Radioprotection
et ingénierie nucléaire
Henri Métivier,
Coordinateur
INSTITUT NATIONAL DES SCIENCES
ET TECHNIQUES NUCLÉAIRES
Radioprotection
et ingénierie nucléaire
GÉNIE ATOMIQUE
Radioprotection
et ingénierie nucléaire
Coordonné par Henri Métivier
17, avenue du Hoggar
Parc d’activités de Courtabœuf, BP 112
91944 Les Ulis Cedex A, France
Illustration de couverture : Portique de contrôle de la contamination α / β / γ.
© Rados Technology.
Publié avec le concours du ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche.
ISBN : 2-86883-769-7
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous
pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part,
que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé u copiste et non destinées
à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but
d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, faite sans le consente-
ment de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1er de l’article 40).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une
contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
© EDP Sciences 2006
Introduction
Henri Métivier
Cet ouvrage, « Radioprotection et ingénierie nucléaire » s’inscrit dans le cadre de l’ensei-
gnement de Génie Atomique que dispense l’Institut National des Sciences et Techniques
Nucléaires. Il recouvre plusieurs aspects de la radioprotection pour répondre aux besoins
des ingénieurs qui feront carrière dans l’électronucléaire ou dans la propulsion nucléaire,
en particulier au niveau des réacteurs.
Cet ouvrage comme son titre l’indique, n’est pas un manuel exhaustif de radioprotection
mais apporte aux élèves ingénieurs l’essentiel de ce qu’ils doivent connaître pour mener
à bien leur carrière dans ce domaine.
C’est un ouvrage collectif, dans lequel chaque enseignant reprend de manière assez libre
la structure de son cours. L’étudiant ne devra donc pas être étonné de voir ici des déve-
loppements non abordés lors des cours, mais qui leur apporteront un complément utile.
Nous espérons également que cet ouvrage sera aussi utile à des professionnels souhaitant
actualiser leurs connaissances.
Pour accroître sa lisibilité et permettre aux ingénieurs, une lecture en « libre service », s’ils
le souhaitent, nous l’avons structuré en plusieurs parties et annexes.
Il commence par un rappel des bases de la radioprotection car il est indispensable de
savoir comment sont bâties les réglementations qui soit contraindront, soit protégeront les
ingénieurs et techniciens dans leur vie professionnelle. De plus les activités nucléaires sont
en permanence sous le regard critique de nos concitoyens. Un ingénieur qui ne connaîtrait
pas la genèse de la radioprotection et son vocabulaire particulier ne serait pas considéré
comme crédible lors de ses explications : le sievert doit lui être familier. Enfin l’ingénieur
doit savoir que si le système de radioprotection se fonde sur des bases scientifiques, la
science n’est pas son seul aspect, il intègre de plus en plus la demande sociétale, qui dans
ce domaine, est particulièrement exigeante. Cette intégration, depuis son origine, a permis
au système de radioprotection radiologique de prendre en compte le principe de précau-
tion, voire le créer, sans entraver outre mesure le développement de l’électronucléaire qui
apparaît de plus en plus comme indispensable pour couvrir les besoins futurs d’énergie.
La première partie de l’ouvrage traite des grandeurs dosimétriques et de la surveillance des
travailleurs. C’est un choix que nous avons fait. Il nous paraît plus clair de traiter en
premier les grandeurs, la manière de les mesurer et comment surveiller l’exposition des
travailleurs. Un autre choix aurait été possible, nous en sommes conscient. Nous avons
séparé la dosimétrie et la surveillance pour l’exposition externe de celle pour l’exposition
interne. Les méthodes sont différentes, la première est l’œuvre de physiciens, la seconde
6 Radioprotection et ingénierie nucléaire
associe physiciens, chimistes, biologistes et médecins. Mais si la surveillance est traitée
séparément, la protection radiologique ne fait aucune distinction et ne se préoccupe que
de la somme des deux expositions.
La seconde partie, que nous aurions pu placer en premier, traite de la radioprotection lors
de la conception du réacteur. Les métiers sont différents, les définitions aussi. Le lecteur
ne devra pas s’en étonner. En séparant clairement ces deux premières parties, nous
pensons que nous évitons ainsi certaines confusions. Certaines descriptions faisant appel
à de nombreuses données, nous avons préféré les déplacer vers les annexes pour faciliter
la lecture de ces chapitres 6 à 11.
La troisième partie traite des matériaux et des dispositifs de radioprotection. Selon les types
de rayonnement et selon les contraintes de volume, il sera fait appel à différents matériaux.
Pour éviter la dispersion des composés radioactifs, plusieurs techniques de confinement
sont indispensables. Dans les ateliers, les lois physiques de la dispersion des aérosols sont
essentielles à une bonne radioprotection. Toutes ces bases scientifiques et techniques sont
rappelées dans cette partie.
Enfin la quatrième partie aborde la réglementation. Celle-ci évolue en permanence et nous
avons voulu en expliquer plus la genèse que sa description littérale que les utilisateurs
trouveront dans les textes des décrets. Dès sa création, le système de protection a mis en
place le principe de précaution, sans que cela soit explicitement dit. Partant de l’idée que
toute exposition peut avoir un effet, il devint nécessaire, pour obtenir les meilleurs résultats
possible, de mettre en place l’optimisation de la radioprotection. Son importance est telle
dans la vie de tous les jours que nous en avons fait un chapitre à lui seul.
Non directement enseigné, mais faisant toujours l’objet de questions, nous avons voulu
décrire, dans l’annexe 1, les accidents qui ont émaillé cette technologie depuis la seconde
guerre mondiale. Cet inventaire est planétaire, ce qui montre bien la bonne maîtrise de
cette activité et le bien-fondé des règles de sûreté et de protection qui l’entourent. Dans
l’annexe 2, le lecteur trouvera les méthodologies utilisées pour estimer l’impact des rejets
radioactifs dans l’environnement. Les annexes 3 à 5 doivent permettre aux lecteurs de la
seconde partie une lecture plus aérée des chapitres 6 à 11.
Ce livre est un ouvrage collectif, son aboutissement est l’effort de tout un groupe, je tiens
à remercier tous les auteurs, cités en page 17, pour leur concours, nous avons croisé nos
formations, nos points de vues, les réactions de nos étudiants. J’espère que le résultat
montrera bien cet engagement de tous.
Je souhaite également remercier le Professeur Daniel Blanc qui a bien voulu nous
conseiller au moment où la structuration de ce livre ne nous paraissait pas facile. Sa relec-
ture critique nous a considérablement aidé.
Henri MÉTIVIER
Table des matières
Chapitre 1 : Les bases de la protection radiologique
Introduction ........................................................................................................... 21
1.1. Radioactivité et exposition, quelques rappels................................................... 22
1.2. L’origine des règles de radioprotection, la CIPR ............................................... 23
1.3. Effets des rayonnements ionisants .................................................................... 23
1.3.1. Altérations de l’ADN................................................................................ 24
1.3.2. Effets déterministes................................................................................... 26
1.3.3. Effets stochastiques .................................................................................. 28
1.4. Notions de doses ............................................................................................. 29
1.4.1. La dose absorbée ..................................................................................... 30
1.4.2. La dose équivalente ................................................................................. 30
1.4.3. La dose efficace ....................................................................................... 31
1.4.4. Le cas particulier de l’exposition interne, la notion d’engagement de dose 32
1.5. Bases du système de protection radiologique ................................................... 34
1.5.1. Types d’activités ...................................................................................... 34
1.5.2. Les trois principes .................................................................................... 35
1.5.3. Recommandations de la publication 60 ................................................... 36
1.6. Évolutions prévisibles des bases scientifiques et leurs répercussions
potentielles sur le système de protection radiologique ..................................... 37
1.6.1. Ce que la communauté scientifique sait................................................... 38
1.6.2. Mais restent des inconnues ...................................................................... 39
1.6.3. Le choix de la CIPR pour la relation dose-effet......................................... 40
1.6.4. Un cas particulier qui mériterait plus ample réflexion, la gestion
des déchets nucléaires à vie longue, la notion de radiotoxicité ................ 42
1.6.5. Un cancer peut-il être attribué sûrement aux rayonnements ionisants ?.... 43
1.6.6. Cancer radio-induit et prédisposition génétique ....................................... 43
1.6.7. Effets combinés des rayonnements et d’autres polluants........................... 44
1.7. La réflexion en cours à la CIPR pouvant modifier le système de protection
radiologique .................................................................................................... 44
1.7.1. Pourquoi modifier le système ? ................................................................ 44
1.7.2. Que propose-t-elle de nouveau ? ............................................................. 45
1.8. Conclusions ..................................................................................................... 47
8 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Partie I Grandeurs, dosimétrie et surveillance
Chapitre 2 : Concepts de base
Introduction ........................................................................................................... 51
2.1. Interaction des rayonnements avec la matière ................................................. 52
2.1.1. Classification des rayonnements ionisants ............................................... 52
2.1.2. Interaction des photons ........................................................................... 52
2.1.3. Interaction des particules chargées avec la matière ................................. 61
2.1.4. Interactions des neutrons......................................................................... 69
2.2. Flux d’électrons secondaires dans un milieu irradié par un rayonnement
électromagnétique .......................................................................................... 73
2.2.1. Notion d’équilibre électronique .............................................................. 73
2.2.2. Variation du flux électronique à la traversée de deux milieux différents .. 74
Chapitre 3 : Grandeurs radiométriques et dosimétrie
Introduction ........................................................................................................... 77
3.1. Grandeurs radiométriques ............................................................................... 77
3.1.1. Quantités intégrales ................................................................................ 77
3.1.2. Quantités globales en un point................................................................ 78
3.2. Grandeurs dosimétriques ................................................................................ 79
3.2.1. Rappel .................................................................................................... 79
3.2.2. Dose absorbée ....................................................................................... 79
3.2.3. Kerma (Kinetic Energy Released in Matter) .............................................. 80
3.2.4. Débit de dose et débit de Kerma ............................................................. 81
3.2.5. Exposition (non reprise dans la CIPR 60) ................................................. 81
3.2.6. Relation entre les différentes grandeurs dosimétriques et radiométriques. 82
3.2.7. Notions d’équivalent de dose en un point et de dose équivalente
pour un organe ou un tissu ..................................................................... 89
3.3. Notions de microdosimétrie ............................................................................ 90
3.3.1. Distribution microscopique de l’énergie communiquée .......................... 90
3.3.2. Grandeurs microdosimétriques ............................................................... 91
3.3.3. Microdosimétrie et radioprotection ......................................................... 93
Chapitre 4 : Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe
Introduction ........................................................................................................... 99
4.1. Grandeurs opérationnelles .............................................................................. 100
4.1.1. Grandeurs opérationnelles de l’ICRU pour la surveillance
de l’environnement et de l’individu ........................................................ 100
4.1.2. Passage de la mesure à la dose absorbée (dosimétrie absolue et relative),
à l’équivalent de dose et à la dose efficace ............................................. 102
4.1.3. Caractéristiques des instruments de radioprotection requises
en dosimétrie .......................................................................................... 104
4.1.4. L’étalonnage : grandeurs de référence et procédures associées................ 108
4.2. Dosimétrie absolue ......................................................................................... 108
Table des matières 9
4.2.1. Calorimétrie............................................................................................. 109
4.2.2. Dosimétrie chimique de Fricke ................................................................ 110
4.2.3. Chambre d’ionisation et théorème de Bragg-Gray.................................... 110
4.3. Dosimétrie relative........................................................................................... 112
4.3.1. Film photographique................................................................................ 113
4.3.2. Détecteur solide de traces........................................................................ 118
4.3.3. Thermoluminescence et photoluminescence ........................................... 119
4.3.4. Dosimètres électroniques......................................................................... 128
4.4. Dosimétrie des neutrons .................................................................................. 133
4.4.1. Problématique ......................................................................................... 133
4.4.2. Surveillance de l’environnement et dosimétrie individuelle ..................... 137
4.4.3. Étalonnage des dosimètres, spectrométrie des neutrons............................ 140
Chapitre 5 : Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne
Introduction ............................................................................................................ 145
5.1. Modèles de la CIPR.......................................................................................... 146
5.1.1. Modèles d’entrée ..................................................................................... 146
5.1.2. Modèles systémiques ............................................................................... 148
5.2. Stratégie de surveillance .................................................................................. 152
5.2.1. Moyens et objectifs d’un programme de surveillance............................... 152
5.2.2. Choix d’un programme de surveillance.................................................... 152
5.3. Mesures directes par anthroporadiamétrie........................................................ 155
5.3.1. Principe ................................................................................................... 155
5.3.2. Anthroporadiamétrie haute énergie (> 200 keV)....................................... 156
5.3.3. Anthroporadiamétrie basse énergie (< 200 keV)....................................... 158
5.3.4. Mesure de l’iode dans la thyroïde ............................................................ 159
5.3.5. Orientations futures ................................................................................. 160
5.3.6. Cas particulier de la mesure des plaies contaminées ................................ 161
5.4. Mesures « in vitro » : analyses des radioéléments dans les excrétas.................. 163
5.4.1. Principe de détection des rayonnements .................................................. 163
5.4.2. Analyse des émetteurs γ ........................................................................... 163
5.4.3. Analyse des émetteurs β........................................................................... 164
5.4.4. Analyse des émetteurs α .......................................................................... 165
5.4.5. Conclusion .............................................................................................. 170
5.5. Calcul de la dose ............................................................................................. 170
5.5.1. Principe ................................................................................................... 170
5.5.2. Valeurs de référence et valeurs spécifiques .............................................. 171
5.5.3. Procédure d’interprétation dosimétrique des mesures de surveillance ...... 172
Partie II Ingénierie de la radioprotection
Chapitre 6 : L’ingénierie de la radioprotection : généralités
Introduction ............................................................................................................ 179
6.1. L’ingénierie de la radioprotection : objectifs .................................................... 180
6.2. Types de particules et gamme d’énergie........................................................... 182
10 Radioprotection et ingénierie nucléaire
6.3. Gamme de temps ............................................................................................ 182
6.4. Grandeurs physiques d’intérêt......................................................................... 183
6.5. Exemples de grands domaines d’études et classes de problèmes ..................... 183
Chapitre 7 : Grandeurs physiques fondamentales et dérivées
Introduction ........................................................................................................... 189
7.1. Flux de particules et grandeurs dérivées .......................................................... 190
7.1.1. Flux de particules.................................................................................... 190
7.1.2. Relation entre flux et courant de particules ............................................. 192
7.1.3. Réponse d’un détecteur........................................................................... 194
7.2. La concentration des radionucléides et grandeurs dérivées ............................. 207
Chapitre 8 : Les sources de rayonnements
Introduction ........................................................................................................... 213
8.1. Les sources primaires de rayonnements........................................................... 215
8.1.1. Neutrons prompts de fission.................................................................... 216
8.1.2. Neutrons retardés.................................................................................... 216
8.1.3. Gamma prompts de fission...................................................................... 219
8.1.4. Gamma, les alpha et les bêta des produits de fission
et des noyaux lourds ............................................................................... 220
8.2. Sources secondaires ........................................................................................ 225
8.2.1. Gamma de capture radiative des neutrons (n, γ) ...................................... 225
8.2.2. Gamma de diffusion inélastique (n, n’).................................................... 225
8.2.3. Particules chargées protons et alpha produites par les réactions
de type (n, p) et (n, α) ............................................................................. 225
8.2.4. Particules α, β et γ des produits d’activation............................................ 225
8.2.5. Neutrons de fissions spontanées et des réactions (α, n) ........................... 230
8.2.6. Neutrons produits par les réactions photonucléaires ............................... 232
8.3. Inventaire radiologique et déchets radioactifs.................................................. 233
8.3.1. Classement des déchets radioactifs.......................................................... 234
8.3.2. Formation du tritium ............................................................................... 234
8.3.3. Formation du carbone 14........................................................................ 235
8.4. Les sources de rayonnements dans un tokamak............................................... 238
8.5. Les sources de rayonnements
dans un accélérateur
et dans un dispositif à spallation...................................................................... 239
Chapitre 9 : Méthodologie des études de protection
Introduction ........................................................................................................... 245
9.1. Démarche générale ......................................................................................... 246
9.2. Examen du problème/choix des objectifs ........................................................ 247
9.3. Identification des sources de rayonnements .................................................... 248
9.4. Recherche des contraintes............................................................................... 250
9.5. Recensement des matériaux possibles et disposition ....................................... 252
9.5.1. Types de matériaux ................................................................................. 252
Table des matières 11
9.5.2. Disposition des écrans ............................................................................. 253
9.6. Mise en œuvre des calculs............................................................................... 254
9.7. Choix de la solution......................................................................................... 257
9.7.1. Cas de l’exploitation ................................................................................ 257
9.7.2. Cas de la conception initiale.................................................................... 258
9.8. Vérification expérimentale et suivi ................................................................... 258
9.9. Notion d’incertitude et qualification ................................................................ 259
9.9.1. Construction d’une base de qualification ................................................. 259
9.9.2. Justification de la qualification d’un calcul............................................... 260
Chapitre 10 : Propagation des rayonnements :
méthodes et codes de calcul
Introduction ............................................................................................................ 263
10.1. Transport des particules chargées................................................................... 271
10.2. Transport des particules neutres : neutrons et gamma .................................... 274
10.2.1. Forme intégro-différentielle de l’équation du transport........................... 275
10.2.2. Forme intégrale de l’équation du transport............................................. 276
10.2.3. Notion de flux adjoint – Équation adjointe du transport ......................... 278
10.3. Calculs paramétriques, calculs de sensibilité et propagation d’incertitudes .... 279
10.4. La méthode d’atténuation en ligne droite ....................................................... 280
10.4.1. Principe de la méthode .......................................................................... 280
10.4.2. Cas d’une source ponctuelle isotrope..................................................... 282
10.4.3. Cas d’une source polycinétique spatialement distribuée ........................ 282
10.4.4. Détermination des facteurs d’accumulation ........................................... 284
10.4.5. Codes de calculs.................................................................................... 291
10.4.6. Techniques de calcul « manuelles »....................................................... 295
10.4.7. Propagation des neutrons rapides........................................................... 301
10.4.8. Intérêt et limites de la méthode d’atténuation en ligne droite ................. 302
10.5. La méthode aux ordonnées discrètes (SN)....................................................... 302
10.5.1. Principe de la méthode .......................................................................... 302
10.5.2. Principe de la résolution en géométrie sphérique................................... 303
10.5.3. Intérêt et limites de la méthode SN ......................................................... 307
10.6. La méthode de Monte Carlo........................................................................... 309
10.6.1. Principe de la méthode .......................................................................... 311
10.6.2. Les lois de tirage des événements – Construction du processus
statistique ................................................................................................ 313
10.6.3. Estimation d’une grandeur physique ...................................................... 319
10.6.4. Notion de facteur de qualité .................................................................. 322
10.6.5. Simulation non analogue ou biaisée ...................................................... 322
10.6.6. Intérêt et inconvénients de la méthode de Monte Carlo ......................... 326
10.7. La méthode de propagation par albédo.......................................................... 329
10.7.1. Principe de la méthode .......................................................................... 331
10.7.2. Définitions de l'albédo........................................................................... 332
10.7.3. Méthodes de calcul de l’albédo ............................................................. 334
10.7.4. Intérêt de la méthode de propagation par albédo ................................... 338
12 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Chapitre 11 : Évolution isotopique : méthodes et codes de calcul
Introduction ........................................................................................................... 345
11.1. Équations généralisées de Bateman ............................................................... 345
11.1.1. Évolution des produits de fission (PF) formés en réacteur....................... 346
11.1.2. Évolution des noyaux lourds ................................................................. 347
11.1.3. Évolution des produits d’activation........................................................ 348
11.2. Méthodes de résolution................................................................................. 348
11.2.1. Solution analytique pour une chaîne de filiation simple ........................ 349
11.2.2. Solution analytique des équations de Bateman généralisées.................. 350
11.2.3. Résolution numérique des équations de Bateman généralisées.............. 350
11.3. Codes de calcul ............................................................................................ 351
11.4. Calculs paramétriques, calculs de sensibilité et calcul d’incertitudes............. 352
Partie III Matériaux et dispositifs de radioprotection
Chapitre 12 : Les matériaux de protection et leur utilisation
Introduction ........................................................................................................... 357
12.1. Interactions et atténuation des neutrons et des gamma dans la matière ......... 357
12.1.1. Gamma................................................................................................. 360
12.1.2. Neutrons ............................................................................................... 360
12.2. Matériaux...................................................................................................... 361
12.2.1. Eau (water) ............................................................................................ 362
12.2.2. Fer (iron) ............................................................................................... 366
12.2.3. Plomb (lead).......................................................................................... 372
12.2.4. Béton (concrete).................................................................................... 374
12.2.5. Uranium ............................................................................................... 374
12.2.6. Un matériau organique : le polyéthylène .............................................. 376
12.2.7. Air (20 °C, 1 bar)................................................................................... 377
Chapitre 13 : Les dispositifs de protection contre la contamination interne
Introduction ........................................................................................................... 379
13.1. La méthode d’analyse de sûreté .................................................................... 379
13.1.1. Premier niveau, la prévention ............................................................... 379
13.1.2. Second niveau, la surveillance .............................................................. 379
13.1.3. Troisième niveau, l’action de sécurité ................................................... 380
13.2. Système de confinement ............................................................................... 380
13.3. Zonage des installations pour le travail et l’intervention ................................ 380
13.3.1. Le premier système de confinement dans les usines .............................. 381
13.3.2. Le deuxième système de confinement dans les usines ........................... 381
13.3.3. Le dispositif de confinement dynamique ............................................... 382
13.4. Captage de contamination ............................................................................ 386
13.4.1. Principe de captation ............................................................................ 386
13.4.2. Principaux systèmes de captation.......................................................... 386
13.5. Prévention individuelle ................................................................................. 389
Table des matières 13
13.5.1. Appareils de protection des voies respiratoires....................................... 389
13.6. Système de surveillance ................................................................................. 395
13.7. Mesurage des aérosols au poste de travail...................................................... 395
13.7.1. Inhalation, pénétration et dépôt des aérosols ......................................... 396
13.7.2. Échantillonnage des aérosols ................................................................. 398
Partie IV Gestion du risque radiologique
Chapitre 14 : Réglementation, organisation
14.1. Élaboration du système de gestion du risque radiologique – Concepts de base 409
14.1.1. Des standards de radioprotection établis au niveau international ........... 409
14.1.2. Trois principes pour une gestion responsable du risque radiologique..... 410
14.2. La réglementation communautaire................................................................. 413
14.2.1. Le traité Euratom.................................................................................... 413
14.2.2. La directive 96/29/Euratom fixant les normes de base ............................ 414
14.3. La réglementation nationale........................................................................... 419
14.3.1. Ordonnance n˚ 2001-270 du 28 mars 2001........................................... 419
14.3.2. Décret n° 2002-460 du 4 avril 2002 ...................................................... 420
14.3.3. Décret n° 2003-296 du 31 mars 2003 ................................................... 421
14.3.4. Décret n° 2003-295 du 31 mars 2003 ................................................... 422
14.3.5. Nouvelle organisation des pouvoirs publics dans les domaines de la
radioprotection et de la sûreté nucléaire (domaine civil).......................... 423
Chapitre 15 : Optimisation
15.1. La démarche ALARA : anticiper, suivre et analyser ........................................ 425
15.2. Nécessité de l’engagement de tous les acteurs ............................................... 426
15.2.1. Une culture commune ALARA............................................................... 426
15.2.2. Engagement des autorités....................................................................... 426
15.2.3. Engagement de la hiérarchie .................................................................. 426
15.2.4. Engagement du personnel ...................................................................... 427
15.2.5. Intégration dans les relations contractuelles ........................................... 427
15.3. Des moyens adaptés ...................................................................................... 428
15.3.1. Des structures de décision et d’analyse .................................................. 428
15.3.2. Des outils spécifiques ............................................................................ 428
15.3.3. Des procédures adaptées ....................................................................... 429
15.4. La démarche ALARA : un exemple................................................................. 429
15.4.1. Étapes de la démarche en phase de préparation..................................... 429
15.4.2. Un exemple d’application : contrôle d’une vanne................................. 431
15.5. Valeur monétaire de l’homme-sievert ............................................................ 439
15.5.1. Le concept ............................................................................................. 439
15.5.2. Détermination des valeurs monétaires de référence de l’homme-sievert 440
15.5.3. Présentation analytique du modèle ........................................................ 441
15.5.4. Systèmes existants.................................................................................. 441
15.6. Conclusion .................................................................................................... 445
14 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Annexe 1 - Les accidents radiologiques. Bilan de 50 ans
d’accidents graves ............................................................................................ 447
Introduction ........................................................................................................... 447
A1.1. Accidents reconnus d’emblée ....................................................................... 448
A1.1.1. Gestion simple...................................................................................... 448
A1.1.2. Gestion délicate.................................................................................... 450
A1.1.3. Catastrophes ......................................................................................... 451
A1.2. Accidents non reconnus d’emblée ................................................................ 451
A1.2.1. Nombre réduit de victimes ................................................................... 452
A1.2.2. Victimes en nombre important.............................................................. 454
A1.2.3. Conséquences graves pour la population et l’environnement................ 455
A1.3. Accidents gardés secrets ............................................................................... 457
A1.4. Conclusions.................................................................................................. 458
A1.4.1. Diagnostic de l’accident ....................................................................... 458
A1.4.2. Diagnostic de la maladie ...................................................................... 459
A1.4.3. Gestion de l’accident............................................................................ 459
A1.4.4. Gestion médicale de l’accidenté........................................................... 459
Annexe 2 - Introduction aux études d’incidence
des rejets radioactifs........................................................................................ 465
Introduction ........................................................................................................... 465
A2.1. Les radionucléides et les voies de transfert.................................................... 465
A2.2. Aperçu concernant la dispersion................................................................... 466
A2.2.1. Dispersion dans l’atmosphère ............................................................... 466
A2.2.2. Dispersion dans les rivières................................................................... 468
A2.3. Migration dans les sols.................................................................................. 468
A2.3.1. Notions générales ................................................................................. 468
A2.3.2. Modèles de type unicouche.................................................................. 469
A2.3.3. Modèles faisant appel aux équations de diffusion/dispersion ................ 470
A2.4. Transferts aux plantes et aux animaux........................................................... 471
A2.4.1. Transferts aux plantes ........................................................................... 471
A2.4.2. Transferts aux produits d'origine animale.............................................. 472
A2.4.3. Les formulations globales...................................................................... 474
A2.4.4. Transferts du tritium et du carbone 14 .................................................. 475
A2.5. Le milieu aquatique ...................................................................................... 475
A2.5.1. Généralités ........................................................................................... 475
A2.5.2. Modèles simples ................................................................................... 475
A2.6. Influence de la transformation des produits................................................... 476
A2.7. Calculs de doses ........................................................................................... 476
A2.7.1. Doses par immersion dans un nuage et par inhalation .......................... 477
A2.7.2. Doses par exposition aux dépôts........................................................... 477
A2.7.3. Doses par ingestion .............................................................................. 477
A2.8. Conclusion ................................................................................................... 478
Table des matières 15
Annexe 3 - Données complémentaires sur les sources
de rayonnements ............................................................................................... 481
Annexe 4 - Fonctions exponentielles intégrales ........................................ 491
Annexe 5 - Rappels élémentaires de probabilités et statistique ........... 495
A5.1. Processus aléatoires et mesure....................................................................... 495
A5.1.1. Processus aléatoires............................................................................... 496
A5.1.2. Événements et famille d’événements ..................................................... 496
A5.2. Fonction de répartition, densité de probabilité............................................... 497
A5.3. Propriétés ...................................................................................................... 498
A5.3.1. Espérance mathématique et variance..................................................... 498
A5.3.2. Convergence stochastique ..................................................................... 499
A5.3.3. Écart-type .............................................................................................. 500
A5.3.4. Estimation de la grandeur physique aléatoire......................................... 500
A5.4. Échantillonnage d’une densité de probabilité ................................................ 500
A5.5. Générateurs de nombres aléatoires................................................................ 502
Auteurs
Isabelle AUBINEAU-LANIECE
Ingénieur chercheur en métrologie des rayonnements au département de Recherche et
Technologie du CEA, docteur ès sciences, en dosimétrie interne, de l’université Paris XI
spécialité « champs, particules, matières », elle enseigne au Génie Atomique.
Éric BLANCHARDON
Ingénieur polytechnicien et docteur en biologie moléculaire de la cellule de l’université
Paris XI, il travaille comme chercheur au sein du Service de Dosimétrie Interne de l’IRSN.
Ses domaines d’expertise sont le calcul de la dose aux organes, la modélisation biociné-
tique et l’interprétation dosimétrique des mesures de surveillance de la contamination.
Céline BOUVIER-CAPELY
Docteur de chimie analytique de l’université Paris VI et en poste au Service de Dosimétrie
Interne de l’IRSN. Ses activités de recherche concernent le développement et la mise au
point de nouveaux protocoles de purification chimique des échantillons biologiques et
l’utilisation de l’ICP-MS pour la mesure des actinides dans ces échantillons.
Michel BOYARD
Ingénieur en conception de réacteurs nucléaires et d'installations de soutien à AREVA-
Technicatome principalement dans les domaines de la radioprotection et de la neutro-
nique, il enseigne parallèlement la radioprotection au Génie Atomique au CEA/Cadarache
dans le cadre de l’Institut National des Techniques Nucléaires.
Maurice CHIRON
Ingénieur-chercheur au CEA et spécialiste des études de radioprotection, il contribue
également à la R&D dans ce domaine. Son expérience professionnelle dans l'industrie du
nucléaire lui a valu d'être membre du groupe de travail qui a élaboré les catalogues
« PMDS » relatifs aux écrans de protection contre les rayonnements gamma et neutron. Il
enseigne la radioprotection à la Formation Nucléaire de Base au CEA et assure des forma-
tions sur l’utilisation de logiciels de radioprotection.
Cheikh M’Backé DIOP
Docteur ès Sciences de l’Université Paris XI, il est ingénieur-chercheur au CEA où il dirige
le Laboratoire d’Études de Protection et de Probabilités. Il est co-responsable CEA du
Master Spécialité Énergie et Rayonnements organisé conjointement par l'Université
18 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Paris XI et le CEA/INSTN. Il enseigne dans la filière nucléaire de diverses formations d’ingé-
nieur et universitaires dont le Génie Atomique de l’Institut National des Techniques
Nucléaires.
Loïc de CARLAN
Docteur ès sciences de l’Université Paris XI, Rayonnement et imagerie en médecine, il est
ingénieur chercheur à l’IRSN en dosimétrie interne dans le domaine de l’anthroporadiamé-
trie.
Didier FRANCK
Docteur ès sciences, spécialité chimie nucléaire et radiochimie, de l’université Paris XI, il
est actuellement responsable du laboratoire d’Évaluation de la Dose à l’IRSN. Ses travaux
de recherche concernent actuellement le développement de nouveaux systèmes de
mesure in vivo destinés à la mesure des actinides ainsi que le développement de nouvelles
techniques de reconstruction de fantômes numériques voxélisés en vue de leur application
à l’étalonnage réaliste des systèmes de mesure d’anthroporadiamétrie et de spectrométrie
gamma.
Tan Dat HUYNH
Docteur en Sciences de l’Université Paris XI, ingénieur-chercheur au CEA, il mène en parti-
culier des travaux de R&D sur les sources de rayonnements induites par l’irradiation
neutronique. Il contribue parallèlement à la qualification des logiciels de calcul dans le
domaine de la physique des réacteurs nucléaires et participe à la constitution des biblio-
thèques de données nucléaires de base associées, au sein de groupes de travail de l’AEN/
OCDE.
Bruno LAUWERS
Consultant en Sûreté nucléaire – AXILYA (conseil et ingénierie des systèmes sûrs), ancien
officier spécialisé de la Marine, il enseigne la radioprotection à l’École des applications mili-
taires de l’énergie atomique (EAMEA).
Jean-François LECOMTE
Ancien fonctionnaire au ministère de l’Industrie, où il a occupé des postes successivement
à la Direction chargée de la sûreté nucléaire puis à celle chargée de l’énergie, il a été
ensuite affecté au comité technique interministériel pour l’Euratom au moment de la négo-
ciation de la directive 96/29 sur les normes de base en radioprotection, puis a rejoint
l’IRSN, où il a continué à suivre les questions de doctrine et de réglementation en radio-
protection, au niveau national et international. Il est membre du Comité 4 (application des
recommandations) de la CIPR. Il enseigne au Génie Atomique.
Christian LEFAURE
Docteur d’État ès science économiques, Directeur adjoint du CEPN, il a participé au déve-
loppement de la méthodologie ALARA avec le NRPB dans les années 1980, puis à sa mise
en œuvre à EDF. Depuis 1996, il est coordinateur du réseau ALARA européen à la
demande de la Commission européenne et responsable du Centre européen du système
ISOE pour le compte de l’AIEA et de l’AEN de l’OCDE. Il a enseigné au Génie Atomique.
Corinne MAGE
Titulaire d’un DESS « Analyse économique et gestion du risque » de l’Institut National des
Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN) et d’une maîtrise de physique (Université de
Versailles-Saint-Quentin-En-Yvelines). Après 4 années passées au Centre d’étude sur
l’Évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN), elle a rejoint le CEA en
Auteurs 19
2002 comme ingénieur radioprotection. Elle est en charge d’un groupe assurant la radio-
protection d’une installation nucléaire de base en phase d’assainissement / démantèle-
ment. Elle enseigne au Génie Atomique.
Henri MAUBERT
Ingénieur de l’École Nationale des Arts et Métiers, titulaire d’un master in Environmental
and Water Sciences, Vanderbilt University (1977), il a travaillé dans le domaine de la
radioécologie, avec un intérêt particulier pour la modélisation des transferts des polluants
radioactifs dans l’environnement. Il s’est impliqué dans l’évaluation des conséquences
environnementales des accidents nucléaires, notamment celui de Tchernobyl et des
contre-mesures associées. Actuellement, il dirige le Service de Protection contre les rayon-
nements du centre CEA de Cadarache qui compte une vingtaine d’installations nucléaires
de base.
Henri MÉTIVIER
Professeur responsable du module Radioprotection au Génie Atomique, docteur ès
sciences de l’Université Paris VI en radiochimie, conseiller scientifique à l’IRSN, ancien
directeur de Recherche au CEA, ancien membre du Comité 2 de la CIPR (calcul des
doses), consultant auprès de la Communauté européenne et de l’Agence pour l’énergie
nucléaire de l’OCDE, il enseigne dans la filière nucléaire de diverses formations d’ingénieur
et universitaires. Il est auteur et coordinateur de nombreux ouvrages dans le domaine de
la protection radiologique.
Jean-Claude NENOT
Docteur en médecine, conseiller scientifique à l’IRSN, ancien directeur de Recherche au
CEA, ancien membre de la Commission principale de la CIPR, il est consultant auprès de
l’AIEA et de l’OMS en matière de protection contre les rayonnements et de traitement
médical des pathologies radio-induites.
Didier PAUL
Docteur ès sciences (physique radiologique et médicale, électronique), Professeur à
l’INSTN puis Professeur des Universités associé à l’Université de la Méditerranée (Aix-
Marseille II), Professeur adjoint à l’Université nationale de Colombie, Président des Labo-
ratoires Associés de Radiophysique et de Dosimétrie (LARD), co-président fondateur de
l’Association francophone pour le développement et l’utilisation de logiciels de simulation
d’interactions rayonnements-matières (FIRAM), il enseigne au Génie Atomique.
François PAQUET
Docteur de l’Université des sciences et techniques de Nantes en biologie, il dirige le labo-
ratoire de Radiotoxicologie expérimentale de l’IRSN, dont la vocation est de déterminer les
effets des radionucléides sur la santé. Il participe à l’enseignement de la radioprotection
dans certaines universités et est membre de nombreux groupes de travail internationaux
dont le Comité 2 de la CIPR et de l’AEN.
Marie-Line PERRIN
Docteur ès sciences en physique de l’Université Paris VI, Adjointe du Chef du Service
d’Études et d’Expertise en Radioprotection de l’IRSN, elle est, en outre, chargée, dans le
domaine de la normalisation et de la réglementation en radioprotection, de suivre le déve-
loppement des textes et leur application, et d’étudier et de promouvoir leur cohérence au
sein des pratiques, en fonction de l’évolution des connaissances techniques et scientifi-
ques. Elle enseigne au Génie Atomique.
20 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Caroline SCHIEBER
Économiste de l’université Louis Pasteur de Strasbourg, titulaire d’un DESS en techniques
statistiques et informatique à l’Université de Paris II, elle a rejoint le CEPN (Centre d’étude
sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine nucléaire) en 1990. Elle est en particulier
impliquée dans le développement de méthodologies et d’outils pour la mise en œuvre
pratique de l’optimisation de la radioprotection dans les centrales nucléaires.
Aimé TSILANIZARA
Docteur en Sciences de l’Université de Poitiers, ingénieur-chercheur au CEA, il exerce son
activité dans le domaine de la physique des réacteurs nucléaires. Il développe notamment
des méthodes et des logiciels dédiés à la simulation numérique des phénomènes de trans-
mutation isotopique induits par la propagation de particules (neutrons, gamma, …) dans
la matière. Il contribue également à des formations sur l’utilisation de ces logiciels de calcul
pour les études de radioprotection.
1 Les bases de la
protection radiologique
Henri Métivier
Introduction
Il y a plus d’un siècle, fin 1895, Konrad Röntgen découvrait les rayons X ; quelques mois
plus tard, en mars 1896, Henry Becquerel décrivit pour la première fois la radioactivité.
On mesure depuis ces découvertes leurs conséquences pour l’histoire de l’humanité : la
radiographie médicale a fait rapidement progresser la médecine, l’énergie nucléaire est
aujourd’hui la source principale d’électricité de notre pays.
Rapidement, on a su que les rayonnements provoquaient des effets sur l’homme, anecdo-
tiques au début, plus graves par la suite et il apparut dès lors le besoin de réglementer
l’utilisation de ces rayonnements. Dès 1913, en Allemagne, et 1915 en Angleterre, on
parla de protection des malades et du corps médical, mais ce n’est qu’en 1925 à Londres
puis en 1928 à Stockholm que l’on créa, lors des congrès internationaux de radiologie,
deux commissions internationales, non gouvernementales : la première chargée de définir
les unités concernant la radioactivité et leurs effets, l’ICRU, Commission internationale
pour les unités de rayonnements et leur mesure ; l’autre pour définir les règles de radio-
protection, la CIPR1, Commission internationale de protection radiologique. Ces deux
commissions existent toujours ; la réglementation dans tous les pays, y compris la France,
s’appuie très largement sur leurs recommandations.
La protection radiologique concerne les rayonnements ionisants dans leur ensemble,
qu’ils soient des ondes électromagnétiques, les rayonnements γ, X et photons ou particu-
laires, neutrons, protons, α et β. Les rayonnements ionisants ont été définis ainsi car,
possédant une forte énergie, ils sont capables d’arracher des électrons aux atomes et
produire des ions. Par opposition, on appelera les rayonnements non ionisants ceux dont
l’énergie est insuffisante pour ioniser un atome ; ce sont par exemple les rayonnements
ultraviolet, visible et infrarouge, les hautes et basses fréquences, les micro-ondes. Ces
rayonnements non ionisants font également, pour beaucoup d’entre eux, l’objet de régle-
mentations. Leurs origines sont issues d’une commission internationale, l’ICNIRP (Interna-
tional Commission for Non Ionizing Radiation Protection), plus récemment créée à
l’image de la CIPR.
1 Pour reprendre une habitude française, nous utiliserons dans ce texte la traduction française de
l’acronyme ICRP, la CIPR. Il est intéressant de noter ici qu’à l’inverse nous utilisons en France la
dénomination ICRU sans la traduire.
22 Radioprotection et ingénierie nucléaire
1.1. Radioactivité et exposition, quelques rappels
La radioactivité est liée à la désintégration de noyaux d’atomes, particuliers, appelés
pour cette raison radioactifs. Lors de cette désintégration il y a émission de particules
α ou β qui peut être accompagnée de rayonnements électromagnétiques, rayonne-
ments γ , lorsque les atomes produits retrouvent leur état stable. Ces désintégrations
peuvent s’observer dans la nature, c’est la radioactivité naturelle, ou produites par
l’homme, c’est la radioactivité artificielle. On appelle radionucléide un isotope
radioactif d’un élément qui possède des isotopes stables et radioactifs, 137Cs par
exemple ; on appelle radioélément un élément dont tous les isotopes sont radioactifs,
l’uranium par exemple.
Qu’elle soit d’origine naturelle ou artificielle, la radioactivité se manifeste de la même
façon, par une ionisation des atomes et molécules touchés, elle se mesure par les mêmes
méthodes et produit les mêmes effets sur l’homme et la matière en général (voir
paragraphe 4). On la définit aujourd’hui en becquerel (Bq) qui correspond à une désinté-
gration par seconde.
Le temps nécessaire pour que la moitié des atomes initialement présents se soient désin-
tégrés s’appelle la période radioactive, par analogie le temps nécessaire pour que la
moitié d’un radionucléide disparaisse du corps humain s’appelle la période biologique.
Si, pour un poids égal, un produit est plus radioactif qu’un autre, on dit que sa radioac-
tivité spécifique est plus grande, elle est inversement proportionnelle à la période
radioactive.
La radioactivité n’est pas la seule source de rayonnements ionisants. En effet, il existe des
dispositifs qui permettent de « générer » des rayonnements ionisants, cas par exemple des
tubes à rayons X utilisés en radiologie, des accélérateurs médicaux en radiothérapie (X, e–)
et des accélérateurs utilisés en recherche (synchrotron, cyclotron).
L’irradiation d’un individu est liée à une exposition externe lorsque la source de rayon-
nement est à l’extérieur de l’organisme, cette exposition cesse dès que la source de
rayonnement est suffisamment éloignée ou que l’on interpose un écran d’épaisseur suffi-
sante. Elle augmente avec l’activité de la source de rayonnement, sa proximité et la
durée de l’irradiation. À l’inverse, si la source radioactive est à l’intérieur de l’organisme,
l’irradiation est liée à une exposition interne ; elle continue tant que le radionucléide
n’est pas éliminé, même si l’exposition de l’homme à la source de contamination a
cessé. L’exposition qui résulte de l’incorporation de radionucléides dépend donc de
l’activité incorporée, par ingestion, inhalation ou blessure, de la nature du polluant et
du temps que met notre organisme pour l’éliminer. Dans le cas de l’inhalation, l’activité
incorporée (Bq) se déduit de l’activité volumique de l’air inspiré (Bq>m–3) et du débit
respiratoire moyen de l’individu exposé (m3>h–1). Dans le cas de l’ingestion, il s’agit
d’estimer les activités massiques (Bq>kg–1) et les quantités moyennes des aliments
consommés (kg>j–1 ou kg>an–1).
