hx,- F' deux isomorphismes de foncteurs. Alors il résulte
de (1.1.6) qu'il y a une correspondance biunivoque canonique entre
Hom(X,X') et l'ensemble Hom(F,F') des morphismes fonctoriels F-F'.
(1.1.9) Exemples. I: limites projectives. La notion de foncteur con-
travariant représentable couvre en particulier la notion «duale» de la
notion usuelle de «solution d'un problème universel». Plus générale-
ment, nous allons voir que la notion de limite projective est un cas parti-
culier de celle de foncteur représentable. Rappelons(1) que dans une
catégorie C, on définit un système projectif par la donnée d'un ensemble
préordonné I, d'une famille (AJ"'ei d'objets de C, et, pour tout couple
d'indices (r:t.,~) tel que r:t.~ ~' d'un morphisme u"'~ : A~-A"' avec
u"'1 = u"'~ou 131 pour r:t.~~~y. Une limite projective de ce système dans C
(1) Nous nous bornons ici aux limites projectives (ou inductives) suivant un
ensemble préordonné, qui seront seules utilisées jusqu'au chap. VI. Pour l'exten-
sion de ces notions au cas où l'ensemble préordonné est remplacé par une caté-
gorie, voir [10] et SGA, 4, I, 2.
§ 1. Foncteurs représentables 23
est constituée par un objet B de C (noté fu!!A"'), et pour chaque CXEI,
un morphisme u"':B-A"', tels que: 1° u"'=u"'~u~ pour cx~~; 2° pour
tout objet X de C et toute famille (vJ"'ei de morphismes v"': x-A"',
telle que v"'=u"'~v~pour cx~~' il existe un morphisme unique v: x-B
(noté fu!! v"') tel que v"'=u"'v pour tout CXE I (T, 1.8). Ceci s'interprète
de la ·façon suivante: les u"'~ définissent canoniquement des applications
Hom(lx,u"'~) = ü"'~: Hom(X,A~)- Hom(X,A,,)
qui définissent un système projectif d'ensembles (Hom(X,A"'),ü"'~),et
clair que X>--+
"' -
(vJ est par définition un élément de l'ensemble lim Hom(X,AJ; il est
-
lim Hom(X,A"') est un foncteur contravariant de C dans
Ens,et l'existence de la limite projective B équivaut à dire que (v"').-...lim v"'
est un isomorphisme de foncteurs en X .....-
([Link])
-lim Hom(X,AJ
autrement dit que le foncteur X>--+
~ Hom(X,B)
fu!! Hom(X,A"') est représentable. Si
tout système projectif d'objets de C a une limite projective, nous dirons
pour abréger que C admet des limites projectives.
(1.1.10) Exemples. II: Objet final. Soient C une catégorie, {a} un
ensemble réduit à un seul élément. Considérons le foncteur contra-
variant F: c -Ens qui, à tout objet X de C fait correspondre l'en-
0
semble {a} et à tout morphisme X-X' dans C l'unique application
{a}-{a}. Dire que ce foncteur est représentable signifie qu'il existe
un objet eEC tel que pour tout YEC, Hom(Y,e)=he(Y) soit réduit à un
élément; on dit que e est un objet final de C, et il est clair que deux objets
finaux de C sont isomorphes (ce qui permet de définir, en général à
l'aide de l'axiome de choix, un objet final de C qu'on note alors ec).
Par exemple, dans la catégorie Ens, les objets finaux sont les ensembles
réduits à un élément; dans la catégorie des algèbres augmentées sur un
corps K (où les morphismes sont les homomorphismes d'algèbres
compatibles avec les augmentations), K est un objet final.
(1.1.11) Pour toute catégorie C et tout objet SEC, on introduit
une nouvelle catégorie C 18dite «des S-objets de C» de la façon suivante;
les objets de C 18 sont les morphismes (de C) u: X"-s de but S; on
appelle S-morphisme de X" dans X" (pour u, v dans C18) un morphisme
f :Xu-xv de C tel que le diagramme
X U ~X V
~/-s
24 O. Préliminaires
soit commutatif, la composition des S-morphismes étant la même que
dans C. On prend alors comme ensemble Homc 15 (u, v) des morphismes
de u dans v l'ensemble des triplets (Xu,Xv,f), où f: Xu-Xv est un
S-morphisme; le composé du morphisme (Xv,Xw,g) de v dans w et du
morphisme (Xu,Xv,f) de u dans v est donc (Xu,Xw,gof). Dans cette
catégorie 18 est objet final, car pour tout morphisme u:Xu-s,
Homc 15 (u, 18) se réduit par définition au seul morphisme (Xu,S,u).
On a un foncteur C18-C qui, à tout morphisme u: xu-s, fait
correspondre sa source Xu, et à tout morphisme f: u-v, le morphisme
f: X"- Xv correspondant. Bien que u ...... X" ne soit pas en général in-
jectif, on parle souvent (par abus de langage) de X" (au lieu de u) comme
d'un «S-objet», et on dit que u est son «morphisme structural». Les
S-morphismes s: s- Xu, c'est-à-dire les morphismes de C tels que
uo s = 1s sont appelés les S-sections de u (ou de X"); ce sont des mono-
morphismes dans CfS, comme on le vérifie aussitôt; leur ensemble est
noté r(X/S).
Lorsque la catégorie C admet un objet final e, C 1e s'identifie cano-
niquement à C.
(1.1.12) Pour deux objets X, Y d'une catégorie C, posons hx(Y)
= Hom(X, Y) et pour tout morphisme u: Y-Y', soit hx(u) l'application
V>-+UV de Hom(X, Y) dans Hom(X, Y'); hx est alors un foncteur co-
variant c-Ens, d'où l'on déduit comme dans (1.1.2) la définition d'un
0
foncteur covariant canonique h': C Hom(C, Ens); un foncteur co-
-
variant F de C dans Ens, autrement dit un objet de Hom(C,Ens) est
alors dit représentable s'il existe un objet XE C (nécessairement unique
à isomorphisme unique près) tel que F soit isomorphe à hx; nous laissons
au lecteur le soin de développer les considérations «duales» des précé-
dentes pour cette notion, qui couvre cette fois celle de limite inductive,
et en particulier la notion usuelle de «solution de problème universel».
On a de même une notion «duale» de celle d'objet final, celle
d'objet initial d'une catégorie C: c'est un objet e'EC tel que Hom(e',Y)
soit réduit à un élément pour tout Y EC.
(1.1.13) Soit C une catégorie quelconque, et considérons la caté-
gorie Hom(C, Ens) des foncteurs (covariants) de C dans Ens; cette
dernière catégorie admet des limites projectives et injectives. En effet,
soit (F"') un système projectif de foncteurs de C dans Ens; pour cx~ ~.
on a donc un morphisme fonctoriel u"'~: F ~ - F"' avec u"'1 = u"'~ou~1
pour cx~~~y. Pour tout objet XEC, les ensembles F"'(X) for-
ment donc un système projectif d'ensembles pour les applications
u"'~(X):F~(X)-F"'(X), et ont donc une limite projective F(X). De plus,
si Y est un second objet de Cet v: X -Y un morphisme de C, les applica-
§ 1. Foncteurs représentables 25
tions F"'(v): F"'(X)- F"'(Y) forment un système projectif d'applications, qui
a donc une limite F(v): F(X)- F(Y). On vérifie aussitôt que l'on a
ainsi défini un foncteur F de C dans Ens, et que F est limite projective
du système projectif (F"').On voit de même qu'un système inductif (F"')
de foncteurs de C dans Ens a une limite inductive définie par F(X)
= !!!!¼
F"'(X) et F(v) = !!!!¼ F"'(v) (on dit encore que les limites inductives
et projectives dans la catégorie Hom(C, Ens) «se calculent argument
par argument»).
(1.1.14) Dans la catégorie Hom(C, Ens) il y a aussi un objet final,
a savoir un foncteur P qui à tout objet XEC fait correspondre un
ensemble P(X) à un élément et à tout morphisme u: x-Y l'unique
application P(u): P(X)- P(Y).
1.2. Produits fibrés dans une catégorie
(1.2.1) Soient C une catégorie, X, Y deux objets de C; on dit que X
et Y admettent un produit dans C si le foncteur contravariant
F: T ......Hom(T,X) x Hom(T,Y)
de C dans Ens est représentable (pour tout morphisme v: T - T', F(v)
est l'application (f',g') ......(f'ov,g' ov) de Hom(T',X) x Hom(T',Y) dans
Hom(T,X) x Hom(T,Y)). Un objet représentant ce foncteur est donc
formé d'un objet ZE C et d'un couple de morphismes p 1 : z- X,
p 2 : z- Y, et ces objets sont déterminés à isomorphisme unique près
(1.1.8). On dit que Z est le produit de X et Y dans C, p 1 et p2 la première
et la seconde projection de Z; on écrit le plus souvent X x Y pour désigner
le produit Z. L'application
([Link]) g >-+ (P1og, P2°g)
est un isomorphisme de foncteurs en T:
([Link]) Hom(T,X x Y)~ Hom(T,X) x Hom(T, Y).
Par cette application, au morphisme 1x x v correspond le couple
(P1,P2)-
Il est clair que l'on peut encore dire que X x Y est la limite projective
du système projectif où l'ensemble préordonné I est formé de deux
éléments distincts r:t, ~. la relation d'ordre dans I étant la relation
d'égalité, la famille (X)lei est telle que X"'=X et X~=Y, les seuls mor-
phismes Ui.µ étant donc les identités lx et ly (1.1.9).
(1.2.2) Considérons maintenant un objet S de C, et deux morphis-
mes <p:X - S, \j,: Y - S, que l'on peut considérer comme des objets de
26 O. Préliminaires
C/S (1.1.10). Si le produit de ces deux objets existe dans C 18, on le note
0: X x 8Y-S, et on dit (1.1.10) que l'objet X x 8 Y de C, muni du mor-
phisme structural 0, est le produit fibré des objets X et Y (pour les mor-
phismes <pet \j,). Si, pour abréger, on note Hom 8 (U, V) l'ensemble des
S-morphismes U - V pour deux S-objets U, V, on voit que l'on a un
isomorphisme fonctoriel
([Link]) Hom 8 (T,X x 8 Y)~ Hom 8 (T,X) x Hom 8 (T,Y).
En particulier, à l'identité de X x 8 Y correspond un couple de S-mor-
phismes
p 1 :Xx 8 Y-X, p 2 :Xx 8 Y-Y
dits encore première et seconde projection du produit X x 8 Y, et on voit
comme dans (1.2.1) que l'isomorphisme ([Link]) s'explicite en
([Link]) g >-+ (p 1 og,p 2 i)g).
En outre, on a <pop 1 = \j,op 2 = 0, morphisme structural de X x 8 Y.
Lorsque C admet un objet final e, on a X x eY= X x Y à isomor-
phisme unique près.
(1.2.3) Dans le cas particulier où C = Ens, le produit X x Y
existe et n'est autre que le «produit cartésien» usuel. Pour tout ensemble
S et tout couple d'applications <p:X - S, \j,: Y - S, le produit fibré
X x 8 Y existe et est le sous-ensemble du produit X x Y formé des couples
(x,y) tels que <p(x)=\j,(y): en effet, si f:T-X et g:T-Y sont deux
applications telles que <pof= \j,og, (f (t), g(t)) appartient à ce sous-
ensemble pour tout tET, donc f et g se factorisent en f =p 1 oh et
g= p 2 oh, où p 1 et p 2 sont les restrictions à X x 8 Y des projections pr 1
et pr 2 •
Si l'on revient à une catégorie quelconque C, notons que l'on peut
écrire, pour deux morphismes <p:X - S, \j,: Y - S et tout objet TE C
([Link]) Hom(T,X) x Hom<T.S>
Hom(T, Y)=Hom(T,X x 8 Y).
En effet, si f: T- X, g: T- Y sont deux morphismes de C tels que
<pof=\\log, la valeur commune 0 de ces deux composés définit T comme
S-objet et f et g comme des S-morphismes, d'où l'existence d'un unique
morphisme h:T-Xx 8 Y tel que f=p 1 oh, g=p 2 oh, ce qui prouve
([Link]). On peut donc dire encore que X x 8 Y est l'objet de C représen-
0
tant le foncteur contravariant C Ens:
-
T >-+ Hom(T,X) x Hom(T,s)Hom(T, Y)
où le produit fibré ensembliste du second membre est relatif aux appli-
cations
Hom(lT,<p): Hom(T,X)-Hom(T,S)
et
Hom(ln \j,): Hom(T,Y)-Hom(T,S).
§ 1. Foncteurs représentables 27
Avec les mêmes notations, on posera h=(f,g) 8 ou simplement
h = (f, g) si cela n'entraîne pas confusion.
(1.2.4) On dira qu'un diagramme de morphismes de C
s ~ y
est cartésien s'il est commutatif et si, pour tout S-objet T, l'application
g >-+ (uog, vog)
est une application bijective de Hom 8 (T,Z) sur Hom 8 ('f,X) x Hom 8 (T,Y)
(X, Y et Z étant considérés comme S-objets au moyen de <p,\j, et 0 = <pou
= \j,ov respectivement); le S-préschéma Z est donc égal à X x 8 Y à
isomorphisme près.
(1.2.5) Soient X, Y, X', Y' quatre S-objets; supposons que les
produits X x 8 Y et X' x 8 Y' existent et notons p 1 , p 2 , p'1 , p'2 les projecti-
ons canoniques. Alors, pour tout couple de S-morphismes u: X'.....-➔ X,
v: Y'.....-➔ Y, on pose
([Link])
On écrit aussi u x v s'il n'y a pas de confusion.
Proposition (1.2.6) Supposons que les produits existent dans C 18.
Si ron pose F(X,Y)=Xx 8 Y, F(u,v)=ux 8 v, Fest un bifoncteur co-
variant de C/Sx C 18 dans C/S.
Il suffit de remarquer que le diagramme
X r X' r X"
est commutatif (les flèches verticales étant les premières projections)
comme il résulte aussitôt de la définition ([Link]).
Proposition (1.2.7) Pour tout S-objet X, le produit X x 8 S (resp.
S x 8 X) existe; la première (resp. seconde) projection de X x 8 S (resp.
S x 8 X) est un isomorphisme fonctoriel de X x 8 S (resp. S x 8 X) sur X,
dont l'isomorphisme réciproque est (1x, <p)8 (resp. (<p,lx)s), en désignant
par <p:X....-➔ S le morphisme structural.
28 O. Préliminaires
En effet, pour tout S-objet T, Hom 8 (T, S) est un ensemble à un
élément, donc l'objet X représente le foncteur
T ......Hom 8 (T,X) x Hom 8 (T,S).
On peut donc écrire à isomorphisme canonique près
([Link])
Corollaire (1.2.8) Soient X,Y deux S-objets, <p:X-+ S, \j,: Y-+ S
les morphismes structuraux. Si l'on identifie canoniquement X à X x s S
et Y à S x 8 Y, la première projection p 1 : X x 8 Y-+ X s'identifie à lx x 8 \j,
et la seconde projection p 2 : X x sY-+ Y à <pxs 1v·
La vérification résulte aussitôt des définitions.
Proposition (1.2.9) Etant donné un diagramme commutatif de mor-
phismes de C
X -1L- X' ~ X"
([Link]) ~1 ~-1 ~..l
s -y- S''
S' +---f'
supposons que le carré de gauche soit cartésien (1.2.4). Alors, pour que
le carré de droite de ([Link]) soit cartésien, il faut et il suffit que le carré
composé
X ~ X"
(L2.9.2)
~l l~"
s ~
S"
soit cartésien.
Supposons le carré de droite dans ([Link]) cartésien et considérons
deux morphismes u: T-+ X, v": T-+ S" tels que <pou=fof'ov". Puisque
le carré de gauche de ([Link]) est cartésien, il existe un unique mor-
phisme u':T---+-X' tel que u=gou' et f'ov"=<p'ou', et puisque le carré
de droite est cartésien, il existe un unique morphisme u": T-+ X" tel
que u'=g'ou" et v"=<p"ou"; on en conclut que (gog')ou"=u, donc le
carré ([Link]) est cartésien.
Inversement, supposons ([Link]) cartésien, et soient u': T-+ X' et
v":T-+S" deux morphismes tels que <p'ou'=f'ov". Posons u=gou';
en vertu de la commutativité du carré de gauche dans ([Link]), on a
<pou=(fof')ov", donc il existe un unique morphisme u":T-+X" tel
que (gog')ou"=u=gou' et <p"ou"=:cv". Mais on a aussi <p'o(g'ou")
§ 1. Foncteursreprèsentables 29
= (f' o <p")ou" = f' o v" = <p'ou'; de cette relation et de go (g'ou")= go u',
on déduit u'=g'ou"; cela prouve que le carré de droite dans ([Link])
est cartésien.
Proposition (1.2.10) Soient f: X.....-➔ S, g: Y.....-➔ S deux morphismes de
C tel que le produit X x 8 Y existe; soient p 1 : X x 8 Y.....-➔ X, p 2 : X x 8 Y.....-➔ Y
les projections canoniques. Si s: S.....-➔ Y est une S-section de g (1.1.1l),
alors s' = (1x,sof) 8 est une X-section de Pi, et le carré
Xx
P21
8Y
- s'
X
y
s
s
est cartésien.
On a p 1 os'=lx par définition, donc s'est bien une section de p 1 .
La seconde assertion résulte de l'application de (1.2.9) au diagramme
commutatif
X ~ X x sY ~ X
fl P21 lf
S ---Y,__ __ S
9
Proposition (1.2.11) Soient X, Y deux S-objets tels que X x 8Y existe;
alors l'application f >-> r,.= (1x'.f)s est une bijection
Hom 8 (X, Y)~ Homx(X,X x 8 Y) =r(X x 8 Y/X)
de l'ensemble des S-morphismes de X dans Y sur l'ensemble des X-sections
de X x 8 Y (pour la première projection p 1 : X x 8 Y.....-➔ X).
C'est un cas particulier de la définition du produit fibré (1.2.2).
La X-section r1 de X x 8 Y est appelée le morphisme graphe du mor-
phisme f; c'est donc un monomorphisme.
Proposition (1.2.12) Soient f: X....-➔ X', g: Y.....-➔ Y' deux S-morphismes
qui soient des monomorphismes de C/S (T, I; 1.1); alors, si les produits
Xx 8 Y et X'x 8 Y' sont définis, fx 8 g: Xx 8 Y.....-➔ X'x 8Y' est un mono-
morphisme de C fS·
En effet, soient p 1 , p 2 les deux projections de X x 8 Y, p'1 , p~ les deux
projections de X' x 8 Y'; si u, v sont deux S-morphismes de T dans
Xx 8 Y tels que (fx 8 g)ou=(fx 8 g)ov, on en tire p'1 o(fx 8 g)ou
= p'1 o(f x 8 g)ov, autrement dit fop 1 ou= fop 1 ov, et comme f est un
monomorphisme, on en tire p 1 ou= p 1 ov; utilisant de même le fait que
g est un monomorphisme, on obtient p 2 ou = p 2 ov, d'où u=v.
30 O. Préliminaires
(1.2.13) Supposons la catégorie C telle que tous les produits fibrés
X x s Y existent. Alors, pour n S-objets quelconques X 1, X 2 , .•. , Xn, on
peut définir par récurrence le produit fibré
X 1 XsX 2 Xs ··· XsXn=(X 1 XsX 2 Xs ··· XsXn- 1) XsXn,
qu'on note aussi Ils X 1 et il est immédiat que cet objet représente le
l~i~n
foncteur
T >-+ Homs(T,X 1) x Homs(T,X 2) x ··· x Homs(T,XJ.
Les propriétés d'associativité et de commutativité du produit cartésien
d'ensembles donnent donc des propriétés correspondantes pour les
produits fibrés (1.1.7), que nous laissons au lecteur le soin d'énoncer.
Par exemple, si p 1,p 2,p 3 sont les trois projections canoniques de
X1 xsX 2 xsX 3 dans X 1,X 2 ,X 3 respectivement, et si on identifie cano-
niquement ce produit à (X1 x sX 2 ) x sX 3 , la première projection de ce
produit fibré est identifiée à (pi,p 2)s. Si J;: X;-+ Yi est un S-morphisme,
le morphisme f 1 xsf 2 x ··· xsfn de Ils X1 dans Ils Y1 se note aussi
Ils J1• 1"'i"'n 1-,,;i"'n
l~i~n
Proposition (1.2.14) Soient f: S-+S' un morphisme de C qui est un
monomorphisme (T, I, 1.1), X, Y deux S-objets, <p: X-+S, \j,: Y-+S les
morphismes structuraux; les morphismes f o <p: X-+ S', f o \j, : Y-+ S' dé-
finissent X et Y comme des S'-objets. Alors tout produit des S-objets X, Y
est un produit des S'-objets X, Y et réciproquement.
En effet, si T est un S'-objet, u : T-+ X, v: T-+ Y deux S'-morphismes,
on a par définition fo<pou=fo\j,ov=0', morphisme structural de T;
l'hypothèse sur f entraîne que l'on a <pou=\j,ov, et l'on peut donc
considérer T comme S-objet de morphisme structural 0=<pou=\\lov.
La conclusion résulte aussitôt de là et de la définition d'un produit.
Proposition (1.2.15) Supposons que dans C les produits existent.
Considérons une famille de morphismes g 1 : B1-+C 1 (1 ~ i ~ r), et posons
B=B1 X B2 X ... X Br, C=C1 X C2 X... X cr, g=g1 X gz X ···xgr: B-+C.
Pour chaque i, soit q 1 : A-+ B1 un morphisme, et soient j: A-+C et v: A-+ B
les morphismes (uniques) rendant commutatifs les diagrammes
A ~ B; A ~ B
Jl 1g, ~ B;)
C
- Pi
Cr
§ 1. Foncteurs représentables 31
pour 1 ~i~r, où P; et p; sont les projections canoniques (1.2.1). Alors j
se factorise en
j:A~B_!!._,,C.
En effet, on a pour tout i, P;o go v = g;op;ov par définition de g
(1.2.5), puis g1op;ov = g1oq; = p;oj, et la relation p;o(gov) = p;oj pour
tout i entraîne gov = j (1.2.1).
Remarque (1.2.16) Les objets de la catégorie opposée C étant les
0
mêmes que ceux de C, on est amené à développer une terminologie
«duale» de la précédente dans C correspondant aux notions précéden-
tes appliquées à la catégorie C ce qui correspond au produit fibré
0
:
dans C relatif à deux morphismes de C, <p:S-+ X, \j,: S-+ Y, est
0
,
appelé souvent somme amalgamée de X et Y, et noté Xlls Y; c'est l'objet
de C représentant (1.1.11) le foncteur covariant
T>-->Hom(X,T) xHom(s,nHom(Y,T)
où le produit fibré ensembliste est relatif aux applications
Hom(<p,lT): Hom(X, T)-+ Hom(S, T)
et
Hom(\j,, lT): Hom(Y, T) -+ Hom(S, T).
Par exemple, si C est la catégorie des K-algèbres commutatives avec
élément unité (où K est un anneau commutatif avec élément unité), la
somme amalgamée B UA C n'est autre que le produit tensoriel B ®AC.
1.3. Changement de base
(1.3.1) Supposons que C soit une catégorie dans laquelle tous les
produits fibrés existent. Soit <p:S'-+S un morphisme de C; pour tout
S-objet X, de morphisme structural n, X x 8 S', muni du morphisme
projection n':Xx 8 S'-+S', est un S'!objet, qu'on note encore X<s'>ou
X<<P>•et qu'on dit déduit de X par le morphisme changement de base <p,
ou encore l'image réciproque de X par <p. Pour tout S-morphisme
f:X-+Y on note f<s'>le S'-morphisme fx 8 18 ,:X(S')-+Y<s') et on dit
que f<S'> est l'image réciproque de f par <p;on a alors défini (compte tenu
de (1.2.6)) un foncteur covariant X>--> X<s'>de C/S dans CfS'• Si f est un
isomorphisme, il en est de même de f<s'>·
Proposition (1.3.2.) («transitivité du changement de base») Soient
<p:S' -+S, <p': S"-+ S' deux morphismes de C. Alors, pour tout S-objet X,
il existe un isomorphisme canonique fonctoriel du S"-objet (X(q,))(q,') sur
le S"-objet X<<Po<P'>.
32 O. Préliminaires
Il s'agit de prouver que dans le diagramme commutatif
~ (X<<P>)<<P'>
X --1?-- X<<P>
n l n'l n"l
s-s' (j) - q,' S"
le carré composé est cartésien, sachant que le carré de gauche et le carré
de droite le sont, ce qui résulte de (1.2.9).
Ce résultat s'exprime en écrivant l'égalité (à isomorphisme canoni-
= X<s">'ou encore
que près) (X<s'>)<S">
([Link]) (X x 8 S') x 8 -S'' = X x 8 S";
le caractère fonctoriel de l'isomorphisme défini dans (1.3.2) s'exprime
de même par une formule de transitivité des images réciproques de
morphismes
([Link]) (f(S'))(S") = f(S")
pour tout S-morphisme f: X-+ Y.
Corollaire (1.3.3) Si X et Y sont deux S-objets, il existe un iso-
morphisme canonique fonctoriel du S'-objet X<S'>x 8, Y<S')sur le S'-objet
(X X s Y)(S').
En effet, à des isomorphismes canoniques fonctoriels près, on a
(X x 8 S') x 8,(Y x 8 S') = X x 8 (Y x 8 S') = (X x 8 Y) x 8 S',
compte tenu de ([Link]) et de l'associativité des produits fibrés (1.2.13).
Le caractère fonctoriel de l'isomorphisme défini dans (1.3.3) s'exprime
par la formule
([Link])
pour tout couple de S-morphismes u : T-+ X, v : T-+ Y.
En d'autres termes, le foncteur image réciproque X - X<s'>commute
à la formation des produits dans les catégories C 18et C 18, respectivement.
Corollaire (1.3.4) Soient Y un S-objet, f: X-+ Y un morphisme, par
lequel X devient un Y-objet, et par suite aussi un S-objet au moyen du
morphisme composé X ..L+ Y i.... S, où \j, est le morphisme structural.
Alors X<S'>s'identifie au produit X x v Y<S')' la projection
X Xy y(S')-+ y(S')
s'identifiant à f<s'>•
C'est encore une application de (l.2.9), où on remplace S, S', S",
X, X', X" respectivement par S, Y, X, S', Y<S'>
et X<S'>.
§ 1. Foncteurs représentables 33
Corollaire (1.3.5) Si X, Y,Z sont trois S-objets, f: X-+ Z, g: Y-+ Z
deux S-morphismes, X x z Y le produit fibré relatif à f et g, on a, à un
isomorphisme canonique près
(X X z Y)(S')= x(S')X z(S') y(S'),
En effet, en vertu de (l ,3,4), (X x z Y)<S'>s'identifie à (X x z Y)<Z<S'))
et il suffit d'appliquer (L3.3),
Proposition (1.3.6.) Si le S-morphisme f: X-+ Y est un monomor-
phisme, f<s'>:X<S')-+Y<S'>est un monomorphisme.
C'est un cas particulier de (1.2.12).
Proposition (1.3.7) I.;application f ,_,,(f, 18 ,) 8 est une bijection cano-
nique
(1,3,7.1)
de rensemble des S-morphismes de S' dans X, dans l'ensemble des S'-sec-
tions (U.10) de X<S')'fonctorielle en X et S',
Cela n'est autre qu'une manière d'énoncer ( 1.2.11), Si p : X<s'>-+
X
est la projection canonique, la bijection réciproque de (1.3,7.1) est
f'-+ pof'.
Rappelons que la section f' = (f, 18 ,) 8 est le morphisme graphe de f
et se note r1 (1.2.11),
Proposition (1.3.8) Soient X, Y deux S-objets, f: X-+ Y un S-mor-
phisme, r1 =(1x,f)s le morphisme graphe de f; pour tout morphisme
g: S'-+ s, on a rf(S') = (rf)(S'),
C'est un cas particulier de (1.3,3.1).
Remarque (1.3.9) Considérons une propriété P des morphismes de
la catégorie C, et les deux propositions suivantes:
(i) Si f: X-+ X', g : Y-+ Y' sont deux S-morphismes possédant la
propriété P, f x 8 g possède la propriété P,
(ii) Si f: X-+ Y est un S-morphisme possédant la propriété P, tout
S'-morphisme f<S'>: X<S')-+Y <S'), déduit de f par un changement de base
S' -+S, possède la propriété P,
Comme f<s'>= f x s 18,, on voit que si pour tout objet X de C l'identité
lx possède la propriété P, (i) implique (ii); comme d'autre part f x 8 g
est le morphisme composé
X'
X XsY fXly
--'------+ XsY -lx,xg X'
XsY'
on voit que si le composé de deux morphismes possédant la propriété
P, possède aussi cette propriété, alors (ii) implique (i),
34 O. Préliminaires
Proposition (1.3.10) Soit F: T - F(T) un foncteur contravariant de
la catégorie C18 dans la catégorie des ensembles. Si ce foncteur est re-
présentable par un couple (X,l;),où XEC 18 et ç,EF(X), alors, pour tout
morphisme changement de base g : S'-+ S, le foncteur T' - F (T'), restric-
tion à C 18, de F, est représentable par le couple (X', ç'), où X'= X x 8 S'
et I;' = F(pt)(I;), où Pt: X'-+X est la première projection.
En effet, on a deux bijections fonctorielles en T'
Hom 8 ,(T',X') ~ Hom 8 (T',X) ~ F(T')
où la première s'écrit f' - Pt of' et la seconde f - F (f)(I;); il suffit de
les composer.
1.4. Noyaux; morphisme diagonal
(1.4.1) Soient E,F deux ensembles, et considérons deux applica-
tions ut: E-+F, u 2 : E-+_F; on appelle noyau de Ut et u 2 (ou ensemble
des coïncidences de Ut et u 2 ) l'ensemble des xEE tels que Ut(x) = u 2 (x),
et on le note Ker(ut,u 2 ). On dit qu'un diagramme d'applications
est exact si j est injectif et si j(N) = Ker(ut,u 2 ); ce diagramme est évi-
demment alors commutatif.
(1.4.2) Soient maintenant C une catégorie quelconque, X, Y deux
objets de C, Ut,u 2 deux morphismes de X dans Y; on définit un fonc-
teur contravariant F: C -+Ens en posant, pour tout objet TEC,
0
et, pour tout morphisme w: T-+ T', en prenant pour F(w) la restriction
à F(T') de Hom(w, lx) (on vérifie aussitôt que l'image de F(T') par
Hom(w, lx) est contenue dans F(T), en raison de la définition du no-
yau de deux applications). Si le foncteur F est représentable, un objet
qui le représente (déterminé à isomorphisme unique près) est appelé
un noyau de ut et u 2 ou objet des coïncidences de ut et u 2 , et noté
Ker(u 1,u 2 ). Nous verrons plus loin (1.4.10) que lorsque les produits
fibrés existent dans C, il en est de meme des noyaux.
Si N=Ker(ut,u 2 ), l'injection canonique Hom(T,N)-+Hom(T,X)
est donc de la forme Hom(lT,j), où j: N-+ X est un monomorphisme
de T; on dit encore alors que le diagramme de morphismes
( 1.4.2.l)
§ 1. Foncteurs représentables 35
est exact, ce qui équivaut donc à dire que, pour tout objet T de C, on a
le diagramme exact d'applications
Hom(T, N) H
om
<tT,J ~ Hom(T, X) =====~
Hom(IT,Ut)
Hom(T, Y)
Hom(IT,ui)
donc ([Link]) est en particulier commutatif.
Lorsque N=Ker(u 1 ,u 2 ) existe, pour qu'un morphisme f:T-+X
soit tel que u1 of= u2 of, il faut et il suffit, d'après ce qui précède, que
f se factorise en f = jo g, où g: T-+ N est un morphisme déterminé de
façon unique.
(1.4.3) Considérons maintenant une catégorie C où tous les pro-
duits fibrés existent. Soient S un objet de C, X un S-objet, p 1 ,p 2 les
projections canoniques de X x 8 X; on appelle morphisme diagonal de X
dans X x 8 X et on note lix 1s (ou !iq,, si <p:X-+S est le morphisme
structural, ou lix, ou même li), le S-morphisme (1x, 1x)8 , autrement
dit l'unique S-morphisme tel que
([Link]) Pt O Îix1s = P2°Îix1s = lx.
Il résulte aussitôt de cette définition que pour tout couple de S-mor-
phismes f, g de T dans X, on a
([Link]) (f,g)s = (f Xgg)o !!T/S.
Proposition (1.4.4) Le diagramme
X~ Xx 8 X ~ X
P2
est exact (1.4.2).
En effet, en vertu de (1.4.2) et (1.2.3), on est ramené à prouver la
proposition lorsque C est la catégorie Ens; mais dans ce cas, on voit
aussitôt que le morphisme diagonal n'est autre que l'application diago-
nale usuelle x - (x, x), et l'assertion est triviale.
lix 1s est donc un monomorphisme (1.4.2).
Proposition (1.4.5) Si f: X-+ Y est un S-morphisme, le diagramme
X ~ Xx 8X
([Link]) fl l Jxsf
est commutatif.
y
- /1,.y/S
Yx 8 Y
On est encore ramené à la vérification pour la catégorie Ens, qui est
triviale.
36 O. Préliminaires
Proposition (1.4.6) Soient X, Y deux S-objets; si on identifie cano-
niquement les produits (X x 8 X) x 8 (Y x 8 Y) et (X x 8 Y) x 8 (X x 8 Y) (1.2.13)
le morphisme ~(XxsY)/S s'identifie à ~xis Xs~v/s·
Ici encore, il suffit de le vérifier pour les ensembles, où c'est évident.
Corollaire (1.4.7) Pour tout changement de base S'-+ S, ~X<s·J/S'
s'identifie à (~x/S)(S')·
Il suffit de remarquer que (X x 8 X)<S') s'identifie canoniquement à
x(S') X S' x(S') ( 1.3.3 ).
Proposition (1.4.8) Soient X, Y deux S-objets, <p:S-+ T un mor-
phisme de C, faisant de tout S-objet un T-objet. Soient f: X-+ S, g: Y-+ S
les morphismes structuraux, Pt, p 2 les projections canoniques de X x 8 Y,
7t= fo Pt =go p 2 le morphisme structural X x 8 Y-+ S. Alors le diagramme
X Xs Y (p1,Pùr X XT Y
([Link])
nl l fxTg
s f!.stT
S xTS
est un carré cartésien, et le morphisme (pt,P2h s'identifie à
lx xT yXs xTs~s/T·
On se ramène encore au cas où C = Ens, et la vérification est alors
immédiate.
Corollaire (1.4.9) Si f: X-+ Y est un S-morphisme, le diagramme
X~ Xx 8Y
([Link])
y ~ Yx 8 Y
est un carré cartésien.
Il suffit d'appliquer (1.4.8) en remplaçant S par Y et T par S, et re-
marquant que X Xy Y =X (1.2.7).
On notera que Ox,1 )s n'est autre que le morphisme graphe r1 (1.3.7).
Considérons en particulier une S-section s: S-+ X d'un morphisme
g :X-+S faisant de X un S-objet; identifiant canoniquement S x 8X à X
(1.2.7), on voit, en remplaça~t dans (1.4.9) Y par X, X par S et f par s,
que le diagramme
s X
([Link]) s l l (sog, txls
X---> '1.g Xx 8X
§ 1. Foncteurs représentables 37
est un carré cartésien. On peut donc dire que s s'obtient à partir de la
X-section 6..9 : X-+ X x 8 X (de p 1 ou de p 2 ) par le changement de base
(sog, lx) 8 : X-+ X x 8 X; cela permet de dire aussi que le morphisme
diagonal 6..9 est une «S-section universelle» de g.
Proposition (1.4.10) Soient u 1 , u 2 deux S-morphismes X-+ Y.
Considérons X et Y comme des (Y x 8 Y)-objets au moyen des morphismes
(u1 ,u 2 )s:X-+Yx 8 Y et Îl.y:Y-+Yx 8 Y. Alors le produit fibré XxvxsvY
de ces deux (Y x 8 Y)-objets est un noyau de u 1 et u 2 dans Cis (cf.(I, 5.1.5)).
On est encore ramené au cas C = Ens, où la vérification est triviale.
Proposition (1.4.11) Pour qu'un morphisme f: X-+ Y de C soit un
monomorphisme,. il suffit que A.x1y: X-+ X x y X soit un isomorphisme, ou
que l'un des morphismes p 1 :XxyX-+X, p 2 :XxyX-+X soit un mono-
morphisme (auquel cas c'est un isomorphisme).
On est toujours ramené au cas C=Ens, où c'est immédiat.
Remarques (1.4.12) Lorsque dans une catégorie C tous les produits
fibrés existent, il en est de même de toutes les limites projec,tives finies,
c'est-à-dire celles correspondant aux systèmes projectifs (X;);ei où
l'ensemble préordonné I est fini (1.1.9). En effet, dans le cas particulier
où C est la catégorie des ensembles, il!!!X 1 est le sous-ensemble de
~ X; formé des (x;) tels que uij(x)=x; pour i:;;;;[Link] ensemble peut
!El
être considéré comme un noyau de la façon suivante: pour tout couple
(j,k) tel que j:;;;;k, on pose Yjk=Xk, et on considère les deux ensembles
II X; et II Yjk; on définit ensuite deux applications V=(vjk) et w=(wjk)
iel j~k
de ~ X; dans _IlYjk en prenant vjk = pr k et wjk = ukjo pr j; il est clair
iel J~k
que lim X; est le noyau de v et w. On peut alors répéter cette définition
dans la catégorie C; il résulte de l'existence des noyaux dans C (1.4.10)
et de la définition d'une limite projective (1.1.9) que l'on a encore
--
lim X1=Ker(v,w).
(1.4.13) On peut définir de même l'ensemble des coïncidences
Ker(u 1,u 2 ,u 3 ) de trois applications u;:E-+F (i=l,2,3), comme l'en-
semble des xEE tels que u 1 (x)=u 2 (x)=u 3 (x); puis, pour une caté-
gorie C, le foncteur
F(T)= Ker(Hom(lT,u 1) Hom(1T,u 2 ), Hom(lT,u 3 )) c Hom(T,X)
pour deux objets X, Y et trois morphismes u; (i= 1,2,3) de X dans Y.
Dans une catégorie C où les produits fibrés existent, ce foncteur est
représentable par l'objet (dit encore objet des coïncidences des u;)
Ker(u 1 , u2 , u 3 ) = Ker(u 1 , u 2 ) x x Ker(u 2 , u 3 )
comme on le voit aussitôt en se ramenant au cas C = Ens.
On généralise aussitôt à un nombre fini quelconque de morphismes.
38 O. Prèliminaires
(1.4.14) En formulant les définitions et propositions précédentes
pour la catégorie opposée C on obtient de nouvelles notions pour C,
0
,
les conoyaux dans C étant les noyaux dans C les morphismes co-
0
,
diagonaux dans C les morphismes diagonaux de C on laisse les tra- 0
;
ductions au lecteur.
1.5. Foncteurs adjoints
(1.5.1) Soient C, C' deux catégories, F: C-+ C' un foncteur co-
variant. Alors, pour un objet donné X' EC', T - Homc,(F(T), X') est un
foncteur contravariant de C dans Ens. S'il est représentable, on dit qu'un
objet Y EC qui le représente (déterminé à isomorphisme unique près)
est associé (pour F) à X'; par définition, pour tout objet TEC, on a
donc un isomorphisme fonctoriel en T:
([Link]) Homc(T, Y) ~ Homc,(F(T), X')
que nous noterons u- u':t,l'isomorphisme réciproque étant noté u'-+ u''.
Pour tout morphisme w: T-+ S de C, on a un diagramme commutatif
Homc(S,Y) Homc,(F(S), X')
([Link]) Hom(w,ly)l l Hom(F(w), lx')
Homc(T,Y) Homc,(F(T), X')
Autrement dit, pour tout morphisme u: S-+ Y, on a
([Link])
En particulier, si l'on prend T = Y, on a un morphisme canonique
([Link])
et il résulte de ([Link]) appliqué en remplaçant w par u: T-+ Y, et u
par ly, que l'on a la factorisation canonique unique
([Link]) u':t:F(T) F<u>F(Y) ~ X'.
(1.5.2) Supposons maintenant qu'à tout objet X' de C' soit asso-
cié (pour F) un objet de C, que nous noterons pad(X'). Nous allons
voir qu'on peut définir pd comme foncteur covariant C'-+ C, que nous
appellerons adjoint à droite du foncteur F.
Il faut en effet, pour tout morphisme u': X'i-+ X~ de C', définir le
morphisme F"d(u'): F"d(X'i)-+ F"d(X~). Or, considérons le morphisme
composé
§ 1. Foncteurs représentables 39
Nous poserons
([Link])
Utilisant la factorisation canonique ([Link]), on a par suite le diagramme
commutatif
F(F"d(X\)) F(F"d(X~))
([Link]) ox; l l ox;
u'
qui caractérise F"d(u'): si en effet un autre morphisme
U: pd(X;)-+ pd(X'z)
est tel que F(u) rende commutatif le diagramme précédent, on a
(F"d(u'))°=u'•, donc u=F"d(u'). Ceci prouve aussitôt que si v' :X~-+X~
est un second morphisme de C', on a
pad(v' ou') = Pd( v') o pad(u'),
et établit notre assertion.
Compte tenu de la factorisation canonique ([Link]), on voit que
l'isomorphisme u - u11:
([Link]) Homc(T,F"d(X')) ~ Homc,(F(T),X')
est un isomorphisme de bifoncteurs en T et X'.
(1.5.3) Formulant la définition d'un foncteur adjoint à droite pour
les catégories opposées C C' et notant que F définit encore un foncteur
0
,
0
covariant F C -+ C'
0
:
0 0
on déduit la notion de foncteur adjoint à
,
gauche •dF: C'-+ C de F. On a donc un isomorphisme de bifoncteurs
en Tet X'
( [Link])
que nous noterons cette fois v- v•, l'isomorphisme réciproque étant
noté v' - v'11• Pour tout morphisme v: •dF(X')-+ T et tout morphisme
w:T-+S deC,ona
([Link]) (wov)°=F(w)ov'.
et en particulier on a un morphisme canonique
([Link]) Px·: X' -+ F(•dF(X'))
tel que l'on ait une unique factorisation canonique
([Link])
Enfin, pour tout morphisme u': X'i-+ X~ de C', on a
([Link])
40 O. Préliminaires
(1.5.4) Le fait que ([Link])soit un isomorphisme de bifoncteurs prou-
ve aussitôt que lorsqu'un foncteur F: C-+ C' possède un adjoint à
droite F"d, F"d: C'-+ C possède un adjoint à gauche qui n'est autre que
F à isomorphisme unique près, autrement dit on a ad(F•d)= F et de même
(•dF)•d= F lorsque adF existe.
Exemples (1.5.5) Soient A, B deux anneaux admettant chacun un
élément unité, p: A-+ B un homomorphisme d'anneaux tel que p(l)= 1,
C la catégorie des A-modules à gauche, C' celle des B-modules à gauche;
on définit alors deux foncteurs p*: C-+ C', p*: C'-+ C tels que p*(E)
=B ®AE pour tout A-module à gauche E et que p*(F), pour tout
B-module à gauche F, soit le A-module obtenu en restreignant à A
l'anneau des scalaires de F au moyen de p; on sait (Bourbaki, Alg.,
chap. II, 3° éd., § 5, n° 1) que l'on a un isomorphisme canonique de bi-
foncteurs
HomB(p*(E), F) ~ HomA(E, p*(F))
en E et F; autrement dit, p* est adjoint à gauche de p* et p* adjoint à
droite de p*.
Soit maintenant E un (B,A)-bimodule. On définit alors deux foncteurs
F-E ®AF de C dans C', G-HomB(E,G) de C' dans C, et on a un
isomorphisme canonique de bifoncteurs (Bourbaki, Alg., chap. II, 3° éd.,
§4,n°l)
HomB(E ®AF, G) ~ HomA(F, HomB(E, G))
en F et G; le foncteur F-E®AF est adjoint à gauche de G-HomB(E,G).
(1.5.6) Si C est une catégorie où les produits existent, alors, pour
tout objet SEC, le foncteur canonique i18: C18-+ C, qui à tout objet
u : X-+ S de C 18 fait correspondre sa source X, admet pour adjoint à
droite le foncteur produit x-XxS, car, pour tout objet TEC 18,
Hom 8 (T,X x S) est la partie de Hom(T, X x S) formée des morphismes
u tels que p 2 ou= <p, où <p est le morphisme structural T-+ S. En vertu
de ([Link]), Hom 8 (T,X x S) est donc en correspondance biunivoque
fonctorielle avec Hom(T,X) par l'application u- p 1 ou, d'où notre
assertion.
Pl us généralement, si 7t : S'-+ S est un morphisme de C, le foncteur
canonique i 18,18: C18,-+ C18, qui, à tout objet u: X-+S' de C18,, fait
correspondre l'objet nou: X-+S de C 18, a pour adjoint à droite le fonc-
teur produit fibré x- X x s S'; la démonstration est tout à fait analogue,
utilisant ([Link]).
(1.5.7) Si un foncteur F : C-+ C' admet un adjoint à droite (resp.
à gauche), cet adjoint commute aux limites projectives (resp. aux limites
inductives), autrement dit, on a
§ 1. Foncteurs représentables 41
([Link])
(resp.
([Link])
à des isomorphismes canoniques près. Prouvons par exemple ([Link]):
à isomorphisme canonique près, on a, pour tout objet TEC, par ([Link])
et (1.1.12),
- - -
Homc(•dF(limX~), T) = Homc,(lim~,F(T))
d'où le résultat.
--
= lim Homc,(X~,F(T))
= lim Homc(•dF (X~),T) = Homc(lim adF(~), T),
1.6. Structures algébriques dans les catégories
(1.6.1) Étant donnés deux foncteurs contravariants F, F' de C
dans Ens, rappelons que pour tout objet YEC, on pose (F x F')(Y)
= F(Y) x F'(Y), et pour tout morphisme u: Y-+ Y' dans C, on pose
(F x F')(u) = F(u) x F'(u), qui est l'application (t, t')- (F(u)(t), F'(u)(t')) de
F(Y') x F'(Y') dans F(Y) x F'(Y); F x F': C -+Ens est donc un foncteur
0
contravariant (qui n'est autre d'ailleurs que le produit des objets F, F'
dans la catégorie Hom(C ,Ens)). Étant donné un objet XEC, nous
0
appellerons loi de composition interne sur X un morphisme fonctoriel
( [Link])
Autrement dit (T, 1.2), pour tout objet YEC, Yx(Y) est une applica-
tion hx(Y) x hx(Y)-+ hx(Y) (donc par définition une loi de composition
interne sur l'ensemble hx(Y)) soumise à la condition que, pour tout
morphisme u: Y-+ Y' dans C, le diagramme
hx(Y') x hx(Y') hx(Y) x hx(Y)
îx(Y')l l îx<Y)
hx(Y')----h-x-<u-) ---> hx(Y)
soit commutatif; cela signifie que pour les lois de composition Yx(Y) et
Yx(Y'),hx(u) est un homomorphisme de hx(Y') dans hx(Y).
De la même façon, étant donnés deux objets Z,X de C, on appelle
loi de composition externe sur X, ayant Z comme domaine d'opérateurs,
un morphisme fonctoriel
([Link])
42 O. Préliminaires
On voit comme ci-dessus que pour tout Y EC, rox,z(Y) est une loi
de composition externe sur hx(Y), ayant hz(Y) comme domaine d'opéra-
teurs, et telle que pour tout morphisme u: Y-+ Y', hx(u) et hz(u) forment
un dihomomorphisme de (hz(Y'), hx(Y')) dans (hz(Y), hx(Y)).
(1.6.2) Soit X' un second objet de C, et supposons donnée sur X'
une loi de composition interne Yx'; nous dirons qu'un morphisme
w: X-+ X' dans C est un homomorphisme pour ces lois de composition,
si pour tout Y EC, hw(Y): hx(Y)-+ hx,(Y) est un homomorphisme pour
les lois de composition Yx(Y) et Yx,(Y).Si X" est un troisième objet de
C muni d'une loi de composition interne Yx" et w' : X'-+ X" un mor-
phisme dans C qui est un homomorphisme pour Yx' et Yx", il est clair
que le morphisme w' w: X-+ X" est un homomorphisme pour les lois
de composition Yx et Yx"· Un isomorphisme w: X~ X' dans C est
appelé isomorphisme pour les lois de composition Yx et Yx' si w est un
homomorphisme pour ces lois de composition, et si son morphisme
réciproque w- 1 est un homomorphisme pour les lois de composition
Yx' et Yx·
On définit de la même manière les dihomomorphismes pour les couples
d'objets de C munis de lois de composition externes.
(1.6.3) Lorsqu'une loi de composition interne Yx sur un objet X EC
est telle que Yx(Y) soit une loi de groupe sur hx(Y) pour tout YEC, on
dit que X, muni de cette loi, est un C-groupe ou un C-objet en groupes.
On définit de même les C-anneaux, C-modules, etc.
(1.6.4) Supposons que le produit X x X d'un objet X EC par lui-
même existe dans C; par définition, on a alors hxxx=hxxhx à un
isomorphisme canonique près, puisqu'il s'agit d'un cas particulier de
limite projective (1.1.9); une loi de composition interne sur X peut
donc être considérée comme un morphisme fonctoriel Yx: hx x x-+hx,
et détermine donc canoniquement (1.1.6)un élément CxEHom(X x X,X)
tel que hcx=yx; dans ce cas, la donnée d'une loi de composition interne
sur X est donc équivalente à celle d'un morphisme X x X-+ X; lorsque
C est la catégorie Ens, on retrouve la notion classique de loi de com-
position interne sur un ensemble. On a un résultat analogue pour une
loi de composition externe lorsque le produit Z x X existe dans C.
(1.6.5) Avec les notations précédentes, supposons en outre que
X x X x X existe dans C; la caractérisation du produit comme objet
représentant un foncteur (1.1.9) entraîne l'existence d'isomorphismes
canoniques
(X X X) X X ~ X X X X X ~ X X (X X X) ;
§ 1. Foncteurs représentables 43
si on identifie canoniquement X x X x X à (X x X) x X, l'application
Yx(Y)x 1h X <Y>s'identifie à hcX x 1X (Y) pour tout YEC. Il est par suite
équivalent de dire que pour tout YEC, la loi interne Yx(Y) est associa-
tjve, on que le diagramme d'applications
'Yx(Y)X
1
hx(Y) x hx(Y) x hx(Y) hx(Y) x hx(Y)
t xrx<Y)i irx<Y)
hx(Y) x hx(Y) hx(Y)
est commutatif, ou que le diagramme de morphismes
Cx X lx
XxXxX XxX
lx xcxi icx
XxX ,·., X
est commutatif.
(1.6.6) Sous les hypothèses de (1.6.5), si on veut exprimer que pour
tout YEC, la loi interne Yx(Y) est une loi de groupe, il faut d'une part
exprimer qu'elle est associative, et de l'autre qu'il existe une application
tXx(Y):hx(Y)-+ hx(Y) ayant les propriétés de l'inverse dans un groupe;
comme pour tout morphisme u: Y-+ Y' dans C, on a vu que hx(u) doit
être un homomorphisme de groupes hx(Y')-+ hx(Y), on voit d'abord
que Clx: hx-+ hx doit être un morphisme fonctoriel. On peut d'autre
part exprimer les propriétés caractéristiques de l'inverse s-s- 1 dans
un groupe G sans faire intervenir l'élément neutre: il suffit d'écrire que
les deux applications composées
(s, t)- (s, s- t)- (s, s- 1 t)- s(s- 1 t)
1
,
(s,t)-(s,s~ 1 ,t)-(s,ts- 1 )-(ts- 1 )s
sont égales à la seconde projection (s, t)- t de G x G dans G. En vertu
de (1.1.3), on a Clx=hax, où axEHom(X,X); la première condition
précédente exprime alors que le morphisme composé
XxX (lx,~)xlx XxXxX lxX<x XxX ~ X
est la seconde projection X x X-+ X dans C, et la seconde condition se
traduit de même.
(1.6.7) Supposons maintenant qu'il existe dans C un objet final e
(1.1.10). Supposons toujours que Yx(Y) soit une loi de groupe sur hx(Y)
pour tout YEC, et désignons par rtx(Y) l'élément neutre de Yx(Y).
44 O. Préliminaires
Comme, pour tout morphisme u: Y-+ Y' dans C, hx(u) est un homo-
morphisme de groupes, on a 1"\x(Y)= (hx(u))(rtx(Y')); prenant en parti-
culier Y'= e, auquel cas u est l'unique élément e de Hom(Y, e), on voit
que l'élément rtx(e) détermine complètement rtx(Y) pour tout YEC.
Posons ex=rtx(X), élément neutre du groupe hx(X) = Hom(X,X); la
commutativité du diagramme
hx(e) hx<•> hx(Y)
h.x(e) i i hex(Y)
hx(e) ~ hx(Y)
(cf. 1.1.2) montre que, dans l'ensemble hx(Y), l'application h.x(Y) n'est
autre que s-rtx(Y) transformant tout élément en l'élément neutre. On
vérifie alors que le fait que 1"\x(Y)soit élément neutre de Yx(Y) pour
tout Y EC équivaut à dire que le morphisme composé
X (tx,txi XxX ~ XxX ~ X,
et l'analogue où on permute lx et ex, sont tous deux égaux à lx.
(1.6.8) On pourrait bien entendu multiplier sans peine les exemples
de structures algébriques dans les catégories. L'exemple des groupes a
été traité avec assez de détails, mais par la suite nous laisserons générale-
ment au lecteur le soin de développer des considérations analogues dans
les exemples de structures algébriques que nous rencontrerons.
1.7. Morphismes fonctoriels représentables
(1.7.1) Etant donnée une catégorie Cet un foncteur contravariant
F: C -+ Ens
0
on appelle sous-foncteur de F un foncteur contravariant
G: C -+Ens
0
tel que pour tout objet XEC, on ait G(X) c F(X) et que pour tout
morphisme u: X-+X', G(u): G(X')-+ G(X) coïncide avec F(u) dans G(X').
Par exemple, si w: X-+X' est un monomorphisme de C, l'application
hw(Y): Hom(Y,X)-+ Hom(Y,X')
est injective; si l'on identifie Hom(Y,X) à son image dans Hom(Y,X')
par hw, hx s'identifie à un sous-foncteur de hx,.
Si, pour tout objet XE C, j(X) désigne l'injection canonique
G(X)-+ F(X), il est clair que j: G-+ F est un morphisme fonctoriel.
§ 1. Foncteurs représentables 45
(1.7.2) Considérons maintenant trois foncteurs contravariants
F, G, H de C dans Ens, et deux morphismes fonctoriels
g:G-+F, h:H-+F.
0
Dans la catégorie Hom(C ,Ens), le produit fibré G xFH (pour les mor-
phismes g et h) existe et se calcule «argument par argumept»; autre-
ment dit, pour tout XE C, (G x FH) (X) est le produit fibré d'en-
sembles G(X) xF<x>H(X) pour les applications g(X): G(X)-+ F(X) et
h(X): H(X)-+ F(X); et pour tout morphisme u: X-+ Y de C, (G x FH)(u)
est la restriction à G(Y) xF<Y>H(Y) de l'application G(u) x H(u) de
G(Y) x H(Y) dans G(X) x H(X). La vérification du fait que l'on obtient
bien ainsi un produit fibré au sens de (1.2.2) est immédiate.
Si G est un sous-foncteur de F, j: G-+F le morphisme fonctoriel
d'injection, alors G x F H s'identifie à un sous-foncteur de H et
j<H>:GxFH-+H (notation de (1.3.1)) au morphisme fonctoriel d'injec-
tion.
(1.7.3) Supposons que dans (1.7.2) F, G, H soient trois foncteurs
représentables: F = h8 , G = hx, H = hy; alors ( 1.1.7), on a nécessaire-
ment g = hu et h = hv, où u : X-+ S et v : Y-+ S sont deux morphismes
de C. Pour que le produit fibré G xFH soit représentable, il faut et il
suffit que le produit fibré X x 8 Y (pour u et v) existe dans C, et alors
GxFH est isomorphe à hxxsv, comme il résulte de (1.7.2) et de (1.1.7).
