Rejet de la maximisation actionnariale ?
Rejet de la maximisation actionnariale ?
actionnariale ?
Grégory Denglos
Dans Revue française de gestion 2008/4 (n° 184), pages 71 à 88
Éditions Lavoisier
ISSN 0338-4551
ISBN 9782746221789
DOI 10.3166/rfg.184.71-88
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GRÉGORY DENGLOS1
Germe, université de Lille
Faut-il rejeter
le principe de
maximisation de la
valeur actionnariale?
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1. L’auteur tient à adresser ses remerciements aux professeurs lillois Christian Marmuse et Michel Levasseur pour
leurs remarques sur ce travail. Il tient aussi à remercier les équipes de recherches de l’université des sciences éco-
nomiques de Montpellier 1, au sein de l’ISEM, ainsi que celles de l’IHEC de l’université des sciences économiques
et de gestion de Sfax, pour lui avoir permis, lors d’invitations, de compléter et d’enrichir les réflexions sur ce sujet.
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L
’intérêt récent accordé par les La théorie financière renvoie à la maximisa-
chercheurs en management straté- tion de la valeur pour l’actionnaire, qui
gique aux écrits sur le gouverne- consiste pour les directeurs généraux à
ment d’entreprise a permis d’envisager la maximiser la valeur des actions et des divi-
maximisation de la valeur actionnariale dendes. Le mode de gestion de l’entreprise
comme critère d’évaluation, éventuelle- centré sur la valeur est supposé promouvoir
ment unique, des décisions des directeurs l’efficience économique. D’un côté, les res-
généraux. Que la maximisation de la valeur sources financières se dirigent vers les
actionnariale devienne le but ultime de l’en- entreprises qui obtiennent les meilleures
treprise ne s’impose pas toutefois comme performances, sous l’œil vigilant de l’in-
une évidence partagée, même s’il est légi- vestisseur qui ne se laisse pas longtemps
time a priori que les actionnaires veillent à abuser par le maquillage des bilans, d’un
la défense de leurs intérêts (Hoarau et autre côté, les partenaires (fournisseurs,
Teller, 2001, p. 124). clients, salariés, etc.), au même titre que
Alors qu’en France, les directeurs généraux l’actionnaire, profitent de la croissance ren-
ont encore largement privilégié le plus sou- table dont doivent s’assurer les directeurs
vent, et parfois sans réserve, la création de généraux pour rémunérer les prêteurs et
la valeur envers l’actionnaire, leurs homo- couvrir le coût du capital. À terme, les
logues américains ont multiplié récemment clients obtiennent des produits à moindre
leurs efforts en direction de l’ensemble des coût, les fournisseurs bénéficient de l’ac-
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chain bénéfice comptable, qui empêche L’objet de cet article est de reproblématiser
d’investir dans des projets de long terme. les éléments de discussion, occultés par le
De même, la capacité des marchés à évaluer consensus, dissoudre les malentendus et
correctement les actifs stratégiques, au sens contribuer à rompre l’uniformité des points
de l’approche basée sur les ressources, est de vues. Au préalable, il est montré pour
régulièrement mise en doute, au même titre quelles raisons il n’est pas correct d’oppo-
que la rationalité des investisseurs, attirés ser la valeur partenariale à la valeur action-
par la spéculation. La prédominance des nariale.