Contrairement à l’exposition externe, tous les types de rayonnement peuvent contribuer à
l’exposition interne, y compris et même plus particulièrement les particules α. En effet, en
cédant brutalement leur énergie immédiatement au voisinage de leur atome émetteur,
elles induisent localement des dégâts cellulaires plus importants.
1 - Les bases de la protection radiologique 23
1.2. L’origine des règles de radioprotection, la CIPR
Créée en 1928, la CIPR est constituée d’experts, choisis par cooptation, entièrement indé-
pendants des gouvernements. Elle est constituée d’un Comité général que l’on appelle
communément la Commission principale et des comités techniques sur laquelle elle
s’appuie pour définir ses recommandations. Initialement au nombre de quatre, s’est joint
dès la mi-2005 un cinquième comité chargé de la protection de l’environnement. Au total
cela représente environ 80 experts en provenance du monde entier.
La CIPR émet régulièrement des recommandations aux utilisateurs de sources de rayonne-
ments ionisants. Destinées à l’origine aux médecins radiologues, ces recommandations
sont désormais destinées à l’ensemble des travailleurs soumis aux rayonnements ionisants,
que ceux-ci soient d’origine naturelle ou humaine. Elles sont également destinées à la
protection du public.
L’organisation de la CIPR laisse à sa commission principale le soin de rédiger les recom-
mandations qui seront la base des réglementations. Par contre elle laisse aux comités le
soin d’écrire des documents qui serviront, soit de base pour établir ces recommandations
(par exemple le Comité 1 étudie les effets de rayonnements ionisants sur la santé de
l’homme), soit des outils permettant leur application (le Comité 2 est chargé du calcul des
doses d’irradiation). Le Comité 3 est destiné essentiellement aux applications médicales.
Le Comité 4 assiste la commission principale pour l’application de ses recommandations.
Plus jeune, le Comité 5 est chargé de la protection de l’environnement.
Les recommandations de la CIPR sont généralement reprises par l’ensemble des États. Le
chapitre 14 décrira plus en détail le cheminement allant des recommandations à la régle-
mentation, via la Communauté européenne pour notre pays.
À ce jour, le niveau de qualité de radioprotection dans le monde est largement attribuable
à l’action de la CIPR ; tous les États adoptent quasiment les mêmes normes en matière de
radioprotection au grand bénéfice des travailleurs et du public.
Ce chapitre se fonde principalement sur les dernières recommandations publiées de la
CIPR en 1991 (Publication 60). Depuis, la CIPR a lancé un processus de révision qui
devrait conduire à la publication de nouvelles recommandations en 2007. Le projet en
cours, consultable sur le site Internet de la CIPR (www.icrp.org), n’apporte pas de boule-
versements considérables, il souhaite clarifier certains points des recommandations précé-
dentes. Nous n’y ferons référence que lorsque nous pensons que l’information est
nécessaire. De plus nous ne savons pas, au moment de la publication de cet ouvrage,
quelles seront les conséquences pour la réglementation, mais le passé a montré qu’une
publication éventuelle de nouvelles recommandations en 2007 ne devrait pas avoir de
suites réglementaires avant plusieurs années.
1.3. Effets des rayonnements ionisants
La radioactivité ou les rayonnements de forte énergie provoquent en premier lieu des ioni-
sations, d’où leur nom de rayonnements ionisants. Pour un rayonnement donné, les effets
sur la matière, qu’elle soit inerte ou vivante, sont identiques que les rayonnements soient
d’origine naturelle ou artificielle, l’énergie nécessaire pour ioniser un atome étant indé-
pendante de l’origine du rayonnement. On ne pourra donc pas distinguer à dose et débit
de dose égaux les effets des irradiations qu’elles soient d’origine naturelle ou humaine.
24 Radioprotection et ingénierie nucléaire
1.3.1. Altérations de l’ADN
Les radiations ionisantes produisent des modifications au niveau des atomes et des molé-
cules. Dans la cellule vivante, certaines de ces altérations peuvent avoir des conséquences
à court ou à long terme. Les effets les plus graves se produisent au niveau de la molécule
d’ADN, qui peut être cassée soit sur un seul de ses deux brins (CSB), soit sur les deux brins
(CDB). Ces cassures peuvent résulter d’un effet direct du rayonnement sur la molécule
d’ADN, ou d’une attaque secondaire d’un radical libre OH˚, très réactif, formé lors de la
radiolyse de l’eau induite par l’irradiation du milieu avoisinant l’ADN (Figure 1.1).
Figure 1.1. Effets directs et indirects des rayonnements sur l’ADN.
Ces cassures peuvent également survenir pour des raisons endogènes liées au métabo-
lisme cellulaire. On estime aujourd’hui qu’il existe 3000 cassures simple-brin par jour et
par cellule et que 1 % se transforme en cassures double-brins.
Si ces dommages sont réparés parfaitement par les mécanismes enzymatiques en place
dans la cellule, c’est pratiquement le cas pour les cassures simple-brin, la survie cellulaire
sera alors normale.
À l’inverse, si l’énergie cédée conduit à des dommages irréparables, la cellule mourra. Cette
mort peut survenir par deux mécanismes (Figure 1.2). L’un deux, la nécrose, conduit à un
éclatement des structures cellulaires et au relargage de son contenu plus ou moins agressif,
dans le milieu avoisinant. Il en résultera une réaction inflammatoire. Le second, l’apoptose
intervient lorsque la cellule garde encore un mécanisme de contrôle, qui conduira à une
mort programmée (suicide). Cette mort programmée évite de transmettre une information
préjudiciable au système cellulaire. La cellule est transformée en fragments non agressifs
pour le milieu ambiant. Cette mort par apoptose est un mécanisme régulateur qui combat
les mécanismes d’apparition d’effets tardifs graves comme le cancer.
1 - Les bases de la protection radiologique 25
Figure 1.2. Représentation schématique de la mort cellulaire par nécrose et apoptose.
Entre ces deux situations extrêmes, pour des doses d’irradiation plus faibles, existent des
situations où les dommages induits par les radiations ionisantes ne sont pas correctement
réparés, on observera au niveau de l’ADN une mutation non mortelle. Cette mutation
pourra être bénigne et sans effet grave à long terme mais aussi plus délétère et conduire à
des pathologies génétiques ou cancéreuses. On estime aujourd’hui que les cassures
double-brin endogènes sont plus faciles à réparer que les cassures double-brins produites
par irradiation.
Ces cassures peuvent également être produites par le métabolisme cellulaire. Lors d’une
irradiation, le débit de dose pour lequel le nombre de cassures double-brins est égal à celui
produit pendant le même temps par le métabolisme cellulaire chez des cellules en proli-
fération est de 5 mGy>min–1, ce nombre est de 0,14 CDB par minute. Le nombre de
cassures double-brins résultant d’une irradiation naturelle ne représente qu’une faible frac-
tion du nombre total de cassures double-brins (moins de 1 pour 1000).
Les effets liés à ces cassures peuvent conduire à des pathologies lourdes, des cancers. Ils
sont dits stochastiques car ils apparaissent au hasard parmi la population concernée,
plus ou moins tardivement, ils sont toujours graves et leur fréquence d’apparition
dépendra, après irradiation, de la dose reçue. Il est évident que le côté aléatoire de leur
apparition résulte probablement d’une méconnaissance actuelle des mécanismes
d’induction des cancers. Il n’est pas interdit de penser que les développements, en
26 Radioprotection et ingénierie nucléaire
biologie, permettront un jour de connaître les personnes risquant de voir apparaître une
telle pathologie.
Ces différents modes d’agression cellulaire et leurs conséquences sont résumés dans la
figure 1.3.
Réparation parfaite Suivie normale
Réparation impossible Mort cellulaire
Nécrose Apoptose
Réparation imparfaite Survie altérée
Mutation Mutation
puis
cancer
Figure 1.3. Effets des rayonnements ionisants aux niveaux moléculaire et cellulaire.
L’origine de ces pathologies étant associée à un défaut de réparation, on s’aperçoit alors
qu’il sera impossible de distinguer un cancer lié à un événement naturel endogène, car
l’effet d’un polluant formant des radicaux libres pouvant conduire à des cassures double-
brins est comparable à l’effet produit par l’irradiation. Il n’y a aucune différence entre un
cancer radio-induit et un cancer apparaissant sans cause apparente. On pourra toutefois
faire un lien de présomption si un excès d’un type de cancer frappe une population irra-
diée comme par exemple pour la leucémie.
1.3.2. Effets déterministes
Les effets déterministes, précoces, surviennent par définition peu de temps après l’irradia-
tion, de quelques heures à quelques mois. Ce sont toujours des effets à seuil qui n’appa-
raissent que si la dose de rayonnement reçue par l’individu ou l’organe dépasse un certain
niveau (Figure 1.4).
En effet, l’irradiation peut tuer quelques cellules sans que cela n’affecte les caractéristiques
physiologiques d’un organe, mais si trop de cellules disparaissent celui-ci ne pourra plus
assurer correctement sa fonction, l’effet déterministe apparaîtra. Cette dose-seuil peut
varier d’un tissu à un autre. Les variations individuelles existent, mais elles sont relative-
ment faibles. Au-delà du seuil, la gravité de l’effet croît avec la dose. Les tissus les plus
fragiles sont la peau, le poumon, les cellules formatrices du sang (la moelle osseuse)
l’intestin et les organes sexuels. Pour certains effets, la gravité, et le pronostic vital, seront
très différents si l’irradiation est localisée ou homogène.
1 - Les bases de la protection radiologique 27
La connaissance de ces seuils facilite la mise en place de politiques de protection. On
place alors la limite réglementaire en dessous de ce seuil, en prenant une marge de
précaution. Si cette pratique a guidé les premiers pas de la radioprotection, les niveaux de
seuil d’apparition des effets déterministes étant relativement élevés par rapport aux situa-
tions jugées aujourd’hui comme normales, on considère aujourd’hui que seules les situa-
tions accidentelles peuvent être à l’origine d’expositions conduisant à des effets
déterministes.
Un bilan des accidents radiologiques graves, dans le monde entier et depuis l’origine de
l’énergie nucléaire, est présenté à la fin de cet ouvrage dans l’annexe 1, tous les effets
décrits dans cette annexe sont des effets déterministes.
Figure 1.4. Relation dose-effet pour les événements à caractères déterministes.
1.3.2.1. Irradiation externe globale
Le tissu critique est tout d’abord la moelle osseuse où se forment les éléments figurés du
sang. Le signe constaté pour la dose la plus faible (0,2-0,3 Gy) est une chute du nombre
de globules blancs (lymphopénie) temporaire, régressant spontanément.
Au-dessous de 1 Gy (que nous définirons dans le paragraphe 1.4), les signes fonctionnels
sont nuls, ils ne concernent que les globules blancs et régressent spontanément. Une
surveillance hématologique est nécessaire, mais de telles irradiations sont sans gravité
immédiate et ne nécessitent pas d’hospitalisation.
Les manifestations fonctionnelles apparaissent entre 1 et 2 Gy, mais les signes physiques
sont absents. Il y a altération des globules blancs et des plaquettes. La guérison est spon-
tanée après quelques précautions simples, l’hospitalisation est nécessaire, elle consiste en
une surveillance hématologique avec ou sans transfusions et traitement antibiotiques si
nécessaires pour pallier la baisse de vigilance liée à la chute des globules blancs.
28 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Au-delà de 2 Gy, des précautions très strictes sont à prendre, l’hospitalisation en service
spécialisé s’impose. La dose létale 50, à 60 jours, se situe pour des individus non traités
entre 3,5 et 4 Gy. La chute maximale du nombre des cellules sanguines se situe entre la
3e et la 4e semaine, c’est à ce moment que se pose le problème vital. Paradoxalement,
avant cette période très critique, la symptomatologie est pratiquement silencieuse. Le
malade qui survit ne rentre en convalescence qu’au troisième mois. Le traitement devra
être entrepris dans un service spécialisé, locaux stériles, repos, prévention des infections.
La greffe de moelle longtemps préconisée n’est plus le traitement de référence pour des
irradiés accidentels.
Si la dose est plus élevée que la dose létale, 8 à 12 Gy, la gravité peut être due aux compli-
cations digestives, le risque maximum commence 6 à 8 jours après l’irradiation, l’évolu-
tion sera très grave malgré le traitement.
Des lésions pulmonaires graves apparaissent à 10 Gy ; pour des doses de 15 à 20 Gy, un
syndrome neurologique toujours fatal intervient.
1.3.2.2. Irradiations partielles
La peau est le tissu le plus souvent lésé en cas d’irradiation partielle. Les manifestations
sont variables, elles dépendent de la dose. Les signes physiques sont schématiquement
ceux des brûlures : érythème, phlyctène, œdème, nécrose et sclérose. Aucune lésion grave
n’apparaît en dessous de 10 Gy.
Seule la production de spermatozoïdes est atteinte au niveau des testicules, on note une
oligospermie transitoire et réversible spontanément à 0,5 Gy, une stérilité temporaire à
2 Gy. Pour des irradiations égales ou inférieures à 6 Gy, la stérilité est temporaire chez
l’homme. L’ovaire est moins sensible que le testicule, il faut des doses de 12 à 15 Gy pour
provoquer des ménopauses artificielles chez des jeunes, 7 Gy seulement chez des femmes
de 40 ans.
Certains organes profonds sont plus résistants face aux effets précoces. Il faut des doses de
25 Gy au seul poumon pour que la mort survienne, des doses de 50 à 70 Gy pour voir des
lésions irréversibles au niveau du cœur, le rein est définitivement altéré si la dose dépasse
30 Gy.
Il faut noter certains effets déterministes qui apparaissent plus tardivement comme la cata-
racte. Rien n’est observé au-dessous de 10 Gy pour les rayons X, au niveau du cristallin,
le seuil est plus bas pour les neutrons (0,8 Gy). On observe également des troubles de la
croissance pour des doses in utero supérieures à 1 Gy, une baisse des réactions immuno-
logiques pour des doses supérieures à 1 Gy.
Pour le législateur, ces effets sont relativement faciles à gérer ; les normes de protection
sont fixées à des niveaux bien inférieurs à leurs seuils d’apparition. Ces effets ne peuvent
donc survenir qu’à la suite d’incidents ou d’accidents.
1.3.3. Effets stochastiques
Les principaux effets stochastiques sont les cancers qui surviennent quelques années ou
quelques dizaines d’années après l’irradiation. L’effet cancérigène des rayonnements ioni-
sants est avéré, mais il est très difficile de savoir s’il existe une dose seuil au-dessous de
1 - Les bases de la protection radiologique 29
laquelle il ne se manifeste plus, compte tenu de l’incidence spontanée des cancers dans
la population, (25 à 30 % dans les populations occidentales, principalement au-delà de
60 ans).
Les données les plus fiables proviennent de l’expérimentation animale. Chez l’homme, la
cohorte la plus cohérente et la plus étudiée est celle des survivants des bombardements de
Hiroshima et de Nagasaki durant la seconde guerre mondiale. À côté de cette cohorte
(86500 personnes) figurent d’autres cohortes, plus limitées qui correspondent très souvent
à des irradiations partielles. Citons par exemple ces femmes, qui utilisaient des peintures
à base de radium pour peindre les cadrans de montres lumineux ; 2000 environ sont
mortes suite à des cancers osseux radio-induits. Citons également les mineurs d’uranium
atteints de cancers du poumon après inhalation de radon. Toutefois les informations
recueillies parmi ces cohortes, si elles sont très précieuses, ne donnent que des informa-
tions limitées à un ou deux types maximum de cancers.
Ne connaissant pas de manière irréfutable les effets des faibles doses, la CIPR a, dès ses
premières recommandations, proposé, par précaution que l’on adopte une relation
linéaire sans seuil entre la dose et la fréquence des cancers, bien qu’au-dessous de 1 Gy
pour les adultes et de 20 mGy chez l’enfant, aucune observation probante n’ait pu montrer
que cette affirmation était vraie ou fausse. On dira donc que, quelle que soit la dose reçue,
un effet est possible, même s’il n’est pas observable.
On pourra voir plus loin que, dans le cadre de la gestion des déchets radioactifs à vie
longue, une autre approche pourrait être proposée.
Le temps de latence de ces cancers est très variable : 4 à 20 ans pour les leucémies, jamais
inférieur chez l’adulte à 10 ans pour les autres cancers, il peut atteindre 35 à 40 ans pour
les cancers digestifs. Chez l’enfant, ce temps de latence peut être considérablement
diminué, comme l’a montré l’augmentation importante de cancers de la thyroïde chez les
enfants proches de la centrale de Tchernobyl après l’accident de 1986.
La radiosensibilité des tissus est très variable.
Tous ces paramètres sont pris en compte par la CIPR pour définir son système de protec-
tion radiologique et proposer des limites d’exposition acceptables, comme nous le verrons
plus loin. Cependant, il existe encore des inconnues qui seront discutées après la présen-
tation du système de protection radiologique dans le paragraphe 1.6.
Il apparaît, à la suite de cette description rapide des deux types d’effets produits par les
rayonnements ionisants, que la gestion de ces deux types d’effets est très différente. Pour
les premiers, déterministes, il suffira de placer la limite réglementaire en dessous du seuil
d’apparition de l’effet, la décision est facile à prendre et à expliquer. Pour les effets
stochastiques, il a été décidé par précaution qu’un effet est toujours possible. Il appar-
tiendra alors au législateur de concilier la pratique d’une activité et son acceptabilité en
termes de risques pour la société. C’est la base actuelle du principe dit de précaution.
Partant d’une base scientifique, la radioprotection devra dès lors prendre en compte des
facteurs sociétaux, à la base de toutes les difficultés et parfois incompréhensions.
1.4. Notions de doses
L’irradiation d’un organisme engendre des lésions plus ou moins importantes. La grandeur
utilisée pour quantifier la quantité de rayonnement reçu est la dose. C’est donc l’estima-
tion de la dose, la dosimétrie, qui permet de quantifier l’atteinte de l’homme résultant des
30 Radioprotection et ingénierie nucléaire
différents types d’expositions. Elle ne se mesure pas chez l’homme, on l’estime à partir de
dosimètres qui sont décrits dans le chapitre 3. Le passage de la dose mesurée par le dosi-
mètre à la dose reçue par un individu dans son entier ou au niveau d’un organe fait l’objet
du chapitre 4 lorsque l’irradiation provient d’une source externe à l’individu. En ce qui
concerne la dose reçue par un individu après contamination interne, le mode de calcul est
plus difficile à mettre en œuvre, il sera développé dans le chapitre 5.
1.4.1. La dose absorbée
Les rayonnements émis par les substances radioactives interagissent avec la matière en y
cédant de l’énergie. La quantité d’énergie cédée est appelée la dose absorbée. Elle
s’exprime en Gray (Gy) qui correspond à une énergie de 1 joule cédée dans un kilo-
gramme de matière (1 Gy = 1 J>kg–1). Ce dépôt d’énergie est à l’origine de perturbations
dans la matière exposée, l’ionisation des atomes qui la constitue, mais l’effet biologique
observé n’est pas lié à un effet thermique, minime, comme le laisserait supposer l’unité,
mais au site touché, brin d’ADN par exemple, comme nous l’avons décrit ci-dessus. C’est
pourquoi, pour la matière vivante, la dose absorbée n’est pas seule représentative du
risque encouru et que deux concepts ont été créés : la dose équivalente et la dose efficace.
1.4.2. La dose équivalente
Tous les rayonnements ne produisent pas les mêmes effets. Si l’énergie est cédée dans un
petit volume de tissu, la nuisance sera plus grande que si cette même énergie est cédée sur
une plus grande distance. Le rayonnement α, dont le parcours moyen dans la matière vivante
est d’environ 40 μm est a priori plus nocif que le rayonnement γ qui n’est que partiellement
arrêté par l’homme. Le concept de dose équivalente permet d’exprimer de manière équiva-
lente ces deux effets, en tenant compte d’un facteur de nocivité du rayonnement.
La dose équivalente à l’organe H T,R dans un tissu T liée à l’irradiation par le rayonnement
R est donnée par l’équation :
H T, R 冱 WR DT, R
R
où D T,R est la dose absorbée à l’organe T par l’irradiation R et WR est le facteur de pondé-
ration lié à la nature du rayonnement R. La dose équivalente totale, H T, est la somme de
H T,R pour tous les types de rayonnement. Le facteur de pondération étant sans dimension,
l’unité est la même que pour la dose absorbée, J>kg–1, et son nom spécifique est le sievert
(Sv).
La publication 60 de la CIPR (ICRP 1991) attribue à chaque type de rayonnement les
facteurs de pondération WR portés dans le tableau 1.1.
Dans le cas du rayonnement α, la dose équivalente est égale à vingt fois la dose absorbée,
alors que pour le rayonnement γ, elle est égale à la dose absorbée.
Cette notion de dose équivalente est souvent utilisée pour quantifier la dose reçue par un
organe particulier, irradié par plusieurs rayonnements, la thyroïde par exemple.
Ce concept de dose équivalente est un concept simplifié qui permet d’additionner des
effets biologiques produits par des rayonnements différents. Son utilité n’est que réglemen-
taire, le scientifique qui souhaite étudier les effets des rayonnements se contentera de la
dose absorbée en Gy. Ces coefficients sont des estimations faites par des experts compa-
rant l’efficacité biologique relative des différents rayonnements pour produire des cancers
1 - Les bases de la protection radiologique 31
Tableau 1.1. Facteurs de pondération WR proposés dans la publication 60 de la CIPR.
Rayonnement WR
Photons de toutes énergies 1
Électrons et muons de toutes énergies 1
Neutrons d’énergie :
< 10 keV 5
10 - 100 keV 10
100 keV - 2 MeV 20
2 MeV - 20 MeV 10
> 20 MeV 5
α, Fragments de fission, Noyaux lourds 20
dans un organe. Ces coefficients de pondération n’ont donc a priori de signification qu’aux
faibles doses de rayonnement, conduisant à des effets stochastiques. La dose équivalente
ne devrait donc être utilisée que pour des expositions aux faibles doses2.
Ces facteurs de pondération peuvent être modifiés selon l’avancement de connaissances
sur les effets biologiques des rayonnements. Ainsi aujourd’hui la nocivité des neutrons
d’énergie inférieure à 1 MeV est diminuée de près de moitié par rapport aux valeurs
données ci-dessus (ICRP 92) et le facteur de pondération des rayonnements α est débattu
au sein de la CIPR qui hésite encore entre une valeur de 10 ou 20. Toutefois ces discus-
sions au sein de la CIPR ne sont pas à ce jour transposées dans la réglementation et ce sont
les valeurs du tableau 1.1 qui restent les valeurs à prendre en compte lors des calculs de
protection.
1.4.3. La dose efficace
Le risque de production de cancer est lié à la dose, mais tous les tissus n’ont pas la même
sensibilité aux rayonnements. C’est la dose efficace qui permet d’estimer le risque d’induc-
tion de cancer dans l’organisme entier en prenant en compte la radiosensibilité des diffé-
rents tissus concernés.
La dose efficace est la somme des doses équivalentes pour chaque organe ou tissu de l’orga-
nisme pondérées par un facteur dépendant de la sensibilité aux effets stochastiques du tissu
irradié W T. Ces facteurs de pondération étant normalisés, leur somme est égale à 1.
La dose efficace s’exprime donc par l’expression :
E 冱 WT HT
T
La publication 60 de la CIPR (ICRP 1991) attribue les facteurs de pondération tissulaire
pour les organes spécifiés qui figurent dans le tableau 1.2.
Pour des raisons de calcul, les « autres tissus ou organes » comprennent la glande surrénale,
le cerveau, l’intestin grêle, les reins, les muscles, le pancréas, la rate, le thymus et l’utérus.
2 Le terme « faible dose » est généralement utilisé pour des doses inférieures à 100 mGy ou 100 mSv et tout
particulièrement pour les doses qui correspondent aux situations normales régies par la radioprotection.
32 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Tableau 1.2. Facteurs de pondération WT proposés dans la publication 60 de la CIPR.
Organe WT Organe WT
Gonades 0,20 Sein 0,05
Moelle osseuse 0,12 Œsophage 0,05
Côlon 0,12 Thyroïde 0,05
Poumon 0,12 Peau 0,01
Estomac 0,12 Surface osseuse 0,01
Vessie 0,05 Autres tissus ou organes 0,05
Le facteur de pondération tissulaire étant sans dimension, l’unité est la même que pour la
dose absorbée et la dose équivalente à l’organe, J>kg–1, et son nom spécial est, comme
pour la dose équivalente à l’organe, le sievert (Sv).
Ainsi, à partir d’une donnée mesurable, la dose absorbée, il est possible d’estimer un
risque pour l’homme à travers le concept de dose efficace.
Tout comme les facteurs de nocivité des rayonnements (WR), ces facteurs de sensibilité
(WT) peuvent varier avec l’état des connaissances. C’est ainsi que, dans ses recommanda-
tions de 1991 qui sont la base de la réglementation française qui sera décrite dans le
chapitre 14, ces facteurs ont été largement modifiés par rapport aux recommandations
précédentes (CIPR 1977). Ceci était dû à une plus longue observation des survivants
d’Hiroshima et de Nagasaki. Depuis ces recommandations de la CIPR et leur transposition
en termes réglementaires, le facteur de pondération pour les gonades est discuté (CIPR
2005). Représentant le risque d’effets héréditaires, il pourrait être ramené de 0,20 à 0,05
pour tenir compte de l’absence de tels effets près de 60 ans après l’exposition de cette
population. Il faudra attendre encore une ou deux générations pour confirmer éventuelle-
ment la tendance actuelle montrant l’absence d’effet héréditaire lié à l’irradiation. Ce
facteur représentait la précaution des recommandations de la CIPR de l’époque qui voulait
prendre en compte dans son système de protection un risque héréditaire potentiel. Toute-
fois, tout comme pour la dose équivalente, ces réflexions ne déboucheront pas dans un
avenir proche sur une éventuelle modification des méthodes de calcul de la dose efficace.
1.4.4. Le cas particulier de l’exposition interne, la notion
d’engagement de dose
L’estimation d’une dose due à une exposition externe est a priori plus aisée que celle résul-
tant d’une incorporation de radionucléides. En effet, l’exposition externe cesse dès que les
rayonnements ne parviennent plus à l’organisme. Dans le cas d’une exposition interne,
l’irradiation de l’organisme se poursuit tant que celui-ci n’a pas éliminé le radionucléide.
Pour prendre en compte l’ensemble de la dose qui sera délivrée pendant tout le temps que
les radionucléides séjournent dans l’organisme après leur incorporation, la Commission
internationale de protection radiologique a créé le concept de dose engagée. Il s’agit de
la dose équivalente à l’organe ou de la dose efficace à l’organisme entier qui est engagée
dès lors que les radionucléides sont ingérés ou inhalés. Si l’individu exposé est un adulte,
l’estimation de la dose engagée prend en compte l’irradiation de son organisme durant les
50 ans qui suivent l’incorporation, quel que soit son âge.
1 - Les bases de la protection radiologique 33
Pour l’enfant, du nouveau-né à l’adulte (20 ans), l’estimation de la dose efficace engagée
se fait par convention jusqu’à l’âge de 70 ans. Si le calcul se fait sur une période plus
courte, on l’appellera dose tronquée et il sera précisé sur quelle période de temps elle est
calculée ; 1,3, 5 ans par exemple. Les coefficients de dose publiés par la CIPR le sont pour
50 ans ou jusqu’à l’âge de 70 ans ; ils ne peuvent donc pas être utilisés sans précaution
pour estimer un effet à moyen terme, telle une leucémie, après incorporation d’un élément
dont le temps de séjour dans l’organisme est particulièrement long, uranium ou plutonium.
La méthode de calcul de la dose équivalente engagée tient compte pour chaque tissu-
cible, T, de l’irradiation produite par le rayonnement émis en son sein et tout autre organe
source S lorsque le rayonnement est suffisamment pénétrant et ceci au cours des années
qui suivent son incorporation, 50 ans pour les adultes et jusqu’à l’âge de 70 ans pour un
enfant.
Pour la calculer, il est nécessaire d’utiliser des modèles dosimétriques représentés par le
diagramme suivant (Figure 1.5).
À partir des voies d’entrées, deux types de modèles sont proposés par la CIPR, les modèles
d’entrée (pulmonaire, gastro-intestinal, la peau ou la blessure) et les modèles systémiques.
Rappelons toutefois ici les grandes lignes de la dosimétrie après contamination que nous
développerons plus en détail dans le chapitre 5 de cet ouvrage.
Figure 1.5. La notion de modèle biocinétique.
Les modèles d’entrées dépendent essentiellement de la physico-chimie du polluant. Un
composé soluble inhalé migrera plus rapidement vers le sang qu’un composé insoluble. À
l’inverse, le composé insoluble s’éliminera lentement du poumon par remontée mucoci-
liaire jusqu’au carrefour pharyngé pour suivre ensuite le transit gastro-intestinal et être
34 Radioprotection et ingénierie nucléaire
finalement éliminé par voie fécale. On voit donc que le suivi des composés solubles peut
se faire par la mesure des radionucléides urinaires alors qu’on privilégiera la voie fécale
pour les seconds.
Le radionucléide dissous sur le site d’entrée se lie avec des molécules complexantes au
niveau sanguin. La distribution du radionucléide au niveau des organes irrigués par le sang
ne dépendra plus de la forme initiale mais de la stabilité du complexe véhiculé.
Pour calculer la dose engagée, il faudra pour commencer, calculer la concentration du
radionucléide au niveau de l’organe sur une durée maximale de 50 ans, ou plus pour les
enfants. Il faudra ensuite calculer, en fonction du temps, la dose absorbée (en Gy) délivrée
dans cet organe par le radionucléide. Ceci sera fait pour tous les organes et la dose efficace
engagée sera ensuite calculée selon les modes décrits ci-dessus prenant en compte les
facteurs de pondération des rayonnements et des tissus. Lorsque le rayonnement est péné-
trant, l’irradiation ne s’arrête pas à l’organe. Tous les autres organes s’auto-irradient. On
calculera en fonction du temps l’auto-irradiation de l’organe mais aussi son irradiation par
les organes adjacents. La dose engagée fera ensuite la somme de toutes les irradiations
quelle qu’en soit l’origine.
1.5. Bases du système de protection radiologique
Toute personne peut être exposée à des rayonnements, venant de sources naturelles ou
artificielles. Le but premier de la protection radiologique est de fournir un niveau de
protection adapté à l’homme sans limiter indûment les pratiques bénéfiques.
Le système de protection radiologique, appliqué ce jour dans le monde entier, est basé sur
l’hypothèse que même de faibles doses de rayonnement peuvent produire des effets
stochastiques nocifs sur la santé, leur fréquence d’apparition étant d’autant plus faible que
l’irradiation sera faible. À l’inverse, tous les effets déterministes qui apparaissent à des
doses plus élevées seront évités par l’établissement de limites en dessous des seuils au-delà
desquels apparaissent ces effets.
1.5.1. Types d’activités
La CIPR classe actuellement les activités humaines en deux groupes (Figure 1.6) :
Pratique Intervention
QuickTime™ et un
décompresseur
sont requis pour visionner cette image.
QuickTime™ et un
décompresseur
sont requis pour visionner cette image.
On limite l'augmentation On diminue la dose
de dose car on plannifie. en intervenant.
Figure 1.6. Caractérisation des pratiques et interventions.
1 - Les bases de la protection radiologique 35
Certaines activités augmentent l’exposition aux rayonnements soit en augmentant l’expo-
sition des individus soit en augmentant le nombre d’individus exposés. Ces activités sont
appelées des « pratiques ». C’est le cas d’une installation nucléaire, mais aussi des instal-
lations à vocation médicale.
D’autres activités peuvent diminuer l’exposition totale, soit au niveau des individus soit au
niveau du nombre d’individus exposés. Ces activités sont appelées « interventions », c’est
le cas des actions concernant le radon dans les habitations ou les actions d’urgence qui
vont suivre une situation accidentelle (Figure 1.6).
Les dispositions réglementaires seront différentes pour les pratiques et les interventions.
Pour une pratique, on peut la planifier, l’accepter ou la refuser. Ces activités seront stric-
tement réglementées. Pour les interventions, la notion de réglementation ne s’applique
plus, il appartient aux acteurs de gérer la crise et d’agir dans un concept d’optimisation
adapté à la situation. Il en va de même pour l’irradiation naturelle où la décision de réduire
ses effets éventuels ne peut que découler d’une décision politique optimisée en termes de
santé publique, c’est le cas du radon par exemple.
Une intervention sur un lieu de travail, réparation par exemple d’un ensemble défaillant,
est, pour la CIPR, une pratique qui sera soumise à réglementation (voir Chapitre 13). Elle
entre dans le fonctionnement supposé d’une installation. Il ne faut donc pas confondre ce
terme technique avec la définition de la CIPR pour qui intervention ne concerne que les
situations héritées de la situation géologique, le radon, ou d’un accident qui par définition
ne se réglemente pas, celui de Tchernobyl par exemple.
Compte tenu de cette difficulté de langage qui peut conduire à confusion, la CIPR réfléchit
actuellement sur la redéfinition de ce concept.
En effet, à l’usage, cette distinction ne s’avère pas aussi opérationnelle qu’on a pu
l’attendre. Prenons par exemple le cas d’un site contaminé dû à un héritage du passé, situé
à proximité d’une installation nucléaire : les personnes du public comprennent mal que
les expositions provenant de l’un soient gérées selon des critères différents de celles prove-
nant de l’autre, on y reviendra plus loin.
Enfin, pour l’irradiation médicale, la CIPR distingue bien l’irradiation du patient pour
lequel un bénéfice immédiat est attendu, et pour lequel il n’y aura pas de réglementation,
seulement des recommandations pour optimiser la pratique et le personnel qui se verra
appliquer la réglementation courante.
1.5.2. Les trois principes
Le système de protection radiologique pour les pratiques existantes ou envisagées est basé
sur trois principes qui seront de nouveau évoqués dans le chapitre 14 traitant de la régle-
mentation.
La justification des pratiques : aucune pratique ne peut être adoptée si elle n’apporte pas
un avantage suffisant aux individus exposés ou à la société. Cette justification trouve ses
racines dans les fondements même de la démocratie, ainsi certains États trouvent justifiée
la production d’électricité par l’énergie nucléaire, d’autres non. La CIPR laisse aux États la
responsabilité de la justification.
L’optimisation de la protection est fondée sur l’adoption, par principe, de la relation dose-
effet linéaire sans seuil. Sachant que toute irradiation produira un effet, la CIPR demande
que, pour toute source associée à une pratique, le niveau des doses individuelles, le
36 Radioprotection et ingénierie nucléaire
nombre de personnes exposées, ainsi que la probabilité de subir des expositions soient
maintenues aussi bas que raisonnablement possible, compte tenu des facteurs économi-
ques et sociaux. Ce principe demande aux acteurs que le risque accepté soit réduit à un
niveau socialement acceptable. Là encore le dialogue démocratique avec les différents
acteurs de la société aura une place importante. L’optimisation étant un point essentiel
dans la mise en place du système de protection radiologique, nous l’évoquerons de
nouveau dans le chapitre 14 et nous le détaillerons dans le chapitre 15.
Enfin, si une activité est justifiée, si l’optimisation est mise en place, la CIPR demande que
cela ne se fasse pas au détriment d’une seule personne ou d’un petit groupe et demande
qu’au niveau individuel, aucun individu ne soit exposé à un niveau de risque jugé inac-
ceptables dans le cadre des pratiques et dans des circonstances normales, c’est le principe
de limitation des expositions.
L’application simultanée de ces trois principes est nécessaire. Il est fondamental que ces
principes soient considérés comme un tout. Aucun d’entre eux ne peut être appliqué sépa-
rément.
1.5.3. Recommandations de la publication 60
Les recommandations de la CIPR, publiées en 1991 (publication 60 de la CIPR), sont la
base de la réglementation actuelle qui sera développée dans le chapitre 14. Elles succé-
daient à de précédentes recommandations publiées en 1977. Actuellement la CIPR a lancé
une nouvelle réflexion pour moderniser ses dernières recommandations. Le processus en
cours pourrait se terminer en 2007. Nul ne peut préjuger de leur prise en compte pour de
nouvelles recommandations. Notons, par exemple que les recommandation de 1991 ne
se sont retrouvées dans la réglementation française qu’en 2002.
Nous verrons dans le paragraphe 1.7 les caractéristiques des évolutions majeures.
En 1990, la CIPR a publié des recommandations (ICRP 60, 1991) en tenant compte de
l’évolution des connaissances scientifiques de l’époque et tout particulièrement les
données concernant les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.
Compte tenu des temps de latence des différents cancers observés, la CIPR avait dans cette
publication modifié les facteurs de sensibilité (WT) des différents organes publiés dans les
précédentes recommandations (ICRP 26, 1977) (Figure 1.7). De nouveaux travaux scien-
tifiques avaient montré que la toxicité des neutrons était sous-évaluée, la CIPR a donc
doublé les valeurs des facteurs de nocivité des neutrons (WR). Depuis cette même CIPR est
revenue en arrière pour les neutrons dont l’énergie est inférieure à 1 MeV (ICRP 92, 2003).
Toujours dans ses recommandations de 1990, la CIPR a modifié, par rapport à ses recom-
mandations de 1977, ses facteurs de risque par unité de dose. Enfin la CIPR a tenu compte
dans ses dernières recommandations de l’état de l’art de l’époque, sur les effets du débit
de dose.
S’appuyant sur toutes ces considérations, la CIPR a recommandé alors de nouvelles
limites d’exposition pour les travailleurs et le public ; une limite de 100 mSv sur 5 ans pour
les travailleurs, à condition qu’une valeur de 50 mSv ne soit pas dépassée en une seule
année et une limite annuelle de 1 mSv pour le public, valeur limite qu’il ne faut pas ajouter
à l’irradiation naturelle préexistante. Pour les travailleurs, de nombreux États, dont la
France, n’ont pas pris en compte la souplesse autorisée par la CIPR et fixent à 20 mSv la
limite annuelle.
1 - Les bases de la protection radiologique 37
Figure 1.7. Chronologie de l’apparition des différents cancers parmi les survivants des
bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.
Comment en est-elle arrivée à ces valeurs ? La CIPR a étudié l’espérance de vie d’une
population exposée aux rayonnements ionisants. Elle compare ce qu’il adviendrait en cas
d’une exposition, chaque année à la limite d’exposition et ce durant toute la vie profes-
sionnelle, aux courbes d’espérance de vie des populations de référence (Figure 1.8 a).
Compte tenu des facteurs de risque qu’elle a choisi et du temps de latence des différents
cancers qui peuvent résulter d’une exposition aux rayonnements ionisants, elle a évalué
la perte d’espérance de vie pour différents niveaux de dose, allant de 50 mSv.an–1
(figure 1.8.b) à 20 mSv.an–1 et en a déduit que la valeur de 20 mSv.an–1 ne modifiait en
rien l’espérance de vie d’un travailleur qui y serait exposé durant toute sa vie profession-
nelle. Elle considère alors que le risque lié à une exposition de 20 mSv.an–1 est acceptable
et c’est cette limite qu’elle recommande pour réglementer l’exposition aux risques liés aux
rayonnements ionisants. Malgré cette considération, la CIPR recommande toutefois, nous
l’avons vu dans la définition du principe d’optimisation, qu’il est recommandé de tendre
vers une exposition la plus faible possible.
1.6. Évolutions prévisibles des bases scientifiques
et leurs répercussions potentielles sur
le système de protection radiologique
Après les débats souvent très vifs qui ont entouré l’adoption en 1990 de nouvelles recom-
mandations par la CIPR (CIPR 60) pour la protection des personnes à l’égard des rayonne-
ments ionisants et au moment où les différents pays appliquent dans leur réglementation
ces recommandations plus restrictives, il est nécessaire de se poser la question suivante :
des avancées scientifiques en radiobiologie et radiopathologie peuvent-elles introduire
des modifications nouvelles dans le système de radioprotection dans les 5 à 10 ans à venir
et plus particulièrement sur quatre points suivants ; la relation dose-effet, l’éventuelle
signature des rayonnements sur un cancer, la prédisposition génétique et la quantification
38 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 1.8. a) Probabilité de décès par an pour diverses populations, b) Effet sur l’espérance de vie
d’une exposition permanente à 50 mSv/an durant toute la vie professionnelle (50 ans). D’après
ICRP Publication 60 (1991, 1990)
des effets combinés sur la santé. C’est ce qu’a fait, entre autres, le comité de radioprotec-
tion et de santé publique de l’OCDE en 1998 (AEN 1998), réflexion renouvelée en 2005.
En France, l’Académie de médecine a également refléchi à ces questions en 2005.
1.6.1. Ce que la communauté scientifique sait
Les rayonnements ionisants provoquent des effets déterministes aux fortes doses (à partir
de 1 Gy), telles l’atteinte du système hématopoïétique (moelle osseuse) qui a condamné
rapidement une trentaine de personnes à Tchernobyl, les brûlures dermiques, la cataracte
si l’on est exposé aux neutrons, etc.
Ils peuvent induire des cancers aux faibles doses, mais le pouvoir cancérogène est faible
dans les conditions d’expositions normales que l’on rencontre dans la vie professionnelle.
L’augmentation du taux de cancers n’a été prouvée qu’au-dessus d’une exposition allant
selon les différentes études de 50 à 100 mSv chez l’adulte et de 10 à 20 mSv chez l’enfant.
Aucun effet héréditaire n’a été observé à ce jour chez l’homme, ni parmi les survivants
d’Hiroshima-Nagasaki, ni chez les travailleurs de l’industrie nucléaire, ni parmi les liqui-
dateurs et les victimes de Tchernobyl. Aujourd’hui la CIPR discute de l’opportunité de
baisser la part attribuée au risque génétique en abaissant éventuellement le WT qui lui est
attribué de 0,20 à 0,05. Seule la prudence qui recommande d’attendre plusieurs généra-
tions avant de prendre une telle décision retarde cette décision.