(1.7.4) Les notations ét~nt les mêmes que ci-dessus, on appelle
morphisme représentable un morphisme fonctoriel
f: F-+G
ayant la propriété suivante: pour tout objet XEC et tout morphisme
fonctoriel u: hx-+G, le foncteur F xGhx est représentable.
Proposition (1.7.5) (i) Tout isomorphisme de foncteurs est repré-
sentable.
(ii) Si f: F-+ G et g: G-+ H sont deux morphismes fonctoriels repré-
sentables, il en est de même de gof: F-+ H.
(iii) Si f: F-+ G est représentable, il en est de même de tout mor-
phisme fonctoriel f<H>: F xGH-+ H déduit de f par changement de base
H-+G.
L'assertion (i) résulte de ce qu'un isomorphisme se transforme en
isomorphisme par changement de base (1.3.1), et l'assertion (ii) de ce
que F x Hhx~ F xG(G xHhx); comme G xHhx est isomorphe à un fonc-
teur hv, F xG(G xHhx), isomorphe à F xGhv, est représentable. De
même, pour prouver (iii), il suffit de noter que (F xGH) xHhx est iso-
morphe à F xGhx, donc est représentable.
46 O. Préliminaires
Si f: F-+ G est un morphisme fonctoriel représentable, et si pour
un morphisme fonctoriel hx-+ G, le foncteur F x Ghx est représenté
par l'objet Y E C (donc est isomorphe à hv), alors, pour tout morphisme
Z-+X de C, le produit YxxZ existe, puisque le foncteur hvxhxhz
est représentable en vertu de (1.7.5, (iii)).
Proposition (1. 7 .6) Soit G: C 0 ➔ Ens un foncteur contravariant
représentable. Pour qu'un morphisme fonctoriel F-+ G soit représen-
table, il faut que le foncteur F soit représentable; cette condition est
suffisante si dans C les produits fibrés existent.
La suffisance de la condition résulte de (1.7.3). D'autre part, si G=hs,
à isomorphisme près, et si le morphisme F-+ G est représentable, le
foncteur FxGG=FxGhs (où G-+G est l'identité) est représentable
par définition; comme il s'identifie à F, cela achève la démonstration.
(1.7.7) Soit ?J>un ensemble de morphismes de la catégorie C; nous
supposerons, d'une part que le composé d'un morphisme de ?J>et d'un
isomorphisme (à droite ou à gauche) appartient encore à ?J',et d'autre
part que ?J' vérifie la condition suivante:
Si f:A-+B appartient à ?J',alors, pour tout morphisme g :C-+B,
le produit fibré A xBC existe et la projection f<q=p 2 :A xBC-+C
appartient à ?J' (i.e., ?J>est «stable par changement de base»).
Cela étant, nous dirons qu'un morphisme fonctoriel représentable
u: F-+ G, où F et G sont des foncteurs contravariants de C dans Ens,
est représentable par un morphisme de ?J>si, pour tout objet XEC et
tout morphisme fonctoriel v: hx-+ G, le morphisme fonctoriel corres-
pondant F x Ghx-+ hx, qui est de la forme hw, où w: Y-+ X est un
morphisme de C (Y étant un objet représentant le foncteur F xGhx),
est tel que w appartienne à ?J>(condition qui ne dépend pas de l'objet Y
choisi, puisque le composé d'un morphisme de ?J'et d'un isomorphisme
appartient encore à ?J'). Il est immédiat que tout morphisme fonctoriel
déduit de u par changement de base (1.3.1) est encore représentable par
des morphismes de &!
(1. 7.8) Soient G: C -+ Ens un foncteur contravariant, F un sous-
0
foncteur de G, ?J'un ensemble de morphismes de C vérifiant les condi-
tions de (1.7.7). Supposons que G soit représentable par un objet XEC.
Alors, pour que le morphisme fonctoriel d'injection j: F-+ G soit re-
présentable par un morphisme de &P,il faut et il suffit que pour tout
objet SEC et tout morphisme fonctoriel h8 -+ G, le morphisme fonc-
toriel correspondant j 8 : F xGhs-+ h8 soit représentable par un mor-
phisme de &! La condition est en effet nécessaire par définition (1.7.7),
et elle est suffisante puisqu'il suffit d'y faire S = X, d'où h8 = hx = G.
§ 1. Foncteurs représentables 47
On observera qu'un morphisme fonctoriel hs-+ hx est de la forme
hw, pour un morphisme w: S -+ X bien déterminé, autrement dit un
élément de G(S). Ceci permet de mettre le critère précédent sous une
autre forme. Considérons en effet, pour un SEC et un wEG(S) fixés,
le foncteur suivant:
Fw: (C,s)°-+ Ens
où, pour tout morphisme u: Z-+ S (objet de C18), on pose
F (u) = {</Jsi wou=G(u)(w)<tF(Z),
w {wou}={G(u)(w)} si G(u)(w)EF(Z)
de sorte que Fw(u) est vide ou réduit à un seul élément; on a bien ainsi
défini un foncteur contravariant dans C 18, car si u': Z' -+ S est un second
objet de C 18 et f:Z-+Z' un morphisme de C 18 (de sorte que u'of=u),
on a G(u)=G(f)oG(u'); puisque F est un sous-foncteur de G, on a
G(f)(F(Z')) c F(Z); on prend donc Fw(f) égal à l'application vide si
wou'<tF(Z'), et égal à la restriction de G(f) à {wou'} dans le cas con-
traire.
Cela étant, dire que l'objet TEC représente le foncteur F x Ghs et que
le morphisme i:T-+S représente le morphisme fonctoriel j 8 : FxGh 8 -+h8
équivaut à dire que l'objet i EC /S représente le foncteur F w· En
effet, pour tout ZEC, (F xGhs) (Z) est l'ensemble des éléments de
F(Z)cG(Z)=Homc(Z,X) quisontdelaforme wou, où uEHomc(Z,S);
dire que T représente F xGhs et que i représente j 8 signifie que pour
tout uEHomc(Z,S) tel que wouEF(Z), il existe un morphisme g: Z-+ T
et un seul tel que u= iog, et réciproquement l'existence d'un tel g
entraîne que wou appartient à F(Z). De même, dire que i représente Fw
signifie que pour tout morphisme u: Z-+ S, il n'existe aucun morphisme
g: Z-+ T tel que iog = u si wou<tF(Z), et il en existe un seul si wou EF(Z).
Cela établit l'équivalence annoncée.
Remarque (1.7.9) Soit p: S'-+ S un monomorphisme dans la caté-
gorie C; la catégorie C18, peut alors être considérée comme une sous-
catégorie pleine de C 18, car l'application g- pog, où g parcourt l'en-
semble des morphismes T-+ S' de C, est injective par hypothèse.
Soit F: (C18)°-+Ens un foncteur contravariant; comme h8 (T)
=Hom 8 (T,S) est un ensemble réduit à un élément pour TEC 18, on a
un unique morphisme fonctoriel F-+ h8 ; le produit fibré F 1 x hsF2 de
deux tels foncteurs est donc identique ·au produit ordinaire F 1 x F2 .
Considérons en particulier le produit fibré
([Link]) F'=F xhshS'
48 O. Préliminaires
et remarquons que, puisque p: þÿS'!’S est un monomorphisme, h8,(T)
= Hom 8 (T, S') est vide si T n'appartient pas à la sous-catégorie C /S' de
C/S, et réduit à un seul élément dans le cas contraire; on a donc F'(T)=0
dans le premier cas, F' (T) = F (T) dans le second. Il revient donc au
même de dire que F' est représentable, qu'on le considère comme fonc-
0 0
teur de (C/S) dans Ens, ou de (C/S,) dans Ens; une autre proposition
équivalente est de dire que F, restreint à la sous-catégorie Cis, de C/S,
est représentable.
§ 2. Compléments de topologie
2.1. Espaces irréductibles
Rappelons qu'un espace irréductible est un espace topologique
non vide E tel que E ne soit pas réunion de deux ensembles fermés
distincts de E; il revient au même de dire que tout ensemble ouvert
non vide dans E est partout dense. Un espace irréductible est connexe.
Dans un espace topologique quelconque E, un ensemble irréductible
est une partie F de E qui est un espace irréductible pour la topologie
induite; l'ensemble des parties irréductibles de E contenant un même
point x admet un plus grand élément, dit composante irréductible
de x, qui est une partie fermée de E. Pour les principales propriétés
de ces notions, nous renvoyons à Bourbaki, Alg. comm., chap. II,
§ 4, n° 1.
(2.1.1) Tout sous-espace d'un espace topologique X qui est l'ad-
hérence {x} d'un sous-espace réduit à un point est irréductible; nous
exprimerons la relation yE{x} (équivalente à {y}c {x}) en disant que
y est une spécialisation de x, ou que x est une générisation de y; c'est une
relation d'ordre dans X. Les éléments maximaux pour cette relation
d'ordre sont dits points maximaux de X. Lorsqu'il existe, dans un espace
irréductible X, un point x tel que X= {x }, on dit que x est un point
générique de X; tout ouvert non vide de X contient alors x, et tout sous-
espace contenant x admet x pour point.générique .. Un espace topolo-
gique peut être irréductible sans posséder de point générique, comme
le montre l'exemple d'un ensemble infini Z, muni de la topologie pour
laquelle les ensembles fermés sont les parties finies de Z et Z lui-même.
Un espace topologique peut admettre plusieurs points génériques,
comme le montre l'exemple d'un espace non vide X où 0 et X sont les
seuls ensembles ouverts, et où tout point de X est générique.
§ 2. Compléments de topologie 49
Il résulte de ces définitions que dans un espace topologique X,
les points maximaux sont les points génériques des composantes irré-
ductibles de X.
On dit qu'un espace topologique X est sobre si toute partie fermée
irréductible de X admet un point générique et un seul (cf. (2.9)).
(2.1.2) Un espace de Kolmogoroff est un espace topologique X
vérifiant l'axiome de séparation:
(T0) Si xi: y sont deux points distincts quelconques de X, il existe
un ensemble ouvert contenant l'un des points x, y et non l'autre.·
Tout sous-espace d'un espace de Kolmogoroff est un espace de
Kolmogoroff. Si un espace de Kolmogoroff irréductible X admet un
point générique, il n'en admet qu'un seul, puisqu'un ouvert non vide
contient tout point générique. Tout espace sobre (2.1.1) est un espace
de Kolmogoroff.
Notons aussi que dans un espace de Kolmogoroff quasi-compact
et non vide X, il existe des points x tels que {x} soit fermé dans X, ou,
comme on dit par abus de langage, des points fermés. Il suffit en effet
de remarquer que dans un espace quasi-compact non vide, l'ensemble
des parties fermées non vides est inductif pour la relation :::i, donc il
existe des ensembles fermés non vides minimaux; mais dans un espace
de Kolmogoroff X, un ensemble fermé non vide minimal M est
nécessairement réduit à un seul point.
(2.1.3) Dans un espace irréductible X, un ensemble localement
fermé A d'intérieur non vide est nécessairement ouvert. En effet, l'inté-
rieur U de A, étant non vide, est dense dans X, donc a fortiori A est
dense dans X, et on sait .qu'un ensemble localement fermé est ouvert
par rapport à son adhérence.
Proposition (2.1.4) Soient X un espace topologique, x un point de
X, U un voisinage ouvert de x n'ayant qu'un nombre fini de composantes
irréductibles. Alors le complémentaire dans X de la réunion des compo-
santes irréductibles de X ne contenant pas x est un voisinage ouvert V de
x tel que tout voisinage ouvert de x contenu dans V soit connexe.
Soient U; (1,;;;i;,;;n) les composantes irréductibles de Une contenant
pas x; il résulte de Bourbaki, lac. cit., pro p. 7, que V est aussi le complé-
mentaire dans U de la réunion des U;, donc est ouvert. Soit alors W un
voisinage ouvert de x contenu dans V. Les composantes irréductibles
de W sont les intersections de W et des composantes irréductibles de U
qui rencontrent W (Bourbaki, [Link]., prop. 7), donc ces composantes
contiennent x; comme elles sont connexes, il en est de même de W.
50 O. Préliminaires
Corollaire (2.1.5) Soit X un espace topoloqique dont l'ensemble des
composantes irréductibles est localement fini.
(i) I:espace X est localement connexe.
(ii) Supposons en outre que toute partie fermée irréductible de X
admette un point générique. Alors toute_partie ferméé F de X, stable par
générisation (2.1.1 ), est ouverte dans X.
L'assertion (i) est conséquence évidente de (2.1.4). Pour prouver (ii),
soit xEF et soient z; (1,;;;i,;;;n) des points génériques des composantes
irréductibles 2 1 (1 ,;;;i,;;;n) de X contenant x. Par hypothèse les z1 appar-
tiennent à F, donc Z; c F puisque F est fermé. Comme par hypothèse
il y a un voisinage U de x tel que U soit réunion des Un Z; (Bourbaki,
lac. cit., prop. 7), on a U c F; donc Fest ouvert.
Proposition (2.1.6) Soit X un espace topologique dont l'ensemble des
composantes irréductibles est localement fini. Les conditions suivantes
sont équivalent es:
a) Les composantes irréductibles de X sont ouvertes.
b) Les composantes irréductibles de X sont identiques à ses composan-
tes connexes.
c) Les composantes connexes de X sont irréductibles.
d) Deux composantes irréductibles distinctes de X ne se rencontrent
pas.
I:espace X est alors l'espace somme de ses composantes irréductibles.
La condition a) entraîne b), car il en résulte que les composantes
irréductibles de X sont des ensembles à la fois ouverts et fermés, et par
ailleurs un espace irréductible est connexe. Il est trivial que b) entraîne c);
inversement, un ensemble fermé F contenant une composante connexe
C de X et distinct de C ne peut être irréductible, car F n'étant pas connexe,
est réunion de deux ensembles non vides disjoints à la fois ouverts et
fermés dans F, donc fermés dans X; par suite c) entraîne b). On en conclut
que c) entraîne d), deux composantes connexes distinctes étant sans
point commun. Enfin, pour voir que d) entraîne a), on peut se born~r,
compte tenu de Bourbaki, lac. cit., prop. 7, au cas où X n'a qu'un nombre
fini de composantes irréductibles; mais comme celles-ci sont fermées
et sont deux à deux disjointes, elles sont ouvertes.
Lorsque les conditions de (2.1.6) sont remplies, on dit que X est
localement irréductible.
Corollaire (2.1.7) Soit X un espace topoloqigue dont l'ensemble des
composantes irréductibles est localement fini. Pour que X soit irréductible,
il faut et il suffit que X soit connexe et non vide, et que deux composantes
irréductibles distinctes de X ne se rencontrent pas.
§ 2. Compléments de topologie 51
(2.1.8) On appelle antifiltre de parties fermées d'un espace topo-
logique X un ensemble ij de parties fermées de X tel que la réunion de
deux ensembles de ij appartienne à ij et que toute partie fermée de X
contenue dans un ensemble de 3-appartienne à ij.
Proposition (2.1.9) Soient X un espace topologique dont l'ensemble
des composantes irréductibles est localement fini, 3-un antifiltre de parties
fermées de X. On suppose que si Y est une partie fermée de X telle que,
pour tout yEY, il y ait un voisinage ouvert V de y dans X et un YyE!)'
tels que V n Y= V n Yy, alors on a Y E!)'. Les conditions suivantes sont
alors équivalentes:
a) Pour tout Y E ij, X- Y est connexe.
b) Si X' et X" sont deux composantes irréductibles distinctes de X,
il existe une suite (X1) 0 "' i.:sn de composantes irréductibles de X telles que
X 0 =X', Xn=X" et que, pour 1,.,;;i,.,;;n,on ait X;_ 1 nXi<t3'.
Supposons b) vérifiée et prouvons que U = X - Y est connexe pour
tout Y Eij. Si U' et U" sont deux composantes irréductibles distinctes
de U, il existe deux composantes irréductibles X',X" de X telles que
X' n U = U' et X" n U = U" (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 4, n° 1,
prop. 7); formons pour ces deux composantes X',X" une suite (X;)
ayant la propriété énoncée dans b ), et posons U; = X 1 n U pour O,.,;; i,.,;;n;
alors Ui n Ui- t #0 pour 1,.,;;i,.,;;n, sinon on aurait Xi n Xi- i c Y, donc
Xi n Xi-i E ij contrairement à la définition des Xi; a fortiori U 1i: 0 pour
tout z: donc (lac. cit.) Di est une composante irréductible de U. Comn;ie
tout point de U appartient à une composante irréductible de U, et que
ces composantes irréductibles sont connexes, on en conclut que U est
connexe.
Montrons maintenant que a) entraîne b). Désignons par Y la réunion
de la famille (X"'n X~), où (X"',XJl)parcourt l'ensemble des couples de
composantes irréductibles distinctes de X telles que X"'nX~E~. Pour
tout point y EY, il y a un voisinage ouvert V de y dans X ne rencontrant
qu'un nombre fini de composantes irréductibles de X; cela montre d'une
part que Y est fermé et d'autre part que V n Y est intersection de V et
d'un ensemble de ij; en vertu de l'hypothèse sur ij, on a Y Eij, donc
U =X-Y est connexe; en outre (Bourbaki, lac. cit., n° 1, Remarque) Y
est rare dans X, donc X, adhérence de U, est connexe. Soient alors X', X"
deux composantes irréductibles distinctes de X, U', U" leurs traces
sur U, qui ne sont pas vides puisque U est dense dans X; ce sont donc
des composantes irréductibles distinctes de U (/oc. cit., n° 1, prop. 7). Or,
la réunion T de l'ensemble Œ>des composantes irréductibles W de
U telles qu'il existe une suite (U 1)o.:sr.:snde composantes irréductibles
de U pour laquelle U O = U', Un= W, U ;- 1 #Ur et Ur- 1 n Ur#(/) pour
1 ,.,;;i,.,;;n, est un ensemble à la fois ouvert et fermé dans U: en effet, les
52 O. Préliminaires
composantes irréductibles de U forment une famille localement finie
de parties fermées de U ( /oc. cit.), donc T est évidemment fermé;
d'autre part, si xET, il y a dans U un voisinage ouvert S de x qui ne
rencontre qu'un nombre fini de composantes irréductibles Vk (1 ~ k~ r)
de U, dont chacune contient x (2.1.4); on peut supposer que V1 EŒ>,et
comme Vkn Vk- t # 0 pour 2 ~ k ~ r, toutes les composantes irréduc-
tibles Vk appartiennent à Œ>,donc Sc T. On voit donc qu'il y a une
suite (U;)0 ,_ 1,_n ayant les propriétés précédentes et telles que Un=U'';
soit X; (O~i~n) la composante irréductible Ü 1 de X (/oc. cit.); on a
X;nU=U 1, et comme U;_ 1 i:U 1 pour l~i~n, on a X;- 1 #X 1 pour
1 ~ i ~ n; si l'on avait X;_ 1 n X; E 3- pour un i, on en déduirait
X;_ 1 nX 1 c Y par définition de Y, d'où U 1_ 1 n U;=0, contrairement
à l'hypothèse. Ceci achève la démontration de (2.1.9).
Corollaire (2.1.10) Soit X un espace topologique dont l'ensemble
des composantes irréductibles est localement fini. Pour que X soit connexe,
il faut et il suffit que si X',X" sont deux composantes irréductibles distinctes
de X, il existe une suite (X;) 0 ,_ 1,_nde composantes irréductibles de X telles
que X 0 =X',Xn=X" etque,pour l~i~n, on ait X 1_ 1 nX;#0.
Il suffit d'appliquer (2.1.9) avec 3-={0}.
Proposition (2.1.11) Soit X un espace topologique, dont l'ensemble
des composantes irréductibles est localement fini, et dans lequel toute
partie fermée irréductible admet un point générique. Soit Z une partie
fermée rare de X ayant la propriété suivante: pour tout XE Z, si Tx désigne
l'ensemble des générisations de x dans X, alors T x- { x} est connexe.
Dans ces conditions, si X est connexe, X - Z est-connexe.
On peut se limiter [Link] où dans X toute partie fermée irréductible
n'admet qu'un seul point générique. En effet, dans le cas contraire on
considère l'espace Y =X/R, quotient de X par la relation d'équivalence
{x}={y}. Il résulte aussitôt de cette définition que tout ouvert de X
est saturé pour R, donc la topologie de X est l'image réciproque de celle
de Y par l'application canonique 7t: X.....-➔ X/R. Un ouvert dense dans X
est de la forme 7t- 1 (U), où U est un ouvert dense dans Y, donc un fermé
rare Z dans X est .de la forme n- 1 (S), où S =1t(Z) est fermé rare dans Y,
et il revient au même de dire que X-Z est connexe ou que Y-S est
connexe. De même, n(T x) est l'ensemble des générisations de n(x),
et il est équivalent de dire que T x- {x} est connexe, ou que n(Tx)- {n(x)}
l'est. Enfin, par construction Y est un espace de Kolmogoroff, dont
toute partie fermée irréductible admet un point générique et un seul;
puisque pour tout xEX il y a un voisinage ouvert 7t- 1 (U) de x qui ne
rencontre qu'un nombre fini de composantes irréductibles de X, U est
un voisinage de n(x) qui ne rencontre qu'un nombre fini de composantes
irréductibles de Y, les composantes irréductibles de X étant les images
§ 2. Compléments de topologie 53
rec1proques des composantes irréductibles de Y. Il revient donc au
même de prouver la proposition pour X ou pour Y.
Supposons donc désormais que toute partie fermée irréductible de X
admet un point générique et un seul. Avec les notations de l'énoncé,
supposons que l'ouvert U=X-Z, partout dense dans X, soit réunion
de deux ouverts non vides sans point commun U', U", et soient X',X"
les adhérences respectives de U' et U" dans X. Comme X= Ü = X' u X"
et que X est connexe, on a X' n X"#(/), et il est clair que X' n X" c Z.
Soit x le point générique d'une composante irréductible de X' n X".
Par hypothèse, il y a un voisinage ouvert V de x dans X tel que V n U' et
V n U" n'aient qu'un nombre fini de composantes irréductibles (Bour-
baki, Alg. comm., chap. II,§ 4, n° 1, prop. 7); comme x est adhérent à U'
et à U", il est nécessairement dans l'adhérence (dans X) d'une composante
irréductible Z' de V n U' et dans l'adhérence (dans X) d'une composante
irréductible Z" de V n U". Mais comme Z' (resp. Z") est fermé et irré-
ductible dans X, il possède un point générique z' (resp. z"), et on a né-
cessairement z' EU' et z'' EU". Ceci prouve que les intersections de
Tx - { x} avec U' et U" sont non vides. Mais par définition, on a
(X' nX")n(Tx-{x})=0, puisque x ne peut avoir dans X' nX" aucune
générisation autre que lui-même. Donc les intersections de X' 'et X''
avec Tx-{x} sont des fermés non vides disjoints dans Tx-{x}, dont la
réunion est T x - { x} ; or cela contredit l'hypothèse que T x - { x} est con-
nexe.
(2.1.12) Soient X, Y deux espaces topologiques, I une application
continue de X dans Y; il est clair que si X admet un point générique x,
l(x) est point générique de l(X), donc aussi de f(X); si l(X) est dense
dans Y et si Y n'admet qu'un seul point générique y, on a donc nécessaire-
ment l(x)= y. On dit que X domine Y (pour!), ou que l'applicationl est
dominante lorsque l(X) est dense dans Y.
Proposition (2.1.13) Soient X, Y deux espaces topologiques,!: X.....-➔ Y
une application continue. On suppose que Y est irréductible et possède
un seul point générique y, et que toute composante irréductible de X possède
au moins un point générique. Alors l'application z- Znl- 1 (y) est une
bijection de l'ensemble des composantes irréductibles de X rencontrant
1- 1 (y) (ou, ce qui revient au même, dominant Y) sur l'ensemble des com-
posantes irréduètibles de 1- 1 (y), les points génériques de Z étant iden-
tiques à ceux de Z ni- 1 (y).
En effet, si une composante irréductible Z de Y rencontre 1- 1 (y),
tout point générique z de Z appartient à 1- 1 (y) (2.1.12),et Znl- 1 (y),
étant l'adhérence de {z} dans 1- 1 (y), est irréductible et admet z pour
point générique; en outre, toute partie fermée irréductible de 1- 1 (y)
54 O. Préliminaires
est nécessairement contenue dans une composante irréductible Z de X,
donc dans Znf- 1 (y). Cela prouve la proposition.
Proposition (2.1.14) Soient X,X' deux espaces topologiques, f: X'-X
une application continue. On suppose que les conditions suivantes sont
vérifiées:
(i) f est surjective et ouverte (resp. telle quel' espace topologique X s'iden-
tifie canoniquement au quotient de X' par la relation d'équivalence définie
par f).
(ii) Pour tout xEX, f-1(x) est irréductible (resp. connexe).
Alors, pour que X' soit irréductible (resp. connexe), il faut et il suffit
que X le soit.
L'assertion relative à la connexité n'est autre que Bourbaki, Top. gén.,
chap. I, 4°éd., § 11, n° 3, prop. 7. Prouvons l'assertion relative à l'irréduc-
tibilité; la condition étant trivialement nécessaire puisque! est surjective,
prouvons qu'elle est suffisante. Soient donc X 11 ,X~ deux parties fermées
de X' telles que X'=X 11 uX~ et désignons par X; (i=l,2) l'ensemble
des xEX telsquef- 1 (x)cX;; on a donc X;=X-f(X'-X;), et comme
f est ouverte, on en conclut que X; est une partie fermée de X (i = 1-,2).
D'autre part, pour tout xEX, f- 1 (x) est irréductible par hypothèse
et est réunion des deux parties fermées X'1 nf- 1 (x) et X~nf- 1 (x);
l'une de ces deux parties doit donc être égale à f- 1 (x), ce qui signifie
que l'on doit avoir xEX 1 ouxEX 2 ; on a donc X=X 1 uX 2 , et comme
par hypothèse X est irréductible, on en déduit X=X 1 ou X=X 2 , donc
X'=X 11 ou X'=X~.
Remarque (2.1.15) Si l'on remplace l'hypothèse «f ouverte» par
«f fermée» (ce qui entraîne pourtant que la topologie de X est quotient
de celle de X' par la relation d'équivalence définie par f) il peut se faire
que X et toutes les fibres 1- 1 (x) soient irréductibles sans que X' le soit.
*Par exemple (cf. chap. I et Il), soient k un corps algébriquement clos,
X la droite affine sur k, Pla droite projective sur k, S =X x kP, p: s- X,
q: s- P les projections: soient x 0 un point fermé de X, t 0 un point
fermé de P, et désignons par X' le sous-schéma réduit de S ayant pour
espace sous-jacent l'ensemble fermé p- 1 (x 0 ) u q- 1 (t 0 ); si l'on prend
pour fla restriction de p à X', f est un morphisme propre, donc fermé,
mais X' n'est pas irréductible, bien que les f- 1 (x) soient réduits à un
point ou isomorphes à P, donc irréductibles.
De même, si l'on suppose seulement f surjectif, mais non que la
topologie de X soit égale au quotient de celle de X' par la relation d'équi-
valence définie par f, il peut se faire que X et toutes les fibres f- 1 (x)
soient irréductibles (donc connexes), sans que X' soit connexe: il suffit
de prendre X et x 0 comme ci-dessus, et pour X' l'espace somme de {x0 }
et du sous-espace ouvert X-{x 0 }, f étant la bijection canonique.*
§ 2. Compléments de topologie 55
2.2; Espaces localement noethériens
Nous ne reviendrons pas sur la définition et les principales pro-
priétés des espaces noethériens (Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 4, n°2).
(2.2.1) On dit qu'un espace topologique X est localement noethérien
si tout xEX admet un voisinage dans X qui est un sous-espace noethérien
et a fortiori quasi-compact. Tout sous-espace d'un espace localement
noethérien est localement noethérien. Inversement, si (X"') est un
recouvrement localement fini d'un espace topologique X tel que les
sous-espaces X"' soient localement noethériens, X est localement noe-
thérien.
(2.2.2) Puisqu'un espace noethérien n'a qu'un nombre fini de
composantes irréductibles, il résulte de Bourbaki, Alg. comm., chap.
II, § 4, n° 1, prop. 7, que l'ensemble des composantes irréductibles d'un
espace localement noethérien est localement fini; les résultats (2.1.5)
à (2.1.11) sont donc en particulier applicables aux espaces localement
noethériens.
(2.2.3) On notera qu'un espace de Kolmogoroff localement
noethérien non vide X ne contient pas nécessairement de point fermé:
un exemple en est fourni par l'ensemble N des entiers ~ 0, où on prend
comme ensembles fermés l'ensemble vide et tous les intervalles [ n, + co[
pour n ~ O.
2.3. Ensembles quasi-constructibles et ensembles constructibles
Définition (2.3.1) On dit qu'une partie Z d'un espace topologique X
est rétrocompacte dans X si, pour tout ouvert quasi-compact U de X, Zn U
est quasi-compact.
Une partie fermée de X est rétrocompacte dans X, mais une partie
quasi-compacte non fermée de X n'est pas nécessairement rétrocompacte.
Si X est quasi-compact, toute partie ouverte rétrocompacte dans X est
quasi-compacte. Il est clair que toute réunion finie d'ensembles ré-
trocompacts dans X est rétrocompacte dans X, toute réunion finie d'en-
sembles quasi-compacts étant quasi-compacte. Toute intersection finie
d'ouverts rétrocompacts dans X est un ouvert rétrocompact dans X.
Dans un espace localement noethérien X, tout ensemble quasi-compact
est un sous-espace noethérien, et par suite toute partie de X est rétro-
compacte dans X.
Définition (2.3.2) Etant donné un espace topologique X, on dit
qu'une partie de X est globalement quasi-constructible (resp. globalement
constructible) si elle appartient au plus petit ensemble 3-de parties de X
56 O. Préliminaires
contenant toutes les parties ouvertes (resp. toutes les parties ouvertes
rétrocompactes) de X et stable par [Link] et passage aux complé-
mentaires (ce qui implique que 3- est aussi stable par réunion finie).
Il est clair que toute partie globalement constructible de X est
globalement quasi-constructible; la réciproque est vraie si X est locale-
ment noethérien.
Proposition (2.3.3) Pour qu'une partie de X soit globalement quasi-
constructible (resp. globalement constructible), il faut et il suffit qu'elle soit
ré[Link] d'ensembles de la forme Un (V, où U et V sont des ouverts
(resp. des ouverts rétrocompacts) de X.
Il est clair que la condition est suffisante. Pour voir qu'elle est néces-
saire, considérons l'ensemble (fj des réunions finies d'ensembles de la
forme Un (V, où U et V sont ouverts (resp. ouverts rétrocompacts ).
Il suffit, puisque Œ>c ij, de montrer que tout complémentaire d'un
ensemble de Œ>appartient à Œ>,car cela prouvera que Œ>= 3- par défini-
tion de ij. Soit donc Z = U(U; n (V;), où I est fini, U; et V; ouverts
iEl
(resp. ouverts rétrocompacts) dans X; on a (Z= ,el(i(V;u (U;), donc (Z
est réunion finie d'ensembles dont chacun est intersection d'un certain
nombre des V; et d'un certain nombre des (U 1, donc de la forme V n (U,
où U est réunion d'un certain nombre des U; et V intersection d'un
certain nombre des V;; la conclusion résulte de ce que l'ensemble des
ouverts (resp. des ouverts rétrocompacts) de X est stable par réunion
et intersection finies.
On peut dire encore que les parties globalement quasi-constructibles
de X sont les ré[Link] de parties localement fermées de X.
Corollaire (2.3.4) Toute partie globalement constructible de X est
rétrocompacte dans X.
Il suffit de montrer que si U et V sont ouverts rétrocompacts dans X,
Un (V est rétrocompact dans X; or, si W est ouvert quasi-compact
dans X, W n Un (V est fermé dans l'espace quasi-compact W n U,
donc est quasi-compact.
En particulier:
Corollaire (2.3.5) Pour qu'une partie ouverte U de X soit globalement
constructible, il faut et il suffit qu'elle soit rétrocompacte dans X. Pour
qu'une partie fermée F de X soit globalement constructible, il faut et il
suffit que l'ouvert (F soit rétrocompact.
(2.3.6) Un cas important est celui où toute partie ouverte quasi-
compacte de X est rétrocompacte, autr~ment dit, où l'intersection de
deux parties ouvertes quasicompactes de X est quasi-compacte (cf. I,
§ 2. Compléments de topologie 57
5.5.6). Lorsque X lui-même est quasi-compact, cela signifie que les
parties ouvertes rétrocornpactes dans X sont identiques aux parties
ouvertes quasi-compactes de X, et les parties globalement constructibles
de X aux réunions finies d'ensembles de la forme Un CV,où U et V
sont ouverts quasi-compacts.
Proposition(2.3.7) Soit f:X--➔ Y une application continue. Pour
toute partie globalement quasi-constructible Z de Y, f- 1 (Z) est une partie
globalement quasi-constructible de X.
Proposition(2.3.8) Soient X un espace topologique, U une partie
ouverte de X.
(i) Si T est une partie globalement constructible de X, T n U est une
partie globalement constructible de U.
(ii) Supposons en outre U rétrocompact dans X. Pour qu'une partie Z
de U soit globalement constructible dans X, il faut et il suffit qu'elle soit
globalement constructible dans V.
(i) Utilisant (2.3.3), on est ramené à montrer que si T est ouvert
rétrocompact dans X, T n U est ouvert rétrocompact dans U, autre-
ment dit, pour tout ouvert quasi-compact WcU, TnUnW=TnW
est quasi-compact, ce qui résulte aussitôt de l'hypothèse.
(ii) La condition étant nécessaire en vertu de (i), il reste à démontrer
qu'elle est suffisante. Compte tenu de (2.3.3), il suffit de considérer le
cas où Z est ouvert rétrocompact dans V, car il s'ensuivra alors que
U - Z est globalement constructible dans X, et si Z, Z sont deux ouverts
rétrocompacts dans V, Zn (U - Z') sera bien globalement construc-
tible dans X. Or, si W est ouvert quasi-compact dans X et Z ouvert
rétrocom pact dans U, on a Zn W = Zn (W n U) et par hypothèse
W n U est ouvert quasi-compact dans U; donc W n Z est bien quasi-
compact, et par suite Z est ouvert rétrocompact dans X, et a fortiori
globalement constructible dans X.
Corollaire(2.3.9) Soient X un espace topologique, (U;);e1 un re-
couvrement fini de X formé d'ensembles ouverts rétrocompacts dans X.
Pour qu'une partie Z de X soit globalement constructible dans X, il faut
et il suffit que pour tout iEI, Zn U; soit globalement constructible dans V;.
Définition(2.3.10) Soit X un espace topologique. On dit qu'une par-
tie T de X est quasi-constructible (resp. constructible) si, pour tout x EX,
il existe un voisinage ouvert V de x dans X tel que T n V soit globale-
ment quasi-constructible (resp. globalement constructible) dans V.
Il résulte aussitôt de (2.3.7) que si f: x......➔ Y est une application
continue et Z une partie quasi-constructible de Y, J- 1 (Z) est une partie
quasi-constructible de X. Il résulte de (2.3.7) et (2.3.8, (i)) que si V est
un ouvert de X tel que V n T soit globalement quasi-constructible
58 O. Préliminaires
(resp. globalement constructible) dans V, alors, pour tout ouvert W c V,
W n T est globalement quasi-constructible (resp. globalement construc-
tible) dans W; par suite, si Test constructible dans X, alors, pour tout
ouvert U de X, U nT est constructible dans U. On en conclut aisé-
ment que l'ensemble des parties quasi-constructibles (resp. construc-
tibles) de X est stable par réunion finie, intersection finie et passage
aux complémentaires.
Une partie constructible de X est quasi-constructible; la réciproque
est vraie lorsque X est localement noethérien.
Proposition (2.3.11) Soit X un espace topologique. Tout ensemble
globalement quasi-constructible (resp. globalement constructible) dans X
est quasi-constructible (resp. constructible). La réciproque est vraie si X
est quasi-compact (resp. si X est quasi-compact et si sa topologie admet
une base d'ouverts formée d'ensembles rétrocompacts dans X).
Cela résulte aussitôt des définitions et de (2.3.9).
Corollaire (2.3.12) Soit X un espace topologique dont la topologie
admet une base formée d'ensembles rétrocompacts dans X. Alors toute
partie T constructible dans X est rétrocompacte dans X.
En effet, soit U un ensemble ouvert quasi-compact dans' X; T n U
est constructible dans U, donc globalement constructible dans U en
vertu de (2.3.11),et par suite quasi-compact en vertu de (2.3.4).
2.4. Ensembles globalement constructibles dans les espaces
noethériens
(2.4.1) On a vu (2.3.3)que dans un espace noethérien X, les parties
globalement constructibles dans X sont les réunions finies de parties
localement fermées de X.
L'image réciproque d'un ensemble globalement constructible dans
X par une application continue d'un espace noethérien X' dans X est
globalement constructible dans X'. Si Y est une partie globalement
constructible d'un espace noethérien X, les parties de Y qui sont glo-
balement constructibles en tant que sous-espaces de Y sont identiques
à celles qui sont globalement constructibles en tant que sous-espaces
de X.
Proposition (2.4.2) Soient X un espace irréductible noethérien, E une
partie globalement constructible de X. Pour que E soit partout dense
dans X, il faut et il suffit que E contienne une partie ouverte non vide de X.
La condition est évidemment suffisante, tout ensemble ouvert non
n
vide étant dense dans X. Inversement, soit E = U (U; n F ;) une partie
i=I
globalement constructible de X, les U; étant ouverts non vides et les F;
§ 2. Compléments de topologie 59
fermés dans X; on a donc E c U F;. Par suite, si E = X, X est égal
i
à l'un des Fi, donc E :::i U;, ce qui achève la démonstration.
Lorsque X admet un point générique x (2.1.1), la condition de
(2.4.2) équivaut à la relation xEE.
Proposition (2.4.3) Soit X un espace noethérien. Pour qu'une par-
tie E de X soit globalement constructible, il faut et il suffit que, pour
toute partie fermée irréductible Y de X, En Y soit rare dans Y ou
contienne une partie ouverte non vide de Y.
La nécessité de la condition provient de ce que En Y doit être
une partie globalement constructible de Y et de (2.4.2), car une partie
non dense de Y est nécessairement rare dans l'espace irréductible Y
(Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 4, n° 1, prop. 1). Pour prouver que
la condition est suffisante, appliquons le principe de récurrence noethé-
rienne (Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 4, n° 2, lemme 1) à l'ensemble
3-des parties fermées Y de X telles que Y n E soit globalement cons-
tructible (par rapport à Y ou par rapport à X, ce qui revient au même):
on peut donc supposer que pour toute partie fermée Y# X de X,
En Y est globalement constructible. Supposons d'abord que X ne soit
pas irréductible, et soient X; (1 :;::;i:;::;m)
ses composantes irréductibles,
nécessairement en nombre fini (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 4,
n° 2, prop. 10); par hypothèse, les En Xi sont globalement construc-
tibles, donc aussi leur réunion E. Supposons ensuite que X soit irréduc-
tible; alors, par hypothèse, ou bien E est rare, donc E # X et E =En E
est globalement constructible; ou bien E con"tient un ouvert non vide
U de X, donc est réunion de U et de En (X- U); mais X - U est un
ensemble fermé distinct de X, donc En (X - U) est globalement cons-
tructible; E lui-même est par suite globalement constructible, ce qui
achève la démonstration.
Corollaire (2.4.4) Soient X un espace noethérien, (E"') une famille
filtrante croissante de parties globalement constructibles de X, telle que:
1° X est réunion de la famille (E"').
2° Toute partie fermée irréductible de X est contenue dans l'adhérence
d'un des E"'.
Alors il existe un indice r::,.tel que X= E"'.
Lorsque toute partie fermée irréductible de X admet un point généri-
que, l'hypothèse 2° peut être supprimée.
Appliquons le principe de récurrence noethérienne (Bourbaki, Alg.
comm., chap. II,§ 4, n° 2, lemme 1) à l'ensemble Wl des parties fermées
de X contenues dans l'un des E"' au moins; on peut donc supposer que
toute partie fermée Y# X de X est contenue dans un des E"'. La pro-
60 O. Préliminaires
position est évidente si X n'est pas irréductible, car chacune des com-
posantes irréductibles X; de X (1 ~i~m) est contenue dans un E"''' et
il existe un E"' contenant tous les E"'.. Supposons donc X irréductible.
Par hypothèse, il existe ~ tel que x'=Ë~, donc (2.4.2) E~ contient un
ouvert non vide U de X. Mais alors l'ensemble fermé X- U est con-
tenu dans un Er et il suffit de prendre E"' contenant E~ et Er Lorsque
toute partie fermée irréductible Y de X admet un point générique y,
il existe r::,.tel que yEE"', donc Y= [Link] c Ë"', et la condition 2° est
conséquence de 1°.
Proposition (2.4.5) Soient X un espace noethérien, x un point de X,
E une partie globalement constructible de X. Pour que E soit un voisinage
de x, il faut et il suffit que pour toute partie fermée irrédùctible Y de X
contenant x, En Y soit dense dans Y (s'il existe un point générique y
de Y, cela signifie aussi (2.4.2) que yEE).
La condition est évidemment nécessaire; prouvons qu'elle est suf-
fisante. Appliquant le principe de récurrence noethérienne à l'ensemble
Wl des parties fermées Y de X contenant x et telles que En Y soit un
voisinage de x dans Y, on peut supposer que toute partie fermée Y #X
de X contenant x appartient à Wl. Si X n'est pas irréductible, chacune
des composantes irréductibles X; de X contenant x est distincte de X,
donc En X; est un voisinage de x par rapport à X;; par suite, E est
un voisinage de x dans la réunion des composantes irréductibles de X
contenant x, et comme cette réunion est un voisinage de x dans X,
il en est de même de E. Si X est irréductible, E est dense dans X par
hypothèse, donc contient une partie ouverte non vide U de X (2.4.2);
la proposition est alors évidente si xEU; sinon, x est par hypothèse
intérieur à E n (X - U) par rapport à X - U, donc l'adhérence dans X
de X- E ne contient pas x, et le complémentaire de cette adhérence
est un voisinage de x contenu dans E, ce qui achève la démonstration.
Corollaire (2.4.6) Soient X un espace noethérien, E une partie de X.
Pour que E soit un ensemble ouvert dans X, il faut et il suffit que pour
toute partie fermée irréductible Y de X rencontrant E, En Y contienne
une partie ouverte non vide de Y.
La condition est évidemment nécessaire; inversement, si elle est
vérifiée, elle implique que E est globalement constructible en vertu·de
(2.4.3). En outre, (2.4.5) montre que E est alors voisinage de chacun
de ses points, d'où la conclusion.
Lorsque X est sobre (2.1.1) *(ce qui est le cas pour les schémas)*,
le critère (2.4.6) est entraîné par le critère plus général suivant:
§ 2. Compléments de topologie 61
Proposition (2.4.7) Soient X un espace noethérien sobre, E une par-
tie de X. Pour que E soit ouverte dans X, il faut et il suffit que E soit
stable par générisation, et que, pour toute partie ouverte V de X et toute
partie irréductible Y fermée dans V, telles que V - Y c E et que le point
générique de Y appartienne à E, En Y contienne une partie ouverte
non vide de Y.
(On notera que le point générique de Y appartient nécessairement
à V, donc est l'unique point générique de Y). La condition est évidem-
ment nécessaire; prouvons qu'elle est suffisante. Soit U l'intérieur de E;
l'ensemble fermé X - U est réunion de ses composantes irréductibles,
qui sont en nombre fini et fermées dans X. Si on avait U # E, l'hypo-
thèse que E est stable par générisation entraînerait que le point généri-
que z d'une des composantes irréductibles de X- U appartiendrait
à E. Or, z n'appartient qu'à une seule des composantes irréductibles
de X- U; si T est la réunion des autres composantes irréductibles
de X - U, V= X - T est ouvert dans X, réunion de U et de l'ensemble
Y= fz} n V, qui est fermé dans V et irréductible. Par hypothèse, En Y
contient une partie non vide W ouverte dans Y; on en conclut que
U u W est ouvert dans V, donc dans X, ce qui est absurde puisque U
est l'intérieur de E.
2.5. Fonctions constructibles
Définition (2.5.1) Soit h une application d'un espace topologique X
dans un ensemble T. On dit que h est globalement constructible si 1z-1 (t)
est globalement constructible pour tout tET, et vide sauf pour un nombre
fini de valeurs de t; pour toute partie S de T, h- 1 (S) est alors globale-
ment constructible. On dit que h est constructible si tout x EX possède
un voisinage ouvert V tel que h JVsoit globalement constructible.
Toute fonction globalement constructible est constructible; la réci-
proque est vraie quand X est quasi-compact et admet une base formée
d'ensembles ouverts rétrocompacts dans X (en particulier quand X est
noethérien). Si h1,h 2 , ••• ,hn sont des applications globalement construc-
tibles (resp. constructibles) de X dans T1, T 2 , ••. , Tn respectivement, et <p
une application de T 1 x T 2 x ... x Tn dans T, <p(h1 ,h 2 , ... ,/zn) est globale-
ment constructible (resp. constructible).
Proposition (2.5.2) Soit h une application d'un espace noethérien X
dans un ensemble T. Pour que h soit globalement constructible, il faut
et il suffit que pour toute partie fermée irréductible Y de X, il existe une
partie non vide U de Y, ouverte par rapport à Y, et dans laquelle h soit
constante.
La condition est nécessaire: en effet, par hypothèse, li ne prend
dans Y qu'un nombre fini de valeurs t;, et chacun des ensembles
62 O. Préliminaires
1i- 1 (ti)n Y est globalement constructible dans Y (2.4.1); comme ils ne
peuvent être tous des parties rares de l'espace Y, un d'eux au moins
contient un ensemble ouvert non vide (2.4.3).
Pour voir que la condition est suffisante, appliquons le principe de
récurrence noethérienne à l'ensemble Wl des parties fermées Y de X
telles que la restriction h JY soit globalement constructible; on peut
donc supposer que pour toute partie fermée Y #X de X, hJY est
globalement constructible. Si X n'est pas irréductible, la restriction
de h à chacune des composantes irréductibles X; de X (en nombre fini)
est donc globalement constructible, et il résulte alors aussitôt de la
définition (2.5.1) que /z est globalement constructible. Si X est irréduc-
tible, il existe par hypothèse une partie ouverte non vide U de X dans
laquelle h est constante; d'autre part, la restriction de h à X - U est
globalement constructible par hypothèse, et il en résulte aussitôt que h
est globalement constructible.
Corollaire (2.5.3) Soit X un espace noethérien dans lequel toute
partie fermée irréductible admet un point générique. Si h est une appli-
cation de X dans un ensemble T telle que, pour tout tET, h- 1 (t) soit
globalement constructible, alors h est globalement constructible.
En effet, si Y est une partie fermée irréductible de X et y son point
générique, Y nh -i (h(y)) est globalement constructible et contient y,
donc (2.4.2) cet ensemble contient une partie ouverte non vide de Y,
et il suffit d'appliquer (2.5.2).
Proposition (2.5.4) Soient X un espace noethérien dans lequel toute
partie fermée irréductible admet un point générique, h une application
globalement constructible de X dans un ensemble ordonné. Pour que lz
soit semi-continue supérieurement dans X, il faut et il suffit que pour
tout XEX et toute générisation (2.1.1) x' de x, on ait h(x'),:;;;h(x).
La fonction h ne prend qu'un nombre fini de valeurs; dire qu'elle
est semi-continue supérieurement signifie donc que pour tout xEX,
l'ensemble E des yEX tels que h(y),:;;;h(x) est un voisinage de x. Par
hypothèse, E est une partie globalement constructible de X; d'autre
part, dire qu'une partie fermée irréductible Y de X contient x signifie
que son point générique y est une générisation de x; la conclusion
résulte alors de (2.4.5).
2.6. Parties très denses d'un espace topologique
(2.6.1) Dans ce qui suit, nous désignerons respectivement par
.O(X), 3-(X), Ef(X), Œ:(X),Œ>
c(X), Qc(X), Œ>qc(X) l'ensemble des parties
de X qui sont respectivement ouvertes, fermées, localement fermées,
§ 2. Compléments de topologie 63
constructibles, globalement constructibles, quasi-constructibles, globale-
ment quasi-constructibles.
Proposition (2.6.2) Soient X un espace topologique, X 0 une partie
de X. Les conditions suivantes sont équivalentes:
a) Pout toute partie localement fermée Zi:0 de X, on a ZnX 0 #0.
a') Pour toute partie fermée Z de X, on a Z=ZnX 0 •
b) Pour toute partie Zi:0 de X quasi-constructible, on a ZnX 0 #0.
b') Pour toute partie quasi-constructible Z de X, on a Z c Zn X 0
(autrement dit ZnX 0 est dense dans Z).
c) Eapplication U ......Un X0 de .O(X) dans .O(X0 ) est injective (donc
bijective).
c') Eapplication F>-+FnX 0 de 3-(X) dans 3'(X 0 ) est injective (donc
bijective).
c") Eapplication Z>-+ZnX 0 de Œ>qc(X)dans Œ>qc(X 0 ) est injective
(donc bijective).
c"') Eapplication Z>-+ZnX 0 de Oc(X) dans .Qc(X0 ) est injective.
En outre, lorsque ces conditions sont vérifiées, l'application Z>-+ZnX 0
de ,Q c(X) dans Oc (X 0 ) est bijective.
Notons que les assertions de surjectivité dans c) et c') sont triviales;
elles entraînent que toute partie localement fermée dans X0 est trace
sur X0 d'une partie localement fermée dans X, donc l'application
Œ>qc(X)- Œ>qc(X0 ) définie dans c'') est aussi surjective.
Nous prouverons les implications
c'") :;. c") :;. c') :;. c) :;. b) :;. b') :;. a') :;. a) :;. c'").
Les trois premières sont triviales. Pour voir que c) implique b),
notons d'abord que c) entraîne que X 0 est dense dans X. Remplaçant
X et X0 par un ouvert convenable U de X et par Un X 0 respective-
ment, on peut donc se borner au cas où Z est localement fermée dans
X, donc Z= V n (W, où V et W sont ouverts dans X; l'hypothèse
Z#/J signifie que V <t-W, ou encore Vu W # W. En vertu de c), on
a donc (Vu W) n X 0 # W n X 0 , donc V n X0 <t-W, et par suite
(V n (W)nXc,#0.
Pour voir que b) entraîne b'), il suffit d'appliquer b) à Zn U, où
U est un voisinage ouvert arbitraire d'un point de Z. Comme Zn X 0 c Z,
il est trivial que b') implique a'). Pour montrer que a') entraîne a), re-
marquons que si Z est localement fermée dans X, on peut écrire
Z=F-F' oùFetF'sontfermésdansXet F'cF; d'où ZnX 0
=(FnX 0 )-(F'nX 0 ). Si l'on avait ZnX 0 =0, on en déduirait
FnX 0 =F'nX 0 , donc F=F' en vertu de a'), c'est-à-dire 2=0.
Pour voir que a) entraîne c111), il suffit de montrer que si Zi:0 est
quasi-constructible, on a ZnX 0 ,i:(i): en effet, la relation Z' nX 0
64 O. Préliminaires
=Z"nX 0 est équivalente à ((Z'uZ")-(Z'nZ"))nX 0 =0. Autrement
dit, il suffit de prouver que a) entraîne b); en outre, remplaçant X et
X0 par un ouvert U de X et par Un X 0 respectivement, on est bien
ramené au cas où Z est localement fermé dans X, d'où la conclusion.
Reste à montrer que l'application ,Q c(X)- ,Q c(X0 ) est surjective.
Soit donc Z 0 une partie quasi-constructible de X 0 : il y a un recouvre-
ment (V"')de X0 par des ouverts de X 0 tel que Z 0 n V"' soit globalement
quasi-constructible dans Vœ(et donc aussi dans X 0 ). En vertu de c),
il y a pour tout r::,.un seul ouvert U"' de X tel que X 0 n U"'= V"'' et en
vertu de c") un seul ensemble globalement quasi-constructible Z"' dans
X tel que Z 0 n V"'=X 0 n Z"'. Sir::,.et ~ sont deux indices quelconques, on
a Z~n U"'nX 0 = U"'nZ 0 n V~=V"'nZ 0 n V~=Z"'nX 0 n V~cZ"'nX 0 ;
comme Z~ n U"' et Z"' sont globalement quasi-constructibles dans X,
u
il résulte de c")que z~nu"' C z"'.Si l'on pose z = Zo,, on a donc
"'
Zn U"'=Z"' pour tout r::,.; d'ailleurs, comme les V"' recouvrent X 0 , il
résulte ôe c) que les U"' recouvrent X, et l'on voit donc que Z est quasi-
constructible dans X et Z 0 =ZnX 0 .
Défmition (2.6.3) Lorsqu'une partie X 0 d'un espace topologique
vérifie les conditions équivalentes de (2.6.2), on dit que X 0 est très dense
dans X.
On a déjà vu au cours de la démonstration de (2.6.2) que X0 est alors
dense dans X.
Corollaire (2.6.4) Si X 0 est très dense dans X et U une partie ouverte
de X, Un X 0 est très dense dans U. Inversement, si (U"') est un recouvre-
ment ouvert de X tel que V"' n X 0 soit très dense dans V"' pour tout r::,.,
alors X 0 est très dense dans X.
Comme toute partie localement fermée dans U est localement fermée
dans X, la première assertion résulte du critère a) de (2.6.2); il en est de
même de la seconde, car si Zi:0 est localement fermée dans X, Zn U"'
est localement fermée dans U"' pour tout r::,.,et Zn U"'i:0 pour un r::,.
au moins.
2. 7. Quasi-homéomorphismes
Proposition (2.7.1) Soient X 0 , X deux espaces topologiques, I: x0 -x
une application continue. Les conditions suivantes sont équivalentes:
a) L'application U .-... 1- 1 (U) de .O(X) dans .O(X0 ) est bijective.
a') Eapplication F ...... 1- 1 (F) de 3-(X) dans 3'(X0 ) est bijective.
b) La topologie de X 0 est image réciproque par f de celle de X, et
l(X 0 ) est très dense (2.6.3) dans X.
§ 2. Compléments de topologie 65
Il est clair que a) et a') sont équivalentes, et a) implique que la topologie
de X0 est image réciproque par f de celle de X. D'autre part, si f(X 0 )
n'est pas très dense dans X, il y a deux ouverts distincts U 1 , U 2 de X tels
que U 1 nf(X 0 )=U 2 nf(X 0 ), et par suite f- 1 (U 1 )=f- 1 (U 2 ), ce qui
achève de montrer que a) entraîne b). Inversement, la condition b)
implique que les applications U ......U nf(X 0 ) de O(X) dans O(f(X 0 )) et
v ......
J- 1 (V) de .O(f(X 0 )) dans .O(X0 ) sont bijectives, donc il en est de
même de leur composée u ...... J- 1 (U).
Définition (2.7.2) Lorsqu'une application continue f: X0 .....-➔ X vérifie
les conditions équivalentes de (2.7.1), on dit que f est un quasi-homéomor-
phisme de X 0 dans X.
En vertu de (2.7.1, b)), dire qu'une partie X0 d'un espace topologique
X est très dense dans X signifie donc que l'injection canonique X0 .....-➔ X
est un quasi-homéomorphisme.
Corollaire (2.7.3) Le composé de deux quasi-homéomorphismes est
un quasi-homéomorphisme.
Cela résulte aussitôt de (2.7.1, a)).
Corollaire (2.7.4) Soient f: X.....-➔ Y un quasi-homéomorphisme, Y'
une partie quasi-constructible de Y, X'=f- 1 (Y'); alors la restriction
f' =JIX' : X'.....-➔ Y' est un quasi-homéomorphisme.
