Master de Mathématiques
M1 – Analyse fonctionnelle
Examen du 22 juin 20101 - durée : 3h
- Le seul document autorisé est un résumé manuscrit du cours de trois pages
maximum.
- Les téléphones portables et les calculatrices ne sont pas autorisés.
- Toutes les réponses doivent être soigneusement justifiées.
1. Soit E l’espace vectoriel des polynômes réels. On considère sur E les deux normes
suivantes : Z 1
N∞ (P ) = sup |P (x)| et N1 (P ) = |P (x)|dx, P ∈ E.
x∈[0,1] 0
Pn
Si P (x) = i=0 ai xi , on pose
n
X
N (P ) = |ai |.
i=0
a) Montrer que N est une norme sur E et que N1 ≤ N∞ ≤ N .
b) Vérifier que N1 n’est équivalente ni à N∞ , ni à N .
c) i) Soient Pn la suite de polynômes données par
n 2i+1
X x x2i+2
Pn (x) = − , n ≥ 1.
i=0
2i + 1 2i + 2
Vérifier que pour chaque n, Pn est croissante sur [0, 1]. En déduire N∞ (Pn ).
ii) N∞ et N sont-elles équivalentes ?
1
Le corrigé sera disponible à partir du 23 juin 2010 à l’adresse
http ://www.math.univ-metz.fr/∼ choulli/enseignement.html
2. Soient E et F deux espaces vectoriels normés. Une application continue f : E → F
vérifiant :
Pour toute suite (xn ) de E telle que f (xn ) converge vers y ∈ F , on peut extraire une
sous-suite (xnk ) qui converge vers un élément x ∈ E.
est appelée application propre.
a) Démontrer que si E est compact alors toute application continue f : E → F est
propre.
b) Soit f : E → F une application continue. On considère les deux assertions :
(i) f : E → F est propre,
(ii) les images réciproques f −1 (K) des compacts K ⊂ F sont compacts dans E.
Démontrer que (i) et (ii) sont équivalentes (pour démontrer (ii) entraine (i), on pourra
considérer K = {f (xn ); n ∈ N}, où (xn ) est une suite de E telle que f (xn ) converge
vers y ∈ F ).
c) Soit f : E → F une application continue et injective. Démontrer que les propositions
suivantes sont équivalentes.
(i) f est propre.
(ii) L’image directe de tout fermé de E est fermée dans F .
(iii) f est une application bicontinue de E sur f (E).
(on pourra démontrer que (i) ⇒ (ii) ⇒ (iii) ⇒ (i).)
3. Soit E = C([0, 1]; C). On rappelle que E munit de la norme k · k∞ est un espace de
Banach. On se donne m ∈ E et on pose T (f ) = mf , pour tout f ∈ E.
a) Montrer que T ∈ L(E) et déterminer kT k.
b) Montrer que T est un isomorphisme si est seulement si m(x) 6= 0, pour tout x ∈ [0, 1].
On appelle le spectre de T l’ensemble
σ(T ) = C \ {λ ∈ C; T − λIE est un isomorphisme}.
c) Démontrer que σ(T ) = {m(x); x ∈ [0, 1]}. En déduire que σ(T ) est connexe.
4. Soit l0 l’espace vectoriel des suites réelles u = (un )n∈N qui convergent vers 0, muni de
la distance d∞ ,
d∞ (u, v) = sup |un − vn |.
n∈N
Soit l00 le sous-espace vectoriel des suites réelles dont tous les termes sont nuls sauf en
nombre fini :
u = (un )n∈N ∈ l00 ⇔ ∃nu ; n ≥ nu ⇒ un = 0.
Montrer que l00 est dense dans l0 , c’est-à-dire l00 = l0 .
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M1 – Analyse fonctionnelle
Corrigé de l’examen du 22 juin 2010
1. a) Il est évident que N définit une norme sur E et que N1 ≤ N∞ . D’autre part, si
x ∈ [0, 1] alors
n
X i
X
i
|P (x)| = | ai x | ≤ |ai |.
i=0 i=0
D’où N∞ ≤ N .
b) Si Pn (x) = nxn−1 , n ≥ 1, un simple calcul donne
N1 (Pn ) = 1 et N∞ (Pn ) = N (Pn ) = n.
Donc N1 ne peut être équivalente ni à N∞ , ni à N .
c) ii) On a
Xn
0
Pn (x) = (x2i − x2i+1 ) ≥ 0 sur [0, 1].
i=0
Donc Pn est croissante sur [0, 1]. Comme Pn (0) = 0, on a donc
n 2n+2
X 1 1 X 1
N∞ (Pn ) = Pn (1) = − = (−1)i+1 . (1)
i=0
2i + 1 2i + 2 i=1
i
ii) D’après (1),
X 1
lim N∞ (Pn ) = (−1)i+1 < ∞.
n→+∞
i≥1
i
D’autre part,
X1
lim N (Pn ) = = +∞.
n→+∞
i≥1
i
On en déduit que N∞ et N ne sont pas équivalentes.