La sensibilité des organes à l’apparition de cancers varie d’un organe à l’autre, le poumon
est par exemple plus sensible que le sein lors d’une irradiation homogène.
1 - Les bases de la protection radiologique 39
À l’exception des leucémies (qui apparaissent environ 5 ans après irradiation chez
l’adulte) et des cancers de la thyroïde chez l’enfant (le premier excès de cancers de la
thyroïde à Tchernobyl a été observé 3 ans après l’accident), les temps de latence sont longs
(15 à 30 ans).
Il existe des mécanismes naturels de réparation de l’ADN endommagé par exemple par
l’irradiation, mais qui ne sont pas toujours efficaces.
L’embryon et le fœtus sont plus sensibles que l’adulte. Nous savons aujourd’hui que pour
les cancers de la thyroïde observés parmi les populations proches de Tchernobyl, les
enfants les plus sensibles ont été ceux exposés in utero. La sensibilité décroît avec l’âge et
s’approche de celle de l’adulte peu après 5 ans.
1.6.2. Mais restent des inconnues
On ne sait toujours pas si la relation dose-effet aux faibles doses est linéaire ou avec seuil.
Au cas par cas, on connaît des exceptions où l’on voit des effets de seuil, l’inhalation
d’oxyde de plutonium, l’ingestion de radium...
La notion de dose pour évaluer le risque après incorporation de radionucléides émetteurs
α est sujette à caution.
La part des facteurs individuels (âge, sexe, prédisposition génétique, etc.) et la part des
facteurs environnementaux (pollution, infections, etc.) restent toujours mal connues.
La nocivité comparée des différents rayonnements n’est pas bien connue aux faibles doses.
La comparaison des effets observés après une exposition chronique et une exposition
aiguë est à revisiter.
L’effet des rayonnements sur les différentes étapes de la cancérogenèse reste en partie
inexpliqué. Ces étapes du processus tumoral démarrent par une lésion de l’ADN ou d’une
erreur de réplication de celui-ci, apparaît ensuite la phase d’initiation par mutations, trans-
positions ou délétions en l’absence de réparation efficace, c’est après ce stade que la proli-
fération clonale de cellules initiées peut démarrer. Vient ensuite une accumulation
d’événements conduisant à l’apparition de cellules pré-cancéreuses puis cancéreuses et à
leur progression vers une malignité croissante.
Il est possible qu’aux faibles doses et faibles débits de dose, l’apoptose, qui est un méca-
nisme d’autosuppression des cellules anormales, soit le phénomène majeur éliminant les
cellules touchées. Si ceci était confirmé, l’existence d’un seuil serait possible.
L’origine d’un cancer particulier ne peut être précisément attribuée à l’exposition aux
rayonnements.
L’existence d’une réponse adaptative de l’organisme aux rayonnements ionisants est
inconnue au niveau de l’induction tumorale alors qu’elle est observée au niveau cellu-
laire.
L’existence d’effets bénéfiques des rayonnements chez l’homme, hormésis, n’a jamais été
démontrée de manière irréfutable aux faibles doses, bien que ces faibles doses puissent
avoir un effet stimulant sur les mécanismes de réparation des lésions de l’ADN.
Le risque de maladies non cancéreuses induites par les rayonnements et affectant les
systèmes cardiovasculaire, pulmonaire et digestif est difficile à interpréter en terme de rela-
tion dose-effet. Et l’on ne sait pas aujourd’hui s’il existe un seuil aux environs de 500 mSv.
40 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Enfin, on ne connaît pas encore très bien les conséquences de « l’effet de proximité » qui
consiste à observer, parmi des cellules non irradiées, des modifications identiques à celles
observées chez des cellules irradiées. Pour certains, cet effet pourrait être un facteur aggra-
vant, pour d’autres, un effet protecteur par induction de mécanisme apoptotique.
1.6.3. Le choix de la CIPR pour la relation dose-effet
Le débat sur la relation dose-effet remonte à plusieurs décennies déjà, mais n’est toujours
pas clos. Pour les effets stochastiques, plusieurs hypothèses sont proposées (Figure 1.9). Le
système de radioprotection reste cependant basé depuis plus de quarante ans sur des hypo-
thèses prudentes et raisonnables mais non vérifiées. Aujourd’hui l’hypothèse linéaire sans
seuil qui prédit, quelle que soit la dose, une augmentation, si faible soit-elle, des cancers,
reste le fondement de la radioprotection bien qu’une autre relation puisse être établie dans
certains cas. Ainsi les dernières analyses du suivi de survivants d’Hiroshima et Nagasaki
montrent que l’apparition des leucémies n’est notable qu’au-delà de 100 mSv et qu’une rela-
tion linéaire quadratique est la plus probable (Figure 1.10.a). Mais comme la relation linéaire
est plus prudente pour les autres cancers (cancers solides) (Figure 1.10.b) et que ceux-ci sont
plus nombreux, c’est cette relation que la CIPR a donc choisie et continue d’appliquer.
Figure 1.9. Forme des relations dose-effet stochastiques.
Les dernières données concernant les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki n’ont pas
apporté d’enseignements décisifs quant à la forme de la relation aux très faibles doses. Elles
conduisent à des coefficients de risques légèrement inférieurs à ceux retenus par la CIPR
dans ses dernières recommandations (CIPR 60). Ceci est lié à l’apport d’observations supplé-
mentaires parmi les survivants qui conduisent plus de 40 ans après l’irradiation à une esti-
mation de plus en plus sûre des effets et une amélioration des estimations statistiques.
Notons également que, lorsque la CIPR a fait ses premières estimations de risque, le devenir
des survivants des bombardements n’était pas connu. Il lui fallait donc, sur la base des
premières observations, choisir entre un modèle additif (Figure 1.11.a) ou multiplicatif
(Figure 1.11.b) pour prédire l’apparition de cancers. Par rapport à l’apparition « spontanée »
des cancers en fonction de l’âge, le modèle additif (a) provoque une addition notable mais
qui ne dure pas dans le temps, alors que le modèle multiplicatif (b) multiplie de manière
constante la fréquence d’apparition des cancers.
1 - Les bases de la protection radiologique 41
Leucémie Cancers solides
Modèle linéaire
Modèle linéaire-
pour < 4.0 Sv
quadratique pour < 4.0 Sv
Modèle linéaire
pour < 0.5 Sv
Modèle quadratique
pour < 0.5 Sv
Modèle linéaire-
quadratique pour < 0.5 Sv
a b
Figure 1.10. Relations dose-effet pour les leucémies (a) et les cancers solides (b) observés parmi
les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.
Figure 1.11. Addition d’événements stochastiques par rapport à la fréquence d’apparition
« spontanée » des cancers avec l’âge selon un modèle « additif » (a) ou « multiplicatif » (b).
42 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Par précaution, la CIPR a d’emblée choisi le modèle multiplicatif, plus conservateur,
l’histoire lui a donné raison, bien qu’aujourd’hui, il semble majorer sensiblement le risque.
1.6.4. Un cas particulier qui mériterait plus ample
réflexion, la gestion des déchets nucléaires à vie
longue, la notion de radiotoxicité
La radiotoxicité d’un radionucléide se définit actuellement en termes de dose efficace
engagée que recevra un individu, suite à l’incorporation d’un radionucléide. La dose par
unité d’incorporation (DPUI) est exprimée en Sv par Bq. Plus la DPUI sera élevée, plus le
radionucléide sera considéré comme radiotoxique. Son calcul, nous l’avons vu, tient
compte de la période radioactive du radionucléide, de l’énergie de son émission, et de sa
période biologique (Tableau 1.3).
Tableau 1.3. Activités spécifiques et radiotoxicité de certains radionucléides
Demi-vie Activité spécifique Dose efficace engagée après
Radionucléide
(années) (Bq >
g–1) >
ingestion (Sv Bq–1)
129I 15,7 × 106 6,53 × 106 1,1 × 10–7
135Cs 2,3 × 106 4,25 × 107 2,0 × 10–9
137Cs 30,2 3,2 × 1012 1,3 × 10–8
238U 4,47 × 109 1,24 × 104 4,5 × 10–8
235U 7,04 × 108 7,11 × 104 4,7 × 10–8
237Np 2,14 × 106 2,6 × 107 1,1 × 10–7
238Pu 87,7 6,34 × 1011 2,3 × 10–7
239Pu 2,41 × 104 2,3 × 109 2,5 × 10–7
241Am 432 1,27 × 1011 2,0 × 10–7
Les normes de radioprotection sont actuellement fondées, par précaution, sur le principe
que, quelle que soit la dose de rayonnement reçue par un organisme, un effet stochastique
sera possible, seule sa fréquence d’apparition sera fonction de la dose reçue. La relation
entre la dose et l’effet est supposée linéaire et sans seuil. La radiotoxicité, basée sur la seule
approche dosimétrique, sous-tend cette relation dose-effet linéaire sans seuil, quels que
soient les effets biologiques réellement observés.
Le système de la dose équivalente et la dose efficace qui permet de comparer les effets de
tous les rayonnements est un système qui permet de manière relativement simple, et
malgré ses incertitudes, de gérer dans les laboratoires et usines la radioprotection. Il paraît
difficile de le remettre en cause, tout particulièrement dans les installations où le risque
potentiel est mixte. Les résultats des cinquante dernières années montrent qu’il est opéra-
tionnellement fiable.
À l’inverse, pour les situations où le problème n’est pas de légiférer des activités humaines,
mais de prévoir le risque potentiel de telle ou telle activité, ou d’estimer les conséquences
d’un accident, il devient tout à fait envisageable, voire nécessaire de ne plus adopter une
telle attitude mais le risque réel, si des connaissances scientifiques nous l’autorisent. C’est
1 - Les bases de la protection radiologique 43
le cas de la gestion des déchets à long terme tout comme l’exposition à certaines sources
naturelles.
Lorsque l’exposition résulte d’une exposition interne suite à une contamination par des
radionucléides à vie longue, cette relation peut être remise en cause au profit d’une rela-
tion supra-linéaire ou d’une relation avec seuil ou pseudo-seuil. L’acquisition de connais-
sances scientifiques solides permettrait une approche spécifique de l’évaluation du risque
qui pourrait répondre de manière appropriée au problème de la gestion des déchets
nucléaires à vie longue, par définition d’activité spécifique faible. Leur retour à l’homme,
par la chaîne alimentaire, ne conduira qu’à de faibles expositions à de faibles débits de
doses, la notion d’activité spécifique étant prépondérante dans ce cas de figure. Rappelons
qu’une thyroïde humaine contient entre 10 à 15 mg d’iode, ce qui représenterait entre
65000 et 100000 Bq si tout cet iode était 129I.
Ce type de relation dose-effet a été observé chez l’animal après l’inhalation d’oxyde de
239Pu par le rat ou l’inhalation d’oxyde de 239Pu ou 238Pu par des chiens. Ce phénomène
a été également observé chez l’homme pour les cancers des os induits à faible débit de
dose par du 226Ra. À tous ces exemples qui mettent en cause des émetteurs α, il faut
ajouter les travaux de l’Université de Davis chez des chiens qui ont ingéré du 90Sr. Bien
que celui-ci soit un émetteur β, il existe également un seuil de 13,3 Gy pour les leucémies
et de 20 Gy pour les autres cancers dont les cancers osseux.
1.6.5. Un cancer peut-il être attribué sûrement
aux rayonnements ionisants ?
Nous savons par expérience que l’augmentation de certains cancers, leucémies par
exemple, est liée à l’exposition aux rayonnements. Parmi les enfants proches de la centrale
de Tchernobyl, l’augmentation brutale de cancers de la thyroïde est liée sans aucun doute
à la dispersion d’iode radioactif pendant l’accident. Cependant, il est impossible, dans
l’état actuel des connaissances, de reconnaître parmi les cancers, ceux qui sont provoqués
par l’exposition aux rayonnements aux faibles doses, et ceux dont l’apparition serait
« spontanée ».
L’indemnisation des maladies professionnelles des travailleurs est actuellement basée sur
la notion de risque attribuable. Si de réelles avancées scientifiques permettaient d’attribuer
un cancer aux rayonnements, les bases de l’assurance maladie et l’indemnisation des
travailleurs seraient bouleversées. Néanmoins on ne peut pas espérer, dans ce domaine,
des avancées spectaculaires et applicables dans un proche avenir.
1.6.6. Cancer radio-induit et prédisposition génétique
La question de la prédisposition génétique aux cancers induit par les radiations, et en parti-
culier celles des travailleurs, est un sujet de préoccupation pour la radioprotection car elle
risque de devenir un des grands sujets de la radioprotection, dans la mesure où elle peut
avoir un impact sur les politiques nationales en matière d’emploi, d’assurance et d’indem-
nisation.
Aujourd’hui, par exemple, les sujets atteints d’une maladie rare, l’ataxie-télangectasie, ont
une sensibilité aiguë aux rayonnements ionisants. Facilement identifiables, ils ne seront
pas acceptés pour des emplois à risque. D’autres recherches, plus générales, sur la prédis-
position à certains cancers sont en cours, mais les résultats scientifiques sont difficiles à
44 Radioprotection et ingénierie nucléaire
interpréter et n’apparaissent qu’à des doses élevées relevant plus de la radiothérapie que
de la radioprotection.
Il faut toutefois attirer l’attention sur l’application en termes d’emploi de ces éventuels tests
pour détecter la prédisposition génétique d’un individu. Comme pour d’autres secteurs
d’activités, l’hypothèse d’une éventuelle « sélection génétique » qui pourrait en découler
à l’embauche soulève des problèmes éthiques et sociaux considérables.
1.6.7. Effets combinés des rayonnements
et d’autres polluants
La relation dose-effet aux faibles doses est actuellement mal connue aussi bien pour les
rayonnements ionisants que pour les autres polluants (amiante, tabac, solvants, etc.). Il est
donc très difficile de prédire des effets combinés. Toutefois, il faut noter que les estimations
de risques de la CIPR sont faites à partir de populations soumises à des effets combinés
(Hiroshima-Nagasaki) puisque c’est le lot de tout individu dans le monde actuel. On peut
raisonnablement penser que ces coefficients de risque prennent bien en compte ces effets
combinés. Il ressort toutefois que, parmi les cofacteurs fréquemment rencontrés, le tabac
a un effet dominant.
1.7. La réflexion en cours à la CIPR pouvant
modifier le système de protection radiologique
Nous avons vu tout au long de ce chapitre que certains points des bases de la protection
radiologique pouvaient dans un avenir plus ou moins proche, changer.
1.7.1. Pourquoi modifier le système ?
Plusieurs raisons de modifier sensiblement le système sont apparues (Sugier et Nenot,
2005) :
– Depuis 1990, la connaissance des effets des radiations s’est affinée, tant au niveau des
mécanismes qu’au niveau de l’épidémiologie. Ceci conduit la CIPR à proposer des valeurs
du détriment total (cancers plus effets héréditaires) légèrement plus faibles aujourd’hui
qu’en 1990 (6,5 % par sievert pour les populations et 4,9 % pour les travailleurs au lieu
de 7,3 et 5,6 respectivement). Mais les connaissances scientifiques acquises depuis une
quinzaine d’années, si importantes soient-elles, ne justifient pas de remaniement en
profondeur du système de radioprotection, ni de modifications notables des limites régle-
mentaires. Seuls des ajustements des facteurs de pondération WR et WT seront prochaine-
ment proposés, le point le plus marquant étant la baisse du risque héréditaire (voir les
paragraphes 1.4.3 et 1.4.4).
– Le retour d’expérience de l’application des recommandations de 1990 de la CIPR, bien
que récent dans certains pays, (la France n’a transposé ces recommandations qu’en 2002
– voir Chapitre 14) a montré que le système paraissait complexe et soulevait parfois des
problèmes pratiques difficiles à résoudre. Notons par exemple la frontière entre pratique
et intervention. Le public a du mal a comprendre que la limite de dose pour le public soit
fixée à 1 mSv, valeur inférieure au bruit de fond naturel. De plus cette limite ne s’applique
pas dans les situations d’urgence.
1 - Les bases de la protection radiologique 45
– Pour l’optimisation, le mécanisme proposé est identique pour toutes les situations
(Figure 1.12). Au centre des cercles figurent la situation souhaitée. À gauche, la pratique,
on optimise obligatoirement à l’intérieur du cercle puisqu’on réglemente l’exposition
maximale autorisée. À droite, après un accident ou suite à une exposition préexistante, on
tentera de rentrer dans un cercle identique au précédent et tendre vers la situation
souhaitée par touches successives. Avec une telle présentation, il est possible d’expliquer
au public les différences observées dans la gestion de situations différentes plus facile-
ment, différences qui ne sont que temporaires.3
Figure 1.12. Schéma d’organisation de l’optimisation.3
– Enfin et peut-être surtout, il est apparu nécessaire d’adapter les règles de 1990 à l’évolution
des courants de pensée de la société moderne. Ainsi la CIPR propose dans ses nouvelles
réflexions d’affiner ses recommandations pour la protection de l’environnement. Elle consi-
dère également qu’il devient aujourd’hui nécessaire d’associer les parties prenantes dans les
aspects décisionnels, mais laisse aux États le soin d’organiser cette concertation.
1.7.2. Que propose-t-elle de nouveau ?
Les trois principes évoqués plus avant, Justification des pratiques, Optimisation de la
protection et Limitation des expositions sont conservés.
La CIPR met aujourd’hui encore plus l’accent sur la protection de l’individu et fait primer
désormais le concept de contrainte de dose. Ceci pour mieux protéger selon elle, l’indi-
vidu. La limite de dose ne s’applique qu’aux situations d’expositions normales (les prati-
ques) alors que la contrainte s’applique quelle que soit la situation (normale, d’urgence ou
préexistante).
Dans l’ancien système, la limite était multisource et fixée pour un individu. Dans sa
réflexion actuelle, la CIPR fixe la contrainte au niveau d’une source unique (parfois diffi-
cile à définir) et la lie à l’optimisation.
Exception faite de l’exposition des patients irradiés pour des raisons médicales, la contrainte
constitue le niveau de base de protection, qui doit être atteint dans les situations normales,
les accidents et les urgences, ainsi que dans le cas d’exposition maîtrisable pré-existante.
3 Avec la collaboration de Jean-François Lecomte.
46 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Toutefois, tout comme la limite dans le système actuel, le dépassement de la contrainte de
dose ne signifie en aucun cas le franchissement d’un cap dans l’échelle des risques, ce sera
tout simplement une infraction si les autorités nationales lui confèrent ce statut.
La CIPR indique dans son projet actuel quatre valeurs maximales de contraintes (expri-
mées en dose efficace), pour les travailleurs et les personnes du public, regroupant
plusieurs situations d’exposition à une source, prédominate sur toutes les autres sources.
Le tableau 1.4. résume les caractéristiques des situations répondant à ces critères et fournit
des exemples concrets.
Toutefois, la CIPR maintient les limites qu’elle avait fixées dans ses recommandations
précédentes ce qui, contrairement aux objectifs fixés, ne semble pas perçu actuellement
comme une simplification.
Au niveau des grandeurs dosimétriques, la CIPR propose de ne garder que la dose
absorbée et la dose efficace, comme nous les avons définies dans ce chapitre. La dose
équivalente disparaîtra formellement et ne sera qu’une étape du calcul de la dose efficace.
En fait, le projet tel qu’il est présenté constitue plus une actualisation des recommanda-
tions qu’un réel changement. Actuellement on ne peut préjuger de son devenir, tant les
résitances sont fortes, et si l’on se réfère à l’expérience passée, sa transposition dans la
réglementation des différents pays soulèvera encore bien des discussions, si finalement
elle a lieu.
Tableau 1.4. Contraintes de dose maximale, selon les situations d’exposition,
pour une source dominante. D’après Sugier et al., Radioprotection (2005).
Situations d’exposition
Contraintes
(mSv en 1 an) Exemples concrets
Caractéristiques des situations
de situations
Aucun bénéfice Urgences, uniquement pour sauver des
100
individuel ou sociétal vies humaines
Difficilement maîtrisable
Urgences
Bénéfice individuel direct ou indirect
20 Quand les mesures de protection sont
Information précise du public, forma-
difficiles à mettre en œuvre
tion et surveillance des travailleurs
Facilement maîtrisable Exposition professionnelle en général
Bénéfice individuel direct ou indirect Expositions préexistantes
Information et évaluation de l’exposi- Exposition des personnes du public dans
1 tion du public, formation et sur- les urgences, quand les mesures de pro-
veillance des travailleurs tection sont faciles à mettre en œuvre
Exposition des accompagnateurs et soi-
gnants de patients (domaine médical)
Facilement maîtrisable
Bénéfice sociétal, mais pas de béné-
fice individuel direct Exposition des personnes du public en
0,01
Information générale, pas de forma- général
tion, pas d’évaluation
individuelle de l’exposition
Utilité du contrôle sujette
< 0,01 Toutes les situations d’expositions
à appréciation
1 - Les bases de la protection radiologique 47
1.8. Conclusions
Le système de protection radiologique a été particulièrement efficace si l’on se réfère aux
nombres de maladies professionnelles déclarées, moins de 20 par an en France depuis sa
création, dans ce secteur d’activité.
Ce système est critiqué, voire combattu et F. Romerio a fait l’analyse des différents para-
digmes qui ont été conçus pour estimer et gérer les risques des radiations ionisantes à
faible doses (Romerio, 2000). Le premier paradigme sur lequel se base la CIPR et les régle-
mentations actuelles affirme que l’effet des faibles doses est relativement faible, mais qu’il
existe et que l’on peut le gérer à un niveau acceptable compte tenu des bénéfices parallè-
lement observés. Le second représenté par exemple par l’Académie des sciences et
l’Académie de médecine juge que le risque à faible dose est surestimé et que l’existence
d’un seuil est avérée (Académie des sciences, 1995, Tubiana, 2005). Il en résulte que les
tenants de ce paradigme estiment que les recommandations de la CIPR 60 sont excessive-
ment contraignantes à faible dose. Enfin le troisième paradigme représenté par les oppo-
sants irréductibles à l’énergie nucléaire affirme que les risques aux faibles doses sont bien
plus forts qu’aux doses élevées et que les limites recommandées actuellement ne sont pas
assez contraignantes. On peut craindre hélas, que la rivalité entre ces trois paradigmes n’a
pas vraiment bénéficié au progrès scientifique, ce progrès pourrait être escompté si les
tenants des trois paradigmes s’avéraient prêts à confronter leurs hypothèses et à comparer
leurs résultats. Aujourd’hui on peut hélas parler d’opposition figée.
La conclusion est que le paradigme sur lequel se fonde la réglementation actuelle semble
aux yeux de la majorité le plus mûr et le mieux accepté par la majorité du monde scienti-
fique et du monde sociétal. Ce système, et la baisse des limites de doses réglementaires
qu’il a introduit en 1990, ne semble pas devoir être remis en cause dans la décennie
prochaine par de nouveaux résultats scientifiques. En effet, le système de radioprotection
a largement anticipé sur les progrès des connaissances, car il était évident, par exemple,
qu’on ne pouvait attendre d’avoir tous les enseignements du suivi médical des survivants
d’Hiroshima-Nagasaki pour bâtir un système de radioprotection fiable. Toutefois il faut
saluer la CIPR qui, ayant tiré les leçons des incompréhensions que peuvent engendrer le
système actuel, a proposé des évolutions. Ceci conforte l’impression que le premier para-
digme est bien le plus mûr, prêt à accepter toute discussion permettant d’aller, une
nouvelle fois, de l’avant au grand bénéfice des travailleurs, de la population et de la
société (Clarke, 1999).
Références
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septembre-octobre 2002.
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Report to the general Assembly, with scientific annexes, Sources and Effects of Ionizing
Radiation, vol. I, Sources, vol. II, Effects (United Nations, New York).
Partie I
GRANDEURS, DOSIMÉTRIE
ET SURVEILLANCE
2 Concepts de base
Bruno Lauwers, Didier Paul
et Isabelle Aubineau-Lanièce
Introduction
Ce chapitre est basé sur la relation fondamentale qui lie le couple (émetteur – récepteur)
en physique. En radioprotection, l’émetteur est constitué dans notre cas particulier par une
source radioactive ou un générateur de rayonnements (tube à rayons X, accélérateur). Le
récepteur est quant à lui représenté par un détecteur inerte de rayonnements de type radio-
mètre, compteur, dosimètre ou spectromètre, étudié et décrit au chapitre 4. L’homme face
aux rayonnements est considéré à ce niveau comme un « détecteur » particulier, mettant
en évidence les effets des rayonnements sur la matière vivante.
L’objectif de ce chapitre est la description des concepts de base qui permettent de passer
de l’émetteur au récepteur, donc de la source au dosimètre et du dosimètre à l’homme que
l’on cherche à protéger. Il convient donc de caractériser les rayonnements et de les classer
selon leur nature et leurs modes d’interaction.
Nous nous intéresserons dans un premier temps à l’atténuation des photons X ou γ en vertu
de la dualité onde corpuscule. Classés souvent non rigoureusement comme des rayonne-
ments non ionisants, il est préférable d’insister sur le caractère aléatoire, probabiliste des
interactions qui conduisent à une perte en nombre des photons à la traversée d’un milieu.
Sur un plan quantitatif, le résultat des interactions est caractérisé par un jeu de coefficients
macroscopiques décrivant le phénomène d’atténuation des photons comme une combi-
naison d’effets relatifs à l’absorption et à la diffusion de ces photons que l’on peut relier
aux sections efficaces.
Dans un deuxième temps, nous étudierons les particules chargées en séparant les parti-
cules légères (électrons) et les particules lourdes directement générées ou indirectement
mises en mouvement par des photons ou encore des neutrons. Les interactions entre parti-
cules chargées sont donc de nature coulombienne et systématique contrairement aux
photons et conduisent à un ralentissement de ces particules qui perdent leur énergie sur
leur parcours par collision (production de rayonnement de freinage). Les coefficients asso-
ciés sont les pouvoirs d’arrêt ou pouvoirs de ralentissement et le transfert linéique
d’énergie.
L’interaction des neutrons classés en fonction de l’énergie est aussi traitée notamment avec
le tissu biologique.
52 Radioprotection et ingénierie nucléaire
2.1. Interaction des rayonnements avec la matière
Un certain nombre de particules ou de rayonnements sont émis lors des phénomènes
nucléaires. Ces rayonnements et particules sont susceptibles d’entraîner des dommages
dans la matière, qu’elle soit vivante ou non, car ils vont y produire des interactions.
Ces interactions seront différentes selon le type de particules ou de rayonnements, le but
du cours d’interaction rayonnement matière est d’étudier ces phénomènes qui permettront
la compréhension des grandeurs utilisées en dosimétrie.
2.1.1. Classification des rayonnements ionisants
Les rayonnements ionisants sont classés selon deux types. Cette distinction se justifie par
le fait que les interactions, en raison de leurs mécanismes, sont fondamentalement diffé-
rentes même si les conséquences sont sensiblement identiques.
La classification des rayonnements est la suivante :
– les rayonnements électromagnétiques et particules non chargées appelés rayonnements
indirectement ionisants (RII), ce sont donc les rayonnements γ, X, de freinage, les neutrons
et les neutrinos ;
– les particules chargées, appelées aussi rayonnements directement ionisants (RDI), ce
sont donc les particules α, β+, β−, les protons et les fragments de fissions.
2.1.2. Interaction des photons
Les rayonnements électromagnétiques sont des ondes caractérisées par leur énergie et leur
provenance (Figure 2.1).
Les émissions de photons peuvent provenir des phénomènes suivants :
– la désexcitation du noyau suite à une modification de sa structure ;
– la désexcitation du cortège électronique ;
– la production de rayonnement de freinage ;
– la dématérialisation ou l’annihilation des positons.
L’ordre de grandeur de l’énergie est de quelques keV à la centaine de keV pour les X et de
quelques keV à quelques MeV pour les γ (rarement plus de 2 à 3 MeV suite à une désin-
tégration, mais possible jusqu’à 7 MeV pour les réactions nucléaires).
Remarque : La différence entre photons X et γ ne se fait pas au niveau de l’énergie mais
uniquement en fonction de leurs origines.
Quelle que soit l’origine du photon, son comportement dans la matière sera rigoureuse-
ment identique à énergie égale.
Les gammes d’énergie des photons sont fonction de leur origine :
– du keV à quelques MeV pour les γ ;
– du rayonnement ultraviolet jusqu’à environ 150 keV pour les X ;
– de quelques dizaines de keV à la valeur de l’énergie cinétique de l’électron ou du
positon qui lui a donné naissance pour le rayonnement de freinage ;
– 511 keV pour les photons issus de la dématérialisation de la paire électron-positon
appelé aussi annihilation.
2 - Concepts de base 53
Figure 2.1. Répartition des ondes électromagnétiques en fonction de l’énergie.
Les photons peuvent arracher des électrons du cortège électronique. Pour cela il faudra
une influence directe du photon sur l’électron puisque le photon n’est pas chargé. Selon
qu’il y a disparition ou non du photon, l’appellation de l’effet sera différente.
2.1.2.1. Atténuation des photons, les effets prédominants
Effet photoélectrique
C’est l’interaction d’un photon avec un électron du cortège électronique (Figure 2.2). Cette
interaction se traduit par la disparition, pour l’atome cible, de l’un de ses électrons qui
devient libre. Ce mécanisme conduit à la création d’une paire d’ions comprenant l’atome
ionisé (chargé positivement) et l’électron mis en mouvement (de charge négative).
Electron éjecté
Interaction
Photon
Figure 2.2. Effet photoélectrique.
Le photon a donc cédé toute son énergie. Une partie de cette énergie est cédée sous forme
d’énergie cinétique à l’atome et, du fait de la grande différence de masse entre électron et
noyau, on peut considérer que l’intégralité de cette énergie est emportée par l’électron.
L’énergie cinétique de l’électron Teph sera alors :
T eph E E l
L’énergie de liaison des électrons El sur les couches les plus profondes varie selon la nature
de l’atome (plus le Z de l’atome est élevé, plus l’énergie de liaison des électrons est forte) :
de 13,6 eV pour l’hydrogène à 142 keV pour le fermium.
C’est cet électron qui créera des ionisations dans la matière, le photon n’a pour sa part
provoqué directement qu’une seule ionisation.
54 Radioprotection et ingénierie nucléaire
L’effet photoélectrique est utilisé dans les cellules du même nom, les photons lumineux
(d’une énergie de quelques eV) arrachant des électrons périphériques d’atomes dont les
caractéristiques sont compatibles avec l’effet recherché. Il s’agit généralement du silicium
dont l’énergie de liaison des électrons les plus externes est de 7 eV.
Si l’énergie du photon est supérieure à l’énergie de liaison des électrons de la couche K,
Ek la majeure partie des interactions se fera avec cette couche. L’effet photoélectrique est
composé à 80% sur la couche K.
L’effet photoélectrique :
– diminue lorsque l’énergie du photon augmente en 1/E 3,5 pour les photons de faible
énergie et en 1/E pour les photons dont l’énergie est supérieure à 0,5 MeV ;
– augmente avec le Z de l’atome cible (la section efficace de l’effet photoélectrique évolue
en Z4,5 en moyenne, en Z3 pour Eγ < Ek puis en Z5 si E γ > E k).
La somme des énergies cinétiques des particules émises et des énergies des rayonnements
est égale à l’énergie du photon à l’origine de l’interaction.
Effet Compton
Il s’agit d’une interaction élastique d’un photon γ avec un électron, qui se traduit par l’éjec-
tion d’un électron peu lié ou libre (Figure 2.3), et par la diffusion d’un γ’ d’énergie infé-
rieure au γ incident (Figure 2.4).
Interaction Electron éjecté
Photon
Photon
Figure 2.3. Effet Compton.
Figure 2.4. Diffusion lors de l’effet compton.
2 - Concepts de base 55
L’énergie du photon diffusé :
E
E -------------------------------------------------------------
-
E
------------2- ( 1 cos ) 1
me c
sera :
– maximale lorsque θ tend vers 0 (si θ = 0 cela correspond à l’absence d’interaction) ;
– minimale lorsque θ tend vers 180˚ (rétrodiffusion du photon).
L’énergie maximale du photon diffusé est donc comprise entre :
E
---------------------------- E E
2 E
-1
----------------
2
me c
L’énergie de l’électron mis en mouvement est :
E
T ec --------------------------------------------
-
2
me c
1 ---------------------------------
E (1 cos )
En fonction de l’angle d’incidence, on a une énergie comprise entre :
E
0 T ec ---------------------------
-
2
me c
1 -----------------
2 E
Dans le cas du photon rétro-diffusé :
E
E ---------------------------
-
2 E
----------------
- 1
2
me c
ce qui donne si E γ est très grand :
2
m0 c
lim E -------------
- 255 keV
E → 2
Dans le cas des électrons Compton :
2
On pose, là aussi, m 0 c = 511 keV, ce qui donne :
4E 2
T ec max --------------------
1 4E
Remarque : Dans cet exemple E est exprimée en MeV.
La somme des énergies cinétiques des particules émises et des énergies des rayonnements
est égale à l’énergie du photon à l’origine de l’interaction.
Effet de matérialisation
Il s’agit de la matérialisation d’électrons dans un champ coulombien (Figure 2.5). Dans le
cas où l’interaction se ferait dans le champ du noyau, l’énergie transmise à celui-ci est très
56 Radioprotection et ingénierie nucléaire
faible du fait de sa masse importante, on peut donc négliger son influence, l’énergie seuil
de l’interaction est alors égale à la somme des énergies de masse au repos des deux parti-
cules qui sont créées, soit 1,022 MeV.
Elle peut se faire dans le champ coulombien d’un électron, son influence n’est pas négli-
geable et l’énergie seuil est alors de 2,044 MeV, trois particules étant alors émises.
Figure 2.5. Effet de matérialisation.
On observe la disparition du photon et la mise en mouvement d’une paire de particules
légères chargées. Cet effet s’appelle aussi l’effet de création de paires.
Si on se contente d’étudier les matérialisations qui se produisent dans le champ du noyau,
(les plus probables étant donné l’énergie des photons couramment rencontrés), la loi de
conservation de l’énergie s’écrit :
2
E 2m e c T e- T e+
L’interaction est, bien entendu, nulle pour E γ < 1,022 MeV et, contrairement à l’effet
photoélectrique et Compton, elle augmente lorsque l’énergie du photon augmente.
Elle varie également selon le Z de la cible :
– en Z2 pour les interactions dans le champ coulombien du noyau ;
– en Z pour les interactions dans le champ coulombien de l’électron.
Remarque : Lorsque le positon aura cédé toute son énergie dans le milieu, on retrouvera
le phénomène d’annihilation qui sera évoqué plus loin.
La figure 2.6 montre l’importance relative de chacun des effets en fonction de l’énergie du
photon et de la masse atomique du matériau. Chaque corps simple ou composé possède
une courbe caractéristique (Figure 2.7).
2 - Concepts de base 57
Figure 2.6. Importance relative des interactions élémentaires γ en fonction
du numéro atomique de l’élément.
Figure 2.7. Représentation graphique des coefficients d’atténuation massique de chaque
interaction dans l’eau en fonction de l’énergie du photon incident (d’après Evans 1955).
58 Radioprotection et ingénierie nucléaire
2.1.2.2. Les autres effets
Absorption par le noyau
Si le photon a une énergie correspondant à l’énergie nécessaire pour porter le noyau d’un
état énergétique à un autre niveau énergétique possible, le photon peut être capturé et le
noyau se trouve ainsi excité. C’est ce que l’on appelle la résonance.
La désexcitation du noyau pourra se faire par :
– l’émission d’un γ d’énergie égale à celle du photon qui a créé l’excitation ;
– l’émission d’un γ d’énergie inférieure à celle du photon qui a créé l’excitation et une
excitation résiduelle du noyau ;
– l’émission de plusieurs photons de plus faible énergie émis en cascade ;
– l’émission d’électrons de conversion ;
– l’émission de nucléons qui pourront être plus ou moins nombreux selon l’énergie qui
aura été fournie au noyau.
Ainsi on observa pour la première fois en 1934 la décomposition du noyau de deutérium
en ses deux constituants sous l’action de photons de 2,62 MeV.
Diffusions Thomson et Rayleigh
Ces deux interactions avec le cortège électronique de l’atome consistent en des diffusions
sans changement de longueur d’onde, le photon diffusé a donc une énergie égale à celle
du photon incident. La diffusion Thomson se produit sur les électrons libres ou peu liés
alors que la diffusion Rayleigh se produit sur des électrons plus liés.
2.1.2.3. Résultat des interactions
dx
Photons transmis
e- secondaire
Paires Photons diffusés
Diffusion Thomson et Rayleigh
N dN N - dN
Figure 2.8. Représentation du devenir des particules en fonction des interactions
qui se sont produites dans un milieu.
Le passage de rayonnements électromagnétiques dans la matière conduira à (Figure 2.8) :
– une transmission intégrale du photon derrière la cible ;
– la mise en mouvement d’électrons secondaires dans le milieu ;
– l’émission de photons diffusés d’énergie dégradée ;
– l’émission de photon diffusé d’énergie initiale.
2 - Concepts de base 59
Section efficace
La section efficace microscopique notée σ s’exprime en unité de surface. Comme elle
représente une valeur à l’échelle atomique (donc très petite), on utilisera une unité parti-
culière, le barn (b) : 1 barn = 10–28m2 = 10–24cm2.
La section efficace totale est la somme des sections efficaces partielles :
TOT 冱 i ph c pp
i
Coefficients d’atténuation
La section efficace microscopique représente un domaine d’interaction à l’échelle
atomique, mais elle est peu pratique en ce qui concerne l’interaction dans un matériau.
On définit donc des coefficients d’atténuation qui peuvent être de plusieurs types :
• Coefficient d’atténuation linéique :
nc
où :
A N
– nc est le nombre de particules cibles par unité de volume dans la cible : n c ---------------
-
A
– NA : nombre d’Avogadro (6,02 × 1023 mol–1)
– ρ : masse volumique (g>cm–3)
– A : masse atomique (g>mol–1)
On obtient donc :
NA
---------------
- en cm–1
A
• Coefficient d’atténuation massique : il présente le même intérêt que l’expression d’une
épaisseur en masse surfacique :
NA
---- ---------------- en cm2.g–1
A
Les tables de coefficient d’atténuation sont généralement données avec cette grandeur.
• Coefficient d’atténuation partiel étant directement lié à la section efficace, il est donc
représentatif d’un effet :
NA
i ---------------
- i
A
Le coefficient d’atténuation total est la somme des coefficients d’atténuation :
ph c pp
Coefficient d’absorption et de diffusion
Sur la figure 2.8, il est fait état du devenir des rayonnements après interaction avec le
milieu. On notera que l’énergie totale perdue du faisceau initial est égale à la somme des
60 Radioprotection et ingénierie nucléaire
énergies cinétiques des électrons secondaires absorbées par le milieu et à l’énergie des
rayonnements diffusés en dehors du milieu.
Tableau 2.1. Bilan énergétique des interactions.
E = Etr + Es
Énergie perdue par le Énergie cinétique des e- Énergie des photons
faisceau incident secondaires secondaires
Atténuation Absorption Diffusion
μ = μtr (= μEtr/E) + μs (= μEs/E)
Coefficient global
d’atténuation Kerma = μtr/ρΦE
Le Kerma exprime un transfert d’énergie (cf. paragraphe 3.2.3).
Loi d’atténuation
Lors du passage dans un matériau, les photons ont une certaine probabilité d’interagir et
le nombre de photons diminue avec l’épaisseur. Cette diminution suit une loi exponen-
tielle, lorsque l’on se trouve dans un faisceau collimaté, dans laquelle ---- est le coefficient
d’atténuation total.
L’évolution du nombre de photons dans l’écran est de la forme :
x
n( x ) n0 e
où e–μx représente la fraction de photons qui n’ont pas interagi, on appelle aussi ce
membre d’équation le facteur de transmission.
Épaisseur de demi-atténuation
Par définition, l’épaisseur ou la couche de demi-atténuation (CDA) est l’épaisseur de maté-
riau qu’il est nécessaire d’interposer pour diminuer de moitié le nombre de photons inci-
dents. L’épaisseur moitié est généralement notée : x1/2
ln 2 .
D’après la loi d’atténuation, on détermine que : x 1/2 --------
-
Les valeurs des épaisseurs moitié et dixième sont fonction de la nature du matériau et de
l’énergie des photons incidents.
Tableau 2.2. Exemples de valeurs de coefficients d’atténuation
et d’épaisseurs de demi-atténuation.
E = 1 MeV Pb Fe Eau Béton
μ (cm–1) 0,79 0,47 0,07 0,15
CDA (cm) 0,88 1,47 9,90 4,62
ρ (g>cm–3) 11,30 7,85 1,00 2,30
2 - Concepts de base 61
2.1.2.4. Facteur d’accumulation (Build-up Factor)
Le facteur d’accumulation est un facteur dont la valeur sera toujours supérieure ou égale
à 1. Il est noté B. Il est lié au fait que le faisceau de rayonnements ne soit pas collimaté ou
qu’il soit quelconque. Ce sont les rayonnements secondaires qui sont à l’origine de
l’augmentation du nombre de photons. Ces rayonnements secondaires sont :
– les photons diffusés Compton ;
– les photons issus de l’annihilation consécutive à la production de paires ;
– les photons de fluorescence produits par la réorganisation du cortège électronique ;
– les photons diffusés de Thomson-Rayleigh.
primaire secondaire
B ----------------------------------------------------------------------
-
primaire
La loi de Bert-Lambert donne :
x
n( x ) n0 e B
où B, facteur d’accumulation, ou build-up factor, dépend de la nature et de l’épaisseur de
l’écran, de l’énergie des photons, de la géométrie source-écran.
B = 1 + (0,8 × b1,24) pour le 60Co
où b est l’épaisseur du matériau exprimé en nombre de libre parcours moyen.
2.1.3. Interaction des particules chargées avec la matière
On les divise également en deux groupes :
– les particules lourdes chargées ;
– les particules légères chargées.