Il est clair en vertu de (2.7.1, b)) que la topologie induite sur X' par
celle de X est l'image réciproque par f' de la topologie induite sur Y' par
celle de Y. D'autre part, soit Zi: 0 une partie fermée dans Y', et zEZ;
il y a un voisinage ouvert U de z dans Y tel que Un Y' soit réunion
d'un nombre fini de parties Y1fermées dans V; si j est un indice tel que
zEY 1, Zn Y 1 est donc fermé dans U. Puisque f(X)n U est très dense
dans U (2.6.4), Zn Y 1nf(X) n'est pas vide (2.7.2, a)), ni afortiori Z nf(X);
mais comme Z c Y', on a Z nf (X)= Z nf'(X'); le critère (2.6.2, a))
montre donc que f'(X') est très dense dans Y', et l'on conclut à l'aide de
(2.7.1, b)). .
Corollaire(2.7.5) Soient f: X.....-➔ Y une application continue, (V"')un
recouvrement ouvert de Y. Si, pour tout r:t., la restriction f- 1 (V"').....-➔ V"' de
f est un quasi-homéomorphisme, alors f est un quasi-homéomorphisme.
Cela résulte aussitôt du critère (2.7.1, b)) et de (2.6.4).
Corollaire (2.7.6) Soient f: X.....-➔ Y un quasi-homéomorphisme, Y'
une partie quasi-constructible de Y, X'= f- 1 (Y'). Pour que Y' soit quasi-
compact (resp. noethérien, resp. rétrocompact dans Y), il faut et il suffit
que X' soit quasi-compact (resp. noethérien, resp. rétrocompact dans X).
66 O. Préliminaires
Démontrons d'abord les deux premières assertions; en vertu de
(2.7.4), on peut se borner au cas où Y'=Y, Dire que X est quasi-com-
pact (resp. noethérien) signifie que pour toute famille filtrante croissante
(DJ dans .0 (X) ayant X pour plus grand élément (resp. pour toute famille
filtrante croissante (D"')dans .o(X)), il existe y tel que D"'= D 1 pour r::1.';:::,y.
Comme D ...... 1- 1 (D) est une bijection de .O(Y) sur .O(X), notre assertion
résulte aussitôt de la remarque précédente,
Les ouverts quasi-compacts de X sont donc les ensembles de la
forme 1- 1 (D), où D est ouvert quasi-compact dans Y, en vertu de
(2,7J, a)) et de ce qui précède. Pour que X' soit rétrocompact dans X,
il faut et il suffit alors que pour tout ouvert quasi-compact D dans Y,
1- 1 (D) n X'= 1- 1 (D n Y') soit quasi-compact (2.3.1); la première
partie de la démonstration montre que cela équivaut à dire que D n Y'
est quasi-compact pour tout ouvert quasi-compact D, c'est-à-dire que
Y' est rétrocompact dans Y.
Proposition (2.7.7) Soit I: X.....-➔ Y un quasi-homéomorphisme, Alors
l'application z..._.1- 1
(Z) de ~(Y) dans ~(X) #finit par restriction les
bijections suivantes (cf. (2.7.1) pour les notations):
.O(Y) ~ .O(X)
îj(Y) ~ îj(X)
Ef(Y) ~ Ef(X)
Œ>qc(Y)~ Œ>qc(X)
.Qc(Y) ~ .Qc(X)
Œ>c(Y)~ Œ>c(X)
lt(Y) ~ lt(X).
Pour les deux premières, ce n'est autre que la définition (2.7.2);
comme la topologie de X est l'image réciproque par Ide celle de l(X),
les cinq dernières applications, où l'on remplace Y par l(X), sont
bijectives. On peut donc (par (2.7.1, b))) se borner au cas où X est un
sous-espace très dense de Y, et le fait que les applications Ef(Y) .....-➔ Ef(X),
Œ>qc(Y) .Qc(Y).....-➔ .Qc(X) sont bijectives a déjà été prouvé (2.6.2).
.....-➔ Œ>qc(X),
Toute partie constructible étant quasi-constructible, les applications
lt(Y) .....-➔ lt(X) et Œ>c(Y) .....-➔ Œ>c(X) sont injectives; en outre, pour tout
ouvert D c Y, la restriction 1- 1 (D) .....-➔ D de I est un quasi-homéo-
morphisme (2.7.4),donc si l'on montre que Œ>c(Y) .....-➔ Œ>c(X)est surjective,
il en sera de même de lt(Y) .....-➔ lt(X). Mais en vertu de (2.7.6),toute partie
ouverte rétrocompacte Z dans X est de la forme 1- 1 (T), où T est ou-
vert rétrocompact dans Y; cela prouve évidemment la surjectivité de
Œ>c(Y).....-➔ Œ>c(X).
§ 2. Compléments de topologie 67
2.8. Espaces de Jacobson
Définition (2.8.1) On dit qu'un espace topologique X est un espace
de Jacobson si l'ensemble X 0 des points fermés de X est très dense dans X
(autrement dit, si l'injection canonique X 0 .....-➔ X est un quasi-homéo-
morphisme).
Cela signifie donc (2.6.2) que toute partie localement fermée (ou
seulement quasi-constructible) Zi:</J de X contient un point fermé de X,
ou encore que toute partie fermée de X est l'adhérence de l'ensemble de ses
points fermés.
Proposition(2.8.2) Soient X un espace de Jacobson, Z une partie
quasi-constructible de X; alors le sous-espace Z de X est un espace de
Jacobson, et pour qu'un point de Z soit fermé dans Z, il faut et il suffit qu'il
soit fermé dans X.
Si X 0 est l'ensemble des points fermés de X, Zn X 0 est très dense
dans Z en vertu de (2.7.4) appliqué à l'injection i: X 0 .....-➔ X; comme l'en-
semble 2 0 des points fermés de Z contient évidemment Zn X 0 , il est
a fortiori très dense dans Z, donc Z est un espace de Jacobson. Montrons
maintenant qu'en fait on a Z 0 =ZnX 0 ; soit xEZ un point fermé
dans Z; soit {x} son adhérence dans X; {x}nZ={x} est donc une
partie quasi-constructible de X, et comme son intersection avec X 0 est
non vide (2.6.2), on a xEX 0 •
Proposition (2.8.3) Soient X un espace topologique, (UJ un recouvre-
ment ouvert de X. Pour que X soit un espace de Jacobson, il faut et il
suffit que chacun des sous-espaces U"' le soit.
La condition est nécessaire en vertu de (2.8.2). Inversement, montrons
d'abord que l'hypothèse que les U"' sont des espaces de Jacobson entraîne
que pour qu'un point XE U"' soit fermé dans X, il suffit qu'il soit fermé
dans U"'. Il suffit en effet de voir que cette condition entraîne que x est
aussi fermé dans chacun des U~ qui le contiennent; mais U"'n U~ est
ouvert dans U"'' donc x est fermé dans U"'n U~, et en vertu de (2.8.2),
x est aussi fermé dans U~, ce qui achève la démonstration.
2.9. Espace sobre associé à un espace topologique
(2.9.1) Nous allons montrer que pour tout espace topologique X, on
peut associer fonctoriellement à X un espace sobre sx (2.1.1). De façon
précise, soit Topla catégorie des espaces topologiques, où les morphismes
sont les applications continues; soit Sob la sous-catégorie pleine de Top
formée des espaces sobres. Alors:
68 O. Préliminaires
Proposition (2.9 .2) Le foncteur d'injection canonique
j: Sob .....-➔ Top
qui à tout espace sobre fait correspondre le même espace considéré comme
espace topologique, admet un adjoint à gauche (1.5.3)
([Link]) adj: X ...._.sx.
([Link]) Pour prouver (2.9.2), définissons d'abord l'ensemble sx
comme l'ensemble des parties fermées irréductibles de X (partie de ~(X)).
D'autre part, pour tout ouvert V de X, désignons par V la partie de sx
formée des parties fermées irréductibles de X qui rencontrent V. On a
évidemment 0=0; en outre, pour toute famille (V"')de parties ouvertes
de X, on a
([Link])
comme il résulte aussitôt de la définition; enfin, pour deux parties ouvertes
V, W de X, on a
([Link])
En effet, si E est une partie fermée irréductible de X qui rencontre à
la fois V et W, V n E et W n E sont deux ouverts non vides dans l'espace
irréductible E, donc (V n E) n (W n E)= (V n W) n E n'est pas vide,
la réciproque étant évidente. On déduit donc de ([Link])et ([Link]) que
lorsque V parcourt l'ensemble des ouverts de X, les ensembles V forment
les ouverts d'une topologie sur sx; nous noterons encore sx l'espace
topologique ainsi obtenu.
([Link]) (i) I:application q: x>-+{x} (aussi notée qx), est un quasi-
homéomorphisme (2.7.2) de X dans •x.
(ii) I:espace sx est sobre.
(iii) Si X est sobre, q est un homéomorphisme de X sur sx.
Pour prouver (i), il suffit de montrer (2.7.1) que pour tout ouvert
V de X, on a
([Link])
car cela prouvera que V.-. q- 1 (V) est une bijection de .0( 5 X) sur .O(X).
Or, cela est immédiat, car dire que l'ouvert V rencontre {x1 équivaut
à dire que xEV.
L'application F ......q- 1 (F) est donc une bijection de l'ensemble des
parties fermées de sx sur l'ensemble des parties fermées de X; par dé-
finition des parties irréductibles d'un espace, F ......q- 1 (F) est donc une
bijection de l'ensemble des parties fermées irréductibles de sx sur l'en-
semble des parties fermées irréductibles de X.
§ 2. Compléments de topologie 69
Pour une partie fermée irréductible F de s~osons y=q- 1 (F),
qui est donc un point de sx, et montrons que F={y} dans sX;_,Eneffet,
le complémentaire de {y} dans sx est le plus grand ouvert V tel que
yfV; en vertu de la définition de la topologie de sx et de ([Link]),cela
équivaut à q- 1 (F)nq- 1 (V)=0, ou encore à FnV=0i.__È'où notre
assertion. Ceci établit que y est le seul point de sx tel que {y}= F, d'où
la partie (ii) de l'énoncé. · _
Supposons enfin X sobre; alors q: x>--+{x} est par définition une
bijection de X sur sx, d'où l'assertion (iii).
([Link]) Pour achever de définir X>--+ sx comme foncteur, il faut,
pour toute application continue f: X-~➔ Y, définir une application
continue 5j: sx .....➔ sy_ Pour toute partie fermée irréductible E de X,
nous poserons 5f(E)= f(E), qui est une partie fermée irréductible de Y
puisque f est continue. En outre, pour tout ouvert W de Y, on a
([Link])
Eneffet,direque 5f(E)EW signifiequef(E)nW,i:0, ce qui équivaut
à f (E) n W # 0 puisque West ouvert, donc à E nf- 1 (W) # 0 et finale-
ment à EE(f- 1 (W)t. La relation ([Link]) prouve la continuité de 1,
et pour une seconde application continue g: Y-~➔ Z, il est clair que
5
(gof)= 5 go5J, car g(f(E)) est dense dans g(f(E)). On a ainsi défini
complètement le foncteur ([Link]);il est clair en outre que le diagramme
X -L- y
([Link]) qxl lqy
sx ---.y- sy
est commutatif.
([Link]) Il est facile maintenant d'achever de prouver (2.9.2).
Supposons en effet Y sobre; alors qy est un homéomorphisme, et
f >--+
qy1 o f est une application
HomTop(X,Y)-➔ Homsoh(5 X, Y).
D'autre part, g >--+
goqx est une application
Homsob(5 X, Y) -➔ HomTop(X,Y).
Il suffit de voir que ces applications sont réciproques l'une de l'autre.
Or la commutativité du diagramme ([Link])montre que f = qy 1 o(5Joqx);
d'autre part, si g est une application continue de sx dans Y, E une partie
fermée irréductible de X, notons z le point de sx égal à E, de sorte que
70 O. Préliminaires
E=q:x"1 ({z}); si f=goqx, on a donc f(E)=g({z}nq,c(X)); comme
{z}n qx(X) est dense dans {z} (2.6.2),on af(E)={g(z)}, et comme g(z)
est le seul point générique de {g(z)}, on a bien qy 1 o"f=g.
2.10. Applications ouvertes en un point
(2.10.1) Nous ne reviendrons pas sur la définition et les propriétés
des applications ouvertes (Bourbaki, Top. gén., chap. 1,4céd.,§ 5, n° 1).No-
tons seulement ici que pour qu'une application continue \j,: X.....-➔ Y soit
ouverte, il faut et il suffit que, pour toute partie Z de Y, on ait
([Link])
En effet, si \j, est ouverte, \j,(X)est ouvert dans Y et on peut se borner,
pour prouver ([Link]) au cas où \j,(X)=Y; la relation est alors démon-
trée dans Bourbaki, lac. cit., §5, n° 4, prop. 7. Inversement, si cette relation
a lieu, et si U c X est ouvert, \j,(U) est nécessairement ouvert dans Y;
sans quoi, en posant Z = Y -\j,(U), il existerait dans \j,(U) un point ::
adhérent à Z, donc il y aurait dans U un point x tel que x E\j,- 1 (Z)
= \jl- 1 (Z), ce qui est absurde, car U n \j,- 1 (Z) = </Jet U est ouvert dans X.
On dit qu'une application continue \j,: X....-➔ Y est ouverte en un point
x EX si l'image par \j, de tout voisinage de x dans X est un voisinage de
\j,(x) dans Y. On notera que cela n'implique pas qu'il existe un système
fondamental de voisinages de x dont les images soient ouvertes dans Y.
Dire qu'une application continue \j,: X....-➔ Y est ouverte signifie
qu'elle est ouverte en tout point de X.
Proposition (2.10.2) Soient X, Y deux espaces topologiques, \j,: X....-➔ Y
une application continue, x un point de X, y=\\f(x).
(i) Si \j, est ouverte en x, alors, pour toute partie Y' de Y contenant
\j,(x), la restriction \j,- 1 (Y')....-➔ Y' de \j, à Y' est ouverte au point x.
(ii) Supposons que Y soit réunion d'une famille localement finie de
parties fermées (Yi) et que pour tout i tel que \j,(x)EY1, la restriction
\j,- (Yi)----➔ Yi de 'Vsoit ouverte au point x; alors \j, est ouverte au point x.
1
(iii) Soient y : X'.....-➔ X une application continue, x' un point de X';
si l'application composée \j,oy: X'.....-➔ Y est ouverte au point x', \j, est
ouverte au point y(x').
Si U est un voisinage de x, on a \j,(U n\j,- 1 (Y'))=\\f(U)n Y'; d'où
aussitôt (i). Pour prouver (ii), notons qu'il y a un voisinage W de \j,(x)
dans Y ne rencontrant que les parties fermées Y 1 en nombre fini qui
contiennent \j,(x); donc W est réunion des W n Yi pour ces indices.
Or, si U est un voisinage de x tel que \j,(U) n Yi soit un voisinage de
\j,(x) dans Yi, il existe un voisinage V c W de \j,(x) dans Y tel que pour
tous les i tels que \j,(x)EYi, on ait V n Yi c \j,(U)n Yi, et comme la
§ 2. Compléments de topologie 71
réunion des V n Yi pour ces indices est V, on a V c \j,(U), donc \j,(U) est
un voisinage de \j,(x) dans Y. L'assertion (iii) est triviale.
Remarque (2.10.3) L'ensemble Z des points x EX où une application
continue est ouverte n'est pas nécessairement ouvert. *Par exemple,
soient K un corps, A l'anneau de polynômes K[S, T], V le plan affine
Spec(A), X le sous-schéma fermé de V «réunion de la droite X 1 définie par
T=O et de la droite X 2 définie par S=O», c'est-à-dire Spec(A/a), où
a=AST; prenons Y=X 2 =Spec(A/AS) et pour fla projection corres-
pondant à l'injection canonique K[T] .....-➔ A/a; alors on a Z=X 2 , qui
n'est pas ouvert dans X.*
Proposition(2.10.4) Soient X, Y deux espaces topologiques, \\1:X....-➔ Y
une application continue. Pour tout yEY, l'ensemble des xE\j,- 1 (y)
où \\1est ouvert est une partie fermée de \\!-1 (y).
En effet, supposons que \j, ne soit pas ouvert en un point xE\j,- 1 (y);
il existe alor.s un voisinage ouvert V de x dans X tel que \j,(V)ne soit pas
un voisinage de y; il en résulte que pour tout x'EV n\j,- 1 (y), \j, n'est pas
ouvert au point x'.
*Remarque (2.10.5) Même si X et Y sont des schémas localement
noethériens et fun morphisme fini, il peut se faire que f soit ouvert en
tous les points d'une fibre f- 1 (y), sans qu'il existe un voisinage de f- 1 (y)
en tous les points duquel f soit ouvert. Soient par exemple K un corps,
A l'anneau de polynômes K[T 1 , T2 , T3 ], V= Spec(A) l'espace affine
à 3 dimensions sur K, X= Spec(A/a), où a= b c, avec b = (T3 ) et
c = (T1 ) + (T2 - T3 ) dans A, de sorte que X est réunion du plan
X 1 =Spec(A/b) («plan d'équation T3 =0») et de la droite X 2 =Spec(A/c)
(«droite d'équations T1 = 0, T2 = T3 ») qui sont ses composantes irréduc-
tibles. Prenons Y= X 1 et soit f: X....-➔ Y la projection correspondant à
l'injection canonique K[T 1 , T2 ]----➔ A/a; si y est le point commun à X 1
et X 2 , f- 1 (y) est' réduit à y et f est ouvert en ce point mais n'est ouvert
en aucun point de X 2 dans un voisinage de y et distinct de y.*
Proposition(2.10.6) Soit \j,: X.....-➔ Y une application continue sur-
jective et ouverte. Pour qu'une partie Z de Y soit localement fermée, il faut
et il suffit que \j,- 1 (Z) soit localement fermée dans X.
En effet, dire que Z est localement fermée dans Y signifie que Z- Z
est fermée dans Y (Bourbaki, Top. gén., chap. I, 4eéd., § 3, n° 3, prop. 5);
comme Y est espace quotient de X (/oc. cit., § 5, n° 2, prop. 3), cela équivaut
à dire que \j,- 1 (Z-Z)=\j,- 1 (Z)-\j,- 1 (Z) est fermée dans X; mais en
vertu de ([Link]) cela signifie aussi que \j,- 1 (Z)-\j,- 1 (Z) est fermée
dans X, donc que \j,- 1 (Z) est localement fermée dans X.
72 O. Préliminaires
§ 3. Compléments sur les faisceaux
3.1. Faisceaux à valeurs dans une catégorie
(3.1.1) La définition d'un préfaisceau U ......ff(U) sur un espace
topologique X, à valeurs dans une catégorie C (G, I, 1.9) peut s'inter-
préter comme suit: désignons par Ouvx la catégorie dont les objets sont
les ouverts de X, et où, pour deux ouverts U, V de X, Hom(U, V) est
vide si U <t-V, et est l'ensemble réduit à l'injection canonique si• U c V
(la composition des morphismes étant la composition des injections
canoniques). Alors on peut dire qu'un préfaisceau sur X, à valeurs dans C,
est un foncteur contravariant ff: Ouvx .....-➔ C.
Nous dirons qu'un préfaisceau ff sur X, à valeurs dans C, est un
faisceau à valeurs dans C s'il vérifie l'axiome suivant:
(F) Pour tout objet T de C, U ......Hom(T,ff(U)) est un faisceau
d'ensembles. ·
Si l'on explicite cette condition, on voit qu'elle signifie que pour
tout recouvrement (U"')d'un ouvert U de X par des ouverts U"' contenus
dans U, si l'on note p"':ff(U).....-➔ ff(UJ, p"'~: ff(U"').....-➔ ff(U"'nU~)
les morphismes de restriction, alors l'application qui, à tout
f EHom(T,ff(U)), fait correspondre la famille (p"'of)EII Hom(T,ff(U"'))
~
est une bijection .de Hom(T,ff(U)) sur l'ensemble des (f"') tels que
= p~"'of~pour tout couple d'indices (<X,~).
P"'~of"'
Lorsque les produits II ff(U"') et II ff(U"'n U~) existent dans C,
"' "'·~
la condition (F) s'.exprime encore de la façon suivante: posons
r = (pJ: ff(U) .....-➔ II ff(U"')
et soient "'
r': II ff(U"').....-➔ II ff(U"'n U~) tel que pr"'~or' = p"'~opr"',
"' "'·~
r": II ff(UJ .....-➔ II ff (U"'n U~) tel que pr~"'or"= p~"'opr~.
"' "'·~
Alors la condition (F) revient à dire que le diagramme
r'
ff(U) -.!:....,.II ff(U"') ~ II ff(U"'n U~)
"' r "'• ~
est exact (1.4.2).
(3.1.2) Supposons que C soit une catégorie définie par une «espèce
de structure avec' morphismes» L, les objets de C étant donc les en-
sembles (d'un univers donné) munis de structures d'espèce L et les
morphismes ceux de L. Supposons en outre que dans C, le noyau d'un
couple de morphismes (u1 ,u 2 ) existe et ait pour ensemble sous-jacent
§ 3. Compléments sur les faisceaux 73
le noyau du couple d'applications (u1 ,u 2 ). Alors, la condition (F) en-
traîne que, considéré comme préfaisceau d'ensembles, ff est encore un
faisceau. En outre (avec les notations de (F)), pour qu'une applica-
tion u: T-ff(U) soit un morphisme de C, il faut et il suffit, en vertu
de (F), que chaque application p"'ou:T-ff(U"') soit un morphisme,
ce qui signifie que la structure d'espèce L sur ff(U) est structure initiale
pour la famille de morphismes (p"').Réciproquement, supposons qu'un
préfaisceau ff sur X, à valeurs dans C, soit un faisceau d'ensembles et
vérifie la condition précédente; il satisfait alors à (F) et est donc un
faisceau à valeurs dans C.
(3.1.3) Lorsque L est l'espèce de structure de groupe ou d'anneau,
le fait que le préfaisceau U>--+ff(U) à valeurs dans C est un faisceau
d'ensembles entraîne ipso facto que c'est un faisceau à valeurs dans C
(autrement dit, un faisceau de groupes ou d'anneaux au sens de (G)) (1).
Mais il n'en est plus de même lorsque par exemple C est la catégorie
des anneaux topologiques (avec pour morphismes les homomorphismes
continus): un faisceau à valeurs dans C est un faisceau d'anneaux
U ......
ff (U) tel que, pour tout ouvert U et tout recouvrement de U
par des ouverts U"' c U, la topologie de l'anneau ff(U) soit la moins
fine rendant continues les représentations ff(U)>--+ff(UJ. On dira
dans ce cas que U>--+ff(U) considéré comme faisceau d'anneaux (sans
topologie) est sous-jacent au faisceau d'anneaux topologiques U >--+ff(U).
Les morphismes uv : ff (V)-~ (V) (V ouvert arbitraire de X) de fais-
ceaux d'anneaux topologiques sont donc des homomorphismes des
faisceaux d'anneaux sous-jacents, tels que uv soit continu pour tout
ouvert V c X; pour les distinguer des homomorphismes quelconques
des faisceaux d'anneaux sous-jacents, on les appellera homomorphis-
mes continus de faisceaux d'anneaux topologiques. On a des définitions
et conventions analogues pour les faisceaux d'espaces topologiques ou
de groupes topologiques.
(3.1.4) Il est clair que pour toute catégorie C, si ff est un pré-
faisceau (resp. un faisceau) sur X à valeurs dans C et U un ouvert de X,
les ff (V) pour les ouverts V c U constituent un préfaisceau (resp. un
faisceau) à valeurs dans C, que l'on appelle préfaisceau (resp. faisceau)
induit par ff sur U et que l'on note !FJU.
Pour tout morphisme u: ff -~ de préfaisceaux sur X à valeurs
dans C, on désignera par uJU le morphisme ffJU-~JU formé des
uv pour V cU.
(1) Cela tient à ce que dans la catégorie C, tout morphisme qui est une
bijection (en tant qu'application d'ensembles) est un lmmorphisme. Cela n'est
plus vrai lorsque C est la catégorie des espaces topologiques, par exemple.
74 O. Préliminaires
(3.1.5) Supposons maintenant que la catégorie C admette des limi-
tes inductives (1.1.11); alors, pour tout préfaisceau (et en particulier
tout faisceau) ff sur X à valeurs dans C et tout .xEX, on peut définir
la fibre ~ comme l'objet de C limite inductive des ff(U) selon l'en-
semble filtrant (pour :::i) des voisinages ouverts U de x dans X, et
pour les morphismes Pû: ff(V)-ff(U). Si u: ff -<s est un mor-
phisme de préfaisceaux à valeurs dans C, on définit pour tout xEX le
morphisme ux:~-<sx comme la limite inductive des uu:ff(U)-"S(U)
selon l'ensemble des voisinages ouverts de x; on définit ainsi~ comme
foncteur covariant en ff, à valeurs dans C, pour tout xEX.
Lorsque C est en outre définie par une espèce de structure avec
morphismes L, on appelle encore sections au-dessus de U d'un faisceau
ff à valeurs dans C les éléments de ff(U), et on écrit alors r(U,ff)
au lieu de ff(U); pour sEr(U,ff), V ouvert contenu dans U, on
écrit sJV au lieu de p~(s); pour tout xEU, l'image canonique des
dans g;;;est le germe de s au point x, noté sx (nous n'emploierons Jamais
la notation s(x) dans ce sens, cette notation étant réservée pour une
autre notion relative aux faisceaux particuliers qui seront considérés
dans ce Traité (4.1.9)).
Si alors u : ff -<s est un morphisme de faisceaux à valeurs dans
C, on écrira u(s) au lieu de uv(s) pour tout sEr(V,ff).
Si ff est un faisceau de groupes commutatifs, ou d'anneaux, ou
de modules, on dit que l'ensemble des xeX tels que ~ # {O} est le
support de ff, noté Supp(ff); cet ensemble n'est pas nécessairement
fermé dans X. Pour toute section s de ff au-dessus d'un ouvert U,
le support de s est l'ensemble des xEU tels que sxi=O; c'est un en-
semble fermé dans U (certains auteurs appellent «support» de s (resp.
ff) l'adhérence dans X du support de s (resp. ff) au sens précédent,
adhérence que nous appellerons support fermé de s (resp. ff)).
3.2. Préfaisceaux sur une base d'ouverts
(3.2.1) Nous nous restreindrons dans ce qui suit à des catégories C
où tout système projectif d'objets de C admet une limite projective
(1.1.9). Soient X un espace topologique, m une base d'ouverts pour la
topologie de X. Nous appellerons préfaisceau sur m, à valeurs dans C,
une famille d'objets ff(U)eC, attachés à chaque U Em, et une famille
de morphismes Pû : ff (V)- ff (U) définis pour tout couple (U, V)
d'éléments de m tels que U c V, avec les conditions PB= identité et
p~ = Pûo pf si U, V, W dans m sont tels que U c V c W. On peut
1ui associer un préfaisceau à valeurs dans C: U - ff' (U) au sens ordi-
-
naire, en prenant pour tout ouvert U, ff' (U) = lim ff (V), où V par-
§ 3. Compléments sur les faisceaux 75
court l'ensemble ordonné (pour c, non filtrant en général) des ensem-
bles V Em tels que V c U, car les ff(V) forment un système projectif
pour les pf (V c W c U, V Em, W Em). En effet, si U, U' sont deux
ouverts de X tels que U c U', on définit p'B' comme la limite projec-
tive (pour V c U) des morphismes canoniques ff'(U)-ff(V), autre-
ment dit l'unique morphisme ff'(U')-ff'(U), qui, composé avec les
morphismes canoniques ff'(U)-ff(V), donne les morphismes canoni-
ques ff'(U')-ff(V); la vérification de la transitivité des p'B' est alors
immédiate. De plus, si UEm, le morphisme canonique ff'(U)-ff(U)
est u~ isomorphisme, permettant d'identifier ces deux objets (1).
(3.2.2) Pour que le préfaisceau ff' ainsi défini soit un faisceau, il
faut et il suffit que le préfaisceau ff sur m vérifie la condition:
(F0 ) Pour tout recouvrement (UJ de U Em par des ensembles U"'Em
contenus dans V, et pour tout objet TEC, l'application qui, à tout
f EHom (T,ff (U)) fait correspondre la famille ([Link]) EII Hom (T,ff (U"'))
"'
est une bijection de Hom(T,ff(U)) sur l'ensemble des (f J tels que
p~"of"'= p~~of~ pour tout couple d'indices (Cl,~) et tout VEm tel que
VcU"'nU~.
La condition est évidemment nécessaire. Pour montrer qu'elle est suf-
fisante, considérons d'abord une seconde base m'de la topologie de X,
contenue dans m,et montrons que si ff" désigne le préfaisceau déduit de
la sous-famille (ff (V))ve!!l'•alors ff" est canoniquement isomorphisme à ff'.
En effet, tout d'abord la limite projective (pour V Em', V c U) des mor-
phismes canoniques ff'(U)-+ff(V) est un morphisme ff'(U)-ff"(U)
pour tout ouvert U. Si UEm, ce morphisme est un isomorphisme, car
par hypothèse les morphismes cahoniques ff"(U)-ff(V) pour V Em',
V c U, se factorisent en ff" (U)- ff (U)- ff (V), et il est immédiat de
voir que les composés des morphismes ff (U)- ff" (U) et ff" (U)-ff (U)
ainsi définis sont les identités. Ceci étant, pour tout ouvert U, les mor-
phismes ff" (U)- ff" (W) = ff (W) pour W E m et W c U vérifient les
conditions caractérisant la limite projective des ff(W) (WEm, W c U),
ce qui démontre notre assertion, compte tenu de l'unicité d'une limite
projective à un isomorphisme prés.
(1) Si X est un espace noethérien, on peut encore définir ff'(U) et montrer
que c'est un préfaisceau (au sens ordinaire) lorsqu'on suppose seulement que C
admet des limites projectives pour les systèmes projectifs finis. En effet, si U est
un ouvert quelconque de X, il y a un recouvrement fini (V;) de U formé d'ensem-
bles de \B; pour tout couple (i,j) d'indices, soit (Vijk) un recouvrement fini de
V;n V1 formé d'ensembles de \B. Soit I l'ensemble formé des i et des triplets
(i,j,k), ordonné par les seules relations i>(i,j,k), j>(i,j,k); on prend alors pour
ff'(U) la limite projective du système des ff(V;) et ff(V; 1k); on vérifie aisément
que cela ne dépend pas des recouvrements (V;) et (V;1k) et que U >-+ff'(U) est
un préfaisceau.
76 O. Préliminaires
Cela posé, soient U un ouvert quelconque de X, (U"')un recouvrement
de U par des ouverts contenus dans U, et soit m'la sous-famille de m
constituée par les ensembles de m contenus dans un U"' au moins; il
est clair que m' est encore une base de la topologie de U, donc ff'(U)
(resp. ff'(U"')) est limite projective des ff(V) pour V Em' et V c U
(resp. V c U"'); l'axiome (F) se vérifie alors aussitôt en vertu de la
définition de la limite projective.
Lorsque (F0 ) est vérifié, nous dirons par abus de langage que le
préfaisceau ff sur la base mest un faisceau.
(3.2.3) Soient ff, <§ deux préfaisceaux sur la base m, à valeurs
dans C; on définit un morphisme u: ff .....-➔ <§ comme une famille (uv)ve!!l
de morphismes uv: ff(V).....-➔ <§(V) satisfaisant aux conditions de com-
patibilité usuelles avec les morphismes de restriction p~. Avec les
notations de (3.2.1), on en déduit un morphisme u': ff' .....-➔ <§' des pré-
faisceaux (ordinaires) correspondants en prenant pour uû la limite pro-
jective des uv pour V Em et V c U; la vérification des conditions de
compatibilité avec les p'B' découle du caractère fonctoriel de la limite
projective.
(3.2.4) Si la catégorie C admet des limites inductives, et si ff est
un préfaisceau sur la base m, à valeurs dans C, pour tout xEX les
voisinages de x appartenant à mforment un ensemble cofinal (pour :::i)
dansl'ensemble des voisinages de x, donc, si ff' est le préfaisceau (ordi-
naire) correspondant à ff, la fibre ff; est égale à lim ff (V) selon l'en-
~
semble des V Em contenant x. Si u: ff .....-➔ <§ est un morphisme de
préfaisceaux sur m à valeurs dans C, u': ff' .....-➔ <§' le morphisme cor-
respondant de préfaisceaux ordinaires, u~ est de même la limite induc-
tive des morphismes uv: ff(V).....-➔ <§(V) pour V Em, xEV.
(3.2.5) Revenons aux conditions générales de (3.2.1). Si ff est un
faisceau ordinaire à valeurs dans C, ~ le faisceau sur m obtenu par
restriction de ff à m,le faisceau ordinaire ~' obtenu à partir de ~
par le procédé de (3.2.1) est canoniquement isomorphe à ff, en vertu
de la condition (F) et des propriétés d'unicité de la limite projective.
On identifiera d'ordinaire ff et~'.
Si <§ est un second faisceau (ordinaire) sur X à valeurs dans C, et
u: ff .....-➔ <§ un morphisme, la remarque précédente montre que la donnée
des uv: ff(V).....-➔ <§(V) pour les V Em seulement détermine complète-
ment u; inversement, il suffit, les uv étant donnés pour V Em, de vérifier
le diagramme de commutativité avec les morphismes de restriction p~
pour V Em, W Em et V c W, pour qu'il existe un morphisme u' et
un seul de ff dans <§ tel que u~ = uv pour tout V Em (3.2.3).
§ 3. Compléments sur les faisceaux 77
(3.2.6) Supposons toujours que C admette des limites projectives.
Alors la catégorie des faisceaux sur X à valeurs dans C admet aussi des
limites projectives; si (${) est un système projectif de faisceaux sur X
à valeurs dans C, les ff(U) = lim Sï{(U) définissent en effet un pré-
~
faisceau à valeurs dans C, et la vérification de l'axiome (F) résulte de
la transitivité des limites projectives; le fait que ff est alors limite pro-
jective des ffe;_est immédiat.
Lorsque C est la catégorie des ensembles, pour tout système pro-
- -
jectif(~) tel que J't'[Link] un sous-faisceau de ${ pour tout À, lim J't'i.
s'identifie canoniquement à un sous-faisceau de limSï{. Si C est la
catégorie des groupes commutatifs, le foncteur covariant lim ${ est
additif et exact à gauche. +--
3.3. Recollement de faisceaux
(3.3.1) Supposons encore que la catégorie C admette des limites
projectives. Soient X un espace topologique, U = (Ui.)[Link] recouvre-
ment ouvert de X, et pour chaque ÀEL, soit ffi. un faisceau sur Ui.,
à valeurs dans C; pour tout couple d'indices (À, µ), supposons donné
un isomorphisme 0i.µ: ffµJ(Ui.n Uµ) ~ Sï{j(Ui.n Uµ); en outre, supposons
que pour tout triplet (À,µ, v), en désignant par 0~µ,0~v,0'[Link] restric-
tions de 0i.µ,0µv,0i.v à [Link]µnUv, on ait 0~v=0~µo0~,,(condition
de recollement pour les 0i.µ). Alors, il existe un faisceau ff sur X, à
valeurs dans C, et pour chaque À un isomorphisme lh: ffJUi.~3\ tels
que, pour tout couple (À, µ), en désignant par 11'1. et 11~les restrictions
de T\[Link] T\µà [Link]µ, on ait 01.µ=rt~ort~- 1 ; en outre, ff et les T\i.
sont déterminés à un isomorphisme unique près par ces conditions.
L'unicité résulte en effet aussitôt de (3.2.5). Pour établir l'existence de ff,
désignons par m la base d'ouverts formée des ouverts contenus dans
un Di. au moins, et pour tout U Em,choisissons (par la fonction t de
Hilbert) un des Sï{(U) pour un des À tels que U c Ui.; si on désigne
cet objet par ff(U), les p~ pour U c V, U Em, V Em se définissent de
façon évidente (au moyen des 0i.µ), et la condition de transitivité est
conséquence de la condition de recollement; en outre, la vérification
de (F0 ) est immédiate, donc le préfaisceau sur m ainsi défini est bien
un faisceau, et on en déduit par le procédé général (3.2.1) un faisceau
(ordinaire) encore noté ff et qui répond à la question. On dit que ff
est obtenu par recollement des $i{ au moyen des 0i.µ et on identifiera
d'ordinaire${ et ffJUi. au moyen de T\i.·
Il est clair que tout faisceau ff sur X à valeurs dans C peut être
considéré comme obtenu par recollement des faisceaux ffe;.= ffJUi.
78 O. Préliminaires
(où (UJ est un recouvrement ouvert arbitraire de X), au moyen des
isomorphismes 0i.µ réduits à l'identité.
(3.3.2) Avec les mêmes notations, soit "S,.un second faisceau sur Di.
(pour tout ÀEL) à valeurs dans C, et soit donné pour tout couple
(À,µ) un isomorphisme roi.µ:"SµJ([Link]µ)~"Si.l([Link]µ), ces isomor-
phismes vérifiant la condition de recollement. Supposons enfin donné
pour tout Àun morphisme ui. : ffi. ......➔ "Si., et supposons que les diagrammes
([Link])
ffi_j(Ui.n Uµ) --;,;:- "Si.J([Link]µ)
soient commutatifs. Alors, si <§ est obtenu par recollement des "[Link]
moyen des roi.1,, il existe un morphisme u: ff ......➔ <g et un seul tel que
les diagrammes
_ulll'-, mjU
~";:JI).
l
soient commutatifs; cela résulte aussitôt de (3.2.3). La correspondance
entre la famille (ui.) et u est une bijection fonctorielle de la partie de
IIHom(ffi_,"S,.) vérifiant les conditions ([Link]) sur Hom(ff,"S).
).
(3.3.3) Avec les notations de (3.3.1), soit V un ouvert de X; il est
immédiat que les restrictions à V n Ui.n Uµ des 0i.µ satisfont à la con-
dition de recollement pour les faisceaux induits ffi_j(Vn UJ et que le
faisceau sur V obtenu par recollement de ces derniers s'identifie canoni-
quement à ffjV.
3.4. Images directes de préfaisceaux
(3.4.1) Soient X, Y deux espaces topologiques, \j,: X-➔ Y une appli-
cation continue. Soit ff un préfaisceau sur X à valeurs dans une caté-
gorie C; pour tout ouvert U c Y, soit "S(U)=ff(\j,- 1 (U)), et si U, V
sont deux parties ouvertes de Y telles que U c V, soit p~ le morphisme
ff (\j,- 1 (V))--➔ ff (\j,- 1 (U)); il est immédiat que les "S(U) et les p~ définissent
un préfaisceau sur Y à valeurs dans C, que l'on appelle l'image directe
de ff par \j, et que l'on note \j,*(ff): Si ff est un faisceau, on vé[Link]
aussitôt l'axiome (F) pour le préfaisceau U -<s(U), donc \j,*(ff) est un
faisceau.
(3.4.2) Soient ffi, ffz deux préfaisceaux sur X à valeurs
dans C, et soit u: g;;_......➔ ffz un morphisme. Lorsque U parcourt
§ 3. Compléments sur les faisceaux 79
l'ensemble des parties ouverts de Y, la famille de morphismes
u.i,-,<u>:ffi(\l,- 1 (U))-ffz(\l,- 1 (U)) satisfait aux conditions de compati-
bilité avec les morphismes de restriction, et définit par suite un mor-
phisme \j,*(u):\j,*(ffi)-\\T*(ffz). Si v:ffz-~ est un morphisme de
ffz dans un troisième préfaisceau sur X à valeurs dans C, on a \\l*(vou)
= \j,*(v)o\j,*(u); autrement dit, \j,*(ff) est un foncteur covariant en ff, de la
catégorie des préfaisceaux (resp. faisceaux) sur X à valeurs dans C,
dans celle des préfaisceaux (resp. faisceaux) sur Y à valeurs dans C.
(3.4.3) Soient Z un troisième espace topologique, \j,' : Y - Z une
application continue, et soit \j," =\j,' o\j,. Il est clair que l'on a \\T;(ff)
=\j,~(\j,*(ff)) pour tout préfaisceau ff sur X à valeurs dans C; en outre,
pour tout morphisme u: ff - <§ de tels préfaisceaux, on a \\T;(u)
=\\T~(\j,*(u)). En d'autres termes, \\!;est le composé des foncteurs \j,~ et
\j,*, ce qu'on peut écrire
(\\l'o\j,)* =\j,~o\j,*.
En outre, pour tout ouvert U de Y, l'image par la restriction \j,j\j,- 1 (U)
du préfaisceau induit ff 1\j,- 1 (U) n'est autre que le préfaisceau induit
\j,*(ff)JU.
(3.4.4) Supposons que la catégorie C admette des limites inductives,
et soit ff un préfaisceau sur X à valeurs dans C; pour tout xEX, les
morphismes r(\j,- 1 (U),ff)-~ (U voisinage ouvert de \j,(x) dans Y)
forment un système inductif, qui donne par passage à la limite un mor-
phisme 'Vx: (\j,*(ff)}w<x>- ~ des fibres; en général, ce morphisme
n'est ni injectif ni surjectif. Il est fonctoriel; en effet, si u : ffi - ffz est un
morphisme de préfaisceaux sur X à valeurs dans C, le diagramme
(\j,*(ffi)),i,(x) ~ (ffit
(lj,,(u))• ex>
l lux
('V*(ffz)),i,(x)
- \jlx (ffzt
est commutatif. Si Z est un troisième espace topologique, \j,' : Y - Z
une application continue, et \j,"=\j,'o\j,, on a \\1~=\\lxo\\l~<x>
pour xEX.
(3.4.5) Sous les hypothèses de (3.4.4), supposons en outre que \j,
soit un homéomorphisme de X sur le sous-espace \j,(X) de Y. Alors, pour
tout xEX, 'Vx est un isomorphisme. Ceci s'applique en particulier à
l'injection canoniquej d'une partie X de Y dans Y.
(3.4.6) Supposons que C soit la catégorie des groupes, ou des
anneaux, etc. Si ff est un faisceau sur X à valeurs dans C, de support S,
80 O. Préliminaires
et si y<t\j,(S), il résulte de la définition de \j,*(ff) que (\j,*(ff))y= {O},
autrement dit le support de \j,*(ff) est contenu dans \j,(S); mais il
n'est pas nécessairement contenu dans \j,(S). Sous les mêmes hypo-
thèses, sij est l'injection canonique d'une partie X de Y dans Y, le faisceau
j*(ff) induit ff sur X; si de plus X est fermée dans Y, j*(ff) est le faisceau
sur Y qui induit ff sur X et Osur Y - X (G, II, 2.9.2),mais il est en général
distinct de ce dernier lorsqu'on suppose X localement fermée mais non
fermée.
3.5. Images réciproques de préfaisceaux
(3.5.1) Sous les hypothèses de (3.4.1),si ff (resp. ~) est un préfaisceau
sur X (resp. Y) à valeurs dans C, tout morphisme u: ~ .....-➔ \\l*(ff) de
préfaisceaux sur Y s'appelle encore un \\!-morphisme de ~ dans ff, et
se note aussi ~ .....-➔ ff. On désigne aussi par Hom,i,(~,ff) l'ensemble
Homv(~, \j,*(ff)) des \\!-morphismes de ~ dans ff. Pour tout couple
(U, V), où U est un ouvert de X, V un ouvert de Y tel que \j,(U) c V, on
a un morphisme uu,v : ~(V).....-➔ ff (U) en composant lé morphisme de
restriction ff(\j,- 1 (V)).....-➔ ff(U) et le morphisme uv:~(V).....-➔ \j,*(ff)(V)
=ff(\j,- 1 (V)); il est immédiat que ces morphismes rendent commutatifs
les diagrammes
~(V) ~ ff(U)
([Link])
l -uu',V'
l
ff(U')
pour U' c U, V' c V, \j,(U') c V'. Inversement, la donnée d'une famille
(uu,v) de morphismes rendant commutatifs les diagrammes ([Link])
définit un \\!-morphisme u, car il suffit de prendre uv='¼-'<V>,V·
Si la catégorie C admet des limites projectives, et si m, m' sont des
bases des topologies de X et Y respectivement, pour définir un \\!-mor-
phisme u de faisceaux, on peut se borner à se donner les uu,v pour
U Em, V Em' et \j,(U) c V, vérifiant les conditions de compatibilité
([Link])pour U, U' dans met V, V' dans m'; il suffit en effet de définir uw,
pour tout ouvert W c Y, comme limite projective des uu,v pour
V Em'et V C w, u Emet \j,(U) CV.
Lorsque la catégorie C admet des limites inductives, on a, pour tout
xEX, un morphisme ~(V).....-➔ ff(\j,- 1 (V)).....-➔ ffx pour tout voisinage
ouvert V de \j,(x) dans Y, et ces morphismes forment un système in-
ductif qui donne par passage à la limite un morphisme ~,i,(x> .....-➔ ffx.
(3.5.2) Sous les hypothèses de (3.4.3),soient ff,~, J{' des préfaisceaux
à valeurs dans C sur X, Y, Z respectivement, et soient u: ~ .....-➔ \j,*(ff),
§ 3. Compléments sur les faisceaux 81
v: J{' ....-➔ \j,~(~) un \\!-morphisme et un \\!'-morphisme respectivement.
On en déduit un \j,"-morphisme
que l'on appelle, par définition, le composé de u et de v. On peut donc
considérer les couples (X,ff) formés d'un espace topologique X et d'un
faisceau ff sur X (à valeurs dans C) comme formant une catégorie, les
morphismes étant les couples (\\!,0) : (X, ff) ....-➔ (Y,~) formés d'une
application continue \j,: X....-➔ Y et d'un \\!-morphisme 0: ~ ....-➔ ff.
(3.5.3) Soient \j,: X....-➔ Y une application continue,~ un préfaisceau
sur Y à valeurs dans C. Alors ff-Hom.i,(~,ff)=Homy(~,\j,*(ff)) est
un foncteur covariant de la catégorie des faisceaux sur X à valeurs dans C,
dans la catégorie Ens (les ensembles de morphismes étant bien entendu
formés de morphismes de préfaisceaux); si ce foncteur est représentable
par unfaisceau ~' sur X à valeurs dans C, on dit que ce faisceau (qui est
déterminé à isomorphisme unique près) est l'image réciproque de ~
par \j, et on le note \j,- 1 (~). C'est donc l'objet associé à ~ au sens de
(1.5.1) (appliqué aux catégories opposées), et tout ce qui a été dit à cette
occasion s'applique ici. On notera v - v• l'isomorphisme fonctoriel
en ff
([Link])
et u -u 11 l'isomorphisme réciproque. Pour tout morphisme w: ffi ....-➔ ffz
de faisceaux sur X à valeurs dans C, on a
([Link])
En particulier, pour z·= 1,i,-'<~>on a un morphisme canonique
([Link])
et on a la factorisation canonique
([Link])
(3.5.4) Supposons maintenant que la catégorie C soit telle que tout
préfaisceau ~ sur Y à valeurs dans C admette une image réciproque par
\j, (cf. (3.7) pour des exemples de telles catégories). Alors ~-\\1- 1·(~)
est le foncteur adjoint à gauche du foncteur ff -\\l*(ff) (considéré
comme [Link] ses valeurs dans la catégorie des préfaisceaux sur X à
valeurs dans C), et \j,* est donc l'adjoint à droite de \j,-1, l'isomorphisme
82 O. Préliminaires
([Link]) étant un isomorphisme de bifoncteurs en ff et <§ (1.5.2 et
1.5.3). Pour tout morphisme de préfaisceaux sur Y à valeurs dans C,
w:<51--➔ <s2 , \j,- 1 (w):\j,- 1 (<51 )--➔ \\T- 1 (<52 ) est défini par \j,- 1(w)=(p~ 2 ow)11
(1.5.2),.et on a le diagramme commutatif ([Link])
w
<51 <52
P~, l l P~,
'V*(\\1-1(<§1)),i,•(,i,- '(w))
\j,*(\j,-1 (<52))
et pour tout morphisme u: <§2 ......➔ \j,*(ff), où ff est un faisceau sur X à
valeurs dans C, on a la relation ([Link])
(uow)11=u 11o\j,- 1(w).
Pour tout faisceau ff sur X à valeurs dans C, on a un morphisme cano-
nique
([Link])
et la factorisation canonique,. pour tout morphisme u: <§--➔ \j,*(ff),
([Link]) u 11: \j,- 1(<§) ,i,-'(u) \j,- 1(\j,*(ff)) ~ ff.
(3.5.5) Soit \j,': Y......➔ Z une application continue, et supposons que
tout préfaisceau J{' sur Z à valeurs dans C admette une image réciproque
\j,' - 1(J{') par \j,'. Alors (avec les hypothèses de (3.5.4)), tout préfaisceau
J{' sur Z à valeurs dans C admet une image réciproque par \j," =\\!' o\\1,
et l'on a un isomorphisme canonique fonctoriel
([Link])
Cela résulte en effet aussitôt des définitions, tenant compte de ce
que \\!: = \j,~o\j,*. En outre, si u: <§......➔ \j,*(ff) est un \\!-morphisme,
v: J{'--➔ \\!~(<§) un \j,'-morphisme, et w = \j,~(u)ov leur composé (3.5.2),
on constate aussitôt que w est le morphisme composé
\\!*(<§) ~ ff.
1
wll: 'V-1(\j,'-1(.Yè')) ,i,- (v•)
(3.5.6) Prenons en particulier pour \j, l'application identique
lx: X--➔ X. Alors si l'image réciproque par \j, d'un préfaisceau ff sur X
à valeurs dans C existe, on dit que cette image réciproque est le faisceau
associé au préfaisceau ff. Tout morphisme u : ff ......➔ ff' de ff dans un
faisceau ff' à valeurs dans C se factorise donc de façon unique en
ff ~ lX:
1
(/F) ~ ff'.
§ 3. Compléments sur les faisceaux 83
3.6. Faisceaux simples et faisceaux localement simples
(3.6.1) Nous dirons qu'un préfaisceau ff sur X, à valeurs dans C,
est constant si les morphismes de restriction ff(X) ....-➔ ff(U) sont des
isomorphismes pour tout ouvert U c X; on notera que ff n'est pas
nécessairement un faisceau. On dit qu'un faisceau est simple s'il est
isomorphe au faisceau associé (3.5.6) à un préfaisceau constant. On dit
qu'un faisceau .'IFest localement simple si tout xEX admet un voisinage
ouvert U tel que ffjU soit simple.
(3.6.2) Supposons que X soit irréductible (2.1.1); alors les pro-
priétés suivantes d'un préfaisceau ff sur X sont équivalentes:
a) le morphisme ff(X) ....-➔ ff(U) est un isomorphisme pour tout ouvert
non vide U de X;
b) ff est un faisceau simple sur X;
c) ff est un faisceau localement simple sur X.
En effet supposons a) vérifiée; si U, V sont deux ouverts non vides
dans X, Un V est non vide, donc ff(X)---➔ ff(U)....-➔ ff(U n V) et
ff(X)---➔ ff(U) étant des isomorphismes, il en est de même de
ff(U)....-➔ ff(U n V) et de même ff(V)....-➔ ff(U n V) est un isomor-
phisme. On en conclut aussitôt que l'axiome (F) de (3.1.2) est bien véri-
fié, ff est isomorphe à son faisceau associé, et par suite a) entraîne b).
Soient maintenant (U"')un recouvrement ouvert de X par des ouverts
non vides et ff un faisceau sur X tel que ffjU"' soit simple pour tout cx;
comme U"' est irréductible, ffjU"' vérifie a) en vertu de ce qui pré-
cède. Comme U"'n U~ n'est pas vide, ff(U"') ....-➔ ff(U"'n U~) et
ff(U~)---➔ ff(U"'nU~) sont des isomorphismes, d'où on déduit un iso-
morphisme canonique 0"'~:ff(U"') ....-➔ ff(U ~) pour tout couple d'indices.
Mais alors, si on applique la condition (F) pour U =X, on voit que
pour tout indice cx0 et tout objet T de C, on a un diagramme exact
Hom(T,ff(U"' 0 ))....-➔ IIHom(T,ff(U"'))::tII Hom(T,ff(U"' n U~))
"' ~~
où la première flèche est déduite des isomorphismes 0"'0 "'. Comme on a
aussi un diagramme exact lorsque dans le précédent on remplace
Hom(T,ff(U"' 0
)) ....-➔ IIHom(T, .'!F(U~))
par
"'
Hom(T,.'!F(X))....-➔ IIHom(T,ff(U"'))
"'
où la flèche est déduite des morphismes de restriction ff(X)....-➔ ff(U"'), on
en déduit (1.1.7) que le morphisme de restriction ff(X)....-➔ ff(U"' 0 ) est un
isomorphisme, ce qui prouve que c) entraîne a).
84 O. Préliminaires
3.7. Images réciproques de préfaisceaux de groupes ou d'anneaux
(3.7.1) Nous allons montrer que lorsqu'on prend pour Cla catégorie
des ensembles, l'image réciproque par \j, de tout préfaisceau <§ à va-
leurs dans C existe toujours (les notations et hypothèses sur X, Y, \j,
étant celles de (3.5.3)). En effet, pour tout ouvert U c X, définissons
<§'(U) comme suit: un élément s' de <§'(U) est une famille (s~teu, où
s~E';§,i,<x> pour tout XEU, et où, pour tout XEU, la condition suivante
est remplie: il existe un voisinage ouvert V de \j,(x) dans Y, un voisinage
Wc\j,- 1 (V)nU de x et un élément sE<§(V) tels que s'z=S,i,(z)pour
tout zEW. On vérifie immédiatement que U - <§'(U) satisfait bien aux
axiomes des faisceaux; notons ce faisceau \j,- 1 (<5).
Soit maintenant ff un faisceau d'ensembles sur X, et soient
u : <§ ....-➔ \j,*(ff), v : \j,- 1 (<§)....-➔ ff des morphismes. On définit u II et v• de la
façon suivante: sis' est une section de \j,- 1 (<§)au-dessus d'un voisinage
U de XEX et si V est un voisinage ouvert de \j,(x) et SE<5(V)est tel que
l'on ait s~= s,i,<z> pour z dans un voisinage de x contenu dans \j,- 1 (V) n U,
on prend u!(s~)= U,i,(x/s,i,<x>). De même, si s E<5(V)(V ouvert dans Y), v'(s)
est la section de ff au-dessus de \j,- 1 (V), image par v de la section s' de
\j,- 1 (<5)telle que s~=s,i,<x> pour tout XE\j,- 1 (V). En outre, l'homomor-
phisme canonique (3.5.3) p~: <§....-➔ \j,*(\j,- 1 (<5)) se définit de la façon sui-
vante: pour tout ouvert V c Y ettoute section sEr(V, <§),Pw(s)est la sec-
tion (s,i,(xil,cr '<V) de \j,- 1 (<§) au-dessus de \j,- 1 (V). La vérification des
relations (u )'=u, (v') 11=v et r°=\j,*(v)op~ est immédiate, et démontre
notre assertion. ·
On vérifie que, si w: <§1 ....-➔ <§2 est un homomorphisme de préfaisceaux
d'ensembles sur Y, \j,- 1 (w) s'explicite de la façon suivante: si s' =(s~teu
est une section de \j,- 1 (<§1 ) au-dessus d'un ouvert U de X, (\j,- 1 (w))(s')
est la famille (w,i,(x)(s~))xeU· Enfin, il est immédiat que pour tout ouvert
V de Y, l'image réciproque de <§jV par la restriction de \j, à \j,- 1 (V) est
identique au faisceau induit \j,- 1 (<§)j\j,-1 (V).
Lorsque \j, est l'identité lx, on retrouve la définition d'un faisceau
d'ensembles associé à un préfaisceau (G, II, 1.2). Les considérations
précédentes s'appliquent sans changement lorsque C est la catégorie
des groupes ou des anneaux (non nécessairement commutatifs).
Lorsque X est une partie quelconque d'un espace topologique Y, et
j l'injection canonique X....-➔ Y, pour tout faisceau<§ sur Y à valeurs dans
une catégorie C, on appelle faisceau induit sur X par <§ l'image réci-
proque F 1 (<5) (lorsqu'elle existe); pour les faisceaux d'ensembles (ou
de groupes, ou d'anneaux) on retrouve la définition usuelle (G, II, 1.5).
