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1

Les Bâtisseurs

1
Les personnages et l’univers de Harry Potter appartiennent à
Joanne K. Rowling. Cette histoire est une fanfiction et ne peut faire
l’objet d’une transaction commerciale.

Fanfiction : Alixe
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Contact : [email protected]
Compte : https://www.fanfiction.net/u/550547/Alixe

Image de couverture : Watou


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Illustration des marque-pages : Fablio


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Texte et images sous licence Créative Commons BY NC SA


Libre de droits sous les conditions suivantes : Attribution + Pas
d’utilisation commerciale + Partage dans les mêmes conditions

Informations complémentaires
Chronologie, fanarts, personnages, sources, livre d’or…
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Format numérique
Toute la saga est téléchargeable gratuitement (PDF, EPUB et AZW)
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Créations de fans (2017)


creationsdefans.org

2
Alixe

Les Bâtisseurs

Harry Potter 7 3⁄4


19 ans avec Harry Potter
**

3
Disclaimer
Ce récit a été posté en feuilleton sur divers sites de fanfiction entre
2007 et 2017. Il est basé sur les sept volumes du cycle Harry Potter
écrit par la talentueuse Joanne K. Rowling.

Il exploite la période inexplorée se trouvant entre la fin de


l’histoire proprement dite (Chapitre 36 : Le défaut du plan) et
l’épilogue (19 ans plus tard).

Quatre tomes ont été nécessaires pour couvrir


ces 19 années :

I : Les Survivants – La guerre est enfin terminée et Harry doit


décider ce qu’il va faire de sa vie. Ses amis, ses amours, sa carrière…

II : Les Bâtisseurs – Auror confirmé, Harry va aller à la rencontre


de ses concitoyens, tout en tissant des liens de plus en plus forts avec
sa famille et ses amis.

III : Les Réformateurs – Sept ans après la bataille de Poudlard,


les survivants ont des enfants et s’investissent dans le devenir de leur
communauté.

IV : Les Sorciers – Treize ans ont passé. Harry est désormais


commandant des Aurors, les enfants grandissent et les sorciers
apprennent à vivre entre magie et modernité.

5
Les sources
Une grande partie des développements sont de mon cru, mais j’ai
inclus dans le canon ce que J.K. Rowling a révélé sur le futur de ses
personnages suite à la sortie du tome 7.
Pour retrouver toutes ses confidences, je me suis aidée de La
Gazette du Sorcier (http://www.gazette-du-sorcier.com) et de
l’Encyclopédie HP (http://www.encyclopedie-hp.org) qui ont effectué
un précieux travail de compilation.

Les livres
Les sept tomes constituant la saga Harry Potter
Le Quidditch à travers les âges
Les Animaux fantastiques (1re édition)

Produits dérivés
Cartes des sorciers célèbres
Newsletters de La Gazette du Sorcier (Bloomsbury 1998-1999)

Les interviews
Interview Today Show’s de Meredith Vieira, 24 juillet 2007
Chat avec J.K. Rowling, Bloomsbury.com, 30 juillet 2007
J.K. Rowling au Carnegie Hall, 19 octobre 2007
Podcast TLC avec J.K. Rowling, 23 décembre 2007
Une année dans la vie de J.K. Rowling, 30 décembre 2007

Les sites
Le site de J.K. Rowling : http://www.jkrowling.com
Pottermore (1re version du site) : https://www.pottermore.com/
Twitter : https://twitter.com/jk_rowling

Certains de mes développements semblent contredire les sources.


Je m’en explique en fin de ce livre.
Remerciements
Je dois énormément aux relecteurs qui sont intervenus sur cette
série : Andromeda, Dina, Fénice, Lilou_black, Monsieur Alixe,
Steamboat Willie, Xenon. Ils ont efficacement participé à
l’élaboration du texte.

La présente édition a fait l’objet de nouvelles relectures. D’autres


relecteurs sont intervenus pour traquer les coquilles avec moi. Merci à
Amélie, Haerendur, Pacha, Puya, Reimusha, Ron Ravenclaw,
Cécile R.

Pour la publication sous la forme de livre, j’ai été accompagnée et


conseillée par Morgwen et Artemissia. Fénice et Steamboat Willie
ont dû reprendre du service. Watou a proposé ses illustrations pour
les couvertures et Fablio y a ajouté des marque-pages assortis.

Grand merci, également, à mes nombreux lecteurs en ligne qui


ont rendu cette aventure riche en échanges et en rencontres. Leur
présence a donné un sens à ce long moment d’écriture et leurs
critiques m’ont été salutaires. Certaines de leurs idées ont pu être
exploitées dans cette histoire.

Je leur suis particulièrement reconnaissante pour leur patience :


ceux qui ont découvert cette histoire dès ses débuts ont dû attendre
dix ans pour en lire l’épilogue. Les retrouver après des mois
d’interruption a toujours été un immense plaisir pour moi.
I – Revue de presse
23 septembre – 9 octobre 2002

Sorciers et sorcières, mages et devineresses, bonjour !


Aujourd’hui, 23 septembre 2002, nous fêtons les Cliodna ! Bonne
fête à toutes les sorcières portant ce prénom. (RITM – Chronique
matinale 08h01)
Molly replia La Gazette du Sorcier qu’elle avait épluchée de la
première à la dernière page. Arthur, tout en finissant son thé, se saisit
du journal. Il contempla la Une avec satisfaction :
— C’est bien la première fois que j’ai autant de plaisir à voir mon
nom dans La Gazette, remarqua-t-il. La Harpie et le Survivant, ça
sonne bien ! Qui aurait cru que notre Ginny réussirait à se hisser à la
première page du journal le plus lu d’Angleterre ? Quand on pense à
la petite grenouille qu’elle était à sa naissance !
Molly repoussa fermement un souvenir inopportun : la dernière
fois qu’un des siens s’était trouvé à la Une de La Gazette du Sorcier,
c’était parmi les victimes de la bataille de Poudlard. Elle se leva pour
aller chercher les toasts sur le grill. En passant près de son mari, elle
se pencha pour embrasser le sommet de son crâne dégarni.
— Tous nos enfants ont merveilleusement réussi, affirma-t-elle.
En se redressant, elle jeta un regard à la pendule. Elle alla vers la
radio et se dépêcha de l’allumer. La chronique de Lee avait déjà
commencé.
Quoi de neuf aujourd’hui dans notre communauté ? Je pourrais
vous expliquer le nouveau règlement portant sur le jeu de bavboule
ou faire un compte rendu de la magnifique foire aux balais de
collection qui s’est tenue samedi dernier à Pré-au-Lard. Mais je sais
que vous préférez que je vous parle de l’évènement qui fait la Une de
vos journaux : les fiançailles du Survivant. (RITM – Chronique
matinale 08h02)
LES BÂTISSEURS

— Il était temps qu’ils arrêtent de couper les cheveux en quatre !


s’écria Neville. Non, pas toi, indiqua-t-il précipitamment à son rasoir.
Les promeneurs dominicaux de Pré-au-Lard ont en effet vu
déambuler dans les paisibles rues du village deux amoureux main
dans la main. C’est un spectacle courant, me direz-vous, mais qui a
pourtant fait sensation. Car les heureux jeunes gens n’étaient autres
que Harry Potter, connu comme Le Survivant, et Ginny Weasley, la
poursuiveuse vedette des Harpies de Holyhead, club qui a remporté
la Coupe de la ligue il y a tout juste trois semaines. (RITM –
Chronique matinale 08h03)
— Ouais, on le saura qu’elles ont gagné ! grommela Olivier
Dubois. Mais c’est nous qui avons eu le Vif !
La Harpie et le Survivant titre ce matin La Gazette du Sorcier.
Sorcière-Hebdo sort un numéro spécial : La fiancée du Survivant.
Fidèle à sa réputation, Le Chicaneur fait sa Une sur Joncheruines,
rêve ou réalité ? (RITM – Chronique matinale 08h04)
Dans leur cuisine, Harry et Ginny éclatèrent de rire.
Nul besoin de vous présenter Harry Potter qui nous a par deux fois
délivrés de Vous-Savez-Qui de sinistre mémoire. Il a rejoint, il y a
trois ans, le département des Aurors et il vient de réussir, sans que
cela ne surprenne personne, les examens de passage qui ont fait de
lui un Auror titulaire. Il n’a cependant pas attendu cette consécration
pour honorer sa fonction, puisqu’il y a moins d’un mois il a de
nouveau fait parler de lui en arrêtant un ancien Rafleur avec un de
ses camarades, lui aussi aspirant. (RITM – Chronique
matinale 08h05)
— Chéri, s’écria Mrs Harper, on parle d’Owen à la radio !
Tout le monde a régulièrement entendu citer le nom de Ginny
Weasley et a pu suivre son irrésistible ascension dans les pages
sportives. Entrée il y a trois ans comme remplaçante chez les Harpies
de Holyhead, elle a réussi à s’imposer non seulement comme
poursuiveuse titulaire, mais aussi comme vedette de son équipe aux
côtés de la célèbre capitaine Gwenog Jones. (RITM – Chronique
matinale 08h06)
— C’est de ta sœur dont ils parlent ?
— Oui, elle cartonne en ce moment !
— Au fait, on attend toujours nos autographes, Charlie.

10
REVUE DE PRESSE

— Je vous l’ai dit : c’est trois gardes de nuit la signature, cinq avec
un mot personnalisé.
— Ce n’était pas deux et quatre nuits ?
— Ça, c’était avant !
Depuis son retour dans la communauté magique à onze ans, Harry
Potter a été adopté par la famille Weasley. Son ami Ron a été de
toutes ses aventures et leur soutien n’a pas failli alors que tout
le monde désignait Harry comme un trouble-fête ou un adolescent
mythomane. Ils ont fait bloc derrière le Survivant quand il a annoncé
le retour de Vous-Savez-Qui. Chacun de ses membres a combattu le
gouvernement des Ténèbres à sa façon : filière pour permettre aux
personnes recherchées de quitter l’Angleterre, distribution de tracts
appelant à la révolte, participation à une émission radio clandestine.
De son côté, Ginny a été le fer de lance de la résistance à Poudlard
alors que l’établissement était mis sous la coupe de deux Mangemorts
notoires. (RITM – Chronique matinale 08h07)
— On parle toujours des mêmes ! Éteins-moi ce poste ! cria
Mrs Nott.
C’est tout naturellement que la benjamine des Weasley a participé
au soulèvement de l’école alors qu’elle n’avait que seize ans. Ceux
qui étaient là se souviennent de l’avoir vue combattre la terrible
Bellatrix Lestrange avec deux de ses amies, Luna Lovegood et la
célèbre Hermione Granger, avant que sa mère, Molly Weasley, ne
mette définitivement fin à la carrière de la dangereuse démente.
(RITM – Chronique matinale 08h08)
— Chérie, tu entends ?
— On était déjà au courant, Ron.
Cela fait donc bien longtemps que Harry Potter et Ginny Weasley
ont eu l’occasion de se fréquenter et d’apprendre à se connaître. À
l’engagement politique s’ajoute une passion commune pour le
Quidditch. Ginny a fait ses premiers pas de poursuiveuse quand
Harry est devenu capitaine de l’équipe de Gryffondor. Elle a
largement transformé ce coup d’essai en coup de maître et est
désormais une professionnelle reconnue et appréciée par les
amateurs du Noble Sport. (RITM – Chronique matinale 08h09)
— Ohé, Gwenog, atterris ! s’époumona Gilda.
— Quoi encore ?

11
LES BÂTISSEURS

— Ginny vient de se fiancer à Harry Potter, je l’ai entendu à la


radio ! Oh, la petite cachottière !
— Comme quoi le Quidditch mène à tout. Mais si elle croit que
c’est en roucoulant qu’elle participera à la Coupe du monde ! Hé les
filles, il est temps de vous mettre en selle !
C’est par son talent et son travail qu’elle s’est fait connaître du
grand public et qu’elle gagne aujourd’hui sa place au côté du
Survivant en première page de nos journaux. Harry et Ginny sont
sans conteste le couple de l’année. Recevez toutes nos félicitations et
longues vies à vous ! (RITM – Chronique matinale 08h10)
Harry et Ginny se regardèrent en souriant. Lee était un bon copain.
— Je te laisse faire la revue de presse, dit Harry. Il faut vraiment
que j’aille travailler.
— Moi aussi. Oh, tu as vu l’heure ? Gwenog va m’étriller !
— Ou te féliciter.
— On voit bien que tu ne la connais pas !
*
— J’aurais pu le prédire, affirma la professeure Trelawney en
repliant sa Gazette. La forme des feuilles de thé dans ma tasse hier
annonçait une union céleste.
Sans répondre, la professeure McGonagall prit un toast et se tourna
vers la table des Gryffondors d’où s’échappaient des exclamations
excitées. Elle serait sans doute obligée de confisquer des journaux en
classe aujourd’hui. Au moins quatre d’ici midi, pronostiqua-t-elle
pour elle-même.
— Quelle bonne nouvelle ! commenta le professeur Slughorn. Hé,
hé, on ne pourra pas dire que je ne l’avais pas remarquée cette petite.
Elle n’en serait pas là aujourd’hui si je n’avais pas invité Miss Jones à
venir la voir jouer.
— Sans doute, Horace, sans doute, murmura la professeure
McGonagall qui ne contredisait jamais son collègue quand il se
félicitait de l’utilité de son club.
— Il était temps qu’ils se fiancent, remarqua le professeur Flitwick.
Ils formaient déjà un beau petit couple il y a cinq ans. Je me demande
pourquoi ils ont tant attendu.

12
REVUE DE PRESSE

— Les hommes ne sont jamais pressés de se marier, assena la


professeure Chourave. Alors, célèbre comme il est, le jeune Potter
devait penser que la petite pouvait bien attendre.
— Enfin, mieux vaut tard que jamais ! s’exclama la professeure
Bibine. J’ai hâte d’apprendre à voler à leurs enfants.
Minerva McGonagall secoua la tête. Si Rolanda croyait qu’elle
aurait encore des choses à leur enseigner…
*
Au ministère, Harry mit vingt minutes à parcourir la distance qui
séparait les cheminées d’arrivée de son bureau. Tous les
fonctionnaires qu’il croisa se firent un devoir de le féliciter et de lui
serrer la main. Le jeune homme s’y plia avec résignation et soupira de
soulagement quand il atteignit enfin les portes de son service.
Il n’était cependant pas au bout de ses peines. Une partie de ses
collègues lui sautèrent dessus sitôt qu’il eut passé le seuil. Il perdit
encore de longues minutes à répondre aux bons vœux de chacun et à
promettre des autographes de sa fiancée à ceux qui en profitaient pour
le solliciter. Si les compliments de ses plus proches amis lui faisaient
plaisir, il était davantage embarrassé par les félicitations d’Aurors
qu’il connaissait moins bien. Le jeune bleu qu’il était considérait
comme contre nature qu’ils lui présentent cette sorte d’hommage. Il
étouffa soudain et chercha une issue pour rejoindre son bureau. S’il
s’asseyait et commençait à travailler, peut-être le laisserait-on
tranquille.
Ce faisant, ses yeux voletèrent au-dessus des tables et il vit une
dizaine d’Aurors qui ne s’étaient pas déplacés à son entrée. Il
ressentit à leur égard une sorte de reconnaissance songeant qu’eux, au
moins, faisaient preuve de pudeur. Son regard croisa celui de Janice
Davenport – alias Bandeau Vert – et il y lut une ironie amicale. Il lui
sourit et continua son tour d’horizon. Cyprien Muldoon, qui se
trouvait un peu plus loin, tourna la tête pour le fixer. Harry s’attendait
à une expression amusée ou compatissante, mais ce fut l’hostilité
qu’il rencontra. Surpris, ce fut lui qui se détourna.
Il parvint enfin à se dégager et à rejoindre son box où Pritchard
patientait. Tout en feignant de ranger ses papiers, Harry passa en
revue ceux qui étaient demeurés assis. S’il avait des rapports neutres,
voire sympathiques, avec quatre d’entre eux, les six restants lui

13
LES BÂTISSEURS

étaient toujours étrangers. En trois ans, il ne leur avait pratiquement


pas adressé la parole en dehors d’échanges pour le travail.
Harry repensa à ce que lui avait révélé Kingsley le jour du mariage
de Ron et Hermione : certains Aurors n’avaient pas apprécié la purge
qui avait eu lieu avant son arrivée et étaient réfractaires aux idéaux
défendus par le ministère. Lui-même s’étant nettement prononcé en
faveur de Shacklebolt, il était naturel qu’il soit associé à cette
aversion.
Après tout, il n’avait jamais fait l’unanimité du temps de Poudlard,
et il était logique que les choses n’aient pas changé sur ce point. Il
n’en avait pas été conscient jusqu’à ce jour, car l’aura dont il
bénéficiait auprès de la population sorcière obligeait ses opposants à
taire leurs sentiments. Il soupira, ne sachant ce qui lui était le plus
pénible à supporter entre la dévotion aveugle ou une aversion qui le
dépassait tout autant.
— Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire, observa Pritchard de
son box à côté de celui de Harry. Ce n’est pas très flatteur pour ta
fiancée.
— À ton avis, je risquerais combien d’années à Azkaban si
j’appliquais une Oubliette générale pour faire disparaître mon nom de
la mémoire de tous les membres de la communauté sorcière ? lui
demanda Harry d’un ton songeur.
— Si tu n’oublies pas les juges-mages, il n’y aura personne pour te
condamner, répondit paisiblement son coéquipier.
*
Harry apprécia particulièrement de s’installer dans son fauteuil
préféré avec une bonne Bièraubeurre à la main, une fois rentré chez
lui. Kreattur avait déposé à son intention une pile de courrier sur la
table basse, mais il repoussa le moment de s’en occuper. Il espérait
que Ginny parviendrait à se libérer ce soir-là. Maintenant qu’il avait
subi les inconvénients de l’annonce de ses fiançailles, il aurait aimé
pouvoir profiter des avantages associés.
Il entendit des pas dans l’escalier qui reliait la cuisine au hall
d’entrée et se réjouit de voir son souhait exaucé. Il fronça les sourcils
juste avant qu’elle ne pénètre dans la pièce. L’allure saccadée qui lui
parvenait aux oreilles trahissait davantage la contrariété que
l’empressement.

14
REVUE DE PRESSE

— Mauvaise journée ? s’étonna Harry en lui tendant une


Bièraubeurre une fois qu’elle se fut jetée sur un fauteuil à côté du
sien.
— Et toi ? demanda-t-elle, visiblement pas prête à partager ce qui
la mettait de méchante humeur.
— Une pincée de félicitations sincères, plusieurs livres de
compliments non désirés et un zeste d’hostilité mal déguisée, répondit
Harry.
— Je crois que je te dois des excuses, annonça Ginny.
— Tu veux rompre ? plaisanta Harry.
— Je viens de me rendre compte de ce que tu vis.
— Il y a aussi de bons côtés, répliqua Harry.
— J’ai eu tort, je pense. Cela aurait été plus facile pour toi si je
n’avais pas été aussi connue, continua Ginny comme si elle ne l’avait
pas entendu.
Harry regarda le visage fermé de la jeune fille et se demanda ce
qu’il pourrait dire pour qu’elle se sente mieux.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? interrogea-t-il.
— Je me suis rendu compte que je n’ai pas autant d’amies que je le
pensais, lui révéla-t-elle tristement.
— Quelqu’un auquel tu tenais beaucoup ? s’inquiéta Harry.
— Je n’en sais rien. La personne qui m’a bousillé mes affaires n’a
pas laissé de signature.
— Qu’est-ce qu’on t’a abîmé ?
— Rien d’important. Des vêtements et des chaussures.
— Tu penses que c’est une de tes coéquipières ?
— Vu qu’il fallait avoir accès à notre foyer, c’est l’une d’elles ou
l’intendante Mrs Norris. Je préférerais que ce soit Mrs Norris, mais ce
serait trop beau.
Harry hocha la tête. Qu’une autre joueuse soit jalouse de voir
Ginny comblée était effectivement plus vraisemblable. Il se leva et
s’installa sur le canapé.
— Viens là, l’invita-t-il en tapotant le coussin à côté de lui.
Elle ne se fit pas prier et s’affala à ses côtés. Il l’entoura de son
bras pour la serrer contre lui.

15
LES BÂTISSEURS

— Tout le monde ne peut pas nous apprécier, fit-il remarquer.


— Moi qui pensais que l’équipe était unie… Je sais que Mrs Norris
ne m’aime pas et je n’ai pas tellement d’affinités avec l’infirmière.
Mais une des filles… ça fait trois ans qu’on vit ensemble, qu’on joue
ensemble, qu’on partage tant de choses…
Sa voix mourut et Harry ne put rien faire d’autre que la serrer
contre lui.
— C’est désagréable de penser que des proches sont jaloux de toi,
dit doucement Harry. Mais tout ce que tu as, tu l’as mérité. Tu as
travaillé dur pour gagner ta place de poursuiveuse et il t’a fallu
beaucoup de patience pour que je te remarque enfin.
— C’est vrai que le plus difficile a été de te mettre la main dessus,
tenta de plaisanter Ginny.
— On peut dire que tu as bien gagné ton ordre de Merlin, renchérit
Harry.
Il se rembrunit un peu en pensant aux circonstances qui l’avaient
amenée au rang des combattants.
— Sur le coup, je m’inquiétais trop pour toi pour me réjouir,
reconnut-il. Mais aujourd’hui je suis content que tu te sois battue. Je
ne sais pas si on pourrait être aussi proches l’un de l’autre si nous
n’avions pas partagé ça. Aurais-tu pu me pardonner d’avoir vécu cette
année sans toi ?
Ginny se tortilla contre lui, comme si elle se sentait mal à l’aise.
— Je t’en ai voulu, reconnut-elle. Et je me le reprochais parce que
je comprenais tes raisons.
— C’est du passé, maintenant, affirma-t-il fermement. Ce qui
compte c’est qu’on soit heureux ensemble, et tant pis pour ceux à qui
ça ne plaît pas !
*
Juste après sa victoire contre Voldemort, Harry avait reçu
beaucoup de courrier. Les lettres étaient arrivées au Terrier, puis à
Poudlard. Il avait mis de côté les lettres de remerciement et opposé un
refus poli aux diverses sollicitations. Quand il avait emménagé au
Square Grimmaurd, le flot de lettres s’était tari, les hiboux ne
parvenant pas à le trouver. Certains y arrivaient cependant, comme
celui envoyé par Dudley, car la magie protectrice de son foyer n’avait
pas été renouvelée depuis de nombreuses années. C’était

16
REVUE DE PRESSE

heureusement assez rare. Dans l’ensemble, les inconnus semblaient


avoir abandonné l’idée de lui écrire directement.
La couverture médiatique dont avaient bénéficié ses fiançailles
rompit la digue. Arthur et Molly se retrouvèrent submergés par la
correspondance qui arrivait chaque jour au Terrier, adressée à leur
fille et à leur futur gendre. La volière du ministère eut deux fois plus
de travail que d’habitude et tous les jours un des préposés au courrier
traversait le QG en traînant un gros sac pour le déposer sur le bureau
de Harry sous les regards amusés ou agacés des collègues du fiancé.
Le jeune Auror était très embarrassé par cette démarche et subissait
sans plaisir les manifestations de son regain de popularité. Au lieu de
passer leurs soirées à se bécoter, les fiancés traitaient leur courrier. Ils
commençaient par effectuer un tri sommaire : ils séparaient ce qui
émanait de leurs amis, les félicitations de parfaits inconnus, les
demandes méritant réflexion et les lettres d’insultes (heureusement en
forte minorité). Ils répondaient à leurs connaissances de façon
personnalisée, envoyaient des remerciements neutres aux autres – ils
enchantèrent une plume pour les écrire à la chaîne – et jetaient les
mots désagréables au feu.
Ensuite, ils s’occupaient de requêtes.
— Mr et Mrs Boot nous invitent pour fêter l’anniversaire de Terry,
annonça Ginny un soir.
— On ne le connaît pas particulièrement, fit remarquer Harry.
— Non, mais on ne peut pas continuer à ne voir personne, lui
opposa Ginny.
— Comment ça, on ne voit personne ? Et tes parents tous les
dimanches ? Et nos amis Neville, Luna...
— Je parle des autres. Nos collègues, nos anciens camarades de
Poudlard ou même simplement les personnes de la bonne société
qu’il peut être utile de fréquenter.
— Mais, pour quoi faire ? Je me fiche de la bonne société, moi.
— Tu sais, Harry, si je n’avais pas été remarquée par Slug, je ne
serais jamais devenue Harpie. Bill n’aurait pas eu son poste chez
Gringotts s’il n’avait pas été recommandé par le frère d’une
connaissance de travail de papa. Toi, tu n’as besoin de rien, mais il
faut penser à Teddy, Victoire et nos futurs enfants.
Harry n’avait jamais considéré la question sous cet angle.

17
LES BÂTISSEURS

— Et tu crois que les Boot pourraient nous être d’une quelconque


utilité ?
— Je veux juste dire que tu devrais songer à accepter certaines
sollicitations. Y compris les officielles comme celle qui émanait du
ministère il y a un mois.
— Je n’ai pas envie de rester planté au milieu d’un salon pour
donner aux autres invités la fierté de raconter le lendemain qu’ils
étaient dans la même pièce que le Survivant.
— Plus tu rencontreras de personnes dans les dîners en ville, plus
les grandes réceptions seront agréables pour toi, observa Ginny avec
bon sens.
— Donc on va chez les Boot ?
— Non, parce que tu n’as jamais vraiment parlé à Terry. Mais si
les parents de quelqu’un dont on est plus proches nous invitent, on
dira oui, d’accord ?
— D’accord, soupira Harry.
— Pour commencer, tu ne voudrais pas venir à une soirée avec
mes collègues ? On a le droit d’amener nos petits amis.
— N’être que le petit copain d’une Harpie célèbre, ça me
reposera ! ironisa Harry.
— Ça veut dire oui ?
— Seulement si Gwenog Jones accepte de me signer un
autographe.
*
Au moment de partir rejoindre les Harpies, une semaine plus tard,
Harry sentit qu’il n’avait pas vraiment envie d’y aller. Il avait
l’impression qu’on allait l’exhiber comme un trophée... Il se reprit. Il
ne pouvait accuser Ginny de l’utiliser de cette façon. Pas après
qu’elle lui eut demandé pendant trois ans de dissimuler leur relation.
C’est malin, pensa-t-il. Pendant des mois j’ai regretté qu’elle me
cache comme si elle avait honte de moi et maintenant je lui en veux
presque de s’afficher avec moi.
— On y va ? fit la voix un peu tremblante de Ginny.
— Je suis prêt, lui affirma Harry, oubliant toutes ses hésitations à
la vue du visage pâli de sa fiancée.

18
REVUE DE PRESSE

Ils cheminèrent jusqu’à Holyhead. Ils sortirent de l’âtre du pub


local sous les yeux intéressés des habitués du lieu puis parcoururent la
rue principale du village pour se rendre au restaurant où les Harpies
avaient réservé une salle pour la soirée. Harry et Ginny entrelacèrent
brièvement leurs doigts pour s’encourager avant d’entrer dans la
pièce d’où s’échappaient des exclamations et des rires. Leur arrivée
ne passa pas inaperçue : le silence se fit pendant qu’ils avançaient
vers le groupe. Sept des Harpies étaient déjà là, ainsi que trois de
leurs amis.
La capitaine vint à leur rencontre d’un pas énergique et tendit la
main à Harry :
— Salut ! Moi, c’est Gwenog.
— Harry, répondit machinalement celui-ci.
Sa poignée de main était ferme et chaude. Le jeune Auror sentit
une partie de sa gêne disparaître. Il sourit à la femme qui lui faisait
face.
— Enchanté de faire votre connaissance, assura-t-il sincèrement.
Harry se retrouva rapidement assis à ses côtés, une Bièraubeurre à
la main. La batteuse vedette des Harpies était d’aspect agréable
malgré ses traits taillés à la serpe. Elle avait le verbe haut, les gestes
larges et un regard impressionnant, ce qui faisait bien l’affaire de
Harry qui se sentait presque insignifiant en comparaison.
Dans un premier temps, la conversation roula sur le nouveau balai
de chez Nimbus. Une joueuse l’avait essayé et l’avait trouvé très
maniable. On arriva cependant à la conclusion qu’il était sans doute
idéal pour la course, mais pas assez stable pour la voltige
qu’impliquait un match de Quidditch. Harry croyait s’y connaître en
balai, mais les termes techniques qui émaillèrent les propos échangés
le détrompèrent.
Un peu largué, il dévisagea les convives que Ginny lui avait
rapidement présentés avant qu’il ne s’asseye. Il y avait Gilda, une
jolie asiatique aux longs cheveux ébène, la compagne de chambre de
sa fiancée. Harry trouva qu’elle avait l’air sympathique, tout comme
son ami installé à ses côtés.
Il pouvait identifier chacune des joueuses, ayant étudié leur portrait
sur les photos qui accompagnaient les articles évoquant Ginny dans
les pages sportives. La plupart étaient prises par la discussion en

19
LES BÂTISSEURS

cours, ce qui ne les empêchait pas de l’examiner par en dessous. Il


avait l’habitude de cette curiosité.
Quand tout le monde fut arrivé, une serveuse entra avec un plateau
et posa devant chacun d’eux une copieuse assiette de salade
composée. Alors qu’ils commençaient à manger, la conversation
devint moins générale et un brouhaha s’éleva.
— Tu ne joues pas mal pour un homme, lui fit remarquer Gwenog
à sa droite.
— Vous... tu m’as vu jouer ? s’étonna Harry.
— Bien sûr. À Poudlard le jour où le vieux Slug m’a invitée pour
évaluer Ginny. C’était pas mal pour un match amateur. Si tu avais été
une fille, je t’aurais fait une proposition à toi aussi.
— Ah ! merci, répondit Harry un peu décontenancé mais sentant
que c’était un grand compliment.
— Des sélectionneurs t’ont contacté ? s’intéressa la joueuse.
— Non, l’informa Harry surpris par la question.
— Dommage, jugea Gwenog. Tu avais le niveau.
Harry examina cette idée nouvelle.
— Ce n’est peut-être pas ce qu’en pensaient les autres, finit-il par
avancer.
— Ils devaient être persuadés que tu allais refuser puisque tu
voulais devenir Auror, analysa-t-elle.
— Tout le monde n’était pas au courant...
— Tu l’as dit à ton émission de radio, lui rappela-t-elle.
— Tu l’as écoutée ?
— Tout le monde l’a écoutée. Et ceux qui l’ont ratée en ont lu la
transcription le lendemain dans les journaux. Moi, cela ne m’aurait
pas empêché de tenter ma chance. Mais bon, dans les autres clubs, les
sélectionneurs sont tous des hommes.
À son ton, il était évident qu’on ne pouvait pas attendre grand-
chose de la gent masculine. Harry se souvint qu’elle avait quelque
temps auparavant affirmé dans une interview qu’elle estimait que les
meilleurs joueurs de Quidditch étaient des femmes.
Alors qu’elle se concentrait sur ses dés de poulet, Harry se
demanda ce qu’il aurait répondu si un entraîneur lui avait fait une
proposition à sa sortie de Poudlard. Il était persuadé que la carrière

20
REVUE DE PRESSE

d’Auror lui convenait davantage que celle de sportif. Mais qu’en


savait-il à l’époque ? Se serait-il laissé tenter ? Il se souvint de
l’angoisse qu’il avait ressentie avant d’apprendre qu’il avait été
accepté par ce corps d’élite et se dit que non. Il était trop décidé à se
rendre utile au ministère. Et puis il cherchait avant tout à se faire
oublier et n’aurait pas choisi un métier qui l’aurait obligé à répondre
aux questions des journalistes.
— Le professeur Slugorn a-t-il remarqué beaucoup de joueuses
pour les Harpies ? demanda-t-il en se souvenant que c’était lui qui
avait fait rentrer la batteuse dans l’équipe.
— Juste Ginny et moi. Mais tous les sélectionneurs s’arrangent
pour connaître les éléments prometteurs qui sortent de Poudlard
quand ils ont un poste à pourvoir. Madame Bibine se fait ainsi offrir
plusieurs repas par an à la Divine Cuisine.
La Divine Cuisine était un restaurant sorcier haut de gamme. Harry
n’y avait jamais mis les pieds, mais il savait que toutes les familles
fortunées y avaient leurs habitudes. Il avait d’ailleurs songé à y
inviter les Weasley un jour, mais n’avait pas encore trouvé une bonne
occasion. Peut-être tenterait-il de mettre son idée à exécution pour
fêter son union avec Ginny.
— C’est intéressant d’enseigner le vol, remarqua-t-il.
— Je suppose que les autres profs sont également approchés par
ceux qui recherchent des jeunes à former. Ils doivent tous prendre
trois kilos à la fin de l’année scolaire, gouailla-t-elle.
— Ton infirmière diététicienne te laisse y aller ? feignit de
s’étonner Harry pensant au régime draconien que sa fiancée devait
suivre.
Il reçut une bourrade dans le dos :
— T’es un marrant, toi ! Beaucoup moins bonnet de nuit qu’on
pourrait le croire en lisant ce qui s’écrit sur toi dans les journaux.
— La presse et moi n’avons pas de très bons rapports, indiqua
Harry un peu pincé.
— Il ne faut pas mettre tous les plumitifs dans le même panier,
jugea son interlocutrice. C’est rare qu’un homme m’en mette plein la

21
LES BÂTISSEURS

vue, mais je dois reconnaître que William Tierney1 de Balai


Magazine est le meilleur journaliste sportif du pays. Quand il fait une
fiche sur un joueur, je la découpe et je la garde, car il a le chic pour
analyser nos points forts et nos points faibles. Et il sait se cantonner à
la technique, sans éprouver le besoin de baver sur nos vies privées
comme cette fouille-merde de Skeeter.
Harry sourit à Gwenog. Une personne qui détestait Rita Skeeter ne
pouvait être tout à fait mauvaise.
— J’ai un certain contentieux avec elle, lui confia-t-il.
— Ouais, j’ai vu qu’elle t’avait bien laminé. Mais elle semble
s’être calmée ces derniers temps. J’ai été étonnée qu’elle ne dise rien
sur tes fiançailles avec Ginny.
— D’autres s’en sont chargés, répliqua Harry rembruni.
Il n’avait pas tellement apprécié le portrait que La Gazette avait
fait de lui ce matin-là. L’article qui retraçait sa vie avait évoqué une
adolescence tumultueuse durant laquelle le Survivant avait fait son
possible pour faire parler de lui. Harry n’avait jamais espéré que le
quotidien s’excuse de l’avoir présenté comme un menteur quand il
avait quinze ans et qu’il tentait de prévenir sa communauté du retour
de Voldemort. Cependant, qu’ils en rajoutent une couche alors que
les faits avaient prouvé leur aveuglement de l’époque avait mis Harry
en rage et l’avait conforté dans son habitude de ne pas lire la presse.
— Ne t’en fait pas pour ça, lui conseilla la joueuse. On a eu assez
la trouille pendant la guerre pour savoir ce qu’on te doit.
— Je voudrais juste qu’on m’oublie un peu et ne pas faire d’ombre
à Ginny, expliqua-t-il.
— Elle a le niveau pour que les sélectionneurs se fichent de sa vie
privée, le rassura-t-elle. Je me demande si on jouera l’une contre
l’autre, conclut-elle d’un air gourmand faisant allusion à la Coupe du
monde où elle rejoindrait les Gallois tandis que Ginny était pressentie
dans l’équipe d’Angleterre.
Elle vit la tête que faisait Harry et éclata de rire :
— Ne t’en fais pas, je ne vais pas te l’abîmer ta chérie !

1
William Tierney est issu de la fanfiction June Tierney’s Diary écrite par
Owlie Wood.

22
REVUE DE PRESSE

Quand Harry et Ginny quittèrent l’assemblée quatre heures plus


tard, le jeune Auror considérait Gwenog comme très sympathique,
quoiqu’un peu siphonnée. Il avait parlé avec Gilda et son fiancé et
avait passé un moment agréable avec eux. La joueuse semblait
beaucoup aimer Ginny et son petit copain était un joyeux drille qui
avait tout un stock d’histoires drôles dont il avait régalé l’assistance,
leur donnant l’occasion d’entendre régulièrement le rugissement qui
tenait lieu de rire à la batteuse vedette.
Harry avait également échangé quelques répliques avec d’autres
convives, mais sans ressentir de sympathie particulière. Il s’était
demandé si la personne qui avait joué un mauvais tour à Ginny était
présente, mais n’avait rien déduit des attitudes des sportives. Il était
persuadé que ce n’était pas Gwenog v trop directe pour ce genre de
manœuvre v et espérait que ce n’était pas Gilda, car Ginny l’aimait
beaucoup.
Il fut surpris de constater qu’il avait finalement passé une bonne
soirée et il le dit à son amie quand ils se retrouvèrent au Square
Grimmaurd.
— Gwenog a été super, convint Ginny. Elle a su rendre les choses
naturelles. J’ai l’impression que tu t’es bien entendu avec elle.
— Nous avons en commun une haine farouche pour Rita, sourit
Harry. Ça crée des liens.
*
La bonne humeur de Harry fut mise à mal quelques jours plus tard
quand un article sortit dans les pages sportives de La Gazette. Harry
l’ignora dans un premier temps, car sa fiancée ne lui en parla pas.
Mais Ron passa les voir en début de soirée et apostropha sa sœur :
— Dis, Ginny, tu veux qu’on lui apprenne la vie, à ce Ink
Watermann ? George est prêt à agir avec moi. On peut lui envoyer un
colis avec de la poudre urticante, histoire qu’il ne puisse plus tenir
une plume.
— Qu’est-ce qu’il a fait ? demanda Harry.
— Tu n’es pas au courant ? s’étonna Ron en regardant Ginny qui
rougit.
— Je ne voulais pas l’embêter avec ça, justifia-t-elle. Ce n’est pas
vraiment important.

23
LES BÂTISSEURS

— Qu’est-ce qui n’est pas important ? insista Harry réellement


inquiet à présent.
— C’est juste un article...
— Qui dit qu’elle t’a mis le grappin dessus pour se faire connaître
et être sélectionnée dans l’équipe d’Angleterre, compléta Ron avec
colère.
— C’est seulement des racontars, tenta de minimiser Ginny.
— Où est La Gazette ? demanda Harry.
— Je ne l’ai pas ramenée, indiqua Ginny. Je ne voulais pas nous
gâcher la soirée avec ça ! Laisse-les dire, continua-t-elle en direction
de Ron. Dans deux semaines, tout le monde aura oublié. On a raconté
des choses pires sur Harry et qui s’en soucie, maintenant ?
— Moi ! affirma Ron. Aujourd’hui c’est Watermann et demain
c’est Rita Skeeter qui va s’en prendre à toi.
— Rita est hors de course, indiqua Harry.
— Tu es sûr ? demanda Ron.
— Oui. J’ai prévenu mon commandant de ses talents cachés et elle
n’a pas intérêt à remuer une antenne contre moi si elle ne veut pas
que son dossier parte au Magenmagot.
— C’est quoi cette histoire ? interrogea Ginny.
— C’est une animagus non déclaré, explicita Harry. Elle ne peut
plus m’attaquer si elle ne veut pas que je la dénonce, et c’est très bien
ainsi.
— Et si tu essayais de trouver un truc pas net sur Watermann ?
suggéra Ron. Ça lui clouerait le bec.
— Je ne vais pas monter un dossier sur tous ceux qui osent écrire
sur moi ou Ginny pour les intimider, soupira Harry. Ce ne serait pas
très correct.
— Arrête ! j’ai l’impression d’entendre Hermione, bougonna Ron.
— C’est la preuve que j’ai raison alors ! le taquina Harry.
— Très drôle, grogna Ron, mais son expression s’adoucit alors
qu’il songeait à sa tendre épouse. Je peux rester dîner ? demanda-t-il.
Hermione rentrera tard, aujourd’hui.
Le même soir, ils durent convaincre Bill, Charlie et Percy de ne
rien entreprendre contre le journaliste à la plume vitriolée et calmer

24
REVUE DE PRESSE

Molly qui les appela par cheminée pour leur indiquer ce qu’elle
pensait de l’article.
Harry souhaita désespérément que les rédacteurs les oublient avant
que le clan Weasley ne décide de mettre fin à la liberté de la presse.

25
II – Archives familiales
10 – 27 octobre 2002

Harry et Ginny prirent enfin des vacances à la mi-octobre. Ils


décidèrent de rester la première semaine chez eux pour se reposer et
voir leurs amis, avant de partir vers d’autres horizons. La formule de
l’année précédente – le Bed & Breakfast près de la mer – leur avait
plu et ils réservèrent un séjour dans une maison se dressant sur la côte
sud de l’Angleterre pour la seconde partie de leurs congés.
Pour leur premier jour au Square Grimmaurd, ils firent la grasse
matinée puis Ginny sortit déjeuner avec d’anciennes camarades de
Poudlard. Harry mangea rapidement et alla dans sa chambre. Dans le
placard, il prit le coffre qu’il avait récupéré chez Gringotts dans
lequel se trouvaient les affaires de sa famille. Il l’avait entreposé sans
regarder son contenu : il savait qu’il lui faudrait du temps, non
seulement pour examiner tous les objets, mais aussi pour gérer les
souvenirs et l’émotion qu’ils susciteraient.
Il avait préféré s’y atteler sans la présence de Ginny. Il avait bien
l’intention de lui en parler, mais ressentait le besoin d’être seul face à
ce qu’il allait découvrir. C’est également pour cette raison qu’il le
faisait dans sa chambre. Du fait de sa cohabitation passée avec Ron et
Hermione, cet endroit symbolisait sa vie privée, contrairement au
salon qu’il partageait avec ses colocataires.
L’objet était lourd et il dut utiliser sa baguette pour l’amener au
centre de la pièce. Il inspira profondément, souleva le couvercle et
s’empara de la première chose qu’il découvrit. C’était un paquet de
lettres contenues par un ruban bleu. Il dénoua le lien avec précaution
et ouvrit la première enveloppe. Cela commençait fort : c’étaient des
missives écrites par son père à l’intention de sa mère. Il passa l’heure
suivante à les déchiffrer. Elles s’étalaient sur deux ans, depuis les
vacances de leur septième année à Poudlard en 1978 à leur mariage
en 1979. Conservées à l’abri dans une boîte en carton sur lequel était
LES BÂTISSEURS

dessiné un Vif d’or, Harry découvrit les réponses que Lily avait
adressées à James.
Harry parcourut ainsi les débuts de leur relation amoureuse, leur
correspondance quand Lily vivait seule à Londres après leurs ASPIC
et l’élaboration de leur projet de mariage.
Après leurs noces, leurs échanges épistolaires avaient cessé du fait
de leur cohabitation, mais les photographies racontaient la suite de
leur histoire. Photos de mariage, images de l’un ou de l’autre dans ce
qui était sans doute leur premier foyer, clichés de sa mère la taille
épaissie par un début de grossesse. Avec l’aide d’un sort
d’agrandissement, Harry établit avec émotion que la bague qu’il avait
offerte à sa fiancée avait bien été portée par Lily.
Cette chronique s’interrompait brutalement. Il n’y avait plus rien
dans son coffre évoquant la vie de ses parents à partir de juin 1980, la
date où Sybille Trelawney avait fait sa prédiction. Il supposa que
James et Lily avaient mis à la banque tout ce à quoi ils tenaient
particulièrement et n’avaient gardé que l’indispensable pour pouvoir
déménager rapidement en cas de danger.
Il savait que rien n’avait survécu dans la maison de Godric’s
Hollow et il se sentit soulagé à la pensée que tout ce qui comptait se
trouvait devant lui. Il se souvint du jour où il avait vu le pire souvenir
de Rogue dans la Pensine de Dumbledore et qu’il avait douté des
sentiments que se portaient ses parents. Les témoignages qu’il
découvrait prouvaient à quel point les deux jeunes gens avaient été
éperdument épris l’un de l’autre. Il n’y avait cependant pas que de
l’amour dans ce courrier. En arrière-plan, Harry percevait la guerre
qui faisait rage dans le monde sorcier. Mention de personnes
disparues, adjuration à rester prudent et à ne pas prendre plus de
risques que nécessaire. Harry sentit aussi à quel point leur union avait
été précipitée par le danger qui les entourait et menaçait de les
séparer.
Harry continua à piocher dans le tas de lettres en repoussant à plus
tard la lecture de celles qui émanaient de personnes qu’il ne
connaissait pas. Il finit par tomber sur un paquet qui le fit sourire. Il y
avait une bonne centaine de missives adressées à son père par les trois
autres Maraudeurs. Il reconnut avec émotion les écritures de Sirius et
de Remus. Il songea qu’il lui faudrait un jour transmettre les courriers
de son père à Teddy. Quand il tomba sur un message signé de Peter,

28
ARCHIVES FAMILIALES

son premier mouvement fut de le déchirer, puis il se ravisa.


Lentement, il le reposa dans le coffre. Peut-être comprendrait-il un
jour ce qui avait poussé l’homme à livrer ses meilleurs amis.
Il fut soulagé de ne plus éprouver envers le traître la haine brûlante
qu’il avait autrefois ressentie pour lui. Il ne lui avait pas pardonné
ainsi qu’il l’avait fait pour le professeur Rogue, mais son ressentiment
s’était assourdi, comme si Harry était désormais empli de sentiments
plus importants qui ne laissaient pas de place à ceux du passé.
Il saisit ensuite un album dont s’échappèrent des photographies. Il
n’eut aucun mal à identifier les deux petites filles figées qui se
trouvaient sur la première d’entre elles. Il les avait vues dans la
mémoire de son ancien professeur de potion. Il déduisit sans peine
que les personnes d’une quarantaine d’années qui posaient avec elles
sur un autre cliché étaient ses grands-parents. Cela lui rappela de
vieux souvenirs. Même si Dudley tenait la vedette dans l’imagerie
familiale de Privet Drive, Pétunia avait également quelques
représentations de ses parents sur une petite table dans un coin du
salon. Avec le recul, il jugea que sa mère ressemblait beaucoup à son
propre père dont elle avait la forme du visage et les yeux. La
chevelure auburn venait du côté maternel. Il y avait un autre couple
sur des photos manifestement plus anciennes. Ses arrière-grands-
parents, sans doute. La facture en noir et blanc lui interdit de
déterminer si c’était d’eux qu’il tenait ses yeux verts. La dernière
photo représentait une femme habillée de noir. La date au verso lui
apprit qu’elle avait été prise en 1952. Son autre arrière-grand-mère ?
Harry supposa qu’elle était veuve. Il se demanda le genre de relation
que Lily avait eue avec ses grands-parents.
Il reporta ensuite son attention vers un livre à la couverture verte.
C’était : un album de timbres. « Donald Evans » indiquait la page de
garde. Cette collection appartenait-elle à son grand-père ou à son
arrière-grand-père ? Quoi qu’il en soit, les petites vignettes
rectangulaires s’étendaient sur plusieurs décennies et de nombreux
pays. Il rangea soigneusement l’album en se disant qu’il fallait
vraiment qu’il se décide à contacter Dudley et l’inviter à dîner au
Square Grimmaurd comme il se l’était promis depuis longtemps.
Il prit ensuite des cahiers qui constituaient les archives de la
famille Potter. Il ouvrit le plus récent et déchiffra les dernières
annotations. Il trouva la mention : 27 mars 1960 : Naissance de

29
LES BÂTISSEURS

James Charlus Potter. L’enfant et la mère se portent bien. En


dessous, il put lire : 25 juillet 1971 : Arrivée de la lettre de Poudlard
de James, puis 15 août 1976 : James obtient 9 BUSE. Suivaient : 15
août 1978 : James Potter obtient 5 ASPIC puis 10 mai 1979 :
Mariage de James Potter avec Lily Violett Evans.
Les lignes suivantes, de l’écriture de James, étaient plus tragiques :
23 juillet 1979 : Décès de Euphemia Potter par maladie (variole du
dragon), 25 juillet 1979 : Décès de Fleamont Potter par maladie
(variole du dragon). Enfin, la dernière entrée mentionnait 28 juin
1980 : Vente de La Sablière.
Harry supposa qu’il était question de la maison familiale des
Potter. Pourquoi son père l’avait-il vendue ? N’avait-il plus voulu y
vivre après le décès de ses parents ? Il relut la date et comprit : après
la révélation de la prophétie, ses parents avaient tout liquidé et mis
leurs avoirs à la banque.
Harry resta longtemps à lire et relire la page qui résumait la vie de
son père. Puis il se leva et se saisit d’une plume sur le bureau. Il reprit
le cahier et ajouta d’une main ferme : 31 juillet 1980 : Naissance de
Harry James Potter. Il s’interrompit, inspira profondément puis
continua : 31 octobre 1981 : Assassinat de James et Lily Potter par
Tom Jedusor alias Voldemort.
Il y avait d’autres mentions à consigner, mais Harry jugea que
c’était assez pour cette fois là. D’un coup de baguette il fit sécher
l’encre puis referma le livre.
*
Le soir, Ginny indiqua :
— Luna rentre mercredi et repart dimanche. J’aimerais bien qu’on
l’invite à dîner dans l’intervalle.
— On demande aussi à Ron et Hermione de venir ? proposa Harry.
— Oui, excellente idée. Si on demandait à Neville de se joindre à
nous ?
— Tu veux reconstituer l’équipe de notre descente au ministère ?
remarqua Harry en souriant.
— Nous n’avons pas à avoir honte de ce que nous avons fait ce
jour-là. On a fait du bon travail…
Elle s’interrompit en rougissant :

30
ARCHIVES FAMILIALES

— Désolée, Harry.
Harry avait fait la paix avec le fantôme de Sirius et avait accepté
les évènements tragiques qui s’étaient déroulés lors de cette épopée. Il
était conscient de n’avoir pas été le seul à avoir commis des erreurs. Il
savait désormais que la responsabilité de la mort de son parrain ne
pesait pas sur ses seules épaules. Il sourit pour tranquilliser Ginny :
— Nous pouvons être fiers de la façon dont nous avons réagi en
nous trouvant face à des Mangemorts aguerris. Aucun de nous n’avait
ses BUSE, mais on ne s’est pas dégonflé et on a réussi à les empêcher
de prendre ce qu’ils étaient venus chercher. Quand on pense, ajouta-t-
il sur le ton de la confidence, que deux d’entre nous n’étaient qu’en
quatrième année... il y a quand même des élèves drôlement doués, à
Poudlard !
— Tu peux répéter ? Je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu.
— Je suis en train de te dire que je suis très fier de la façon dont tu
t’es battue contre les Mangemorts, obtempéra-t-il. Tu veux que je le
dise une troisième fois ?
— Si tu pouvais l’écrire et le signer, je pourrais le faire encadrer et
l’accrocher au-dessus de la cheminée du salon, déclara Ginny d’un
ton ravi.
Harry fut dispensé de répondre, car le vieux Kreattur vint desservir
leurs assiettes vides pour les remplacer par des coupes de salade de
fruits. Ginny attaqua son dessert avec entrain.
— Qu’as-tu fait aujourd’hui ? demanda-t-elle en portant un
morceau de poire à sa bouche.
— J’ai regardé les papiers que j’ai trouvés dans le coffre de mes
parents.
Sa fiancée s’interrompit et reposa sa fourchette.
— Ce n’était pas trop dur ?
Harry mit plusieurs secondes à poser des mots sur ce qu’il
ressentait.
— Ça fiche un drôle de coup, mais je pense que j’en ai besoin
aussi. C’est formidable de savoir ce que mes parents ont vécu avant
ma naissance. J’ai retrouvé plein de lettres… J’ai encore à lire toutes
celles de mes grands-parents.

31
LES BÂTISSEURS

— C’est merveilleux, assura Ginny. J’espère que tu apprendras des


secrets inavouables.
— Hein ?
— Mais oui, ces situations embarrassantes ou tragiques qu’on se
raconte de génération en génération. Tu sais, comme le Sinistros que
mon oncle Billius a vu la veille de sa mort ou bien moi qui devenais
muette en ta présence quand j’étais gamine.
— Je n’ai jamais entendu ça à propos de toi, assura Harry.
— Ça commence à ressortir, maintenant que tu as enfin demandé
ma main.
— Comment ça, « enfin » ? s’offusqua Harry. J’attendais d’avoir le
droit de le faire !
— Je sais, mais je me suis rendu compte dernièrement que ma
famille l’ignorait. Ne t’en fais pas, j’ai rétabli la vérité auprès de
maman, et maintenant tout le monde sait combien tu as été patient et
honorable.
Harry n’avait jamais imaginé que les Weasley puissent lui
reprocher d’avoir mis autant de temps à officialiser sa relation avec
leur benjamine. Lui non plus n’avait pas jugé bon d’expliquer leur
position à Ginny et lui. Il ignorait avoir vécu aussi dangereusement.
Son regard tomba sur la main de la jeune femme, ornée de la bague
qu’il lui avait donnée.
— Tes copines l’ont admirée en poussant des petits cris ?
demanda-t-il pour changer de sujet.
— Comment tu sais ça ? sourit-elle, laissant supposer qu’il avait
deviné juste.
— Alicia vient de se fiancer, lui apprit-il. Toutes les autres se sont
penchées sur sa main et ont dit « Oooooooh ! elle est
magnifiiiiique ! » d’une voix terriblement aiguë. Owen m’a fait
remarquer que les femmes ont un ton spécial pour parler aux bagues
et aux bébés.
— Alicia s’est fiancée ? s’écria Ginny. C’est maintenant que tu me
le dis ?
— J’avais oublié, admit Harry en haussant les épaules.

32
ARCHIVES FAMILIALES

— Mais de quoi j’ai l’air, maintenant, dit Ginny d’une voix agacée.
Elle doit croire que je la snobe. Il faut que je lui envoie un hibou dès
demain matin !
Harry ne répondit pas, sachant que rien de ce qu’il pourrait dire ne
le rachèterait. Il la laissa donc terminer son dessert les sourcils
froncés, sans doute en train de composer mentalement la missive à
expédier. Quand elle eut fini, elle repoussa sa coupe et dit d’un ton
plus doux :
— Harry, c’est important pour moi de garder le contact avec mes
amis et relations. Je ne veux pas qu’ils croient que je me considère
au-dessus d’eux maintenant que je suis fiancée à une célébrité.
— Et que tu es devenue très connue pour tes exploits au Quidditch,
rappela-t-il ayant à cœur de la persuader qu’elle avait gagné son pari.
Au lieu de se montrer fière de ce constat, elle eut une petite
grimace :
— Ça fait beaucoup pour une même personne, non ? Je ne sais pas
si c’était une si bonne idée que ça. J’aurais mieux fait de rester
anonyme et…
— Ginny, gémit Harry. C’est trop tard et puis tu adores ce que tu
fais.
— C’est vrai, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas eu tort.
— Tu te poses trop de questions, affirma-t-il. Crois-moi, si j’avais
davantage réfléchi, je n’aurais pas fait un quart de ce que j’ai
accompli.
Ginny le contempla un moment d’un air pensif avant de
remarquer :
— Harry, fais-moi plaisir : évite de révéler ça au grand public. Je
suis sûre que les gens préfèrent ne pas le savoir !
*
Le lendemain était un dimanche, et ils se retrouvèrent chez les
Weasley. Alors que Molly servait le café, Bill prit la parole et
annonça très fier de lui :
— Fleur et moi avons une très bonne nouvelle. Dans sept mois,
Victoire aura un petit frère ou une petite sœur.
Il y eut des exclamations de joie et tout le monde se leva pour
féliciter les heureux parents ainsi que la future grande sœur. Alors

33
LES BÂTISSEURS

que Fleur sortait de la solide embrassade de Molly, la voix de Teddy


s’éleva :
— Dis, Grand-mère, je pourrais avoir un petit frère, moi aussi ?
Les sourires se figèrent. Andromeda accusa le coup et ouvrit la
bouche d’un air désolé. Mais Ginny la prit de vitesse en se penchant
vers l’enfant et lui promettant gentiment :
— Quand Harry et moi aurons un bébé, il sera ton petit frère ou ta
petite sœur. Je compte sur toi pour lui montrer le bon exemple et le
surveiller pour qu’il ne fasse pas de bêtise.
Teddy bomba le torse comme s’il s’imaginait déjà investi de cette
responsabilité. Il se tourna vers Harry et précisa d’un ton sans
réplique :
— Je préférerais un petit frère pour commencer.
— Je ferai de mon mieux, promit Harry le plus sérieusement
possible.
— Je pense qu’un peu de champagne nous fera du bien, conclut
Arthur.
*
Les jours suivants, Harry et Ginny terminèrent d’explorer le coffre
des Potter. Ils visionnèrent de nombreuses photographies et croquis,
amusés de retrouver les traits de Harry dans les portraits de ses aïeux.
— Quand je vois que cela fait plus de deux cents ans que vous êtes
mal coiffés, je me dis que ce n’est pas la peine que je me fatigue à
trouver un sort pour discipliner ta tignasse, remarqua Ginny.
— Tu ne l’aimes pas ? s’étonna Harry. J’ai toujours l’air de
descendre d’un balai, ça devrait te plaire en tant que joueuse de
Quidditch.
— J’ai plutôt l’impression que tu sors de ton lit, objecta Ginny.
D’accord, admit-elle, cela évoque des moments bien agréables, mais
je ne suis pas enchantée à l’idée que d’autres que moi puissent
imaginer t’avoir surpris dans ta chambre à coucher.
À cette idée Harry passa une main dans sa chevelure pour tenter de
l’aplatir, mais le rire de Ginny lui indiqua que c’était en pure perte.
Il y avait des livres de comptes qui leur permirent de déterminer la
date d’acquisition du service de vermeil que Harry avait vu dans le

34
ARCHIVES FAMILIALES

coffre de la banque : c’était pour le mariage des grands-parents


paternels de James.
— Tu as remarqué, dit Harry en pointant la facture collée sur le
registre, ils l’ont acheté aux gobelins.
— Ça doit être beau, alors.
— Je n’en sais rien, je n’y connais rien en vaisselle. D’après Bill, il
n’est pas mal. On l’utilisera pour notre mariage si tu veux.
— Je verrai, répondit Ginny, et Harry comprit qu’elle avait bien
l’intention de contrôler tous les aspects de la cérémonie.
Ils retrouvèrent également trace de l’acquisition de la bague de
fiançailles de Ginny : elle avait été offerte par Fleamont à Euphemia.
Quand Ginny en découvrit le prix, ses yeux s’écarquillèrent :
— Je ne devrais peut-être pas la porter, s’écria-t-elle.
— À quoi ça servirait de l’avoir si on ne la met pas ? remarqua
Harry. Déjà que tu la laisses ici quand tu vas à Holyhead.
— J’ai trop peur de la perdre ou de l’abîmer là-bas.
— Je comprends bien. Mais ça me fait plaisir de la voir à ton doigt
quand on est ensemble.
Ginny abandonna le sujet et se saisit du cahier d’archives. Avec
Harry, elle lut les chroniques familiales qui commençaient en 1650.
Au début, ils peinèrent à déchiffrer la graphie ancienne dont l’encre
avait pâli. Ils suivirent les naissances, mariages, décès et les réussites
les plus marquantes. Enfin, ils arrivèrent aux mentions concernant
James. Ginny lut d’une expression émue les ajouts de Harry et dit
d’une voix tremblante :
— Tu n’as pas mis tes BUSE ni tes ASPIC.
Il alla prendre de quoi écrire et indiqua ses résultats scolaires.
— Tu devrais parler de Voldemort aussi, continua-t-elle
fermement.
— Je ne suis pas sûr…
— C’est pour tes enfants et petits-enfants, Harry. Avec ce qu’il y a
marqué plus haut, ce sera important pour eux de le savoir.
— Mais que veux-tu que je mette ? Le grand Harry Potter tue
Voldemort ?
Elle réfléchit un instant puis proposa :

35
LES BÂTISSEURS

— 2 mai 1998 : Lors de la Bataille de Poudlard, Voldemort est tué


dans un combat singulier contre Harry Potter.
Harry hésita un moment puis inscrivit la phrase en s’appliquant. Il
inspira ensuite un grand coup et ferma le cahier en précisant :
— La prochaine entrée, ce sera notre mariage.
— J’y compte bien, assura Ginny en le prenant dans ses bras.
Ils restèrent l’un contre l’autre un instant en silence, savourant leur
proximité et la tendresse qu’ils échangeaient. Se souvenant de la
conversation qu’ils avaient eue des mois auparavant après la réunion
avec leurs anciens amis de Quidditch, Harry demanda doucement :
— Tu as mis tes souvenirs de Fred dans ma Pensine ?
— Oui, souffla Ginny. Tu veux les voir ?
Harry n’en avait pas très envie, ne se complaisant pas dans cette
atmosphère émotive, mais il sentit le besoin de sa fiancée de les
partager avec lui.
— Si tu veux, accepta-t-il.
Ils sortirent la bassine de pierre et plongèrent dedans ensemble.
Harry laissa Ginny le conduire et il constata qu’elle se déplaçait avec
aisance dans les différents souvenirs. Elle avait dû venir plusieurs fois
pour acquérir une telle maîtrise. Enfin, il se retrouva au milieu d’un
repas au Terrier. Ce devait être les vacances, car tous les enfants
Weasley étaient là. Les jumeaux étaient adolescents et Ginny avait
une dizaine d’années.
Les jumeaux ! Harry eut un coup au cœur en les voyant discuter
avec les autres membres de la famille, l’un commençant une phrase,
le second la terminant, se donnant la réplique comme s’ils avaient
écrit à l’avance leur dialogue burlesque. Il réalisa combien ils lui
manquaient. Non seulement Fred, mais aussi George, celui qui avait
définitivement disparu avec son frère.
Il songea combien cette osmose, qui aurait pu les couper de leur
entourage, était généreuse et tournée vers autrui. C’étaient eux qui
l’avaient spontanément aidé à monter sa malle dans le Poudlard
Express, qui lui avaient donné la carte du Maraudeur, qui l’avaient
soutenu contre Ombrage en organisant le chahut dans l’école.
Savoir que cette force vive avait définitivement disparu le frappa
durement. Il tira Ginny vers l’arrière. Quand ils reprirent pied dans le
présent, elle le dévisagea et parut effrayée par son expression :

36
ARCHIVES FAMILIALES

— Ça va Harry ? Je suis désolée, je ne pensais pas que cela te


secouerait à ce point.
Il ne put répondre et l’entraîna vers le lit pour qu’ils s’y asseyent.
Elle s’installa sur ses genoux et murmura :
— C’était douloureux pour moi la première fois, mais, maintenant,
cela me réconforte de les voir si heureux. Je me dis que la vie de Fred
a été écourtée, mais qu’il en a bien profité.
— Et George ? parvint à demander Harry.
— Il va de mieux en mieux, positiva Ginny. Il a son magasin, il a
Angelina. Il réapprend à rire.
Harry nota que, malgré son ton enjoué, elle avait les yeux bien trop
brillants.
*
Neville, Luna, Ron et Hermione étaient libres ce vendredi-là et
arrivèrent vers sept heures pour le dîner. Ils prirent l’apéritif dans le
salon avant de descendre manger à la cuisine. Durant le repas, Luna
leur raconta ses voyages. Elle avait été dans maints endroits reculés
sur les cinq continents et avait croisé presque tout le bestiaire décrit
dans le livre des Animaux fantastiques qu’ils avaient eu en classe.
Fascinés, ils lui laissèrent la parole jusqu’au dessert.
— Tu rencontres souvent des Moldus ? s’enquit Hermione quand
ils eurent épuisé leurs questions sur le sujet.
— Dans les étendues sauvages quand je vois une maison, je ne me
demande pas si elle est sorcière ou non. Je frappe à la porte et je tente
d’acheter de la nourriture et de trouver un toit s’il pleut trop fort,
répondit Luna.
— Et toi, comment es-tu habillée ? l’interrogea Hermione.
— Bottes, veste et pantalon en peau de dragon, cape en laine de
lama. Ça passe sans problème.
Harry essaya d’évaluer ce que devaient en penser les Moldus et
renonça. Luna était du genre inimaginable, de toute façon. Alors
qu’ils savouraient leur tarte à la mélasse, Ginny proposa :
— On pourrait sortir dans un bar, ce soir.
— Côté moldu, alors, exigea Harry. Histoire d’éviter qu’on nous
dévisage tout le long.
— Chez les Moldus ! s’étonna Neville. Quelle drôle d’idée !

37
LES BÂTISSEURS

— Tu n’y vas jamais ? demanda Harry.


— Non, que voudrais-tu que j’y fasse ?
— Y chercher des plantes, par exemple, imagina Ginny.
— Mes fournisseurs sont tous sorciers. S’ils s’approvisionnent en
dehors, je n’en sais rien.
— Eh bien, il est temps de faire ton éducation, décréta Hermione.
Pour commencer, on va t’habiller correctement.
Elle métamorphosa la robe du jeune homme en jeans et sweat-shirt.
Il se contempla, consterné :
— Comment peut-on marcher avec un pantalon aussi serré ? gémit-
il. Vous trouvez ça normal, vous ?
— Mais oui, affirma Ginny. Et ça te fait une silhouette très
avantageuse, ajouta-t-elle en lorgnant le bas de son dos.
— Dis donc, tu n’es pas supposée me regarder là, se rebiffa
Neville. Fais quelque chose, Harry.
— Qu’en penses-tu, Luna ? interrogea Harry, entrant dans le jeu de
son amie.
— Intéressant ! répondit la naturaliste en reluquant à son tour
l’endroit en question et hochant la tête d’approbation.
Tandis que Neville la contemplait se demandant ce qu’il devait
comprendre, Luna transforma ses vêtements et se retrouva accoutrée
d’une manière qui n’était pas sorcière, mais pas réellement moldue
non plus. Très Luna, pensa Harry. Et tout ce qu’il y a de seyant,
considéra-t-il en détournant les yeux.
Ron et Hermione métamorphosèrent à leur tour leurs habits
pendant que Ginny et Harry se changeaient rapidement, puis ils
entraînèrent Neville au-dehors. À quelques rues de là, Harry
connaissait un pub où la musique tonitruante leur permettrait de
parler librement. Si le botaniste examina sa bière moldue avec
circonspection, Luna contemplait sa demi-pinte avec gourmandise.
Ron leva son verre.
— On porte un toast ? proposa-t-il.
— Oui, à tout ce que nous pouvons encore accomplir ! lança
Hermione.
— À tout ce que vous m’avez aidé à accomplir ! soumit Harry.
— À la beauté du monde, fit Luna

38
ARCHIVES FAMILIALES

— À nos rêves et à nos passions, dit Ginny quand ce fut son tour.
— À ce qui nous a réunis, compléta Neville.
— À l’amitié, conclut Ron.
Leurs chopes tintèrent.
La conversation roula ensuite sur les expériences partagées :
— Vous vous souvenez du monstre à trois têtes qu’on a rencontré
en première année ? demanda Neville. J’en ai rêvé pendant des
semaines.
— Ah oui, s’écria Ron. Malefoy avait tendu un piège à Harry en
lui donnant rendez-vous après le couvre-feu et avait prévenu Rusard.
— Je vous avais dit que c’était un traquenard, rappela Hermione.
Mais vous ne m’avez pas écoutée, comme d’habitude.
— Je pense que peu de gens réalisent le calvaire que tu as vécu, ma
pauvre, compatit Ginny. Supporter ces deux olibrius pendant sept
ans… Et comment êtes-vous passés de Rusard au monstre ?
— En nous cachant dans un corridor, expliqua Harry. Celui qui
était interdit, mais on ne s’en est pas rendus compte immédiatement.
— Moi, quand on est entrés dans la pièce, reprit Neville, je l’ai tout
de suite repéré. Je ne pouvais plus bouger... Enfin, si, je tirais sur ta
manche, Harry, c’est tout ce que j’arrivais à faire...
— Et moi qui ne me préoccupais que de cet idiot de Rusard ! se
souvint Harry. Je me demandais ce que Neville me voulait.
— Et ne parlons pas de ma femme qui a trouvé le temps de
remarquer une trappe entre les pattes du chien, alors que ses crocs
étaient notre danger le plus immédiat, renchérit Ron. J’ai toujours
pensé qu’elle avait un sens des priorités particulier.
— Ce n’est pas courant les chiens à trois têtes ! fit Ginny
impressionnée tandis que son frère recevait un coup de coude de sa
douce moitié.
— C’est Hagrid qui l’avait élevé, expliqua Harry.
— Ah, rien de surprenant alors ! convint-elle.
— On en trouve dans les montagnes de Mandchourie, précisa
Luna.
— Et comment vous en êtes-vous sortis ? reprit Ginny qui
s’inquiétait rétrospectivement pour ses amis.

39
LES BÂTISSEURS

— En courant très vite, il me semble, répondit Harry. Tiens, en


parlant de notre première année, je ne t’ai jamais remercié de m’avoir
permis de devenir attrapeur de l’équipe, Neville.
— Hein ? Mais je n’ai rien fait pour ça ! s’étonna son camarade.
— Mais si, c’est en voulant empêcher Malefoy de prendre ton
rapeltout que je me suis fait remarquer par McGonagall.
— C’est grâce à ma grand-mère, alors, sourit Neville. C’est elle qui
me l’a donné.
— Je lui enverrai un mot, plaisanta Harry. T’ai-je déjà dit qu’à
chaque fois que j’ai l’occasion de la croiser elle me dit combien elle
est fière de toi ?
— C’est gentil de m’en faire part. Généralement, son meilleur
compliment est de me rappeler que j’aurais pu être Auror comme mes
parents.
— Mais tu as fait plein de choses que n’ont pas fait tes parents,
s’insurgea Ginny. Comme être à la tête de la révolte des étudiants de
Poudlard et tuer l’animal de Voldemort.
— Je n’ai pas été tout seul à Poudlard, minimisa Neville. C’est
même toi qui as eu l’idée de monter un groupe de résistance.
— C’est toi qui l’as continué quand Luna et moi ne sommes pas
revenues après les vacances, lui rappela-t-elle.
— Je n’avais pas le choix, dit modestement Neville.
— Il faut que je t’avoue que je n’ai jamais eu l’intention de prendre
la tête de votre révolte, révéla Harry en le regardant dans les yeux. Je
me concentrais sur Voldemort et je ne me sentais pas de taille à
m’occuper du reste.
Neville réfléchit un moment avant de répondre :
— Tu n’étais pas sur place et tu ne pouvais pas réaliser à quel point
Poudlard était un lieu stratégique. Il y avait beaucoup de personnes
dans cette école qui te connaissaient vraiment et qui ne pouvaient pas
croire ce qu’on racontait sur toi. Les Mangemorts savaient que s’ils
ne nous mataient pas tout de suite, ils se retrouveraient avec un bon
nombre d’insoumis qui ne lâcheraient pas le morceau.
— Justement, Neville, si on avait perdu ce jour-là, ça aurait été
irrattrapable.