2.1.3.1. Ralentissement des électrons, collisions
et rayonnements de freinage
Les particules légères chargées ont principalement les origines suivantes :
– les électrons et les positons issus de la désintégration de noyaux ;
– les électrons mis en mouvement ;
– les électrons et positons issus de phénomènes de matérialisation ;
– les électrons émis lors de phénomènes de désexcitation :
– du noyau par le phénomène de conversion interne ;
– du cortège électronique par l’intermédiaire d’émission d’électrons Auger ;
On définit le pouvoir de ralentissement ou pouvoir d’arrêt comme étant le rapport de la
valeur moyenne de la perte d’énergie par unité de longueur de la trajectoire :
dE
S ⎛ ------⎞
⎝ dx⎠
La valeur du pouvoir de ralentissement dépend de la nature du matériau traversé et de
l’énergie de la particule : il varie donc, dans un même matériau, tout au long de la trajec-
toire.
62 Radioprotection et ingénierie nucléaire
On définit également le pouvoir d’arrêt massique qui présente comme intérêt l’indépen-
dance de l’état physique :
S 1 dE
--- --- ------
dx
Deux mécanismes de perte d’énergie sont possibles pour les particules chargées :
– les collisions qui regroupent les phénomènes d’ionisation et d’excitation ;
– le rayonnement de freinage avec les noyaux.
Ionisation
Il s’agit de l’arrachement d’un des électrons très liés du cortège électronique (Figure 2.9).
Interaction Electron éjecté
Rayonnement
directement
ionisant
Figure 2.9. Phénomène d’ionisation par une particule chargée.
Cette interaction n’est possible que si l’énergie incidente est supérieure à l’énergie de
liaison de l’électron sur sa couche.
Une partie de l’énergie transférée est utilisée pour réaliser l’extraction de l’électron, l’autre
partie est utilisée sous forme d’énergie cinétique par l’électron éjecté. Il y a donc deux
électrons mis en mouvement suite à une ionisation.
D’un atome électriquement neutre au départ, on obtient après l’interaction un atome
chargé une fois positivement (ion lourd) et un électron libre. Ce couple est appelé paire
d’ions.
Excitation
L’énergie cédée à l’électron est inférieure à l’énergie de liaison de l’électron (Figure 2.10).
L’électron est « bousculé », passant sur une couche plus externe, donc moins liée. Le cortège
électronique est alors dit « excité ». En effet l’état énergétique du cortège électronique est
plus important (le surplus d’énergie est égal à la différence d’énergie de liaison entre le
niveau initial et le niveau final, c’est également l’énergie qui a été cédée à l’électron).
La lacune créée provoque un réarrangement du cortège, le surplus d’énergie étant réémis
sous forme :
– de photons : il s’agit de l’émission d’un photon dont l’énergie va de l’ultraviolet au X.
L’énergie du photon émis est égale à la différence d’énergie de liaison entre les couches ;
– d’électrons : il s’agit de l’émission d’un électron dit « électron Auger ».
2 - Concepts de base 63
Interaction
Rayonnement
directement
ionisant
Electron transféré
Emission d’un photon Emission d’un électron Auger
Photon réémis
Figure 2.10. Phénomène d’excitation et ses conséquences.
L’ensemble de ces deux interactions est regroupé sous le terme générique de collisions
(même s’il n’y a pas de choc direct).
Interaction avec les noyaux
L’autre interaction pour les particules légères chargées est la déviation. En passant dans le
champ coulombien du noyau, la particule va interagir et être déviée. D’après les lois de
l’électromagnétisme classique, toute accélération d’une particule chargée se traduit par
une perte d’énergie émise sous forme de rayonnement : c’est le rayonnement de freinage
(Bremsstrahlung).
Cette émission d’énergie est d’autant plus importante que l’angle de déviation (donc
l’accélération) est important. Pratiquement l’importance du rayonnement de freinage est
d’autant plus grande que l’énergie de l’électron incident est élevée et que le Z de la cible
est grand (Figure 2.11).
Ce phénomène est employé pour la production de rayons « X » utilisés en radiographie.
On définit donc un pouvoir de ralentissement pour chacun des deux effets qui conduiront
à une perte d’énergie. Le pouvoir de ralentissement est le rapport de la valeur moyenne de
la perte d’énergie par unité de longueur de la trajectoire :
dE
S ⎛ ------⎞ , exprimé en MeV>cm–1.
⎝ dx⎠
64 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Photons émis
Trajectoire
normale
Trajectoire déviée
Figure 2.11. Phénomène d’émission de rayonnements de freinage.
Pouvoir d’arrêt massique par collision
Entre un e– en mouvement et un électron périphérique d’un atome, il y a expulsion de
l’électron (ionisation) ou changement d’orbite (excitation), le pouvoir d’arrêt massique
par collision est :
⎛ S---⎞ , exprimé en MeV> cm2>g–1.
⎝ ⎠ collision
Pouvoir d’arrêt massique par freinage
Un électron e– en mouvement passe dans le champ coulombien du noyau, il y a attraction,
décélération de l’électron et émission de photons, le pouvoir d’arrêt par freinage est :
⎛ S---⎞ , exprimé en MeV> cm2> g–1.
⎝ ⎠ freinage
L’énergie émise sous forme de photons est prélevée sur l’énergie cinétique de l’électron.
L’énergie du photon de freinage peut être égale à l’énergie cinétique de l’électron avant
l’interaction.
Le pouvoir de ralentissement total est la somme de ces deux pouvoirs de ralentissement :
⎛ S---⎞ S
⎛ ---⎞
S
⎛ ---⎞
⎝ ⎠ total ⎝ ⎠ collision ⎝ ⎠ freinage
Les autres effets des e– dans la matière
Les réactions nucléaires conduisent à une capture électronique quand les niveaux d’exci-
tation et d’énergie sont compatibles.
Cas des positons β + et e+
Le positon est une antiparticule qui ne peut exister lorsqu’il ne se déplace pas
(Figure 2.12). Ainsi lorsqu’il aura cédé toute son énergie dans la matière, le positon s’asso-
ciera avec un électron du milieu, les deux particules se dématérialiseront produisant de
l’énergie (égale à la somme des deux énergies de masse, soit deux fois 0,511 MeV).
2 - Concepts de base 65
Figure 2.12. Phénomène d’annihilation.
Effet Cerenkov
La limite pour la vitesse d’une particule est celle de la lumière dans le vide (≈3>108 m>s–1).
Or, celle-ci est plus faible dans un milieu autre que le vide (divisée par n, indice de réfrac-
tion). Une particule pourra donc dépasser cette vitesse.
Nous savons que les électrons ont une vitesse très proche de celle de la lumière dans le
vide, ils peuvent donc traverser un matériau à une vitesse supérieure à celle de la lumière.
Au même titre que le dépassement de la vitesse du son conduit à la production d’une onde
de choc sonore, le dépassement de la vitesse de la lumière conduit à la création d’une
onde de choc électromagnétique, caractérisée par une lumière bleu visible dans les
milieux.
Parcours et portée des e–
Lorsqu’une particule pénètre dans la matière, elle y produit des interactions pouvant
conduire à des déviations importantes de celle-ci. Il y a donc lieu de considérer deux gran-
deurs différentes :
– le parcours : c’est la distance effectivement parcourue dans la matière (la longueur de la
trajectoire) ;
– la portée : c’est la profondeur de pénétration de la particule dans la matière.
Ces deux grandeurs peuvent être exprimées en unité de masse surfacique (g >cm–2).
Il existe plusieurs relations empiriques donnant la valeur de la portée des électrons. Dans
ces relations, l’énergie est exprimée en MeV :
• Relations de Katz et Penfold :
1, 265 0, 0954 ln E
– pour 100 keV < E < 3 MeV : P 2 0, 412 E
g cm
– pour E > 3 MeV : P 2 0, 53E 0, 106
g cm
• Relation de Faether :
– pour E > 0,8 MeV P 2 0, 54E 0, 16
g cm
Remarque : Dans la plupart des ouvrages, le terme de parcours est utilisé à tort pour dési-
gner la portée.
66 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Atténuation du spectre β
Lors de leur pénétration dans la matière, les électrons vont interagir entraînant une perte
d’énergie. Cela conduira à la dégradation du spectre par :
– la disparition des électrons de plus faible énergie ;
– la diminution de l’énergie des électrons du spectre.
Ces deux phénomènes entraînent un déplacement du spectre aux basses énergies, là où le
pouvoir de ralentissement est le plus fort.
La variation de l’énergie cédée par un spectre β en fonction de l’épaisseur peut être repré-
sentée par une courbe du type de la figure 2.13.
ln Ec
Domaine d'utilisation
Epaisseur
1/10 9/10 Portée
Figure 2.13. Atténuation de l’énergie cédée par un spectre β en fonction de la portée.
Cette courbe n’est valable que pour l’atténuation du spectre β et présente (en coordonnées
semi-logarithmiques) une partie linéaire, entre 1/10 et 9/10 de la portée maximum des
électrons du spectre.
On peut donc considérer que l’énergie cédée varie exponentiellement sur cette plage.
Loevinger a donné l’expression de l’évolution de cette énergie cédée localement en fonc-
tion de l’épaisseur de matériau traversé dans l’air, l’eau et les milieux légers :
kx
E cédée(x) E cédée(0) e
Ce facteur k est déterminé dans les deux milieux de référence choisis, grâce aux formules
suivantes :
– Pour l’air : 16
k ------------------------------------------------- en cm2> g–1
1, 4
( E 0, 036 )
max
18, 6
- en cm > g
2 –1
– Pour l’eau et les matériaux légers : k ---------------------------------------------------
1, 37
( E 0, 036 )
max
Dans les trois relations précédentes l’énergie est exprimée en MeV.
Pouvoir d’ionisation
De la même façon que pour le pouvoir de ralentissement, on peut définir l’ionisation
spécifique Is comme étant le nombre de paires d’ions créées dI par unité de parcours dx :
dI
I s -----
-
dx
2 - Concepts de base 67
Ce terme est bien évidemment fonction de l’énergie de la particule, il peut être déterminé
expérimentalement. Connaissant le pouvoir de ralentissement de la particule (perte
d’énergie par unité de parcours) et la valeur de l’ionisation spécifique, on peut déterminer
l’énergie moyenne nécessaire pour créer une paire d’ions dans la matière :
⎛ dE------⎞
S coll ⎝ dx⎠ coll ( dE ) coll
W ----------- ---------------------- --------------------
Is dl⎞
⎛ ----- dl
-
⎝ dx⎠
La valeur de W est pratiquement indépendante de l’énergie de la particule, elle varie de
1% dans le cas de particules α d’énergie comprise entre 4 et 9 MeV.
Le tableau 2.3 donne la valeur de W pour quelques éléments.
Tableau 2.3. Exemples de valeurs moyennes pour créer une paire d’ions dans certains gaz.
Air Argon Azote CO2 Méthane Argon - Méthane
W (eV) 33,7 26,2 34,3 32,8 27,3 27
La valeur de l’énergie moyenne nécessaire pour arracher un électron dans ces matériaux
est en fait inférieure (10 à 15 eV). En effet, la valeur de W prend en compte la part de
l’énergie cédée non sous forme d’ionisation mais d’excitation du cortège.
Transfert linéique d’énergie
On appelle transfert linéique d’énergie (TLE), l’énergie transférée par la particule au milieu
par unité de longueur de trajectoire.
La valeur de ce transfert linéique d’énergie est donnée par la relation de Bethe :
2
Kz nZ
TLE ---------------------------------------
2
-
v
où :
– K représente une constante,
– z est la charge de la particule incidente,
– v est la vitesse de la particule incidente,
– n est le nombre d’atomes par unité de volume,
– Z est le numéro atomique du milieu.
Le TLE est exprimé couramment en KeV>μm–1.
En analysant cette relation, on s’aperçoit que le TLE est :
– proportionnel :
– au carré de la charge de la particule incidente ;
– au nombre d’atomes constituant le milieu ;
– au nombre de charges des atomes constituant ce milieu ;
– inversement proportionnel :
– au carré de la vitesse de la particule incidente.
68 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 2.14. Évolution du TLE pour différentes particules en keV/μm
(d’après D.J. Gambani et R. Granier, 1996).
2.1.3.2. Modes d’interaction des particules lourdes chargées
Les interactions des particules α dans la matière se font essentiellement avec les électrons
du cortège. En effet, les interactions avec le noyau (hors absorption par le noyau) ne seront
observées qu’en fin de parcours.
Interaction avec les électrons du cortège électronique
Du fait de la charge deux fois positive de la particule α, et de sa vitesse réduite, les inte-
ractions avec les électrons sont nombreuses. Les transferts d’énergie et les angles de diffu-
sion sont faibles.
Lors des interactions, une partie de l’énergie de la particule α sera cédée à l’électron. On
observera donc les deux phénomènes déjà connus que sont l’ionisation et l’excitation.
Portée de la particule α
Les interactions des particules lourdes chargées se faisant essentiellement avec les élec-
trons conduisent à des diffusions faibles. On peut en déduire que le parcours dans la
matière est rectiligne, avec une légère déviation en fin de parcours (correspondant aux
interactions avec les noyaux).
On peut donc assimiler, dans le cas des particules lourdes chargées, le parcours à la portée
(Figure 2.15).
On observe bien dans ce cas que les deux grandeurs parcours et portée sont quasiment
identiques.
Une relation permet de calculer la portée exprimée en cm des particules α dans l’air :
1, 5
P air 0, 32 E pour 3 MeV E 9 MeV .
2 - Concepts de base 69
Portée de la particule
Parcours de la particule
Figure 2.15. Parcours d’une particule α dans la matière.
Remarque : Cette relation couvre la gamme d’énergie des émissions α et donne la valeur
de la portée avec une précision de ± 10%.
On peut déterminer la portée dans des matériaux simples différents P1, P2 à partir d’une
portée de référence pour laquelle cette valeur est connue.
• Règle de Kleeman :
A
P 2 P 1 -----1 ------2
2 A1
Le matériau de référence utilisé le plus souvent est l’air (pour lequel A = 14,5), les masses
volumiques sont exprimées en g> cm–1. A est le nombre de masse du milieu.
2.1.4. Interactions des neutrons
2.1.4.1. Interactions des neutrons avec les noyaux
On peut classer les différentes interactions des neutrons avec la matière en deux familles :
– la diffusion : ralentissement des neutrons par transfert d’une partie de leur énergie au
milieu ;
– la capture : disparition du neutron par absorption.
Diffusion élastique
Par définition, dans ce cas, il y a conservation de l’énergie cinétique et de la quantité de
mouvement. L’énergie du neutron incident est entièrement communiquée au neutron
diffusé et à la cible. Lors du « recul » du noyau, celui-ci peut perdre son cortège électro-
nique, pour former ainsi une particule très lourde fortement chargée (facilement détec-
table). Ce type d’interaction est toujours énergétiquement possible, il n’y a donc pas là de
notion de « seuil » de réaction.
En utilisant la notation appliquée aux réactions nucléaires, on obtient :
A A
ZX ( n, n ) ZX
70 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 2.16. Diffusion élastique.
Les lois de conservation permettent de déterminer l’énergie cédée par le neutron au
noyau :
4m n m cible 2
E cible ---------------------------------------
- E n cos
2
( m n m cible )
Trois cas sont particulièrement intéressants à étudier :
– Si mc = mn (cas de l’atome d’hydrogène où m représente le nombre de masse), l’équation
de transfert d’énergie se simplifie, l’énergie maximale cédée est égale à l’énergie du
neutron incident. Il y a apparition de protons de recul facilement détectables (c’est
d’ailleurs un des principes de dosimétrie des neutrons), ce phénomène est la cause de plus
de 90% des effets biologiques des rayonnements dans les tissus pour les neutrons rapides.
– Si mc >>mn (cas des matériaux lourds), l’énergie maximale transférée au matériau cible
peut s’exprimer par la relation simplifiée :
4 E
E max cible ---------------
- n
m cible
– Si on simplifie la formule en posant mn = 1 et mcible = A, on obtient :
4A
E cible ----------------------
2
2
- E n cos
(A 1)
Remarque : Plus le noyau sera lourd, moins la perte d’énergie à chaque interaction sera
importante, donc les matériaux lourds seront de mauvais ralentisseurs des neutrons inter-
médiaires.
Diffusion inélastique
Lors de cette diffusion il n’y a pas conservation de l’énergie cinétique. Le neutron est
absorbé par le noyau et un neutron de plus faible énergie est réémis très rapidement, la
différence d’énergie étant conservée par le noyau sous forme d’énergie d’excitation. Ce
phénomène de diffusion se note :
A A
ZX ( n, n ) ZX *
2 - Concepts de base 71
Du fait de l’existence de niveaux d’excitation possibles du noyau, cette interaction n’est
possible que si l’énergie cinétique du neutron est supérieure au premier niveau énergé-
tique du noyau cible. Si l’énergie cinétique du neutron incident est suffisante, plusieurs
voies correspondant aux différents niveaux d’excitation sont possibles.
Dans tous les cas, le noyau cible subit un recul et l’énergie fournie par le neutron est
partagée entre énergie d’excitation du noyau et énergie cinétique de celui-ci, l’énergie
seuil de la réaction n’est donc pas E*min mais E*min.(A+1)/A, l’énergie emportée par le
noyau cible sous forme d’énergie de recul étant En /(A +1).
La désexcitation du noyau se fera :
– par l’émission de photons (éventuellement plusieurs en cascade) dont l’énergie (ou
la somme des énergies) sera égale à la différence d’énergie entre l’état excité et l’état
fondamental ;
– par l’émission d’électrons ou par conversion interne.
Ce sera l’interaction privilégiée pour les neutrons rapides dans les matériaux lourds.
Capture radiative
Le neutron est capturé par le noyau qui se retrouve à un état énergétique supérieur à son
état fondamental, le supplément d’énergie sera alors émis sous forme de photons (ou par
phénomène de conversion interne). Si le noyau obtenu est radioactif, on dit qu’il y a eu
activation. Très souvent le type de radioactivité consécutif sera l’émission β– puisque le
rapport du nombre de neutrons sur le nombre de protons aura augmenté, conduisant à un
excès de neutrons.
Exemple : L’énergie d’excitation lors de la capture radiative par 23Na est de 6,4 MeV.
Capture non radiative
Lors de la réaction de capture, l’énergie d’excitation peut servir à extraire un certain
nombre de particules du noyau, sous réserve que l’énergie soit suffisamment importante.
Ces particules pourront être des particules chargées ou des neutrons.
• Émission de neutrons
On se retrouvera plus dans le cas de la diffusion inélastique, où le neutron est réémis
immédiatement et, si l’énergie est encore suffisante après cette première phase, l’arrache-
ment d’un autre neutron. On la note :
A A1 A A2
ZX ( n, 2n ) ZX ou ZX ( n, 3n ) ZX
Cette réaction présente un seuil, puisqu’il est nécessaire de fournir un travail pour extraire
un des neutrons.
Les deux exemples ci-dessous donnent les valeurs extrêmes des énergies seuil, pour la
réaction (n, 2n) :
9 8
Be ( n, 2n ) Be avec E nseuil 1, 85 MeV
4 4
4 3
He ( n, 2n ) He avec E nseuil 25, 72 MeV
2 2
Ce type de réaction peut être utilisé pour faire la dosimétrie des neutrons très rapides en
cas d’accident de criticité.
72 Radioprotection et ingénierie nucléaire
On pourra également observer des interactions de type (n, p), mais là encore pour des
gammes d’énergie élevées.
• Émission de particules chargées
Parmi les interactions provoquant l’émission de particules chargées, nous nous contente-
rons de citer les réactions (n, p) et (n, α) de loin les plus probables (Tableau 2.4).
Cette interaction est à seuil, mais celui-ci peut être du domaine de l’énergie des neutrons
thermiques, pour certains éléments (noyaux légers). Dans le domaine des neutrons lents,
la section efficace de l’interaction diminue lorsque l’énergie augmente (en 1/v), tandis que
les éléments concernés par les interactions avec les neutrons rapides (réactions à seuil
parfois élevé) voient la section efficace de l’interaction augmenter avec l’énergie, jusqu’à
un maximum, avant de décroître (puisqu’elles entrent alors en compétition avec d’autres
interactions).
Tableau 2.4. Exemples d’énergie seuil et de section efficace de quelques réactions (n, p) et (n, α).
Section efficace (barn)
Réaction Énergie seuil (MeV)
E n = 0,025 eV E n = 14 MeV
7Be(n, p)7Li / 51000 /
14N(n, p)14C / 1,8 /
6Li(n, α )3H / 940 /
10B(n, α )7Li / 3840 /
56Fe(n, p)56Mn 2,97 / 150
27Al(n, α )24Na 3,25 / 120
Notons que la réaction 14N(n, p)14C, est à la base de la production de 14C dans l’atmos-
phère, sous l’effet des neutrons cosmiques et que la réaction 10B (n, α)7Li est couramment
utilisée pour la détection des neutrons thermiques.
2.1.4.2. Atténuation dans les tissus biologiques
Comme pour les autres rayonnements indirectement ionisants, l’atténuation des neutrons
dans les tissus suit une loi de forme exponentielle :
x
NNe
Les tissus musculaires composés d’éléments simples subissent les interactions suivantes :
– hydrogène 10,2% : diffusion élastique, capture radiative ;
– carbone 12,3% : diffusion élastique et inélastique et réaction (n, x) ;
– azote 3,5% : diffusion élastique et inélastique et réaction (n, x) ;
– oxygène 72,9% : diffusion élastique et inélastique et réaction (n, x).
2 - Concepts de base 73
2.2. Flux d’électrons secondaires dans un milieu
irradié par un rayonnement électromagnétique
Nous avons vu que les photons interagissaient avec le matériau qu’ils irradiaient et qu’ils
produisaient des électrons secondaires par effet photoélectrique, Compton ou création de
paires, qui eux-mêmes interagiront par les processus d’ionisation.
Par ailleurs, les sections efficaces d’interaction croissant avec le numéro atomique du
milieu irradié, le nombre d’électrons augmentera avec le Z des matériaux traversés par le
flux primaire.
2.2.1. Notion d’équilibre électronique
Considérons un faisceau parallèle de photons mono-énergétiques passant du vide dans un
milieu matériel disposé normalement à sa trajectoire. On suppose que le faisceau n’est pas
atténué. Or, compte tenu que pour les photons la probabilité d’interagir par unité de
longueur est constante, on admettra que chaque tranche d’épaisseur dx est le siège d’un
nombre constant d’interactions.
Les électrons mis en mouvement emportent en moyenne toujours la même quantité
d’énergie E tr et leur portée dans le milieu est donc fixée (4 dx dans l’exemple de la
figure 2.17).
Au départ, chaque tranche dx est traversée par un nombre croissant d’électrons et ce n’est
qu’à partir de la quatrième tranche que le nombre atteint une valeur qui demeure cons-
tante.
Au-delà de la profondeur correspondant à la portée maximale des électrons mis en mouve-
ment, il y a autant d’électrons secondaires qui terminent leur parcours qu’il y en a de mis
en mouvement. C’est à partir de cette profondeur que l’équilibre électronique est réalisé,
le rapport entre la fluence de photons et la fluence d’électrons est alors constant.
Pour vérifier que l’équilibre électronique est réalisé à la profondeur considérée, on calcu-
lera la portée maximum des électrons mis en mouvement par les photons avec les relations
de Katz et Penfold. Il convient donc de déterminer quelle est l’interaction la plus probable
compte tenu de la nature de la matière et de l’énergie du rayonnement électromagnétique
afin de connaître l’énergie maximale des électrons secondaires.
Dans le cas de l’effet photoélectrique prépondérant pour les matériaux légers (Al, air, tissus
mous…) aux énergies γ incidentes inférieures à 50 keV et pour les matériaux lourds aux
énergies inférieures à 1 MeV, on utilisera la formule suivante (on pourra négliger l’énergie
de liaison de l’électron atomique) :
T e ⬇ h ⬇ E
ph
Dans le cas de l’effet Compton, généralement prépondérant pour les matériaux légers aux
énergies courantes des rayonnements γ, on emploie la relation donnant l’énergie maxi-
male des électrons :
2
4E
T ec ⬇ --------------------
max 1 4E
T ec
max
et Eγ sont exprimés en MeV.
74 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Nombre
d'électrons
par tranche
Etablissement de l'équilibre électronique au sein d'un milieu irradié
Figure 2.17. Évolution du nombre d’électrons secondaires mis en mouvement.
En réalité le flux de photons subit progressivement une atténuation et diminue. Dès que
l’équilibre électronique est réalisé, le flux d’électrons secondaires diminue dans les mêmes
proportions (Figure 2.18).
2.2.2. Variation du flux électronique à la traversée
de deux milieux différents
La figure 2.19 rend compte de la variation du flux d’électrons secondaires aux interfaces
lors de la traversée de deux milieux différents, elle ne tient pas compte de l’atténuation
dans la matière. Le phénomène de rétrodiffusion montré sur ce schéma est lié au fait que
le parcours des électrons est très perturbé et peut entraîner une redistribution des électrons
dans le milieu en augmentant le flux d’électrons initial. L’augmentation du nombre d’élec-
trons due à la rétrodiffusion entraîne une diminution du nombre d’électrons attendus plus
loin dans le milieu.
On considère un faisceau de photons mono-énergétiques passant du vide à un milieu M1.
Comme cela a été montré dans le cadre de l’équilibre électronique, le nombre d’électrons
secondaires va croître et arriver à un niveau d’équilibre où il y aura un rapport constant
entre le nombre d’électrons secondaires émis et le nombre de photons incidents.
2 - Concepts de base 75
--- sans atténuation
avec atténuation
(x)
F(x)
(x)
F(x)
Figure 2.18. Évolution des flux de photons et d’électrons dans la matière.
Atténuation des
Établissememnt électrons venant
de l' équilibre de M 2
électronique
dans M 2
Établissememnt
Atténuation des de l' équilibre
électrons venant électronique
de M 1 dans M 2
0 1 2 3 4 5 6 7
Effets de la
rétrodiffusion
0 1 2 3 4 5 6 7
Figure 2.19. Évolution du flux d’électrons au passage de différents milieux
(d’après H. de Choudens et G. Troesch, 1997).
À l’interface du second milieu, si le numéro atomique est plus important, le nombre d’inte-
ractions augmentera et le nombre d’électrons secondaires évoluera aussi tandis que le
nombre d’électrons secondaires mis en mouvement dans le premier milieu va s’estomper
progressivement au gré des ionisations qu’ils produiront. L’équilibre électronique sera
réalisé dans le second milieu dès que le rapport Φ/F sera constant.
76 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Les électrons mis en mouvement le sont du fait des interactions prédominantes vues au
paragraphe 2.1.2.1, mais aussi de phénomènes de rétrodiffusion. Ainsi, lorsque le maté-
riau qui suit est moins sujet à générer ce type de réactions, l’équilibre est déstabilisé à
l’entrée, dans le matériau suivant et le rapport Φ/F diminue. De retour dans un écran cons-
titué de matériau M1, l’influence de la diminution du nombre d’électrons rétrodiffusés est
sensible et accentue la perte d’électrons mis en mouvement, l’équilibre électronique est
réalisé quand le rapport Φ/F est constant.
Références
De Choudens H. et Troesch G. (1997) Radioprotection dans les installations nucléaires
(Lavoisier Tec & Doc).
Evans R.D. (1955). The Atomic Nucleus, Mc Graw-Hill, New York.
Gambini D.J. et Granier R. (1996) Manuel pratique de radioprotection. Éditions Médicales
Internationales (Lavoisier Tec & Doc).
Grandeurs
3 radiométriques
et dosimétrie
Isabelle Aubineau-Lanièce,
Bruno Lauwers, Didier Paul
Introduction
Les paragraphes de ce chapitre décrivent les grandeurs caractérisant l’émetteur et le récep-
teur, à savoir le champ de rayonnement représenté par des grandeurs radiométriques d’un
côté, le dosimètre et l’homme exposé de l’autre côté, décrits par des grandeurs dosimétri-
ques traduisant le dépôt d’énergie. À chaque grandeur physique correspond un concept et
une unité propres, rigoureusement définis par l’ICRU (International Commission on Radia-
tion Units and Measurements) qu’il est nécessaire de bien connaître et de ne pas
confondre. Du becquerel au sievert, le but de ce chapitre est de savoir interpréter et relier
ces unités par l’intermédiaire des coefficients d’interaction qui permettent, à partir d’un
nombre de particules, de déterminer l’énergie déposée par ces particules dans une masse
inerte ou vivante en prenant en compte dans le cas particulier de l’homme, la nature du
rayonnement et son poids biologique.
Les limites d’utilisation des différentes notions de dose en radioprotection (équivalent de
dose, dose équivalente, dose efficace) seront abordées pour des petits domaines, à
l’échelle de la cellule ou des noyaux de cellule par exemple, masses qui requièrent l’utili-
sation d’une autre discipline fondée également sur un certain nombre de quantités de
base, la microdosimétrie.
3.1. Grandeurs radiométriques
3.1.1. Quantités intégrales
Ces quantités caractérisent le rayonnement, dans tous les milieux (vide ou matériaux) qu’il
soit émis, transmis ou reçu (Tableau 3.1).
• Nombre de particules symbolisé par la lettre N. Il représente le nombre de particules
présentes, émises, transférées ou reçues dans un milieu. Cette grandeur n’a pas
d’unité.
• Énergie radiante symbolisée par la lettre R. C’est la somme de l’énergie des particules
présentes, émises, transférées ou reçues, à l’exclusion de l’énergie au repos de cette parti-
cule. L’énergie radiante s’exprime en joule.
78 Radioprotection et ingénierie nucléaire
3.1.2. Quantités globales en un point
• Fluence de particules. La fluence de particules est égale au quotient du nombre de parti-
cules dN ayant pénétré dans une sphère de section diamétrale d’aire da (Figure 3.1). La
fluence de particule s’exprime en m–2.
da
Figure 3.1. Fluence traversant une surface.
Φ est remplacé par la lettre F pour les particules directement ionisantes (α, β…)
dN da ou F dN da
Cette grandeur est calculable si l’on connaît l’activité, le taux d’émission, le temps d’expo-
sition et la position de la source de rayonnements, elle est mesurable avec des appareils
qui comptent des impulsions par unité de surface.
Remarque : La fluence n’est pas une grandeur directionnelle. Elle comptabilise les parti-
cules avec des poids indépendants de leur direction.
• Fluence énergétique. C’est l’énergie radiante traversant sur une sphère une section
diamétrale d’aire da. Cette grandeur est calculable connaissant l’activité, l’énergie des
rayonnements mis en œuvre et la position, le taux d’émission, le temps d’exposition à la
source de rayonnements mais difficilement mesurable. Elle s’exprime en J>m–2.
dR da
• Débit de fluence de particules. Il représente le nombre de particules traversant un
élément de surface da (section droite d’une sphère) par unité de temps. Il s ‘exprime en
m–2 > s–1.
% d
--------
dt
Cette grandeur est calculable si l’on connaît l’activité, le taux d’émission et la position de
la source de rayonnements et mesurable avec des appareils comptant des débits d’impul-
sions par unité de surface.
• Débit de fluence énergique. Il représente l’énergie radiante traversant une sphère sur une
section diamétrale d’aire da par unité de temps. Il s’exprime en W > m–2
% d
---------
dt
Cette grandeur est calculable mais difficilement mesurable.
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 79
• Fluence spectrique. Elle représente la fluence de particules des particules d’énergie
comprise entre E et E + dE sur l’énergie des particules. Elle s’exprime en m–2 > J–1.
E d
--------
dE
Cette grandeur est calculable et mesurable.
Tableau 3.1. Grandeurs radiométiques.
Grandeurs radiométriques Symbole unité
Nombre de particules N 1
Énergie radiante R J
Fluence de particules directement ionisantes F m–2
Fluence de rayonnements indirectement ionisants Φ m–2
Fluence énergétique Ψ J.m–2
Débit de fluence de particules directement ou indirec- ϕ ou Φ% , F% m–2.s–1
tement ionisantes
Débit de fluence énergétique Ψ% W.m–2
Fluence spectrique ΦE m–2.J–1
3.2. Grandeurs dosimétriques
3.2.1. Rappel
Les grandeurs stochastiques :
– sont définies dans des domaines de taille finie, variant de façon discontinue dans le
temps et dans l’espace ;
– de valeur non prédictible, mais la probabilité d’une valeur particulière est déterminée
par une distribution de probabilité ;
– le caractère aléatoire ne préjuge pas de l’exactitude avec laquelle on peut déterminer
des valeurs individuelles.
Les grandeurs non stochastiques :
– sont définies en tout point, en général, fonction continue et différentiable du temps et de
l’espace (gradient et débit) ;
– de valeur calculable dans les conditions données ;
– estimées par la moyenne de valeurs observées d’une grandeur stochastique associée.
3.2.2. Dose absorbée
Par définition, l’énergie communiquée à un volume élémentaire de matière est égale à
(Figure 3.2) :
ε Re Rs 冱 Qi
80 Radioprotection et ingénierie nucléaire
da
Re dx
Rs
Figure 3.2. Énergie communiquée à la matière.
avec :
– Re : énergie radiante entrant dans le volume élémentaire ;
– Rs : énergie radiante sortant du volume de matière ;
– Qi : somme de toutes les modifications de l’énergie interne résultant des transformations
qui se produisent dans le volume.
L’énergie délivrée ε n’est pas identique d’un élément de volume à l’autre. On définit donc
la dose absorbée comme le quotient de l’énergie moyenne déposée localement par des
particules chargées dans un volume élémentaire sur la masse de cet élément de matière :
dε en J > kg–1 ou gray (Gy).
D --------
-
dm
L’ancienne unité de la dose absorbée est le rad : 1 rad = 10–2 Gy.
3.2.3. Kerma (Kinetic Energy Released in Matter)
Dans le cas des rayonnements indirectement ionisants, ce sont les particules chargées
mises en mouvement qui déposent leur énergie dans le milieu. Pour déterminer cette
quantité, il est nécessaire de connaître quelle est la part de l’énergie incidente transférée
dans un élément de matière.
Le Kerma représente la quantité d’énergie cinétique transférée aux particules chargées qui
sont mises en mouvement suite aux interactions des rayonnements indirectement ionisants
dans un volume élémentaire au sein d’un matériau uniformément irradié :
dE
K ---------tr- en J > kg–1 ou gray (Gy).
dm
Dans la figure 3.3, dEtr = E1 + E2. En effet, dans l’élément dm, certains rayonnements subis-
sent des collisions au cours desquelles une énergie dEtr est transférée aux particules secon-
daires. Une partie seulement de dEtr est dissipée dans dm.
Par contre, l’énergie qui a été communiquée à dm et qui constitue donc la dose absorbée
dans dm est représentée par :
dEa = E1 + E’2 + E3 = ε—
On voit donc que dEtr ≠ dEa et qu’il n’y a pas égalité entre Kerma, K et dose absorbée, D :
dE dE
K ---------tr- ; D --------a-
dm dm
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 81
Figure 3.3. Énergie transmise et cédée dans le milieu (d’après H. de Choudens et G. Troesch, 1997).
Comme la dose absorbée, le Kerma est une quantité macroscopique qui n’est définie que
pour une région suffisamment grande, pour contenir un nombre d’interactions statistique-
ment significatif.
Cette quantité a les mêmes dimensions que la dose absorbée (énergie divisée par la
masse). L’unité utilisée est comme pour la dose absorbée le gray (unité ancienne le rad).
Il faut bien noter que cette notion de Kerma ne concerne que les rayonnements non direc-
tement ionisants (X, γ, neutrons), c’est donc une notion plus restrictive que celle de dose
absorbée qui concerne tous les types de rayonnement.
3.2.4. Débit de dose et débit de Kerma
Pour caractériser le risque potentiel de séjour dans un champ de rayonnements, on utilise
le débit de dose ou de Kerma :
dE tr dE a
K % ------------------- et D% -------------------
dm dt dm dt
3.2.5. Exposition (non reprise dans la CIPR 60)
Dans un volume d’air où des électrons secondaires sont libérés par des photons (X ou γ),
l’exposition X est la charge électrique totale de tous les ions de même signe, produits par
ces électrons secondaires sur la totalité de leur parcours, rapportée à l’unité de masse de
ce volume.
X dQ
---------
dm
82 Radioprotection et ingénierie nucléaire
dQ est exprimée en C (coulomb), dm en kg dans le système international.
L’ancienne unité d’exposition est exprimée en röntgen : 1R = 2,58 × 10–4 C > kg–1.
Il faut bien noter que cette notion d’expositon ne caractérise que l’interaction de rayonne-
ments X ou γ dans l’air.
Remarque : Très longtemps employée de manière courante, l’exposition est généralement
remplacée par le Kerma dans l’air. Cependant, certains appareils de radioprotection sont
encore gradués en röntgen.
Le tableau 3.2 récapitule l’ensemble des grandeurs dosimétriques.
Tableau 3.2. Grandeurs dosimétriques.
Grandeurs dosimétriques Symbole Unité
Énergie communiquée ε J
Dose absorbée D J>kg–1 ou Gy
.
Débit de dose absorbée D J>kg–1>s–1ou Gy>s–1
Kerma K J>kg–1 ou Gy
.
Débit de Kerma K J>kg–1>s–1ou Gy>s–1
Exposition X C>kg–1
Constante de débit de Kerma Γ m2>J>kg–1
Coefficient massique de transfert d’énergie μtr/ρ m–2>kg–1
Coefficient massique d’absorption en énergie μen/ρ m–2>kg–1
Pouvoir total de ralentissement S/ρ J>m–2>kg–1
3.2.6. Relation entre les différentes grandeurs
dosimétriques et radiométriques
3.2.6.1. Débit de fluence d’une source ponctuelle isotrope
Une source est considérée ponctuelle et isotrope si :
– ses dimensions sont très petites devant la distance « source - détecteur » ;
– l’émission des rayonnements est équiprobable sous 4π.
Si l’émission est isotrope, le nombre de rayonnements traversant la surface élémentaire par
seconde vaut :
AI
˙ ----------------
-
2
4 r
où :
– A est l’activité exprimée en becquerel ;
– I est le taux d’émission pour les particules incidentes ;
– r est la distance qui sépare la source du point de mesure.
Cette grandeur est calculable et mesurable.
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 83
3.2.6.2. Relation fluence - dose absorbée des électrons
Électrons mono-énergétiques
Si on considère une fluence unidirectionnelle d’électrons mono-énergétiques, le pouvoir
d’arrêt massique par collision étant Sc /ρ et par freinage Sf /ρ, l’énergie transmise par les
électrons par unité de masse de matière est le produit de la fluence par la somme des
pouvoirs de ralentissement.
L’énergie perdue par rayonnement de freinage n’étant pas absorbée localement, elle
n’intervient pas dans la dose absorbée en ce point.
Cette dose est donc : D = F > Sc /ρ.
Si F est exprimé en cm–2 et Sc /ρ en MeV > cm2 > g–1, D sera exprimé en MeV > g–1. Le coef-
ficient de conversion est 1,6 × 10–10 Gy/MeV> g–1.
Au cours de la traversée du milieu par un faisceau d’électrons mono-énergétique, la
fluence reste constante jusqu’au parcours maximal. Cependant, tout au long de ce
parcours, les électrons vont céder une partie de leur énergie. Comme Sc /ρ augmente
lorsque l’énergie des électrons diminue, la dose absorbée dans le milieu évoluera de la
façon suivante (Figure 3.4). Cette grandeur est calculable et mesurable.
Profondeur
Figure 3.4. Évolution de la dose en profondeur pour un faisceau mono-énergétique.
Électrons polyénergétiques
L’énergie déposée localement par une particule chargée est fonction de sa propre énergie
cinétique et pour chaque électron d’énergie comprise entre E et E + dE, la part d’énergie
déposée dans un élément de volume n’est pas constante (Figure 3.5).
Par ailleurs, on a vu précédemment que le faisceau d’électrons issus d’un spectre β
évoluait dans la matière en suivant une loi exponentielle (formule de Lovinger).
Si l’on a en un point un spectre d’électrons, la fluence est caractérisée par une répartition
en énergie dF
------- :
dE
Em dF S
D # 0 ------ ⎛ ---⎞ dE
dE ⎝ P⎠ coll
84 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Profondeur
Figure 3.5. Évolution de la dose en profondeur pour un faisceau polyénergétique.
À partir de cette relation, on recherche le coefficient de pouvoir d’arrêt massique moyen :
⎛ --S-⎞ 1 Em dF S
--- # 0 ------ ⎛ ---⎞ dE
⎝ P⎠ coll F dE ⎝ P⎠ coll
Pour un spectre d’électrons dont l’énergie maximale est supérieure à 100 keV, le pouvoir
d’arrêt massique moyen est égal au pouvoir d’arrêt massique de l’énergie moyenne du
spectre β.
Dans le cas d’un spectre β, la relation fluence dose est la suivante :
S S
D F ⎛ ---⎞ et D% F % ⎛⎝ ---⎞⎠
⎝ P⎠ coll P coll
3.2.6.3. Dosimétrie des photons
Relation fluence - Kerma
Le faisceau de photons d’énergie Eγ de fluence Φ transmet son énergie à la matière avec,
comme on l’a vu précédemment, un coefficient μK ou μtr.
On a donc les relations donnant le Kerma :
K E ⎛ -------⎞ et K % % E ⎛⎝ ------tr-⎞⎠
tr
⎝ ⎠
Si nous avions un spectre de raies, la formule suivante serait plus appropriée :
EM
K% 冱 ˙ i Ei ⎛⎝ ------
-⎞
tr
⎠
Relation fluence - dose absorbée
Il n’y a pas de relation simple pour calculer la dose absorbée due aux photons tant que
l’équilibre électronique n’est pas réalisé dans le milieu. Lorsque l’équilibre électronique
des électrons mis en mouvement par l’interaction des photons dans la matière est réalisé,
l’énergie absorbée localement est égale à l’énergie transférée aux particules chargées,
déduction faite de celle dépensée sous forme de rayonnement de freinage. En effet, la part
de l’énergie cinétique des électrons secondaires perdue par rayonnement de freinage est
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 85
délivrée en dehors de l’élément de volume considéré ; seule l’énergie communiquée par
collision est absorbée « localement ». On a donc :
D = K . (1 – g)
où g représente la fraction d’énergie emportée par rayonnement de freinage. D et K sont
exprimés en Gy.
