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Interrelations Entre Oralité, Écriture Et Culture: Sandrine P

Ce document présente une synthèse de recherches sur les relations entre l'oralité, l'écriture et la culture. Il aborde les différences entre langage oral et écrit, notamment en termes de structure, d'implication du public et de genres. Il présente également les points de vue selon lesquels la maîtrise de l'écrit peut influencer les modes de pensée, tout en insistant sur la diversité des formes orales et écrites selon les contextes culturels.

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Interrelations Entre Oralité, Écriture Et Culture: Sandrine P

Ce document présente une synthèse de recherches sur les relations entre l'oralité, l'écriture et la culture. Il aborde les différences entre langage oral et écrit, notamment en termes de structure, d'implication du public et de genres. Il présente également les points de vue selon lesquels la maîtrise de l'écrit peut influencer les modes de pensée, tout en insistant sur la diversité des formes orales et écrites selon les contextes culturels.

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Publié dans Revue Tranel (Travaux neuchâtelois de linguistique) 36, 25-45, 2002

qui doit être utilisée pour toute référence à ce travail

Interrelations entre oralité, écriture et culture

Sandrine PIAGET
Université de Neuchâtel

To what degree are spoken and written language different? Does this affect the
way people think and the way they communicate in society? How do people
actually use and perceive writing? This paper provides a synthesis of various
findings about a number of aspects concerning the theory of literacy, such as the
relations between spoken and written language, the cognitive consequences of
literacy, the role of social context and the connection between literacy and
societal change. Beginning with researchers for whom written language led to
abstract thinking and the sciences as found in the Western world, this paper then
presents the point of view of researchers who have shown how, in any culture,
there are different oral and written genres, all shaped according to the way in
which they are used in particular contexts, and not all geared towards academic
writing as the «best» written genre. The orality and literacy overview presented
here insists on the diversity of the various forms of spoken and written language
as well as on their various uses and outcomes in different cultures.

1. Introduction
Ecrire l’oral: un non-sens? Les liens entre l’oral et l’écrit ont fait couler
beaucoup d’encre. Pendant de nombreux siècles, l’écrit était considéré
comme l’aspect le plus important de la langue. C’était dans l’écrit que l’on
trouvait toute la littérature, c’était les textes écrits qui établissaient les normes
grammaticales. Cependant, au début de ce siècle, les structuralistes mirent
l’accent sur l’aspect oral de la langue. La primauté de la langue parlée ne
faisait à leurs yeux aucun doute; certaines raisons avancées en faveur de ce
point de vue comprenaient le fait qu’elle soit apparue plusieurs milliers
d’années avant l’écrit, et qu’elle se développe naturellement chez les enfants,
sans enseignement explicite. C’est ainsi que Bloomfield déclara que
«l’écriture n’est pas la langue; c’est un moyen de la consigner par des
marques visibles» (Bloomfield, 1933), en d’autres termes, l’écrit n’a d’autre
rôle que de représenter la langue parlée. Parallèlement aux recherches des
structuralistes, Chomsky développa sa théorie générativiste dont l’objet est le
langage en tant que système abstrait, étudié hors contexte. Ce système
abstrait, norme idéalisée de la langue, s’avéra en fait être le produit de la
langue écrite, ce qui marqua un retour à l’écrit comme référence de base dans
l’étude du langage.
26 Interrelations entre oralité, écriture et culture

C’est seulement dans les années 80 que les sociolinguistes, réagissant à


Chomsky, ont souligné l’importance d’examiner la langue telle qu’elle apparaît
dans son contexte, ainsi que l’importance de reconnaître la validité à la fois de
l’aspect écrit et de l’aspect oral de la langue. L’idée était de relever leurs
structures, ainsi que leurs utilisations respectives dans différentes cultures.
Dans cette perspective, l’oral et l’écrit sont considérés comme deux systèmes
de communication différents. Selon Chafe (1982, 1986), l’oral est caractérisé
par la fragmentation de sa structure et par sa capacité à impliquer l’audience,
alors que l’écrit est caractérisé par sa structure intégrée et par son détache-
ment face à l’audience (voir ci-dessous). Cependant, il convient de souligner
que le code oral et le code écrit sont tous deux utilisés de différentes manières
et dans des buts différents. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’isoler
les caractéristiques différenciant l’oral de l’écrit de manière invariable. Notons
par ailleurs que la plupart des recherches concernant les relations entre l’oral
et l’écrit – et c’est le cas de Chafe – ont examiné des exemples typiques du
langage oral et écrit, à savoir la conversation ordinaire pour le premier, et le
texte académique pour le second.
Nous nous intéresserons ici également à un autre aspect de la recherche sur
l’oral et l’écrit, à savoir les différences entre culture orale et culture écrite.
Comme nous le verrons plus tard, certains chercheurs considèrent que la
maîtrise de l’écrit provoque un changement des modes de pensée chez les
membres d’un groupe culturel et social, changement jugé souhaitable puisqu’il
conduit au progrès et à la modernité.
Dans cet article, nous nous propose donc de rappeler plus en détail certains
points des recherches menées antérieurement sur l’oral et l’écrit, sur les
cultures orales et écrites, ainsi que sur les conflits culturels causés par une
rencontre entre les deux. Nous présenterons entre autres les travaux de
chercheurs qui se sont notamment penchés sur la structure de la langue
(fragmentée ou intégrée), ainsi que sur la nature de la relation établie avec
l’audience (implication ou détachement). Nous chercherons également à
repérer certaines caractéristiques communément attribuées à la communica-
tion typique des cultures orales par opposition à celle des cultures écrites, ceci
en nous basant sur Ong (1982), ainsi que sur les travaux de Scollon & Scollon
(1981, 1984).

2. L’oral et l’écrit
Différences
Considérons premièrement les principales différences généralement attri-
buées au code oral et écrit. Au niveau du support de la communication, le pre-
mier dépend du canal auditif (rythme, tempo, intonation, pauses, etc.), alors
que le second dépend du canal visuel (mise en page, ponctuation, typogra-
Sandrine PIAGET 27