40
ARCHIVES FAMILIALES

— Si on avait trop attendu, il n’y aurait plus rien eu à rattraper.


C’est pour ça qu’une fois sur place, il était impensable que tu repartes
sans donner de directives.
Harry considéra Neville :
— Heureusement que nous avions un tacticien à Poudlard, sourit-
il.
— Oh, tu exagères, dit modestement le botaniste. Mais puisqu’on
en parle, j’aimerais te poser une question : qu’est-ce que tu as fait
exactement pendant toute cette année ? Tu n’es pas obligé de me
répondre, ajouta-t-il précipitamment.
Harry se dit que son ami méritait de le savoir. Il se pencha vers lui
et expliqua à voix basse :
— Voldemort avait mis des bouts de son âme dans un certain
nombre d’objets qu’il m’a fallu trouver et détruire avant de
m’attaquer à lui. Tu m’as donné un sérieux coup de main en te
chargeant du dernier.
— Le serpent ? s’étonna Neville.
— Oui. Tu as fait un boulot d’Auror ce jour-là en anéantissant une
source dangereuse de magie noire. Dommage qu’on ne puisse pas le
dire à ta grand-mère, hein ?
Neville sourit :
— Ce serait encore pire si elle le savait. Rien que pour ça, je te
promets de ne révéler à personne ce que tu viens de m’apprendre !
Ils continuèrent à parler du bon vieux temps : leur épopée au
ministère, leur guerre contre Ombrage, les terribles cours du
professeur Rogue. Malgré les sinistres évènements qu’ils avaient
traversés, cette évocation leur arracha des fous rires et un étonnement
rétrospectif sur les capacités dont ils avaient fait preuve en dépit de
leur jeune âge.
Ils se quittèrent, enchantés de leur soirée, bien déterminés à
recommencer dans un proche avenir.

J.K. Rowling, Pottermore :


o Les grands-parents de Harry sont Fleamont et Euphemia. Ils sont morts
après le mariage de James emportés par la Variole du Dragon.

41
III – Nouvelle mode
28 octobre – 11 décembre 2002

Ce samedi, Harry et Ginny étaient invités chez Ron et Hermione


pour le déjeuner. Il n’y avait pas de façon directe de se rendre entre
leurs deux foyers. En effet, le Square Grimmaurd était toujours
soumis au sortilège d’anti-transplanage qui datait du temps où il
abritait l’Ordre du Phénix. De leur côté, les maisons sorcières du
lotissement où vivaient les Weasley-Granger ne comportaient pas de
cheminée de transport individuelle, mais étaient desservies par une
cheminette publique qui se trouvait à cinq cents mètres de là.
Après avoir cheminé, Harry et Ginny émergèrent dans une voiture
garée sur le parking d’un centre commercial. Un charme de confusion
la protégeait pour que les Moldus ne remarquent pas l’immobilisation
durable du véhicule ni ne s’étonnent du nombre de personnes
différentes qui y pénétraient ou en sortaient chaque jour.
La maison de Ron et Hermione avait un petit espace sur le devant
où serpentait un sentier pavé qui menait à la porte d’entrée. Ron
l’avait investi et y avait planté des fleurs qui conféraient un air
pimpant à l’ensemble. Il aurait pu concourir pour le plus beau jardin
de la résidence, et Harry soupçonna son ami d’avoir usé de sortilèges
horticoles en voyant des rosiers en pleine floraison alors que ceux des
demeures voisines étaient déjà dégarnis. À l’arrière, Ron avait installé
un potager qui donnait de délicieux légumes.
Hermione s’était chargée d’aménager l’intérieur d’un savant
mélange de meubles moldus et magiques. La décoration était
suffisamment proche de celle qu’on trouvait chez les Moldus pour
qu’ils puissent recevoir leurs voisins non sorciers sans que ces
derniers se sentent dépaysés. La cuisine, la salle de bains et les
luminaires, en revanche, étaient entièrement magiques, même s’ils
avaient été conçus pour ne pas déparer avec le reste.
Malgré le soin apporté par ses maîtres à leur environnement,
Pattenrond n’avait pas apprécié son déménagement. Il lui avait fallu
LES BÂTISSEURS

plusieurs semaines pour arrêter de cracher son mécontentement et de


faire ses griffes sur les voilages. Mais il avait fini par se résigner et
était parti à la découverte du voisinage. Il n’avait pas tardé à faire
connaissance avec la chatte tigrée de la maison d’à côté et acceptait
beaucoup mieux son sort depuis. Hermione, consciente des risques
que cela impliquait, avait ramené son familier à l’animalerie du
Chemin de Traverse pour lui faire appliquer un sortilège de
Stérilisation. Le ministère de la Magie ne souhaitait pas que le gène
des fléreurs se propage sans contrôle.
Coq, quant à lui, s’était bien adapté à son nouveau logis. Il y avait
une forêt à moins d’un kilomètre du lotissement, où il chassait la nuit.
Cette proximité justifiait aussi sa présence quand les voisins des
Granger-Weasley le voyaient voleter dans les environs.
Harry et Ginny prirent place dans le salon et leurs amis leur
proposèrent un apéritif.
— J’ai enfin obtenu un agrément pour employer un elfe plusieurs
heures par semaine, leur annonça Hermione avec satisfaction.
Avant de savoir où ils logeraient, Hermione avait envisagé de
recourir aux services d’un elfe pour entretenir son intérieur. Le choix
d’habiter parmi les Moldus avait remis cette décision en cause, car il
leur était interdit de faire vivre une créature magique dans un quartier
non protégé par des repousse-Moldus. L’admission de Pattenrond
avait déjà dû être négociée.
— Il va pouvoir loger ici ? s’enquit Harry.
— Non, mais il ne viendra que dans la journée. Il faudra renforcer
les sorts de confusion sur nos vitres pour ne pas prendre de risque.
— Et comment va-t-il se déplacer ? se fit préciser Ginny.
— En transplanant, lui apprit Ron.
— J’en ai parlé aux Belby et aux Carmichæl, continua Hermione
en faisant allusion aux deux autres couples sorciers installés dans le
lotissement, et ils sont également intéressés. À nous tous, nous allons
l’occuper et le payer à plein temps.
— Il dormira dans une de tes résidences ? se fit préciser Ginny.
— Oui, c’est là que je l’ai recruté.
Sous l’impulsion d’Hermione, le ministère avait fait construire des
maisons communes où pouvaient vivre les elfes libres qui n’étaient
pas logés par leur employeur. Les habitations avaient été implantées

44
NOUVELLE MODE

aux environs de Pré-au-Lard. Dans un premier temps, les créatures


n’en étaient pas sorties, sauf pour aller travailler ou pour transplaner
dans les arrières-pièces des boutiques où ils se fournissaient.
Peu à peu, ils s’étaient risqués à marcher dans les rues du village
pour faire leurs courses et les plus aventureux se faisaient désormais
servir un sirop à la salsepareille – leur péché mignon – à la Tête de
Sanglier, le seul bar qui les acceptait. Hermione espérait qu’à force de
les voir les sorciers s’habituent à eux et les considèrent finalement
comme des égaux.
— Tu es déjà allé voir un match de football ? demanda Ron à
Harry en changeant de sujet.
— Non, mais mon oncle aimait les regarder à la télévision,
répondit le jeune Auror.
— Eddy Carmichæl s’est fait filer des places par un de ses cousins
moldus et veut m’emmener samedi prochain, soupira Ron. Je n’ai pas
pu refuser.
— C’est peut-être bien, avança Harry tout en reconnaissant que les
Dursley n’étaient pas une référence engageante. Dean avait des
affiches de joueurs au-dessus de son lit à Poudlard, tu ne t’en
souviens pas ?
— Facile d’aimer un sport moldu quand on ne connaît pas le
Quidditch ! maugréa Ron pas convaincu.
— Ça n’a rien à voir, le contredit Ginny. Dean continuait à suivre
le football pendant les vacances, tout en adorant le Quidditch. Et
Alasdair Maddock, le poursuiveur des Pies de Montrose, en est fan. Il
s’est même fait exclure d’un match après avoir tenté d’utiliser des
techniques moldues avec le souaffle.
— Comment peut-on s’intéresser à un jeu qui se pratique par
terre ? s’étonna Ron.
— Il y a des sorciers qui adorent les Bavboules, lui rappela
Hermione. Attends de voir avant de critiquer, lui conseilla-t-elle. Tu
auras bien le temps de te plaindre si ça ne te plaît pas, finalement.
Ron eut une moue peu convaincue.
Une fois le repas terminé, Hermione demanda à Ginny de
l’accompagner pour faire des courses sur le Chemin de Traverse. Il
était assez rare que les jeunes femmes en fassent ensemble, car Ginny
aimait faire du lèche-vitrine et appréciait d’essayer les vêtements

45
LES BÂTISSEURS

avant de se décider, alors qu’Hermione limitait la durée de ses achats


au strict minimum ou commandait par correspondance.
Les filles revinrent toutes excitées et s’engouffrèrent dans la salle
de bains pour passer leurs nouvelles tenues pour les montrer aux
garçons. Leurs robes étaient bien plus courtes que la normale,
découvrant pratiquement le genou et légèrement cintrées au niveau de
la taille. Harry avait déjà remarqué ces modèles sur quelques rares
sorcières lorsqu’il était en patrouille, mais n’y avait pas réellement
porté attention. Il regarda les deux jeunes femmes qui posaient devant
lui et considéra que ces vêtements atypiques étaient plutôt seyants,
dans le sens où ils mettaient en valeur les formes de ses amies. Il se
souvint que Parvati l’avait prévenu que la nouvelle mode serait
étonnante quand il l’avait vue au mariage de Ron et Hermione.
— Alors, demanda Hermione, qu’en pensez-vous ?
— Tu es magnifique là-dedans, fit Ron, admiratif.
— Ça vous va très bien à toute les deux, renchérit Harry, surpris de
l’intérêt d’Hermione pour le prêt-à-porter.
Les deux filles se regardèrent :
— Ils n’ont remarqué que le côté sexy, commenta Ginny.
— Typiquement masculin, soupira Hermione.
— C’est flatteur, dans un sens, positiva la joueuse de Quidditch.
— Cela indique que la plupart des sorciers mâles vont apprécier
sans se poser de question, se félicita Hermione.
— Quelles questions ? réagit enfin Harry.
— Tu ne les trouves pas bizarres, ces robes ? demanda Hermione.
— J’ai du mal à imaginer ma mère dedans, admit Ron.
— Il y a des modèles moins moulants et un peu plus longs pour les
sorcières moins jeunes, précisa Ginny.
— Et on est supposés voir quoi ? insista Harry.
— C’est la plus grande révolution vestimentaire depuis des siècles,
leur apprit Hermione. Ces robes sont inspirées de la mode moldue.
— C’est venu comme ça ? douta fortement Harry.
— Pas tout à fait. De jeunes créateurs ont reçu une bourse dans le
cadre d’un concours de stylisme organisé par la guilde des
Tisserands, leur révéla enfin Hermione.
— Le ministère est derrière ça ? s’enquit Ginny.

46
NOUVELLE MODE

— Kingsley a longuement discuté avec Jersey Tissard, le maître de


guilde, admit Hermione. Dans la foulée, on a également mis en vente
des vêtements moldus plus élégants et plus confortables pour les
étudiants de Poudlard qui se sont rendu à King’s Cross, il y a un
mois. Des images tirées de catalogues moldus ont même été
distribuées pour que les parents métamorphosent leurs habits avec
plus de réalisme. De nouveaux supports pour écrire ont aussi été
proposés dans les papeteries. Bientôt, les élèves auront le choix entre
le papier moldu et le parchemin.
Le parchemin n’était plus créé à partir de peaux de mouton depuis
bien longtemps. Les sorciers avaient eu recours à des fibres d’origine
végétale bien avant que les Moldus ne le fassent, mais l’appellation
ancienne avait persisté, ainsi que le conditionnement en rouleaux. Si
la fabrication magique avait été novatrice et de qualité supérieure
pendant des siècles, les progrès mécaniques et chimiques moldus
permettaient désormais la mise à disposition de produits plus lisses,
plus blancs et plus variés que n’y parvenaient les sorciers.
— Le rapprochement avec le monde moldu est en marche ?
demanda Harry.
— On va s’y prendre petit à petit, confirma Hermione.
— Les sorciers issus de Moldus vont comprendre d’où ça vient,
remarqua Harry.
— Peut-être que l’originalité et la qualité séduiront notre
population avant que les traditionalistes ne s’en offusquent et militent
pour en restreindre l’usage, espéra Hermione.
*
L’arrivée des nouvelles robes ne passa pas inaperçue. Au cours de
l’automne, des courriers virulents de lecteurs scandalisés parurent
dans La Gazette du Sorcier. On s’indignait de la coupe indécente et
on se posait des questions sur la moralité des femmes qui les
adoptaient. D’autres y fustigeaient l’aspect moldu que cela conférait à
celles qui les portaient. Des sorcières furent prises à partie dans la
rue, mais heureusement, cela se limita à quelques mots désagréables.
— Lorsque sont apparues les robes s’arrêtant à mi-mollet et les bas
de soie, ça a été dur pour les Moldues aussi, leur apprit Hermione
quand ils commentèrent ces épisodes. Mais elles ont fini par imposer
les mini-jupes et les pantalons.

47
LES BÂTISSEURS

— Et nous, quand est-ce qu’on aura le droit de porter des


pantalons ? demanda Ron.
Sous le regard étonné de sa sœur et ses amis, il précisa :
— Quand il fait froid en hiver et qu’on charge des caisses, c’est
quand même plus pratique, se justifia-t-il.
— Tout à fait, mon chéri, sourit Hermione.
— Fayot ! lança Ginny en lui faisant un clin d’œil pour montrer
qu’elle le savait sincère.
— Je ferais tout pour plaire à Hermione, affirma Ron en prenant
son air le plus niais.
*
La fin du mois d’octobre et le mois de novembre passèrent
rapidement. L’automne fut assez calme pour Ginny : elle rentrait
chaque soir de Holyhead et il n’y eut que deux matchs amicaux le
dimanche au cours de ces semaines-là. Les choses sérieuses
commenceraient au mois de janvier suivant. Elle partirait quinze jours
pour s’entraîner avec les autres joueurs pressentis pour faire partie de
l’équipe nationale anglaise. C’est durant cette période qu’elle devrait
s’imposer pour être confirmée.
À la mi-novembre, lors d’un repas dominical, George annonça
entre l’entrée et le plat :
— Angie et moi allons nous marier.
Une fois les félicitations d’usage adressées aux nouveaux fiancés,
Molly dit avec un regard d’excuse en direction de sa future belle-
fille :
— Pour la cérémonie, il faudra attendre un peu, je le crains.
Pendant qu’on en parle, Harry et Ginny, quand avez-vous prévu de
vous unir ?
— Hors de question tant que la saison n’est pas terminée, décréta
Ginny.
— On passe notre tour, confirma Harry.
— Ginny…, commença Molly qui ne semblait pas approuver de
voir le Quidditch empiéter sur les projets matrimoniaux de sa fille.
— De toute façon, nous n’avons pas l’intention de faire des
invitations et tout le tralala, la coupa George.
— Juste vous, mes parents et nos témoins, renchérit Angelina.

48
NOUVELLE MODE

L’attention de Mrs Weasley revint sur eux :


— Mais enfin, vous n’allez pas vous marier à la sauvette ! protesta-
t-elle.
— On n’a pas envie de faire la fête à cette occasion, répliqua
sèchement George.
— C’est vraiment ce que vous désirez, Angelina ? demanda Molly
d’une voix réticente.
— Oui, Mrs Weasley, affirma fermement sa future belle-fille.
— Molly, c’est à eux de décider, intervint Arthur.
Les autres suivaient cet échange, mal à l’aise. Autant les annonces
de fiançailles précédentes – Ron puis Ginny – s’étaient faites dans la
joie, autant ce projet de mariage était assombri par l’absence de celui
qui aurait pu épouser Angelina. Harry en vint à se demander si leur
décision était une bonne chose. Que pouvait-il sortir de positif d’une
union basée sur la mort et la tristesse ? Il vit le même doute dans les
yeux des autres. Au milieu d’eux, George et Angelina se tenaient par
la main, visiblement crispés. Désolé pour eux, Harry oublia toutes ses
préventions et se creusa la cervelle pour dire quelque chose qui
détendrait l’atmosphère.
— Mon grand-père était veuf quand il épousa ma grand-mère qui
était veuve aussi, leur apprit soudainement Fleur. Ils ont été très
heureux ensemble et ont eu trois enfants.
Harry vit Angelina lancer à la femme de Bill un regard
reconnaissant. Teddy, qui était en bout de table à côté de Victoire,
intervint à son tour :
— Vous allez avoir des bébés ?
— Pas tout de suite, mais on a bien l’intention d’en avoir plus tard,
lui répondit Angelina.
— Je pourrais être leur grand-frère ? demanda l’enfant.
Angie et George acquiescèrent au milieu des sourires que la
question avait fait fleurir. Harry se sentit très fier de son filleul et de
sa capacité à s’emparer de ce dont le destin avait tenté de le priver.
Rien ne changea dans la façon d’être d’Angelina les semaines qui
suivirent. Elle ne fit aucune annonce publique à ses collègues et,
comme elle n’avait pas de bague de fiançailles, personne ne

49
LES BÂTISSEURS

soupçonna quoi que ce soit. Harry se demanda si elle porterait son


alliance.
Molly et Arthur étaient allés voir les Johnson. Ils exploitaient un
grand verger à la campagne auprès duquel les magasins
d’alimentation sur le Chemin de Traverse s’approvisionnaient. La
mère d’Angelina était moldue, ce qui ne l’empêchait pas de travailler
aux côtés de son mari. Elle faisait les comptes et gérait le personnel.
Comme les Weasley, ils regrettaient que leur fille se limite à un
mariage sans fioritures, mais ils ne ressentaient pas les craintes que la
famille de George nourrissait à l’égard du couple. Selon Ginny auprès
de laquelle Molly s’était confiée, ils semblaient surtout soulagés
qu’Angelina se soit suffisamment remise de son deuil pour envisager
une autre union.
Petit à petit, l’organisation de ce non-évènement prit forme. Les
deux futurs convinrent que la vingtaine de personnes qu’on ne
pouvait exclure de la cérémonie ne pouvaient être renvoyées chez
elles sans qu’il leur soit offert un petit rafraîchissement. Molly
s’engouffra dans la brèche pour leur arracher leur accord sur le
principe d’un cocktail accompagné de petits-fours.
Il fut décidé que le mariage aurait lieu chez les Johnson. Il y avait
un vaste hangar où les saisonniers qui les assistaient pour les récoltes
avaient coutume de prendre leurs repas. Toute la noce y tiendrait à
l’aise. Malgré le désir de simplicité des intéressés, les deux mères
mirent au point une décoration plus appropriée à l’occasion qui les
réunirait. Enfin, sans écouter les dénégations d’Angelina, Fleur et
Ginny la traînèrent chez Mme Guipure pour lui faire tailler une robe.
— On a réussi à l’orienter vers une de ces nouvelles coupes,
expliqua Ginny à Harry qui n’avait rien demandé. On lui a pris une
teinte vive, qui va très bien avec sa peau. Avec un bouquet, elle aura
presque l’air d’une mariée. Fleur a fait la leçon à Bill et Charlie pour
que George soit correctement habillé lui aussi.
Harry sourit en imaginant les aînés des Weasley débarquant chez
leur frère le matin et le fourrant de force avec une robe de mariage. Il
se dit qu’il ne devrait pas oublier de bloquer sa cheminée le jour de
ses noces pour éviter ce genre de surprise.
— Quel type de mariage envisages-tu pour nous ? demanda Harry
à sa fiancée.

50
NOUVELLE MODE

— Je suis partagée entre l’envie de faire aussi simple que George


et Angie et celle de faire une fête à tout casser, répondit Ginny.
— De toute façon, ce n’est pas avant l’automne prochain, je
suppose, avança Harry.
— Ça ne t’ennuie pas trop ? s’inquiéta Ginny.
— Aucun problème, cela me donnera le temps de faire carrière ! lui
assura-t-il avec malice.
*
La première semaine de décembre, cinq jours avant les noces de
George et Angelina, Faucett appela Harry de la porte de son bureau.
Le jeune Auror, d’un coup de baguette, reposa la plume qui écrivait
sous sa dictée et se dirigea vers son commandant. Celui-ci lui fit signe
de s’asseoir avant de reprendre sa place dans son fauteuil. Bandeau
vert – Janice Davenport – était déjà installée et avait à la main un
carnet comportant des notes.
— Nous avons été saisis d’une enquête un peu particulière,
commença Faucett. Il s’agit d’un accident, peut-être pas fortuit, dont
a été victime Gwenog Jones, la joueuse de Quidditch.
— Elle va bien ? s’inquiéta Harry qui l’avait trouvée sympathique
lors de la soirée où il l’avait rencontrée.
— Elle est à Ste-Mangouste mais paraît assez en forme pour faire
savoir ce qu’elle veut. A priori, c’est de la simple malveillance, mais
compte tenu de la célébrité de la personne en cause, on doit s’en
assurer. Pour faciliter les choses, mademoiselle Jones exige que les
enquêteurs soient des femmes ou, à la rigueur, Harry Potter. Tu feras
donc équipe avec Janice sur ce dossier. Je pense que je peux te faire
confiance pour ne pas révéler à la presse ce que tu pourras apprendre
de la vie privée de mademoiselle Jones.
Harry ne se donna même pas la peine de répondre, se contentant de
sourire ironiquement.
— Gwenog Jones s’est écrasée sur le terrain de Quidditch pendant
un entraînement, continua Faucett. Selon les premières constatations,
son balai serait en cause. Ce qui a poussé Madame Redbird, la
présidente du club des Harpies, à faire appel à nous, c’est que non
seulement le balai semble avoir été trafiqué, mais mademoiselle Jones
a reconnu avoir reçu des lettres de menace la semaine dernière. À

51
LES BÂTISSEURS

vous de déterminer si sa vie est en danger et, si possible, identifier ce


qui lui a valu une chute de dix mètres.
— Quels dégâts ? demanda Janice Davenport qui prenait des notes.
— Bras cassé, léger traumatisme crânien. Heureusement, les
joueuses conservent leurs baguettes sur elles pendant les
entraînements et elles ont ralenti la chute de leur capitaine.
— Gwenog Jones est-elle la seule de l’équipe à avoir reçu des
lettres de menace ? s’inquiéta Harry.
— Cela fait partie des premières questions à poser, indiqua Faucett.
Je préfère te prévenir tout de suite : si ta fiancée est impliquée dans
cette affaire, je te retirerai de l’enquête, caprice de mademoiselle
Jones ou non. Bien, vous en savez autant que moi, je vous laisse
commencer. Notre accidentée est à Ste-Mangouste, chambre 43.
Harry et sa nouvelle partenaire sortirent du bureau.
— On y va par cheminée, indiqua Davenport.
Elle se dirigea vers sa table de travail pour prendre sa cape, imitée
par Harry.
— On m’a mis sur une affaire avec Davenport, apprit-il à Pritchard
quand il passa près de lui.
— Tu as fini le rapport ? contrôla son coéquipier.
— Presque, il est sur mon bureau.
— Bien, je m’en charge. Bonne chance !
— Merci, dit Harry en vérifiant rapidement s’il avait bien tout son
matériel d’enquête dans son aumônière.
Il vit que Davenport l’attendait à la porte et se dépêcha de la
rejoindre. Dans l’atrium, avant de s’engouffrer dans une cheminée,
Harry hésita :
— Je garde ma tête ?
Davenport réfléchit un instant avant de décider :
— Profil bas tant qu’on n’est pas dans la chambre de Jones. Inutile
d’attirer l’attention sur nous.
Elle s’avança vers les flammes vertes tandis que Harry s’appliquait
les sorts de métamorphose requis. Arrivés à l’hôpital, ils se rendirent
directement dans la chambre 43 qui se trouvait au rez-de-chaussée,
dans le service des accidents matériels. Dans le couloir, ils
reconnurent un tireur d’élite de la brigade de la police magique, bien

52
NOUVELLE MODE

que celui-ci portât une robe de médicomage. Ils le saluèrent


discrètement de la tête et frappèrent à la porte avant d’entrer.
Gwenog Jones était sur son lit en position assise, le crâne
enrubanné dans de la gaze. Une femme d’une quarantaine d’années
était installée à son chevet. Harry remarqua qu’elle était très belle.
Elle avait le teint foncé et des pommettes hautes. Ses cheveux nattés
qui lui faisaient comme une couronne, et elle était vêtue avec
élégance.
Les deux femmes les dévisagèrent, et le regard de la joueuse se fit
dur en découvrant Harry qui s’empressa d’annuler le sortilège qui le
travestissait.
— Pratique ! commenta Gwenog visiblement contente de le voir.
— Assez, convint Harry.
— Janice Davenport, bureau des Aurors, se présenta sa partenaire,
jugeant manifestement inutile de nommer Harry.
— Isabel Redbird, répondit l’autre femme d’une belle voix de
contralto. Je suis la présidente du club des Harpies. C’est moi qui ai
fait appel à vous. Merci d’être venus aussi vite.
Davenport sortit son carnet et commença :
— D’après nos informations, miss Jones a reçu des lettres de
menace ces derniers temps et, ce matin, a fait une chute pendant un
entraînement.
— Son balai a été trafiqué, affirma la présidente.
— Cela reste à déterminer, répliqua calmement Davenport. Je veux
voir le balai. Je veux savoir où il était rangé et quelles sont vos
mesures de sécurité en la matière. Nous examinerons les derniers
courriers envoyés à mademoiselle Jones pour vérifier qu’il n’y a pas
de correspondance entre les écritures des lettres neutres et celles de
menace. Il nous faudra aussi nous assurer que les autres joueuses
n’ont pas reçu de courrier similaire.
— Je ne veux pas que cela s’ébruite, prévint Gwenog.
— Je n’ai pas pour habitude de tenir des conférences de presse et
mon collègue non plus, riposta Davenport.
La joueuse regarda froidement l’Auror avant de hocher la tête,
comme si elle décidait qu’elle lui plaisait finalement. La présidente se
leva :

53
LES BÂTISSEURS

— Je vous accompagne à Holyhead, indiqua-t-elle. Gwenog, je


compte sur toi pour être raisonnable et rester couchée.
— Je vais très bien...
— Tu ne sors pas tant que tu as ton bandage, la coupa fermement
Isabel Redbird. Tu sais que tout scandale pourrait te coûter ta place
dans l’équipe galloise.
La joueuse se renfrogna, mais ne répondit rien. Harry se
retransforma, et ils rejoignirent le hall d’entrée de l’hôpital. La
directrice passa devant eux dans la cheminée pour en dégager l’accès
à l’autre bout.
Ils émergèrent dans une pièce particulièrement mal rangée. Des
capes pendaient aux nombreuses patères qui couvraient les murs. Des
chandails traînaient sur les bancs contre les cloisons et des dizaines de
chaussures de diverses tailles, formes et couleurs étaient éparpillées
sur le sol.
— Ne faites pas attention au désordre, soupira Isabel Redbird. La
plupart de nos filles ne sont pas portées sur le rangement.
Harry se dit que ce trait de caractère de Ginny, qui l’agaçait
prodigieusement parfois, trouvait chez les Harpies de quoi s’épanouir.
— Combien y a-t-il de cheminées raccordées au réseau ici ?
s’enquit Davenport en examinant celle dont ils sortaient.
— Il n’y a que celle-ci. Les autres servent uniquement au
chauffage et nous en avons une dizaine de communications. Seuls les
joueuses et le personnel utilisent cette arrivée. Les visiteurs accèdent
au domaine par le portail qui donne sur le village.
— Cette issue est gardée, je suppose, se fit préciser Davenport.
— Il faut une clé pour rentrer. Toutes les filles l’ont, ainsi que
certains employés.
— Ça fait combien de personnes ? s’enquit Harry.
— Vingt-cinq à peu près, indiqua Isabel Redbird.
— Et vous avez beaucoup de visiteurs ? continua Davenport.
— Pas énormément. Essentiellement des journalistes et les
livraisons chaque matin. Nous faisons également appel à des artisans
extérieurs pour des travaux ponctuels. Je pense aussi que ces
demoiselles font parfois entrer leurs amoureux dans le Foyer, même
si c’est interdit et que notre intendante est supposée veiller au grain.

54
NOUVELLE MODE

Harry tenta de garder une expression neutre et fit semblant de noter


les informations recueillies sur son carnet.
— Ça fait du monde, analysa Davenport. Où rangez-vous les
balais ?
— Dans la partie que nous appelons le Gymnasium, expliqua
Isabel Redbird. Ce périmètre comprend le terrain de jeu, l’atelier de
réparation des balais et le Petit gymnase. Le Petit gymnase est le
bâtiment où se trouvent les vestiaires, la salle de gymnastique et le
local contenant les casiers à balai. Il faut une autre clé pour accéder
au Gymnasium.
— Possédée par les joueuses et les employés, supposa Harry.
— Pas tout le monde. Seulement le personnel technique et
l’intendante.
— Pouvons-nous avoir les noms ?
La directrice leur énuméra toute l’équipe (elles étaient quatorze),
puis leur donna l’identité de l’infirmière, de l’entraîneuse, de la
magingénieur en balai et de l’intendante.
— Et il y a moi, bien entendu, conclut-elle.
— Vous n’avez pas d’hommes qui travaillent ici ? demanda Harry
amusé.
— Il y a le cuisinier, Mr Petrucci, et des intervenants occasionnels
pour l’entretien du domaine.
— Ceux-ci sont-ils amenés à aller dans le Gymnasium ?
— Parfois, mais quand cela arrive, ils sont accompagnés par
Mrs Norris, l’intendante. C’est également elle qui donne les clés au
personnel de ménage pour le nettoyage des vestiaires.
— Si on allait voir ces fameux casiers, décida Davenport.
Les deux Aurors furent emmenés à travers un couloir puis
passèrent devant un réfectoire où une femme dressait la table pour
une vingtaine de personnes.
— Ajoutez deux couverts, lui fit Isabel Redbird en s’arrêtant à la
porte. Nous avons des invités. Merci de prévenir le cuisinier.
L’employée grommela, manifestement mécontente de ce surcroît
de travail. Sans y prêter attention, leur guide continua sa route et les
entraîna vers une double porte. Elle sortit un jeu de clés de sa poche
et ouvrit un des battants.

55
LES BÂTISSEURS

L’issue donnait sur un grand espace dégagé, délimité par la façade


du bâtiment dont ils sortaient et une haute haie d’Alihotsy. On
pouvait voir un vaste stade de Quidditch, une construction d’un seul
niveau, tout en longueur, ainsi qu’une espèce de petite bicoque. Les
joueuses étaient à l’entraînement au-dessus du terrain de sport. Harry
repéra sans peine Ginny, facilement reconnaissable à sa tresse rousse.
Elle enchaînait une série de passes compliquées avec ses compagnes.
Madame Redbird montra la plus grande des bâtisses :
— On l’appelle le Petit gymnase. C’est là que nous allons.
Ils traversèrent une pelouse bien entretenue d’un pas rapide, car le
froid était vif. La porte que la directrice poussa pour eux donnait
directement dans un large local rempli d’instruments de gymnastique,
sur lesquels plusieurs jeunes femmes travaillaient. Elles regardèrent
les intrus avec curiosité. L’une d’elles, en laquelle Harry reconnut
Gilda la compagne de chambre de Ginny, le salua de la main. Ils
traversèrent la pièce pour se diriger vers le mur du fond qui
comportait deux issues.
— Les vestiaires sont par là, indiqua Isabel Redbird en montrant la
porte de droite.
— On peut voir ? demanda Davenport.
La directrice haussa les épaules et frappa. Elle jeta un œil à
l’intérieur et s’effaça pour les laisser entrer. Le désordre qui régnait
dans cet endroit rappelait celui de la salle d’arrivée. Harry tenta de ne
pas reluquer les sous-vêtements féminins qui jonchaient le sol et les
bancs. Il y avait au fond trois cabines de douche heureusement vides.
Quand Davenport hocha la tête pour témoigner sa satisfaction (sans
doute avait-elle tenu à vérifier que la pièce n’avait pas de fenêtres),
Isabel Redbird ouvrit la porte de gauche qui donnait sur le local à
balais.
— Cette pièce n’est pas spécialement protégée puisque nous
sommes déjà dans un périmètre à accès restreint, reconnut leur
hôtesse, mais chaque casier est théoriquement fermé magiquement
par sa propriétaire.
Le nom des joueuses était inscrit sur chacune des étroites armoires
individuelles. Davenport tenta de tirer un battant à elle. Le premier
résista, mais les autres se laissèrent ouvrir, révélant qu’ils étaient
vides. C’était le cas de celui marqué Gwenog Jones.

56
NOUVELLE MODE

— Elles ne les ferment pas quand elles ont pris leurs balais, nota
Harry.
— Pour quoi faire ? demanda la directrice. De toute façon, il est
rare qu’on cherche à trafiquer les appareils en dehors des périodes de
compétition. Et durant ces moments, ils sont entreposés dans des
lieux plus sûrs après avoir été vérifiés. J’ai des casiers spéciaux dans
mon bureau et je vous garantis que personne, à part moi, ne pourrait
les ouvrir. Tous les stades officiels ont un endroit particulier où les
balais des joueurs sont transférés sous le contrôle des responsables de
clubs.
Harry et sa partenaire établirent les différentes manières d’entrer
dans le local. Celui-ci n’avait pas de fenêtre, il fallait donc
nécessairement passer par la salle de sport, qui n’était accessible que
par la porte principale. Cependant, les deux Aurors démontrèrent
rapidement que les étroites croisées de cette salle n’étaient pas des
obstacles insurmontables pour un sorcier déterminé. Mais encore
fallait-il parvenir à pénétrer dans l’enceinte du Gymnasium.
Ils firent ensuite le tour du périmètre. Un sortilège anti-
transplanage avait été appliqué et la haie s’avérait réellement
infranchissable. Isabel Redbird leur assura que des charmes
empêchaient non seulement le passage, mais aussi l’espionnage :
— Vous pouvez sortir et vérifier : il est impossible d’entendre ou
de voir ce qui se passe ici à partir du dehors.
Pour n’omettre aucune piste, les deux Aurors testèrent
l’inviolabilité du lieu durant deux heures. En fin de matinée, ils
étaient convaincus que le coupable n’avait pu venir que par la porte
fermée à clé du bâtiment principal.
Ils étudièrent ce passage avec soin. Ils vérifièrent que le battant
fermait correctement et que la serrure n’avait pas été forcée. Un
charme s’assurait de la fermeture de la porte si on ne la retenait pas,
ce qui excluait qu’on l’ait laissée ouverte par négligence. Harry tenta
de la bloquer avec une branche d’arbre, mais une sonnerie retentit au
bout de vingt secondes.
C’était un sortilège classique et il n’avait pas été brisé, notèrent les
Aurors sur leurs carnets.
— Et s’il n’y a personne aux alentours ? La nuit, ce bâtiment est
vide, non ?

57
LES BÂTISSEURS

— Cela sonne aussi au Foyer où Mrs Norris vit en permanence,


leur assura la directrice.
Visiblement, seule une personne munie d’une clé avait pu accéder
au local à balai. Cela restreignait considérablement le nombre des
suspects. Harry espéra que cela simplifierait l’enquête.

Le terme de magingénieur a été inventé par Owlie Wood dans sa fanfiction


June Tierney's Diary. Dans l’ensemble, toutes ses fanfiction m’ont beaucoup
inspiré pour ce qui tourne autour du Noble Sport.

58
IV – Enquête chez les Harpies
11 décembre 2002

C’était l’heure du déjeuner. La directrice invita Harry et sa


collègue à la suivre vers le réfectoire. Les joueuses étaient en train de
s’installer quand ils traversèrent la pièce. Leur arrivée fut amplement
commentée et les chuchotements excités remplacèrent le joyeux
brouhaha qui les avait accueillis. Celles qui avaient croisé Harry lors
de la soirée à Holyhead le saluèrent de la tête et il répondit de même.
Ses yeux cherchèrent Ginny qui ne sembla guère enchantée par sa
présence. Il n’eut pas le temps de s’y attarder. La présidente les fit
s’installer à sa table et leur présenta les autres convives :
— Voici Natacha Winckler, notre infirmière. C’est elle qui
bichonne les joueuses, décide de leur régime et des soins qu’elles
doivent recevoir.
C’était une femme très grande aux cheveux châtains coiffée d’une
queue de cheval qui ne lui allait pas vraiment. Elle portait une blouse
blanche sur sa robe de sorcière. Quand elle se pencha pour lui serrer
la main, Harry sentit une odeur qui lui était familière. Il mit quelques
secondes à l’identifier : c’était la fragrance des onguents qu’il avait
l’habitude d’associer à l’infirmerie de Poudlard et à Madame
Pomfresh.
— Vous aurez sans doute beaucoup de choses à vous dire avec
Sophie Brush qui est notre magingénieur en balais, continua Isabel
Redbird en leur désignant une femme assez musclée et dotée d’épais
sourcils.
— Mon coéquipier habituel est un de vos fans, dit Davenport en lui
serrant la main. Il dit que, même aujourd’hui, personne ne vous arrive
à la cheville pour la roulade du paresseux1.

1
Figure de Quidditch qui consiste à faire un rouleau sur soi-même (Le
Quidditch à travers les âges).
LES BÂTISSEURS

— Oh, c’est très gentil de sa part.


Harry se demanda ce que ferait Ginny quand elle n’aurait plus
l’âge de jouer en professionnelle. Il ne la voyait pas se convertir dans
la technique. Comme entraîneuse, peut-être. Justement, la directrice
leur présentait l’entraîneuse des Harpies, Atalante Gruber.
— J’ai entendu dire que vous étiez un très bon attrapeur, fit
gentiment celle-ci à Harry.
— Seulement au niveau amateur, répondit-il modestement. Ginny
me bat sans problème depuis que vous vous occupez d’elle.
Il se demanda un instant s’il avait bien fait d’évoquer ses liens avec
une des joueuses, mais il décida que ne pas en parler était
parfaitement hypocrite, étant donné qu’ils avaient fait la Une des
journaux quelques semaines auparavant. D’ailleurs, il sentit que sa
réponse n’avait pas déplu à Atalante qui se rengorgea :
— C’est une bonne recrue, lui confia-t-elle. C’est vous qui l’avez
entraînée à Poudlard, n’est-ce pas ?
— À partir de sa cinquième année, précisa Harry. Avec son frère
Ron Weasley comme gardien, cela nous a fait gagner la coupe.
— Charlie Weasley n’a-t-il pas joué aussi dans le temps ? demanda
Sophie Brush, la spécialiste des balais. J’ai entendu dire que les
Catapultes de Caerphilly ont tout fait pour l’avoir, mais qu’il a
finalement choisi une autre voie.2
— Je savais que Charlie était excellent attrapeur, mais j’ignorais
qu’il aurait pu faire une carrière professionnelle, s’étonna Harry.
— Cela avait été très commenté dans le milieu à l’époque,
confirma l’infirmière. Que fait-il maintenant ?
— Il travaille dans une réserve de dragons, l’informa Harry. J’ai
également joué avec les jumeaux Weasley qui faisaient une superbe
équipe de batteurs. Selon les termes d’Olivier Dubois, ils étaient des
cognards humains, se souvint-il avec nostalgie.
— Il y a des familles comme ça, fit remarquer Sophie Brush.
Quand j’étais à Poudlard, c’était les frères Prewett qui faisaient un
duo formidable. J’étais dans l’équipe de Poufsouffle et je peux vous

2
Cette histoire est racontée dans Charlie à tout prix, d’Owlie Wood.

60
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

dire qu’avec les Gryffondors, on s’est mutuellement chipé la coupe


plusieurs années de suite !
— Vous jouez ? demanda l’entraîneuse Gruber à Janice Davenport.
— Non, je ne m’intéresse pas tellement aux compétitions de
Quidditch, indiqua la partenaire de Harry. Je préfère les championnats
de Duel.
— Seulement en spectatrice ? insista Sophie Brush.
— J’ai été vice-championne de la Ligue britannique de 76 à 78,
leur révéla l’Auror. Maintenant, je me contente d’assister aux
épreuves et de participer ponctuellement à l’entraînement des jeunes
athlètes.
Durant le repas, ils se cantonnèrent à des sujets neutres. Quand ils
se levèrent, Harry tenta de rencontrer le regard de sa fiancée, mais
elle lui tournait le dos. Avec la magingénieur, Harry et sa partenaire
repassèrent dans l’enceinte du Gymnasium et se rendirent dans
l’édifice modeste qui se dressait près du Petit gymnase.
— Il n’y a que moi qui puisse pénétrer ici, précisa Sophie Brush en
posant sa baguette sur la porte de l’atelier.
Son lieu de travail n’était composé que d’une seule pièce. Il y avait
un large établi au centre de l’espace et de nombreux outils,
soigneusement rangés sur des étagères ou suspendus à des crochets le
long des murs. La netteté et l’ordre de l’endroit contrastaient
fortement avec les pièces où les joueuses entreposaient leurs affaires.
Tout en fermant la porte, la spécialiste continuait à expliquer :
— Les sécurités ont été particulièrement renforcées il y a seize ans,
quand Gwenog, qui venait d’arriver ici, s’est introduite dans l’atelier
et a gonflé la propulsion de son balai. Elle a évidemment eu un
accident et seule la chance a fait qu’elle s’en soit tirée sans dommage.
Cette tête brûlée a failli mettre fin à sa carrière avant même qu’elle ne
commence. Je faisais encore partie de l’équipe cette année-là et je
peux vous dire que la directrice de l’époque nous a passé un sacré
savon. Depuis, l’accès à l’atelier fait l’objet d’une sécurité
particulière.
— Ça fait donc seize ans que mademoiselle Jones est active, nota
Davenport. À quel âge est la retraite pour les joueurs de Quidditch ?
— On dépasse rarement trente ans dans ce métier, la renseigna
Sophie Brush. Moi, j’ai arrêté à vingt-huit, quand j’ai eu mon premier

61
LES BÂTISSEURS

enfant. Sachez que c’est un sujet tabou, à ne jamais aborder devant


Gwenog. La dernière personne qui lui en a parlé a été changée en
cloporte.
— Elle ne me fait pas peur, répliqua calmement Davenport.
— Bon, c’est à vous de voir. On murmure que c’est sans doute sa
dernière année et qu’elle profitera de la Coupe du monde pour finir en
beauté.
— Sa nomination est certaine ?
— Rien n’est sûr tant qu’on n’a pas les listes, mais ce serait
étonnant qu’elle ne soit pas retenue. Il est cependant à craindre que, si
le bruit se répand qu’on lui en veut, cela fasse réfléchir la fédération.
— Il y a beaucoup de monde au courant, souligna Harry. Toute
l’équipe, par exemple.
— Personne ici n’a intérêt à ce que ça se sache, surtout tant qu’on
ignore si ce genre de mésaventure ne va pas arriver à une autre.
— Il faudrait peut-être mettre en place des protections
supplémentaires, remarqua Harry.
— Ce midi, Isabel a dû vérifier elle-même que tous les casiers ont
bien été fermés et elle recommencera ce soir. Il est également prévu
que demain matin je fasse une inspection générale des balais avant le
début de l’entraînement.
— Les avez-vous examinés ce matin, après l’accident ? s’inquiéta
Harry.
— Bien sûr. Ne vous en faites pas, celui de votre fiancée n’a pas
été trafiqué.
— Avez-vous déterminé ce qui a cloché avec celui de
mademoiselle Jones, recentra Davenport.
— Cela semble très artisanal. À première vue, toute une série de
sorts a été jetée.
— Lesquels ?
— Plutôt courants et faciles à appliquer comme Tarrentella,
Failamalle. J’ai aussi repéré des sortilèges de Confusion,
Catapultage, vous voyez le genre. Je vous ai fait la liste la plus
exhaustive possible.
Harry et Davenport la parcoururent. Aucun sort ne requérait un
grand niveau de magie et certains étaient parfaitement incongrus.

62
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

— Folloreille !? s’exclama Harry.


— Ça a l’air drôle, comme ça, commenta la spécialiste, il affecte le
sens de l’équilibre. Quand on est à une hauteur de vingt mètres, cela
peut avoir de graves conséquences.
— Je suppose que les joueuses connaissent des sorts encore plus
spécifiques, supputa Davenport.
— Elles lisent généralement des revues spécialisées, voire des
livres de mécanique, pour avoir leur mot à dire quant aux réglages
qu’on fait sur leur engin.
— Vous ne pensez pas que c’est l’œuvre d’une joueuse, alors,
insista Davenport.
— C’est à vous de déterminer qui a fait ça, éluda la magingénieur.
Moi je vous fais part ce que j’ai constaté sur ce balai.
— Quel sort auriez-vous utilisé pour faire perdre le contrôle à
Gwenog ? demanda Harry.
— Propulso Limito, répondit-elle sans hésiter. C’est assez délicat à
lancer mais j’aurais pu faire en sorte qu’il ne se déclenche qu’à haute
altitude et être sûre de ne pas la rater. S’il avait été appliqué, cela
aurait simplifié votre tâche : nous ne devons pas être plus de cinq
personnes ici à pouvoir le faire. Par contre, Gwenog serait dans un
sale état.
— Et vous seriez notre principale suspecte, signala Davenport.
La spécialiste haussa les épaules comme si elle ne prenait pas cette
hypothèse au sérieux. Davenport, qui avait attentivement examiné sa
réaction, demanda :
— Peut-on voir le balai accidenté ?
Brush se dirigea vers un placard et l’ouvrit, non sans murmurer un
mot de passe. Elle récupéra le balai qui s’y trouvait et le posa sur la
table de travail, avant de se pousser pour laisser les Aurors
s’approcher. C’était un Walkyrie, un engin de compétition
commercialisé par la société Friselune. Il était d’un bois précieux et
les brindilles qui le composaient étaient parfaitement calibrées. Harry
n’était pas un professionnel, mais il lui sembla que le vernis était
d’une texture différente de celui des balais classiques.
— Il est magnifique, remarqua Harry.

63
LES BÂTISSEURS

— Oui, et Gwenog y tient beaucoup. Le grand Barbarella l’a


fabriqué spécialement pour elle. Heureusement qu’il peut être réparé.
Sous le regard attentif de la magingénieur qui devait craindre pour
ses délicats réglages, les deux Aurors le bombardèrent de révélateurs
de sort, mais ils aboutirent au même résultat qu’elle : pas de magie
noire ou de sorts complexes, juste une série de sortilèges simples et
hétéroclites.
— Vous êtes-vous rendue dans le Gymnasium entre le moment où
mademoiselle Jones a déposé son balai hier et celui où elle l’a repris
ce matin ? demanda Davenport.
— Je suis restée après l’entraînement pour rééquilibrer le balai de
Patty Patterson. Elle était avec moi et on s’est quittées ici. Elle est
allée le ranger pendant que je remettais mes outils en place. Je suis
ensuite revenue dans le bâtiment principal pour rentrer chez moi en
cheminée. Quand je suis arrivée ce matin, les joueuses étaient déjà à
l’échauffement.
— Avez-vous vu quelqu’un d’autre dans le périmètre du
Gymnasium, hier soir ?
— Non, mais je n’ai pas tellement regardé non plus. Si une joueuse
était en l’air, je ne l’aurais sans doute pas remarquée, car j’étais en
train de me demander ce que j’allais faire pour le dîner. Pareil pour
les personnes se trouvant dans le Petit gymnase.
— Je suppose que mademoiselle Patterson est actuellement
occupée, avança Davenport.
Sophie Brush sortit de son atelier et regarda vers le stade.
— Elle ne vole pas. Vous devriez allez voir si elle n’est pas en
train de faire sa préparation physique. Mais le plus rapide serait de
demander à l’entraîneuse. Elle a déjà posé des questions aux filles
pendant qu’Isabel emmenait Gwenog à l’hôpital. C’est celle qui porte
la robe rouge près des buts, là-bas.
Harry et Davenport se tordirent le cou pour l’apercevoir.
— Vous voulez lui parler ? s’enquit la magingénieur d’une voix
amusée.
— Si c’est possible, répondit Davenport.
La spécialiste s’appliqua un Sonorus et appela :
— Atalante, tu peux descendre ?

64
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

Même à cette distance, Harry vit que toutes les joueuses


regardaient dans leur direction. L’entraîneuse prit le temps de donner
des instructions avant de piquer vers eux.
— C’est mon tour ? demanda-t-elle avec un sourire chaleureux en
se posant près d’eux.
— Il paraît que vous avez déjà enquêté pour déterminer qui était
dans le coin quand on a trafiqué le balai de mademoiselle Jones,
commença Davenport.
— À ce moment, je croyais encore à une simple farce qui avait mal
tourné, précisa-t-elle. Désirez-vous qu’on aille dans mon bureau ? Il
est dans le Petit gymnase.
Davenport accepta et ils s’y rendirent tous les trois. En fait de
bureau, c’était une simple table casée dans un recoin de la salle de
sport, isolée par une vitre qui faisait office de cloison. Atalante
Gruber parvint à leur trouver deux tabourets où ils s’installèrent tant
bien que mal.
— Il y a trois joueuses qui ont reconnu s’être retrouvées dans ce
bâtiment après le départ de Gwenog. Patty Paterson, une de nos
poursuiveuses remplaçantes, qui devait faire régler son balai et qui est
venue le ranger ensuite. Il y a aussi Alpha McLoad, notre gardienne,
qui a réparé son protège-genou et qui a donc pris sa douche après que
les autres furent parties. Leah Maroon est restée pour attendre Alpha.
Ces deux-là ne se sont pas quittées d’après leurs dires. En partant,
elles ont vu Mary Linscott, qui venait faire le ménage.
Harry nota ces noms sur son carnet. Il savait que Leah Maroon
était la batteuse qui faisait équipe avec Gwenog Jones.
— Où conservez-vous votre clé d’accès au Gymnasium ? demanda
Davenport.
L’entraîneuse passa la main dans l’échancrure de sa robe et en
sortit une chaînette à laquelle étaient suspendus un sifflet et deux clés.
Harry n’en fut pas étonné. Ginny portait elle aussi un collier de ce
genre. Elle le déposait sur sa table de nuit en se couchant avant de le
remettre le lendemain matin après sa douche. Il lui arrivait une fois
par mois de l’égarer et, avec l’aide blasée des elfes, elle lançait des
Accio dans toutes les pièces de la maison pour le retrouver.
— Vous ne l’avez pas laissé traîner hier ? suggéra Davenport.

65
LES BÂTISSEURS

— Je n’ai pas pour habitude de la laisser sans surveillance, je ne la


quitte jamais avant de rentrer chez moi. Mais je n’en dirais pas autant
de mes filles.
Il était clair que c’était les joueuses qu’elle désignait sous ce
vocable.
— Si vous saviez ! continua-t-elle en levant les yeux au ciel. Des
fois, ce sont de vraies gamines. Elles oublieraient leur tête si elle
n’était pas vissée sur leurs épaules.
Harry réprima un sourire, car c’était ce que disait régulièrement
Molly à propos de Ginny.
— Pensez-vous qu’elles omettent parfois de fermer leur casier à
balai ? demanda Davenport
Atalante Gruber les regarda pensivement.
— Avec elles, tout est possible. C’est vrai qu’elles prennent soin
de leurs affaires de sport mais, quand on n’est pas en période de
compétition, elles ont tendance à relâcher leur vigilance.
— Donc, il est imaginable que mademoiselle Jones n’ait pas
verrouillé son casier.
— C’est possible, oui.
— Elle ne s’en serait pas rendu compte en l’ouvrant ce matin ?
— Pas nécessairement. Si elle l’a fermé sans le protéger, elle peut
avoir posé sa baguette sur la porte et récité le mot de passe sans
réaliser qu’il était inutile.
— Donc n’importe qui aurait pu y accéder.
— Dans l’enceinte du Gymnasium, rappela Atalante Gruber.
— On y revient toujours, je vois, sourit Davenport. Bien, nous
n’allons pas vous retarder plus longtemps. Pouvons-nous parler à
mademoiselle Patterson ?
Leur entretien avec la joueuse ne leur apporta pas de
renseignements supplémentaires. Comme l’avait indiqué Sophie
Brush, elle avait rangé son balai dans son casier après que la
spécialiste en eut fini avec lui. Elle était passée rapidement par les
vestiaires pour ôter sa robe d’entraînement ce qui lui permettait de
confirmer la présence d’Alpha McLoad et Leah Maroon. Elle était
partie avant ses camarades et avait tenu la porte à Mary Linscott en
sortant du Gymnasium.

66
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

— Elle n’avait pas sa clé ? demanda Harry.


— Je ne me suis pas posé la question. C’était un geste de politesse,
c’est tout. D’ailleurs, elle n’avait aucune raison de ne pas l’avoir. Elle
vient fréquemment faire le ménage dans cette partie du domaine et je
suppose qu’elle a le moyen d’y accéder.
Envoyées par leur entraîneuse, Alpha McLoad et Leah Maroon
arrivèrent alors qu’ils remerciaient Patty Paterson pour sa
collaboration. Ils les interrogèrent séparément et obtinrent la même
version. Elles étaient restées ensemble après le départ des autres
joueuses, avaient vu passer Patty Paterson puis Mary Linscott en train
de balayer la salle de sport quand elles l’avaient traversée pour
revenir au bâtiment principal.
Harry et sa partenaire parlèrent aussi à Gilda qui travaillait ses
abdominaux dans la salle de Gymnastique. Elle avait quitté le Petit
gymnase en même temps que la plupart de ses compagnes et était
retournée avec elles au Foyer. Mary Spouse, la batteuse remplaçante
qui se trouvait à proximité fut questionnée dans la foulée : elle était
rapidement partie avec le premier peloton, puis était rentrée chez elle
en cheminée.
Ne voulant pas désorganiser l’entraînement, les deux Aurors
convinrent de ne pas obliger les joueuses qui volaient à descendre
leur parler tout de suite. Ils décidèrent de retourner interroger
Gwenog Jones. Comme Atalante Gruber les avait quittés pour
s’occuper de ses troupes, ce fut Gilda qui les raccompagna jusqu’à la
porte de communication après leur avoir expliqué qu’il fallait
également la clé pour sortir du périmètre sécurisé.
— Cela ne vous pose pas de problème, quand vous perdez ou
oubliez votre clé ? lui demanda Harry.
— C’est vrai que c’est pénible quand ça arrive, convint Gilda. Pour
entrer, il faut aller chez la directrice pour qu’elle nous fasse traverser
et on a toujours droit à un sermon. Ne lui répétez pas, mais moi je
préfère voir l’infirmière, Natacha, pour la prier de me prêter son
passe. Elle est beaucoup plus cool qu’Isabel.
— Et dans l’autre sens ? demanda Davenport. Si la dernière à rester
a oublié sa clé ?
— Ça m’est arrivé une fois et j’ai attendu qu’une des femmes de
ménage me délivre. Sinon, on a une sonnette reliée chez Isabel et au

67
LES BÂTISSEURS

Foyer. Mais on évite parce qu’Isabel est rarement dans son bureau en
fin de journée et obliger Mrs Norris à venir jusqu’ici vous expose à
un quart d’heure de récriminations et à des remarques désagréables
pendant des jours !
Avant de partir pour l’hôpital, ils s’arrêtèrent au bureau de la
directrice pour lui faire savoir qu’ils quittaient les lieux.
— J’ai quelque chose pour vous, leur indiqua-t-elle. Je suis passée
dans la chambre de Gwenog, tout à l’heure, et j’ai retrouvé la dernière
lettre de menace qu’elle a reçue. Elle m’a dit ce matin qu’elle s’était
débarrassée de toutes les autres.
Les deux Aurors examinèrent la missive. Elle avait pour support un
parchemin bon marché, comme on en trouve dans toutes les
papeteries. L’encre était noire, sans signe particulier. L’adresse et le
texte étaient inscrits en lettres capitales ce qui, Harry le savait,
compliquait la reconnaissance des écritures.
TU TE CROIS MALIGNE, MAIS ÇA NE DURERA PAS,
proclamait la missive. TOUT SE PAYE, GARCE !
— On comprend qu’elle n’ait pas pris ces menaces au sérieux,
commenta Davenport. C’est assez puéril, comme style.
— J’aurais quand même préféré qu’on en parle avant, regretta la
directrice. J’aurais été plus vigilante.
Ils remercièrent Isabel Redbird puis empruntèrent la cheminée pour
retourner à Ste-Mangouste. Sur son lit d’hôpital, la batteuse vedette
avait l’air de s’ennuyer ferme derrière son magazine de Quidditch.
Elle les accueillit avec plaisir :
— Ah enfin, quelqu’un se souvient de moi ! Dis donc, tu as une
drôle de bouille comme ça, fit-elle à Harry qui s’était métamorphosé
de nouveau pour ne pas être reconnu dans les couloirs.
— C’est ma tête de rechange, sourit-il.
— Tu en as une pour chaque jour de la semaine ? plaisanta
Gwenog. Ginny doit avoir l’impression de voir du pays !
Harry rit avec elle. Ses manières directes étaient loin de lui
déplaire. Il avait rarement des rapports aussi naturels avec les
personnes qui ne faisaient pas partie de ses proches.
— Hum ! fit Davenport. Si nous en venions à la raison de notre
visite ?

68
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

Gewnog grimaça comme une élève prise en faute par un professeur


et soupira exagérément :
— Je vous écoute.
— Votre directrice nous a confié cette lettre. Avez-vous reçu
d’autres menaces ces derniers temps ? Les avez-vous encore ?
— On a dû m’en envoyer une ou deux du même tonneau avant,
mais je ne les ai pas gardées. Vous savez, on écope régulièrement des
trucs pas clairs, indiqua la joueuse. La plupart du temps, on les jette
parce qu’on n’a pas de temps à perdre avec ça. Entre les mégères
jalouses de voir leur mec nous reluquer, les supporters des autres
clubs, les traditionalistes qui trouvent anormal que des femmes se
donnent en spectacle au lieu de se marier et d’élever une nichée de
mouflets, des lettres désagréables on en reçoit au moins une par
semaine.
— Il y a une différence entre des injures et des menaces, fit
remarquer Harry.
— C’est vrai que c’est plus rare, surtout que je n’ai pas la
réputation de me laisser faire, convint Gwenog. Comme elles ne me
font pas peur, je n’y prête pas vraiment attention.
— Avez-vous fait l’objet d’autres formes d’attaque ? demanda
Harry. Des affaires détruites, abîmées ou déplacées, par exemple.
— Détruites ou abîmées, non, jamais. Déplacées, je ne peux pas
vous dire. Je ne me souviens jamais où je les pose.
— Quand avez-vous reçu cette série de lettres ?
— Je crois que ça a commencé cet été. On était en plein
championnat et j’avais d’autres cognards à battre. J’ai eu celle-ci il y
a trois jours.
— Comment vous est-elle parvenue ?
— Par hibou, je suppose.
Elle prit le temps de la réflexion et dit :
— C’était samedi dernier et j’étais dans ma chambre quand il est
arrivé. C’est pour ça que j’ai toujours la lettre. Si j’avais été dans le
salon, je l’aurais jetée au feu tout de suite. Il me semble que c’était un
hibou postal... Oui, j’en suis sûre. Je les préfère aux autres, parce
qu’ils n’attendent pas qu’on leur donne quelque chose à manger,

69
LES BÂTISSEURS

contrairement à ceux des particuliers qui ont l’habitude qu’on les


gâte. Celui-là est reparti rapidement sans faire d’histoire.
— À quelle heure est-il arrivé ? s’enquit Davenport.
— Vers trois heures de l’après-midi, je crois.
L’Auror calcula :
— On est à cinq heures de vol de Pré-au-Lard en hibou normal. Ce
n’était pas un express ?
— Non, juste une chouette hulotte.
— Posté samedi à dix heures du matin environ alors. Il faut qu’on
vérifie qu’il n’y a pas eu de tempête qui l’aurait dérouté et aurait
rallongé le temps de délivrance. Bien, autre chose : l’écriture du billet
vous était-elle familière ? Toutes les lettres de menace que vous avez
reçues ces dernières semaines sont-elles de la même main ?
— Je crois, mais je n’en mettrais pas mon balai au feu.
Davenport tapota pensivement son carnet avec sa plume.
— On va passer tout de suite à la poste, décida-t-elle. Quand
devez-vous sortir ?
— On ne me l’a pas dit, mais j’espère que c’est pour bientôt. Je
vais devenir folle si je reste ici plus longtemps !
Ils prirent congé puis cheminèrent vers la poste de Pré-au-Lard.
Pour aller plus vite, Davenport demanda à voir directement le
directeur du site. Elle lui exposa la situation. Ce n’était pas la
première fois qu’il collaborait dans le cadre d’une enquête et il savait
parfaitement ce qu’on attendait de lui.
Il les mena à l’arrière. Il y avait une large pièce avec des casiers
tout le long des murs et de grandes tables sur lesquelles des employés
triaient les parchemins qu’ils prenaient dans un énorme panier.
— Qui était aux envois samedi dernier ? demanda le directeur.
— Moi, se désigna un des préposés.
— Ces messieurs-dames du bureau des Aurors veulent te poser des
questions, lui indiqua son supérieur.
L’homme parut impressionné, manifestement plus habitué à être en
contact avec la police magique qu’avec l’élite. Harry se félicita
d’avoir conservé sa métamorphose pour simplifier leurs démarches.
Le jeune Auror donna au postier tous les éléments dont ils

70
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

disposaient. Celui-ci leur demanda de le suivre dans le bureau des


envois.
La pièce était nettement plus petite et donnait directement sur la
volière de l’établissement. Pendant que leur indicateur feuilletait dans
un gros cahier, Harry observa les centaines d’oiseaux alignés sur les
perchoirs. Il se souvint l’avoir visitée du temps où il était à Poudlard,
lors d’une des sorties qu’il avait été autorisé à faire.
— J’ai trouvé, annonça l’employé. J’ai seulement trois envois qui
correspondent pour samedi matin. Chouette hulotte revenue vers huit
heures du soir. Le temps était clair et vent modéré dans le sud, il n’y a
donc pas de cause de retard ce jour-là dans cette direction. Le
problème, c’est que j’ai bien fait une vingtaine de départs ce matin-là,
alors je ne me souviens pas de tout le monde.
Pour lui rendre la mémoire, Davenport lui mit sous le nez
l’enveloppe de la lettre reçue par Gwenog. L’homme haussa les
épaules en la déchiffrant :
— Des comme ça, j’en envoie trente par jours. Je suis désolé, mais
je ne peux pas vous aider. Si vous me montrez quelqu’un, je peux
vous dire si je l’ai vu dernièrement, mais je ne peux pas vous décrire
tous ceux qui défilent ici. Surtout que ça fait quatre jours, maintenant.
— Bien, nous vous remercions de votre coopération, soupira
Davenport. Voici mon nom, si quelque chose vous revient, n’hésitez
pas à m’envoyer un mot au ministère.
*
Ils reprirent la cheminée publique de la poste centrale et revinrent
chez les Harpies. La directrice les avait enregistrés quand ils étaient
arrivés le matin pour qu’ils puissent à leur guise accéder au domaine
par le réseau de cheminette.
— On n’a toujours pas parlé à Mary Linscott, fit remarquer
Davenport une fois sur place. Il serait peut-être temps de le faire
puisqu’elle se trouvait dans le Gymnasium hier soir, selon plusieurs
témoignages.
Ils explorèrent le bâtiment principal et découvrirent la personne
qu’ils recherchaient dans la cuisine en train d’éplucher des légumes.
Elle ressemblait beaucoup à la femme qu’ils avaient rencontrée dans
le réfectoire le matin : très brune avec la peau claire.

71
LES BÂTISSEURS

— Bonjour. Pouvons-nous vous interroger ? lui demanda


Davenport.
Leur témoin confirma la version qu’on leur avait donnée. Elle était
venue à 17 heures récupérer la clé du Gymnasium auprès de
Mrs Norris et la lui avait rendue une heure et demie plus tard. Patty
Paterson lui avait tenu la porte quand elle était passée de l’autre côté
et elle avait vu Alpha McLoad et Leah Maroon sortir de leur vestiaire
alors qu’elle était en train de nettoyer la salle de sport.
— Nous avons remarqué une femme qui vous ressemblait dans le
réfectoire ce matin, demanda finalement Davenport. Lui êtes-vous
apparentée ?
— Oui, c’est ma cousine. Quand notre grand-père est décédé, on
s’est rendu compte qu’il nous avait fortement endettés et nous avons
dû trouver rapidement du travail. Esther a été engagée la première, il
y a cinq ans et elle m’a recommandée auprès de Madame Redbird.
— Vous aimez ce travail ?
— Je préférerais être chez moi, bien sûr. Mais ce n’est pas trop dur,
les demoiselles sont gentilles avec nous même si elles ne sont pas des
modèles d’ordre. Miss Jones a très aimablement signé des
autographes pour mon petit garçon, l’année dernière et elle lui a aussi
donné une affiche. Je pense que je préfère être ici que chez un
particulier.
— Vous aimez bien mademoiselle Jones, alors.
— Tout le monde l’aime bien, affirma Mary Linscott. Elle est
parfois abrupte dans sa façon de parler, mais elle a le cœur sur la
main.
Ce fut ensuite au cuisinier de répondre à leurs questions. Il
s’appelait Joey Petrucci et avait un fort accent italien. Avant de leur
répondre, il essuya ses mains sur son tablier déjà douteux et insista
pour qu’ils goûtent aux petits gâteaux qu’il avait préparés pour le thé
des joueuses.
— Ce n’est pas facile de les gâter tout en obéissant au régime
draconien que leur impose Madame l’infirmière, se plaignit-il. Mais
quand elles viennent me voir avec leur chagrin d’amour ou
démoralisées par un entraînement un peu dur, je ne vais pas leur
donner de la salade ! J’ai toujours des douceurs pour faire passer leur
vilain cafard.

72
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

— Elles ont souvent des contrariétés ? s’enquit Davenport.


— Comme toutes les jeunes filles, vous savez ce que c’est !
— Est-ce qu’elles se disputent parfois entre elles ?
— Ça arrive, mais si vous voulez savoir si l’une d’elles en voulait à
Gwenog, ça non ! D’ailleurs aucune d’elles n’irait jusqu’à lui abîmer
son balai. Elles respectent les balais, ça oui.
Le cuisinier affirma ensuite avoir quitté le domaine à 16 heures 30
et n’être revenu que le lendemain matin.
— Deux fois par semaine, je pars de mon travail plus tôt, expliqua-
t-il. Je prépare le thé et le dîner et Esther ou Mary les servent aux
demoiselles.
En tout état de cause, il n’avait pas les clés du Gymnasium et n’y
allait jamais, n’ayant rien à y faire. Ils se firent indiquer le chemin de
l’infirmerie et y retrouvèrent Natacha Winckler qui les accueillit avec
un grand sourire.
— Bienvenue dans mon royaume ! J’espère que ce n’est pas pour
un bobo !
— Non, nous voudrions savoir si vous vous êtes rendue dans le
Gymnasium hier soir ou ce matin.
— Je n’ai pas eu à intervenir sur une joueuse ces jours-ci.
— Vous étiez là quand même ?
— Oui, bien sûr, je dois toujours être disponible. Je n’ai pas quitté
mon infirmerie de l’après-midi, hier.
— À quelle heure êtes-vous rentrée chez vous ?
— À 18 heures.
— Vous n’avez vu personne qui n’aurait rien eu à faire dans cette
partie du bâtiment ?
— Je ne joue pas aux concierges. Je suis généralement occupée à
faire les menus, prévoir les échauffements personnalisés des filles,
prendre soin des diverses foulures et élongations qui nécessitent
plusieurs semaines de rééducation, j’ai un programme bien chargé.
Elle portait la clé du Gymnasium ainsi que celle défendant son
armoire à potions dans une aumônière attachée à sa ceinture qui
n’avait, selon ses dires, pas quitté sa place l’après-midi précédent.
Quand les Aurors en eurent terminé avec elle, il était tard et
Davenport décida de repartir au QG pour mettre au propre et analyser

73
LES BÂTISSEURS

ce qu’ils avaient déjà engrangé comme informations. Ils travaillèrent


ainsi durant une heure à faire un compte rendu succinct à Faucett de
tous leurs interrogatoires. Après qu’ils aient déterminé leur
programme du lendemain, Harry put enfin rentrer chez lui.
*
Ginny était déjà au Square Grimmaurd quand il y arriva.
— Tu as fait comme si tu ne me connaissais pas au club, remarqua
Harry pendant qu’ils se mettaient à table. Tout le monde sait que nous
sommes fiancés !
— Je pensais qu’on avait passé l’âge de s’embrasser dans les
couloirs, s’étonna Ginny.
— Tu n’es pas obligée de me sauter au cou, mais tu peux quand
même me sourire, répliqua-t-il.
— Tu as cru que j’étais fâchée ?
— Oui, je me demandais ce que j’avais fait. Je n’ai pas cherché à
avoir cette enquête, tu sais. C’est Gwenog qui a estimé que j’étais un
des rares mâles qu’elle pouvait supporter.
— C’est vrai que Gwenog a des préjugés un peu tranchés sur les
hommes.
— Elle ne les aime pas du tout ? interrogea Harry.
— Je n’ai pas dit ça. Elle a plein de petits copains.
— Elle en a beaucoup ?
— Disons qu’elle agit de manière assez masculine en la matière :
juste pour avoir du bon temps et quand elle en a assez, elle passe au
suivant.
— Tous les garçons ne sont pas comme ça, protesta Harry.
— C’est vrai. Mais ceux qui le sont sont bien vus, alors que les
filles qui font pareil sont des gourgandines.
— C’est ce que tu penses de Gwenog ?
— Bien sûr que non. Mais ceux qui sont étroits d’esprit n’ont pas
intérêt à lui reprocher son mode de vie, s’ils espèrent rester dans le
règne des mammifères. Peut-être un petit copain délaissé qui s’est
vengé lâchement.
— Cela me paraît une méthode bien compliquée pour une personne
extérieure, réfléchit Harry.
— Tu crois que c’est l’une de nous ? réalisa Ginny.