En définissant le coefficient d’absorption massique en énergie par :
en tr
--------- ------- ( 1 g )
on obtient (valable uniquement à l’équilibre électronique) :
D E ˙ ⎛ ---------⎞ et D% % E˙ ⎛⎝ --------
en en⎞
-
⎝ ⎠ ⎠
Dans le cas des matériaux légers, aux énergies courantes : g ≈ 0,
en tr
--------- ------- ,
et alors le Kerma est égal à la dose.
Effet de la diffusion - facteur d’accumulation
Les modes d’interaction des photons avec la matière et notamment l’effet Compton sont à
l’origine de multiples diffusions dans le milieu. L’expression de la dose absorbée définie
précédemment ne prend pas en compte le flux secondaire des photons diffusés alors que
leurs éventuelles interactions dans le milieu contribuent à y déposer de l’énergie.
La dose absorbée en profondeur dans un milieu soumis à un faisceau large de photons est
donc supérieure à la dose théorique définie ci-dessus et se caractérise par l’utilisation d’un
facteur d’accumulation de dose noté B (Build-up). En conséquence :
D E ⎛ ---------⎞ B
en
⎝ ⎠
La détermination exacte du facteur d’accumulation de dose exige des calculs mathémati-
ques complexes. En dosimétrie, nous prendrons l’habitude de nous en affranchir expéri-
mentalement en utilisant des fluences de photons (faisceau collimaté).
Évolution de la dose absorbée dans la matière
Dans un milieu, la fluence de photons décroît de façon exponentielle en fonction de
l’épaisseur de matière. On a donc :
( x )
( x ) o e
Comme le Kerma est en tout point du milieu proportionnel à la fluence de photons :
( x ) ( x )
K ( x ) Ko e et K %( x ) K %o e
Par contre, la dose absorbée n’est proportionnelle à la fluence de photons que lorsque
l’équilibre électronique est réalisé dans le milieu matériel. Dans ce cas :
( x ) ( x )
D ( x ) Do e et D% ( x ) D % o e
Il n’est pas possible de relier théoriquement la dose absorbée en profondeur avec la
fluence de photons lorsque l’équilibre électronique n’est pas réalisé. Cependant, l’énergie
86 Radioprotection et ingénierie nucléaire
absorbée localement étant délivrée dans la matière par les électrons mis en mouvement
suite à l’interaction des photons, la dose absorbée peut être exprimée en tout point du
milieu par :
S
D F ⎛ ---⎞
⎝ ⎠ coll
où F définit la fluence des électrons secondaires.
S
Dans la formule ci-dessus, ⎛⎝ ---⎞⎠ représente le pouvoir d’arrêt massique moyen des élec-
coll
trons secondaires mis en mouvement par les photons incidents. On le déterminera en
prenant le pouvoir d’arrêt à l’énergie moyenne des électrons secondaires.
Énergie moyenne des particules secondaires
Le nombre de rayonnements électromagnétiques qui interagissent par élément du volume
dv est égal à dN = Φ >μ>dv ; or nous savons que dN = N × μ × dx et que dm = ρ × dv.
Si on note T, l’énergie cinétique moyenne d’un électron secondaire, on peut alors déter-
miner l’énergie totale transférée à la matière par élément de volume :
dEtr = Φ > μ>dv × T
dE
Or, il découle des équations vues dans le chapitre ( K ---------tr- et K E ------tr- ) que
dm
dEtr = Φ >E γ>μtr > dv.
Donc, en comparant ces deux expressions et en simplifiant, on obtient :
dv T E tr dv
T E ------tr-
Changement de milieu
On désire connaître l’évolution du Kerma et de la dose absorbée dans la matière lorsqu’un fais-
ceau de photons mono-énergétiques d’énergie Eγ passe d’un milieu M1 dans un milieu M2.
• Cas du Kerma
À l’interface « M1-M2 », la fluence de photons n’est pas modifiée, donc : M1 M2
Dans le milieu M1 : K M1 E ⎛⎝ ------tr-⎞⎠
M1
Dans le milieu M2 : K M2 E ⎛⎝ ------tr-⎞⎠
M2
⎛ ------tr-⎞
KM ⎝ ⎠ M
On en déduit en simplifiant par Φ : ----------1- ---------------------
1
-
KM
2 ⎛ ------tr-⎞
⎝ ⎠ M2
Le rapport des Kerma est égal au rapport des coefficients de transfert massique en énergie.
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 87
• Cas de la dose absorbée
Considérons de part et d’autre de l’interface séparant les milieux M1 et M2 deux épaisseurs
élémentaires dx1 et dx2 suffisamment minces pour que la fluence des électrons mis en
mouvement par l’interaction des photons ne subisse pas de variations soit : F M1 F M2
(Figure 3.6).
La dose absorbée dans le milieu M1, au niveau de l’interface, est :
Sc
D M ⎛ -----⎞ F
1 ⎝ ⎠ M1 M1
De même, la dose absorbée à l’interface dans le milieu M2 est :
Sc
D M ⎛ -----⎞ F
2 ⎝ ⎠ M2 M2
S
⎛ ----c-⎞
DM ⎝ ⎠ M1
On en déduit donc : ----------- -------------------
1
DM S
2 ⎛ ----c-⎞
⎝ ⎠ M2
Vide Milieu M1 Milieu
M2
E EM1 E EM2
Figure 3.6. Changement de milieu. EEM1 et EEM2 : équilibre électronique dans le milieu M1 et M2.
Dans certains cas, il sera possible que les derniers électrons mis en mouvement dans le
milieu M1, aient, dans le milieu M2, une portée supérieure aux électrons mis en mouve-
ment dans ce second milieu. Il faudra alors déterminer l’équilibre électronique dans M2
en considérant l’énergie maximale des électrons mis en mouvements dans M1 pour
pouvoir calculer la dose absorbée dans le second milieu.
3.2.6.4. Relation fluence – Kerma pour les neutrons
Les interactions des neutrons avec la matière sont multiples et conduisent généralement à
communiquer de l’énergie cinétique aux noyaux du milieu soit par diffusion, soit par réac-
tion nucléaire.
88 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Cependant, dans le cas de la diffusion, un même neutron effectue plusieurs collisions et
l’équilibre entre la fluence des particules secondaires mises en mouvement et celle des
neutrons incidents n’est jamais parfaitement réalisé. Il existe néanmoins une zone où les
conditions d’équilibre des particules secondaires chargées et où le rapport des fluences
primaire et secondaire est sensiblement constant.
Kerma de première collision
Considérons un échantillon mince de matière tel que le neutron primaire n’a qu’une seule
interaction dans le milieu et que l’influence du rayonnement électromagnétique soit négli-
geable. Dans ce cas, la dose absorbée est égale au Kerma. Cette dose absorbée ou Kerma
de première collision considère uniquement l’énergie absorbée due aux particules char-
gées.
Le nombre de réactions produites par unité de masse sera :
ni = Ni > σi > Φ
Avec :
– Φ : la fluence de neutrons en cm–2.
– σ : la section efficace de la réaction étudiée en cm2.
– Ni : le nombre de noyaux cibles de l’élément i par unité de masse du milieu en g–1.
dE
Et comme : K ---------tr- , alors : K N i i E X( E )
dm
où E est l’énergie du neutron incident (MeV) et X(E), la fraction d’énergie cédée aux parti-
cules chargées.
L’indice i désigne un type de réaction.
Dans le cas d’une collision élastique :
2A
X ( E ) ----------------------
2
-
(A 1)
où A est le nombre de masse de l’élément composant la matière irradiée.
Kerma de multi-collisions
Dans un milieu soumis à un champ neutronique, la fluence observée en un point situé à
une profondeur donnée du matériau est fonction de la forme et des dimensions de l’objet
irradié. Il faut alors recourir au calcul statistique pour évaluer le Kerma.
En dosimétrie, on utilise généralement une méthode dite de « Monte Carlo » qui simule,
au moyen d’un modèle mathématique, le cheminement probabiliste des neutrons en
examinant ce qui se passe à chaque interaction.
Une nouvelle approche consiste dorénavant à recourir à une géométrie de référence
commune à tous les rayonnements pour assurer l’étalonnage des dosimètres.
Des réflexions sont menées par des groupes de travail internationaux, elles pourraient
conduire à recommander l’utilisation d’un fantôme de 30 cm × 30 cm × 15 cm à parois
minces de PMMA (quelques mm), rempli d’eau, qui simulerait encore mieux le fantôme
ICRU. Une technique identique serait préconisée pour réaliser les fantômes « doigt » ou
« bras ».
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 89
La relation dose efficace/fluence neutronique ne dépend plus seulement de l’énergie des
particules mais également de nombreux autres paramètres comme l’angle d’incidence des
rayonnements par rapport à la face avant du fantôme, l’épaisseur du fantôme (Figure 3.7).
103
(E /Φ) (pS v.cm2)
102
10
É nergie des neutrons (MeV)
1
10-9 10 -8
10 -7 -6
10 10-5 10-4 10-3 10-2 10-1 1 10 102
Figure 3.7. Relation dose efficace / fluence neutronique d’après la publication 57 de l’ICRU.
3.2.7. Notions d’équivalent de dose en un point et de dose
équivalente pour un organe ou un tissu
Dose absorbée au tissu ou à l’organe
Pour les besoins de la protection radiologique, il est utile de définir une dose absorbée
moyenne dans un tissu ou un organe, D T exprimée en Gy, c’est-à-dire :
εT
D T -------
mT
où ε T (en joule) est l’énergie totale transmise à un tissu ou un organe et mT (en kg) est la
masse de ce tissu ou de cet organe. L’indice T caractérise le tissu ou l’organe. Par exemple,
les valeurs de mT peuvent varier de moins de 10 g pour les ovaires, jusqu’à 70 kg pour le
corps entier. Cette grandeur n’est que calculable.
Équivalent de dose
L’efficacité biologique relative (EBR) est un facteur de pondération donné par rapport aux
photons X de 250 keV, ce rayonnement étant pris comme référence à une valeur égale à 1.
L’EBR varie aussi selon le débit de dose. Des études ont permis de définir, à partir d’obser-
vations sur les dégâts occasionnés à des cellules et en considérant les valeurs de transfert
linéique d’énergie, un facteur de pondération qui prend en compte le détriment des tissus
ou organes irradiés.
90 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Pour une même valeur de la dose absorbée, les dommages créés par les rayonnements
ionisants dans les tissus organiques dépendent de la nature du rayonnement et des condi-
tions d’irradiation. La dose absorbée ne suffit donc pas pour caractériser ces dommages et
l’ICRU a été amenée à définir une grandeur appelée « équivalent de dose » permettant
d’exprimer sur une échelle commune à tous les rayonnements les effets provoqués sur les
personnes exposées.
L’équivalent de dose est défini par la relation :
H=D×Q
où D est la dose absorbée en un point et Q est le facteur de qualité du rayonnement. Ce
facteur sans dimension représente une fonction de transfert d’énergie linéique infini. Le
facteur de qualité, noté aussi QL est décrit par trois équations (CIPR 60) selon la gamme
de transferts linéiques d’énergie L exprimés en keV>μm–1 :
QL = 1 pour L < 10 keV>μm–1
QL = 0,32 L – 2,2 pour 10 ≤ L ≤ 100 keV>μm–1
QL = 300/√L pour L >100 keV>μm–1
H est exprimé en sievert (Sv). L’ancienne unité est le rem : 1 rem = 10–2 Sv.
Cette grandeur n’est que calculable.
Dose équivalente pour un organe ou un tissu
Les grandeurs de protection actuellement recommandées par la CIPR sont définies dans la
publication 60.
H T 冱 W R D T, R
R
H T (Sv) est la dose équivalente dans un organe ou tissu T ; D T, R (Gy) est la dose absorbée
moyenne dans cet organe ou tissu T due à un rayonnement incident de type R et WR le
facteur de pondération du rayonnement. Cette grandeur n’est que calculable. Le
tableau 1.1 a donné les valeurs du facteur de pondération du rayonnement.
3.3. Notions de microdosimétrie
3.3.1. Distribution microscopique de l’énergie
communiquée
En microdosimétrie, la notion de dépôt d’énergie est essentielle. La grandeur de base
utilisée est l’énergie cédée au milieu ε dans un volume donné. ε peut être définie comme
la somme des dépôts d’énergie élémentaires, εi, ayant eu lieu aux différents points i de
transfert inclus dans l’élément de volume considéré, chaque dépôt élémentaire correspon-
dant à une interaction de la particule incidente avec le milieu traversé (Figure 3.8) :
ε 冱 εi (en eV) avec μ le nombre de points de transfert.
i1
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 91
Par ailleurs, ε étant définie pour un temps donné d’exposition du site sensible, elle repré-
sente toute l’énergie cédée pendant ce temps, qu’elle ait été cédée par l’intermédiaire d’un
ou de plusieurs événements1. Or un volume microscopique, exposé à une dose D de
rayonnement, fait l’expérience d’un nombre d’événements n aléatoires, et indépendants,
n
n
distribués suivant une loi de Poisson ⎛⎝ P(n) -----
n
- e ⎞⎠ . Aussi on a :
n!
n
⎛ ⎞
ε 冱 ⎜⎝ 冱 εi⎟⎠
j1 i1
Les nombres d’interaction et les grandeurs des dépôts élémentaires étant aléatoires ainsi
que le nombre d’événements, il en résulte que la valeur de l’énergie cédée ε est elle-même
aléatoire.
3.3.2. Grandeurs microdosimétriques
La quantité d’énergie déposée dépendant du choix du volume biologique considéré, Rossi
a introduit en 1968, pour surpasser l’incertitude pesant sur ce choix, deux quantités stochas-
tiques que sont l’énergie spécifique z et l’énergie linéale y (ICRU, 1983) (Figure 3.8).
10 nm
( l, m ) Énergie linéale = y = / l (keV/μm)
( l , m)
Énergie spécifique = z = / m (Gy)
Figure 3.8. Caractérisation du dépôt d’énergie. Il s’agit ici de la trace d’une particule α,
chaque point correspond à un transfert d’énergie.
L’énergie spécifique, z, est définie comme le rapport :
ε (en Gy)
z ----
-
m
où ε est l’énergie cédée au milieu dans un élément de volume de masse m.
1 La notion d’« événement » en microdosimétrie est définie comme la somme des dépôts d’énergie dus au pas-
sage dans le volume considéré d’une particule ionisante et de ses particules chargées secondaires, ou encore au
passage de particules ionisantes statistiquement corrélées dans le volume. Dans le cas de volumes cibles non
touchés, on est amené à parler d’événement nul.
92 Radioprotection et ingénierie nucléaire
L’énergie linéale, y, est définie comme le rapport :
y ε-- (en keV/μm)
l¤
où l est égale à la longueur moyenne de la corde interceptant le volume considéré. Pour
un volume sphérique de diamètre d et une distribution isotrope et uniforme de cordes
interceptant la sphère, on a :
2
l ¤ --- d
3
Il s’ensuit dans ce cas de volume sphérique la relation suivante entre les variables z et y :
y
z = 0,204 -----
- 2
d
Les grandeurs z et y, tout comme ε, sont aléatoires puisque soumises aux fluctuations
statistiques des interactions élémentaires des particules ionisantes avec le milieu. On
s’intéresse donc à leurs distributions statistiques et à leurs valeurs moyennes. Le volume
de forme et de taille données, pour lequel elles sont définies, doit être petit (≈ μm ou < μm)
pour pouvoir enregistrer les fluctuations statistiques de ces variables aléatoires.
De ces deux grandeurs, l’énergie spécifique z est la plus pertinente car étant définie pour
n’importe quel nombre d’événements dans le volume considéré, elle dépend du niveau de
dose absorbée. À l’inverse, l’énergie linéale y est, par définition, uniquement liée aux événe-
ments individuels. En fait, y est la variable aléatoire définie par analogie au TEL, et z est la
variable aléatoire définie par analogie à la dose absorbée. En effet, la valeur de z tend vers
la valeur de la dose absorbée lorsque la taille du volume considéré augmente (Figure 3.9).
Figure 3.9. Détermination des domaines microdosimétrique et dosimétrique en fonction de la
masse m du volume considéré (d’après D. Blanc, 1990).
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 93
3.3.3. Microdosimétrie et radioprotection
Les grandeurs microdosimétriques jouent un rôle conceptuel primordial dans le domaine
de la radiobiologie et de fait de la radioprotection. Ainsi, la détermination de l’équivalent
de dose en un point d’un champ de rayonnements nécessite de connaître la valeur du
facteur de qualité Q à appliquer pour le champ de rayonnements considéré. Or cette
valeur peut ne pas être définie, notamment dans le cas d’un champ de rayonnement mixte
(n, γ) pour lequel un facteur de qualité moyen Q doit être appliqué. À partir du spectre à
un unique événement f1(y) et en assimilant le transfert linéique d’énergie à l’énergie
linéale et par suite Q(L) à Q(y), il est possible de déterminer la valeur moyenne du facteur
de qualité, Q, par la formule suivante :
y f1 ( y )
Q # Q ( y ) --------------------dy
yF
avec le spectre Q(y) divisé en pratique en trois parties tel que présenté dans le
paragraphe 3.2.7 (« Équivalent de dose »).
y f (y)
1
Le terme -------------------
- correspond à la proportion de l’énergie (ou de la dose absorbée) ayant
yF
été communiquée par des événements d’énergie linéique y. Ce terme, appelé distribution
de dose en énergie linéique, est noté d(y).
Compteurs microdosimétriques
La fonction d(y) peut être déterminée à partir de compteurs microdosimétriques (ICRU,
1983). Il s’agit de détecteurs à impulsion proportionnels, applicables à une large gamme
de rayonnements rencontrés en radioprotection.
Les compteurs microdosimétriques sont constitués d’une petite cavité sphérique remplie
de gaz à basse pression. Le gaz emplissant la cavité et les parois de cette dernière sont
composés d’un plastique équivalent tissu. Le compteur microdosimétrique de type
« Rossi » est présenté sur la figure 3.10.
L’équivalence d’un volume microscopique d’un milieu donné m (en l’occurrence ici tissu-
laire) et d’un volume de gaz g en microdosimétrie repose sur l’exigence que l’énergie
cédée par une particule chargée (δE) soit identique en traversant l’un et l’autre volume
(Figure 3.11), i.e. (ICRU, 1983) :
S S
E m --- m dm = --- g dg = Eg
m g
où S--- est le pouvoir d’arrêt massique de la particule, ρ la densité du milieu, dm et dg des
trajectoires équivalentes respectivement dans le volume du milieu et le volume de gaz.
Les compteurs proportionnels équivalent tissu (CPET) simulent des volumes de l’ordre du
μm1. Aussi, les dimensions de leur volume de gaz sont petites par rapport au parcours des
particules chargées. L’équivalence ci-dessus peut donc être applicable aux compteurs
proportionnels sur la base du principe de Bragg-Gray dont l’hypothèse principale est
qu’une cavité de « petites dimensions » ne perturbe pas le champ de particules chargées
1 En pratique, les compteurs proportionnels peuvent simuler des volumes de l’ordre de 0,3 μm. Toutefois, les
compteurs commerciaux généralement utilisés opèrent de manière fiable à partir de 1 μm.
94 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Entrée de gaz équivalent tissu
Convertisseur en plastique
équivalent tissu (A150)
Fil et hélice anodique
1 cm
Sortie de gaz équivalent tissu
Figure 3.10. Structure détaillée d’un compteur proportionnel de type « Rossi ».
La forme sphérique du volume sensible requise pour la simulation de sites biologiques conduit à la
distorsion du champ électrique près des extrémités du fil central. Cette asymétrie est corrigée
par l’ajout d’une hélice concentrique à l’anode et maintenue à un potentiel intermédiaire.
Trajectoires et
particules équivalentes
Sphère d’un
milieu donné m
Sphère
remplie
de gaz ET
δ ε tissu
δ Eg
Volumes équivalents
Figure 3.11. Principe de la microdosimétrie. Les compteurs proportionnels équivalent tissu (CPET)
simulent un site microscopique de tissu par une cavité gazeuse remplie de gaz à basse pression.
L’énergie déposée par les particules chargées (crossers) dans le gaz est égale à celle perdue dans le
tissu pour des trajectoires équivalentes.
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 95
secondaires émises dans le milieu autour de la cavité (voir paragraphe 4.2.3). Ce principe
représente toutefois une idéalisation. En effet, en particulier pour les neutrons, les condi-
tions de « petites cavités » ne sont pas nécessairement remplies en même temps pour
toutes les particules chargées émises suivant leur type et leur énergie, d’autant que ces
particules pénètrent dans la cavité après avoir été ralenties dans le milieu (Tableau 3.3).
Tableau 3.3. Parcours moyen dans le plastique équivalent tissu pour des protons
et des particules α de différentes énergies.
Énergie (MeV) Rp (μm) Rα (μm)
0,1 1,3 0,9
0,5 7,7 2,67
1,0 22,0 4,91
5,0 35,4 36,5
10,0 1216 112
Ces difficultés sont approximativement résolues par le théorème de Fano selon lequel pour
un milieu de composition donnée, le flux de particules secondaires est indépendant de la
densité et des variations de densité du milieu, pourvu que les sections efficaces d’interaction
des rayonnements primaires et les pouvoirs d’arrêt soient indépendants de la densité du
milieu. En pratique, les compositions du milieu et du gaz ne sont pas strictement identiques.
De plus, les gaz et parois des compteurs proportionnels doivent répondre à des critères parti-
culiers, liés par exemple, pour le gaz, au mode de fonctionnement du compteur propor-
tionnel, et pour la paroi du compteur, à sa conductivité. Les compositions du gaz et de la
paroi ne sont dès lors, en général, pas identiques entre elles, et ne font qu’approcher la
composition des tissus que l’on veut simuler (Tableau 3.4).
Les compteurs proportionnels mesurent des amplitudes d’ionisation et non des dépôts
d’énergie. Les compteurs proportionnels microdosimétriques opérant en mode d’impul-
sion, ils permettent de mesurer les distributions d’ionisation dans le gaz par les particules
chargées émises dans la paroi et le milieu environnant, événement par événement. Autre-
ment dit, l’amplitude de chaque impulsion correspond au nombre de paires d’ions
produites par un événement.
La conversion des spectres d’ionisation en distribution d’énergie cédée au volume de gaz
de la cavité s’opère directement en utilisant la valeur moyenne de l’énergie dépensée pour
former une paire d’ions dans le gaz, W, définie par (ICRU, 1979) :
E
W ---
-
N
où N est le nombre moyen de paires d’ions formés lorsque l’énergie de la particule chargée
E est complètement absorbée. La particule ayant perdu toute son énergie non seulement
au cours d’ionisations mais aussi d’excitations, la valeur de W est plus élevée que le poten-
tiel d’ionisation. W est une valeur moyenne qui dépend du type de la particule et de son
énergie.
Un exemple de spectre de dose est donné sur la figure 3.12. Le débit de dose est limité par
les phénomènes d’empilement liés à l’électronique du système de détection.
96 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Tableau 3.4. Composition (pourcentage en poids) pour différents tissus, matériaux équivalents
tissus (utilisés pour la paroi des détecteurs et les fantômes) et gaz équivalents tissus [ICRU, 1989].
En effet, le transfert d’énergie des particules chargées dépend principalement, d’après des
observations empiriques, de la composition atomique des matériaux traversés (pas de dépendance
par rapport à la combinatoire chimique des constituants). Aussi, les matériaux aux propriétés
d’absorption équivalentes à celles des tissus peuvent être constitués de mélanges des 4 éléments
les plus courants : HCNO.
Milieu H C N O Autres composants
Muscle ICRU 10,2 12,3 3,5 72,9 1,1
Os ICRU 6,4 27,8 2,7 41,0 22,1
Tissus graisseux
11,7 64,4 0,8 22,8 0,3
sous-cutanés
A-150 équivalent
10,1 77,7 3,5 5,2 3,5
tissu plastique
Plexiglas 8,0 60,0 - 32,0 -
Polystyrène 7,7 92,3 - - -
Gaz équivalent
10,3 56,9 3,5 29,3 -
tissu (propane)
Gaz équivalent
10,2 45,6 3,5 40,7 -
tissu (méthane)
Figure 3.12. Exemple d’un spectre de dose provenant d’un champ de rayonnement X
et de neutrons de 2,95 MeV (de Choudens, 1997).
3 - Grandeurs radiométriques et dosimétrie 97
Références
Blanc D. (1990) Les rayonnements ionisants, détection, spectrométrie, dosimétrie
(Masson, Paris).
De Choudens H. et Troesch G. (1997) Radioprotection dans les installations nucléaires
(Lavoisier Tec & Doc).
ICRP Publication 60 (1991) Recommendations of the International Commission on Radio-
logical Protection, Annals of ICRP 21 (1-3).
ICRU Report 31, Average Energy Required to Produce an Ion Pair (Pergamon Press,
Oxford).
ICRU Report 36 (1983) Microdosimetry (Pergamon Press, Oxford).
ICRU Report 44 (1989), Tissue Substitues in Radiation Dosimetry and Measurement.
(Pergamon Press, Oxford).
ICRU Report 57 (1998) Conversion Coefficients for use in Radiological Protection against
External Radiation (Pergamon Press, Oxford)
Rossi H.H. (1968) In Proceedings of Symposium on Microdosimetry, Euratom, Brussels.
4 Dosimétrie et surveillance
pour l’exposition externe
Didier Paul, Isabelle Aubineau-Lanièce,
Bruno Lauwers
Introduction
En 1991, la Commission internationale de radioprotection (CIPR) introduit avec sa publi-
cation numéro 60 un nouveau système de protection radiologique, source d’inspiration de
la directive 96/29/Euratom du 13 mai 1996. Cette directive entérine les nouvelles gran-
deurs de protection – la dose équivalente et la dose efficace – et impose des limites de dose
plus contraignantes pour les travailleurs exposés et pour le public.
Ces grandeurs comme les précédentes (l’équivalent de dose à l’organe et l’équivalent de
dose efficace, CIPR Publication 26, 1977) ne sont pas mesurables et l’International
Commission on Radiation Units and Measurements (ICRU) a instauré depuis 1985 un
système opérationnel basé sur le concept d’équivalent de dose en un point donné dans
une sphère réceptrice « ICRU » modélisée.
Les grandeurs opérationnelles définies par l’ICRU sont destinées à fournir des approxima-
tions raisonnables des grandeurs de protection de la CIPR dans le but de respecter les
limites réglementaires. Ces grandeurs sont donc des estimateurs « majorants » (Hop ≥ Hpro)
développées pour les besoins de l’étalonnage pratique de l’instrumentation affectée aux
surveillances de l’environnement et des personnes. La cohérence des grandeurs opération-
nelles avec les grandeurs de protection a fait l’objet d’un groupe de travail CIPR/ICRU et
d’une publication commune : la publication 74 de la CIPR (1996) et le rapport 57 de
l’ICRU portant sur les coefficients de conversion utilisés en protection radiologique (irra-
diation externe).
L’application des recommandations de la CIPR et de l’ICRU nécessite une bonne compré-
hension des nombreux concepts, grandeurs et techniques d’étalonnage, objet du premier
paragraphe de ce chapitre. Le décret n˚ 2003-296 du 31 mars 2003 relatif à la protection
des travailleurs contre les dangers des rayonnements ionisants rend obligatoire la dosimé-
trie opérationnelle pour toute opération se déroulant en zone contrôlée ou spécialement
réglementée. Les modalités d’application sont fixées par arrêté et portent en particulier sur
les caractéristiques requises en dosimétrie active (opérationnelle) et les conditions
d’étalonnage. Depuis 1985, les commissions internationales recommandent que les
instruments de radioprotection soient étalonnés en terme de grandeurs opérationnelles.
La métrologie des rayonnements ionisants est nécessaire pour caractériser les faisceaux et
sources de référence à des fins d’étalonnage des dosimètres relatifs. Elle fait appel à des
dosimètres absolus permettant le passage direct d’une grandeur physique à une grandeur
100 Radioprotection et ingénierie nucléaire
dosimétrique, instruments de laboratoire décrits dans le deuxième paragraphe. La radio-
protection utilise sur « le terrain » des dosimètres relatifs étalonnés dans des conditions de
référence. Le paragraphe 4.3 traite les principaux détecteurs utilisés en dosimétrie passive
(toujours réglementaire) pour la surveillance individuelle et le contrôle d’ambiance et en
dosimétrie active au service du principe d’optimisation pour le personnel (dosimètres élec-
troniques).
Enfin le paragraphe 4.4 est consacré à la dosimétrie des neutrons qui comporte un certain
nombre de spécificités quant à la détermination de l’équivalent de dose, issu d’une spec-
trométrie préalable et d’une dosimétrie de champ et individuelle. L’instrumentation fait
l’objet d’un étalonnage particulier.
4.1. Grandeurs opérationnelles
4.1.1. Grandeurs opérationnelles de l’ICRU pour
la surveillance de l’environnement et de l’individu1
Les grandeurs ICRU données dans les rapports 39 et 51 de l’ICRU (ICRU, 1985, 1993) sont
destinées à fournir des approximations raisonnables de la dose efficace et de la dose équi-
valente pour la peau (quand ces grandeurs sont calculées avec la relation Q-L du
tableau A-1 de la publication 60 de la CIPR) et à permettre le respect de la réglementation.
La détermination de grandeurs de remplacement liées à l’équivalent de dose efficace et à
l’équivalent de dose à la peau (publication 26 de la CIPR, rapport n° 39 de l’ICRU) a été
faite séparément pour la surveillance de l’environnement (y compris les zones de travail) et
la surveillance individuelle. Certaines conventions ont été utilisées pour cette surveillance.
Toutes ces grandeurs sont basées sur le concept de l’équivalent de dose en un point donné
dans la sphère ICRU composée d’oxygène (76,2 %), de carbone (11,1 %), d’hydrogène
(10,1 %) et d’azote (2,6 %), de diamètre : 30 cm et de masse volumique : 1 g> cm–3. Cette
sphère, qui représente le « récepteur humain modélisé », est souvent considérée comme
théorique pour la définition des équivalents de dose de zone, définis en un point par
l’ICRU. Elle est remplacée par un fantôme parallépipédique rempli d’eau pour la détermi-
nation de l’équivalent de dose individuel. Les dosimètres de zone sont étalonnés dans l’air,
le coefficient d’étalonnage donne un équivalent de dose à partir d’un coefficient de
conversion calculé : fluence, Kerma ou dose absorbée supérieur à l’équivalent de dose
calculé dans la sphère théorique ICRU. Cependant, rien n’empêche un laboratoire de
métrologie de fabriquer une sphère ICRU et de mesurer directement l’équivalent de dose
à une certaine profondeur dans cette sphère au lieu d’utiliser un facteur de conversion à
partir d’une grandeur physique de base.
Pour l’étalonnage d’un dosimètre individuel, le dosimètre est irradié sur un fantôme paral-
lépipédique et l’équivalent de dose fourni par le dosimètre est celui donné par un facteur
de conversion à une certaine profondeur dans le fantôme. Là encore, il est possible de
fournir un étalon expérimental pour cet équivalent de dose au moyen d’un petit dosimètre
placé à une certaine profondeur dans le fantôme parallépipédique. L’approche théorique
via les facteurs de conversion calculés par méthode de Monte Carlo est la plus couramment
utilisée (CIPR 74 ou ICRU 57) mais l’approche expérimentale n’est pas inconcevable.
1 D’après paragraphe A.14 de la publication 60 de la CIPR et le rapport 51 de l’ICRU.
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 101
L’ICRU a modélisé le récepteur mais aussi l’émetteur en définissant des champs de rayon-
nement dérivés du champ de rayonnement réel pour la détermination des grandeurs
opérationnelles. Les termes « expansé » et « unidirectionnel » sont donnés dans le
rapport 39 de l’ICRU (traduction officielle CEA/IPSN) pour caractériser ces champs de
rayonnement dérivés. Dans le champ expansé, la fluence et ses distributions angulaire et
énergétique ont les mêmes valeurs dans le volume concerné que le champ réel au point
de référence. Dans le champ expansé et unidirectionnel, la fluence et sa distribution en
énergie sont les mêmes que dans le champ expansé, mais la fluence est unidirectionnelle.
Le champ expansé est ainsi appliqué sur l’ensemble du dosimètre mais aussi sur tout le
volume d’intérêt : le récepteur représenté par la sphère ICRU (Figure 4.1).
Figure 4.1. Détermination des grandeurs opérationnelles pour la surveillance des zones de travail
et de l’environnement dans un champ dérivé (expansé) dont la fluence et ses distributions
angulaire et énergétique ont dans la sphère ICRU les mêmes valeurs qu’au point de référence dans
le champ réel (d’après G. Portal, 1989).
4.1.1.1. Surveillance de l’environnement
Deux concepts liant le champ de rayonnement externe à la dose efficace et à la dose équi-
valente dans la peau sont introduits en vue de la surveillance de l’environnement et de la
surveillance de zone. Le premier de ces concepts, l’équivalent de dose ambiant, H* (d ),
102 Radioprotection et ingénierie nucléaire
est approprié aux rayonnements fortement pénétrants, et le second, l’équivalent de dose
directionnel, H’ (d, Ω) se réfère aux rayonnements faiblement pénétrants. Le caractère
« pénétrant » des rayonnements dépend (selon la définition donnée dans le rapport 51 de
l’ICRU) du rapport à la valeur limite de l’équivalent de dose. Un rayonnement sera faible-
ment pénétrant si l’équivalent de dose le plus proche de la limite est l’équivalent de dose
au niveau de la lentille de l’œil ou celui défini pour la peau ; pour un rayonnement forte-
ment pénétrant, l’équivalent de dose « corps entier » pour la dose efficace est le plus
proche de la limite.
L’équivalent de dose ambiant, H* (d ), en un point du champ de rayonnement, est l’équi-
valent de dose qui serait produit par le champ expansé et unidirectionnel correspondant,
dans la sphère ICRU, à une profondeur « d », sur le rayon opposé à la direction du champ
unidirectionnel ; d = 10 mm pour les rayonnements fortement pénétrants, 0,07 mm pour
les rayonnements faiblement pénétrants (dose à la peau) et 3 mm pour l’œil (Figure 4.4).
L’équivalent de dose directionnel, H’ (d, Ω) en un point du champ de rayonnement, est
l’équivalent de dose qui serait produit par le champ expansé correspondant dans la sphère
de l’ICRU, à une profondeur « d », sur un rayon dont la direction Ω est spécifiée ;
d = 0,07 mm ou 3 mm (Figure 4.4).
4.1.1.2. Surveillance individuelle
Au lieu de deux grandeurs définies dans le rapport 39 de l’ICRU (ICRU, 1985) pour la
surveillance individuelle, un concept simplifié appelé équivalent de dose individuel ou
personnel Hp (d ) est recommandé pour des rayonnements fortement et faiblement péné-
trants. Selon l’ICRU, rapport 51 (1993), Hp (d ) est l’équivalent de dose dans le tissu mou,
à une profondeur appropriée « d », sous un point spécifié du corps ; d = 10 mm, 3 mm ou
0,07 mm.
Ces grandeurs sont dans leur principe adaptées aux besoins (paragraphe suivant) de la
surveillance de zone et de la surveillance individuelle, rigoureusement définies, mesura-
bles et traçables métrologiquement.
4.1.2. Passage de la mesure à la dose absorbée
(dosimétrie absolue et relative), à l’équivalent
de dose et à la dose efficace
La dosimétrie absolue relève plus de la spécialité du métrologiste que de celle du radio-
protectioniste qui travaille avec des dosimètres dits relatifs. Cependant, la radioprotection,
par déduction, s’appuie sur la dosimétrie absolue qui caractérise les références avec
lesquelles sont étalonnés les instruments relatifs.
L’opération absolue d’un dosimètre consiste à atteindre la dose absorbée en un point d’un
milieu M au moyen d’un matériau détecteur M’, de masse m, placé dans le milieu M au
point considéré.
La dose absorbée DM’ dans le milieu matériau M’ est par définition reliée à l’énergie
moyenne E déposée dans la masse m, proportionnelle à la valeur g d’une grandeur mesu-
rable. La relation fondamentale est la suivante (d’après D. Blanc, 1990) :
D M -----
E g
-------
m m
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 103
La dose DM recherchée est déduite de la mesure dans le matériau détecteur M’ selon la
théorie de la cavité, en remplaçant au point considéré, le matériau M’ du détecteur par le
milieu considéré.
Trois dosimètres absolus répondent directement à la définition de la dose absorbée : le
calorimètre, le dosimètre chimique et la chambre d’ionisation.
La quantité caractéristique de ces dosimètres constitue le facteur de proportionnalité, ω ,
entre la grandeur mesurée et l’énergie moyenne E.
Les dosimètres relatifs ont une réponse qui ne peut pas être directement liée à l’énergie
déposée dans le matériau détecteur, car de nombreux paramètres physiques, chimiques et
géométriques interviennent dans la réponse. Les caractéristiques de ces dosimètres
doivent être déterminées au moyen des dosimètres absolus.
En radioprotection, dosimétrie externe, la grandeur mesurable considérée est l’équivalent
de dose, produit de la dose absorbée par le facteur de qualité du rayonnement (H = D >Q).
Le passage de la mesure à l’équivalent de dose ou plutôt les équivalents de dose, définis
dans l’ICRU, peut se faire selon plusieurs approches définies dans le rapport 47 de l’ICRU
(1992) :
– une approche microdosimétrique (absolue) basée sur la définition même de l’équivalent
de dose à partir de la mesure de l’énergie linéale y absorbée, grandeur proche du TEL et
du facteur de qualité Q (y),
– une approche qui consiste à mesurer une autre quantité avec un dosimètre relatif, par
exemple l’exposition ou le Kerma pour les photons et à appliquer un coefficient de conver-
sion calculé. Ces facteurs dépendant de l’énergie du rayonnement incident, une informa-
tion sur le spectre en énergie est nécessaire. Cette méthode est couramment employée
pour les étalonnages.
Dans le cadre habituel de la radioprotection, la détermination de l’équivalent de dose est
généralement faite selon la deuxième approche. La réglementation imposant le respect des
limites est basée sur le concept de la dose efficace, grandeur relative au corps humain.
Grandeurs de protection et grandeurs opérationnelles peuvent être reliées à des grandeurs
radiométriques comme la fluence de particules ou dosimétriques comme le Kerma, la
dose absorbée ou encore entre elles par le biais des coefficients de conversion, comme le
montre la figure 4.2.
Les grandeurs opérationnelles actuellement utilisées pour l’étalonnage des dosimètres ont
été à l’origine définies en 1985 pour être compatibles avec les grandeurs de la
publication 26 de la CIPR (1977). Depuis, l’ICRU a publié de nouveaux calculs concer-
nant ses grandeurs en introduisant des données physiques récentes avec la révision de la
relation Q-L de la publication 60 de la CIPR (rapport 47 de l’ICRU, 1992) pour les photons
et les électrons. De nouveaux pouvoirs de ralentissement pour les protons et les particules
α (rapport 49 de l’ICRU, 1993) ont conduit à une révision des coefficients de conversion
pour les neutrons (publication 74 de la CIPR, rapport 57 de l’ICRU).
La compatibilité des grandeurs opérationnelles (Hop) avec les nouvelles grandeurs de
protection de la publication 60 de la CIPR (Hprot) suivant le principe général :
Hprot ≤ Hop
a été étudiée par un groupe de travail CIPR/ICRU. Les figures 4.3 et 4.4 issues de la publi-
cation 74 de la CIPR (1996) montrent quelques exemples de calculs de conversion entre
les jeux de grandeurs pour les photons (Figure 4.2) et les électrons (Figure 4.3).
104 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Coefficients de conversion (Sv/Gy)
Énergie des photons (MeV)
Figure 4.2. Estimation des grandeurs de protection de la CIPR par les grandeurs opérationnelles de
l’ICRU (d’après J.L. Chartier, 1998).
Le groupe de travail indique dans sa conclusion que dans la plupart des situations réelle-
ment rencontrées, les grandeurs opérationnelles définies par l’ICRU en 1985 constituent
toujours une base satisfaisante pour les mesures de protection radiologique relativement à
une irradiation externe en photon ou électron, ceci malgré tous les changements dans les
deux jeux de grandeurs. La surestimation est typiquement de 20 % ou plus, quelle que soit
la géométrie d’irradiation.
4.1.3. Caractéristiques des instruments
de radioprotection requises en dosimétrie
La qualité d’un instrument de radioprotection réside dans sa capacité à répondre correc-
tement aux grandeurs opérationnelles H* (d) et H’ (d, Ω) définies pour les instruments de
mesure d’ambiance et Hp (d) pour les dosimètres individuels.
Dans le tableau 4.1, pour les deux catégories d’instruments et les différents rayonnements
utilisés, pénétrants ou peu pénétrants, sont indiquées la quantité dosimétrique mesurée,
fonction de l’étalonnage, et la grandeur opérationnelle considérée, issue de la conversion
par un facteur approprié. Pour chacune de ces grandeurs, les réponses angulaire et éner-
gétique de l’instrument sont rigoureusement étudiées.
Rappelons que la réponse d’un instrument est l’indication de la valeur de la quantité
mesurée.
Compte tenu de la définition des différents équivalents de dose, la réponse angulaire de
l’instrument doit être isotrope pour H* (10) c’est-à-dire que sa lecture doit être indépen-
dante de la direction du rayonnement incident, non isotrope pour les autres équivalents
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 105
Hp.skin / H’(0,07,0°)
Énergie des électrons (MeV)
Figure 4.3. Coefficients de conversion du Kerma dans l’air en grandeurs opérationnelles et en dose
efficace en fonction de l’énergie des photons (géométrie d’irradiation AP) d’après la publication
74 de la CIPR (CIPR, 1996).
Figure 4.4. Rapport entre la dose équivalente à la peau et l’équivalent de dose directionnel
(H’(0,07 ; 0˚) ≈ Hp (0,07)) en fonction de l’énergie des électrons, d’après la publication 74
de la CIPR (CIPR, 1996).
de dose ou encore isodirectionnelle si la lecture varie avec la direction du rayonnement
incident suivant la quantité opérationnelle considérée.
106 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Tableau 4.1. Données sur les fonctions de conversion (d’après le rapport 43 de l’ICRU, 1988).
