L’Afrique et le Moyen-Orient.
Les ressources naturelles et énergétiques sont-elles une
malédiction ou un miracle ?
Bibliographie
- Stéphane ABIS, Géopolitique du blé. Un produit vital pour la sécurité mondiale, Paris,
A.Colin/IRIS, 2015.
- Mathieu AUZANNEAU, Or noir. La grande histoire du pétrole, Paris, La découverte, 2015.
- Sylvie Brunel, Géographie amoureuse du maïs, Paris, JC Lattès, 2012.
- Philippe CHALMIN (dir.), Rapport Cyclope 2015. Marché mondiaux : pour qui sonne le
glas ?, Economica, 2015.
- Philippe COPINSCHI, « Le pétrole : enjeux stratégiques et logiques de marché », Questions
internationales n°65, Janvier-février 2014, pp. 23-39.
- Bernadette MERENNE-SCHOUMAKER, Atlas mondial des matières premières. Des
ressources stratégiques, Paris, Autrement, 2013.
- Serge MICHEL et Michel BEURET, La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir,
Paris, Fayard, 2010 (2e éd. actualisée).
Introduction
« Nous sommes en partie à blâmer, c’est la faute d’être né avec une cuillère de cuivre dans la
bouche ». Kenneth Kaunda, président de la Zambie entre 1964 et 1991.
« Tout bien mesuré, je préfèrerais que nous ayons trouvé de l’eau ». Cheikh Ahmed Yamani,
ministre du pétrole d’Arabie Saoudite entre 1962 et 1986.
En 1959, d’immenses réserves de gaz ont été découvertes au large de Groningue (Pays-Bas).
Au début des années 1970, plusieurs études économiques ont expliqué pourquoi cette richesse
en hydrocarbures avait été finalement contre-productive pour l’économie néerlandaise :
hausse des salaires = hausse demandes de biens = hausse des prix = stagnation de la
compétitivité des entreprises exportatrices donc marginalisation progressive dans le PIB de
tout ce qui n’est pas lié aux hydrocarbures. On parle depuis de syndrome hollandais (Dutch
disease).
Dans Resource-Based Industrialization : Sowing the Oil in Eight Developing Countries
(Industrialisation par les ressources naturelles : le gaspillage du pétrole dans huit pays
développés) (1990), Richard Auty utilise pour la première fois l’expression « malédiction des
ressources naturelles » comme une évidence économique. Il isole trois causes à cette
malédiction : les luttes de maintien au pouvoir des oligarchies étatiques qui s’enrichissent
(corruption, gaspillages), la volatilité des prix de ressources dépendantes du climat comme
des réserves, la détérioration de tout secteur économique alternatif.
Aujourd’hui, 96 pays dépendent des matières premières pour au moins 50% de leurs recettes
d’exportation de marchandises. Parfois la production de 3 produits seulement suffit à financer
70% de l’ensemble. La question de la dépendance énergétique n’est donc pas à comprendre
seulement vue du point de vue du consommateur, mais aussi de certains producteurs.
Il s’agira dans ce cours de donner les grandes masses des ressources naturelles, ressources
minières, agricoles, piscicoles, énergétiques. De montrer les hiérarchies, la gouvernance et le
rôle que peuvent jouer les décisions climatiques mondiales dans l’avenir des Etats concernés.
Sources
Problématisations
1. Les ressources naturelles, agricoles et énergétiques
1.1. Le contrôle des richesses minières et des hydrocarbures par les Etats
- Données.