phie, etc.). L’oral possède un caractère immédiat et éphémère, le seul moyen


de correction étant la reformulation, dont la conséquence est que toute
révision se trouve à la portée du destinataire. L’écrit, quant à lui, possède un
caractère permanent; les écrivains ont le temps de composer lentement et
délibérément, ils peuvent relire et corriger leurs textes à leur guise et ne
présenter que le produit fini au destinataire. Par ailleurs, les différentes
contraintes qui régissent la production orale et écrite ont conduit certains
chercheurs à attribuer à l’oral un caractère informel (faux départs, hésitations,
etc.), et à l’écrit un caractère formel dû principalement à la planification
préalable du texte. Un autre aspect pertinent concerne l’importance du
contexte. En effet, l’oral, pour sa part, se déroule en situation, c’est-à-dire en
présence du ou des destinataire(s); il s’agit donc d’une situation interactive, en
face à face, lors de laquelle le locuteur reçoit un feed-back constant et
immédiat. Quant à la communication écrite, elle se déroule en l’absence de
l’audience. Ce dernier point a conduit plusieurs chercheurs à établir d’autres
distinctions entre ces deux moyens d’expression. Ainsi, à l’oral le sens est
communiqué de manière implicite, à l’aide de traits paralinguistiques et non-
verbaux. En d’autres termes, la langue parlée est contextualisée, elle dépend
du contexte (voir par exemple le fait de rire en disant quelque chose pour
montrer qu’il s’agit d’une blague). A l’écrit par contre, le sens doit être exprimé
de manière explicite, par le biais du lexique et de la syntaxe (il faudra par
exemple introduire un commentaire peu sérieux par: «dans un esprit humoris-
tique, …»). Puisqu’il ne peut pas se permettre de dépendre du contexte
temporel, spatial et situationnel, l’écrit nécessite une décontextualisation de
l’information; selon certains chercheurs, son caractère autonome implique que
les présuppositions et les relations logiques sont toutes encodées dans le
texte. Un dernier point concernant cette fois-ci la finalité de la communication
consiste à dire que la langue parlée communique un sens interpersonnel,
alors que la langue écrite a pour but de communiquer un sens logique et infor-
mationnel. En effet, le locuteur s’adresse généralement à un individu particu-
lier avec un but précis tel qu’influencer son interlocuteur, ou maintenir la rela-
tion. C’est ainsi que la fonction sociale domine la fonction logique du
message. L’inverse se produit pour un auteur qui n’est pas tant sujet aux
fonctions sociales de la communication, comme par exemple la nécessité de
répondre aux besoins de l’audience, et qui peut donc se concentrer sur
l’aspect logique de son message.
Chafe reprend la discussion, en soulignant deux aspects cruciaux desquels,
selon lui, découlent les autres dimensions: tout d’abord, l’oral est plus rapide
que l’écrit, et plus lent que la lecture; ensuite l’oral se déroule en interaction
face à face, alors que l’écrit se déroule en isolation sociale. De la première
28 Interrelations entre oralité, écriture et culture

remarque découle la dimension «intégration/fragmentation1» et, de la se-


conde, la dimension «implication/détachement2». Pour la première dimension,
l’intérêt porte sur la façon dont le langage, oral ou écrit, forme un tout
cohérent. C’est ainsi que Chafe qualifie le langage écrit de dense et intégré –
l’auteur a le temps de rassembler plusieurs idées en un tout plus complexe,
cohérent et intégré –, alors que le langage oral est relâché et fragmenté. Ainsi,
selon Chafe, on trouve à l’oral, non pas des phrases complètes, mais des
unités idéationnelles3 composées d’un vocabulaire simple, de nombreuses
contractions, etc.. Quant à la deuxième dimension, implication/détachement,
elle porte sur les participants et sur leur position respective par rapport aux
autres participants et par rapport au message transmis. Chafe observe que
les locuteurs manifestent plus d’engagement face à eux-mêmes (voir des mar-
queurs du type: je veux dire, je crois), face aux autres (par exemple: tu vois),
et face au sujet traité (ce qui se traduit par des exagérations, un vocabulaire
très expressif, etc.). Cet effort cherchant à impliquer l’audience est principale-
ment dû à la nécessité de prendre en compte les besoins de l’audience (par
exemple, un discours ponctué par: tu vois ce que je veux dire permettra à
l’auditeur de se sentir impliqué tout en lui donnant également le temps
d’enregistrer l’information qu’il ou elle reçoit à un rythme très rapide). Les au-
teurs de textes écrits sont par contre isolés de leur audience, que ce soit dans
l’espace ou dans le temps. Le détachement qui en résulte est apparent dans
les nominalisations, l’emploi du passif, de sujets inanimés, etc.
La théorie de Chafe se fonde, comme nous l’avons déjà dit, sur des exemples
typiques de l’oral et de l’écrit, ceci impliquant une comparaison de tâches
communicatives très différentes. Notons par ailleurs que ses travaux
s’inscrivent dans toute une série de recherches ayant subit une évolution que
j’aimerais rappeler ici. Dans un premier temps, la recherche sur la relation
entre l’oral et l’écrit a mis en évidence les différences de modalité de ces
moyens de communication, tout en insistant sur leur caractère radicalement
différent, notamment au niveau de la grammaire4. Dans un deuxième temps,
les linguistes se sont de plus en plus préoccupés des similitudes existant

1 «Integration/fragmentation».
2 «Involvement/detachment»
3 Le terme «unités idéationnelles» est une traduction de: «idea units». Selon Chafe, le
discours oral s’organise en unités idéationnelles composées de chacune une idée
nouvelle, d’environ 6 mots et d’une durée de 2 secondes environ: «Je suis rentré à la
maison, / j’étais épuisé», alors que le discours écrit se présente de façon intégrée: «Je
suis rentré à la maison complètement épuisé».
4 Voir par exemple la marque de l’opposition singulier/pluriel en français:
leurs livres étaient ouverts [lœr livr etE(t) uvEr]
+ + + + - - - -
Sandrine PIAGET 29

entre les deux codes. En effet, il semblait de plus en plus évident que
certaines caractéristiques habituellement attribuées à l’un des deux codes
seulement se retrouvaient aussi dans l’autre. Ainsi, dans la réalité, l’oral peut
présenter des caractéristiques de l’écrit (un discours formel très intégré), et
l’écrit peut présenter des caractéristiques de l’oral (une lettre personnelle
faisant appel à un arrière-plan commun et contenant nombre d’implicites).
C’est ainsi que la conversation et les textes académiques ont finalement été
reconnus comme représentant en réalité les pôles d’un continuum.