74
ENQUÊTE CHEZ LES HARPIES

— Qu’en penses-tu ? lui retourna Harry.


— Il y a deux mois, je t’aurais dit que ce n’était pas possible. Mais
depuis qu’on m’a abîmé des affaires, je ne jurerais plus de rien. Tu as
parlé de ce qui m’est arrivé avec ta partenaire ?
— Je préfère éviter pour ne pas te mêler inutilement à ça. J’ai
plutôt l’impression que ce sont deux modes opératoires distincts.
Dans un cas, cela semble être un mouvement de colère ponctuel et
dans l’autre, cela a exigé un minimum de réflexion. En plus, j’ai
demandé à Gwenog si elle avait eu la même mésaventure que toi, et
elle m’a répondu que non.
Ils mangèrent un moment en silence, puis Harry reprit ses
questions :
— Avec son caractère, Gwenog doit quand même avoir des
ennemis, non ?
— C’est vrai que, soit on l’adore, soit on ne la supporte pas,
reconnut Ginny. Celles qui ne se sont pas entendues avec elle sont
parties jouer dans d’autres clubs.
— Donc ce ne serait pas une joueuse. Et le personnel ?
— Dans la tête de Gwenog, y’a les joueurs de Quidditch et les
autres. Elle a infiniment moins d’égards pour la seconde catégorie
même si elle peut se montrer sympa avec eux quand elle est bien
lunée. Il est parfaitement possible qu’elle se soit fait des ennemis dont
elle n’a pas conscience. Au fait, ta partenaire a fait sensation avec son
bandeau, lui apprit Ginny. Qu’est-ce que cela aurait été si elle avait
porté un œil magique, comme le professeur Maugrey ? Pourquoi n’en
porte-t-elle pas d’ailleurs ? Ça doit rendre des services dans votre
métier.
— Aucune idée. Mais je te laisse le lui demander !

Merci à Lilou_Black qui m’a aidée à caractériser les personnages du club


des Harpies.

75
V – La clé du Gymnasium
12 décembre 2002

Janice Davenport avait décrété que leur première démarche de la


journée serait d’interroger Mrs Norris, qui détenait les clés confiées
au personnel de nettoyage. Ils s’y rendirent en cheminée. Dans le
bâtiment principal, ils tombèrent sur Esther Linscott, qu’ils n’avaient
pas encore questionnée. Elle indiqua qu’elle était pressée – elle était
attendue en cuisine – mais accepta de leur répondre.
Elle confirma être employée depuis cinq ans déjà pour le domaine
de Holyhead. Ce n’était pas elle qui avait été chargée de s’occuper du
Petit gymnase la veille, elle avait nettoyé le Foyer, ce qui était un gros
travail car il y avait beaucoup de bazar et qu’il fallait des heures pour
faire la poussière correctement. Non, elle n’avait pas la clé du
Gymnasium, Mrs Norris ne la confiait qu’en cas de besoin, et il fallait
la lui rendre une heure après, au plus tard.
— On voit que ce n’est pas elle qui fait le ménage, conclut Esther
Linscott. Il faut courir pour tout nettoyer en si peu de temps.
Il était clair qu’elle n’appréciait pas tellement l’intendante. Mais il
est vrai que personne n’en avait dit du bien. Sur ses indications, ils
sortirent du bâtiment principal par une issue donnant sur les jardins.
En se rendant au Foyer qui se dressait à une centaine de mètres, ils
traversèrent une vaste pelouse bien entretenue et passèrent devant un
potager et une serre.
Alors qu’ils contournaient la résidence pour trouver la porte
d’entrée, Harry reconnut le massif de fleurs dans lequel il avait repris
pied après être descendu en rappel de la fenêtre de Ginny. Il se retint
de lever les yeux vers la chambre de sa fiancée.
Ce fut Mrs Norris elle-même qui leur ouvrit. Elle était aussi sèche
et revêche que dans les souvenirs de Harry.
LES BÂTISSEURS

— Aurors Potter et Davenport, commença sa partenaire. Nous


tentons de déterminer comment le balai de mademoiselle Jones a été
ensorcelé. Pourriez-vous répondre à quelques questions ?
— Parce que vous pensez que c’est moi qui ai fait le coup ?
rétorqua la gouvernante d’un ton agressif.
— Je crois que vous pouvez nous aider à établir qui a accès aux
casiers des joueuses, reformula diplomatiquement Davenport.
Mrs Norris consentit alors à s’effacer pour les laisser entrer. Ils
traversèrent le vestibule d’où partait l’escalier que Harry avait jadis
monté sous sa cape d’invisibilité. Une porte à gauche des marches
menait à un salon d’aspect confortable qui évoqua la salle commune
de Gryffondor au jeune Auror, même si les couleurs dominantes
étaient celles du club des Harpies, vert et doré. Il nota également sans
surprise, que magazines, livres et coussins s’éparpillaient sur le sol.
Mrs Norris avait suivi son regard et lança avec acrimonie :
— Ces filles sont de vraies vandales ! Aucun respect pour le travail
des autres. S’il ne tenait qu’à moi, je les laisserais dans leur crasse.
— Quelle est votre fonction, exactement ? demanda Davenport
parfaitement imperturbable.
— Je suis intendante, répondit avec hauteur leur interlocutrice. Je
suis responsable de cette maison, je dois veiller à ce que les joueuses
aient une conduite convenable quand elles sont ici et je supervise
également le personnel employé par le domaine. Je me tue à la tâche
pour que personne ne manque de rien avec le budget ridicule qui
m’est alloué, et bien entendu, personne n’en a la moindre
reconnaissance.
Le ton geignard qu’elle avait adopté en fin de tirade fit grincer des
dents à Harry. Il comprenait parfaitement le ressentiment que tous
leurs interlocuteurs précédents avaient témoigné à l’égard de
l’intendante.
— On nous a dit que vous aviez la clé qui donne accès au
Gymnasium, poursuivit Davenport.
— J’ai mon exemplaire et j’en ai un autre pour donner au
personnel que j’envoie là-bas.
— Par exemple ?
— Il y a le jardinier qui entretient la haie et la pelouse du terrain de
sport. Il vient tous les quinze jours. Il doit venir demain. Et puis tous

78
LA CLÉ DU GYMNASIUM

les jours, une femme de ménage. Vous pensez bien que cela
ressemble à une porcherie en même pas vingt-quatre heures. Je me
demande où ces filles ont été élevées.
Harry songea qu’il ne valait mieux pas mettre cette femme en
présence de Molly Weasley. Certaines expériences explosives
gagnent à ne pas être tentées.
— Qui avez-vous envoyé hier nettoyer les vestiaires, s’enquit
Davenport ?
— Mary Linscott. Elle est venue prendre la clé à 17 heures et me
l’a rendue à 18 heures 30. En retard, comme d’habitude. On ne trouve
plus de personnel correct de nos jours ! Sans compter qu’elles sont à
peine plus malignes qu’un elfe.
Harry se concentra sur son calepin pour ne pas être tenté
d’exprimer ce qu’il pensait.
— Personne d’autre ? continua Davenport.
— Je viens de vous le dire !
— Y seriez-vous allée vous-même ?
— Que vouliez-vous que j’aille faire là-bas ? J’ai bien assez de
travail ici. Rien n’est assez beau pour le confort de mesdemoiselles
les joueuses ! Mais jamais un mot de remerciement. Que des
ingrates !
— Leur arrive-t-il de laisser traîner leurs clés ? demanda Davenport
un œil sur un tas de livres empilés dans un coin.
— Tout le temps ! glapit la femme de charge. Et qui doit leur
courir après pour leur rendre ? C’est moi, bien sûr. Mais le mal que je
me donne, tout le monde trouve ça normal. De vraies chipies, toutes
autant qu’elles sont. Il ne leur viendrait pas à l’idée de se débrouiller
toutes seules : Mrs Norris n’a qu’à le faire, n’est-ce pas ? Tenez, l’été
dernier, j’ai passé trois jours à regarder partout pour mettre la main
sur le trousseau de la petite Morgan. Elle ne m’a jamais plu, celle-là.
Je lui ai toujours trouvé un air sournois.
— Valmai Morgan ? se fit préciser Harry. La poursuiveuse ?
— Oui, et en plus, elle ne l’avait même pas perdue ici. Elle a bien
essayé de me faire porter le chapeau, mais je ne me suis pas laissé
faire. Elle a eu de la chance que la directrice soit trop occupée avec le
championnat, car je lui aurais demandé de sévir.

79
LES BÂTISSEURS

— Elle l’a retrouvée finalement ? s’enquit Davenport.


— À mon avis, la clé est chez elle, mais elle n’a pas été fichue de
lancer un Accio efficace. Elle a préféré m’enquiquiner pour que je la
cherche et, comme je n’avais pas que ça à faire, j’ai fini par la lui
faire refaire. Tout ça sur mon budget !
La moue contrariée de l’intendante amena Harry à se demander si
celle-ci ne confondait pas parfois la caisse des Harpies avec ses fonds
propres. Mais il savait que les sourcils froncés de sa collègue avaient
une autre source. Mrs Norris venait de leur révéler qu’une clé était
dans la nature. Le cercle de leurs suspects s’élargissait du coup et ce
n’était pas une bonne nouvelle.
— Je vous remercie pour votre amabilité, dit Davenport avec une
ironie que Harry ne lui aurait pas soupçonnée.
Une fois reconduits à la porte du Foyer, ils revinrent à pas lents
vers le bâtiment principal.
— Morgan n’était pas en haut de ma liste des choses à faire, mais
elle vient de gagner quelques places, remarqua Davenport en
enveloppant le Foyer d’un regard pensif. Il va falloir qu’on nous
confie une de ces fameuses clés, continua-t-elle. Je n’ai pas envie de
demander la permission à chaque fois qu’on va au Gymnasium.
La porte d’entrée du bâtiment principal n’était pas verrouillée. Ils
traversèrent le vestibule, dépassèrent la pièce d’arrivée où débouchait
la cheminée et se rendirent le bureau d’Isabel Redbird. La directrice
leur confia sa clé en s’excusant de n’y avoir pas pensé plus tôt.
— Votre enquête avance-t-elle ? demanda la directrice.
— Elle suit son cours, répondit laconiquement Davenport. Quand
mademoiselle Jones doit-elle revenir ici ?
— J’ai réussi à la persuader de rester encore une journée à Ste-
Mangouste le temps que sa blessure à la tête soit complètement
cicatrisée. Je suppose qu’elle sera là demain matin à la première
heure. Pour votre enquête, n’hésitez pas à me solliciter, insista
Madame Redbird.
— Tout le monde se montre très coopératif, l’assura l’Auror avant
d’entraîner Harry vers la porte qui donnait vers le Gymnasium.
*
Une fois au bord de la pelouse du terrain de vol, ils regardèrent en
l’air.

80
LA CLÉ DU GYMNASIUM

— Elle est poursuiveuse, se souvint Harry. Je vois Ginny et Gilda.


Je suppose que la troisième est Morgan.
— On va vite le savoir, répondit Davenport.
Elle s’appliqua un Sonorus et lança :
— Mademoiselle Morgan, s’il vous plaît !
La jeune fille interceptait justement le souaffle et l’annonce de
l’Auror la fit sursauter et rater sa réception. Ginny plongea pour
rattraper la balle et le jeu s’arrêta le temps que l’interpellée se décide
à piquer vers le sol. Alors qu’elle atterrissait, ils entendirent Atalante
Gruber remotiver ses troupes.
— Vous voulez me parler ? demanda la joueuse un peu pâle.
— Oui, cela ne prendra pas longtemps, assura Davenport. Allons
nous installer dans le bureau de votre entraîneuse.
Harry et sa partenaire échangèrent un regard pendant qu’ils
cheminaient vers le Petit gymnase. La jeune fille ne semblait pas
avoir la conscience tranquille. Outre son teint blême, elle triturait
nerveusement les boutons de sa robe de vol. Leur enquête allait peut-
être se terminer plus vite que prévu. Ils se casèrent tant bien que mal
dans l’espace bureau de la salle de sport.
— Où étiez-vous après l’entraînement, hier ? attaqua Davenport.
— Je suis rentrée chez moi, répondit la joueuse d’une voix mal
assurée.
— Des témoins pour étayer votre version des faits ? insista l’Auror.
— Pourquoi ? Vous pensez que c’est moi ? s’inquiéta Valmai
Morgan.
— Vous n’avez pas la conscience tranquille ? insinua Davenport.
— Je n’ai rien fait au balai de Gwenog, affirma la poursuiveuse
avec force. Si je ne peux pas le prouver, c’est que j’ai passé ma soirée
toute seule, voilà !
Davenport dut juger qu’elle n’en tirerait pas plus à propos de
l’emploi du temps de son témoin et changea brutalement de sujet :
— Il paraît que vous avez égaré votre clé du Gymnasium il y a
quelques semaines.
— Je parie que c’est cette teigne de Norris qui vous a raconté ça,
devina la joueuse d’une voix agacée. Elle me le ressort tous les trois
jours. Je ne l’ai pas perdue, martela-t-elle. Je l’ai posée un soir sur le

81
LES BÂTISSEURS

manteau de la cheminée du salon et le lendemain midi, elle n’y était


plus.
— Vous en êtes certaine ?
— Oui, quelqu’un l’a déplacée. J’ai passé la pièce au peigne fin,
j’ai utilisé tous les sorts de repérage que je connaissais, en pure perte.
J’en ai fait autant dans la chambre que j’ai au Foyer, pour être sûre.
Mais cette maudite clé avait disparu.
— Vous ne la portez pas autour du cou ? demanda Harry.
— Si, il y a un ruban qui y est attaché, mais j’avais reçu un coup de
soleil sur la nuque et cela me gênait. C’est pour ça que je l’avais
retirée pour la soirée. Je suis rentrée dormir chez moi, et ce n’est que
le lendemain matin que j’ai réalisé qu’elle était toujours au Foyer. Je
n’étais pas en avance, alors je me suis arrangée pour accéder au
Gymnasium avec une de mes camarades. À midi, je suis allée la
chercher dans le salon, et là, j’ai vu qu’elle n’y était plus. J’ai
demandé à Mrs Norris si elle l’avait rangée ailleurs, mais elle a dit
que non et j’ai passé une grande partie de ma pause déjeuner à tenter
de mettre la main dessus. J’ai continué le soir, mais je ne l’ai jamais
retrouvée.
— De quand cela date-t-il ?
— C’était en plein championnat. À la mi-juillet.
— Quand exactement ?
— C’était le mercredi entre notre match contre les Flèches et celui
contre les Pies. Je ne peux pas vous dire le jour.
— Et vous êtes sûre que vous ne l’aviez pas rapportée chez vous la
veille ? demanda Harry tout en songeant qu’il n’aurait aucun
problème à établir la date.
— Certaine, mais j’ai quand même regardé chez moi. Vu que ce
n’est pas grand, ça a été rapide. Elle n’y était pas.
— Vous recevez du monde, chez vous ?
— Non.
— Même pas un petit ami de temps en temps ? insista Davenport.
— Avec la tête que j’ai, vous croyez que j’ai un petit ami ? lança
amèrement Valmai Morgan.
Harry, qui prenait des notes, leva le regard de son carnet. Il
dévisagea la jeune fille qui lui faisait face, se demandant pour la

82
LA CLÉ DU GYMNASIUM

première fois ce qu’il pensait d’elle comme femme. Ses cheveux d’un
marron terne étaient ramenés en arrière en une queue-de-rat sans
grâce. Ses yeux bruns, légèrement globuleux, lui donnaient le même
regard fixe que celui de Luna. Elle avait cependant un nez assez fin et
une bouche bien dessinée. On ne se sentait pas d’emblée séduit en la
contemplant, mais elle n’était pas repoussante pour autant.
Le jeune homme n’était pas un spécialiste de la question, mais il
jugea qu’avec un peu de maquillage, des cheveux mieux arrangés et
davantage de confiance en elle, la jeune fille aurait autant de chances
qu’une autre d’attirer l’attention d’un homme. La poursuiveuse avait
soutenu son regard quelques instants avant de détourner les yeux,
rouge de honte. Harry quêta désespérément l’aide de sa collègue qui
répondit d’un ton plus doux que précédemment :
— Oui, nous le croyons, sinon nous ne poserions pas la question.
Il y eut un moment de silence embarrassant avant que Davenport
ne mette fin à l’entretien :
— Je crois que nous en avons terminé. Nous vous remercions pour
votre coopération.
Sans oser lever les yeux sur Harry, la joueuse bondit de sa chaise et
repartit d’un pas pressé. Quand il fut certain qu’elle était hors de
portée de voix, Harry demanda à sa collègue :
— C’est toujours aussi compliqué les filles ?
— Les filles ne sont pas si compliquées, répliqua posément
Davenport. Ce sont les garçons qui ne sont pas très malins la plupart
du temps.
Elle laissa Harry peser sa réponse puis résuma :
— La petite Morgan a posé sa clé sur la cheminée du Foyer. Le
lendemain midi, elle avait disparu. Peut-être que quelqu’un s’est
introduit dans la pièce dans l’intervalle et l’aura prise. Dis, Potter,
comment entrer discrètement dans le bâtiment ?
— Comment veux-tu que je le sache ? bougonna Harry qui n’avait
pas tellement apprécié la dernière réplique de sa collègue.
— J’ai bien vu que tu griffonnais frénétiquement sur ton carnet à
chaque fois que le sujet des petits copains était abordé. Quelque chose
me dit que tu as une idée sur la question.
— Hum !

83
LES BÂTISSEURS

— Alors ? Comment as-tu fait ?


— Je suis rentré derrière Ginny sous une cape d’invisibilité,
expliqua-t-il d’un ton qu’il espéra professionnel. Pour repartir, ce
n’est pas difficile. Il suffit de passer par la fenêtre. Les sortilèges de la
maison et de la barrière du parc sont prévus pour empêcher les
intrusions, mais pas les sorties.
— Tu crois qu’on peut entrer sans la complicité d’une joueuse ?
— Même si on arrive d’une façon ou d’une autre à se rendre
invisible, ce n’est pas évident de se glisser par une porte à l’insu de la
personne qui l’ouvre, réfléchit Harry qui avait une certaine pratique.
Sauf si le battant n’est pas refermé ensuite pour une raison ou une
autre. Ce n’est donc pas impossible, mais il faut avoir de la chance.
— Il va falloir qu’on aille vérifier de plus près les mesures de
sécurité du Foyer. Quelle joie, nous allons revoir cette chère
Mrs Norris !
— C’est peut-être son amant à elle qui a fait le coup, proposa
hardiment Harry.
— D’ici quelques années, pronostiqua Davenport, tu auras vu
tellement de couples improbables que tu seras sérieux en imaginant
cette hypothèse.
Harry ne répondit pas. Manifestement, ça n’était pas son jour.
Après deux heures d’investigations, ils purent faire un état des
lieux des sécurités en place dans le domaine des harpies.
Il y avait seulement deux façons d’entrer dans le périmètre : par la
cheminée, à condition d’être enregistré ou avec l’aide de quelqu’un
de la maison, et par le portail qui était défendu par une porte fermant
à clé. Ce portail bénéficiait des mêmes mesures de sécurité que la
porte menant au Gymnasium : on ne pouvait le laisser entrouvert par
erreur ni en coincer le battant. Il fallait donc avoir de quoi le
déverrouiller ou demander de l’assistance. C’était généralement
Mrs Norris qui servait de concierge. Le périmètre du site était
défendu par une haie qui empêchait tout passage en force du fait de
ses sorts protecteurs. En revanche, on pouvait l’escalader dans l’autre
sens pour quitter discrètement l’endroit. Une couverture anti-
transplanage s’étendait en outre sur tout le club.
Une fois dans le jardin, l’accès au bâtiment principal était libre. La
porte s’ouvrait sans difficulté pour faciliter le passage des joueuses et

84
LA CLÉ DU GYMNASIUM

du personnel. Il fallait cependant une clé pour pénétrer dans le Foyer


ou attendre d’y être invité par l’intendante. Cette clé était différente
de celle qui défendait l’accès à l’enceinte que les sportives appelaient
le Gymnasium. Il avait été établi qu’on ne pouvait sortir sans clé ou
sans complicité de ce lieu.
— C’est presque aussi sécurisé que le ministère de la Magie ou
Poudlard, fit remarquer Davenport.
— Ni l’un ni l’autre ne sont inviolables, se souvint Harry.
— C’est vrai que même Gringotts n’a pu te résister, admit sa
partenaire pensivement. Il est cependant établi qu’on peut avoir accès
à ce fichu local à balai, soit en ayant récupéré une clé, par exemple
celle de la petite Morgan, soit à l’aide d’une complice à intérieur.
— Ce qui ne restreint pas le champ tant que ça... soupira Harry.
*
Ils passèrent le reste de l’après-midi à interroger les joueuses avec
lesquelles ils n’avaient pas encore eu l’occasion de parler. Les
entretiens ne leur apprirent pas grand-chose : toutes ces demoiselles
étaient parties à peu près en même temps vers 16 heures 30 et
n’étaient revenues que le lendemain matin. Les deux premières à
avoir accédé au petit gymnase étaient Annelise Brikley, l’attrapeuse,
et Gilda. Elles étaient arrivées ensemble et se trouvaient de fait
garantes l’une de l’autre. Gwenog avait été la troisième. Elle avait
récupéré son balai tout en discutant avec les deux premières, sans rien
remarquer de particulier.
Quand ce fut le tour de Ginny de répondre à leurs questions, elle
mit un point d’honneur à ne pas regarder son fiancé et s’adressa
exclusivement à Davenport. Elle déclara être sortie du Gymnasium en
même temps que les autres, mais elle n’avait pas pris la cheminée tout
de suite :
— J’avais besoin d’un onguent, expliqua-t-elle, mais l’infirmerie
était fermée. Comme Natacha est supposée être là jusqu’à 18 heures,
je l’ai attendue un moment, mais comme elle n’est pas revenue, j’ai
fini par y aller. J’ai dû rester une vingtaine de minutes devant sa
porte.
— Vous êtes sûre de votre horaire ? insista Davenport. Nous avons
cru comprendre que Mrs Winckler était effectivement sur les lieux
jusqu’à 18 heures ce jour-là.

85
LES BÂTISSEURS

— C’est possible, mais elle n’était pas dans son infirmerie.


Les deux Aurors se regardèrent, ce qui mit Ginny mal à l’aise.
— Tu es sûre de ton horaire ? insista Harry.
— Oui, j’ai vérifié l’heure plusieurs fois pendant que je l’attendais,
répondit-elle se demandant visiblement pourquoi cette précision était
sujette à caution.
L’heure à laquelle les joueuses avaient fini leur entraînement
pouvait être considérée comme certaine, car elle avait été confirmée
par toutes les intéressées. Si Ginny ne s’était pas trompée, les
affirmations de présence de Mrs Winckler étaient à vérifier.
Ils terminèrent leur série d’interrogatoires – ils avaient encore deux
autres joueuses à voir après Ginny – puis quittèrent le Petit gymnase
où ils s’étaient installés pour retourner à l’infirmerie. En passant le
long du terrain de sport, Harry jeta un œil à l’entraînement en cours.
Atalante Gruber exerçait manifestement les poursuiveuses à esquiver
les cognards. Pas moins de cinq d’entre eux étaient en action et les
joueuses avaient fort à faire pour les éviter. Cela rappela à Harry la
fois où Dobby en avait enchanté un et qu’il avait passé son match à se
soustraire au projectile en folie.
À cet instant, Ginny en avait deux à ses trousses et tentait
vaillamment de se placer de façon à recevoir la balle. Elle vira sec
pour attraper le souaffle qui venait vers elle et dut piquer vers le sol
dans le même élan pour ne pas se faire assommer par un de ses
poursuivants. Elle évita le second de justesse puis remonta en
chandelle pour les semer. Elle se trouva libre de ses mouvements
durant quelques secondes qu’elle mit à profit pour se rapprocher des
buts.
Elle se tourna ensuite vers l’arrière pour chercher des yeux une de
ses partenaires à qui passer le souaffle, et Harry sentit son cœur faire
une embardée quand il remarqua qu’un cognard fonçait vers la nuque
de sa fiancée. Ginny envoya la balle puis, comme mue par un sixième
sens, plongea brusquement vers le sol, évitant le projectile. Mais un
autre montait vers elle et heurta violemment son balai qui se mit à
virer follement sur lui-même. Harry laissa échapper un cri d’horreur,
mais Ginny parvint à reprendre le contrôle de sa trajectoire et elle
s’élança vers l’autre poursuiveuse pour la seconder vers les buts.
Davenport saisit Harry par l’épaule et le fit pivoter sur lui-même :

86
LA CLÉ DU GYMNASIUM

— Je pense que tu en as assez vu, lui dit-elle. Tu vas me faire une


crise cardiaque, si tu continues à regarder.
Harry suivit docilement sa partenaire vers le bâtiment principal.
— J’aurais préféré de pas assister à ça, grommela-t-il.
— Fais comme si tu ne l’avais pas fait, alors, conseilla Janice.
— Comme si j’avais le choix ! s’agaça Harry. De toute façon, la
dernière fois que je lui ai demandé de faire attention, elle m’a fait
remarquer que j’avais plus de cicatrices qu’elle.
Pour la première fois depuis qu’il connaissait Davenport, Harry
sentit le regard de sa collègue sur son front.
— Il est certain que t’entendre prêcher la prudence et la
modération doit valoir le détour, lui fit-elle malicieusement observer.
Harry soupira. Ce n’était vraiment pas son jour.
*
— On va voir l’infirmière ? demanda Harry une fois qu’ils furent
repassés dans le bâtiment principal.
— Oui, autant battre le fer quand il est encore chaud.
Ils toquèrent à la porte de l’infirmerie.
— Déjà de retour ? s’étonna Natacha Winckler.
— On a une petite incohérence sur votre emploi du temps, indiqua
Davenport, d’entrée de jeu. Vous n’étiez pas à votre poste entre 16
heures 30 et 17 heures, avant-hier soir.
Leur interlocutrice grimaça, mais ne sembla pas surprise par leur
annonce.
— On ne peut rien vous cacher, soupira-t-elle. Vous pouvez fermer
la porte, s’il vous plaît ?
Une fois que Harry eut tiré le battant derrière lui, la femme
continua sa tâche en leur tournant le dos – elle nettoyait des
instruments médicaux dans un évier.
— J’étais bien là jusqu’à 18 heures, mais je recevais de la visite,
expliqua-t-elle.
— Porte fermée ? s’étonna Davenport en regardant le paravent au
fond de la pièce, supposé permettre de donner les soins en préservant
l’intimité des patientes.
— C’était un entretien privé.

87
LES BÂTISSEURS

— Une personne étrangère au service ? s’enquit Davenport.


— Non. Joey Petrucci.
— Le cuisinier ? retrouva Harry en feuilletant son carnet de notes.
— C’est ça.
— Et vous avez verrouillé la porte ? insista Davenport.
— Exactement pour la raison à laquelle vous pensez, reconnut-elle
en haussant les épaules.
— C’est votre dernier mot ? persévéra Davenport d’un ton neutre.
— Oui, c’est la vérité, cette fois, affirma l’infirmière.
— Vous comprenez bien que nous allons vérifier.
— Évidemment.
— Pourquoi ne nous avez-vous pas dit être partie à 16 heures 30 ?
demanda Davenport. Nous ne nous serions pas étonnés de savoir
votre porte fermée à cette heure-là.
— J’ai rencontré Isabel à 18 heures dans le couloir et nous avons
discuté, avoua piteusement l’infirmière.
— Ce n’est pas de chance, convint la partenaire de Harry. Bien,
nous vous remercions d’avoir répondu. Bonne soirée.
Ils se rendirent ensuite à la cuisine
— Mr Petrucci, demanda Davenport.
— Oui ? répondit-il.
— Pouvez-vous nous indiquer quand vous avez quitté le domaine,
il y a deux jours ?
— Je vous l’ai dit, à 16 heures 30.
— Non, Mr Petrucci, ce n’est pas l’heure de votre départ. Je vous
conseille d’interroger votre mémoire.
L’homme eut l’air embarrassé et demanda :
— Quelqu’un m’a vu partir ?
Les deux Aurors gardèrent le silence, se contentant de toiser leur
interlocuteur.
— Écoutez, je ne sais pas ce qu’on vous a dit, mais je ne suis pas
allé du côté du local à balais. Je n’ai aucune raison d’en vouloir à la
petite Jones.
— Où étiez-vous ? répéta patiemment Davenport.

88
LA CLÉ DU GYMNASIUM

— J’ai dû passer à l’infirmerie. J’avais besoin d’une potion. Je


n’en ai pas parlé parce que cela ne regarde personne.
— La prochaine fois, évitez de mentir à des Aurors dans le cadre
d’une enquête, lui intima froidement Davenport.
— Je suis désolé, dit l’homme d’un ton gêné. Je ne pensais pas que
cela porterait à conséquence.
Ils partirent sous les excuses réitérées du cuisinier.
— Cela ne nous donne pas grand-chose, remarqua Harry
— Sauf s’ils se couvrent l’un l’autre, nota Davenport. Mais j’avoue
que j’aurais davantage de soupçons dans ce sens s’ils n’avaient pas
tenté maladroitement de nous cacher leur liaison. C’est quand les
gens te balancent leurs petites turpitudes sans y être obligés qu’il faut
se demander ce qu’ils essaient de dissimuler derrière.
— Donc ils ne sont pas en tête de nos suspects.
— Pas vraiment. Par contre, je me rends compte que nous n’avons
pas interrogé Isabel Redbird et que nous avons failli passer à côté
d’un faux témoignage. Allons combler cette lacune.
La directrice était dans son bureau en pleine conversation par
cheminée. En les voyant, elle leur fit signe qu’elle n’en avait que pour
deux minutes. Ils patientèrent dans le couloir et très vite elle sortit les
chercher.
— Pardonnez-moi, je suis en train d’organiser une rencontre
amicale en Espagne. Vous avez besoin de quelque chose ?
— Juste quelques minutes d’entretien, sollicita la partenaire de
Harry.
— Entrez, je vous en prie.
— Merci. Eh bien, nous avons posé la question à tout le monde et
c’est votre tour, maintenant. Êtes-vous allée dans le Gymnasium
avant-hier soir ?
— Je n’étais pas ici cet après-midi-là. J’étais en rendez-vous toute
la journée. Je suis juste repassée vers 18 heures pour reposer mes
dossiers et je suis rentrée chez moi immédiatement.
— Qui était encore là ?
— J’ai échangé quelques mots avec Natacha, l’infirmière. Je n’ai
vu personne d’autre, les filles étant parties. Je pense que Mr Petrucci
ne devait plus être ici non plus, car il termine plus tôt le mardi.

89
LES BÂTISSEURS

— Bien. Par ailleurs, nous avons tenté de savoir comment la lettre


que vous nous avez donnée hier a été envoyée à mademoiselle Jones.
Nous avons déterminé qu’elle a été postée de Pré-au-Lard et à quelle
heure, mais nous n’avons pas pu identifier l’expéditeur.
— C’est dommage, regretta Isabel Redbird.
— Comme vous dites. Nous voilà revenus à la case départ. Je
pense qu’il est temps de vérifier si cette personne avait déjà écrit à
mademoiselle Jones ou à une autre joueuse. Nous aimerions voir leur
courrier.
— Oh, vous avez le droit de le leur demander ?
— Nous n’avons pas l’intention de fouiller leur vie privée,
seulement de jeter un œil sur les lettres qu’elles ont reçues de leurs
admirateurs les plus insistants. Serait-il possible que vous vous
chargiez de les récupérer ? Nous pensons que ce sera plus facile pour
elles de vous les confier plutôt qu’à nous.
— Oui, bien sûr, je m’en occupe dès ce soir.
— Il nous faudrait en priorité celles de mademoiselle Jones.
— Bien entendu. Vous les aurez demain matin à la première heure.
— Merci beaucoup. Je crois que nous en avons terminé pour
aujourd’hui.
*
Il était encore tôt et Harry décida de rendre une petite visite à Ron
et George au magasin. Il transplana sur le Chemin de Traverse non
loin de sa destination. Quand il poussa la porte de la boutique, il eut
une heureuse surprise. Une voix aiguë qu’il connaissait bien
l’accueillit par un tonitruant :
— Bonjour et bienvenue chez les Sorciers Facétieux !
— Bonjour, Teddy, qu’est-ce que tu fais là ?
— J’aide Ron et George, affirma le petit garçon. J’accueille la
clientèle, indiqua-t-il en articulant avec soin toutes ses syllabes
comme s’il récitait les mots par cœur.
— Ta grand-mère est ici ?
— Non, elle avait une visite à faire. Elle doit bientôt revenir me
chercher.
Harry regarda en direction du comptoir où Ron, tout en continuant
à enregistrer les produits qu’on lui tendait, lui fit un large signe de la

90
LA CLÉ DU GYMNASIUM

main. George s’occupait d’un autre client, ainsi qu’Éloïse. Il y avait


pas mal de monde dans la boutique à l’approche de Noël.
— Tu as embauché le petit ? s’étonna Harry quand Ron eut fini
d’encaisser.
— Non, c’est ma mère qui a embauché Andromeda pour l’aider à
organiser le mariage d’après-demain et qui lui a suggéré de nous
laisser Teddy pendant ce temps. Tu notes que Maman considère
qu’orchestrer les noces de son fils – qui ne lui a rien demandé – est
plus important que notre chiffre d’affaires de fin d’année. Comme on
n’a pas le temps de faire du baby-sitting, je lui ai donné une mission
de confiance pour qu’il arrête de mettre son nez et ses doigts partout.
Je ne peux pas lui reprocher d’être curieux, mais la plupart des
produits ne sont pas adaptés à un gamin de cet âge.
— Tu veux que je m’occupe de lui ? demanda-t-il. Je suis sorti tôt
aujourd’hui et j’ai envie de marcher un peu.
— Ce n’est pas de refus. Merci Harry.
— Je l’emmène faire un tour. Dis à Andromeda que je le ramènerai
directement chez lui après. Teddy, tu viens avec moi visiter
l’animalerie, à côté ?
— Oh oui, oui, oui. Mais qui va accueillir la clientèle ? s’inquiéta
consciencieusement l’enfant.
— Je vais m’en charger, intervint George. Je ne le fais pas aussi
bien que toi, mais je vais faire de mon mieux.
— On y va ! cria Teddy en ouvrant la porte.
— N’oubliez pas sa cape ! lança Éloïse.
— Je vais la chercher, dit Ron.
Il revint rapidement avec le vêtement, embrassa l’enfant et lui
donna un paquet de pastilles multicolores qui avaient pour effet de
colorer la langue de celui qui les mangeait.
— Merci de m’avoir aidé, bonhomme. Voilà ton salaire.
Harry tendit la main et son filleul s’y accrocha. Ils sortirent dans la
rue et Harry regarda le ciel nuageux. Il allait sans doute neiger. Teddy
l’entraîna avec empressement vers l’animalerie.
— Dis, Harry, je pourrais avoir un rat ?

91
VI – Une vieille amitié
13 décembre 2002

Quand Harry se présenta au QG des Aurors le lendemain matin, il


retrouva Davenport devant un bureau encombré d’une grosse pile de
parchemins pliés.
— Je suis passée à Holyhead ce matin, expliqua-t-elle, et
mademoiselle Jones, de retour au bercail, m’a elle-même confié tout
son courrier. Trouve-toi une chaise. On va les lire et les classer par
genre.
Harry s’exécuta et s’installa près de sa partenaire. Vu l’état
d’agacement dans lequel cela mettait sa fiancée, il espérait que cette
affaire se terminerait le plus vite possible. Ginny ne lui avait pas fait
de reproches clairs quand il était rentré chez lui après avoir ramené
Teddy la veille au soir, mais son mutisme avait parlé pour elle. Ils
avaient mangé en silence puis elle s’était plongée dans un magazine
tandis qu’il finissait un roman policier moldu, un genre auquel il avait
pris goût après qu’Hermione l’y eut initié l’année précédente.
Au bout de trois heures, les deux Aurors avaient terminé leur
lecture. Le courrier se divisait en deux piles : missives admiratives de
fans qui encourageaient la joueuse et son équipe et messages
enflammés d’hommes (et même d’une femme) témoignant de l’attrait
physique qu’elle exerçait sur eux dans des termes parfois assez crus.
— Eh bien, y’en a qui ne se gênent pas, commenta Harry à la
lecture d’un texte particulièrement pimenté.
— Je suppose qu’elles en reçoivent toutes de ce genre, remarqua
Davenport.
Harry ne répondit pas. Il n’avait jamais eu accès aux lettres de
Ginny – il ne lisait pas le courrier qui ne lui était pas destiné – et ne
s’était pas posé de questions sur ce qu’on lui écrivait. En imaginant
Ginny déchiffrer les mots qu’il avait sous les yeux, il eut du mal à
maîtriser une vague d’agacement. Voilà qui pouvait expliquer la
LES BÂTISSEURS

réticence de Ginny à propos de son incursion chez les Harpies. Elle


ne voulait pas qu’il comprenne sous quelle forme pouvait s’exprimer
l’admiration déplacée de ses adorateurs.
Harry repoussa ces pensées. Il était injuste. Lui aussi recevait des
lettres de sorcières peu farouches et Ginny, qui le savait puisqu’elle
l’aidait à dépouiller son courrier, ne lui en avait jamais fait le
reproche. Il était également régulièrement confronté à des avances à
peine voilées de dames et demoiselles qu’il feignait de ne pas voir.
Ginny était très susceptible à propos de son indépendance, mais au
moins elle n’était pas le moins du monde jalouse, alors que la
popularité de Harry aurait pu l’inquiéter. Elle lui faisait confiance. De
son côté, il n’avait aucune raison de la soupçonner de déloyauté.
Inconsciente de la tempête qui s’était déchaînée sous le crâne de
son équipier, ou suffisamment discrète pour faire semblant de n’avoir
rien remarqué, Davenport indiqua :
— Je pense qu’il est temps de faire le point sur notre affaire. Qui a
pu aller dans le local ? Qui pourrait vouloir du mal à Gwenog Jones ?
L’attaque était-elle destinée à la blesser ou simplement à lui faire
peur ?
Harry se secoua et se força à focaliser son attention sur son
enquête :
— Suite à la disparition de la clé de Morgan, toute personne ayant
accès au Foyer a pu pénétrer dans le Gymnasium, précisa-t-il.
— On va commencer par ceux du domaine, alors. Qui pourrait en
vouloir à Jones ? Est-ce une rivalité sportive ?
— Gwenog ne va sans doute pas tarder à prendre sa retraite,
rappela Harry. On peut donc écarter l’hypothèse qu’une joueuse ait
tenté de la pousser de côté pour récupérer son poste.
— On lui demandera quand même confirmation sur ce point,
décida Davenport en notant ce qu’elle disait.
— Mais il y a la Coupe du monde, continua Harry. Y a-t-il des
Galloises dans l’équipe qui voudraient sa place ?
— La personne qui a volé la clé a pu le faire pour le compte de
quelqu’un d’autre. Il va nous falloir la liste de tous les batteurs gallois
de niveau national.

94
UNE VIEILLE AMITIÉ

— On a une dizaine d’équipes, évalua Harry. Si on ne prend que


les titulaires, cela nous fait vingt batteurs. Statistiquement, il doit y en
avoir à peu près cinq qui sont originaires du pays de Galles.
— Je compte sur toi pour récupérer leurs noms, indiqua sa
collègue, et ce fut le tour de Harry de griffonner sur son carnet.
Maintenant, continua-t-elle, voyons les inimitiés personnelles.
Qu’avons-nous tiré de nos interrogatoires ?
— Mrs Norris n’a pas l’air de l’apprécier tellement, se souvint
Harry.
— Elle n’aime personne. Pourquoi s’attaquerait-elle plutôt à Jones
qui va bientôt partir ? objecta Davenport.
— Elle a peut-être une raison particulière de lui en vouloir. C’est
une femme très vindicative, soutint Harry.
— D’accord, on la met sur la liste. Qui d’autre ?
— L’infirmière et le cuisinier nous ont menti.
— Exact, même si je pense que nous avons déterminé ce qu’ils
cherchaient à cacher. Valmai Morgan n’a pas semblé à l’aise quand
on l’a interrogée, continua-t-elle. Son histoire de fille qui n’a pas de
copain parce qu’elle est trop laide était peut-être une façon de
dissimuler son trouble. Et sa clé volée pourrait être du chiqué.
— Entendu, on la note. Il y a Esther Linscott aussi, ajouta Harry.
Autant sa cousine semblait contente de son sort, autant elle n’a pas eu
un mot affectueux pour les joueuses. C’est la seule, avec Norris, à ne
pas avoir dit « les filles » en parlant de l’équipe.
— Mais comme pour Norris, pourquoi Jones et pas une autre ?
— À nous de le déterminer, fit Harry avec bonne humeur en
rajoutant le nom.
Ils repassèrent en revue les notes qu’ils avaient prises en cours
d’interrogatoire, sans déterminer aucune attitude éveillant leur
méfiance.
— Ça nous fait déjà cinq Gallois et cinq résidents de Holyhead,
décompta Harry. Ensuite ?
— Les courriers, indiqua Davenport. Jones a au moins trois
soupirants déçus. Il va falloir leur rendre une petite visite.
— Elle en a peut-être d’autres, avança Harry.

95
LES BÂTISSEURS

— Cela fait partie des questions à poser à la demoiselle, convint


Davenport. On va aussi lui demander si elle a rompu avec quelqu’un
ces derniers mois.
— Ça va en faire du monde, soupira Harry.
— Pénétrer dans le domaine des Harpies n’est pas insurmontable,
continua l’Auror, mais n’est pas si facile non plus. D’autre part, il
fallait avoir le mot de passe pour déverrouiller le casier.
— Sauf si elle l’avait laissé ouvert, la corrigea Harry.
— Dans ce cas, il aurait fallu avoir drôlement de chance pour
parvenir à entrer dans le local ce jour précis. Donc, soit le coupable
est un familier de Jones et a son code, soit c’est un habitué des lieux
qui a attendu l’occasion favorable pour agir.
— Une habituée, rectifia Harry. Il n’y a que les femmes qui ont
accès régulièrement au Gymnasium.
— Exact. Quoi qu’il en soit, il faut qu’on fasse une liste et qu’on la
montre à Jones pour lui demander qui elle connaît bien ou qui
pourrait lui en vouloir à ce point chez les Harpies. Par ailleurs, on
tentera de déterminer si les suspects extérieurs ont un lien avec une
fille du domaine.
Harry songea à la tristesse de Ginny quand une de ses coéquipières
– toujours pas identifiée – lui avait saccagé ses affaires au moment où
leurs fiançailles avaient été rendues publiques. Si c’était une joueuse
de l’équipe, Gwenog serait sans doute choquée, elle aussi.
— Pas question d’écarter les pistes masculines, précisa sa
partenaire. Ça peut très bien être une histoire de mecs. Il y a même de
fortes probabilités que ça en soit une. Allez, toi tu te charges de
récupérer les noms des batteurs gallois, moi je vais voir la police
magique pour vérifier s’ils n’ont rien contre nos suspects de
Holyhead.
En fin de matinée, ils se retrouvèrent pour échanger leurs
trouvailles. La police n’avait pas de dossiers sur les résidents de
Holyhead. Ils feraient des recherches de routine dont ils leur
communiqueraient le résultat d’ici quelques jours.
— J’ai mené mon enquête au département des Jeux et sports,
exposa Harry. Il n’y a que quatre autres batteurs gallois qui sont
titulaires au niveau national. Trois ont été approchés par l’équipe du
pays de Galles et le quatrième est chez les Canons, qui se sont

96
UNE VIEILLE AMITIÉ

particulièrement vautrés cette année. On est certain qu’il ne sera pas


choisi. Si Gwenog était empêchée de faire la Coupe du monde à cause
d’une blessure ou d’un scandale, ils sont trois à pouvoir récupérer son
poste, dont un qui jouera avec elle si elle est sélectionnée. Alltu
Rhodri des Chauves-Souris de Ballycastle est le favori et a donc
moins de raisons de s’en prendre à elle. Il reste Bleddyn Bowdler de
l’Orgueil de Portree et Urien Cnaith qui fait partie du club de
Flaquemare. Je parierais d’ailleurs plutôt sur lui, car son équipe s’est
fait battre en finale par les Harpies, et lui voler sa place serait une
vengeance particulièrement réussie.
— Bien raisonné, le félicita sa partenaire. On rajoute ces deux
noms à la liste, avec une option sur Cnaith. Je vais les transmettre à la
police magique et on ira ensuite les interroger. Il faut vérifier s’ils
n’ont pas de petite amie à Holyhead.
— Tu crois qu’il y a des romances entre joueurs concurrents ?
s’étonna Harry.
— Si tu avais l’occasion de disputer un match contre ta fiancée, tu
la ménagerais ?
— Bien sûr que non, s’insurgea Harry.
— Tu vois ? De plus, cette idylle pourrait être une manœuvre pour
obtenir des renseignements sur Gwenog, comme son mot de passe.
— Une fois de plus, ce sont les femmes de Holyhead qui sont nos
principales suspectes. Tu penses que je devrais demander à être
déchargé de cette affaire ? s’inquiéta Harry. Ma fiancée est en
première ligne, non ?
— Tu fricotes avec Jones ?
— Elle a douze ans de plus que moi ! rappela Harry.
— Et tu crois que ça empêche quelque chose ?
À l’air sardonique de sa partenaire, Harry comprit que son
objection était stupide.
— Ça fait près de six ans que je suis avec Ginny et je viens de lui
demander sa main. Je n’ai pas l’intention de remettre tout ça en cause,
justifia le jeune homme plus posément.
— Bon, considère que je t’ai interrogé et que ta réponse m’a
convaincue d’écarter mademoiselle Weasley, bientôt Potter, de mes
soupçons.

97
LES BÂTISSEURS

Harry se sentit un peu idiot d’avoir réagi avec autant de vigueur.


Les années d’attente, avant que leur relation soit devenue publique,
lui avaient été pesantes mais, maintenant qu’ils se retrouvaient reliés
indirectement par cette enquête, il aurait préféré que cela ne se sache
pas.
Finalement, Ginny avait raison. Il aurait mieux valu que leurs
environnements professionnels ne se rencontrent pas. Cela ne faisait
que compliquer les choses et malheureusement sa proposition de se
retirer de l’affaire avait été rejetée. Il espéra de nouveau qu’ils
arriveraient bientôt à démasquer le coupable.
*
Ils mangèrent sur place et Harry en profita pour parler un peu avec
Pritchard. Ce faisant, il s’étonna de la facilité qu’il avait eue à
travailler avec Davenport. Il ne savait pas grand-chose sur elle, mais
le courant passait entre eux et il appréciait sa façon d’enquêter. Il
retrouverait cependant son ancien coéquipier avec plaisir une fois
cette histoire terminée.
À Holyhead, ils passèrent du côté du Gymnasium pour trouver
Gwenog. Elle n’était pas parmi les joueuses qui s’entraînaient au-
dessus du terrain de sport et ils se rendirent dans le Petit gymnase
pour vérifier si elle y était. Ils avaient vu juste : elle s’escrimait sur un
instrument de musculation dont Harry ne connaissait pas le nom. Elle
semblait se venger de quelque chose sur le pauvre appareil qui
gémissait de subir un tel traitement. Ce n’était visiblement pas le bon
moment pour lui demander un entretien.
Davenport examina la batteuse puis avança vers elle. Harry eut la
certitude que sa partenaire allait se faire rembarrer et fit
instinctivement un pas en avant pour la couvrir. L’Auror ne tenta pas
d’adresser la parole à la joueuse. Elle saisit une des manettes de
l’appareil de musculation et indiqua d’une voix neutre :
— Je descends d’un cran.
Gwenog arrêta net ses élancements rageurs et darda sur Davenport
un regard où la surprise se mêlait à la défiance. Elle la laissa effectuer
le réglage annoncé et leva un sourcil quand l’Auror la prit par les
épaules pour corriger sa position.
— On recommence, indiqua l’entraîneuse improvisée. Allez, on y
va à fond.

98
UNE VIEILLE AMITIÉ

Interloquée, la batteuse hésita une seconde puis suivit les


directives. Harry n’était pas un spécialiste en la matière, mais il était
évident que le nouveau mouvement était bien plus profitable à la
joueuse que le précédent. Éberlué par la scène qui se déroulait sous
ses yeux, il fallut quelques secondes supplémentaires au jeune Auror
pour se souvenir que sa partenaire avait indiqué qu’elle entraînait des
duellistes.
Gwenog fit une série de vingt sous le regard attentif de Davenport
avant de s’arrêter.
— Je suppose que vous n’êtes pas venus pour ça, dit-elle en se
redressant.
— Effectivement, convint Davenport. Cela nous arrangerait si vous
acceptiez de nous parler.
Elle jeta un regard autour d’elle et, en montrant d’un mouvement
de tête d’autres joueuses qui s’entraînaient à proximité en les
observant plus ou moins discrètement, elle ajouta :
— Ailleurs qu’ici.
— Accordez-moi cinq minutes, demanda Gwenog.
Elle se leva et disparut par la porte donnant sur les vestiaires. Harry
s’apprêta à attendre un bon quart d’heure – il avait fait une
conversion selon l’échelle de temps de Ginny – mais à sa grande
surprise, la batteuse réussit dans le délai annoncé à prendre une
douche rapide (elle avait les cheveux humides) et se changer. Encore
mieux qu’Hermione, évalua-t-il en lui-même, admiratif.
Tous trois se dirigèrent vers la sortie du Gymnasium. Harry et sa
collègue observèrent la joueuse utiliser sa clé puis la suivirent à
l’extérieur du bâtiment principal. Ils traversèrent le jardin sous une
petite pluie fine et glacée avant de parvenir à la porte du Foyer.
Gwenog déverrouilla la porte et les introduisit dans le salon. D’un
geste vif, elle envoya voler ses chaussures dans un coin de la pièce et
se laissa tomber sur un canapé. De la main, elle invita les Aurors à
prendre place sur le divan qui lui faisait face.
Davenport posa trois lettres sur la table basse qui les séparait.
— Connaissez-vous les expéditeurs de ces courriers ?
La joueuse les examina et indiqua :

99
LES BÂTISSEURS

— Celui-là, je crois qu’on me l’a donné en main propre à une fin


de match, mais je ne me rappelle pas qui c’était. Les autres, ça ne me
dit rien.
— Avez-vous répondu à leur requête ?
— Pas vraiment. Je n’ai pas le temps de rédiger un refus
personnalisé à tous ceux qui demandent de sortir avec moi, surtout en
ces termes. Je leur envoie un poster dédicacé et c’est tout.
— Nous avons vu que vous receviez beaucoup de courrier en ce
sens, reconnut Davenport. Nous avons mis de côté ces trois séries, car
les expéditeurs vous ont écrit plusieurs fois chacun.
Gwenog haussa les épaules :
— Je ne fais pas un suivi de mes admirateurs. Du coup, à moins
qu’ils ne sortent du lot, je ne me rends pas compte si c’est un premier
message ou le cinquantième.
— Pour celui-là, fit remarquer la partenaire de Harry en montrant
une lettre, il indique qu’il aurait aimé une réponse à son dernier
courrier.
Gwenog haussa les épaules :
— Vu qu’il a signé, vous pouvez le retrouver, je pense, lança-t-elle
comme si elle ne se sentait pas concernée.
Davenport passa au sujet suivant :
— Avez-vous une affaire de cœur en cours ?
— De cœur, c’est beaucoup dire, je vois épisodiquement un mec
depuis deux mois.
— Et le précédent ? demanda l’Auror.
— Quoi, le précédent ? Il s’appelait… euh… je sais plus, tiens.
— Dans quelles circonstances votre relation a-t-elle pris fin ?
insista Davenport.
— Je suppose que je ne lui ai pas donné de nouveau rendez-vous.
Je leur dis tout de suite comment je vois les choses : je ne cherche pas
à me marier, tant que ça colle, on passe du bon temps ensemble, mais
y’a pas d’engagement. Quand c’est fini, c’est fini, c’est tout.
— Vous n’avez jamais eu de soupirant qui se soit rebellé, une fois
que c’était fini ?

100
UNE VIEILLE AMITIÉ

— Si, bien sûr, certains sont lents à la détente. Mais je sais me


défendre et le dernier qui m’a pris la tête s’est retrouvé de la taille de
mon gros orteil et avec des antennes. Je ne l’ai plus jamais revu.
Le regard de Gwenog se fit lointain, comme si elle examinait une
hypothèse :
— C’est davantage votre partie, mais, d’après ce que j’en sais,
même métamorphosé en cloporte, personne ne peut rentrer dans le
domaine sans que quelqu’un lui ouvre.
— De toute façon, indiqua Davenport, un humain sous une forme
animale perd sa capacité de penser, à moins d’être un Animagus. Or,
les Animagus ne courent pas les rues. On vérifiera avec le registre du
ministère, mais je ne me fais pas d’illusions à ce sujet.
— Il n’est pas nécessairement déclaré, remarqua Harry.
— Des non déclarés, il doit y en avoir encore moins, trancha
Davenport. Je ne veux pas perdre du temps avec cette piste.
Harry fut tenté de dire qu’il en connaissait au moins quatre, mais
admit en lui-même que ce n’était pas représentatif de la société
sorcière et laissa sa partenaire continuer.
Davenport demanda :
— Mademoiselle Jones, votre casier à balai était-il vraiment fermé
le jour où c’est arrivé ?
Gwenog eut une moue contrite :
— Normalement oui, mais il m’arrive d’oublier de le faire.
Atalante me fait régulièrement des sermons à ce sujet.
— Nous n’avons pas repéré de sortilège de forcement dessus, reprit
Davenport. Nos charmes de détection ne sont pas infaillibles, mais ils
ne laissent pas passer ce qui est le plus courant. Donc soit nous avons
eu affaire à un professionnel qui connaît des sorts très retors, soit ce
casier était resté ouvert ce soir-là.
— Il faut demander à Atalante si elle a fait une inspection avant-
hier, suggéra Gwenog. Si c’est le cas, on saura s’il était fermé.
— Si elle l’avait fait, elle nous en aurait parlé quand on a abordé le
sujet, objecta Davenport. Nous allons donc partir du principe qu’il
était ouvert et que notre vandale a eu beaucoup de chance.
— Vous pensez que c’est quelqu’un qui a régulièrement accès à cet
endroit ? devina Gwenog.

101
LES BÂTISSEURS

— C’est ce qui est le plus probable, confirma l’Auror en observant


la joueuse attentivement. Pas de dispute récente avec une de vos
partenaires ou un membre de l’équipe d’encadrement ?
— Pas plus que d’habitude, répondit Gwenog. Je dis ce que je
pense et ce n’est pas toujours flatteur. Mais les autres le savent et
elles n’y prennent pas garde.
— Pas de rivalité amoureuse ? insista Davenport.
— Une équipe qui gagne est une équipe unie. Quel mec vaudrait
qu’on mette en péril notre chance de remporter le titre ? Le Quidditch
passe avant la bagatelle, alors on évite de poser nos pattes sur les
petits copains des autres.
— Et si vous ignoriez qu’il sortait avec une autre ? interrogea
Davenport. Certaines de vos camarades ne dévoilent peut-être pas les
détails de leur vie privée.
Gwenog regarda Harry avec un sourire.
— C’est vrai qu’on a des cachottières parmi nous, reconnut-elle.
Mais elles savent toutes que je ne piquerais pas volontairement leur
copain. Alors j’espère que si ça arrivait à mon insu, elles m’en
parleraient et qu’on traiterait le sagouin comme il le mérite.
L’air résolu de la joueuse était un bon argument pour la franchise
et la fidélité, songea Harry heureux de n’avoir rien à se reprocher en
la matière.
— Nous avons aussi pensé à regarder du côté de vos concurrents
dans l’équipe du pays de Galles. Urien Cnaith et Bleddyn Bowdler
par exemple se verraient nettement avantagés si vous disparaissiez du
Championnat du monde.
— Mais comment se seraient-ils introduits ici ? demanda Gwenog
qui avait bien compris le raisonnement suivi par les Aurors.
— Avec l’aide d’une complice qui aurait légitimement le droit
d’aller dans le Gymnasium, répondit Davenport.
— Impossible, affirma Gwenog.
— Vraiment ?
— Ni un concurrent des Harpies ni une personne travaillant ici,
qu’elle soit joueuse ou assistante, ne prendrait le risque d’un tel
rapprochement. La compétition est trop intense pour que l’un des
deux ne profite pas de la situation pour affaiblir l’adversaire.

102
UNE VIEILLE AMITIÉ

— Mais, qu’arrive-t-il quand des personnes appartenant à la même


famille se retrouvent dans des équipes concurrentes ? demanda Harry.
Des fratries ou des cousins...
— Tant qu’on est en activité, on limite les contacts, répondit
Gwenog d’un ton sans appel.
— Et si deux joueurs adverses tombent amoureux ? insista Harry.
— Peu de chance que ça arrive, trancha Gwenog. Dans ce cas
improbable, soit l’un des deux change de club, soit le couple vole très
vite en éclat.
Harry songea à Ginny dont la relation avec Michael Corner n’avait
pas résisté au premier match qui avait opposé leurs maisons. Il y avait
sans doute du vrai dans ce qu’affirmait la joueuse. Il repensa avec
malaise à ce que Gwenog lui avait dit quand ils s’étaient vus pour la
première fois quelques mois auparavant.
— Heureusement qu’on ne m’a pas proposé de rentrer dans une
équipe, remarqua-t-il.
— Il aurait fallu faire des choix, confirma Gwenog.
Alors que Harry frissonnait rétrospectivement en songeant à quoi
son couple avait échappé, Davenport continuait son interrogatoire :
— Vous ne croyez pas qu’une personne ici ait pu faire ça, alors ?
— Pas pour les raisons que vous m’avez exposées, nuança la
joueuse.
Elle fit une grimace et avoua :
— Ça me fait mal de penser qu’une de nous ait pu toucher à mon
balai. J’espère que vous trouverez vite la coupable, parce que
maintenant que vous avez semé le doute, ça ne va pas être facile de
travailler ensemble.
— Mais cette année, vous allez jouer dans des équipes adverses,
remarqua Harry. Toi pour le pays de Galles, Ginny pour
l’Angleterre...
— Cela ne change rien. On continue à pratiquer en club toute
l’année et on a plus de chance d’être qualifiées à l’international si
notre équipe est bien placée pour la Coupe de la ligue. On reste donc
unies en tant que Harpies, même si pour la Coupe du monde, ce sera
sans merci entre nous.

103
LES BÂTISSEURS

— Et celles qui n’ont pas été sélectionnées pour les matchs


internationaux ? s’enquit Davenport.
— Elles ont d’autant plus intérêt à assurer pour le national.
— Et l’année prochaine, dit Davenport d’un ton neutre. Qui va
vous remplacer ?
Le sourire de Gwenog se figea :
— Qui vous a dit que je partais ? demanda-t-elle d’une voix glacée.
— J’entraîne des duellistes pour des compétitions, répondit
Davenport sans se démonter. Je sais qu’il faut savoir mettre fin à sa
carrière, si possible en pleine gloire, sans attendre de se faire dépasser
par les jeunes aux dents longues.
La joueuse laissa passer quelques instants avant de demander :
— Vous avez vous-même concouru à haut niveau ?
— Oui, répondit l’Auror.
— Et vous avez arrêté quand vous êtes devenue trop âgée ?
— En quelque sorte.
Harry, qui partageait le canapé de Davenport, sentit une brusque
tension émaner de sa collègue et sut avec certitude qu’elle mentait.
Mais Gwenog ne se rendit compte de rien. Elle se pencha en avant en
chuchota :
— Cela restera entre nous ?
Harry et sa partenaire hochèrent la tête. Gwenog sortit sa baguette
et créa une bulle de silence autour d’eux :
— Je suis sûre que cette vielle pie de Norris est en train d’écouter
notre conversation, justifia-t-elle.
— Vous ne l’aimez pas tellement. Ne pensez-vous pas qu’elle
aurait pu chercher à vous nuire ? insinua Davenport.
La joueuse haussa les épaules :
— Son salaire est augmenté proportionnellement à nos primes,
opposa-t-elle. Elle aussi a intérêt à ce qu’on gagne, et ma remplaçante
potentielle est loin d’avoir mon niveau.
— Votre départ est prévu, constata Davenport.
— Ça fait trois ans que Redbird l’envisage, mais que je lui prouve
qu’elle peut me garder. Il n’y a pas d’animosité entre nous à ce sujet,
précisa la batteuse. Elle fait son travail en anticipant la situation et je

104
UNE VIEILLE AMITIÉ

ne peux que l’approuver de bien le faire. Je sais aussi qu’elle m’aime


bien et qu’elle n’a pas été mécontente que je continue à tenir mon
rang ces dernières années.
— Quelles sont tes pistes de reconversion ? demanda Harry.
— J’en ai plusieurs. On m’a proposé une place au département des
Jeux et sports magiques du ministère. Mais cela ne m’emballe pas. Ils
sont un peu plan-plan, là-bas, sans vouloir vous vexer.
— Disons qu’il y a certaines procédures à suivre, sourit Harry.
— Ouais, tu vois ce que je veux dire. Ce sera ma bouée de
sauvetage si je ne trouve rien. J’ai aussi un contact pour entrer dans
un journal spécialisé.
— William Tierney ? se souvint Harry.
— T’es un rapide, confirma Gwenog. Tu le gardes pour toi, hein ?
Je sais qu’on est plusieurs sur le poste.
— Ne t’en fais pas. Je serai une tombe, assura Harry.
— J’ai également posé ma candidature pour faire de l’arbitrage.
Mais ce n’est pas gagné. Il faut vraiment que je me tienne à carreau
cette saison.
Considérant que la joueuse était connue pour sa langue acérée et
ses sortilèges pas toujours défensifs, Harry songea qu’effectivement,
elle avait bien fait de prévoir plusieurs plans de secours.
— Je ne détesterais pas être entraîneuse, aussi, confia-t-elle, mais
j’aurais du mal avec des équipes mixtes. Je n’aime pas la façon de
travailler des hommes. Et comme Atalante fait ici du très bon boulot,
je ne me vois pas lui piquer la place. Enfin, j’ai encore quelques mois
devant moi pour faire avancer tout ça, conclut Gwenog.
Les deux Aurors n’avaient plus de question à poser. Ils se levèrent
et, pendant qu’ils se dirigeaient tous les trois vers la porte, Davenport
dit doucement à Gwenog :
— Je comprends que rester au sol soit rageant, mais profitez-en
pour faire une remise en forme complète. On néglige trop souvent les
exercices parce que c’est fastidieux, mais entre deux techniciens,
c’est ça qui fait la différence.
Les deux femmes se regardèrent. Harry sentit quelque chose passer
entre elles, dont il était exclu, non du fait qu’il était un homme, mais
parce qu’il n’avait jamais fait de sport de haut niveau.

105
LES BÂTISSEURS

— Je déteste être hors course, marmonna la joueuse.


— Je comprends, lui assura Davenport et, à son ton, il était évident
que ce n’était pas une formule creuse. Mais ce n’est pas une raison
pour gaspiller ce temps.
Gwenog hocha la tête sans répondre. L’Auror sourit et changea de
sujet :
— Vous pouvez nous accompagner jusqu’au portail ? On va sortir
par là, aujourd’hui.
*
Ils se quittèrent à la grille. La batteuse repartit vers le bâtiment
principal sans doute pour rejoindre la salle de musculation. Les deux
Aurors se mirent à marcher le long du domaine d’un pas lent. La fois
précédente, ils avaient testé les sorts qui défendaient l’accès au
périmètre du club. Ce jour-là, ils se contentèrent de longer la haie
végétale qui doublait le grillage, plus pour remettre de l’ordre dans
leurs pensées que pour inspecter quoi que ce soit.
La température avait encore chuté et Harry resserra autour de lui sa
cape, celle que Ginny lui avait offerte à Noël. Il repassait dans sa tête
leurs déductions du matin et ce que la joueuse leur avait dit quand la
réflexion de Janice le prit par surprise :
— Tu vois souvent le petit garçon que tu as amené au QG en mai
dernier ?
— Teddy ? s’étonna Harry. Oui, assez. C’est mon filleul.
— Ah. Tu connaissais bien Tonks ? continua sa collègue.
Nymphadora Tonks, je veux dire.
Harry tenta de rencontrer le regard de Davenport, mais elle avait
également coiffé sa capuche et il ne put voir son visage.
— Elle m’a protégé plusieurs fois, répondit-il brièvement tout en
se disant que ce qui le liait à Tonks ne se résumait pas en une phrase.
Et puis son mari était un ami proche de mon père.
— Et comment va Andromeda ? demanda sa collègue, le prenant
une fois de plus au dépourvu.
— Tu la connais ?
— Elle était de mon année à Poudlard. On n’était pas de la même
maison, mais on fréquentait toutes les deux le club de duel.

106
UNE VIEILLE AMITIÉ

Harry resta un moment pensif. Il avait du mal à imaginer


Andromeda, si posée et aux gestes si mesurés, se battre en duel. Du
fait de son chignon veiné de blanc, elle faisait plus âgée que
Davenport. La perte de son mari et de sa fille unique l’avait vieillie.
— Elle va bien, répondit-il enfin. Bien sûr, c’est dur pour elle, mais
elle est une grand-mère merveilleuse pour Teddy.
— Il a l’air très épanoui, approuva Davenport.
Harry laissa passer un moment puis, constatant que sa partenaire ne
reprenait pas la parole, il proposa :
— Tu veux que je lui transmette un bonjour de ta part ?
Davenport sembla peser sa réponse.
— Ce n’est peut-être pas une bonne idée, dit-elle finalement. Cela
fait si longtemps que nous nous sommes perdues de vue.
— Si vous étiez amies, le temps ne fait rien..., commença Harry
avec fougue.
Il s’interrompit en rougissant et reprit un peu embarrassé :
— Excuse-moi, je parle sans savoir quelles étaient vos relations.
— Nous étions amies, répondit-elle d’une voix sourde. Mais à un
moment de ma vie, j’ai coupé les ponts avec tous ceux que je
connaissais parce que cela me rappelait trop... peu importe ! Le
problème c’est que beaucoup de ses camarades lui ont tourné le dos
après son mariage, et j’ai peur qu’elle ait pensé que c’est pour cette
raison que j’ai arrêté de lui écrire.
— Tonks… Dora, elle était au courant ?
— Je l’ai accueillie dans notre groupe le mieux possible, mais je
n’ai pas pris l’initiative de lui demander de me remettre en contact
avec sa mère, reconnut Davenport. Si Andromeda a su que sa fille
travaillait avec moi, elle ne m’a jamais fait signe non plus.
— Peut-être attendait-elle un geste de ta part.
— Peut-être, fit Davenport en haussant les épaules.
— Rien ne t’empêche d’en faire un maintenant, remarqua Harry.
— Cette fois-ci, c’est moi qui lui rappellerais ce qu’elle a perdu,
répliqua sa partenaire d’un ton définitif.
Harry ne comprit pas cette dernière phrase et préféra ne pas
répondre. Ils terminèrent leur tour puis transplanèrent au ministère.