L’Afrique recèle 30% des réserves mondiales de minéraux. Il détient 97% du chrome,
54% du manganèse, 40% de l’or, 20% du fer, 23% uranium. 8% pour le pétrole, 7% pour le
gaz. RDC = 50% réserves mondiales de cobalt (« scandale géologique ». Zambie 8e cuivre,
Zimbabwe 5e platine. Mais PMA. Entre 1980 et 2010, PIB/hab x2 Nigeria et Algérie mais
idem Bangladesh et Pakistan, qui n’ont pas de matières premières. IDH ? Prod pétrole Afrique
subsaharienne = 7.6% monde : Nigeria 153e IDH, Angola 148e, Guinée équatoriale 136e. On
sait aujourd’hui que l’Afrique est la partie du monde où les ressources naturelles énergétiques,
minérales et agricoles sont les plus sous-exploitées et dans lesquelles il y a jusqu’à présent le
moins d’investissements. Là où les pays de l’OCDE et les pays d’Amérique latine et d’Asie
investissent en moyenne 60 à 65 dollars par kilomètre carré dans l’exploration des gisements,
l’Afrique en dépense en moyenne 5 dollars. Avoir des ressources dans ses sous-sols n’est
donc pas suffisant. Il faut investir dans leur découverte, dans leur certification et dans leur
exploitation. Le continent africain est en retard sur ce point-là. Même si le Ghana a commencé
récemment à produire du pétrole, que le Bénin s’y est remis, que des réserves ont été
découvertes en onshore en Afrique de l’Est (en Ouganda par exemple), et que le Mozambique
a récemment découvert des importants gisements de gaz naturel... Il y a donc un vrai boom
des ressources énergétiques et minérales (cuivre, cobalt, manganèse, germanium). Au Soudan,
la China National Petroleum Corp (CNPC) s’est associée en 1997 avec la compagnie
soudanaise National Petroleum Corp. et a exploité les gisements pétrole du Kordofan
(ElMuglad) + construction oléoduc 1600 km vers Mer Rouge. 2004 Angola scnadale
Angolagate, Pékin pique concession offshore de Total. ; entrée consortiums goldfe de
Guinée : Nigeria avec Total + Petroleo Brasileiro (gisement d’Akpu, Nigéria) ; en échange
Chine finance réhabilitation chemin de fer de Benguela, débouché du Katanga.
Le Moyen-Orient est le 1er exportateur mondial de pétrole (31.7% production mondiale,
47.7% des réserves prouvées dont 16% pour l’Arabie Saoudite). Etats-Unis 2014 1 er
producteur mondial grâce hydrocarbures de schiste, mais autoconsommation.
Hiérarchie Moyen-Orient: Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Iran, Irak, Koweït, Qatar.
Afrique : Nigeria, Angola, Algérie. CARTES
- Les hydrocarbures du Moyen-Orient sont des enjeux géopolitiques internes et externes
car presque deux tiers des réserves mondiales actuellement exploitables sont situées au
Moyen-Orient. Ils constituent la moitié des sources mondiales d’énergie. L’argent des
hydrocarbures irrigue directement ou non la région, sous forme de revenus de l’extraction, du
transit ou de donations publiques ou privées. Le pétrole a permis de financer l’expansion
urbaine, l’arrivée d’immigrés et la construction des infrastructures : ports, aéroports, routes,
réseaux de communication, etc. 98% des habitants du Koweït sont des citadins comme 87%
de ceux d’Arabie saoudite. Les agglomérations sont cosmopolites et sont parfois composées à
80% d’étrangers attirés par les revenus de l’Eldorado pétrolier. Au Koweït, 15% de la
population est Indienne et 13% sont Egyptiens alors que les nationaux représentent 31% de la
population. La rente pétrolière a donc d’abord un effet de transformation des caractéristiques
démographiques et urbanistiques des pays. L’exploitation, l’exportation des hydrocarbures et
actuellement le développement d’une industrie pétrochimique restent des objectifs politiques
et financiers pour de nombreux pays. Ils permettent aux Etats de percevoir des dividendes,
parfois importantes selon les cours du pétrole. En retour, cela leur impose d’instaurer une
stabilité sécuritaire avec des conséquences sur les pratiques politiques et militaires. Lors d’un
discours d’inauguration du Yemen liquefied natural gasproject, le 7 novembre 2009, appuyé
militairement par l’Arabie Saoudite, le président yéménite Ali Abdullah Saleh a affirmé que
les combats contre la rébellion Al-Houthi, débutés depuis deux mois, iraient jusqu’à leur
terme pour rétablir la sécurité et la stabilité que nécessite ce projet.
Avec les demandes croissantes de l'Asie (surtout la Chine et l'Inde), y aurait-il de nouvelles
guerres du pétrole au Moyen-Orient ?
Les économies développées reposent principalement sur le pétrole pour la production
d’énergie, l’agriculture, les transports et la production de matières premières. Les ressources
en hydrocarbures du Moyen-Orient appartiennent à leur pays mais aussi à des compagnies
pétrolières, comme Total ou Exxon, qui représentent des acteurs extérieurs puissants. Pour les
Etats-Unis et l’Union européenne, la demande en pétrole moyen-oriental a tendance à baisser,
pour diminuer leur dépendance envers cette région politiquement instable. Selon les chiffres
de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), la demande asiatique en forte
croissance, en particulier de l’Inde et de la Chine compenserait largement cette baisse.