Le continuum oral/écrit
Dans cette perspective, Tannen (1982) pour sa part postule des stratégies
orales et écrites que l’on retrouve à la fois dans la langue parlée et écrite.
Pour ce faire, elle se positionne par rapport à deux hypothèses jusque là
courantes. Elle rejette premièrement l’hypothèse consistant à dire que
l’expression écrite est décontextualisée, alors que l’expression orale est
dépendante du contexte. Rappelons que la décontextualisation de l’écrit
signifie que l’auteur et le destinataire sont séparés dans le temps et l’espace,
l’auteur doit donc être explicite dans la présentation de son message puisque
aucune question ne peut être posée, et puisqu’il ne peut pas présupposer un
arrière-plan commun. La contextualisation de l’oral signifie pour sa part que le
locuteur peut se référer aux environs immédiats, visibles pour chacun; il
pourra ainsi accompagner d’un geste l’énoncé: regarde ça! De plus il n’a pas
besoin d’être explicite puisque le destinataire peut interrompre et demander
des clarifications, et finalement, il peut compter sur des présupposés
socioculturels communs facilitant la compréhension de son message. Tannen
affirme que ce n’est pas l’écrit en soi qui est décontextualisé, mais bien plutôt
les textes académiques. En effet, si l’on analyse un conte, on ne trouvera que
très peu de déictiques se référant au contexte immédiat. De même, des
messages écrits personnels dépendent très souvent de l’arrière-plan commun
des interactants pour leur compréhension. Ainsi, on constate que les
différences concernent bien plus des genres de communication différents – et
donc des préférences culturelles pour tel ou tel type de communication – que
les canaux de communication eux-mêmes. La deuxième hypothèse concerne
la cohésion d’un texte, c’est-à-dire son caractère intégré. A cet égard, Tannen
(1982, 1985) considère que les traits paralinguistiques fonctionnent comme
marqueurs de la cohésion dans le discours oral, discours dans lequel ce sont
le ton, l’expression du visage, etc. qui permettent de transmettre les
sentiments du locuteur à l’égard de ses propos; c’est ainsi qu’à l’oral le sens
serait communiqué de manière implicite. A l’écrit, par contre, c’est la
verbalisation qui permet d’établir la cohésion du texte; en d’autres termes, la
relation entre les idées et l’attitude du scripteur à leurs égards doit être mise
en mots; d’autre part les relations entre propositions doivent être exprimées
explicitement à l’aide de connecteurs ou encore par le biais de structures syn-
30 Interrelations entre oralité, écriture et culture

taxiques complexes telles que la subordination. Le sens d’un texte écrit


devrait ainsi être communiqué de façon explicite.
Ainsi, selon Tannen, les stratégies orales sont principalement caractérisées
par leur appel au contexte dans la construction du sens, sens qui est sous-
entendu plutôt qu’exprimé explicitement; il s’agit ici d’impliquer l’audience. Les
stratégies écrites, quant à elles, se distinguent par le fait que l’argumentation
et les informations générales permettant de comprendre le sujet sont expri-
mées explicitement. Le sens se trouve dans le texte. C’est ainsi que Tannen
identifie dans les nouvelles littéraires des caractéristiques orales: l’emploi par
exemple d’un vocabulaire imagé, de répétitions, de citations directes pour im-
pliquer l’audience dans l’histoire, ainsi que des caractéristiques de l’écrit:
intégration et cohésion du texte exprimées par la lexicalisation, des phrases
plus complexes, etc.
Cette approche a été critiquée par Street (1995) en ce que, selon lui, elle ne
fait que perpétuer la dichotomie oral/écrit. En effet, on peut se demander où
se trouve l’intérêt de parler de stratégies orales et écrites, si elles peuvent
apparaître aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.
Suite à ces critiques, Tannen (1985) a tenté de contourner le problème en uti-
lisant comme principale dimension de distinction, la notion de «focalisation
relative sur l’implication interpersonnelle5». Elle affirme que les stratégies ora-
les résultent d’une focalisation relative sur l’implication interpersonnelle, alors
que les stratégies écrites résultent d’une focalisation relativement moins im-
portante sur l’implication interpersonnelle, avec pour conséquence une focali-
sation plus marquée sur l’information communiquée. Elle montre par exemple
que le but d’une nouvelle n’est pas de convaincre le lecteur par des
arguments logiques, mais bien plutôt de l’impliquer dans l’histoire en faisant
appel à ses émotions (langage très imagé, répétitions, etc.). Selon elle, le
discours littéraire écrit est en fait très contextualisé: il joue sur la capacité du
lecteur à utiliser son imagination pour reconstruire ce qui n’est pas
explicitement dit. Dès lors, le lecteur doit construire sa propre histoire à partir
du texte, ce qui bien sûr l’implique de façon très personnelle.

Le contexte et les tâches communicatives


D’autres chercheurs tels que Besnier (1988), et Biber (1988) font remarquer
que la question n’est pas de savoir si le message a été transmis oralement ou
par écrit, mais bien plutôt dans quel contexte et dans quel but. C’est par
conséquent le contexte social dans lequel l’oral ou l’écrit sont utilisés qui va

5 «Relative focus on involvement».


Sandrine PIAGET 31

définir leur structure respective. Il s’agit dès lors de déterminer quels sont les
différents genres (oraux ou écrits) reconnus dans une société, et quelles sont
leurs caractéristiques respectives. Biber montre également que, non seule-
ment la contextualisation caractérise la conversation de par sa référence à la
situation immédiate et aux participants, mais elle caractérise aussi le discours
académique, qui ne peut être compris que par une communauté partageant
les mêmes connaissances préalables sur le sujet traité. Il ajoute encore que
certaines études ont réfuté l’idée que l’écrit serait plus complexe et élaboré
que l’oral, en montrant par exemple que dans certains cas, le nombre de
subordonnées est plus ou moins le même dans les deux modes. Selon Biber
(1986), ces résultats contradictoires proviennent de problèmes méthodolo-
giques6, et c’est la raison pour laquelle il propose une nouvelle approche
méthodologique quantitative, approche intitulée «analyse pluridimension-
nelle7».
Le but de Biber est de fournir, pour une langue donnée, une description com-
plète des similitudes et différences présentes dans tous les genres parlés ou
écrits de cette langue, et de définir quelles sont les dimensions cruciales qui
permettent de distinguer les genres disponibles dans une société donnée.
Besnier (1988) poursuit cette ligne de pensée dans son étude des différents
genres utilisés chez un peuple polynésien vivant dans l’Atoll Pacifique de
Nukulaelae. La communauté comprend 310 locuteurs de la langue tuvaluan.
Besnier identifie 5 registres parlés et 2 registres écrits (conversations infor-
melles, rencontres politiques, lettres personnelles, sermons religieux, etc.). A
partir d’un corpus de 222 textes, il analyse la fréquence d’occurrence de 42
traits linguistiques (pronoms personnels, adverbes d’intensification, nominali-
sations, etc.) supposés distinguer entre code oral et écrit. Au lieu d’une dis-
tinction entre genre oral et genre écrit, il met en évidence trois autres dimen-
sions cruciales servant à positionner les différents genres les uns par rapport
aux autres. Nous n’en citerons qu’une ici, il s’agit de la dimension opposant
une focalisation sur l’interaction à une focalisation sur l’information. Besnier
montre que certains textes se concentrent sur la présentation et la manipula-
tion des informations, alors que d’autres se concentrent plutôt sur la nécessité
d’impliquer l’audience. Ce qui retiendra notre attention ici, c’est le fait que les
lettres personnelles présentent plus de marques d’implication et d’appel au
contexte que les conversations ordinaires; on y trouve un plus grand nombre
de marques d’affect, d’émotion et de sentiments interpersonnels8. Besnier