(3.7.2) Conservant les notations et hypothèses de (3.5.3), suppo-
sons que<§ soit un faisceau de groupes (resp. d'anneaux) sur Y. La défini-
tion des sections de \j,- 1 (<§) (3.7.1) montre (compte tenu de (3.4.4)) que
§ 3. Compléments sur les faisceaux 85
l'homomorphisme de fibres \\Txo(p~¼<x>: ~,i,(x)....-➔ (\\1-1 (~))x est un iso-
morphisme fonctoriel en ~. qui permet d'identifier ces deux fibres; avec
cette identification, u! est identique à l'homomorphisme défini dans
(3.5.1),et en particulier, on a Supp(\j,- 1 (~))=\j,- 1 (Supp(~)).
Une conséquence immédiate de ce résultat est que le foncteur
~ - \j,- 1 (~) est exact en ~ dans la catégorie abélienne des faisceaux
de groupes commutatifs.
3.8. Quasi-homéomorphismes et images réciproques de faisceaux
Proposition (3.8.1) Soient X 0 , X deux espaces topologiques, f: X 0 ....-➔ X
un.e application continue. Pour que f soit un quasi-homéomorphisme
(2.6.2), il faut et il suffit que le foncteur ff- f- 1 (:F) de la catégorie des
faisceaux d'ensembles (resp. des faisceaux de groupes commutatifs) sur X,
dans la catégorie des faisceaux d'ensembles (resp. des faisceaux de groupes
commutatifs) sur X 0 , soit une équivalence de catégories.
Supposons que f soit un quasi-homéomorphisme; alors l'application
canonique p~: r(U,ff)....-➔ r(f- 1 (U),J 1 (ff)) ([Link]) est bijective pour
tout ouvert U de X, puisque l'application U -J- 1 (U) de .O(X) dans
.O(X0 ) est bijective: il suffit en effet de noter que tout voisinage d'un
point x 0 EX0 contient f- 1 (f(x 0 )) et d'utiliser (3.7.1). Ceci prouve que
ff -f - 1 (ff) est une équivalence de catégories.
Inversement, supposons qu'il en soit ainsi pour la catégorie des fais-
ceaux d'ensembles; alors il en est de même pour la catégorie des faisceaux
de groupes commutatifs, car cette dernière n'est autre que la catégorie
des objets en groupes commutatifs dans la catégorie des faisceaux d'en-
sembles (1.6.5).Il suffira donc de prouver que f est un quasi-homéomor-
phisme lorsque ff - J- 1 (ff) est une équivalence de catégories pour la
catégorie des faisceaux de groupes commutatifs.
Montrons d'abord que f(X 0 ) est très dense dans X; en effet, dans
le cas contraire, il existerait deux parties fermées distinctes Y :::i Y' de X
telles que Y nf (X0 ) = Y' n f (X 0 ). Soit ff (resp. ff') le faisceau de groupes
commutatifs sur X, image directe par l'injection canonique Y....-➔ X (resp.
Y'....-➔ X) du faisceau simple associé au préfaisceau constant Z sur Y
(resp. Y'); la définition de l'image réciproque (3.7.1) montre que f- 1 (:F)
est isomorphe à 1- 1 (:F'), mais ff n'est pas isomorphe à ff', donc
1
ff-f- (:F) ne serait pas une équivalence de catégories (ce ne serait
même pas un foncteur fidèle, car si u et v sont l'automorphisme identique
et l'endomorphisme nul de ff/ff', f- 1 (u) et f- 1 (v) sont égaux).
Montrons maintenant que la topologie de X 0 est l'image réciproque
de celle de X par f Soit Zx le faisceau simple sur X associé au préfaisceau
constant égal à Z; la donnée d'un homomorphisme u: Zx....-➔ ff de
faisceaux de groupes commutatifs équivaut à celle de la section
86 O. Préliminaires
s=u(l)Er(X,ff): en effet, lorsque s est donnée, pour toute section
nuEr(U,Zx) qui est constante, on a nécessairement u(nu)=nu·(sjU);
on a donc un isomorphisme canonique r(X,ff)~Hom(Zx,ff) de
groupes commutatifs, fonctoriel en ff. Comme par définition
(3.7.1), on a f- 1 (Zx)=Zx 0 , l'hypothèse que ff-f- 1
(3'-) est une
équivalence de catégories entraîne que l'homomorphisme canonique
pffe:r(X,ff) ....-➔ r(X 0 ,f- 1 (ff)) est bijectif pour tout faisceau de groupes
commutatifs ff sur X. Or, soit Y0 une partie fermée de X 0 , et soit ffo le
faisceau sur X 0 image directe par l'injection canonique Y 0 ....-➔ X 0 du
faisceau simple Zy 0 • Comme ff-f- 1
($-) est une équivalence, ffo est
isomorphe à un faisceau de la forme f- 1 (3'-), où ff est un faisceau de
groupes commutatifs sur X. Soit s0 la section de ffo .au-dessus de X 0
t
telle que (s0 t 0 =lx 0 si x 0 EY0 , et (s0 0 =0x 0 si x 0 f/=Y0 • Les remarques
précédentes montrent qu'il existe une section s de ff au-dessus de X
telle que (s0 t 0 = sf<xo> pour tout x 0 EX0 (les fibres (ffot0 et ffej-<xo> étant
canoniquement identifiées (3.7.1)); cela entraîne que YO est l'image réci-
proque par f de l'ensemble Y des xEX tels que sx# Ox, et Y est fermé
dans X. CQFD.
Remarques (3.8.2) On a vu dans la démonstration précédente que
l'homomorphisme canonique r(X,.?F)....-➔ r(X 0 ,1- 1 (ff)) est un isomor-
phisme de groupes commutatifs, fonctoriel en ff dans la catégorie des
faisceaux de groupes commutatifs sur X. Commef- 1 est exact dans cette
catégorie (3.7.2), cela implique que les homomorphismes canoniques
W(X,ff)....-➔ W(X 0 ,J- 1(3'-))
(T, 3.2.2) sont bijectifs pour tout i.
3.9. Faisceaux d'espaces pseudo-discrets
(3.9.1) Soit X un espace topologique dont la topologie admet une
base mformée d'ensembles ouverts quasi-compacts. Soit ff un faisceau
d'ensembles sur X; si on munit chacun des ff(U) de la topologie discrète,
U - ff(U) est un préfaisceau d'espaces topologiques. Nous allons voir
qu'il existe un faisceau d'espaces topologiques ff' associé à ff (3.5.6) tel
que r(U,ff') soit l'espace discret ff(U) pour tout ouvert quasi-compact
U. Il suffira pour cela de montrer que le préfaisceau U - ff(U) d'espaces
topologiques discrets sur m vérifie la condition (F0 ) de (3.2.2), et plus
généralement que si U est un ouvert quasi-compact et si (U"') est un
recouvrement de U par des ensembles de m contenus dans U, la topo-
logie la moins fine ff sur r(U,ff) rendant continues les applications
r(U, ff) ....-➔ r(U"', ff) est la topologie discrète. Or, il existe un nombre
fini d'indices Cl; tels que U = U U"',. Soit s Er(U,ff) et soit s; son image
i
§ 4. Espaces annelés 87
dans r(U"' 1,ff); l'intersection des images réciproques des ensembles
{s;} est par définition un voisinage de s pour !!T; mais puisque ff est
un faisceau d'ensembles et que les U"'' recouvrent U, cette intersection
se réduit à s, d'où notre assertion.
On notera que si U est un ouvert non quasi-compact de X, l'espace
topologique r(U,ff') a encore r(U,ff) comme ensemble sous-jacent,
mais sa topologie n'est pas discrète en général: c'est la moins fine rendant
continues les applications r(U,ff) ....-➔ r(V,ff), pour V Em et V c U
(les r(V,ff) étant discrets).
Les considérations précédentes s'appliquent sans modification aux
faisceaux de groupes ou d'anneaux (non nécessairement commutatifs),
et leur associent respectivement des faisceaux de groupes topologiques
ou d'anneaux topologiques. Pour abréger, nous dirons que le faisceau ff'
est le faisceau d'espaces (resp. groupes, anneaux) pseudo-discrets associé
au faisceau d'ensembles (resp. groupes, anneaux) ff.
(3.9.2) Soient ff, <§ deux faisceaux d'ensembles (resp. groupes, an-
neaux) sur X, u: ff ....-➔ <§ un homomorphisme. Alors u est aussi un homo-
morphisme continu ff' ....-➔ <§', en désignant par ff' et <§' les faisceaux
pseudo-discrets associés à ff et<§; cela résulte en effet de (3.2.5).
(3.9.3) Soient ff un faisceau d'ensembles, J{' un sous-faisceau de ff,
ff' et J{'' les faisceaux pseudo-discrets associés à ff et J{' respectivement.
Alors, pour tout ouvert U c X, r(U,J{'') est fermé dans r(U,ff'): en
effet, c'est l'intersection des images réciproques des r(V,J{') (pour
V Em, V c U) par les applications continues r(U,ff) ....-➔ r(V,ff), et
r(V,J{') est fermé dans l'espace discret r(V,ff).
§ 4. Espaces annelés
4.1. Espaces annelés, A-Modules, A-Algèbres
(4.1.1) Un espace annelé (resp. topologiquement annelé) est un couple
(X,d) formé d'un espace topologique X et d'un faisceau d'anneaux
(non nécessairement commutatifs) (resp. d'un faisceau d'anneaux topo-
logiques) d sur X; on dit que X est l'espace topologique sous-jacent à
l'espace annelé (X,d), et d le faisceau structural. Ce dernier se note
0x, et sa fibre en un point xEX se note CDx,xou simplement (9x lorsqu'il
n'en résulte pas de confusion.
On désignera par 1 ou e la section unité de (!),._
au-dessus de X (élément
unité de r(X, (!),._)).
88 O. Préliminaires
Lorsque d est un faisceau d'anneaux commutatifs, on dit que (X,d)
est un espace commutativement annelé. Comme dans ce Traité nous
aurons surtout à considérer des faisceaux d'anneaux commutatifs, il sera
sous-entendu, lorsque nous parlerons d'un espace annelé (X,d) sans
préciser, qu'il s'agit d'un espace commutativement annelé.
Les espaces annelés à faisceau structural non nécessairement com-
mutatif (resp. les espaces topologiquement annelés) forment une caté-
gorie, lorsqu'on définit un morphisme (X,d)- (Y, 86') comme un couple
(\j,,0) ='P formé d'une application continue \j,: x- Y et d'un \\!-mor-
phisme 0: 86'- d (3.5.1) de faisceaux d'anneaux (resp. de faisceaux
d'anneaux topologiques). Comme la catégorie des anneaux admet des
limites inductive~, pour tout x EX, on déduit de 0 un homomorphisme
d'anneaux 86,i,<x>-dx (3.5.1); d'ailleurs, compte tenu de ce que \\Txo(p
88),i,<x>
est un isomorphisme (3.7.2),l'homomorphisme précédent s'identifie à 0f.
Le composé d'un second morphisme 'P' =(\\T',0'): (Y,86')- (Z/6') et de 'P,
noté 'P"='P'o'P, est le morphisme ('V'',0") où \j,"=\j,'o\j,, et 0" est le
composé de 0 et 0' (égal à \j,~(0)o0', cf. 3.5.2). Pour les espaces annelés,
rappelons que l'on a alors 0"11=0 11o\j,- 1 (0'11) (3.5.5); donc si 0' 11 et 011
sont des homomorphismes injectifs (resp. surjectifs), il en est de même
de 0"11, compte tenu du fait que \\Txo(p est un isomorphisme pour
88),i,<x>
tout xEX (3.7.2). On vérifie aussitôt, grâce à ce qui précède, que lors-
que \j, est une application continue injective et 011 un homomorphisme
surjectif de faisceaux d'anneaux, le morphisme (\j,,0) est un mono-
morphisme (T, 1.1) dans la catégorie des espaces annelés.
Par abus de langage, on remplacera souvent \j, par 'P dans les nota-
tions, par exemple en écrivant q,- 1 (U) au lieu de \j,- 1 (U) pour une
partie U de Y, lorsque cela ne risquera pas d'entrainer confusion.
(4.1.2) Pour toute partie M de X, le couple (M,djM) est évidem-
ment un espace annelé, dit induit sur M par l'espace annelé (X,d) (et
appelé encore la restriction de (X,d) à M). Sij est l'injection canonique
M - X et ro l'application identique de dl M, (j, ro') est un monomor-
phisme (M,dj M)- (X,d) d'espaces annelés, appelé l'injection canoni-
que. Le composé d'un morphisme 'P: (X,d)- (Y, 86') et de cette injec-
tion est appelé la restriction de 'P à M et se note 'P jM.
(4.1.3) Nous ne reviendrons pas sur la définition des Sil-Modules
sur un espace annelé (X,d) (G, II, 2.2); lorsque d est un faisceau d'an-
neaux non nécessairement commutatifs, par d-Module, il faudra tou-
jours sous-entendre «d-Module à gauche» sauf mention expresse du
contraire. Les sous-d -Modules de d seront qualifiés de faisceaux
d'idéaux (à gauche, à droite ou bilatères) dans d ou de d-Idéaux.
Lorsque d est un faisceau d'anneaux commutatifs, et que, dans la
définition des d-Modules, on remplace partout la structure .de module
§ 4. Espaces annelés 89
par celle d'algèbre, on obtient la définition d'une d-Algèbre sur X. Il
revient au même de dire qu'une d-Algèbre (non nécessairement com-
mutative) est und-Module~. muni d'un homomorphisme de d-Mo-
dules <p:~®..,~-~ (cf. G, II, 2.8) et d'une section eau-dessus de X,
tels que: 1° le diagramme
~®..,~®..,~ ~ ~®..,~
soit commutatif; 2° pour tout ouvert U c X et toute section sEr(U,~),
on ait <p((ejU)®s) = cp(s®(ejU))=s. Dire que~ est une d-algèbre
commutative revient en outre à dire que le dill;gramme
~®..,~ ~ ~®..,~
est commutatif, cr désignant la symétrie canonique du produit tensoriel
~ ®..,<6'.
Les homomorphismes de d-Algèbres se définissent aussi comme les
homomorphismes de d-Modules dans (G, II, 2.2), mais naturellement
ne forment plus un groupe.
Si .,,Il est un sous-d-Module d'une d-Algèbre ~, la sous-d-Algèbre
de ~ engendrée par .,,Il est la somme des images des homomorphismes
®" .,,Il - ~ (pour les n ~ 0). C'est aussi le faisceau associé au préfaisceau
U - .@(U) d'algèbres, .@(U) étant la sous-algèbre de r(U, ~) engendrée
par le sous-module r(U,.,,1/).
(4.1.4) On dit qu'un faisceau d'anneaux d sur un espace topolo-
gique X est réduit (resp. intègre) en un point x de X si la fibre dx est un
anneau réduit (resp. intègre) (cf. Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 2, n°6,
déf. 5); on dit que d est réduit s'il est réduit en tout point de X. Rappe-
lons qu'un anneau A est dit régulier si chacun des anneaux locaux AP
(où p parcourt l'ensemble des idéaux premiers de A) est un anneau
local régulier (cf. [0fv, 17.1.2]); nous dirons qu'un faisceau d'anneaux d
sur X est régulier en un point x (resp. régulier) si la fibre dx est un anneau
régulier (resp. si d est régulier en tout point). Enfin, nous dirons qu'un
faisceau d'anneaux d sur X est normal en un point x (resp. normal) si sa
fibre dx est un anneau intègre et intégralement clos (resp. si d est normal
90 O. Préliminaires
en tout point). Nous dirons qu'un espace annelé (X,d) est réduit (resp.
normal, régulier) si le faisceau d'anneaux da cette propriété (1).
Un faisceau d'anneaux gradués d est par définition un faisceau d'an-
neaux qui est somme directe (G, II, 2.7) d'une famille (d..)nez de fais-
ceaux de groupes commutatifs avec les conditions dmdncdm+n; un
d-Module gradué est un d-Module ff somme directe d'une famille
(ffn)nez de faisceaux de groupes commutatifs, satisfaisant aux con-
ditions dmff.. c ffm+n· Il revient d'ailleurs au même de dire que l'on a
(dm)x(d,,)x c (dm+n)x (resp. (dm)x(ff,,)x c (ffm+n)x) en tout point x.
(4.1.5) Étant donné un espace annelé (X,d) (non nécessairement
commutativement annelé), nous ne rappellerons pas ici les définitions
des bifoncteurs ff ®.,/§, J't'om.,,.,(ff,~)et Hom.,,.,(ff,~) (G, II, 2.8 et 2.2)
dans les catégories des d-Modules à gauche ou à droite (selon les cas),
à valeurs dans la catégorie des faisceaux de groupes commutatifs (ou plus
généralement des ~-Modules, si~ est le centre de d). La fibre (ff ®,,,., ~)x
en tout point xEX s'identifie canoniquement à ~®.,,.,x~x et on définit un
homomorphisme canonique fonctoriel (J't'om.,,.,(ff, ~)) x ....-➔ Hom.<1,(.~.<fi,)
qui, en général, n'est ni injectif ni surjectif. Les bifoncteurs considérés
ci-dessus sont additifs et, en particulier, commutent aux sommes directes
finies; ff ®.,,.,~ est exact à droite en ff et en~, commute aux limites
inductives, et d ®.,,.,~ (resp. ff ®.,,.,d) s'identifie canoniquement à~
(resp. ff). La foncteurs J't'om.,,.,(ff,~) et Hom.,,.,(ff,~) sont exacts â
gauche en ff et~; de façon précise, si on a une suite exacte de la forme
0 ....-➔ ~, ....-➔ ~ ....-➔ ~,,, la suite
est exacte, et si on a une suite exacte de la forme ff' ....-➔ ff ....-➔ ff" ....-➔ o. la
suite
0 ....-➔ J't'om.,,.,(ff",
~) ....-➔ J't'om.,,.,(ff,
~) ....-➔ J't'om.,,.,(ff',~)
est exacte, avec des propriétés analogues pour le foncteur Hom. En
outre, J't'om.,,.,(d,~) s'identifie canoniquement à ~; enfin, pour tout
ouvert U c X, on a
r(U,J't'om.,,.,(ff,~))=Hom.,,.,1u(fflU, ~IU).
Pour tout d-Module à gauche ff (resp. à droite), on appelle dual
de ff et on note ff le d-Module à droite (resp. à gauche) J't'om.,,.,(ff,d).
Enfin, si d est un faisceau d'anneaux commutatifs, ff und-Module,
u- 1\Pr(U,ff) est un préfaisceau dont le faisceau associé est un d-
0 > Nous ne donnons pas de définition «globale» d'«espace annelé intègre»;
pour les schémas,la définition de «schéma intègre» n'est pas analogue aux précé-
dentes (cf. I, 2.1.8).
§ 4. Espaces annelés 91
Module qui se note /\ P ff et s'appelle la puissance extérieure p-ème de ff;
on vérifie aisément que l'application canonique du préfaisceau
u- A Pr(U,ff) dans le faisceau associé /\ P ff est injective, et que pour
tout xEX, on a ( /\ Pff)x= /\ P(ffx). Il est clair que A Pff est un fonc-
teur covariant en ff.
(4.1.6) Supposons que d soit un faisceau d'anneaux non néces-
sairement commutatifs, J un Idéal à gauche de d, ff und-Module à
gauche; on note alors [Link]' le sous-d-Module de ff, image de f ®zff
(où Z est le faisceau associé au préfaisceau constant U - Z) par l'ap-
plication canonique J ®zff---➔ :?; il est clair que pour tout xEX, on
a. (/ ff)x = fxff,,· Lorsque d est commutatif, J ff est aussi l'image
canonique de f ®"' ff ....-➔ ff. Il est immédiat que f ff est aussi le d-
Module associé au préfaisceau u-r(U,f) r(U,ff). Si / 1 , / 2 sont
deux Idéaux à gauche de d, on a / 1 (/ 2 .'F) = (fi/ 2 )ff.
(4.1.7) Soit (Xi.,[Link] une famille d'espaces annelés; pour tout
couple (À,µ), supposons donnée une partie ouverte Yi.µde Xi., et un iso-
morphisme d'espaces annelés <pi.µ:(Yµi.,dµJYµJ ~ (Yi.µ,[Link].µ), avec
Yi.i.=Xi., <i>i.i.
étant l'identité. Supposons de plus que, pour tout triplet
(À,µ,v), si on désigne par <p~i. à Yi.µn Yi.v,<p~i.
la restriction de <i>µi. soit un
isomorphisme de (Yi.µn Yi.v,di-1(Yi.µn Yi.J) sur (Yµvn Yµi.,dµJ (Yµvn YµJ)
et que l'on ait <p~v = <p~µo <p~v(condition de recollement pour les <i>i.µ).
On peut tout d'abord considérer alors l'espace topologique obtenu par
recollement (au moyen des <pi.µ) des Xi. le long des Yi.µ;si l'on identifie Xi.
à la partie ouverte X~ correspondante dans X, les hypothèses entraînent
que les trois ensembles Yi.µn Yi.v, Yµvn Yµi., Yvi.n Yvµ s'identifient à
X~n X~ n X~. On peut alors transporter à X~ la structure d'espace
annelé de Xi., et si d~ est le faisceau d'anneaux transporté de di_, les d~
vérifient la,-condition de recollement (3.3.1)et définissent donc un faisceau
d'anneaux·d sur X; on dit que (X,d) est l'espace annelé obtenu par
recollement des (Xi.,di.) le long des Yi.µ,au moyen des <i>i.w
(4.1.8) Soit (X,@,.) un espace annelé tnon nécessairement com-
mutativement annelé). Pour qu'une section sEr(U,@x) au-dessus d'un
ouvert U de X soit inversible, il faut et il suffit que pour tout recouvre-
ment ouvert (UJ de U par des ouverts de U, la restriction des à U"'
soit inversible dans r(U "''C9x),en vertu de l'unicité de l'inverse dans un
anneau; il y a donc un sous1aisceau de groupes multiplicatifs 0{ de C9x
tel que, pour tout ouvert U de X, r(U,0{) soit le groupe des éléments
inversibles de l'anneau r(U,C9x). Pour tout xEX, la fibre (0{)x de ce
faisceau est l'ensemble des éléments inversibles de l'anneau @x,x, car si
sxEC9x,xadmet un inverse tx dans cet anneau, sx et tx sont les germes
de deux sections s, t de C9xau-dessus d'un voisinage ouvert Y de x, et la
relation (s t)x = 1x entraîne s t IW = 1 pour un voisinage W c Y de x.
92 O. Préliminaires
Par contre, avec les mêmes notations, si s est un élément régulier
de r(U, @x) et V un ouvert contenu dans U, s IV n'est pas nécessaire-
ment régulier dans r(V, @x),car si (s IV) t = 0 pour une section t Er(V, l'!!x),
t ne se prolonge pas nécessairement en une section au-dessus de U.
Nous noterons Y'(@x) le préfaisceau d'ensembles tel que Y'(@x)(U),
pour tout ouvert U de X, soit l'ensemble des sections sEr(U,@x) dont
la restriction à tout ouvert V c U est un élément régulier de l'anneau
r(V,@x); il est clair que Y'(@x) est un faisceau. Il revient au même de
dire que pour tout ouvert V c U, les applications t- t(s IV) et t- (s IV)t
de r(V, @x) dans lui-même sont injectives; par l'exactitude du fonc-
teur lim dans la catégorie des modules, on en déduit que pour tout
xEU,k germe sx est régulier dans l'!!x,x;inversement, s'il en est ainsi
pour tout xEU, il ne peut exister de section t#0 dans un r(V,@x)
pour un V c U telle que (s IV) t = 0 ou t(s IV)= 0, car on en déduirait
Sxtx=0 ou txsx=0 pour tout xEV et par hypothèse tx#0 pour un
au moins de ces points, ce qui est absurde. On peut dire que Y'(0x) est
le faisceau d'ensembles défini par la condition que r(U, .5/'(@x))est
l'ensemble des sections de r(U,@x) dont le germe en tout point xEU
est régulier.
On aura soin de noter que la fibre (Y'(l'!Jx))x,qui est contenue dans
l'ensemble des éléments réguliers de l'!!x,x,n'est pas toujours égale à cet
ensemble.
(4.1.9) On appelle espace localement annelé un espace commuta-
tivement annelé (X,@x) tel que, pour tout xEX, l'!!x,xsoit un anneau
local (cf. Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 3, n° 1). Nous désignerons
par mx l'idéal maximal de l'!!x,x,par K(x) = l'![Link] corps résiduel.
Pour tout @x-Module ff, tout ouvert U de X, tout point xE U et toute
section fEr(U,ff), nous désignerons par f(x)EK(x) la classe du
germe fxEffx modulo mxffx, et nous dirons que c'est la valeur de f au
point x. La relation f(x)=0 signifie donc que fxEmxffx; on aura
soin de ne pas confondre cette relation avec fx =0x. On note parfois
U1 l'ensemble des xEU tels que f(x)#0 (autrement dit, fxef:mxffx).
Onnoteraquesi fEr(X,ff), l'ensembleX 1 estcontenudans Supp(ff).
Proposition (4.1.10) Soient (X,@x) un espace localement annelé, ff,
<§deux 0x_-[Link] tout xEX, (ff®0.,c <§)Jmx(ff ®0.x:<st s'identi-
fie canoniquement â (ffxfmxffx) ®K(x> (<§Jmx<§x).Si s (resp. t) est une
section de ff (resp. <§)au-dessus de X, (s®t)(x) s'identifie à s(x)®t(x),
et on a
([Link])
En effet (ff ®@x<st= ffx ®@x<§x, et (ffx ®@x<§X)
<8)19J0xfmx)est
canoniquement isomorphe à (ffxfmxffx) ® 19x(<5xfmx<§x), donc à
§ 4. Espaces annelés 93
(ffxfmxffx)®@x/m)~xfmx~x); la relation ([Link]) résulte alors de ce
que dans un produit tensoriel d'espaces vectoriels, un produit a® b de
deux vecteurs ne peut être nul que si l'un d'eux l'est.
Proposition (4.1.11) Soit (X,@x) un espace localement annelé. L'en-
semble des idempotents de l'anneau r(X, @x) est en correspondance bi-
univoque canonique avec l'ensemble des parties à la fois ouvertes et fer-
mées de X. En particulier, pour que X soit connexe, il faut et il suffit que
r(X,@x) n'ait pas d'autre élément idempotent que 0 et 1 ( ou encore ne
soit pas le produit de deux anneaux non réduits à 0).
Soit U une partie à la fois ouverte et fermée de X; il lui correspond
la section s Er(X,@x) telle que s IV= 1 pour tout ouvert V c U et s IV= 0
pour tout ouvert V c X - U; ces ouverts formant par hypothèse une
base de la topologie de X, on définit bien ainsi une section s = eu de
@x au-dessus de X, qui est un idempotent de r(X,@x). Inversement,
si s est un tel idempotent, pour tout xEX, sx est un idempotent dans
@x,x, donc égal à 0x ou à lx puisque @x,x est un anneau local. Mais il
est clair que l'ensemble U des xEX tels que sx= lx est ouvert, et il
en est de même de l'ensemble X- U des xEX tels que sx=0x, donc
U est à la fois ouvert et fermé et l'on a s=eu.
On notera qu'on a euev=eunv pour deux ensembles ouverts et
fermés U, V.
(4.1.12) On appelle morphisme d'espaces localement annelés un
morphisme f =(\\1,0): (X,@x)-(Y,(!)v), où (X,@x) et (Y,@v)sont locale-
ment annelés et où, de plus, pour tout xEX, l'homomorphisme
0! :@y,,i,<x>-@x,x (4.1.1) est local (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 3,
n° 1). Avec cette définition, il est clair que les espaces localement annelés
forment une sous-catégorie non pleine de celle des espaces annelés.
Proposition(4.1.13) Soient f:X-Y un morphisme d'espaces lo-
calement annelés, x un point de X, y= j(x). Pour tout @y-M adule ~,
(f*(~))xfmx(f*(~))x s'identifie canoniquement à (~y/my~y) ®"<Y> K(x). Si
test une section de~ au-dessus de Y, s= p~(t) la section correspondante
de f*(~) au-dessus de X (4.4.3), s(x) s'identifie à t(y) (8) 1 et on a
([Link])
On a en effet (4.3.1) (f*(~))x = ~y® 19(!)x, donc (f*(~))x® 19
J(!)xfmx)
s'identifie à ~Y<8)19 y K(x); comme l'hom~morphisme (!)Y- (!)x est lo-
cal par hypothèse, my annule K(x) et ~Y <8)19 y K(x) est isomorphe à
(~/my~y)®"<Y>K(x); la dernière assertion résulte de ce que la relation
t(y) (8) 1 = 0 équivaut à t(y) = O. *
94 O. Préliminaires
4.2. Image directe d'un d-Module
(4.2.1) Soient (X,d), (Y,86') deux espaces annelés, 'P =(\\1,0) un
morphisme (X,d)-(Y, 86');\j,*(d) est donc un faisceau d'anneaux sur
Y, et 0 un homomorphisme 86'-\\T*(d) de faisceaux d'anneaux. Soit
alors ff un d-Module; son image directe \j,*(ff) est un faisceau de
groupes commutatifs sur Y. En outre, pour tout ouvert U c Y,
r(U, \j,*(ff)) = r(\j,- 1 (U),ff)
est muni d'une structure de module par rapport à l'anneau r(U,\j,*(d))
= r(\\1- 1 (U), d); les applications bilinéaires qui définissent ces struc-
tures étant compatibles avec les opérations de restriction, définissent
sur. \j,*(ff) une structure de \j,*(d)-Module. L'homomorphisme
0: 86~ \\1 *(d) permet alors de définir aussi sur \j,*(ff) une structure de
86'-Module; nous dirons que ce 86'-Module est l'image directe de ff par
le morphisme 'P, et nous le noterons 'P*(ff). Si ffi, ffz sont deux
d-Modules sur X et u Uij d-homomorphisme ffi -ffz, il est immédiat
(en considérant les sections au-dessus des ouverts de Y) que \j,*(u) est
un \j,*($')-homomorphisme \j,*(ffi) - \j,*(ffz), et a fortiori un 86'-homo-
morphisme 'P*(ffi) - 'P*(ffz); en tant que .@-homomorphisme, nous
le noterons 'P *(u). On voit donc que 'P * est un foncteur covariant de la
catégorie des d-Modules dans celle des 86'-Modules. En outre, il est
immédiat que ce foncteur est exact à gauche (G, II, 2.12).
Sur \j,*(d), la structure de 86'-Module et la structure de faisceau
d'anneaux définissent une structure de 86'-Algèbre; on notera 'P *(d)
cette 86'-Algèbre.
(4.2.2) Soient .,.1/,.;V deux d-Modules. Pour tout ouvert U de Y,
on a une application canonique
r(\\1- 1 (U), ..i) x r(\\1- 1 (U), X) - r(\\1- 1 (U), .,.If®.,,.,%)
qui est bilinéaire sur l'anneau r(\j,- 1 (U),d) = r(U,\j,*(d)), et a fortiori
sur r(U,86'); elle définit donc un homomorphisme
et comme on vérifie aussitôt que ces homomorphismes sont compatibles
avec les opérations de restriction, ils donnent un homomorphisme
canonique fonctoriel de 86'-Modules
([Link])
qui ne sera en général ni injectif ni surjectif. Si&>est un troisième d-Mo-
dule, on vérifie aussitôt que le diagramme
§ 4. Espaces annelés 95
q, *(..,,//)(8)88 q, *(&') ----➔ q, *(..,,//®..,%) (8)88
q, *(%) (8)88 q, *(&')
([Link]) l l
q, *(% ®..,&') ~ q, *(..,,//®..,% ®..,&')
q, *(..,,//)(8)88
est commutatif.
(4.2.3) Soient ..i, .;V deux d-Modules. Pour tout ouvert U c Y,
on a par définition r(\j,- 1 (U), J't'om..,(..i,%))=Hom.., 1v(..ijV, A'JV),
où on a posé pour alléger V= \j,- 1 (U); l'application u - 'P*(u) est un
homomorphisme
Hom.., 1v(..ijV, JVJV) .....-➔ Hom 881
u('P *1,A)IU, 'P*(JV)JU)
pour les structures de r(U, 86')-modules; ces homomorphismes étant
compatibles aux opérations de restriction définissent donc un homo-
morphisme canonique fonctoriel de 86'-Modules
([Link]) 'P*(J't'om..,(..i,JV)).....-➔ J't'om88('P*(..i), 'P*(%)).
(4.2.4) Si~ est une d-Algèbre, l'homomorphisme composé
q, *(~)----➔ q, *(~ ®..,~) ----➔ q, *(~)
q, *(~) (8)88
définit sur 'P *(~) une structure de 86'-Algèbre, comme il résulte de
([Link]). On voit de même que si ..i est un ~-Module, 'P *(..i) est muni
canoniquement d'une structure de 'P *(~)-Module.
(4.2.5) Considérons en particulier le cas où X est un sous-espace fer-
mé de Y et où \j, est l'injection canonique J:X.....-➔ Y. Si 86''=86'JX= F 1 (86')
est la restriction du faisceau d'anneaux 86'à X, un d-Module ..i peut
être considéré comme .@'-Module au moyen de l'homomorphisme
0 11 :.@'.....-➔ d;'P*(..i) est alors le 86'-Module qui induit ..i sur X et 0
ailleurs. Si .;V est un second d-Module, 'P*(..i) (8)88'P*(%) s'identifie
donc à 'P*(..,,//(8)88,%) et J't'om88('P*(..i),'P*(JV)) à 'P*(J't'om88,(..i,%)).
(4.2.6) Soient (Z, ~) un troisième espace annelé, 'P' = (\\!',0') un
morphisme (Y, 86').....-➔ (Z, ~); si 'P" est le morphisme composé 'P' o 'P, il
est clair que l'on a 'P; = 'P~o 'P *.
(4.2.7) Soit (S, 0s) un espace annelé et soit f: (X, 0x)----➔ (S, 0s) un
morphisme d'espaces annelés. Lorsque l'on fixe S, on note encore d(X)
(si aucune confusion n'en résulte), l'image directe f*(@x), qui est une
CDs-Algèbre (4.2.4); pour tout ouvert U de S, on a d(f- 1 (U)) = d(X)j U.
De même, pour tout <Px-Moduleff (resp. toute CVx-Algèbre86),on écrit
d(ff) (resp. d(86')) l'image directe f*(ff) (resp. f*(86')), qui est un
d(X)-Module (resp. une d(X)-Algèbre) et non seulement un 0s-Module
(resp. une 0s-Algèbre).
96 O. Préliminaires
On peut définir d(X) comme un foncteur contravariant en X, de la
catégorie des S-espaces annelés (1.1.10)dans la catégorie des (IJg-Algèbres.
En effet, considérons deux morphismes f: X.....-➔ S, g: Y.....-➔ S et soit
h: X....-➔ Y un S-morphisme, de sorte que le diagramme
X ~ y
s
est commutatif. On a par définition h =(\j,,0), où 0: 0y.....-➔ h*(@x)=\j,*(@x)
est un homomorphisme de faisceaux d'anneaux; on en déduit (4.2.2) un
homomorphisme de 08-Algèbres g*(0):g*(0y).....-➔ g*(h*(@x))=f*(@x), au-
trement dit, un homomorphisme de (98-Algèbres d(Y) .....-➔ d(X), que
nous noterons d(h). Si h': Y.....-➔ Z est un second S-morphisme, on a
d(h'oh)=d(h)od(h'), ce qui achève notre définition du foncteur
X>--+d(X).
(4.2.8) Soient maintenant ff un 0x•Module, <§ un 0y-Mo-
dule, et u: <§.....-➔ h*(ff) un homomorphisme de 0y-Modules. Alors
g*(u):g*(<§).....-➔ g*(h*(ff))=f*(ff) est un homomorphisme d(<§).....-➔ d(ff)
de (98-Modules, que nous noterons d(u); en outre, le couple (d(h),d(u))
constitue un di-homomorphisme du d(Y)-Module d(<§) dans le d(X)-
Module d(ff). L'espace annelé S étant fixé, on peut considérer les
couples (X,ff), où X est un S-espace annelé et ff un @x-Module,comme
formant une catégorie, en définissant un morphisme (X, ff) .....-➔ (Y,~)
comme uncouple(h,u), où h: X....-➔ Y est un S-morphismeet u: <§.....-➔ h*(ff)
un homomorphisme de 0y-Modules. On peut alors dire que
(X,ff) >--+ (d(X),d(F)) est un foncteur contravariant de la catégorie pré-
cédente, à valeurs dans la catégorie dont les objets sont les couples
formés d'une (98-Algèbre et d'un Module sur cette Algèbre, et les mor-
phismes sont les di-homomorphismes.
4.3. Image réciproque d'un 86'-Module
(4.3.1) Les hypothèses et notations étant celles de (4.2.1), soient <§
un 86'-Module et \j,- 1 (<§) son image réciproque (3.7.1), qui est donc un
faisceau de groupes commutatifs sur X. La définition des sections de
\j,- 1 (<§) et de \j,- 1 (86') (3.7.1) montre que \j,- 1 (<§) est canoniquement
muni d'une structure de \j,- 1 (86')-Module.D'autre part, l'homomorphisme
011: \j,- 1 (86').....-➔ d munit d d'une structure de \j,- 1 (86')-Module,que nous
noterons ~ 81 lorsqu'il y a lieu d'éviter des confusions; le produit ten-
soriel \j,- 1 (<s)&i,-1œ.1>dcei est alors muni d'une structure de d-Module.
Nous dirons que ce d-Module est l'image réciproque de <§par le mor-
phisme 'P et nous le noterons 'P*(<§). Si <§1 , <§ 2 sont deux .@-Modules
§ 4. Espaces annelés 97
sur Y, v un .@-homomorphisme <§1 --➔ <§2 , \j,- 1(v), comme on le vérifie
aussitôt, est un \j,- 1(.@)-homomorphisme de \j,- 1(<§1) dans \j,- 1(<§2);
par suite \j,- 1(v) (8) 1.,,.,est un $'-homomorphisme 'P*("S1 )--➔ 'P*("S2),
que nous noterons 'P*(v). On a donc défini 'P* comme un foncteur
covariant de la catégorie des 86'-Modules dans celle des d-Modules. Ici,
ce foncteur (contrairement à \j,- 1) n'est plus exact en général, mais seule-
ment exact à droite, la tensorisation par d étant tin foncteur exact à
droite dans Ja catégorie des \j,- 1(86')-Modules. Nous verrons un peu
plus loin (4.4) que <§ ......'P*(<§) est l'adjoint à gauche du foncteur
ff ......q, *(ff).
Pour tout xEX, on a ('l"*("S))x="S,i,(x) ®BB+cx)dx, en vertu de (3.7.2).
Le support de 'P*("S) est donc contenu dans \j,- 1(Supp~)-
(4.3.2) Soit ("Si.) un système inductif de 86'-Modules, et soit
<§= lim "[Link] limite inductive. Les homomorphismes canoniques "Si.......➔ <§
défi~ent des \j,- 1(86')-homomorphismes \j,- 1 ("Si.)--➔ \j,- 1 ("S), qui don-
nent un homomorphisme canonique lim \j,- 1("Si.)......➔ \j,- 1(<§). Comme la
fibre en un point d'une limite inductive ë1tfaisceaux est la limite inductive
des fibres au même point (G, II, 1.11), l'homomorphisme canonique
précédent est bijectif (3.7.2). En outre, le produit tensoriel commute aux
limites inductives de faisceaux de modules, et on a donc un isomorphisme
canonique fonctoriel
lim 'P*("Si.)~'P*(lim "Si.)
de d-Modules. - -
D'autre part, pour une somme directe finie EB~;
i
de .@-Modules, il
1
est clair que \j,- ~<§ ) = EJ3\\T- 1 ("S;),donc, par produit tensoriel avec
1
~8],
([Link])
Par passage à la limite inductive, on en déduit, en vertu de ce qui pré-
cède, que l'égalité précédente est encore vraie pour une somme directe
quelconque.
(4.3.3) Soient "S1, <§2 deux .@-Modules; de la définition des images
réciproques de faisceaux de groupes commutatifs (3.7.1), on déduit
aussitôt un homomorphisme canonique
\V-1("§1)(8},i,-'(BB)\V-1("§2)--➔ \V-1("§1 (8)88"S2)
1
de \j,- (86')-Modules, et la fibre en un point d'un produit tensoriel de
faisceaux étant le produit tensoriel des fibres en ce point (G, II, 2.8), on
déduit de (3.7.2) que l'homomorphisme précédent est en fait un iso-
morphisme. Par produit tensoriel avec d, on en déduit un isomorphisme
canonique fonctoriel
([Link])
98 O. Préliminaires
(4.3.4) Soit~ une 86'-Algèbre;la donnée de la structure d'Algèbre
sur~ revient à la donnée d'un 86'-homomorphisme ~ (8)88~ ----➔~ satis-
faisant aux conditions d'associativité et de commutativité (conditions
qui se vérifient sur chaque fibre); l'isomorphisme ([Link]) permet de
transporter cet homomorphisme en un homomorphisme de d-Modules
'P*(~) ®..,'P*(~)----➔ 'P*(~) satisfaisant aux mêmes conditions, donc
'P*(~) est ainsi muni d'une structure de d-Algèbre. En particu-
lier, il résulte aussitôt des définitions que la d-Algèbre 'P*(.@) est
égale à d (à un isomorphisme canonique près). Si ~ 1 , ~ 2 sont deux
86'-Algèbres, v: ~ 1 ----➔~2 un homomorphisme de 86'-Algèbres, alors
'P*(v): 'P*(~ 1 ) .....-➔ 'P*(~ 2 ) est un homomorphisme de d-Algèbres.
De même, si .,,Il est un ~-Module, la donnée de cette structure de
Module revient à celle d'un 86'-homomorphisme ~ (8)88 .,,1/.....-➔ .,,Il vérifiant
la condition d'associativité; d'où par transport une structure de
'P*(~)-Module sur 'P*(.,,11).
(4.3.5) Soit f un faisceau d'idéaux de 86';comme le foncteur \j,- 1 est
exact, le \j,- 1 (86')-Module\j,- 1 (f) s'identifie canoniquement à un faisceau
d'idéaux de \j,- 1 (86');l'injection canonique \j,- 1 (f).....-➔ \j,- 1 (86') donne alors
un homomorphisme de d-Modules 'P*(f) = \j,- 1 (f)~-1< 88>dc 81 .....-➔ d;
nous noterons 'P*(f)d, ou f d si aucune confusion n'est à
craindre, l'image de 'P*(f) par cet homomorphisme. On a donc
par définition ,/ .s# = 011(\j,- 1 (f)) d et en particulier, pour tout
xEX, (f d)x=0!(f,i,<x>)dx, en tenant compte de l'identification cano-
nique des fibres de \j,- 1 (f) et de celles de f (3.7.2).Si fi, f 2 sont deux
idéaux de 86',on a (fi f 2)d = f 1V2d) = [Link])(f 2 d).
Si ff est und-Module, on posera /Y7 = (j'.Q{).?fr.
(4.3.6) Soient (Z,~) un troisième espace annelé, 'P'=(\j,',0') un
morphisme (Y,86').....-➔ (Z,~); si 'P" est le morphisme composé 'P'o'P, il
résulte de la définition (4.3.1) et de ([Link]) que l'on a 'P"*= 'P*o 'P'*.
Remarque (4.3.7) Sur tout espace topologique X, on peut définir un
faisceau d'anneaux canonique Zx, savoir le faisceau simple associé au
préfaisceau constant U ......Z. Il est clair alors que les faisceaux de
groupes commutatifs sur X s'identifient aux Zx-Modules sur l'espace
annelé (X,Zx), et on peut en particulier considérer le produit tensoriel
ff (8)7.,_I'§ de faisceaux de groupes commutatifs ff, I'§ sur X. Si \j,: X....-➔ Y
est une application continue, pour tout ouvert V de Y, on a un homo-
morphisme canonique d'anneaux Z .....-➔ r(\j,- 1 (V),Zx), et ces homomor-
phismes définissent un homomorphisme de faisceaux d'anneaux sur Y,
0: Zv----➔ \j,*(Zx); on associe donc canoniquement à \j, un morphisme d'es-
paces annelés f = (\j,,0):(X,Zx)----➔ (Y,Zv)- Si ff est un faisceau de groupes
commutatifs sur Y, f*(ff) s'identifie canoniquement à \j,- 1 (/F); si ff,<'§
§ 4. Espaces annelés 99
sont deux faisceaux de groupes commutatifs sur Y, on a donc (4.3.3) à
isomorphisme canonique près, \j,- 1 (ff ®zv ~) = \j,- 1 (ff) ®zx \j,- 1 (~).
On en déduit que si \j, est un quasi-homéomorphisme (2.6.2), \j,- 1 est
non seulement une équivalence de la catégorie des faisceaux de grou-
pes commutatifs sur Y et de la catégorie des faisceaux de groupes
commutatifs sur X (3.8.1), mais aussi une équivalence de la catégorie
des faisceaux d'anneaux sur Y, et de la catégorie des faisceaux d'anneaux
sur X; la donnée d'une structure d'espace annelé sur Y est donc équi-
valente à celle d'une structure d'espace annelé sur X.
Etant donnés deux espaces annelés (X,@,.), (Y,0y), nous dirons
qu'un morphisme d'espaces annelés f = (\\!,0): (X, @x)- (Y, 0v) est un
quasi-isomorphisme si \j, est un quasi-homéomorphisme de X dans Y
et 0: \j,- 1 ( 0v) - @x un isomorphisme de faisceaux d'anneaux; lorsqu'il
en est ainsi, l'espace annelé (X,@,.) est entièrement déterminé, à iso-
morphisme près, par (Y,0y), l'espace X et le quasi-homéomorphisme \j,
(que l'on peut prendre arbitraire).
Lorsque f est un quasi-isomorphisme d'espaces annelés, le foncteur
ff ......
f*(ff) est une équivalence de la catégorie des @y-Modules et de
celle des @,.-Modules, puisque f *(ff) s'identifie ici à \j,- 1 (ff). On en
conclut par exemple des isomorphismes de bi-â-foncteurs
De façon générale, on peut dire que les constructions usuelles de la
théorie des faisceaux et de l'algèbre homologique, faites sur l'espace
annelé Y ou l'espace annelé X, sont équivalentes.
4.4. Relations entre images directes et images réciproques
(4.4.1) Les hypothèses et notations étant celles de (4.2.1), soit~ un
86'-Module. Par définition, un homomorphisme u: ~-'P *(ff) de .@-Mo-
dules s'appelle encore un 'P-morphisme de ~ dans ff, ou simplement un
homomorphisme de~ dans ff et on l'écrit u:~-ff quand aucune con-
fusion n'en résulte. Se donner un tel homomorphisme revient à se
donner, pour tout couple (U, V) où U est un ouvert de X, V un ouvert
de Y, tels que \j,(U) c V, un homomorphisme uv,v: r(V, ~)-r(U,ff)
de r(V,86')-modules, r(U,ff) étant considéré comme r(V,86')-module au
moyen de l'homomorphisme d'anneaux 0u v: r(V, 86')- r(U, d); les
uu,v doivent en outre rendre commutatifs l~s diagrammes ([Link]). Il
suffit d'ailleurs pour définir u de se donner les uu, v lorsque U (resp. V)
parcourt une base m(resp. m')de la topologie de X (resp. Y) et de véri-
fier la commutativité de ([Link]) pour ces restrictions.
100 O. Préliminaires
(4.4.2) Sous les hypothèses de (4.2.1) et (4.2.6), soient J{' un ~-
Module, v: J{' .....-➔ 'P'*(~) un 'P'-morphisme; alors
w: y{' ~ 'P~(~) 'l',.(u) 'P~('P*(ff))
est un 'P"-morphisme que l'on appelle le composé de u et v.
(4.4.3) Nous allons maintenant voir que l'on peut définir un iso-
morphisme canonique de bifon_cteursen ff et ~
([Link])
que nous désignerons par v ...... vt (ou simplement v ...... v• si aucune con-
fusion n'est possible); nous noterons u ......ug, ou u ......u11, l'isomorphisme
réciproque. Cette définition est la suivante: en composant v :'l"*(~)----➔ ff
avec l'application canonique \j,- 1 (~) ...:-➔ 'P*(~); on obtient un homo-
morphisme de faisceaux de groupes v': \j,- 1 (~) .....-➔ ff, qui est aussi un
homomorphisme de \j,- 1 (86')-modules. On en déduit (3.7.1) un homo-
morphisme v'": ~ .....-➔ \j,*(ff) = 'P *(ff), qui est aussi un homomorphisme
de 86'-Modules comme on le vérifie sans peine; on prend vt = v'". De
même, de u: ~ .....-➔ 'P*(ff), qui est un homomorphisme de 86'-Modules,
on déduit (3.7.1) un homomorphisme u11: \j,- 1 (~)----➔ ff de \j,- 1 (86')-Mo-
dules, d'où par tensorisation avec d un homomorphisme de d-Modules
'P* (~) .....-➔ ff, que nous désignerons par ug. Il est immédiat de vérifier que
(u:)t = u et M)g = v, ainsi que le caractère fonctoriel en ff de l'isomor-
phisme v ...... vt. Le caractère fonctoriel en ~ de u ......ug s'en déduit alors
formellement (1.5.2) et on voit donc que ~ ......'P*(~) est le foncteur
adjoint à gauche de ff ...... 'P*(ff).
Si on prend pour v l'homomorphisme identique de 'P*(~), vt est
un homomorphisme
([Link])
si on prend pour u l'homomorphisme identique de 'P*(ff), ug est un
homomorphisme
([Link])
ces homomorphismes seront dits canoniques. Ils ne sont en général ni
injectifs ni surjectifs. On a des factorisations canoniques analogues à
([Link])et ([Link]).
On notera que si s est une section de ~ au-dessus d'uri ouvert V de
Y, p~(s) est la section s' (8) 1 de 'P*(~) au-dessus de \j,- 1 (V), s' étant telle
que s'x=s,i,<x> pour tout XE\\T- 1(V); on dit encore que p~(s) est l'image
réciproque des par 'P. Notons aussi que si u: ~ ......\j,*(ff) est un homo-
morphisme, il définit pour tout xEX un homomorphisme ux:~,i,<x>----➔ ff.:
sur les fibres, obtenu en composant (u 11 )x:('P*(~))x----➔ ff.: et l'homomor-
§ 4. Espaces annelés 101
phisme canonique Sx>--+sx®l de ~,i,(x)dans ('P*(~))x=~,i,(x)®88•cx)dX.
L'homomorphisme ux s'obtient aussi par passage à la limite inductive
à partir des homomorphismes r(V,~) ~ r(\j,- 1 (V),ff)-ffx, où V
parcourt les voisinages de \j,(x).
(4.4.4) Soient ${, ffz des d-Modules, ~ 1 , ~ 2 des 86'-Modules,
u; (i = 1, 2) un homomorphisme de ~; dans ff;. Nous désignerons
par u 1 (8)u2 l'homomorphisme u: ~ 1 ®88 ~ 2 - ${ ®"'ffz tel que
u 11= (u1) 11(8)(u2 ) 11 (compte tenu de ([Link])); on vérifie que u est aussi
le composé ~ 1 ®88 ~ 2 - 'P*(ffi) ®88 'P*(ffz)- 'P*(ffi ®"' ffz), où la pre-
mière flèche est le produit tensoriel ordinaire u1 (8)88u 2 et la seconde
l'homomorphisme canonique ([Link]).
(4.4.5) Soient (~ 1leL un système inductif de 86'-Modules, et, pour
tout ÀEL, soit ui. un homomorphisme ~i.- 'P *(ff), ces homomorphis-
-- -
mes formant un système inductif; posons ~ = lim ~i. et u = lim ui.; alors
les (ui.)11 forment un système inductif d'homomorphismes 'P*(~i.)-ff.
et la limite inductive de ce système n'est autre que u 11•
(4.4.6) Soient ..i,% deux 86'-Modules,V un ouvert de Y, U =\\T-1 (Vy;
l'application v ......
'P*(v) est un homomorphisme
Hom 881v(..i IV,% 1V) - Hom"'1u('P*(..i) 1U, 'P*(.;V)1U)
pour les structures de r(V,86')-module: Hom"' 1u('P*(..i)IU, 'P*(%)1U)
est normalement muni d'une structure de r(U, \j,- 1 (8d))-module,et grâce
à l'homomorphisme canonique (3.7.2) r(V,86')- r(U, \j,- 1 (86')),c'est donc
aussi un r(V,86')-module. On voit aussitôt que ces homomorphismes
sont compatibles avec les restrictions, et par suite définissent un homo-
morphisme canonique fonctoriel
y: J't'om88(..i,JV) - 'P*(J't'omd('P*(..i), 'P*(JV)));
il correspond par suite aussi à cet homomorphisme l'homomorphisme
y11: 'P*(J't'om88(..i,.#')) - J't'omd('P*(..i), 'l"*(.;V))
et ces homomorphismes canoniques sont fonctoriels en ..i et %.
(4.4.7) Supposons que ff (resp. ~) soit une d-Algèbre (resp. une
86'-Algèbre).Si u: ~-'P *(ff) est un homomorphisme de 86'-Algèbres,
u 11est un homomorphisme 'P*(~)-ff de d-Algèbres; cela résulte de
la commutativité du diagramme
~ ®88 ~ ------+ ~
l lu
102 O. Préliminaires
et de (4.4.4). De même, si v: 'P*(~)--d 7' est un homomorphisme de
d-Algèbres, v":~-'P*(ff) est un homomorphisme de 86'-Algèbres.
On a donc un isomorphisme canonique de bifoncteurs
([Link])
On peut aussi dire que ~ ......'P*(~) est adjoint à gauche du foncteur
'P*(ff) de la catégorie des d-Algèbres dans celle des 86'-Algèbres.
ff ......
(4.4.8) Avec les notations de (4.4.2), on vérifie que wll est l'homo-
morphisme
'P*('P'*(J't')) ~ 'P*(~) ~ ff.
4.5. Immersions ouvertes et morphismes représentables par des
immersions ouvertes
(4.5.1) Etant donné un espace annelé (X, 0x), _on appelle im-
mersion ouverte d'un espace annelé (Y,0v) dans (X,0x), un mor-
phisme f = (\\!,0) : (Y,0v) - (X, 0x), composé de l'injection canonique
(U,0xlU)-(X,0x) de l'espace annelé induit sur un ouvert U de X, et
d'un isomorphisme (Y, 0v) ➔ (U, 0xl U); c'est un monomorphisme. Il est
immédiat que tout isomorphisme d'espaces annelés est une immersion
ouverte et que la composée de deux immersions ouvertes est une im-
mersion ouverte.
(4.5.2) Montrons maintenant que si j: (Y, (Dy)- (X, 0x) est une
immersion ouverte et g : (Z, 0z)-(X, 0x) un morphisme quelconque
d'espaces annelés, alors, dans la catégorie des espaces annelés, le produit
fibré Y xx Z existe (pour les morphismes j et g), et la projection
j' = p 2 : Y x x z-z est une immersion ouverte. A un isomorphisme
près, on peut supposer que Y est un ouvert de X, 0y = 0xl Y, et j l'in-
jection canonique. Si g = ('V, 0), soit P l'ouvert \j,.....1
(Y) de Z; nous
allons voir que l'espace annelé (P,0p) induit par Z sur l'ouvert P de Z
est le produit fibré cherché lorsqu'on définit la projection p2 : P-Z
comme l'injection canonique, et la projection p1 : P-Y comme égale
au morphisme (\j,1 , 01 ), où \j,1 est la restriction de \j, à P, con-
sidérée comme application dans Y :::i \j,(P), et 0f la restriction de
0 11: 'V.....
1
(0x)-0z à l'ouvert P, \\Tï1 (0x) s'identifiant à \j,.....
1
(0x)IP (3.7.1).