En fin de compte, le pétrole moyen-oriental reste bien un enjeu à l’échelle mondiale.
- Pb malédiction des ressources // rente // gouvernance. Alors que l’Etat se finance
habituellement en taxant les activités économiques, l’existence d’une rente minière ou
pétrolière lui permet de s’affranchir de toute dépendance fiscale vis-à-vis des agents
économiques nationaux et donc de tout besoin de légitimation populaire, tout en lui donnant
les moyens d’une politique de redistribution clientéliste. La rente est donc un facteur majeur
de déconnexion entre l’Etat et la société. Intégrer les cercles du pouvoir devient une condition
nécessaire pour accéder à la richesse. Une rente pétrolière est un facteur d’immobilisme
politique (Irak de S.Hussein, monarchies du Golfe, Libye sous Kadhafi, Algérie, Gabon,
Angola, Azerbaïdjan, Turkménistan) mais aussi un facteur d’instabilité politique et de
violence en cas de conflit entre clans rivaux (Nigéria) ou dans une zone grise (70% coltan
mondial ds le Kivu RDC sous contrôle rwandais, pr composants électroniques téléphones
portables et playstations). Seule solution : disposer d’un Etat ancien, stable,
institutionnellement et administrativement transparent. Seul cas : la Norvège.
1.2. Ressources agricoles : la question de l’eau et de la sécurité alimentaire
- L’eau au Moyen-Orient
L’eau douce est utilisée pour la consommation domestique, agricole et industrielle. Compte-
tenu du climat régnant au Moyen-Orient, ce paramètre est vital pour l’ensemble de ces pays.
La répartition des réserves hydriques reste très inégale. L’antique croissant fertile (la Turquie,
l’Iran, l’Irak et le Liban) concentre environ 80% des ressources d’eau douce renouvelables.
Ceci a pour conséquence des disparités importantes concernant les ressources en eau. Dans les
pays pauvres en eau douce, les eaux fossiles ou renouvelables sont surexploitées et le recours
au dessalement, dont la moitié est effectué dans la péninsule arabique, demeure extrêmement
coûteux en énergie. Cette situation a tendance à s’aggraver en raison d’une forte croissance
démographique. En effet, la population de la Syrie, de l’Iran, de la Turquie, de l’Arabie
Saoudite, a au moins doublé durant les 25 dernières années. Facteur aggravant, la
consommation urbaine augmente aussi en raison du changement des comportements qui
tendent à s’aligner sur ceux des occidentaux.
Le politique de l'eau apportera-t-elle la paix entre Israéliens, Palestiniens, Libanais et Syriens?
Par ailleurs, l’agriculture absorbe plus de 80% des eaux consommées. La surconsommation
agricole ne profite qu’en partie à l’alimentation des populations et une concurrence s’installe
entre les eaux nécessaires à l’urbanisation et les eaux à destination de l’agriculture. Au
Yémen, la lucrative culture du qat, arbuste dont les feuilles ont un effet psychotrope, est
responsable de la baisse des réserves d’eau alors que la moitié des enfants de moins de 5 ans
sont mal nourris. La culture de ce stupéfiant n’est pas sans responsabilité dans la
déstabilisation du pays. La concurrence entre les eaux à destination urbaine ou agricole et
entre les cultures vivrières et non vivrières a des conséquences géopolitiques internes
indéniables.
La gestion de l’eau demeure un enjeu qui se traduit par des pratiques de coopération mais
surtout de confrontation. Les eaux iraquiennes et syriennes dépendent des eaux turques du
Tigre et de l’Euphrate. Le projet de Güneydogu Anadolu Projesi (GAP) qui vise à
l’aménagement de ces deux fleuves a provoqué des conflits parfois à la limite de
l’affrontement militaire. Le remplissage du barrage Atatürk, en janvier 1990, a fait baisser le
débit de l’Euphrate d’un quart. Cette situation va empirer jusqu’à la fin des travaux, en 2015,
en l’absence d’accord tripartite entre la Turquie, l’Iraq et la Syrie. Par ailleurs, le bassin du
Jourdain est irrigué par les territoires occupés par Israël au Liban (Ghajar, fermes de Chebaa
et collines de Kafer Chouba) et en Syrie (Mont-Hermon et Golan) depuis 1967. La
Cisjordanie occupée et la bande de Gaza sont placées sur les deux nappes phréatiques les plus
importantes de la Palestine mandataire.