6 Voir à ce sujet Biber (1986, pp. 385-6)


7 «Multi-feature and multi-dimensional approach».
8 Pour une analyse plus détaillée de la culture de ce peuple polynésien – à savoir les
Tuvalu – et de leurs utilisations de la langue écrite, voir section 4.
32 Interrelations entre oralité, écriture et culture

montre par là que le fait qu’un registre soit oral ou écrit n’a pas d’incidence sur
son positionnement par rapport à une focalisation informationnelle ou interac-
tionnelle. Son analyse va ainsi plus loin que la théorie de Tannen qui liait, d’un
côté, focalisation sur l’implication et langage oral, et, d’un autre côté, focalisa-
tion sur l’information et langage écrit.
Les travaux de Street, Besnier et Biber représentent la troisième phase de la
recherche sur la relation entre oral et écrit, à savoir une approche sociocultu-
relle du problème, approche mettant en évidence l’importance du contexte et
des différents types de tâches communicatives en jeu. On cherche à montrer
comment des caractéristiques telles que, par exemple, le fait d’être explicite
sont plus le résultat de pratiques sociales – régissant entre autres la composi-
tion de lettres, de discours formels, d’articles académiques –, que des modes
eux-mêmes.
Pour résumer la discussion, citons Akinnaso qui, pour sa part, affirme que
«l’oral et l’écrit proviennent d’une même base sémantique, [qu’]ils utilisent le
même système lexico-sémantique, et [qu’]ils varient principalement dans le
choix et la distribution du vocabulaire et des schémas syntaxiques, ceci en
fonction de contraintes pragmatiques liées à leur modalité spécifique» (1982,
p. 119). Ainsi, selon lui, le fait de disposer ou non d’un feed-back immédiat, de
connaître son audience ainsi que ses présuppositions, ou encore de pouvoir
ou non se référer à d’autres textes, ainsi que l’appel à la mémoire, sont autant
de contraintes qui ont un impact sur la structure de l’oral et de l’écrit. Par
conséquent, l’analyse des différences entre l’oral et l’écrit devrait se faire dans
le cadre de la gestion du discours dans son ensemble, et non seulement dans
le cadre étroit de différences lexicales ou syntaxiques.
Cependant, s’il est vrai que dans l’étude des différences entre l’oral et l’écrit il
est important de prendre en compte la situation de communication, il importe
également de prendre en compte le contexte à un niveau plus large, à savoir
la culture et les coutumes du groupe «parlant et écrivant».
C’est ainsi que Ong (1982), à partir de textes oraux tels que les récits épiques,
décrit ce qui pour lui caractérise les cultures orales.

3. Cultures orales
Les travaux de Ong (1982) s’insèrent dans un contexte différent de ceux
mentionnés jusqu’ici. En effet, jusque là les recherches présentées relevaient
du domaine de l’analyse du discours et cherchaient à identifier principalement
les différences structurales et pragmatiques entre les deux modes. Ong, ainsi
que Havelock (1963) et Goody & Watt (1963) se penchent quant à eux
principalement sur les conséquences cognitives de la maîtrise de l’écrit.
Auparavant, les recherches anthropologiques distinguaient les cultures à
l’aide de termes aujourd’hui condamnés tels que la dichotomie «culture
Sandrine PIAGET 33

civilisée / primitive». Ils attribuaient les différences culturelles à des


différences de capacités cognitives chez les membres de cultures différentes.
Havelock, et ensuite Goody, soutiennent que de telles différences ne sont pas
dues à des capacités cognitives différentes, mais à la maîtrise ou non de
l’écrit. Pour eux, le Grand Partage9 entre les cultures se situe en réalité au
niveau des technologies développées, technologies qui seraient neutres et
non liées à une culture particulière. Par conséquent, c’est un changement au
niveau des modes de communication, à savoir l’introduction de l’écrit, qui
serait à l’origine d’un changement au niveau des modes de pensée. Ils
soutiennent donc qu’une culture est supérieure intellectuellement parce qu’elle
a acquis la technologie de l’écrit.
C’est donc dans cette optique que Ong (1982), se servant du récit épique, fait
une description des cultures orales. Dans son livre Oralité et littéracie, il
défend l’idée susmentionnée d’un grand partage entre culture orale et écrite,
dichotomie qui se traduit au niveau de la culture, de la pensée, et de l’histoire
des hommes. Selon lui, la maîtrise de la langue écrite permet de restructurer
la pensée de l’homme; elle seule conduit au développement de la science, de
l’histoire, et de la philosophie. Il distingue par ailleurs entre oralité primaire –
culture orale sans aucune trace d’écrit –, et oralité secondaire – culture de
haute technologie maintenant une nouvelle oralité par le biais de la radio,
télévision et autres supports électroniques qui eux-mêmes dépendent de
l’écrit. Tout en admettant qu’il est difficile pour une personne lettrée d’imaginer
une culture orale primaire, il en entreprend la description.

Formules et mémorisation
Définition de la formule chez Parry (Goody, 79, p. 200): «un groupe de mots
employés régulièrement dans les mêmes conditions métriques pour exprimer
une idée essentielle.»
Parry a développé cette notion dans son travail sur l’épopée yougoslave et
ses analogies de structure avec les poèmes homériques.
Son premier point, repris de Milman Parry (1971), Lord (1960) et Havelock
(1963), concernant les récits épiques, insiste sur le fait que, dans une culture
orale, la pensée et l’expression n’existent qu’au travers de formules, c’est-à-
dire qu’elles dépendent d’une série de phrases ou expressions fixes sans
cesse répétées et répondant aux besoins de la versification10; ceci à l’inverse
de la pensée écrite, qui, elle, est linéaire, séquentielle, et analytique. La

9 «Great Divide».
10 Par exemple: «œil pour œil, dent pour dent», «qui vole un œuf vole un bœuf».
34 Interrelations entre oralité, écriture et culture

pensée de type formulaire est également motivée par la nécessité d’organiser


les informations pour les besoins de la mémorisation. Les formules jouent
ainsi un rôle mnémonique, c’est pourquoi elles sont rythmées, et contiennent
des répétitions, antithèses, allitérations et assonances, ou encore des épit-
hètes toutes faites. Selon Ong, de telles expressions forment la substance
même de la pensée orale; c’est par leur biais que le savoir est élaboré et
conservé. Il est cependant important de noter que si les récits oraux sont fixés
au niveau de leur structure en formules figées11, ou encore de leur style, ils ne
font jamais l’objet de répétitions exactes. Comme le montre Goody (1987), la
tradition orale fait l’objet d’une création continuelle. Les récitants cherchent en
effet à développer leur créativité et construisent ainsi leur propre version du
conte, souvent embellie. D’autre part, ils modifient leur récit en fonction de
l’audience et de la situation sociale du moment. Lord (1960) fait la même
observation lorsqu’il analyse les enregistrements de récitants yougoslaves.
Bien que les rhapsodies analysées soient parfaitement régulières au niveau
métrique, elles ne sont jamais chantées deux fois la même chose. Les
formules et les thèmes restent les mêmes, mais ils sont assemblés différem-
ment lors de chaque audition, et ce même s’il s’agit du même barde. Ce
dernier s’adapte à l’audience, à son humeur, au contexte.
La «tradition orale des bardes et formules12» peut donc se résumer ainsi: les
bardes s’instruisent en écoutant pendant plusieurs mois et plusieurs années
d’autres bardes. Ces derniers ne récitent jamais un conte deux fois la même
chose, mais ils utilisent des formules figées liées à des thèmes standards.
Ces formules peuvent varier quelque peu d’un barde à un autre, mais on peut
toujours les reconnaître comme faisant partie de la même tradition. L’origina-
lité de ces récits implique, non pas l’introduction de nouveaux matériaux, mais
la capacité d’assembler les matériaux traditionnels de façon à ce qu’ils soient
adaptés à chaque situation et audience.