2. a) On suppose que E est compact. Soient f : E → F une fonction continue et (xn ) une
suite de E telle que f (xn ) converge vers y ∈ F . Puisque E est compact, (xn ) possède
une sous-suite (xnk ) qui converge vers un élément x ∈ E. D’où, f étant continue,
f (xnk ) converge vers f (x). Il en résulte que y = f (x) par l’unicité de la limite car par
hypothèse f (xnk ) converge aussi vers y.
b) (i) ⇒ (ii) : Soient K un compact de F et (xn ) une suite de f −1 (K). Donc (f (xn ))
constitue une suite de K. Ce dernier étant compact, il existe f (xnk ) une sous-suite
de f (xn ) qui converge vers un élément y ∈ K. Or f est propre. D’où il existe (xnkl )
une sous-suite de (xnk ) qui converge vers un élément x ∈ E. Maintenant, comme f
est continue, f (xnkl ) converge vers f (x). Mais f (xnkl ) converge aussi vers y. Par suite,
y = f (x) ∈ K. C’est-à-dire x ∈ f −1 (K). Par conséquent f −1 (K) est compact.
(ii) ⇒ (i) : Soit (xn ) une suite de E telle que f (xn ) converge vers y ∈ F . D’où K =
{f (xn ); n ∈ N} est compact. Comme (ii) est supposée vraie, f −1 (K) est compact. Il
en résulte que (xn ), suite de f −1 (K), admet une sous-suite convergente.
c) (i) ⇒ (ii) : Soient A un fermé de E et y ∈ f (A). Donc il existe une suite (xn ) de
E telle que f (xn ) converge vers y. Comme f est propre, (xn ) possède une sous-suite
(xnk ) qui converge vers un élément x ∈ A (A est fermé). Mais, f est continue. D’où
f (xnk ) converge vers f (x). Il s’ensuit que y = f (x). Donc y ∈ f (A) et par suite f (A)
est fermé.
(ii) ⇒ (iii) : On note d’abord que (ii) entraine que f (E) est fermé. Soit A un fermé de
f (E), donc de F car f (E) est fermé. Comme f : E → f (E) est bijective, (f −1 )−1 (A) =
f (A). Or f (A) est fermé par (ii). D’où la continuité de f −1 : f (E) → E.
(iii) ⇒ (i) : Soit (xn ) une suite de E telle que yn = f (xn ) converge vers y ∈ F . La
continuité de f −1 : f (E) → E entraine que xn = f −1 (yn ) converge vers x = f −1 (y).
Donc f est propre.
3. a) Puisque
kT (f )k∞ = kmf k∞ ≤ kmk∞ kf k∞ , pour tout f ∈ E,
on conclut que T ∈ L(E) et kT k ≤ kmk∞ . Or T (1) = m et k1k∞ = 1 (ici 1 désigne la
fonction constante égale à 1). D’où kT k = kmk∞ .
b) Si T est un isomorphisme alors il existe f ∈ E tel que m(x)f (x) = 1, pour tout
x ∈ [0, 1] (f n’est rien d’autre que T −1 (1)). Par suite m(x) 6= 0, pour tout x ∈ [0, 1].
Inversement si m(x) 6= 0, pour tout x ∈ [0, 1], alors T est un isomorphisme et T −1 est
explicitement donné par T −1 (g) = m1 g, g ∈ E.
c) D’après b) appliqué à m − λ à la place de m, on déduit que T − λIE est un iso-
morphisme si et seulement si m(x) 6= λ, pour tout x ∈ [0, 1]. De manière équivalente,
λ ∈ σ(T ) si et seulement s’il existe x ∈ [0, 1] tel que λ = m(x), c’est-à-dire σ(T ) =
{m(x); x ∈ [0, 1]}. On note que σ(T ) est connexe car c’est tout simplement l’image
directe par l’application continue m du connexe [0, 1].
4. Soit O un ouvert non vide de l0 . On doit montrer que O recontre l00 . Soit u = (un ) ∈ O
et > 0 tels que B(u, ) ⊂ O (pour la distance d∞ ). Puisque (un ) tend vers 0, il existe
n tel que supn≥n |un | < . On définit v = (vn ) par vn = un si n < n et vn = 0 si
n ≥ n . Alors v ∈ l00 et v ∈ B(u, ) car
d∞ (u, v) = sup |un | < .
n≥n
D’où le résultat.