107
VII – Une femme bafouée
13 – 16 décembre 2002

Ginny n’était pas arrivée quand Harry rentra chez lui ce soir-là et,
en l’attendant au salon, il repensa à sa conversation avec Janice. Il
hésitait sur la conduite à tenir. Devait-il parler de sa collègue à
Andromeda ? Janice souhaitait-elle réellement qu’il le fasse ? Il
n’avait pas encore tranché quand il entendit la voix de sa fiancée.
Il la rejoignit dans la cuisine pour dîner. Leur conversation se
limita à des sujets neutres : la soupe était délicieuse, le dernier exploit
de Victoire raconté par Fleur à Molly et retransmis à Ginny par
cheminée, le froid qui était brusquement arrivé et le mariage de
George et Angie le lendemain. Durant tout le repas, il eut
l’impression que Ginny le regardait en dessous et songea qu’elle avait
sans doute envie d’en savoir davantage sur le déroulement de son
enquête, mais que leur précédent échange à ce sujet l’empêchait de
lui poser la moindre question.
Alors qu’ils abordaient le dessert, Ginny se décida :
— Vous avez parlé longtemps avec Gwenog.
— C’est elle la victime, répondit-il brièvement.
— Elle t’apprécie, lui assura son amie.
Harry leva un sourcil :
— Je ne lui ai pas dit grand-chose.
— Peut-être, mais elle m’a confié qu’elle t’aimait bien quand on
s’est vues à la douche.
Harry s’interdit fermement de se représenter mentalement la scène.
— Elle pense aussi grand bien de ta partenaire, continua Ginny.
Qu’est-ce qu’elle a bien pu dire pour susciter autant de compliments ?
— Elles se sont bien comprises parce que Davenport a fait de la
compétition en duel, révéla Harry, considérant que ce n’était pas un
secret. Je suppose que tu l’apprécierais aussi, ajouta-t-il.
LES BÂTISSEURS

— Ce qui m’a étonnée, spécifia Ginny, c’est que Gwenog s’entiche


d’une Auror. Elle qui a tant de mal à accepter l’autorité.
— Moi aussi j’en suis un, protesta Harry. Et elle a été sympa avec
moi dès que tu nous as présentés.
— C’est différent, affirma Ginny en balayant l’argument d’un
geste de la main. Vous avez des tas de choses en commun tous les
deux : une célébrité établie depuis des années, une carte de
Chocogrenouille à votre effigie, tout ça...
— Enfin, Ginny, la carte, ça ne veut strictement rien dire !
s’exclama Harry. Merlin l’enchanteur aussi en a une, et je n’ai rien à
voir avec lui !
— Dans l’esprit de certaines personnes, je n’en suis pas si sûre. Tu
oublies que pour le commun des mortels tu as repoussé un sortilège
de Mort d’un simple Expelliarmus.
— On le saura, grommela Harry. Ça a servi à quoi que j’explique
comment j’ai fait à la radio, si personne n’a rien écouté ?
— Tu aurais préféré qu’ils comprennent la vérité à propos de cette
baguette ? répliqua Ginny sarcastique.
— Tu sais très bien ce que je veux dire. Et puis… on est obligés de
parler de ça ?
— Je suppose que non. Quelle robe mets-tu demain pour le
mariage de mon frère ?
*
Le lendemain à quatorze heures, ils cheminèrent jusqu’à la
propriété des Johnson. Quand ils entrèrent dans le bâtiment où se
déroulerait la cérémonie, Molly était déjà en train d’aider la mère
d’Angelina à décorer la table poussée le long du mur qui supporterait
les amuse-gueules et le champagne. Vers le fond, une sorte de
tonnelle avait été dressée et agrémentée de feuilles de houx et de
branches de sapin. Pour ajouter une note hivernale, de la neige
magique semblait doucement planer au-dessus de l’ensemble. Des
flocons lumineux scintillaient sur les murs, donnant un air de fête à
l’endroit.
Harry et Ginny saluèrent Arthur qui était avec le père de la mariée
et se présentèrent aux quelques membres de la famille Johnson – deux
oncles et une tante d’Angie ainsi que deux cousins. Fleur apparut,
sublime comme toujours malgré sa tenue toute simple, accompagnée

110
UNE FEMME BAFOUÉE

d’une Victoire adorable dans sa petite robe de couleur vive.


Andromeda les rejoignit avec Teddy, qui vint se jeter dans les bras de
Harry selon son habitude, avant d’aller voir sa grande amie Vic.
Percy et Bill arrivèrent ensuite, juste avant le mage qui devait unir le
couple.
Les mariés brillaient par leur absence et les parents commençaient
à échanger des regards nerveux. Un pop indiqua une arrivée par
transplanage. Ron, Charlie et George apparurent ensemble. Le promis
était revêtu d’une robe de cérémonie qui ressemblait à celle que Bill
avait portée pour la même occasion, sans la fleur à la boutonnière.
L’air fier de Ron et Charlie fit deviner à Harry qu’ils n’étaient pas
étrangers à la mise vestimentaire de leur frère. Molly eut un
hochement de tête satisfait en voyant son fils.
Hermione et Angelina arrivèrent de la même manière. La mariée
portait une robe, sans doute moldue au vu de sa taille ajustée, mais
dont la coupe longue et le col rappelaient la mode sorcière. Le ton
crème tranchait sur sa peau sombre et les perles multicolores fixées à
ses tresses apportaient une touche de gaieté à sa tenue.
Son père prit la place d’Hermione qui se glissa sur le côté en tant
que témoin. Tout le monde s’avança pour former un demi-cercle
autour du dais nuptial. Mr Johnson remit sa fille à George et le mage
commença son office. Pour se conformer aux désirs des mariés, il ne
fit pas de discours et il ne fallut que cinq minutes pour arriver à
l’échange des vœux. À peine furent-ils déclarés unis que George
lança à la cantonade « On peut aller boire maintenant ? », ce qui retira
toute solennité à l’instant.
Molly le foudroya du regard et sans répondre s’avança pour
embrasser sa nouvelle belle-fille.
— Bienvenue dans la famille, Angelina. Je ne suis pas sûre que ton
mari fasse honneur à l’éducation qu’on lui a donnée, mais je suppose
que tu sais à quoi tu t’exposes !
— Ne vous en faites pas, Mrs Weasley, je l’ai choisi en
connaissance de cause et je n’en voudrais pas un autre, affirma Angie.
Molly eut un sourire triste, puis serra de nouveau la jeune femme
dans ses bras en lui murmurant quelque chose à l’oreille. Quand elles
se séparèrent, Harry eut l’impression qu’un nouveau lien, plus fort,
s’était établi entre elles deux.

111
LES BÂTISSEURS

Pendant ce temps-là, George avait reçu les félicitations de sa belle-


famille, et quand tout le monde eut étreint les mariés les deux mères
firent venir les boissons et les petits-fours sur le buffet. L’assemblée
se répartit le long de la table.
Harry servit une assiette à son filleul et lui ajusta une serviette
autour du cou.
— Tu t’es bien amusé ce matin ? demanda-t-il à l’enfant.
— Oui, j’ai joué à chat avec Moustachu, c’était drôle.
Moustachu était le rat que Harry avait acheté à Teddy lorsqu’ils
avaient visité l’animalerie du Chemin de Traverse deux jours
auparavant. Le petit garçon était tombé sous le charme d’un rongeur
et le jeune Auror s’était souvenu de la joie qu’il avait ressentie quand
Hagrid lui avait offert Hedwige. Malgré les mauvais souvenirs que lui
avait laissés Croûtard, il avait donc cédé aux instances de l’enfant,
estimant que c’était une demande raisonnable. Il avait cependant
lancé un sort de Révélation sur l’animal à un moment où Teddy ne
regardait pas pour s’assurer qu’il était bien ce qu’il semblait être.
— Et qui était le chat ? s’enquit Harry.
— Moi, répondit Andromeda. J’ai dû utiliser un Accio pour
rattraper cette sale bête quand elle s’est sauvée dans le jardin.
Le ton de la femme était sévère et Harry se dit qu’il aurait dû lui
demander la permission avant de donner un animal familier à son
filleul. Il lança un regard embarrassé vers la grand-mère qui haussa
les épaules d’un air fataliste et annonça :
— Je suppose que je dois être soulagée que tu ne lui aies pas offert
un dragon. Le jardin aurait été un peu juste.
— Grand-mère, Vic peut venir voir Moustachu quand on aura fini
ici ?
— Va demander à Fleur, accepta Andromeda. Je pense que je
n’aurai la paix qu’une fois qu’il l’aura présenté à toute la famille,
ajouta-t-elle pour Harry pendant que l’enfant filait vers la vélane.
Harry jugea qu’il était temps de changer de sujet :
— Ma coéquipière actuelle est Janice Davenport, commença-t-il.
Elle m’a dit qu’elle vous connaissait et m’a demandé de vos
nouvelles.
— Janice ? répéta Andromeda. Elle est Auror ?

112
UNE FEMME BAFOUÉE

— Vous ne le saviez pas ? s’étonna Harry en se demandant depuis


combien de temps sa collègue exerçait son métier.
— Quand nous étions encore en contact, elle avait intégré l’Institut
national des sorciers duellistes, expliqua son interlocutrice. Elle a
d’ailleurs gagné des médailles. Quelques mois après, nous nous
sommes perdues de vue.
— Dora ne vous a jamais parlé d’elle ? s’enquit Harry.
— Dora ne me racontait pas grand-chose de son travail, soupira
Andromeda. Elle savait que cela m’angoissait beaucoup et évitait de
me dire ce qu’elle faisait. Si Janice ne lui avait pas dit qu’elle me
connaissait, elle n’avait aucune raison de l’évoquer.
— J’ai l’impression que Davenport a envie de vous voir, confia
Harry. Mais elle n’est pas certaine que ce soit réciproque.
L’expression d’Andromeda se fit nostalgique :
— Je la retrouverais avec plaisir. Cela m’a fait de la peine quand
elle s’est coupée de tous ses amis après le drame.
— Quel drame ? demanda Harry.
— Ah, tu ne sais pas. Ce n’est pas un secret, remarque, c’était dans
La Gazette.
Elle marqua une pause avant de continuer d’un ton triste :
— Janice était fiancée à Christopher McKinnon. En 1979, les
Mangemorts ont attaqué la maison des McKinnon et ils ont massacré
tout le monde. Janice était là-bas ce soir-là. Grâce à son talent de
duelliste, elle a réussi à survivre, bien qu’elle ait été laissée pour
morte. Je sais qu’elle a été blessée au visage. Je suppose qu’elle en a
gardé une cicatrice.
— Elle porte un bandeau sur l’œil droit, précisa Harry.
Le nom de McKinnon lui disait quelque chose. Il lui fallut
quelques secondes pour retrouver l’information. Maugrey Fol Œil lui
avait parlé d’une femme de cette famille qui avait appartenu à l’Ordre
du Phénix et avait été tuée ainsi que tous les siens.
— Après ça, continua Andromeda, elle n’a plus voulu voir
personne et j’ai perdu sa trace. Il faut dire que je n’ai pas tellement
insisté parce qu’avec mon mari et ma petite fille, je craignais que ce
soit trop cruel, après la mort de son fiancé.

113
LES BÂTISSEURS

Harry comprit mieux les mots que sa collègue avait laissés


échapper : « ce sera mon tour de lui rappeler ce qu’elle a perdu ».
Andromeda souffrirait-elle de rencontrer un témoin de sa jeunesse et
de son bonheur ? se demanda-t-il. Il n’en avait pas le sentiment, mais
il ne se sentait cependant pas très à l’aise dans son rôle de médiateur,
étant davantage fait pour l’action que pour la négociation. Il dut se
forcer pour affirmer :
— Je pense qu’elle a envie de vous voir.
Andromeda laissa passer un moment, le regard dans le vague,
avant de plonger ses yeux dans les siens :
— Merci, Harry, d’avoir transmis le message. Nous devrions
pouvoir nous débrouiller comme des grandes, maintenant, assura-t-
elle.
— Je suis toujours heureux de vous rendre service, répondit-il
maladroitement.
Il eut le plaisir de la voir sourire. C’était assez rare et Harry
apprécia à sa juste valeur d’avoir ensoleillé son visage.
*
Le lundi matin, ils avaient prévu de rencontrer les trois hommes
repoussés par Gwenog. Ils commencèrent par réexaminer le courrier
de menace qu’elle leur avait confié pour comparer les différentes
écritures. Le corps de la lettre et l’adresse avaient été inscrits en
capitales, ce qui ne facilitait pas leur travail.
Harry songea aux romans policiers dont il était friand depuis
qu’Hermione l’y avait initié un an auparavant en lui en offrant un
pour Noël. Elle avait un choisi un livre d’Agatha Christie pour qu’il
ne soit pas trop dépaysé et il avait enchaîné sur des Sherlock Holmes,
très intéressé par les raisonnements qui permettaient au détective de
parvenir à la résolution de l’énigme. Il se rendait toujours dans la
même librairie moldue qui se trouvait à proximité du Square
Grimmaurd et commençait à être connu des vendeurs. L’un d’eux lui
avait proposé ses services et l’avait dirigé vers une auteure
contemporaine, P.D. James. Il avait ainsi été initié à des méthodes
d’investigation plus actuelles qui l’avaient passionné. Il avait
d’ailleurs prévu de retourner acheter d’autres livres et de se faire
conseiller des romans décrivant plus en détail les procédures de la
police moderne.

114
UNE FEMME BAFOUÉE

— Les Moldus ont des outils pour analyser les écritures, révéla
Harry à sa partenaire. Cela leur permet de faire des comparaisons plus
rigoureuses que nous.
— Ils font comment ? demanda Davenport.
— Ils observent, tenta d’expliquer Harry. Ils ont même une théorie
selon laquelle on peut déterminer le caractère d’une personne en
fonction de sa façon de former les lettres ou de sa tendance à tracer
des lignes qui montent ou qui descendent.
— Tout cela est très intéressant, mais comme on n’a pas de policier
moldu sous la main, il va falloir nous débrouiller avec les moyens du
bord, remarqua Davenport. À moins que tu n’aies inventé un sort qui
nous permette de trouver des ressemblances…
Harry secoua la tête. La découverte de toutes ces méthodes inédites
lui avait donné envie de les introduire dans le monde sorcier, mais il
ignorait comment s’y prendre. Devait-il préconiser de requérir aux
services des spécialistes moldus ? Mais comment justifier la texture
particulière du papier qu’ils utilisaient ? L’autre façon de procéder
serait d’inventer des sorts, mais le jeune Auror ne savait pas à qui
s’adresser pour ce genre de réalisations.
Il était sur le point de s’en ouvrir à sa partenaire, mais celle-ci
s’était déjà penchée sur les lettres qui étaient posées sur son bureau et
leur appliquait des sortilèges de grossissement. Il garda ses idées et
ses questions pour lui.
Il était temps de commencer leurs interrogatoires. Le premier de
leur liste s’appelait Daniel Morholt. Il avait envoyé cinq courriers à
Gwenog lui demandant un rendez-vous. Il lui indiquait sa flamme
dans des sortes de versifications galantes qui hésitaient entre les
envolées lyriques, sans doute inspirées d’une anthologie des pires
poèmes anglais, et de pitoyables tentatives pour trouver des termes
rimant avec cognards et Gwenog.
— Quand tu tapes dans tes cognards, Tu ressembles à un busard,
c’est plutôt flatteur pour sa technique de vol, commenta Davenport.
Mais je ne sais pas si c’est la meilleure façon de gagner le cœur de
notre championne.
— La poésie était une erreur dès le début, estima Harry.

115
LES BÂTISSEURS

— Sans doute. Enfin, puisque notre homme travaille au service des


Accidents magiques, je vais le chercher. Toi, tu m’attends dans la
quatre.
— D’accord, dit Harry qui alla réserver la salle d’interrogatoire sur
le parchemin dévolu à cet usage.
Cette formalité accomplie, il prit le paquet de lettres et se rendit
dans la petite pièce où il patienta. Davenport ne tarda pas à revenir
avec un grand gaillard qui semblait un peu inquiet. En voyant Harry,
il se décomposa.
— Vous m’aviez dit que c’était une vérification de routine,
paniqua-t-il. Je n’ai rien fait de mal, je vous le jure.
— Asseyez-vous, fit tranquillement Davenport. Reconnaissez-vous
ce courrier ?
L’homme devint encore plus blanc :
— Il est signé de mon nom, répondit-il. Mais je ne comprends
pas… C’est juste un mot envoyé à une championne. C’est permis
non ?
— Ça, ça l’est un peu moins, répliqua l’Auror en faisant glisser
devant lui la lettre de menace.
Le suspect la regarda et secoua la tête :
— Je n’ai jamais écrit ça. C’est complètement fou, cette histoire. Je
l’admire et j’aimerais la rencontrer, pourquoi je lui dirais des choses
pareilles ?
— Parce qu’elle n’a pas accepté de vous voir, suggéra Davenport.
— Je me doute bien que je ne suis pas le seul à lui faire des
propositions, reconnut Morholt. Et qu’elle a autre chose à faire que
fréquenter un type comme moi. Mais qui ne tente rien n’a rien, n’est-
ce pas ?
— Il y a de fortes ressemblances entre votre écriture et celle qu’on
retrouve sur ce courrier, mentit Davenport.
— Ce n’est pas moi, je vous jure. Je ne lui aurais jamais fait ça.
— Pourriez-vous reproduire ce texte ? le pria Harry en lui tendant
un parchemin et une plume.
Morholt le regarda, hésitant. Puis il haussa les épaules et s’exécuta.
Sa graphie était très différente de celle du modèle.
— De la main gauche, maintenant, insista Harry.

116
UNE FEMME BAFOUÉE

L’homme eut l’air de se demander si Harry avait toute sa tête mais


obéit. C’était encore plus dissemblable de l’écriture qu’ils
recherchaient.
— Quand avez-vous vu mademoiselle Jones pour la dernière fois ?
s’enquit Davenport à brûle-pourpoint.
— À la finale de la Coupe de Ligue, répondit Morholt. De loin. Et
je dois la voir dans un mois dans un match amical contre les
Vagabonds de Wigtown.
Davenport posa encore quelques questions, mais ils n’en retirèrent
rien d’intéressant. Il avait notamment un bon alibi pour la soirée et la
nuit durant laquelle le balai de la joueuse avait été trafiqué. Ils le
remercièrent d’avoir pris le temps de leur accorder cet entretien et le
laissèrent partir.
*
Leur second suspect était serveur chez le marchand de glaces qui
avait remplacé Florian Fortarôme sur le Chemin de Traverse. Il
s’appelait Fitzwilliam Singleton. Il obtint un quart d’heure de pause
de son patron et s’assit avec ses visiteurs à une table isolée. Il ne
paraissait pas réellement inquiet, juste légitimement étonné de se voir
interrogé par des Aurors dont l’un était nul autre que le célèbre Harry
Potter.
— Je peux vous aider ? demanda-t-il. J’ai servi un criminel sans le
savoir ?
— Vous connaissez Gwenog Jones, je crois, répliqua Davenport.
Singleton leva ses sourcils de surprise :
— Connaître est un grand mot, répondit-il prudemment. J’ai pu lui
parler un petit moment quand elle m’a accordé une dédicace. On est
du même patelin du pays de Galles, vous voyez, et cela m’a permis
d’engager la conversation.
— Vous l’avez fréquentée quand vous étiez enfant ? s’enquit
Harry.
— Non, elle a bien sept ou huit ans de plus que moi. Je suis fan des
Harpies depuis des années et j’adore son jeu. J’étais super content de
tailler une bavette avec elle.
— Il date de quand votre autographe ? se fit préciser Davenport.
— En juillet dernier, les huitièmes de finale.

117
LES BÂTISSEURS

— Contre les Flèches d’Appleby ? demanda Harry.


— Oui, c’est ça. Je suppose que vous avez suivi ce championnat de
près, réalisa l’homme, manifestement excité à l’idée d’avoir un
interlocuteur spécialiste des Harpies.
Harry ne répondit pas. Son suspect avait rencontré Gwenog
quelques jours avant la disparition de la clé de Valmai Morgan. Cela
avait-il un rapport ?
— Avez-vous tenté de la contacter ou l’avez-vous revue depuis ?
continua Davenport.
— Je lui ai écrit pour lui proposer qu’on se retrouve quelque part,
vu que le courant était bien passé. On peut rêver, hein ! Mais bon, elle
ne m’a pas répondu, je suppose que j’aurais pu m’en douter.
— Vous avez dû être très déçu, fit mine de compatir Davenport.
— Une femme comme elle peut espérer mieux qu’un petit serveur,
sembla se résigner leur suspect.
Harry se dit qu’il devrait lui conseiller de tenter sa chance auprès
de Valmai Morgan. Celle-ci n’avait sans doute pas ce genre de
prévention.
— Je suppose que vous avez insisté, relança Davenport.
Singleton ouvrit la bouche, puis la referma sans avoir prononcé un
mot. Il laissa passer une ou deux secondes avant de demander :
— Vous cherchez quoi, là au juste ? Elle s’est plainte de moi ? Je
lui ai juste envoyé trois lettres. Elle doit avoir l’habitude, non ?
Sans répondre, Davenport posa devant lui le courrier de menace. Il
le parcourut et affirma :
— Désolé, mais ce n’est pas moi. Je n’aurais jamais écrit des
choses comme ça.
— Avez-vous cherché à la revoir ? insista Harry pendant que sa
collègue reprenait leur pièce à conviction.
— Non, je ne suis pas mordu à ce point. Ça m’aurait plu de la
rencontrer de nouveau, mais je ne suis pas du genre à m’imposer.
— Connaissez-vous une autre personne qui habite ou travaille à
Holyhead ? tenta Davenport en se basant sur leurs suppositions de
trahison interne.
L’homme papillonna des yeux, hésitant à répondre, ce qui
constituait une indication en soi.

118
UNE FEMME BAFOUÉE

— Qui ? insista Davenport.


— Je ne veux causer d’ennuis à personne, affirma-t-il.
— Nous lui poserons seulement quelques questions, lui assura-t-
elle.
— Mais pourquoi des Aurors s’occupent-ils de ça ? s’inquiéta-t-il.
Enfin, après tout, ce ne sont que des mots. Ne me dites pas que
Gwenog flippe à cause d’une lettre.
— Nous avons des raisons de penser que cela pourrait aller plus
loin, répliqua Davenport. Votre silence peut lui être préjudiciable. Et
puis, maintenant que nous avons compris que vous connaissez
quelqu’un de son entourage, combien d’heures croyez-vous que ça
nous prendra pour savoir qui c’est ?
— Mais vous allez l’embêter, s’inquiéta-t-il.
— Il faut nous faire confiance, intervint Harry. Nous voulons juste
nous assurer que la batteuse Jones pourra tenir son rôle sans
interférence pendant la Coupe du monde. C’est ce que vous désirez
aussi, n’est-ce pas ?
— D’accord. J’ai un moment fréquenté Esther Linscott. Quand je
dis fréquenter, c’est en tout bien tout honneur, je le précise. Ma sœur
est copine avec la sienne et je la connaissais de loin. On s’est croisés
un jour dans un magasin le printemps dernier, et lorsqu’elle m’a
raconté qu’elle travaillait à Holyhead, j’ai été très intéressé, car je suis
fan de cette équipe depuis longtemps. On s’est revu plusieurs fois…
Il se frotta la tête d’un air embarrassé sous le regard des deux
Aurors :
— Il faut me comprendre, expliqua-t-il en s’adressant à Harry,
mais je n’avais pas de petite amie depuis un moment alors, ce n’est
pas une beauté, mais j’ai quand même voulu tenter le coup au cas où
ça collerait tous les deux. Finalement, je me suis rendu compte
qu’elle ne me plaisait pas plus que ça. J’étais sur le point de trouver
une excuse pour ne plus la voir quand elle m’a dit qu’elle pourrait
m’avoir des places pour la Coupe de la ligue. Je n’allais pas rater ça,
les billets sont chers et je peux rarement m’en offrir plus de deux par
saison. J’ai donc sauté sur l’occasion et je suis allé au match avec
elle. C’est là que j’ai rencontré Gwenog Jones et qu’on a un peu
parlé. Ça, c’est une femme !

119
LES BÂTISSEURS

— Cela veut dire que vous avez arrêté de voir mademoiselle


Linscott, comprit Harry.
— Ce n’était pas allé bien loin. Juste quelques verres et un ou deux
bals. Les trucs où vous emmenez une fille quand vous ne savez pas
encore comment ça va tourner. J’avais prévu de le lui dire en face et
je lui ai proposé de nous rencontrer aux Trois Balais. Mais elle m’a
posé un lapin et ça s’est terminé comme ça.
— Ce rendez-vous manqué, c’était avant que vous ayez envoyé
une lettre à mademoiselle Jones pour la revoir ou après ? se fit
préciser Davenport.
— Euh, je ne sais plus. Possible que ce soit la même semaine. Vu
que ça remonte à six mois, je ne me souviens plus des jours
exactement.
L’Auror laissa passer quelques instants et montra de nouveau le
courrier menaçant :
— Se pourrait-il que ce soit l’écriture de mademoiselle Linscott ?
demanda-t-elle sans détour.
— Je ne pourrais pas vous dire, elle ne m’a jamais écrit.
Harry était presque certain que l’homme mentait. Il jeta un regard à
sa partenaire, mais celle-ci se levait pour partir.
— Nous vous remercions, indiqua-t-elle à l’intention de Singleton.
— Eh ! Vous allez embêter Esther ? s’inquiéta-t-il. Moi je sais
qu’elle ne ferait pas de mal à une mouche. Elle a eu plein de
problèmes et elle n’a pas besoin qu’on vienne l’accuser d’un truc
qu’elle n’a pas fait. Et puis euh… les erreurs judiciaires, ça arrive.
— Nous ferons notre possible pour les éviter, lui assura Davenport.
Harry se leva à son tour et suivit sa partenaire, laissant Singleton
comme assommé à sa table. Sans se concerter, les deux Aurors se
dirigèrent vers le Chaudron Baveur pour prendre la cheminée.
Davenport retint Harry par le bras avant qu’il ne rentre dans l’âtre.
— C’est toi qui mènes l’interrogatoire, cette fois, lui indiqua-t-elle.
— Hein ?
— Il est temps que tu me montres ce que tu as appris.
— Bien, dit Harry, en espérant qu’il serait à la hauteur.

120
UNE FEMME BAFOUÉE

Ils débouchèrent dans la salle d’arrivée du club des Harpies et se


dirigèrent vers le réfectoire, car il était onze heures trente et le
personnel devait être en train de mettre le couvert pour le déjeuner.
Quelques mètres avant d’atteindre leur objectif, ils croisèrent
Valmai Morgan. Elle sursauta en les voyant. Son air coupable fit
douter Harry de la piste qu’il suivait avec sa collègue. Sur une
impulsion, il lui demanda :
— Vous n’avez rien oublié de nous dire la dernière fois ?
Elle rougit violemment et murmura :
— Je savais que je ne pourrais pas vous le cacher longtemps.
— Vous allez nous expliquer tout cela, fit Harry qui essayait de
comprendre où leur raisonnement s’était fourvoyé.
Ils retournèrent dans la salle d’arrivée et écartèrent des vêtements
pour s’asseoir sur les bancs qui couraient le long des murs.
— Nous vous écoutons, indiqua Harry quand ils furent tous les
trois installés.
La jeune femme avait la tête baissée comme si elle ne pouvait
supporter le regard des Aurors. Elle commença en se tordant les
mains :
— Je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’aime bien Ginny, mais là, ça
faisait trop !
Harry échangea un regard surpris avec sa partenaire. Il ne dit rien
cependant et laissa son interlocutrice continuer sa confession.
— Elle a toujours été adorable avec moi, j’en suis consciente, mais
des fois, ça me fait mal de voir qu’elle a autant de chance, alors que
moi qui travaille comme une dingue, personne ne me remarque. Je
sais bien qu’elle le mérite, mais j’ai eu comme un moment de folie. Je
suis allée dans sa chambre et j’ai passé toutes ses affaires au sort de
Découpe.
Davenport lança un coup d’œil interrogateur à Harry qui, de la tête,
lui fit comprendre qu’il savait de quoi il était question.
— C’est sûr qu’une qualification pour le championnat du monde et
des fiançailles avec une célébrité, cela fait beaucoup pour une seule
personne, admit Harry d’une voix douce. Mais les apparences sont
trompeuses : il est beaucoup moins agréable de me fréquenter qu’on

121
LES BÂTISSEURS

pourrait le croire. À une époque, c’était même terriblement


dangereux.
— J’ai tellement honte. En plus, Ginny est celle qui est la plus
gentille avec moi. Et je suis trop lâche pour lui avouer que je ne le
mérite pas.
La joueuse leva la tête et affronta le regard de Harry :
— Je suis contente que vous ayez compris. Ça ne pouvait plus
continuer comme ça.
— Pourquoi ne pas en parler directement avec elle ? suggéra Harry.
Je pense qu’elle peut très bien vous pardonner. Et puis elle sera
soulagée de savoir enfin ce qui s’est passé.
— Je ne pourrai jamais le lui avouer en face. Vous ne lui avez rien
dit ?
— Non, et je n’ai pas l’intention de le faire.
La détresse qu’il lut dans les yeux de la jeune femme faillit le faire
revenir sur sa décision. Heureusement, Janice Davenport intervint :
— Je vous conseille vivement de suivre la suggestion de mon
collègue et de parler directement à votre amie. Je ne la connais pas
assez pour prévoir sa réaction, mais au moins votre conscience sera
tranquille.
Vaincue, la joueuse hocha la tête.
— Pendant qu’on y est, demanda Harry, vous êtes certaine de la
date que vous nous avez annoncée pour la disparition de votre clé du
Gymnasium ? Entre le trente juin et le quatorze juillet derniers ?
— Oui, c’est ça. C’est important pour votre enquête ?
— Peut-être. Vous sauriez où nous pouvons trouver Esther
Linscott ?
— Je l’ai vue aller vers la cuisine tout à l’heure. Si vous cherchez
Gwenog, elle est au Petit gymnase.
— Merci beaucoup, Mademoiselle. Nous devons vous quitter.
Harry et sa partenaire se levèrent et laissèrent la jeune femme aux
prises avec sa conscience.
— Bien joué, Auror Potter, chuchota Davenport alors qu’ils
progressaient dans le couloir.
— Pritchard m’a déjà expliqué que je suis la terreur des coupables.
Ils me créditent d’une perspicacité que je n’ai pas.

122
UNE FEMME BAFOUÉE

— Ce qui compte, c’est que ça marche. D’une manière ou d’une


autre, tu as élucidé un mystère dont je n’avais même pas
connaissance. Félicitations.
Soupçonnant l’ironie, Harry préféra ne pas répondre. De toute
façon, ils arrivaient à la destination.
— Mamma mia ! qu’est-ce que vous voulez encore, s’exclama le
cuisinier en les apercevant. Je vous jure sur la Sainte Vierge que je
vous ai dit tout ce que je savais.
— Mademoiselle Linscott, pouvons-nous vous parler ? répondit
Harry, s’adressant à la femme qui découpait le pain dans un coin de la
pièce.
Elle les gratifia d’un regard sans aménité et les suivit de mauvaise
grâce vers le réfectoire voisin qui était vide. Ils refermèrent la porte
derrière eux et s’installèrent à la table la plus proche.
Harry décida de se servir de sa réputation et de ne pas prendre de
détours.
— Nous savons que vous avez volé la clé de mademoiselle Morgan
et que vous l’avez utilisée pour pénétrer dans le Gymnasium l’autre
jour. Vous avez jeté toutes sortes de sorts sur le balai de
mademoiselle Jones ce qui a occasionné sa chute. Vous lui avez
auparavant envoyé des lettres de menace pour vous venger du béguin
que votre ami Fitzwilliam Singleton semblait avoir pour elle.
Elle ouvrit la bouche et la referma. Elle haussa les épaules et avoua
sans détour :
— Puisque vous savez tout, je pense que je n’ai rien à ajouter.
— Comment avez-vous fait pour déverrouiller le casier ? s’enquit
Harry.
Elle eut une moue méprisante :
— Elle ne l’avait même pas fermé ! leur apprit-elle. Elle doit croire
que tout le monde l’adore et qu’elle est au-dessus de ça !
— Êtes-vous consciente qu’elle aurait pu se blesser grièvement ?
Esther Linscott haussa les épaules :
— Elles passent leur temps à faire des voltiges sur leurs engins de
malheur et se rattrapent toujours d’une façon ou d’une autre. Je ne lui
ai pas fait prendre un gros risque. Je voulais juste l’inquiéter un peu.

123
LES BÂTISSEURS

En son for intérieur, Harry pensa que c’était raté. La directrice du


club avait semblé beaucoup plus alarmée que la principale intéressée.
— Bien. Il ne nous reste plus qu’à informer Madame Redbird des
conclusions de notre enquête. Nous allons vous demander de nous
suivre dans son bureau.
— Je me fiche bien qu’elle me mette à la porte ! cracha Esther
Linscott. Je ne supporte plus de voir cette mangeuse d’hommes de
toute façon.
Ils l’encadrèrent et ils se dirigèrent vers les quartiers de la
directrice. Cinq minutes plus tard, ils avaient exposé ce qu’ils avaient
déterminé et la coupable avait confirmé leur interprétation des faits.
— Je vous remercie de votre coopération et vous félicite de votre
célérité à résoudre cette malheureuse affaire, leur dit la directrice
après les avoir écoutés avec attention. Je préférerais que la justice ne
soit pas saisie et que nous réglions nous-même cette situation.
— Nous n’avons pas l’intention de nous en mêler, remarqua
Davenport, mais je pense que c’est à nous d’annoncer à Miss Jones
les conclusions de notre enquête.
— Eh bien, oui, je suppose, accorda Redbird. Je vais la faire
appeler, si vous voulez.
— Nous savons où la trouver, déclina l’Auror. Nous vous rendrons
votre clé du Gymnasium juste après.
La joueuse travaillait sur un appareil de musculation d’une manière
qui arracha un hochement approbateur à Davenport. Cette dernière fit
signe à Harry de prendre la parole et il résuma leurs démarches à
Gwenog avant de lui indiquer qu’Esther Linscott était désormais dans
le bureau de la directrice.
La batteuse secoua la tête :
— Tout ça pour un type comme Singleton ? Y’a vraiment des fois
où je ne comprends pas les filles.
— On est deux, lui certifia Harry.
Gwenog éclata de rire et lui donna une grande bourrade fraternelle
dans le dos.

124
VIII – Un hiver en solitaire
17 décembre 2002 – 12 mars 2003

Ginny se montra satisfaite de la conclusion de l’enquête de Harry.


Le jeune homme ne parvint pas à déterminer si c’était la résolution de
l’énigme ou le fait qu’il ne viendrait plus sur son territoire qui lui
faisait plaisir à ce point.
Elle était aussi particulièrement ravie que ce ne soit pas une de ses
coéquipières qui s’était rendue coupable de ce sabotage. Harry avait
bien compris que dans la grande famille dévouée au Quidditch il y
avait plusieurs statuts. Tout en haut, celui des joueuses dont le bien-
être primait sur tout le reste. En dessous l’équipe administrative et
technique comprenant la directrice du club, l’entraîneuse, l’infirmière
et la magingénieure. Et bien après, le cuisinier, l’intendante et les
deux femmes de ménage. Que la brebis galeuse vienne de ce dernier
groupe ne bousculait pas l’ordre établi. Il se garda de faire le moindre
commentaire, toutefois. Cette histoire était terminée et il n’avait pas
envie de paraître vouloir interférer dans le monde de Ginny.
Quelques jours plus tard, au ministère, Janice Davenport lui apprit
qu’aucune poursuite ne serait engagée contre la coupable, Esther
Linscott. Le club des Harpies avait souhaité traiter ce malheureux
épisode en interne et Faucett avait accepté de ne pas transmettre le
dossier au service de la Justice magique.
Le soir même, Ginny dit à Harry :
— Tu te souviens qu’on avait abîmé mes affaires quand nos
fiançailles sont devenues publiques ?
— Mhum, oui ? répondit précautionneusement Harry.
— Je sais qui c’est et on a discuté. C’est réglé.
— Ah tant mieux, réagit Harry en se félicitant que Valmai ne l’ait
pas mêlé à sa confession. Et Esther Linscott, elle travaille toujours
chez vous ?
LES BÂTISSEURS

— Non, elle est partie. Sa remplaçante a quarante ans, elle est


mariée et est mère de trois enfants. Cette fois-ci, Isabel n’a pas pris de
risques.
Harry songea à la liaison entre l’infirmière et le cuisinier, mais ne
fit pas de commentaire. Ce n’était plus son problème.
Harry retrouva avec plaisir son partenaire habituel, mais ses
rapports avec sa coéquipière temporaire avaient évolué. Jadis
étiquetée Auror senior avec laquelle il avait peu de relations, elle
était devenue collègue avec qui il appréciait de coopérer et ancienne
amie d’Andromeda ayant fortement souffert de la Première Guerre.
Leurs sourires quand ils se croisaient étaient maintenant cordiaux et
non plus simplement polis.
*
Songeant qu’il n’avait que trop repoussé cette soirée, Harry se
résolut à écrire à Dudley et Sarah pour les inviter à dîner chez lui en
fin de semaine. À cette occasion, il repensa aux sécurités apposées sur
sa maison.
Bien que dilué, le sortilège de Fidelitas autrefois lancé par Albus
Dumbledore était toujours actif et continuait à protéger la vie privée
de Harry. Le sort anti-transplanage n’avait pas non plus été levé.
Harry s’était demandé à diverses reprises s’il ne devait pas le
supprimer. Il constituait en effet une entrave à ses allées et venues
puisqu’il l’obligeait à utiliser le réseau de Cheminette pour sortir de
chez lui. Ne serait-il pas plus simple pour Ginny et lui de se rendre au
Terrier ou chez Ron et Hermione sans passer par les conduits remplis
de suie ? Mais Harry répugnait à l’idée de rendre son foyer plus
accessible.
La cheminée avait pour avantage d’être réglée de façon à ne
permettre l’arrivée que de personnes spécifiques. Le transplanage, s’il
n’était pas pratiqué couramment par tous les sorciers du fait de la
puissance magique que cela requérait, ouvrait sa maison à tous ceux
qui y étaient venus au moins une fois.
Il en parla à Ginny qui remarqua :
— À vrai dire, la seule chose qui me dérange, c’est que nos invités
arrivent dans la cuisine. Pour le moment, nous ne recevons que des
intimes, mais, si nous étendons notre réseau social, les accueillir dans
l’entrée ou le salon me paraît plus adéquat.

126
UN HIVER EN SOLITAIRE

— Quand Ron ou Hermione viennent nous voir, c’est un avantage


que les elfes les prennent en charge, plutôt que de devoir les faire
attendre que nous descendions les rejoindre en entendant la sonnerie.
— Pourquoi ne pas avoir deux issues ? demanda Ginny. L’une pour
la famille qui aboutirait à la cuisine et l’autre pour ceux dont nous
sommes moins proches. Celle-ci serait complètement bloquée et la
première resterait ouverte pour ceux que nous connaissons le mieux.
— Une entrée officielle et une autre de service ? ironisa Harry.
— Tu es un notable, lui rappela sa fiancée.
— Bon, pourquoi pas ? souscrivit Harry. Alors, salon ou
vestibule ?
Ils se décidèrent pour l’âtre du hall, qui serait plus facile d’accès
aux elfes qui accueilleraient leurs invités si eux-mêmes étaient
absents ou occupés ailleurs. Ginny accepta de laisser le sortilège anti-
transplanage en place.
— Pour le Fidelitas, nous n’avons pas le choix, expliqua Harry.
Seul celui qui l’a lancé peut le lever.
— Je sais mon chéri. Mais si tu mettais une annonce indiquant ton
adresse dans La Gazette, ce serait une façon de le contourner, lui
opposa Ginny.
— Et d’attirer chez nous plein d’importuns.
— Ce que nous voulons éviter, nous sommes d’accord, convint-
elle.
Harry passa voir le lendemain le département des Transports
magiques et, sans doute du fait de sa notoriété, obtint un second
raccordement dans la journée. Dans son invitation à Dudley et Sarah,
Harry précisa ses nouvelles coordonnées. Ce fut donc dans le hall du
Square Grimmaurd que Ginny et lui accueillirent Sarah qui soutenait
un Dudley étourdi par le voyage, crachant ses poumons. Avec retard,
Harry se dit qu’il aurait dû les mettre dans le Secret et leur indiquer
l’arrivée par le Londres moldu.
Il aida Sarah à charrier Dudley jusqu’au canapé puis servit à son
cousin un jus de potiron pour qu’il se remette. Le pauvre était
manifestement mal en point, car il avala la boisson d’une traite, sans
même chercher à identifier ce qu’on lui avait proposé.
— J’ai un abominable souvenir de mon premier voyage en
cheminée, raconta charitablement Harry quand le malheureux eut

127
LES BÂTISSEURS

repris son souffle. Je me suis trompé de destination, expliqua-t-il sans


réfléchir.
— Il peut y avoir des erreurs ? couina Dudley horrifié.
— Comme Sarah est passée avec toi, tu ne risquais rien, tenta de le
rassurer Harry. Cela n’arrive que si on énonce mal l’adresse.
— Attends, je te lance un sortilège de nettoyage, proposa Sarah en
mettant son projet à exécution.
Dudley ne tressaillit même pas, preuve qu’il avait beaucoup
progressé dans son acceptation de la magie. Ensuite Sarah félicita
Ginny pour sa récente nomination pour la Coupe du monde et Ginny
lui raconta complaisamment quelques anecdotes sportives, au grand
ravissement de son invitée. Harry en profita pour prendre Dudley à
part :
— J’ai retrouvé des photos de nos grands-parents. Je suppose que
ta mère t’en a montré.
— Elle n’aime pas trop parler d’eux. Mais ce n’est pas comme…
enfin… elle n’a pas honte d’eux…
Il jeta un regard d’excuse vers Harry et celui-ci comprit qu’il
devait entendre « ce n’est pas comme pour toi ».
— Je pense qu’elle est trop triste pour les évoquer, termina Dudley.
— Sais-tu quand ils sont morts ? demanda Harry.
— Avant le mariage de mes parents, je crois. Fin 77 ou début 78.
C’était le moment de la septième année de James et Lily à
Poudlard. Cela s’était sans doute passé pendant l’année scolaire, car
Harry n’en avait pas retrouvé trace dans la correspondance de ses
parents, signe qu’ils étaient sous le même toit quand c’était arrivé.
— Comment s’appelaient-ils ? continua Harry.
— Donald et Violet, l’informa Dudley.
— Tu sais quel âge ils avaient ?
— Non. Je crois qu’ils ont eu une crise cardiaque ou un truc
comme ça.
Harry se figea. Crise cardiaque. N’était-ce pas la cause de décès
invoquée par les Moldus quand ils étaient confrontés à des victimes
de sortilège de la Mort ? Avaient-ils été assassinés ? Cela pouvait
expliquer la peur que Pétunia éprouvait envers les sorciers. Il déglutit
et se força à revenir dans la conversation :

128
UN HIVER EN SOLITAIRE

— Savais-tu que notre grand-père était philatéliste ? demanda-t-il à


son cousin.
— Bien sûr. Je ne pensais pas que tu t’en souviendrais.
— Regarde ce que j’ai récupéré.
Harry se leva et alla prendre les affaires qu’il avait descendues au
salon en prévision de ce moment. Il laissa Dudley feuilleter l’album
de timbres et examiner les photos.
— Ça, ce sont les parents de la mère de maman, précisa Dudley en
montrant à Harry la photo la plus ancienne qui représentait un couple.
Davies et Rose, si mes souvenirs sont bons. Elle, continua-t-il en
pointant l’autre cliché avec la femme en noir, c’est la mère de Rose.
Je ne me souviens plus trop de son nom. Flora, peut-être. Maman a
toujours parlé d’elle en disant Grand'ma. Comment as-tu récupéré
tout cela ?
Harry expliqua à Dudley comment ses parents avaient laissé à la
banque toutes leurs richesses et ce qui comptait à leurs yeux quand ils
avaient commencé à être pourchassés par Voldemort.
— Cette maison ne leur appartenait pas ? s’enquit Dudley en
montrant la pièce d’un vaste mouvement du bras.
— Non, j’en ai hérité de mon parrain. Celle où vivaient mes
parents a été complètement détruite la nuit où… où ça s’est passé.
Il se rendit compte que Sarah et Ginny avaient terminé leur aparté
et que l’amie de son cousin les écoutait avec un grand intérêt.
— J’ai visité Godric’s Hollow une fois avec une camarade, lui
apprit-elle. Le cimetière est magnifique au printemps.
Harry ne sut quoi répondre. Il n’avait jamais pensé aux sorciers qui
allaient en pèlerinage là où ses parents s’étaient fait assassiner. Il se
souvint cependant de toutes les inscriptions qu’il avait lues sur la
plaque de sa maison quand il y était passé avec Hermione pendant la
guerre et ce qu’il avait ressenti en voyant tous les messages
encourageants que des anonymes y avaient laissés pour lui. Cette idée
ne l’aida pas à retrouver contenance.
— Que font vos parents ? demanda opportunément Ginny.
— Ils sont Moldus, répondit simplement Sarah.
— Mais encore ? insista Harry, devinant que cette explication
laconique suffisait à la plupart des sorciers.

129
LES BÂTISSEURS

— Mon père est comptable et ma mère est vendeuse dans une


boulangerie.
— Et votre frère a fait la même école que Dudley, c’est ça ? se
souvint Harry.
— Oui, il est dans une banque aujourd’hui.
— Et toi, Dudley, ça se passe bien ? s’enquit Harry.
— Je m’ennuie un peu maintenant. J’aimerais évoluer vers une
entreprise plus grande. Je lis les petites annonces en ce moment.
— Un de mes frères aussi travaille dans une banque, intervint
Ginny.
— Chez Gringotts ? se fit préciser Sarah. C’est vrai qu’ils
emploient des sorciers.
— Votre banque est moldue ? chercha à comprendre Dudley.
— Non, les banquiers sont gobelins, lui apprit – ou lui rappela –
Sarah.
— À l’origine, Bill est briseur de sorts, expliqua Ginny. Il est
rentré en Angleterre au tout début de la guerre et finalement y est
resté, car il s’est marié et est devenu papa. Sa femme attend
maintenant un second enfant.
— À ce propos, fit Sarah avec un grand sourire, Dudley et moi
voulions vous annoncer que nous allons nous fiancer, nous aussi.
— Félicitations ! s’écria Ginny en se levant pour embrasser les
jeunes gens.
— Tous mes vœux de bonheur, renchérit Harry sans pour autant
oser se réjouir pour Sarah d’entrer dans cette famille.
— Vous avez déjà eu votre repas de fiançailles ? s’enquit Ginny.
— Non, c’est en cours d’organisation, répondit Sarah tandis que
Dudley perdait son sourire.
Harry et Ginny s’abstinrent de poser la moindre question, mais
Sarah continua sans avoir besoin d’y être invitée :
— Nous avons un peu peur que ma mère fasse une gaffe en parlant
de moi.
— Mais quelqu’un a bien dû lui dire l’importance de la loi du
Secret, remarqua Harry, se demandant par la même occasion
comment on traitait ce problème avec les parents de sorciers
spontanés.

130
UN HIVER EN SOLITAIRE

— Oui, bien sûr, la professeure McGonagall lui a bien expliqué


quand elle est venue nous indiquer ce que signifiait ma lettre de
Poudlard.
— McGonagall ? répéta Harry.
— Oh, je suppose que pour vous c’est le professeur Dumbledore
qui s’est déplacé, crut comprendre Sarah.
— Non, moi j’ai eu Hagrid, corrigea Harry. La situation était…
hum ! spéciale, justifia-t-il en évitant de regarder Dudley.
Les souvenirs que son cousin devait avoir de cet épisode n’étaient
sûrement pas réjouissants.
— Il m’a toujours fait un peu peur, avoua Sarah.
— Hagrid ? s’étonna Harry. Il ne ferait pas de mal à une mouche.
— Sans doute, mais entre sa taille et sa grosse voix…
Voyant que Dudley palissait à cette description du gardien des
Clefs de Poudlard, Harry préféra changer de sujet.
— Vous disiez que vous craigniez que vos parents ne révèlent que
vous êtes sorcière, recentra-t-il la conversation. Mais pourquoi à cette
occasion ? Après tout, cela fait une dizaine d’années qu’ils ont pris
l’habitude de se taire.
— Oui, mais, normalement, quand ma mère laisse échapper le mot
« Poudlard » ou « Pré-au-Lard », cela ne prête pas à conséquence. Là,
cela pourrait être compris par votre oncle et votre tante.
Harry admit que c’était un risque.
— C’est vraiment dommage que nous ne puissions pas dire la
vérité, regretta Sarah. Après tout, ils pourraient comprendre…
— Ce serait une très mauvaise idée, affirma Harry tandis, qu’à côté
de Sarah, Dudley manifestait énergiquement son désaccord en
secouant négativement la tête.
— Nous aurions aimé vous inviter aussi, continua Sarah d’un ton
désolé.
— Ça, ce serait encore pire, commenta Harry.
Dudley faisait peine à voir. Il avait visiblement fait son possible
pour éviter d’expliquer la nature des relations entre ses parents et leur
neveu, et la jeune femme était loin d’avoir saisi l’intensité de
l’inimitié existant entre eux.

131
LES BÂTISSEURS

— Mais merci d’y avoir pensé, dit Ginny pour alléger


l’atmosphère.
— Avez-vous fixé une date de votre côté ? demanda Dudley.
— Vu la saison qui se prépare, pas avant l’automne prochain,
répondit Ginny.
— Dis, Dudley, tu aimes le football ? s’enquit Harry.
À la mention de ce sport moldu, Ginny se mit à rire. Harry
entreprit d’expliquer ce qui mettait sa fiancée en joie :
— Il y a un mois, mon ami Ron a été invité par un de ses voisins,
un sorcier d’origine moldue, pour voir un match de football. Ron
avait un fort préjugé négatif, considérant qu’après avoir connu le
Quidditch, rien d’autre ne pouvait l’intéresser. Bref, il nous a rebattu
les oreilles pendant deux semaines à l’idée de devoir y aller par
politesse, persuadé qu’il allait s’ennuyer comme un botruc déterré.
Hermione a été ravie quand ça a été le moment, juste parce qu’elle
n’en pouvait plus de l’entendre râler.
Harry ménagea une pause pour rendre la chute plus intense.
— Et ? demanda Sarah.
— Il est revenu dans un état d’excitation pas possible, avec le T-
shirt et l’écharpe du club de Manchester.
Sarah et Dudley éclatèrent de rire.
— Depuis, conclut Harry, il essaie de convaincre toute la famille
que le football est aussi chouette que le Quidditch. Il nous y a fait
jouer un dimanche. C’est vrai que c’est assez marrant et, ce qui est
bien, c’est qu’on peut faire participer les enfants.
— Il y a beaucoup d’enfants dans votre famille ? demanda Sarah à
Ginny.
— Pas beaucoup encore, admit celle-ci, mais je pense que cela va
rapidement évoluer. Pour le moment, seul l’aîné de mes frères a une
petite fille de deux ans et un bébé en route.
— Mais nous voyons aussi beaucoup mon filleul qui a quatre ans et
demi, compléta Harry. Il est orphelin et j’essaie de lui donner…
Il ravala in extremis son « ce que je n’ai pas eu » pour terminer de
façon plus délicate :
—… la famille qu’il aurait dû avoir.
— Oh, le pauvre petit, compatit Sarah. La guerre ?

132
UN HIVER EN SOLITAIRE

— Oui, la bataille de Poudlard.


La sorcière hocha la tête avec compréhension.
— Vous n’avez pas trop souffert de vos origines moldues à cette
époque ? demanda Ginny.
— Une de mes camarades de classe m’a signalée auprès d’Aristote
Brocklehurst, et on m’a fait parvenir un portoloin pour que je puisse
aller à ses cours. Son école était vraiment très bien, et je me sentais en
sécurité en rentrant chaque soir dans le monde moldu. Je pense que
j’ai été assez protégée.
Elle regarda vers Harry, comme si elle brûlait de curiosité à propos
de ce qu’il avait fait à cette époque, mais elle était assez bien élevée
pour ne rien demander. Ils se limitèrent aux sujets légers tout le reste
de la soirée et se quittèrent enchantés de leur rencontre.
Noël arriva la semaine suivante, puis ce fut le Nouvel An. Harry
profita du mieux qu’il put de ces instants paisibles et familiaux,
sachant que le début de la nouvelle année serait moins favorable à cet
égard.
*
Dès le six janvier, Ginny le quitta pour deux semaines entières.
Elle avait été conviée à un stage sportif durant lequel elle allait
s’entraîner avec tous les joueurs pressentis pour faire partie de
l’équipe d’Angleterre.
Harry eut du mal à la laisser partir ce matin-là. Les journées qui
attendaient la jeune femme seraient intenses et ils n’auraient sans
doute pas l’occasion de communiquer durant ces quinze jours.
— Je dois y aller, finit par lui rappeler Ginny en le repoussant
gentiment.
— Bien, se résigna-t-il. Ah, dis bonjour à Olivier pour moi !
— Cela m’aidera peut-être à me rappeler qu’on est du même bord,
pour cette fois.
Après un dernier baiser, elle disparut dans la cheminée et il la
suivit de peu pour se rendre au ministère. Le soir, il resta tard au QG
pour finir un rapport, peu pressé de rentrer chez lui. Quand il ne
trouva plus rien à faire, il n’eut pas le courage d’affronter sa maison
vide et décida d’aller rendre visite à son filleul. Vu l’heure, il se ferait
sans doute inviter à dîner. Il passa un coup de cheminée à ses elfes
pour les prévenir puis donna l’adresse d’Andromeda.

133
LES BÂTISSEURS

Il débarqua dans l’entrée et lança un bonjour à la cantonade. Teddy


arriva comme un balai de course de la cuisine, une serviette de table
nouée autour du cou.
— Tu manges avec nous ? demanda-t-il manifestement ravi à cette
idée.
— Si cela n’ennuie pas ta grand-mère, répondit poliment Harry en
suivant l’enfant.
Il sursauta en découvrant qu’Andromeda recevait une invitée ce
soir-là.
— Davenport ? s’exclama-t-il surpris.
— Rebonjour, dit sa collègue visiblement amusée par son
étonnement.
— Je ne veux pas déranger, annonça-t-il en commençant à battre
en retraite.
— Ne dis pas de bêtises, Harry, assieds-toi, répliqua posément
Andromeda en faisant venir un couvert supplémentaire d’un coup de
baguette.
Un peu gêné, Harry prit place à table et se servit dans la soupière
qui était devant lui pour rattraper son retard.
— Tu te sens seul, ce soir ? demanda son hôtesse.
— Mhum, oui. Ginny est partie ce matin.
— J’ai vu Molly cet après-midi, continua Andromeda. Nous nous
demandions qui tu choisirais entre elle, Ron et moi pour ce soir. Je
suis flattée que tu sois venu ici, même si je sais que la présence de
Teddy y est pour beaucoup.
Davenport eut un petit rire et Harry rougit, penaud de se découvrir
aussi prévisible.
— Ma maison est trop grande, se justifia-t-il. L’école s’est bien
passée, Teddy ? demanda-t-il pour détourner l’attention.
— J’ai eu un bon point parce que j’ai été sage, se glorifia l’enfant.
Et puis j’ai gagné à Attrape-souaffle.
— Bravo ! le félicita Harry, content que les entraînements dont
Teddy bénéficiait régulièrement le dimanche après-midi aient porté
leurs fruits.
Tandis que Teddy racontait ses petites aventures à Harry,
Andromeda et son invitée reprirent leur conversation sur ce qu’étaient

134
UN HIVER EN SOLITAIRE

devenues leurs relations communes. Quand ils eurent terminé de


manger, Harry proposa de coucher Teddy. Il supervisa le brossage
des dents puis lut une histoire à l’enfant. Celui-ci choisit le livre
qu’Hermione lui avait offert un an auparavant, Remus, le loup-garou.
Cet ouvrage ne faisait pas partie des contes favoris de Teddy, mais
il le demandait régulièrement, comme s’il avait peur de l’oublier.
Harry ne savait pas ce qu’il comprenait ou ressentait à cet égard.
Réalisait-il que son propre père avait subi l’ostracisme évoqué dans le
récit ? Ou était-il juste intéressé par l’histoire qui parlait d’un loup-
garou comme papa ? Harry ne posait pas la question à son filleul,
laissant la grand-mère gérer cette délicate question.
Quand il revint au salon, Andromeda montrait à son amie ses
albums de photos. Tandis qu’elle allait embrasser son petit-fils pour
lui dire bonsoir, Harry vint regarder avec curiosité les clichés de Ted
Tonks jeune et de Dora enfant. Malgré ses talents de
métamorphomage, la sorcière restait très reconnaissable. Si sa couleur
de cheveux et parfois la forme de son nez changeaient, on retrouvait
son air espiègle et son sourire d’une image à l’autre.
À son retour, Andromeda entreprit de raconter des anecdotes sur sa
famille. Davenport narra à son tour des épisodes amusants arrivés à
Dora quand elle débutait chez les Aurors. Harry compléta le tableau
en expliquant dans quelles circonstances il avait rencontré la jeune
femme la première fois. Sa collègue fut très intéressée par le récit de
son départ de chez les Dursley pour se rendre Square Grimmaurd
sous bonne escorte. Ce qu’elle savait de la vie de Harry relativement
à cette époque se limitait à ce qu’elle en avait lu dans les journaux.
De fil en aiguille, le jeune Auror se retrouva à lui raconter sa
rencontre avec les Détraqueurs dans le lotissement moldu.
À la fin de la soirée, il n’y avait plus ni Davenport, ni Potter, mais
seulement Janice et Harry.
*
Ginny revint enchantée de son stage. Tout s’était bien passé et elle
était désormais certaine de faire partie de l’équipe d’Angleterre. Elle
devait cependant encore faire ses preuves pour ne pas être reléguée à
une place de remplaçante. Pour se donner toutes les chances, elle
s’entraînait comme une forcenée, faisait des heures supplémentaires
dans la salle de sport, suivait scrupuleusement le régime composé

135
LES BÂTISSEURS

pour elle par Natacha Winckler l’infirmière et restait à Holyhead pour


se coucher tôt.
Pour ne pas tourner en rond au Square Grimmaurd, Harry reprit
contact avec ses camarades : il dîna avec Neville, revit Dean et Lee et
passa du temps avec Owen qui venait de rompre avec Katie et qui
était de nouveau célibataire.
Il invita Luna à manger au Square Grimmaurd avec son père quand
elle passa quelques jours en Angleterre. Ce fut un excellent moment,
durant lequel il plongea dans les fantasmagories délirantes des
Lovegood. Lorsqu’ils prirent congé, Harry songea que, sans eux, le
monde sorcier ne serait pas ce qu’il était.
Ginny, de son côté, fit de son mieux pour que son emploi du temps
chargé coïncide le plus possible avec celui de Harry. Son fiancé
n’appréciait pas outre mesure la situation, mais il comprenait
l’obstination de la joueuse. Elle ne pouvait pas laisser passer sa
chance, et il devait l’aider à la saisir, comme elle le ferait pour lui si
les rôles étaient inversés.
Molly, par contre, trouvait que sa fille exagérait et que l’enjeu ne
justifiait pas un tel abandon de foyer. Elle le fit plusieurs fois
remarquer à Ginny et Harry se retrouva à légitimer auprès de sa
future belle-mère la négligence dont il était victime. Le sourire
reconnaissant de son amie ne fut pas suffisant pour le réconforter
complètement.
Parfois, il se surprenait à penser que l’ancienne coutume qui
gardait les femmes à la maison avait du bon… pour les hommes.
*
En février et en mars, Harry et son coéquipier travaillèrent avec la
police pour faire tomber un réseau de baguettes magiques volées.
Après la guerre, très affaibli par sa détention au manoir Malefoy, le
vieil Ollivander ne créait plus qu’exceptionnellement de nouvelles
baguettes. Sa boutique était toujours ouverte et on pouvait y acquérir
ses anciennes créations, mais il avait été obligé de renouveler ses
stocks avec des produits d’importation. Parallèlement, il formait un
apprenti, mais celui-ci était encore loin du niveau atteint par son
formateur.
Des sorciers ayant perdu leur baguette ou venant en acheter pour
leurs enfants avaient déjà fait des scandales en constatant que le vieil

136
UN HIVER EN SOLITAIRE

artisan ne leur proposait pas de produits qu’il avait lui-même


fabriqués. Le marchand avait beau expliquer qu’il valait mieux une
baguette moins prestigieuse, mais en accord avec la magie du sorcier
qui l’utilisait, plutôt qu’une autre signée non accordée, les gens n’en
démordaient pas : rien ne valait une baguette Ollivander.
Profitant des circonstances, des sorciers sans scrupules dérobaient
des baguettes ayant été façonnées par le fameux artisan et les
revendaient fort cher au marché noir à ceux qui ne pouvaient pas
nécessairement les employer, leur magie n’étant pas compatible. Le
ministère avait jugé cette situation préoccupante et avait demandé aux
Aurors de coopérer avec les policiers magiques pour mettre fin au
trafic.
Harry, utilisant ses capacités de camouflage, avait pris contact avec
une série d’individus suspects auxquels il avait indiqué être intéressé
par l’acquisition « d’une Ollivander ». Il avait fallu de nombreuses
interactions, des rendez-vous inutiles et d’autres où on lui posa un
lapin avant de se faire enfin livrer l’objet convoité.
Sitôt que Harry l’eut en main et eut vérifié que c’était bien ce qu’il
recherchait, il utilisa la sienne pour immobiliser son revendeur avec
un sortilège du Saucisson et fit venir Pritchard qui était resté en
retrait.
Ils transplanèrent au ministère et menèrent leur suspect dans une
des salles d’interrogatoire. Ils l’avaient allégé de sa propre baguette,
selon la procédure. Pour lui permettre de s’asseoir, Pritchard annula
l’Incarcerem en vue de le remplacer par un sort moins contraignant
ne lui liant que les bras.
Le prenant par surprise, l’individu sauta sur lui dès qu’il fut libéré
et lui arracha la baguette. Il se tourna ensuite vers Harry pour lui jeter
un maléfice avant que celui-ci ne puisse l’attaquer. Le jeune Auror
esquissa un mouvement pour se défendre, mais il savait que c’était
trop tard. De toute la force de son esprit, il hurla contre le rayon
lumineux qui fondait sur lui. Un choc violent lui fit exploser la tête de
douleur.
L’instant d’après, il se retrouva assis par terre avec un terrible mal
de crâne. Il supposa avoir perdu connaissance et s’empressa de lever
les yeux pour analyser la situation, tandis que sa main droite se
déplaçait instinctivement vers sa baguette. La conjoncture s’était
nettement améliorée. Pritchard avait récupéré son bien et

137
LES BÂTISSEURS

emprisonnait de nouveau le suspect qui semblait inconscient. Quand


ce fut fait, il se tourna vers lui et parut soulagé de le voir réveillé.
— Ça va ? s’inquiéta-t-il.
— Je crois, affirma Harry. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Avant de lui répondre, Pritchard posa sa baguette sur la broche qui
lui servait de badge de communication pour appeler du renfort.
— J’ai commis une faute de débutant, dit-il enfin, et j’ai de la
chance que tu sois mon partenaire.
Harry grogna : soit il n’avait pas encore récupéré toutes ses
facultés d’analyse et de compréhension, soit ce que venait d’exposer
Pritchard n’avait ni queue ni tête. Il n’eut pas l’occasion de réclamer
des éclaircissements, car Faucett et Janice arrivaient en trombe,
baguette au clair.
— Un problème ? demanda le commandant après avoir évalué la
scène du regard.
— Je suis trop bête ! tempêta Pritchard. J’ai libéré ce type sans me
trouver à la distance de sécurité et sans vérifier que Potter pouvait me
couvrir. Résultat, il m’a pris ma baguette et a attaqué Potter avec. Si
Potter ne savait pas faire de magie sans baguette, on serait dans la
merde.
— Quoi ! je n’ai rien fait ! protesta Harry. C’est lui qui m’a eu,
grimaça-t-il en se tâtant l’occiput.
— Ton Protego était tellement puissant que vous avez tous les
deux été projetés en arrière, expliqua Pritchard.
— Mais puisque je te dis que je n’ai pas eu le temps de le
prononcer !
— Tu l’as pensé ?
— Oui, mais…
— Sort informulé, lui indiqua son partenaire.
Harry cligna des yeux pour tenter de considérer cette hypothèse.
Janice en profita pour s’agenouiller auprès de lui et lui examiner
l’arrière de la tête.
— Magnifique bosse, commenta-t-elle.
Elle appliqua sa baguette à l’endroit douloureux et murmura un
sortilège de guérison.
— C’est bon, tu ne saignes pas, le rassura-t-elle. Tu as encore mal ?

138
UN HIVER EN SOLITAIRE

— Beaucoup moins, l’informa Harry reconnaissant. Tu veux dire


que j’ai fait de la magie incontrôlée ? demanda-t-il à son partenaire.
— Non, puisque tu pensais à un sort particulier qui a bien été
lancé, le contredit Faucett. C’est incontestablement de la magie sans
baguette. Il ne doit pas y avoir plus de dix sorciers en Angleterre qui
en sont capables, précisa-t-il. Et encore moins en utilisant des sorts
informulés. Joli coup, Potter.
Il se pencha sur le suspect qui n’avait toujours pas repris
conscience et l’examina. Harry put voir du sang qui dégouttait dans
ses cheveux.
— J’espère qu’il ne va pas porter plainte pour attaque avec un sort
offensif durant un interrogatoire, s’inquiéta Pritchard.
— Si on précise que c’est un sort défensif lancé par Harry Potter,
tout le monde s’étonnera que cet imbécile soit encore vivant, le
rassura Janice.

139
IX – Marais poitevins
Avril – 28 juin 2003

En avril, Ginny eut un second stage avec l’équipe d’Angleterre


dont elle revint ravie. Elle avait désormais l’assurance de représenter
son pays à la Coupe du monde. Olivier Dubois aussi était confirmé,
de même que Gwenog Jones pour le pays de Galles. Sur les conseils
de son entraîneuse, Ginny prit une semaine de repos. Si on pouvait
appeler ainsi se limiter à seulement trois heures de préparation
physique par jour.
Plusieurs fois, au cours des mois écoulés, Harry s’était dit qu’il
détesterait le Quidditch tant ce sport empiétait sur sa vie de couple
s’il n’éprouvait pas lui-même autant de plaisir à y jouer. Il faisait
toujours partie de l’équipe des Aurors, laquelle avait été remaniée
cette année-là.
Pour commencer, Angelina avait surpris tout le monde en refusant
de reprendre son poste de poursuiveuse. Elle ne s’en était pas
expliquée, indiquant simplement qu’elle n’en avait plus envie. Seul
Harry savait que c’était parce qu’elle désirait débuter une grossesse et
qu’elle estimait ce sport dangereux pour son projet familial.
Il n’avait pas été difficile de lui trouver une remplaçante. Au mois
de septembre précédent, Demelza Robins avait franchi d’un pas
décidé la porte du quartier général des Aurors. Ainsi que Harry l’avait
espéré quand il était allé faire sa séance de recrutement à Poudlard,
elle avait posé sa candidature et avait été admise dans le prestigieux
corps des adversaires de la magie noire. Elle était enthousiaste,
appliquée, et celui qui supervisait sa formation avait l’air satisfait
d’elle. Elle était rentrée dans leur équipe de Quidditch avec plaisir,
ravie de rejouer avec Harry.
Il avait lui aussi pris de court ses coéquipiers en déclinant le poste
d’attrapeur au profit d’Owen. L’idée lui en était venue l’été
précédent, au Terrier. Le Quidditch était une occupation dominicale
très appréciée par une bonne partie de la famille. Les frères Weasley
LES BÂTISSEURS

aimaient s’y adonner, ainsi que Arthur quand on insistait un peu. En


dehors de ses périodes de grossesse, Fleur se défendait plutôt bien
comme batteuse. Ginny, qui était devenue trop forte pour leur niveau
amateur, avait choisi le poste de gardien, car c’était celui où elle était
le moins à l’aise. George jouait poursuiveur, ayant refusé de
retoucher à une batte depuis que son frère n’était plus là pour lui
servir de partenaire.
En fonction du nombre de participants, ils étaient obligés de
réduire les équipes et d’assurer les rôles dont ils n’avaient pas
l’habitude, ce qui abaissait le niveau technique, mais garantissait de
fréquents fous rires.
À l’origine, Harry s’était naturellement proposé comme attrapeur,
mais Ginny lui avait suggéré de s’entraîner comme poursuiveur pour
varier un peu. Il avait eu beaucoup de mal au début – sa précision en
tir laissait à désirer – puis il avait apprécié de jouer durant tout le
match et non seulement quand le Vif daignait apparaître. Avec le
temps, il avait peu à peu réussi à occuper correctement ce nouveau
poste.
Il lui avait donc paru naturel de continuer sur sa lancée dans
l’équipe des Aurors. Il savait en outre qu’Owen était ravi de retrouver
la place qu’il avait à Poudlard chez les Serpentards.
Leur début de saison n’avait pas été mauvais même s’il était peu
probable qu’ils obtiennent la Coupe du ministère. Harry appréciait
d’être un poursuiveur seulement correct après avoir été un attrapeur
hors pair : cela lui donnait un défi à relever.
*
Début mai, des matchs amicaux internationaux firent voyager
Ginny. Elle partit très excitée pour le sud de la France où se
déroulaient ces rencontres. On fit la fête au Terrier quand l’équipe de
Ginny revint après avoir pratiquement tout gagné. Ginny put se
libérer pour déjeuner avec tout le monde.
Angelina et George en profitèrent pour annoncer une grande
nouvelle : ils attendaient un bébé pour l’hiver suivant. De son côté,
Fleur, dans son huitième mois de grossesse, promenait un joli ventre
bien rond.
— Mes parents ont des places pour la demi-finale, apprit-elle à
Ginny. Ils comptent bien t’y voir.

142
MARAIS POITEVINS

— Et Charlie et moi nous serons là pour la finale dans les marais


Poire-vin, lui rappela Bill.
— Poitevins, corrigea Fleur.
— C’est pareil. On veut cette coupe, hein ! Vive l’Angleterre !
— Bill, tu ne vas pas partir en France alors que ton bébé aura à
peine un mois, protesta Molly.
— Ce n’est pas grave, assura Fleur. Je ne vais pas l’empêcher d’y
aller parce que je ne peux pas le faire. Il gardera les enfants à la
prochaine Coupe du monde.
— Si nos pays se rencontrent dès la demi-finale, vous serez
ensemble pour la suivre à la radio, remarqua Arthur.
— Je vais peut-être vous l’envoyer, prévint Fleur. Il hurle tellement
en écoutant les matchs que cela risque de faire peur au bébé.
— Quand la France a joué la semaine dernière, ce n’est pas moi qui
ai chanté la Marseillaise pendant deux heures.
— Je pourrai prendre Vic et le bébé chez moi pour vous laisser
vous égosiller ensemble tout votre soûl, si vous voulez, proposa
obligeamment Andromeda faisant rire la famille et rougir les
intéressés.
— Le pays de Galles se débrouille bien aussi, dit Harry quand les
rires se furent calmés en rappelant la victoire de cette équipe contre
l’Ouganda, la semaine précédente.
— C’est vrai. J’ai écrit à Gwenog pour la féliciter, les informa
Ginny. Nous sommes contentes de ne pas avoir été réparties dans la
même poule. J’espère que nous ne nous rencontrerons qu’en finale.
— Tant qu’elle n’est pas contre toi, elle peut compter sur notre
soutien, assura Charlie. Au fait, tu ne pourrais pas me la présenter un
jour, la super batteuse ?
— Je me méfierais à ta place, sourit Harry. Elle a transformé son
dernier soupirant en cloporte.
— Je croyais que tu ne lisais pas les journaux à scandale, le taquina
Ron.
— C’est elle qui me l’a dit.
— Elle aime beaucoup Harry, précisa Ginny.
— Si un jour il rentre à la maison sous la forme d’un cafard, tu
sauras pourquoi, plaisanta George.