Il est clair que l'on a gop 2 =ioPi. Pour montrer qu'on a bien ainsi
obtenu un produit fibré, considérons un espace annelé T et deux mor-
phismes u=(p,Cl): T-Y, V=(o-,~): T-Z, tels que jou = gov. Cette der-
nière relation montre d'abord que \j,(cr(T))c U, donc cr(T)c \j,..... 1
(U) = P;
§ 4. Espaces annelés 103
si l'on note -rl'application cr considérée comme application de T dans P,
on a alors -.- 1 (0p) = cr- 1 (0z); on définit donc un morphisme
w=(-r,y) :T-P en prenant y 11: -.- 1 (0p)-(9T égal à ~11, et il est clair que
ce morphisme est le seul tel que p 2 ow=v. Il reste à voir que Pi ow=u;
or il est clair que \j,1 o-r est égale à \j,ocr, donc à p; on a donc -.- 1 (\\1
1 1 (0y))
= cr- 1 (\j,- 1 (0x)) et y 11o0f est égal à ~1100 11, donc à cx11, ce qui achève
la démonstration.
(4.5.3) Les immersions ouvertes sont donc des morphismes de la
catégorie Esp. ann des espaces annelés, qui satisfont aux conditions de
(l.7.7) et on peut donc parler de morphismes fonctoriels F -G (où F
et G sont des foncteurs contravariants de Esp. ann dans Ens),qui sont
représentables par des immersions ouvertes. Il en est de même lorsqu'au
lieu de la catégorie Esp. ann, on considère la catégorie Esp. ann18, où S
est un espace annelé «base» (1.1.11).
Proposition (4.5.4) Soient S un espace annelé, F : (Esp. ann18)° - Ens
un foncteur contravariant, (F;);ei une famille de sous-foncteurs de F
(1.7.1). On suppose vérifiées les hypothèses suivantes:
(i) Chacun des morphismes fonctoriels canoniques u 1 : F;- F est re-
présentable par une immersion ouverte.
(ii) Pour tout S-espace annelé X, l'application U ......
F(U), où V par-
court l'ensemble des S-espaces annelés induits sur les ouverts de X, est un
faisceau d'ensembles.
(iii) Pour tout S-espace annelé Z et tout morphisme fonctoriel hz- F,
si Z; est le S-espace annelé représentant le foncteur F; xFhz (1.7.4) et U;
fimage dans Z de l'espace sous-jacent à Z; (image qui est un ouvert de
Z, puisque le morphisme Z;- Z est une immersion ouverte par (i)),
alors les U;forment un recouvrement de z.
(iv) Chaque foncteur F; est représentable par un S-espace annelé X;.
Dans ces conditions, F est représentable par un S-espace annelé X, et les
images des espaces sous-jacents aux X; par les morphismes X;-X (qui
sont des immersions ouvertes par (i)) f arment un recouvrement ouvert
de X.
Pour tout cou pie d'indices (i,j), posons F ij = F; x F Fj ( 1.7.2), de
sorte que Fij est un sous-foncteur de F; et de Fj et que l'on a un dia-
gramme commutatif de morphismes fonctoriels
!J ~ F;
F--
Uij l l
-
Ui
Fj Uj
F
104 O. Préliminaires
où uj 1 et uu sont, en vertu de (i) et de (1.7.7), représentables par des im-
mersions ouvertes .. En vertu de (iv), F; et Fj sont représentables res-
pectivement par des couples (X;,ç, 1), (Xj,ç, 1), où Ç;EF(X;), çjEF(X); on
déduit de (1.7.6) que Fu est représentable par un couple (Xij,I;,;) avec
çuE F(X;) et qu'il existe des immersions ouvertes uniques h: X,r-➔ X 1,
fij: Xij➔ X1 telles que uj;=h 1;,, uij=hfu et que, pour tout S-morphisme
V : Y ➔ Xij, on ait
(ujï(Y))(F(v)(ç;)) = F(fj;ov)(ç, 1),
([Link])
(uij(Y))(F(v) (I;,;))= F(fijo v) (ç,).
Notons U 11 (resp. U ij) le S-espac~ annelé induit par X; (resp. X) sur
l'ouvert image par h (resp. fij) de l'espace sous-jacent à Xij; on peut
écrire h = pj;o <pji (resp. fu = pijo <pij),où pjl: U ji ➔ X; (resp. pij: U ij➔ X)
est l'injection canonique, <pj;:Xij ~ Uj; (resp. <i>u:Xij ~ U 1) un iso-
morphisme; on posera Sj;=F(cpj/)(çij), su=F(<p;.:ï°1)(ç;J Si on pose
0ij=<p;io<p_/, 0u est un S-isomorphisme de Uj; sur U;j, et l'on a, en
vertu de ([Link]),
([Link])
Considérons maintenant un troisième indice k, et posons
Fiik = Fij xF,Fik = (F 1 xFF) xF,(F; xFFJ.
Alors Fijk est représentable par un couple (X 11k, Çijk) de sorte qu'on a
un carré cartésien
Xijk
- X;k
l 1/k,
xij
- J;,
X;
où toutes les flèches sont des immersions ouvertes; compte tenu de
(4.5.2), cela donne un isomorphisme <p;:Uj; n Uki ~ X;jk tel que si s;
est l'image commune de Sj; et Ski par les applications transformées par F
des injections canoniques Uj;n Uk; ➔ Uj; et Uj;n Uk; ➔ Uk; on ait
F(<p;)(ç,ijk)=s;-
En vertu de l'associativité du produit fibré de foncteurs, il y a des
isomorphismes fonctoriels canoniques de F;jk sur Fij xF 1 Fjk et F;k xFk Fjk;
identifiant ainsi ces deux derniers à Fijk, on en déduit comme ci-dessus
des isomorphismes <pj:Uijnukj~xijk• <pk:U;knujk~xijk et des élé-
ments s;EF(UunUk), SkEF(U;knUjk) tels que F(<p)(ç;jk)=sj,
F(<pk) (ç,ijk) =sk•
§ 4. Espaces annelés 105
Si alors % est la restriction de 0u à Uj; n Uki, 01k la restriction de
ejk à ukjn uij, e;k la restriction de eik à Uk;n uji, on a F(0;)(s) = Si,
F(0 1 s;
k)(Sk)= Sj,F(e;k)(Sk)= en vertu des défmitions de s;,
Sj,Sk, du dia-
gramme commutatif
0ij
u JI.. uij
î î
et des deux analogues.
Uj;nUki
-
Mais
0ij
on
Uijnukj
a aussi F( q>; 1 o q>1)(s) = s 1 ,
1 1
F(q>; oq>)(sk)=s 1, F(q>; oq>;)(sk)=s;; on en conclut que l'on a
011=q>1 1 oq>;, 0;k=q>; 1 oq>j, 01k=q>; 1 oq>1 (1.1.8), et par suite que 0ij,
01k et % sont des isomorphismes qui vérifient la condition de recollement
e;k = e1 ko%. On voit donc (4.1.7) qu'il existe un S-espace annelé X, un
recouvrement ouvert (Z;) de X et pour chaque i un S-isomorphisme
\j,1 :X;~Z;, tels que l'image de U 1; par \j,1 soit Z 1nZj et que l'on ait
0ij=(\j, 1 1 o\\T;)IUj;• En outre, si l'on pose F(\j, 1 1 )(1;,;)=ç, 1, et si
P;;: Z 1 n Zr---➔ Z 1, Ptj: Z 1 n Zr·--➔ Z 1 sont les injections canoniques, il ré-
sulte de ([Link]) que l'on a F(p 11)(ç;)= F(p 1)(ç, 1) quels que soient i, j.
Mais en vertu de la condition (ii), cela entraîne qu'il existe un élément
çEF(X) tel que si p;: Z 1 ----➔ X est l'injection canonique, on ait F(p 1)(ç)= ç,1
pour tout i.
Montrons enfin que le couple (X,ç) représente le foncteur F. Consi-
dérons donc un S-espace annelé T, et l'application g ......F(g) (ç,), qui
applique Hom 8 (T,X) dans F(T); il s'agit de voir que cette application
est bijective.
Donnons-nous donc un élément ClEF(T) et considérons le mor-
phisme fonctoriel hT----➔ F qu'il définit ( 1.1.4). En vertu de la condition
(iii), pour chaque i, il y a un ouvert T1 de T tel que, si Cl; est l'image de Cl
par F(o- 1), où o-1: T1 ----➔ T est l'injection canonique, le couple (T;,(Cl1,cr;))
représente le foncteur F; xFhT; en outre (T1) est un recouvrement de T.
Mais puisque F 1 est représenté par le couple (Z;,ç,1), il existe un S-mor-
phisme g;: T1 ----➔ Z 1 et un seul tel que l'on ait F(g 1)(ç;) = Cl; pour tout i.
Montrons que si o-1 ;:T;nTj----➔ T; et O";/T1 nTj----➔ Tj sont les injections
canoniques, les images de T; n T1 par g1o O"j1 et gjo O"ij sont contenues
dans Z 1 n Zj et que g;o O"j; et gjo O"ij, considérés comme morphismes
de T 1n Tj dans Z 1 n Zj, sont égaux. En effet, on a F(o-11) (Cl;)= F(cru)(Cl),
donc F(g;o o-1;) (ç,1)= F(g 1o cr;) (ç), et comme le foncteur produit fibré
Fij est représenté par (Z 1nZj,ç, 1), où l;,;j=F(p;;)(l;,;)=F(p 1 )(1;;), on
voit qu'il existe un morphisme unique g 1/ T; n Tj----➔ Z; n Z1 tel que
g;oO"j;= P;;og;j et g 1ocriJ= p1 jog 1j, ce qui prouve notre assertion.
106 O. Préliminaires
Il y a par suite un S-morphisme g: T .....-➔ X qui coïncide avec p;og;
dans chacun des T;, autrement dit gocr 1= p;og;. On a alors
F(cr;) (F(g)(ç))=F(g;) (F(p 1)(ç))=F(g;)(ç;)=et;=F(cr;)(et) pour tout i; en
vertu de la condition (ii), cela implique que F(g)(ç) = et.
Enfin, si g' est un S-morphisme de T dans X tel que F(g')(ç) = et, on
a F(g'ocr;)(ç)=F(cr;)(et)=et;EF;(T;). Or, si l'on considère le morphisme
fonctoriel hx.....-➔ F défini par ç,il résulte de la condition (i) que (Z;,(ç;, p;))
représente le foncteur F1 xFhx; comme l'élément (et;,g'ocr;) appartient
à (F; xFhx)(T;) d'après ce qui précède, il s'écrit (F;(g;)(ç;),p;og1 ) pour
un seul S-morphisme g1: Z; .....-➔ T;. Or, on a vu plus haut que le seul
S-morphisme tel que F;(g1)(ç;)=et; était g;; on a donc g'ocr;= p1og; pour
tout i, et par suite g' =g. CQFD.
Corollaire (4.5.5) Soient Sun espace annelé, (S;) une famille d'espaces
annelés induits par S sur des ouverts S; formant un recouvrement ouvert
de S. Soit F: (Esp. ann18)° .....-➔ Ens un foncteur contravariant, vérifiant la
condition (ii) de (4.5.4). Alors, pour que F soit représentable, il faut et il
suffit que chacun des foncteurs F; = F Xh 5 hs,. le soit.
La condition est nécessaire puisque l'on sait (4.5.2) que le produit
fibré X x 8 S; existe pour tout S-espace annelé X. Pour voir qu'elle est
suffisante, prouvons que les F; satisfont aux conditions (i) et (iii) de
(4.5.4). Or, pour tout S-espace annelé X, on a F; xFhx =hx xhshs, à
isomorphisme près, et X x s S; existe et est (à isomorphisme près) induit
sur un ouvert X; de X (4.5.2). En outre, si \j,: X....-➔ S est le morphisme
structural, X; a pour espace sous-jacent l'ouvert \j,- 1 (S;) (4.5.2), et ces
ouverts forment donc un recouvrement de X, ce qui achève la démon-
stration.
Remarque (4.5.6) Un foncteur contravariant quelconque
([Link]) F: ([Link] 18 ) 0 ----➔ Ens
définit, pour tout S-espace annelé X, un préfaisceau <Îensembles U >--+F(U)
sur X (U parcourant l'ensemble des S-espaces annelés induits sur les
ouverts de X). Lorsque pour tout S-espace annelé X ce préfaisceau est
un faisceau (condition (ii) de (4.5.4)),on dit encore que F est un faisceau
sur la catégorie [Link] 18 (expression qui apparaît ici comme un abus
de langage, mais sera justifiée plus tard par la théorie générale des
faisceaux sur les catégories); ces foncteurs forment donc une sous-caté-
0
gorie pleine de la catégorie Hom ((Esp.ann18) Ens), notée Fais/[Link];s·
,
Il résulte de (1.1.3) et (3.2.6) qu'une limite projective de foncteurs de
Hom ((Esp. ann18)°, Ens) qui sont des faisceaux, est encore un faisceau.
Un foncteur ([Link]) qui est représentable est toujours un faisceau:
il est clair en effet que le préfaisceau U >--+Hom 8 (U,Z) sur un espace
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 107
annelé X est un faisceau, car pour tout recouvrement ouvert (U"') d'un
ouvert U de X, la donnée d'un S-morphisme de U dans Z équivaut à se
donner une famille de S-morphismes J;,.:U"'.....-➔ Z telle que pour tout
couple d'indices r:t., ~' les restrictions de J;,.et de f~ à U"'n U~ coïncident.
On peut donc dire, compte tenu de (1.1.8),qu'on a un foncteur pleine-
ment fidèle Z ......hz de la catégorie Esp. ann18 dans la catégorie
Fais/[Link];s' permettant d'identifier la première à une sous-catégorie
pleine de la seconde.
Remarque (4.5.7) Tous les résultats de cette section sont valables
sans changement lorsqu'au lieu de la catégorie des espaces annelés, on
considère la sous-catégorie (non pleine) des espaces localement annelés
(4.1.12): en effet, un espace annelé X obtenu par recollement d'espaces
localement annelés X 1 est localement annelé, et si un morphisme
d'espaces annelés x.....-➔ s (où S est localement annelé) est tel que sa re-
striction à chaque X; soit un morphisme d'espace localement annelé,
c'est un morphisme d'espace localement annelé.
5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents
5.1. Faisceaux quasi-cohérents
(5.1.1) Soient (X, CDx) un espace annelé, ff un @[Link] donnée
d'un homomorphisme u: 0x .....-➔ ff de 0x- Modules équivaut à celle de
la section s=u(l)Er(X,ff). En effet, lorsque s est donnée, pour toute
section tÈT(U,0x), on a nécessairement u(t)=to(slU); on dit que u
est défini par la section s. Si maintenant I est un ensemble d'indices
quelconque, considérons le faisceau somme directe (9~, et pour tout
i EI, soit hi l'injection canonique du i-ème facteur dans (9~; on sait que
u>--+(uoh 1) est un isomorphisme de Hom 19x((9Q>,ff) sur le produit
(Hom 19x(0x, ff)f. Il y a donc correspondance biunivoque canonique
entre les homomorphismes u: 0Q>.....-➔ ff et les familles de sections (s;);e1
de ff au-dessus de X. L'homomorphisme u correspondant à (s;) applique
un élément (aJE(r(U,0x))<1> sur La 1o(s;IU).
iel
On dit que ff est engendré par la famille (s;) si l'homomorphisme
(9~ .....-➔ ff défini par cette famille est surjectif (autrement dit, si, pour
tout xEX, ffx est un 0x•module engendré par les (s1)x). On dit que ff
est engendré par ses sections au-dessus de X s'il est engendré par la
famille de toutes ces sections (ou par une sous-famille), autrement dit,
s'il existe un homomorphisme surjectif (9~ .....-➔ ff pour un I convenable.
108 O. Préliminaires
On notera qu'un @x-Module ff peut être tel qu'il existe un point
x 0 EX pour lequel ff IU n'est pas engendré par ses sections au-dessu~
de U, quel que soit le voisinage ouvert V de x 0 : il suffit de prendre X= R,
pour @x le faisceau simple Z, pour ff le sous-faisceau de @x tel que
~={0}, ~=Z pour x#O, et enfin x 0 =0: la seule section de fflU
au-dessus de U est O pour un voisinage U de O.
(5.1.2) Soit f: X.....-➔ Y un morphisme d'espaces annelés. Si ff est un
@x-Module engendré par ses sections au-dessus de X, alors l'homomor-
phisme canonique f*(f*(:F)).....-➔ :F ([Link]) est surjectif: en effet, avec
les notations de (5.1.1), s;®l est une section de f*(f*(ff)) au-dessus
de X, et son image dans ff est s;, L'exemple de (5.1.1) où f est l'identité,
montre que la réciproque de cette proposition est inexacte en général.
(5.1.3) On dit qu'un @x-Module ff est quasi-cohérent si, pour tout
xEX, il y a un voisinage ouvert U de x tel que !FIU soit isomorphe au
conoyau d'un homomorphisme de la forme (9~>IU .....-➔ (9~>ru, où I et J
sont des ensembles d'indices arbitraires. Il est clair que @xlui-même est
un @x-Module quasi-cohérent, et que toute somme directe finie de
@x-Modules quasi-cohérents est un @x-Module quasi-cohérent. On dit
qu'une @x-Algèbre d est quasi-cohérente si elle l'est en tant que @x-
Module.
(5.1.4) Soit f: X.....-➔ Y un morphisme d'espaces annelés. Si <§est un
0y-Module quasi-cohérent, alors f*(<§) est un @x-Module quasi-co-
hérent. En effet, pour tout x EX, il y a un voisinage ouvert V de
f(x) dans Y tel que <§IV soit le conoyau d'un homomorphisme
(9~>1v.....-➔ 0v>1v. Si u = 1- 1 (V), et si f v est la restriction de f à U, on a
f*(<§)IU = fü(<51V); comme fü est exact à droite et commute aux
sommes directes, fü(<5IV) est conoyau d'un homomorphisme
0<,l}IU.....-➔ (9~>[Link] voit de même que si<§ est engendré par ses sections
au-dessus de Y (5.1.1),f*(<§) est engendré par ses sections au-dessus de X.
5.2. Faisceaux de type fini
(5.2.1) On dit qu'un @x-Module ff est de type fini si, pour tout
x EX, il existe un voisinage ouvert U de x tel que ff IU soit engendré
par une famille finie de sections au-dessus de U, ou encore soit iso-
morphe à un faisceau quotient d'un faisceau de la forme (@xIU)P où p
est fini. Tout faisceau quotient d'un faisceau de type fini est de type fini,
ainsi que toute somme directe finie et tout produit tensoriel fini de
faisceaux de type fini. Un @x-Module de type fini n'est pas nécessaire-
ment quasi-cohérent, comme on peut le voir pour le @x-Module 0xf!F,
où ff est l'exemple de (5.1.1). Si ff est de type fini,~ est un 0x-module
de type fini pour tout xEX, mais l'exemple (5.1.1) montre que cette
condition nécessaire n'est pas en général suffisante.
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 109
Proposition (5.2.2) Soit ff un 0x-Module de type fini.
(i) Si s; (1 ~ i~ n) sont des sections de ff au-dessus d'un voisinage ou-
vert U d'un point x et si les (s;)xengendrent ~, il existe un voisinage ouvert
V c U de x tel que les (s;)yengendrent~ pour tout yEV.
(ii) Si <§ est un 0x-Module, u: ff .....-➔ <§ un homomorphisme tel que
ux = 0, il existe un voisinage U de x tel que ulU = O.
(iii) Si v : <§ .....-➔ ff est un homomorphisme tel que Vx soit surjectif, il
existe un voisinage V de x tel que vlV soit un épimorphisme.
(iv) Le support de ff (3.1.5) est fermé.
(i) Soient ti (1 ~j~m) des sections de ff au-dessus d'un voisinage
U' c U de x qui engendrent fflU'. Puisque les (s;)x engendrent~, il
existe des sections a;j de (()x au-dessus d'un voisinage U" c U' de x telles
n
que (t)x= _L (a1i)x(s;)x pour 1 ~j~p. On en conclut qu'il existe un
,=1 n
voisinage VcU" dextelquepourtout yEV, on ait (t)y=_L (a;)y(s;)y,
donc les (s;)y engendrent~ pour yEV. •=1
L'assertion (iv) résulte aussitôt de (i) en prenant n = 1, (s1 )x= O.
L'assertion (iii) découle de (iv) en considérant Coker (v) qui est de type
fini. Enfin, (ii) résulte aussi de (iv) en considérant Im(u), qui est de type
fini.
Corollaire ([Link]) Supposons que (X, l'!Jx)soit un espace localement
annelé, et soit ff un l'!Jx-Module de type fini. Eensemble Supp(ff) est
alors l'ensemble des xEX tels que ~/mx~#0.
En effet,~ est un (()x-modulede type fini, et comme mx est le radical
de (()x, le corollaire résulte du lemme de Nakayama.
Corollaire ([Link]) Soient (X, l'!Jx)un espace localement annelé,
ff, <§deux l'!Jx-Modulesde type fini. Alors on a
([Link]) Supp(ff ® 19x <§)= Supp(ff) n Supp(<§).
Comme le produit tensoriel de deux K(x)-espaces vectoriels ne peut
être nul que si l'un de ces espaces vectoriels l'est, la formule ([Link])
résulte de ([Link]) et de (4.1.10).
(5.2.3) Supposons X quasi-compact, et soient ff, <§ deux 0x-Modules
tels que <§ soit de type fini, u: ff .....-➔ <§ un homomorphisme surjectif:
Supposons de plus que ff soit limite inductive d'un système inductif
filtrant (${) de 0x-Modules. Alors il existe un indice µ tel que l'homo-
morphisme ffµ---➔ <§ soit surjectif. En effet, pour tout xEX, il existe un
système fini de sections s; de <§ au-dessus d'un voisinage ouvert U(x)
de x tel que les (s;)y engendrent <§Ypour tout yEU(x); il y a donc un
voisinage ouvert V(x) c U(x) de x et n sections t; de ff au-dessus de
V(x) telles que s;IV(x)=u(t;) pour tout i; on peut en outre supposer que
110 O. Préliminaires
lest; sont les images canoniques de sections d'un même faisceau $\<x> au-
dessus de V(x). Couvrons alors X avec un nombre fini de voisinages
V(xk), et soit µ un indice supérieur à tous les À(xk); il est clair que cet
indice répond à la question.
Supposant toujours X quasi-compact, soit ff un 0x-Module de
type fini engendré par ses sections au-dessus de X (5.1.1); alors ff est
engendré par une sous-famille finie de ces sections: il suffit en effet de
couvrir X par un nombre fini de voisinages ouverts Uk tels que, pour
chaque k, il y ait un nombre fini de sections sik de ff au-dessus de X
dont les restrictions à Uk engendrent fflUk; il est clair que les sm engen-
drent alors ff.
(5.2.4) Soit f: X.....-➔ Y un morphisme d'espaces annelés. Si <§est un
0v-Module de type fini, alors f*(<§) est un 0x-module de type fini. En
effet, pour tout xEX, il y a un voisinage ouvert V de f(x) dans Y et un
homomorphisme surjectif v: 0v,IV.....-➔ <§IV. Si U = 1- 1 (V) et si fu est
la restriction de f à U, on a f*(<§)IU = JM<s IV); comme ft est exact à
droite (4.3.1)et commute aux sommes directes (4.3.2), JMv)est un homo-
morphisme surjectif 0{1U .....-➔ f*(<§)IU.
Corollaire ([Link]) Soit f: X....-➔ Y un morphisme d'espaces locale-
ment annelés (4.1.9). Pour tout (!)y-Module <§_de type fini, on a
([Link]) Supp(f* (<§))=J- 1 (Supp(<§)).
Cela résulte de ([Link]) et (4.1.13).
(5.2.5) On dit qu'un 0x-Module ff admet une présentation finie si,
pour tout xEX, il existe un voisinage ouvert U de·x tel que !FIU soit
isomorphe à un conoyau d'un (0xlV)-homomorphisme 0k1U .....-➔ 05clU, p
et q étant deux entiers > O. Un tel 0x-Module est donc de type fini et
quasi-cohérent. Si f: X.....-➔ Y est un morphisme d'espaces annelés,
et si<§ est un 0y-Module admettant une présentation finie, f*(<§) admet
une présentation finie, comme le montre le raisonnement de (5.1.4).
(5.2.6) Soit ff un 0x-Module admettant une présentation finie
(5.2.5); alors, pour tout 0x-Module J{', l'homomorphisme canonique
fonctoriel
est bijectif(T, 4.1.1).
(5.2.7)Soient ff, <§ deux 0x- Modules ayant une présentation finie.
S~ pour un xEX, ~ et <§xsont deux 0x-modules isomorphes, alors il
existe un voisinage ouvert U de x tel que !FIU et <5IU soient isomorphes.
En effet, si <p: ~ . . .-➔ <§xet \j, : <§x. . .-➔ ~ sont deux isomorphismes réci-
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 111
proques, il existe, d'après (5.2.6),un voisinage ouvert V de x et une section
u (resp. v) de J't'om19x(ff, ~) (resp. J't'om19j~, ff)) au-dessus de V telle
que ux= <p (resp. vx= \\!).Comme (uov)x et (vou)x sont les automorphis~
mes identiques, il existe un voisinage ouvert U c V de x tel que (uov)IU
et (vou)IU soient les automorphismes identiqu_es(5.2.6), d'où la propo-
sition.
(5.2.8) Soient x un point de X, M un 0x,x-module de présentation
finie, donc isomorphe au conoyau d'un homomorphisme <p: 0~ .....-➔ 0;;;
alors il existe un voisinage ouvert U dex et un (0x1U)-Module de présen-
tation finie ff tel que~ soit isomorphe à M. En effet, en vertu de (5.2.6),
il existe une section u de J't'om19x ( 0{, 0~) au-dessus d'un voisinage
ouvert U de x, telle que ux=<p; le conoyau ff de l'homomorphisme
u: 0k1U .....-➔ 0~ ID répond à la question.
(5.2.9) Soit O--+ ff ~ ~ ~ J't' --+ 0 une suite exacte de
@[Link] ff et J't' sont de type fini, il en est de même de~- En effet,
la question étant locale, on peut supposer ff (resp. J't') engendré par un
nombre fini de sections si (1 ~i~n) (resp. tj (1 ~j~m)) au-dessus de X,
et on peut supposer en outre qu'il y a des sections t'; (1 ~j~m) de~
au-dessus de X telles que ti=v(t;) pour toutj; il est clair alors que~ est
engendré par les sections u(sï) (1 ~i~n) et t1(1 ~j~m).
5.3. Faisceaux cohérents
(5.3.1) On dit qu'un @x-Module ff est cohérent s'il vérifie les deux
conditions suivantes:
a) ff est de type fini.
b) Pour tout ouvert U de X, tout entier n?, 0 et tout homomorphisme
u: 01;c1U .....-➔ fflU, le noyau de u est de type fini.
On notera que ces deux conditions sont de caractère local. Il résulte
aussitôt de cette définition que tout sous-@x-Module de type fini d'un
@x-Modulecohérent est cohérent.
Il résulte des conditions a) et b) qu'un @x-Module cohérent est de
présentation finie (5.2.5); la réciproque n'est pas nécessairement exacte,
@xlui-même n'étant pas nécessairement un @x-Module cohérent.
Proposition (5.3.2) Soit O--+ ff ~ ~ ~ J't' --+ 0 une suite
exacte de @x-Modules; si deux d'entre eux sont cohérents, il en est de
même du troisième (cf. (1, 1.4.7)).
1°. Supposons ~ et J't' cohérents. La question étant locale, on peut
supposer qu'il existe un homomorphisme surjectif w: 0{ .....-➔ ~- Puisque
J't' est cohérent, Ker(vow)=f est de type fini; donc il en est de même
de w(f) c ~, qui est par suite cohérent. Mais puisque w est surjectif,
112 O. Préliminaires
w(f) =u(ff) et u est un isomorphisme de ff sur u(ff); donc ff est
cohérent.
2°. Supposons ff et <§ cohérents. Puisque <§ est de type fini, il en
est de même de J{', est il suffit de prouver que J{' vérifie la condition b)
de (5.3.1).
Considérons donc un homomorphisme f: 0x1U .....-➔ J{'IU, et soit (s1)
(l ,s;i,s;n) la famille correspondante de sections de J{' au-dessus de U
(5.1.1); la question étant locale, on peut supposer qu'il existe n sections
s1 de <§ au-dessus de U telles que s; = v(i;), et d'autre part que ffl U
est engendré par m sections tj (1 ~j~m) au-dessus de U, de sorte que
u(ff)IU est engendré par les sections u(t) de<§ au-dessus de U. Consi-
dérons alors l'homomorphisme w: 0x+mlU .....-➔ <§ défini par les n + m
sections s1et u(t). Montrons que Ker(!) est l'image de Ker(w) par la
projection canonique p: 0x+m1U.....-➔ 0x1U. En effet, si en un point xEU,
les coordonnées d'un élément rxE(Kerw)x sont (g;)x (1 ~i,;;;n) et (h)x
(1 ~j~m), on a par définition
n m
L (gi)x(s;)x+ L (hj)x(u(tj))x=O,
i=I j=I
n
et puisque Ker(v) = Im(u), on a L (g;)x(sJx= 0, c'est-à-dire
i=I
(p(r))xE(Kerf)x. Inversement, si qxE(Kerf)x, et si (g1)x (l~i,s;n) sont
ses coordonnées, il existe des éléments (h)xE0x,x (1 ~j~m) tels que
n m
L (g;)x(s;)x+ _L (h)x(u(tj))x=O,
i=I J=I
donc qx est la projection d'un élément rxE(Kerw)x- Par hypothèse
Kerw est de type fini, donc il en est de même de son image par p, ce qui
prouve que J{' est cohérent.
3°. Supposons enfin ff et J{' cohérents. Il résulte d'abord de (5.2.9)
que <§ est de type fini; prouvons que <§ vérifie aussi la condition b) de
(5.3.1). Soit donc un homomorphisme f: 0xlU----➔ ~IU. Puisque J{' est
cohérent, Ker(vof) est de type fini; la question étant locale, on peut
supposer que Ker(vof)IU est engendré par un nombre fini de sections
gj (1 ~j,s;m) de 0x au-dessus de U; notons gu (1 ~ i ~n) les coordonnées
de gj; si (s;)1 .:sr.:snest la famille des sections de<§ au-dessus de U corres-
n
pondant à f, posons tj = _L gj;s; pour 1~j,;;;m. On a par définition
•=1
n
v(t)= L gi;v(s;)=O,
f= 1
do~c les ti sont des sections de u(ff) au-dessus de U. Considérons
alors l'homomorphisme w: 0x1U.....-➔ u(ff)IU défini par les ti (5.1.1);
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohèrents 113
puisque u(ff), isomorphe à ff, est cohérent, Ker(w) est de type fini,
et on peut supposer qu'il est engendré par un nombre fini de sections
hk (1 ~ k~p) de (9,/_au-dessus de U; notons hkj (1 ~j~m) les coordonnées
m
de hk, et posons rk = L hkjgi (1 <.k ~p). Montrons que les rk engendrent
j=l
Ker(!). En effet, si en un point x EU, les coordonnées d'un élément
n
qxE(Ker f)x sont (qi)x, de sorte que L (qi)x(si)x= 0, on a aussi
n i=l
L (qi)x(v(si))x=O, donc il existe des éléments (p)xE0x,x (l~j~m) tels
i=l m n
que (qi)x= L (p)x(g)x pour chaque i. Si l'on écrit que L (qi)x(si)x=0,
j=l m i=l
on obtient la relation L (p)x(t)x=O, donc il existe des éléments
j= 1 p
(nk)xE0x,x (l~k~p) tels que (p)x= L (nk)x(hk)x pour toutj, d'où
p k=l
l'on tire aussitôt qx = L (nk)x(rk)[Link].
k=l
Corollaire (5.3.3) Toute somme directefinie de @x-Modulescohérents
est un @x-Modulecohérent.
Corollaire (5.3.4) Soient ff, <§ deux @x-Modulescohérents, u: ff .....-➔ <§
un homomorphisme. Alors lm(u), Ker(u) et Coker(u) sont cohérents.
Il est clair que le 0x-Module Im(u) est de type fini; étant un sous-
@x-Module d'un @x-Module cohérent, il est cohérent (5.3.1). En appli-
quant (5.3.2) aux suites exactes
0 .....-➔ Ker(u) .....-➔ ff .....-➔ Im(u) .....-➔ 0,
0 .....-➔ Im(u) .....-➔ <§ .....-➔ Coker (u) .....-➔ 0
on conclut que Ker(u) et Coker(u) sont cohérents.
Corollaire (5.3.5) Soit ffi. 2-+ ffz -"----➔ ~ 2'...+ .~ -!.....-➔ ffs une sui-
te exacte de 0x-Modules. Si ff 1 , ff 2 , ff 4 et ff 5 sont cohérents, il en est de
même de~-
En effet, Coker(u) = ffz/Ker(v) et Im(w) = Ker(t) sont cohérents
(5.3.4), et il suffit d'appliquer (5.3.2) à la suite exacte
0 .....-➔ Coker(u) .....-➔ ~ .....-➔ Im(w) .....-➔ O.
Corollaire (5.3.6) Si <§ et J{' sont des sous-@x-Modules cohérents
d'un @x-Module cohérent ff, <§ + J{' et <§ n J{' sont des @x-Modules
cohérents.
En effet, <§ + J{' est un sous-@x-Module de type fini de ff, et <§ n J{'
est le noyau de l'homomorphisme canonique J{' .....-➔ ff /<§.
114 O. Préliminaires
Corollaire (5,3.7) Si ff et <§ sont des @x-Modules cohérents, il en
est de même de ff ®<Vx <§ et de Yt'ome;jff, <§).
La question étant locale, on peut supposer que ff est le conoyau
d'un homomorphisme 0{ .....-➔ 05c; alors ff ®@x<§ est, en vertu de l'exac-
titude à droite du foncteur produit tensoriel, isomorphe au conoyau
d'un homomorphisme 0{ ®('lxr_{J.....-➔ (9x ®ex<§; mais ces deux 0x-Modules
sont respectivement isomorphes à f'§P et à <§q, donc sont cohérents, et il
suffit d'appliquer (5.3.4).
De même, compte tenu de (5.2.6), on a une suite exacte
0 .....-➔ Yt'ome;jff, <§).....-➔ Yt'ome;j05c,<§).....-➔ Yt'om<Vx(0{,
<§)
et les deux derniers de ces @x-Modulessont respectivement isomorphes à
<§q et f'§P, donc sont cohérents; on conclut à l'aide de (5.3.5).
Corollaire (5.3.8) Soient ff un @x-Module cohérent, f un Idéal
cohérent de @[Link] le @x-Modulef ff est cohérent.
En effet, c'est l'image de l'homomorphisme canonique f ®@xff .....-➔ ff,
d'où la conclusion par (5.3.7) et (5.3.4).
(5.3.9) On dit qu'une @x-Algèbre d est cohérente si d est un
0x-Module cohérent. En particulier, 0x est une 0x-Algèbre cohérente si,
pour tout ouvert U c X et tout homomorphisme 0{1U .....-➔ @[Link] de
(%-Modules, le noyau de cet homomorphisme est de type fini. On dit
encore alors que @x est un faisceau cohérent d'anneaux. Si @x est un
faisceau cohérent d'anneaux, tout @x-Module de présentation finie
(5.2.5) est cohérent d'en vertu de (5.3.3) et (5.3.4).
(5.3.10) L'annulateur d'un 0x-Module ff est le noyau f de l'ho-
momorphisme canonique 0x .....-➔ Yt'om<Vx(ff, ff) qui, à toute section
s E r(U, 0x) fait correspondre la multiplication par s dans
Hom(fflU,fflU); si 0x est un faisceau cohérent d'anneaux et si ff
est un 0x-Module cohérent, f est donc cohérent en vertu de (5.3.7) et
de (5.3.4), et il résulte de (5.2.6) que pour tout x EX, fx est !'annulateur
du 0x,x-module ffx.
(5.3.11) Supposons que @x soit un faisceau cohérent d'anneaux;
soient ff un @x-Module cohérent, x un point de X, M un sous-0x-
module de type fini de ffx; il existe alors un voisinage ouvert U de x
et un sous-(@[Link])-Modulecohérent ':{J de fflU tel que <§x=M (T, 4.1,
lemme 1).
Ce résultat, joint aux propriétés des sous-0x-Modules d'un @x-
Module cohérent, impose des conditions nécessaires aux anneaux
f9x,x pour que le faisceau d'anneaux @x soit cohérent. Par exemple
(5.3.6), l'intersection de deux idéaux de type fini de f9x,x doit être encore
un idéal de type fini.
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 115
(5.3.12) Supposons le faisceau d'anneaux @x cohérent, et soit M
un 0x,x-module de présentation finie. Alors il résulte de (5.2.8) et de
(5.3.9) qu'il existe un voisinage ouvert U de x et un 0-u-Module cohérent
ff tel que~ soit isomorphe à M.
Proposition(5.3.13) Supposons que @x soit un faisceau cohérent
d'anneaux, et soit fun Idéal cohérent de(!),.. Pour qu'un ((!),Jf)-Module
ff soit cohérent, il faut et il suffit qu'en tant que @,.-Module, ff soit
cohérent. En particulier, (!),Jf est un faisceau cohérent d'anneaux.
Notons que @x/f est un 0x-Module cohérent (5.3.4). Si ff est un
(0x/ /)-Module cohérent, tout point de X admet un voisinage ouvert U tel
que fflU soit conoyau d'un homomorphisme (0x/ft1U-(0x/f)"IU,
donc ff est un @,.-Module cohérent (5.3.4).
Inversement, supposons que ff, en tant que @,.-Module,soit cohérent.
En premier lieu, étant un @,.-Module de type fini, a fortiori ff est un
(@x/f)-Module de type fini. D'autre part, soient U un ouvert de X et
f: (0x/f)"IU-fflU un (0x/f)-homomorphisme; en le composant avec
l'homomorphisme canonique v: 0~IU-(0x/ fflU, on obtient un homo-
morphisme fov: 0:xlU-fflU, et Ker(f ov) est par hypothèse de type
fini; mais puisque v est surjectif, Ker(!) est l'image de Ker(f ov) par
c, donc est aussi de type fini.
(5.3.14) Soit f: X-Y un morphisme d'espaces annelés, et sup-
posons que @x soit un faisceau cohérent d'anneaux; alors, pour tout
0y-Module cohérent <§,f*(<§) est un @,.-Module cohérent. En effet,
avec les notations de (5.2.4), on peut supposer que "SIV est conoyau
d'un homomorphisme v: ~IV -(!)ÇIV; comme f{! est exact à droite,
f*("S)IU = f{!("SIV) est conoyau de l'homomorphisme
fMv): 0,!IU- ~IU,
d'où notre assertion (5.3.4).
(5.3.15) Soient Y une partie fermée de X, j: Y - X l'injection
canonique, 0y un faisceau d'anneaux sur Y, et posons @x=j*(@y).
Pour qu'un @y-Module <§soit de type fini, il faut et il suffit que j*("S)
soit un @,.-Modulede type fini, le foncteur j* étant exact. Pour la même
raison, pour que<§ soit un 0v-Module quasi-cohérent (resp. cohérent),
il faut et il suffit que j*("S) soit un @,.-Module quasi-cohérent (resp.
cohérent).
5.4. Faisceaux localement libres
(5.4.1) Soit X un espace annelé. On dit qu'un @,.-Module ff est
localement libre si, pour tout xEX, il existe un voisinage ouvert U
de x tel que fflU soit isomorphe à un (0x1U)-Module de la forme
116 O. Préliminaires
0f>1u, où I peut dépendre de U. Si pour tout U, I est fini, on dit
que ff est de rang fini; si pour tout U, I a le même nombre fini
d'éléments n, on dit que ff est de rang n. Si ff est un l'!Jx-Modulelocale-
ment libre de rang fini, pour tout xEX, ffx est un 0x-module libre
de rang fini n(x), et il existe un voisinage U de x tel que fflU soit de
rang n(x); si X est connexe, n(x) est donc constant.
Il est clair que tout faisceau localement libre est quasi-cohérent,
et si 0x est un faisceau cohérent d'anneaux, tout l'!Jx-Modulelocalement
libre de rang fini est cohérent.
Si tff est localement libre, tl ®19x ff est un foncteur exact en ff
dans la catégorie des l'!Jx-Modules.
Nous aurons surtout à considérer des l'!Jx-Moduleslocalement libres
de rang fini, et lorsque nous parlerons de faisceaux localement libres
sans préciser, il sera sous-entendu qu'ils sont de rang fini.
Soit ff un l'!Jx-Modulede présentation finie (5.2.5). Alors, si, en un
point xEX, ffx est un {9x-modulelibre de rang n, il existe un voisinage
ouvert U de x tel que fflU soit localement libre de rang n; en effet,
ffx est alors isomorphe à 0;, et la proposition résulte de (5.2.7).
(5.4.2) Si G, ff sont deux l'!Jx-Modules,on a un homomorphisme
canonique fonctoriel
([Link])
défini de la façon suivante: pour tout ouvert U, à tout couple (u,t),
où uEr(U,J't'om 19x(tff,(9x))=Hom($1U,(9xlU) et tEr(U,ff), on fait
correspondre l'élément de Hom(GIU,:ffe'IU) qui, pour tout xEU, fait
correspondre à sxEtlx l'élément uJsx) tx de ffx. Si tff ou ff est locale-
ment libre de rang fini, cet homomorphisme est bijectif; la propriété
étant locale, on peut en effet se borner au cas où tl = (9;:_ou ff = (9~;
comme pour tout l'!Jx-Module<§, J't'omv
<§) est canoniquement iso-
19X ( (9;:_,
morphe à <§" et J't'om19x à <§", on est ramené au cas tl = l'!!xou
(<§,{9;:_)
ff = l'!Jx,qui est immédiat.
(5.4.3) Si 2: est localement libre de rang 1, il en est de même de
son dual !l'=J't'om 19x(2:, 0x), car on se ramène aussitôt (la question
étant locale) au cas 2: = 0x, En outre, on a un isomorphisme canonique
([Link])
en effet, d'après (5.4.2), il suffit de définir un isomorphisme canonique
J't'om19x(2,2:)~l'!Jx. Or, pour tout l'!Jx-Moduleff, on a un homomor-
phisme canonique l'!Jx-J't'om19x (ff, ff) (5.3.10) Il reste à prouver que
si ff = 2: est localement libre de rang 1, cet homomorphisme est
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 117
bijectif, et comme la question est locale, on est ramené au cas 2: = @x,
qui est immédiat.
En raison de ce qui précède, on pose 2:- 1 = J't'om19x(2:, (!)x), et on
dit que 2:- 1 est l'inverse de 2:'.
(5.4.4) Si2 et 2:''sont deux 0x-Modules localement libres de rang 1,
il en est de même de 2:' ®19x2:', car la question étant locale, on peut
supposer que 2: = @x, et le résultat est alors trivial. Pour tout entier
n;;?:1, on désigne par !f®" le produit tensoriel den faisceaux identiques
à 2:'; on pose par convention 2:® 0 = @x et pour n?,; 1, 2!®<-n>=(.2:- 1 )®".
Avec ces notations, il existe alors un isomorphisme canonique fonctoriel
([Link]) 2:®m®@x.2:®"~ 2;'1/l)(n+m)
quels que soient les entiers rationnels m, n: en effet, en vertu des dé-
finitions, on se ramène aussitôt au cas où m= -1, n= 1, et l'isomor-
phisme en question a alors été défini en (5.4.3).
(5.4.5) Soit f: Y-+ X un morphisme d'espaces annelés. Si tff est
un @x-Modulelocalement libre (resp. localement libre de rang n), f*(tl)
est un (i)y-Module localement libre (resp. localement libre de rang n):
cela résulte aussitôt de ce que les images réciproques de deux 0x-Modules
localement isomorphes sont localement isomorphes, de ce que f*
commute aux sommes directes quelconques (4.3.2) et de ce que
f*(@x)=(i)y (4.3.4). En outre, on sait qu'on a un homomorphisme
canonique fonctoriel f*(G)-+(f*(G)f (4.4.6), et lorsque tl est locale-
ment libre, cet homomorphisme est bijectif: on est en effet encore
ramené au cas où C = 0x, qui est trivial. bn en conclut que si fi' est
localement libre de rang 1, f*(.2:®") s'identifie canoniquement à
(f* (2!))®" pour tout entier rationnel n.
(5.4.6) Soit 2: un @x-Module localement libre de rang 1; on
désigne par r*(X, 2:) ou simplement r*(.2!) le groupe commutatif
somme directe EB
r(X,2!®"); on le munit d'une structure d'anneau
NZ .
gradué, en faisant correspondre au couple (sn,sm), où snEr(X,2!®"),
smEr(X,2!®"'), la section de 2:®<n+m> au-dessus de X qui correspond
canoniquement ([Link]) à la section sn®sm de 2:®"® 19x2:®m; l'asso-
ciativité de cette multiplication se vérifie de façon immédiate. Il est
clair que r*(X,2:') est un foncteur covariant en 2:, à valeurs dans la
catégorie des anneaux gradués.
Si maintenant ff est un @x-Module quelconque, on pose
r*(.2!,ff) = EBr(X,ff
nez
®@x.2!®").
On munit ce groupe commutatif d'une structure de module gradué sur
l'anneau gradué r* (2:') de la façon suivante: au couple (s"' um), où
118 O. Préliminaires
SnEr(X,2®") et umEr(X,ff (8) 2®m), on fait correspondre la section
de ff (8) 2®<m+n>qui correspond canoniquement ([Link]) à Sn(8) um; la
vérification des axiomes des modules est immédiate. Pour X et 2 fixés,
r*(2,ff) est un foncteur covariant en ff à valeurs dans la catégorie
des r*(2)-modules gradués; pour X et ff fixés, c'est un foncteur
covariant en 2 à valeurs dans la catégorie des groupes commutatifs.
Si f: Y-➔ X est un morphisme d'espaces annelés, l'homomorphisme
canonique ([Link]) p: 2®n_,, f *(!*(2®")) définit un homomorphisme
de groupes commutatifs r(X,2®")--➔ r(Y,f*(2®")), et comme f*(2®")
=(!*(2))®", il résulte des définitions des homomorphismes canoniques
([Link]) et ([Link]) que les homomorphismes précédents définissent un
homomorphisme fonctoriel d'anneaux gradués r*(2)--➔ r*(f*(2)). Le
même homomorphisme canonique (4.4.3)définit de même un homomor-
phisme de groupes commutatifs r(X,ff (8) 2®") ......➔ r(Y,J*(ff (8) 2®")),
et comme
f*(ff ® 2®") = f*(ff) ® (!*(2))®" ([Link]),
ces homomorphismes (pour nEZ) définissent un di-homomorphisme de
modules gradués r*(2,ff)~r*(f*(2),f*(ff)).
(5.4.7) Soient G, ff deux @x-Modules, ff étant supposé localement
libre de rang fini, et soit <§ un @x-Module extension de ff par tl, autre-
ment dit tel qu'il existe une suite exacte O......➔ tl ~ <§ ~ ff-> O. Alors,
pour tout xEX, il existe un voisinage ouvert de x tel que <siU soit
isomorphe à la somme directe (GIU) EB(fflU). On peut en effet se
borner au cas où ff = (9~; soient ei (1 ,;;;;i,;;;; n) les sections canoniques
de CD;:_,
c'est-à-dire telles que (ei)y soit égal au i-ème élément de la base
canonique de <D;:.,y pour tout yEX; il existe alors un voisinage ouvert
U de x et n sections s; de <§ au-dessus de U telles que p(s;IU)= edU
pour 1,;;;;i,;;;;[Link] étant, soit f l'homomorphisme fflU--➔ <§IU défini
par les sections silU (5.1.1). Il est immédiat que pour tout ouvert V c U,
et toute section sEr(V,<5), on a s- f(p(s))Er(V,G), d'où notre
assertion.
De ce résultat, on déduit sous les mêmes hypothèses, en vertu de
[4], un isomorphisme canonique
([Link])
(5.4.8) Soient f: X......➔ Y un morphisme d'espaces annelés, ff un
@x-Module,tl un @x-Module localement libre de rang fini. Il existe alors
un isomorphisme canonique
([Link])
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 119
En effet, pour tout (i)y-Moduletl, on a un homomorphisme canonique
f*(ff) ®@vtff~f*(ff) ®@vf*(f*(tff)) 2-+ f*(ff ®@xf*(tff))
p.,,.étant l'homomorphisme ([Link]) et r::,. l'homomorphisme ([Link]).
Pour montrer que lorsque tl est localement libre, cet homomorphisme
est bijectif, il suffit, la question étant locale sur Y, de considérer le cas
où tl = 0v; comme en outre f* et f* commutent aux sommes directes
finies, on peut supposer n = 1, et dans ce cas, la proposition résulte
aussitôt des définitions et de la relation f*(0v)=0x,
(5.4.9) Soient f: X.....-➔ Y un morphisme d'espaces annelés, ff, <§
deux 0y-Modules, et supposons que ff soit localement libre de rang fini.
Alors l'homomorphisme canonique (4.4.6)
(5.4.9.l)
est un isomorphisme. En effet, la question est locale sur Y, et on peut
donc se borner au cas où ff = 0y; mais alors J't'ome;v(0v,<§) s'identifie
canoniquement à <§"(5.1.1), f*(ff) à 0v et J't'ome;x(f*(ff),f*(<§)) à
(!*(<§))", d'où la conclusion
5.5. Modules localement libres sur un espace localement annelé
Proposition (5.5.1) Soient X un espace localement annelé, tl un
0x-Module localement libre de rang fini. Alors, pour toute section s de tl
au-dessus de X, l'ensemble x. des xEX tels que s(x)#O (4.1.9) est ouvert
dans X.
La question étant locale, on peut se borner au cas où tl = (9~; si
s 1 (1 ~j~n) sont les projections des sur les n Modules facteurs égaux
à 0x, dire que s(x)#O équivaut à dire que sj(x)#O pour unj au moins,
donc x. est réunion des X.J , et il suffit de considérer le cas où tl = 0x,
Mais dire que s(x) #0 signifie alors que sAmx, donc sx est inversible
dans 0x,x· Mais on sait alors (4.1.8) qu'il existe un voisinage ouvert U
de x dans X tel que s IU soit inversible dans r(U, 0x); par suite s(y) # 0
pour tout yEU.
Corollaire (5.5.2) Les hypothèses et notations étant celles de (5.5.1),
soient s 1 , ... ,sv des sections de tl au-dessus de X; alors l'ensemble des
xEX tels que s 1 (x), ... ,sp(x) soient linéairement indépéndants dans
CJmx<ffx est ouvert dans X.
En effet, A Ptff est un 0x-Module localement libre de rang (;), car
la question est locale et on est ramené au cas où tl = (9~, où c'est immédiat;
en outre, pour tout x EX, ( A Ptl)Jmx( /\ PGt s'identifie canoniquement
à I\P(tffJmxtlx). Si s=s 1 A ... A sp, section de I\Ptff au-dessus de X,
120 O. Préliminaires
s(x) s'identifie donc à s 1 (x) A ... A sv(x), et dire que s(x) #0 équivaut à
dire que les six) sont linéairement indépendants; le corollaire résulte
donc de (5.5.1).
Corollaire (5.5.3) Soient X un espace localement annelé, tl un
0x-M odule localement libre de rang n, s 1 , s 2 , ... , sn des sections de tl
au-dessus de X telles que, pour tout x EX, s 1 (x), ... , sn(x) soient linéaire-
ment indépendants. Alors l'homomorphisme u: (()~--➔ tl défini par les s,
(5.1.1) est bijectif.
En effet, la question étant locale, on peut se borner au cas où tl = (()~
et où on identifie canoniquement l\ntl et 0x; s=s 1 A ... A sn est alors
une section de (()x au-dessus de X telle que s(x) #0 pour tout xEX,
donc s est inversible dans r(X, 0x); on définit alors un homomorphisme
réciproque de u au moyen des formules de Cramer.
On peut aussi invoquer Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 3, n° 2,
prop. 5 appliqué au (()x-module libre tl x; les conditions de cette propo-
sition sont en effet remplies puisque (()x est un anneau local, et
Si(x), ... ,sn(x) une base de t!Jmxtlx.
Proposition (5.5.4) Soient X un espace localement annelé, tl un
0x-Module de type fini, ff un 0x-Module localement libre de rang fini,
u : tff ......➔ ff un homomorphisme, x un point de X. Les conditions suivantes
sont équivalentes:
a) !;homomorphisme Ux est inversible à gauche (autrement dit, ux est
injectif et son image est facteur direct de~).
b) Ehomomorphisme d'espaces vectoriels ux®l: tffJmxtl x--➔ ~/mx~
déduit de ux par passage aux quotients, est injectif.
c) Il existe un voisinage ouvert V de x tel que ulU: tfflU--➔ fflU soit
inversible à gauche; l'image u(G)IU est un 0v-Module localement libre
isomorphe à tl ID, qui admet dans ff IU un supplémentaire localement
libre.
En outre l'ensemble des x EX Périfiant ces conditions est ouvert.
L'équivalence de a) et b) est un résultat d'algèbre commutative
(6.7.3), et il est clair que c) entraîne a). Montrons réciproquement que a)
entraîne c); il existe par hypothèse un homomorphisme de (()x-modules
w: ~--➔ tlx tel que woux soit l'automorphisme identique de tlx. Comme
ff est localement libre de rang fini, donc de présentation finie, il résulte
de (5.2.6) qu'il existe un voisinage ouvert U de x et un homomorphisme
V: fflU--➔ GIU tels que W=Vx, donc (vo(ulV))x=VxOUx est l'auto-
morphisme identique. On conclut donc de (5.2.2, (ii)), en restreignant
au besoin U, que l'on peut supposer que vo(ulU) est l'identité dans
t!IU, autrement dit ulU est inversible à gauche. On sait alors que
p=(ulU)ov est un projecteur de fflU sur u(tff)IU, et que ulU est un iso-
morphisme de $iU sur u(i)IU; montrons que (en restreignant encore U
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 121
si nécessaire), u(iff)IU et Ker(p) sont des %-Modules localement libres
~
(supplémentaires dans :IFIU). En effet, Px: JF,, (u(iff))xest un projecteur,
donc aussi Px®l :JF,,fmx:!F,,-(u(iff))Jmx(u(iff))x. Il existe n sections sj
(1 ~J ~ n) de :IF au-dessus de U (en restreignant au besoin U) telles que
les m premières sections sj (1 ~J~m) soient des sections de u(iff),
les n-m dernières (m+l~j~n) des sections de Ker(p), et que les
six) (1 ~j~n) forment une base de JF,,fmx:!F,,.En vertu de (5.5.3), en
restreignant encore U, on peut supposer que le @x-Module .,,Il engendré
par les sj pour 1 ~j~m et le @x-Module .;V engendré par les sj pour
m + 1 ~j ~ n sont libres et supplémentaires dans :IFIU; on a évidemment
en outre oltcu(iff)IU et .;VcKer(p); d'autre part, si i:.,,1/-u(iff)IU
et j: .IV - Ker(p) sont les injections canoniques, les définitions entraînent
que ix et jx sont des bijections; comme u(iff)IU et Ker(p) sont des %-
Modules de type fini (le second étant l'image de :IFIU par 1- p), on
conclut par (52.2), en restreignant encore U, que .,,Il =u(G)IU et
%=Ker(p).
Corollaire (5.5.5) Les hypothèses sur X, @'et :IF étant les mPmes
que dans (5.5.4), les conditions suivantes sont équivalentes:
a) Pour tout morphisme d'espaces localement annelés (4.1.12)g: X' -x,
l'homomorphisme g*(u): g*(G)-g*(:!F) est injectif.
b) Pour tout xEX, l'homomorphisme ux®l :GJmxiffx-:!FJmx:!F,, est
injectif.
c) Pour tout xEX, il existe un voisinage ouvert V de x tel que ulU:
@".IU - :IFIU soit inversible à gauche (donc un isomorphisme d~ @'IU
sur un facteur direct de :IFIU.
En outre, @' est alors un @x-Module localement libre de rang fini.