Autres caractéristiques
Ong suggère ensuite une série de points qui, selon lui, caractérisent la pensée
et l’expression orale.

1) additive plutôt que subordonnante


On trouve dans l’expression de la pensée orale principalement des construc-
tions coordonnées exprimant des relations additives (utilisation de la conjonc-
tion et), plutôt que des constructions subordonnées typiques de l’organisation

11 «Formulaic structure».
12 «Bard-and-formula oral tradition».
Sandrine PIAGET 35

discursive de l’écrit. Cela rejoint l’opposition que Chafe fait entre


fragmentation et intégration du discours. A l’écrit, l’auteur a le temps de
structurer son discours de façon complexe, alors qu’à l’oral, les idées sont
juxtaposées les unes aux autres de façon paratactique ou coordonnée.

2) agrégative plutôt qu’analytique


Comme nous l’avons vu, la mémorisation dans la pensée orale dépend, selon
Ong, de formules figées sans cesse répétées. C’est ainsi que dans les récits
épiques, on préfère l’usage de termes, syntagmes, ou propositions parallèles,
ou antithétiques, ou encore l’usage d’épithètes associées de façon constante
à tel ou tel nom, comme par exemple la belle princesse au lieu de la
princesse, ou, chez Homère, Nestor le sage.

3) redondante
A l’écrit, la cohésion du texte, l’enchaînement des idées se trouvent dans le
texte; la pensée y est exprimée de façon linéaire et analytique. Le lecteur qui
n’aurait pas suivi l’argumentation peut revenir en arrière et relire le texte. A
l’oral par contre, l’orateur établit la cohésion de son texte par le biais de
répétitions. La redondance y est essentielle, et ce surtout devant une
audience importante; elle permet en effet de s’assurer que le message a été
bien reçu, tout en marquant l’enchaînement des idées13. Goody (1979) ajoute
que la répétition permet également à l’orateur de gérer la rapidité d’exécution
des récits oraux; en effet, alors qu’il prépare la suite de son récit, il peut
momentanément se rabattre sur des combinaisons toutes faites, ne
nécessitant pas toute son attention créatrice.

4) conservatrice ou traditionnelle
Pour pouvoir être conservé, le savoir dans une culture orale doit sans cesse
être répété. L’effort fait pour maintenir ce qui a été appris à travers les âges
instaure un état d’esprit traditionaliste et conservateur qui empêche l’expéri-
mentation intellectuelle. Un des grands apports de l’écrit est d’avoir pris en
charge la fonction de conservation du savoir; cette technologie a ainsi libéré
l’esprit humain des besoins de la mémorisation et lui a permis de se tourner
vers de nouvelles spéculations. Ong souligne cependant que l’on trouve aussi
de l’originalité dans les cultures orales, mais celle-ci se manifeste essentielle-
ment dans l’adaptation du texte à l’audience.

13 Cet aspect a été étudié en détail par Tannen (1989).


36 Interrelations entre oralité, écriture et culture

5) proche de la vie humaine


Ong remarque que les cultures orales ne possèdent pas les catégories analy-
tiques de l’écrit, catégories qui permettent la structuration de la connaissance
hors de l’expérience immédiate. Selon lui, il est typique que des procédures
soient présentées à l’intérieur d’un récit plutôt que dans un manuel prévu à cet
effet. Dans l’Iliade, par exemple, la description de procédures de navigation se
présente comme des ordres donnés à des subalternes dans une situation
concrète. De même les listes n’apparaissent pas de façon isolée, mais dans
un contexte bien précis; pour citer un exemple, on trouve dans l’Iliade un
catalogue de bateaux avec les noms des chefs grecs inséré dans un récit
d’action.

6) agonistique
Un grand nombre de cultures orales sont «agonistiques» dans leur style de
vie et dans leurs performances verbales. Le terme «agonistique» recouvre
deux aspects. Le premier se traduit par une description enthousiaste et
exagérée de violence physique ou de louanges excessives. Le deuxième
aspect fait référence à la dynamique de la pensée orale, c’est-à-dire au genre
oratoire, aux polémiques et argumentations à la base de la pensée
occidentale et institutionnalisés par la rhétorique (Socrate et Platon).

7) participante plutôt que distancée


Ong affirme que dans le discours oral le savoir est acquis au travers d’une
identification de l’audience avec l’orateur et avec les caractères présents. La
connaissance est donc subjective, elle repose sur l’engagement émotionnel
des interactants face au récit. Selon ce point de vue, c’est seulement avec
l’écrit qu’il est possible d’exclure les émotions et d’approcher la connaissance
par des processus analytiques et logiques. C’est ainsi que Platon aurait banni
les poètes de son œuvre La république à cause de leur capacité à émouvoir
l’audience, ce qui aurait mis en danger une approche objective du savoir.

8) homéostatique
Ce point, également développé dans Goody & Watt (1963), met en évidence
le fait que les sociétés orales vivent dans un présent en équilibre constant, ou
en homéostasie culturelle, c’est-à-dire que les éléments de la tradition sociale
qui ne sont plus pertinents sont éliminés. Un exemple tout simple est la
mémoire des différents sens accumulés par les mots au cours de l’histoire.
Dans un monde oral, un mot n’a que le sens que lui confère son utilisation
actuelle, alors que dans un monde lettré, un mot peut accumuler différents
sens – certains désuets –, en les répertoriant dans les dictionnaires. Pour
Goody, l’homéostasie se traduit par le fait que l’individu a tendance à se
souvenir seulement de ce qui est important dans son expérience des relations
sociales. C’est ainsi par exemple que les généalogies des vainqueurs
Sandrine PIAGET 37

politiques sont plus facilement mémorisées que celles des perdants. De façon
similaire, on observe un réajustement des croyances qui ne sont plus adap-
tées au présent, réajustement qui n’est pas possible – toujours selon Ong et
Goody – avec des documents écrits. En effet, ces derniers, de par leur fixité,
mettent en lumière les contradictions et conduisent ainsi au scepticisme.