143
LES BÂTISSEURS

— Et toi, Harry, tu n’as pas pris de places pour aller voir les
matchs ? s’étonna Ron.
— Si on arrive en demi-finale, j’essaierai d’en obtenir pour lui,
assura Ginny.
*
Ginny repartit pour la France, et toute la famille suivit avec passion
le déroulement des matchs de qualification. Harry se retrouva avec
une nouvelle occupation qui meubla certaines de ses soirées. Le
lendemain du départ de sa fiancée, Demelza Robins vint le trouver :
— Excuse-moi, Harry, je peux te demander quelque chose ?
— Bien sûr, accepta celui-ci, pensant qu’elle n’avait pas compris
une explication de son formateur.
— On nous a dit que tu avais entraîné les élèves de Poudlard pour
se battre contre Tu-Sais-Qui. Alors comme notre examen de passage
en seconde année est dans trois mois, mes camarades et moi on
aimerait bien que tu nous aides un peu pour l’épreuve de duel.
Harry balaya des yeux la pièce et vit que les plus récents aspirants
Aurors les observaient, bien qu’étant sagement restés à leur bureau. Il
reporta le regard vers Demelza qui tenta crânement de paraître
détendue. Elle était juste trahie par sa main gauche qui tortillait
nerveusement le tissu de sa robe.
— Vous n’avez pas des entraînements ? s’enquit Harry.
— Une fois pas semaine, ce n’est pas assez ! Et puis ce n’est
jamais la même personne et il n’y a pas de suivi.
Harry se souvint de sa propre expérience. C’était les Aurors qui
n’étaient pas occupés ailleurs qui assuraient les cours hebdomadaires.
C’était donc davantage l’emploi du temps de la brigade qui décidait
du roulement des formateurs qu’un véritable programme
pédagogique.
— Vous voudriez combien de cours supplémentaires ? demanda-t-
il prudemment.
— Au moins deux à trois fois par semaine, osa Demelza.
— Mais je ne peux pas être là aussi souvent entre mes missions et
mes gardes.
— Tu as fait beaucoup de gardes les mois derniers, contra-t-elle. Je
croyais que c’était chacun son tour.

144
MARAIS POITEVINS

Elle avait manifestement pensé à toutes les objections qu’il pouvait


lui opposer.
— Si c’est après dix-neuf heures, cela ne devrait pas interférer avec
notre travail, intervint Pritchard de son bureau.
— Tu ne veux pas les donner ces cours, toi ? demanda Harry un
peu agacé par son ingérence.
— Ma femme m’attend à la maison, répliqua Pritchard d’une voix
neutre.
Harry vit les lèvres de la jeune aspirante se serrer comme pour
réprimer un sourire et il rendit les armes :
— D’accord, j’ai compris, cela m’occupera pendant que ma
fiancée défend l’honneur de notre pays de l’autre côté de la Manche.
C’est bon, Demelza, je vous entraîne deux fois par semaine, en plus
de votre cours normal. Mardi et jeudi, ça te va ?
— C’est parfait Harry ! Merci, merci !
Elle fila comme si elle ne voulait pas lui donner l’occasion de
changer d’avis et fut bientôt entourée des deux aspirants de sa
promotion. Harry les vit conférer, féliciter leur ambassadrice et se
tourner vers lui le sourire aux lèvres.
— C’est quoi ton intérêt dans l’histoire ? s’enquit Harry.
— Ça t’entraînera toi aussi. On ne sait jamais, si un autre mage
noir décidait d’asservir l’Angleterre, ça peut servir.
Il se replongea dans ses papiers, refusant manifestement d’en dire
davantage. Harry se repencha à son tour sur son travail tout en se
demandant par quoi il ferait commencer ses élèves.
Le premier cours s’avéra plus plaisant qu’il ne l’avait imaginé. Il
n’avait que trois aspirants à former et, s’ils manquaient de pratique,
ils étaient pleins d’enthousiasme. Ils avaient en outre quatre ans de
moins que lui et il trouva plus facile de leur donner des directives
qu’à ses camarades de promotion. Et puis cela occupait ses soirées.
*
Trois semaines plus tard, l’Angleterre et le pays de Galles se
qualifièrent pour les quarts de finale, deux jours avant que la France y
parvienne à son tour. Fleur donna le même jour naissance à une petite
fille qu’elle nomma Dominique – Victoire était déjà pris. Ce fut un
jour de fête au Terrier.

145
LES BÂTISSEURS

Quatre jours après, Harry fut convié à rejoindre son commandant


dans son bureau. À la porte, il rencontra Janice.
— Une nouvelle mission pour nous deux ? demanda-t-il.
— Si c’est ce que je crois, tu devrais aimer, sourit-elle.
Il n’eut pas le temps de la prier de s’expliquer, car elle entra dans
la pièce et Faucett les invita à s’asseoir.
— Comme vous le savez sans doute déjà, commença le
commandant, le ministre de la Magie va se déplacer en France pour
voir les matchs que l’Angleterre et le pays de Galles vont jouer le
week-end prochain. Il m’a demandé de lui proposer deux gardes du
corps.
— Oh ! fit Harry comprenant enfin.
— J’ai pensé que ça te plairait, le taquina Faucett.
— Je ne suis sûrement pas le seul à être intéressé, opposa Harry.
— J’ai choisi mes deux meilleurs duellistes, expliqua le
commandant. Vous partez après-demain. Vous êtes attendus au
cabinet du ministre pour recevoir votre feuille de route et les
recommandations d’usage.
Les deux Aurors obtempérèrent et sortirent du quartier général
pour se rendre dans les bureaux de Shacklebolt.
— Alors, content de revoir ta fiancée plus tôt que prévu ? s’enquit
Janice.
— Je ne sais pas si on aura l’occasion de se croiser, remarqua
Harry. Tu crois qu’on assistera aux matchs ?
— Aucune idée. C’est la première fois qu’on me désigne pour ce
genre de mission.
— Tu n’as jamais été garde du corps ? s’étonna Harry.
— Scrimgeour estimait qu’il pouvait se défendre tout seul et qu’on
avait assez de boulot sans perdre du temps à le suivre à la trace.
Quant à Fudge, il préférait ceux qui présentaient bien.
Harry jeta un regard à sa compagne : femme et bandeau sur l’œil.
Sans doute pas assez prestigieux pour l’ancien ministre.
— Il ne m’aurait pas choisi non plus, supposa-t-il.
— S’exposer à côté de quelqu’un qui aurait pu lui faire de
l’ombre ? Peu probable effectivement, abonda Janice.

146
MARAIS POITEVINS

— Remarque, songea Harry, s’il était toujours à son poste, moi je


ne serais pas Auror. Ombrage m’avait prévenu que je ne passerais pas
les tests de personnalité, car j’étais trop déséquilibré à son goût.
— Cette femme me faisait le même effet que les Détraqueurs,
commenta Janice. J’avais le Patronus qui me démangeait à chaque
fois que je la voyais.
Harry se dit que le résultat de leur confrontation aurait pu être
intéressant. Tout en conversant, ils avaient pris les ascenseurs et
étaient parvenus à destination.
Ils furent reçus par la secrétaire du ministre.
— Bonjour. Je m’appelle Mandy Brocklehurst, se présenta-t-elle.
Janice Davenport ?
— C’est bien moi, confirma la collègue de Harry.
La jeune femme regarda Harry avec hésitation, ne sachant pas
comment l’aborder. Elle habitait juste à côté de chez Ron et
Hermione et ils s’y croisaient de temps en temps. Il décida qu’il
n’avait aucune raison de cacher qu’ils se connaissaient.
— Bonjour, Mandy, dit-il en lui serrant la main.
— Bonjour Harry. Installez-vous, s’il vous plaît, nous avons des
formalités à effectuer.
Mandy était une secrétaire bien moins compassée que ne l’avait été
Percy. C’est en souriant et plaisantant qu’elle leur donna une série de
parchemins à signer.
— Les Français vont vous délivrer des badges pour vous permettre
de circuler dans le village sportif, expliqua-t-elle. Vous aurez aussi
accès aux lieux réservés aux personnalités invitées. Voilà un petit
manuel qui décrit l’étiquette pour chacune des situations auxquelles
vous serez confrontés. L’un de vous parle-t-il français ?
— Je comprends quelques mots usuels, indiqua Janice tandis que
Harry secouait négativement la tête.
— Il y aura une interprète officielle qui voyagera avec le groupe.
Elle s’appelle Elaine Turpin.
— Elle est de la famille de Lisa ? demanda Harry se souvenant que
celle-ci avait été dans la classe de Mandy.
— C’est sa mère, confirma-t-elle.
— Qui d’autre viendra avec nous ? s’enquit Janice.

147
LES BÂTISSEURS

— Nous aurons le ministre et la cheffe du département des Sports,


Joscelind Wadcock, accompagnée de son secrétaire Rudolph Gamp.
— Vous n’êtes pas du voyage ? demanda Janice.
— Non, je reste sur place pour traiter les affaires courantes et
envoyer des rapports quotidiens au ministre.
Elle ne paraissait pas déçue de ne pas venir avec eux. Sans doute
que l’idée d’être seule aux commandes ne lui déplaisait pas. Elle était
peut-être moins abrupte que le frère de Ginny, mais elle était tout
aussi ambitieuse. Harry se dit que son poste devait être assez
passionnant.
— Le programme de la délégation est-il arrêté ? demanda Janice.
— Oui, en voici une copie. Discours et visites diverses le premier
jour, match Angleterre – Mali le lendemain. Rencontre pays de Galles
contre l’Inde le jour suivant. Plusieurs rendez-vous à Paris durant la
semaine puis demi-finale le samedi ou le dimanche, en fonction de
nos qualifications. Vous rentrez ensuite en Angleterre et repartirez le
week-end suivant pour la finale, s’il y a lieu.
— Quel sera exactement notre rôle ? demanda Harry.
— Surtout de la décoration, convint Mandy. Le pays qui reçoit est
traditionnellement chargé de la sécurité. Les ministres ont toujours
des gardes du corps en uniforme, mais c’est davantage une question
de statut que de protection.
Harry rentra chez lui avec son exemplaire de l’étiquette française.
Avant de l’ouvrir, il composa un bref message à l’intention de Ginny
et demanda à Miffy, sa petite elfe, d’aller le porter à la poste de Pré-
au-Lard pour l’envoyer par mouette long-courrier.
Il joignit ensuite Ron et Hermione par cheminée pour les informer
de son prochain voyage.
— C’est super ! s’écria Ron. Ginny va être ravie.
— J’espère ! Je viens de lui écrire.
— Tu l’as dit à ma mère ?
— Je l’appelle tout de suite, assura Harry.
Deux heures plus tard, il avait parlé à toute la famille et affirmé à
Fleur qu’on lui avait fourni toutes les indications nécessaires pour la
réussite de son périple, mais n’avait pas beaucoup avancé dans sa
connaissance des coutumes françaises. Il finit par dire à ses elfes qu’il

148
MARAIS POITEVINS

ne prenait plus d’appels et il alla s’installer dans la bibliothèque avec


le document que Mandy lui avait remis.
*
Toute la délégation se retrouva dans le bureau de Shacklebolt un
quart d’heure avant le départ du portoloin. Conformément aux
directives qu’ils avaient reçues, Janice et Harry avaient revêtu leur
uniforme de parade et agrafé leur Ordre de Merlin. Le moment venu,
le ministre et les cinq personnes qui l’accompagnaient saisirent le
parchemin orné d’un sceau qui était à la fois leur invitation et leur
moyen de transport.
Après les sensations habituelles, ils se retrouvèrent sur un ponton
entouré d’eau. L’air était chargé d’humidité et des trilles d’oiseaux
sonnaient comme un concert de bienvenue. Autour d’eux, un village
composé de tentes multicolores reposait sur des plateformes sur
pilotis reliées par des passerelles en bois.
Un homme, portant une barbichette bien taillée, les accueillit d’une
phrase en français.
— Il nous souhaite la bienvenue et nous prie de le suivre jusqu’à
nos quartiers, traduisit Elaine Turpin. Nous aurons un quart d’heure
pour nous installer avant d’être reçus par le chef du département des
Sports français.
— Remerciez-le pour nous, lui demanda Shacklebolt.
Le personnage les conduisit par le réseau de passerelles vers un
chapiteau carré de taille moyenne. Ils virent que d’autres groupes y
étaient aussi menés. Une fois la porte franchie, il y avait un espace
dégagé d’où partaient sept corridors en étoile. L’arche de l’un d’entre
eux était surmontée de l’Union Jack. Leur guide confirma que leurs
quartiers s’y trouvaient. Docilement, les Britanniques se dirigèrent
vers l’endroit qui leur était assigné. Des étiquettes indiquant les noms
du ministre et de son chef de département leur attribuaient chacun une
chambre. Le secrétaire et la traductrice en partageaient une autre. La
dernière portait la mention Aurors.
— Harry et Janice, posez vos affaires et inspectez s’il n’y a pas de
sorts d’écoute dans les chambres. Je me charge de la mienne.
— Bien, Monsieur le ministre, répondit cérémonieusement Janice,
bien qu’elle l’appelât par son prénom quand ils étaient en privé.

149
LES BÂTISSEURS

La pièce qui leur avait été attribuée mesurait moins de cinq mètres
carrés et n’était meublée que d’un lit superposé et de deux chaises. Il
y avait une porte, menant sans doute à une salle d’eau.
— Ce n’est pas le grand luxe, commenta Janice. J’espère que cela
ne te dérange pas de dormir dans ce placard avec moi.
— J’ai l’habitude des placards, la rassura sobrement Harry.
Ignorant le regard interrogateur de sa colocataire, Harry observa
leurs quartiers. Il nota que les lits semblaient neufs, les matelas
confortables et que des rideaux autour de chacune des couches leur
permettraient de se ménager un peu d’intimité.
— Ce n’est pas si mal, jugea-t-il.
— Je m’installe en haut, décréta sa collègue.
Elle lança son balluchon sur sa couchette et ordonna :
— Tu vérifies notre chambre et celle de Gamp et Turpin. Je me
charge de l’autre.
Harry obtempéra. Vu la taille de la pièce et celle de la salle de
bains, ce fut vite exécuté. Il alla ensuite frapper à la porte du
secrétaire et de l’interprète. La chambre était nettement plus
spacieuse que la sienne : il y avait deux lits à une place dans des
niches dissimulées derrière des rideaux. Il supposa que les deux
autres étaient encore plus grandes.
Janice était dans le couloir quand il ressortit.
— Ça a l’air correct, commenta-t-elle. Il nous reste cinq minutes.
On fait un petit tour ?
Ils retournèrent vers l’entrée de la tente. Deux gardes du corps
coiffés de turbans gardaient désormais le corridor surmonté du
drapeau indien. Ils leur adressèrent un signe de tête puis sortirent. Ils
examinèrent les autres chapiteaux de formes et couleurs diverses qui
se dressaient aux alentours, séparés d’eux par des nénuphars en fleur.
Ils eurent juste le temps de faire le tour du pavillon qui abritait
leurs chambres – il y avait à peine la place de passer entre la toile et
le bord de leur ponton – avant que l’on ne revienne les chercher.
L’envoyé français était une femme qui portait une robe plus
décolletée que ce que les sorcières anglaises se permettaient quand
elles n’étaient pas en robe de soirée. Avec un charmant sourire, elle
convia tout le monde à la suivre en plusieurs langues. Ils furent

150
MARAIS POITEVINS

pilotés vers une tente circulaire rouge vif, plus grande que la leur. Le
chef du département des Sports français et son épouse les attendaient
et ils accueillirent leurs invités d’un mot aimable, relayés par les
traducteurs.
On leur remit des laissez-passer, puis leur délégation fut introduite
dans un salon où se trouvait un buffet somptueux. Janice et Harry, se
pliant à l’emploi du temps qui leur avait été transmis à Londres,
abandonnèrent leurs compatriotes pour se rendre à une conférence
prévue pour les gardes du corps. Des écriteaux, qui clignotaient
alternativement en plusieurs langues, indiquaient les directions et leur
permirent de parvenir sans encombre dans une tente blanche à
l’aspect modeste.
— À première vue, c’est bien mieux organisé que la Coupe qui
s’est déroulée chez nous, observa Janice.
Des Aurors de plusieurs nationalités s’y trouvaient déjà, dans des
uniformes plus ou moins rutilants. Harry jugea que le sien faisait
partie des plus fonctionnels, à défaut d’être particulièrement élégant.
Les chuchotements et doigts pointés en sa direction firent savoir à
Harry qu’il était connu de tous. Il s’y était attendu, mais cela ne
rendait pas la situation plus agréable pour autant.
Ils n’eurent aucune difficulté à comprendre ce que débita le
commandant des Chasseurs1. La traduction de son discours défilait en
plusieurs langues sur le mur derrière lui. Le sens était clair : les
Chasseurs français maîtrisaient tous les aspects de la sécurité, le
périmètre était parfaitement contrôlé et leurs homologues étrangers
n’étaient là que pour la parade.
— Toujours aussi arrogants, ces Français, commenta Janice d’une
voix moqueuse.
Harry ne comprenait pas les bougonnements autour de lui, mais le
ton laissait présager que c’était ce qui se disait également en bambara,
bulgare, espagnol et autres dialectes. L’allocution terminée, on leur
proposa une collation moins raffinée que celle auprès de laquelle ils
avaient laissé leurs ministres. Quand Janice se déplaça, il la suivit
pour ne pas rester trop exposé à la curiosité de ses collègues.

1
Les Chasseurs sont les Aurors français. Ce terme vient de la série Le
Corbeau, écrite par snakeBZH.

151
LES BÂTISSEURS

Elle se dirigea vers un Chasseur, reconnaissable à son béret noir.


— Bonjour, Pierre, salua-t-elle en français.
L’autre la regarda interloqué, se demandant manifestement
comment elle le connaissait. Au bout d’une bonne dizaine de
secondes pendant lesquelles Janice se laissa dévisager en souriant,
l’entendement éclaira les traits du Français :
— Jânisse ! s’exclama-t-il en la serrant contre lui et il lui planta
deux baisers sonores sur les joues.
Il se mit à parler à toute allure dans sa langue, visiblement ravi de
la retrouver. Elle leva les deux mains en riant, ne comprenant rien à
ce qu’il disait. Son ami se calma et exprima, moitié en français,
moitié en anglais, sa joie et sa surprise de la revoir après tant
d’années. Elle lui répondit dans le même sabir et Harry se sentit
rapidement de trop. Il repartit vers le buffet et passa l’heure suivante à
sourire et saluer tous ceux qui venaient se présenter à lui. Plusieurs,
dans un anglais plus ou moins bon, le félicitèrent pour son célèbre
affrontement contre Voldemort. Le chef des Chasseurs en personne
vint l’entreprendre dans un anglais parfait :
— Monsieur Potter, nous avons été très heureux de vous voir sur la
liste de la délégation britannique. Le récit de vos exploits a traversé la
Manche.
— Je suis ravi d’avoir été désigné pour venir, répondit Harry.
— Il est vrai que vous avez un intérêt particulier pour le Quidditch.
Votre fiancée joue demain, n’est-ce pas ?
— Effectivement.
— J’espère que nous nous rencontrerons en demi-finale, les matchs
France-Angleterre sont toujours passionnants.
— Vous avez un jeu très créatif et Thierry Prévolant est un gardien
remarquable, répondit diplomatiquement Harry, répétant les propos
que Fleur avait tenus au Terrier le dimanche précédent.
— Je vois que vous êtes un connaisseur. J’espère que vous êtes
bien logé. Je sais que les chambres réservées aux Chasseurs étrangers
ne sont pas très spacieuses, j’en suis désolé, mais nous ne pouvions
étendre à l’infini la zone protégée de la curiosité des Moldus.
— Nous sommes très bien installés, affirma Harry. J’ai trouvé vos
panneaux indicateurs très pratiques. Nous sommes assurés de ne pas
nous perdre.

152
MARAIS POITEVINS

— Comme je l’ai signalé tout à l’heure, ne sortez en aucun cas des


limites du camp, surtout le soir. Dans le noir, un plongeon est à
craindre.
— Je ne manquerai pas de transmettre cette consigne à mon
ministre.
Harry trouva Janice rajeunie quand elle vint le rejoindre avec sa
connaissance.
— Je te présente mon ami Pierre Belléclair. C’est un duelliste
expliqua-t-elle. On s’est rencontrés dans des compétitions
internationales à la fin des années 70. Il a continué plus longtemps
que moi et a intégré les Chasseurs une fois sa carrière sportive
terminée. Ça faisait près de vingt-cinq ans qu’on s’était perdus de
vue !
En serrant la main de l’ancien duelliste, Harry calcula que la
dernière fois qu’ils s’étaient croisés, sa collègue était encore fiancée à
Christopher McKinnon et non défigurée. Sans doute l’avait-il trouvée
changée.
— Mon partenaire, Harry Potter, complétait-elle.
— Content faire connaissance, ânonna l’ami de Janice avec un fort
accent.
Pour meubler la conversation, Harry indiqua à quel point il avait
aimé la France lors de son séjour trois ans auparavant et décrivit ce
qu’il y avait visité. Ils retournèrent ensuite ensemble vers le chapiteau
de réception où leurs compatriotes les attendaient. Janice et son ami
reprirent une attitude plus professionnelle et les deux Aurors anglais
encadrèrent leur ministre pour la suite du programme.
Ils furent installés par petits groupes sur des barques pour une
visite des fameux canaux sillonnant le marais poitevin. Les
Britanniques avaient été répartis avec les Indiens, ce qui leur permit
de discuter entre eux sans avoir besoin de traduction. Un guide
français parlant leur langue souligna les aspects pittoresques des lieux
qu’ils traversaient.
Quand ils revinrent dans le pavillon de réception, une exposition de
photos avait été mise en place. Elle retraçait tous les matchs qui
s’étaient déroulés depuis le début de la compétition, mettant les
joueurs à l’honneur.

153
LES BÂTISSEURS

— Ce qui est bien, chuchota Janice à l’oreille de Harry, c’est que


pour le moment, on est tous des vainqueurs et cela ne nous évoque
que de bons souvenirs.
Le cognard qui fonçait vers Ginny, envoyé avec brutalité par un
batteur polonais, n’évoqua rien de plaisant à Harry. Le magnifique
but qu’elle marquait quelques images plus loin, par contre, ferait
assurément sa fierté. Harry se demanda s’il n’y avait pas la possibilité
d’en faire une copie.
Il y eut ensuite le dîner que Harry jugea un peu lourd, mais
délicieux, puis ce fut l’heure d’aller se coucher. Le chemin était
éclairé par des boules lumineuses flottantes qui jalonnaient le
parcours menant le plus directement au chapiteau carré où se
trouvaient leurs chambres. Le reste du camp était plongé dans
l’obscurité. Harry et Janice échangèrent un regard. Tout était prévu
pour canaliser les invités.
— Tout le monde chez moi pour le débriefing, indiqua Kingsley
quand ils s’engouffrèrent dans le couloir qui leur était dévolu.
La pièce attribuée à Kingsley était agréable et comportait même
une fenêtre magique, montrant un ciel étoilé éclairé par une lune
décroissante. Elle était meublée d’un lit à deux places, d’un bureau et
de suffisamment de chaises pour qu’ils puissent tous s’installer
confortablement.
— Alors ? demanda Shacklebolt à ses Aurors.
— Les Chasseurs n’ont manifestement pas envie de nous voir jouer
les gros bras, résuma Janice. Cela dit, la configuration des lieux
facilite la supervision des entrées. Tout le périmètre est couvert
d’anti-Moldus et anti-transplanages. La fabrication des portoloins
amenant ici a été soigneusement contrôlée et des guetteurs sont postés
pour surveiller qu’aucun bateau n’accoste sans autorisation. Je ne
pense pas que quiconque soit moins en sécurité dans cet endroit qu’au
ministère ou sur le Chemin de Traverse.
— Compte tenu du fait que j’ai laissé mes ennemis en Angleterre,
il y a des chances que je sois même davantage en sécurité, plaisanta
Kingsley.
— Les rencontres sportives se dérouleront sur une île à trois
kilomètres au nord-est d’ici, précisa Harry. Des embarcations seront
mises à notre disposition pour nous y rendre.

154
MARAIS POITEVINS

— Joscelind ? demanda Shacklebolt à sa cheffe de département.


— J’ai pris des contacts avec mes homologues. Il est encore trop
tôt pour parler de notre idée d’accueillir le prochain tournoi de
Bavboules à mon avis.
— Tu as raison. Commence par te faire des relations et montre que
tu connais bien leurs champions. Attendons quelques jours avant de
faire des propositions. Elaine, des discussions intéressantes avec les
autres interprètes ?
— J’ai surtout utilisé cette soirée pour faire connaissance. Nos
conversations ont été très convenues.
— C’est toujours comme ça le premier jour, commenta Kingsley.
— Et de ton côté ? s’enquit Janice.
— On m’observe. On se demande si j’ai autant l’intention de
bouleverser la société sorcière anglaise que les journaux le
prétendent. Aux questions qu’ils m’ont posées, je me rends compte
qu’ils suivent ça d’encore plus près que je ne le croyais. Évitez
d’évoquer en public notre nouvelle politique envers les créatures
magiques, c’est un sujet sensible. Un Français, dont je n’ai pas saisi la
fonction exacte, m’a demandé s’il était vrai que nous avions libéré
tous les elfes de maison.
Tous opinèrent pour marquer qu’ils prenaient note.
— Et toi, Harry ? questionna le ministre. On m’a beaucoup parlé de
toi.
— Ce n’est pas pire que de me promener sur le Chemin de
Traverse, relativisa le jeune homme. Même s’il est un peu
déconcertant de constater qu’on me connaît aussi en Asie et en
Afrique.
— Mesure tes propos, lui conseilla Shacklebolt. Il y a beaucoup de
journalistes ici. Donne le moins possible ton avis sur les questions
politiques si tu ne veux pas faire les premières pages.
— D’accord.
— Bien, si personne n’a rien à ajouter, je pense qu’il est temps de
dormir. Nous sommes attendus demain pour le petit-déjeuner à huit
heures.
*

155
LES BÂTISSEURS

Le premier repas de la journée était servi dans le pavillon de


réception. Pour l’occasion, les longues tablées de la veille avaient été
remplacées par des petites tables rondes autour desquelles les
membres des délégations pouvaient se regrouper. Harry et Janice
profitèrent des viennoiseries françaises, mais leurs compatriotes
prirent des aliments plus conformes au breakfast traditionnel anglais.
— J’ai besoin d’une ou deux tasses de thé avant de faire des
découvertes culinaires, plaisanta Shacklebolt. D’ailleurs, leurs
saucisses sont très bonnes.
À neuf heures, ils furent embarqués sur des barques à fond plat qui
les amenèrent sur l’île où avaient lieu les rencontres sportives. Les
Aurors furent placés au fond de la loge qui avait été attribuée aux
ministres sorciers. Cela leur permettait de suivre le match, mais aussi
de contrôler ceux qui pénétraient dans l’espace où ils se trouvaient.
— Nerveux ? demanda Janice à Harry qui tendait le cou pour voir
s’il n’apercevait pas Ginny.
— Le Mali se défend bien, remarqua Harry. Ils ont littéralement
écrasé les États-Unis la semaine dernière.
Les exhibitions qui précédaient la rencontre commençaient et ils
reportèrent leur attention sur le terrain. La danse africaine à laquelle
se livrèrent les mages maliens était de toute beauté et Shacklebolt
exprima son admiration à son homologue. L’Angleterre avait
demandé à ses éleveurs de chevaux ailés de préparer un spectacle
équestre volant qui fut également très apprécié.
Enfin, les joueurs entrèrent sur le terrain et Harry observa Ginny à
travers ses multiplettes. Elle avait l’air concentré et résolu. Le match
commença très fort, avec de nombreux buts marqués dans les
premières minutes, puis les joueurs prirent la mesure les uns des
autres et s’organisèrent pour bloquer les actions adverses avec de plus
en plus d’efficacité.
Au bout de trois heures de jeu, il devint évident que seul le Vif
pourrait les départager. Il était apparu plusieurs fois, mais les deux
attrapeurs s’étaient mutuellement contrés et il avait disparu sans avoir
été saisi.
À quatorze heures, des repas furent servis dans les gradins.
Régulièrement, le spectacle faiblissait, car les joueurs
s’économisaient, puis une action leur insufflait de l’énergie et ravivait

156
MARAIS POITEVINS

l’attention du public. Vers dix-sept heures, la lassitude commença à


gagner les deux équipes. De ses buts, Olivier Dubois tentait de
ranimer la vaillance défaillante de ses coéquipiers. Depuis sa place,
Harry ne pouvait pas entendre ce qu’il disait, mais il le connaissait
assez pour en deviner les grandes lignes.
Vers vingt heures, le Vif apparut au niveau du sol, près des
anneaux des Maliens. Harry le repéra et reporta son attention sur les
attrapeurs. Celui de l’équipe d’Angleterre était à l’autre bout du stade.
Il volait plus bas et aperçut la balle dorée avant son adversaire. Au
lieu de foncer directement dessus et de risquer de se faire coiffer au
poteau par son homologue, il opta pour une trajectoire circulaire qui
le rapprochait de sa proie sans pointer dans sa direction. La ruse
paya : le Malien s’éloigna, cherchant vainement à repérer l’objet de
sa convoitise.
Ce ne fut que lorsque la petite boule fut équidistante de ses deux
poursuivants que l’Anglais changea de direction et piqua dessus de
toute la vitesse de son balai. Son adversaire comprit enfin et fonça à
son tour. Le Malien était excellent et revint rapidement sur son retard.
Un instant, les Britanniques crurent qu’ils allaient perdre. Mais le
batteur anglais parvint à envoyer un cognard dans la direction de leur
point de rencontre. La chance était de son côté et ce fut le Malien qui
fut heurté. L’attrapeur anglais en profita et cueillit le Vif.
Les partisans de l’Angleterre se mirent à hurler pendant que
l’équipe victorieuse laissait exploser leur joie. Dans la tribune
officielle, Kingsley, très sobre, complimentait son homologue pour le
niveau atteint par le match. Le ministre français quant à lui réussit à
féliciter les gagnants et les perdants en une seule phrase et sans vexer
personne.
Harry, quant à lui, fixait le visage extatique de Ginny.

157
X – Permissions de minuit
29 juin – 11 juillet 2003

Le soir de la victoire de l’équipe d’Angleterre sur le Mali, un


espace fut aménagé dans le pavillon de réception pour permettre au
ministre de féliciter ses joueurs. Des journalistes couvraient cet
évènement, ce qui amena Harry et Ginny à une grande réserve. Leur
poignée de main fut à peine plus insistante, mais, pendant l’allocution
de Kingsley, ils échangèrent un long regard valant bien des discours,
qui ne passa pas inaperçu à en juger par les petits sourires des autres.
Harry discuta avec Olivier Dubois qui lui décrivit tous les moments
forts de la rencontre. Au crédit du passionné, il arriva à retracer sept
heures de match en moins d’une demi-heure. Harry dut refuser
plusieurs fois de répondre aux membres de la presse, les renvoyant à
l’entraîneur de l’équipe pour commenter la rencontre qui venait de se
dérouler, et à Shacklebolt pour les questions politiques. Trop tôt au
goût de Harry, les joueurs furent priés de regagner leur île qui se
trouvait à un kilomètre de là. Dans le désordre du départ, Harry et
Ginny arrivèrent à se voler un baiser puis la poursuiveuse suivit
docilement son équipe.
— Frustrant, commenta Janice.
— Mhm, grogna Harry qui n’avait pas envie d’épiloguer sur le
sujet.
— Allez, viens, on va boire un coup.
— On ne l’a pas encore fait ? répondit-il en montrant le buffet à
leur disposition bien garni en jus de citrouille pour les sportifs et
champagne pour les autres.
— Ça manque de whisky, opposa-t-elle.
— Et tu sais où en trouver ? s’étonna Harry.
— Oui, il y a une Brasserie qui sert les repas quand on n’est pas
invités aux officiels et qui propose des boissons fortes.
— Et comment sais-tu ça ?
LES BÂTISSEURS

— J’ai mes propres sources de renseignements, se vanta-t-elle.


Ils commencèrent par raccompagner le ministre à la tente où ils
logeaient.
— On peut aller faire un tour ? lui demanda Janice avant de le
quitter.
— Vous allez loin ?
— Non, à deux pontons d’ici. Attends, je regarde si nos badges
d’appel fonctionnent.
Elle sortit de son col un anneau au bout d’une chaînette et posa sa
baguette dessus. La gourmette de Harry se mit à chauffer.
— Impec ! annonça-t-il.
— Tu peux prêter ton badge à Kingsley ? le pria-t-elle.
Harry s’exécuta.
— Bonne promenade, leur souhaita leur ministre.
Janice lui fit un clin d’œil et entraîna Harry. La nuit était tombée
et, comme la veille, des lumignons flottant doucement dans le vent
jalonnaient le trajet menant au pavillon de réception. La collègue de
Harry alluma sa baguette et prit une passerelle qu’ils n’avaient jamais
empruntée. Sur la plateforme suivante, elle éleva sa source de lumière
pour déchiffrer un panneau indicateur.
— Tiens, tu vois, c’est écrit là.
Ils partirent dans la direction indiquée en prenant soin à l’endroit
où ils mettaient les pieds. Le chapiteau où ils se rendaient était un
parallélépipède vert qui devait se fondre dans le paysage durant le
jour. Les lumières et le brouhaha des discussions les accueillirent à
leur entrée. Les Français composaient la majeure partie de
l’assistance – des Chasseurs et le personnel de service – mais des
étrangers avaient également trouvé le chemin de ce lieu de détente.
Ils commandèrent un Pur Feu au comptoir puis cherchèrent un
endroit pour s’installer. Une voix les interpella et ils s’avancèrent vers
une table de Chasseurs. Quand il vit Janice répondre à l’invitation de
Pierre Belléclair à s’asseoir à ses côtés, Harry se dit que sa collègue
ne l’avait pas amené ici uniquement par bonté d’âme. On les félicita
poliment pour leur victoire de la journée, et deux Français eurent la
gentillesse de faire la conversation à Harry dans sa langue.

160
PERMISSIONS DE MINUIT

Au bout d’une heure et demie, après son troisième verre, Harry


décida de rentrer. Il regarda en direction de Janice, mais elle avait
disparu, ainsi que son ami. Il prit congé et ressortit. Une fois sur la
plateforme, il resta quelques secondes immobile pour habituer ses
yeux à l’obscurité. Il perçut des chuchotements sur sa droite et vit
deux silhouettes en train de discuter, accoudées à la rambarde qui
prévenait des chutes dans les marais. Il reconnut sa collègue en
compagnie du Chasseur et se garda bien de les déranger.
Il retrouva sans peine le chemin de sa tente et se coucha. Il
n’entendit pas Janice rentrer.
*
Le match auquel ils assistèrent le lendemain fut beaucoup moins
long, mais la fin fut décevante. L’attrapeur du pays de Galles
s’inclina devant celui de l’Inde. Gwenog Jones vécu très mal sa
défaite et insulta copieusement l’équipe adverse avant de s’en prendre
à ses coéquipiers. Les Britanniques espérèrent être les seuls à
comprendre l’argot vulgaire qu’elle utilisa.
Lorsqu’elle avait commencé à vitupérer, le ministre avait jeté un
regard significatif à ses Aurors. Sans doute craignait-il un
débordement, comme quelques années auparavant quand la joueuse
avait réussi à introduire sa baguette sur le terrain et avait attaqué la
batteuse adverse, une ancienne Harpie qui avait demandé son
transfert. Normalement, des mesures étaient prises pour que les
spectateurs ne puissent utiliser de magie pendant le match, mais par
diplomatie cela ne s’appliquait pas aux loges officielles. Harry et sa
collègue se préparèrent donc à intervenir si le besoin s’en faisait
sentir.
— Je ne pense pas qu’elle finira un jour arbitre, glissa Harry à
Janice.
— Pas après ce qu’elle a dit sur la moralité de celui qui officiait
aujourd’hui, convint Janice. Même si on ne comprend pas le gallois,
le geste était assez expressif.
Heureusement, le gardien de but et l’autre batteur gallois vinrent
parler à l’enragée et ils parvinrent à la convaincre de quitter les lieux.
La petite réception qui suivit fut nettement moins joyeuse que celle
de la veille. Les joueurs étaient sous le coup de leur défaite et les

161
LES BÂTISSEURS

encouragements de Kingsley sonnèrent dans le vide. Il eut rapidement


pitié d’eux et les laissa partir pour cacher leur déception.
Harry et Janice retournèrent à la brasserie, entraînant cette fois
dans leur sillage le reste de leur délégation. Des responsables des
sports de diverses nationalités s’y trouvaient déjà et une réunion
informelle à propos du prochain tournoi international de Bavboules se
tint autour de vins français et de whiskys. Harry retrouva les
Chasseurs avec lesquels il avait discuté la veille et, quand ils
apprirent que l’Auror séjournerait toute la semaine dans leur pays, ils
entreprirent de lui indiquer les endroits de Paris où l’on s’amusait le
plus. Harry leur signala en retour quels établissements de l’Allée des
Embrumes garantissaient de passer une bonne soirée sans violer trop
de lois.
Ce fut une joyeuse procession qui revint vers le pavillon d’accueil.
Certains eurent du mal avec les passerelles étroites, mais ils ne
perdirent que le secrétaire des Sports bulgare dans une jolie gerbe
d’eau. Son service de sécurité le récupéra sans problème. De son côté,
Janice avait disparu après avoir fait signe à Harry qu’il pouvait la
joindre avec son badge en cas de besoin.
Ils se rendirent tous les jours à Paris la semaine suivante, le
ministre français ayant profité de la présence des invités étrangers sur
son sol pour organiser un certain nombre de tables rondes
internationales. Harry et Janice passèrent beaucoup de temps à faire
office de potiches décoratives, ce qui semblait être le prix à payer
pour la promenade. Le mercredi soir, avant le repas, Kingsley
annonça :
— J’ai obtenu une permission de minuit, ce soir. J’emmène Harry.
Janice, qui avait sans doute d’autres projets, parut satisfaite par ce
programme.
— Où va-t-on ? demanda Harry en suivant Shacklebolt vers la
plateforme de transplanage.
— Chez des amis, sourit son ministre.
Ils atteignirent le ponton où les sortilèges anti-transplanage étaient
levés. Kingsley montra son laissez-passer aux Chasseurs qui
gardaient l’endroit et prit le bras de Harry pour l’escorter. Quand
celui-ci retrouva son équilibre, il se trouvait devant une porte qu’il

162
PERMISSIONS DE MINUIT

reconnut. Kingsley saisit le heurtoir et quelques secondes plus tard,


les parents de Fleur les accueillaient dans leur maison.
— Cher Kingsley, Cher Arry, roucoula Madame Delacour. Quel
plaisir de vous voir !
Son mari leur serra la main avec conviction et Gabrielle les
embrassa sur la joue. Au moment où elle se haussait vers lui, Harry la
trouva absolument sublime. Quand elle recula, il lui jeta un regard de
reproche, conscient que son élan vers elle n’était pas naturel.
— Gabrielle ! lança Apolline. Excusez-la, vous savez comment
sont les jeunes filles de cet âge, justifia-t-elle avec indulgence.
Harry se souvint que Fleur avait aussi tendance à utiliser ses
pouvoirs de séduction sans modération lorsqu’il l’avait croisée pour
la première fois. Durant le dîner, ils commentèrent les résultats
sportifs.
— C’est deumage pour votre équipe galloise, remarqua Monsieur
Delacour. Mais vous devez être contents pour l’Angleterre et la petite
Ginny.
— Effectivement. La rencontre de dimanche sera sûrement très
intéressante. Vous y serez ?
— Oui, nous sommes ravis que nos billets correspondent à la demi-
finale France-Angleterre, se réjouit Apolline. Quel deumage que
Fleur ne puisse venir. J’ai essayé de la convaincre, je lui aurais cédé
ma place, mais elle n’a pas voulu. Elle préfère ne pas s’éloigner de
son bébé. Elle ne peut pas se permettre de rester coincée chez nous
comme c’est déjà arrivé à cause d’une grève-surprise des portoloins.
— Dimanche prochain risque d’être explosif, chez eux ! remarqua
Kingsley.
— Pour parer à toute éventualité, Andromeda a promis de prendre
les deux enfants chez elle, précisa Harry.
— Cela me semble sage, commenta le ministre. Vous devez être
heureux d’avoir un second petit enfant.
— Oui, c’est une grande joie. Nous avons parlé à Victoire l’autre
jour. Vous savez qu’elle répond toute seule à la cheminée quand sa
mère n’est pas dans la pièce ? Elle est enchantée d’avoir une petite
sœur. Elle lui fait plein de câlins, c’est adorable.
— Je crois que Bill sera là pour la finale avec Charlie, poursuivit
Harry.

163
LES BÂTISSEURS

— Oui, ils doivent dormir ici, car ils n’ont pas trouvé de portoloins
pour rentrer le soir même.
Durant le repas, Kingsley évoqua avec les Delacour leurs
connaissances communes qui dataient du temps où la famille
française s’occupait de garantir un lieu et un moyen de subsistance
aux sorciers anglais qui fuyaient le régime de Voldemort. Monsieur
Delacour leur apprit que le mouvement français Les Sangs-Purs
d’abord, qui s’était fait discret après la chute du tyran anglais,
reprenait peu à peu du poil de la bête et cherchait à faire pression
auprès du ministère français pour limiter certains postes officiels aux
« familles traditionnelles ».
— Enfin, pour le moment, c’est loin d’être l’opinion dominante,
tempéra Monsieur Delacour. Nous n’allons pas faire appel à tes
services tout de suite, plaisanta-t-il en regardant Harry.
— Ce genre d’idée n’a pas complètement disparu chez nous, fit
remarquer Kingsley. Certains étaient bien contents que les
Mangemorts fassent le sale boulot à leur place. Je dois régulièrement
répondre à des accusations de favoritisme qui, comme par hasard,
concernent toujours des postes que j’ai accordés à des sang-mêlés ou
issus de Moldus. Enfin, lors de ma fonction de garde du corps du
Premier Ministre moldu, j’ai pu constater que ce genre d’idéologie
nauséabonde n’est pas propre à notre nature de sorcier.
— Ce n’est pas vraiment une consolation, soupira Madame
Delacour.
— Non, mais nous pouvons regarder ce qui a été fait dans les pays
moldus où cette tendance est combattue.
— Vous vous inspirez des Moldus pour vous opposer à ceux qui
les détestent ? souligna Victor Delacour. Ne vous étonnez pas d’avoir
des ennemis tenaces, sourit-il.
— J’ai aussi beaucoup d’amis, rappela Kingsley en regardant
Harry.
— Je ferai bien entendu tout mon possible pour vous soutenir,
Kingsley, réagit Harry, mais mes capacités en politique sont très
limitées.
Le ministre sourit, visiblement non convaincu par la modeste
réplique du jeune Auror. Harry préféra laisser tomber. Kingsley
changea de conversation en demandant à Gabrielle des nouvelles de

164
PERMISSIONS DE MINUIT

ses études. La sœur de Fleur avait encore un an à passer à


Beauxbâtons avant d’entrer dans la vie professionnelle. Elle était
attirée par une carrière de vétérimage et devait faire un stage auprès
d’un soigneur de créatures magiques les deux dernières semaines
d’août.
Quand Kingsley et Harry revinrent à leur campement, minuit était
passé. Janice n’était pas dans la chambre, ce qui n’étonna pas Harry.
Elle avait découché presque une nuit sur deux depuis leur arrivée.
Cela ne lui posait aucun problème dans la mesure où elle était
toujours présente, fraîche et dispose lorsqu’ils commençaient leur
service le matin.
Le jour où l’équipe de Ginny devait affronter la France survint
enfin. En pénétrant dans le stade, Harry trouva l’atmosphère plus
électrique que pour le quart de finale. De nombreux Anglais avaient
fait le déplacement et le faisaient bruyamment savoir. Les Français
venus pour soutenir les leurs n’étaient pas en reste et les chants
guerriers avaient envahi les lieux bien avant le début de la rencontre.
Même les spectacles d’introduction, bien que de grande qualité,
n’attirèrent pas l’attention des supporters, trop occupés à brailler
contre ceux du pays adverse.
— Il paraît que c’est toujours comme ça quand ces deux pays se
rencontrent, expliqua Harry à Janice. Ça date du match de 1902 où les
Français ont perdu, avec dix points contre huit cent cinquante. Les
Français ont accusé les Anglais d’avoir jeté à toute l’équipe un sort de
Confusion. Cela n’a jamais été prouvé et notre fédération a toujours
nié.
— En tout cas, ils ont mis le paquet en matière de forces de l’ordre,
indiqua Janice d’un ton qui laissa supposer qu’elle en avait discuté
avec son ami français.
Quand les équipes entrèrent en piste, le mélange d’acclamations et
de sifflements devint assourdissant. Harry scruta les gradins avec ses
multiplettes pour voir si aucun spectateur ne brandissait de baguette,
malgré les mesures de sécurité qui protégeaient théoriquement les
joueurs des sorts émanant du public. Il repéra des figures connues,
des Chasseurs qu’il avait croisés à la Brasserie durant la semaine. Par
ailleurs, des membres de la police magique étaient répartis tout autour
du terrain, face à la foule. Des balais à proximité leur permettaient
d’intervenir rapidement si le besoin s’en faisait sentir.

165
LES BÂTISSEURS

Il reporta son attention vers les Chasseurs qui assuraient la sécurité


de la loge officielle. Il nota qu’ils étaient davantage sur le qui-vive
que pour la rencontre précédente, et qu’ils scrutaient avec suspicion
toute la portion du stade dont ils étaient dans l’angle de tir.
— Des infos sur la façon dont la tribune est protégée ? demanda-t-
il à Janice.
— On est dans l’angle mort des places attribuées aux clubs de
supporters connus pour leurs débordements, indiqua-t-elle. Les
gradins juste en face de nous sont remplis par des invitations données
par le ministère français à ses relations et fonctionnaires méritants. Et
comme tu peux le constater, les spectateurs les plus proches sont au
moins à quarante mètres. Peu de sorts peuvent être lancés avec force
et précision d’aussi loin.
— Les armes moldues sont mortelles, même à cette distance.
— Les Chasseurs sont, comme nous, formés à les reconnaître, lui
rappela-t-elle.
Harry regarda les deux ministres qui étaient devant lui.
Diplomates, ils professaient l’un envers l’autre d’une grande
amabilité, comme parfaitement inconscients que leurs ressortissants
avaient l’air prêts à s’écharper sous leurs yeux.
Le match commença. Comme celui contre le Mali, il sembla bien
parti pour durer. Le trio de poursuiveurs anglais était au mieux de sa
forme. Ginny et ses partenaires lançaient action sur action vers les
cercles adverses et défendaient comme des lions leurs buts quand ils
perdaient la balle. Malheureusement, malgré leur incontestable
supériorité, ils marquaient peu, tant Thierry Prévolant, le gardien,
était efficace. Si le spectacle était au rendez-vous, les points
s’enchaînaient lentement en dépit des efforts fournis de part et
d’autre.
Peu à peu, Harry se trouva entièrement absorbé par le match. Il
souffrait avec sa fiancée à chaque fois qu’une initiative spectaculaire
de sa part se soldait en échec dans les mains magiques du gardien
français. Il voyait ses efforts pour surprendre Prévolant, ses feintes,
ses voltiges, l’effet qu’elle donnait à la balle pour que sa trajectoire
soit moins prévisible, mais rien n’arrivait prendre de court le
Français. Quoi qu’elle fasse, le souaffle fonçait dans les gants du goal

166
PERMISSIONS DE MINUIT

comme un animal docile. Harry aurait pu croire que la balle était


ensorcelée s’il n’avait su discerner l’immense talent du Français.
Au bout d’une heure, les Anglais se découragèrent, tant gagner des
points semblait être mission impossible. Fatigués, ils firent des fautes
qui entraînèrent des pénalités. Les Français profitèrent de ces
occasions pour marquer des buts. Doucement au début, puis de plus
en plus vite, le score se confirma en faveur de la France, à la grande
joie de ses supporters.
Enfin, le Vif se montra. Les deux attrapeurs foncèrent et se
retrouvèrent rapidement botte à botte. Des coups sournois furent
échangés de part et d’autre mais, considérant sans doute que les torts
étaient partagés, l’arbitre ne siffla pas d’arrêt de jeu. Suite à une
manœuvre vicieuse, l’attrapeur anglais fit pratiquement chuter son
adversaire de son balai et attrapa la balle dorée.
Outrés, les supporters français huèrent l’action, avant de rugir de
joie en réalisant que la fin de la partie se soldait malgré tout par une
victoire pour leur pays : les Français avaient dix-sept buts d’avance
au moment où le Vif était apparu et ils gagnaient donc de vingt
points. Harry regarda Ginny. Comme ses coéquipiers, elle paraissait
assommée par cette défaite. Complètement vidée, elle se laissait
flotter sur son balai, comme incapable de comprendre que tout était
terminé et qu’il était temps de réintégrer les vestiaires.
Sur les gradins britanniques, les mots grossiers fusaient et les
gestes se faisaient menaçants. Kingsley et le ministre français se
levèrent et se serrèrent ostensiblement la main, chacun félicitant
l’autre du talent de ses ressortissants. Shacklebolt dissimulait sa
déception sous un sourire poli tandis que son homologue cachait
charitablement sa joie. Ils quittèrent ensemble leur loge, entourés par
des Chasseurs et des Aurors vigilants.
Harry fut soulagé d’apprendre qu’il n’y avait pas de rencontre
prévue entre les joueurs anglais et la délégation britannique. Il avait
terriblement envie de voir Ginny et de la réconforter, mais il pensait
qu’il était cruel d’obliger l’équipe à faire des mondanités après une
telle déception. Dans le pavillon de réception, ils mangèrent
silencieusement à la table qui leur avait été attribuée, avant de se
retrouver entre eux dans la chambre de Shacklebolt, ne souhaitant pas
se trouver mêlés aux autres à la brasserie.
— Pas de changement dans le programme ? demanda le ministre.

167
LES BÂTISSEURS

— Pas à ma connaissance, répondit Elaine Turpin qui était en


charge de l’agenda. Nous rentrons à Londres demain à dix heures du
matin et nous reviendrons ici pour assister à la petite finale samedi
prochain.
Harry soupira discrètement en prévision de la semaine solitaire qui
l’attendait. Pour se donner toutes les chances de récupérer la
troisième place, l’équipe de Quidditch resterait en France et il ne
reverrait pas Ginny avant la fin de la compétition. Il décida d’insister
pour qu’elle prenne de longues vacances après ce marathon. Soudain,
il n’en pouvait plus de la vie qu’ils menaient tous les deux depuis six
mois.
Janice et lui regagnèrent leurs quartiers. Pendant que Harry se
trouvait dans la salle de bains pour se mettre en pyjama, il entendit
des voix de l’autre côté de la porte. Il se dépêcha, pensant que le
ministre requérait peut-être ses services. Quand il revint dans la
chambre, Janice n’y était plus, mais Ginny l’attendait, assise sur son
lit.
Il s’installa à côté d’elle et la serra contre lui.
— Comment te sens-tu ?
— Il faut voir le bon côté des choses, répondit-elle. J’ai participé
au Championnat du monde de Quidditch et on est allés jusqu’en
demi-finale. La dernière fois, l’Angleterre n’avait pas dépassé les
huitièmes. Et puis tu es là, cela pourrait être pire.
— Je suis très fier de toi. Tu as très bien joué, vous aviez tout le
temps le souaffle. Mais ce fichu gardien était un vrai mur.
— Celui qui prend les choses le plus mal, c’est Olivier. Il a bien dû
reconnaître qu’il était nettement surclassé, cette fois-ci. Ça lui fera les
pieds, conclut Ginny, redevenant une Harpie.
Harry eut un petit rire.
— Ne sois pas trop dure avec lui. C’est un ami quand il ne joue
pas.
— J’essaierai de ne pas l’oublier, promit-elle. Et toi, comment vas-
tu ? Dis donc, ce n’est pas grand chez toi !
— Je n’y suis pas beaucoup. Pour dormir, c’est bien suffisant.
— Mais moi je ne suis pas venue pour dormir, assura Ginny.
— Je ne suis pas tout seul ici, rappela Harry.

168
PERMISSIONS DE MINUIT

— Elle est sympa ta collègue, se félicita Ginny. Elle m’a assuré


qu’elle ne reviendrait pas avant plusieurs heures. Ça laisse du temps
pour voir si ton lit est confortable, non ?
Harry admit que oui.
Ginny repartit vers six heures du matin. Elle sortit discrètement et,
moins d’une minute plus tard, Janice arrivait. Les deux femmes
avaient dû se croiser dans le couloir. Harry pouvait imaginer le
sourire complice qu’elles avaient dû échanger.
*
De retour en Angleterre, Harry raconta son séjour à ses collègues
envieux. Il fit aussi un compte rendu détaillé aux Weasley quand il
alla y dîner. Bill vint voir ses parents en fin de soirée, mais Fleur était
restée chez elle, attendant sans doute que sa belle-famille ait digéré sa
défaite avant de venir y parader. La semaine passa rapidement,
d’autant qu’il reprit les entraînements pour la promotion de Demelza.
Le vendredi soir, la délégation britannique retourna en France pour
soutenir son équipe qui allait tenter de sauver l’honneur et d’obtenir
la troisième place.
Alors qu’ils se rendaient du ponton d’arrivée vers leur tente, ils
tombèrent sur un groupe dans lequel ils reconnurent les joueurs
bulgares qui repartaient vers leurs cantonnements.
Harry rechercha des yeux leur attrapeur. Il croisa son regard et lui
adressa un grand sourire. Krum répondit de même et se tourna vers
l’appontement : une des deux barques qui devaient rapatrier l’équipe
vers son camp de base s’éloignait déjà, tandis que la seconde se
remplissait lentement. Le Bulgare chuchota à l’oreille d’un de ses
compagnons et revint en arrière pour serrer la main de Harry.
— Comment vas-tu ? s’enquit Harry. Au fait, bravo pour votre
qualification en finale.
— Merci. Les Anglais ont bien joué aussi. Transmets mes
encouragements à Ginny pour demain.
— Je n’y manquerai pas. Euh, tu vas rater ton bateau, remarqua le
jeune Auror en voyant le reste de l’équipe sur le point de quitter
l’endroit.
— Si tu as le temps, je prendrai le suivant, proposa Viktor. Mon
entraîneur est dans la première barque et ne se rendra pas compte tout
de suite de mon absence.

169
LES BÂTISSEURS

Harry regarda Kingsley qui avait assisté à l’échange. Le ministre


sourit :
— On va juste dîner au pavillon de réception et rentrer dormir. Pas
besoin d’escorte.
— Tu es déjà allé à La Brasserie ? demanda Harry à son ami.
— Non, qu’est-ce que c’est ?
— Exactement ce qu’il nous faut, répondit Harry en guidant
Viktor.
Une fois sur place, ils commandèrent un repas, une bière française
pour Harry et un jus de citrouille pour Krum, avant de se trouver une
table tranquille qu’ils entourèrent d’une bulle de silence.
— Alors, commença Krum. Que deviens-tu ?
— Je suis Auror. Tu sembles au courant de ma situation
sentimentale.
— Tu es très connu chez nous, expliqua Viktor. Je corresponds
aussi avec Fleur de temps en temps. Comment va-t-elle ?
— Tu sais sans doute qu’elle a eu un bébé il y a un mois. La
dernière fois que je l’ai vue, elle était en pleine forme et la petite
Dominique également. Quant à Victoire, c’est une adorable fillette. Et
toi, quoi de neuf ?
— Je me suis marié il y a un an. Nous espérons, ma femme et moi,
fonder une famille au plus vite.
— Félicitations, s’exclama Harry. Je suis heureux pour toi.
— Nous en avons fait du chemin depuis le tournoi des Trois
sorciers, commenta Viktor.
— C’est vrai, répondit Harry en pensant cependant à celui dont le
voyage s’était prématurément arrêté cette année-là.
Krum dut avoir la même pensée, car il s’assombrit et dit :
— Vu ce qui s’est passé à la fin, on peut s’estimer heureux d’en
être arrivés là. Quoiqu’en ce qui te concerne, ce n’est pas uniquement
de la chance.
Viktor dut sentir que Harry n’avait pas envie de s’étendre sur le
sujet, car il demanda :
— Et tes amis, ils vont bien ?
— Ron et Hermione ? Ils se sont mariés il y a un an et demi. Ron
travaille avec son frère dans leur magasin de farces et attrapes.

170
PERMISSIONS DE MINUIT

Hermione est au ministère et fait son possible pour améliorer le sort


des créatures magiques.
— Ça a toujours été important pour elle, commenta Krum.
— Pour ça, elle ne change pas, confirma Harry.
— Et toi, tu joues encore au Quidditch ? s’enquit Viktor.
— Dans l’équipe des Aurors pour le tournoi du ministère, indiqua
Harry. Depuis cette année, je suis poursuiveur, histoire de varier un
peu.
— J’aurais bien fait un duel d’attrapeur avec toi.
— Je suis loin d’avoir le niveau professionnel, opposa
modestement Harry. Même Ginny qui n’est pas habituée à ce poste
est meilleure que moi. Dis, ça t’ennuierait de signer un autographe
pour un de mes amis ? C’est lui l’attrapeur de notre équipe et je sais
qu’il a beaucoup étudié ton jeu.
— Si ça peut te faire plaisir, accepta Viktor avec simplicité.
Harry trouva un morceau de parchemin dans sa poche et le Bulgare
rédigea une dédicace pour Owen.
— Ton épouse joue au Quidditch ? demanda Harry.
— Oh, non. Le sport ne l’intéresse pas tellement. C’est sans doute
pour cela qu’elle m’intéresse, ajouta le joueur avec un petit sourire.
— Je comprends parfaitement, lui assura Harry. Mais comment
l’as-tu rencontrée ?
— Elle avait été engagée par un journaliste italien qui voulait
m’interviewer. Elle est traductrice. Elle est ici d’ailleurs, avec la
délégation bulgare, pour permettre à notre ministre de communiquer
avec les autres officiels.
Harry tenta de se souvenir qui faisait les traductions pour le
ministre de bulgare.
— Cette jolie brune aux yeux verts ? Tu as de la chance ! Tu as pu
la voir un peu ? s’enquit-il.
— Pas beaucoup, tempéra Viktor. Nous sommes très occupés tous
les deux. Je crois qu’elle attend avec impatience la fin de ce tournoi.
— Moi aussi, à vrai dire, avoua Harry. J’ai l’impression de n’avoir
fait que croiser Ginny ces derniers mois. Je suis très fier d’elle,
précisa-t-il, mais j’aimerais qu’elle rentre plus souvent à la maison.
— Ginny va continuer ?

171
LES BÂTISSEURS

— On va sans doute en rediscuter après le mariage. Je sais qu’elle


veut des enfants. Je trouve normal qu’elle profite de sa carrière avant
de devoir laisser définitivement tomber.
— Chez nous les filles se marient tôt et c’est mal vu qu’elles
travaillent après, surtout dans le sport, révéla Krum. On a très peu de
joueuses. Des équipes totalement féminines comme les Harpies de
Holyhead ou les Sorcières de Salem sont inimaginables chez nous.
— Chacun ses coutumes, dit diplomatiquement Harry. Les femmes
qui ne restent pas à la maison ne font pas l’unanimité, chez nous non
plus. Hermione t’en parlerait mieux que moi. En tout cas, ton épouse
travaille encore.
— Yordanka arrêtera quand notre premier bébé arrivera, indiqua
Krum.
Il demanda ensuite à Harry des précisions sur les Weasley et Harry
lui en fit une chronique détaillée. Puis ce fut le tour du Bulgare de
raconter des anecdotes sur sa famille et son épouse. Ils étaient
heureux d’avoir pour une fois l’occasion de mieux se connaître.
Au bout de trois heures de discussion, Viktor dit :
— Ce que je trouve extraordinaire chez toi, c’est que tu n’as pas
changé tant que ça.
— J’espère que j’ai un peu grandi quand même, protesta Harry.
J’avais quatorze ans quand tu es venu pour le tournoi.
— Ce que je veux dire, c’est que quand on pense à ce que tu as
vécu… tu as su rester, euh… joyeux.
— Oh, ça ! comprit enfin Harry. Cela fait cinq ans que tout est
rentré dans l’ordre, maintenant. Je fais un métier qui me plaît, je
partage la vie de la femme que j’aime, j’ai une famille, des amis… Je
n’ai aucune raison d’aller mal.
— Justement, j’en connais qui ont vécu moins de choses que toi et
qui sont incapables de profiter de la vie. Ils n’arrivent tout
simplement pas à être heureux.
Harry réfléchit à la question et dit lentement :
— Je pense que je le dois à Dumbledore. Il m’a appris à lutter avec
amour et non avec haine.
— On peut se battre avec amour ? s’étonna Krum.

172
PERMISSIONS DE MINUIT

— Plus exactement, on le fait par amour, cela permet de rester


humain. Du début à la fin j’ai été soutenu, on m’a fait confiance, on
m’a aidé. C’est pour les autres que j’ai accompli tout ça. J’ai fait des
choses dont je ne suis pas fier, bien sûr, mais je voulais davantage
améliorer la vie des miens que détruire celle de Voldemort. Cela m’a
sans doute préservé.
Viktor hocha doucement la tête.
— Cela explique que tu sois resté si serein.
Harry sourit un peu embarrassé avant de faire remarquer :
— Dis donc, tu parles drôlement bien l’anglais, maintenant.
— C’est Yordanka qui me fait pratiquer. Elle pense que c’est utile.
Elle voudrait que notre bébé connaisse au moins les deux langues.
— Ce n’est pas une mauvaise idée, considéra Harry. Fleur fait
pareil pour Victoire.
Krum regarda sa montre :
— Déjà onze heures ! Il faut vraiment que j’y aille, j’ai un match à
gagner dans deux jours.
— Tu n’auras pas d’ennuis ?
— J’espère que mon camarade de chambre a signé le registre pour
moi, sinon je vais me faire tirer les oreilles. Mais je suis content de
ma soirée.
— Moi aussi. Au fait, tu sais comment rentrer ?
— Je trouverai bien.
— Attends, je vais t’arranger ça.
Du coin de l’œil, Harry avait vu Janice arriver puis repartir avec
Pierre Belléclair une heure auparavant. Mais il restait les deux
Chasseurs avec qui il avait discuté à plusieurs reprises durant la
semaine. Il entraîna Krum jusqu’à eux.
— Bonjour. Vous pourriez aider mon ami à retourner au
campement des joueurs bulgares ?
— Pas de problème, répondit un des Français. S’il me signe un
autographe, je le mène à bon port.
— Ça marche, accepta Viktor.
Harry remercia et les accompagna jusqu’à l’embarcadère réservé
aux Chasseurs. Ils se serrèrent la main, conscients qu’ils devaient se

173
LES BÂTISSEURS

coucher pour remplir leurs obligations du lendemain, mais répugnant


à mettre fin à cet épisode chaleureux.
— J’espère qu’on aura d’autres occasions de se voir, souhaita
Harry. La maison est grande chez moi. Si ton épouse veut parfaire
son anglais sur le Chemin de Traverse, on a de quoi vous loger.
N’hésite pas, ça nous fera plaisir.
Viktor lui sourit et sauta dans la barque à côté de son chauffeur.
Alors qu’ils s’éloignaient, Harry mit ses mains en porte-voix et cria :
— Si tu viens me voir en Angleterre, on le fera ce duel
d’attrapeur !

Chat avec J.K. Rowling, 30 juillet 2007


o Bien sûr [que Krum a trouvé l’amour], mais il a dû retourner en
Bulgarie pour ça.

174
XI – Liste de mariage
12 juillet – 26 décembre 2003

La rencontre opposant l’Angleterre à l’Inde pour gagner la


troisième place de la Coupe du monde se solda par une victoire de
l’équipe de Ginny. Le ministre et sa délégation félicitèrent
brièvement les joueurs avant de reprendre un portoloin pour rentrer le
soir même chez eux. Au grand désappointement de Harry, le retour de
sa fiancée n’était prévu que pour le lendemain soir.
Il se réfugia au Terrier le jour suivant pour écouter en famille la
retranscription à la radio de la finale qui opposait la France et la
Bulgarie. Les auditeurs étaient divisés : Fleur, bien sûr, était en faveur
de la France tandis que la plupart des Weasley soutenaient la
Bulgarie, davantage par rancœur envers le pays qui les avait privés de
finale que par amour pour la patrie de Viktor Krum. Andromeda et
Hermione s’étaient rangées du côté de la femme de Bill, sans doute
pour qu’elle ne se retrouve pas isolée.
À l’issue d’un match qui dura trois heures, la France remporta la
coupe. Fleur laissa éclater sa joie d’une façon que toute la famille
trouva déplacée. Enfin, on ne pouvait pas lui en vouloir, elle était
Française, après tout.
Harry déclina l’invitation à dîner et retourna chez lui pour
accueillir Ginny qui devait rentrer dans la soirée. Elle arriva avec une
heure de retard, complètement épuisée. Ils se serrèrent un long
moment l’un contre l’autre.
— Je t’en prie, chuchota Harry. Ne repars plus si longtemps.
— Moi aussi, j’ai besoin d’une pause, lui assura-t-elle. Mais après
la Coupe de la ligue.
Il restait encore trois semaines avant la finale. Une fois de plus, les
Harpies rencontrèrent les Flaquemare en clôture de saison, au début
du mois d’août. Bien que plusieurs des joueurs aient été partenaires
pour la Coupe du monde, ce fut un match dur, sans merci. Les deux
LES BÂTISSEURS

équipes voulaient rattraper leur défaite en demi-finale, et tous les


coups furent permis.
Gwenog fut expulsée dix minutes pour avoir envoyé un cognard
vers Olivier pendant un arrêt de jeu. Olivier dut momentanément
sortir à son tour après avoir tenté d’éjecter de son balai la
poursuiveuse Valmai Morgan après qu’elle ait marqué un but. Il y eut
encore une épaule luxée, un nez brisé et une chute de trois mètres
avant qu’Annelise Brikley, l’attrapeuse des Harpies, donne la victoire
à son équipe. Le coup de batte que Vince Jackson, l’attrapeur
adverse, avait reçu sur la tête quelques minutes auparavant – que
l’arbitre avait sanctionné en expulsant Mary Spouse – y fut sans doute
pour quelque chose.
Ce fut une Ginny triomphante, mais parfaitement exténuée que
Harry récupéra le soir même. Elle s’effondra sur leur lit et dormit
pratiquement deux jours d’affilés, ne se réveillant que pour manger et
répondre par borborygmes aux tentatives de communication de son
fiancé. Quand elle refit surface, ils profitèrent ensemble de deux
semaines de vacances bien méritées. Les premiers jours, ils ne firent
pas grand-chose, se contentant de leur compagnie respective et de ne
pas avoir à sortir.
Un matin, ils reçurent au courrier un faire-part de mariage : Dudley
et Sarah allaient s’unir au début du mois d’octobre.
— Visiblement, tout s’est bien passé lors de la rencontre des
parents, se réjouit Harry.
— Tant mieux pour eux. Qu’est-ce qu’on leur offre comme
cadeau ?
— Je demanderai directement à Sarah, décida Harry. Comme ça on
choisira quelque chose d’utile.
— Et nous, enchaîna Ginny. On pourrait se mettre à la préparation
de notre mariage, non ?
— Bonne idée, convint Harry heureusement surpris. Quel genre de
cérémonie veux-tu ?
— Je trouve qu’on ne passe pas assez de temps à voir nos amis. Ce
serait une occasion de renouer le contact avec tous ceux qui comptent
pour nous.
Elle alla prendre un parchemin et une plume.

176
LISTE DE MARIAGE

— Bon, pour commencer, la famille. Ensuite, tous ceux de notre


classe à Poudlard.
— Bien, et on rajoute tous ceux avec qui on a joué au Quidditch.
Sauf MacLaggen, s’il te plaît.
— Et tous ceux qui ont participé à l’A.D., proposa Ginny.
— Y compris Cho ? demanda Harry.
— Tu crois que je suis encore jalouse après tout ce temps ? Oui,
Cho et Michael Corner aussi.
— Mais pas Marietta, dit fermement Harry, tout en convenant qu’il
n’avait aucun problème dans ses relations avec Michael et Dean.
— Ah ça non ! grogna Ginny qui n’avait manifestement toujours
pas pardonné la trahison de l’amie de Cho. On invite les profs ?
— Bonne idée. Cela permettra à ce brave Slug de raconter qu’il a
repéré le Survivant et Ginny Weasley quand ils étaient à Poudlard et
qu’il a même été convié à leur mariage.
— Toute mon équipe de Quidditch ainsi que le personnel continua
Ginny qui notait frénétiquement. Ah, zut ! Je vois mal comment éviter
Mrs Norris. Elle va me rendre la vie impossible si je l’exclus.
— On n’a qu’à la mettre avec la tante Muriel, suggéra Harry. Elle
aussi est incontournable.
— Adopté. On ajoute toute ta promo d’Aurors, je suppose.
— Et puis Pritchard, Janice et mon commandant, compléta-t-il.
— Bien. Tout l’Ordre du Phénix ?
— Oui, bien sûr. Bon ça nous fait combien de personnes, tout ça ?
demanda Harry.
— Mhum, une centaine. Il faut doubler le nombre pour prendre en
compte les conjoints, petits copains et les enfants.
— Tant que ça ? Ah, j’allais oublier, il faut rajouter Abelforth
Dumbledore. Et puis le père de Luna.
— Entendu. Dans la famille, tu inclus ton cousin Dudley et Sarah ?
— Je suppose oui. Et puis j’aimerais bien inviter Arabella Figg,
aussi.
— Je note. Dis, ça ne tiendra pas au Terrier, s’inquiéta-t-elle.
Même avec un chapiteau magiquement agrandi.

