Cartographies autochtones : enjeux et analyses
Cartographies autochtones : enjeux et analyses
Irène Hirt
Université de Genève
Département de géographie
[email protected]
par les Mapuches au Chili. mapping performed by the Mapuche people mettre au service de leur pro- © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
in Chile.
gramme politique : dans ce
CARTOGRAPHIE AUTOCHTONE,
DÉCOLONISATION, MAPUCHE, DECOLONISATION, INDIGENOUS contexte, la cartographie est
TERRITOIRE MAPPING, TERRITORY, MAPUCHE devenue un langage de contestation
politique et un moyen de résister à
l’ordre territorial imposé par les
États-nations et aux forces déstruc-
turantes de la mondialisation
économique et culturelle.
1. La traduction des citations en langue étrangère relève de la responsabilité de l’auteure. « Una suerte de conquista al revés » est
une expression de l’anthropologue et historien chilien José Bengoa (2000, p. 11).
@ EG
2009-2
171
Cet article propose une analyse critique des usages sociaux et politiques de la
cartographie par les peuples autochtones, un sujet encore peu exploré dans la géographie
francophone. En insistant sur le cas de l’Amérique latine, il inscrit d’abord ces pratiques
dans une perspective historique, pour ensuite restituer les principaux débats portant sur
le sujet dans la littérature académique. Ces derniers ont trait aux impacts de la carto-
graphie « occidentale »2 moderne et des systèmes d’information géographique (SIG)
sur les sociétés autochtones, analysés tantôt comme instrument d’« empowerment »3 et
de décolonisation, tantôt comme outil d’assimilation culturelle. Enfin, ces éléments de
discussion sont mis en perspective par une expérience concrète de cartographie
autochtone, réalisée par les Mapuches du Chili.
« occidentale » sont Bien que nous ignorions presque tout des cartographies autochtones du passé, on © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
utilisées par commodité sait qu’elles existent depuis des millénaires (Fox, 1998, p. 1 ; Rundstrom, 1991, p. 2).
de langage, tout en ayant
conscience que de tels Par exemple, les Inuits, certaines sociétés micronésiennes du Pacifique ou encore les
découpages sont sociétés autochtones nord ou méso-américaines produisaient leur propre cartographie
problématiques.
(Aberley, 1993 ; Lewis, Woodward, 1998 ; Mundy, 1996 ; Musset, 1988 ; Rice-Collins,
3. Le concept 2004 ; Rundstrom, 1991). Au Mexique et en Amérique centrale précolombienne, un
d’« empowerment » n’a
pas d’équivalent berceau cartographique florissant a existé. Ces cartes se distinguaient des documents
en français. européens par leur support physique, leurs conventions pictographiques ou encore leur
Il renvoie à un processus
d’émancipation, compréhension et leur représentation de l’espace (Harley, 1992, p. 524-525 ; Mundy,
de renforcement de 1996, p. XVI ; Musset, 1988). Au XVIe siècle, dans la même région, les cartes ont fait
la capacité d’action
et de prise en charge d’un
partie de l’appareil intellectuel avec lequel les aristocraties autochtones ont tenté de
groupe par lui-même. résister à l’ordre colonial (Musset, 1988, p. 23). Elles se sont même approprié les usages
… à aujourd’hui
Depuis plusieurs décennies, les organisations ou communautés autochtones se
sont massivement approprié les techniques et usages de la cartographie occidentale
moderne. Les chercheurs décrivant ces initiatives les identifient au courant plus vaste
de la «contre-cartographie»4 qui s’est développé depuis les années 1980. Celui-ci renvoie
aux formes de cartographie alternatives à celle de l’État, appropriées par les mouvements
sociaux comme outil de contestation politique, de renforcement de la citoyenneté et de
transformation des politiques publiques d’un pays.
Les contre-cartographies autochtones ne possèdent pas moins leur problématique
propre, les distinguant d’autres groupes sociaux marginalisés recourant à la cartographie.