9) en situation plutôt qu’abstraite


Ce dernier point consiste à dire que les individus ayant grandi dans une
société orale vont traiter les concepts, non pas de façon abstraite, mais
concrètement, c’est-à-dire en rapport direct avec leur cadre de référence
situationnel. En guise d’illustration, considérons l’une des expériences
conduite par Luria (1976) lors de ses recherches en Ouzbékistan dans les
années trente, lors de laquelle il demanda à des lettrés et à des non-lettrés de
choisir trois objets semblables à partir de la liste suivante: marteau, scie,
tronc, hache. Les lettrés retenaient généralement les trois outils, se basant sur
le sens abstrait de ces termes. Les non-lettrés par contre pensaient en termes
concrets et désiraient garder le tronc sur lequel ils pourraient travailler à l’aide
des outils. Ong en conclut que dans une culture orale, les gens ne sont pas
habitués à traiter des catégorisations abstraites, des figures géométriques, ou
encore des processus de raisonnement formalisé (voir le syllogisme). Selon
lui, c’est le caractère décontextualisé de l’écrit qui permettrait à l’être humain
d’accomplir de telles opérations cognitives. Notons que cette observation fait
l’objet d’un grand débat sur les conséquences cognitives de la maîtrise de
l’écrit.

Conclusion
Ong décrit les cultures orale et écrite en assumant l’existence de différences
fondamentales dans leur façon de penser. Certains points soulevés corres-
pondent à ce qui a été dit sur les différences entre oral et écrit dans l’analyse
du discours. D’autres vont plus loin, prenant en compte des aspects comme la
capacité d’opérer des abstractions. Quoiqu’il en soit, cette approche du Grand
Partage est fortement critiquée par les tenants de l’approche socioculturelle
du problème. En effet, la théorie du Grand Partage ne fait que remplacer la
dichotomie «civilisé/primitif», par la dichotomie «lettré/non-lettré», et ne tient
pas compte des autres aspects socioculturels en jeu, tels que par exemple les
relations de pouvoir14, ou les spécificités de chaque groupe.
C’est ainsi que la présentation que Ong (1982) fait de la «tradition orale des
bardes et formules» apparaît comme une généralisation, généralisation qui ne

14 Voir à ce sujet le livre de Street (1984).


38 Interrelations entre oralité, écriture et culture

correspond de loin pas à la variété des cultures orales existantes. Chafe


(1982) par exemple relève que dans la culture et dans la langue Seneca
(langue Iroquoise parlée dans l’Etat de New York), le langage rituel-tradition-
nel oral présente des similitudes marquantes avec le langage essayiste écrit
de l’Occident, notamment au niveau de l’intégration de sa structure et de son
détachement. Ces rituels oraux comportent bien sûr les caractéristiques que
Havelock et Ong ont mis en évidence chez Homère, à savoir l’emploi de
formules rythmées par exemple, mais ils comportent également la complexité
syntaxique et le caractère explicite «typique» de la littérature essayiste. Chafe
attribue cette complexité syntaxique au fait que ces récits rituels sont sans
cesse répétés et contiennent de ce fait un langage qui a été formalisé et poli
au fil du temps, ceci par opposition au langage de tous les jours. D’autre part,
Chafe observe que celui qui accomplit un rituel religieux est tout aussi détaché
de son audience qu’un écrivain solitaire. En effet, bien qu’il se trouve devant
une audience, sa récitation est en fait un monologue qu’il délivre sans obtenir
de feed-back immédiat et sans interaction verbale. Cette étude montre par
conséquent que des traits associés à la langue parlée tels que l’emploi de
formules rythmées, ainsi que des traits associés à la langue écrite tels que la
complexité syntaxique et le fait d’être explicite peuvent coexister dans un seul
genre.
Dans la section suivante, nous allons voir deux études présentant des cultures
orales confrontées à la culture écrite occidentale et à ses exigences, ainsi
qu’une étude montrant comment une société nouvellement lettrée utilise l’écri-
ture en fonction de ses besoins propres, et donc différemment de la culture
écrite occidentale. Ces recherches s’insèrent également dans le débat sur les
conséquences cognitives et sociétales de la maîtrise de l’écrit et mettent en
évidence l’influence des schémas discursifs et de l’identité culturelle d’un
groupe sur son appréhension du langage écrit.

4. Littéracie et communication interethnique


Citons tout d’abord Gee (1994) qui remarque que la description que fait Ong
(1982) des cultures orales se retrouve dans des domaines avoisinants. Il suffit
par exemple de considérer la description que les linguistes font des
différences entre langue parlée et langue écrite, la façon dont les éducateurs
distinguent entre «bons» et «mauvais» écrivains, ainsi que les recherches des
sociolinguistes sur les différentes manières dont les enfants racontent des
histoires, selon qu’ils appartiennent à une classe sociale défavorisée – voir la
culture noire aux Etats-Unis –, ou selon qu’ils appartiennent à la classe
moyenne. Souvenons-nous que la culture noire américaine des classes défa-
vorisées plonge ses racines dans une culture orale riche et que, de par sa
marginalisation, elle est moins influencée par la scolarisation à l’occidentale
que ne l’est la classe moyenne. Gee cite à ce sujet Michaels (1981) qui
Sandrine PIAGET 39

remarque que les enfants des classes inférieures noires racontent des
histoires par association15. Dans leurs récits, le lien entre plusieurs éléments
est signalé par association implicite à un thème ou événement particulier; les
narrateurs se fient aux inférences que l’audience fera sur la base d’un arrière-
plan commun, sans compter qu’ils donnent à leurs récits une structure
rythmée, à l’aide de formules, répétitions et parallèles syntaxiques. Par contre,
les enfants des classes moyennes – noirs ou blancs – racontent des histoires
centrées sur un thème particulier16. Ces récits sont lexicalement explicites, ils
comportent un haut degré de cohérence thématique ainsi qu’une progression
thématique très claire; enfin ils sont courts et concis. On constate ainsi que les
enfants des classes moyennes apprennent très tôt à communiquer dans des
styles qui contiennent l’intégration et le détachement typiques de la prose
essayiste, alors que les enfants des classes défavorisées apprennent à
communiquer dans un style fragmenté et très impliqué socialement, style qui
entre en conflit avec la culture écrite occidentale.
La même problématique réapparait dans l’étude de Scollon & Scollon (1981,
1984). Ces derniers se sont penchés sur la tradition narrative des
Athabaskans de l’Alaska ainsi que sur les problèmes posés par la rencontre
de ce groupe ethnique avec la culture écrite nord-américaine. Considérons
premièrement la nature de cette tradition orale. Le narrateur athabaskan ne
ressemble guère au barde décrit par Ong. Il n’utilise que très peu de formules
ou d’épithètes, et il ne brode pas autour du récit pour l’embellir à sa guise. Au
contraire, sa production vise à fournir à son audience un résumé du récit et à
laisser à cette dernière le soin de construire sa propre interprétation du texte
présenté. En fait, la meilleure narration consiste à ne suggérer guère plus que
les thèmes de façon à ce que l’audience puisse construire sa propre histoire
en fonction de son vécu. Cette tradition de non-intervention se fonde sur le
respect de l’individu, valeur essentielle de cette culture. On peut dès lors
facilement imaginer les problèmes que les élèves athabaskans rencontrent
lors de leur scolarisation dans le système nord-américain. Dans ce système,
on exige une narration avec des informations complètes, un développement
des motivations des caractères, une évaluation de ces caractères, ainsi que
l’aptitude à faire des inférences. On se trouve typiquement en présence de la
décontextualisation typique de la prose essayiste, prose où les relations
cruciales ne sont pas celles entre le texte et les participants, mais entre les
phrases du texte. Pour Scollon & Scollon, il s’agit non pas de la rencontre
entre l’oralité d’une part, et la culture écrite d’autre part, mais bien plutôt de la
rencontre entre une culture non-lettrée particulière et une culture lettrée