Les tensions dues à la gestion de l’eau sont réelles à l’intérieur des pays de la région et entre
eux. Ces tensions s’ajoutent à celles générées par les hydrocarbures.
- La question de la sécurité alimentaire
Le concept de sécurité alimentaire a bcp évolué. 1996 Sommet mondial de l’alimentation,
définition par la FAO : « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en
tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation
suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences
alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ». Donc 4 PILIERS :
disponibilité (production intérieure, capacité d’importation), régularité, accès (qui dépend du
pouvoir d’achat, des infrastructures disponibles et des rapports de force dans les filières), et
qualité nutritionnelle. Sommets sur l’Alimentation (dernier 2009) donnent priorité à la
sécurité alimentaire des villes, or 80% des pauvres et des affamés sont des ruraux.
« Soif de blé » (Stéphane Abis) en Afrique du Nord et Moyen-Orient où
« hyperdépendance céréalière » (S. Abis, 2012) : 1ère région importatrice de la planète (eau
rare, stress hydrique croissant, disponibilité en terres arables limitée, pluies irrégulières).
Population passée de 140 à 500 millions d’hab entre 1960-2010 = aggravation de la
vulnérabilité alimentaire. Afrique du Nord 50 millions hab 1950, 200 millions 2015, 320
millions 2050 = x6 (monde : x4). 40% consommation ANMO (Afrique Nord Moyen Orient)
vient des marchés internationaux (1960 : 10%). Disparités : Algérie, Jordanie, Liban deux-
tiers conso est importée. Yémen 95% par importation. ANMO : 6% pop mondiale mais 33%
achats internationaux de blé. Exportateurs : Etats-Unis, France, Allemagne, Argentine,
Australie, mais aussi Russie, Kazakhstan, Ukraine, Roumanie. « Diplomatie du grain »
Usage par Kadhafi envers Afrique noire pour soutien politique (Union Africaine) : argent
pétrole contre grains. Arabie Saoudite programme 1978 pour autosuffisance en blé, mais arrêt
de la production en 2016 (nappe phréatique presque asséchée péninsule) : Arabie S importe
3Mt, risque si décision utilisation achat blé par manne pétrolière, risque assèchement des
réserves, au dépens des voisins (Yémen, Irak, Jordanie, Syrie, Egypte).
Afrique subsaharienne 75% pauvres Afro cc et centrale vivent dans les campagnes.
Petites exploitations vivrières + rente. 31% PIB Burkina Faso, 54% République
Centrafricaine. Essentiel des revenus des 60% ruraux d’Afr subsaharienne. Mais
multiplication des ressources combinées : agriculture, pêche, chasse, cueillette, artisanat,
commerce, migrations saisonnières, tourisme.
=> L’Etat, coincé entre volonté de pérenniser un modèle qui favorise la survie démographique
et le clientélisme.
2. Des pays entre économie de rente et ouverture
2.1. Qu’est-ce qu’une économie de rente ?
- En Afrique et au Moyen-Orient, près de 80% des exportations viennent de matières
premières. L’économie de rente caractérise un Etat dont l’essentiel des revenus provient de
rentrées financières externes. Utilisation mais non création de richesses. Productions de
l’époque coloniale sont agricoles (vin, agrumes, café, cacao, arachide, coton, hévéa
caoutchouc Liberia par Firestone) mais peu minières (ruée vers l’or Afrique du sud 1880,
création de la De Beers par Cecil Rhodes) ou hydrocarbures (Anglo-Persian Oil Company
1909 gisement Majed Soleiman, devient BP en 1954).
- Trente Glorieuses et indépendances = activité minière forte + contrôle de la production
par les Etats indépendants (Iran 1952 Mossadegh, sociétés nationales partout, OPEP 1960,
guerre du cacao Côte-d’Ivoire 1987 mais échec qd 1990s libéralisation, Plans d’ajustement
structurels et OMC qui libéralisent, et fragilisent la rente. Années 2000 arrivée de nouveaux
concurrents/investisseurs : Chine, Inde. Essor Golfe de Guinée pétrole 1990 (Angola >
Algérie), gisements Niger et Soudan, Guinée Equatoriale et Sao Tomé deviennent des Qatar
africains => le continent intéresse donc 2010 Afrique du Sud rejoint les BRIC à l’invitation de
la Chine. 2011 Etats-Unis déclarent Afrique « Zone d’intérêts vitaux des Etats-Unis
d’Amérique.
