COURS : D’AUDIT FISCAL
CHII La Démarche de l’audit fiscal
I Mission de l’audit fiscal
1- Rappel de la définition et objectifs de l’audit fiscal
Toute mission d'audit, quelle qu'en soit sa nature, suppose une
démarche et une méthodologie permettant d'atteindre son objectif avec
le maximum de sécurité et en utilisant les moyens nécessaires de façon
optimale. Cependant, la nature des missions d'audit fiscal et la diversité
des objectifs qui peuvent être poursuivis interdisent la définition d'une
méthodologie standard applicable à toutes les missions d'audit fiscal1.
Mais, malgré qu’il n'acquiert pas encore l'unanimité pour une telle
variété d'audit, plusieurs définitions ont tenté de l'expliciter dont voici
quelques unes :
L’audit fiscal est l’ensemble des opérations de contrôle, de
recoupements et de vérifications effectuées par un auditeur
interne ou externe à l’entreprise.
L'audit fiscal est un diagnostic de la situation fiscale d'une entité
permettant d'apprécier le respect des règles fiscales en vigueur et
l'aptitude de cette entité à mobiliser les ressources du droit fiscal
dans le cadre de sa gestion pour y atteindre ses objectifs.
En effet, bien que l’approche d’audit fiscal ne diffère pas de l’approche
d’audit
financier les deux n’aient pas le même objectif. Il s’agit pour l’audit fiscal
de :
Développer le cadre fiscal propre à l’entreprise ;
Détecter les anomalies et insuffisances pouvant mener à un
redressement fiscal significatif en cas de contrôle fiscal ;
Détecter les procédures ou les opérations qui entraînent des
paiements indus d’impôts et taxes ;
1
L’audit se traduit par une action ponctuelle visant à fiabiliser un produit ou un système, à en mettre en
évidence les forces et les faiblesses et à en faire ressortir les principales anomalies par rapport à un
référentiel normatif.
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Savoir si l’entreprise profite des opportunités et des avantages
offerts par la législation fiscale ;
Proposer les améliorations devant être effectuées au niveau des
procédures en vue d’assurer le respect de la législation fiscale ;
Mesurer le risque fiscal encouru par l’entreprise, ou inversement,
le manque à gagner par l’entreprise (coût d’opportunité) ;
S’assurer que la direction de l’entreprise intègre la fiscalité parmi
les critères de prise de décision ;
Améliorer les procédures de circulation des informations ayant
une incidence sur la fiscalité de l’entreprise ;
Intégrer la fiscalité dans le système d’information de l’entreprise et
notamment le système d’information comptable.
II- Démarche et techniques de la mission d’audit fiscal
1- Prise de connaissance générale de l’entreprise et constitution du
dossier fiscal permanent
1-1- Prise de connaissance générale de l’entreprise (voir annexes)
Selon la norme ISA2 315, l’auditeur doit acquérir une connaissance
suffisante de l’entité et de son environnement, y compris de son contrôle
interne, pour lui permettre d’identifier et d’évaluer le risque , de
concevoir et de mettre en oeuvre des procédures d’audit
complémentaires.
Dans le but d’avoir une prise de connaissance générale de l’entreprise,
l’auditeur doit consulter le manuel fiscal de cette dernière. Ce manuel,
qui doit être actualisé et mis à jour constamment, peut être une source
importante d’information dans la mesure où il se compose
essentiellement de :
2
La Norme internationale d'audit La norme ISA 315 traite de la responsabilité qui incombe à l'auditeur d'acquérir
une compréhension de l'entité et de son environnement, y compris de son contrôle interne, afin d'identifier et d'évaluer
les risques d'anomalies significatives dans les états financiers.
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Un dossier juridique permanent ouvert nécessairement au nom de
l’entreprise auditée (Ce dossier regroupe les actes constitutifs de la
société auditée).
Un dossier fiscal permanent reflétant la réalité actuelle de
l’entreprise.