15 «Topic-associating stories».
16 «Topic-centered stories».
40 Interrelations entre oralité, écriture et culture

particulière. Scollon & Scollon vont même plus loin en affirmant qu’il est en fait
question de distinguer non pas entre oralité et littéracie, mais entre deux
visions du monde différentes. Pour les auteurs, les schémas discursifs
présents dans différentes cultures reflètent la vision du monde de ces
cultures; ils expriment l’identité culturelle et personnelle de façon très profonde
et sont appris très tôt dans la vie. Ils impliquent donc différentes manières
d’acquérir le savoir, et d’interpréter l’expérience humaine. Par conséquent,
passer d’un système discursif à un autre peut entraîner une crise de l’identité.
Pour ce qui est des Athabaskans, Scollon & Scollon suggèrent que la
scolarisation à l’occidentale signifie pour eux un changement dans leurs
schémas discursifs, c’est-à-dire dans leur manière d’utiliser la langue (orale ou
écrite) pour communiquer, et ils suggèrent de comparer les deux systèmes de
communication, non par le biais de la distinction oral/écrit, mais par le biais
d’une distinction entre situation focalisée et situation non focalisée.
Selon cette terminologie, les Athabaskans communiquent de façon non focali-
sée, c’est-à-dire que c’est l’implication interpersonnelle qui a le plus d’impor-
tance dans toute communication. En conséquence, on cherche dans cette
culture à construire un sens commun par une participation active de tous les
interactants. Pour les Nord-Américains, par contre, la communication se situe
principalement en situation focalisée, c’est-à-dire que l’on se concentre sur le
contenu du message plus que sur les relations entre les participants; la
négociation entre participants est de ce fait limitée. Une telle distinction met en
évidence le fait que l’enjeu se situe dans la manière d’appréhender les valeurs
humaines fondamentales, les Athabaskans insistant sur l’importance, vitale
dans leur culture, du respect de l’individu. Pour eux, le fait d’écrire selon le
mode occidental peut engendrer une crise de leur identité ethnique. Par
exemple, leur vision du monde implique qu’ils évitent la conversation lorsqu’ils
ne connaissent pas le point de vue de l’autre, ceci pour éviter de heurter ce
dernier. Si l’on considère que la composition de textes écrits selon le mode
occidental implique une fictionalisation à la fois de l’auteur et de l’audience,
ainsi qu’une décontextualisation du message, on peut comprendre que les
Athabaskans affrontent des problèmes qui menacent leur identité en tant que
groupe ethnique17. Ce type de communication représente quelque chose de

17 Selon Scollon & Scollon (1981) fictionaliser l’auditoire et l’auteur signifie que le texte
doit être compréhensible en dehors de toute situation d’énonciation, à savoir pour tout
lecteur tel que se le représente l’auteur (on peut citer pour exemple les questions in-
cluses dans les informations pour patients concernant les médicaments; l’auteur re-
construit les questions que, selon lui, le patient «type» se pose; il adopte également un
rôle de médecin «type» capable de vulgariser son savoir). Cette notion est liée à celle
de décontextualisation, quoique Scollon & Scollon préfèrent parler de «contextualisa-
tion réflexive»; expression qui traduit mieux l’idée selon laquelle le texte lui-même
fournit le contexte nécessaire à son interprétation
Sandrine PIAGET 41

très peu naturel pour eux, et ceci n’est pas lié au problème de la maîtrise de
l’écrit en soi, mais bien aux différents présupposés culturels sur ce qu’est la
communication.
Notons par ailleurs que la distinction entre situation focalisée et situation non
focalisée rejoint les conclusions de Tannen concernant une focalisation rela-
tive, soit sur l’interaction avec l’audience, ou soit sur le contenu du message,
ainsi que les conclusions de Besnier concernant la dimension interactionnelle
vs informationnelle servant à délimiter les frontières entre différents genres.
La troisième étude ne fait pas état de communication interethnique, mais bien
plutôt de l’appropriation d’un mode de communication importé par un groupe
récemment lettré. C’est ainsi que Besnier (1993) décrit les deux usages
principaux de l’écrit observés dans un peuple polynésien vivant sur l’Atoll de
Nukulaelae. L’écriture est tout d’abord apparue sur l’atoll par le biais de
missionnaires protestants, sous la forme de sermons écrits. Les habitants de
l’Atoll ont reçu favorablement ce nouveau mode de communication ainsi que
le christianisme. Moins de 20 ans plus tard, tous les habitants savaient lire et
écrire. C’est alors qu’une nouvelle forme d’écriture est apparue, à savoir les
lettres personnelles.
Une analyse des deux fonctions principales de l’écriture dans cette culture
permet de mettre en lumière l’interaction entre culture et écriture.
Le sermon, tout d’abord, a gardé les caractéristiques introduites par les mis-
sionnaires. Il sert en premier lieu de support à un sermon en partie lu, en
partie créé devant l’assemblée. De par son contenu (abstrait) ainsi que le ton
sur lequel il est déclamé (autoritaire, accusateur même), il diffère des modes
de communication habituels sur l’Atoll, à savoir la recherche d’un consensus,
primordial dans cette société de type égalitaire.
Quant au deuxième usage de l’écrit, les lettres personnelles, il a été déve-
loppé par les habitants de Nukulaelae eux-mêmes, ceci afin de répondre à
leurs propres besoins. Ces lettres servent ainsi principalement à communiquer
avec les membres de la famille ayant quitté l’Atoll pour des raisons économi-
ques. Elles servent principalement à demander de l’aide financière, à informer
les autres des événements liés à la famille et surtout à témoigner son affec-
tion. Ces lettres sont ainsi chargées d’émotions fortes, émotions qui sont lexi-
calisées et grammaticalisées. Besnier remarque encore qu’elles ont un effet
de catharsis: elles permettent aux gens d’extérioriser leurs émotions, et cela à
un degré supérieur à celui de la communication en face-à-face. Notons fina-
lement qu’un tel usage de l’écrit est par ailleurs passablement éloigné des
buts de la prose essayiste.
Selon Besnier, la littéracie est devenue intimement liée à la notion de per-
sonne telle qu’elle est perçue par ce peuple. En effet, pour ces derniers, il est
nécessaire de savoir lire et écrire pour être une personne socialement com-
pétente. Besnier remarque également que ces deux modes de communication
42 Interrelations entre oralité, écriture et culture