L'équivalence de b) et c) et la dernière assertion résultent de (5.5.4).
Le fait que c) entraîne a) résulte de ce que l'on peut se borner au cas où
:IF=@;:_ 0x.
et @'= et de (4.3), la question étant locale sur X. Enfin, mon-
trons que b) est un cas particulier de a): il suffit de considérer l'espace
localement annelé X' réduit au point x, et dont le faisceau d'anneaux
structural est le corps K(x); on prend g = (\\!,0), où \j, est l'injection
canonique {x}-X et 011 le \\!-morphisme CDx-K(x) tel que pour tout
voisinage ouvert U de x, et soit la composée des applications canoniques
r(U,@x)- l'!!x:.x-K(x). On vérifie alors aussitôt que g*(u) est dans ce
cas ux® 1.
Lorsque u vérifie les conditions équivalentes de (5.5.5), on dit que
c'est un homomorphisme universellement injectif.
Corollaire (5.5.6) Soient X un espace localement annelé, @',:IFdeux
@x-Modules localement libres de rang fini, u: @'- :IF un homomorphisme,
x un point de X. Les conditions suivantes sont équivalentes:
122 O. Préliminaires
a) Ehomomorphisme ux ® 1 : tlxfmxtlx----➔ ![Link]!F,, est surjectif.
b) Ehomomorphisme ux est surjectif.
c) Ehomomorphisme Âmux: Amtffx.....-➔ Âm~ (où m est le rang de~)
est surjectif.
d) Ehomomorphisme 1ux: :f;,, .....-➔ ix est inversible à gauche.
En outre, l'ensemble S des xEX vérifant ces conditions est ouvert dans
X; Ker(u)IS est un (IJs-Module localement libre et tout xES admet un
voisinage ouvert V c S tel que Ker(u)IU admette dans GIU un supplé-
mentaire localement libre (isomorphe à fflU).
L'équivalence de a) et b) résulte du lemme de Nakayama; pour la
même raison, c) équivaut à dire que
( Âmux) (8) 1 : ( Âmtffx)/mx( Âmtffx)----➔ ( Âm/F,,)/mx( Âm/F,,)
est surjectif; mais (Amux) (8) 1 s'identifie à
Âm(ux® 1): Âm(~/mxtffx)----➔ Âm(ffe',,/mx/F,,),
et comme !F,,/mx!F,, est un espace vectoriel de rang m sur K(x), Am(ux® 1)
est surjectif lorsque ux® 1 est surjectif, et nul dans le cas contraire;
d'où l'équivalence de a) etc). D'autre part, comme (GT = tl, (ffT=ff
et 1( 1u) = u, il revient au même de dire que ux® 1 est surjectif, ou que
son transposé 1(ux® 1) = Cux)® 1: :#xfmx:#x.....-➔ ixfmxix est injectif, d'où
l'équivalence de a) et d) en vertu de (5.5.4). Le fait que S est ouvert ré-
sulte de (5.5.4). On peut donc se borner au cas où S=X, et les autres
assertions de l'énoncé se déduisent par transposition des conclusions
de (5.5.4) appliquées à 1u.
Corollaire (5.5.7) Avec les notations de (5.5.6), on suppose de plus
que tl et ff aient même rang en tout point. Alors, pour tout xEX, les
conditions suivantes sont équivalentes:
a) Ux est inversible à gauche.
b) ux est surjectif.
c) Ux est bijectif.
En outre, l'ensemble des x EX vérifiant ces propriétés est ouvert dans X.
Corollaire (5.5.8) Avec les notations de (5.5.6), soit f: X'.....-➔ X un
morphisme d'espaces localement annelés (4.1.12) et posons tl'=f*(tl),
ff' = f* (ff), qui sont des @x,-Madules localement libres de rang fini
(5.4.5); soit u'=f*(u):tff'.....-➔ ff'. Afin qu'en un point x'EX', u~. soit
surjectif (resp. inversible à gauche) il faut et il suffit qu'au point x =f (x'),
ux soit surjectif (resp. inversible à gauche).
En effet, on a tff~,=tlx®@JJx,, ff~,=~®@JJx,, et u~, se déduit deux
par le changement de base de ((Jxà ((Jx'• Si k et k' sont les corps résiduels
respectifs de X et X' aux points x et x', on a donc tff~,(8) k' =(tlx® k) ®kk'
et ff~.(8)k' =(ffx®k)®kk' et l'homomorphisme t4.(8)lk,: tff~.(8)k'----➔ ff~,<8)k'
se déduit de ux®lk: tlx®k----➔ ~®k par changement de base de k à k'.
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 123
La conclusion résulte alors de ce que ce changement de base est fidèlement
plat, du lemme de Nakayama et de (5.5.5) et (5.5.6).
Proposition (5.5.9) Soient X un espace localement annelé, 2: un
0x-Module de type fini. Pour que 2: soit un 0x-Module localement
libre de rang 1, il faut et il suffit qu'il existe un 0x-Module ff tel que
2: ®@xff soit isomorphe à l'!Jx;tout l'!Jx-Module ff ayant cette propriété
est alors isomorphe à 2:- 1 (5.4.3).
On a vu (5.4.3) que la condition est nécessaire; en outre, si 2:' est
localement libre de rang 1, 2: - l est isomorphe à 2:- 1 ®l'Jx0x,
donc à 2:' - 1 ® l'Jx(2: ® l'Jxff) et finalement à ff. Reste donc à
prouver que si 2:' ®l'Jxff est isomorphe à 0x, 2: est localement
libre de rang 1. Soit xEX et posons 0x,x=A (qui est un anneau
local d'idéal maximal m), 2:x = M, ff,, = N; l'hypothèse entraîne
que M®AN est isomorphe à A, et comme (A/m)®A(M®AN)
s'identifie à (M/m M) ®A/m(N/mN), ce dernier produit tensoriel d'espaces
vectoriels sur le corps A/m est isomorphe à A/m, ce qui exige que M/m M
et N/m N soient de rang 1 sur A/m. Pour tout élément ZEM n'apparte-
nant pas à mM, on a donc M=Az +mM, ce qui entraîne M=Az
en vertu du lemme de Nakayama (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 3,
n°2, cor. 1 de la prop. 4); par ailleurs, !'annulateur de z annule aussi
M ®AN, qui est isomorphe à A, donc cet annulateur est réduit à 0, et M
est isomorphe à A. Il y a donc une section s de 2:' au-dessus d'un voisinage
ouvert U de x dans X, telle que tx,_.,,txsx soit un isomorphisme du
l'!!x,x•modulel'!!x,xsur le l'!!x.x•module2:x. Puisque 2: est de type fini, on
peut, en restreignant au besoin U, supposer que s engendre 2:'IU (5.2.2),
autrement dit, on a un homomorphisme surjectif u: CDu-2:'IU (5.1.1);
en outre, pour tout y EU, l'homomorphisme l'!Jx,y/my- 2:.)my 2:.,
déduit de u est bijectif, donc il en est de même de u (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. II,§ 3, n° 2, cor. de la prop. 6), CQFD.
Les l'!Jx-
Modules localement libres de rang 1 sur un espace locale-
ment annelé X sont encore appelés l'!Jx-Modulesinversibles.
Proposition (5.5.10) Soient X un espace localement annelé, 2: un
l'!Jx-Module inversible,! une section de 2: au-dessus de X. Pour tout x EX,
les conditions suivantes sont équivalentes:
a) fx engendre le l'!!x,x•module 2:x.
b) fAmx.2:x (autrement dit (4.1.9), f(x)#O).
c) Il existe une section g de 2:- 1 au-dessus d'un voisinage ouvert V
de x telle que l'image canonique de (JIV)®g dans r(V,l'!Jx) (5.4.3) soit
l'élément unité.
E ensemble X f des x EX vérifiant ces conditions est ouvert dans X.
En effet, la question étant locale sur X, on peut se borner au cas où
2: = (!)x, et dans ce cas la proposition résulte de (4.1.8).
124 O. Préliminaires
5.6. Groupe de Picard
(5.6.1) Soit X un espace annelé. Pour tout entier n > 0, montrons
qu'il existe un ensemble Wln(noté aussi Wln(X))de @x-Modules locale-
ment libres de rang n tel que tout @x-Module localement libre de rang n
soit isomorphe à un élément de Wlnet un seul. Considérons pour cela
l'ensemble 9ln des couples (U, 0), où U parcourt l'ensemble des recouvre-
ments ouverts de X (partie de~ (X)) et où, pour chaque U, 0 parcourt
l'ensemble des familles (0uv)<u.V)euxu,0uv étant un isomorphisme de
~l(U n V) sur lui-même, avec 0uu égal à l'automorphisme identique
de ~. et la famille (0uv) étant assujettie à satisfaire la condition de
recollement (3.3.1). Il correspond à tout élément (U,0) de 9ln un
@x-Module localement libre de rang n bien déterminé (à l'aide de la
fonction 't de Hilbert) (3.3.1). Si l'on désigne par En l'ensemble de ces
@x-Modules, il résulte des définitions que tout @x-Module localement
libre de rang n est isomorphe à un élément de En; il suffit alors de
prendre pour Wln(à l'aide de la fonction 't de Hilbert) un système de
représentants dans En pour la relation d'équivalence: «G et tff' sont
isomorphes» dans En. Pour tout 0x-Module tl localement libre de
rang n, on note cl(C) l'unique élément de Wlnqui lui est isomorphe.
(5.6.2) On peut définir sur l'ensemble Wl1 (X) une loi de composi-
tion en faisant correspondre à deux éléments 2:, 2:' de Wl1 (X) l'élément
cl(.2! (8)2:''); il est clair que cette loi est associative et commutative et
a pour élément neutre cl(@x); en outre il résulte de (5.4.3) que pour
tout 2: Efill1 (X), cl (2:'- 1) est inverse de 2:' pour cette loi. On a donc
ainsi défini sur Wl1 (X) une structure de groupe commutatif; muni de
cette loi, Wl1 (X) est appelé le groupe de Picard de l'espace annelé X
et noté Pic(X).
(5.6.3) Nous allons maintenant définir un isomorphisme canonique
de groupes
([Link]) <i>x:H1(X, ~) ~ Pic(X).
Notons pour celà (5.4.2) que pour tout ouvert U c X, le groupe multi-
plicatif des sections r(U, ~) s'identifie canoniquement au groupe des
automorphismes du (%-Module 0u, l'identification faisant correspondre
à une section E de ~ au-dessus de U l'automorphisme u de 0utel que
ux(sx)=Exsx pour tout XEU et tout SxEl'!!x,x·Soit alors U=(UJ un
recouvrement ouvert de X; la donnée, pour tout couple d'indices (À,µ),
d'un automorphisme 0i. de @xl(Ui.n Uµ), revient à se donner une
1-cochaîne du recouvrement U, à valeurs dans ~' et dire que les 0i.µ
vérifient la condition de recollement (3.3.1) signifie que la cochaîne
correspondante est un cocycle. De même, la donnée, pour tout À, d'un
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 125
automorphisme [Link] 0u,., revient à la donnée d'une 0-cochaîne du recou-
vrement U, à valeurs dans (9~, et le cobord de cette cochaîne correspond
à la famille des automorphismes (wi.l([Link]µ))o(roµl([Link]µ)t 1. Faisons
alors correspondre à tout 1-cocycle (0i.µ) de U à valeurs dans ~,
l'élément cl(2") de Pic(X), où 2" est le l'9x-Module localement libre
de rang 1 obtenu par recollement à partir de U et de la famille 0 = (0i.µ);
à deux cocycles cohomologues correspond le même élément de
Pic(X) (3.3.2), de sorte que l'on a défini ainsi une application
<i>u:H1 (U,~)-Pic(X). En outre, si m est un second recouvrement
ouvert de X, plus fin que U, le diagramme
où la flèche verticale est l'homomorphisme canonique (G, II, 5.7), est
commutatif, comme il résulte de (3.3.3). Par passage à la limite induc-
tive, on obtient donc bien une application <i>x:H1 (X,~)-Pic(X), le
groupe de cohomologie de Cech fl1(X, ~) s'identifiant canonique-
ment, comme on sait, au premier groupe de cohomologie H 1 (X,~)
(G, II, 5.9, cor. du th. 5.9.1). L'application <!lxest surjective, comme il
résulte de (5.6.1); elle est aussi injective, car il suffit de le montrer pour
les applications <!lu,et celà résulte de la définition de H 1 (U, ~) et des
remarques faites plus haut. Il reste à voir que chacune des <i>uest un
homomorphisme de groupes. Or, soient 2", 2"' deux lPx-Modules locale-
ment libres de rang 1 tels que, pour tout À, 2"1Ui. et 2"'1Ui. soient iso-
morphes à%,; il y a donc pour chaque indice À un élément ai. (resp. a;_)
de r(Ui.,2") (resp. r(Ui.,2"')) tel que les éléments de r(Ui.,2") (resp.
de r(Ui., 2"')) soient les si.· ai. (resp. si.· a~), où si. parcourt r(Ui., 0x).
Les cocycles correspondants (Ei.µ),(E~µ)sont tels que la relation si.· ai.
= sµ· aµ (resp. si.· a~= sµ· a~) au-dessus de Ui. n U µ soit équivalente à
si.=Ei.µsµ (resp. si.=E'i.µsµ)au-dessus de [Link]µ. Comme les sections
de 2"®2"' au-dessus de Ui. sont les sommes finies des si.s~·(ai.®a~)
où si. et s~ parcourent r(Ui., 0x), il est clair que le cocycle (Ei.µE~µ) cor-
respond à 2"®2"', ce qui achève la démonstration (pour une forme
générale de ce résultat, voir [4]).
(5.6.4) Soit u=(\j,,ro): X' -x un morphisme d'espaces annelés; si
2"1 , 2"2 sont deux lPx-Modules localement libres de rang 1 et isomorphes,
126 O. Préliminaires
les @x,-Modules u*(2 1) et u*(2 2 ) (5.4.5) sont isomorphes; d'autre
part, pour deux @x-Modules quelconques ff,<§, on a u*(ff®"S)
=u*(ff) (8)u*("S) à isomorphisme canonique près (4.3.3); on en conclut
que le morphisme u définit canoniquement un homomorphisme de
groupes commutatifs
Pic(u): Pic(X)- Pic(X').
D'autre part, on a un homomorphisme canonique (T, 3.2.2)
H 1 (u): H1(X,~)-H1(X',~.)
correspondant à la restriction à~ de l'homomorphisme ro: l'!!x:-\\T*(@x,).
Montrons que le diagramme
Pic(X) Pic(u)
Pic(X')
est commutatif. En effet, si 2 provient d'un cocycle (Ei.µ)d'un recou-
vrement ouvert (Ui.) de X, il suffit de prouver que u*(2) provient d'un
cocycle dont la classe de cohomologie est l'image par H 1 (u) de celle
de (Ei.µ).Mais si 0i.. est l'automorphisme de @xl(Ui.n Uµ) correspondant
1
à Ei.µ,il est clair que u*(2) s'obtient par recollement des @x,I\\T- (UJ
au moyen des automorphismes u*(0i.µ), et il suffit donc de vérifier que
ces derniers correspondent au cocycle (ro11(Ei.µ)); mais cela résulte
aussitôt des définitions en identifiant Ei.µ à son image canonique par
P@x(3.7.1), section de \j,- 1 (0x) au-dessus de \j,- 1 (Ui.n Uµ).
5. 7. Morphismes plats d'espaces annelés
(5.7.1) Soit f: X - Y un morphisme d'espaces annelés, et soit
ff un @x-Module. On dit que ff est fplat (ou Y-plat lorsque aucune
confusion n'est à craindre surf) en un point xEX si ~ est un 0nxr
module plat; on dit que ff estfplat au-dessus de yEY si ff estfplat en
tous les points xEf- 1 (y); on dit que ff estfplat si ff estfplat en tous
les points de X. On dit que le morphisme f est plat en xEX (resp. plat
au-dessus de yEY, resp. plat) si @xestfplat en x ([Link] au-dessus de
y, [Link]). Sif est un morphisme plat, on dit encore que X est plat sur
Y, ou Y-plat.
(5.7.2) Avec les notations de (5.7.1), si ff estfplat en x, pour tout
voisinage ouvert U de y=f(x), le foncteur <s-(f*("S)(8) 19xff)x est
exact dans la catégorie des ( 0vlU)-Modules; en effet, cette fibre s'identifie
canoniquement à <§Y<8)19Y~' et notre assertion résulte de la définition.
§ 5. Faisceaux quasi-cohérents et faisceaux cohérents 127
En particulier, si f est un morphisme plat, le foncteur f* est exact dans la
catégorie des @y-Modules.
(5.7.3) Inversement, supposons le faisceau d'anneaux 0y cohérent,
et supposons que pour tout voisinage ouvert U de y, le foncteur
(f*(~)® 19xfft soit exact en~ dans la catégorie des (0ylU)-Modules
cohérents. Alors ff est }~plat en x. En effet, il suffit de prouver que pour
tout idéal de type fini~ de (!)y, l'homomorphisme canonique ~® 19yffx-ffx
est injectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 3, Remarque 1). Or,
on sait (5.3.12) qu'il existe alors un voisinage ouvert U de y et un Idéal
cohérent f de 0vl U tel que fY = ~. d'où la conclusion.
(5.7.4) Les résultats sur les modules plats se transcrivent aussitôt en
propositions sur les faisceauxf-plats en un point:
Si o- ff' - ff - ff" - 0 est une suite exacte de l'!Jx-Moduleset si
ff" est fplat au point XEX, alors, pour tout voisinage ouvert U de
y= f(x) et tout ( 0vlU)-Module ~, la suite
Ü- (f*(~) ®@xff')x - (f*(~) ®@xff)x - (f*(~) ®@xff")x - Ü
est exacte. Pour que ff sojt f-plat en x, il faut et il suffit alors que ff' le
soit. On a des énoncés analogues pour les notions correspondantes de
l'!Jx-Modulefplat au-dessus de yEY, ou de l'!Jx-Modulefplat.
(5.7.5) Soient f: x- Y, g: Y -z deux morphismes d'espaces
annelés; soient xEX, y=f(x), ff un l'![Link] ff estfplat au point
x et si le morphisme g est plat au point y, alors ff est (gof)-plat en x
(Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 7, cor. 3 de la prop. 8). En particulier,
sif et g sont des morphismes plats, gof est plat.
(5.7.6) Soient X, Y deux espaces annelés, f: x-
Y un morphisme
plat. Alors l'homomorphisme canonique de bifoncteurs (4.4.6)
([Link])
est un isomorphisme lorsque ff admet une présentation finie (5.2.5).
En effet, la question étant locale, on peut supposer qu'il existe une
suite exacte 0':i-0v-ff-O. Or, les deux membres de ([Link]) sont
des foncteurs exacts à gauche en ff en vertu de l'hypothèse surf; on est
alors ramené à démontrer la proposition lorsque ff = 0v, cas où elle
est triviale.
(5.7.7) On dit qu'un morphisme f: x- Y d'espaces annelés est
fidèlement plat si f est surjectif et si, pour tout XE X, (!)x est un (!)nxr
module fidèlement plat. Lorsque X et Y sont des espaces localement
annelés (4.1.9) et fun morphisme d'espaces localement annelés (4.1.12),
128 O. Préliminaires
il revient au même de dire quef est surjectif et plat (6.6.1). Lorsquef est
fidèlement plat, f* est un foncteur exact et fidèle dans la catégorie des
@y-Modules (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 3, n°2, prop. 2), et pour
qu'un @y-Module~ soit Y-plat, il faut et il suffit que f*(~) le soit (lac. cit.,
n° 3, prop. 6).
§ 6. Compléments d'algèbre commutative
6.1. Limites inductives d'anneaux
Dans toute cette section, (A"',cp6"') désigne un système inductif
d'anneaux dont l'ensemble d'indices I est préordonnéfiltrant à droite; on
A"'.....-➔ A. -
pose A=limA"' et on désigne par <p"'l'homomorphisme canonique
Proposition (6.1.1) Pour que A= 0, il faut et il suffit qu'il existe un
indice y tel que A 1 = 0, et l'on a alors A 6 = 0 pour tout ~?, y.
En effet, pour tout CXEI,l'homomorphisme <p"'transforme l'élément
unité de A"'en celui de A; dire que A= 0 signifie que <p"'( 1)= 0 ou encore
<p"'(l)=<p"'(0). Mais celà équivaut à dire qu'il existe un y?,cx tel que
<p1"'(1)=<p1"'(0); or cette dernière relation équivaut à A 1 =0, d'où la
proposition.
Proposition (6.1.2) (i) Pour tout indice c,_,soit o"'un idéal de A"'tel que,
pour ~?, cx, on ait <p6"'(o"')c 0 6 , de sorte que les o"'forment un système
inductif {l'ensembles pour les restrictions des <p6"'. Alors o = 11!"!!o"' s'iden-
o"'= cp11 -
tifie canoniquement à un idéal de A, et A/o à lim(AJo"'). Si de plus on a
1
/ ( 0 6) pour ~?, cx,alors o"'= cp; ( o) pour tout cx.
(ii) Inversement, pour tout idéal o de A, si l'on pose o"'= cp; 1 ( o) pour
-
tout cx,les o"'forment un système inductif tel que o = lim o"'.
Comme A est réunion des <p"'(A"'),il est clair que (ii) est un cas particu-
lier de (i). Dans (i), le fait que o s'identifie canoniquement à un idéal de A,
-
et A/o à lim(AJo"'), provient de l'exactitude du foncteur lim dans la
-
catégorie des modules (Bourbaki, Alg., chap. II, 3• éd.,§ 6, n°6, prop. 8).
Pour prouver la dernière assertion, notons que o est réunion de la famille
croissante des <p"'(o"');si x"'EA"' est tel que <p"'(x"')Eo,il existe ~?,cx tel
que <p"'(x"') = cp6(x 6) pour un x 6 Eo 6, donc cp6(cp6"'(x"'))=<p6(x 6); mais
celà entraîne l'existence d'un y?,~ tel que <p16(cp6"'(x"'))=<p16(x 6), donc
<p1"'(x"')Eo1 ; si l'on suppose que o"'=<p;/(oy), on en conclut que x"'Eo"'.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 129
Corollaire (6.1.3) Si in"' est le nilradical de A"',le nilradical in de A
- -
s'identifie à limill"', et Ared=A/ill à lim(A"')red• En particulier, si les A"'
sont réduits, il en est de même de A.
Il est clair en effet que <p~"'(inJcm~pour r::,.~ ~' et que 1~ m"'est un
nilidéal de A, donc contenu dans [Link], si xEill, on a xh=O
pour un entier h; on peut écrire x=<p"'(x"')pour un r::,.et un x"'EA"'; la
relation <po,(~)=0 entraîne l'existence d'un ~?,r::,.tel que <p~"'(~)=O, ou
encore xi=o en posant x~=<p~"'(x"');par suite x~Eill~, et comme
x=<p~(x~), cela achève de prouver le corollaire.
Proposition (6.1.4) Supposons que chacun des A"' soit un anneau
local d'idéal maximal m"',et que les <p~"'soient des homomorphismes locaux;
soit k"'= AJm"' le corps résiduel de A"'.Alors A est un anneau local dont
- -
m=limm"' est l'idéal maximal et k=limk"' le corps résiduel; en outre, si
m~=m"'A~ pour r::,.~ ~' on a m=m"'A pour tout r::,.,
Pour prouver la première assertion, il suffit de montrer que tout
x<tm estinversibledansA;maisilexister::,.etun x"'EA"' telsquex=<p"'(x"'),
et comme m"'=<pll/(m~) pour ~?,r::,., il résulte de (6.1.2, (i)) que l'hy-
pothèse x<tm entraîne x"'<tm"';donc x"' est inversible dans A"' et par
suite x l'est dans A. L'hypothèse m~=m"'A~ signifie que l'application
canonique m"'®A.A~ - m~ est surjective; la relation m =m"'A résulte
-
alors de l'exactidude du foncteur lim et du fait qu'il commute au produit
tensoriel (Bourbaki, Alg., chap. II, 3• éd.,§ 6, n°6, prop. 8 et n°7, prop. 12).
Proposition (6.1.5) Pour tout indicer::,., soit S"'une partie multiplicative
de A"', et supposons que pour r::,.~ ~' on ait <p~"'(S"') c S~, de sorte que les
S"'forment un système inductif d'ensembles pour les restrictions des <p~"''
-
et que S = lim S"' est une partie multiplicative de A, telle que <p"'(S"')
pour tout r::,.,Pour r::,.~ ~' soit p~"':s; A"'- Sil A~ l'unique homomorphis-
me rendant commutatif le diagramme
1 1
c S
<PB•
A"' A~
l l
s; 1
A"'
-
PB•
Sil A~
(Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 2, n° 1, prop. 2); alors (S; 1 A"',p~"')
-
est un système inductif d'anneaux ; posons A' = lim (S; 1 A"') et soit p"':
130 O. Préliminaires
s; 1 A".....-➔ A' rapplication canonique.D'autre part, soit 'Va.:s; 1
A" ➔ S- 1 A
l'unique homomorphisme rendant commutatif le diagramme
A" A
l l
s- 1 A
Alors (\\la.)est un système inductif d'homomorphismes; soit \j,: A' ➔ s- 1 A
sa limite. Alors \j, est un isomorphisme.
Il est immédiat par construction que \j, est surjectif. D'autre part, soit
Pa.(aJsa.)EA' tel que \\T(Pa.(aJsa.))=0,autrement dit 'Va.(aJsa.)=0,ou
encore <i>a.(a")/<p"(sa.)=0 dans s- 1 A. Cela équivaut à dire qu'il existe
tES tel que t<p"(aa.)=0;mais il y a un ~?,Cl et un t~ES~ tels que t=<p~(t~),
et comme <p"(aa.)=<p~(a~) avec a~=<p~"(aa.),on a <p~(t~a~)=[Link]
entraîne l'existence d'un y?,~ tel que, si l'on pose t1 = <p 1 ~(t~),a1 = <p
1 ~(a~)
=<p1"(aa.),on ait t1 a1 =0. On en conclut que, pour s1 =<p1a.(sa.),on a
Pa.(aJsa.)=py(arfs 1
)=p 1 (t1 arft1 sy)=0, ce qui achève la démonstration.
Proposition (6.1.6) (i) Pour tout indice Cl, soit Pa. un idéal premier
de A" tel que, pour Cl~~' on ait <p~a(pJc p~. Alors p = 1~ Pa. est un
idéal premier de A. En particulier, si les A" sont intègres, il en est de même
de A.
-
(ii) Si de plus on a Pa.= <pii/(p~) pour Cl~~'
noniquement à lim(Aa.)p.
.
alors ~ s'identifie ca-
(iii) Si A est un anneau local, m son idéal maximal, et si les homomor-
phismes <i>a. sont injectifs, alors, en posant Pa.= cp;1 (m), on a A= l~(AJP.
et les homomorphismes (Aa.)p.➔ Am= A sont injectifs.
Les deux assertions de (i) sont en fait équivalentes puisque A/p
-
= lim(AJpa.). Supposons donc tous les A" intègres, et soient x,y deux
éléments de A tels que x y= O. II existe par suite un indice Cl tel que
X=<pa.(xa.), y=<pa.(Ya.)pour xa.,[Link] Aa., et <i>a.([Link].)=0; cela entraîne
l'existence d'un indice ~?, Cl tel que, si l'on pose x~ = <p~"(xa.),y~= <p~a.(Ya.),
on ait x~y~=O; comme A~ est intègre, on a x~=O ou y~=O, et puisque
x = <p~(x~), y= <p~(y~),cela prouve que A est intègre.
Pour prouver (ii), il suffit d'observer que les Sa.=Aa.-Pa. forment
alors un système inductif de parties multiplicatives des Aa., dont la
limite inductive est S = A- p. Il suffit alors d'appliquer (6.1.5).
La première assertion de (iii) résulte de (ii), puisque Am=A. En
outre, les éléments de Aa.-Pa. sont inversibles dans A, donc (en con-
sidérant A comme un Aa.•module) on a aussi ~- =A, et le fait que
(AJP. ----➔~. soit injectif résulte par platitude de ce que <p"est injectif.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 131
6.2. Identification du module ~1 à une limite inductive
(6.2.1) Soient A un anneau, M un A-module, fun élément de A.
Considérons une suite (Mn) de A-modules, tous identiques à M, et pour
tout couple d'entiers m,.,;;n soit <i>mn: Mm- Mn l'homomorphisme
z-f"-mz; il est immédiat que ((Mn),(<i>nm))
-
est un système inductif de
A-modules; soit N =limMn sa limite inductive. Nous allons définir un
A-isomorphisme canonique fonctoriel . 0: N ~ M1 . Pour cela, re-
marquons que pour tout n, 0n: z-z/fn est un A-homomorphisme de
Mn=M dans M 1 , et il est immédiat que 0no<i>nm=0m pour m,.,;;n,autre-
ment dit (0n) est un système inductif d'homomorphismes. Prenons pour
0 la limite inductive de ce système, de sorte que si <pn:Mn - N est
l'homomorphisme canonique, on a 0n=0o<pn pour tout n. Comme par
définition tout élément de Mf est de la forme z/f" pour un n au moins,
0 est surjectif. D'autre part, si 0(<pn(z))=0, autrement dit z/f"=O, il
existe un entier k?-,0 tel que Jkz=O, donc <i>n+k n(z)=O, ce qui entraîne
cph) = O. On peut donc identifier M f et 1~ Mn 'au moyen de 0.
(6.2.2) Ecrivons maintenant M 1,n, <i>!met cpf;au lieu de Mn, <i>nm
et <i>n·
Soit g un second élément de A. Comme f n divise f" gn, on a un
homomorphisme fonctoriel
PJg,f: M1- Mfg
(Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 2, n° 3, prop. 8). Si on identifie
canoniquement M 1 et M 19 à ~ M 1 ,n et ~ M 19,n respectivement,
p19,1 s'identifie à la limite inductive des applications p'J9,1 : M 1 ,n- M 19,n
définies par p'J9 ,/z) = gnz. En effet, cela résulte immédiatement de la
commutativité du diagramme
M f,n ..El&L...
Mfg,n
l ~!•
---Mfg
PJg,f
6.3. Propriétés de finitude
(6.3.1) Nous ne reviendrons pas sur la définition d'un A-module
de type fini ou de présentation finie (cf. Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2,
n° 8). Rappelons que tout module de présentation finie est de type fini,
que tout module projectif de type fini est de présentation finie et que si A
est noethérien, tout A-module de type fini est de présentation finie (lac. cit.,
lemme 8). Un module plat de présentation finie est projectif (Bourbaki,
132 O. Préliminaires
Alg. comm., chap. II,§ 5, n°2, cor. 2 du th. 1); par contre un module plat
de type fini n'est pas nécessairement projectif (ni par suite de présen-
tation finie) (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, exerc. 18).
Proposition([Link]) Si O -- M' ~ M ~ M" -- 0 est une
suite exacte de A-modules et si M' et M" sont de [Link] (resp. de présen-
tation finie), alors M est de type fini (resp. de présentation finie).
On a en effet deux homomorphismes surjectifs g': L'--~➔ M' et
g": L'' .....-➔ M", où L' et L" sont des A-modules libres de type fini. On en
déduit un homomorphisme g: L' EBL" .....-➔ M tel que le diagramme
([Link])
0 ---> L'
g' i
- u
-
L'EBL"
gi
V
L''--->
i g"
0
0 --->M' M M''- 0
1 p
(où u et v sont les homomorphismes canoniques) soit commutatif: en
effet, puisque L" est libre, il existe un homomorphisme h": L" .....-➔ M tel
que poh" =g"; on prend alors g(x' +x")=J(g'(x'))+h"(x") et la commu-
tativité de ([Link]) est immédiate. Comme les lignes de ce diagramme sont
exactes, on en déduit une suite exacte (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§ 1, n° 4, prop. 2)
Ker(g') .....-➔ Ker(g) .....-➔ Ker(g") .....-➔ Coker(g') .....-➔ Coker(g) .....-➔ Coker(g")
et comme Coker(g')= Coker(g")=0, on en déduit déjà Coker(g)=0, ce
qui prouve que M est de type fini. Si de plus M' et M" sont de présen-
tation finie, Ker(g') et Ker(g") sont de type fini, et la suite exacte
précédente montre (puisque Coker(g')=0) que Ker(g) est aussi de
type fini, donc M de présentation finie.
Proposition([Link]) Soient M, N deux A-modules.
(i) Pour que M EBN soit de présentation finie, il faut et il suffit que
M et N le soient.
(ii) Si Met N sont de pré[Link], il en est de même de M ®AN.
(iii) Si M est un A-module projectif de type fini et si N est de présentation
finie, HomA(M,N) est de pré[Link].
(i) -La suffisance de la condition est un cas particulier (trivial)
de ([Link]). Inversement, s'il y a un homomorphisme surjectif
u: Am....-➔ M EBN dont le noyau R est de type fini, et si p: M EBN .....-➔ M est
la projection canonique, le noyau de pou:Am.....-➔ M est u- 1 (N). Or il est
clair que N est de type fini, et u- 1 (N) est engendré par R et par un en-
semble fini dont les images par u forment un système générateur de N,
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 133
donc u- 1 (N) est de type fini et par suite M est de présentation finie.
(ii) Si M ~ Am/R et N ~ A"/S, M ®AN est isomorphe à
Am"/(Im(Am (8) S) + Im(R (8)A")). Si chacun des modules R, S est de type
fini, il en est de même de Im(Am®S)+Im(R®A"), d'où la conclusion.
(iii) L'hypothèse entraîne l'existence d'un A-module P tel que
M EBP soit isomorphe àA";onen déduit que HomA(M,N) EBHomA(P,N)
est isomorphe à HomA(A",N)~N", donc est de présentation finie; la
conclusion résulte alors de (i).
On a enfin la proposition suivante:
Proposition ([Link]) Tout A-module est isomorphe à une limite
inductive filtrante de A-modules de présentation finie.
Soit M un A-module. Pour toute partie finie L de M, considérons
le A-module AL, et si L c L' sont deux parties finies de M, soit
uL;L:AL--➔ Ai: l'injection qui, pour toute application f de L dans A,
est telle que uL,,L(J) soit le prolongement de f par 0 aux éléments de
L' - L; soit d'autre part uL: AL-➔ M l'homomorphisme de A-modules
transformant en un élément mEL l'élément de la base canonique de
AL d'indice m. Soit PL le noyau Ker(ud; considérons l'ensemble des
couples cx=(L,Rd, où L parcourt l'ensemble des parties finies de M
et, pour chaque L, RL parcourt l'ensemble des parties finies de PL. Il
est clair que l'on a uL',dPL) c PL, pour L = L'; nous ordonnerons
l'ensemble des couples (L,RL) en posant (L,RL) ~(L',RL,) si L c L'
et si uL',L(RL)c RL'• Il est immédiat que l'on a ainsi défini une relation
d'ordre; en outre cette relation est filtrante, car si (L,RL) et (L',RL,)
sont quelconques, on considère L" =Lu L' et Ri,, réunion des images
uL",L(RL) et uL',,dRL,); (L",Ri,,) est un majorant de (L,RL) et de
(L',RL,). Pour tout couple cx=(L,Rd, soit alors N(RL)cPL le sous-
module engendré par RL dans AL; le A-module M"'=AL/N(RL) est de
présentation finie; pour cx~~=(L',RL,), on a uL',L(N(Rd) c N(RU, et
on note v~"'l'homomorphisme M"'--➔ M~ obtenu à partir de uL',L par
passage aux quotients. Il est immédiat que (M"',v~"') est un système in-
ductif de A-modules; montrons que sa limite inductive M'est isomorphe
à M. Notons v"': M"'~M' l'homomorphisme canonique, et soit d'autre
part w"':M"'--➔ M l'homomorphisme déduit de uL par passage au
quotient; les w"' forment un système inductif, de limite w: M'--➔ M,
et il s'agit de prouver que w est bijectif. En vertu des définitions, il est
clair que w est surjectif. Supposons que w(x')=O pour un x' EM';
alors il existe un cx=(L,Rd et un x"'EM"' tels que x'=v"'(x"') et
w"'(x"')=0; donc x"' est image canonique d'un élément JLEPL; si RL
est réunion de RL et de {Yd et si ~ = (L, RL), on a donc v~"'(x"')= 0
et par suite x' = O. CQFD.
134 O. Préliminaires
Proposition (6.3.2) Soient A 0 un anneau, (A1leL un système inductif
-
de A 0 -algèbres, A= limAi.; soient M 0 , N 0 deux A 0 -modules, et posons
-
= lim Ni., Si M 0 est un A 0 -module de type fini (resp. de présentation
finie), l'homomorphisme canonique
([Link])
-
lim HomA (Mi.,Ni.)- HomA(M,N)
est injectif (resp. bijectif).
'
L'homomorphisme ([Link]) est défini de la façon suivante: puisque,
pour ï.,,;;:;µ,on a Mµ=Mi.®A,.Aµ, Nµ=Ni.®A,.Aµ, on a une application
canonique Uµi.:HomA,_(Mi.,Ni.)-HomA,.(Mµ, Nµ) (Bourbaki, Alg.,
chap. II, 3• éd., § 5, n° 3), et ces applications définissent un système
inductif de Ai.-modules (HomA, (Mi.,Ni.),uµJ; d'autre part, on a de
même des applications canoniques Vi.: HomA.(Mi.,Ni.)-HomA(M,N),
qui forment un système inductif d'applications; l'homomorphisme
([Link]) est la limite inductive de ce système d'applications.
Pour démontrer la proposition, remarquons (Bourbaki, lac. cit.,
n° 1) que l'on a des isomorphismes canoniques fonctoriels
si bien que l'homomorphisme ([Link]) n'est autre, à des isomorphismes
canoniques près, que l'homomorphisme canonique
([Link])
qui, à tout système inductif d'homomorphismes de A0 -modules
0i.: M 0 - Ni., fait correspondre sa limite inductive.
Or, si M0 est de type fini (resp. de présentation finie), on a une suite
exacte A0-M 0 -o (resp. A0-A 0-M 0 -0); comme il est clair que
([Link]) est bijectif lorsque M0 est de la forme At, il suffit d'utiliser
l'exactitude à gauche du foncteur M 0 - HomA0 (M 0 , P) et l'exactitude
-
du foncteur lim (dans la catégorie des A 0 -modules) pour conclure.
Proposition (6.3.3) Soient (A"') un système inductif d'anneaux,
-
A= lim A"'. Pour tout A-module de présentation finie M, il existe un
indice r::,.et un A"'-module de présentation finie M"'tel que M soit iso-
morphe à M"'®A.A.
En effet, on peut supposer que M =A'/P, où Pest un sous-A-module
existe un r::,.et
-
de type fini de A'. Comme A' = lim (A~) et que P est de type fini, il
un sous-A"'-module de type fini P"' de A~ tel que P soit
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 135
l'image canonique de P"'®A A; l'exactitude à droite du produit
tensoriel montre donc que M ~st isomorphe a (A~P"')®A.A.
(6.3.4) Nous ne reviendrons pas sur la définition d'une A-algèbre
de type fini (resp. finie) (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 1, n° 1 et
chap. V, § 1, n° 1). Rappelons que si B est une A-algèbre de type fini
(resp. finie), A' une A-algèbre, alors B' = B ®AA' est une A' -algèbre de
type fini (resp. finie). Si B est une A-algèbre de type fini (resp. finie)
et C une B-algèbre de type fini (resp. finie), alors C est une A-algèbre
de type fini (resp. finie). Lorsque A est un corps et Bun surcorps de A, on
évitera de confondre la notion d'extension de type fini du corps A et de
A-algèbre de type fini: le corps des fractions rationnelles A(X) est
engendré par l'unique élément X en tant qu'extension de A, mais n'est
pas une A-algèbre de type fini.
(6.3.5) On peut encore dire qu'une A-algèbre de type fini est une
algèbre isomorphe à une algèbre quotient A[T 1 , ... ,Tn]/a d'une algèbre
de polynômes. On dit qu'une A-algèbre B est de présentation finie si
elle est isomorphe à un tel quotient où en outre l'idéal a est de type
fini. Pour toute A-algèbre A', B' =B ®AA' est alors une A'-algèbre de
présentation finie, étant isomorphe au quotient de A' [T 1 , ... , Tn] par
l'image canonique dans cet anneau de a®AA', qui est un A'[T 1 , ... , Tn}
module de type fini.
Si B est une A-algèbre de présentation finie, et C une B-algèbre
de présentation finie, alors C est une A-algèbre de présentation finie.
En effet, on peut supposer que B=A[S 1 , ... ,SmJ/a et C=B[T 1 , ... ,Tn]/b,
où a (resp. b) est un idéal de type fini de A [S 1 , ••• , Sm] (resp. B (T1, ••• , Tn]);
d'après ce qui précède, l'anneau B[T 1 , ... ,Tn]=B®AA[T 1 , ... ,Tn] est
isomorphe à A[S 1 , ... ,Sm,T 1 , ... ,Tn]/a', où a' est un idéal de type fini;
l'idéal b de B[T 1 , ... ,Tn] est donc de la forme b'/a', où b' est un idéal
de A[S 1 , ... ,Sm,T 1, ... , Tn]; comme a' et b'/a' sont des modules de type
fini sur A[S 1 , ... ,Sm,T 1 , ... , Tn], il en est de même de b', d'où notre
assertion.
Lorsque A est un anneau noethérien, il en est de même de A[T 1 , ••• , TnJ
(Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 2, n° 10, cor. 2 du th. 2), donc toute
A-algèbre de type fini est alors de présentation finie. Au contraire, si
A n'est pas noethérien, il y a des idéaux a de A non de type fini, et A/a
est une A-algèbre finie dont on peut montrer qu'elle n'est pas de
présentation finie (cf. I, 6.2.7). Toutefois, on a la proposition suivante:
Proposition (6.3.6) Si B est une A-algèbre finie, il existe un homo-
morphisme surjectif de A-algèbres u: B'-B, où B' est une A-algèbre
finie et de présentation finie qui est un A-module libre.
136 O. Préliminaires
En effet, il y a un système générateur fini (a 1) 1 .:si.:sm
de la A-algèbre B,
tel que chacun des a1 vérifie une relation F 1(a1)=0, ou F 1EA[T] est
un polynôme unitaire de degré >0; la A-algèbre quotient B1=A[T]/(F 1)
est donc libre de rang fini sur A; soit c 1 la classe de T dans B1. Il existe
un homomorphisme de A-algèbres u 1: B1-B tel que u 1(c1)=ai(1 ~i,;;;m);
on prend alors pour B' le produit tensoriel B~(8)AB~(8)···(8)AB~.,et
pour u:B'-B l'homomorphisme u 1 (8)u2 (8)···(8)um, qui est surjectif
par construction. En outre, si B"= A [T 1 , ••• , Tm], B" s'identifie au
produit tensoriel A [T 1]®A[T 2 ](8)· · ·®A [Tm] et B' au produit tensoriel
(A[T 1 ]/(F 1 (T 1 )))®···(8)(A[TmJ/(Fm(Tm))), donc au quotient B"/b",où b"
est l'idéal engendré par les polynômes F 1(T1) (1 ~ i ~m); ceci prouve que
B' est une A-algèbre de présentation finie.
Corollaire (6.3.7) Soit B une A-algèbre finie qui est un A-module
de présentation finie. Alors B est une A-algèbre de présentation finie.
En effet, avec les notations de (6.3.6), le noyau a de u: B' - B est
un A-module de type fini (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 8,
lemme 9) et a fortiori un idéal de type fini de B': par suite B' est une
B-algèbre de présentation finie, et comme B' est une A-àlgèbre de
présentation finie, B est une A-algèbre de présentation finie (6.3.5)
(pour une réciproque, voir (I, 6.2.10)).
Proposition (6.3.8) Soient A un anneau, B une A-algèbre. Alors B
est A-isomorphe à une limite inductive .filtrante lim B~, où les B~ sont
des A-algèbres de présentation .finie. -
On raisonne comme dans ([Link]). Pour toute partie finie L de B,
on considère l'algèbre CL= A [ (Tm)meLJ ; si L c L' sont deux parties
finies de B, soit uL',L: CL- CL' l'injection canonique qui à tout Tm
pour m EL fait correspondre le même élément; soit d'autre part
uL: CL - B l'homomorphisme de A-algèbres transformant en m EL
chaque élément Tm. On considère l'idéal PL= Ker(uL), et l'ensemble
des couples cx=(L,Rd où, pour chaque L, RL parcourt l'ensemble des
parties finies de PL. On ordonne l'ensemble de ces couples comme
dans ([Link]), compte tenu de ce que uL,,dPL) c PL, pour L c L';
puis, pour tout cx=(L,RL), on note N(RL) l'idéal de CL engendré par
RL, de sorte que B"'=CdN(RL) est une A-algèbre de présentation .finie.
Pour cx~~=(L',Ri:), on a encore uL,,L(N(Rd) c N(R~.), et on note
v~"' l'homomorphisme B"'- B~ de A-algèbres obtenu à partir de uL',L
par passage aux quotients. La fin du raisonnement est la même que
dans ([Link]).
Proposition (6.3.9) Soient A un anneau, B une A-algèbre entière.
Alors B est A-isomorphe à une limite inductive filtrante lim B~, où les
B~ sont des A-algèbres finies et de présentation finie. -
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 137
On raisonne encore de la même manière, en associant ici à tout
élément mEB un polynôme FmEA[T] unitaire de degré >0 et tel
que Fm(m)=O. On considère ici pour toute partie finie L de B la
A-algèbre finie (8) (A[TmJ/(Fm(Tm))), et on définit uL',L et uL comme
meL
dans (6.3.8), ainsi que les PL, RL, N(Rd et la relation d'ordre entre les
couples cx=(L,RL); comme CL est une A-algèbre finie, B"'=CdN(RL)
est cette fois une A-algèbre finie et de présentation finie. Le raisonne-
ment se termine encore comme dans ([Link]).
et posons B~= Bo ®AoA~,
' -
Proposition (6.3.10) Soient A 0 un anneau, (A~heL un système in-
ductif .filtrant de A 0 -algèbres, A= lim A~; soient B 0 , C 0 deux A 0 -algèbres
c~= Co ®AoA~,
-
B = Bo ®AoA = lim B~,
C = C 0 ®A0 A = ~ C~. Si B0 est une A 0 -algèbre de type .fini (resp. de
présentation finie), l'application canonique
([Link])
est injective (resp. bijective).
L'application ([Link]) se définit comme dans (6.3.2) à l'aide des
applications canoniques HomA,-aig(B~,C~)--➔ HomA.-aig(Bµ,C,J pour
À,;;;µ et HomA,.-a 19 (Bi,Ci)--➔ HomA-alg(B,C) (Bourbaki, Alg. chap. III,
3~ éd., § 1, n° 5). On sait (Bourbaki, lac. cit., n° 5) que l'on a des
bijections canoniques fonctorielles
HomA,-aig(B~,C~)~ HomAo-alg(B0 , C~),
HomA-aig(B, C) ~ HomAo-alg(B0 , C)
si bien que (6.3.10) est conséquence de la proposition plus précise
suivante:
Proposition (6.3.11) (i) Soient A un anneau, B une A-algèbre de type
fini. Alors, pour tout système inductif .filtrant (CJ de A-algèbres, l'applica-
tion canonique
([Link])
qui, à tout système inductif d'homomorphismes, fait correspondre sa limite
inductive, est une application injective.
(ii) Afin que pour tout système inductif .filtrant (C~) de A-algèbres,
l'application ([Link]) soit bijective, il faut et il suffit que B soit une
A-algèbre de présentation .finie.
(i) Soit (t 1)i.~i.:snun système générateur de la A-algèbre B; montrons
que, si (0~),(0~) sont deux systèmes inductifs d'homomorphismes B--➔ C~
138 O. Préliminaires
<pµ~ - -
tels que lim 0~= lim 0~, il existe µ tel que 0~= 0~. En effet, soient
-
: C~.....-➔ Cµ (pour 'A~µ) et <p~:C~.....-➔ C = lim C~ les homomorphismes
canoniques du système inductif (C~); par hypothèse, pour chaque
indice i, il existe un indice À 1 tel que cpd0~1(t 1)) = <p~ 1(0~,(t1)), et l'on peut
supposer tous les 'A1 égaux à un même À; il en résulte l'existence d'un
µ;;:,.'Atel que <pµ~(0~(t 1))=<pµ~(0~(t1)) pour 1 ~i~n, c'est-à-dire 0~(t1)
=0~(t 1) pour l~i~n, d'où 0~=0~.
(ii) Montrons d'abord que la condition est suffisante; supposons
donc que B=A[T 1, ... ,Tn]/~, où~ est un idéal de type fini; notons t 1
la classe de T 1 mod~ et soit (P) 1""i""m un système générateur de ~-
Supposons donné un homomorphisme de A-algèbres 0: B.....-➔ C, et posons
c1=0(ti); on a donc par définition Pj(c1,c 2 , ... , cn)=0(Pj(t 1,t 2 , ... tn))=0
pour 1 ~j~m. Or il existe un À et des éléments x 1 , ••• ,xn dans C~ tels
que c1=<p~(x1) pour 1 ~ i~n; on a donc <p~(Pj(x 1, ... ,xn))=Pj(c1,···,cn)=Ü,
et par suite il existe µ ;;:,.'A
tel que <pµ~(Pj(x
1, ... ,x,.))= Pi<pµ~(x1), ... , <pµ~(xn))
=Ü pour 1 ~j~m; on en conclut qu'il existe un homomorphisme de
A-algèbres 0µ: B.....-➔ Cµ tel que 0µ(t1)=<pµ~(x1) pour 1 ~i~n. On en
déduit pour tout v;;:,.µ un homomorphisme de A-algèbres 0v=<i>vµo0µ
-
de B dans Cv, et il est clair que 0 = lim eV.
Prouvons enfin que la condition est nécessaire. Prenons d'abord
pour (C~) le système inductif filtrant des sous-A-algèbres de type fini
-
de B, de sorte que lim C~=B. Le fait que ([Link])soit bijective entraîne
en particulier que l'application identique lB se factorise en B----➔ C~----➔ B
pour un À assez grand, ce qui entraîne C~=B, donc Best une A-algèbre
de type .fini. Posons donc B=C/~, où C=A[T 1, ... ,Tn] et~ est un.
idéal de C. Alors ~ est limite inductive filtrante du système inductif
des idéaux de type fini ~~ c ~ de C; posant C~= C/~~ et utilisant
-
l'exactitude du foncteur lim, on voit que B est isomorphe à la limite
inductive du système inductif filtrant (C~); notons Pµ~:C~.....-➔ Cµ (pour
À~µ) et p~: C~.....-➔ B les homomorphismes canoniques correspondants.
Il existe par hypothèse un À et un A-homomorphisme u: B----➔ C~ tels
que le composé B ~ C~ 24 B soit l'identité. Soit q~: c----➔ c~ l'homo-
morphisme canonique et posons t 1= p~(q~(T1)); on a donc p~(u(t1))
=A(q~(T 1)), autrement dit u(t 1)-q~(T 1)E~/~~ pour 1 ~i~n. Il existe
par suite un µ;;:,.'Atel que les n éléments u(t 1)-q~(T 1) appartiennent
à ~µ/~~, d'où Pµ~(u(t;))=pµ~(q~(T;))=qµ(T;). Remplaçant À par µ et u
par Pµ~ou, on peut donc déjà supposer que u(T 1)=q~(T;) pour 1 ~i~n;
si r=p~oq~ est l'homomorphisme canonique C.....-➔ C/~=B, on peut
donc écrire u(r(T;))=q~(T 1) pour 1 ~i~n, d'où q~=uor. Mais cela
entraîne nécessairement que ~=~~, car si zE~, on a r(z)=O; donc
B=C~.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 139
Remarque (6.3.12) On peut se demander si l'hypothèse que ([Link])
est injective pour tout système inductif filtrant (CJ n'entraîne pas que
B soit une A-algèbre de type fini. On voit aussitôt qu'il n'en est rien
en prenant B égal à un localisé s- 1 A de A, puisque A-s- 1 A est un
épimorphisme dans la catégorie des anneaux (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. II, § 2, n° 1, prop. 1).
Proposition (6.3.13) Soient A 0 un anneau, (A~) un système inductif
il existe un -
de A 0 -algèbres, A= lim A~; si B est une A-algèbre de présentation finie,
À et une A~-algèbre de présentation .finie B~ tels que B soit
isomorphe à B~®A,A.
Soit <p~:A~-A l'homomorphisme canonique. Par hypothèse, Best
isomorphe à une algèbre de la forme A[T 1 , ••• , Tn]/~, où ~ est un
idéal de type fini; soit (F) 1 .:sj.:smun système générateur de ~- Il existe
À tel que chacun des coefficients de chacun des polynômes Fi soit
image par <p~d'un élément de A~. Autrement dit, il existe un système
de polynômes (Fi~)i.:sj.:smde A~[T 1 , ••• ,Tn] tels que Fi=<p~(Fi~) pour
1 ~j~m. Si~~ est l'idéal de A~[T 1 , ••• , Tn] engendré par les Fp., ~ est
l'image de ~h®A,A dans A[T 1 , ••• ,Tn]=A~[T 1 , ••• ,Tn]®A,A; l'anneau
B~= A~[T 1 , ••• , Tn]/~~ répond par suite à la question.
(6.3.14) On a déjà remarqué (6.3.4) que même si Best une A-algèbre
finie, les localisés s- 1 B de B ne sont pas en général des A-algèbres de
type fini. On dit qu'une A-algèbre C est essentiellement de type fini si
C est A-isomorphe à une A-algèbre de la forme s- 1 B, ou B est une
A-algèbre de type fini et S une partie multiplicative de B.
Proposition (6.3.15) (i) Si B est une A-algèbre essentiellement de
type .fini, et C une B-algèbre essentiellement de type fini, alors C est
une A-algèbre essentiellement de type fini.
(ii) Soient B une A-algèbre essentiellement de type fini, A' une
A-algèbre; alors B' = B ®AA' est une A'-algèbre essentiellement de
type fini.
(i) Soient B=S- 1 B 1 et C=T- 1 C 1 , où B 1 (resp. C 1) est une
A-algèbre (resp. une B-algèbre) de type fini et S (resp. T) une partie
multiplicative de B 1 (resp. C 1 ). On peut donc supposer que
C 1 =B [T 1 , ••• , Tn]/~, et comme B [T 1 , ••• , Tn] = s-i (B1 [T 1 , ••• , Tn]),l'idéal
~ est de la forme s- 1 ~ 1 , où ~ 1 est un idéal de B1 [T 1 , ••• ,Tn]; celà
montre que C 1 =S- 1 B 2 , où B 2 =B 1 [T 1 , ••• ,Tn]/~ 1 est une B 1 -algèbre
de type fini. Donc B 2 est une A-algèbre de type fini, et C=T- 1 (s- 1 B 2 )
une A-algèbre essentiellement de type fini (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. II, § 2, n° 3, prop. 7).
(ii) Si B=S- 1 C, où C est une A-algèbre de type fini, on a
B'=S- 1 (C®AA') et C®AA' est une A'-algèbre de type fini.
140 O. Préliminaires
(6.3.16) Si B est une A-algèbre locale essentiellement de type fini,
B est de la forme Cq, où C est une A-algèbre de type fini et q un idéal
premier de C (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 2, n° 5, prop. 11). Soit
p l'image réciproque dans A de l'idéal q; si l'on pose S=A-p, Cq est
aussi un anneau local en un idéal premier de s- 1 C; comme s- 1 C est
une algèbre de type fini sur AP= s- 1 A, on voit que B est aussi une
AP-algèbre essentiellement de type .fini, et en outre l'homomorphisme
AP- B est local.
Proposition (6.3.17) Si B est une A-algèbre locale essentiellement de
type fini, B est A-isomorphe à une A-algèbre quotient d'une A-algèbre
de la forme Cq, où C est une algèbre de polynômes A[T 1 , ••• ,Tn], et q
un idéal premier de C.
En effet, par définition, Best isomorphe à C~-,où C'est une A-algèbre
de type finietq' un idéal premier de C'; mais C' =C/b, où C=A[T 1 , ••• ,Tn]
et b est un idéal de C; donc on a q' = q/b, où q est un idéal premier
de C, et q. est isomorphe à Cq/b Cq.