Pouvoir du Équivalent Réponse Type de Grandeur
Instrument
rayonnement de dose angulaire rayonnement primaire
Pénétrant H* (10) Isotrope Photon Kerma dans l’air
(ambiant) Électron Fluence
Neutron Fluence
Mesure Peu pénétrant H’ (0,07) Isodirection- Photon Kerma dans l’air
d’ambiance (directionnel) nelle Électron Fluence
(hors fantôme) Neutron Fluence
β Dose dans l’air
ou le tissu, ou
activité de la
source
Pénétrant Hp (0,07) Isodirection- Photon Kerma dans l’air
(individuel) nelle Électron Fluence
Neutron Fluence
Peu pénétrant Hp (0,07) et Isodirection- Photon Kerma dans l’air
Dosimètre Hp (3) nelle Électron Fluence
individuel Neutron Fluence
β Dose dans l’air
ou le tissu, ou
activité de la
source
En dosimétrie individuelle, la CEI (Commission électrotechnique internationale) recom-
mande pour les photons que le rapport entre une lecture à un angle α et une lecture α =
0° pour des angles allant de + 75˚ à –75˚ soit au plus de ± 20 % à l’énergie du 137Cs
(662 keV) et de ± 50 % à l’énergie de l’241Am (60 keV).
En ce qui concerne la réponse en énergie, le tableau 4.2 donne les normes fixant les spéci-
fications relatives aux dosimètres individuels passifs et actifs (d’après A. Rannou et al.,
1998).
Plusieurs dosimètres mesurent l’équivalent de dose dans les tissus adjacents au port du
badge à 0,07, 3 et 10 mm de profondeur. Les dosimètres thermoluminescents qui sont de
bons « équivalents-tissu » pour les photons ont des réponses angulaire et en énergie
proches de l’idéal grâce à l’adjonction de filtres. Leur volume sensible est cependant
encore trop épais pour la dosimétrie β. Malgré quelques détecteurs spécifiques (ultra-
minces ou dopés au carbone), leur utilisation en dosimétrie β est réservée aux énergies
élevées (par exemple, 90Sr-90Y). Les films photographiques avec filtres sont toujours
utilisés bien qu’étant de mauvais « équivalents-tissu ». L’indépendance énergétique pour
différents angles d’incidence est en général difficile à assurer surtout aux basses énergies
pour les photons.
En dosimétrie de zone pour les photons, les instruments de mesure d’ambiance qui posent
des problèmes de sensibilité excessive au-dessous de 100 keV en terme d’exposition ou
de Kerma varient moins fortement en fonction de l’énergie pour la mesure de H* (10).
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 107
Tableau 4.2. Normes internationales fixant les spécifications relatives aux dosimètres individuels
(d’après A. Rannou et al., 1998).
Photographiques Thermoluminescents
Dosimètres Électroniques
(20 keV – 9 MeV) dosimétrie individuelle
Norme ISO 1757 CEI-ISO 1066 CEI 1283 (X, γ, β) et
CEI 1323 (n) – 1995
CEI 1525 (X, γ, β et n) 1997
Réponse au < 20 % jusqu’à 1 Sv/h
débit de dose (137Cs pour les photons,
241Am-Be ou 252Cf pour les
neutrons)
Réponse en ±35 % pour les ±30 % entre 15 keV et ±30 % entre 50 keV et
énergie photons entre 3 MeV pour les photons 1,5 MeV par rapport au 137Cs
20 keV et 1,2 MeV ±30 % entre 50 keV et pour les photons,
3 MeV pour les rayonne- –50 %,+100% pour 6 MeV
ments β (test uniquement sur site réac-
teur)
±50 % pour les neutrons entre
100 keV et 15 MeV
Réponse angu- ±30 % pour angles 15 % pour les angles 0˚, Entre 0˚ et ±75˚ :
laire 0˚, ±30˚, ±45˚, ±60˚ ±20˚, ±40˚, ±60˚ et pour ±20 % pour 137Cs
et aux énergies les photons de 60±5 keV ±50 % pour 241Am
58 keV ou 241Am et ±30 % pour 241Am-Be ou
γ du 137Cs ou 60Co 252Cf
Cette conversion heureuse en équivalent de dose permet à beaucoup d’instruments mesu-
rant l’exposition ou le Kerma de déterminer H* (10) par un simple changement d’échelle
pour passer des anciennes grandeurs et unités aux nouvelles.
Pour le rayonnement β, l’instrument le plus utilisé en métrologie est la chambre à extra-
polation qui présente une réponse quasi isodirectionnelle relativement à H’ (0,07, Ω).
La dosimétrie des neutrons constitue un chapitre à part entière qui dépasse le cadre de cet
exposé.
La dosimétrie opérationnelle est généralement associée à la dosimétrie active au service
des principes d’optimisation et de limitation en radioprotection. Les dosimètres électroni-
ques (diodes silicium) règnent en maître pour les photons. Malgré ses petites dimensions,
le détecteur présente une bonne sensibilité. Par contre le silicium n’est pas un bon
« équivalent-tissu » compte tenu de son numéro atomique relativement faible. En dosimé-
trie individuelle, ils sont étalonnés en Hp (d), leur réponse entre dans les limites de varia-
tion autorisées par la norme CEI à partir de 60 keV jusqu’à 3 MeV. Notons que certains
dosimètres sont munis d’une diode supplémentaire pour permettre la mesure de Hp (0,07)
à partir d’une énergie de l’ordre de 15 à 20 keV.
108 Radioprotection et ingénierie nucléaire
4.1.4. L’étalonnage : grandeurs de référence
et procédures associées
On entend par étalonnage d’un instrument, la détermination du facteur d’étalonnage N
par lequel on multiplie la lecture de l’instrument pour obtenir l’équivalent de dose désiré :
N=H/M
où M est la lecture de l’instrument dans un champ de référence où l’équivalent de dose
est connu.
Pour bien étalonner un instrument, il faut étudier sa réponse angulaire, spectrale et la
manière dont elle dépend d’autres paramètres. L’ensemble des procédures à accomplir et
les caractéristiques requises apparaissent dans les normes CEI et ISO qui définissent égale-
ment les champs de référence appropriés pour réaliser ces étalonnages (photon, électron,
neutron).
À l’heure actuelle, les laboratoires de métrologie utilisent encore les quantités primaires
du tableau 4.1 : Kerma dans l’air, fluence, dose absorbée dans l’air ou le tissu, activité de
la source, comme grandeurs de référence et transforment ces données en grandeurs opéra-
tionnelles par l’intermédiaire de facteurs de conversion calculés, que l’on trouve dans les
rapports 47 et 57 de l’ICRU et la publication 74 de la CIPR.
La procédure pour les dosimètres d’ambiance β est différente de celle des photons et des
neutrons puisqu’elle n’utilise pas de facteurs de conversion calculés. Les dosimètres sont
étalonnés en terme de dose absorbée sous 7 mg>cm–2 de matériau « équivalent-tissu ».
Cette mesure est équivalente à celle de H’ (0,07) avec un facteur de qualité égal à 1.
L’étalonnage des dosimètres individuels se fait en présence d’un fantôme adéquat qui
reproduit le rayonnement diffusé par le corps de l’individu, contribution intégrée dans la
définition de Hp (d).
Pour les photons, le facteur d’étalonnage de beaucoup d’instruments est relativement
indépendant de l’énergie. La procédure d’étalonnage est complexe, plusieurs méthodes
sont utilisées pour réduire l’incertitude sur le facteur d’étalonnage (normes ISO). Pour
obtenir une précision de mesure de 30 %, il faut réaliser un étalonnage de l’instrument
avec une précision inférieure à 10 % ce qui implique des références connues à moins de
5 %.
Le rapport 47 de l’ICRU recommande le fantôme PMMA de 30 cm × 30 cm × 15 cm dont
la masse est proche de la sphère ICRU et dont les caractéristiques de rétrodiffusion sont
proches de celles du corps humain.
4.2. Dosimétrie absolue
Les dosimètres absolus sont des dosimètres qui donnent des informations proportionnelles
à la dose absorbée par le milieu détecteur. L’information donnée par le dosimètre absolu
traduit directement la quantité d’énergie cédée au milieu par une mesure de température,
de spectrophotométrie ou de courant électrique.
Pour un dosimètre considéré, la grandeur g est proportionnelle à l’énergie moyenne
déposée ε dans le milieu, ω est la grandeur caractéristique du dosimètre considéré :
ε = ω >g
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 109
La masse m du matériau dosimétrique étant connue, on en déduit la dose absorbée dans
le milieu par la relation :
ε 1 g
D ----
- -----
m m
4.2.1. Calorimétrie
Le calorimètre est un instrument qui permet théoriquement de mesurer la dose absorbée
dans un milieu dont la capacité calorifique est connue. Ce type de dosimètre peut être
employé pour la mesure des doses absorbées délivrées par des photons, des neutrons et
des électrons. La mesure de ces différents rayonnements se fera par un choix approprié du
milieu détecteur ou par l’emploi de plusieurs détecteurs et différenciation. On mesurera la
quantité d’énergie q délivrée par l’élévation de température ΔT dans un milieu de masse
m. Ce milieu constitue le dosimètre absolu. Dans un dosimètre idéal, l’énergie moyenne
cédée doit être égale à l’énergie thermique. En réalité, il faut prendre en compte un facteur
de conversion qui caractérise les réactions endoénergétiques ou exoénergétiques créées
dans le milieu détecteur. Les matériaux qui offrent un déficit thermique minimum sont le
graphite et le polystyrène, par contre, ils ont l’inconvénient de ne pas être toujours équi-
valents aux tissus.
Le dosimètre calorimétrique est généralement constitué d’un absorbeur autour duquel il y
a une enceinte qui l’isole thermiquement. Entre l’absorbeur et l’enceinte, un espace vide
parfait cette isolation. C’est le dosimètre adiabatique. Dans la pratique, il est difficile de
réaliser un système totalement adiabatique. On a donc recours à plusieurs types de dosi-
mètres calorimétriques, les calorimètres à enceinte isotherme, les calorimètres quasi adia-
batiques à contrainte thermique et les calorimètres à enceinte isotherme en régime
permanent.
Soit c la capacité calorifique de l’absorbeur, l’énergie moyenne absorbée par le milieu est
proportionnelle à l’élévation de température ΔT, on a alors :
ε q c T
D ----
- -----
m m
avec ε et q en J, c en J>kg–1>K–1 et m en kg.
Ce type de dosimètre a un domaine d’utilisation assez restreint en raison des énergies
mises en jeu. En effet,
– la quantité de chaleur produite est faible et le ΔT est faible, il faut des thermomètres
extrêmement sensibles ;
– le défaut ou l’excès thermique n’est pas toujours connu avec une bonne précision ;
– la masse de l’absorbeur doit être adaptée au type de mesures que l’on souhaite effectuer.
Exemple : l’eau a une capacité calorifique c = 4,18 × 103 J>kg–1>K–1, pour une dose
absorbée de 5 Gy, dose létale 50 pour l’homme. On en déduit que :
5Gy 3
T = -----------------------------------------------------------------
3 1 1
- 1, 2 10 K
4, 18 10 J kg K
La dosimétrie par calorimétrie n’est donc pas envisageable en radioprotection, elle est
limitée au laboratoire de métrologie pour des doses très importantes.
110 Radioprotection et ingénierie nucléaire
4.2.2. Dosimétrie chimique de Fricke
La radiolyse de l’eau et la formation de radicaux libres est à la base du dosimètre chimique
de Fricke. Lors de l’irradiation d’une solution aqueuse, des radicaux libres et des molé-
cules sont formés : H˚, (OH)˚, H2, OH2, (H2O)˚. Pour chaque réaction donnant un atome,
une molécule ou un radical, il existe un « rendement ». Ce rendement G, qui caractérise
le nombre d’atomes, de molécules ou de radicaux produits par mole, est exprimé en
Mol>kg–1>Gy–1. Il varie selon la nature et l’énergie des rayonnements.
Pour mesurer une dose absorbée, on ajoute dans une solution aqueuse des ions ferreux
Fe++ qui réagissent stœchiométriquement avec les radicaux libres pour former des ions
ferriques Fe+++ dont la concentration se mesure avec précision par spectrophotométrie à
une longueur d’onde de 304 nm.
Les réactions sont les suivantes :
H˚ + Fe++ + H2O ➝ H2 + (OH)– + Fe+++
(OH)˚ + Fe++ ➝ (OH)– + Fe+++
(H2O2) + Fe++ ➝ (OH)˚ + (OH)– + Fe+++
(HO2)˚ + Fe++ ➝ OH–2 + Fe+++
(HO2)– + H ➝ H2O2
La présence d’oxygène dans la solution est indispensable au bon fonctionnement du dosi-
mètre car elle améliore le rendement radiochimique global d’un facteur 2.
Ainsi, les rendements chimiques en ions ferriques Fe+++ sont les suivants :
en l’absence d’oxygène :
G (Fe+++) = GH˚ + G (OH)˚ + 2GH2O2 + 3G(HO2)˚ = 0,84 × 10–6 Mol>kg–1> Gy–1
en présence d’oxygène :
G (Fe+++) = 3GH˚ + G (OH)˚ + 2GH2O2 + 3G(HO2)˚ = 1,6 × 10–6 Mol>kg–1> Gy–1.
L’introduction d’impuretés organiques dans la solution peut modifier le rendement G.
Ainsi l’introduction d’alcools favorisera l’oxydation du fer et donc, augmentera le rende-
ment G. La présence de dérivés de styrène réduira l’oxydation du fer et donc le rendement.
Par spectrophotométrie, on peut détecter 10–7 mol, pour un rendement G de 10–7, cela
donne une sensibilité de 1 Gy. Les dosimètres chimiques sont employés pour mesurer des
fortes doses, au-delà de celles couvertes par les chambres d’ionisation.
Comme le dosimètre calorimétrique, l’utilisation du dosimètre chimique n’est pas envisa-
geable en radioprotection, elle reste limitée au laboratoire de métrologie ou à la radio-
chimie.
4.2.3. Chambre d’ionisation et théorème de Bragg-Gray
Considérons, à l’intérieur d’un milieu matériel M, une chambre d’ionisation (cavité
remplie d’un gaz de détection).
Si :
– les dimensions de la cavité sont faibles devant le parcours des électrons mis en mouve-
ment par les photons dans le milieu M, et que leur spectre n’est pas modifié dans la cavité ;
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 111
– les interactions des photons générant des électrons dans la cavité sont négligeables
devant la quantité d’électrons mis en mouvement dans le milieu M ;
– la distribution en énergie des électrons issus de la paroi est la même en tout point de la
cavité ;
– la fluence de photons primaires est spatialement uniforme dans la région par laquelle les
électrons secondaires pénètrent dans la cavité ;
On considère que les conditions du théorème de Bragg-Gray sont réunies.
Sachant que l’énergie nécessaire pour créer une paire d’ions dans le gaz est w, si v J % est le
nombre d’ionisations créées dans le gaz par unité de volume et par unité de temps,
l’énergie absorbée dans le gaz par unité de volume et par unité de temps vaut :
vE
˙ J % w
v
On peut donc déterminer l’énergie absorbée dans le volume gazeux par unité de masse et
par unité de temps :
˙ % w
mE mJ
Si l’équilibre électronique est réalisé dans le milieu M qui constitue l’enveloppe du détec-
teur, compte tenu du changement de milieu, on obtient le débit de dose absorbée derrière
la paroi par la relation :
M
S
D% M ⎛ ---⎞ mJ
% w
⎝ ⎠ c
M
S
– ⎛⎝ ---⎞⎠ est le rapport du pouvoir d’arrêt par collision du milieu M sur celui de la cavité
c
gazeuse C ;
– % représente le nombre d’ionisations créées par unité de masse et de temps.
mJ
On a donc : % dQ 1 1
-------- -------- -----
mJ
e dm dt
Sachant que dQ
-------- est égal à l’intensité i en ampère, on obtient la relation suivante :
dt
% ---------------------
i
mJ -
e dv
M
S
D% M ⎛ ---⎞ i
---------------------- w
⎝ ⎠ c e dv
avec :
– i : intensité du courant (A),
– e : charge d’un électron (1,6 × 10–19 C),
– dv : élément de volume de la cavité (cm3),
– w : énergie moyenne pour créer une paire d’ions dans le gaz (eV).
112 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Cas des chambres d’ionisation remplies d’air
à paroi équivalente aux tissus
Le rapport du pouvoir d’arrêt des tissus sur celui de l’air est pratiquement constant sur toute
la gamme d’énergie courante et vaut environ 1,14.
La relation donne :
19 i
D tissus 1, 14 ( 33, 7 1, 6 10 ) -------------------------------------------------------------------------------------------------
- 3 600
19 6
1, 6 10 1, 293 10 V gaz
avec :
– 33,7 eV : énergie moyenne dans l’air pour créer une paire d’ions,
– 1,6 × 10–19 (au numérateur) : passage de l’eV au J,
– 1,6 × 10–19 (au dénominateur) : charge d’un électron,
– 1,293 × 10–6 : masse volumique de l’air (kg>cm–3),
– 3600 : passage de la seconde à l’heure.
11 (A) i
Ainsi, le débit de dose absorbée est D tissus (Gy/h) 1, 07 10 -------------------
-
V gaz
3
( cm )
Les chambres d’ionisation sont capables de mesurer de faibles débits de dose et convien-
nent parfaitement pour une utilisation en radioprotection.
4.3. Dosimétrie relative
Un dosimètre est dit relatif lorsque sa réponse ne peut pas être directement liée à l’énergie
déposée dans le matériau détecteur, du fait de l’intervention dans sa réponse de nombreux
paramètres physiques, chimiques et/ou géométriques. Les dosimètres relatifs doivent être
étalonnés au moyen des dosimètres absolus précédemment décrits.
Tout comme les dosimètres absolus, les dosimètres relatifs entrent dans deux catégories,
passive ou active, suivant leur mode d’exploitation :
– Les dosimètres passifs sont ceux pour lesquels l’irradiation produit une modification
durable de l’élément détecteur. L’ensemble de ces modifications apparaissant pendant la
période de port est intégré, puis révélé plus ou moins longtemps après l’exposition par un
laboratoire spécialisé. Appartiennent à cette catégorie l’émulsion nucléaire, les détecteurs
solides de trace et les détecteurs à thermoluminescence ou radiophotoluminescence.
– Les dosimètres actifs, également appelés dosimètres électroniques, sont composés d’un
élément sensible fournissant un signal électrique sous l’effet d’un rayonnement. Les dosi-
mètres actifs délivrent non seulement comme les dosimètres passifs la dose intégrée à
l’issue de la période de port, mais également le débit de dose en temps réel, c’est-à-dire à
tout moment pendant la période de port. Ils peuvent également déclencher une alarme
pour un seuil prédéfini de dose intégrée. Les dosimètres électroniques offrant les plus
vastes possibilités d’exploitation sont ceux qui évoluent actuellement le plus rapidement.
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 113
4.3.1. Film photographique
Le dosimètre photographique, encore très utilisé, est le plus ancien dosimètre. Générale-
ment porté sur le tronc, il est essentiellement utilisé comme « détecteur individuel d’irra-
diations externes » pour la dosimétrie des rayonnements X, γ, des particules β et des
neutrons. Bien que les dosimètres photographiques ne soient pas directement sensibles
aux neutrons, ils permettent néanmoins d’accéder à la dosimétrie des neutrons thermi-
ques.
Principe de détection des films photographiques
On appelle « film photographique » une émulsion photographique déposée en une mince
couche de 10 à 85 μm d’épaisseur sur un support d’acétate de cellulose, également appelé
film. Une couche d’émulsion photographique consiste en une gélatine contenant une
suspension de cristaux d’halogénure d’argent BrAg, agglomérés en grains approximative-
ment sphériques d’un diamètre de 0,1 à 3 μm (Figure 4.5).
Lors de l’exposition, si une certaine quantité d’énergie est communiquée à l’halogénure
par un rayonnement incident, la libération d’un certain nombre d’électrons est provoquée
(rayonnement incident + Br– → Br + e–). Les électrons libérés peuvent être captés par des
pièges situés dans la bande interdite. Ces pièges constituent alors des centres de sensibilité
ionisés. Les atomes ionisés Ag+ qui existent dans le grain de BrAg peuvent être attirés par
les centres de sensibilité ionisés : ils sont alors neutralisés (Ag+ + e– → Ag). Les atomes
d’argent métalliques ainsi formés constituent l’image latente ; ce sont les grains impres-
sionnés.
Figure 4.5. Schéma de principe du film photographique.
Pour rendre l’image visible, des opérations de développement et de fixation sont réalisées.
L’opération de développement consiste à multiplier (d’un facteur de l’ordre de 1012) à
l’aide d’un révélateur chimique les atomes d’argent métalliques, les nouveaux venant se
fixer sur les premiers formés, jusqu’à obtention de grains d’argent réduits qui noircissent
le film. L’action du révélateur est arrêtée en plongeant l’émulsion dans un bain constitué
par une solution d’acide acétique. L’opération de fixation élimine, à l’aide d’hyposulfite
de sodium, les cristaux d’halogénure n’ayant pas reçu d’image latente.
Le noircissement, pour un développement constant, est proportionnel à l’énergie totale
absorbée par l’émulsion et, par conséquent, à l’irradiation initiale.
Courbe de noircissement, étalonnage
La mesure du noircissement est obtenue par numérisation densitométrique, c’est-à-dire
par la mesure de l’absorption du film d’un faisceau lumineux qui le traverse. La densité
optique, d, est définie comme le logarithme décimal du rapport entre l’intensité lumineuse
incidente, I0, et l’intensité transmise par le film, I : d = log (I0 /I).
114 Radioprotection et ingénierie nucléaire
La caractéristique d’un film est la courbe de la densité optique après développement en
fonction de l’énergie absorbée par le film, ou de toute quantité qui lui est proportionnelle
telle que la dose absorbée (Figure 4.6).
L’ordonnée à l’origine de cette courbe traduit la valeur du voile de fond, généralement
inférieur à 0,2. Celui-ci correspond à la densité optique d’un film non exposé et déve-
loppé. Plus la gamme de dose, sur laquelle la réponse du film est linéaire, sera grande et
plus l’utilisation dosimétrique de ce film sera intéressante. Il existe différents types d’émul-
sion présentant différentes gammes de sensibilité en dose.
Figure 4.6. Densité optique en fonction de la dose absorbée (De Choudens, 1997).
Exploitation comme dosimètre individuel pour des rayonnements X, γ
et β : réponse en fonction de l’énergie
Le noircissement d’un film exposé à une fluence de rayonnements X et γ est conjointement
dû aux électrons émis à l’intérieur de l’émulsion et à ceux émis à l’extérieur de l’émulsion
mais qui la traversent. Le noircissement d’un film soumis à une fluence de photons dépend
donc étroitement de l’environnement du film, celui-ci déterminant la fluence d’électrons
pénétrant l’émulsion. Par ailleurs, pour un environnement donné, la réponse d’un film
photographique présente des variations considérables en fonction de l’énergie du rayon-
nement électromagnétique incident (Figure 4.7).
La forte augmentation de réponse du film dans les faibles énergies (on parle d’hypersensi-
bilité du film) s’explique par les deux phénomènes suivants. D’une part, pour des photons
d’énergie inférieure à quelques centaines de keV, la fluence traversant l’émulsion est due
de façon prépondérante aux électrons créés dans l’émulsion elle-même. D’autre part, la
présence des atomes lourds de Br et d’Ag dans la couche photosensible rend majoritaire
la perte d’énergie des photons par effet photoélectrique, qui varie comme Eγ–3.
Le rapport de la valeur de noircissement maximal (ici atteint à 50 keV) à la valeur cons-
tante (correspondant ici aux énergies supérieures à environ 500 keV) varie suivant la
nature de l’émulsion (pour l’émulsion considérée ici : D (film nu) = 50 × D (tissus) à
50 keV).
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 115
La figure 4.7 montre que pour déterminer une dose dans les tissus à partir du noircissement
d’une émulsion photographique, il faut tenir compte de l’énergie du rayonnement. Une
moyenne de l’énergie de la fluence incidente peut être déduite du rapport de noircissement
entre deux courbes. Si cette énergie est comprise entre 80 keV et 1 MeV, la courbe E6, corres-
pondant à un film muni d’un écran composé de 0,4 mm de plomb et de 1 mm d’étain,
donne directement la dose dans les tissus. Si cette énergie est inférieure à 80 keV, la valeur
de la dose absorbée réelle sera déterminée en appliquant un facteur de correction à la valeur
lue sur une des courbes, le facteur correspondant à cette courbe pour l’énergie considérée.
Figure 4.7. Noircissement du film, relativement à la dose tissu, en fonction de l’énergie des
photons pour le film nu (courbe notée 0) et pour le film sous divers écrans
(courbes notées E3… E6) (d’après Blanc, 1990).
Pour une détermination plus précise de la dose et des énergies des différents rayonnements
qui ont atteint le film, les dosimètres utilisent à l’aide d’une méthode de calcul itératif sur
ordinateur les résultats de noircissement du film sous différents écrans. Cette méthode
consiste à rechercher, parmi toutes les combinaisons possibles d’énergie, celles qui
auraient pu donner la plus forte et la plus faible dose totale, tout en donnant les doses lues
sur le film sous les différents écrans.
116 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Dosimètre photographique
Il existe différents types de dosimètres photographiques (mis au point par le CEA,
l’IRSN…). Composé de deux ou trois émulsions correspondant à des gammes différentes
de sensibilité en dose, le film est conditionné dans un emballage polyéthylène étanche aux
vapeurs. Le film est alors placé dans un boîtier plastique, muni de différents écrans destinés
à absorber sélectivement les rayonnements suivant leur nature et leur énergie et qui défi-
nissent sept plages de mesure :
– plage nue (pour irradiation de face seulement),
– plage plastique de 300 mg>cm–2,
– plage de 1,5 mm d’aluminium,
– plage de 0,2 mm de cuivre + 1,3 mm d’aluminium,
– plage de 0,6 mm de cuivre,
– plage de 0,34 mm de cadmium + 0,6 mm d’étain + 0,4 mm de plomb,
– plage de 1 mm d’étain + 0,4 mm de plomb.
Les trois premières plages servent à détecter et à différencier les rayonnements β, X, et γ
mous.
Les deux plages suivantes sont définies pour les photons X et γ d’énergie comprise entre
30 et 100 keV.
La comparaison des deux dernières plages permet d’évaluer les doses imputables aux
photons de fortes énergies et aux neutrons thermiques. En effet, toutes deux présentent les
mêmes caractéristiques d’absorption des rayonnements γ, mais celle contenant du
cadmium arrête les neutrons thermiques et produit des γ par la réaction (n, γ). Par ailleurs,
la dernière plage destinée aux γ d’énergie supérieure à 80 keV a été étudiée dans le but de
réduire l’hypersensibilité de l’émulsion aux faibles énergies (voir courbe E6 de la
figure 4.7).
Dosimétrie photographique des neutrons
L’action directe des neutrons sur les émulsions photographiques n’est pas suffisamment
grande pour permettre leur dosimétrie.
Comme il a été explicité au paragraphe précédent, la dosimétrie des neutrons thermiques
revient à effectuer une dosimétrie γ. Pour cela, la réaction Cd (n, γ) Cd, dans laquelle un γ
de 5 MeV est émis par capture, est exploitée. Une feuille de cadmium de 0,3 à 0,4 mm
d’épaisseur, placée de part et d’autre du film, suffit pour absorber plus de 99 % des
neutrons thermiques incidents. Le noircissement résultant d’une quantité de neutrons ther-
miques qui produirait une dose équivalente de 10 mSv est comparable à celui résultant
d’une quantité de rayonnement γ produisant un équivalent de dose de 2, 3 mSv. Afin de
connaître l’origine du noircissement et ainsi en déduire l’équivalent de dose résultant, les
deux dernières plages du film sont comparées comme expliqué précédemment (le noircis-
sement, dû aux rayonnements γ accompagnant les neutrons thermiques, est déterminé en
plaçant, sur une partie de l’émulsion, un filtre d’étain quasi insensible aux neutrons ayant
la même absorption que le cadmium pour les γ).
La dosimétrie des neutrons rapides ne peut, quant à elle, passer par une mesure de noir-
cissement. Elle repose sur le dénombrement, au microscope, des traces des protons de
recul engendrés par les neutrons rapides dans la matière hydrogénée de l’émulsion, de son
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 117
support et du papier d’emballage, ou éventuellement dans un radiateur hydrogéné placé
au contact (Figure 4.8).
Figure 4.8. Émulsion nucléaire NTA.
La mesure des longueurs de trace (proportionnelle à l’énergie du proton) au microscope,
en tenant compte de l’angle d’inclinaison dans la gélatine, permet d’accéder au spectre
des neutrons incidents. La mesure de la densité des traces permet d’accéder à la dose
reçue. Le seuil en énergie est cependant assez élevé (> 1 MeV). Les émulsions nucléaires,
destinées à la dosimétrie des neutrons rapides, peuvent également être insérées dans les
étuis de film.
Avantages et inconvénients des films photographiques
Le dosimètre photographique fournit, en plus de la dose, d’autres indications qui peuvent
être très utiles en cas d’enquête sur une irradiation :
– Il est possible de remonter au type d’irradiation du film.
– Le film fournit une véritable « image » de l’irradiation. Les films photographiques sont
en effet également utilisés dans le domaine de l’autoradiographie. Des irrégularités de
répartition de l’irradiation ou des taches de contamination peuvent ainsi être mises en
évidence.
– Certains boîtiers contiennent un moyen d’identifier la direction du rayonnement. Ainsi,
certains dosimètres contiennent des pastilles de plomb sur leur face arrière qui permettent
de distinguer un rayonnement venant de l’avant d’un rayonnement venant de l’arrière.
Le dosimètre photographique présente, néanmoins, de nombreux inconvénients :
– effacement progressif des images latentes dans une émulsion photographique en fonc-
tion de la température et avec la présence d’eau dans l’émulsion ;
– pour une exposition donnée, noircissement dépendant des conditions de développement :
durée de développement, température, composition du révélateur, âge du bain, etc. ;
– sensibilité de l’émulsion à divers agents chimiques (mercure, ammoniac, certaines
vapeurs organiques…) entraînant un noircissement n’ayant aucune relation avec une
irradiation ;
– exploitation longue et complexe. L’étalonnage du film en fonction de la dose des γ du
60Co et en fonction de l’énergie entraîne des erreurs de mesure et de calcul.
118 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Spécificités des films photographiques
– Rayonnements et particules détectées : X et γ, électrons et β, neutrons thermiques.
– Seuil de mesure : 0,2 mSv.
– Gamme : 250 mSv.
– Précision : 20 %.
4.3.2. Détecteur solide de traces
Ces détecteurs connaissent un développement récent notamment dans le domaine de la
dosimétrie des neutrons, ainsi que pour les mesures passives du radon où, associés à des
détecteurs radiothermoluminescents, ils constituent depuis quelques années en France le
dosimètre réglementaire des mineurs d’uranium.
Principe de détection des détecteurs solides de trace
Les détecteurs solides de traces sont des matériaux polymères. Insensibles aux rayonne-
ments X et γ, ainsi qu’aux électrons, les détecteurs solides de trace ne détectent que les
particules chargées lourdes (noyaux de fission, particules α, protons). Pour la dosimétrie
des neutrons, ces détecteurs sont placés derrière un convertisseur (Figure 4.9), couche
mince d’un composé contenant du lithium et/ou du bore enrichi en 6Li, et 10B de façon à
générer sous l’action des neutrons de basse énergie des réactions (n, α). Un radiateur en
uranium enrichi au 235U permettra de mesurer les neutrons rapides par l’intermédiaire des
noyaux de fission produits ; le (CH2)n est également utilisé par l’intermédiaire des protons
de recul.
Une particule lourde chargée traversant un diélectrique minéral (mica, verre, quartz…) ou
organique (polyéthylène, acétate, carbone de cellulose…) y crée des dommages d’échelle
atomique tout au long de sa trajectoire. Ces dommages ou défauts subsistent après l’irra-
diation et constituent une trace latente du passage de la particule. À l’issue de l’irradiation,
ces défauts peuvent être révélés par un processus d’attaque chimique à l’aide d’un réactif
approprié (acide fluorhydrique, soude ou potasse). Plus précisément, le réactif chimique
attaque la surface du matériau irradié et à une plus grande vitesse le cœur endommagé des
traces latentes, donnant lieu à l’issue de l’immersion du matériau à des « trous »
microscopiques de différentes morphologies (Figure 4.10).
Comptage des traces
Le comptage des traces peut être réalisé de différentes façons :
– La technique visuelle, après développement électrochimique, consiste à utiliser un
microscope optique. Il existe à cet égard des méthodes automatiques de lecture et de trai-
tement informatique de la « surface » (sur la profondeur des traces) du matériau détecteur
qui transmettent les données observées par un microscope optique conventionnel à un
ordinateur via une caméra TV.
– Une autre technique consiste à déposer une très fine couche de métal sur la face du
détecteur qui n’est pas au contact du radiateur. Après révélation des traces, si le détecteur
est soumis à un fort champ électrique, des décharges se produisent à l’endroit des trous
correspondant au passage des particules. Le comptage de ces décharges détermine le
nombre de traces.
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 119
Figure 4.9. Schéma de principe du détecteur solide de traces (d’après Blanc, 1990).
Exploitation comme dosimètre individuel : réponse en fonction
de l’énergie
L’étude et le comptage des traces permettent de mesurer la fluence des particules inci-
dentes. Par étalonnage, il est possible de relier le nombre de traces mesurées par cm2 à
l’équivalent de dose.
La réponse du détecteur solide de traces en fonction de l’énergie dépend du transfert
d’énergie linéique et de l’angle d’incidence de la particule détectée, ainsi que de la nature
du matériau détecteur. Il existe un seuil de détection en énergie. En effet, seuls les dépôts
d’énergie supérieurs à 200 keV donnent lieu à des traces détectables. Par conséquent,
dans le cas d’un radiateur à protons de recul, on ne pourra pas détecter les neutrons
d’énergie inférieure à 200 keV.
Spécificités des dosimètres basés sur les détecteurs solides de trace
– Particules détectées : α, protons, neutrons.
– Bruit de fond (existence dans tous les cas d’une certaine quantité de traces dans un dosi-
mètre non irradié) : de 0,1 à 2 mSv suivant la nature du matériau détecteur.
– Sensibilité : 104 traces par cm2 pour 1 mSv.
4.3.3. Thermoluminescence et photoluminescence
Certains matériaux minéraux emmagasinent de l’énergie sous irradiation en piégeant des
électrons excités de la bande de conduction dans des défauts cristallins au niveau d’impu-
retés, qui se comportent comme des activateurs. Deux processus particulièrement impor-
tants, la photoluminescence et la thermoluminescence, donnent lieu à deux types de
dosimètres : les dosimètres photoluminescents et les dosimètres thermoluminescents.
120 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 4.10. Microphotographie de traces de particules α à l’incidence normale et à 45˚,
pour différents émetteurs (Blanc, 1990).
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 121
4.3.3.1. Dosimètres thermoluminescents
Apparus à la fin des années 1960, la dosimétrie par matériaux thermoluminescents s’est
considérablement développée ces dernières années. Performante en dosimétrie indivi-
duelle, environnementale et médicale, la thermoluminescence est la méthode dosimé-
trique la plus utilisée ou en passe de l’être. Elle est devenue la dosimétrie légale dans de
nombreux pays (Pays-Bas, Italie, etc.).
Principe de détection des détecteurs thermoluminescents
Les détecteurs thermoluminescents sont essentiellement constitués de composés minéraux
ioniques cristallisés, contenant des défauts ponctuels générés par adjonction d’un activateur.
L’introduction de ces défauts dans le réseau cristallin perturbe la périodicité des atomes et
crée des niveaux d’énergie localisés qui sont situés dans la bande interdite (Figure 4.11).
L’action d’un rayonnement sur un cristal se fait essentiellement par les particules chargées
constituant ce rayonnement (α, β, protons) ou résultant de son interaction avec les atomes
du cristal (X, γ, neutrons). Sous l’effet d’une excitation, due au ralentissement progressif
dans le cristal d’une particule chargée, un électron de la bande de valence peut recevoir
une énergie suffisante pour passer dans la bande de conduction, où il devient mobile.
L’électron circulant dans la bande de conduction a tendance à retomber vers la bande de
valence. Ce faisant, il peut être capturé par un piège au voisinage de celle-ci. L’énergie
ainsi stockée dans les pièges est proportionnelle à la dose absorbée dans le cristal. En effet,
le nombre d’électrons piégés au cours de l’irradiation est proportionnel au nombre d’élec-
trons créés dans le cristal suite aux interactions des rayonnements incidents avec ce cristal,
lui-même proportionnel à l’énergie cédée par ces rayonnements au sein du cristal et par
conséquent à la dose absorbée dans le cristal.
Figure 4.11. Schéma de principe de la thermoluminescence (Bodineau, 1995).
Lecture des dosimètres thermoluminescents
Afin de connaître la quantité d’énergie stockée au sein des pièges du cristal, et donc la
dose absorbée par le cristal au cours de l’irradiation, celui-ci est chauffé et la quantité de
lumière émise par suite du phénomène de thermoluminescence est mesurée à l’aide d’un
photomultiplicateur.
122 Radioprotection et ingénierie nucléaire
La diversité des défauts existants dans le réseau cristallin entraîne la formation de pièges
d’énergies variées. La libération des porteurs par les différents pièges se fera donc à des
températures différentes. Si lors de la lecture d’un matériau thermoluminescent ayant été
irradié, la température de chauffage croît suivant une loi linéaire, on obtient l’intensité
relative de la luminescence en fonction de la température (Figure 4.12).
Pour les deux cas de matériaux luminescents représentés (Figure 4.12), à savoir le fluorure
de lithium LiF et le fluorure de calcium CaF2, trois pics principaux apparaissent. Pour la
dosimétrie, seule est utilisée la partie de la thermoluminescence émise à une température
suffisamment élevée pour que son émission spontanée soit pratiquement nulle dans le
domaine des températures d’utilisation et de conservation normalement rencontrées,
généralement admises entre –40 ˚C et 80 ˚C. Concernant le LiF et le CaF2, leur pic prin-
cipal situé respectivement vers 200 ˚C et 275 ˚C est utilisé pour la dosimétrie.
Il existe de nombreux lecteurs automatiques dans le commerce offrant une reproductibilité
de 5 à 30 % suivant la sélection faite sur les produits. La capacité de lecture peut aller de
100 à 500 dosimètres par heure.
Figure 4.12. Courbes de thermoluminescence pour le LiF et le CaF2 (d’après de Choudens, 1997).
La lecture d’un dosimètre thermoluminescent peut également se faire optiquement (Magne
et al., 2000). On parle alors de luminescence stimulé optiquement (Optically Stimulated
Luminescence ou OSL). Trois familles de matériaux de faible Z ont été étudiées à Saclay, à
savoir des poudres de sulfure de magnésium, des fibres en silice photochromique, ainsi que
des pastilles et fibres cristallines d’alumine. La lecture peut s’effectuer en opération et
nécessite un temps court de remise à zéro d’environ une minute, autorisant potentiellement
un véritable suivi, déporté par fibre optique, en temps réel des intervenants sous radiations.
Le stockage optique de l’information accroît la sûreté de fonctionnement du système du fait
de son insensibilité aux pannes électroniques (surveillance post-accidentelle).
Exploitation comme dosimètre individuel : réponse en fonction de l’énergie
Il a été vu précédemment que la quantité de lumière émise par suite du phénomène de
thermoluminescence est proportionnelle à la dose absorbée dans le cristal. Pour que cette
dose absorbée soit la plus proche possible de celle absorbée dans les tissus, des corps dont
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 123
les atomes ont des masses atomiques voisines de celles du carbone, de l’oxygène ou de
l’azote sont utilisés.
La figure 4.13 représente les écarts calculés entre l’énergie absorbée par différents corps
thermoluminescents et l’énergie absorbée dans les tissus pour le rayonnement électroma-
gnétique en fonction de son énergie.
D’après la figure 4.13, un mélange de borate de lithium B4O7Li2 avec 4 ‰ de manganèse
Mn aurait une réponse idéal. Cependant, pour des raisons de commodité de réalisation et
d’emploi, c’est le fluorure de lithium LiF qui est universellement utilisé. Le fluorure de
lithium, LiF, présente une très bonne réponse pour les X et γ grâce à son numéro atomique
moyen faible. Étalonné dans un faisceau de γ du 60Co, la dose dans les tissus peut être
directement mesurée, quelle que soit l’énergie du rayonnement (erreur maximale à
50 keV de plus 50 %). Par ailleurs, son rendement de luminescence élevé permet à l’aide
de dosimètres de très petites tailles de mesurer de faibles doses.
Figure 4.13. Sensibilité en fonction de l’énergie Eγ des photons de quelques substances
thermoluminescentes (d’après de Choudens, 1997).
Dosimètres thermoluminescents : différentes applications
Les matériaux thermoluminescents peuvent être employés sous forme de poudre, de
pastilles frittées ou enrobées dans du téflon ou de l’alumine, ou sous beaucoup de formes
adaptées aux contextes de mesure.
Le tableau 4.3 donne la nature de matériaux radiothermoluminescents pour différentes
applications.
Tableau 4.3. Nature de matériaux radiothermoluminescents pour différentes applications.
Dosimétrie Dosimétrie Dosimétrie Dosimétrie
individuelle environnementale médicale de criticité
LiF (Dy) CaSO4 (Dy) Li2B4O7 (Cu) Al2O3 (insensible aux
neutrons)
Les dosimètres thermoluminescents ont deux grandes applications : la surveillance de
l’irradiation des mains, la mesure des neutrons d’albédo.
Pour la dosimétrie des mains, le matériau thermoluminescent est conditionné soit sous
forme annulaire (première phalange des doigts), soit sous forme de film (pulpe des doigts).
124 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Il s’agit dans le premier cas d’une pastille de LiF plaquée sur un anneau par un plastique
thermorétractable. D’épaisseur équivalente à celle de la couche cornée de la peau, ce film
plastique permet la mesure de Hp (0,07), dose à la peau des doigts, qu’elle soit due à des
photons ou à des β. Cette dose peut être importante même lorsque la dose au corps entier
est faible. En effet, le débit de dose est inversement proportionnel au carré de la distance
séparant la source d’irradiation au tissu cible. Or cette distance peut être très faible au
niveau des doigts d’une personne manipulant des produits radioactifs (une source de
3,7 × 107 Bq de 60Co qui donne à 1 m un débit d’équivalent de dose de l’ordre de
0,01 mSv peut varier d’environ 0,2 mSv à 10 Sv).