investisseurs institutionnels sur les mar-
chés, l’émergence de groupes d’investisse- 1. En dehors de l’actionnaire, le
ments qui privilégient des performances à directeur général a d’autres partenaires
court terme, tels les fonds d’arbitrage, à satisfaire qui n’ont aucun moyen
feraient apparaître des comportements de diversifier le risque
dommageables pour l’économie dans son Depuis les travaux pionniers du prix Nobel
ensemble : renforcement de la volatilité Ronald Coase (1937), l’entreprise est envi-
boursière, accentuations des délocalisa- sagée comme un nœud de relations contrac-
tions… tuelles impliquant des agents rationnels,
L’objet des développements qui vont suivre maximisateurs et opportunistes, dont les
est de revenir en profondeur sur les élé- points de divergences se résument au seuil
ments du débat, de le clarifier et de démon- de risque et à l’horizon pris en compte dans
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l’entreprise n’est pas atteint, les directeurs (1977), qui se traduit par une séparation de
généraux n’ont souvent pas d’autre choix la propriété du capital et des décisions
que de se conformer à ce que prévoyait le engageant la valeur du patrimoine, et la
théorie néoclassique… théorie de l’agence de Jensen et Meckling
Mais, la réponse à la question : « au service (1976), constituent le cadre de référence,
de qui la grande entreprise doit-elle agir ? » dans lequel le dirigeant, censé veiller à la
divise. Une façon de poser le problème maximisation de la valeur actionnariale afin
consiste à se demander si les managers doi- d’enrichir les propriétaires, n’en est pas
vent se considérer uniquement comme res- moins tenté de servir ses propres intérêts
ponsables devant les actionnaires ou s’ils (augmentation des frais généraux, rémuné-
détiennent une responsabilité plus large, en rations excessives grâce à la domination
tant qu’administrateurs des actifs de l’en- qu’ils exercent sur le conseil d’administra-
treprise, vis-à-vis de l’ensemble des parties tion, etc.).
prenantes. Les clients veulent des produits Du point de vue du management, l’impor-
et des services de qualité au meilleur prix, tance attribuée aux attentes des actionnaires
les salariés recherchent de confortables et à la relation actionnaires/dirigeants
rémunérations, la sécurité de l’emploi ou pourra paraître exagérée pour au moins
des conditions de travail enviables, les trois raisons. Le financement par augmenta-
créanciers souhaitent une rétribution de tion de capital joue un rôle moins prépon-
leurs apports au-delà du risque qu’ils dérant dans l’économie que l’endettement
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2. Sans doute faut-il lire également à travers ce chiffre le désir des directeurs généraux de conserver le contrôle sur
la gestion de l’entreprise en s’opposant à une expansion de ses fonds propres.
3. Ils comprennent les émissions en numéraire des sociétés cotées, les autres émissions d’actions (paiement du
dividende en titres, exercice de bons de souscription, levée d’options), les émissions à caractère actions (obligations
convertibles et remboursables en actions) et les émissions réalisées à l’occasion des admissions à la cote.
Principe de maximisation de la valeur actionnariale 75
plus élevé possible, que par la volatilité ciables à la bonne marche de l’entreprise
qu’il peut réduire par la diversification de (Freeman, 1984).
ses placements. Il n’est exposé qu’au risque Les directeurs généraux pourront préférer
de marché, non diversifiable, qui résulte de pour cette raison fidéliser les clients par un
la conjonction d’un grand nombre de fac- prix intéressant, garantir la régularité des
teurs macroéconomiques aléatoires (Lintner, approvisionnements par une politique de
1965). La rétribution de ses apports dépend prix favorable aux fournisseurs, s’attacher
ainsi de facteurs, comme les prix à la le service du personnel par une politique
consommation, le montant des taux d’inté- salariale généreuse, plutôt que d’augmenter
rêt4, sur lesquels les directeurs généraux les dividendes versés. Le modèle de Aoki
n’ont pas d’emprise directe. En dehors des (1980) constitue le modèle de référence
conditions économiques dans lesquelles les d’une conception « partenariale » de la
entreprises évoluent d’autres éléments valeur, dans laquelle les dirigeants, les sala-
conjoncturels (comme une grève des sala- riés et les actionnaires sont en situation de
riés) ou structurels (l’arrivée d’un produit coopération, plutôt qu’en situation de
concurrent sur le marché) n’influent pas sur conflit, pour créer et se partager le surplus
le rendement d’un portefeuille diversifié de de leurs engagements réciproques (la
valeurs car ils concernent le risque spéci- « quasi rente organisationnelle »). Plus
fique, mais affectent les rentabilités comp- généralement, les hypothèses sous-jacentes
tables et leur variance (Porter, 1980). Ainsi, au modèle de Porter (Porter, 1980, 1986)
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4. Une baisse générale des prix à la consommation ou des taux d’intérêt est normalement favorable aux mouvements
haussiers, car la consommation et l’investissement se trouvant stimulés, la diminution des charges financières étant
programmée, l’investisseur escompte une amélioration des bénéfices futurs (et inversement).