6.4. Critères pour qu'un anneau soit noethérien
(6.4.1) Le critère le plus fréquemment utilisé pour vérifier qu'un
anneau B est noethérien consiste à prouver que B est une A-algèbre
essentiellement de type .fini, où A est un anneau noethérien (par exemple
un corps, ou un anneau de Dedekind, ou un anneau de valuation
discrète). Une autre méthode consiste à prouver qu'il existe une B-algèbre
C qui soit un anneau noethérien et un B-module .fidèlement plat
(Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 3, n° 5, cor. de la prop. 8) (on rappelle
qu'un sous-anneau d'un anneau noethérien n'est pas nécessairement
noethérien).
Signalons enfin les critères plus particuliers suivants:
Proposition (6.4.2) Soient A un anneau, a et b deux idéaux de A;
si A/a et A/b sont noethériens, il en est de même de A/(anb).
En effet, soit c un idéal de A tel que an b c c; on a donc
anbcanccc; or c/(anc) est un A-module isomorphe à (a+c)/a,
donc à un idéal de A/a, et par hypothèse est donc de type fini; d'autre
part (anc)/(anb) est un sous-A-module de a/(anb), et ce dernier
est isomorphe à (a+b)/b, qui est par hypothèse un idéal de l'anneau
noethérien A/b; tout sous-(A/b)-module de (a+b)/b est donc de type
fini, et comme tout sous-A-module de (a+ b)/b est aussi un (A/b)-module,
on voit que (an c)/(a n b) est un A-module de type fini: on en conclut
que c/(a n b) est un A-module de type fini. CQFD.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 141
Corollaire (6.4.3) Soient A un anneau, a et b deux idéaux de A; si
A/a et A/b sont artiniens, il en est de même de A/(a n b).
Il suffit de voir que A/(anb) est un A-module de longueur finie; il
en est ainsi de A/a par hypothèse, et de a/(a n b), puisque ce dernier
est isomorphe à (a+b)/b, idéal de l'anneau artinien A/b; d'où la con-
clusion.
Corollaire (6.4.4) Soient A un anneau, M un A-module. Les proprié-
tés suivantes sont équivalentes:
a) M est un A-module noethérien (resp. de longueur finie).
b) I:anneau A/AnnA(M) est noethérien (resp. artinien) et M est un
A-module de type fini.
Posons B =A/AnnA(M); si B est noethérien (resp. artinien) et si M
est un A-module de type fini, on en conclut que M est un B-module de
type fini, donc noethérien (resp. de longueur finie); a fortiori M est un
A-module noethérien (resp. de longueur finie), et par suite b) implique a).
Montrons maintenant que a) implique b). Soit (m;)u;;;"" un système
générateur du A-module M, et posons O;=AnnA(Am;) (1 ~i~r). On a
donc des isomorphismes de A-modules A/a;~Am;, donc, pour tout i,
A/ai est un A-module noethérien (resp. de longueur finie), et a fortiori
r
un anneau noethérien (resp. artinien). Comme AnnA(M) = n0;, la con-
clusion résulte de (6.4.2) (resp. (6.4.3)). ;= 1
Lemme (6.4.5) Soient A un anneau, a un idéal de A et b un élément
de A. Si les idéaux a+ Ab et a: (Ab) (transporteur de Ab dans a, formé
des xEA tels que bxEa) sont de type fini, il en est de même de a.
En effet, il existe un nombre fini d'éléments a; (1 ~ i~ r) de a tels
que les a; et b engendrent a+Ab, et un nombre fini d'éléments ci de
a:(Ab) qui engendrent cet idéal. Soit a' l'idéal engendré par les a; et
les bci; on a'ca par définition. Si XE0, on a xEa'+Ab=a+Ab,
donc x=.yb mod. a' pour un yEA. Comme XE0, on en conclut ybEa,
donc yEa:(Ab), et par suite ybEa'; on en déduit que a'=a, ce qui
prouve le lemme.
Corollaire (6.4.6) Soient A un anneau, ff l'ensemble des idéaux de
A qui ne sont pas de type fini. Si ff n'est pas vide, c'est un ensemble in-
ductif pour la relation c, et tout élément maximal de ff est un idéal
premier.
Soit <§ une partie de ff totalement ordonnée par inclusion. La
réunion a des idéaux appartenant à <§ ne peut être de type fini, sinon
un système générateur fini de a appartiendrait à un idéal appartenant
à <§, donc engendrerait cet idéal, contrairement à l'hypothèse. Ceci
prouve que ff est inductif; par le th. de Zorn, ff admet donc un élément
maximal p. Montrons que p est premier. Dans le cas contraire, il existe-
142 O. Préliminaires
rait deux éléments a, b n'appartenant pas à p et tels que abEp, donc
p +Ab et p: (Ab) contiendraient p et seraient distincts de p. Par défini-
tion, ces deux idéaux seraient de type fini, donc il en serait de même de
p en vertu de (6.4.5), ce qui est absurde.
Proposition (6.4.7) Soit A un anneau. Les conditions suivantes sont
équivalentes:
a) A est un anneau noethérien.
b) Tout idéal premier de A est de type fini.
Il est clair que a) entraîne b). Inversement, si b) est vérifiée et s'il
existait dans A un idéal non de type fini, il résulterait de (6.4.6) qu'il
existerait aussi un idéal premier de A non de type fini, contrairement
à l'hypothèse.
Lemme (6.4.8) Soient B un anneau, A un sous-anneau de B, f le
conducteur de A dans B (égal à AnnA(B/A), ou encore le plus grand
idéal de A qui soit aussi un idéal de B).
(i) Pour tout idéal ~cf de B, il existe une application strictement
croissante de l'ensemble des idéaux Ede A tels que B · E = ~ sur l'ensemble
des sous-(A/f)-modules de ~/f ~-
(ii) Si A/f et B sont noethériens, et si B est une A-algèbre finie, alors
toute suite croissante d'idéaux de A contenus dans f est stationnaire.
(i) On a f~=f(B·E)=fEcE puisque E est un idéal de A, d'où
la conclusion.
(ii) Soit (En) une suite croissante d'idéaux de A contenus dans f.
La suite des idéaux B · En de Best stationnaire puisque Best noethérien;
on peut donc supposer que tous les idéaux B · En sont égaux à un
même idéal ~ de B. Comme B est noethérien, ~/f ~ est un B-module
de type fini, donc aussi un A-module de type fini puisque B est une
A-algèbre finie, et puisque ~/f ~ est annulé par f, c'est aussi un
(A/f)-module de type fini. Mais puisque A/f est noethérien, ~/f ~ est
un (A/f)-module noethérien, et la conclusion résulte de (i).
Proposition (6.4.9) Soient B un anneau, A un sous-anneau de B. Si
B est un anneau noethérien et une A-algèbre finie, alors A est noethérien.
Nous dirons qu'un idéal a de A est contracté dans B s'il est de la
forme b nA, où b est un idéal de B (il revient au même de dire que
a =Ac (Ba)). Puisque B est noethérien, toute suite croissante d'idéaux
de A contractés dans B est stationnaire. Comme l'idéal O de A est con-
tracté dans B, pour prouver que A est noethérien, il suffit de montrer
que la famille ff des idéaux a de A contractés dans B et tels que A/a
ne soit pas noethérien, est vide. Supposons le contraire; alors, en vertu
de la remarque faite ci-dessus, ff contiendrait un élément maximal a.
Comme a=AnBa, l'anneau A'=A/a s'identifie à un sous-anneau de
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 143
B'=B/Ba; comme B' est noethérien et fini sur A', on voit qu'on peut,
en remplaçant A par A' et B par B', se borner à considérer le cas où la
famille ff est réduite à l'idéal (0). On voit donc qu'on peut se borner à
prouver la proposition en ajoutant aux hypothèses le fait que pour tout
idéal a#0 de A, l'anneau A/a est noethérien.
Par hypothèse, B est un A-module engendré par un nombre fini
d'éléments x 1 , ••• ,x,; si l'on pose Bi=A[x 1 , ••• ,xJ, il suffit, par ré-
currence descendante, de prouver successivement la proposition pour
les anneaux B,_ 1 , ••• , B 1 ,A; on peut donc se borner au cas où B=A[x].
Soit P(T)=anTn+an-t Tn-t + ··· +a 0 un polynôme de A[T] de degré
minimum tel que P(x)=0, et posons C=A[anx]; on va montrer qu'il
suffit d'établir que C est noethérien. Distinguons pour cela deux cas:
(i) an n'est pas diviseur de 0 dans A. Alors, en posant y=anx, les
éléments 1,y, ... , yn- i sont linéairement indépendants dans le A-module
C: en effet, s'il y avait une relation À-0 + À-1 y+ · · · + ÀPyP= 0 avec p ~ n -1,
les ÀiEA et Àv=l=0,on en déduirait, par définition de P, Àva!=0, ce
qui est absurde. Comme yn=(anx)" est combinaison linéaire de
1,y, ... , yn-t, ces derniers éléments forment une base du A-module C.
Si C est noethérien, il en est de même alors de A, par (6.4.1).
(ii) an est diviseur de 0 dans A. Soit f =AnnA(C/A) le conducteur
de A dans C. Par hypothèse, il existe un élément c,i:0 dans A tel que
can= 0, ce qui entraîne cEf par définition de C, et par suite f'=An(Bc)cf.
Or, puisque f' est un idéal i:0 contracté dans B, A/f est noethérien par
hypothèse, donc aussi l'anneau quotient A/f. Pour tout idéal a de A,
a/(anf) est un A-module isomorphe à (a+f)/T, donc est un A-module
de type fini. Si C est noethérien, an f est un A-module de type fini en
vertu de (6.4.8), donc a est un A-module de type fini, et A est noethérien.
Raisonnant comme au début de la démonstration en considérant un
élément maximal c' de la famille des idéaux de C contractés dans B, on
peut remplacer C par C/c', B par B/B c' et x par la classe de x mod. B c'
(anx étant remplacé par sa classe mod. c'=CnBc'); on peut donc
supposer que pour tout idéal c # 0 de C, C/c est noethérien. Posons
~=Annc(B/C), conducteur de C dans B; notons que l'on a a~E~:
en effet, il résulte de la définition de C que ~xnEC et ~xn+v
= -an- 1 ~ xn+v- 1 - • • • -a 0 ~ xP, et on voit par récurrence sur p que
a~xn+pE,C.
En vertu de (6.4.7), il suffit de montrer que tout idéal premier p de
C est de type fini. Distinguons trois cas.
(a) Supposons que p n ~ # 0, et soit c # 0 un élément de p n ~-
Comme B est entier sur C, on a C n B p = p par le th. de Cohen-Sei-
denberg (Bourbaki, Alg. comm., chap. V, § 2, n° 1, cor. 1 du th. 1), donc
B cc p. Comme B c = C n B c est un idéal # 0 de C, contracté dans B,
C/B c est noethérien par hypothèse, donc p/B c est un C-module de type
144 O. Préliminaires
fini; d'autre part Best un C-module de type fini, donc il en est de même
de B c, et par suite p est bien un C-module de type fini.
(b) Supposons maintenant que p n~=0 mais ~#0; comme B~=~
par définition, ~ est un idéal # 0 de C contracté dans B; C/~ est donc
un anneau noethérien, et (p + ~)/~est par suite un C-module de type
fini; mais l'hypothèse entraîne que p=p/(pn~), donc p est isomorphe
à (p + ~)/~,donc de type fini.
(c) Supposons enfin que ~=O. Alors on a vu ci-dessus que d,;=0;
an étant nilpotent, on a anEP- Soit r~0 tel que a;+ 1 #0 et a;+ 2 =0,
et posons 5l = C n Ba;+ 1; 5l est un idéal de C contracté dans B et # 0,
donc C/Sl est noethérien; en outre, comme a;+ 1 est annulé par Sl,
Ba;+ 1 est un (C/Sl)-module de type fini, donc un C-module noethérien;
a fortiori 5l c Ba;+ 1 est un C-module de type fini. On a vu que 5l c p
puisque 5l est nilpotent, donc p/Sl, idéal de l'anneau noethérien C/R
est un C-module de type fini; ceci prouve encore que p est un C-module
de type fini, et achève la démonstration de (6.4.9).
Corollaire (6.4.10) Si B est un anneau artinien, A un sous-anneau
de B tel que B soit une A-algèbre finie, alors A est artinien.
En effet, A est noethérien par (6.4.9); d'autre part, tout idéal premier
p de A est tel que p =An n, où n est un idéal premier de B, par le th.
de Cohen-Seidenberg (Bourbaki, Alg. comm., chap. V, §2, n° 1, th. l);
mais comme B est artinien, n est maximal dans B, donc p est maximal
dans A (/oc. cit., n° 1, prop. 1) et par suite A est artinien (Bourbaki,
Alg. comm., chap. IV, § 2, n° 5, prop. 9).
Corollaire (6.4.11) Soient A un anneau, B une A-algèbre finie, M
un B-module. Les conditions suivantes sont équivalentes:
a) M est un B-module noethérien (resp. de longueur finie).
b) M est un A-module noethérien (resp. de longueur finie).
En effet, puisque Best un A-module de type fini, il revient au même de
dire que M est un B-module de type fini ou un A-module de type fini.
D'autre part, si p :A--➔ B est l'homomorphisme canonique, on a AnnA(M)
= p- 1 (AnnB(M)), donc l'homomorphisme A/AnnA(M) ......➔ B/AnnB(M)
est injectif, et fait de B/AnnB(M) une algèbre finie sur A/AnnA(M). La
conclusion résulte alors de (6.4.4) et (6.4.9).
(6.4.12) Un dernier critère pour qu'un anneau soit noethérien est
le théorème de Krull-Akizuki (Bourbaki, Alg. comm., chap. VII, n° 5,
prop. 5), que nous allons généraliser aux anneaux réduits:
Proposition (6.4.13) Soient A un anneau noetherien réduit de dimension
~ 1, p;(l ~ i ~ m) ses idéaux premiers minimaux, K; (1 ~ i ~ m) le corps
des fractions de A/p;, de sorte que A est canoniquement plongé dans
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 145
K = II K; qui est son anneau total des fractions. Pour tout indice i, soit
L; une' extension de K; de degré fini, et posons L = f:1L;. Alors tout
anneau B tel que Ac B c L '
est noethérien et de dimension ~ 1.
En effet, pour tout i, soit a;= II Lj, et considérons l'idéal b; =B na;
i*i
de B; comme l'intersection des b; est réduite à 0, il suffit de montrer
que chacun des anneaux B/b; est noethérien et de dimension ~ 1: en
effet, B sera alors noethérien par (6.4.2); d'autre part, B s'identifie à
un sous-anneau du produit C des B/b;; si chacun des B/b; [Link] de
dimension ~ 1, il en sera de même de C, et comme C est entier sur B
et B c C, B sera de dimension ~ 1 (Bourbaki, Alg. comm., chap. V,
§ 2, n° 1, cor. 1 de la prop. 1). Mais B/b; est isomorphe à pr;(B), qui est
un sous-anneau de L; contenant pr; (A)= A/p;. Comme par hypothèse
A/P; est un corps ou un anneau intègre noethérien de dimension 1,
la conclusion résulte du théorème de Krull-Akizuki.
6.5. Anneaux normaux et fermeture intégrale
(6.5.1) On dit qu'un anneau A est normal si, pour tout idéal
premier p de A, l'anneau AP est intègre et intégralement clos *(ce que
nous exprimerons au chap. I de façon équivalente en disant que le
schéma Spec(A) est normal au sens de la théorie des espaces annelés
(4.1.4))*.
Il suffit d'ailleurs que pour tout idéal maximal m de A, Am soit
intègre et intégralement clos, tout localisé d'un tel anneau étant encore
intègre et intégralement clos (Bourbaki, Alg. comm., chap. V, § 1, n° 5,
prop. 16); pour un anneau local, il revient donc au même de dire qu'il
est normal ou qu'il est intègre et intégralement clos. Un anneau
normal A est réduit, car si 91 est son nilradical, on a 91m= 0 pour tout
idéal maximal m de A, d'où la conclusion (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. II, § 3, n° 3, th. 1). En outre, pour tout idéal premier p de A,
p ne peut contenir qu'un seul idéal premier minimal q"' de A, puisque
AP est intègre; en outre q"' est alors le noyau de l'homomorphisme
A--➔ AP, et AP est isomorphe à (A/qJp/q.; comme l'anneau intègre
A/q"' est l'intersection de ses localisés (A/q"')p/q. (Bourbaki, lac. cit.,
cor. 4 du th. 1), il est intégralement clos (Bourbaki, Alg. comm., chap. V,
§ 1, n° 2, prop. 8). Inversement, il est clair que si un anneau A est tel
que pour chacun de ses idéaux premiers minimaux q"', A/q"' est intègre
et intégralement clos, et si tout idéal premier de A ne contient qu'un
seul idéal premier minimal q"', alors A est normal. En particulier, pour
qu'un anneau A ne contenant qu'un nombre fini d'idéaux premiers
minimaux q; (par exemple un anneau noethérien) soit normal, il faut
146 O. Préliminaires
et il suffit qu'il soit composé direct des A/q; et que chacun des A/q;
soit intégralement clos; en effet, les composantes irréductibles Spec(A/qi)
de Spec(A) doivent être deux à deux disjointes, et la conclusion résulte
de Bourbaki, Alg. comm., chap. Il,§ 4, n° 3, prop. 15.
Proposition (6.5.2) Soit R un anneau composé direct d'un nombre
fini de corps K; (1,;;;i,;;;m), A un sous-anneau de Rayant R pour anneau
total des fractions (Bourbaki, Alg. comm., chap. Il,§ 2, n° 1, Exemple 7);
les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) A est normal.
b) A est composé direct de sous-anneaux Ai c Ki (1 ~i,;;;m) ayant
K; pour corps des fractions et intégralement clos.
c) A est intégralement fermé dans R.
L'anneau A n'a qu'un nombre fini d'idéaux premiers m1mmaux
P; (1 ~i~m) et K; est le corps des fractions de A/p 1 pour tout i;
l'équivalence de a) et b) a .donc été vue dans (6.5.1), et l'équivalence
de b) et c) résulte de Bourbaki, Alg. comm., chap. V, § 1, n° 2, cor. de
la prop. 9.
Corollaire (6.5.3) Soit R un anneau composé direct d'un nombre
fini de corps, et soit (AJ une famille de sous-anneaux normaux de R;
n
si A = A~ admet R pour anneau total des fractions, A est normal.
~
En effet, chacun des A~ admet a fortiori R comme anneau total
des fractions, et le corollaire résulte aussitôt de (6.5.2) et de Bourbaki,
Alg. comm., chap. V,§ 1, n° 2, prop. 8.
(6.5.4) La construction de la fermeture intégrale d'un anneau A
dans une A-algèbre peut se ramener au cas où cette A-algèbre est un
anneau réduit:
Proposition (6.5.5) (i) Soient A un anneau, B une A-algèbre, B 0 = B/n
le quotient de B par un nilidéal. Si A~ est la fermeture intégrale de A
dans B0 , l'image réciproque de A~ par l'application canonique <p: B-B 0
est la fermeture intégrale de A dans B.
(ii) Supposons en outre A intègre, et que l'homomorphisme p: A-B
fasse de B un A-module fidèlement plat. Si l'on pose C=Bred• l'homo-
morphisme composé \j, : A --L+ B __!._-,.Bred= C est injectif et se prolonge
en un homomorphisme injectif (encore noté ,v)
du corps des fractions K
de A dans l'anneau total des fractions R de C; en outre, si C' est la
fermeture intégrale de C dans R, \j,- 1 (C') est la clôture intégrale A' de A.
(i) Si xEB est tel que <p(x) vérifie une relation de dépendance
intégrale à coefficients dans A, on en déduit que x vérifie une relation
de la forme x"+a 1x"- 1 +··· +anEn avec a;EA, d'où, en élevant à
une puissance assez grande, une relation de dépendance intégrale
pour x, à coefficients dans A.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 147
(ii) Comme A est intègre et p injectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§ 3, n° 5, prop. 8), l'intersection de p(A) et du nilradical 91 de B est
réduite à 0, et comme C=B/91, \j, est injectif. Tout a#O dans A
étant non diviseur de zéro dans A ne l'est pas non plus dans B par
platitude; on en déduit que a n'est pas non plus diviseur de zéro dans C,
car si l'on avait axE91 pour un x<t91 dans B, on en tirerait a"x"=O
pour un entier n, ce qui contredit ce qui précède puisque x"#O. On
peut donc prolonger \j, en un homomorphisme injectif de K dans R.
Pour prouver la dernière assertion, notons qu'il est clair que A' c \j,- 1 (C').
Inversement, soit XEK tel que \j,(x)E C'; \j,(x) est donc entier sur C,
et a fortiori sur B, autrement dit B [ x] est une B-algèbre finie; d'ailleurs,
par platitude, K = A ®AK s'identifie à un sous-anneau de B ®AK, et
le sous-anneau B [ x] de B ®AK s'identifie à B ®AA [ x]; on en conclut
que A[x] est un A-module de type fini (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§ 3, n° 6, prop. 11), donc xEA'.
(6.5.6) Contrairement à la terminologie de Bourbaki, nous
réserverons le nom d'anneau de valuation aux anneaux de valuation
(au sens de Bourbaki) qui ne sont pas des corps. Rappelons que si K
est un corps, A un sous-anneau local de K qui n'[Link] pas un corps, il
existe un anneau de valuation ayant K pour corps des fractions et
dominant A (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 1, n° 2, cor. du th. 2),
et la fermeture intégrale A' de A dans K est l'intersection des anneaux
de valuation ayant K pour corps des fractions et dominant A (lac. cit.,
n° 3, th. 3).
Le résultat précédent peut se préciser de la façon suivante: si B
est un anneau de valuation, k son corps résiduel, L une extension quel-
conque de k, alors il existe un anneau de valuation complet C qui
domine (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 1, n° 1) B et dont le corps
résiduel est L. En effet, soit K le corps des fractions de B; L est
extension algébrique d'une extension transcendante pure L'=k(Tµ)µeM;
on sait qu'on peut prolonger la valuation de K correspondant à B en
une valuation de K' = K(Tµ)µeM de sorte que L' soit le corps résiduel
de cette valuation; cela résulte de Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 10,
n° 1, prop. 2, en bien ordonnant l'ensemble M. Remplaçant B par le
complété de l'anneau de cette valuation prolongée, on voit qu'on peut
se limiter au cas où B est complet et L est une clôture algébrique de k.
Si K est une clôture algébrique de K, on peut alors prolonger à K la
valuation qui définit B (lac. cit., § 3, n° 3, prop. 5) et le corps résiduel
correspondant est une clôture algébrique de k, comme on le voit en
relevant dans K les coefficients d'un polynôme unitaire de k [T]. On
est donc finalement ramené au cas où L = k, et il suffit alors de prendre
O. Préliminaires
pour e le complété de B pour répondre à la question (lac. cit., § 5, n° 3,
prop. 5).
(6.5.7) Rappelons que les anneaux de valuation noethériens sont les
anneaux de valuation discrète (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 3,
n° 6, prop. 9). Rappelons d'autre part qu'un anneau local A est dit de
dimension 1 si son idéal maximal m n'est pas minimal et si tout idéal
premier distinct de m est minimal. Pour un anneau local noethérien A,
les conditions suivantes sont équivalentes: a) A est de dimension 1 et
normal (6.5.1); b) l'idéal maximal de A est principal (ce qui revient ici
à dire que A est un anneau régulier (Otv, 17.1.1)); c) A est un anneau de
valuation discrète (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 3, n° 6, prop. 9 et
chap. VII,§ 1, n° 7, prop. 11). Pour les anneaux de valuation discrète,
les résultats rappelés dans (6.5.6) ont les analogues suivants:
Proposition (6.5.8) Soient A un anneau local noethérien intègre qui
n'est pas un corps, K son corps des fractions, L une extension de type
fini de K; il existe alors un anneau de valuation discrète ayant L pour
corps des fractions et dominant A.
Supposons d'abord L=K. Soient m l'idéal maximal de A, (x 1 , •.• ,xn)
un système générateur de m formé d'éléments # 0, B le sous-anneau
A[x 2 /x 1 , ••• ,xjx 1 ] de K, qui est noethérien. Il est immédiat que l'idéal
mB de B est identique à l'idéal principal x 1 B; si p est un idéal premier
minimal dans Ass(x 1 B), on sait que BP est un anneau local noethérien
de dimension 1 (otv, 16.3.2); il est clair que pBP nA est un idéal de A
contenant m et ne contenant pas 1, donc égal à m, autrement dit BP
domine A (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 1, n° 1). En vertu du
théorème de Krull-Akizuki (6.4.13), la clôture intégrale e de BP est un
anneau noethérien (bien que e ne soit pas nécessairement une BP-algèbre
finie); si n est un idéal maximal de e, en domine BP (Bourbaki, Alg.
comm., chap. V, § 2, n° 1, prop. 1), donc A; d'autre part, en vertu du
théorème de Krull-Akizuki, enest de dimension 1, donc un anneau de
valuation discrète.
Si maintenant L est une extension de type fini de K, on peut,
d'après ce qui précède, se limiter au cas où A est déjà un anneau de
valuation discrète. Soit w une valuation de K associée à A; il existe
une valuation discrète w' de L qui prolonge w: en effet, on se ramène
par récurrence sur le nombre des générateurs de Lau cas où L=K(Cl)
et alors le résultat est classique (Bourbaki, Alg. comm., chap. VI, § 3,
n° 3, prop. 5, § 8, n° 1, cor. 3 de la prop. 1 et § 10, n° 1, prop. 2).
Corollaire (6.5.9) Soient A un anneau intègre noethérien, K son corps
des fractions, L une extension de type fini de K. Alors la fermeture
intégrale de A dans L est l'intersection des anneaux de valuation discrète
ayant L pour corps des fractions et contenant A.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 149
En effet, un tel anneau de valuation discrète, étant normal, contient
a fortiori tout élément de L entier sur A. Il suffit donc de prouver que
si xEL n'est pas entier sur A, il existe un anneau de valuation discrète
C ayant L pour corps des fractions, contenant A et ne contenant pas x.
L'hypothèse sur x signifie que l'on a xrtB=A[l/x], autrement dit 1/x
n'est pas inversible dans l'anneau noethérien B. Il y a donc un idéal
premier p de B contenant 1/x. L'anneau local intègre BP est noethérien
et contenu dans L, qui est une extension de type fini du corps des fractions
de BP (ce dernier contenant K). En vertu de (6.5.8),il y a donc un anneau
de valuation discrète C, dominant BPet ayant L pour corps des fractions;
comme 1/xEpBP appartient à l'idéal maximal de C, on a x<tC, CQFD.
(6.5.10) On dit qu'un anneau local A est unibranche si l'anneau
Ared est intègre et si la clôture intégrale de Ared est un anneau local;
on dit que A est géométriquement unibranche s'il est unibranche et si
en outre le corps résiduel de l'anneau local, clôture intégrale de Ared•est
une extension radicielle de celui de A. Il est clair qu'un anneau local
normal est géométriquement unibranche.
(6.5.11) Contrairement à la notion d'anneau normal, celle d'anneau
unibranche (resp. géométriquement unibranche) n'est pas stable par
localisation en un idéal premier, comme le montre l'exemple suivant.
*Soient K un corps algébriquement clos de caractéristique 0, B
l'anneau intègre K[U, V, W]/(U 2 (U -W)- V2 (U + W)) (U, V, W in-
déterminées), de sorte que Spec(B) est un «cône de sommet l'origine ayant
une génératrice double»; soient u,v,w les images de U, V, W dans B.
Soit R le corps des fractions de B, et considérons dans R l'élément
t=v(u+w)/u, qui n'appartient pas à B; montrons que C=B[t] est la
clôture intégrale de B. On a en effet t 2 = u 2 - w2 , donc t est entier sur B;
d'autre part, C est isomorphe à l'anneau K [T, U, V,W]/ a, où a est l'idéal
engendré par les deux polynômes P 1 = U 2 (U - W) - V2 (U + W) et
P2 =TU -V(U + W); ces polynômes sont irréductibles, d'où résulte
aussitôt qu'ils forment une suite régulière en tout idéal premier de
K[T, U, V, WJ contenant a, et par suite (Ofv, 16.5.6) C est un anneau de
Cohen-Macaulay et Spec(C) vérifie donc la condition (S2 ); le critère
jacobien de Zariski (Ofv,22.6.7) prouve d'autre part que Spec(C)
vérifie la condition (R 1 ), et C est donc bien normal en vertu du critère
de Serre (IV*, 5.8.6). Il est immédiat que si m 0 est l'idéal maximal de B
engendré par u,v, w («sommet du cône») il existe un seul idéal maximal
de Cau-dessus de m0 , savoir l'idéal n 0 engendré par t,u,v,w, égal à
m 0 B. Si l'on pose A= Bmo•la clôture intégrale de A est A'= C"0 (Bour-
baki, Alg. comm., chap. V,§ 1, n°5, prop. 16 et§ 2, n°l, prop. 2). Mais
dans A l'idéal premier p engendré paru et v («droite double») est tel que
150 O. Préliminaires
la clôture intégrale AP[t] de AP ne soit pas un anneau local, donc A est
géométriquement unibranche sans que AP le soit.*
Proposition (6.5.12) Soit (A"',\j,~"') un système inductif d'anneaux, et
soit A= li_mA"'.
(i) Soit (B"',\j,~J un second système inductif d'anneaux ayant même
ensemble d'indices, et pour tout r::,.,soit 0"':A"'-➔ B"' un homomorphisme
faisant de B"'une A"'-algèbre, de sorte que les 0"'forment un système in-
ductif d'homomorphismes. Alors, si A~est la fermeture intégrale de A"'dans
B"' (pour 0"'),les A~ forment un système inductif d'anneaux et A' =li!nA~
est la fermeture intégrale de A dans B = li_mB"'. En particulier, si les A"'
sont intègres et les <p~"'injectifs, les corps des fractions K"' des A"'forment
un système inductif de corps, et si A~ est la clôture intégrale de A"', les A~
forment un système inductif d'anneaux, et A' =limA~ est la clôture
intégrale de A.
(ii) Supposons que les A"'soient normaux et que, pour r::,.~ ~, toute
composante irréductible de Spec(A~) domine une composante irréductible
de Spec(A"'); alors A est normal.
(iii) Si les A"'sont des anneaux locaux unibranches (resp. géométrique-
ment unibranches) et les <p~"'des homomorphismes locaux injectifs, A est
unibranche (resp. géométriquement unibranche).
(i) Si un élément y"'EB"' est entier sur A"','V~"'(y"')EB~ est entier sur
A~ pour ~ ~ r::,.,donc les A~ forment un système inductif d'anneaux. Soit
maintenant zEB un élément entier sur A, donc vérifiant une équation de
n
dépendance intégrale z"+ L c;z"-i=O à coefficients c;EA. Il existe un
i=l
indice r::,.,un z"'EB"' et des c;aEA"' tels que z (resp. chaque c;) soit image
canonique de z"' (resp. c;J; il y a par suite un indice ~ ~ r::,.tel que, si l'on
n
pose z~=\\T~o,(Zo,), on ait zji+ _L C;~zri=O,
C;~='V~o,(C;o,), donc Z~EA~
,=!
et par suite zEA'.
Si maintenant on suppose les A"' intègres et les <p~"'injectifs, il résulte
de (6.1.5),appliqué aux S"'=A"'-{O}, que K=li!nK"' est le corps des
fractions de A, et il suffit d'appliquer ce qui précède en remplaçant les
B"'par les K"'.
(ii) Soit p un idéal premier de A, et pour tout r::,.,posons p"' = cp;1 (p ).
En vertu de l'hypothèse, pour tout r::,.,p"' contient un seul idéal premier
minimal q"' (6.5.1) et pour r::,.~ ~, <i>i/(q~) est un idéal premier minimal
de A"'contenu dans""'' donc égal à q"'.Si l'on pose B"'=AJq"', les anneaux
intègres B"'forment donc un système inductif pour les homomorphismes
<p~"':B"'--➔ B~ déduits des <p~"'par passage aux quotients, et les <p~"'sont
injectifs par définition; en outre les B"' sont intégralement clos (6.5.1),
donc il en est de même de B = li_mB"'par (i). Si l'on pose p~ = pJq"', on a
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 151
de plus (B"')P~ = (A"')P., donc AP= li.m(A"')P.= li,m(B"')P~est un anneau
local en un idéal premier de B (6.1.6); c'est donc un anneau intègre et
intégralement clos, ce qui prouve (ii).
(iii) Les homomorphismes <p~"'=(A"')red.....-➔ (A~)red déduits des <p~"'
sont injectifs, car si l'image d'un élément a"' de A"' est nilpotente, [Link]
nilpotent puisque les <p~"'sont injectifs; comme d'autre part Ared
-
=lim(A"')red (6.1.3), on peut se borner au cas ou les A"'sont réduits, donc
intègres. Il résulte de (6.1.4) que A est un anneau local dont le corps
- -
résiduel k=limk"', où les k"'sont les corps résiduels des A"'; si les A"'sont
unibranches, leurs clôtures intégrales A~ sont des anneaux locaux, donc
A' =limA~ est un anneau local (6.1.4) et on a vu dans (i) que A' est la
clôture intégrale de A, donc A est unibranche. En. outre, si les A"' sont
k:
géométriquement uni branches, le corps résiduel de A~est une extension
-
radicielle de k"'; donc k' =limk~, qui est le corps résiduel de A' (6.1.4),
est une extension radicielle de k, et A est géométriquement unibranche.
Proposition (6.5.13) Soient A un anneau local intègre, K son corps
des fractions. Pour que A soit unibranche, il faut et il suffit que tout sous-
anneau A 1 de K, contenant A et qui est une A-algèbre finie, soit un anneau
local.
En effet, soit A' la clôture intégrale de A; tout idéal maximal de A 1
est la trace d'un idéal maximal de A' (Bourbaki, Alg. comm., chap. V,
§ 2, n ° 1, pro p. 1 et th. 1), donc, si A' est local, il en est de même de A 1 •
-
Inversement, on a A'= lim A"', où les A"' sont les A-algèbres finies
contenues dans K; si les A"' sont des anneaux locaux, il en est de même
de A' (6.1.4).
Corollaire (6.5.14) Soient A un anneau local noethérien, et  son
complété. Si (Â)redest intègre, A est unibranche.
Soient 91 le nilradical de A, 91' celui de Â; on a Ac et 91=91' nA,
donc Ared= A/91 s'identifie à un sous-anneau de (Â)red= Â/91'; l'hypo-
thèse entraîne donc d'abord que Ared est intègre. D'autre part, on a
(Aredf=Â/<il=Â/Â91 puisque 91 est un idéal de type fini (Bourbaki,
Alg. comm., [Link], §3, n°4, th.3); par suite <Jlc91', et ((AreS)red
= (Â/<Jl)/(91'/<Jl)
= Â/91' = (Â)red. Quitte à remplacer A par Ared• on
peut donc supposer que A est intègre. Soient alors m l'idéal maximal
de A, K le corps des fractions de A et L l'anneau total des fractions
de Â; comme L' = Lred s'identifie à un anneau des fractions de (Â)red
(Bourbaki, Alg. comm., chap. Il, § 2, n° 6, prop.17), L' est intègre. D'au-
tre part, par platitude, K ®AÂ s'identifie canoniquement à un sous-
anneau de L (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, §3, n°4, cor.2 du th.3
et chap. II, §2, n° 7, prop. 18). Soit B une sous-A-algèbre finie de K;
par platitude, B ®AÂ s'identifie à une sous-A-algèbre finie de L et est
d'autre part isomorphe au complété de B pour la topologie m-préa-
152 O. Préliminaires
digue (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 3, n° 4, th. 3). Or, B ®AÂ est
un anneau semi-local noethérien et sa topologie préadique est identique
à la topologie m-préadique (Bourbaki, Alg. comm., chap. IV, § 2, n° 5,
cor. 3 de la prop. 9); étant complet, c'est donc un composé direct d'an-
neaux locaux (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 2, n° 13, cor. de la
prop. 19); donc C= (B (8)AÂ)redest un composé direct d'anneaux locaux;
mais puisqu'il est isomorphe à un sous-anneau de L' = Lred• il est in-
tègre, donc local, et il en est donc de même de B ®AÂ, et a fortiori de
B; la conclusion résulte alors de (6.5.13).
6.6. Compléments sur la platitude
Nous ne reviendrons pas sur les définitions et notions essentielles
concernant la platitude, exposées dans Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
II et III.
Proposition (6.6.1) Soient A,B deux anneaux locaux, cp:A-B
un homomorphisme local. Soit N # 0 un B-module de type fini qui est un
A-module plat. Alors N est un A-module fidèlement plat et l'application
Spec(B)- Spec(A) déduite de <pest surjective.
Puisque N # 0 et que l'image par cp de l'idéal maximal m de A est
contenue dans l'idéal maximal de B, le lemme de Nakayama montre que
N ®A(A/m) # 0 (Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 3, n°2, prop. 4), donc
m N # N, ce qui signifie que le A-module plat N est fidèlement plat
(Bourbaki, Alg. comm., chap. I, 3, n° 1); la dernière assertion résulte de
Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 2, n° 5, cor. 4 de la prop. 11.
Proposition (6.6.2) Soient A un anneau, B une A-algèbre telle que B
soit un A-module fidèlement plat et de présentation finie. Alors l'homo-
morphisme structural <p:A - B est un isomorphisme du A-module A sur
unfacteur direct du A-module B. Si A est un anneau local et <p un homo-
morphisme local, B est un A-module libre et il existe une base de ce module
contenant l'élément unité de B.
L'hypothèse entraîne que B est un A-module projectif (Bourbaki,
Alg. comm., chap. II, § 5, n° 2, cor. 2 du th. 1). La seconde assertion résulte
donc de Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 5, n°2, th. 1 et§ 3, n°2, prop. 5.
Dans le cas général, pour tout idéal maximal m de A, B,,JAm=(B/A)m
est un Am-module libre de type fini, donc B/A est un A-module projectif
de type fini (lac. cit., chap. II,§ 5, n°2, th. 1) et cp(A)est par suite facteur
direct de B.
Proposition (6.6.3) Soient A,B deux anneaux locaux, cp:A- B un
homomorphisme local, m l'idéal maximal de A. Soient M un A-module,
N un B-module qui est un A-module .fidèlement plat et tel que N/m N
soit un B-module de longueur finie; alors on a
([Link])
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 153
Si M est de longueur infinie, il en est de même de M ®AN, car pour
toute suite strictement croissante de n sous-modules· M; de M (1 ~ i ~ n),
les M;®AN s'identifient par fidèle platitude à des sous-B-modules de
M ®AN deux à deux distincts (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 3, n° 1,
prop. 2). Comme N # m N puisque N est un A-module fidèlement plat,
le second membre de ([Link]) est défini et a la valeur + oo, donc
([Link]) est vraie dans ce cas. Supposons donc M de longueur finie.
Si M =Ü, les deux membres de ([Link]) sont nuls, donc on peut sup-
poser M # O. Les mk M sont des sous-modules de M, donc de lon-
gueur finie, et si mk+t M-1:0, il résulte du lemme de Nakayama (Bour-
baki, Alg. comm., chap.11, §3, n°2, prop.4) que mk+ 1 M#mkM;
donc il y a nécessairement un entier r tel que m'M=O. Par platitude,
les mkM ®AN s'identifient à des sous-B-modules de M ®AN,
(mkM®AN)/(mk+ 1 M®AN) étant isomorphe à (mkM/mk+ 1 M)®AN,
donc aussi à (mkM/mk+ 1 M)®A/m(N/mN) (0~k~r-1); la longueur
de ce dernier, considéré comme B-module, est donc le produit de
longB(N/m N) et du rang du (A/m)-espace vectoriel mkM/mk+ 1 M,
rang qui est aussi la longueur du A-module mkM/mk+ 1 M. Par addition
(pour 0~k~r-1), on en déduit aussitôt la formule ([Link]).
Corollaire (6.6.4) Soient A, B deux anneaux locaux, m l'idéal
maximal de A, p: A.....-➔ B un homomorphisme local. On suppose que B soit
un A-module plat et B/mB un B-module de longueur finie. Alors, pour
qu'un A-module M soit de longueur finie, il faut et il suffit que M ®AB
soit un B-module de longueur finie, et on a
([Link])
C'est un cas particulier de (6.6.3), compte tenu de (6.6.1).
Corollaire (6.6.5) Soient A,B deux anneaux, p: A.....-➔ B un homo-
morphisme d'anneaux tel que B soit un A-module plat, q un idéal premier
minimal de B. Dans ces conditions:
(i) p = p - 1 ( q) est un idéal premier minimal de A.
(ii) Supposons en outre que A et B soient noethériens, et soit M un
A-module de type fini; alors MP est un AP-module de longueur finie, et on a
([Link])
(i) Comme l'homomorphisme AP .....-➔ Bq est local, il résulte de (6.6.1)
que puisque Spec(Bq) est réduit à un seul point, il en est de même de
Spec(Ap).
(ii) Puisque A et B sont noethériens, AP et Bq sont artiniens (Bour-
baki, Alg. comm., chap. IV,§ 2, n° 5, prop. 9); Bq/pBq est donc un Bq-mo-
dule de longueur finie et MP un AP-module de longueur finie, et la for-
mule ([Link]) résulte de (6.6.4).
154 O. Préliminaires
Proposition (6.6.6) Soient A un anneau, B une A-algèbre, M un
B-module, ~ un idéal de B. Soient A' une A-algèbre; posons B'=B®AA',
M' = M ®AA' =M ®BB', ~, =~B'. On munit M (resp. M') de [Link]
~-préadique (resp. ~'-préadique) (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 2,
n° 3). Si le module gradué associé gr 3(M) est un A-module plat, l'homo-
morphisme canonique
est bijectif.
En effet, par récurrence sur k, l'hypothès6 que les ~k M/~k+ 1 M sont
des A-modules plats pour k~O entraîne d'abord, en vertu de Bourbaki,
Alg. comm., chap. I, § 2, n° 5, prop. 4, que M/~k+ 1 M est un A-module
plat; pour la même raison, la suite
1 1
o-(~k+ M) ®AA' - M ®AA' -(M/~k+ M) ®AA' - o
1
est exacte, autrement dit (~k+ M) ®AA' s'identifie à son image ca-
nonique ~'k+ 1 M' dans M'. D'autre part, toujours pour la même raison,
la suite
o-(~k+l M) ®AA' -(~kM) ®AA' -(~kM/~k+l M) ®AA' - o
est exacte, ce qui prouve la proposition.
(6.6.7) On sait que la platitude se conserve par extension de
l'anneau des scalaires (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 7, cor. 2
de la prop. 8). Les critères qui suivent donnent des conditions per-
mettant d'affirmer qu'un module est plat lorsqu'il le devient après
certaines extensions de l'anneau des scalaires.
Proposition (6.6.8) Soient A un anneau noethérien réduit, M un
A-module de type fini. On suppose que pour toute A-algèbre B, qui est un
anneau de valuation discrète, M ®AB soit un B-module plat (donc libre
(Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 3, n°2, cor. 2 de la prop. 5)). Alors M
est un A-module plat.
On sait que, pour que M soit plat, il faut et il suffit que pour tout
idéal maximal m de A, Mm soit un Am-module plat (Bourbaki, Alg.
comm. chap. II,§ 3, n° 4, cor. de la prop. 15); on peut donc se borner au
cas ou A est local. Soient alors m l'idéal maximal de A, P; (1 ~ i ~ r) ses
idéaux premiers minimaux, k = A/m le corps résiduel. On sait (6.5.8)
qu'il existe pour chaque i un anneau de valuation discrète B; ayant
même corps des fractions K; que l'anneau intègre A/p; et dominant ce
dernier. Posons M; = M (8)AB;. Par hypothèse, M; est un B;-module
libre, donc on a, en désignant par k; le corps résiduel de B;,
([Link])
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 155
Mais il est clair que l'homomorphisme composé A.....-➔ A/p; .....-➔ B; est
local, donc k; est une extension de k, et l'on a M; ®Bik; = M ®Ak;
=(M ®Ak) ®kk;, et par ailleurs M; ®B,K;=M ®AK;. L'égalité ([Link])
entraîne donc
rgk(M ®Ak)=rgK;(M ®AK;) pour 1 ~i~ r.
Comme A est réduit, on sait que cette condition entraîne que M est un
A-module libre (Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 3, n°2, prop. 7).
Proposition (6.6.9). Soient A un anneau, ~ un idéal nilpotent de A,
u~:A.....-➔
B~ (ÀEL) une famille d'homomorphismes d'anneaux telle que
l'intersection des noyaux des u~ soit réduite à O. Soit M un A-module tel
que pour tout ÀEL, M ®AB~ soit un B~-module libre et que M ®A(A/~)
soit un (A/~)-module libre. Alors M est un A-module libre. Si de plus
l'ensemble d'indices Lest fini, on peut remplacer partout «libre» par «plat»
dans l'énoncé précédent.
Dans les deux cas il suffira de prouver que M est un A-module plat:
en effet, lorsque M ® A(A/~) est un (A/~)-module libre, il en résultera
que M est un A-module libre en vertu de Bourbaki, Alg. comm., chap. II,
§ 3, n° 2, prop. 5 et chap. III,§ 5, n° 2, th. 1.
Nous utiliserons le lemme suivant, qui généralise une partie de
Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 5, n°2, th. 1:
Lemme ([Link]) Soit A un anneau muni d'une filtration finie
(~n)o.:sn.:sN+lavec ~ 0 =A, ~N+ 1=Ü. Soit Mun A-module muni de la
filtration (~nM)o.:sn.:sN+t,et désignons par gr•(A) et gr•(M) l'anneau
et le module gradués correspondants. Supposons que M ® A (A/~ 1) soit
un (A/~ 1)-module plat et que l'homomorphisme canonique
([Link])
soit injectif. Alors M est un A-module plat.
L'homomorphisme canonique ([Link]) se définit de la même façon
que dans Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 2, n° 3, comme étant en
degré n l'homomorphisme
(M/~1 M) ® (~J~n+ 1)=(M ®~n) / (Im(M ®~n+ 1)+Im(~1 M ®~n))
----➔ ~nM/~n+tM
provenant de l'homomorphisme canonique M ®~n----➔ ~nM par passage
aux quotients. Le lemme se démontre par récurrence sur N, puisqu'il
n'y a rien à démontrer pour N = O. Les conditions sur M entraînent,
en vertu de l'hypothèse de récurrence, que M ®A(A/~N) est un (A/3N)-
module plat. Notons maintenant que l'on a ~ c ~N+ 1= 0 si N~ 1, et
156 O. Préliminaires
(M/~h M) (8)(~/~N+ 1)=(M/~NM) (8)(~/~N+ 1)=(M/~NM) (8)~N; donc
l'homomorphisme canonique
(M/~NM) (8)~N- ~NM=~NM/~~M
est injectif. Appliquant Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 5, n° 2, th. 1
à la filtration ~N-préadique, on en conclut bien que M est un A-module
plat.
Pour appliquer ce lemme à (6.6.9), nous désignerons par ~n l'idéal
de A intersection des images réciproques u;:- 1
(~" Bi.): il est immédiat
que l'on a ~o=A,~m~nc~m+n pour m;;,,,O,n;;,,,o;enoutre,si ~N+l=Ü,
on a aussi ~N+ 1= 0 puisque l'intersection des noyaux des [Link] réduite
à O.
Munissons A de la filtration (~n), M de la filtration (~nM), et, pour
chaque À, munissons Bi. et Ni.= M (8)ABi. des filtrations ~-préadiques;
considérons pour chaque À le diagramme commutatif
0
gr (M) ®gr"(A)·gr•(A)---
1, \
gr3(NJ (8)9 r:î<B,)gr
3(Bi.) - gr 3(Ni.)
où les flèches horizontales sont les homomorphismes canoniques ([Link])
et les flèches verticales sont déduites des homomorphismes canoniques
A-Bi. et M-Ni.. L'hypothèse que Ni. est un Bi.-module plat entraîne
est injective (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 5, n° 2, th. 1), donc
que <i>i.
Ker(<p)c Ker(fi.). Posant A 0 =A/~ 1, M 0 =M ®AAo, notons que
gr3(Ni.)= NJ~Ni.=(M/~M) ®ABi.=(M/~1 M) ®A(BJ~Bi.)
car ce dernier produit tensoriel est égal à
(M ®ABJ /(Im(M ®A~Bi.) + Im(~ 1M ®ABi.))
et l'on a Im(~ 1M ®AB)= Im(M (8)A~1Bi.)c lm(M ®A~BJ puisque
~ 1Bi. c ~Bi. par définition; enfin, la relation ~ 1Bi. c ~Bi. montre que
l'on a aussi
(M/~1 M) ®A(BJ~BJ=(M/~1 M) ®A/'J,(BJ~Bi.)
si bien que finalement on a
et par suite
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 157
L'homomorphisme f,. peut donc s'écrire
®A gr•(A)---➔
1 (8)gr(ui.): M 0 0 M 0 ®A0 gr;(Bi.)
et comme M0 est par hypothèse un A 0 -module plat, le noyau de f,. est
égal à M0 (8)A Ri., où Ri. est le noyau de gr(ui.): gr•(A)....-➔ gr3(Bi.)- Tout
0
revient donc à prouver que n
(M0 ®A RJ=0. Or, par définition des
l..EL o
~"' l'intersection des noyaux des homomorphismes
~nA/~n+ 1 A---➔ ~n Bi./~n+ 1 Bi.,
lorsque 'A parcourt L, est réduite à 0, autrement dit n Ri.= O.
1-eL
Cela étant, supposons d'abord que M0 soit un A 0 -module
libre; prenant une base de Mo, on voit aussitôt que l'on a Mo ®Ao\l_EL rnRi.)
= n (M ®AoRJ,
ÂEL
0 d'où la proposition dans ce cas. Lorsque L est fini,
la formule précédente est encore vraie sous la seule hypothèse que M0
est un A 0 -module plat (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n°6, prop. 6),
ce qui termine la démonstration.
Remarque (6.6.10) La conclusion de (6.6.9) peut être inexacte si L
est infini et si l'on suppose seulement que M ®A(A/~) est un (A/~)-
module plat. Par exemple, soient V un anneau de valuation discrète,
K son corps des fractions, et soit A= V[T]/(T 2 ) (T indéterminée);
prenons pour~ l'image de (T) dans A, de sorte que A/~= V, et prenons
M=K, qui est un (A/~)-module, donc égal à M®A(A/~); en outre M
est un (A/~)-module plat, mais non un A-module plat; en effet, dans le
cas contraire, puisque~ est nilpotent, il résulterait de la remarque faite
après l'énoncé de (6.6.9) que M serait un A-module libre, ce qui est
absurde puisque ~K=0. Considérons d'autre part l'idéal maximal m
de l'anneau local noethérien A; on a mK=K, donc M®A(A/m")=0
quel que soit l'entier n; les (A/m")-modules M ®A(A/m") sont donc
plats pour tout n, et l'intersection des m" est réduite à O.
Corollaire (6.6.11) Soient A un anneau semi-local dont le radical~
est nilpotent (par exemple un anneau artinien), ui.:A....-➔ Bi. (ÀEL) une
famille d'homomorphismes d'anneaux telle que l'intersection des noyaux
des ui. soit réduite à O. Pour qu'un A-module M soit plat, il faut et il suffit
que pour tout ÀEL, M (8)[Link] un Bi.-module plat.
Comme A/~ est composé direct d'un nombre fini de corps (Bourbaki,
Alg. comm., chap. II, § 3, n° 5, prop. 16) et que ~ est nilpotent, A est
composé direct d'un nombre fini d'anneaux locaux A; dont le radical
est nilpotent (/oc. cit., § 4, n° 3, cor. 1 de la prop. 15) et M est par suite
somme directe de A 1-modules M;, chaque M 1 étant annulé par les Aj
158 O. Préliminaires
d'indice j # i; pour que M soit un A-module plat, il faut et il suffit que
chacun des M; soit un A 1-module plat; d'ailleurs l'intersection des
noyaux des homomorphismes A; - A ~ Bi. est réduite à 0, et
M; (8)A,Bi. est facteur direct de M (8)ABi.. On peut donc se borner au
cas où A est en outre local. Alors A/'J est un corps, donc M (8)A(A/'J)
est un (A/'J)-module libre, et il suffit de voir que pour tout À, M ®ABi.
est un Bi.-module libre, en vertu de (6.6.9). Mais si l'on pose 'Ji.= 'JBi.,
(M ®ABi.)®B,.(BJ'Ji.)=(M ®A(A/'J)) ®A13(BJ'Ji.) est un (BJ'Ji.)-module
libre, et 'Ji. est nilpotent. La conclusion résulte donc de l'hypothèse que
M ®ABi. est un Bi.-module plat et de la remarque qui suit l'énoncé de
(6.6.9).
Corollaire (6.6.12) Soient A un anneau, Mun A-module; on suppose
qu'il existe un idéal nilpotent 'J de A tel que M (8)A(A/'J) soit un (A/'J)-
module libre. Alors l'ensemble des idéaux Sl de A tels que M ®A(A/Sl)
soit un (A/Sl)-module libre admet un plus petit élément Sl0 (qui est aussi le
plus petit des idéaux 5l tels que M ®A (A/Sl) soit un (A/Sl)-module plat).
Pour qu'un homomorphisme u: A--➔ A' soit tel que M (8)AA' soit un
A'-module libre (resp. un A'-module plat), il faut et il suffit que use factorise
en A--➔A/Sl 0 --➔ A' (ou encore que Sl0 A' = O).
Le fait que l'intersection Sl0 des idéaux 5l pour lesquels M ®A (A/Sl)
est un (A/Sl)-module libre soit le plus petit de ces idéaux résulte de
(6.6.9) appliqué à .l'anneau A/Sl0 , à son idéal nilpotent 'J/Sl0 et aux
homomorphismes A/Sl 0 --➔ A/Sl, dont les noyaux ont O pour intersection.
Si A' est une (A/Sl0 )-algèbre, on a M ®AA' =(M (8)A(A/Sl0 )) ®A/stoA',
donc M ®AA' est un A'-module libre. Réciproquement, si A' est une
A-algèbre telle que M ®AA' soit un A'-module libre, et si 5l est le noyau
de l'homomorphisme A--➔ A', il résulte de (6.6.9) appliqué à l'anneau
A/Sl, au (A/Sl)-module M ®A(A/Sl), à l'idéal nilpotent 'JSl/Sl et à
l'homomorphisme injectif A/Sl--➔ A', que M ®A(A/Sl) est un (A/Sl)-
module libre, donc que 5l :::i Sl0 • Le fait que l'on puisse remplacer
«libre» par «plat» dans ce qui précède (en conservant naturellement
l'hypothèse que M ®A (A/'J) est un (A/'J)-module libre) résulte de
la remarque faite au début de la démonstration de (6.6;9).
Proposition (6.6.13) Soient A un anneau noethérien, 'J un idéal de
A, M un A-module idéalement séparé (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,
§ 5, n° 1) pour la topologie 'J-préadique. Soit (p;)1 ~;.,::, une famille finie
d'idéaux premiers de A contenant 'J;pour tout entier n?, 0, soit p\">la puis-
sance symbolique n-ième de P; (noyau de I'homomorphisme A--➔AP/P? Ap, );
posons 'Jn = np\">, de sorte que 'Jn
r
i= 1
:::i 'J", et supposons que la topologie
définie par la filtration ('Jn) soit identique à la topologie 'J-préadique
( autrement dit que, pour tout n, il existe m tel que 'J":::i 'Jm). Pour que
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 159
M soit un A-module plat, il faut et il suffit que M ®A(A/~) soit un (A/~)-
module plat et que, pour tout i, M ®A~,=Mp, soit un ~,-module plat.