177
LES BÂTISSEURS

— Ce n’est pas grave, on louera un autre endroit. C’est mieux


ainsi, cela fera moins de travail pour tes parents.
— Oui, mais ça va coûter cher.
Harry prit son air le plus sérieux :
— Ginny, avant qu’on se marie, il faut que je t’avoue quelque
chose : je suis riche.
— Je sais, Harry, mais...
— Je comprends que tu ne veuilles pas dépendre de moi
financièrement. Mais si tu m’épouses, il va bien falloir que tu profites
un peu de mon train de vie.
— Oui, je sais, mais...
— Maintenant tu as un statut, Ginny, et une bonne paye. Ce n’est
pas comme si je t’avais tirée du ruisseau, hein ?
— Oui, tu as raison, mais...
— La plupart des personnes qu’on va inviter pour notre mariage se
sont rapprochées de moi quand j’avais besoin d’aide. Certaines ont
fait de gros sacrifices pour m’assister. Alors, cette fois-ci, on va se
retrouver et on va faire une fête à tout casser, d’accord ?
Elle lui sourit :
— D’accord.
Ils exposèrent leur projet le dimanche suivant à toute la famille
quand ils se retrouvèrent au Terrier.
— Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas vous marier ici ? insista
Molly.
— Nous avons commencé à regarder les endroits que nous
pourrions louer, annonça Harry. Il y a un manoir dans la réserve de
vivets dorés Modesty Rabnott dans le Somerset.
— Nous y sommes allés pour notre voyage de noces, se souvint
Molly. Tous ces oiseaux voletant partout, c’était magnifique.
— Sinon, il y a le Grand-Hôtel du Loch Ness, qui propose un
spectacle nautique avec le Kelpy qui habite dans le lac, continua le
jeune homme.
— Le château de l’île d’Avalon n’est pas mal non plus, ajouta
Ginny. D’après les prospectus, il y a une magnifique salle de bal.

178
LISTE DE MARIAGE

— Ce n’est pas là qu’ils organisent régulièrement une sorte de


chasse au trésor ? s’enquit Charlie. Celui qui trouve l’épée du roi
Arthur gagne un séjour d’une semaine dans leur hostellerie.
Harry et Hermione échangèrent un regard entendu. Ils savaient où
était conservée la véritable épée mythique : dans le lieu accessible
aux seuls cœurs purs, là où la Salle sur Demande les avait aidés à
cacher la baguette de l’Aîné.
— Cela me dirait bien de faire ça ! s’exclama Ron.
— C’est possible, dit Ginny en consultant le dépliant que le site
leur avait envoyé.
— Mais cela dure plusieurs heures, s’opposa Molly. Si on veut
danser, manger et avoir le temps de parler aux invités, la journée n’y
suffira pas.
— Eh, bien, on fera ça sur deux jours, répliqua Harry. Je suis
certain que l’hostellerie de la Fée Morgane peut accueillir tout le
monde.
— Ce n’est plus un mariage, Harry, sourit Hermione, c’est un
évènement. D’ailleurs, comment allez-vous gérer ça avec la presse ?
Harry et Ginny se regardèrent. Tout à leur organisation, ils n’y
avaient pas pensé.
— Je ne vois pas comment vous pourriez le cacher, analysa Ron.
Avec moitié moins d’invités et une cérémonie à la maison, on était
quand même dans La Gazette le lendemain. En seconde page, parce
que nous ne sommes que les amis du Survivant, mais un article long
comme un manche de balai.
— Si vous conviez officiellement des journalistes, cela évitera
qu’ils tentent d’obtenir des informations de façon détournée, conseilla
Hermione.
— Les inviter ? reprit Harry avec dégoût.
— Les informer et les laisser venir, tempéra son amie.
— Non, mais t’imagines ? Si Rita s’amenait ! s’affola Harry.
— Elle dirait moins de bêtises que si tu essaies de l’éviter, lui fit
remarquer Hermione.
— Eh, on ne va pas accueillir celui qui a craché sur Ginny quand
ils se sont fiancés ! prévint Ron. Qui c’était déjà ? Ink Watermann,
c’est ça ?

179
LES BÂTISSEURS

— Mon chéri, nous avons une presse libre, lui rappela sa femme.
On ne peut pas choisir son journaliste, mais je suis certaine que si on
leur permet de faire leur travail dans de bonnes conditions, leurs
articles seront plus objectifs.
Harry n’en était pas convaincu, mais il admettait qu’il pourrait
difficilement tenir une telle manifestation secrète.
— Et comment on les informe ? demanda-t-il ne s’imaginant pas
leur envoyer un hibou.
— Faites paraître une annonce dans les pages carnet des différents
journaux. C’est la façon la plus élégante, trancha Hermione.
— N’oubliez pas que de toute façon le directeur du Chicaneur sera
parmi les convives officiels, leur rappela Arthur.
— Oh, mais lui, il se limitera à divaguer sur les créatures
extraordiaires qu’il sera le seul à voir, persifla Ron.
— Je crois que c’est un des rares endroits où vivent encore des
leprechauns, se souvint Charlie.
— Parfait, au moins je suis certain qu’il ne pensera pas à décrire la
cérémonie, ironisa Harry.
— Et quand voulez-vous que cela se passe ? demanda Molly les
sourcils froncés, sans doute déjà en train de faire la liste de tout ce
qu’elle aurait à faire.
— Cet hiver, dit Ginny.
— Encore en hiver ? Mais c’est en été qu’on se marie, protesta sa
mère.
— Maman, je serai en plein championnat cet été, gronda la future
épousée.
— Tu n’es pas obli...
Molly s’interrompit sous le regard noir de sa fille.
— Bon, bon, fais comme tu veux, tant que Harry n’y trouve rien à
redire, grommela-t-elle de mauvaise foi.
— Je trouve très cool d’être marié à une joueuse de Quidditch en
activité, assura Harry.
— Comme si tu pouvais dire autre chose, se moqua Ron.
— Ron croit que tous les hommes préfèrent que leur femme reste à
la maison, persifla Hermione.
— Je n’ai pas dit ça, protesta vivement Ron sentant le vent tourner.

180
LISTE DE MARIAGE

— Y’aura des bonbons ? demanda Victoire qui avait suivi la


conversation du coin où elle jouait avec Teddy.
— Des tonnes de bonbons, assura Harry. On pourra organiser une
course de mini-balai pour les enfants, proposa-t-il en faisant un clin
d’œil son filleul.
— Ouais ! hurla Teddy ravi.
— Je ne vois pas mes cousins ni ceux d’Arthur, remarqua Molly en
regardant leur liste de plus près.
— Je ne les connais pas tellement, opposa Ginny.
Lors des noces de Bill et Fleur, Harry avait découvert que sa
famille d’adoption avait une nombreuse parentèle, dont aucun ne
s’était trouvé à Poudlard en même temps que lui. En effet, la plupart
des cousins avaient l’âge de Bill et Charlie.
— George n’a pas voulu qu’on les invite à son mariage, nous ne
pouvons pas les exclure de nouveau, insista Molly.
— Ça va faire cinquante personnes de plus, hésita Ginny.
— Où est le problème ? demanda Harry.
— Le loch Ness sera trop petit...
— Nous venons plus ou moins de nous décider pour Avalon et sa
chasse au trésor, lui fit remarquer Harry.
— Nous participerons évidemment aux frais supplémentaires que
leur présence entraînera, dit fermement Molly comprenant ce qui
dérangeait sa fille.
— C’est absolument hors de question, répliqua Harry. Vous
m’avez logé pendant des années sans contrepartie.
— C’était normal, mon chéri, lui assura Molly.
— Tout comme ça l’est pour moi de payer mon mariage.
Molly allait répondre quand George la coupa :
— Pas étonnant qu’on ait été aussi pauvres si tu t’entêtes à donner
de l’argent aux riches, maman.
— George ! s’indigna sa mère, mais Fleur l’empêcha d’aller plus
loin en demandant si on pouvait visiter le tombeau du roi Arthur.
Tout le reste de l’après-midi, les membres de la famille
proposèrent des idées pour rendre ce mariage inoubliable. En
regardant la liste que Ginny allongeait sans cesse, Harry se demanda
si une semaine entière de festivités serait encore suffisante.

181
LES BÂTISSEURS

*
À partir de la semaine suivante, ce fut Harry qui laissa Ginny dîner
seule au Square Grimmaurd pour remplir ses obligations
professionnelles. Quand il était revenu de vacances, une Demelza
suppliante était venue lui rappeler que ses épreuves commençaient
quinze jours plus tard et que, bien que les entraînements du mardi et
du jeudi aient été maintenus en son absence, « ce n’était pas pareil ».
Il accepta donc de s’occuper des trois aspirants chaque jour jusqu’à la
date de l’examen.
Conscient que les combats ne représentaient pas l’essentiel de leur
métier – ce qui était une bonne chose puisque cela prouvait que le
taux de criminalité noire était assez bas –, il leur posa aussi des
questions sur les diverses matières qu’ils avaient à réviser. Il s’abstint
cependant d’interférer dans leur apprentissage des potions, estimant
que son niveau ne le mettait pas en position de leur rendre service.
À la fin du mois d’août, toute la promotion passa en seconde année
avec d’excellentes notes en duel, ce qui rendit Harry très fier. Sur sa
lancée, Demelza émit l’idée de maintenir les cours privés qu’il leur
dispensait, mais il se montra plus ferme cette fois-ci et refusa. Il
voulait profiter de ses soirées pour voir sa fiancée et préparer son
mariage.
*
Un matin de la fin du mois de septembre, Harry ne vit pas Kreattur
dans la cuisine quand il descendit prendre son petit-déjeuner avant de
se rendre au travail.
— Il est déjà parti faire les courses ? demanda-t-il à Miffy qui
préparait ses œufs à la place du vieil elfe.
Son employée eut l’air embarrassée.
— Il y a un problème ? s’enquit Harry.
— Non, non, répondit la petite elfe d’un ton absolument pas
convaincu.
Harry se leva pour se rendre dans le placard aménagé qui servait de
chambre à Kreattur. Trotty s’y trouvait et tentait d’emmailloter le bras
de Kreattur avec un chiffon.
— Que se passe-t-il ici ? demanda Harry, faisant sursauter les deux
créatures.
— Rien, Maître, répondit précipitamment le plus âgé.

182
LISTE DE MARIAGE

Sans prêter attention à ses dénégations, Harry s’approcha et


observa le membre supérieur de l’elfe. L’avant-bras était nettement
enflé.
— Trotty, je t’interdis de me mentir. Qu’est-il arrivé ?
— Kreattur est tombé ce matin dans la cuisine, Maître.
— Je n’ai pas mal, affirma l’accidenté.
— Je t’interdis de travailler aujourd’hui, répliqua Harry. Je vais
voir si Ginny peut te soigner.
Sa fiancée arrivait justement. Avertie de la situation, elle examina
l’elfe et se déclara incompétente.
— Je vais demander à Charlie de venir, décida-t-elle. Je m’en
occupe, Harry, tu peux partir au travail.
Le soir en rentrant, il constata que les trois elfes étaient dans la
cuisine. Trotty et Miffy préparaient le repas et Kreattur, le bras
immobilisé par une attelle, les regardait d’un air morose.
— Tu vas bien ? s’enquit-il.
— Je serai remis demain, affirma son elfe.
Harry retint une moue incrédule et se dirigea vers le salon. Ginny
s’y trouvait déjà. Elle avait repris ses entraînements pour la saison
suivante, mais à un rythme moins soutenu. Harry ne savait pas si son
c’était son entraîneuse qui avait jugé que c’était préférable pour la
maintenir en bonne forme ou si Ginny avait demandé à lever le pied.
— Je vois que Charlie est passé, indiqua-t-il après l’avoir
embrassée.
— Oui, il a diagnostiqué une fracture du bras. Il l’a immobilisée et
lui a prescrit des potions que Trotty est allé chercher. Cela devrait le
faire dormir beaucoup et nous éviter de lui courir après pour
l’empêcher de trop en faire.
— Bon, ce n’est pas trop grave, dit Harry avec soulagement.
— Oui et non. Charlie m’a dit que les elfes de l’âge de Kreattur ont
les os qui se fragilisent et qu’il risque de se faire d’autres fractures
dans un futur proche, car son sens de l’équilibre aura tendance à
s’altérer aussi. Même s’il m’a expliqué ça hors de la présence de
Kreattur, je pense qu’il en est conscient et que c’est pour ça qu’il
broie du noir depuis ce matin.

183
LES BÂTISSEURS

— Il a dû voir le phénomène sur d’autres elfes du temps où il y en


avait plusieurs ici, songea Harry.
Il revit la haie de têtes coupées qui ornait la cage d’escalier
autrefois. Pas étonnant que la créature soit terrifiée à l’idée de
décliner. Cela expliquait également pourquoi il avait été aussi rétif à
admettre qu’il avait besoin d’aide pour s’occuper de la maison.
— Que peut-on faire ? s’inquiéta Harry.
— Charlie m’a dit qu’il nous apportera une potion qui fera du bien
à ses os, mais on ne peut pas l’empêcher de vieillir.
Le dimanche suivant, ils racontèrent à Hermione les soucis qu’ils
avaient avec leur serviteur et lui demandèrent conseil.
— Le ministère a prévu de verser une petite pension à ceux qui ont
passé l’âge de travailler. Ils peuvent habiter dans la résidence pour
elfes de Pré-au-Lard s’ils n’ont pas d’autre endroit où aller. Cela
concerne ceux qui sont libérés par leurs maîtres quand ils ne peuvent
plus servir et les anciens employés qui ne sont plus placés.
Évidemment, rien n’empêche les sorciers de garder leurs elfes chez
eux et de les entretenir jusqu’à leur décès.
— Le problème n’est pas tant de loger et nourrir Kreattur que de le
convaincre qu’il est à la retraite, remarqua Ginny. Dès qu’on lui aura
retiré son plâtre, il va vouloir reprendre ses activités. On ne peut pas
lui donner indéfiniment une potion qui le fasse dormir la moitié du
temps.
— Kreattur n’a jamais été facile, compatit Hermione, mais je ne
vois pas ce que je peux faire pour vous. Essayez de lui trouver une
tâche qui corresponde à son état de santé et qui l’occupe toute la
journée.
— Aucune corvée dans la maison n’est de tout repos, remarqua
Harry.
— Oh, je sais ! s’exclama Ginny. On va le faire travailler pour le
mariage. Il y a toutes les invitations à écrire, les devis à éplucher, le
budget à suivre, les plans de table à prévoir… ça devrait l’accaparer
pour quelques mois.
— Pense à lui demander l’adresse des fournisseurs auxquels les
Black faisaient appel pour leurs réceptions, suggéra Hermione. C’est
sûrement ce qu’il se fait de mieux.

184
LISTE DE MARIAGE

— Si on laisse Kreattur les superviser, ils ne pourront pas faire


moins, commenta Ginny.
*
L’automne fut en grande partie occupé par la mise en place du
mariage. Il leur faudrait compter sur plus de deux cents invités et ils
décidèrent d’étendre les festivités sur trois jours du 26 au 28
décembre.
Il fut décidé que toute la proche famille se ferait faire une robe de
cérémonie chez Tissard et Brodette. Ils s’y rendirent les uns après les
autres pour faire prendre leurs mesures et choisir les tissus. Quand
Harry indiqua à Andromeda que son tour et celui de Teddy allaient
arriver, elle eut un sourire un peu amer :
— Je n’aurais jamais pensé y remettre les pieds un jour.
— Si cela vous pose problème, on peut faire autrement, proposa
Harry qui venait de réaliser que ça la ramenait à une époque difficile.
— Je n’ai pas l’intention de laisser mes souvenirs de famille me
dicter ce que je dois faire, se ressaisit-elle. Si tout le monde y va, je
peux le faire aussi. Merci pour ta générosité, Harry.
— Je pourrai avoir un dragon brodé ? demanda Teddy.
— Ce n’est pas prévu, répondit Harry qui ne voulait pas se risquer
à apporter une modification, même minime, au costume des enfants
d’honneur choisi par Molly et Ginny. Mais de toute façon, personne
ne les brode aussi bien que ta grand-mère.
Comme Ginny et Harry continuaient à travailler à plein temps, ce
fut Molly qui peu à peu s’investit dans l’organisation des
réjouissances. Les fiancés passaient tous les soirs chez elle pour être
tenus au courant et trancher les points délicats.
Mettre à jour leur carnet d’adresses pour envoyer les invitations
leur en apprit beaucoup sur leurs relations. Beaucoup de leurs amis de
Poudlard vivaient désormais en couple, et une partie de leurs anciens
professeurs étaient mariés, hypothèse que Harry n’avait jamais
envisagée.
Quand la liste définitive fut arrêtée, Kreattur, dont le bras avait
guéri, s’installa dans le salon avec une pile de parchemins, une plume
et des cachets de cire. Pour être faites dans les formes, les invitations
devaient comporter de nombreuses fioritures et formules de politesse
et l’elfe se trouva pleinement occupé pendant deux semaines. Il fut

185
LES BÂTISSEURS

ensuite chargé de vérifier que les commandes prévues étaient bien


conformes au budget défini et il en fit le suivi une fois qu’elles furent
lancées.
La vaisselle en vermeil qui dormait dans le coffre de Harry fut
passée en revue par Molly et Ginny.
— C’est magnifique, commenta Ginny à Harry. C’est bien
dommage qu’on n’en ait pas assez pour tout le monde. Il faut que l’on
voie si on peut en louer quelque part.
Finalement, ce ne fut pas nécessaire. Tenue au courant par Molly,
Andromeda fit savoir qu’il y avait également tout un service dans le
coffre que Harry avait mis à son nom. Inspection faite, il fut jugé plus
ostentatoire et moins au goût des fiancés, mais parfaitement apte à
compléter l’argenterie des Potter. Ce fut avec une grande fierté que
Teddy accepta de prêter sa vaisselle pour le mariage de son parrain.
*
Novembre et décembre passèrent à une vitesse folle et les fiancés
réalisèrent un soir avec stupéfaction qu’ils étaient à trois jours de
Noël et à quatre de leur mariage. Tout était prêt, bien sûr, mais ils
étaient surpris d’être si proches de ce qui avait été un objectif lointain
durant les derniers mois.
— Je pense qu’il est maintenant trop tard pour changer d’avis,
plaisanta Harry.
— Tu fais ce que tu veux, affirma Ginny, c’est toi qui as tout payé.
— Mais c’est ta mère qui a tout organisé, opposa Harry. Je ne peux
pas lui faire ça.
— Bon, je vois qu’on est obligés de se marier pour de bon, conclut
Ginny.
— On a oublié de faire ajuster les alliances ! s’écria Harry paniqué.
— Bill les a prises dans le coffre et les a amenées au joaillier, le
rassura Ginny. Tu as pensé au portoloin pour Mrs Figg ?
— Oui, j’ai fait la demande, je dois aller le chercher au ministère
demain, le donner à Sarah qui le transmettra à Dudley, qui le portera à
Mrs Figg, lui indiqua Harry. Mais je suis certain d’avoir oublié
quelque chose.

186
LISTE DE MARIAGE

— Moi aussi, soupira Ginny, mais comme c’est Kreattur qui tient
de la liste des choses à faire, je pense que c’est seulement une
impression.
— Je sais ! s’écria Harry. Je n’ai pas posé mes vacances !
— Angelina a vérifié et elle l’a fait pour toi, lui apprit Ginny.
Comme il est invité au mariage, ton commandant n’a pas eu besoin de
ta signature.
— Si j’oublie de mettre mon caleçon le grand jour, je suppose que
je pourrais compter sur Ron pour en avoir un dans sa poche, ricana
Harry.
— Bienvenue chez les Weasley, mon chéri, gloussa Ginny.
*
Du 22 au 24 décembre, ils s’occupèrent des derniers ajustements.
Ultimes essayages de leurs vêtements de noce, vérification des
réservations, gestion des annulations de dernière minute. Ils reçurent
notamment une lettre d’Argus Rusard qu’ils n’avaient pu exclure
alors que tout le personnel de Poudlard était convié. Le concierge
indiquait qu’il ne pourrait être des leurs, car il ne pouvait abandonner
son chat Miss Teigne pour les trois jours que durerait la fête. Ils lui
répondirent du fond du cœur qu’il était tout excusé.
Ils savaient déjà que Bathsheba Babbling, la professeure de runes,
ne viendrait pas le premier jour, restant de garde au château pour
surveiller les élèves qui n’étaient pas rentrés dans leur famille pour
les fêtes. Le lendemain, ce serait Josef Williamson, le professeur de
défense contre les forces du Mal qui se dévouerait et Margaret Bell,
qui enseignait l’étude des Moldus, manquerait le dernier jour. Il était
établi que Cuthbert Binns ne pouvait pas être présent. Il avait invoqué
son grand âge, mais il était probable que son corps ectoplasmique ne
pouvait pas quitter le lieu qu’il hantait. Le voyage de Firenze avait
posé des problèmes, car il ne pouvait ni prendre de cheminée ni
transplaner, même en escorte. Poudlard avait fait une demande de
portoloin pour l’amener à bon port.
La veillée de Noël fut paisible. Sans les enfants, ils se seraient
abstenus de marquer le coup, mais Vic et Teddy attendaient avec
impatience la venue du père Noël à minuit. Charlie s’acquitta une fois
de plus de cette tâche, et les petits furent gâtés comme il se devait. Le

187
LES BÂTISSEURS

lendemain, chacun resta chez soi, prenant des forces et profitant du


calme avant la tempête.
Le soir, Ginny donna à Harry un dernier baiser en tant que fiancée
et partit dormir au Terrier. Derrière elle, Harry bloqua sa cheminée
pour que seuls ses deux témoins, Ron et Neville, puissent venir. Il
n’avait pas envie d’accueillir les cinq frères Weasley au saut du lit. Il
n’oublia pas de donner des consignes fermes à ses elfes pour qu’ils ne
se laissent pas abuser par la roublardise de ses potentiels hôtes
indésirables.
Il fut réveillé quelques heures plus tard par une poigne aussi virile
qu’inopportune. Il ouvrit un œil et protesta :
— Ron, il n’est que six heures.
— C’est un grand jour pour toi, claironna son ami. Tiens, George
n’est pas encore là ?
— Tu me prends pour un débutant. Seul Neville peut venir
aujourd’hui.
— Pauvre George qui s’est réveillé pour rien, fit Ron d’un ton
désolé.
— Tu n’as pas honte de me fendre le cœur le jour de mon
mariage ? lui reprocha Harry.
— Non, pourquoi ? demanda placidement Ron. Bon, tu te lèves ou
je te lance un Aguamenti.
— Tu ne peux pas, j’ai jeté un sort qui bloque toute la magie des
baguettes.
— C’est possible ? s’étonna Ron.
— Bien sûr !
Seuls ses excellents réflexes permirent à Harry d’échapper à
l’inondation qui envahit son lit.
— Tu bluffes très mal, lui signala Ron.
— Tu as marché un moment ! le railla Harry.
— Ma vengeance sera terrible, assura Ron.
— Tu ne veux pas déjeuner d’abord ? tenta Harry.
— Si tu crois que tu vas détourner mon attention en me proposant
de la nourriture, fit Ron dédaigneux, tu te mets la baguette dans l’œil
jusqu’au coude, mon bonhomme. Dis, c’est vrai que Miffy a inventé
une nouvelle recette d’œufs brouillés ?

188
LISTE DE MARIAGE

Après qu’ils eurent solidement déjeuné, Ron, conscient de ses


responsabilités, demanda à voir ce que Harry avait prévu de porter.
Kreattur avait préparé toute la panoplie la veille et l’avait exposé sur
le lit de Teddy. Il n’y avait rien à redire, tout était soigneusement
repassé et prêt à être revêtu, y compris les sous-vêtements.
— Tu peux m’expliquer pourquoi Ginny m’a demandé de
t’apporter un caleçon ? interrogea Ron d’une voix pensive.
— Je ne sais pas, mentit Harry en cachant son amusement. Les
jeunes femmes sur le point de se marier ont des idées bizarres.
— Et encore, ce n’est rien à côté des femmes enceintes. Angie a
mangé toute notre réserve de bonbons Devinez-mon-gout. Quand elle
t’affirme que le mayonnaise-épinard est délicieux, tu te poses des
questions. Enfin, elle n’en a plus pour longtemps.
Quand Harry émergea de la salle de bains dans laquelle il s’était
barricadé, considérant qu’il n’avait besoin d’aucune aide pour
procéder à ses ablutions, Neville et le coiffeur étaient arrivés.
L’homme de l’art fit son possible pour rendre la chevelure de
Harry plus disciplinée, mais, comme l’avait fait remarquer un jour
Ginny, cela faisait plus de deux cents ans que les Potter étaient mal
coiffés et une telle malédiction résistait aux meilleurs sorts. Il était
cependant rasé de près et avait une coupe de cheveux bien nette
quand l’artiste les laissa.
Avec l’aide de ses amis, Harry revêtit sa robe verte agrémentée de
liserés argent. Il portait des chaussures achetées exprès pour
l’occasion, mais le mariage de Ron lui avait servi de leçon et il les
avait fait assouplir et les avait mises plusieurs jours pour éviter la
torture pédestre.
— Bon, j’ai l’air de quoi ? demanda Harry à son public.
— Tu veux vraiment le savoir ? répliqua Ron.
— Tu es superbe, le rassura Neville. Cette robe te va très bien.
— C’est le moment d’y aller, je crois, dit nerveusement Harry.
Ils devaient se rendre au Terrier en cheminée avant de transplaner
sur l’île d’Avalon.
— Non, pas avant vingt minutes, indiqua fermement Ron. J’ai pour
ordre de ne pas te laisser quitter cet endroit avant l’heure, car si tu
rencontres Ginny, ton mariage sera maudit sur sept générations. Dis,

189
LES BÂTISSEURS

tu ne crois pas qu’il aurait été plus simple de lever le sort anti-
transplanage ici ?
— J’ai l’intention de ne me marier qu’une seule fois, Ron. J’ai
trouvé inutile de m’embêter à faire un contre-sort et de relancer ce
sortilège. Il est coton, tu sais ?
La cinquième fois où Harry demanda si ce n’était pas l’heure d’y
aller, Ron fit descendre tout le monde à la cuisine.
— Neville, ordonna Ron, tu passes devant. Ta mission est de
t’assurer que Harry ne voit pas une miette de ma sœur, de sa robe, de
son bouquet ou de n’importe lequel de ses attributs. Pense à regarder
par terre, elle a tendance à laisser traîner ses chaussures partout. On te
suit trente secondes après.
— Comment diable veux-tu que je reconnaisse les chaussures de
Ginny ? protesta Neville qui hésitait entre l’agacement et
l’amusement.
— C’est la seule à les abandonner dans des endroits improbables,
expliqua Ron. Bon, tu y vas ? Il ne faut pas prendre de retard sur le
planning.
— De quoi ta mère t’a-t-elle menacé si je ne suis pas à l’heure ?
demanda Harry tandis que Neville disparaissait.
— C’est trop affreux pour être énoncé, plaisanta Ron. Non,
sérieusement, tu veux vraiment qu’elle soit encore plus sur les nerfs ?
L’idée que ton mariage est l’évènement dont parlent les journaux
depuis une semaine est bien suffisante.
— Merci de me le rappeler, gémit Harry.
— Pas le temps de pleurnicher, on y va, rétorqua Ron. Une
minute ! le retint-il à la dernière seconde, j’allais oublier de te lancer
un sortilège anti-suie. On n’est pas passé loin de la catastrophe !
Harry se laissa faire puis chemina jusqu’au Terrier. Dans le salon,
Neville se trouvait en compagnie de Bill, Charlie, Percy et George.
— Les gars, s’exclama Harry. Je vous attendais chez moi !
Les quatre Weasley se regardèrent :
— Messieurs, prononça Bill, cela demande réparation.
— Non ! s’insurgea Ron qui était arrivé sur les talons de Harry.
Attendez après le mariage. Pensez à maman !
Cette mention suffit à statufier les quatre figures vengeresses.

190
LISTE DE MARIAGE

— Bien, fit Ron en tapant dans ses mains, tout le monde a en tête
l’aire de transplanage ? Allez, Bill et Charlie en premier, puis Percy et
George, ensuite Harry et moi et Neville derrière. Vous êtes en place ?
C’est parti.
Conformément au programme, ils disparurent à quelques secondes
d’intervalle et se retrouvèrent dans la formation prévue sur la berge
de l’île d’Avalon. Derrière eux, le lac mythique scintillait sous le
soleil. Devant eux, deux cents personnes applaudissaient leur arrivée.
Instinctivement, Harry fit un pas en arrière et se heurta à Neville.
— Courage, mon vieux, chuchota celui-ci. Ginny ne va pas tarder.
Harry se ressaisit et tenta de sourire en avançant vers le dais nuptial
entre les rangées d’invités. Couvrant les exclamations de bienvenue,
un rugissement caverneux lui apprit que Hagrid était bien là, et qu’il
exprimait son émotion dans son immonde mouchoir à carreaux.
Arrivé à destination, il salua le mage qui l’attendait. Ainsi que
Harry l’avait souhaité, c’était celui qui avait uni Bill et Fleur et qui
avait enterré Dumbledore. Harry resta debout, ses témoins à ses côtés,
pendant que les autres frères Weasley et leurs compagnes faisaient
asseoir l’assistance.
Une musique retentit, étouffant le brouhaha. Dans un chuintement
d’étoffe, tout le monde se retourna pour ne pas manquer l’entrée de la
mariée. Teddy et Victoire s’avancèrent, très sérieux, vêtus de robes de
la même couleur. Ils tenaient à la main des paniers dans lesquels ils
piochaient des pétales de roses multicolores qu’ils jetaient en l’air
avec plus d’enthousiasme que de précision. Quelle que soit la
direction où les enfants les envoyaient, les corolles enchantées se
déposaient en virevoltant sur le tapis rouge destiné à amener Ginny à
son futur mari.
Alors que les petits n’étaient plus qu’à quelques mètres de l’autel,
Ginny apparut au bout de l’allée, et le cœur de Harry manqua un
battement.

191
XII – Tour de table
26 décembre 2003

Ginny avançait le long de l’allée d’un pas mesuré, sous les regards
admiratifs de l’assistance. Elle portait une robe moldue qui mettait ses
formes en valeur : un bustier ajusté sur lequel couraient des volutes
brodées de fil d’argent surmontait une lourde jupe en soie sauvage qui
s’étirait en traîne.
L’ensemble aurait pu être fade si sa chevelure d’un roux éclatant
n’avait habillé ses épaules. Harry savait qu’à l’origine Ginny avait
prévu de se faire un chignon, mais il avait indiqué qu’il la préférait
les cheveux dénoués, et son désir avait été pris en compte. Les deux
mèches qui encadraient son visage avaient été relevées pour dégager
celui-ci, le reste tombant souplement sur ses omoplates. Sur sa tête
reposait une couronne d’argent finement ciselée. La parure venait du
coffre de Harry, Ginny ayant exposé sans ambages qu’elle refusait de
porter un ornement prêté par sa tante Muriel, voulant éviter que
l’insupportable vieille dame ne lui rappelle sa contribution durant les
cinquante ans à venir. La méchanceté ça conserve, tu sais Harry,
avait-elle soupiré.
Elle tenait à deux mains un bouquet touffu aux couleurs éclatantes,
dont les vrilles cascadaient jusqu’au sol. C’était Luna qui avait offert
de le composer et Harry se demanda de quelle contrée lointaine
étaient originaires les fleurs assemblées par ses soins.
Ginny paraissait sereine tandis qu’elle marchait posément vers lui,
mais, quand elle fut proche, Harry vit que son bouquet était animé de
tremblements convulsifs. Ils se sourirent nerveusement lorsqu’elle
vint se placer à ses côtés, Hermione et Luna juste derrière elle.
Tous deux firent face au mage. Alors que l’officiant commençait
son discours d’introduction, Harry sentit qu’on le tirait par la manche.
Il se tourna vers sa fiancée, mais l’attention de celle-ci était dirigée
vers l’ordonnateur de la cérémonie.
LES BÂTISSEURS

Il baissa les yeux et vit qu’un rameau du bouquet de Ginny l’avait


agrippé et rampait insidieusement vers son coude. Il tenta de se
dégager doucement, puis avec plus de vigueur. Alertée par son
mouvement, Ginny regarda à son tour et comprit la situation. Elle
saisit délicatement la vrille aventureuse pour libérer Harry.
— C’est un tentacule amoureux, il paraît que ça porte chance,
murmura-t-elle.
— Je vais être très heureux avec un seul bras, répliqua Harry,
provoquant un gloussement nerveux chez sa fiancée.
Nul doute que le mage devait parler d’eux, mais Harry n’en
écoutait pas un mot, trop préoccupé par la suite de la cérémonie pour
y porter attention. Le jeune homme préférait se remémorer en boucle
les vœux qu’il devait prononcer, anxieux à l’idée de se tromper et de
gâcher un instant aussi important. Heureusement, ses craintes furent
vaines et il réussit à faire savoir sans bégayer qu’il désirait
effectivement prendre pour épouse la femme qui se tenait à ses côtés
et répéta tous les engagements auxquels il souscrivait, pour le
meilleur et pour le pire.
Enfin, ils eurent le droit de s’embrasser sous les vivats de la foule.
Harry eut un peu de mal à s’approcher suffisamment pour s’exécuter,
les fleurs de Ginny faisant leur possible pour empêcher de telles
privautés. Finalement, la jeune mariée maintint d’une main son
bouquet derrière son dos et de l’autre attrapa le col de son nouvel
époux pour l’attirer résolument à elle.
Après un moment à la fois très long et très court, ils se séparèrent
et se préoccupèrent du reste du monde. Ils contemplèrent leur famille,
leurs collègues, leurs alliés, leurs amis, toutes ces personnes qui
s’étaient déplacées pour partager ce moment avec eux. En voyant leur
nombre, Harry se dit qu’ils avaient beaucoup de chance.
Il fallut deux heures aux deux cents invités pour les saluer, les
embrasser et les féliciter. Une bonne cinquantaine d’entre eux –
conjoints ou compagnons de leurs relations – leur étaient
complètement inconnus, et Harry renonça à mémoriser toutes ces
nouvelles connaissances. Malgré son solide petit-déjeuner, le jeune
marié mourrait de faim quand il put enfin rejoindre l’endroit où les
convives se gorgeaient de champagne et de petits-fours.

194
TOUR DE TABLE

La salle de réception de l’Hostellerie de la fée Morgane était une


vaste pièce éclairée par de grandes baies vitrées qui donnaient sur le
lac et aux murs décorés de boiseries dorées. Au plafond, des fresques
racontaient l’histoire d’Arthur et de Merlin, dans sa version sorcière.
Le cocktail prenait fin et l’assistance était amenée à prendre place
autour des tables rondes où le repas devait être servi. À la table
d’honneur, les témoins et plus proches amis attendaient Harry et
Ginny. La mariée posa son bouquet devant elle et celui-ci ne tarda pas
à ramper vers les roses qui ornaient le chemin de table.
— Dis Luna, elles sont carnivores, tes plantes ? demanda Harry.
— Les tentacules sont juste très affectueux, le rassura Neville. Par
contre, les géraniums dentus sont herbivores. Vous croyez que ma
réputation s’en remettra si je me bats pour attraper le bouquet de la
mariée ?
— Passe me voir à la maison, j’en ai planté dans le jardin, proposa
Luna. Ton lit est investi de Veracrasses ?
— Ce sont les propriétés astringentes des géraniums qui
m’intéressent, précisa le botaniste.
— Préviens-nous avant d’y aller, conseilla Ron, histoire qu’on
prévoie une mission de secours, au cas où.
Owen, regardait d’un œil fasciné les vrilles du bouquet agripper
résolument la décoration florale.
— Je ne veux pas être rabat-joie, dit-il avec précaution, mais je
pense qu’il est parfaitement interdit de faire rentrer ces choses-là en
Angleterre sans licence.
— J’ai une licence, précisa Neville, mais cela coûte horriblement
cher d’en importer.
— C’est triste de se dire qu’on vit dans un pays dans lequel il faut
une autorisation pour faire venir la chance, commenta Luna.
Owen regarda Luna un moment, mais ne répondit rien. Il avait été
dans la même promotion que la jeune fille à Poudlard et il devait
savoir que les arguments rationnels et juridiques n’étaient pas d’une
grande aide avec elle. À côté de lui, Gilda, la compagne de chambre
de Ginny, les dévisageait en se demandant manifestement s’ils étaient
sérieux ou non.
— Ne t’en fais pas, la rassura Ginny en posant la main sur le bras
de son amie. Ils sont un peu fêlés, mais ne mordent pas.

195
LES BÂTISSEURS

— Par contre, je n’en dirais pas autant du géranium dentu, la mit


en garde Harry.
L’arrivée du premier plat interrompit la discussion durant quelques
minutes. Puis Neville parut se souvenir brusquement de quelque
chose :
— J’espère que tu as prévenu Ginny, s’adressa-t-il à Harry.
— De quoi ? demanda le marié.
— Enfin, Harry, c’est important quand même ! protesta son ami, un
éclair de malice dans les yeux.
— Allez, Neville, on t’écoute ! l’encouragea Ginny en souriant,
pressentant une plaisanterie.
— Quand on était en cinquième année, annonça Neville d’une voix
mystérieuse, Trelawney a prédit que Harry mourrait à quatre-vingt
dix-huit ans entourés de ses douze enfants.
— Heureusement que les prophéties de Trelawney sont toujours
fausses, gloussa Ginny en jetant un regard à la table où se trouvait
leur ancienne professeure.
— Elle en a trois à son actif qui se sont réalisées, et deux me
concernaient, rectifia Harry.
— Ah non ! réagit Ginny en perdant son sourire. Il est hors de
question que nous ayons autant d’enfants.
— Si c’est mon destin, que veux-tu que j’y fasse ? plaida Harry.
— Si tu me fais ça, je divorce ! déclara-t-elle impitoyable.
— Quoi ? Tu m’abandonnerais avec douze enfants à charge ?
protesta-t-il.
— A-t-elle précisé si les douze mouflets étaient de la même mère ?
demanda Owen pratique.
— Je me fiche de ce qu’elle a dit, grogna Ginny dont le regard
signifiait clairement ce qu’elle pensait de la suggestion.
— Avez-vous songé à l’adoption ? proposa Hermione pince-sans-
rire.
— Bonne idée ! opina précipitamment Harry. On les prend à seize
ans pour ne pas les avoir trop longtemps sur les bras, et ça règle le
problème.
— On choisit six filles et six garçons, se laissa tenter Ginny. On
entraîne chacun une équipe et on domine la Coupe de la ligue.

196
TOUR DE TABLE

— Qui de l’équipe des Potter ou des Potter remportera la finale ?


demanda Ron sur le ton d’un commentateur. Le suspense est
insoutenable. Les deux capitaines ne se parlent plus depuis des
semaines et les cognards volent bas à la maison. La capitaine Potter a
affirmé : « Ses joueurs n’ont aucune tactique ». Le capitaine Potter a
répondu : « Elle dit ça parce qu’elle a peur de perdre et d’être de
corvée de vaisselle pendant un mois ».
Un grand rire secoua toute la table.
En attendant le plat suivant, les mariés entreprirent de faire le tour
de la salle pour dire un petit mot à tout le monde. La composition des
tables avait été un cauchemar : il avait fallu à la fois veiller à ne pas
isoler un invité au milieu d’inconnus, tout en évitant de laisser entre
elles des personnes qui se côtoyaient tous les jours. Enfin, il avait
fallu rassembler ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de se croiser
depuis longtemps, tout en séparant ceux qui ne se supportaient pas.
La table la plus proche de la leur était présidée par Arthur et Molly.
Ils avaient autour d’eux ceux qu’ils avaient voulu particulièrement
honorer : Monsieur et Madame Delacour, le ministre de la Magie,
Dave Faucett le commandant de Harry, la directrice des Harpies qui
était venue accompagnée de son mari, ainsi que le directeur de
Poudlard et son épouse.
— Vous faites un si joli couple ! les accueillit Apolline.
— Vous êtes là, Potter ? s’étonna Faucett. Je n’ai pas vu votre
demande de congé. Dois-je considérer que c’est un abandon de
poste ?
— J’ai oublié, reconnut Harry, penaud.
— Je t’avais prévenu qu’il avait un petit problème avec les
procédures, sourit Kingsley.
La table suivante abritait les parents par alliance de la famille
Weasley : les Granger, les Johnson, Dudley et Sarah. Arabella Figg et
Margaret Bell, la professeure d’étude des Moldus, complétaient le
groupe.
— Tout va bien, Dudley ? demanda spontanément Harry, qui
craignait que toute cette assemblée soit trop bizarre pour son cousin.
— Ça ressemble beaucoup aux mariages euh… non sorciers,
reconnut Dudley.

197
LES BÂTISSEURS

— Nous faisons une analyse comparée, dit joyeusement Margaret


Bell et Harry lui sourit pour la remercier de prendre les choses en
main.
— Comment vous portez-vous, Mrs Figg ? continua Harry pendant
que Mrs Johnson admirait la robe de Ginny. Cela fait si longtemps
que nous ne nous sommes vus.
— J’ai toujours bon pied bon œil. Malheureusement, j’ai perdu
Pompom l’été dernier.
— Cela a dû être difficile, compatit Harry qui la savait très
attachée à son animal. Vous avez d’autres compagnons ?
— Oui, heureusement. Patounet était très triste aussi, mais nous
nous sommes consolés mutuellement. J’ai également deux jeunes un
peu fous qui ont été abandonnés par des sans-cœurs habitant dans le
lotissement. Je suis toujours étonnée de constater combien les gens
peuvent être méchants.
Harry se dit qu’il avait malheureusement été à bonne école pour
découvrir très tôt que la gentillesse désertait parfois certaines
maisons.
La table suivante mélangeait les amis de classe de Ginny, Dean,
Seamus, Lavande et Parvati, ainsi qu’Éloïse Migden, la vendeuse de
Ron et George.
— On était en train de dénombrer les points que Harry a fait perdre
à Gryffondor, leur indiqua Dean.
— Et ceux qu’il a gagnés, ça ne compte pas ? s’insurgea Ginny.
— On fera le bilan à la fin, la rassura Parvati.
— Je n’en ai fait perdre aucun la dernière année, précisa Harry.
— Je le leur ai dit, mais ils refusent de me croire, lui assura Vicky
Frobisher. Ils ne veulent pas non plus admettre que tu n’as fait aucun
séjour à l’infirmerie.
— Madame Pomfresh a dû s’ennuyer, la pauvre, commenta Dean.
Les mariés les laissèrent à leurs comptes d’apothicaires pour aller
saluer les joueurs que Harry avait sélectionnés quand il était
capitaine. Deux jeunes filles étaient particulièrement courtisées à
cette table : Demelza Robins, tout auréolée par sa fonction d’Auror, et
la jolie Gabrielle Delacour, dont le charme héréditaire faisait des
ravages parmi les éléments masculins.

198
TOUR DE TABLE

Un peu plus loin, ils avaient réuni Olivier et ses anciens joueurs,
ainsi que l’équipe d’Angelina. Ils avaient complété la tablée avec
Leah Maroon et Patty Paterson des Harpies, qui étaient venues avec
leurs petits copains. June Tierney1, que Harry connaissait de vue car
elle était également Gryffondor, avait accompagné Olivier, mais il
avait cru comprendre que personne ne savait quelles étaient ses
relations exactes avec le joueur de Flaquemare, ce qui avait
occasionné une longue discussion entre Angelina et Ginny.
Les membres de l’AD avaient été répartis sur deux tables et
mélangés avec le reste des Harpies et leurs cavaliers. Harry regarda
avec curiosité du côté de Cho qui était venue avec son mari. Il avait
appris que celui-ci était Moldu et se demanda comment ils s’étaient
rencontrés. Il aurait été tenté de supposer que le choix de son
ancienne petite amie pour un non sorcier avait été motivé par le désir
de prendre du recul envers une communauté où elle avait beaucoup
souffert, mais il trouva que l’homme qu’il avait en face de lui
ressemblait trop à Cédric Diggory pour étayer cette thèse.
Il sourit à Valmaï Morgan, la poursuiveuse qui faisait équipe avec
Ginny. Il savait qu’elles étaient maintenant bonnes camarades.
Valmaï sourit en retour à Harry avant de reporter son attention vers
son voisin de table, Justin Finch-Fletchley, qui montrait un intérêt
pour le Quidditch que Harry n’avait jamais soupçonné chez lui.
La discussion n’était pas moins animée chez les anciens membres
de l’Ordre auxquels avaient été joints Stanislas Pritchard et son
épouse, ainsi que Janice Davenport. Celle-ci n’était pas venue seule,
et son cavalier n’était autre que Pierre Belléclair. Andromeda avait
été placée avec eux, tout comme Augusta Londubat.
Venaient ensuite trois tables remplies de Weasley, auxquelles
étaient installés les frères de Ginny. Harry fut présenté à chacun des
nombreux cousins et affirma sa fierté d’être allié à une si belle
famille.
Aux deux tables suivantes discutaient les professeurs de Poudlard
et le personnel d’encadrement des Harpies. Wilhelmina Gobe-
Planche parlait chiffons avec Olympe Maxime et Firenze tentait

1
June est le personnage principal de la fanfiction June Tierney’s Diary
d’Owlie Wood.

199
LES BÂTISSEURS

d’expliquer à Joey Petrucci et son épouse les bases de la prédiction


centaurienne. Harry avait veillé à ce que le cuisinier ne soit pas placé
à proximité de sa maîtresse, l’infirmière du club venue avec son mari,
sans en révéler les raisons à Ginny et à Molly, ce qui avait été
difficile vu le nombre de fois où ils avaient interverti les invités dans
leur recherche du placement parfait.
Par contre, ils avaient mis Gwenog Jones à côté du professeur
Slughorn. Ce dernier semblait également ravi d’avoir été installé près
de Viktor Krum et de son épouse visiblement enceinte. La
professeure Bibine discutait technique avec Atalante Gruber,
l’entraîneuse des Harpies. Quant aux deux infirmières, Madame
Pomfresh et Natacha Winkler, elles échangeaient des plaisanteries
médicales.
Ils abordèrent le groupe suivant avec circonspection. C’était celui
qu’ils avaient eu le plus de mal à former. En effet, une fois qu’ils
eurent pris la résolution d’assembler Mrs Norris et la tante Muriel, il
avait fallu choisir qui sacrifier pour compléter la table. Ils s’étaient
décidés pour Abelforth Dumbledore qui n’était pas du genre à se
laisser marcher sur les pieds, ainsi que Xenophilius Lovegood et
Sibylle Trelawney qui vivaient suffisamment dans leur monde pour
ne pas être atteints par la malveillance caractérisée des deux furies.
S’y étaient également retrouvés relégués Irma Pince et son mari, ainsi
que Mondingus Fletcher.
Harry s’était senti vraiment désolé pour celui-ci quand il avait
validé la liste, mais il n’avait pas trouvé d’autre endroit pour l’escroc.
Il se rassura en le voyant en grande conversation avec la professeure
de divination. Sans doute arriverait-il à refourguer des foies de
corbeaux ou des décoctions propres à rendre clairvoyant le troisième
œil. À moins qu’il ne prévoie de lui livrer des caisses de cognac de
contrebande. La bibliothécaire de Poudlard semblait ravie de
rencontrer un homme érudit comme le père de Luna et écoutait le
journaliste avec fascination. Quant au frère d’Albus Dumbledore, il
prenait manifestement plaisir à provoquer les commentaires acides de
l’intendante des Harpies et de la tante des Weasley.
Quand ils s’apprêtèrent à saluer ces terreurs, Harry sentit le pas de
Ginny devenir hésitant à ses côtés et il dut se souvenir qu’il était le
Survivant pour trouver le courage de se jeter dans la gueule des deux
chimères.

200
TOUR DE TABLE

— Oh, voici les rois de la fête, fit Muriel d’une voix doucereuse.
La couronne ne te va pas du tout, ma pauvre chérie, continua-t-elle en
s’adressant à Ginny. Tu aurais dû me demander mon diadème. Les
jeunes de nos jours préfèrent se rendre ridicules plutôt que de
demander conseil à leurs aînés…
— Ils se croient toujours plus malins, mais ne prennent pas le
temps de réfléchir, abonda Mrs Norris.
— Certaines ont la langue qui galope, mais ne réfléchissent pas
davantage, glissa Abelforth en faisant un clin d’œil à Ginny.
Les mariés eurent un sourire poli et s’éloignèrent précipitamment
vers la table suivante.
— J’espère qu’un jour l’humanité nous pardonnera de les avoir
mises en contact, frissonna Harry.
— Tu crois qu’il va falloir faire décontaminer la zone ? renchérit
Ginny.
— Il me semble que le site est naturellement immunisé contre la
magie noire et les créatures maléfiques, la rassura Harry.
— Il va falloir conseiller à Angelina de ne pas les approcher,
songea Ginny. Cela pourrait porter malchance au bébé. Tu sais,
comme dans les contes moldus qu’Hermione a offerts à Teddy.
Ils passèrent ensuite à la table des enfants. Teddy et Victoire
s’entendaient à merveille avec les plus jeunes des Weasley, sous la
garde de Kreattur, Miffy et Trotty. Harry et Ginny avaient voulu que
leurs elfes soient présents à la fête, mais ceux-ci n’imaginaient pas se
conduire comme des invités. Ginny avait eu une idée de génie : elle
les avait placés à la table des enfants, leur indiquant qu’ils rendraient
service en surveillant les petites têtes blondes. Dans ces conditions,
les créatures avaient accepté de s’asseoir et de profiter du festin.
— Alors, on s’amuse bien ? demanda Ginny.
— Vi, ils sont trop rigolos ! dit Victoire en montrant les elfes.
— Je suis le roi Arthur, déclara un petit cousin Weasley, coiffé
d’un des chapeaux en papier comme ceux que l’on trouvait dans les
pétards de Noël, qui avaient été mis à disposition des enfants pour les
occuper pendant ce long repas.
— Tu joues avec nous ? demanda Teddy à Harry.

201
LES BÂTISSEURS

— Non, nous n’avons pas fini de manger. Mais on reviendra tout à


l’heure, lui promit son parrain.
Ayant accompli leur devoir, les jeunes mariés purent retourner à
leur table où leur plat avait été maintenu au chaud.
— Personne n’a vu mon bouquet ? s’enquit Ginny en s’asseyant.
— Il a dû aller répandre la joie ailleurs, répondit Luna.
— Je suis certain que ceux qui le retrouveront se sentiront comblés,
assura Owen le plus sérieusement du monde.
Ce fut ensuite le moment de servir les desserts. Harry et Ginny
allèrent au buffet pour donner le départ au découpage du gâteau de
noce.
— Un discours, un discours ! scandèrent les plus jeunes.
Harry leva la main pour les faire taire :
— Ne vous inquiétez pas, c’est prévu. Ron a insisté pour s’en
charger.
— C’est bon, j’y vais, j’y vais, dit Ron d’une voix qu’il voulait
contrainte. Maintenant, tu peux demander à Hermione de me rendre
ma collection de cartes de Chocogrenouille ?
L’assistance se mit à rire tandis que Ron prenait place près de
Harry et Ginny pour faire face à son public.
— Je suis venu parce qu’ils ont insisté, mais je ne vois pas ce que
je pourrais vous dire d’inédit sur Harry et Ginny, vu que le principal a
été révélé par la presse. Inutile de le nier, je sais parfaitement que
vous êtes tous abonnés à Jeune et Sorcière et que vous écoutez
chaque semaine Nos chères célébrités à la radio.
Il y eut des protestations dans la foule, mais Harry remarqua que
certains avaient l’air un peu gênés.
— Vous n’ignorez donc pas que Ginny a été tentée de dire oui à
Finbar Quigley des Chauves-Souris de Ballycastle, avant d’être à
deux doigts de se fiancer à Galvin Gudgeon des Canons. Vous avez
également suivi sa liaison torride avec le gardien des Flaquemare.
Inutile de te planquer, Olivier, maintenant tu sais pourquoi tu as été
invité : mes frères et moi, on voulait te dire deux mots… je finis mon
discours et j’arrive !

202
TOUR DE TABLE

Dubois nia farouchement d’un signe de tête mais George qui était à
ses côtés lui mit un bras sur l’épaule dans un mouvement aussi amical
que contraignant, faisant rire leurs voisins.
— Harry, de son côté, a dû échapper à la tendre admiration de la
célèbre Celestina Moldubec. Je pense que, s’il avait succombé,
Maman lui aurait pardonné car c’est une grande artiste. Mais
finalement, Harry a été irréprochable et a non seulement repoussé le
cœur de la diva, mais il s’est aussi détourné de son chaudron plein de
passion.
L’allusion au succès le plus fameux – et le plus mièvre – de la
chanteuse suscita un concert de gloussement, notamment dans la
famille proche de Harry qui devait écouter la prestation de la vedette
à chaque fête de Noël. Impassible, Ron persista :
— Nous avons également suivi avec intérêt sa tendre idylle avec
Greta Catchlove, auteure talentueuse de Comment ensorceler son
fromage. Il m’a un peu étonné avec sa suspecte amitié avec Gideon
Crumb, des Bizarr' Sisters. J’ignorais que la cornemuse était ton
instrument préféré, Harry. J’espère que tu apprécies aussi, Ginny,
parce que je vous ai offert l’intégrale de Suites pour Cornemuse au
Clair de lune, de Musidora Barkwith, en cadeau de mariage.
Un petit cri retentit parmi les rires : Mrs Brocklehurst tentait de se
débarrasser d’un géranium dentu qui mordillait sa manche, dressé de
toute la hauteur d’un tentacule amoureux. La professeure Chourave
vint à son secours et observa sa prise avec une curiosité toute
professionnelle. Ron continuait sa péroraison :
— Je sais que vous aimeriez en savoir davantage. Par exemple, est-
ce vrai que Harry a promis à Ginny de lui préparer chaque matin son
petit-déjeuner, comme l’affirme Sorcière-Hebdo de la semaine
dernière ? Eh bien, oui, il a pris cet engagement. Sauf qu’en vrai, il a
prévu de demander à ses elfes de le faire à sa place. J’ai bien envie de
le dénoncer à ma femme ! Par contre, il est totalement faux qu’il ait
gagné un jour à Poudlard le concours de celui qui avalait le plus vite
sa part de tourte aux rognons. Je l’ai toujours battu à plates coutures
dans cet exercice délicat, tous nos copains en sont témoins.
Des hurlements approbateurs émanèrent de leurs anciens
condisciples. La supériorité de Ron en la matière ne faisait aucun
doute pour eux.

203
LES BÂTISSEURS

— Vous avez aussi appris que Harry s’est vu proposer le poste de


ministre de la Magie juste après la bataille de Poudlard. J’ai lu que
Kingsley Shacklebolt lui avait offert une grosse somme en gallions
pour qu’il refuse. Mais je viens de me renseigner auprès de Kingsley
et il m’a affirmé que c’est Harry qui lui a proposé une fortune pour
qu’il remette de l’ordre dans la communauté magique à sa place.
Étant donné que Harry n’a jamais été très fort pour ranger sa malle, je
pense qu’on l’a échappé belle !
Cela fit beaucoup rire le ministre et ses chefs de département.
— Au fait, si dans les jours prochains vous apprenez qu’un quartier
de la capitale moldue a disparu, ne vous posez pas de question. Harry
a simplement construit un terrain de Quidditch dans son jardin, ainsi
qu’il l’a proposé à Ginny selon l’article de Quidditch magazine du
mois dernier. Oups ! fit Ron en prenant l’air embarrassé, je n’aurais
peut-être pas dû révéler ça devant autant de membres du ministère.
Un dossier, ça se perd, n’est-ce pas ? Dans la malle de Harry par
exemple !
— Qu’il évite juste de faire disparaître Buckingham Palace,
demanda en riant Kingsley. Ça donnerait un peu trop de travail au
Comité des inventions d’excuses.
— Eh ! Harry, laisse-nous King’s Cross, aussi, pour qu’on puisse
envoyer nos gosses à Poudlard un jour. Pour en revenir à notre petite
revue de presse, j’ai lu que si Harry n’avait pas été aussi myope, il
aurait remarqué les biens meilleurs partis qui s’offraient à lui. C’est
une façon de voir les choses ! Moi, j’ai toujours été persuadé que ce
n’était pas le sens de la vision qui avait été déterminant. Non, Ginny,
je n’ai pas dit que tu n’étais pas jolie ! Je veux simplement expliquer
que c’est un autre de ses sens qui a poussé Harry à te choisir. Hé !
Que celui qui a dit que c’était le toucher vienne me le dire en face
quand j’aurai fini. Ceux qui n’ont pas l’esprit mal placé ont compris
que je parlais du goût ! Dès que Harry a dégusté les petits plats de
maman il y a douze ans, sa destinée matrimoniale était toute tracée.
Ron se tourna vers son nouveau beau-frère et lui confia d’une voix
compatissante :
— Oui Harry, je sais que ça a été dur quand j’ai refusé ta
proposition ! Et je persiste à penser que tu aurais dû m’écouter et
demander à Charlie. Je suis certain que ses dragons et toi ça aurait fait
des étincelles. Mais bien sûr, en pur Gryffondor, tu as choisi la

204
TOUR DE TABLE

solution la plus risquée. Enfin, vu ton entraînement, j’ai bon espoir


que tu survivras à ma sœur. Quand ce sera difficile, dis-toi que la
tourte au potiron de maman n’a pas de prix.
Harry fit mine de s’arracher les cheveux en entendant un tel délire
tandis que Charlie criait « Hé ! Harry, fallait m’en parler ! » et que
Ginny faisait semblant d’envoyer un maléfice à Ron.
— Enfin, continua l’orateur, tout ça pour dire qu’il n’y a pas que
des inepties dans tout ce qui a été écrit sur le couple de l’année. J’ai
désormais l’impression de les connaître mieux, et je suis très heureux
d’être là aujourd’hui pour leur souhaiter beaucoup de bonheur et tout
plein de petits bébés tout roux !
Une fois les applaudissements calmés, le personnel distribua les
assiettes qui avaient été garnies pendant que Ron parlait. Le dessert
terminé et le café servi, Harry prit la parole :
— Chers amis, j’espère que vous avez apprécié ce repas.
Maintenant, les volontaires pourront partir à la recherche de l’épée du
roi Arthur. Ceux qui préfèrent se reposer sont invités à se rendre dans
la serre et admirer le paysage. Pour les autres, je vous demanderai de
vous mettre en équipes de dix et on vous donnera une enveloppe avec
une énigme qui vous mènera à une seconde enveloppe et ainsi de
suite, jusqu’au trésor légendaire. Chaque groupe suivra des chemins
différents, et on verra bien qui sera le plus rapide.
Il y eut beaucoup d’effervescence pendant que les équipes se
créaient. Les invités qui ne connaissaient que peu de personnes
tentaient de rester avec ceux dont ils avaient partagé le repas, tandis
que d’autres profitaient de l’occasion pour se rapprocher d’amis dont
ils avaient été séparés durant les deux dernières heures.
Tant bien que mal, des groupes prenaient forme, tandis que les
moins valides ou ceux qui n’étaient pas attirés par la distraction se
dirigeaient vers les serres. Harry proposa à Dudley qui hésitait sur la
conduiteà tenir de se joindre à lui et récupéra Sarah par la même
occasion. Il invita ensuite Firenze, qui accepta. Harry, conscient que
ce genre de divertissement devait lui paraître bien futile, espéra qu’il
apprécierait quand même la promenade.
Dudley pâlit quand la créature s’avança vers eux et s’écarta
légèrement, sans pour autant pouvoir s’empêcher de l’examiner avec
une fascination mêlée de crainte. L’ancien professeur de divination

205
LES BÂTISSEURS

resta impassible, sans doute habitué à susciter la curiosité chez les


élèves de Poudlard, car les centaures sortaient rarement de leur forêt.
Pendant ce temps-là, Ginny était allée chercher Miffy et Trotty, et
avait récupéré son bouquet sur le chapeau de la professeure
McGonagall.
— Je n’ai pas insisté quand Kreattur a dit qu’il considérait comme
inconvenant de venir avec nous, confia-t-elle discrètement à Harry. Je
pense que ce serait trop fatigant pour lui. Je lui ai suggéré de veiller
au confort de ceux qui restent ici.
— Tu as bien fait, approuva Harry.
Répondant à l’appel de la mariée, trois cousins Weasley vinrent
compléter leur petite troupe.
Dans la mêlée, Owen attrapa le bras de Harry :
— Dis, qui est cette beauté, là-bas ?
Harry regarda dans la direction montrée discrètement par son ami.
— La jolie blonde ? C’est Gabrielle, la belle-sœur de Bill Weasley.
Je te préviens, elle a du sang de Vélane.
— Mais non, pas elle, celle en bleu juste à côté.
— Mais tu la connais !, lui apprit Harry en retenant un sourire.
— Je suis certain que non. Je ne l’aurais pas oubliée.
— Elle est de ton année, à Poufsouffle.
— Tu rigoles !
— Éloïse Migden.
En voyant l’expression stupéfaite d’Owen, Harry ne put
s’empêcher de ricaner.
— Tu es sûr ? s’étonna son ami. Mince, alors, si j’avais su ! Elle a
un copain ?
— Je ne connais pas sa vie sentimentale, mais elle est venue sans
cavalier au mariage.
— Elle ne repartira pas seule, je peux te le garantir, affirma le
jeune Auror en s’élançant vers elle d’un pas décidé.

J.K. Rowling au Carnegie Hall, 19 octobre 2007


o Quant à Cho Chang, elle a épousé un Moldu

206
XIII – Jeu de piste
26 décembre 2003

La directrice de l’Hostellerie de Morgane, qui supervisait


l’organisation de la fête, remit à chaque groupe une enveloppe
contenant une devinette qui devait les mener au lieu où se trouvaient
les instructions suivantes.
— Si vous n’avez pas deviné d’ici une demi-heure, précisa-t-elle,
une carte apparaîtra sur ce message pour vous guider à bon port.
— C’est au Septentrion, en pleine lunaison, qu’entre belladone et
masques, on y fait rondes et agapes, lut Ginny sur la leur.
Ils s’empressèrent de consulter la carte de l’île qui leur avait été
remise.
— Septentrion signifie nord, indiqua Firenze.
Tous regardèrent l’espace en haut du plan.
— La forêt enchantée ? proposa Sarah.
— Ou plutôt le Cercle du Sabbat, contra un cousin de Ginny dont
l’air sérieux rappelait Percy. On y allait à la pleine lune et masqués.
— La ronde renvoie sans doute au cercle, approuva Harry.
Ils sortirent et recherchèrent les panneaux indiquant les directions
des lieux à visiter. Ils virent les autres groupes partir à l’opposé et se
mirent eux aussi en route.
— Comment s’est passé votre mariage ? demanda Harry à Dudley
qui marchait près de lui.
— Très bien. Et encore merci pour notre nouvelle table de salon,
répondit-il.
— Ne la transforme pas en vache, hein, Sarah, plaisanta Harry
faisant allusion à la façon dont la sorcière avait prouvé sa nature à
Dudley.
— J’essaie de ne pas faire trop de magie dans la maison, confia la
jeune femme. Au cas où mes beaux-parents viendraient sans prévenir.
LES BÂTISSEURS

— Tu fais la cuisine à la main ? s’effara Ginny.


— Hum, si Dud n’épluche pas lui-même les légumes, je le fais à la
baguette. C’est étrange, d’ailleurs, il le fait de moins en moins.
Les trois sorciers sourirent devant l’air penaud de Dudley.
— Aussi étonnant que cela paraisse, la méthode moldue pour la
lessive marche tout aussi bien que nos machines magiques, continua
Sarah. J’utilise juste des petits sorts anti-humidité quand il pleut trop
et que le linge ne veut pas sécher. Et des sorts de défroissage, bien
sûr. Repasser à la main prendrait trop de temps.
Une des cousines de Ginny, dont la chevelure rousse était presque
aussi frisée que celle d’Hermione, demanda timidement s’il y avait
une grande différence entre la vie sorcière et moldue et Sarah se fit un
plaisir de lui faire un cours d’étude des Moldus.
Harry regarda les autres pour analyser comment ils réagissaient à la
présence du non sorcier parmi eux, mais il remarqua qu’ils
paraissaient surtout impressionnés par Firenze. Il réalisa que les
élèves de sa génération étaient sans doute les seuls à avoir côtoyé un
centaure à Poudlard. Excepté les quelques années où la créature avait
fait partie de l’équipe enseignante, il fallait explorer la Forêt interdite
pour en croiser – et survivre à cette rencontre.
Voyant que personne n’adressait la parole à la créature magique,
Harry engagea la conversation avec lui :
— Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas croisés, fit-il
remarquer. Tout se passe bien pour vous ?
— Oui, jeune Harry, la vie dans la sylve est douce pour les
centaures.
— Je suis content que vous ayez pu retourner parmi les vôtres.
— J’en suis satisfait, aussi. Nous apprécions celui qui vous guide
et la gratitude qu’il nous a témoignée.
Harry se souvint que Shacklebolt était allé lui-même remercier les
centaures pour leur participation à la Bataille de Poudlard. Bien que
ce ne soit pas ses propres dossiers, Hermione l’avait également
instruit des avancées faites à leur profit, et notamment d’une
législation leur reconnaissant le statut de créatures intelligentes.
Auparavant, tuer un centaure n’était considéré par la loi sorcière que
comme un délit de chasse. C’était désormais un meurtre à part

208
JEU DE PISTE

entière. Harry espérait néanmoins n’avoir jamais à enquêter sur ce


genre de drame.
Les centaures n’avaient cependant pas les mêmes droits que les
sorciers, avait précisé Hermione : ils ne pouvaient fréquenter
Poudlard ni travailler pour le ministère. Mais ils n’y tenaient pas,
avait-elle regretté, car ils ne voulaient pas se mêler aux humains ni
accueillir ceux-ci parmi eux.
— J’ai cru comprendre, avait expliqué Hermione à Harry, que le
principal grief que les centaures avaient contre Firenze, était qu’il
divulguait auprès des sorciers leurs secrets les plus importants et qui
sont pour eux une sorte de religion. S’il a pu réintégrer sa harde, c’est
en partie parce qu’il a pu démontrer que l’enseignement de la
divination qu’il dispensait n’avait pas éventé leurs précieuses
connaissances.
Harry avait songé que même si le centaure avait volontairement
dissimulé les savoirs de son peuple, son cours n’était pas pour autant
plus mauvais que celui de la professeure Trelawney, authentique
voyante à ses heures, mais qui n’avait aucune idée de la façon dont
elle s’y prenait.
La beauté de la nature sortit Harry de ses pensées. Cette chasse au
Trésor n’était en effet qu’un prétexte pour admirer l’île d’Avalon.
Non seulement le climat y était estival en toutes saisons, mais les
terres étaient imbibées de magie ancienne. Il en résultait des paysages
étonnants ainsi qu’une faune et une flore uniques qui arrachaient
régulièrement des exclamations de ravissement et de surprise aux
promeneurs. Miffy et Trotty, peu habitués au grand air, observaient la
campagne avec intérêt, leurs oreilles toutes frémissantes d’excitation.
Ils traversèrent un champ de pommiers en fleurs et s’émerveillèrent
un peu plus loin sur les parterres d’asphodèles et sisymbres. À un
embranchement, ils consultèrent leur carte et empruntèrent un petit
sentier sinueux qui serpentait dans un pré.
— Il est grand ce champ ! fit remarquer Ginny.
— Oui, on n’en voit pas le bout, approuva un de ses cousins.
— Ça sent bon, dit Dudley.
— Ça me rappelle quelque chose, cette odeur, dit Sarah en fronçant
les sourcils. Oh non, je dois me tromper.
Ils cheminèrent encore un moment puis Firenze finit par indiquer :

209
LES BÂTISSEURS

— Vous avez remarqué les fleurs par terre ?


— Très joli, admira un cousin qui avait la même stature trapue que
Charlie. Je crois bien que j’ai su ce que c’était, mais là, le nom
m’échappe.
Soudain, Miffy regarda Trotty en s’écriant :
— Kreattur n’aurait pas dû venir. Il ferait mieux de se reposer.
Trotty parut un instant étonné qu’elle s’adresse ainsi à lui, mais
répondit :
— Tu as raison, il est trop vieux pour nous accompagner.
— Il faut rentrer tout de suite, affirma Miffy en saisissant le bras de
son frère, comme pour le ramener de force à l’hostellerie.
— Miffy, tu te sens bien ? s’inquiéta Ginny. Ce n’est pas Kreattur,
c’est Trotty.
Miffy observa attentivement l’autre elfe et ses oreilles
s’affaissèrent de gêne.
— Oh, je ne sais pas ce qui m’a pris, s’écria-t-elle en cachant son
visage entre ses mains.
Une cousine de Ginny – couverte de tâches de rousseur –
l’examina perplexe avant de regarder autour d’eux :
— J’ai compris ! s’exclama-t-elle. Voyez ces plantes, elles ne vous
rappellent rien ?
Harry suivit la direction du doigt qu’elle pointait vers la terre et dut
faire un effort pour se concentrer sur la question.
— Des achillées sternutatoires ! réalisa Sarah. On les utilise dans
des potions de confusion.
Ils se ressaisirent et parvinrent à s’affranchir des senteurs
troublantes qui embrouillaient leurs sens. En moins d’une minute, ils
sortirent précipitamment du champ dans lequel ils tournaient en rond
depuis dix minutes.
Quand ils atteignirent le Cercle des fées, ils cherchèrent un
moment l’endroit où était déposée leur seconde enveloppe. Un cousin
suggéra de mettre la première dans la cavité d’un arbre creux qui se
dressait au milieu du cercle de pierres. En réponse, un parchemin
dégringola d’une branche.
Alors qu’ils se rendaient vers leur destination suivante, ils
trouvèrent Xenophilius Lovegood, à quatre pattes dans l’herbe.