De par leur position de peuples colonisés cherchant à s’émanciper et à obtenir des formes
d’autonomie territoriale, les autochtones mettent en avant la dimension culturelle et
politique, voire géopolitique, de leurs revendications. L’enjeu est de prouver la continuité
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historique de leur occupation du territoire et de l’usage de leurs ressources, en démon- © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
trant les dimensions spirituelles, économiques et résidentielles de leur relation au
territoire. Les cartes autochtones sont souvent mobilisées pour appuyer des revendi-
cations relatives aux droits de propriété et négocier des mesures de protection de
leurs terres – par exemple dans des zones de développement industriel – et comme
instruments d’aide à la décision dans des projets d’aménagement du territoire.
C’est pourquoi ces cartes portent invariablement sur la délimitation des terres et
des territoires ancestraux. Ceux-ci s’étendent jusqu’à plusieurs millions de kilomètres
carrés – comme dans le cas du territoire inuit du Nunavut – ou se réduisent à 4. Le terme utilisé dans
quelques dizaines de kilomètres carrés, comme le montre l’exemple mapuche. Ces la littérature anglophone
est celui de Counter-
cartes visent en outre à l’identification d’éléments constitutifs du territoire, tels que Mapping (Crampton,
les sites sacrés ou d’habitation, la restauration de toponymes transformés ou remplacés Krygier, 2006).
au Brésil, de Bruce Albert © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
et François-Michel
Le Tourneau chez les
Yanomamis, également Un instrument au service de l’empowerment autochtone ?…
au Brésil (2007), ainsi que
mes recherches réalisées
La littérature relative à ces cartographies autochtones contemporaines est foison-
chez les Mapuches au Chili nante, dominée par les anglophones5. Comment les chercheurs ont-t-il analysé ces
(Hirt, 2007 et 2008). expériences ? Au cours des années 1980, des historiens de la cartographie ont élargi la
Au moment de la parution
de cet article, un dossier définition communément admise de la carte comme représentation graphique d’une
spécial intitulé portion de la surface terrestre. Ils ont montré l’existence de modes de représentation
« Indigenous
Cartographies » est publié spatiale alternatifs à la tradition occidentale, lesquels, comme évoqué, s’inscrivent sur
par Cultural Geographies des supports matériels « non conventionnels » (céramiques, textiles, etc.) ou se
(2009), ce qui montre bien
l’actualité du sujet dans
manifestent par des processus cognitifs et par la performance (Lewis, Woodward,
la littérature anglophone. 1998 ; Harley, Woodward, 1987).
d’obtenir des réparations pour les injustices historiques subies (Chapin, 1998, p. 6 ; © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
Tobias, 2000, p. 1-2). Quant aux aptitudes techniques acquises par les communautés
autochtones au cours d’un processus de cartographie participative, d’après Jefferson Fox,
elles ont souvent augmenté les capacités d’administration et de gestion du territoire et de
ses ressources naturelles (Fox, 1998, p. 2; Tobias, 2000, p. 1-2). Quant à Matthew Sparke,
se fondant sur le cas des Gitxsan et Wet’suwet’en de Colombie britannique, il montre que
les cartes autochtones participent à la remise en cause du récit dominant sur l’origine
et le développement de la nation et véhiculent des significations différentes de
l’espace, du territoire et de la souveraineté de l’État (Sparke, 1998).