2.2. Culture de la terre et Land grabbing
- Contrairement à la légende coloniale, les cultures commerciales ne se sont pas
développées au détriment des cultures vivrières. Conquête de nouveaux espaces : Sénégal
arachide vers fronts pionniers Est, Côte d’Ivoire café et cacao sur défrichements forêts.
Culture de l’or blanc au Mali Tchad Burkina Faso (1 er prod afr de coton). Adaptation des
paysans au marché (suivi par applications téléphones portables). Pas de subventions publiques
(pas UE ni EUnis) + faible productivité = plutôt prod pour marché intérieur (hausse conso
urbains, circuits commerciaux femmes => fin de l’idée d’opposition entre cultures destinées à
la vente et cultures autoconsommées, ce sont les mêmes.
- Besoins accrus en terres. Ghana 1961-2000 surfaces cultivées de 14.5% à 22.5% de la
superficie du pays. Explosion urbaine = besoin alimentaires accrus (blé, riz, produits locaux
non importés). Techniques de production : Système SERER (Sénégal) assolement triennal
arachide mil jachère remplacé par pêche, tourisme, maraîchage ou émigration ; technique du
ZaÏ (Burkina Faso, Guinée) : minicuvettes remplies de fumures organiques pour piéger l’eau
de ruissellement qd période des pluies (pression démographique Niger (Arewa) = essor
culture d’oignons, arboriculture arbres fruitiers manguiers, bois de feu) ;
- Accaparement des terres (land grabbing) par groupes financiers étrangers. Accélération
par crise alimentaire mondiale 2007-2008 et émeutes de la faim. Ruée vers les terres arables
par les pays à fortes réserves en devises et dont ressources agricoles limitées (Arabie
Saoudite, Qatar, mais aussi Corée, Malaisie, Chine, Inde). 60 millions hectares en cours de
transaction financière. Sierra Leone 80% terres inexploitées. Echec Daewoo achat 1 million
hectares terres à Madagascar (manifestations monstres + chute président Ravalomanana 2006-
2009). Ethiopie investissement de l’homme d’affaire éthio-saoudien Al Amoudi (huile, sucre,
blé riz). Cultures florales Kenya stimulées par le géant indien de l’agrobusiness Ram
Karuturi : loue 300 000 ha à Gambella (Ethiopie), prospections au Soudan et Conger pour site
huile de palme ; le conglomérat malaisien Sime Darby a signé bail 200 000 ha au Libéria
(2010). Investissements agricoles chinois au Cameroun, Mali, Sénégal, Tanzanie,
Mozambique : prod locale (riz, sucre) et export (sésame, palmier à huile). Idem forêts :
Rimbunan (Malaisie) 1er détenteur mondial de permis forestiers en 2008.
LE PROBLEME DU RIZ AU NIGERIA : COMMENT GERER LA PENURIE ?
Le Nigéria est un grand pays de l’Afrique de l’Ouest. Malgré l’importance du secteur agricole dans l’économie
nationale, le pays n’est pas pour autant autonome dans sa production alimentaire en général et celle du riz en
particulier. Le riz est consommé sur toute l’étendue nationale et le pays compte sur le marché international pour
satisfaire une part importante de la consommation nationale en riz, qui était estimée à 4.2 millions des tonnes en
200825. Le Nigéria importe en moyenne 1.7 million des tonnes de riz blanc chaque année, faisant de lui le
deuxième importateur du riz au niveau mondial26.
En réponse à la penurie du riz durant la crise alimentaire 2007-2008, le Nigéria a adopté des mesures à court
terme et d'autres à moyen et long terme. À court terme, le gouvernement nigérian a relâché 65.000 tonnes des
grains pour la population25. L'objectif était d’augmenter l’offre du riz dans les trois mois suivants (mai-juillet
2008) et maintenir la situation pour les trois autres mois suivants (août-octobre 2008)27. Ceci devrait causer une
réduction significative dans le prix du riz sur le marché. Ce prix avait augmenté de 33.86US$ par sac de 50kg de
riz à 70.54US$25. Cette quantité importée allait être vendue à la population à un prix subventionné de façon à
ramener le prix de riz à 42.92US$ par sac de 50 kg, comme c’était le cas quelques mois auparavant28.