La connaissance générale de l’entreprise couvre aussi l’identification
des années à auditer, généralement les années non atteintes par la
prescription ainsi que la collecte de toutes les informations lui
permettant d’identifier son régime fiscal : son activité, le secteur dans
lequel elle évolue, son historique, son passé fiscal surtout si elle a déjà
fait l’objet d’une vérification de sa situation fiscale, la comptabilité tenue,
les rapports de la direction, les P. V. des assemblées (AGO ;AGE), les
rapports du commissaire aux comptes (CAC).
1-2- Constitution du dossier fiscal permanent :
Après avoir rassemblé tous les documents et toutes les informations qui
permettent à L'auditeur fiscal d'avoir une connaissance suffisante de la
société et de ses spécificités, nous constituerons le dossier fiscal
permanent qui comporte notamment:
L’extrait des statuts mis à jour ;
La déclaration d’existence ;
La carte d’identification fiscale ;
la décharge de dépôt de logiciel comptable ;
La décharge de dépôt du logiciel de facturation, le cas échéant ;
Les livres comptables légaux ;
L’attestation de déclaration auprès de l’organisme accrédité ;
L’attestation d’achat en suspension de TVA, le cas échéant ;
Tout document relatif à un avantage fiscal ;
L’avis des modifications statutaires à l’administration fiscale.
2- Evaluation du contrôle interne et du système d’information :
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2-1- Evaluation du système du contrôle interne (C.I)3 :
Pour étudier un système, il faut savoir comment il fonctionne, et si les
actions des différents éléments qui le composent se font de manière
coordonnée…etc. Il n’y a pas d’audit fiable et utilisable sans une
connaissance et une analyse du C.I
L'évaluation du système du C.I en général passe par les étapes
suivantes:
La Description des Procédures : En fonction de la nature des
opérations effectuées au sein de l'entreprise l'auditeur identifie et décrit les
procédures de contrôle.
Les Tests de Conformité : l'auditeur doit vérifier que la description
du système de CI est correcte et reflète la réalité de l'entreprise, c'est-à-
dire que l'ensemble des sécurités identifiées est véritablement appliqué.
Evaluation Préliminaire du C.I : Lors de cette étape l'auditeur
dégage les forces et les faiblesses et formule un jugement sur la qualité
du CI.
Les Tests de Permanence : Ces tests s'effectuent généralement par
sondage. Ils visent à s'assurer que les procédures jugées fiables et
correctes sont effectivement appliquées.
L'évaluation Définitive du CI : Cette évaluation va permettre à
l'auditeur de déterminer le niveau de contrôle à effectuer.
2-2- Evaluation approfondie du contrôle interne spécifique au
domaine fiscal :
Après avoir procédé à une évaluation du système du contrôle interne de
l’entité en générale l’auditeur fiscal va centrer ses contrôles sur la
fonction fiscale de l’entreprise afin d’analyser le mode de traitement
réservé aux problèmes fiscaux de l’entreprise. L’auditeur doit recueillir
3
Le C.I constitue un élément vital de toute organisation. C’est l’ensemble des mécanismes de
régulation et de correction destinés à assurer le fonctionnement harmonieux et efficace de
l’organisation, son action est permanente.
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toutes les informations nécessaires lui permettant d’apprécier la fonction
fiscale de l’entreprise auditée. A cet effet, il doit s’informer sur :
L’existence d’une fonction fiscale. En l’absence d’une telle fonction, il
s’assure de l’existence de personnes qualifiées chargées de la tenue du
dossier fiscal et du traitement des problèmes fiscaux.
Non rattachement du service fiscalité à la direction générale (Un
service fiscalité qui est rattaché à une telle direction constitue une zone
de risque).
L’existence d’un système d’information fiable en matière de fiscalité. A
cet effet, il s’assure que les flux d’informations à caractère fiscal sont
formalisés.
L’existence d’une documentation fiscale (lois, codes et doctrines)
mise à jour.