210
JEU DE PISTE

— Vous avez perdu quelque chose ? demanda Miffy, prête à rendre


service.
— Pas du tout, je regardais ces traces de pas dans le sol. Je pense
que c’est un dahu.
— Hum, peut-être, fit Harry pendant que Dudley se penchait avec
intérêt vers la marque ignorant que, même dans un lieu aussi
enchanteur qu’Avalon, cet animal n’existait pas. Puisque vous avez
perdu votre groupe, voulez-vous vous joindre à nous ?
— Avec plaisir, jeunes gens, accepta l’excentrique.
— Tout va bien pour vous ? demanda Harry.
— Ah, je n’ai plus vingt ans. Heureusement que ma petite Luna
parcourt le monde à ma place pour m’informer de ce qui s’y passe.
Savez-vous qu’elle a découvert des indices qui vont me permettre de
prouver une fois pour toutes auprès des ignorants l’existence des
ronflacks cornus ? D’ailleurs, je me demande s’il n’y en a pas ici
même. J’ai trouvé des empreintes caractéristiques. J’en ai fait un
moulage que je comparerai chez moi à ceux que j’ai relevés en
Ouzbékistan.
— Très intéressant, commenta Harry.
Aucun des sorciers présents ne sembla vouloir entretenir le
journaliste de cet animal mythique. Mais un des cousins de Ginny
l’entreprit sur un article qu’il avait fait paraître le mois précédent sur
les récentes études d’un naturaliste allemand en vue de croiser des
rossignols avec des augureys pour créer une nouvelle espèce
d’oiseaux capables d’annoncer la pluie avec des chants harmonieux
plutôt que déprimants. Cela alimenta un moment la conversation.
Ils atteignirent leur seconde étape et obtinrent les indices pour la
destination suivante. Le père de Luna, par son érudition, leur fut
d’une aide précieuse et ils ne mirent pas longtemps à déterminer la
direction à prendre.
Au détour d’un sentier, ils croisèrent un autre groupe. Ils perdirent
deux cousins Weasley et récupérèrent Mondingus Fletcher en
échange. L’escroc s’était précipité vers Harry en regardant par-dessus
son épaule en direction de Dave Faucett, qui se trouvait dans l’équipe
dont il venait.

211
LES BÂTISSEURS

— Bon sang ! grogna l’ancien membre de l’Ordre quand l’autre


troupe se fut éloignée. Je s’rais pas v'nu si j’avais su qu’y aurait
autant d’Aurors, ici.
— C’est la trêve de Noël, le rassura Harry. Personne n’a l’intention
de vous chercher des ciseburines dans la tête.
Mondingus jeta un regard méfiant sur les elfes qui marchaient
derrière eux.
— Kreattur est resté dans la serre, lui indiqua Harry. Et puis, ne
vous en faites pas, il n’a plus la force de brandir les poêles à frire.
Le petit escroc eut l’air de se demander si c’était sérieux. Il s’écarta
finalement de lui pour se rapprocher de Ginny avec laquelle il avait
moins de passif. Il en profita pour lui soutirer ses pronostics pour la
prochaine Coupe de la ligue.
Mr Lovegood accorda son pas à celui du centaure :
— Vous êtes Monsieur Firenze, n’est-ce pas ? avança-t-il. Je suis
ravi de faire votre connaissance. Ma fille m’a beaucoup parlé de vous.
Que dites-vous de la curieuse conjonction que nous allons avoir dans
six mois dans la maison des gémeaux ? Je pense que c’est le signe
que l’Atlantide va bientôt se révéler à nous.
Le journaliste et le centaure étaient tellement plongés dans leur
discussion sur l’astronomie qu’ils ne virent même pas le magnifique
spectacle que constituaient des bulbes sauteurs dansant le menuet
avec des champignons bondissants dans une clairière.
Leur quatrième étape les mena à un grand rocher perché en haut
d’un monticule. Ce roc était entaillé et une Hermione victorieuse
brandissait une longue épée qu’elle avait extraite de la pierre.
— Si le roi Arthur avait été une reine, la face du monde en aurait
été changée, plaisantait Kingsley qui se tenait près d’elle.
Une autre troupe les rejoignit et ils retournèrent ensemble vers
l’hostellerie. Au fur et à mesure que les groupes arrivaient, ils se
retrouvaient dans la serre où un thé somptueux avait été proposé.
Pendant qu’il se servait en scones, Harry entendit la tante Muriel
raconter avec force détails et expressions indignées comment elle
avait repoussé les assauts d’une plante féroce. Ginny partit
immédiatement à la recherche de son bouquet.
Harry s’installa près de Ron qui discutait avec Hannah Abbott.
— Alors, que deviens-tu ? demanda le jeune marié à celle-ci.

212
JEU DE PISTE

— Je travaille pour un de mes oncles qui dirige un restaurant sur le


Chemin de Traverse. J’aime bien travailler dans ce domaine.
— Je vais régulièrement manger sur le Chemin de Traverse, mais
je ne t’ai jamais vue, s’étonna Harry.
— Je suis souvent derrière à faire les comptes et gérer le personnel,
expliqua la jeune femme. Si un jour tu déjeunes au Troll Affamé,
demande après moi, cela me fera plaisir de te dire un petit bonjour.
Harry promit de ne pas hésiter. Ginny les rejoignit en tenant dans
le creux du bras une boule végétale tremblante. Elle avait un vase
dans l’autre main.
— La pauvre chose est complètement traumatisée, commenta-t-elle
en plaçant la composition florale dans l’eau.
— Tu es sûre qu’il ne faut pas mettre quelque chose de plus
fortifiant pour lui redonner de la vigueur ? ironisa Ron. Du sang, par
exemple.
Pendant que Ginny expliquait à son frère le régime alimentaire des
géraniums dentus, Harry alla se chercher une tasse de thé. Lee et
Padma étaient en train de se servir.
— Alors, leur demanda-t-il, vous voilà en plein travail ?
— Oui, tu te rends compte, moi qui avais prévu de prendre mon
vendredi, on me fait travailler d’arrache-pied ! plaisanta Lee.
Harry et Ginny avaient résolu leur problème avec la presse en
réalisant qu’il y avait des reporters dans la liste des invités. Ils avaient
suggéré à leurs amis de proposer à leurs employeurs respectifs des
articles exclusifs, ce qui devrait dissuader ces publications de tenter
d’infiltrer la noce avec d’autres journalistes. Ainsi, Lee était l’envoyé
spécial de la RITM et Padma celle de La Gazette du Sorcier. Parvati
représentait Sorcière-Hebdo, pour lequel elle faisait régulièrement
des piges, et Gwenog Jones s’était arrangée avec le journaliste
William Tierney pour être considérée comme travaillant pour Balai
magazine. De leur côté, Harry et Ginny s’étaient engagés à accorder
une interview à chacun d’entre eux.
— Toujours satisfaits de votre boulot ? s’enquit Ginny qui les avait
rejoints pour se servir à son tour.
— J’adore mon métier, affirma Lee. Par contre, j’ai parfois du mal
avec la ligne éditoriale de mon employeur et j’espère qu’un jour on
me donnera plus de liberté avec mes émissions.

213
LES BÂTISSEURS

— J’ai vu qu’on t’avait chargée de quelques dossiers de société, fit


remarquer Ginny à Padma qui s’était plainte d’être cantonnée à des
sujets peu intéressants lors des noces de Ron et Hermione.
— Oui, une pauvre fille est arrivée après moi et a récupéré
certaines de mes casseroles. Mais comme Lee, j’ai une marge de
manœuvre très étroite. D’ailleurs, il faut que je vous prévienne. Mon
article sur votre mariage sera peut-être remanié par mon directeur de
publication.
— D’accord, on ne se fâchera pas avec toi, promit Harry. Ce qui
compte c’est qu’on n’ait pas été obligés d’inviter des gens qu’on
n’avait pas envie de voir.
— Tu parles de Rita Skeeter ? demanda Padma. Elle semble t’en
vouloir beaucoup. Je l’ai croisée dans un couloir au journal la
semaine dernière et, sous prétexte de me filer des tuyaux, elle m’a
raconté plein d’horreurs sur toi. Ne t’en fais pas, j’ai tout oublié,
assura-t-elle rapidement en voyant Harry froncer les sourcils.
Harry songea que l’accord conclu par son commandant avec la
chroniqueuse avait un point faible : il ne concernait que sur ce qu’elle
écrivait en son nom et n’empêchait pas la peste de le diffamer auprès
de ses collègues et de porter ses élucubrations à la connaissance du
public par plume interposée. Mais d’un autre côté, aucune des
accusations qu’elle lui avait lancées lors de leur dernière
confrontation – enfant naturel, relations douteuses avec Dumbledore
– n’avait été publiée. Avait-elle gardé ses calomnies pour elle ou
n’avait-elle pas trouvé de journaliste assez malveillant pour vouloir
signer de telles inepties ?
*
Vers vingt heures, un nouveau repas fut servi dans la grande salle.
Cette fois-ci, aucun plan de table n’avait été prévu, pour laisser à
leurs hôtes le loisir de se réunir en fonction de leurs affinités. Harry
constata avec plaisir que des invités qui ne se connaissaient pas le
matin même avaient suffisamment sympathisé pour manger
ensemble. Il fut amusé de remarquer qu’Owen s’était installé à côté
d’Éloïse Migden et que la jeune fille l’écoutait d’une oreille attentive.
Il ne fut pas non plus étonné de voir Charlie auprès de Gwenog Jones,
le séducteur ayant depuis longtemps indiqué son intérêt pour
l’ancienne capitaine des Harpies. Il constata également que Gilda, la
camarade de chambre de Ginny, était entourée de cavaliers

214
JEU DE PISTE

empressés. Ils déchanteraient quand le fiancé de la joueuse, retenu ce


jour-là par son travail, se présenterait le lendemain.
Pendant que les entrées étaient mises à disposition sur le buffet,
l’orchestre s’installa et fit entendre une musique d’accompagnement.
Les festivités débutèrent avant l’arrivée du second plat, Harry et
Ginny ayant considéré que deux longs repas à table étaient de trop
pour la même journée.
Harry avait refusé d’ouvrir le bal par une valse avec sa nouvelle
épouse, étant toujours aussi mal à l’aise dans cet exercice. Ils avaient
donc opté pour une danse de groupe, dont les pas étaient aisés à
apprendre. Ce furent Harry, George, Ron, Ginny, Éloïse, Hermione
qui commencèrent par une petite démonstration – soigneusement
préparée le mois précédent – avant que les plus courageux soient
invités à les rejoindre.
Les volontaires se mirent en ronde, alternant les hommes et les
femmes et se tenant par la main. En rythme, conduits par l’entraînante
musique, ils avancèrent vers le centre du cercle, puis reculèrent pour
reprendre leur position initiale. Puis les cavalières firent trois pas vers
la gauche tandis que les cavaliers glissaient vers la droite dans leur
dos pour échanger leur place. Chacun se retrouva avec un nouveau
voisin et on recommença le mouvement du début.
Harry avait eu Ginny à sa main droite, puis elle fut rapidement
remplacée par Mrs Weasley, Madame Delacour, la professeure
McGonagall, Olympe Maxime, Augusta Londubat, Susan Bones,
Valmai Morgan et finalement Madame Pince.
Une danse du même genre, mais un soupçon plus compliquée,
suivit. Il fallait désormais faire pirouetter sa cavalière sous son bras. Il
y eut beaucoup de fous rires là où le professeur Flitwick se retrouva
face à Madame Maxime. Hilares, eux aussi, ils improvisèrent
quelques pas en remplacement de ceux que leur taille respective ne
leur permettait pas d’effectuer.
Une valse fut ensuite proposée pendant que le plat de résistance
faisait son apparition. Enhardis par les activités collectives, des
couples inédits entreprirent de virevolter sur la piste alors qu’une
partie des invités refluaient vers le buffet. On vit Dedalus Diggle
tournoyer avec Leah Maroon des Harpies, Cho Chang danser avec
Sturgis Podmore, Pierre Belléclair avec Molly Weasley, Josef
Williamson avec Gabrielle Delacour, Dudley avec Demelza Robins.

215
LES BÂTISSEURS

Harry ayant énergiquement refusé de se ridiculiser à cet exercice,


Ginny partageait ce moment avec son père.
Harry en profita pour se mettre dans la queue de ceux qui
attendaient leur tour au buffet. Des rires attirèrent son attention. Un
membre du personnel tentait de servir un plat, tout en se débarrassant
d’un fouillis de plantes perché sur son épaule. Le jeune marié
s’avança et récupéra le trouble-fête. Il le cala fermement sous son
bras en prenant garde de ne pas se faire mordre par le géranium, tout
en prenant une assiette garnie. Puis il chercha une place libre parmi
les tables.
Il s’installa à côté d’Angelina qui contemplait la piste avec envie,
une main posée sur son ventre de huit mois.
— Ça va ? lui demanda Harry. Je suis désolé que la date tombe
aussi mal pour toi.
— Au moins, je profite du spectacle, répondit la future maman en
tentant de positiver. Regarde Bill qui danse avec Victoire. Ils sont
tellement mignons.
Harry sourit à son tour en voyant son beau-frère tourner sur lui-
même avec sa fille dans ses bras.
— Tu veux que j’aille te chercher quelque chose à manger,
proposa-t-il en réalisant que sa collègue n’avait rien devant elle.
— C’est bon, maman y est allée. Tiens, elle est en train de revenir.
Effectivement, Mrs Johnson s’approchait avec deux assiettes. Elle
s’installa près de sa fille et dit à Harry :
— Quelle belle fête, nous nous amusons beaucoup, affirma-t-elle
avec enthousiasme avant de s’écrier : Eh ! Qu’est-ce que c’est que
ça ?
Une vrille essayait de lui dérober la feuille de salade qui décorait
son sauté de veau.
— C’est le bouquet de la mariée, expliqua Harry en saisissant une
fois de plus la terreur verte. Il va falloir que je demande à Ginny ce
qu’elle veut en faire.
Il posa la plante vorace au centre de la table et lui céda sa propre
garniture pour la faire tenir tranquille.
— C’est George qui a conçu un truc pareil ? s’informa Angelina
manifestement habituée à créditer son mari du pire.

216
JEU DE PISTE

— Non, c’est Luna, la témoin de Ginny.


— Ah oui, Lovegood. Tu sais Maman, c’est la fille du rédacteur en
chef du Chicaneur.
— Je vois, commenta Mrs Johnson en regardant avec un frisson le
géranium boulotter la crudité que lui avait donnée Harry.
— Alors, Harry, t’as perdu ta femme ? s’enquit George qui arrivait
à son tour.
— Je l’ai confiée à son père, répondit Harry. Et en attendant, je
discute avec la tienne.
— Tiens, je voulais te demander. Ce n’est pas ton collègue, là, qui
drague Éloïse à mort ?
— Oui, c’est Owen. Ça pose un problème ?
— Il est sérieux, au moins ?
— C’est un bon copain, dit prudemment Harry.
— Bon copain ou non, il n’a pas intérêt à se montrer indélicat avec
elle.
Harry ne répondit pas, estimant qu’entre George et Owen, les
forces étaient équilibrées.
Un quart d’heure plus tard, les assiettes étaient vides et les
convives prêts à retourner sur la piste. Une troupe de danseurs
professionnels habillés de costumes folkloriques écossais prit place
sur les planches et exécuta un Petronella endiablé. Des
applaudissements nourris accueillirent leur prestation. Ils invitèrent
tous ceux qui connaissaient les pas du Dashing White Sergeant à les
rejoindre et ils évoluèrent avec les intrépides qui répondirent à leur
proposition.
Enfin, tout le monde fut convié pour apprendre une gigue
traditionnelle. Certains n’hésitèrent pas à métamorphoser leur tenue
pour faire apparaître kilt et tartan de leur clan. Une demi-heure plus
tard quand le plat suivant fut servi, les mines étaient rouges et
beaucoup s’effondrèrent sur leurs chaises, épuisés, mais avec un
grand sourire.
Harry avait réussi à s’installer près de Ginny. Ils furent rejoints par
Valmai et Justin Finch-Fletchley.
— Tout se passe bien ? s’enquit Ginny.

217
LES BÂTISSEURS

— Je ne me suis pas amusée comme ça depuis longtemps, affirma


sa coéquipière radieuse. Quelle bonne idée ces figures de groupe !
Harry se demanda combien de fois elle s’était retrouvée à faire
tapisserie dans des circonstances plus traditionnelles. Il se pencha
vers elle et lui confia :
— Je suis absolument nul pour les danses à deux. Ces figures
populaires qu’on apprend tous ensemble sont le seul moyen que j’ai
trouvé pour ne pas voir ma femme s’amuser avec tout le monde sauf
moi.
— Elle danse quand même avec tout le monde, objecta Justin.
— C’est le problème avec les femmes célèbre, fit semblant de se
désoler Harry. Mais au moins, j’en fais autant. Pas comme à mon
premier bal.
— Si Parvati t’a pardonné la façon dont tu l’as traitée, elle est bien
gentille, remarqua Ginny.
— Je suis certain que j’ai passé une moins bonne soirée qu’elle.
Elle a fini par comprendre l’étendue des dégâts et est allée s’amuser
avec d’autres.
— Celui qui a le plus souffert, c’est Ron, se souvint Ginny. Enfin,
ça aurait pu être pire. Après tout, il n’aura fallu que dix ans pour qu’il
ne s’étrangle plus en voyant Hermione danser avec Viktor.
Ils contemplèrent la piste où effectivement Hermione évoluait avec
le joueur bulgare. Ron, de son côté, plaisantait avec Charlie et
Gwenog.
— Et toi, tu t’étais bien amusée ? demanda Harry à son épouse.
— Oui. Neville ne savait pas danser mais au moins il était sympa et
on a bien discuté, affirma Ginny avec satisfaction. J’étais contente
qu’il m’ait invitée.
— Ces histoires d’invitation, c’était une horreur, frissonna
rétrospectivement Harry. Les filles ne parlaient que de ça.
— Tu en as un mauvais souvenir parce que tu t’es pris un râteau,
lui rappela charitablement sa femme.
— J’y suis allé avec Hannah, se remémora Justin. L’orchestre,
c’était les Bizarr' Sisters.
Harry et Ginny échangèrent un sourire. Ils avaient demandé à ce
groupe de faire la fin de soirée pour faire une surprise à leurs amis.

218
JEU DE PISTE

À la reprise, les artistes revinrent pour leur faire une démonstration


de danses galloises. Quand ils invitèrent les spectateurs à les
rejoindre, Gwenog Jones fut la première à se précipiter sur la piste
pour montrer son savoir-faire. Tout le monde fut ensuite convié pour
apprendre les chorégraphies de base.
Harry essayait de ne pas s’emmêler les pieds dans ses pas chassés
quand devant lui Neville trébucha et tomba, entraînant dans sa chute
sa cavalière Hannah Abbot. Celle-ci se retrouva couchée sur le dos
avec Neville étalé de tout son long sur elle. La danse s’arrêta net dans
le carré dont ils faisaient partie, les six autres partenaires riant trop
pour continuer les figures prévues.
Viktor Krum et Josef Williamson finirent par relever le maladroit,
tandis que Ginny et Yordanka volaient au secours de Hannah, qui
était partagée entre son fou-rire et son coude douloureux.
— Désolé, s’excusa Neville confus en tendant machinalement une
main secourable vers les hanches de sa victime pour en faire tomber
la poussière qui s’y était attachée.
Ginny attrapa au vol la main de Neville pour l’empêcher
d’aggraver son cas et sortit sa baguette pour nettoyer le velours bleu
nuit malmené par la glissade sur le plancher. Ils tentèrent ensuite tant
bien que mal de reprendre le mouvement.
Quand le dessert fut servi, les professionnels saluèrent leur public
et abandonnèrent la scène définitivement. L’orchestre enchaîna sur
une série de danses de salon qui fut très prisée par les plus anciens.
Harry découvrit que Janice et son cavalier, Pierre Belléclair,
évoluaient sur la piste avec une grâce exceptionnelle.
Harry s’assit avec la professeure McGonagall et Augusta Londubat
pour déguster ses petits-fours. À ce moment, les mères de famille
s’éclipsèrent pour mettre au lit les enfants. Les plus jeunes avaient été
associés aux danses quand elles étaient assez simples ou avaient été
occupés par des baby-sitters spécialement engagées pour l’occasion.
Avant d’être emmenés dans le dortoir où ils seraient surveillés le
temps que leurs parents les reprennent, Teddy et Victoire vinrent
souhaiter bonne nuit à Harry.
— Vous vous êtes bien amusés ? demanda le marié.
— Oh oui, oh oui ! On pourra encore demain ?
— Bien sûr ! Jusqu’à dimanche, même !

219
LES BÂTISSEURS

— Ouaiiiis ! hurlèrent les deux enfants.


Ils embrassèrent ceux qu’ils connaissaient et furent entraînés
malgré leurs protestations par Andromeda et Fleur. Harry douta qu’ils
s’endorment rapidement.
Après que le café et les liqueurs eurent été servis, un chant funèbre
que Harry commençait à bien connaître se fit entendre. C’étaient
Abelforth Dumbledore et Mondingus Fletcher qui étaient en train
d’entonner la Ballade de Odo, un verre à la main. Harry se demanda
s’il arrivait parfois que les gens sobres fredonnent cette chanson. Les
deux choristes furent peu à peu rejoints par Arthur Weasley,
Slughorn, Hagrid, le mari de Madame Pince, le professeur Flitwick –
qui chantait deux octaves au-dessus des autres –, tous les frères
Weasley, divers cousins, Kingsley Shacklebolt et Gwenog Jones qui
avait une belle voix d’alto. Vers le milieu de l’épopée, la psalmodie
avait couvert le brouhaha des conversations, et même l’orchestre
s’était joint à eux, ce qui n’empêcha pas les plus éméchés de chanter
particulièrement faux.
Harry nota que ceux qui les écoutaient semblaient trouver l’épisode
normal et attendaient avec résignation de pouvoir reprendre leurs
causeries et leurs danses. Il résolut d’apprendre un jour ce chant pour
pouvoir tenir sa place dans les festivités de sa communauté.
Il y eut de nouveau des danses de salon et enfin les Bizarr' Sisters
firent leur entrée sur scène sous les exclamations des plus jeunes. Si
les invités les moins résistants partirent se coucher à ce moment, il
resta cependant une assistance nombreuse pour se trémousser sur la
piste. La fête battait son plein quand Harry réussit à récupérer sa
tendre épouse :
— Ce n’est pas l’heure de s’éclipser discrètement ? proposa-t-il.
— Fatigué ? sourit-elle.
— Réveillé par ton frère à six heures ce matin. J’espère que tu es
consciente de ce que tu vas devoir faire pour effacer cette vision
d’horreur de ma mémoire.
— À peine marié et déjà terriblement exigeant ! se plaignit Ginny.
— Mais maintenant il est trop tard pour te séparer de moi, lui
rappela Harry. Je peux enfin me montrer sous mon vrai jour.
— Tu veux dire sans ta robe ? espéra Ginny.
— C’est l’idée, confirma son époux.

220
JEU DE PISTE

Main dans la main, ils se dirigèrent tranquillement vers la sortie.


— Vous croyez aller où, là ? leur demanda George, quand ils
passèrent devant lui.
— On va juste prendre l’air, prétendit Ginny méfiante.
— Mais bien sûr ! ironisa son frère.
Il les ramena de force vers la piste. Ron, qui les avait repérés, alla
parler au groupe qui cessa de jouer. Il prit la parole :
— Ginny et Harry ont tenté de s’enfuir comme des voleurs, mais
heureusement nous veillons au grain !
Heathcote Barbary ponctua cette déclaration d’un accord de
guitare. Ron le remercia d’un signe de tête et continua :
— Harry, avant de partir avec Ginny pour aller faire des choses
que je préfère ne pas imaginer, il va falloir que tu nous prouves que tu
la mérites.
Il leva sa baguette et un nuage de poudre d’Obscurité instantanée
du Pérou entoura la tête de Harry bloquant totalement son champ de
vision. Il craignit le pire. Il y eut des chuchotements et des
mouvements autour de l’Auror avant que Ron ne lui indique ce qu’on
attendait de lui :
— Il y a six filles devant toi, expliqua-t-il, et parmi elles, tu dois
reconnaître Ginny. Ne te trompe pas, car tu devras embrasser celle
que tu choisiras.
Harry se prit la tête entre les mains sous les ricanements de toute
l’assistance. Les instrumentistes se mirent à jouer une musique
soulignant le suspense. Le marié leva les bras devant lui et avança.
Très vite, il se heurta à une jeune fille qui se mit à glousser. Cela ne
ressemblait pas à la façon de rire de Ginny et il la contourna.
Quand il entra en collision avec la suivante, elle ne lui donna aucun
indice sonore. Il éleva la main vers elle, et explora son visage. Un
nez, une bouche, des cheveux longs lâchés, rien de bien identifiable.
Il tâta un peu plus bas, pas trop pour ne pas se retrouver en train de
peloter une poitrine inconnue, espérant reconnaître le tissu de la robe
de mariée de son épouse. Mais les frères Weasley y avaient pensé, et
la jeune personne portait une cape. Il avait toujours la main sur son
épaule et se rendit compte que celle qui se trouvait devant lui était
légèrement plus petite que Ginny. Il fit un pas de côté pour tenter sa
chance avec la suivante.

221
LES BÂTISSEURS

Celle d’après lui parut de la bonne taille et de la bonne corpulence.


Mais il ne voulait pas se tromper, peu désireux d’être obligé
d’embrasser une autre que sa tendre épouse devant tous ses amis – et
l’épouse en question. Il se souvint alors d’un petit grain de beauté que
Ginny avait près de l’oreille gauche. Il en sentait l’excroissance sous
ses doigts quand il emprisonnait le visage de sa fiancée pour
l’embrasser. Il porta la main au cou de la concurrente et la fit glisser
derrière son lobe. La peau était parfaitement lisse. Il se décala pour
atteindre la suivante.
Dès qu’il s’approcha suffisamment d’elle pour la tâter, il sut qu’il
l’avait trouvée à la fragrance qui émanait d’elle. Il en eut
confirmation en effleurant la peau douce du cou de Ginny. Il la sentit
frissonner à ce contact et, sans attendre qu’on le délivre du nuage, il
se pencha pour lui donner un tendre baiser. Le petit rire heureux
qu’elle lâcha et les exclamations de l’assemblée ne lui laissèrent
aucun doute sur le succès de son épreuve. Une formule fut prononcée
et il retrouva la vue.
Fier de lui, il enlaça sa femme pour un baiser fougueux sous les
applaudissements de l’assistance et l’air endiablé que les Bizarr'
Sisters faisaient maintenant entendre. Ce fut ensuite à Ginny de faire
ses preuves. Harry et cinq autres invités faisant la même taille que lui
furent disposés en un large cercle, vêtus de capes colorées et coiffé
d’un chapeau sans tête. Six balles furent données à Ginny.
— Tu leur lances les ballons, indiqua Ron. Ils vont tous essayer de
les récupérer et tu embrasseras celui qui en aura le plus. Ensuite
seulement, il retirera son chapeau.
Harry tenta de faire signe à sa femme pour qu’elle lance la balle
dans sa direction, mais les autres en faisaient autant et elle visa un de
ses concurrents. Celui-ci rata la prise de manière tellement maladroite
que la jeune femme comprit son erreur et scruta les autres joueurs
pour y repérer son mari. Elle lança la seconde balle vers le voisin de
Harry qui le réceptionna de justesse et le jeune marié n’eut aucun mal
à la lui arracher.
Ginny avait remarqué sa détermination, mais ne pouvait pour
autant en déduire qui il était. Elle se désintéressa cependant de celui
qui s’était fait prendre la balle sous le nez. Encore heureux qu’elle me
pense meilleur que ça ! songea Harry. Il rata pourtant la troisième
balle, car il fut bousculé par un des autres participants. Celui qui

222
JEU DE PISTE

l’obtint dut convaincre Ginny, car c’est vers lui que partit la
quatrième.
L’affaire devenait sérieuse, car un des joueurs avait maintenant
deux points alors que Harry n’en avait qu’un seul. Le marié se
déplaça pour se retrouver à côté de celui qui menait et le bouscula à
son tour pour récupérer l’envoi suivant qu’il s’appropria.
Ron interrompit le jeu :
— Nous sommes à deux contre deux pour la cape rouge et la jaune.
Que les autres sortent et que le match continue !
Les perdants se retirèrent mais gardèrent leur couvre-chef, laissant
Ginny sans indice pour savoir si son mari était toujours dans le jeu ou
non. Elle sembla renoncer à déterminer lequel des deux concurrents
restants était Harry et lança sa dernière balle entre eux. Au moment
où le ballon quitta sa main, Harry reçut un coup de coude dans la
poitrine qui le prit complètement par surprise et le fit manquer la
passe.
Morose, il vit Ginny, encouragée par ses frères, s’approcher du
gagnant et s’apprêter à l’embrasser. Elle dut sentir qu’elle n’avait pas
devant lui celui qu’elle espérait, car son baiser fut extrêmement bref.
D’un geste triomphal, Owen ôta son chapeau et salua le public qui
avait éclaté de rire en découvrant son identité, puis celle d’un Harry
dépité.
— Faux-frère, grogna Harry en lui rendant son coup de coude.
— Tu faiblis comme attrapeur, plastronna Owen très content de lui.
— Serpentard ! l’apostropha Ginny.
— Et fier de l’être, confirma l’intéressé.
— Mesdames et messieurs, conclut Ron, je pense que les mariés
ont deux mots à se dire et je propose de les laisser partir. Pour les
accompagner, je vous remercie de chanter pour eux.
Les Bizarr' Sisters entonnèrent obligeamment la ritournelle la plus
célèbre de la chanteuse préférée de Molly. C’est ainsi que le jeune
couple quitta la salle de bal sous les vocalises ironiques de leurs amis
qui modulaient avec force trémolos les paroles désuètes :
Oh, viens, viens remuer mon chaudron
Et si tu t’y prends comme il faut
Je te ferai bouillir une grande passion
Pour te garder ce soir près de moi bien au chaud

223
XIV – Quidditch et croquet
27 décembre 2003 – 12 janvier 2004

Harry se réveilla tôt ce matin-là et ne parvint pas à se rendormir.


Pour ne pas gêner Ginny en se tournant et se retournant dans le lit, il
se leva et sortit après s’être habillé. Il déboucha sur le balcon qui
desservait les chambres et qui se trouvait sur la façade de l’hostellerie
donnant sur le lac d’Avalon. À cette heure-là, l’étendue d’eau
disparaissait sous les fameuses brumes associées au lieu. Les traînées
cotonneuses qui se mouvaient paresseusement dans la lumière
blafarde du petit matin avaient un effet hypnotisant. Harry resta un
long moment à les contempler. Une porte s’ouvrit au-dessus de lui et
des pas inégaux résonnèrent sur le balcon qui le surplombait. Harry
reconnut la démarche chaloupée de Viktor Krum. Il eut une idée et
descendit rapidement vers le hall principal de l’hôtel où se trouvaient
les cheminées de transport.
Dix minutes plus tard, il était de retour avec ce qu’il était allé
chercher. Il gravit l’escalier de bois jusqu’au troisième étage vers la
chambre des Krum. Le Bulgare admirait la vue comme Harry l’avait
fait avant lui.
— Salut ! lança-t-il.
Viktor se retourna en souriant. L’un de ses sourcils broussailleux
se souleva en identifiant ce que Harry tenait sous le bras.
— Je te l’avais promis, rappela le jeune marié. Juste toi et moi.
Il lui tendit le balai de Ron qu’il avait récupéré au Terrier et
enfourcha le sien. Ils s’élevèrent avec précaution pour ne pas heurter
le balcon qui se trouvait au-dessus de leur tête et passèrent par-dessus
la balustrade. Ils volèrent ensuite vers la large pelouse qui était de
l’autre côté de l’hostellerie et commencèrent à s’échauffer. Au bout
de dix minutes, Harry lâcha le Vif et ils s’élancèrent à sa poursuite.
La première manche leur servit à s’évaluer mutuellement. Harry
était moins entraîné que son adversaire, mais Viktor avait un balai
LES BÂTISSEURS

qu’il ne connaissait pas, réglé pour un joueur plus grand que lui.
Finalement, Harry parvint à déborder Viktor qui réagit à l’instinct.
Mal lui en prit, son balai ne vira pas comme il en avait l’habitude et
cela lui coûta le Vif.
Au regard qu’il jeta à Harry, il était clair que la partie suivante
serait sans merci. Elle le fut. Bien échauffés, ils s’opposèrent plus
frontalement, se coupant la route, faisant des manœuvres de
diversion. Chacun utilisa toutes les feintes qu’il connaissait, tentant
de s’intimider, poussant leur balai à fond et s’évitant au dernier
moment. Enfin, Harry crut être parvenu à ses fins. Il touchait la balle
d’or du bout des doigts quand, surgissant de nulle part, la main de
Viktor se referma dessus. Vexé de n’avoir rien vu venir, Harry lâcha
un juron qui reçut en retour un regard narquois.
Harry comprit qu’il n’avait aucune chance de remporter la dernière
manche, mais il se défendit tout de même du mieux qu’il pouvait. Il
eut au moins la satisfaction de rendre la tâche difficile pour son
adversaire. Il fallut plusieurs minutes et une manœuvre audacieuse à
l’attrapeur bulgare pour mettre la main sur la boule dorée.
Une salve d’applaudissements salua la prouesse. Pendant qu’ils
volaient, une trentaine d’invités étaient sortis par la serre et avaient
admiré leur performance. Ils piquèrent vers le sol pour les rejoindre.
— Oh, c’est toi, Viktor ! s’étonna George. Je croyais que c’était
Ginny et que nos deux tourtereaux nous faisaient une démonstration
de leur parade nuptiale. Ouille ! protesta-t-il quand sa sœur lui donna
une taloche.
Tout le monde retourna dans la serre pour le petit-déjeuner. Viktor
et Yordanka s’assirent avec les mariés et les deux joueurs de
Quidditch échangèrent leurs impressions sur la Coupe du monde.
Fleur, qui s’était installée avec eux, se montra ravie d’entendre tout le
bien qu’ils pensaient de l’organisation et du lieu qui avait été choisi
par le comité français.
Owen passa à leur table pour remettre son bouquet à Ginny.
— Il était sur le point de tomber dans le plat d’œufs brouillés,
expliqua-t-il tout en tentant de se dépêtrer des vrilles affectueuses. Ça
doit être l’heure de lui donner sa pâtée.
— Ça aime peut-être les flocons d’avoine, proposa Harry.

226
QUIDDITCH ET CROQUET

Ce n’était pas le cas. Après avoir précautionneusement tâté d’un


tentacule scrutateur la bouillie blanchâtre, la plante se rétracta
précipitamment. Par contre, Yordanka parvint à l’amadouer avec un
biscuit au gingembre.
Après le petit-déjeuner, tout le monde fut convié à assister à une
représentation théâtrale racontant l’épopée arthurienne. Petits et
grands prirent place sur les chaises disposées dans la salle de
réception de l’hostellerie. Ils se laissèrent porter par le jeu des
comédiens et les effets magiques qui permettaient aux décors de se
succéder rapidement. Teddy avait demandé à s’installer sur les
genoux de Harry et Victoire, par mimétisme, avait pris position sur
ceux de Ginny. Les jeunes mariés avaient souri en constatant que
leurs protégés étaient fascinés par le spectacle, et qu’ils suivaient
bouche bée les aventures de Merlin, la fée Viviane, Arthur et leurs
compagnons.
Une fois la pièce terminée, un lunch froid fut servi et tout le monde
sortit sur la pelouse où la température était exceptionnellement douce.
Divers jeux avaient été installés : croquet magique, bavboule et
frisbee ailé… Ron animait même un atelier d’initiation au football
moldu. Le Quidditch avait été volontairement écarté des activités du
fait de la grande proportion de professionnels présents. Seuls les
enfants pouvaient faire des courses sur des mini-balais. La
professeure Bibine se proposa pour les organiser et Harry se demanda
si elle cherchait à repérer des futurs champions. Ils avaient également
à leur disposition des poneys, des ballons et des jeux de cartes
explosives.
Harry découvrit que la professeure McGonagall était une joueuse
de croquet émérite, et que son coup de maillet n’était pas à prendre à
la légère. Il se félicita d’être dans son équipe. Ils eurent affaire à forte
partie avec Augusta Londubat qui se débrouillait aussi fort bien.
Harry vit nettement la grand-mère de Neville écarter subrepticement
une des boules de la professeure de métamorphose du pied, mais
comme celle-ci en avait fait autant à l’encontre de sa rivale peu de
temps auparavant, il ne la dénonça pas.
À l’issue d’une partie acharnée, et malgré l’inexpérience du jeune
Auror, ce furent Harry et Minerva qui arrivèrent en premier, suivis de
près par le tandem Augusta – Andromeda.

227
LES BÂTISSEURS

Le football eut également beaucoup de succès. Trois groupes de


onze volontaires purent être formés ce qui permit l’organisation d’un
mini-tournoi. Dudley fut nommé capitaine de l’équipe bleue. Il
composa un peloton efficace, notamment en choisissant le professeur
Flitwick qui se glissait entre les jambes des joueurs sans se faire
remarquer et interceptait ainsi les passes. Le problème était que
lorsqu’un butteur shootait trop près du minuscule professeur, celui-ci
se retrouvait projeté dans les airs avec le ballon. Quant à Firenze, il
constituait un gardien de but hors pair.
Olivier Dubois, qui défendait les cages de l’équipe verte, protesta
en arguant que le centaure avait un avantage déloyal avec ses deux
paturons surnuméraires. Ron, qui dirigeait l’équipe jaune, fit
remarquer qu’Olivier était un sportif professionnel et que, si on
excluait tous ceux qui présentaient des atouts particuliers, ce ne serait
pas Firenze qui sortirait le premier. June Tierney, la cavalière de
l’irascible gardien qui jouait comme ailière, mit fin à la controverse
en flanquant une taloche à son ami en le traînant vers ses buts en le
tirant par la robe.
D’un accord tacite, ils ne désignèrent pas d’arbitre et les rencontres
se firent dans le chaos le plus total. Lee, après avoir suivi l’action un
moment, fit remarquer à Abelforth qui était à côté de lui :
— Finalement, ce n’est pas si compliqué le football, c’est un peu
comme un combat de trolls !
— Ça me rappelle un match à Poudlard, répondit le vieil homme.
Oh, ça devait être dans les années quatre-vingt-dix, quand j’étais
encore élève1. Un certain Clogg avait proposé qu’on joue au
Quidditch sans aucune limite. Tous les coups étaient permis, seul
l’usage de la magie était prohibé. Il n’y avait pas de Vif, car il avait
été décidé que le match se terminerait lorsque tous les joueurs d’une
équipe se retrouveraient incapables de continuer.
— Ça a dû valoir le coup d’œil ! s’exclama Lee.
— Ce n’était pas inintéressant, reconnut le tenancier de la Tête de
Sanglier. Clogg s’était cru malin en piquant une lance à une des
armures du château pour faire tomber ses adversaires de leur balai.

1
Les années quatre-vingt-dix, pour Abelforth Dumbledore, c’est 1890, bien
sûr. Juste pour voir ceux qui suivaient ;-)

228
QUIDDITCH ET CROQUET

— C’est lui qui a gagné ? pronostiqua Cho Chang qui s’était


approchée pour écouter.
— Dans le feu de l’action, il n’a pas remarqué qu’un orage arrivait.
La fin de la partie a été foudroyante pour lui, au sens littéral du terme.
— Comment il s’appelait, avez-vous dit ? demanda Lee. Clogg ?
Comme Edgar Clogg, le fantôme du terrain de Quidditch de
Poudlard ?2
— Ah, il est toujours là ? Un vrai illuminé, n’est-ce pas ?
Les invités passèrent une heureuse après-midi, alternant les
activités : colin-maillard, chaises musicales, échecs. On discutait
aussi beaucoup. Malgré leur rivalité au croquet, Minerva McGonagall
et Augusta Londubat semblaient reprendre une vieille amitié.
Andromeda, dont la vie était si retirée, faisait la connaissance des
anciens collègues de sa fille. Harry remarqua également que ses
condisciples de Poudlard parlaient maintenant sans contrainte avec
leurs ex-professeurs et autres personnes de la génération précédente.
Après le repas du soir, Ron et George présentèrent un
époustouflant spectacle pyrotechnique.
Les Feuxfous Fuseboum avaient énormément progressé depuis leur
première apparition au cours de la cinquième année de Harry à
Poudlard. À l’époque, ils éclataient en soleil et écrivaient des phrases
simples. Puis, Ron et George les avaient développés et plusieurs
thèmes avaient été proposés : encouragements sportifs, vœux
d’anniversaires ou heureux évènements. Lors du mariage de Ron et
Hermione, ils avaient mis au point leurs premiers dessins. Ils avaient
continué dans cette voie les mois suivants, et on pouvait maintenant
trouver des séries racontant des histoires entières en images
successives stylisées. Le récit qu’ils leur présentèrent ce soir-là était
La bataille de Poudlard.
Cela commençait par une silhouette de château, que tous
identifièrent d’un coup d’œil. Il était surmonté de la marque des
Mangemorts, pour montrer qu’il était encore sous la domination de
Voldemort. Ensuite on voyait trois personnes arriver. Leurs traits
étaient grossiers, mais on reconnaissait bien les épis de Harry, la

2
Le fantôme d’Edgar Clogg vient du jeu vidéo Harry Potter et la coupe de
Feu.

229
LES BÂTISSEURS

chevelure indisciplinée d’Hermione et la tignasse éclatante de Ron.


Ils rencontraient un autre personnage sous-titré Neville. Par un court
dialogue qui s’inscrivait dans le ciel, ils convinrent qu’il était temps
de se battre et de chasser les Mangemorts.
D’autres silhouettes arrivèrent, personnalisées par leurs étiquettes.
La famille Weasley, les membres de l’AD, Tonks, Remus et Kingsley
Shacklebolt. Puis on vit la professeure McGonagall rallier statues,
tableaux et armures. Dans la Grande Salle, les élèves tenaient des
propos guerriers, tandis que les plus jeunes étaient menés vers une
cheminée. Harry constata avec soulagement que le départ des
Serpentards n’était pas explicitement montré.
Enfin, le combat s’engagea. On voyait des corps à corps entre
sorciers et Mangemort, entre Mangemorts et armures. Le frère de
Hagrid balaya d’un geste cinq ennemis d’un coup. Les plantes de
Chourave fondirent sur les assaillants et les boules de cristal de
Trelawney les assommaient. Flitwick faisait voler ses adversaires
tandis que McGonagall transformait les objets à proximité en armes
mortelles. Aucun décès ne fut réellement raconté, mais les corps
entassés aux pieds des combattants attestaient de la férocité de
l’affrontement, ainsi que les sorts multicolores qui fusaient de toutes
parts.
Puis la scène changea et on reconnut Harry, entouré des arbres de
la Forêt interdite. Voldemort se dressa face à lui et un rai vert partit
en direction du Survivant qui s’écroula. Puis, une sorte de procession
arrivait devant les portes du château : Hagrid portant Harry, suivi de
Voldemort et son serpent, les Mangemorts fermant la marche.
Le Seigneur des Ténèbres adjura les défenseurs de Poudlard de se
rendre, mais en réponse Neville décapita Nagini. La relève apparut à
ce moment : parents d’élèves et autres volontaires que Slughorn avait
ramenés, mais aussi les centaures et les Sombrals de la Forêt interdite.
Les elfes, armés de poêles et de couteaux, déferlèrent à leur tour et la
mêlée reprit.
Puis les duels qui étaient restés dans tous les esprits s’étalèrent sur
la voûte céleste : Luna, Hermione et Ginny contre Bellatrix Lestrange
et plus loin Kingsley, McGonagall et Slughorn tenant Voldemort en
respect. Enfin, Molly abattit Bellatrix et Harry se dressa devant le
Seigneur des Ténèbres.

230
QUIDDITCH ET CROQUET

Le Survivant proposa à son adversaire de se rendre, mais le mage


noir lança un sort sur Harry qui le lui renvoya. Voldemort s’effondra
aux pieds de Harry et des rosaces multicolores explosèrent,
symbolisant leur joie de voir la guerre terminée et leur pire ennemi
terrassé.
Alors qu’un éclair rappelant la célèbre cicatrice de Harry s’effaçait
lentement dans le ciel, des cierges magiques conclurent par Merci à
tous et enfin Longue vie à Harry et Ginny. Les applaudissements et
les vivats éclatèrent, même si certains invités avaient les yeux
brillants de larmes.
Ron et George vinrent saluer leur public et reçurent les félicitations
méritées.
— Ça en jette, présenté comme ça, hein ? fit Ron à Harry.
— C’est parfait, approuva le marié, validant les omissions
apportées à l’Histoire. Mais pourquoi n’a-t-on pas vu la scène où tu as
profité du moment pour embrasser Hermione ?
Il entendit derrière lui Andromeda expliquer à Teddy le lien entre
la disparition de ses parents et ce qu’ils venaient de regarder. Harry
jugea que c’était une bonne façon de lui faire connaître l’histoire de
sa famille.
La soirée était magnifique. Les invités restèrent un moment à
admirer le ciel étoilé, avant de peu à peu regagner l’hostellerie pour
dormir.
*
Le lendemain matin après le petit-déjeuner, Harry et Ginny
convièrent leurs invités à se rendre dans la salle de bal pour y
découvrir la galerie de photos et de dessins représentant les deux
jours précédents.
Dean leur avait proposé comme cadeau de mariage de faire un
reportage de la célébration sous forme de croquis animés. Les fiancés
avaient plébiscité l’idée et avaient imaginé d’en faire l’exposition lors
de la dernière demi-journée. Ceux qui en apprécieraient le résultat
pourraient faire des commandes au jeune artiste. Dean, qui avait fait
son offre sans arrière-pensée commerciale, s’était montré plus
qu’heureux de cet arrangement.
Sachant que le portraitiste ne pourrait pas représenter tous les
invités dans le temps imparti, Harry et Ginny avaient en outre

231
LES BÂTISSEURS

demandé à Dennis Crivey, qui avait la même passion que son défunt
frère, et à Parvati, qui avait l’habitude de faire des clichés pour ses
articles, de couvrir les festivités et de développer leurs photographies
avant dix heures le dimanche. Elles étaient exposées à côté des
dessins de Dean.
— Vous pouvez noter le numéro des images qui vous plaisent,
spécifia Harry, et nous vous ferons parvenir des reproductions.
L’exposition eut beaucoup de succès. Les artistes s’étaient attachés
à immortaliser les moments les plus cocasses, et les éclats de rires et
taquineries fusaient devant les panneaux.
— Ces jeunes gens n’ont aucune tenue, décréta la tante Muriel en
découvrant Neville en train de tomber de tout son long sur Hannah au
milieu de la piste de danse.
Harry jugea que le cliché de la professeure McGonagall se
démenant sur une gigue écossaise lui aurait bien servi pour monnayer
quelques points supplémentaires pour Gryffondor quand il était à
Poudlard.
Parvati avait réussi à saisir le moment où les chapeaux sans-tête
avaient été retirés après la seconde épreuve imposée aux mariés le
premier soir. On pouvait admirer la physionomie ravie d’Owen, l’air
outré de Harry et l’expression résignée de Ginny. Harry dut puiser
dans toute sa réserve d’autodérision pour rire avec les autres de sa
mine déconfite. Owen nota le numéro du cliché avec ostentation et
Harry craignit que l’image ne circule au quartier général des Aurors.
Les portraits de Dean n’étaient pas moins humoristiques, mais il
s’était aussi appliqué à montrer le bonheur des jeunes mariés et la joie
et la bonne humeur qui avaient accompagné l’évènement. Beaucoup
des croquis n’étaient que des esquisses pas encore animées, mais le
talent de l’artiste était patent.
Harry adora la caricature qui montrait Mrs Norris et la tante Muriel
en train de parler, penchées l’une vers l’autre. Leur posture et leurs
mimiques dépeignaient pleinement le ragot et la médisance. Un peu
en retrait, se trouvait Abelforth Dumbledore l’air sardonique.
Le jeune artiste avait également représenté les invités en train de
danser. Les regards qui brillaient et les expressions ravies montraient
bien le plaisir qu’ils avaient pris le soir du bal.

232
QUIDDITCH ET CROQUET

Une des rares œuvres terminées était celle où Harry et Ginny


exprimaient leurs vœux et se passaient les alliances. Harry n’avait pas
eu conscience du regard satisfait qu’il avait échangé avec celle qui
venait de devenir sa femme. Sur le côté, Arthur et Molly se
contemplaient avec tendresse, comme si c’étaient eux les nouveaux
mariés. Dean avait réussi à représenter les tentacules du bouquet de
Ginny qui tentait d’agripper la manche de Harry.
— Au fait, tu ne lances pas ton bouquet vers les jeunes filles
célibataires ? demanda Neville qui admirait le dessin en même temps
qu’eux.
— Personnellement, je ne conseille à personne d’épouser celle qui
possédera ce monstre végétal, remarqua Owen qui se trouvait à
proximité. C’est un truc à se réveiller un matin avec une oreille en
moins.
— Seulement si on a les oreilles en feuille de chou, rétorqua
Neville, vu qu’il est strictement végétarien.
— Je ne sais pas si je vais le donner, finalement, hésita Ginny. J’ai
bien envie de le garder. Tu crois qu’on peut le conserver tel quel, sans
qu’il se fane ?
— Oui, il y a des sorts pour ça, répondit le jeune botaniste. Tu
devrais demander à Chourave.
L’idée plut à Ginny et elle partit à la recherche de son ancienne
professeure en compagnie de Neville.
— Avec un peu de chance, elle va réussir non seulement à le
garder en forme, mais à lui préserver ses capacités motrices, imagina
Owen. Ça va devenir plein de surprises, la vie chez toi, Harry ! Au
fait, elle est où la terreur verte ?
— La dernière fois que je l’ai vue, elle était enroulée à l’un des
citronniers en pot de la serre, le renseigna Harry.
La matinée se passa à admirer les images et à reprendre les
activités de l’après-midi précédent sur l’opulent gazon qui se
déroulait devant la serre. Vers midi, un buffet léger fut servi, puis
arriva l’heure de se séparer.
Les invités commençaient à prendre congé quand Harry vit une
certaine agitation un peu plus loin. C’était Mrs Johnson qui marchait
rapidement, Madame Pomfresh dans son sillage. Elles se dirigeaient

233
LES BÂTISSEURS

toutes deux vers un groupe de personnes dont un George survolté


faisait partie.
— Angelina ! s’exclama Ginny en partant en courant.
Harry s’élança derrière elle, mais Madame Pomfresh, avec son
efficacité habituelle, fit circuler tous les curieux. À distance, Harry vit
Angelina transportée par son père et l’infirmière vers le hall où se
trouvaient les cheminées. George suivait le groupe, l’air paniqué,
avec la mère de la parturiente dont le chapeau était tout de travers.
Molly et Arthur se dépêchaient de les rejoindre, sans doute pour
soutenir moralement leur fils.
— J’espère que tout va bien se passer, dit Ginny avec ferveur.
— Qui naît jour de mariage, amène un bon présage, fit la voix
détachée de Luna.
Ginny prit la main de son amie :
— Luna, si tu n’existais pas, tu me manquerais.
*
Harry et Ginny furent heureux de ne pas partir le jour même en
voyage de noces. Ils n’auraient pas voulu s’absenter sans savoir s’ils
allaient avoir une nièce ou un neveu. Il existait des pratiques
magiques pour connaître le sexe de l’enfant à l’avance, mais la
tradition était de ne pas chercher à le savoir – un peu comme il était
conseillé au fiancé de ne pas voir sa promise le matin du mariage.
Le bébé mit un peu de temps à venir, et les tourtereaux étaient sur
le point de quitter le Square Grimmaurd avec leurs malles le
lendemain en début d’après-midi quand un coup de cheminée de
Molly claironna la nouvelle : son premier petit-fils venait de naître.
— Comment l’ont-ils appelé ? demanda avidement Ginny.
— Frederik, dit la grand-mère en perdant son sourire.
Elle n’approuvait manifestement pas cette décision. Harry ne savait
pas si c’était une bonne idée, mais de toute façon, George et Angelina
avaient fait les choses à leur façon depuis le début. Ginny s’enquit
ensuite des mensurations diverses du nouveau-né, des péripéties de la
naissance et de la santé de la mère. Parfaitement rassurée, elle fit des
adieux précipités à Molly et ils partirent sans plus attendre de peur de
rater leur train.

234
QUIDDITCH ET CROQUET

Avant leur départ, ils avaient officiellement donné quinze jours de


congé à leurs elfes. Ceux-ci resteraient Square Grimmaurd, mais ils
avaient le droit de disposer de leurs journées. Hermione avait été
chargée de leur proposer des promenades et activités dans le monde
sorcier. Charlie avait été prié de passer régulièrement pour surveiller
la santé de Kreattur et tenter de l’empêcher de faire le ménage de
printemps, comme il en avait annoncé l’intention.
La destination de leurs vacances post-nuptiales avait entraîné de
longs débats au Terrier durant l’automne précédent. Harry désirait
faire quelque chose d’extraordinaire, qui fasse rêver. Hermione avait
évoqué de nombreux pays où les communautés sorcières étaient bien
implantées : l’Inde, le Pérou, le Mozambique, le Tibet, l’Australie.
Mais Harry avait pensé qu’il ne souhaitait pas se rendre dans des
lieux où ils pourraient être reconnus. C’est ainsi que l’idée de se
cantonner au monde moldu avait fait son chemin. Ne pouvant se
décider quant à la destination finale, il proposa à Ginny de faire une
croisière. La jeune femme avait adopté la suggestion avec
enthousiasme, et ils avaient pris les dispositions nécessaires.
Harry n’avait pas eu trop de mal à se faire établir un passeport,
étant déjà enregistré auprès des autorités moldues. Il déclara comme
adresse le cabinet de dentiste des parents d’Hermione, sachant qu’ils
pouvaient compter sur eux pour lui faire parvenir son courrier par
l’intermédiaire de leur fille. Ginny dut faire une demande au
ministère de la Magie qui, par un processus compliqué, lui obtint le
précieux sésame.
Leur périple commençait à Southampton, qu’ils allaient rejoindre
en train. Ensuite, ils feraient escale à Nice, en Italie puis en Sicile. Ils
resteraient plusieurs jours dans l’archipel grec, avant de faire route
vers la Turquie, la Bulgarie, l’Ukraine et la Crimée. Ils reviendraient
après en Grèce et visiteraient Athènes, puis rentreraient en avion vers
Londres, deux semaines après leur départ.
*
Une fois de retour, ils constatèrent que la maison avait été nettoyée
de fond en comble. Manifestement, leurs elfes n’avaient pas encore
assimilé la notion de vacances. Ils parurent tous les trois tellement
fiers de leur travail que Harry et Ginny ne purent faire autre chose
que de les féliciter.

235
LES BÂTISSEURS

Leurs employés avaient également fait l’inventaire des cadeaux


qu’ils avaient reçus pour leur mariage. S’ajoutaient désormais à leurs
biens quinze vases, cinq services à verre en cristal, divers services
pour le petit-déjeuner (ils en avaient un différent pour chaque jour de
la semaine) et un monceau de draps, serviettes de table et linge de
toilette.
Ginny avait en outre reçu de Gwenog de magnifiques multiplettes
et de ses coéquipières un ensemble de Quidditch en peau de dragon.
Harry avait également été gâté par ses collègues : ils lui avaient offert
un scrutoscope portatif dernier cri.
La professeure McGonagall s’était démarquée en leur faisant livrer
une caisse du meilleur whisky Pur-Feu du monde sorcier, et Neville
leur avait fait parvenir une plante qui avait pour propriété d’assainir
l’air de la pièce où elle se trouvait et dégageait une bonne odeur de
frais. Quant à Luna, elle leur avait rapporté de Terre de Feu des dents
de lait de Fangieux qui avaient la réputation d’apporter la prospérité à
leurs détenteurs.
Ils avaient aussi reçu de la part des jumelles Patil et de Lee un
appareil photo magique qu’ils avaient pris avec eux. Ils l’avaient
enchanté pour lui donner l’aspect d’un appareil moldu et avaient pu
s’en servir devant leurs compagnons de voyage. Ils avaient ainsi
rapporté de nombreux souvenirs de leur lune de miel.
Une fois de retour, leur première visite fut pour Angelina qui
pouponnait chez elle. Le premier descendant mâle des Weasley était
en train de prendre son repas au sein de sa mère. Le visage épanoui de
la jeune maman fit plaisir aux voyageurs. L’enfant avait le teint plus
clair que celui d’Angelina, mais semblait avoir hérité de ses cheveux
foncés et crépus.
— Il est magnifique, s’extasia Ginny. Et drôlement dodu ! Tu mets
quoi dans ton lait ?
— C’est à Molly qu’il faut le demander, sourit Angelina. Elle vient
tous les jours nous apporter de quoi manger, pour que je puisse me
consacrer entièrement à Freddy.
— Elle n’en fait pas trop ? craignit Ginny.
— Elle me donne plein de conseils et ma mère aussi. Mais George
et moi, on fait comme on a envie, la rassura sa belle-sœur. Et puis

236
QUIDDITCH ET CROQUET

sans elle, je ne sais pas si j’aurais le temps de prendre ma douche tous


les jours. Tu reprends le travail demain ? demanda-t-elle à Harry.
— Oui, et toi, tu penses revenir ou rester un peu à la maison ?
— Je vais me donner deux ou trois mois et puis je verrai après.
Angelina n’avait informé personne de son mariage au QG, et c’est
avec surprise que ses collègues avaient constaté que sa taille
s’épaississait. Elle avait tenu à continuer à travailler et, quand son état
n’avait plus permis qu’elle fasse des enquêtes à l’extérieur, Faucett
lui avait confié des tâches de recherche et de documentation. Cette
tâche n’était pas valorisante, mais elle l’avait exécutée avec
application et avait réalisé des rapprochements entre plusieurs
dossiers, entraînant la résolution d’une affaire qui stagnait depuis des
mois. La jeune femme avait été très satisfaite de contribuer à la bonne
marche du service malgré son incapacité physique temporaire.
Ginny avait rapporté à Harry que Molly s’inquiétait du manque
d’intérêt apparent de sa belle-fille pour la vie de famille. Elle devait
être désormais rassurée. Angelina semblait vouloir profiter de sa
maternité, même si elle n’envisageait pas d’abandonner
définitivement son travail.
Une fois que l’enfant eu terminé son repas et fait son rot, sa mère
le confia à Ginny qui se mit à le bercer doucement. Harry et elle
n’avaient pas encore parlé de fonder une famille, mais Harry savait
que Ginny le souhaitait autant que lui, même si elle savourait au
maximum la chance qu’elle avait d’être chez les Harpies.
Angie entreprit de déballer les cadeaux que Harry et Ginny avaient
ramenés, des jouets moldus multicolores. Ils avaient aussi acheté,
pour tous les enfants Weasley, des costumes traditionnels dans
chacun des pays qu’ils avaient traversés. Le petit Freddy n’avait pas
été oublié, même s’il devrait attendre deux ou trois ans pour se
déguiser avec.
Ils allèrent ensuite voir Arthur et Molly pour leur remettre les
souvenirs qu’ils avaient prévus pour eux.
— Vous n’avez pas eu trop froid ? s’inquiéta Molly. Si vous vous
étiez unis en été…
— … on ne serait toujours pas mariés et ce serait bien dommage,
compléta Ginny. Maman, tu ne me feras pas regretter mes noces.
— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, s’offusqua sa mère.

237
LES BÂTISSEURS

— Tous ceux qui sont venus à Avalon et que j’ai revus depuis
m’ont dit à quel point ils avaient apprécié les trois jours passés avec
nous, indiqua Arthur. C’était un évènement particulièrement réussi
qui restera dans les mémoires.
— Les journaux en ont beaucoup parlé ? demanda Harry.
— Oui, il y a eu des articles toute la première semaine et on trouve
encore des allusions dans des chroniques qui traitent d’autres sujets.
J’ai l’impression que, dans l’ensemble, tout le monde pense que vous
l’avez bien mérité.
— Vous ne me ferez pas croire qu’il n’y avait aucune critique,
douta Ginny qui avait maintenant une certaine expérience de la
célébrité.
— Il y a toujours des esprits chagrins qui considèrent que c’est de
l’argent jeté par les fenêtres, admit son père. Mais si vous n’aviez rien
fait, d’autres auraient trouvé Harry radin, ajouta-t-il avec sagesse.
— Rassurez-moi. La photo où Owen embrasse Ginny n’a pas été
publiée, s’inquiéta Harry.
— Vous n’avez pas vu la Une de La Gazette ? demanda Arthur.
Ron et George devaient vous l’envoyer.
— Vous plaisantez ! s’affola Harry.
— Ils avaient réellement l’intention de vous faire parvenir un
exemplaire retouché de la Gazette, expliqua Arthur dont le regard
pétillant rappelait celui de ses fils. Je suppose qu’Hermione et
Angelina les ont dissuadés.
— Elles leur ont sauvé la vie, assura Harry reprenant son souffle.
— Papa ! Tu n’as pas honte, s’indigna Ginny. Nous faire une peur
pareille !
— Je le leur avais promis, se défendit Arthur sans une once de
remords.
— Parfois, j’ai l’impression d’avoir élevé huit enfants, remarqua
Molly. En parlant de Ron et George, le spectacle de Feuxfous a été
largement commenté, et leurs clients ont été très déçus d’apprendre
que le récit de la bataille de Poudlard ne soit pas en vente. Ils veulent
te voir, Harry, avant de décider s’ils le commercialisent ou non.
Harry était très partagé à cette idée. D’un côté, il était toujours
gêné de constater quand on s’intéressait à lui, mais de l’autre, cela

238
QUIDDITCH ET CROQUET

accréditerait une version des faits qui ne parlait ni des Horcruxes ni


des reliques de la Mort.
— Je vais y réfléchir, indiqua-t-il. Nous venons de passer voir
Angelina et Freddy. Cela m’a fait plaisir de les trouver en si bonne
forme.
Cela suffit pour lancer Molly dans les détails des quinze premiers
jours de vie de son petit-fils. Heureusement, Arthur l’interrompit
rapidement pour demander aux voyageurs de raconter leur croisière et
se montra passionné par leurs descriptions des moyens de transport
moldus.
— Ah, un trajet en avion. Tu te rends compte, Molly ? Voler à
quatre mille mètres au-dessus du sol !
— Pas du tout, répliqua-t-elle. Et si tu veux le faire, ce sera tout
seul !
— Prendre mon envol sans toi ? Je ne l’imagine même pas, ma
colombe, assura Mr Weasley en lançant une œillade à son épouse
avec autant de passion que si c’était leur mariage à eux qui avait été
prononcé deux semaines auparavant.

239
XV – La confiance et le contrôle
12 janvier – 15 mars 2004

Harry reprit rapidement le rythme, après son retour de lune de


miel. Finalement, la vie n’avait pas tellement changé. Ginny se
concentrait sur ses entraînements en vue de préparer le prochain
championnat. Du fait du départ de Gwenog Jones, l’équipe devait se
surpasser pour avoir une chance de gagner la coupe. De son côté, il
fut réquisitionné sur une affaire menée par Hilliard Hobday et Clancy
Pilgrim qui enquêtaient sur un trafic de produits hallucinogènes. Il
fallut filer les suspects des heures durant, et Harry profita de ces
missions pour mettre au point plusieurs têtes de remplacement.
À leur grande satisfaction, ils arrivèrent finalement à faire tomber
une bonne partie du réseau. Ensuite, Harry et Pritchard durent
surveiller un individu qu’une lettre anonyme désignait comme mage
noir. En trois semaines, ils ne découvrirent rien laissant supposer que
le courrier contenait une information fiable. Ils soupçonnèrent
d’ailleurs un voisin d’en avoir été l’auteur, par pure malveillance, car
leur enquête de proximité mit à jour une forte animosité entre les
deux sorciers. Les Aurors furent assez agacés d’avoir perdu leur
temps et celui de leurs collègues, une surveillance constante
impliquant la mobilisation de plusieurs équipes.
— Ça fait partie du métier, expliqua Pritchard à Harry. C’est triste
de le constater, mais ce genre d’accusation nous permet plusieurs
arrestations par an, alors on ne peut pas les négliger.
Un soir à la mi-mars, Harry était rentré chez lui depuis une demi-
heure et s’apprêtait à se mettre à table avec Ginny quand sa gourmette
de communication chauffa contre son poignet. Le code simplifié lui
enjoignait de cheminer sans délai aux coordonnées précisées.
— Je dois y aller, indiqua-t-il à sa femme. Ne m’attends pas pour
dîner.
À titre de précaution, il rafla un morceau de pain et un fruit sur le
buffet de la cuisine avant de plonger dans l’âtre. Quand il parvint à
LES BÂTISSEURS

destination, une main secourable débloqua rapidement la sortie de la


cheminée. Il reconnut un des membres de la police magique.
— Agent Radford, se présenta le planton.
— Bonsoir, lui dit civilement Harry. Auror Potter.
— Si vous voulez bien avancer, lui demanda timidement son
interlocuteur, nous attendons d’autres arrivées.
Harry se poussa juste à temps laisser la place à Pritchard qui
déboulait par le même chemin que lui.
— Le brigadier Thruston devrait bientôt venir vous mettre au
courant, précisa Radford qui ne semblait n’avoir d’autorité que pour
débloquer la cheminée.
Harry regarda autour de lui. Ils étaient dans un hangar où plusieurs
dizaines de caisses oblongues étaient entreposées. Il s’approcha et
déchiffra sur une planche de bois : Compagnie Nimbus. Ils étaient
manifestement dans la fabrique du prestigieux créateur de balai. Il ne
savait pas ce que lui réserverait cette enquête, mais il se dit qu’il
glanerait peut-être des informations qui ne se trouvaient pas dans
Balai Magazine sur le prochain modèle de l’illustre fabricant. Avec
un peu de chance, il pourrait même voir comment on assemblait ces
mécaniques.
Gardant ses espoirs secrets pour lui, il suivit Pritchard qui s’était
approché de la porte donnant sur l’extérieur. Cinq à six personnes se
tenaient serrées les unes contre les autres dans une cour pavée, parlant
bas. Deux individus restaient à l’écart.
Une silhouette se détacha du groupe principal et avança vers eux
d’un pas vif.
— Bonsoir, Messieurs les Aurors, merci d’être venus aussi vite.
Harry connaissait de vue le brigadier Thruston, l’ayant déjà croisé
au Magenmagot alors qu’il attendait que son affaire soit appelée. Le
policier entreprit de leur expliquer la situation sans délai :
— C’est moi qui vous ai fait prévenir, commença-t-il. L’atelier que
voici – il montra du doigt un tas informe qui se dressait à une
vingtaine de mètres d’eux – s’est effondré vers dix-neuf heures.
Mrs Whitehorn, qui travaillait dans les bureaux – il désigna un autre
bâtiment – était sur place et a appelé son fils Quentin. Celui-ci a
décidé de faire dégager les décombres par ses employés. Quand ils
ont retrouvé la dépouille de Devlin Whitehorn, le propriétaire des

242
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

lieux, ils ont averti mon service. C’est moi qui ai reçu l’appel. J’ai
immédiatement alerté Ste-Mangouste et le département des Aurors.
En attendant votre arrivée, je suis venu pour faire une première
estimation et préserver le site. J’ai également demandé du monde
pour terminer le travail de déblayage. Le médico est déjà là. Il a
confirmé le décès, mais ne peut commencer les premières
constatations tant que le corps reste partiellement enseveli. J’ai appelé
du renfort pour procéder au dégagement.
— Excellente initiative, le félicita Pritchard.
Harry regarda en direction de la cheminée d’arrivée. Quatre agents
avaient rejoint celui qui les avait accueillis.
— J’ai également pris l’identité des personnes présentes, ajouta
Thruston plein de zèle. Cinq employés, l’épouse de la victime et son
fils.
— Merci beaucoup, fit le partenaire de Harry en consultant la liste
qu’on lui tendait. Je pense que nous allons commencer par examiner
les lieux.
— Je vous y conduis, s’empressa le brigadier. Radford ! interpella-
t-il. Si tout le monde est arrivé, va surveiller les personnes dehors et
fais en sorte qu’elles restent là. Les autres, suivez-nous.
La petite troupe se transporta vers le bâtiment mal en point. Des
globes lumineux flottaient paresseusement dans les airs. Harry se
demanda s’ils les devaient également à l’initiative du brigadier. En
baissant les yeux, il découvrit un enchevêtrement de bois, de métal,
de brique et matériaux divers.
Un médicomage que Harry avait déjà croisé lors d’enquêtes
précédentes patientait à côté des ruines. Il les salua de la tête :
— Si vous pouviez faire en sorte de dégager les lieux pour que je
puisse l’examiner, je pourrais peut-être rentrer chez moi avant l’aube.
— J’ai préféré vous attendre avant de bouger quoique ce soit,
expliqua Thruston à Pritchard, légèrement sur la défensive. Mais mon
équipe est prête à intervenir.
— C’est parfait, fit le partenaire de Harry d’un ton apaisant, on va
commencer tout de suite en faisant attention de laisser les matériaux
en l’état. Potter, je m’occupe de superviser cette opération. Toi, tu vas
interroger les témoins.
— Je peux vous seconder, s’empressa de proposer Thruston.