La deuxième mesure à court terme est l'opération "Coup de balai" qui consiste à l’achat des stocks actuels de riz
importé détenus par des vendeurs privés dans diverses régions du pays. Il était établi qu’environ 110.000 tonnes
de riz étaient disponibles pour cette opération27. Cette quantité allait être achetée au prix actuel du marché soit
70.54US$ puis être revendue à la population à un prix subventionné29.
2.3. Qatar, à la recherche d’un modèle économique moins dépendant de la ressource
- Etat né en 1971 (empire britannique). Monarchie absolue : Emir Al-Thani. 2.9M hab dont
0.8M à Doha. Superficie Ile-de-France (11586 km2, Idf 12000). Membre OPEP + 2012
membre associé de l’Organisation Internationale de la Francophonie. 2013 PIB/hab en ppa
(parité pouvoir d’achat) : 1er mondial à 136727 dollars (ArS 9e, EU 10e, RFA 16e, RUni 24e,
France 25e, Japon 26e, Chine 85e) mais 50e en PIB brut, et population sous-estimée car nb
migrants non comptabilisés. Religion wahhabite, 77.5% sunnites, 9% hindouistes, 8.5%
chrétiens.
- Problème : sa géographie. Coincé entre Arabie Saoudite et Iran. Dépendant ressources gaz
(peu pétrole). 3e réserves gaz monde (North Field), 4e producteur de gaz naturel, 1er
exportateur gaz naturel liquéfié (25% GNL monde) => transport possible par mer et non par
oléoducs terrestres, pas dépendance v/v Arabie Saoudite.
- Stratégie d’investissements échelle mondiale :
1) Culture pour assurer son soft power selon Alexandre Kazerouni (chercheur IEP) thèse
2013 Le miroir des cheikhs : musée et patrimonialisme dans les principautés arabes du golfe
persique. Achat 80% collection art Yves Saint-Laurent, Musée des Arts Islamiques de Doha
2008 par architecte US/chinois Ieoh Ming Pei (grande pyramide louvre).
2) Diplomatie sportive : championnat monde natation 2014, Doha ds tournoi ATP Tennis,
Mondial football 2022 controversé. Fondation Qatar Sport Investment (2005) achat PSG
2011.
3) Actions FMN dans LVMH, 3% de Total, 1er actionnaire de Lagardère (12.8%; famille
Lagardère 8.2%) et 3e de Volkswagen (17% après recapitalisation sept 2015 au profit de
Porsche).
4) Puissance immobilière : hôtel Royal Monceau rénové par Philippe Stark, 25% casinos de
Cannes, 2e actionnaire du BTP Vinci (après salariés).
5) Influence médiatique régionale. Al-Jazeera 1996 (tradition ouverture : intervenants
occidentaux et israéliens/Hamas). CNN connu pour guerre du Golfe, AlJ par couverture 2e
Intifada 2000.
- soutien financier et médiatique à des mouvements islamistes : Hamas, Djihad islamique,
2013 bureau des Talibans afghans réfugiés à Doha, Frères musulmans égyptiens (contre
Saoudiens qui soutiennent les salafistes via Al-Arabiya, chaîne concurrente fonds ArS
installée Dubaï), aide rebelles islamistes Libye et Syrie puis 2013 abandon au profit de
l’Arabie Saoudite.
=> Convoitises créent concurrences et volonté d’accaparement de la richesse
3. Les tensions liées à la gestion des questions énergétiques.
Qques rappels historiques.
Histoire institutionnelle de la prise de conscience écologique mondiale
Depuis le rapport Meadows (dit « Halte à la Croissance ! ») commandé au MIT par le Club
de Rome en 1972, la question du rapport entre exploitation des ressources, pollutions et
développement économique est posé à l’échelle planétaire. Cinq Sommets de la Terre
organisés par les Nations Unies interrogent tous les 10 ans les liens entre croissance
démographique, activités économiques et utilisation des ressources naturelles (1972
Stockholm, 1982 Nairobi, 1992 Rio de Janeiro, 2002 Johannesburg (« Notre maison brûle et
nous regardons ailleurs » Jacques Chirac), 2012 Rio+20 (bilan 1992-2012 pour préparer la
COP21 Paris 2015).