Comme M est idéalement séparé, il suffit, en vertu de Bourbaki, Alg.
comm., chap. III, §5, n°2, th. l, de montrer que, pour tout n?,0, M ®A(A/~")
est un (A/~")-module plat; puisque tout ~n contient un ~m, il revient
au même de prouver que pour tout n, M ®A(A/~n) est un (A/~n)-module
plat. Or, comme ~ 1 :::i~, M®A(A/~ 1 ) est un (A/~ 1)-module plat; dans
l'anneau A/~"' l'idéal ~i/~n est nilpotent et enfin l'intersection des
noyaux des homomorphismes A/~n--➔ ~/P?~, est nulle dans A/~m
par définition de ~n· Il suffit donc, par (6.6.9), de vérifier que
M ®A(~,/P? ~,) est un (~,/P? ~}module plat, ce qui résulte de
l'hypothèse que M ®A~, est un ~,-module plat.
Remarque (6.6.14) L'hypothèse faite dans (6.6.13) sur la topologie
définie par les ~n est vérifiée si, pour tout n assez grand, Ass(A/~") est
contenu dans I'ensemble des P;• En effet, ~n est alors intersection d'idéaux
primaires pour les P;, dont chacun contient une puissance symbolique
de p 1, d'où la conclusion. En particulier:
Corollaire (6.6.15) Soient A un anneau noethérien, ~ un idéal nil-
potent de A, M un A-module. Pour que M soit un A-module plat (resp.
libre), il faut et il suffit que M ®A(A/~) soit un (A/~)-module plat (resp.
libre) et que pour tout idéal premier pEAss(A), MP soit un ~-module plat.
L'assertion relative au cas où M ®A(A/~) est libre se déduit encore
de l'assertion relative au cas où M ®A(A/~) est plat par la remarque
suivant l'énoncé de (6.6.9).
Corollaire (6.6.16) Soient A un anneau noetherien, ~ un ideal de
A, M un A-module. On suppose que M est idéalement séparé pour la
topologie ~-préadique et que gr3(A) est un (A/~)-module plat. Pour que
M soit un A-module plat, il faut et il suffit que M®A(A/~) soit un (A/~)-
module plat et que pour tout p EAss(A/~), MP soit un ~ -module plat.
Compte tenu de (6.6.14), tout revient à montrer que Ass(A/~") est
contenu dans Ass(A/~) pour tout n. Or, si aEA n'appartient à aucun
des p EAss(A/~), l'homothétie de rapport a est injective dans A/~;
comme chacun des ~k/~k+ 1 est un (A/~)-module plat, a est aussi un
élément (~k/~k+ 1)-régulier, donc a est (A/~")-régulier pour tout n
(Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 2, n° 8, cor. l du th. 1), et par suite
n'appartient à aucun idéal premier associé à A~", d'où le corollaire
(Bourbaki, Alg. comm., chap. Il, § 1, n° 1, prop. 2).
(6.6.17) On a souvent à considérer la situation suivante; A-➔ B est
un homomorphisme local d'anneaux locaux noethériens, M un B-module
de type fini (mais non en général un A-module de type fini); si m est
l'idéal maximal de A, k= A/m son corps résiduel, il s'agit de donner des
160 O. Préliminaires
critères pour que M soit un A-module plat, à l'aide de propriétés de
M®Ak=M/mM ou éventuellement des modules M/mkM pour
k?, 1. Le § 5 de Bourbaki, Alg. comm., chap. III est consacré à cette
question; nous allons donner divers compléments aux résultats qui y
sont exposés.
Proposition(6.6.18) Soient A, B deux anneaux locaux noethériens, m
l'idéal maximal, k le corps résiduel de A, p: A- B un homomorphisme
local, M, N deux B-modules, u: M - N un homomorphisme de B-modules.
On suppose. que M est un B-module de type fini, et N un A-module plat.
Considérons les conditions suivantes:
a) u est injectif.
b) M est un A-module plat.
c) Coker(u) est un A-module plat.
d) u ® lk: M ®Ak- N ®Ak est injectif.
Alors:
(i) La conjonction de a) et c) implique d), et inversement d) implique la
conjonction de a) et b).
(ii) Si de plus N est un B-module de type fini, d) implique aussi c), donc
d) équivaut à la conjonction de a) etc) et implique b).
La première assertion n'utilise aucune des hypothèses du début sur
A,B,M et est valable dès que N est plat (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§ 2, n° 5, prop. 4).
Pour établir le reste de la proposition, notons, pour tout A-module R,
<pR:gr~(A) ®kgr::,(R) - gr~(R) l'application canonique, et posons
P = Coker(u). Comme N est un A-module plat, <i>N est bijectif (Bourbaki,
Alg. comm., chap. III, § 5, n° 2, th. l); l'hypothèse d) entraîne alors que
<i>M et <ppsont bijectifs et que gr(u): gr::,(M)- gr~(N) est injectif (Bour-
bak~ Alg. comm., chap. III, § 2, n° 8, prop. 9). Comme mB est contenu
dans le radical de B, la filtration m-préadique sur M est séparée (Bour-
baki, Alg. comm., chap. III,§ 3, n° 3, prop. 6); le fait que gr(u) soit injectif
entraîne donc qu'il en est de même de u (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,
§2, n° 8, cor. 1 du th. 1); d'autre part, puisque M est de type fini, il est
idéalement séparé pour la topologie m-préadique (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. III, § 5, n° 1), donc le fait que <pMsoit bijectif entraîne que M est
un A-module plat (/oc. cit., n° 2, th. 1). Ce dernier raisonnement s'applique
pour P si N (et par suite P) est un B-module de type fini.
Proposition(6.6.19) Soient A, B, C trois anneaux locaux noethériens,
p: A-B, cr: B-C deux homomorphismes locaux, k le corps résiduel
de A, M un C-module # 0 de type fini. Les conditions suivantes sont
équivalentes:
a) M est un A-module plat et M ®Ak est un (B ®Ak)-module plat.
b) B est un A-module plat et M est un B-module plat.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 161
Nous établirons d'abord la proposition plus générale suivante:
Proposition ([Link]) Soient A un anneau commutatif, B une
A-algèbre commutative, ~ un idéal de A, M un B-module. On considère
d'une part les conditions suivantes:
(i) ~ est nilpotent.
(ii) B est noethérien, et M est idéalement séparé pour la topologie
~B-préadique (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 5, n° 1).
(iii) ~B est contenu dans le radical de B.
On considère d'autre part les quatre propriétés:
a) M est un B-module plat.
b) B est un A-module plat.
c) M est un A-module plat et M/~M un (B/~B)-module plat.
d) B/~B est un (A/~)-module plat et pour tout idéal maximal m :::i ~B
de B, on a mM#M.
Alors:
1° Si l'une des conditions (i), (ii) est vérifiée, la conjonction de a) et b)
implique c), etc) implique a).
2° Si la condition (i) ou la conjonction de (ii) et (iii) est vérifiée, la
conjonction de c) et d) implique la conjonction de a) et b).
1° La première assertion est immédiate (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. I, § 2, n° 7, cor. 2 et 3 de la prop. 8). Supposons donc c) vérifiée
et prouvons a). Considérons les anneaux gradués gr5(A), gr3(B) et le
module gradué gr3(M) (à la fois sur gr3(A) et gr3(B)) relatifs aux
filtrations ~-préadiques, ainsi que les applications canoniques sur-
jectives
u: gr (B) ®gr'(A) gr• (A) ---➔ gr• (B),
0
0
V: gr (M) ®gr'(A) gr• (A) ---➔ gr• (M),
w·: gr (M) ®gr'(B) gr• (B) ---➔ gr• (M).
0
Il est clair qu'on a un diagramme commutatif
([Link])
L'hypothèse c) entraîne que v est bijective (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. III, § 5, n° 2, th. 1); comme les deux autres applications du
diagramme sont surjectives, elles sont aussi bijectives. Mais comme en
vertu de c), M/~ M est un (B/~ B)-module plat, il résulte de lac. cit.
que M est un B-module plat.
162 O. Préliminaires
2° L'une ou l'autre des conditions (i), (iii) implique que tout idéal
maximal de B contient ~B. Il résulte donc de 1° et de la conjonction
de c) et d) que M est un B-module fidèlement plat, et par suite gr (M) 0
0
est un gr (B)-module fidèlement plat (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§ 3, n° 3, prop. 5). On a vu dans 1° que l'hypothèse c) entraîne que les
trois applications du diagramme ([Link]) sont bijectives; le fait que
gr 0 (M) soit un gr 0 (B)-module fidèlement plat implique donc que u
est aussi bijective (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 3, n° 1, prop. 2).
D'autre part, les conditions (ii) et (iii) entraînent que B est un A-module
idéalement séparé pour la filtration ~-préadique (Bourbaki, Alg. comm.,
chap. III, § 5, n° 4, prop. 2); on déduit donc encore de lac. cit., n° 2,
th. 1 que si la condition (i), ou la conjonction de (ii) et (iii), est vérifiée,
B est un A-module plat.
([Link]) Revenons à la démonstration de (6.6.19): il suffit d'appli-
quer ([Link]) en prenant pour~ l'idéal maximal de A, et en remarquant
qu'alors les conditions (ii) et (iii) de ([Link]) sont satisfaites (Bourbaki,
Alg. comm., chap. III,§ 5, n° 4, prop. 2), et que la condition c) entraîne d)
(6.6.1).
Proposition (6.6.20) Soient A, B deux anneaux locaux noethériens,
p: A-B. un homomorphisme local, Sl un idéal de B contenu dans l'idéal
maximal, M un B-module de type fini. Supposons que, pour tout n?, 0,
Mn= M/Sln+1 M soit un A-module plat. Alors M est un A-module plat.
Il faut prouver que pour tout homomorphisme injectif u: N' - N
de A-modules de type fini, v = 1M®u : M ®AN' - M ®AN est injectif.
Or, M ®AN' et M ®AN sont des B-modules de type fini, donc
séparés pour la topologie Sl-préadique (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,
§ 3, n° 3, prop. 6); il suffit donc de prouver que le prolongement continu
f:(M®AN'r-(M®ANr de V aux complétés est injectif. Or, on a
v= ~ v,,, où Vn = 1Mn(8)u : Mn ®AN' - Mn ®AN; comme par hypothèse
Mn est un A-module plat, vn est injectif pour tout n, donc il en est de
v,
-
même de le foncteur lim étant exact à gauche.
Proposition (6.6.21) Soient A un anneau, .3un idéal de A, M, N deux
A-modules séparés pour la topologie~ -préadique (7.1.9). On suppose en
outre que M est complet pour la topologie ,3-préadique et que N est un
A-module plat. Soit u: M- N un homomorphisme; si
u ® 1A/'J: M (8)A(A/~) - N (8)A(A/~)
est bijectif, alors u est bijectif.
Les modules gradués associés étant pris relatifs aux filtrations
,3-préadiques, il résulte des hypothèses sur M et N relativement aux
topologiesJ-préadiques qu'il suffit de prouver que gr(u):gr•(M)- gr•(N)
est bijectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. Il, §2, n° 8, cor. 3 du th. 1). Or on
a un diagramme commutatif
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 163
0 gr (u)
0
18)1 0
gr (M) (8) gro(A)gr•(A) gr (N) (8) gro(A)gr•(A)
~Ml 1~N
----g-r-<u-> ---- gr•(N)
0
avec gr (A)=A/~, et où <pMet<pNsont les homomorphismes canoniques
0
(Bourbaki, Alg. comm., chap. III; § 2, n° 3). Par hypothèse gr (u) est
bijectif, ainsi que <i>N (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 5, n°2, th. 1);
0
on en déduit d'abord que gr (u) (8) 1 est bijectif, donc <i>M est injectif;
mais puisque <pMest toujours surjectif, il est bijectif, donc gr(u) est
bijectif.
Corollaire (6.6.22) Soient A un anneau,~ un idéal nilpotent de A, M
et N deux A-modules. On suppose que N est un A-module plat. Soit
u: M - N un homomorphisme; si u ® lA13 : M ®A(A/~) - N ®A(A/~) est
bijectif, alors u est bijectif.
Corollaire (6.6.23) Soient A un anneau noethérien, ~ un idéal con-
tenu dans le radiacal de A, M et N deux A-modules de type fini (donc
séparés pour la topologie ~-préadique (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,
§ 3, n° 3, prop. 6)). On suppose en outre que N est un A-module plat. Soit
u:M-N un homomorphisme; si u® 1A13: M ®A(A/~) - N ®A(A/~) est
bijectif, alors u est bijectif.
Soient Met N les complétés de M et N respectivement pour la topo-
logie ~-préadique, et soit û: M-N l'homomorphisme déduit de u par
prolongementcontinu;comme M=M®AÂ et N=N®AÂ (Bourbaki,
Alg. comm., [Link], §3, n°4, th.3), Û=u®lÂ, et N est un Â-module
plat (Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n ° 7, cor. 2 de la pro p. 8). Comme
u® 1Â/3Â = u(8) 1A13 est bijectif, on déduit de (6.6.21) que û est bijectif,
donc u, restriction de û à M, est injectif. Comme N est de type fini et ~
contenu dans le radical de A, le lemme de Nakayama (Bourbaki, Alg.
comm., chap. II, § 3, n° 2, cor. 1 de la prop. 4) montre d'autre part que
u est surjectif.
Indiquons enfin une intéressante caractérisation des modules plats
(D. Lazard):
Proposition (6.6.24) Soit Mun A-module. Les conditions suivantes sont
équivalentes:
a) M est un A-module plat.
b) Pour tout A-module de présentation finie Pet tout homomorphisme
u: P- M, il exJste un A-module libre de type fini L et une factorisation
P~L~M deu.
c) Il existe un ensemble ordonné filtrant I et un système inductif
(MJ"'ei de A-modules libres de type fini tels que M soit isomorphe à
-
limM"'.
164 O. Préliminaires
Il est clair que c) implique a) (Bourbah Alg. comm., chap. I, § 2,
n° 3, prop. 2). Prouvons d'abord que a) implique b). Par hypothèse, il
existe un homomorphisme surjectif h: A"-+ P, et si R= Ker(h), un
homomorphisme surjectif g: Am-+R. Soient a;= h(e;) les images des
éléments de la base canonique de A" (1 ~i~n), et (~ 1j, .•. , ~n) (1 ~j~m)
les images par g dans R des éléments de la base canonique de Am, de
n n
sorte que l'on a ~ Pua;=Ü pour l~j~m, et par suite ~ Puu(a;)=0.
i=l i=l
Pour chaque jE[l,m], il existe donc une famille (cjkk:sk:sp d'éléments
de Met une famille (cxuk)
1 :si:sn,1 -'sk:spd'éléments de A telles que l'on ait
n p
L cxijk~ij=O pour l~k~p et u(a;)= L cxijkcjkpour l~i~n (Bour-
i=t k=l
baki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 11, cor. 1 de la prop. 13). Considé-
rons alors le A-module libre L=Amv, dont nous désignerons par
eik (1 ~j~m, 1 ~k~p) les éléments de la base canonique. On définit
un homomorphisme v: P-+L en posant v(a;)= L Cl;jkejkpour 1 ~i~n,
J,k
car pour tout jE[l,m], on a v(;~ijai) = ~ cxiik~ijeJk=Oen raison du
l i,k
choix des cxijk·Définissons d'autre part un homomorphisme w: L-+ M
par les conditions w(e 1 k)=clk et w(ejk)=O pour j~2 et pour tout k;
il est clair que w et v sont tels que w(v(a;))= u(a;) pour tout i, d'où
notre assertion.
Montrons enfin que b) entraîne c). Notons pour cela que dans la
démonstration de la prop. ([Link]), on peut remplacer les parties finies
L de M par celles de Mx N, uL: AL-+M étant alors l'homomorphisme
qui transforme chaque élément e<m,n>d'indice (m,n) EL c M x N de la
base canonique de AL en l'élément mEM. On va montrer que si M
est plat, l'ensemble des couples y=(L,Rd tels que My=AL/N(RL) soit
libre est cofinal dans l'ensemble filtrant des indices tX=(L,Rd. En
effet, soit cx=(L,Rd un indice quelconque; en vertu de b), l'homomor-
phisme canonique wa: AL/N(RL)-+M se factorise en
AL/N(Rd ~ E ~ M,
où E est un A-module libre de type fini. Soit a,. l'image
canonique dans AL/N(Rd de l'élément e,. d'indice ÀEL de la base
canonique de AL, et posons b,.=f(a,_)EE. D'autre part, si E a une
base (c)t:sJ:sv de p éléments, considérons dans Mx N un ensemble B
de p éléments µ1 tels que B n L= 0 et que pour chaque j, on ait
pr 1 µi=g(c)EM. Posons C=BuL, etsoit h:Ac-+E l'homomorphisme
tel que h(e,_)=b,. pour ÀEL et h(eµ,.)=ci pour l~j~p; il est clair
que h est surjectif et que son noyau Qc Ac est un A-module de type
fini:(Bourbaki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 8, lemme 9) qui contient N(RL)
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 165
par construction; on peut donc l'écrire N(Rc), où Re est un ensemble
fini contenant RL. Il est clair que Uc=goh par construction, et que
l'on a (L,Rd~(C,Rc); comme Ac/N(Rc)=E est libre de type fini, cela
termine la démonstration.
Corollaire (6.6.25) Soient A, B deux anneaux; si un foncteur de la
catégorie des A-modules dans celle des B-modules commute aux limites
inductives filtrantes et transforme tout module libre de type fini en un
module plat, il transforme tout module plat en un module plat.
6. 7. Compléments sur les modules projectifs
(6.7.1) Lorsque, dans (6.6.18), on suppose que B = A, l'hypothèse
qu'un A-module de type fini est plat équivaut à l'hypothèse qu'il est
projectif, ou libre (Bourbaki, Alg. comm., chap. Il,§ 3, n°2, cor. 2 de la
prop. 5); d'autre part, dire que u est injectif et Coker (u) un A-module
libre entraîne que u est inversible à gauche.
Mais en fait, le résultat qu'on obtient ainsi est indépendant des hypo-
thèses noethériennes, et est un cas particulier des résultats qui suivent.
Proposition (6.7 .2) Soient A un anneau, 3 un idéal de A, M un
A-module, N un A-module projectif, u: M....-➔ N un homomorphisme. On
suppose vérifiée l'une des conditions suivantes:
(i) 3 est nilpotent.
(ii) 3 est contenu dans le radical de A et M est de type fini.
Alors, pour que u soit inversible à gauche, il faut et il suffit que l'homo-
morphisme u 0 =u<8)1A/3 : M ®A(A/3)---➔ N ®A(A~) soit inversible à
gauche.
La condition étant évidemment nécessaire, prouvons qu'elle est
suffisante. Soit v0 un inverse à gauche de u 0 ; l'homomorphisme composé
N - N/JN ~ M/3M
se factorise en
N ~ M - M/3M
puisque N est projectif; alors w=vou est un endomorphisme de M tel
que l'endomorphisme w0 de M/JM déduit de w par passage aux quotients
soit l'identité; il suffira de prouver que w lui-même est bijectif, car alors
w- 1 ov sera un inverse à gauche de u. Distinguons maintenant les deux
cas:
(i) Pour tout n, on a le diagramme commutatif
(.3"/3"+ 1) (8) A/3(M/JM)
1 @gr'(w) l
- J"M/3n+lM
l gr"(w)
(.3"/3"+ 1) (8) A/3(M/3M)
- J"M/Jn+lM
166 O. Préliminaires
où les flèches horizontales sont surjectives et identiques; comme
gr (w)= w est l'identité, gr"(w) est aussi l'identité, et a fortiori est bijectif.
0 0
La filtration ~-préadique sur M étant finie puisque ~ est nilpotent,
on en conclut que w est bijectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 2, n° 8,
cor. 3 du th. 1).
(ii) Il suffit de montrer que pour tout idéal maximal m de A, l'endo-
morphisme wm= w (8)1Am de Mm= M (8)AAm est bijectif (Bourbaki,
Alg. comm., çhap. II, § 3, n° 3, th. 1), et comme 3Am C mAm et
Am/'JAm=(A/~)m, on est ramené à prouver la proposition lorsque A
est un anneau local. En outre, on peut supposer que ,3 est l'idéal maximal
~o de A, car si u 0 est inversible à gauche, il en est de même de
u 00 =u 0 <8)1A 13 0 :M/~ 0 M-N/~ 0 N. Supposons donc 3 maximal, de
sorte que AtJ est un corps. Il suffit évidemment de montrer que M est un
A-module libre sous les conditions de l'énoncé: en effet, s'il en est ainsi,
det(w 0 ) est alors l'image canonique de det(w) dans A/',J, donc det(w)
n'appartient pas à l'idéal ',J, par suite est inversible, et w est bien alors
bijectif. Or, le (A/,3)-espace vectoriel M/JM étant libre de type fini, il y
a un A-module libre de type fini L et un A-homomorphisme f: L - M
tels que l'homomorphisme fo=f(8)1A 13:L/~L-M/',JM soit bijectif.
Comme M est de type fini, on en déduit tout d'abord que f est surjectif
par le lemme de Nakayama; en outre, si g=uof, l'homomorphisme
g 0 =g(8)1A 13:L/,3L-N/JN est inversible à gauche, et puisqu'ici L
est libre, on peut comme ci-dessus raisonner sur les déterminants de g
et g 0 , donc g est inversible à gauche; mais cela entraîne évidemment
quef est injectif. CQFD.
Corollaire (6.7.3) Soient A un anneau local, k son corps résiduel, M
un A-module de type fini, N un A-module projectif, u: M - N un homo-
morphisme. Pour que u soit inversible à gauche, il faut et il suffit qu'il
existe un système générateur (x;) 1 .,,:z.,,:m de M tel que les images par
u ®lk: M ®Ak - N ®Ak des X; (8)1 soient linéairement indépendantes
dans le k-espace vectoriel N (8)Ak; les X; forment alors une base de M.
La condition est évidemment nécessaire, car si u est inversible à
gauche, M est un A-module projectif de type fini, donc libre (Bourbaki,
Alg. comm., chap. II, § 3, n° 2, cor. 2 de la prop. 5). Inversement, si la
condition est satisfaite, il est clair que les x;(8)1 forment une base de
M (8)Ak et que u(8)1k est inversible à gauche; il suffit donc d'appliquer
(6.7.2) à l'idéal maximal ,3 de A.
Corollaire (6.7.4) Soient A un anneau, M un A-module de type fini,
N un A-module projectif, u: M - N un homomorphisme. Pour tout idéal
premier p E Spec(A), les conditions suivantes sont équivalentes:
a) L'homomorphisme uP: MP - NP est inversible à gauche.
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 167
b) V homomorphisme u ® l"<P>:M ®AK(p).....-➔ N ®AK(p) (où K(p) est
le corps résiduel de AP) est injectif.
c) Il existe un système fini (x;)1 -"'i-"'md'éléments de M tels que les
images dans Mv des X; engendrent MP, et un système de m formes linéaires
yf sur N (1 ~i~m) telles que det((yf,xj))rtp.
d) Il existe fEA-p tel que l'homorphisme u1 : M1 .....-➔ N1 (cf. Bour-
baki, Alg. comm., chap. II,§ 5, n° 1) soit inversible à gauche.
En outre, l'ensemble des pESpec(A) vérifiant ces conditions est
ouvert dans Spec(A).
La dernière assertion est conséquence triviale de d) et de la définition
de la topologie de Spec(A) (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 4, n° 3).
Comme N est projectif, il est facteur direct d'un A-module libre NI);
en outre, comme M est de type fini, u(M) est contenu dans un sous-
module de A<lJde la forme A" pour n entier; comme chacun des énoncés
a), b), c), d) est équivalent à l'énoncé correspondant où l'on remplace
N par N (8)P (u étant toujours supposé appliquer M dans N), on est
ramené au cas ou N est libre de type fini. Il est trivial que d) entraîne a),
et a) et b) sont équivalentes en vertu de (6.7.3): d'ailleurs a) entraîne que
MP est libre (6.7.3), donc a) entraîne c) en prenant pour (x;) une famille
d"éléments de M dont les images dans Mv forment une base de ce Av-
module et en notant que puisque N est libre de type fini, toute forme
linéaire sur le Av-module NP s'écrit z*= y*/f, où fEA-p et où y*
est une forme linéaire sur le A-module N. Il est clair que c) entraîne b),
et il reste donc à voir que a) entraîne d). Or, comme N est de présentation
finie, (Hom A(N, M))P s'identifie canoniquement à Hom A.(Np, M)
(Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 2, n° 7, prop. 19). Si wv est inverse à
gauche de uv, il existe donc un homomorphisme w : N .....-➔ M et un élément
fEA-p tels que w=wP®(l/f)lA.· La relation wPouP=lM. s'écrit
donc aussi (wou)(8)1Ap =f-lM p . Mais comme M est un A-module de
type fini, il existe gEA-p tel que l'endomorphisme g((wou)-f-lM)
s'annule sur tous les générateurs de M, donc soit nul. Si on pose h = gf
et uh=u ®lAh' wh=w ®lAh, on a donc wh(uh(z))=(f/l)z pour tout
zEMh; mais comme h/1 est inversible dans Ah, il en est de même de
f /1 = f' et f' - 1 wh est donc inverse à gauche de uh. CQ FD.
Proposition (6.7.5) Soient A un anneau, Mun A-module de type fini,
N un A-module projectif, u : M.....-➔ N un homomorphisme.
(i) Pour que u soit inversible à gauche, il faut et il suffit que, pour
tout idéal maximal m de A, um: Mm.....-➔ Nm soit inversible à gauche.
(ii) Soit A' une A-algèbre qui soit un A-module fidèlement plat.
Pour que u soit inversible à gauche, il faut et il suffit que
u ® 1A' : M (8)AA'....-➔ N (8)AA' soit inversible à gauche.
168 O. Préliminaires
Comme dans (6.7.4), on peut se borner au cas où N est libre de type
fini; dire que u est inversible à gauche signifie que u est injectif et que
le module P = Coker(u) = N/u(M) est projectif, car u(M) sera alors
facteur direct de N. Notons en outre que puisque M est de type fini, P
est de présentation finie. Cela étant:
(i) La condition est évidemment nécessaire. Inversement, si elle est
satisfaite, on sait que u est injectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. II, § 3,
n° 3, th. 1) et comme Pm= N,,Jum(Mm) est projectif pour tout m, on
sait que cela entraîne que P est projectif (lac. cit., § 5, n° 2, th. 1).
(ii) Ici encore, la condition est trivialement nécessaire. Inversement,
si elle est remplie, on sait que u est injectif (Bourbaki, Alg. comm., chap. I,
§3, n° 1, prop. 2) et comme P(8)AA'=Coker(u(8)1A,) est projectif, donc
plat, on en déduit que P est un A-module plat (lac. cit., § 3, n° 3, prop.
6), donc projectif puisqu'il est de présentation finie (Bourbaki, Alg.
comm., chap. II,§ 5, n° 2, cor. 2 du th. 1).
6.8. Existence d'extensions plates d'anneaux locaux
Proposition (6.8.1) Soient A un anneau local, m son idéal maximal,
k =A/m son corps résiduel. Pour toute extension finie k 1 de k, il existe un
anneau local Ai, un homomorphisme local A--➔ A 1 faisant de A 1 un A-
module libre de rang fini, et un k-isomorphisme u: A 1 ®Ak ~ k 1 •
On peut raisonner par récurrence sur le nombre de générateurs de
k 1, et on est donc ramené au cas ou k 1 =k(t)=k[t], où test algébrique
sur k; soit fEk[T] le polynôme minimal de t; il existe un polynôme
unitaire FEA[T] dont l'image canonique dans k[T] soit f Posons
B =A [TJ et montrons que l'anneau quotient A 1 = B/(F) répond à
la question. Il est clair que A 1 est un A-module libre, par division eu-
clidienne. Posons ~ = m B + (F); l'anneau B/~ est isomorphe à
(B/mB)/((mB+(F))/mB) = k[T]/(f)=k 1 , et l'image m 1 de~ dans A 1
est donc uri idéal maximal égal à ~A 1 • Enfin, comme A 1 est une A-al-
gèbre finie, les idéaux maximaux de A 1 sont ceux qui sont au-dessus
de l'unique idéal maximal de A (Bourbaki, Alg. comm., chap. V, § 2, n° 1,
prop. 1), donc A 1 est un anneau local.
Proposition (6.8.2) Soient A un anneau local, m son idéal maximal,
k=A/m son corps résiduel. Pour tout corps K, extension de k, il existe
un anneau local B et un homomorphisme local de A dans B, tels que mB
soit l'idéal maximal de B, que B/mB soit isomorphe à K et que B soit un
A~module plat.
La proposition résulte de (6.8.1) lorsque K est une [Link] de k.
Prouvons-la en second lieu lorsque K est une extension de type fini
de k. Il suffit encore de le faire lorsque K = k(T), où T est une indéter-
minée. Considérons alors l'anneau de polynômes C=A[T] et l'idéal
§ 6. Compléments d'algèbre commutative 169
premier m C=n formé des polynômes ayant leurs coefficients dans m;
il est clair que C/n est canoniquement isomorphe à k[T]. Montrons que
l'anneau B = C" répond à la question; c'est évidemment un anneau
local dont l'idéal maximal nB=mB, et B/mB=(C/n)n=(k[T])n est le
corps des fractions K de k[T]. Enfin, Best un C-module plat (Bourbaki,
Alg. comm., chap. II,§ 2, n° 4, th. 1) et C un A-module libre, donc Best un
A-module plat (Bourbaki, Alg. comm,, chap. I, § 2, n° 7, cor. 3 de la prop. 8).
Passons au cas général. Il existe un ordinal y et pour tout ordinal
À~y un sous-corps k'/. de K contenant k, tels que: 1° pour tout À< y,
k'!.+1 soit une extension de k'/.engendrée par un seul élément; 2° pour
tout ordinal µ sans prédécesseur, kµ = U k'/.;3° K = ky, Il suffit en effet
'!.<µ
de considérer une bijection I;- t~ de l'ensemble des ordinaux ~ ~
(pour un ~ convenable) sur K, et de définir k'/.par induction transfinie
(pour À~ ~) comme la réunion des k'/.pour µ < À si À n'a pas de prédé-
cesseur, et, si À=v+ 1, comme kv(t~),où I; est le plus petit ordinal tel
que td kv; y est alors par définition le plus petit ordinal ~ ~ tel que
kr=K.
Cela étant, nous allons définir, par récurrence transfinie, une famille
d'anneaux locaux A'/. pour À ~ y, et des homomorphismes locaux
Jµ'/.:A'/......-➔ Aµ pour À ~ µ, vérifiant les conditions suivantes:
(i) (A'/.,fµJ est un système inductif et A 0 = A.
(ii) Pour tout À, on a un isomorphisme A'l./mA'/.~ k'/..
(iii) Pour À ~ µ, Aµ est un A'/.-module plat.
Supposons donclesA'/. et lesJµ'/. définis pour À~µ<ç, et supposons en
premier lieu que ç = Ç+ 1, de sorte que k~= kç(t). Si t est algébrique sur
kç et si h est son polynôme minimal dans kç[TJ, on considère un polynôme
unitaire H de Aç [T] dont l'image dans kç[T] est h; on prend A~=Aç [T]/(H)
(6.8.1), h,~= lA,;, J~çégal à l'homomorphisme canonique et f~'/.= _h,ç[Link],'/.
pour À < Ç. Si t est transcendant sur k, on définit A~ par le procédé
du début de la démonstration, comme égal à (Aç[t])mA[tJ, et les .h,'I.
comme précédemment. '
Supposons maintenant que I; n'ait pas de prédecesseur; on prend
alors pour A~ la limite inductive du système inductif d'anneaux locaux
(A'/.,fµ'/.)pour À< I;; f~'/.est défini pour À < I; comme l'homomorphisme
canonique de A'/.dans sa limite inductive et f~~ = 1A . Comme k~ est la
limite inductive des k'/.pour À< ç, il résulte de (6.1.4)\ue A~ est bien un
anneau local d'idéal maximal mA~ et de corps résiduel k~ et que les f~'/.
pour À < I; sont des homomorphismes locaux formant un système
inductif; enfin, pour À= I;, A~ est un A'/.-module plat en vertu de Bour-
baki, Alg. comm., chap. I, § 2, n° 3, prop. 2.
Cette construction faite, il est clair que B = Ar vérifie les conditions
de l'énoncé (6.8.2).
170 O. Préliminaires
Corollaire (6.8.3) Si A est un anneau local noethérien, on peut, dans
l'énoncé de (6.8.2), supposer en outre que B est noethérien et complet.
Si de plus A est un anneau de valuation discrète, il en est de même de B.
La seconde assertion découle aussitôt de la première, puisque l'idéal
maximal mB de Best alors principal (6.5.7). La première assertion résulte
du lemme plus général suivant:
Lemme ([Link]) Soient A un anneau local noethérien, m son idéal
maximal, B un anneau local, p: A .....-➔ B un homomorphisme local faisant de
B un A-module plat. Si B/mB est un anneau noethérien, alors le séparé
complété B de B pour la topologie m-préadique est un anneau local noethé-
rien et un A-module plat, et B/m":8 est isomorphe à B/m"B pour tout entier
n>O.
On sait que B est la limite projective du système projectif (B/m"B)
(Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 2, n°6); comme m est un idéal de type
fini dans A, m B/m 2 B est un (B/m B)-module de type fini, donc B est
noethérien (lac. cit., n° 11, cor. 2 de la prop. 14); en outre, pour tout n,
m"B est le séparé complété de m"B pour la topologie m-préadique
(lac. cit., n° 12, cor. 2 de la prop. 16) et B/m"B est isomorphe à B/m"B.
Comme Best un A-module plat, B/m"B est un (A/m")-module plat, donc
il en est de même de B/m"B; comme Best un anneau local (lac. cit., n° 13,
prop. 19) et noethérien, on en conclut que :8 est un A-module plat
(Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 5, n°2, th. 1). ·
§ 7. Compléments d'algèbre topologique
7 .1. Anneaux admissibles
(7.1.1) Rappelons (Bourbaki, Alg. comm., chap. III, § 4, n° 3) que
dans un anneau topologique A (non nécessairement séparé), on dit
qu'un élément x est topologiquement nilpotent si O est une limite de la
suite (x")n,. 0 • On dit qu'un anneau topologique A est linéairement
topologisé s'il existe un système fondamental de voisinages de O dans A
formé d'idéaux (nécessairement ouverts). Tous les anneaux topologiques
considérés sont supposés commutatifs, sauf mention expresse du contraire.
Si A et B sont deux anneaux topologiques, p: A....-➔ B un homomor-
phisme d'anneaux définissant sur B une structure de A-algèbre, on dit
que B est une A-algèbre topologique si p est continu pour les topologies
envisagées.
Si A est un anneau linéairement topologisé, M un A-module topolo-
gique, on dit que M est linéairement topologisé s'il existe un système
§ 7. Compléments d'algèbre topologique 171
fondamental de voisinages de 0 dans M formé de sous-modules de M;
pour abréger, nous dirons «système fondamental d'idéaux (resp. de sous-
modules) ouverts» au lieu de «système fondamental de voisinages de 0
formé d'idéaux (resp. de sous-modules)».
Etants donnés un anneau linéairement topologisé A et un A-module
M, les ensembles .3M, où ~ parcourt un système fondamental d'idéaux
ouverts, forment un système fondamental de sous-modules ouverts pour
une topologie sur M faisant de M un A-module topologique, et que l'on
dit déduite de la topologie de A.
Soit M un A-module topologique dont la topologie est moins fine
que la topologie déduite de celle de A; alors, si N est un sous-module
ouvert de M, le A-module discret M/N est annulé par un idéal ouvert de
A, car par hypothèse il existe un tel idéal 5l tel que Sl· Me N.
Si M et N sont deux A-modules topologiques dont les topologies
sont toutes deux déduites de celle de A, alors tout A-homomorphisme
u: M.....-➔ N est continu, car pour tout voisinage V de Odans N, il existe par
hypothèse un idéal ouvert~ de A tel que ~N eV, donc u(~M)e~N eV.
Lorsque B est une A-algèbre topologique, linéairement topologisée,
la topologie sur B déduite de celle de A est plus fine que la topologie donnée,
car pour tout idéal ouvert 5l de B, il y a par hypothèse un idéal ouvert ~
de A tel que ,3 B e R
Définition (7.1.2) Dans un anneau linéairement topologisé A, on dit
qu'un idéal~ est un idéal de définition si~ est ouvert et si, pour tout voisi-
nage V de 0, il existe un entier n > 0 tel que ~ne V (ce qu'on exprime,
par abus de langage, en disant que la suite (3") tend vers 0). On dit qu'un
anneau linéairement topologisé A est préadmissible s'il existe dans A un
idéal de définition; on dit que A est admissible s'il est préadmissible et si
en outre il est séparé et complet.
Il est clair que si ~ est un idéal de définition, -2un idéal ouvert de A,
~ n -2 est encore un idéal de définition; les idéaux de définition d'un
anneau préadmissible A forment donc un système fondamental d'idéaux
ouverts (mais on notera que les puissances ~n d'un idéal de définition ne
sont pas nécessairement des idéaux ouverts).
Lemme (7.1.3) Soit A un anneau linéairement topologisé.
(i) Pour que xEA soit topologiquement nilpotent, il faut et il suffit
que pour tout idéal ouvert~ de A, l'image canonique de x dans A/~ soit
nilpotente. I; ensemble '.t des éléments topologiquement nilpotents de A est
un idéal.
(ii) Supposons en outre que A soit préadmissible, et soit ~ un idéal de
définition de A. Pour que xEA soit topologiquement nilpotent, il faut et
il suffit que son image canonique dans A/~ soit nilpotente; l'idéal '.t est
l'image réciproque du nilradical de A/~ et est donc ouvert.
172 O. Préliminaires
(i) découle immédiatement des définitions. Pour prouver (ii), il suffit
de remarquer que pour tout voisinage V de 0 dans A, il existe n > 0 tel
que ~n c V; si xEA est tel que x"'E~, on a xmqEV pour q:;;;.n, donc
x est topologiquement nilpotent.
Proposition (7 .1.4) Soient A un anneau préadmissible, ~ un idéal
de définition de A.
(i) Pour qu'un idéal~' de A soit contenu dans un idéal de définition, il
faut et il suffit qu'il existe un entier n > 0 tel que ~m c ~-
(ii) Pour qu'un XEA soit contenu dans un idéal de définition, il faut et
il suffit qu'il soit topologiquement nilpotent.
(i) Si ~m c ~' ~ + ~' est un idéal de définition, car il est ouvert et
(~+~')" c~.
(ii) La condition est évidemment nécessaire; elle est suffisante, car si
elle est rem plie, il existe n tel que x" E ~' donc ~' = ~+A x est un idéal
de définition, puisqu'il est ouvert, et que ~'" c ~-
Corollaire (7.1.5) Dans un anneau préadmissible A, un idéal premier
ouvert contient tous les idéaux de définition.
Corollaire (7.1.6) Les notations et hypothèses étant celles de (7.1.4),
les propriétés suivantes d'un idéal ~o de A sont équivalentes:
a) ~o est le plus grand idéal de définition de A;
b) ~o est un idéal de définition maximal;
c) ~o est un idéal de définition tel que l'anneau A/~0 soit réduit.
Pour qu'il existe un idéal ~o ayant ces propriétés, il faut et il suffit que
le nilradical de A/~soit nilpotent; ~o est alors égal à l'idéal '.t des éléments
topologiquement nilpotents de A.
Il est clair que a) implique b), et b) implique c) en vertu de (7.1.4,
(ii)) et (7.1.3,(ii)); pour la même raison, c) entraîne a). La dernière assertion
résulte de (7.1.4, (i)) et (7.1.3, (ii)).
Lorsque'.!/~, nilradical de A/~, est nilpotent, on note Ared l'anneau
quotient (réduit) A/'.!.
Corollaire (7.1.7) Un anneau préadmissible noethérien admet Ufl plus
grand idéal de définition.
Corollaire (7.1.8) Si un anneau préadmissible A est tel que, pour un
idéal de définition ~' les puissances ~n (n > 0) forment un système fonda-
mental de voisinages de 0, il en est de m~me des puissances ~m de tout
idéal de définition ~' de A.
Définition (7.1.9) On dit qu'un anneau préadmissible A est préadique
s'il existe un idéal de définition ~ de A tel que les ~n forment un système
§ 7. Compléments d'algèbre topologique 173
fondamental de voisinages de O dans A (ou, ce qui revient au même, tel
que les ~n soient ouverts). On appelle anneau adique un anneau préadique
séparé et complet ( 1).
Si ~ est un idéal de définition d'un anneau préadique (resp. adique)
A, on dit encore que A est un anneau ~-préadique (resp. ~-adique), et
que sa topologie est la topologie ~-préadique (resp. ~-adique). Plus géné-
ralement, si M est un A-module, la topologie sur M ayant pour système
fondamental de voisinages de O les sous-modules ~n M est dite topologie
~-préadique (resp. ~-adique) et la filtration (~" M) est dite filtration
~-préadique sur M.(1) En vertu de (7.1.8), ces topologies sont indépen-
dantes du choix de l'idéal de définition ~-
Proposition (7.1.10) Soient A un anneau admissible, ~ un idéal de
définition de A. Alors ~ est contenu dans le radical de A.
Cet énoncé est équivalent à l'un quelconque des corollaires suivants:
Corollaire (7.1.11) Pour tout XE~, 1 +x est inversible dans A.
Corollaire (7.1.12) Pour que fEA soit inversible dans A, il faut et il
suffit que son image canonique dans A/~ soit inversible dans A/~.
Corollaire (7.1.13) Pour tout A-module M de type fini, la relation
M = ~M (équivalente à M ®A(A/~) = O) entraine M =0.
Corollaire (7.1.14) Soit u: M.....-➔ N un homomorphisme de A-modules,
N étant de type fini; pour que u soit surjectif, il faut et il suffit que u <8)1:
M ®A(A/~)----➔ N ®A(A/~) le soit.
En effet, l'équivalence de (7.1.10) et (7.1.11) résulte de Bourbaki,
Alg., chap. VIII, § 6, n° 3, th. 1, et celle de (7.1.10) et (7.1.13) de lac. cit.,
th. 2; le fait·que (7.1.10) entraîne (7.1.14) est le lemme de Nakayama
(lac. cit., cor. 4 de la prop. 6); d'autre part, (7.1.14) entraîne (7.1.13) en
l'appliquant à l'homomorphisme nul. Enfin, (7.1.10) entraîne que si f
est inversible dans A/~, f n'est contenu dans aucun idéal maximal
de A, donc f est inversible dans A, autrement dit (7.1.10) entraîne
(7.1.12); et inversement, (7.1.12) entraîne (7.1.11).
Tout revient donc à démontrer (7.1.11). Or, comme A est séparé et
complet et q·ue la suite (~") tend vers 0, il est immédiat que la série
00
~ ( -1)" x" est convergente dans A et que, si y est sa somme, on a
n=o
y(l +x)= 1.
(1) Nous nous écartons ici de la terminologie de Bourbaki.
174 O. Préliminaires
7 .2. Anneaux adiques et limites projectives
(7.2.1) Toute limite projective d'anneaux discrets est évidemment
un anneau linéairement topologisé, séparé et complet. Inversement,
soit A un anneau linéairement topologisé, et soit (~h) un système fon-
damental d'idéaux ouverts dans A. Les applications canoniques
A--➔ A/'J'/.. forment un système projectif d'homomorphismes con-
<.p'/..:
tinus et définissent donc un homomorphisme continu <.p:A-➔ lim A/'J'/..;
-
si A est séparé, <.pest un isomorphisme topologique de A sur un sous-
anneau partout dense de lim A/'J'/..; si, en outre, A est complet, <.pest un
-
Lemme (7.2.2) -
isomorphisme topologique de A sur lim A/'J'/..•
..
Pour qu'un anneau linéairement topologisé soit
admissible, il faut et il suffit qu'il soit isomorphe à une limite projective
A=lÊEA'/.., où (A'/..,u'/..µ) est un système projectif d'anneaux discrets ayant
pour ensemble d'indices un ensemble ordonné filtrant L (pour~) qui
admet un plus petit élément noté Oet satisfait aux conditions suivantes : 1° les
u'/..:A--➔ A'/.. sont surjectifs; 2° le noyau 'J'/..de u 0 '/..:A'/..--➔ A 0 est nilpotent.
Lorsqu'il en est ainsi, le noyau 'J de u 0 : A--➔ A 0 est égal à lim:h.
La nécessité de la condition résulte de (7.2.1), en preœnt pour ('J).)
un système fondamental de voisinages de O formé d'idéaux de défi-
nition contenus dans l'un d'eux 'J 0 et appliquant (7.1.4, (i)).La réciproque
résulte de la définition d'une limite projective et de (7.1.2), et la dernière
assertion est immédiate.
(7.2.3) Soient A un anneau topologique admissible, 'J un idéal de
A contenu dans un idéal de définition (autrement dit (7.1.4) tel que
('J")tende vers O); on peut considérer sur A la topologie d'anneau ayant
pour système fondamental de voisinages de O les puissances 'J" (n > O);
nous l'appellerons encore la topologie 'J-préadique. L'hypothèse que A
est admissible entraîne que n
'J"= 0, donc la topologie 'J-préadique
sur A est séparée. n
Proposition (7.2.4) Si A est un anneau admissible et 'J est un idéal
contenu dans un idéal de définition de A et tel que les 'J" soient fermés
dans A, A est séparé et complet pour la topologie 'J-préadique.
Cela résulte de Bourbaki, Top. gén., chap. III, 3• éd., § 3, n° 5, Cor. 1
de la prop. 9.
Corollaire (7.2.5) Soient A un anneau admissible, 'J un idéal de
[Link] de A tel que les 'J" soient fermés dans A. Pour que A soit noe-
thérien, il faut et il suffit que A/'J soit noethérien et que 'J/'J 2 soit un
(A/'J)-module de type fini. ·
Ces conditions sont évidemment nécessaires. Inversement, sup-
posons-les vérifiées; comme en vertu de (7.2.4) A est complet pour la
§ 7. Compléments d'algèbre topologique 175
topologie ~-préadique, le corollaire résulte de Bourbaki, Alg. comm.,
chap. III,§ 3, n° 10, cor. 5 du th. 2.
(7.2.6) Si A est un anneau adique,~ un idéal de définition de A,
A est limite projective des anneaux A;=A/~i+t. Nous renvoyons à
Bourbaki pour une caractérisation complète des systèmes projectifs
(A;, u;) qui sont du type précédent lorsque ~/~ 2 est un A-module de
type fini (Alg. comm., chap. III, § 2, n° 11, prop. 14); dans les mêmes
conditions, on peut aussi caractériser les systèmes projectifs de A;-
modules de la forme M;=M/~;+i M, où M est un A-module de type
fini (lac. cit.). En particulier:
Proposition (7.2.7) Soient B un anneau, ~ un idéal de B tel que
2
~/~ soit un B~module de type fini (ou, ce qui revient au même, un
(B/~)-module de type fini).
(i) L'anneau A= lim(B/~n+ 1 ) est un anneau adique. Si ,3 est I'adhé-
rence dans A de I'intige canonique de ~' 3 est un idéal de définition de
type fini de A, .j" est l'adhérence dans A de l'image canonique de ~n (n
entier?, 1), A/'J,n est isomorphe à B/~n et 3/32 à ~/~2, et 3 est iso-
-
morphe à lim (J/~n+ 1).
(ii) Soit N un B-module tel que N/~N soit un B-module de type
fini. Alors M = lim(N/~n+ 1 N) est un A-module de type fini, isomorphe
au séparé complété de N pour la topologie ~-pré adique, 3nM est l'ad-
hérence de l'image canonique de ~nN, et M/~nM est isomorphe à N/~nN.
Il est immédiat en effet de vérifier que les systèmes projectifs con-
sidérés satisfont aux conditions de Bourbaki, lac. cit.
Lemme (7.2.8). Soit
([Link]) Fn ~ Gn - Ü
un système projectif de suites exactes de groupes commutatifs ayant
pour ensemble d'indices N et tel que les homomorphismes de transition
G = lim Gn, u = lim Un, V= lim Vn, la suite
([Link]) o-E~F~G-o
- -
En+ 1 -En soient surjectifs. Alors, si l'on pose E = lim En, F = lim Fn,
- - -
est exacte.
-
Comme le foncteur lim est exact à gauche, tout revient à prouver
que v est surjectif. Or, soit z = (zn) un élément de G, et posons Pn= v;;1 (zn),
ensemble non vide par hypothèse dans Fn;il est clair que les Pn forment
un système projectif d'ensembles. En outre, montrons que l'homomor-
phisme de transition Pn+ 1 - Pn est surjectif. Or a par hypothèse un dia-
gramme commutatif
176 O. Préliminaires
Un Vn 0
0 En Fn Gn
([Link]) fnî 9nî hnî
0
- En+1
- -
Un+1 Fn+I Vn+1 Ün+I -o
où fn est surjectif. Si YnEPn, on a Vn(yn)=zn;soit Y~+1EPn+1,de sorte
que vn(gn(Y~+ 1))=zn, donc gn(Y~+1)-YnEun(En); puisque f,, est sur-
jectif, il existe Xn+1EEn+I tel que gn(Y~+1)-yn=un(fn(Xn+1))
=gn(un+1(Xn+1)),ou encore Yn=gn(y~+I-Un+1(Xn+1)),d'où notre as-
sertion. On sait alors (Bourbaki, Ens., chap. III, 2• éd.,§ 7, n° 4, prop. 5)
-
que P = lim P n est non vide; si t = (tn) est un élément de P, on a
vn(tn)= zn pour tout n par définition, donc v(t) = z, ce qui achève la
démonstration.
On notera que la conclusion n'est plus valable lorsqu'on ne suppose
pas que les homomorphismes de transition En+ 1.....-➔ En sont surjectifs
même si les homomorphismes Fn+1.....-➔ Fn et Gn+ 1.....-➔ Gn le sont (Bour-
baki, Top. gén., chap. III, 3• éd.,§ 7, exerc. 1c)).
Lemme (7.2.9) Soient (An) un système projectif d'anneaux,
-
A= lim An. Supposons donné un système projectif de suites exactes
([Link]), où tous les homomorphismes de transition fn: En+ 1....-➔ En soient
surjectifs, et où En, Fn, Gn soient des An-modules, les homomorphismes
de transition étant des di-homomorphismes ( de An+ 1-modules dans des
An-modules). Supposons enfin que pour tout n, Gn soit un An-module
projectif. Alors, si les suites esactes de An-modules ([Link]) sont scindées,
la suite exacte ([Link]) de A-modules est scindée.
Par hypothèse, il existe pour chaque n un An-homomorphisme
Sn:Gn----➔ Fn tel que VnOSn = lGn· Nous allons montrer qu'on peut, par
récurrence sur n, définir un An-homomorphisme s'n: Gn.....-➔ Fn tel que
VnOS~=lGnet que les diagrammes
soient commutatifs. En effet, gnosn+t -s'nohn est un An+ 1-homomor-
phisme de Gn+ 1 dans un(En),qui est un quotient de Un+1(En+ 1) puis-
que fn est surjectif; comme Gn+t est un An+ 1-module projectif, cet
homomorphisme se factorise en
Gn+I !n+l> Un+dEn+I) ~ Un(En)
§ 7. Compléments d'algèbre topologique 177
d'où l'on conclut aussitôt que s~+t =sn+i -tn+i répond à la question.
Cela étant, puisque les s~ forment un système projectif, leur limite
-
projective s' = lims~: G-F est un A-homomorphisme tel que vos'= lG,
et la suite ([Link])est donc scindée.
Proposition (7.2.10) Soit A un anneau ~-adique.
(i) Tout A-module projectif de type fini M est séparé et complet pour
la topologie 'J-préadique, donc limite projective des (A/'Jn+ 1 )-modules
projectifs M/~n+t M.
(ii) Inversement, posons An= A/~n + 1 , et soit (Mn) un système pro-
jectif de An-modules, tel que pour tout n l'homomorphisme
Mn+ 1 ®An+l ~- Mn déduit du di-homorphisme de transition
Mn+ 1 -Mn soit bijectif. Supposons en outre les Mn projectifs et M0 de
-
type fini. Alors M = lim Mn est un A-module projectif de type fini tel
que l'homomorphisme canonique M ®AA0 -M 0 soit bijectif.
(i) Il existe un A-module libre de type fini L tel que M soit isomorphe
à un facteur direct de L; comme L est séparé pour la topologie ~-préa-
dique, il en est de même de tout sous-module N de L puisque
~n+ 1 N c ~n+ 1 L; en particulier M est séparé pour la topologie ~-
préadique, et comme l'homomorphisme surjectif f: L- M est continu
pour les topologies ~-préadiques, son noyau N est fermé pour la topo-
logie induite par la topologie ~-préadique de L; puisque Lest complet et
queJ est un morphisme strict, on en conclut que M est complet (Bourbaki,
Top. gén., chap. IX, 2• éd.,§ 3, n° 1, prop. 4).
(ii) Il résulte du lemme de Nakayama que si M0 est engendré par
une famille finie (xw) 1 "'i.:s, et si, pour tout n, x 1n est un élément de Mn
dont x 1,n-t est l'image dans Mn-t, alors (x1n)i.:si.:s,est un système
générateur de Mn (Bourbaki, Alg. comm., chap. II,§ 3, n° 2, cor. 2 de la
prop. 4).
Cela étant, pour tout n, posons Ln=A~; si (e1n)i.:si.:s, est la base
canonique de Ln, soit un : Ln- Mn l'application An-linéaire telle que
un(e1n)=x 1n pour l~i~r. Par hypothèse on a une suite exacte scindée
Ü - Nn ~ Ln ~ Mn - Ü
et comme Ln=Ln+I ®An+!An et Mn=Mn+I ®An+!An, on a aussi
Nn=Nn+t®A+iAn. n
Or on a A'=L=limLn;
+-----
si l'on pose N=limN"'
+-----
U= ~ Un, V=~ Vn, il résulte de (7.2.9), puisque Mn est un An-module
projectif, que la suite
o-N~L~M-o
est exacte et scindée, d'où la proposition.
178 O. Préliminaires
7.3. Anneaux préadiques noethériens
(7.3.1) Nous renvoyons à Bourbaki, Alg. comm., chap. III,§ 3, pour
une étude détaillée des topologies m-préadiques sur un anneau noethérien
A. Rappelons les propriétés essentielles de ces topologies:
1° Si M est un A-module de type fini, N un sous-module de M, la
topologie induite sur N par la topologie m-préadique de M est la topo-
logie m-préadique de N (lac. cit., n° 2, th. 2).
2° Le séparé complété Â de A pour la topologie m-préadique est
un anneau de Zariski (lac. cit., n° 3, prop. 8) et un A-module plat, et pour
tout A-module de type fini M, l'application canonique M ®AÂ-M
(séparé complété de M pour la topologie m-préadique) est bijective
(lac. cit., n° 4, th. 3).
3° Si A ést un anneau de Zariski (autrement dit, si l'idéal de définition
m est contenu dans le radical de A), Â est un A-module fidèlement plat,
et tout A-module de type fini est séparé pour la topologie m-préadique
(lac. cit., n° 3, prop. 6 et n° 5, prop. 9).
Si A est un anneau noethérien semi-local, r son radical, les idéaux
de définition de la topologie r -préadique sont les idéaux q c r con-
tenant une puissance de r ; on peut aussi les définir comme ceux tels
que A/q soit de longueur finie.
Lorsqu'on considérera un anneau semi-local noethérien A comme
un anneau topologique, c'est toujours de la topologie r-préadique qu'il
sera question, sauf mention expresse du contraire; on dira encore que
cette topologie est la topologie canonique sur A.
Pour la commodité des références, notons deux conséquences de
ces résultats:
Proposition (7.3.2) Soient A un anneau noethérien, m un idéal de A,
u : E- F un homomorphisme de A-modules de type fini. Pour tout A-
module M de type fini, posons Mn=M®A(A/m"+ 1 )=M/m"+ 1 M,
K(M)=Ker(u(8)1M), C(M)=Coker(u(8)1M), K(Mn)=Ker(u(8)1M ), C(Mn)
= Coker(u (8)1MJ Alors les homomorphismes canoniques. · "
([Link])
sont bijectifs.
Comme E ®AM et F ®AM sont des A-modules de type fini, et
que le foncteur M- M e