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règle d’arbitrage, elle n’offre, pour Jensen Inévitablement le marché ignore une partie
(2001)5, aucune alternative viable à la des opportunités qui s’offrent aux entre-
maximisation de la création de valeur prises, à courte échéance. Mais, les varia-
envers l’actionnaire comme fonction objec- tions de la valeur de marché à long terme
tif, même si son mérite est de rappeler les sont toutefois un excellent indicateur de
entreprises à leur responsabilité sociale. Le « performance stratégique » si l’on consi-
risque est bien que les dirigeants puissent dère que les investisseurs anticipent égale-
ne pas avoir à se justifier d’avoir détruit de ment les flux économiques futurs des déci-
la valeur envers leurs actionnaires… au sions managériales envers les parties
nom de la valeur partenariale et qu’ils choi- prenantes et offrent aux directeurs généraux
sissent l’opportunisme plutôt que la loyauté de limiter, au surplus, leur responsabilité
envers leurs mandants. quand l’indice de référence, dont il est dif-
Avec la valeur actionnariale, au contraire, ficile de battre les performances, sert de
les directeurs généraux disposent d’un indi- mètre-étalon.
cateur de performance et d’une véritable De nombreux auteurs ne détectent aucune
règle de décision pour arbitrer les politiques opposition fondamentale entre la maximi-
générales, soit a priori (par effets d’an- sation de la valeur actionnariale et la maxi-
nonce), soit a posteriori (une fois les béné- misation de la valeur partenariale. L’enri-
fices observés). Le marché n’évalue pas une chissement de l’actionnaire induit la
entreprise en termes comptables mais selon satisfaction des clients, des fournisseurs,
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5. Logiquement, la concordance de deux objectifs est assurée si les valeurs considérées sont des transformations
monotones, si elles sont des transformations de second ordre, les directeurs généraux sont confrontés à un arbitrage
inévitable (trade-offs), car il y a un seuil au-delà duquel, il n’est plus possible de maximiser simultanément les deux
dimensions, des objectifs multiples nuisent alors à la bonne marche des entreprises. La part de marché est par
exemple le garant de la rentabilité dans les secteurs concentrés, sensibles à l’effet d’expérience, alors que dans des
environnements fragmentés ou en impasse, la part de marché n’est pas essentielle à la réussite, la rentabilité est
strictement indépendante de la taille. D’autres indicateurs internes de performances peuvent s’avérer négativement
corrélés à partir des données de tableaux de bord…
6. Le ROE (Return On Equity) est défini le plus souvent par le rapport des profits aux fonds propres, c’est-à-dire les
sommes que les actionnaires lui ont apportées (en souscrivant aux actions émises) ou laissées (les profits mis en
réserves).
Principe de maximisation de la valeur actionnariale 77
7. On rappelle que la relation qui unit le risque au rendement moyen sectoriel est en principe une fonction convexe.
Principe de maximisation de la valeur actionnariale 79
gences des nouveaux venus dans le capital par le Trésor (Albouy, 2002, p. 23). Une
des entreprises françaises poussent-elles les composante majeure de la rétribution de
directeurs généraux à privilégier une renta- l’actionnaire n’est acquise que lors de la
bilité à court terme, à réduire les investisse- revente du titre, sa rémunération conser-
ments et à comprimer la masse salariale ? vant très longtemps un caractère virtuel
Il est un fait que les exigences de rendement (Charreaux et Desbrières, 1998, p. 69).