A la suite du premier rapport du GIEC (créé 1988, Nobel 2007), la question de la place des
Gaz à Effet de Serre (GES) dans le réchauffement climatique est posé, et l’idée d’un accord
international contraignant les Etats à réduire leurs GES se diffuse, alors que s’affirme la
rivalité Nords industrialisés champions du renouvelable et Suds qui ont besoin de polluer pour
s’industrialiser.
Le Sommet de Rio 1992 a créé la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les
Changements Climatiques dont le travail sera annuel dans le cadre des COP Conference Of
the Parties à partir de 1995), signée par 120 chefs d’Etat : le principe du droit des Suds au
développement est posé, mais aucune limite n’est chiffrée pour la baisse des GES. En 1995, la
COP1, à Berlin, met sur la table la question de rendre contraignante la baisse des GES pour
les Nords. En déc 1997, à Kyoto, l’UE propose une taxe carbone mondiale, les Etats-Unis un
marché de quotas finalement retenu. En 2000, la COP6 de La Haye cherche à négocier la mise
en œuvre de Kyoto : échec. Les Etats-Unis (en mars 2001) ne ratifieront pas Kyoto,
considérant inutile un protocole qui n’imposerait pas à la Chine et au PED une baisse des
GES. En 2001, à Marrakech, la COP7 impose l’objectif de 5.3% de réduction de GES (par
rapport à 1990) pour les Etats signataires. Kyoto rentre en vigueur en 2005, mais sans les
Etats-Unis, 1er pollueur jusqu’en 2007, avec un système de sanctions évitables (personne pour
les appliquer), mais en ayant imposé l’idée que le changement climatique est une question
politique. En 2004, la COP de Montréal voit la montée en puissance des Brics, mais le PM
Stephen Harper vitupère que « Kyoto est un complot socialiste pour soutirer des fonds aux
pays riches ». En 2006, le rapport de Nicholas Stern montre que le coût économique de
l’inaction est supérieur à celui de l’action. En 2007, le GIEC publie un 4 e rapport, faisant cette
fois le lien entre augmentation 2°C slt si baisse GES de 10%. En même temps, la Chine
devient le 1er pollueur mondial (6% des pollutions mondiales en 1973, 22% en 2008) : elle
pose la question du droit au dvlpt des Suds et à la responsabilité des Nords dans la pollution.
En 2009, la COP15 de Copenhague est un échec. 46000 participants, 40 chefs d’Etat, en
pleine crise financière mondiale. Hugo Chavez s’écrie « Si le climat était une banque, vous
l’auriez déjà sauvé ». Echec parce que EU et Chine imposent des objectifs non contraignants
(pas d’objectifs chiffrés), mais le chiffre de 2% du GIEC est inscrit dans le rapport, et 100
milliards de dollars d’aide des PI aux PED est prévu, pour lutter contre les effets du
réchauffement climatique. Cancun 2010, Bangkok 2011, Durban 2012, préparent l’idée que la
COP21 de Paris2015 doit être un accord universel et contraignant.
En décembre 2015, à Paris, dans un contexte sécuritaire exacerbé par les attentats à Paris de
l’Etat Islamique (13 novembre), 180 Etats et 150 chefs d’Etat et de gouvernement se mettent
d’accord pour un accord politiquement contraignant. Entre 1990 et 2012, les Nords ont émis
de 14 (1990) à 13 (2012) milliards de tonnes de CO2, les Suds de 7 à 20 : les Suds ne peuvent
plus mettre en avant un droit à polluer supérieur aux Nords. Etats-Unis, Canada, Japon,
Russie et Nouvelle-Zélande s’étaient retirés de Kyoto mais sont présents. Lors de l’ouverture,
le président chinois Xi Jinping affirme : « A problèmes extrêmes, solutions extrêmes ». Trois
informations : 1) Chine et Etats-Unis sont décidés à parvenir à un accord contraignant. 2) La
question qui se pose est celle des transferts financiers Nords/Suds pour aider les Suds dans
lutte contre les effets du réchauffement (5 à 10° au Niger). 3) Des Etats résistent : les Etats à
économie de rente hydrocarbures (EAU, Qatar, Arabie Saoudite, Venezuela). Résultats
bientôt.
Conclusion
Malédiction si Etats faibles ou mal gérés. Miracle si innovations et diversification. Les
ressources naturelles et énergétiques montrent la force ou la faiblesse des Etats et la capacité
d’adaptation des populations et des entreprises aux normes et hiérarchies du marché mondial.