La compétence des personnes chargées des problèmes fiscaux (le
niveau de maîtrise de la fiscalité et les autres dispositions
réglementaires, le degré de prise en compte de la fiscalité dans la prise
de décision au sein de l’entreprise...)
L’existence d’une formation continue en matière fiscale pour le
compte du personnel traitant des opérations à caractère fiscal.
La répartition du temps de travail des personnes responsables des
problèmes fiscaux (un tel examen permet à l’auditeur d’évaluer la part
du temps consacrée aux travaux d’étude, de conseil ou de formation par
rapport aux tâches déclaratives et contentieuses). Cette évaluation
spécifique du CI sur le plan fiscal conduit l'auditeur à mettre en évidence
:
- Les faiblesses du système de CI desquelles s'engendrent les risques
fiscaux.
- Les forces du système de CI auxquelles on peut soutenir pour
améliorer l'efficacité de l'entreprise.
3- L’audit de la régularité fiscale de l’entreprise:
3-1- L’audit du respect des obligations générales :
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Le respect d'un nombre important de dispositions fiscales relatives au
fond, peut être vérifié à l'aide de l'outil traditionnel de l'audit qui est le
questionnaire. A travers la structure de ce questionnaire, l'auditeur fiscal
a la possibilité de choisir dans ses investigations l'une des approches
suivantes
- le contrôle de la régularité fiscale en procédant par poste de bilan et de
compte de produits et charges.
- le contrôle effectué par catégorie d'impôt.
Ainsi, la mise en oeuvre du contrôle de la régularité concerne les
différents impôts et taxes (l'impôt sur les sociétés, la retenue à la
source, et la TVA).
3-2- L’audit des déclarations fiscales :
L’auditeur fiscal doit décrire les différentes procédures d'établissement
des
déclarations fiscales et doit identifier les sources des données
déclarées.
Cette étape lui permettra de:
Savoir si les déclarations fiscales sont établies à partir des données
comptables (cela suppose que la comptabilité est constamment à jour)
ou extracomptables (et cela suppose une confrontation a posteriori des
données déclarées avec les données comptabilisées) ;
Identifier les sources des données à auditer (données comptables ou
extracomptables ou les deux à la fois, en fonction des particularités de
la société et des impôts à auditer) ;
Détecter les anomalies ou insuffisances au niveau des procédures
d'établissement des déclarations fiscales et d'émettre bien évidemment
des recommandations d'amélioration de ces procédures.
3-3- L’audit de l’impôt sur les sociétés et des acomptes
provisionnels :
Les objectifs des travaux d'audit de 1'impôt sur les sociétés et des
acomptes
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provisionnels peuvent être résumés dans les points suivants :
S'assurer que le bénéfice comptable déclaré est correct : l'auditeur
fiscal devra s'assurer que tous les produits et toutes les charges devant
être comptabilisés respectivement dans les classes comptables 6 et 7
1'ont été effectivement. A défaut, il devra procéder à la correction
extracomptable du bénéfice déclaré, qui servira de base pour la
détermination du bénéfice fiscal compte tenu des réintégration et
déductions.
S'assurer que les tableaux de détermination du résultat fiscal des
exercices audités ont été correctement établis : en effet le non respect
des dispositions du CGI et l’IS relatives aux conditions de déductibilité
des charges peut engendrer un risque fiscal énorme à l’entreprise. Pour
atteindre ces objectifs nous proposons un questionnaire presque
exhaustif contenant les points de contrôle à effectuer (voir annexe ).
3-4- L’audit de la TVA :
Les principaux objectifs de l’audit de la TVA se détaillent comme suit :
Audit du chiffre d'affaires déclaré afin de s’assurer que tous les
produits soumis a la TVA ont été déclarés, que les taux appliqués sont
corrects et que les différentes sources de calcul du chiffre d'affaires sont
cohérentes voire égales au chiffre d'affaires comptabilisé et déclaré.
S'assurer que les règles de fait générateur de la TVA sont
parfaitement respectées.
Audit des procédures de récupération de la TVA afin de s'assurer que
les conditions de déductibilité de fond et de forme, de la TVA sont
respectées.