des actionnaires poussent les entreprises à La valorisation des sociétés (faut-il le rap-
neutraliser les effets des aléas conjoncturels peler ?) se fait sur la base de prévisions de
ou cycliques sur leurs résultats. Les direc- performances économiques éloignées dans
teurs généraux ajustent leurs coûts rapide- le temps. Si tel n’était pas le cas, avant
ment grâce à la baisse des investissements d’être bénéficiaires, les sociétés de haute
immatériels (publicité, recherche, dévelop- technologie ne s’introduiraient pas sur le
pement) ou des dépenses opérationnelles (nouveau) marché pour s’y procurer les
(achats de services, charges salariales). De capitaux nécessaires à leur croissance et les
fait, l’emploi tend à s’ajuster sur la produc- directeurs généraux des grandes entreprises
tion, ce qui permet aux profits de continuer se plaindraient de n’avoir accès à ce mode
à augmenter. L’obligation de stabiliser les de financement qu’à la faveur de dividendes
bénéfices à court terme dans les cycles versés à leurs actionnaires (Albouy, 1993,
conduirait les directeurs généraux à avoir p. 30).
des horizons très courts, à caler l’évolution Si réaction brutale des marchés il y a à
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8. L’autocontrôle ou la société en commandite par actions sont les moyens les plus efficaces de protéger le mana-
gement en place d’une éventuelle révocation pour mauvaises performances économiques. En cas de prise de
contrôle, les dirigeants de la société en commandite par actions sont irrévocables. D’autres moyens sont efficaces
pour contrer l’opportunisme des « raiders » comme loger la majorité du capital dans un holding non coté ou contrô-
ler plus de 67 % du capital. Des mesures statutaires spécifiques comme les droits de vote double accordées aux
actions détenues depuis plus de deux ans, comme les actions à dividendes prioritaires, l’autocontrôle, les pactes
d’actionnaires, la limitation des droits de vote pour un seul actionnaire, constituent des remparts efficaces contre la
menace d’une OPA (Albouy, 1996, p. 96-97).
Principe de maximisation de la valeur actionnariale 81
du CAC 40 d’aujourd’hui était encore doute faut-il voir ici la critique la plus
nationalisée : difficile, par conséquent, de sévère mais aussi la plus juste à l’encontre
l’attribuer à la pression des actionnaires, d’une gestion par la valeur actionnariale.
sinon à celle de l’État. Aux États-Unis, pays On peut néanmoins envisager que l’ajuste-
où la pression des fonds de pension ment du partage des revenus entre capital et
s’exerce à plein et où le ROE à 15 % n’est travail se fera par la distribution d’actions
pas un objectif mais une réalité, la part des ou de stocks-options, qui ne concerne
salaires dans le PIB est remarquablement qu’une minorité de salariés pour le
stable, fluctuant essentiellement avec le moment.
cycle de la conjoncture. Les raisons d’un tel Le souci des autorités d’instaurer un véri-
phénomène quand il se produit dans une table « dividende du travail » témoigne à cet
économie ne sont pas inconnues des écono- égard d’une volonté de mieux récompenser
mistes et des gestionnaires. La part des les efforts des salariés. Celui-ci, dans un
salaires baisse dans le PIB lorsque les entre- futur proche, pourra prendre deux formes
prises doivent rétablir une santé financière distinctes : tout d’abord, la distribution d’ac-
compromise par les excès d’endettement et tions gratuites à l’ensemble des salariés
d’investissement, dans une économie où (dans la limite de 2 000 euros par personne),
l’activité n’est pas soutenue par la crois- placées sur un plan épargne entreprise,
sance. L’ajustement pour dégager les profits indisponibles pendant cinq ans en contrepar-
nécessaires au remboursement des dettes tie d’une exonération d’impôts sur le revenu
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sons indépendantes des compétences des marchés financiers dans un contexte d’anti-
salariés, mais dont vont pourtant dépendre cipations rationnelles, en supposant une
leurs rémunérations. Il faut cependant rap- seule et même règle de décision chez l’en-
peler que l’inflation a, pendant quarante semble des investisseurs, tous parfaitement
ans, ruiné les épargnants sans enrichir les informés des évènements à venir. Ces hypo-
salariés et que leur intérêt n’est pas incom- thèses fondent l’architecture d’un modèle
patible avec celui des actionnaires. de marché efficient, performant dans la
Le bien-être social passe par la main « invi- valorisation des actifs, où toutes les possibi-
sible » du marché9. L’intérêt social implique lités d’arbitrage entre les différents titres
d’évidence la prospérité de l’entreprise et sont effectuées, où toute variation de prix
par la suite l’enrichissement de l’action- autour des fondamentaux est considérée
naire. Il n’y a, comme nous l’avons montré, comme un événement purement aléatoire.