243
LES BÂTISSEURS

Harry vit son coéquipier hésiter. Entre leurs deux services existait
une rivalité qui datait de la formation du corps prestigieux des
Aurors, et chacun était très jaloux de ses prérogatives. La présence
d’un mort faisait entrer l’affaire en cours dans les compétences des
Aurors, mais il n’était pas rare que ceux-ci fassent appel aux archives
de la police magique pour se renseigner sur les témoins.
— Avec plaisir, finit par dire Pritchard, qui avait dû estimer que la
coopération avec le brigadier pouvait leur être profitable. Je vous
laisse aller avec mon partenaire.
Harry lui sourit pour lui montrer qu’il n’y voyait aucun
inconvénient et se dirigea en sa compagnie vers les personnes qui les
attendaient patiemment sous la surveillance de l’agent Radford. Harry
balaya des yeux l’assistance. La veuve, effondrée dans les bras de son
fils, et les ouvriers parmi lesquels il reconnut Katie Bell, pâle et triste.
Malgré la cape qu’il avait prise au vol avant de partir, il frissonna.
— Bonsoir Katie. Est-ce que tout le monde tiendrait dans les
bureaux ?
— Oui, il y a une grande salle où on mange et qui sert aussi pour
les réunions, le renseigna-t-elle d’une voix tremblante.
— Si vous voulez bien, allons tous nous mettre à l’abri, proposa-t-
il en haussant le ton.
Ils obéirent et se dirigèrent vers l’endroit indiqué, toujours sous la
surveillance de l’agent Radford. Tout en avançant, Harry réfléchit à la
manière de s’y prendre. Le mieux était de commencer par récupérer
le témoignage des employés et de réserver l’interrogatoire de la
famille pour la fin, car ce serait le plus long.
— Qui était ici quand le bâtiment s’est effondré ? demanda Harry
une fois tout le monde installé avec soulagement autour de la grande
table.
— Ma mère, dit Quentin Whitehorn. Je suis arrivé après.
— Moi aussi, j’étais là, dit un ouvrier au visage taillé à la serpe.
J’étais dans l’entrepôt.
Harry se fit confirmer que l’homme parlait du hangar dans lequel
se trouvait la cheminée d’arrivée, avant de poursuivre :
— Je vais essayer de déterminer avec le plus de précision possible
ce qui s’est passé, indiqua-t-il. Vous allez venir les uns après les
autres me raconter ce que vous avez vu ou fait.

244
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

— Est-ce indispensable ? demanda le fils. Nous sommes choqués,


épuisés, et c’est manifestement un accident. La poutre qui soutenait le
toit a dû céder.
— Je suis navré de vous infliger cela, s’excusa Harry, mais c’est la
procédure.
Le fils sembla vouloir répliquer, mais Harry se souvint qu’il était
l’Auror et qu’il n’avait pas à se justifier. Il reprit aussitôt la parole et
s’adressa à l’ouvrier qui avait indiqué avoir été présent :
— Monsieur, voulez-vous bien me suivre ?
L’homme regarda le fils de son patron. Comme celui-ci ne lui
donnait pas d’instruction contraire, il se leva pour obéir à Harry. Le
jeune Auror le précéda dans un bureau qu’il avait repéré en entrant et
s’installa derrière la large table de travail. Le brigadier les
accompagna après avoir fait signe à l’agent Radford de rester avec les
autres.
— C’est chez la patronne ici, leur apprit leur témoin.
Harry laissa errer son regard sur les livres de comptes et les
factures soigneusement classées avant de reporter son attention sur
l’homme qui lui faisait face. Il avait une trogne colorée et usée,
comme s’il passait beaucoup de temps dehors ou que la vie l’avait
malmené. Ses yeux étaient rouges et il avait les mains crispées sur ses
genoux, semblant vouloir les empêcher de trembler.
— Votre nom s’il vous plaît ?
— Bert Ketteridge.
— Bien, Mr Ketteridge, nous vous écoutons.
Il prit une profonde inspiration puis se lança :
— J’étais dans l’entrepôt en train de préparer les commandes pour
demain quand j’ai entendu un grand bruit. Je suis sorti en courant et
j’ai vu un nuage de poussière à la place de l’atelier. Il a fallu plusieurs
secondes pour qu’on réalise ce qui s’était réellement passé. Madame
était sortie de son bureau. Elle m’a demandé si j’avais vu partir le
patron, et j’ai dit que non. Elle a commencé à le chercher partout et
j’ai fini par lui conseiller d’appeler Monsieur Quentin. À mon avis, il
n’a rien dû comprendre mais il est venu tout de suite. Je lui ai
expliqué. Il nous a dit de ne pas paniquer, que le patron était peut-être
déjà rentré chez lui, mais je pense qu’il n’y croyait pas, car
normalement la patronne elle sait quand il part avant elle. Monsieur

245
LES BÂTISSEURS

Quentin a dit qu’il fallait dégager l’atelier pour pouvoir travailler


demain, mais j’ai bien compris que c’était un prétexte pour savoir si
le patron était en dessous. En tout cas, il a rappelé tout le monde par
cheminée et on s’est mis au travail. C’est la petite Bell qui l’a trouvé.
Enfin, on ne lui voyait que la main. Elle a hurlé mais elle s’est calmée
assez vite. Elle a lancé un sort et a dit qu’il n’y avait plus rien à faire.
— Et ensuite ? l’encouragea Harry qui notait rapidement sur son
carnet.
— J’aurais cru que la patronne allait s’effondrer ou faire une crise
de nerfs, mais elle est restée immobile. Elle a dit qu’il fallait aller
chercher du secours. Monsieur Quentin m’a fait signe et je suis allé
appeler la police. J’avais compris que c’était trop tard pour Ste-
Mangouste. Après, il est arrivé, conclut Ketteridge en montrant le
brigadier.
— C’est lui qui m’a débloqué la cheminée, confirma Thruston.
— Avez-vous remarqué des éléments indiquant que ce bâtiment
présentait des faiblesses ? demanda Harry. Des fissures ? Des
craquements suspects ? Une inondation ou une humidité anormale ?
— Rien de tout cela. En plus, le toit a été refait l’été dernier. Le
patron prenait toujours bien soin de son exploitation. Il disait qu’on
ne peut pas fabriquer des objets fiables dans un environnement ou
avec des outils qui ne le sont pas.
— Savez-vous qui a procédé à la réfection de la charpente ?
questionna Harry.
— Ça doit être dans les papiers de la patronne. Mais je suis certain
que ça a été fait correctement. Le patron avait lui-même tout inspecté
avant de payer la note. Sa phrase préférée était : « La confiance
n’exclut pas le contrôle », et je peux vous dire que pour contrôler, il
contrôlait. Pas un balai ne sort d’ici sans qu’il l’ait lui-même testé.
Ginny avait déjà parlé de Devlin Whitehorn à Harry.
Manifestement, l’affirmation selon laquelle le créateur de balai ne
ratait pas une occasion de voler était fondée.
— Avez-vous vu des personnes dans la cour qui n’avaient rien à y
faire ou ayant un comportement bizarre aujourd’hui ?
— Non, pas spécialement.
— Et les jours précédents ?

246
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

— Je ne vois pas. Mais je ne passe pas mon temps à surveiller


dehors. Je travaille quand je suis ici !
L’homme regarda Harry dans les yeux, comme pour le défier de
prétendre le contraire.
— Y a-t-il des protections pour empêcher les gens de venir sur le
périmètre ?
— On a accès à la cour en cheminée ou par transplanage. On est
supposé fermer à clé l’atelier et la réserve quand on n’y est pas, mais
en pratique, ça reste ouvert toute la journée. Les bureaux, par contre,
sont verrouillés quand il n’y a personne pour surveiller. Vous
comprenez, il y a des secrets de fabrication à préserver.
— J’imagine que la cheminée a un minimum de protections.
— Bien entendu. Seuls les patrons et nous, les employés, pouvons
arriver par là sans avoir à attendre qu’on nous débloque.
— Mais si on vient par transplanage, il n’est pas très difficile
d’avoir accès à l’atelier, intervint Thruston.
— Y’a souvent du monde dans la cour, alors faut pas faire
n’importe quoi non plus. Personne n’est jamais reparti avec un balai
sans le payer.
Harry regarda le brigadier qui secoua la tête. Il n’avait pas d’autres
questions à poser.
— Nous vous remercions, Mr Ketteridge. Vous pouvez rentrer
chez vous. Nous apprécierons que vous ne quittiez pas le pays ces
prochains jours.
— Je dois travailler ici demain, répondit simplement l’ouvrier.
L’homme se leva et quitta les lieux. Harry s’avança vers la pièce
où les autres étaient réunis, attendant leur tour. Il vit qu’ils avaient
pris l’initiative de faire du thé et que tout le monde avait été servi, y
compris l’agent Radford qui eut l’air embarrassé quand le regard de
Harry se posa sur lui.
— Katie Bell, appela l’Auror.
Elle but précipitamment une gorgée de sa tasse avant de venir vers
lui. Il la fit entrer dans la pièce qu’il avait annexée et se réinstalla
derrière le bureau.
— Dommage qu’on se revoie dans ces circonstances, remarqua
Harry. Comment te sens-tu ?

247
LES BÂTISSEURS

— Un peu secouée. Et toi et Ginny ?


— Nous allons bien. Il faudra que tu passes nous voir... enfin,
quand cette histoire sera terminée, ajouta-t-il par conscience
professionnelle.
Harry décida qu’il était temps de revenir à un entretien plus
orthodoxe. Il jeta un bref regard vers le brigadier qui n’avait pas
perdu une miette de leur dialogue et demanda :
— Où étais-tu au moment du drame ?
— Chez moi. J’ai terminé à cinq heures et demie comme tout le
monde. Je suis revenue quand Quentin m’a appelée par cheminée en
me disant que l’atelier s’était effondré et qu’il fallait venir aider à le
déblayer. Je ne savais pas que le patron était là-dessous. Ça m’a fait
un choc de voir…
Elle s’interrompit, laissant à Harry et son assistant le soin de
terminer la phrase pour elle.
— Il paraît que tu as jeté un sort sur lui. Lequel était-ce ? continua
Harry.
— Pulsum Controlum, tu connais ?
— Oui, pour prendre le pouls de quelqu’un, se souvint Harry qui
avait eu des cours de secourisme durant sa première année chez les
Aurors.
— C’est Tonks qui nous l’a appris pendant la guerre. Elle disait
que son formateur affirmait qu’il fallait toujours le jeter sur un
ennemi qu’on pensait être mort, pour être sûr de ne pas laisser un
adversaire vivant derrière nous.
Harry retint un sourire nostalgique. Avoir été formée par Maugrey
devait avoir laissé des traces.
— Elle et Shacklebolt nous ont appris plein de trucs pour
combattre les Mangemorts, continua Katie comme soulagée de parler
d’autre chose que les récents évènements. Ils venaient quand ils
pouvaient à nos réunions. George t’a raconté ? On se voyait
régulièrement dans une forêt dans le nord. Ça nous permettait de nous
passer les nouvelles et on s’entraînait à se battre. On a eu des cours
avec le professeur Lupin aussi.
Harry réalisa qu’il ignorait ce que ses connaissances avaient fait
pendant que lui-même sillonnait le pays en compagnie de Ron et
Hermione. Il n’osait pas le demander à ses camarades, car il ne

248
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

souhaitait pas être obligé de leur révéler ses propres agissements


durant cette période. Quant à ceux dont il était moins proche, il
préférait ne pas savoir. Tout le monde n’était pas fait de l’étoffe des
héros.
— Donc tu as vérifié qu’on ne pouvait plus rien pour lui, résuma-t-
il pour revenir à leur sujet de départ.
— Il n’avait pas de pouls. Quentin aurait dû nous expliquer, on
aurait travaillé plus vite, peut-être qu’on aurait pu faire quelque
chose…
— Katie, plusieurs tonnes lui sont tombées dessus. Il est sans doute
mort sur le coup, lui dit doucement Harry.
— J’espère pour lui, dit-elle tout bas. C’est déjà assez moche
comme ça.
Il se sentit touché par sa tristesse et sa culpabilité, mais il devait
mener à bien son enquête :
— As-tu vu des personnes étrangères à la compagnie dans la cour
aujourd’hui ou ces derniers jours ?
— Le patron a reçu un visiteur hier, mais c’est tout.
— Tu sais son nom ?
— Oui, Arkie Alderton du Magasin RéparRapid, le réparateur de
balais. Il devait être là pour faire une commande de pièces détachées.
Il vient trois ou quatre fois par an.
— Personne d’autre ? demanda Harry en notant les informations.
— Je ne crois pas. Mais tu sais, quand je suis dans mes plans, je ne
vois pas tous ceux qui passent.
— Bien, à moins que tu aies une idée de ce qui a pu faire tomber ce
toit, je pense qu’on a fini.
— Je n’arrive pas à croire que ce soit arrivé. L’atelier a été rénové
il y a quelques mois et le patron avait tout vérifié. Il disait toujours
« La confiance n’exclut pas le contrôle ».
Quand elle sortit, elle leur proposa du thé que Harry accepta avec
gratitude. Il en apporta une tasse pour son assistant et ils le burent en
interrogeant les autres employés. Ils ne firent que confirmer ce qui
avait été indiqué avant. Tous semblaient apprécier leur ancien patron,
malgré, ou peut-être à cause, de la confiance contrôlée qu’il avait en
eux.

249
LES BÂTISSEURS

Avant de s’entretenir avec la famille du défunt, Harry s’accorda


une courte pause. Il partagea les quelques provisions qu’il avait eu le
flair d’emporter avec le brigadier, puis envoya le policier aux
nouvelles auprès de Pritchard. Il revint en disant que le corps était
dégagé et que son partenaire et le guérisseur commençaient les
examens habituels. Harry songea que, même s’il devait se faire
violence pour importuner ces gens affligés avec ses questions, c’est
dehors que s’effectuait la partie la plus pénible de cette mission.
Il étira ses membres las et se força à s’extraire de son fauteuil pour
demander à la veuve de le rejoindre. Le fils voulut l’accompagner.
— Je suis désolé, Monsieur, une personne à la fois, indiqua Harry à
qui la fatigue faisait perdre patience.
— Nous venons de perdre mon père et vous nous traitez comme
des criminels ! protesta Quentin Whitehorn.
— Monsieur, nous tentons simplement de savoir ce qui s’est passé,
intervint le brigadier qui avait sans doute davantage d’expérience que
Harry dans la gestion des récalcitrants. Nous sommes désolés de
l’épreuve supplémentaire que cela représente pour vous, mais nous
avons des procédures à respecter.
— Ça ira, trancha Mrs Whitehorn. Ils essaient de nous aider.
Son fils ne parut pas convaincu mais se rassit sans un mot.
— Après vous, Madame, en profita Harry qui la pilota vers sa salle
d’interrogatoire improvisée.
En chemin, il l’examina discrètement. Elle avait la cinquantaine,
les cheveux châtain clair, remontés en chignon. Malgré sa figure figée
par le chagrin et ses yeux injectés de sang, on pouvait voir que c’était
une belle femme, aux traits finement sculptés. Quand elle entra dans
la pièce, elle se dirigea vers son bureau et s’assit derrière, à la place
que Harry s’était dévolue. L’Auror échangea un regard avec le
brigadier qui haussa discrètement les épaules. Harry se rabattit sur un
des fauteuils des visiteurs.
— J’étais ici même quand c’est arrivé, commença-t-elle sans
attendre les questions. À cette place en train d’établir une commande
pour renouveler les lames d’une de nos scies. (Elle soupira.) Je
suppose que c’est une scie complète qu’il faut que je commande,
maintenant…

250
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

Elle resta un moment le regard dans le vide. Harry n’osa pas la


relancer. La femme était manifestement en état de choc. Dans un
sens, il préférait cela à une crise de larmes.
— J’ai entendu un grand bruit, reprit-elle. Bien entendu, je me suis
précipitée pour voir ce qui se passait. À la place de l’atelier, il n’y
avait que des ruines et un nuage de poussière. J’ai regardé autour de
moi pour chercher mon mari et qu’il nous donne ses instructions,
mais il n’était pas là. J’ai tenté de me rappeler où il aurait pu aller,
pour le prévenir, mais rien ne me revenait à l’esprit. Je suis repassée
ici pour consulter le carnet de rendez-vous, mais il n’y avait rien
d’indiqué pour ce soir.
Elle tendit la main et récupéra un cahier posé sur le coin de son
bureau et l’ouvrit à la page du jour. Un nom était noté pour le matin,
mais il n’y avait effectivement rien de prévu ensuite.
— Là, j’ai commencé à paniquer et je l’ai cherché dans les autres
bureaux et dans la réserve, mais je savais que cela ne servait à rien, il
serait venu s’il avait été ici. À un moment, Bert m’a suggéré
d’appeler Quentin. C’est ce que j’ai fait. Il a dit qu’il fallait dégager
l’atelier et a rappelé tout le personnel. C’est Katie qui a, qui a…
Elle se tut, les lèvres serrées, comme pour s’empêcher de craquer.
— Avez-vous vu une personne ayant une attitude suspecte autour
de l’atelier cet après-midi ?
Elle le regarda, effarée :
— Vous ne pensez tout de même pas que c’est volontaire ?
— On nous a indiqué que l’atelier avait été rénové cet été. À moins
d’une malfaçon, il est étrange que le toit ait cédé, se justifia Harry.
— Il n’y a pas eu de malfaçon. Devlin a tout vérifié. Il dit
toujours…
Elle s’interrompit, réalisant qu’elle devrait désormais mettre ses
phrases au passé quand elle évoquerait son mari, mais ni Harry ni le
brigadier n’avaient besoin qu’on leur précise ce que le défunt avait
coutume de répéter.
— Oh, Merlin, réagit la veuve, mais c’est abominable ! Qui
pourrait vouloir une chose pareille ?
— C’est peut-être un accident, tempéra le policier. Un sort qui a
abîmé la structure du bâtiment.

251
LES BÂTISSEURS

Elle secoua silencieusement la tête, comme assommée.


— Nous allons parler à votre fils, et ce sera tout pour ce soir, dit
doucement Harry. Nous vous remercions de votre coopération. Mes
plus sincères condoléances, ajouta-t-il en se disant qu’il aurait peut-
être dû commencer par là.
Elle mit plusieurs secondes à réagir puis se leva avec des gestes
saccadés.
— Brigadier, pouvez-vous la raccompagner dans l’autre pièce et
faire venir Mr Whitehorn ?
Pendant que Thruston s’exécutait, Harry jeta quelques sorts sur le
carnet de rendez-vous pour vérifier qu’aucune note n’y avait été
effacée. Le papier resta vierge.
Quand le policier revint avec leur dernier témoin, Harry vit que ce
ne serait pas facile. L’homme avait une trentaine d’années. Il
ressemblait beaucoup à sa mère dont il avait les cheveux clairs et les
traits fins. Il paraissait fatigué et furieux. Il fixa longuement Harry qui
se dit qu’il ne devait qu’à son statut de Survivant de ne pas entendre
la diatribe que l’autre bouillait de lui servir.
— J’espère que vous avez une bonne raison de nous faire subir tout
cela, grinça-t-il simplement entre ses dents.
Harry faillit lui ordonner de s’asseoir mais il se souvint que
Quentin Whitehorn venait de perdre son père. Le jeune Auror décida
qu’il méritait mieux que de se voir opposer la procédure une fois de
plus :
— Un toit tout juste rénové s’est écroulé subitement, exposa-t-il
d’un ton neutre. Je ne pense pas que nous pouvons repartir d’ici sans
chercher à comprendre comment cela a pu se produire. Maintenant, si
vous voulez bien répondre à nos questions, vous pourrez plus
rapidement ramener votre mère chez elle.
La colère s’éteignit peu à peu dans le regard du fils de la victime,
remplacée par une grande fatigue. Il se laissa tomber sur le siège
qu’on lui avait proposé plus tôt mais qu’il avait dédaigné et il dit ce
qu’il savait :
— J’étais chez moi quand ma mère m’a appelé par cheminée, l’air
affolé. Je n’ai rien compris à ses explications, mais il était évident que
quelque chose de grave était arrivé, et je l’ai rejoint immédiatement.
Ketteridge a été un peu plus clair et la possibilité d’un drame m’est

252
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

venue à l’esprit. On y pensait tous les trois, je suppose. Il fallait qu’on


en ait le cœur net et j’ai rappelé le personnel pour qu’ils nous aident.
— Vous n’avez pas essayé de vérifier si votre père n’était pas
ailleurs ?
— Ma mère sait toujours où il est. Il veut qu’on puisse le joindre
rapidement en cas de problème. Il aimait tout contrôler par lui-même.
— La confiance n’exclut pas le contrôle, glissa Harry.
— Je vois que vous êtes déjà au courant.
À la lassitude s’ajouta le désespoir :
— Mais comment on va faire sans lui ? murmura-t-il.
Ni Harry ni le brigadier Thruston ne lui répondirent. Le jeune
Auror laissa passer un moment avant de demander :
— Vous n’avez remarqué personne ayant une attitude suspecte
autour de l’atelier ces derniers jours ?
Whitehorn secoua la tête.
— Je n’ai pas été très présent cette semaine. Je m’occupe de
superviser les achats et je suis souvent par monts et par vaux pour
choisir les bois, les branchages et tous les autres matériaux que nous
utilisons.
Il ferma les yeux, écrasé par la charge qui venait d’atterrir sur ses
épaules.
— Nous vous remercions, Mr Whitehorn. Je pense que nous en
avons terminé pour ce soir. Vous pouvez rentrer chez vous.
Ils se levèrent et retournèrent dans la grande pièce où la veuve était
en train de ranger les tasses à thé, assistée de l’agent Radford.
— Nous rentrons, Maman, lui dit son fils.
— Tu veux bien faire le tour pour tout fermer ?
— Inutile, intervint le brigadier. Nous n’avons pas complètement
terminé. Quand nous partirons, nous laisserons quelqu’un en faction
jusqu’à votre retour.
— Que va-t-il se passer pour mon père ? demanda Whitehorn.
— Dès que ce sera possible, nous vous le rendrons, lui assura
Thruston sans préciser qu’il serait peut-être envoyé à Ste-Mangouste
auparavant.

253
LES BÂTISSEURS

Trop épuisés pour s’inquiéter davantage, la mère et le fils sortirent


et se dirigèrent vers l’entrepôt et la cheminée en compagnie de
l’Auror et des deux policiers. À mi-chemin, Mrs Whitehorn bifurqua
vers ce qui restait de l’atelier. Harry, qui était deux mètres derrière
elle, pressa le pas pour l’intercepter, mais son coéquipier se détacha
du groupe d’agents et vint à sa rencontre.
— Auror Pritchard, Madame, se présenta-t-il. Je vous prie de
recevoir mes condoléances. Je ne peux pas vous laisser aller plus loin.
— Je veux voir mon mari.
— Demain, répondit fermement Pritchard. Nous allons appeler les
pompes funèbres pour prendre soin de lui. Ce sera mieux, assura-t-il,
et Harry préféra ne pas imaginer ce qu’ils avaient découvert sous le
monceau de bois et de pierre.
— Un étui à balai, intervint le fils.
— Pardon ? le fit répéter Pritchard.
— Mon père voulait être enterré dans un étui à balai. Nous en
avons dans l’entrepôt. Si cela ne va pas, nous en construirons un pour
lui demain.
— Nous ferons le nécessaire, affirma Pritchard sans laisser paraître
le moindre étonnement devant cette requête inhabituelle.
Whitehorn prit le bras de sa mère et la conduisit lentement vers le
bâtiment où se trouvait la cheminée.
Quand ils se retrouvèrent entre eux, Harry demanda :
— Où en êtes-vous ?
— On l’a dégagé. Le médico est en train de l’examiner sur place.
Vu son état, on va éviter de le transporter de droite à gauche. Je pense
qu’il nous faudra deux bonnes heures pour effectuer toutes les
vérifications nécessaires. J’ai déjà déterminé qu’il avait sa baguette
dans sa poche et qu’il n’a pas subi les sorts d’immobilisation les plus
courants.
Il marqua une pause, lui aussi épuisé.
— On a encore du travail, continua-t-il. Vous avez tiré quelque
chose de votre côté ?
Harry fit un résumé de ce que lui avaient raconté les témoins.

254
LA CONFIANCE ET LE CONTRÔLE

— Aucune contradiction, conclut-il. On pourra savoir qui est


officiellement venu ici ces derniers jours en examinant le carnet de
rendez-vous.
— On va regarder les comptes aussi, décida Pritchard. Ce serait
bien de le faire tout de suite avant que le fils et la veuve ne nous
demandent de justifier cette démarche. Il y a pas mal de chances que
ce soit un simple accident.
— Avec un toit tout neuf ? souleva Harry.
— Pour le moment, c’est le seul indice que nous ayons
contredisant cette thèse, reconnut Pritchard. Et même neuf, il peut y
avoir eu malfaçon. Je sais qu’il a vérifié, mais c’était un fabricant de
balais, pas un charpentier.
— J’ai une certaine expérience des livres de comptes, fit remarquer
le brigadier Thruston qui avait attentivement suivi la conversation.
Le partenaire de Harry prit le temps de réfléchir et accepta :
— Très bien, retournez dans le bureau et mettez de côté tout ce que
vous pensez utile pour analyser si les finances de la société étaient
saines pour, disons, les six derniers mois. Récupérez l’agenda ainsi
que le courrier le plus récent si vous le trouvez. Potter, tu me feras
une liste de tout ça.
La consigne était claire : la police magique travaillerait sous la
supervision des Aurors. Thurston laissa échapper une petite grimace
d’agacement.
— La confiance n’exclut pas le contrôle, le réconforta Harry tandis
qu’ils retournaient vers les bureaux.

255
XVI – Ce que trafique Z
16 – 17 mars 2004

Pendant que Harry et Thruston retournaient vers les bureaux,


Pritchard continua de superviser le déblaiement du bâtiment. Vers
trois heures du matin, ils se rassemblèrent tous dans la salle de
réunion pour faire une pause et manger un morceau.
— Alors ? demanda Pritchard les traits tirés et les cheveux couverts
de poussière.
— Des comptes impeccables, répondit le brigadier Thruston. Les
factures parfaitement classées, qui correspondent à la mornille près.
C’est rare que des écritures soient tenues avec autant de minutie.
— Ça ne veut rien dire, opposa Pritchard.
— Nous avons bien sûr l’intention de tout vérifier
scrupuleusement, se défendit le policier.
— On est en train de noter tous leurs contacts commerciaux et ceux
qui figurent dans l’agenda, ainsi que dans le carnet d’adresses,
compléta Harry. Et de votre côté ?
— Carliste devrait avoir terminé bientôt, leur apprit Pritchard en
désignant le médicomage qui mangeait un sandwich avec un solide
appétit. Moi, je fais ranger les débris de façon à pouvoir les examiner.
Je ferai venir un menuisier dès qu’il fera jour.
Après s’être restaurés, ils se remirent au travail. Vers six heures du
matin, Harry et Thruston firent un saut au ministère pour lancer les
enquêtes sur les plus proches collaborateurs des Whitehorn et ceux
qui l’avaient rencontré les jours précédents. Ils retournèrent ensuite
sur les lieux de l’accident pour accueillir les employés de l’entreprise
qui n’avaient pas été joints la veille par Quentin Whitehorn, et qui se
présenteraient sans doute à huit heures pour prendre leur poste.
Ceux-ci découvrirent avec effarement les ruines qui remplaçaient
leur atelier et la dizaine de policiers et d’Aurors qui avaient envahi
leur espace de travail. Mis au courant, ils manifestèrent un réel
LES BÂTISSEURS

chagrin à l’annonce du décès de leur patron, suivi de près par une


inquiétude compréhensible au sujet de la pérennité de leur emploi.
Une fois leurs dépositions prises, ils furent renvoyés chez eux avec
pour instructions d’attendre les directives du fils du défunt.
Alors que Harry et le brigadier Thruston raccompagnaient l’un
d’eux vers la cheminée, ils virent Bert Ketteridge, l’ouvrier qui avait
été présent au moment du drame, discuter avec l’un des policiers.
Celui-ci lui désignait l’entrepôt, sans doute pour lui signifier qu’il
devait repartir.
— Mais qu’est-ce qu’il fait là ? demanda l’employé qui se trouvait
près de Harry.
— Je suppose qu’il n’a pas compris qu’il ne pourrait pas reprendre
le travail aujourd’hui, répondit le jeune Auror.
— Mais le patron l’a fichu à la porte hier !
— Vous êtes sûr ? Il était présent au moment du drame, s’étonna
Harry.
— Certain ! J’étais là quand il s’est fait enguirlander et que le
patron lui a dit que ce n’était pas la peine de revenir le lendemain.
Harry et Thruston échangèrent un regard. Ils retinrent leur témoin
et lui firent réintégrer les bureaux qu’ils venaient de quitter.
— Racontez-nous ça, fit Harry.
— Ben, c’était hier matin, Ketteridge a encore merdé avec les
commandes. En général, il ne travaille pas trop mal, c’est même celui
qui est ici depuis le plus de temps et il en connaît un bout. L’ennui,
c’est qu’il arrive régulièrement beurré et que, ces jours-là, il fait un
peu n’importe quoi. Faut le comprendre, il a perdu son fils pendant la
guerre et c’est de ce moment que datent ses problèmes de boisson.
Enfin, en règle générale, les patrons ferment les yeux, eu égard à sa
situation et aux années qu’il a travaillées pour eux. Mais hier matin, il
a envoyé quinze balais au mauvais endroit, et quand on les a
récupérés, ils étaient abîmés. Du coup, le patron a pris un coup de
chaud et lui a dit que c’était la dernière fois et de passer à la caisse le
soir pour prendre son solde.
— C’était donc normal qu’il ait été encore là hier soir ?
— Oui, il a pu essayer de se rattraper en faisant des heures
supplémentaires. Généralement, il est un peu moins dans le brouillard
l’après-midi.

258
CE QUE TRAFIQUE Z

— L’avez-vous vu travailler hier ? Vous a-t-il semblé en colère ?


N’avez-vous rien remarqué de suspect dans son comportement ?
— Eh, vous ne pensez quand même pas que ce qui s’est passé est
de sa faute ? Il a tendance à faire des confusions quand il est saoul,
mais pas au point de faire exploser l’atelier.
— Nous vérifierons. Merci pour votre témoignage.
Une fois l’employé parti, Harry et son assistant commentèrent ce
qu’ils venaient d’apprendre :
— Nous n’avons rien trouvé en ce sens dans les papiers
administratifs, s’étonna Harry.
— Whitehorn n’a peut-être pas eu le temps d’en informer sa
femme, avança le brigadier Thruston. Ou bien c’était juste une
menace en l’air, dite sous l’effet de l’énervement. Il avait peut-être
l’intention de le garder finalement.
— Il faudra quand même en parler avec Ketteridge, répondit Harry.
— Oui, ce sera intéressant de savoir s’il nie ou non cette
discussion. Mais, remarquez, s’il était aussi saoul que le prétend notre
informateur, il peut ne pas s’en rappeler.
*
L’arrivée de Quentin Whitehorn et de sa mère remit à plus tard leur
entretien avec l’ouvrier. Pritchard et Harry les emmenèrent dans le
coin de l’entrepôt qu’ils avaient dégagé pour y placer à l’écart l’étui à
balai dans lequel ils avaient déposé la dépouille.
Quand tout s’était effondré, l’homme s’était protégé le visage et il
avait pu être rendu présentable sans trop de mal par le médicomage.
Une planche avait été clouée sur le cercueil improvisé pour masquer
le corps. Les parents de la victime demeurèrent un long moment à
contempler les restes de leur père et mari.
— C’est bien lui ? questionna Pritchard par acquit de conscience.
Ils hochèrent la tête, les yeux emplis de larmes. Harry et son
partenaire les laissèrent se recueillir sous la surveillance de
l’infatigable Radford.
— Vous en êtes où ? demanda Pritchard quand ils furent
suffisamment éloignés.
— Il nous reste à contrôler le bureau de Monsieur et des
magingénieurs, indiqua Harry.

259
LES BÂTISSEURS

— Très bien. Au fait, je suis d’accord pour que tu délègues


l’épluchage de la paperasse à ton Thruston, mais tu gardes la main sur
les interrogatoires, d’accord ?
— Compris. Quoi de neuf de ton côté ?
— J’ai un menuisier qui examine les morceaux que nous avons
dégagés. Je dois d’ailleurs retourner près de lui pour lui indiquer la
façon dont ils étaient agencés quand nous sommes arrivés.
Devlin Whitehorn, la victime, avait son propre bureau. La pièce
était plus petite que celle où officiait sa femme. Un des murs était
tapissé d’étagères croulant sous des magazines spécialisés, des plans
et des croquis. Les livres traitaient d’aérodynamisme et de résistance
des matériaux. Certains venaient même du monde moldu, nota Harry
avec intérêt. La table de travail était recouverte de documents, aussi
désordonnée que celle de son épouse était impeccablement rangée.
Harry avait remarqué que, dans cette entreprise, le papier avait en
grande partie remplacé le parchemin. Ce nouveau matériau, plus fin
et plus lisse, était encore inégalement utilisé. Cela faisait maintenant
un an que le produit avait été mis sur le marché et l’on pouvait
évaluer le degré de résistance au progrès des sorciers en suivant son
succès. Pour sa part, Harry avait adopté avec bonheur les carnets de
notes, plus pratiques que les feuilles reliées qui gonflaient ses poches
auparavant. Cependant, il rendait toujours ses rapports officiels sur
les rouleaux traditionnels.
Pendant que Thruston parcourait les livres pour vérifier qu’aucun
message n’y était dissimulé, Harry tria rapidement ce qui se trouvait
sur le bureau. C’était en grande partie des dessins parsemés de
formules, qui lui évoquèrent l’arithmancie, et des publications
techniques annotées. Une étagère était fixée sur le mur contre lequel
était placée la table de travail. Des maquettes en balsa s’entassaient
dessus. C’étaient des balais, mais aussi des modèles d’anciens avions
moldus – du début du siècle, évalua Harry – dans lesquels on pouvait
voir des minuscules mannequins représentant les pilotes. Des pots
contenant crayons, règles, équerres et compas s’y trouvaient
également, posés de guingois.
Dans le désordre ambiant, Harry faillit le manquer. C’était un petit
morceau de papier collé magiquement sur la tranche de l’étagère. Il
était griffonné de la même écriture que les autres documents, celle du
maître des lieux, et indiquait : Vérifier ce que trafique Z.

260
CE QUE TRAFIQUE Z

Quand il le déchiffra, Harry sentit que c’était important. Une note


discordante dans les éléments uniquement consacrés aux balais que
contenait cette pièce. Il reprit son carnet et relut rapidement ce qu’il y
avait inscrit depuis la veille. Aucun nom ni prénom commençant
par Z ne se trouvait dans la liste des employés, des visiteurs ou des
fournisseurs. Il lui faudrait vérifier également qui étaient les
propriétaires des magasins de détail qui constituaient la clientèle de
l’entreprise.
Il jeta un regard vers le brigadier qui ouvrait méthodiquement tous
les ouvrages de la bibliothèque. Il hésita, mais son expérience lui
indiquait que cacher des informations à ses alliés n’était pas la
meilleure manière de travailler avec eux.
— Venez voir, lui dit-il.
— Z ? s’interrogea Thruston après avoir lu à son tour. On n’a pas
croisé de nom commençant par cette lettre.
— On n’a pas encore tout vérifié, lui rappela Harry.
— On va le faire, nota le brigadier en ouvrant son propre carnet.
Ne trouvant rien d’autre d’intéressant autour du bureau, Harry
entreprit d’aider le policier. Ils étaient absorbés par leur tâche quand
une voix venant de la porte les fit sursauter :
— Mais qu’est-ce que vous faites ? Comment osez-vous ?
Whitehorn paraissait furieux et sa mère, derrière lui, choquée.
— Nous sommes désolés, répondit Harry, mais nous devons encore
vérifier certains éléments.
— Écoutez, Monsieur Potter, reprit le fils de la victime. Malgré
tout le respect que j’ai pour vous, je vous demande de quitter
immédiatement les lieux. Je suis profondément indigné par votre
attitude et par le manque de considération que vous avez pour notre
deuil.
Harry en resta sans voix. Objectivement, ils avaient peu d’éléments
contredisant la thèse de l’accident ; peut-être faisaient-ils tout cela
pour rien et qu’ils blessaient inutilement une famille déjà malmenée.
Il ressentit tout à coup toute la fatigue accumulée durant la nuit et la
matinée.
— Nous comprenons que cela soit difficile, répondit à sa place
Thruston, mais si vous nous laissez faire notre travail nous en aurons
plus vite terminé. Au fait, nous aurions une question à vous poser à

261
LES BÂTISSEURS

propos de Mr Ketteridge. On nous a rapporté que Mr Whitehorn


l’avait mis à la porte, hier. Or il s’est présenté à son poste ce matin.
Les deux Whitehorn se regardèrent et, à leur air interrogateur,
Harry réalisa qu’ils apprenaient de leur bouche le renvoi de leur
ouvrier.
— Mon mari ne m’en a pas parlé, répondit la veuve. Je sais qu’il y
a eu un problème, vu que je suis restée une heure devant ma
cheminée à tenter d’arranger les choses. Notre priorité de la matinée a
été de nous expliquer avec les clients non livrés. Ensuite, Devlin est
parti en rendez-vous tout l’après-midi et il était rentré depuis à peine
une demi-heure quand… c’est arrivé. Il est tout à fait possible qu’il ne
m’en ait pas parlé. Je pense qu’une fois calmé il avait changé d’avis.
Ketteridge a des problèmes, parfois, mais c’est un employé dévoué
qui travaille pour nous depuis des années.
— Il est hors de question de nous passer de lui maintenant,
remarqua son fils. Il a un coup de main que les autres n’ont pas.
Il se tut un instant et demanda :
— Avons-nous le droit d’aller dans le bureau de ma mère ? Nous
devons traiter en urgence certaines affaires et prévenir nos clients que
les commandes auront du retard.
Harry interrogea Thruston du regard qui hocha discrètement la tête.
Ils avaient d’ores et déjà copié un certain nombre de documents. Les
Whitehorn pouvaient donc y accéder sans entraver l’enquête.
— Une dernière chose Mr Whitehorn, reprit Harry, votre père vous
avait-il parlé de quelqu’un dont le nom ou le prénom commence
par Z et qui trafiquerait quelque chose ?
— Trafiquer ? Dans quel sens ? demanda l’épouse.
— Qui aurait fait des irrégularités, précisa Harry en espérant bien
interpréter la note sibylline du défunt.
— Je ne vois pas, répondit Quentin Whitehorn alors que sa mère
secouait négativement la tête.
Ils les laissèrent partir et terminèrent leur examen du bureau de la
victime. Ils ne trouvèrent rien d’intéressant. Ils prirent le petit mot qui
avait éveillé l’intérêt de Harry et firent une copie des divers
documents entassés sur la table de travail.
Ils sortirent de la pièce d’un pas lourd et rejoignirent l’équipe qui
s’affairait autour de ce qui restait de l’atelier. Harry consulta sa

262
CE QUE TRAFIQUE Z

montre : il était près de midi. Il espéra pouvoir bientôt rentrer chez


lui. Pritchard, les yeux injectés de sang par le manque de sommeil,
discutait avec une personne qui parut vaguement familière à Harry.
— Potter, voici Elijah Dubois. Il est charpentier, lui présenta
Pritchard.
— Mon fils Olivier m’a souvent parlé de vous, indiqua l’artisan.
La réflexion ralentie par la fatigue, il fallut quelques secondes à
Harry pour retrouver la mémoire :
— Je crois que nous nous sommes déjà croisés à une Coupe du
monde de Quidditch, il y a une dizaine d’années, finit-il par se
souvenir.
L’homme parut très flatté d’avoir marqué l’esprit du Survivant.
— Thruston, continua Pritchard, pouvez-vous faire venir quelqu’un
pour assister Mr Dubois cet après-midi ? Il faudra sécuriser la zone
pour que personne ne puisse y fourrer son nez. Et dans les bureaux,
où en êtes-vous ?
— Il nous reste encore à visiter celui des magingénieur, indiqua
Harry. À ce propos, nous avons trouvé des éléments intéressants dans
celui de Whitehorn.
— Bouclez la salle de travail des magingénieurs et allez vous
reposer, ordonna Pritchard. On se retrouve au QG à huit heures
demain matin. Dubois, vous avez besoin de quelque chose en
particulier ?
— Peut-être de faire venir un de mes aides, mais j’ai amené tout
mon matériel.
— D’accord, je vous laisse sur place. Mettez toutes vos
conclusions par écrit et envoyez-les-moi, dès que vous pouvez.
— Bien, Monsieur l’Auror.
Harry et le brigadier allèrent poser des sceaux magiques sur le
bureau des magingénieurs et prévinrent les Whitehorn de leur départ
imminent. Ils retrouvèrent Pritchard près de la cheminée de l’entrepôt
et arrivèrent à la queue leu leu dans l’atrium du ministère. Après une
brève discussion, Pritchard accepta que les copies faites des papiers
administratifs et des notes de Devlin Whitehorn soient amenées dans
le service de la Police magique pour examen, mais ils gardèrent pour
leur dossier l’annotation concernant le fameux Z.

263
LES BÂTISSEURS

Quand Harry arriva dans sa cuisine, Kreattur vint à lui plein de


sollicitude. Bien qu’il soit l’heure de déjeuner, Harry déclina l’offre
d’un repas et enregistra vaguement que Ginny lui avait laissé un mot
avant de partir. Il se hissa jusqu’à sa chambre et s’effondra tout
habillé sur le lit.
*
Il se réveilla en pyjama, confortablement installé sous les draps.
Son fidèle serviteur était sans doute venu s’occuper de lui. Il
descendit à la cuisine encore un peu vaseux. Il était six heures du soir
et Ginny n’était toujours pas rentrée.
Il accepta cette fois le dîner qu’il aurait dû manger la veille. Alors
qu’il attaquait le plat de résistance, Ginny arriva :
— Ah, tu es là ! Tu dois être épuisé.
— J’ai dormi cet après-midi, la rassura-t-il. La journée s’est bien
passée ?
— Rien de particulier. Ah si, on a entendu à la radio que le
fondateur des balais Nimbus est mort. C’est pour ça que tu es resté
debout toute la nuit ?
— Oui, mais n’en parle pas autour de toi.
— Pourquoi ? Ce n’est pas un accident ?
— C’est encore trop tôt pour le savoir.
Elle ne demanda plus rien et il termina son assiette. À peine
finissait-il son dessert que Ron débarquait avec George.
— Dis, Harry, commença Ron sans même dire bonjour, c’est vrai
que Whitehorn est mort ? Tu as des tuyaux dessus ?
— Tu le connaissais ? s’enquit Harry répondant indirectement à la
première question par l’emploi du passé.
— Tout le monde le connaissait, justifia Ron. Je veux dire dans
l’artisanat magique. Il est le candidat le mieux placé pour être notre
prochain maître de guilde.
Harry savait que les guildes étaient consultées pour les projets de
loi les concernant et qu’elles participaient à la nomination du ministre
de la Magie. Cela donnait à cette affaire des prolongements
inquiétants.
— Quand doit se tenir l’élection ? s’enquit-il très intéressé.

264
CE QUE TRAFIQUE Z

— Dans moins d’un mois, dit sombrement George. C’est une


catastrophe. Whithorn était le seul à avoir une chance contre Flamel.
— Flamel ? releva Harry se demandant ce que l’alchimiste venait
faire dans cette histoire.
— Aurelian Flamel, lui expliqua Ron, actuel maître de guilde et
patron des Plomberies magiques Flamel. Avec Flamel, votre
plomberie c’est de l’or. C’est son entreprise qui a équipé ma maison.
— Ah, d’accord. Y a-t-il d’autres candidats à votre élection ?
— Oui, Silvian Dunstan et Archibald Shawbridge, mais ils sont
loin de faire l’unanimité. Ils ne peuvent espérer plus de dix pour cent
des suffrages. C’est entre Flamel et Whitehorn que ça se jouait.
— Dunstan ? Cela me dit quelque chose.
— C’est celui qui s’était présenté contre Kingsley, il y a cinq ans,
lui rappela Ginny.
Harry resta un moment songeur. Avait-on éliminé Whitehorn pour
des raisons politiques ?
— Au fait, un sorcier dont le nom commence par Z, vous penseriez
à qui ? demanda Harry.
— Zonko, répondirent Ron et George sans hésiter.
— Pourquoi lui ? insista Harry.
— Parce que c’est notre principal concurrent, justifia Ron. Et puis
il fait partie des commerçants les plus connus. Moi, j’aime bien le
vieux Zonko, il est sympa.
— Je croyais que c’était votre concurrent, remarqua Ginny.
— En fait, il nous était assez hostile quand Fred et moi avons
commencé, expliqua George. Mais on a décidé de ne pas le prendre
de front et nous n’avons pas proposé les mêmes produits que lui. On
le fait toujours. On ne vend que des inventions maison ou des
références importées de l’étranger qu’on ne trouve ni chez Zonko ni
chez Pirouette et Badin.
— Zonko pourrait se présenter pour être nommé maître de guilde ?
s’enquit Harry
— Il aurait des chances d’être élu, jugea Ron. Il est très populaire
et il a aidé beaucoup de gens pendant la guerre. J’ai entendu dire qu’il
a accueilli des sorciers qui sont passés côté moldu.

265
LES BÂTISSEURS

— Tu crois que, vu les circonstances, il reprendrait le flambeau ?


questionna Harry.
— Ça m’étonnerait. Tout le monde pensait que ce serait lui qui
chercherait à faire tomber Flamel, mais il a annoncé que cela ne
l’intéressait pas et il s’est même retiré des affaires, réfuta Ron. C’est
son fils aîné qui tient la boutique, maintenant. Et lui, je ne crois pas
qu’il ait les épaules assez solides pour la fonction.
— De quoi est mort Whitehorn ? insista George.
— Son atelier lui est tombé dessus, répondit Harry qui ne
considérait pas cette information comme secrète.
— Les Aurors enquêtent à ce propos ? s’enquit Ron.
— Les Aurors enquêtent sur toutes les morts subites, lui rappela
Harry. Et quatre-vingt-dix pour cent d’entre elles se trouvent être
naturelles ou accidentelles.
Après qu’il eut convaincu ses deux beaux-frères que non, il ne
savait rien de plus et que, même s’il avait d’autres éléments, il ne les
révèlerait pas, il arriva à se rendre dans la bibliothèque pour rédiger
son rapport sur la nuit passée avant d’en oublier les détails.
*
Quand il arriva au QG des Aurors à huit heures pile le lendemain
matin, Pritchard était déjà sur place en train de lire La Gazette.
— C’est en Une, annonça-t-il à Harry. Notre amie Rita s’en donne
à cœur joie. Il semble en outre qu’on ait une dimension politique à
prendre en compte.
— Je sais, indiqua Harry. Il s’était présenté pour devenir maître de
guilde et avait de bonnes chances d’être élu.
— Je vois que tu as potassé le sujet toi aussi. Tiens, mais voici ton
copain.
— Brigadier, le salua Harry en lui tendant la main.
— Messieurs les Aurors, répondit cérémonieusement le policier. Je
vous amène le dossier qui a été établi hier par mes services sur Devlin
Whitehorn. Saviez-vous qu’il était candidat à l’élection du maître de
l’Artisanat magique ?
— Nous en parlions justement, répliqua Pritchard qui semblait
avoir à cœur de ne pas laisser ses concurrents marquer des points.

266
CE QUE TRAFIQUE Z

— Avez-vous quelque chose sur Aurelian Flamel ? demanda


Harry. Il me paraît être le premier bénéficiaire de cette disparition.
— Je vous ai apporté son dossier aussi, fit Thruston en lui tendant
un rouleau de parchemin gros comme un bras d’Hagrid. Figurez-vous
qu’il n’est pas très net, celui-là. Nous sommes pratiquement sûrs qu’il
y a de grosses irrégularités dans les modalités d’attribution des
marchés importants concernant l’artisanat de ces dernières années,
mais personne ne veut en parler et notre enquête est au point mort.
Par contre, toutes mes équipes sont sur les noms que nous avons
récoltés cette nuit.
Harry se demanda à quelle heure il était arrivé ce matin-là. À
moins qu’il ait travaillé la veille pendant qu’il partait dormir.
— Je pensais avoir précisé que nous nous chargions des
interrogatoires, remarqua froidement Pritchard.
— Et des enquêtes de voisinage, vérification des antécédents et des
liens familiaux ? répliqua tout aussi sèchement Thruston.
Le fait que les Aurors déléguaient parfois les aspects les moins
intéressants de leurs enquêtes à la police magique n’arrangeait pas les
relations entre les deux services. Pour leur part, Harry et son
coéquipier n’en abusaient pas, mais certains de leurs collègues
exagéraient. Pritchard, qui en était également conscient, fit machine
arrière.
— Nous vous remercions pour cette initiative, lâcha-t-il en se
forçant à sourire. Il est vrai que cette affaire prend de l’ampleur et
qu’il y aura de quoi occuper tout le monde.
— Si on échangeait nos rapports, suggéra Harry.
Pritchard ne parut pas goûter la proposition de son coéquipier, mais
Harry ne voyait pas comment ils pourraient travailler efficacement en
se cachant mutuellement les éléments du dossier.
Une demi-heure plus tard, ils émergèrent de leurs lectures
respectives.
— Il nous manque encore les conclusions de Dubois, rappela
Pritchard.
— Que penses-tu du mystérieux Z ? demanda Harry.
— C’est un peu vague, minimisa Pritchard à la grande déception de
Harry.

267
LES BÂTISSEURS

— Ça pourrait être Zonko, dont le nom a également été avancé


comme candidat à l’élection du maître, insista Harry.
— On verra s’il en profite pour se présenter, tempéra l’Auror
senior
— Il faudrait quand même savoir si on a beaucoup de noms
sorciers commençant par Z, renchérit Thruston.
— De toute ma scolarité à Poudlard, je n’en ai croisé que deux :
Zabini et Zeller, se souvint Harry.
— Et si c’était un prénom ? supposa Pritchard. Zacharias, par
exemple ?
— J’y ai réfléchi, répliqua Harry. Si cela avait été quelqu’un qu’il
connaissait assez bien pour l’appeler par son prénom, sa femme et
son fils en auraient entendu parler.
— On leur demandera, accepta Pritchard. Je pense débuter par
Flamel.
— Et Ketteridge, l’employé qui a un problème avec la boisson ?
rappela Harry.
— Oui, lui aussi aura droit à une petite visite.
— Il doit être de retour au travail ce matin, avança le brigadier.
— On va donc commencer par retourner à la fabrique Nimbus,
décida Pritchard. Thurston, je compte sur vous pour nous faire un
rapport définitif sur la santé financière de la compagnie et nous
donner un dossier le plus complet possible sur Aurelian Flamel.
— Entendu, répondit le brigadier avec un sourire contraint avant de
repartir docilement vers son service.
*
De retour aux établissements Nimbus, ils passèrent devant l’atelier,
maintenant protégé par un dôme magique semblable à celui que
Harry et ses amis invoquaient pour protéger leur tente pendant leurs
mois d’errance. Ils pénétrèrent dans le bâtiment qui abritait les
bureaux. Mrs Whitehorn, son fils et tous leurs employés étaient
autour de la grande table en pleine réunion. L’attention générale
convergea vers les nouveaux arrivés.
— Messieurs-dames, les salua Pritchard.
Quentin Whitehorn leur lança un regard glacé et termina le
discours qu’il était en train de prononcer :

268
CE QUE TRAFIQUE Z

— Nous vous recontacterons dans deux jours pour vous informer si


l’entreprise peut rouvrir ou pas. Pour le moment, nous ne pouvons pas
encore le déterminer.
— La compagnie Nimbus ne peut pas fermer ! s’insurgea Bert
Ketteridge.
— Comme je l’ai dit tout à l’heure, tout dépend du temps qu’il
nous faudra pour reconstruire l’atelier, répondit Whitehorn fils.
— Je sais que vous connaissez tous les secrets de fabrication, Bert,
ajouta Mrs Whitehorn, mais Devlin avait un tour de main qu’aucun
de nous ne peut égaler. Il nous faudra peut-être admettre que, sans lui,
l’entreprise n’existe plus.
— Vous pouvez compter sur nous pour faire notre possible pour
rester ouvert, insista Ketteridge.
— Je vous en remercie tous d’avance, sourit tristement la veuve.
— Bon, c’est tout pour aujourd’hui, conclut son fils. Je pense que
nous nous reverrons demain après-midi.
Il parle de l’enterrement, comprit Harry.
Les employés se levèrent lentement et commencèrent à sortir.
Harry salua Katie de la tête quand elle passa auprès de lui.
— Dis, Harry, quand pourrais-je avoir accès à mon bureau ?
Harry avait complètement oublié qu’il avait encore cette pièce à
vérifier.
— Je devrais le libérer cet après-midi, promit-il, désolé d’être
obligé de garder une certaine distance avec elle tant que l’enquête
était en cours.
Après l’avoir suivie des yeux alors qu’elle se dirigeait vers la porte,
Harry chercha Bert Ketteridge du regard. Il échangeait quelques mots
avec ses patrons sous la surveillance discrète de Pritchard. Quand
l’ouvrier vint vers eux pour sortir à son tour, l’Auror lui demanda :
— Mr Ketteridge, pouvons-nous vous voir un instant ?
— Qu’est-ce que vous lui voulez encore ? s’interposa Quentin
Whitehorn.
— Lui parler, répliqua tranquillement Pritchard. Si vous
n’appréciez pas notre façon de faire, vous pouvez vous adresser au
ministère, département de la Justice magique. Maintenant, si vous
voulez bien nous laisser avec Mr Ketteridge…

269
LES BÂTISSEURS

Mrs Whitehorn prit le bras de son fils et répondit à sa place :


— Vous nous trouverez dans mon bureau, dit-elle avec dignité
avant de se retirer avec Quentin.
D’un geste, Pritchard invita Ketteridge à se rasseoir à la grande
table. Lui et Harry se placèrent en face de lui.
— Nous avons entendu dire que vous aviez été licencié par Devlin
Whitehorn, attaqua Pritchard.
L’homme sursauta et un tic déforma son visage rougeaud.
— Il m’arrive de… Je travaille depuis trente-cinq ans pour le
patron. Il nous est arrivé de nous accrocher de temps en temps. Mais
il m’a toujours gardé.
— Nous avons cru comprendre que vos… accrochages étaient plus
fréquents ces dernières années et que, cette fois-ci, le renvoi était
définitif.
— Il m’aurait repris. Il m’a toujours repris, répondit l’ouvrier en
secouant la tête.
— Et si vous aviez eu peur qu’il ne le fasse pas ? questionna
Pritchard. Si vous aviez paniqué ? Si vous vous étiez dit que la seule
façon de garder votre boulot, c’était de vous rendre indispensable ?
— Vous ne croyez tout de même pas… Mais vous êtes fous ! J’ai
commencé avec lui au tout début, y’a près de quarante ans. Y’avait
même pas de Mrs Whitehorn à l’époque. On travaillait dans une
remise minable. Il avait des idées et une formation de magingénieur ;
moi, j’avais appris à enchanter le bois. On faisait tout nous-mêmes.
On a trouvé le nom de marque, dessiné les étiquettes, on faisait le
démarchage, les livraisons, tout ! Vous croyez que j’aurais pu lui faire
ça ? Faire ça à sa dame et à Monsieur Quentin ? Jamais !
L’homme tremblait de tous ses membres sous le coup de l’émotion
et ses yeux étaient rougis. Il sortit sa baguette de sa poche d’un geste
vif et la posa sur la table dans un claquement sec.
— Vous pouvez l’examiner. Y’a aucun sort noir, là-dedans. Je n’ai
jamais tué quelqu’un, et ce n’est pas maintenant que je vais
commencer. Même quand ils m’ont pris mon Johnny, je l’ai pas fait.
Vous croyez que pour garder mon boulot j’aurais fait ce que je n’ai
pas fait pour sauver mon garçon ?

270
CE QUE TRAFIQUE Z

C’est Harry qu’il regardait maintenant, le sommant de répondre.


Pritchard lança un Prior Incantato par acquit de conscience, mais
l’ouvrier ne s’intéressa même pas au résultat.
— Je vous le jure, Monsieur le Survivant, insista-t-il. Je vous le
jure sur la tête de mon Johnny, j’aurais jamais touché un cheveu du
patron.
Harry hocha lentement la tête. Il était certain que l’homme disait la
vérité.
— Ce sera tout pour aujourd’hui, fit Pritchard.
— Faut que vous nous laissiez continuer, poursuivit l’ouvrier sans
bouger d’un pouce. On ne peut pas arrêter de fabriquer des Nimbus.
Ce sont les meilleurs balais d’Angleterre. Le patron ne s’est pas battu
comme il l’a fait pour que ça s’arrête parce qu’il n’est plus là.
— Nous voulons juste savoir comment c’est arrivé, lui assura
Harry.
— C’était un accident.
— Peut-être, répondit Pritchard. Mais nous devons le vérifier.
Vous pouvez rentrer chez vous, Mr Ketteridge.
L’homme les regarda, visiblement non convaincu de s’en tirer à si
bon compte. Il reprit sa baguette et s’en fut d’un pas incertain. Une
fois l’ouvrier disparu, Pritchard entraîna Harry dans le bureau où se
trouvait la famille de la victime.
— Il va falloir qu’on mette les choses au point avec eux, indiqua-t-
il en frappant à la porte.
Sur l’injonction de Mrs Whitehorn, ils entrèrent.
— Je suis bien conscient du caractère difficile que notre enquête
peut avoir pour vous, commença Pritchard sans leur laisser loisir de
parler, mais Mr Whitehorn était une personnalité importante dans
notre communauté et il briguait un poste sensible. Nous ne pouvons
pas conclure à un simple accident sans nous assurer que c’en est bien
un. Le fait qu’un toit en parfait état ait cédé ne va pas précisément
dans le sens du hasard malheureux.
— Vous pensez qu’on l’a assassiné ? demanda Mrs Whitehorn
d’une voix troublée.
— Nous ne pouvons ignorer cette possibilité.

271
LES BÂTISSEURS

— Quel rapport avec Bert Ketteridge ? s’enquit Quentin


Whitehorn.
— Il a été mis à la porte par votre père avant-hier matin et il est
aujourd’hui devenu indispensable du fait de son ancienneté. Il a un
excellent mobile.
La mère et le fils les fixèrent du même regard médusé :
— C’est écœurant d’imaginer une chose pareille, déclara Quentin.
— Bert fait pratiquement partie de la famille, s’indigna
Mrs Whitehorn.
— En vingt ans chez les Aurors, j’ai, hélas, perdu toutes mes
illusions sur la nature humaine, répliqua Pritchard.
Les Whitehorn ne répondirent pas, se contentant de les regarder
d’un air à la fois affolé et dégoûté.
— Nous avons encore le bureau de vos magingénieurs à visiter et
ensuite nous devrions en avoir terminé. D’ici demain, je pense que
nous en aurons également fini avec l’atelier. Vous y aurez de nouveau
accès après-demain.
Mrs Whitehorn hocha la tête pour signifier qu’elle avait entendu.
Harry et Pritchard sortirent. Ils fouillèrent sans entrain la pièce où
Katie travaillait. Ils y découvrirent des magazines spécialisés, des
croquis et des calculs. Ils les regardèrent, mais ne trouvèrent aucune
phrase suspecte se promenant au milieu des équations. Pour plus de
sûreté, ils firent des copies de toutes les mentions manuscrites.
Quand ils eurent terminé, Pritchard alla signifier à leurs hôtes
involontaires qu’ils partaient puis donna des directives au policier qui
gardait le bâtiment effondré avant de regagner le ministère avec
Harry.
*
En revenant au QG, ils mangèrent rapidement un sandwich, puis se
plongèrent dans le dossier d’Aurelian Flamel qu’ils n’avaient fait que
survoler le matin.
La compagnie Flamel Plomberie existait depuis au moins trois
générations. L’entreprise avait connu un fort développement, vingt
ans auparavant, quand la communauté magique avait rénové les
habitations détruites par les Mangemorts durant la Première Guerre.
Les suites de la seconde lui avaient également été profitables.

272
CE QUE TRAFIQUE Z

Comme l’avait signalé Ron à Harry, Flamel avait remporté le


marché des maisons moldues aménagées à la mode sorcière. Un
système d’adduction d’eau magique avait remplacé la tuyauterie
moldue, le tout ayant été commandité et payé gallions sur l’ongle par
le ministère. Si Aurelian avait utilisé sa position pour récupérer ce
juteux contrat, cela avait sans doute fait grincer quelques dents.
Le temps qu’ils épluchent le dossier, il faisait déjà nuit. Harry
rentra chez lui la tête bourdonnante de questions sans réponse. Ginny
sentit qu’il avait envie de penser à autre chose et lui raconta la
dernière prise de bec entre Mrs Norris et l’infirmière du club. Ils
finissaient de dîner quand Ron passa au Square Grimmaurd.
— Du nouveau sur Whitehorn ? demanda-t-il.
— On fait une enquête de routine, répondit Harry.
— Aucune équipe ne s’entraînera demain, en signe de deuil, leur
signala Ginny.
— Personne ne fera ses courses non plus, compléta Ron. Toutes les
boutiques seront fermées. On va tous à l’enterrement.
— À ton avis, il y aura combien de personnes ? demanda Harry
pour se préparer à ce qui l’attendait.
— Entre les fans de vol sur balai et les artisans, je ne sais pas... on
sera au moins deux cents.
Harry nota mentalement de vérifier le lendemain si le ministère
avait bien pris ses dispositions pour rendre l’évènement invisible aux
yeux des Moldus.
— Je pense que je ferais bien d’aller me coucher, annonça Harry,
songeant à tout ce qui lui restait encore à contrôler avant de refermer
le dossier.

273
XVII – La guilde de l’Artisanat
magique
18 mars – 21 mars 2004

Le lendemain matin, Thruston vint leur apporter le complément


d’information qu’il avait réuni sur l’actuel maître de guilde de
l’Artisanat magique. Ni la liste de ses derniers contrats ni l’enquête
rapide sur son épouse et ses enfants n’amenèrent d’éléments
nouveaux.
— Et pour les Z ? demanda Harry.
Thurston sortit un petit rouleau de sa poche et le déroula :
— Blaise Zabini, commença-t-il. Vingt-trois ans, travaille comme
réparateur d’objets ménagers. Pourrait sans doute avoir un boulot plus
intéressant et mieux payé, mais il a passé six mois en détention
préventive à Azkaban pour avoir lancé des Impardonnables sur des
élèves de Poudlard pendant la guerre. Je suppose que vous avez sur
lui un dossier complet.
Harry se souvint avoir lu le compte rendu de son procès. Comme la
plupart des étudiants qui avaient torturé leurs camarades sous
l’impulsion de leurs professeurs, il avait été relaxé. En effet, on avait
assimilé à un Imperium l’ordre d’une autorité supérieure associé à la
brutalité exercée sur ceux qui s’étaient montrés réticents à suivre les
directives des Carrow.
— Pourquoi fait-il ce boulot ? demanda-t-il. Je croyais que sa mère
était riche.
— Effectivement, intervint Pritchard. Elle est dans nos dossiers
pour avoir perdu sept maris très fortunés de façon plus qu’étrange.
Mais elle est très habile, car on n’a jamais réussi à la coincer.
Il récupéra sur son bureau une série de rouleaux volumineux, au
côté desquels les parchemins de Thruston parurent, soudain, bien
réduits.
LES BÂTISSEURS

— Il semble que la mère ait désiré mettre de la distance entre elle


et son repris de justice de fils. À sa sortie de prison, le jeune Blaise a
été hébergé par un de ses cousins avant de se trouver un endroit pour
vivre. Quant à Mrs Aphrodite Zabini, elle est à l’étranger depuis six
mois au moins et une enquête est en cours pour vérifier qu’elle y est
toujours.
— À moins qu’elle n’ait des vues sur l’un des fils Whitehorn, ce
décès ne lui apporte pas grand-chose, jugea froidement Harry.
— Ils sont déjà mariés, précisa le brigadier. Seule la fille est encore
célibataire. J’ai envoyé une équipe pour enquêter sur eux. L’aîné
s’appelle Jorg. Il est rentré hier soir du Canada où il réside avec sa
famille. Il a deux petites filles et est à la tête d’une entreprise qui vend
des produits britanniques en Amérique du Nord. Les balais de son
père ne représentent qu’une petite part de marché. J’ai pensé que vous
voudriez enquêter vous-mêmes sur Quentin, je n’ai donc pas
d’éléments sur lui à vous communiquer. Cindy Whitehorn est
couturière chez Madame Guipure. Cette dernière est très satisfaite de
son employée et elle m’a assuré qu’elle semblait aimer son métier.
— Là non plus, le mobile n’est pas évident, soupira Harry.
D’autres noms en Z ?
— Mademoiselle Zeller, annonça le brigadier.
— Il y avait une fille de ce nom à Poudlard, se souvint Harry.
Plusieurs classes en dessous de moi.
— Rose est sortie de Poudlard l’été dernier, confirma le policier. À
commencé dans une imprimerie magique. On n’a rien trouvé de
particulier sur elle, mais nous somme encore sur ce dossier. Ses
parents sont Moldus.
— Rien ne prouve que ce Z que vous recherchez avec tant
d’énergie soit lié à cette affaire, rappela Pritchard.
— Mis à part Flamel, nous n’avons pas tellement de pistes, se
défendit le brigadier.
Pritchard haussa les épaules. Harry ne dit rien mais se sentit déçu
que son supérieur ne soit pas convaincu de l’importance de Z. Si
Whitehorn savait quelque chose que l’autre voulait cacher, cela faisait
un bon mobile de meurtre. Mais sans doute s’emballait-il à tort.

276
LA GUILDE DE L’ARTISANAT MAGIQUE

— Cet après-midi à quatorze heures se tiennent les funérailles de


Whitehorn, reprit le partenaire de Harry. Potter et moi y serons pour
voir qui a fait le déplacement.
— D’après mon beau-frère Ron Weasley, qui appartient à la guilde
de l’Artisanat magique, il y aura beaucoup de monde, signala Harry.
Savez-vous si le ministère a pris les dispositions nécessaires ?
— La moitié de ma brigade s’y trouvera, le rassura Thruston.
Quand c’est le cas, c’est qu’un grand rassemblement est attendu.
— Il en dit quoi d’autre, ton copain Weasley ? insista Pritchard. En
tant qu’artisan, qu’est-ce qu’il en pense de cette disparition ?
— Il m’a semblé très choqué et s’inquiète de savoir qui se
présentera à la place de Whitehorn pour mettre fin aux mandats
successifs de Flamel.
— Qui pourrait le remplacer, selon lui ? demanda Pritchard avec
intérêt.
— Zonko, répondit Harry en insistant sur le Z, le propriétaire du
magasin de farces et attrapes. Sauf que, toujours selon Ron, celui-ci a
refusé de se présenter au début de la campagne, alors qu’il avait
toutes ses chances. Silvan Dunstan et Archibald Sawbridge, les autres
candidats, ne font pas le poids devant Flamel, d’après lui.
— Bien, dès demain, nous irons voir ce que ce Zonko dit de tout
cela, décida Pritchard.
— Il a deux fils, lui aussi, précisa Thruston en sortant un
parchemin de sa poche, Leandre et Dorian. L’un travaille à la
boutique de son père, et l’autre comme vétérimage au haras de
Broadstone.
— Nous nous chargerons des recherches à leur sujet dorénavant,
indiqua sèchement Pritchard.
— Comme vous voudrez, répondit Thruston, sa sobriété n’ayant
d’égale que la froideur de son regard.
*
Ron avait sous-estimé la popularité de l’artisan. Plus de trois cents
personnes en deuil se pressaient dans le cimetière de Flagley-le-Haut

277
LES BÂTISSEURS

dans le Yorkshire. Pour l’occasion, les Forces des tâches invisibles1


avaient créé un vaste périmètre hors de vue des Moldus, et des
policiers magiques patrouillaient pour vérifier que les sorciers n’en
sortaient pas.
Beaucoup de commerçants étaient présents. Ceux qui appartenaient
à la guilde de l’Artisanat magique pour commencer : Ron et George,
Madame Guipure, maître Ollivander, pour ne citer qu’eux, ainsi que
le vieux Zonko, dont ils avaient parlé le matin même, au bras de son
épouse, accompagné d’un homme plus jeune qui lui ressemblait et qui
devait être son fils aîné.
Il y avait aussi les représentants de bien d’autres guildes. Harry
reconnut Madame Rosmerta, Tom du Chaudron Baveur et le neveu de
Florian Fortarôme pour la guilde de l’Alimentation. Plus loin, se
tenaient le libraire Fleury et le professeur Brocklehurst, appartenant à
la guilde de l’Écrit, de l’Édition et de l’Éducation. La guilde des
Éleveurs, dont faisait partie Charlie Weasley, avait aussi ses
représentants. Harry aperçut également Katie, entourée de ses
collègues endeuillés. Ils paraissaient tous très éprouvés. Harry
remarqua que Bert Ketteridge n’était pas avec eux et se demanda s’il
devait en tirer des conclusions sur son implication dans cette affaire.
La guilde des Tournois et Ménestrels était largement représentée :
il y avait Isabel Redbird, la directrice des Harpies de Holyhead,
accompagnée de Gwenog Jones, au milieu d’autres responsables de
clubs et des joueurs. Ginny n’était pas là, et Harry supposa qu’elle
avait préféré passer la journée chez sa mère. Il reconnut également
des personnes qu’il connaissait de vue à force de les côtoyer dans les
stades de Quidditch où il se rendait régulièrement. Enfin, il croisa
Christopher Perks, le marionnettiste.
Lui-même était venu incognito, sa tête de rechange bien en place
pour ne pas attirer l’attention des journalistes qui ne manqueraient pas
de couvrir l’évènement. Il croisa le regard de Pritchard qui lui fit
signe de se tenir vigilant. Il alla se placer plus loin pour étendre leur
surveillance. Il dévisagea les personnes présentes, recherchant une
attitude anormale, bien conscient qu’il y avait peu de chance qu’un

1
Ce groupe rassemble plusieurs formes de magie d’invisibilité, pour cacher
les lieux magiques des yeux moldus, selon les Newsletters de La Gazette du
Sorcier éditée par Bloomsbury.

278
LA GUILDE DE L’ARTISAN