Pour la dosimétrie des neutrons d’albédo, le 6LiF thermoluminescent est utilisé du fait
de sa forte sensibilité aux neutrons thermiques. Le 6LiF réagit avec les neutrons thermi-
6 1 4 3
ques ( 3Li 0n → 2He 1H ) en formant deux particules, l’α et le tritium, dont les énergies
absorbées sur place contribuent entièrement à la thermoluminescence (1 mSv de
neutrons thermiques répond de façon analogue à 100 mSv de γ). La dosimétrie des
neutrons d’albédo consiste donc à utiliser cette sensibilité pour évaluer la dose totale
due aux neutrons en mesurant les neutrons thermalisés et réémis par le corps (cette
réémission s’appelle albédo) du porteur du dosimètre. Pour cette dosimétrie, le couple
de détecteurs 6LiF et 7LiF est utilisé. Le dernier détecteur n’étant sensible qu’aux
photons, la réponse aux neutrons est déterminée par différence des réponses des deux
détecteurs. Ce type de dosimètre dispose d’un champ de mesure allant d’environ
0,2 mSv à 4 Sv.
Avantages et inconvénients
Le dosimètre est réutilisable (plusieurs centaines de fois sauf cassures) après remise à zéro
par chauffage à haute température. Cette caractéristique signifie également que la lecture
détruisant l’information, le dosimètre ne peut être lu qu’une seule fois. Toutefois, l’infor-
mation de base que constitue la courbe de thermoluminescence ou « thermogramme »
peut être enregistrée par des moyens informatiques.
Pour les dosimètres optoélectroniques (OSL), il est possible de suivre en temps réel des
intervenants sous radiations. Par ailleurs, intégré dans un PC portable, les dosimètres OSL
permettent d’effectuer des mesures de doses dans des endroits difficilement accessibles
tels des passages de doigt de gant. En effet, le capteur peut être déporté par une fibre silice
intégrant un polycristal de MgS:Ce:Sm, la stimulation est alors assurée par une diode laser
et un photomultiplicateur mesure l’émission OSL via un coupleur.
Placé dans son conditionnement, le dosimètre thermoluminescent est une technique
« robuste », pratiquement insensible aux conditions environnementales courantes.
Concernant la dosimétrie neutron, la méthode utilisant les dosimètres thermoluminescents
est beaucoup plus sensible que celle consistant à mesurer directement les neutrons rapides
par comptage des traces dans une émulsion nucléaire ou dans une matière plastique. En
outre, cette méthode privilégie la détection des neutrons de faible énergie qui sont géné-
ralement plus nombreux lorsque l’on n’est pas en vue directe des sources. Elle présente
néanmoins un grand inconvénient. En effet, du fait de sa forte décroissance en sensibilité
lorsque l’énergie des neutrons augmente, un coefficient d’étalonnage particulier à chaque
poste de travail doit être déterminé.
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 125
Enregistrant fort bien le bruit de fond radiatif naturel, le dosimètre thermoluminescent doit
être stocké à l’abri de ce rayonnement naturel, par exemple dans un château de plomb.
Il est sujet au fading (perte d’informations au cours du temps).
Spécificités des dosimètres thermoluminescents
– Particules détectées : α, β, protons, X et γ, neutrons.
– Limite de détection : de quelques mSv (CaSO4 dopé au Dy) à environ 1 mSv (LiF dopé
au Mg, Ti).
– Domaine de dose : 0,1 mGy à 103 Gy pour le fluorure de lithium LiF.
– Effacement de l’ordre de 5 % par an pour le fluorure de lithium LiF, et de l’ordre de 10 %
en 2 mois pour le fluorure de calcium activé au manganèse CaF2 (Mn).
4.3.3.2. Dosimètres photoluminescents
La première application de la photoluminescence à la dosimétrie des rayonnements ioni-
sants débute en 1968. Cette technique ne sera cependant pas immédiatement opération-
nelle en dosimétrie mensuelle du personnel, la prédose (ou dose en l’absence de toute
irradiation) étant trop élevée, puisque atteignant plusieurs mGy. Cette technique trouvera
par contre son application en dosimétrie d’accident. En effet, placée en complément du
film, elle permet de lever tout doute éventuel de forte irradiation. Malgré l’existence d’une
prédose, l’avancée technologique réalisée au niveau de la lecture des matériaux photolu-
minescents a favorisé l’utilisation en dosimétrie du personnel de ce type de dosimètre à
Karlsruhe et la dosimétrie d’ambiance tout récemment au CEA/Saclay.
Principe de détection des détecteurs photoluminescents
Comme son nom l’indique, la radiophotoluminescence (RPL) est une émission de lumière
obtenue par stimulation optique qui apparaît après une irradiation par un rayonnement
ionisant. De nombreux matériaux (verres, cristaux) présentent un tel phénomène, mais
dans la grande majorité des cas, il est accompagné d’un intense « fading » (c’est-à-dire
d’une intense perte progressive de l’information enregistrée au cours du temps).
Le processus physique, schématisé sur la figure 4.14, est voisin de celui de la thermolumi-
nescence. Néanmoins, dans le cas de la photoluminescence, les pièges ne sont pas en
contact thermique avec la bande de conduction. Il en résulte qu’il est possible d’exciter
les pièges garnis de porteurs de charges sans toutefois leur fournir une énergie suffisante
pour en provoquer l’expulsion. Sitôt après l’excitation, les pièges et leurs porteurs de
charges retombent aux niveaux d’énergie qu’ils avaient avant l’excitation en émettant dans
certains cas un photon lumineux : il y alors fluorescence. Les centres fluorescents (stabi-
lisés par des atomes d’argent) créés par piégeage électronique présentent une forte bande
d’absorption thermiquement stable dans le proche UV. Ceci est dû au fait que l’électron
du centre est peu couplé au réseau. Ces pièges possèdent une grande stabilité en particu-
lier dans les semi-réseaux lacunaires et amorphes comme les verres phosphatiques.
Dans le cas idéal, l’intensité de luminescence est strictement proportionnelle à la dose. Le
verre n’étant pas parfait, les électrons piégés lors de sa fabrication lui donne une prédose.
Pour un détecteur donné, cette prédose dépend de son volume. De ce fait, le seuil d’utili-
sation des dosimètres dépend de leur taille et de la qualité du lecteur utilisé.
126 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 4.14. Schéma de la photoluminescence (Bodineau, 1995).
Lecture des dosimètres photoluminescents
Contrairement au cas des dosimètres thermoluminescents, la lecture n’est ici pas destruc-
tive et un dosimètre photoluminescent peut être lu autant de fois que voulu. Il existe deux
principes de lecture différents pour mesurer l’intensité de la fluorescence du verre, la fluo-
rimètre traditionnel et le chronofluorimètre (à source optique laser).
Dans le cas du fluorimètre traditionnel, une source UV, continue ou lentement variable
dans le temps, excite le verre à travers un filtre primaire ne laissant passer que les photons
UV utiles. La fluorescence est mesurée à 90˚ de l’axe du faisceau incident à l’aide d’un
photomultiplicateur après élimination des photons UV, réfléchis ou diffusés, à l’aide d’un
filtre secondaire placé entre ce dernier et le verre radiophotoluminescent. Dans ce cas,
une relation linéaire relie l’intensité de la fluorescence, l’intensité UV excitatrice et la
dose. Les meilleurs qualités de fabrication de verres associées à ce type de lecteur permet-
tent des mesures à partir de 0,5 mGy pour les verres japonais et en pratique courante
5 mGy pour les verres français. Avec un bon lecteur, une précision de 1 % est obtenue sur
la mesure de l’intensité de fluorescence, et la précision pour les faibles doses est d’environ
25 % à 0,5 mGy, 3 % à 10 mGy et 1 % au-delà de 100 mGy.
Dans le cas du chronofluorimètre laser, les mesures sont extraordinairement meilleures.
Kastner et Barthe ont constaté que le déclin de la fluorescence excitée par des impulsions
laser de quelques microsecondes évolue considérablement avec la dose. Ce déclin peut
être décomposé en trois exponentielles. En fait, la seconde exponentielle est parfaitement
proportionnelle à la dose. Les résultats de ce type de lecteur sont excellents. Une prédose
de 2 μGy avec une précision de 10 % est obtenue. La précision est de 1 % pour une
mesure de 0,1 mGy et elle avoisine 0,5 % au-delà de 1 mGy.
Exploitation comme dosimètre individuel : réponse en fonction
de l’énergie
Les verres photoluminescents ont des composantes de numéro atomique assez élevé, ce
qui entraîne une hypersensibilité pour des énergies γ relativement faibles. Même les verres
de plus faible numéro atomique sont 3,6 fois plus sensibles à 50 keV qu’aux γ du 60Co. Il
est possible d’améliorer cette hypersensibilité en tentant d’abaisser le Z moyen par incor-
poration de béryllium, et en recouvrant le verre par des écrans (Figure 4.15). Du fait de
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 127
leur correction par des écrans, les verres s’apparentent aux films et permettent, dans les
cas extrêmes, d’estimer la nature et l’énergie du rayonnement. Les verres ainsi compensés
présentent une réponse en énergie relativement constante (± 15 % pour une irradiation sur
fantôme par des photons entre 12 keV et 1,2 MeV).
Figure 4.15. Réponse en fonction de l’énergie γ du dosimètre CEC. Celui-ci est enfermé dans une
enveloppe en tantale ce qui permet d’aplatir la courbe (d’après de Choudens, 1997).
Dosimètres photoluminescents : différentes applications
Finalement, les dosimètres photoluminescents par suite de leur prédose relativement
importante et de leur mauvaise réponse en fonction de l’énergie n’étaient jusqu’à très
récemment guère utilisés que comme dosimètres individuels d’accidents. Aujourd’hui,
avec les récents progrès de la photoluminescence par excitation laser, dite « verre RPL »,
les dosimètres photoluminescents sont également utilisés pour assurer la dosimétrie de
zone de routine et d’environnement (M. Girod, 2000).
Ainsi, les dosimètres photoluminescents sont essentiellement destinés :
– aux applications biologiques et médicales (microdosimètre de 6 mm de hauteur et de
1 mm de diamètre),
– à la dosimétrie individuelle en cas d’accident (criticité en particulier). Ce type de dosi-
mètre est plus sensible et moins fragile que le précédent (6 mm de hauteur et 3,7 mm de
diamètre),
– à la dosimétrie des travailleurs dans les locaux des installations nucléaires de Saclay
(dosimétrie d’ambiance).
Dans le cadre de la dosimétrie individuelle d’accident, si la dose est supérieure à 10 Gy,
alors la lecture du dosimètre peut être réalisée par une simple mesure de la densité optique
de l’échantillon. En effet, les centres chargés de porteurs sont également appelés « centres
colorés » car ils agissent sur la densité optique de l’échantillon et au-delà de 10 Gy, la
variation de transparence consécutive à une irradiation est mesurable.
128 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Avantages et inconvénients
– La lecture est non destructive. À noter que du fait que le dosimètre continue d’intégrer
après lecture, son archivage nécessite de le placer en château de plomb.
– Ce dosimètre est réutilisable (une centaine de fois environ) après remise à zéro par chauf-
fage à haute température (la dose est effacée par passage à environ 400 ˚C pendant 10 min).
– L’intensité de photoluminescence est fonction de la température de mesure et n’atteint
sa valeur définitive que plusieurs heures (jusqu’à plusieurs jours) après l’irradiation suivant
la température de stockage. Dans la pratique, un délai de 24 h après irradiation à la tempé-
rature ambiante est suffisant. Le couple « température-temps » joue un rôle d’autant plus
crucial que la température est élevée et les risques d’erreur sont considérables.
Spécificités des dosimètres photoluminescents
– Particules détectées : α, β, protons, X et γ.
– Limite de détection avec un fluorimètre traditionnel : de 0,5 mGy pour les verres japo-
nais à 5 mGy pour les verres français en pratique courante.
– Linéarité de lecture avec la dose jusqu’à 30 mGy environ.
– La réponse angulaire en particulier aux photons de faibles énergies dépend de la forme
et de la taille du dosimètre photoluminescent et du système d’écran. Les verres plats ont
une réponse angulaire pratiquement constante (± 30 %) entre 0 et 60˚ pour des énergies
supérieures à 12 keV.
4.3.4. Dosimètres électroniques
La radioprotection des individus, notamment en terme de surveillance dosimétrique, est
un domaine en profonde mutation. En effet, un certain nombre de textes réglementaires
(décret du 24/12/98, arrêté du 23/03/99 et directive européenne n˚ 96/29 transposable en
droit français à compter du 13/05/2000) redéfinit les modalités et les techniques appli-
quées en dosimétrie du personnel. Le changement important est relatif à l’obligation de
l’employeur à assurer une dosimétrie active des personnes, c’est-à-dire à fournir un dosi-
mètre individuel mesurant l’équivalent de dose individuel en temps réel et en continu.
Néanmoins, cette dosimétrie opérationnelle ne se substitue pas à la dosimétrie réglemen-
taire toujours en vigueur, assurée par le dosimètre individuel passif, constitué d’un film
dosimétrique et/ou de pastilles thermoluminescentes.
Le détecteur de rayonnement utilisé dans les dosimètres individuels électroniques est de
deux types possibles : un détecteur à gaz (Geiger-Muller, compteur proportionnel équiva-
lent tissu…) ou, dans la majorité des cas, une diode à semi-conducteur (silicium). Les dosi-
mètres basés sur un détecteur à gaz sont de type absolu (cf. paragraphe 4.2), aussi ce
chapitre ne concerne-t-il que les dosimètres électroniques à diode.
Principe d’une diode
Un semi-conducteur est un matériau dont la largeur de la bande interdite est de
quelques eV (Figure 4.16). Une diode est constituée de l’assemblage de deux matériaux
semi-conducteurs, l’un de type N est le donneur de charges, et l’autre de type P est
l’accepteur de charges (Figure 4.17). En pratique, on réalise par exemple une implantation
P dans un matériau N car il n’est pas possible d’accoler les deux types de matériau simple-
ment. On réalise ainsi une jonction P-N. Le déséquilibre des charges va impliquer la
migration d’électrons de la zone N vers la zone P et inversement pour les trous
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 129
(Figure 4.18). Ce phénomène induit un champ électrique qui tend à empêcher cette migra-
tion des charges pour aboutir à un équilibre où une partie de la diode se trouve désertée
de charges libres : c’est ce qu’on appelle la zone désertée ou la zone de charges d’espace.
Figure 4.16. Propriétés isolante, semi-conductrice ou conductrice dépendant
du schéma de bandes.
Figure 4.17. Les différents types de semi-conducteurs N et P.
Figure 4.18. Une jonction P-N avec sa zone désertée.
Cette zone désertée est utilisée comme zone sensible en détection des particules en choi-
sissant par exemple un matériau N avec un fort dopage P qui permet de considérer la
désertion uniquement du côté N impliquant une zone morte P négligeable. Par ailleurs,
l’application sur cette diode d’une tension inverse conduit à augmenter cette zone
désertée jusqu’à ce qu’elle représente la totalité du matériau.
130 Radioprotection et ingénierie nucléaire
C’est dans cette configuration que le matériau va être utilisé pour la détection
(Figure 4.19). Tout comme pour le détecteur gazeux, le principe de détection est basé sur
la séparation des paires électron-trou créées par l’interaction avec la zone dépourvue de
porteurs libres d’une particule ionisante. Ces paires électron-trou induisent un signal qui
est traité par une chaîne électronique de mesure. L’intensité du courant électrique est
proportionnelle à l’énergie du rayonnement.
Figure 4.19. Détection d’un rayonnement à l’aide d’une jonction P-N polarisée en inverse.
Principales caractéristiques des diodes
Les semi-conducteurs présentent une densité plusieurs milliers de fois supérieure à celle
des gaz. Ainsi, le silicium de densité 2,3 g>cm–3 peut détecter les rayons X d’énergie infé-
rieure à 30 keV. Par ailleurs, la mobilité des porteurs de charges étant relativement rapide,
les taux de comptages associés peuvent être supérieurs à 107 coups>s–1. Enfin, l’énergie
nécessaire pour produire une paire d’ions étant de seulement 3,61 eV dans le silicium et
de 2,98 eV dans le germanium, soit trois fois plus faible que dans un autre matériau
(33,85 eV dans l’air), le nombre de charges collectées est trois fois plus élevé, ce qui
améliore la qualité de détection (notamment la résolution énergétique qui varie de 0,5 et
0,01 %).
L’augmentation du volume de la zone sensible, permettant la détection de rayonnements
pénétrants X, γ, peut être réalisée :
– en insérant un cristal intrinsèque pur entre les zones N et P (NIP) ;
– en comprimant la jonction au lithium ;
– en utilisant des matériaux de Z élevé comme le tellure de cadmium (Cd Te) ou l’iodure
de mercure (HgI2).
Les détecteurs à jonction P-N ou N-P sont surtout adaptés à la détection (comptage et spec-
trométrie) des rayonnements peu pénétrants α, protons et β, alors que les détecteurs NIP
type Si (Li) ou Ge (Li) et au germanium ultra pur sont adaptés à la détection des particules
chargées pénétrantes, des X et des γ. Enfin, les détecteurs CdTe et HgI2 présentent une effi-
cacité de détection très élevée pour les X et γ.
Le tableau 4.4 présente les caractéristiques générales et applications de différents types de
semi-conducteur, ainsi que les rayonnements qu’ils détectent.
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 131
Tableau 4.4. Principales caractéristiques de différents détecteurs utilisant des semi-conducteurs
(d’après Gambini et Granier, 1996).
Caractéristiques et
Détecteur Rayonnements détectés
applications
Jonction N-P ou P-N Bonne résolution en énergie α, proton, β
Contrôle de contamination
NIP Si (Li) Bonne résolution en énergie X, γ
Ge (Li) Spectrométrie fine
AuGe ultra-pur Fixe ou mobile X, γ
Bonne résolution en énergie
Type CdTe ou HgI2 Portable, fonctionne à 300 K X, γ
Efficacité élevée pour les X ou γ
Exploitation comme dosimètre individuel
• Réponse en fonction de l’énergie. D’après la norme CEI 61526, les limites d’erreurs
tolérées en fonction de l’énergie sont de plus ou moins 30 %, considérant une réponse
normalisée à 1 à l’énergie du 137Cs (i.e. à 662 keV).
La figure 4.20 présente la variation de la réponse Hp (10) en fonction de l’énergie du
rayonnement.
Figure 4.20. Variation de la réponse Hp (10) de différents types de dosimètres commercialisés en
fonction de l’énergie du rayonnement incident (d’après Texier et al., 2000).
Il s’avère que la réponse de la plupart des dosimètres commercialisés chute en dessous de
50 keV et ne respecte pas la limite de plus ou moins 30 % requise. Parmi ceux présentés, seuls
deux dosimètres permettent la mesure des photons de basse énergie (le Siemens EPD à partir
de 15 keV et le Stephen 6000 à partir de 30 keV). Inversement, la plupart des dosimètres sous-
estiment la dose à l’énergie du 60Co (i.e. à 1300 keV), la réponse variant d’environ 0,8 à 1.
132 Radioprotection et ingénierie nucléaire
• Réponse en fonction de l’angle d’incidence. D’après la norme CEI 61526, les limites
d’erreurs tolérées en fonction de l’angle d’incidence sont de plus ou moins 30 % à 662 keV
(137Cs) et de plus ou moins 50 % à 65 keV pour des angles d’incidence allant jusqu’à 60˚.
Les figures 4.21 et 4.22 présentent la variation de la réponse de certains dosimètres
commercialisés en fonction de l’angle d’incidence aux deux valeurs d’énergie précédem-
ment spécifiées.
Figure 4.21. Variation de la réponse de différents types de dosimètres commercialisés en fonction
de l’angle d’incidence à l’énergie de 662 keV (d’après Texier et al., 2000).
Figure 4.22. Variation de la réponse de différents types de dosimètres commercialisés en fonction
de l’angle d’incidence à l’énergie de 65 keV (d’après Texier et al., 2000).
La réponse tracée en ordonnée de ces figures correspond au rapport entre l’indication lue
sur le dosimètre pour une irradiation angulaire α donnée et celle lue pour une irradiation
angulaire α = 0. Cette réponse est normalisée à 1 pour l’incidence de référence (α = 0).
Ces courbes permettent de constater que pour des valeurs d’angle variant de –60˚ à +60˚,
tous les dosimètres étudiés restent dans les limites d’erreur tolérées. Cependant, certains
dosimètres présentent une réponse pratiquement isotrope qui ne suit pas la loi de variation
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 133
Hp(10 ; α)/ Hp(10 ; α = 0) de référence (courbes noires en pointillés sur les figures 4.21 et
4.22) et par conséquent sur- ou sous-estiment la mesure.
Avantages et inconvénients des dosimètres électroniques
L’appellation dosimètres électroniques regroupe en fait tous les dosimètres actifs. Intime-
ment liés à la dosimétrie opérationnelle, les dosimètres électroniques donnent une infor-
mation en temps réel, en dose intégrée et en débit de dose, par un affichage directement
lisible par l’opérateur. Les dosimètres électroniques disposent de plusieurs niveaux de
seuils d’alarmes et de pré-alarmes, optiques et sonores, en dose et en débit de dose.
• Information en cas d’accident d’irradiation. Les dosimètres électroniques sont, stricto
sensu, les seuls appareils de dosimétrie individuelle capables de fournir une information
en débit de dose, paramètre qui peut être important en cas d’accident d’irradiation.
• Prévention et optimisation des expositions :
– Des alarmes visuelles (éclairs lumineux) et sonores en fonction du débit de dose et de la
dose intégrée équipent les dosimètres individuels. Cette fonction d’alarme permet au
travailleur de limiter lui-même son exposition.
– Des modules de télétransmission permettant de gérer à distance, et en temps réel, la
dosimétrie de plusieurs travailleurs peuvent être adaptés sur les dosimètres électroniques.
Ce suivi est particulièrement utile en cas d’intervention concertée en zone à un niveau de
rayonnement élevé, et permet, suivant le principe d’optimisation, de gérer les déplace-
ments et l’intervention du travailleur pour limiter les doses reçues.
• Logiciels de gestion des informations dosimétriques. Proposés par les fabricants, ou
conçus par les utilisateurs, des logiciels de gestion des informations dosimétriques pour un
ensemble de personnel peuvent être utilisés. Ces systèmes permettent, non seulement de
conserver l’enregistrement des doses prises par le personnel sur le long terme, mais aussi
de mettre en application le principe d’optimisation (ALARA). À EDF, par exemple, le
système de gestion DOSINAT permet un suivi, journellement actualisé, des travailleurs. À
l’entrée de la zone contrôlée, les agents prennent un dosimètre électronique qui est remis
à zéro. À la sortie, ce dosimètre est lu et la dose enregistrée. Le système de gestion déve-
loppé, relié à toutes les centrales, permet aux responsables locaux de la radioprotection
de connaître le cumul des doses de tous les travailleurs qui vont d’une centrale à l’autre,
afin d’éviter que l’un d’eux n’atteigne les limites de doses.
• Manque de sensibilité aux faibles énergies. Les dosimètres électroniques présentent
encore, en majorité, l’inconvénient d’un manque de sensibilité en dessous de 50 keV
(cf. paragraphe 4.4), ce qui les rend inutilisables dans certaines situations (dans les ateliers
où est manipulé le plutonium ou en radiologie médicale, par exemple).
• Perturbation des mesures. Certains modèles sont sensibles aux parasites électromagné-
tiques.
4.4. Dosimétrie des neutrons
4.4.1. Problématique
L’évaluation des doses reçues par les individus exposés à des neutrons constitue un
problème spécifique de protection radiologique. Ce problème est lié à la nature même des
134 Radioprotection et ingénierie nucléaire
neutrons produits, à leurs effets biologiques et à la présence d’un champ mixte constitué
à la fois de rayonnements neutroniques et de rayonnements photoniques, dans des propor-
tions parfois très différentes. L’instrumentation développée est complexe, particulière et
non universelle, elle est souvent constituée d’une combinaison de détecteurs pour couvrir
l’ensemble du problème qui avant d’être « dosimétrique » est « spectrométrique ». La
Commission internationale de protection radiologique a par ailleurs introduit dans son
rapport 60 (ICRP, 1991) de nouveaux concepts en dosimétrie mais aussi un abaissement
des limites maximales admissibles et une révision à la hausse des facteurs de qualité des
neutrons, utilisés pour la détermination des grandeurs opérationnelles de l’ICRU et donc
l’étalonnage des dosimètres. La correspondance entre les deux jeux de grandeurs définis
dans le paragraphe 4.1 n’est pas aussi bonne que pour les photons en vertu de la différence
conceptuelle entre le facteur de pondération radiologique WR utilisé par la CIPR et le
facteur de qualité Q utilisé par l’ICRU.
Les neutrons sont principalement produits dans les ateliers de fabrication des éléments
combustibles, les réacteurs nucléaires ou auprès des châteaux de transport. Les accéléra-
teurs de particules produisent également des neutrons par réaction nucléaire sur des
cibles. L’origine des neutrons peut être encore cosmique. En radioprotection, les énergies
détectées s’étendent de 10–3 eV à 108 eV et les équivalents de dose sont compris entre
quelques dixièmes de mSv et quelques mSv (hors accident de criticité). Ces champs de
neutrons génèrent des spectres complexes de particules chargées secondaires interagissant
avec le tissu biologique avec une efficacité biologique supérieure à celle des photons,
dépendant de l’énergie des neutrons. La surveillance radiologique des travailleurs en vertu
du respect des limites de dose réglementaires en terme de dose efficace est donc délicate.
Les facteurs WR et WT nécessaires au calcul de la dose efficace sont donnés dans le
chapitre 1 (Publication 60 de la CIPR). En ce qui concerne les neutrons, la CIPR a proposé
récemment deux relations donnant une approximation de WR en fonction de l’énergie des
neutrons En, plus pratiques à utiliser au niveau des calculs que la fonction en escalier
(congrès IRPA 11 à Madrid en 2004) :
WR (En) = 2,5 + 18,2 exp[–(ln (En))2/6] pour En < 1 MeV.
WR (En) = 5 + 17 exp[–(ln (2En))2/6] pour En ≥ 1 MeV.
La Commission a également modifié ses recommandations concernant la relation formelle
entre le facteur de qualité Q (L) et le transfert linéique d’énergie infini, L, afin de refléter
les valeurs les plus élevées de l’efficacité biologique maximum relative pour les neutrons
intermédiaires. Ces valeurs sont données dans le paragraphe 3.2.7 du chapitre 3 et sont
nécessaires pour le calcul de l’équivalent de dose ambiant H*(10) ou de l’équivalent de
dose individuel Hp (10). Plusieurs méthodes sont possibles (Figure 4.23) :
– la méthode globale qui permet de convertir directement la fluence totale des neutrons
en équivalent de dose par l’intermédiaire d’un coefficient expérimental ;
– les méthodes spectrométriques faisant intervenir soit une matrice de coefficients de
conversion expérimentaux appliqués à la fluence différentielle intégrée sur l’ensemble du
spectre, soit le facteur de qualité Q (L) d’après la distribution des transferts linéiques du
champ de rayonnements (paragraphe 3.3.3 du chapitre 3).
Pour le calcul de la dose efficace E, les valeurs de WR utilisées sont déterminées par les
caractéristiques du rayonnement incident sur les organes (ou le tissu) et appliquées à la
dose absorbée moyenne dans les organes considérés. Les mêmes valeurs de WR sont utili-
sées, que les organes soient profonds ou superficiels, ou encore, quelles que soient les
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 135
Figure 4.23. Méthodes d’évaluation de l’équivalent de dose individuel ou de l’équivalent de dose
ambiant (d’après Bordy et al., 1997).
modifications spectrales du champ de rayonnement avant d’atteindre les organes. Cette
simplification engendre une certaine instabilité entre les grandeurs de protection et les
grandeurs opérationnelles comme le montre la figure 4.24.
Plusieurs zones énergétiques sont caractérisées par une substantielle sous-estimation de la
grandeur opérationnelle par rapport à la dose efficace, au-dessous de 50 keV et aux éner-
gies supérieures à 30 MeV, touchant les activités auprès des accélérateurs ou encore celle
des vols spatiaux ou de haute altitude.
Cependant, pour juger des performances de l’estimateur, c’est-à-dire la grandeur opéra-
tionnelle ou grandeur de remplacement par rapport à la dose efficace : H ≥ E, une réponse
correcte ne peut être faite sans prendre en compte le spectre total des neutrons. En général,
cette condition est satisfaite pour de nombreux cas usuels rencontrés, en particulier, les
installations du cycle du combustible comme le démontre la figure 4.25 pour la dosimétrie
individuelle (d’après Chartier, 1998).
H*(10) apparaît donc comme un relativement bon estimateur de la dose efficace à l’excep-
tion des faibles (< 10 keV) et hautes énergies, Hp (10) également pour différentes géomé-
tries d’irradiation sauf dans le cas où la personne serait irradiée de dos, la dose efficace
serait alors sous-estimée.
La publication 74 de la CIPR (1996) et l’ICRU Report 57 (1998) contiennent les résultats
relatifs aux photons, aux neutrons et aux électrons en ce qui concerne les relations entre les
grandeurs physiques de base (fluence, Kerma, dose absorbée), les grandeurs de protection
(via les coefficients WR et WT sur des fantômes anthropomorphes) et les grandeurs opéra-
tionnelles (via Q (L) sur fantôme ICRU). On trouve en particulier, dans ces publications, les
136 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Énergie du neutron (MeV)
Figure 4.24. Rapports E/H*(10) et E/Hp, slab (10) pour la géométrie d’irradiation Antéro-
Postérieur (d’après ICRU 57 Fig. 57).
E/Hp(10) slab
Figure 4.25. Rapport E/Hp, slab (10) pour différents spectres « réalistes » de neutrons
(d’après Chartier, 1998).
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 137
valeurs numériques des coefficients de conversion pour les rayonnements monoénergéti-
ques. Dans le cas d’un spectre « large » de rayonnement, il est recommandé de déterminer
le coefficient de conversion moyen relatif au spectre concerné à l’aide d’une interpolation
par la méthode « des 4 points de Lagrange ».
Comme nous l’avons étudié dans les chapitres précédents, les grandeurs de protection de
la CIPR sont définies à partir des facteurs de pondération WR (fonction de la nature du
rayonnement et de son énergie incidente) et WT. Les grandeurs opérationnelles de l’ICRU
sont déterminées à partir du facteur de qualité Q(L) pondérant la dose absorbée au point
de référence afin d’estimer la dose équivalente ou la dose efficace.
Les nouvelles valeurs de WR des neutrons issues des relations présentées par la CIPR pren-
nent maintenant en compte la contribution des γ de faible TLE (WR) à la dose absorbée
principalement pour les énergies inférieures à 1 MeV. Ces valeurs (y compris pour les
neutrons de haute énergie) intègrent dorénavant l’influence du paramètre TLE et facilitent
la comparaison entre la mesure (grandeurs opérationnelles) et les valeurs calculées de la
dose efficace.
Il subsiste toujours beaucoup d’incertitude quant au WR pour les neutrons de haute énergie
(> 20 MeV). Pour les cas particuliers mettant en jeu des particules lourdes chargées, la
CIPR continue à recommander l’utilisation du facteur de qualité Q(L) dont les valeurs sont
données dans la publication 60.
Finalement, il est important de ne pas oublier que la dose efficace est une grandeur appro-
priée uniquement pour les besoins de la radioprotection mais qu’elle ne convient pas pour
des études épidémiologiques ou autres recherches sur l’exposition de l’homme. En dehors
de la radioprotection, il vaut mieux utiliser la dose absorbée aux organes d’intérêt et
prendre les EBR spécifiques en fonction de la nature des rayonnements.
4.4.2. Surveillance de l’environnement et dosimétrie
individuelle
La surveillance dosimétrique des travailleurs repose, en pratique, soit sur une surveillance
des postes de travail soit sur la mesure au niveau individuel.
Pour la surveillance de l’environnement en routine, les « sievert-compteurs » ont pratique-
ment résolu le problème de mesure des débits d’équivalent de dose sans beaucoup d’infor-
mation sur les spectres de neutrons. Le dosimètre idéal comporte une réponse en fluence
isotrope, avec une dépendance en fonction de l’énergie semblable à celle du coefficient
de conversion fluence-équivalent de dose ambiant (Figure 4.26 d’après ICRU 57 Fig. 31).
Les compteurs proportionnels remplissent relativement convenablement cette condition.
Les compteurs à 3He utilisant la réaction de capture non radiative (n, p) sont les plus
utilisés car sensibles aux neutrons thermiques (section efficace de 5 000 barns) et aux
neutrons rapides s’ils sont enveloppés dans une sphère modératrice de polyéthylène qui
thermalise les neutrons. L’adjonction de cadmium permet d’ajuster la réponse pour appro-
cher la courbe de conversion fluence – équivalent de dose. Des compteurs à protons de
recul sont également utilisés. Ils sont fondés sur la réaction de collision élastique sur
l’hydrogène de l’enveloppe du compteur. Le gaz de remplissage peut être un gaz équiva-
lent-tissu. Sensibles aux photons, ces compteurs ne détectent que les neutrons d’énergies
supérieures à quelques keV. Cette réaction (protons de recul) est aussi utilisée avec des
scintillateurs organiques (NE213) en solution dans du styrène.
138 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Les compteurs proportionnels équivalents tissu (CPET) sont utilisés en microdosimétrie pour
mesurer le transfert linéique d’énergie des neutrons par simulation des dépôts d’énergie
produits par le ralentissement des particules chargées à l’échelle des structures biologiques
(cavité de Bragg-Gray). Ces compteurs sont décrits dans le chapitre 3, paragraphe 3.3.3.
H*(10)/Φ(pSv.cm2)
Énergie des neutrons (eV)
Figure 4.26. Coefficients de conversion de référence fluence – équivalent de dose ambiant
calculés par différentes institutions.
Les dosimètres individuels sont souvent classés en deux catégories, les « passifs » et les
« actifs ». Le tableau 4.5 (Griffith, 1992) résume les caractéristiques des techniques
passives les plus couramment employées et décrites par Rannou (1996).
Tableau 4.5. Caractéristiques des dosimètres individuels neutrons passifs les plus courants avec
les limites inférieure de détection (LID) et supérieure de détection (LSD) (Griffith, 1992).
Détecteurs à
Albédo (TLD) CR-39 (DST) Film NTA
bulles
Réponse en énergie médiocre très bonne bonne acceptable
LID (mSv) 0,005-0,2 0,005-0,2 0,02-0,3 0,3-0,8
LSD (mSv) >100 1-10 >50 >100
Réponse photon oui non non oui, un peu
Coût détecteur modéré élevé faible faible
Sensibilité à l’envi- très faible température et très faible faible
ronnement chocs
Facilité de lecture excellente bonne bonne fastidieuse
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 139
Le dosimètre à albédo est basé sur l’utilisation d’un couple de détecteurs
thermoluminescents : le 6Li sensible aux neutrons de basse énergie (thermalisés par le
corps humain, effet albédo) grâce à une réaction (n, α) et le 7Li sensible aux photons et
peu sensible aux neutrons. La réponse de ce dosimètre décroît très rapidement au-delà de
10 keV environ et son facteur d’étalonnage n’est valable que pour une installation donnée.
Les détecteurs solides de traces, insensibles aux électrons (donc aux photons) sont sensi-
bles aux particules α, aux ions lourds et aux fragments de fission issus de réactions avec
les neutrons. Ces particules génèrent des traces latentes dans un diélectrique minéral ou
organique, révélées chimiquement et dénombrées par comptage au microscope. La réac-
tion (n, p) permet de détecter des neutrons au-dessus de 50 keV et la réaction (n, α) permet
la mesure des neutrons thermiques. La réponse angulaire de ces dosimètres s’écarte un peu
de la norme.
Les émulsions photographiques nucléaires détectent les protons de recul issus de la réac-
tion (n, p) avec l’hydrogène présent dans le matériau pour des neutrons rapides d’énergie
supérieure à 1 MeV environ.
Les dosimètres à bulles contiennent de fines gouttelettes de fréon dispersées dans un gel
polymère transparent. L’énergie libérée lors des interactions des neutrons provoque la
vaporisation des gouttelettes, comptables à l’œil nu. Il existe deux types de dosimètres, un
pour les neutrons thermiques, un pour les neutrons intermédiaires et rapides.
Cette liste n’est pas exhaustive, il manque entre autres les détecteurs à activation (dosimè-
tres individuels et dosimètres de zone) utilisés pour la dosimétrie des neutrons en cas
d’accident de criticité caractérisé par l’émission initiale d’un champ de rayonnement
mixte (n, γ) intense et de courte durée. Différentes cibles métalliques sont activées pour
couvrir l’étendue du spectre, en particulier des cibles d’or et de cuivre pour les neutrons
thermiques, d’indium et de soufre pour les neutrons rapides. La mesure par comptages
(spectrométrie γ, β) de l’activité induite de l’élément formé permet d’évaluer la fluence
neutronique intégrée. Ces détecteurs sont insensibles aux γ, ils permettent d’évaluer gros-
sièrement la distribution en énergie des neutrons, la fluence des neutrons et l’équivalent
de dose par le biais des facteurs de conversion. Le tableau 4.6 donne les caractéristiques
nucléaires des radioéléments formés dans le dosimètre criticité de zone (SNAC 2) utilisé
au CEA. On retrouve ces éléments au niveau de la ceinture de criticité portée par le
personnel exposé à ce risque.
Tableau 4.6. Caractéristiques nucléaires des radioéléments formés dans le dosimètre criticité
SNAC 2 (de Choudens, 1997).
I
Élément Isotope mesuré Énergie γ (MeV) Période
(%)
Magnésium 24Na 1,368 100 14,96 h
Nickel 58Co 0,810 99,4 70,8 j
Indium 115mIn 0,336 45,9 4,48 h
Cuivre 64Cu 0,511 36,2 12,7 h
Or 198Au 0,412 95,6 2,69 j
Ébonite (soufre) 32P Eβmax = 1,71 MeV 100 14,28 j
140 Radioprotection et ingénierie nucléaire
La dosimétrie individuelle active fait appel à l’électronique et à l’utilisation de diodes sili-
cium en particulier. Plusieurs études ont été menées pour trouver un système répondant
aux cahier des charges, avec une ou plusieurs diodes (méthode différentielle). L’un des
dosimètres sur le marché comporte une diode unique (jonction P-N) avec un système
d’analyse des temps de montée des impulsions pour discriminer les photons et les
neutrons (Bordy, 1997). La diode est précédée d’un convertisseur en polyéthylène dopé
en bore 10 permettant la détection des neutrons thermiques et rapides jusqu’à 15 MeV. Sa
gamme de mesure s’étend de 1 μSv à 10 Sv pour un débit d’équivalent de dose compris
entre 10 μSv/h et 1 Sv/h. Conformément à la norme, la variation de la réponse en énergie
est de 50 % sur toute la gamme d’énergie (Figure 4.27) et la variation de la réponse angu-
laire (source Am-Be) est de ±30 % entre – 75˚ et + 75˚. La sensibilité aux photons d’un tel
système, en Hp (10), est inférieure à 5 % (Lahaye, 2000).
Réponse (Hp(10 > α) Mes/Hp (10 > α) Rf)
Énergie des neutrons incidents à O° (MeV)
Figure 4.27. Réponse du prototype Saphydose-n en fonction de Hp(10).
Une revue des dosimètres passifs et actifs individuels a été publiée par Alberts et al. (1996).
Cet article met l’accent sur l’importance de l’étalonnage de tels dosimètres dans des
champs neutroniques de référence.
4.4.3. Étalonnage des dosimètres, spectrométrie
des neutrons
L’étalonnage d’un dosimètre se fait depuis 1985 en fonction de la valeur H*(10) ou Hp (10)
selon des procédures parfaitement normalisées par l’ISO dans des champs de référence
(ISO, 1989). Les dosimètres d’ambiance sont étalonnés dans l’air, les dosimètres indivi-
duels sur fantôme en utilisant les sources à spectre large (Am-Be, Am-B, 252Cf ou 252Cf
modérée par D2O) et les spectres réalistes recommandés par l’ISO. Ces derniers récem-
ment introduits permettent d’étalonner le dosimètre avec des spectres en énergie simulant
ceux rencontrés aux postes de travail dans différentes installations (Chartier et al., 1997,
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 141
Paul, 1997). La figure 4.28 présente l’installation « CANEL » conçue et mise au point à
l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire pour fabriquer des spectres modulaires,
réalistes (figures 4.28 et 4.29). Compte tenu de la dépendance inéluctable de la réponse
des dosimètres en fonction de l’énergie et de l’angle, cette solution permet d’affecter au
dosimètre un coefficient d’étalonnage acceptable propre à certaines situations radiologi-
ques faisant apparaître généralement un spectre dégradé par des protections biologiques.
Cette approche nécessite, d’une part la connaissance des courbes de réponse en énergie
des systèmes dosimétriques mesurées dans des champs de référence de neutrons monoé-
nergétiques, d’autre part, une caractérisation des spectres par plusieurs méthodes spectro-
métriques, aux postes de travail et dans le laboratoire d’étalonnage pour valider les
spectres réalistes simulés.
Figure 4.28. Dispositif d’étalonnage à spectres larges de neutrons (CANEL) de l’IRSN.
Figure 4.29. Modèle de spectre neutronique réaliste.
142 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Les dosimètres n’étant pas parfaits, la caractérisation spectrale en énergie des champs de
rayonnement aux postes de travail, grâce à des moyens de spectrométrie opérationnelle
est un préalable indispensable à leurs étalonnages.
La spectrométrie permet de caractériser un champ de rayonnement en terme de distribu-
tion en énergie, elle fait appel généralement à plusieurs techniques pour couvrir
l’ensemble du spectre à mesurer. Ces techniques sont décrites précisément dans un article
de synthèse rédigé par Alevra (1999). Les deux principales sont la spectrométrie par
protons de recul et la spectrométrie par sphères de Bonner.