écrite, très différents, reflètent divers aspects de la personne. Ainsi les lettres
permettent la mise en évidence des liens affectifs et des émotions, alors que
les sermons mettent en évidence l’autorité de l’auteur, et donc des relations
de pouvoir inégales. Si les lettres se fondent tout à fait dans cette culture de
type consensuelle et égalitaire, les sermons sortent quelque peu des schémas
habituels de communication. Il est intéressant de noter que ces derniers ont
subi certaines adaptations, adaptations qui les rendent acceptables dans cette
société. L’exemple le plus frappant concerne la transmission de ces textes: les
nouveaux prédicateurs empruntent les sermons des anciens, sans que cela
ne pose problème. Cette façon de faire s’aligne avec la transmission de
l’héritage culturel, transmission qui se fait principalement par emprunt,
observation et imitation. Le sermon est ainsi intégré dans les schémas
culturels habituels.
L’étude de Besnier est particulièrement intéressante en ce qu’elle révèle
qu’une culture nouvellement lettrée peut faire usage de deux discours écrits
fort différents, quoique répondant tous deux aux besoins du groupe. Ces types
de communication écrite ne peuvent être compris que dans leur relation à leur
contexte d’utilisation, et en particulier par rapport à l’importance de l’affectif
dans la définition de la personne chez ce peuple polynésien.
Cette recherche a finalement permis de montrer que la culture écrite occiden-
tale ne s’impose pas partout et peut être redéfinie selon les besoins d’une
culture différente.

5. Conclusion
Ce survol des recherches sur les relations entre l’oral et l’écrit nous a permis
de voir différentes manières d’aborder le problème. Dans un premier temps,
l’accent a été mis sur les différences syntaxiques et pragmatiques entre les
deux modes. Puis, Chafe a entrepris de présenter les caractéristiques des
deux pôles du continuum oral/écrit, à savoir la conversation ordinaire et le
texte académique, ce qui a conduit à d’autres recherches se concentrant sur
des genres nettement moins polarisés. C’est ainsi que Tannen observe de
nombreuses ressemblances entre l’oral et l’écrit, notamment lors de la compa-
raison d’un récit oral et écrit. Jusque là l’intérêt portait sur les relations entre
l’oral et l’écrit au niveau des produits eux-mêmes. Avec Havelock, Goody et
Ong, l’intérêt se focalise sur une distinction entre culture orale et culture écrite,
le mode écrit permettant, selon eux, une restructuration cognitive de la pensée
de l’homme, sa réalisation ultime étant le discours académique.
Les tenants de la théorie du Grand Partage entre culture orale et culture écrite
affirment que c’est la maîtrise de la langue écrite en elle-même qui permet à
l’être humain de penser de façon décontextualisée et de s’exprimer de façon
explicite. Ils voient là une évolution unilinéaire de la pensée humaine vers le
progrès. Néanmoins, il est important de rappeler à ce point que des dichoto-
Sandrine PIAGET 43

mies telles que intégration/fragmentation, et implication/détachement se sont


avérées caractériser non pas la langue parlée par opposition à la langue
écrite, mais plutôt des genres différents, que ces genres sont déterminés par
les schémas discursifs d’une culture, et que ces schémas discursifs reflètent
la vision du monde de cette culture. Par conséquent, il semble que les carac-
téristiques que Ong attribue aux cultures orales par rapport aux cultures
écrites sont en fait des caractéristiques reflétant différents buts communicatifs
et différents présupposés culturels sur ce qu’est la communication.
Cette ligne de pensée a été fortement influencée par les travaux de Street
(1984) qui oppose au modèle autonome de la littéracie (théorie du Grand
Partage), le modèle idéologique de la littéracie (approche socioculturelle). Les
caractéristiques de la culture écrite, ou plutôt des cultures écrites, sont en fait
le résultat de nombreux facteurs, qu’ils soient sociaux, politiques, économi-
ques, ou idéologiques. Les enjeux se situent autour des relations de pouvoir,
et de la dominance de la culture occidentale sur le reste du monde. Comme le
soulignent Scollon & Scollon (1981), il s’agit d’opposer un type particulier de
culture lettrée, par exemple la «conscience moderne18» à un type particulier
de culture non-lettrée, par exemple la «conscience de la brousse19», sans
pour autant faire de la vision du monde occidentale la référence par excel-
lence.
Le courant de pensée actuel en matière de langue et de culture écrite insiste
donc sur la pluralité des genres écrits et des cultures écrites et sur la variété
de leurs effets. La littéracie comprend un ensemble de pratiques discursives
qui sont liées à des visions du monde particulières et qui appartiennent à des
groupes sociaux et culturels particuliers (voir l’étude de Besnier présentée ci-
dessus). Cependant, comme le montre Gee (1994) dans sa conclusion, la
culture écrite telle qu’on la trouve dans le monde académique occidental, avec
son caractère intégré et explicite, est liée à la vision du monde de ceux qui
détiennent le pouvoir. Par conséquent, la seule manière pour les autres
cultures d’accéder à ce pouvoir est de maîtriser les pratiques discursives de la
classe dominante. Il s’agit donc de reconnaître que l’apprentissage de la
langue écrite, ou plutôt du genre académique, est une forme de communica-
tion interethnique impliquant divers conflits de valeurs et d’identité (voir ci-
dessus le cas des Athabaskans).
La discussion sur les relations entre l’oral et l’écrit a donc commencé par une
comparaison entre conversation ordinaire et discours académique. Elle a
ensuite porté sur la distinction entre culture orale et culture écrite, toujours en

18 «Modern consciousness».
19 «Bush consciousness».
44 Interrelations entre oralité, écriture et culture

prenant comme référence pour cette dernière l’écrit tel qu’il est pratiqué dans
les universités occidentales. Diverses études (Biber, Besnier, Street, Scollon
& Scollon) nous ont ensuite permis de mettre en évidence le fait qu’il existe
différents genres d’oral et différents genres d’écrit, tous prenant leur forme
spécifique dans leur contexte et utilisation respective. Si dans notre monde
actuel, on ne peut pas faire l’économie d’apprendre à maîtriser le mode de
communication du groupe dominant, il est important de mettre en évidence la
valeur de toutes les autres formes de communication. C’est pourquoi, la
recherche actuelle concernant la littéracie s’oriente non plus vers la mise en
évidence d’une dichotomie oral/écrit avec une progression vers la «meilleure»
forme d’expression et de pensée, mais elle s’oriente vers une étude des
formes et utilisations diverses de la langue, orale ou écrite, dans leur contexte
culturel. On observe ainsi qu’il existe dans les sociétés du monde toute une
panoplie de genres oraux et écrits et que l’évolution de ces genres ne conduit
pas nécessairement au développement du discours académique.

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