Tout semble donc indiquer que le pouvoir des cartes autochtones ne relève pas
d’une chimère. À tel point qu’en 2001, le gouvernement malaisien a statué sur le carac-
tère illégal de la cartographie participative autochtone (Majid Cooke, 2003, p. 283 ;
de ce fait, marginalisent les expressions cartographiques hawaiiennes » (Louis, 2004, © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
p. 11). Robert A. Rundstrom, chercheur nord-américain ayant travaillé avec les Inuits et
d’autres peuples autochtones d’Amérique du Nord, incarne l’opinion la plus radicale de
ce courant critique. À ses yeux, les SIG sont «potentiellement toxiques pour la diversité
humaine» (Rundstrom, 1995, p. 45): au mieux, les SIG ne produisent que des simulacres
des géographies autochtones; au pire, ils obligent les peuples autochtones à s’assimiler à
«l’épistémologie cartésienne-newtonienne». En outre, bien que le cartographe soit géné-
ralement investi des meilleures intentions et agisse à la demande des autochtones eux-
mêmes, il participe de l’agression extérieure dont il souhaite précisément les protéger
(Rundstrom, 1995, p. 9). Un tel discours ne manque pas de surprendre, Robert
A. Rundstrom ayant par ailleurs activement promu les expériences de cartographie
autochtone et reconnu leur efficacité politique pour les populations concernées.
limites, généralement négociables et flexibles dans les sociétés autochtones tradition- © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
nelles, une fois inscrites dans une représentation cartographique, elles deviennent rigides
et constituent une source potentielle de conflit entre communautés rivalisant pour l’accès
aux ressources locales (Chapin, 1995; 1998; Fox, 1998; Fox et al., 2005; Rundstrom,
1998 ; Tobias, 2000). Le passage de l’oral à l’écrit soulève également le problème du
contrôle de l’information. Stocker les savoirs dans un SIG les rend plus tangibles et
accessibles, engendrant le risque de leur appropriation par des tiers et de leur utilisation
hors de l’intention ou du contexte originels (Chapin, 1995, p. 201-202 ; Chapin,
1998 ; Johnson et al., 2005 ; Sparke, 1998 ; Rundstrom, 1991 ; 1995, p. 52-53). Les
informations relatives aux sites sacrés, aux zones de chasse ou de cueillette, à
l’emplacement de ressources naturelles et minérales, etc., sont particulièrement sensibles.
Selon Matthew Sparke, la prise en compte de ce danger est néanmoins subordonnée à
doivent apprendre à faire des cartes véhiculant des concepts autochtones, tout en © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
recourant à des principes cartographiques occidentaux. Les SIG peuvent ainsi devenir
un outil de revalorisation et de réappropriation de la langue et de la culture propres et
de la relation avec le territoire (Johnson et al., 2005, p. 91 et p. 94).
Enfin, selon les mêmes auteurs, il est indispensable de repenser le rôle de l’expert.
Celui-ci est abondamment discuté dans les projets de SIG participatifs cherchant à
modifier les relations entre expert et population, par des mesures d’accompagnement
et de transfert des responsabilités et des choix liés à la production cartographique. En
contexte autochtone, ce thème est d’autant plus sensible que l’expert est généralement
un allochtone qui traduit les géographies autochtones dans les formes de représenta-
tions occidentales (Johnson et al., 2005, p. 82 et p. 87-88). Ce faisant, affirment ces
auteurs, une part significative de l’information culturelle et des caractéristiques de la
Puerto Montt
Reconstruction cartographique
Villes principales
des lof chez les Mapuches au Chili Terrain d’étude Ancud
cartographie participative à laquelle j’ai participé dans le cadre de Fig. 1/ Localisation du projet de
ma thèse de doctorat. Elle a été réalisée chez les Mapuches au cartographie participative de Chodoy Lof
Chili, entre octobre 2004 et février 20066, à Chodoy Lof Mapu, Mapu
un territoire de 83 km2 situé au cœur de la région de résidence 6. Ce séjour a été réalisé
traditionnelle mapuche, à mi-chemin entre les villes de Temuco et Valdivia (fig. 1). grâce au soutien
Cette expérience trouve son origine dans une carte antérieure (fig. 2), produite du Fonds national suisse
(FNS) de la recherche
en 2003, dans le cadre d’un projet gouvernemental7, par des chercheurs d’une organi- scientifique et
sation régionale mapuche, le Gvbam Logko Pikunwijimapu*8 (ci-après GLP9) et d’une de la fondation Boninchi.