aucune opposition fondamentale entre les Le corollaire de l’hypothèse d’efficience
deux. La bonne santé des entreprises que est que le marché améliore l’efficacité de
reflètent leurs cours de Bourse est le gage l’allocation des ressources en raison des
de création d’emplois… et d’un enrichisse- contraintes qu’il impose aux entreprises
ment des salariés, autant que des proprié- pour avoir accès aux capitaux nécessaires à
taires. La maximisation du profit n’est leur croissance.
certes plus le garant du « bien-être social » Pour valider scientifiquement l’hypothèse
optimal en cas d’externalités négatives, ces (dans sa forme faible), Cootner (1962),
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9. Pour Adam Smith, les marchés concurrentiels s’autorégulent de façon à coordonner toutes les demandes et toutes
les offres issues de l’intérêt privé. La métaphore de la « main invisible », qu’il utilisa dans la Richesse des nations
(1776), signifie que les intérêts privés, en œuvrant à se satisfaire, servent par là même l’intérêt général, même s’ils
le font « sans le vouloir et sans le savoir ».
10. Le coefficient d’autocorrélation d’une série est nul si les variations sont totalement aléatoires ; positif, si une aug-
mentation supérieure à la moyenne durant la période t est suivie d’une hausse supérieure à la moyenne au cours de la
période t + 1 ; négatif, si les mouvements de la période t – 1, compense une hausse (une baisse) de la période t.
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11. Les lois stables non gaussiennes que le mathématicien Paul Lévy a découvertes dans les années trente présen-
tent des queues de distribution épaisses qui appartiennent à la famille des lois-puissance, découvertes par l’écono-
miste Vilfredo Pareto. Pour cette raison, on les appelle : « lois de Pareto-Lévy ».
Principe de maximisation de la valeur actionnariale 85
12. Le conseil d’administration intervient sur les opérations mettant en jeu d’autres sociétés – prise de participation,
acquisition, fusion, alliance – ainsi que sur la stratégie financière – augmentation de capital, politique de dividendes,
décisions de rachat des actions de la société – sans participer à la fixation des objectifs, à l’élaboration des choix
d’investissements ou à la préparation de la stratégie. Peu de décisions stratégiques sont actées par le conseil d’ad-
ministration.
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1) le marché ne réclame pas toujours et la satisfaction des attentes des autres parte-
pour toutes les entreprises une rentabilité naires de l’entreprise.
des fonds propres de 15 % (notamment si Au terme d’une étrange confusion, la ges-
l’on se réfère au Medaf) ; tion actionnariale est parfois mise en accu-
2) la pression croissante qu’une partie des sation sur le chef des richesses qu’elle per-
investisseurs exerce n’impose pas aux diri- met d’accumuler. La façon dont les
geants une gestion courtermiste de l’entre- richesses créées par l’entreprise sont répar-
prise ; ties entre salariés, dirigeants et actionnaires
3) les grands mouvements stratégiques de est au cœur des débats. Alors que ces pré-
recentrage auxquels on assiste aujourd’hui occupations sont déjà anciennes dans les
ne sont pas la résultante de la pression que pays anglo-saxons, elles font l’objet d’un
les investisseurs exerceraient sur le pilotage intérêt croissant en Europe continentale
de l’entreprise mais plutôt le choix ration- avec le déclin de l’actionnariat public au
nel des dirigeants ; profit de fonds privés d’investissement et le
4) les investisseurs se montrent excessifs développement de l’actionnariat-salarié.
parfois dans leurs réactions, sous-évaluent à Le développement récent et croissant des
certaines occasions les actifs stratégiques, fonds « éthiques », dans la capitalisation
sans toutefois être incohérents sur le long des entreprises adoptant un code de
terme (les preuves en faveur de l’efficience « bonne » conduite témoigne de la montée
des marchés demeurant à ce jour les plus en puissance d’actionnaires minoritaires
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