La petite lettre 169
Deserto del Namib
Non rimane che l'attesa
a ora tarda di barcane
a mezzaluna sopra i rostri
d'un deserto inaspettato.
Di null'atro che il ricordo
è la vita un acumine di polveri.
Marco FAZZINI
Désert du Namib
Il ne reste que l'attente
à une heure tardive des barcanes
en demi-lune au-dessus des assauts
d'un désert inattendu.
La vie est une lame de poussière acérée
de rien de plus que la mémoire
Trad. JHB
Mille mercis à nos amis poètes de Vicenza.
Fleur qui flotte
Comme cette fleur
qui flotte sur les vagues...
désespérée de n'avoir pu décelée,
un peu d'amour et de bonté,
dans le regard d'une mère....
Je navigue ,
entre espoir et découragement,
consolation et vacillement.
La souffrance,
depuis longtemps
a ouvert ses ailes,
cherchant , toujours et en vain,
un peu de chaleur
dans Son Cœur...
Mais ce sentiment d'affection
est une émotion,
qui vient d'un monde trop lointain...
Il n'y a pas eu de jours paisibles,
seulement des peurs et des tremblements,
malgré mes appels imperceptibles,
les jours de vent.
Je regarde ce chemin qui approche
là d'où vient la nuit.
Il est semé d'étoiles,
d'évidences et de scintillements,
de connaissances et d'éclaircissements.
Ce chemin n'est ni sombre ni clair,
il faut seulement laisser passer
les noirceurs et les orages de la vie,
pour atteindre cette voûte céleste,
cet astre cosmique,
captivant et féerique,
fabuleux et magique,
pour refleurir
et guérir de cette existence,
en silence et en transparence
Graziella PINO
Terre, pourquoi nous grondes-tu ?
Rageuse, quand nous inondes-tu ?
Exaspérée, les vents tourbillonnent.
Moqueuse, les Hommes sermonnent.
Blessée, tes habitants se tourmentent.
Lassée, tes invités te voient servante.
Espères-tu de nous une compassion ?
Moques-tu de nous, de nos inventions ?
Es-tu remplie de sourdes rancœurs ?
N’est-ce pas des fissures dans ton cœur ?
Tout est dit. Nous tous reposons sur toi…
Frédéric MARINDAT
Vacances Haut-Savoyardes
J’aurai bien été voir la mer…
Je n’ai été qu’au Roc de Chère,
Pas de quoi en faire un menuet,
Il me restait tous mes sommets
Mais j’avais un tel désarroi
Que j’ai rejoint le Mont d’Arbois
J’ai grimpé sur le Mont Joli,
Pour chasser ma mélancolie,
Un bouquetin sur la Pointe d’Areu
M’a sifflé que pour être heureux,
Il en faut peu, bêlant narquois,
Et vertical dans une paroi,
J’ai eu le même écho d’un chamois,
Qui sur une vire de la Tournette,
Faisait d’improbables galipettes,
Et une dernière confirmation,
Dans une toute autre ascension
Au Crêt de la Mouche, d’un mouflon,
Cornes enroulées en déraison.
D’humeur encore un peu morne
J’avais qu’à dépasser les Bornes,
Au-delà de Samoëns au Mont Buet,
Ou au Mont-Blanc s’il vous plait !
Aller jusqu’aux Cornettes de Bise,
Dans un coin qui me défrise,
Ou si quelque chose en route cloche,
Me rabattre sur la Dent d’Oche !
Je voulais que mon horizon s’ouvre,
Du lac de Lessy jusqu’au Jalouvre,
Contempler, l’ample, le non banal ?
Tous les monts depuis Roche Parnal
Ou depuis les dents de Lanfon,
Entre trois cairns et deux vipères,
Dans le vertige et dans les airs,
De là-haut voir que notre lac,
Brille bleuté de toute sa laque
Et au final, vaut bien une mer !
Claire BALLANFAT
Fuites
Le temps semblait dormir
Dans le treillis des jours.
A ramené pourtant,
Au vif exact de l’automne,
Un galop fou de roux,
Une haleine de brume,
Un soupir de rose,
Une ride à ton front
Et pas un mot
Pour demander si tu consens.
Brigitte BARDOU
La danseuse de Kharkiv
Elle danse au milieu des décombres
Les soldats sont là, en nombre.
Entourée de ruines poussiéreuses
Elle a presque l’air heureuse.
Pourtant son village est vide, saccagé
Il ne reste que quelques personnes âgées
N’ayant pas eu la force de fuir vers une autre terre
Pour eux, il n’existe pas d’autre havre planétaire.
Quelques gravats repoussés, une improvisée esplanade
La musique bâillonne les belliqueuses canonnades
Ses bras lancent des brassées de liberté vers les cieux
Son corps tournoie au rythme d’ondulements gracieux
Des rubans s’envolent de ses cheveux en bataille
Une ceinture aux teintes explosives souligne sa taille.
Les hommes en treillis sont sous le charme, envoûtés
La guerre est suspendue, effacée d’un entrechat pirouetté.
Convaincus que dans ce tourbillon inspiré
Les affres de la guerre seront aspirées.
Peu importe si ce n’est le cas, en cet ensorcellement
Ils s’évaderont avec ses adorables sautillements
La paix est là, sauvagement
Durant un instant, un instant seulement.
Gaël SCHMIDT – 24 février 2023
Prévision
Alerte fruitée.
Agrume coloré.
Le vent ne hurle pas ,
Il s'annonce.