organisation de défense des droits de l’homme, le Codepu10 (Codepu, Gvbam Logko 7. Il s’agit d’un projet de
recherche réalisé par
Pikunwijimapu, 2003). Son objectif était l’identification des lof* (ou Lof Mapu*) la Comisión Autónoma de
encore existants dans la région de Los Lagos. Les lof, en grande partie désarticulés par Trabajo Mapuche –
Commission autonome
la colonisation chilienne, correspondent à l’espace d’appartenance de la famille élargie de travail mapuche
et à l’entité de base du système socio-politique mapuche. Cette carte macro-régionale (COTAM), pour
a permis de constater que les Mapuches de cette région ont été exclus des terres la Comisión Verdad
Histórica y Nuevo Trato
productives de la plaine centrale – accaparées par les colons au XIXe siècle –, tandis (CVHNT) – Commission
qu’ils ont pu maintenir les lof au sein de zones de refuge (franges côtières, piémont vérité historique et
nouveau traitement, mise
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de la cordillère des Andes et cordillère). Au terme de cette première expérience, le GLP en œuvre entre 2001 et © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
a souhaité approfondir le travail cartographique à l’échelle de chaque lof, choisissant 2003 sous le
gouvernement de Ricardo
Chodoy Lof Mapu comme expérience-pilote (fig. 3 et 4). Lagos afin de produire un
Contrairement au projet précédent, l’élaboration de la carte de Chodoy Lof rapport sur l’histoire des
Mapu se voulait autonome, exempte de l’ingérence étatique, des partis politiques ou relations entre peuples
autochtones, société
autres institutions chiliennes. Le projet avait pour objet l’identification des limites du et État chiliens.
lof, de ses principaux sites sacrés ou de dimension culturelle et historique ainsi que la 8. Les mots en langue
cartographie des terres encore possédées par les Mapuches à l’intérieur de l’espace mapuche (mapudungun)
figurent en italique, suivis
ancestral. Les participants, initialement centrés sur des objectifs culturels (récupération d’un astérisque lorsqu’ils
de l’identité et de l’histoire locale ainsi que de la relation spirituelle au territoire, apparaissent pour la
renforcement du pouvoir des autorités traditionnelles), se sont progressivement première fois. Les autres
mots en italique sont
engagés dans la revendication des terres enlevées à leurs ancêtres au début du en espagnol.
86 Llongahue
Alwe 87 Purretrun Pacatrihue
88 Choroi Traipue
52 Guapi 89 Huitrapulli
Corporacion Codepu, Juan Pimentel, [email protected]
53 Wekekura 90 Watralafken
54 Chollinco Llankiwe 91 Huatralafken
55 Epuyao 92 maiwe
Luxciardo Monsalve Treskow, [email protected]
56 Hueyusca 93 Rupumeika
57 Pulelfu 94 Pitriuco
58 Coz Coz 95 Ignao
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fonder des lieux constitutifs du territoire, tels que les sites de cérémonie religieuse12. Bien des pouvoirs de © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
que les Mapuches de Chodoy Lof Mapu n’aient pas revendiqué leurs savoirs en ces divination.
termes, il est aisé d’associer cette pratique du rêve aux cartographies cognitives ou 12. Hugh Brody a observé
des pratiques semblables
fondées sur la performance, décrites antérieurement. chez les Indiens Dunne-za
L’inclusion des rêves comme source de savoir a également impliqué la prise en des montagnes Rocheuses
compte des éléments non humains du territoire : les esprits protecteurs de la nature et au Canada. Pour eux,
le rêve a un rôle prédictif
des ancêtres. Le ngenpin affirmait que la reconstruction cartographique du lof lui a été pour la chasse
exigée par ces derniers. Il s’adressait systématiquement à eux pour leur demander la (localisation des proies,
façon dont elles doivent
permission de pénétrer dans un lieu spécifique et de le géoréférencer avec un GPS. être tuées), cartographier
Par l’intermédiaire du rêve, ces acteurs non humains envoyaient régulièrement des les sentiers vus en rêve
signaux positifs ou négatifs, relatifs à l’avancement du travail. C’est pourquoi, aux et installer le groupe dans
un lieu donné (Brody,
yeux de certains participants, la délimitation du territoire constituait un thème délicat, 2002, p. 44-48).