Audit des opérations de liquidation de la TVA et devra confronter les
données déclarées aux données dégagées par les travaux d'audit.
Pour atteindre ces objectifs nous proposons un questionnaire presque
exhaustif contenant les points de contrôle à effectuer (voir annexe ).
4-L’audit de l’efficacité fiscale de l’entreprise :
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Pour le contrôle d'efficacité fiscale, l'approche est plus complexe que
celle de la régularité du fait que l'auditeur fiscal devra révéler les oublis
commis par l'entreprise particulièrement pour les régimes de faveur dont
elle aurait pu bénéficier. De même, ce second volet de la mission d'audit
fiscal doit mettre en exergue les opérations que l'entreprise pourrait ou
aurait pu traiter fiscalement de façon plus opportune.
4-1-Le contrôle du cadre de l’efficacité fiscale :
La vérification du cadre de l'efficacité fiscale repose essentiellement sur
l'examen :
a) du tableau de bord fiscal qui est un outil d'aide à la décision et à la
prévision, le tableau de bord est un ensemble d'indicateurs peu
nombreux (cinq à dix) conçus pour permettre aux gestionnaires de
prendre connaissance de l'état et de l'évolution des systèmes qu'ils
pilotent et d'identifier les tendances qui les influenceront sur un horizon
cohérent avec la nature de leurs fonctions. De manière générale, un
tableau de bord présente l'intérêt de
permettre un meilleur pilotage au quotidien grâce à une meilleure
lisibilité de l'activité par
l'intégration des dimensions politique, administrative et technique au
sein d'une démarche qualité.
b) du taux effectif d'imposition est un indicateur financier qui mesure
la capacité de l'entreprise à optimiser sa masse fiscale, il est déterminé
par le rapport entre la somme des impôts exigibles et différés constatés
de l'entité auditée et le résultat comptable avant impôt de cette dernière.
Le taux effectif d'imposition (TEI) permet à l'auditeur de juger au
préalable la qualité de la performance fiscale de l'entité auditée du fait
que le TEI traduit l'impact fiscal des décisions de l'entreprise.
4-2- le contrôle des choix fiscaux :
L'auditeur fiscal aura à se prononcer sur l'efficacité de l'entreprise sur :
a) les choix tactiques sont un contrôle simple qui fait appel aux outils
traditionnels de l'audit notamment les questionnaires, les entretiens,
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l'examen direct des comptes et des documents de l'entreprise. A l'issue
de l'examen des choix tactiques, l'auditeur est en mesure d'émettre un
avis sur l'aptitude de l'entreprise à utiliser les options et choix fiscaux
dont elle dispose mais surtout de proposer à l’entreprise auditée des
recommandations qui lui permettent d'améliorer son niveau d'efficacité
fiscale.
b) les choix stratégiques : En matière des choix stratégiques, on
retrouve une opposition entre le contrôle des choix fiscaux passés et
celui des choix fiscaux envisagés. Ainsi, pour les choix stratégiques
passés, l'auditeur ne doit pas se limiter à mettre en avant les
insuffisances constatées sur le passé mais, au contraire, il se doit
d'éclairer la société auditée sur les modifications qui pourraient être
apportées et qui sont susceptibles d'améliorer le niveau d'efficacité
fiscale. Pour les choix stratégiques envisagés, l'auditeur doit apprécier si
les solutions fiscales sont les mieux adaptées et vérifier qu'il n’y a pas
d'autres alternatives fiscales plus adéquates et si l'entité auditée a perçu
tous les paramètres liés au choix.
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MÉTHODOLOGIE GÉNÉRALE DE L’AUDIT FISCAL
La mission de l’audit fiscal et la multiplicité de ses objectifs ne
permettent pas de définir une méthodologie unique. Les auditeurs
fiscaux adoptent alors une démarche qui s’articule autour de de 5
étapes. Les 5 étapes d’une mission de l'audit fiscal
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ANNEXES :
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