Alain LEGRAND
Le poète saute-muraille
Fatigué, il ferme les yeux…
Ce poète qui vit son rêve
Bien qu’il s’estime un peu vieux
Il n’est pas prêt pour la relève
Il veut encor écrire un peu
Trouver la bonne inspiration
Avant que s’éteigne son feu
Dans une ultime expiration !
Ce sommeil est réparateur
Lui faisant vivre une aventure :
Devant un mur séparateur
Il vient chercher une ouverture
Le rimeur ne perd pas espoir
Il garde bien en vue sa cible,
La franchit pour s’apercevoir
Que c’était le mur du possible !
Maurice LAVO (03 Octobre 2023)
Fleurs de cerisiers
Mes tongs parmi les pétales
Vieille geisha ce soir
Asperge délicate
Dévorée en goinfre pressée
Jus le long des doigts
Les yeux clos
Dans mes draps froissés
Un rêve de toi
Fleurs de cerisiers
Mes tongs parmi les pétales
Vieille geisha ce soir
Soleil rouge
Nuque fragile et lèvres carmin
Geisha à Kyoto
TATIEVA
Crever l’abcès
Ce soir, je ne peux pas écrire
J'ai trop de choses sur le cœur
Des sentiments contradictoires
Impressions, doutes et souvenirs
Déceptions, attentes et bonheurs
Lumières vives et idées noires
Je n'ai pas les mots pour le dire
Pourtant je ne saurais me taire
Pas assez de place en mon être
Débordant de larmes au point d’en rire
Coulent en dehors de mes paupières
Tâchant et déformant mes lettres
Tout le jour j'absorbe le monde
Je m'imprègne telle une éponge
De l'eau, de peurs, de bruits, de tonches
Suivant le rythme de la ronde
Cet univers où je me plonge
Me submerge sans que je bronche
À l'heure fraîche où la nuit tombe
Ce cumul d'émotions en fonte
Qui suinte, ruisselle, et m'inonde
Comme l'encre emplit le ciel sombre
L'ensemble à fleur de peau remonte
Exigeant que je lui réponde
Alors que le soleil achève aussi sa course
De retour à mon refuge aussitôt je m’écroule
Affalée sur une feuille j’assoupis mes idées
Tandis que mon crayon échappe à mes doigts lourds
Il s’enfuit sur le sol et avec lui je roule
Je m’étale en fusion avec le plancher
Je veux pourtant, je dois et j’ai besoin
D’expulser hors de moi ces coups de poing
Dans un demi-sommeil ma conscience implicite
Réitère cette expérience insolite
Mes lignes s’entrecroisent et mes mots se délient
Je finirai mes phrases à force d’insomnie
Il me faut des mots de lumière
Pour marquer cet écran obscur
J’aspire à respirer la clarté lunaire
Sous les persiennes que ses rayons obturent
Son rai de quiétude
Frappe à ma fenêtre
Et voici l’interlude Entre deux tempêtes L’œil du cyclone
Soulève mon cœur atone
Dans la pièce voisine
Des voix s'attardent
La mienne en sourdine
Gémit par mégarde
Pourquoi la vie m’épargne?
Et qu’est-ce que j’y gagne?
L’incertitude noircit mes atours
Et l’anxiété creuse mes nuits
Ne me laissez pas dormir en plein jour!
Mes cauchemars font trop de bruit
Éclats de verre et fuites d’eau
Marques, bleus et brûlures sur ma peau
Lassitude de mon corps
Au prix de tous mes efforts
Mon âme souffre de courbatures
Et j’ai des crampes aux zygomatiques
À force de sourire même aux murs
Et de m’éterniser sur la musique
Le souffle des chansons profanes
Le vent bruissant dans les platanes
Mon chapelet que j'égrène
Trouble le rythme des heures pieuses
Et les mots doux que l’on assène
Sont autant de fausses notes joyeuses
Faiblesse de mon esprit
Je voudrais que jamais ne cesse cette danse
Et faire taire tous les bruits
Qui m’empêchent d’écouter ton silence
C’est parfois si dur d’être heureuse
C’est exténuant d’être amoureuse
Je veux bien vivre dans le noir
Mais pas sans être émerveillée
Ne me laissez pas dormir ce soir!
Je ne veux plus me réveiller
Car j’ai si peur que ce sentiment nouveau s’évanouisse
Au passage de mes yeux sur l’aube qui s’éclipse
C’est l’heure du tumulte
La gloire des trouble-fêtes
Et voici le prélude
Juste avant la tempête
Là-bas dans la cuisine
Des rires claironnent
En réaction mutine
Le mien soudain résonne
Et ma joie détonne
Dans l’œil du cyclone
Delphine GUERS
« Qui sommes-nous s'il n'y a personne pour nous regarder ? »*
Écoute, écoute
Lecteur
Écoute ce silence
Les mots se taisent
Les mots se perdent
Ni ils chantent ni ils dansent
Écoute au fond de toi
Ce qu’ils pourraient te dire
Ce qu’ils pourraient contenir
Écoute cette voix
Qui n’est pas là
Peut-être que cela pourrait être la tienne
Peut-être que cela pourrait être la mienne
Une autre et tant d’autres
Écoute, écoute
Lecteur
Écoute ce silence
Et demain
Vient l’emplir
Que l’on écoute ta voix
Que l’on écoute la mienne
Une autre et tant d’autres
Qui sommes-nous s'il n'y a personne pour nous écouter ?
Qui sommes-nous s'il n'y a personne pour nous lire ?
* Stéphane DE GROODT
Au plaisir de vous lire
et à celui de vous écouter