Estero Wiliwaka
Cerro Piedra Blanca
Est
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Gua antilwe Lof Mapu
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2616
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Kamarikuwe Zeumenpülli o Coh
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Kamarikuwe Este
1944
Es et cimetière Siège de la communauté
Es 2133 ter Estero Weichawe indigène (loi 19.253)
ter o C 1935 Chodoy
Estero
Es oG 1956 he 2592
te fa Quemchue Pichiponhui
ro ua ic 1948
Titres de propriété collective Co iqu ahu École École
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nt 1936 in
uenun
ra Kamarikuwe Wilkipülli
1929 Gregorio Reuque uila
1930 Toribio Reuque
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1929
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1935 Pedro Catrifilo Malalwe ro Q
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1955 Reuque
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1956 Adriano Catrifilo
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2592 Juan Cheuquefilo
2597 Mariano Cheuquefilo hue
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2599 Pedro Limpaillante Estero
Maria Tripaillante v. de
2600 Manqueñir
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2601 Domingo Cheuquefilo
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2616 Felipe Treuque
Cu
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co
Chodoy Site de cérémonie Site historique Rivières et fleuves
religieuse
Quemchue Cimetière Lagune sacrée Terrain inondable
Fig. 4/ Limites ancestrales du territoire de Chodoy lof mapu, sites sacrés et propriété foncière en mains mapuches
non seulement par rapport aux enjeux fonciers mais vis-à-vis des non humains : pour
réussir le processus cartographique, l’ensemble des lieux où ceux-ci exercent leur
présence tutélaire devait être inclus.
La production de la carte du lof s’est accompagnée d’un processus de réappro-
priation territoriale, observable par les faits suivants :
• la restauration d’une unité territoriale entre les deux groupes de famille – Chodoy et
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Quemchue – séparés physiquement depuis le début du XXe siècle par la formation des © Belin | Téléchargé le 22/11/2023 sur www.cairn.info (IP: 129.45.23.83)
fundos (propriétés non mapuches) ;
• la prise de conscience de l’importance de la spoliation territoriale : les títulos de
merced (titres collectifs, aujourd’hui divisés en parcelles individuelles) octroyés aux
Mapuches au début du XXe siècle par l’État chilien, ne représentent que 16 % du
territoire ancestral, 84 % des terres étant constitué par des fundos ;
• la reprise de contrôle symbolique du territoire à travers la cartographie des sites sacrés
situés à l’intérieur des fundos : eltuwe* (cimetières), kamarikuwe* (pampa de cérémonies
religieuses), Xeg Xeg* et Kai Kai* (collines faisant partie de l’histoire des origines des
Mapuches sur terre) ;
• la décolonisation des représentations dominantes du territoire, structurées par les
découpages fonciers et politico-administratifs chiliens: la reconstruction du lof a montré
Conclusion
L’usage de la cartographie par les peuples autoch-
tones constitue à la fois un objet d’étude et un outil
politique. L’état de l’art montre que cet usage est tantôt
idéalisé dans ses fonctions « libératrices », tantôt considéré Photo 3/ Géoréférencement d’une colline sacrée
comme une perpétuation de la domination coloniale, en Kai Kai à l’aide d’un GPS
raison de l’assimilation des techniques et des concepts
cartographiques occidentaux modernes par les sociétés autochtones. Il ressort toutefois
que ces perceptions positives et négatives sont fréquemment exprimées par les mêmes
auteurs, aux prises avec les contradictions de l’outil cartographique.
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