La spectrométrie par protons de recul emploie essentiellement des compteurs proportion-
nels gazeux (CH4 et H2) et des scintillateurs organiques tels que le NE213. La restitution
du spectre de fluence en énergie se fait par l’intermédiaire d’un code de déconvolution à
partir de la distribution des hauteurs d’impulsion. Le domaine couvert par cette technique
se situe entre environ 100 keV et 2 MeV.
La spectrométrie par sphères de Bonner permet de couvrir une gamme d’énergies plus
large, des neutrons thermiques jusqu’à 20 MeV mais avec une moins bonne résolution en
énergie. Ce système « multisphères » se compose de détecteurs proportionnels (3He ou
BF3) placés au centre de sphères modératrices en polyéthylène de différents diamètres et
on recueille les comptages fournis par les 8 ou 9 sphères de différents diamètres (entre 2’’
et 18’’). À l’aide des fonctions de réponse en énergie de chaque sphère associée à son
détecteur et d’un code matriciel de déconvolution des comptages, il est possible de
remonter au spectre de neutrons incidents en retenant la solution analytique la plus
réaliste parmi différentes solutions mathématiquement possibles.
Un exemple de spectre est donné figure 4.30, il a été obtenu en associant ces différentes
techniques spectrométriques.
E > Δ φ /ΔE(cm–1 > s –1)
Énergie des neutrons (MeV)
Figure 4.30. Exemple d’un spectre de neutrons mesuré auprès d’un conteneur (Posny, 1992).
4 - Dosimétrie et surveillance pour l’exposition externe 143
D’autres techniques existent comme la mesure du temps de vol basée sur la relation liant
la vitesse des neutrons et leur énergie. Elle consiste à mesurer le temps écoulé entre l’émis-
sion des neutrons à la source et leur détection. Elle a l’inconvénient de n’être applicable
qu’aux champs de rayonnements pulsés. Les détecteurs à activation développés pour la
dosimétrie de criticité et les chambres à fission (uranium 235, 238, neptunium 237)
permettent également de faire de la spectrométrie en jouant sur les seuils en énergie
correspondant aux sections efficaces d’activation et de fission.
Toutes ces mesures de spectrométrie ou de dosimétrie d’ambiance, individuelle compor-
tent des incertitudes plus importantes que pour les photons. Une surestimation ou sous-
estimation de l’équivalent de dose donc de la dose efficace d’un facteur 2 ou 3 n’est pas
surprenante, en particulier pour les faibles valeurs rencontrées en radioprotection.
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144 Radioprotection et ingénierie nucléaire
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5 Dosimétrie et surveillance
pour l’expostion interne
Henri Métivier, Isabelle Aubineau-Lanièce, Éric Blanchardon,
Céline Bouvier-Capely, Loïc de Carlan, Didier Franck, François Paquet
Introduction
L’exposition interne d’un travailleur du nucléaire peut résulter d’une incorporation de
composés radioactifs par inhalation, ingestion, contamination cutanée ou blessure. Sur le
lieu de travail, l’ingestion est très rare, la contamination respiratoire est la plus fréquente.
Si elle demeure également très rare, la contamination par blessure reste une préoccupation
constante des services de protection car la contamination qu’elle entraîne peut être impor-
tante. La contamination cutanée, sur une peau saine, a peu de conséquences à l’exception
des composés tritiés qui peuvent traverser la barrière cutanée.
L’irradiation liée à la contamination à l’intérieur de l’organisme ne cesse pas avec la fin de
l’exposition au polluant, elle continuera tant que le radionucléide sera présent dans l’orga-
nisme. Cette particularité a conduit à développer des méthodes spécifiques pour mesurer
cette contamination, calculer les doses d’irradiation qui en résultent et évaluer le risque
associé. Ces méthodes sont communément appelées par simplification « dosimétrie
interne ».
Le calcul de la dose reçue tiendra compte de la répartition du radionucléide dans l’orga-
nisme et de son devenir en fonction du temps. Pour ce faire, la Commission internationale
de protection radiologique (CIPR) a développé des modèles mathématiques appelés
« modèles dosimétriques ». Ces modèles sont généralement adoptés par tous au plan inter-
national.
La contamination peut être décelée instantanément, les services de surveillance mettront
alors en place toutes les techniques d’évaluation ; mais si elle est silencieuse, elle ne
pourra être évaluée que par une surveillance régulière des travailleurs. La stratégie de
surveillance dépendra du devenir biologique du radionucléide et de sa cinétique.
La mesure de la contamination n’est pas aisée, elle se fait selon que le radionucléide émet
des rayonnements pénétrants ou non par des méthodes de comptage externe ou des
méthodes indirectes. Les premières consistent à placer l’individu sous un compteur, c’est
l’anthroporadiamétrie ; les secondes consistent à mesurer la contamination dans les
excrétas, urines et fèces, ce sont les méthodes appelées « radiotoxicologiques ».
À partir de ces résultats de mesure, le service médical du travail calculera ensuite à l’aide
de modèles dosimétriques, la dose d’irradiation.
Bien que la contamination interne reste limitée pour les travailleurs des centrales
nucléaires, le caractère aléatoire de son intensité conduit à la mise en place de méthodes
146 Radioprotection et ingénierie nucléaire
assez sophistiquées et coûteuses qui seront expliquées dans ce chapitre. Pour s’en
prémunir, il existe des dispositifs de protection, ils seront décrits dans le chapitre 13.
5.1. Modèles de la CIPR
Les modèles dosimétriques utilisés par la majorité des services médicaux en charge de la
protection des travailleurs ont été développés par le Comité 2 de la CIPR.
Ces modèles sont de plusieurs types. Les modèles biocinétiques décrivent le devenir biolo-
gique des radionucléides. On les appellera « modèles d’entrée » lorsqu’ils permettent de
prédire ce devenir biologique à partir d’une source d’entrée, inhalation, ingestion ou bles-
sure. On les appellera « modèles systémiques » lorsqu’ils décriront la répartition du radio-
nucléide à partir du sang, et son élimination par les voies naturelles, une fois le
radionucléide transféré de la porte d’entrée au compartiment sanguin. Enfin, des modèles
dosimétriques permettront de calculer la dose d’irradiation en fonction du temps pour un
organe contaminé, mais aussi lorsque c’est nécessaire, l’irradiation d’un organe en fonc-
tion du temps par les autres organes contaminés agissant alors en terme source.
Les modèles d’entrée sont très étroitement associés à la forme physico-chimique du
polluant : taille et nature des poussières inhalées, nature du composé ingéré ou injecté par
blessure. À l’inverse, une fois solubilisé ou transformé sur le site d’entrée, poumon, tube
digestif ou site de la blessure, le radionucléide transféré dans le compartiment sanguin se
répartira dans l’organisme selon la forme physico-chimique présente dans le sang et non
plus selon la nature du polluant d’origine. Ces modèles seront dessinés par familles chimi-
ques, présentant en général de grandes similarités dans leur distribution, élément par
élément.
Tous ces modèles sont utilisables soit pour les travailleurs, soit pour les populations et ceci
quel que soit l’âge. Nous ne traiterons ici que des modèles appliqués pour la surveillance
des travailleurs, mais il faut savoir qu’il existe également des modèles dosimétriques
établis pour calculer la dose d’irradiation d’un enfant par sa mère si elle est contaminée,
soit durant la grossesse, soit après la naissance si celle-ci allaite.
5.1.1. Modèles d’entrée
La CIPR a développé deux modèles d’entrée, le modèle respiratoire appelé « Human
Respiratory Tract Model » (HRTM) et le modèle alimentaire « Human Alimentary Tract
Model » (HATM). Un modèle blessure est en cours d’élaboration par le Comité américain
de radioprotection.
5.1.1.1. Modèle respiratoire
Dans ce modèle, le système respiratoire est divisé en 5 régions (Figure 5.1).
– Le compartiment extrathoracique (ET) est divisé en deux parties ET1, antérieure au nez
et ET2 qui comprend la partie postérieure au nez, la voie orale, le pharynx et le larynx.
– La région thoracique (BB) comporte la trachée, les grosses bronches qui correspondent
aux huit premières générations des voies respiratoires.
– La partie bronchiolaire comporte les générations 9 à 15 des bronchioles.
– La partie alvéolo-interstitielle (AI) est la zone d’échange gazeuse du poumon.
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 147
– Les tissus ou nodules lymphatiques sont associés aux parties extrathoraciques, ils seront
appelés LNET et LNTH respectivement.
Figure 5.1. Structure du modèle respiratoire (HRTM) (d’après ICRP, publication 66).
Les valeurs des dimensions et les paramètres fonctionnels sont spécifiés dans ce modèle.
La quantité de polluant inhalé déposée dans le poumon et sa localisation dépendra de la
taille aérodynamique des particules inhalées (Figure 5.2). Cette taille aérodynamique est
une combinaison de la taille réelle et de la densité de la particule. La cinétique d’élimina-
tion du polluant à partir du dépôt dans le poumon est liée à sa nature physico-chimique,
taille et solubilité des particules. Le modèle propose une classification par défaut de tous
les composés et attribue à chaque classe des paramètres cinétiques par défaut. Ces classes
sont respectivement la classe F pour les composés très solubles (Fastly soluble), M pour les
composés moyennement solubles (Moderatly soluble) et S pour les composés dits insolu-
bles (Slowly soluble).
À partir de ce modèle, on établira des coefficients de dose par unité d’incorporation
(DPUI) (exprimés en Sv par Bq inhalé) pour l’inhalation. Ils sont publiés dans les textes
réglementaires. Si les services de protection connaissent les caractéristiques spécifiques
des polluants, ils pourront remplacer les paramètres par défaut du modèle par des para-
mètres spécifiques ; les coefficients de dose calculés ainsi seront appelés « Dose par unité
d’incorporation spécifique ». Le modèle permet aussi au médecin du travail d’adapter ses
calculs de dose au profil individuel du travailleur, son tabagisme par exemple.
La qualité de la protection des travailleurs ou l’efficacité des traitements mis en place
dépendra étroitement de la bonne connaissance des caractéristiques du polluant inhalé.
Seule une collaboration étroite entre les opérateurs et concepteurs d’une part, et les
services de surveillance d’autre part, le permettra.
148 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 5.2. Dépôts régionaux en fonction de la taille des particules pour une personne respirant
par le nez (d’après ICRP, publication 66).
5.1.1.2. Modèle alimentaire
Un nouveau modèle alimentaire (HATM) vient d’être mis en place par la CIPR. Ce modèle
est étroitement lié à l’anatomie du système alimentaire. Il est divisé en plusieurs régions :
la bouche, l’œsophage, l’estomac, l’intestin grêle, le gros intestin divisé en partie gauche
du côlon, partie droite du côlon et un dernier compartiment regroupant la partie sigmoïde
du côlon et le rectum (Figure 5.3). Le modèle prend en compte la rétention potentielle au
niveau de plusieurs compartiments : les dents, la muqueuse buccale, l’estomac et l’intestin
dans son ensemble. Ce modèle considère que le transfert vers le sang peut se faire au
niveau de la bouche, de l’estomac et des différents compartiments de l’intestin. Tout
comme le modèle respiratoire, il propose des paramètres cinétiques et morphométriques
par défaut, mais lorsque l’information existe, le service de surveillance pourra utiliser des
paramètres spécifiques. Son utilisation permettra d’obtenir des DPUI pour l’ingestion.
5.1.2. Modèles systémiques
Les modèles systémiques décrivent le comportement des radionucléides après la traversée
des barrières digestive, cutanée ou pulmonaire et leur arrivée dans le compartiment
sanguin. Ces modèles peuvent être plus ou moins sophistiqués, selon qu’ils tiennent
compte de l’âge des individus (cas de 31 éléments), prévoient un recyclage des éléments
par le transfert d’un organe à un autre via un retour vers le sang, c’est le cas des actinides
et des terres rares, ou non (pour H, Co, Mo, Zr, Ru entre autres). Ces modèles sont décrits
dans les publications 30, 56, 67, 69 et 71 de la CIPR (ICRP, 1980, 1989, 1993, 1995a et b).
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 149
Contenu Dents
cavité buccale
Circulation
Muqueuse systémique
buccale
Système
Sang Œ sophage respiratoire
Rapide Lent
Ou Foie
Contenu Paroi
glandes
estomac stomacale
sécrétoires
(dont Contenu Paroi Veine
Intestin gr êle Intestin grêle porte
le foie)
Contenu Paroi
côlon ascendant côlon ascendant
Contenu Paroi
côlon descendant côlon descendant
Contenu Paroi
recto-sigmoïde colon sigmoïde
Fèces
Figure 5.3. Structure du modèle alimentaire (HATM) (d’après ICRP, publication 99).
À titre d’illustration, nous décrirons ci-dessous deux types de modèles, celui de l’uranium
illustrant les modèles recyclants des actinides et des terres rares et un modèle spécifique à
un élément, celui de l’iode.
Ces modèles sont issus de l’analyse de nombreuses données animales (essentiellement
singes, chiens et rats) et humaines. Ces dernières sont pour certains éléments, assez
nombreuses et documentées grâce à certaines études réalisées sur des humains mais aussi
grâce au retour d’expérience des contaminations sur les lieux de travail.
5.1.2.1. Modèle de l’uranium
Le modèle utilisé pour l’uranium décrit le dépôt, à partir du sang, de l’élément vers les
différents tissus, son transfert d’un compartiment vers un autre, son retour vers le sang et
son éventuelle excrétion. Ce modèle est un modèle réaliste car il suit au plus près la
150 Radioprotection et ingénierie nucléaire
physiologie humaine et constitue donc l’un des modèles les plus performants parmi ceux
disponibles.
Le modèle de l’uranium est présenté figure 5.4. Il postule que l’uranium s’échange en
permanence entre le sang et le compartiment ST0 des « tissus mous ». Cet ensemble sang
+ ST0 peut donc être considéré comme un ensemble à part. Si l’on fait abstraction de ce
compartiment, les sites principaux de dépôt de l’uranium systémique sont le squelette
(15 %), les reins (12 %) et le foie (2 %). Une partie de l’uranium se dépose dans deux
autres compartiments des tissus mous (ST1 et ST2 qui concentrent, respectivement, 6,7 %
et 0,3 % de l’uranium). Le reste de l’uranium (environ 63 %) est rapidement excrété par la
voie urinaire avec une période de 7 jours.
Figure 5.4. Modèle systémique de l’uranium (d’après ICRP, Publication 69, 1995a).
L’uranium déposé dans un premier temps peut retourner vers le sang (cas des tissus mous)
ou, au contraire, être transféré vers d’autres tissus ou même vers d’autres compartiments
d’un même tissu (cas du foie). Dans le cas du squelette, les dépôts se font dans un premier
temps sur les surfaces osseuses. L’uranium quitte ensuite son site initial de dépôt avec une
période biologique de 10 jours pour se répartir pour moitié entre le volume osseux et le
plasma. L’uranium déposé dans le volume osseux peut alors soit être enfoui par apposition
d’une nouvelle couche osseuse lors de la croissance de l’individu, soit migrer vers les
surfaces osseuses.
Le temps de résidence de l’uranium au sein des différents compartiments est partiellement
décrit par les périodes biologiques d’élimination, qui représentent le temps nécessaire
pour éliminer la moitié du composé présent. Ce temps varie de quelques heures pour le
compartiment ST0 à plusieurs années pour ST2. Le problème dans ce genre de modèle est
que la quantité réelle d’uranium présente dans un tissu à un instant donné dépend de sa
période biologique d’élimination mais aussi de la quantité redéposée suite aux processus
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 151
de recyclage. La représentation de tels phénomènes combinés est délicate et la CIPR
propose donc uniquement des périodes d’élimination, assorties de coefficients de transfert
d’un compartiment vers un autre. Une analyse de ces coefficients montre que, hormis
quelques cas particuliers, le transfert de l’uranium entre les différents compartiments est
un processus rapide, compris généralement entre 10 et 50 jours.
5.1.2.2. Modèle de l’iode
Le modèle de l’iode prévoit également un recyclage de l’élément, il décrit la distribution
de l’iode en trois compartiments seulement (Figure 5.5). Il tient compte également de l’âge
des individus.
Figure 5.5. Modèle systémique de l’iode (d’après ICRP, Publication 67, 1993).
Le modèle prédit que, pour un individu adulte, environ 30 % de l’iode circulant se dépose
dans la glande thyroïde, le reste (70 %) est éliminé par les urines. Ce niveau de dépôt varie
en réalité énormément en fonction des individus et du niveau naturel d’iode stable présent
dans la nourriture. Dans les pays où la concentration d’iode dans la nourriture est naturel-
lement faible, le dépôt dans la glande thyroïde est toujours plus important.
La plupart de l’iode entrant dans la thyroïde est ensuite métabolisée dans les différents
tissus du reste du corps et retourne ensuite en grande majorité (80 %) dans le sang sous
forme d’iode inorganique ou est excrétée (20 %) sous forme de bile via le foie et le tractus
gastro-intestinal.
Le renouvellement de l’iode dans le corps humain adulte est d’environ 12 jours. Dans la
thyroïde, la CIPR décrit une « période apparente d’élimination » liée au fait que l’isotope
131I, utilisé généralement pour les études, est lui-même un composé de période radioac-
tive courte (8 jours). Ce genre d’isotope ne permet pas le suivi au long cours de la période
d’élimination et ne permet donc pas de définir l’existence de compartiments à long terme.
La période apparente d’élimination donnée par la CIPR pour l’homme adulte est de
80 jours (ICRP, 1993).
Rappelons pour mémoire, que l’élimination de l’iode par les enfants est beaucoup plus
rapide.
152 Radioprotection et ingénierie nucléaire
5.2. Stratégie de surveillance
5.2.1. Moyens et objectifs d’un programme
de surveillance
L’objectif général des programmes de surveillance opérationnelle est l’évaluation des
conditions au poste de travail et des expositions individuelles. L’évaluation des doses
reçues par les travailleurs régulièrement ou potentiellement exposés aux radiations par
l’incorporation de matières radioactives constitue une partie intégrante de tout programme
de radioprotection. Pour ce faire, les techniques couramment employées sont la mesure
directe des radioéléments dans le corps entier ou dans des organes spécifiques, la mesure
des radioéléments dans les excrétas et la mesure de prélèvements d’air ambiant.
Un programme de surveillance doit s’assurer du respect de la part liée à la contamination
interne dans la limite de dose efficace de 20 mSv engagée suite aux expositions annuelles.
On peut définir, à partir de cette limite de dose annuelle :
– un niveau d’enquête, désignant une valeur de dose efficace engagée au-delà de laquelle
un résultat de surveillance est considéré comme suffisamment important pour justifier une
étude approfondie des conditions d’exposition,
– un niveau d’enregistrement au-delà duquel la valeur de dose est inscrite dans le dossier
individuel du travailleur,
– des niveaux dérivés qui sont les valeurs limites des quantités mesurées dans le
programme de surveillance (activité retenue, excrétée ou concentration dans l’air) impli-
quant un dépassement de la limite de dose annuelle, du niveau d’enquête ou du niveau
d’enregistrement.
On distingue la situation de surveillance de routine, qui vise à détecter chez des
travailleurs potentiellement exposés la survenue éventuelle d’une contamination par le
moyen de mesures d’activité à intervalles réguliers, de la surveillance spéciale qui vise à
estimer les conséquences dosimétriques d’un incident avéré.
La diversité des situations pratiques rencontrées (émissions et formes physico-chimiques
des radionucléides, degré de confinement, fréquence des contaminations…) conduit à
envisager différents choix des paramètres du programme de surveillance : il faut choisir en
particulier la ou les techniques de mesure adaptée(s) ainsi que la durée de l’intervalle de
surveillance de routine permettant de détecter un niveau minimum d’incorporation avec
une incertitude suffisamment réduite. Dans le cadre de la surveillance spéciale, on adapte,
en général, le nombre de mesures d’activité, les moyens mis en œuvre pour caractériser
les conditions d’exposition et la précision du calcul de dose proportionnellement au
niveau de dose supposé après une première estimation.
5.2.2. Choix d’un programme de surveillance
5.2.2.1. Type de mesure
La mesure des radioéléments dans les excrétas reflète la vitesse d’élimination du corps des
substances radioactives par voie urinaire ou fécale et doit être reliée à l’incorporation par
un modèle biocinétique qui induit en général une large incertitude dans l’estimation de la
dose engagée. Cependant, la capacité des analyses radiochimiques à détecter de faibles
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 153
niveaux d’activité permet à la mesure des excrétas de détecter l’activité incorporée avec
une grande sensibilité.
La mesure directe offre l’avantage d’une estimation rapide et pratique de l’activité totale
dans le corps ou dans une partie du corps au moment de la mesure. Elle est moins dépen-
dante des modèles biocinétiques que les mesures indirectes, et donc préférable lorsqu’elle
est possible et suffisamment sensible. Néanmoins, elle souffre d’incertitudes d’étalonnage
plus importantes et implique une procédure plus contraignante pour le travailleur.
La mesure de l’activité en suspension dans l’air peut se faire par le moyen d’un filtre
statique mesurant la contamination ambiante (SAS) ou d’un filtre personnel porté par le
travailleur (PAS) (voir chapitre 13). Le résultat de cette mesure ne permet pas de faire une
estimation dosimétrique précise et ne devrait pas être utilisé seul lorsque la dose est
susceptible de dépasser 1 mSv. En revanche, la caractérisation de la contamination
aérienne peut permettre d’obtenir des informations sur la granulométrie des aérosols qui
sont utiles pour l’évaluation de la dose.
Enfin, chaque technique de mesure possède une limite de détection (LD), prenant en
compte différents paramètres tels que la présence de substances radioactives naturelles,
les fluctuations statistiques de comptage ainsi que différents facteurs relatifs à la prépara-
tion des échantillons. Le tableau 5.1 indique les modèles biocinétiques les plus importants
et les techniques de mesure couramment utilisées pour divers radioéléments suivant leur
forme chimique, qui les rend plus ou moins transférables au sang.
Tableau 5.1. Correspondance entre les radionucléides, les modèles et les mesures.
Radionucléides Modèle Mesure
Émetteurs X et γ directe
– formes peu transférables
60Co, 226Ra, 235U, 241Am, rétention pulmonaire activité thoraco-pulmonaire
239Pu… spectrométrie X, γ
– formes transférables :
– 137Cs rétention systémique activité corporelle
spectrométrie γ
– 131I activité d’un organe (thyroïde) spectro-
métrie γ
Émetteurs α, β indirecte
– formes transférables excrétion urinaire activité des urines + spectrométrie
3H, 14C, 90Sr, 137Cs…
– formes peu transférables excrétion fécale activité des selles + spectrométrie
actinides (nitrates, oxydes…)
5.2.2.2. Intervalle de surveillance
Le choix de l’intervalle de surveillance de routine est le résultat d’un compromis entre
l’incertitude sur l’estimation de la dose résultant d’une date d’incorporation inconnue mais
restreinte à la durée de l’intervalle et le coût des mesures. Ce compromis dépend de la
sensibilité de la technique de mesure (exprimée en terme de LD) et de la cinétique de
rétention ou d’excrétion du contaminant, qui est elle-même fonction du radioélément et
de sa forme chimique.
154 Radioprotection et ingénierie nucléaire
En effet, une cinétique de décroissance rapide de la quantité mesurée, rétention ou excré-
tion, peut faire qu’une incorporation significative en début d’intervalle se traduise par une
activité inférieure à la limite de détection au moment de la mesure de fin d’intervalle. Typi-
quement, la fréquence de surveillance devrait être définie de façon à détecter toute incor-
poration correspondant à plus de 5 % de la limite de dose annuelle (IAEA, 1999).
De plus, lorsque la date d’incorporation est inconnue, la CIPR recommande de faire, pour
l’estimation de la dose, l’hypothèse d’une incorporation au milieu de l’intervalle de
surveillance. Mais une large incertitude sur la date d’incorporation peut induire une erreur
de plusieurs ordres de grandeur sur l’estimation de l’activité incorporée. Aussi, la CIPR
recommande de choisir un intervalle de surveillance suffisamment étroit pour que l’hypo-
thèse de référence d’une incorporation au milieu de l’intervalle ne risque pas de sous-
estimer la dose engagée de plus d’un facteur trois (ICRP, 1998).
Le tableau 5.2. présente des valeurs standard de paramètres des programmes de
surveillance de l’exposition interne à différents composés industriels de l’uranium, du
plutonium, du césium et de l’iode issues des recommandations du groupe d’experts euro-
péens du projet OMINEX (Etherington et al., 2003) et de la CIPR (ICRP, 1998). Ce choix
prend en compte les solubilités de référence des composés chimiques indiquées par la
CIPR et les limites de détection des techniques utilisées, indiquées par la CIPR ou estimées
à partir des données rassemblées dans le cadre du projet OMINEX.
Tableau 5.2. Intervalles de mesure de surveillance de routine de l’exposition à l’uranium, au
plutonium, au césium et à l’iode recommandés par la CIPR (ICRP, 1998) ou le groupe OMINEX
(Etherington et al., 2003).
Type
Mesure Mesure LD Mesure
Contaminant d’absorp- LD (Bq)
directe urinaire (mBq/24h) fécale
tion
Nitrate d’uranium F non 20 30 jours 0,05 non
Tributylphosphate
d’uranium
Peroxide d’uranium
Diuranate d’ammonium M pulmonaire 90 jours 180 jours
Trioxyde d’uranium 180 jours
Tétrafluoride d’uranium
Octoxyde d’uranium S pulmonaire 90 jours 180 jours
Dioxyde d’uranium 180 jours
Nitrate de plutonium M non 5 200 365 jours 0,15 365 jours
Dioxyde de plutonium S forte (ou 10 Bq 365 jours 365 jours
MOX exposition d’241Am)
Césium-137 F corps entier 70 180 jours 1 000 non
180 jours
Iode-131 F thyroïde 80 30 jours 500 non
14 jours
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 155
5.3. Mesures directes par anthroporadiamétrie
5.3.1. Principe
La mesure anthroporadiamétrique consiste à mesurer les radionucléides incorporés en
détectant, à l’extérieur de l’organisme, les rayonnements X et gamma qu’ils émettent lors
de leurs désintégrations ou qui sont associés à leurs désintégrations. Cette technique a
connu son essor lorsque les autorités médicales ont reconnu l’aide qu’un tel système
pouvait leur apporter. Sans prise de sang, sans prélèvement d’urines ou de selles, l’anthro-
poradiamétrie permet de quantifier l’activité retenue dans l’organisme à un moment donné
et d’estimer l’incorporation initiale. On parlera indifféremment d’anthroporadiamétrie ou
de mesure in vivo.
Elle utilise généralement des détecteurs de grandes dimensions, placés au sein de cham-
bres blindées, nécessaires pour se prémunir, au moins partiellement, du bruit de fond dû
au rayonnement cosmique. Une chaîne électronique associée aux détecteurs permet de
réaliser une spectrométrie et enregistre le spectre des raies X et gamma émises où seuls les
pics d’absorption totale, ce qui correspond majoritairement aux pics dus à l’effet photoé-
lectrique, seront utilisés. L’interprétation des résultats se fait en deux étapes :
– l’identification des radionucléides présents qui est obtenue en recherchant les pics
d’absorption totale et leurs énergies dans le spectre et en les comparant aux énergies
caractéristiques des radioéléments qui sont contenues dans les bibliothèques de données
nucléaires ;
– la détermination de l’activité des radioéléments précédemment détectés qui est obtenue
en comparant les résultats avec des valeurs de référence issues de mesures réalisées avec
des mannequins semblables au corps humain que l’on appelle fantômes anthropomorphes
d’étalonnage.
En bref, l’utilisation de cette technique va dépendre, pour un radioélément donné, de :
– l’énergie (ou les énergies) et l’abondance des photons émis,
– sa distribution dans le corps,
– la sensibilité de la technique dans chaque géométrie qui sera définie par ce qui est
couramment appelé la limite de détection.
Cette technique est donc très appréciée pour sa facilité de mise en œuvre. Cependant,
comme il a été dit précédemment, elle n’est applicable que pour les radioéléments émet-
teurs X et gamma et pour quelques émetteurs bêtas (par l’intermédiaire de leur rayonne-
ment de freinage) du fait de la détection à l’extérieur de l’organisme des rayonnements
émis par les radionucléides. Pour des produits d’activation (PA) comme le cobalt ou des
produits de fission (PF) comme le césium, la détection est relativement simple car l’énergie
des photons émis est supérieure à 200 keV environ conduisant à une faible absorption
dans les tissus humains. Il n’en va pas de même pour la mesure des actinides émetteurs X
et gamma d’énergie inférieure à 200 keV à cause de la forte absorption dans les tissus qui
dégrade la sensibilité. Dans ce cas, elle n’est vraiment utile que si un dépôt significatif de
ce radioélément conduit à un signal détectable à l’extérieur de l’organisme. C’est la raison
pour laquelle les performances seront présentées dans la suite séparément pour les instal-
lations permettant les mesures des émetteurs de haute énergie (> 200 keV pour les PA et
PF) et de basse énergie (< 200 keV pour les actinides). Par ailleurs, le cas de la mesure de
l’iode qui va principalement se fixer au niveau de la thyroïde sera traité séparément.
156 Radioprotection et ingénierie nucléaire
5.3.2. Anthroporadiamétrie haute énergie (> 200 keV)
Un nombre important de PA et de PF, comme 60Co et 137Cs se répartissent assez unifor-
mément dans l’organisme et émettent des rayonnements gamma de haute énergie, respec-
tivement de 662 keV et 1,173 ; 1,333 MeV et de grande intensité (nombre de photons émis
pour une désintégration). Ces particularités permettent l’estimation de leur incorporation
à des valeurs très faibles par rapport à des niveaux de référence, avec des équipements
simples. Ces niveaux de référence peuvent être obtenus en considérant l’activité incor-
porée (AI) conduisant à une dose efficace engagée de 20 mSv (AI20) (Delacroix et al.,
2004). Il est à noter que cette valeur de AI20 correspond à une activité incorporée et non
pas à une valeur de rétention d’activité, cette dernière étant celle estimée par anthropora-
diamétrie, mais permet néanmoins une comparaison fort utile en pratique.
Dans le cadre de la mesure « haute énergie », la répartition étant considérée assez
uniforme, la mesure d’une partie du corps est représentative de la rétention dans l’orga-
nisme entier. Il est cependant évident que la sensibilité et donc les performances deman-
dées aux systèmes de mesure dépendront de la raison du contrôle (accident, routine) et
donc de la nécessité ou non de rapidité d’intervention et de l’objectif des mesures : déter-
mination fine de l’activité ou tri des personnes.
Dans le cadre de la surveillance de routine des travailleurs du nucléaire, les installations
ont pour objectif de détecter une éventuelle contamination et devront donc avoir une
sensibilité aussi bonne que possible. Leurs caractéristiques comprennent :
– des enceintes blindées épaisses permettant de réduire le bruit de fond. Ces installations
seront à poste fixe ;
– un nombre de détecteurs suffisant permettant d’obtenir une bonne efficacité de mesure.
Les systèmes équipés de détecteurs germanium de haute pureté (GeHP), refroidis à l’azote
liquide ont, dans ce cas, tendance actuellement à remplacer peu à peu les systèmes utili-
sant des scintillateurs NaI(Tl) qui fonctionnent à température ambiante, en raison d’une
meilleure résolution en énergie et donc d’une meilleure quantification et d’une meilleure
discrimination en cas de contamination multi-élémentaire ;
– des temps de mesure longs (10 à 30 minutes) et la possibilité d’effectuer plusieurs
mesures.
Ce type d’installation équipe actuellement la plupart des laboratoires médicaux impliqués
dans la surveillance des personnes travaillant dans le secteur nucléaire (figure 5.6). Lors
de l’accident de Tchernobyl, ce type d’équipement a largement été utilisé lors de campa-
gnes de mesures. Il a permis d’estimer très rapidement la charge corporelle des individus
contaminés et ainsi évaluer la dose liée à la contamination par le césium due à l’accident.
À titre d’exemple, les limites de détection1 pour 137Cs et 60Co sont données dans le
tableau 5.3. et peuvent être comparées aux niveaux de référence AI20inhalation obtenus à
partir des données de la CIPR 78 (CIPR 78, 1997).
1 Dans cette partie, la limite de détection, qui exprime la sensibilité d’un système de mesure, sera celle retenue
par le Groupe de travail et de normalisation (GTN5, 1989) et décrite par la formule suivante :
RB 1
LD 8 ,8 --------------- ------
-
xt Eff
avec : LD : limite de détection en Bq ; R : résolution du pic étudié (keV) ; B : taux de comptage du bruit de fond
(cps>keV–1> s–1) ; Eff : efficacité de détection ; t : temps de mesure (s).
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 157
Figure 5.6. Système de mesure anthroporadiamétrique haute énergie de l’IRSN à Fontenay-aux-
Roses comprenant 1 détecteur NaI (au-dessus) et 2 détecteurs germanium (en dessous).
L’installation est présentée avec un fantôme d’étalonnage constitué de briques de polyéthylène :
le fantôme IGOR.
Tableau 5.3. Exemples de limites de détection (LD) du système fixe de l’IRSN
(Fontenay-aux-Roses) composés de 2 détecteurs GeHP 60 % (figure 5.6) comparées aux AI20
pour 137Cs et 60Co.
Élément Énergie (keV) AI20inhalation (Bq) LD (Bq), 20 min
137Cs (F) 6
661,7 3,0 × 10 20
6
137Cs (f =1) 1,5 × 10
1 661,7 (AI ) 20
20ingestion
60Co (M) 6
1332,5 2,8 × 10 20
Il existe également d’autres systèmes de mesure des PF et PA qui sont cette fois transpor-
tables à bord de camionnettes ou de camions. Dans ce cas l’objectif est, en cas d’accident,
de pouvoir effectuer un tri rapide des personnes exposées. L’équipement sera alors léger
et robuste (vibration, température, etc.) pour permettre un déplacement éventuel de
l’installation sur le terrain, ce qui entraîne une moins bonne protection contre les rayon-
nements cosmiques d’où un bruit de fond plus important et donc une moins bonne sensi-
bilité. Dans ce cas, les détecteurs les plus communément utilisés sont les scintillateurs :
plastiques, NaI(Tl). Les temps de mesure seront de quelques minutes ce qui conduira
également à détériorer la sensibilité par rapport aux systèmes à poste fixe. Sur ce principe
a été réalisé un certain nombre d’installations mobiles sur camion et même sur voiture rail.
L’AIEA en 1990 a ainsi réalisé près de 9 000 mesures chez des personnes dans 7 villages
sélectionnés dans les zones contaminées autour de Tchernobyl. Les limites de détection
158 Radioprotection et ingénierie nucléaire
de ces systèmes (pour 5 minutes de comptage) seront environ 25 fois plus grandes que
celles présentées précédemment, en sachant que l’objectif n’est pas du tout le même que
pour des mesures de surveillance des travailleurs.
5.3.3. Anthroporadiamétrie basse énergie (< 200 keV)
La mesure in vivo basse énergie recouvre la spectrométrie des radionucléides émetteurs de
raies X et gamma inférieures à 200 keV, et plus particulièrement en dessous de 100 keV,
qu’il est possible d’observer au niveau de certains organes cibles (poumon, crâne) ou tissus
(blessures ou criblage cutané : cf. paragraphe 5.3.6). Cette mesure est importante pour
suivre les travailleurs en cas d’exposition accidentelle par des actinides, en particulier les
isotopes du plutonium sous des formes chimiques insolubles qui entraînent des niveaux
de rétention élevés. Contrairement à la mesure haute énergie, la technique ne trouvera son
application que dans des contrôles de contamination aiguë ou dans le cas de contrôles
d’incorporation suivant une incorporation chronique à long terme. Elle présente en effet
de grandes difficultés liées principalement à l’absorption rapide des photons de basse
énergie dans les tissus avant de pouvoir être détectés ainsi qu’aux faibles taux d’émission
des photons, les actinides étant principalement émetteurs alpha. Cet effet diminue la sensi-
bilité de la mesure et sa représentativité par rapport à l’ensemble de l’organisme, le
système de mesure ne détectant que les radionucléides présents à faible profondeur et
dans un angle solide limité. Dans le cadre de l’incorporation des actinides, la voie princi-
pale de contamination est l’inhalation, impliquant que la mesure n’est quasiment possible
qu’au niveau des poumons. C’est la raison pour laquelle on associera fréquemment
mesure basse énergie et mesure pulmonaire. Un exemple de système de mesure, celui du
LABM (Laboratoire d’analyses de biologie médicale) de Marcoule (AREVA/CEA) est
présenté sur la figure 5.7.
Figure 5.7. Système de détection pulmonaire du LABM de COGEMA Marcoule.
Le cas le plus difficile à cet égard est sans aucun doute celui de la mesure pulmonaire de
239Pu étant donné d’une part les faibles énergies (< 25 keV) et les faibles intensités des
raies X utilisées pour la détection et d’autre part les dimensions et la complexité du volume
à mesurer. Le tableau 5.4 rappelle les valeurs de AI20inhalation actuellement proposées
pour 239Pu, 241Am et 235U en se basant sur les données de la CIPR 78. Comme on le voit,
si pour 241Am et 235U, la limite de détection d’un système GeHP est bien inférieure aux
AI20inhalation, pour la mesure de 239Pu, c’est l’inverse qui se produit.
Étant donné la difficulté de mesure des actinides (Franck et al., 1997), des fantômes spéci-
fiques dédiés à la mesure pulmonaire ont été développés. Un exemple de ce type de
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 159
Tableau 5.4. Comparaison des AI20inhalation et des valeurs de limites de détection obtenues à l’aide
d’un système de détecteurs GeHP (cf. figure 5.7) pour quelques actinides.
Élément AI20inhalation (Bq) LD (Bq) du système GeHP, 30 min
235U (S) 3280 5-10
239Pu (S) 2410 3000-7 000
241Am (M) 741 5-10
fantôme (fantôme de Livermore, Griffith et al., 1978) est présenté sur la figure 5.8. Il est
beaucoup plus réaliste que le fantôme IGOR vu précédemment (Figure 5.7) étant donné
les absorptions dans les tissus extra-thoraciques. Dans ce but, différentes plaques extra-
thoraciques sont disponibles afin de représenter au mieux la morphologie thoracique de
la personne à mesurer. Il est équipé de poumons amovibles uniformément contaminés
permettant l’étalonnage avec différents radioéléments.
Figure 5.8. Fantôme de Livermore et plaques extra-thoraciques additionnelles.
5.3.4. Mesure de l’iode dans la thyroïde
La mesure de l’iode (produit de fission) représente une mesure particulière puisque l’iode
a une affinité pour la thyroïde ce qui implique une mesure spécifique et des fantômes
d’étalonnages adaptés. Pour cette raison, les systèmes de mesure sont plus petits et doivent
être plus maniables pour réaliser une mesure dans de bonnes conditions. La gamme
d’énergie s’étend de 27 keV (125I) à quelques centaines de keV (131I). Les détecteurs GeHP
sont de dimensions tout à fait adaptées (environ 50 mm de diamètre) à la taille de la
thyroïde, et assez larges pour fournir une efficacité suffisante dans l’ensemble de la gamme
d’énergie. Pour les systèmes légers installés dans les dispositifs transportables, les scintilla-
teurs NaI(Tl) sont également utilisés mais possèdent une moins bonne discrimination en
énergie que les systèmes germanium.
Les étalonnages des systèmes de détection nécessitent l’utilisation de fantômes reprodui-
sant le mieux possible la thyroïde et donnant des étalonnages reproductibles. Ceci est
particulièrement critique pour l’étalonnage de 125I dont les raies X de basses énergies sont
très sensibles à toute variation d’étalonnage. La plus importante incertitude dans la déter-
mination de l’activité réside dans la profondeur à laquelle se trouve la thyroïde sous la
peau qui n’est en général pas connue.
160 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Un système de mesure de la thyroïde ainsi qu’un fantôme assez réaliste est montré sur la
figure 5.9. Ce fantôme possède un cou constitué d’un matériau équivalent tissu dans lequel
s’insère une thyroïde creuse qui peut être remplie d’une solution d’un isotope choisi.
Figure 5.9. Exemple de système de mesure et fantôme associé pour la détection de l’iode
dans la thyroïde (photo de droite Lawrence Livermore National Laboratory).
À partir de ce système, les limites de détection et AI20inhalation sont présentées dans le
tableau 5.5 montrant une très bonne sensibilité de mesure.
Tableau 5.5. Comparaison des AI20inhalation et des valeurs de limites de détection obtenues à l’aide
d’un système de détecteurs GeHP pour quelques isotopes de l’iode.
Élément AI20inhalation (Bq) LD (Bq) du système GeHP, 10 min
125I (F) 2,7 × 106 1,4
129I (F) 0,4 × 106 4,5
131I (F) 1,8 × 106 3,7
5.3.5. Orientations futures
À partir des différentes techniques exposées précédemment, il apparaît clairement que les
progrès en anthroporadiamétrie doivent être réalisés suivant deux directions dans le
domaine des basses énergies : l’augmentation de la sensibilité de détection d’une part,
avec la recherche de nouveaux systèmes de détection et l’amélioration des étalonnages
d’autre part, avec le développement de la simulation à l’aide de fantômes numériques.
5.3.5.1. Amélioration de la sensibilité
Les différentes voies de recherche explorées actuellement comportent principalement :
– la production de cristaux de germanium de grand volume permettant le développement
de systèmes in vivo de plus grande surface ;
– la recherche de nouveaux semi-conducteurs fonctionnant à température ambiante.
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 161
L’utilisation de cryostats restant toujours un réel obstacle, la deuxième voie semble être la
plus prometteuse pour le futur de la mesure in vivo. La raison principale est que le recours
à une technologie à température ambiante présente l’avantage vis-à-vis du détecteur
germanium fonctionnant à température azote liquide de permettre une grande surface de
détection mieux ajustée aux géométries complexes du corps humain. Pour la mesure
spécifique du plutonium, un projet a été initié à l’IRSN pour développer un système
pulmonaire basé sur l’utilisation du silicium de haute résistivité, car seule la fabrication
des détecteurs de type silicium avec de grandes dimensions est bien maîtrisée au plan
industriel et offre des garanties suffisantes de fiabilité pour des applications en radiopro-
tection. Ce système devrait permettre un gain d’un facteur 2 sur la limite de détection pour
la mesure de 239Pu ce qui représente une avancée significative (de Carlan et al., 1998). Il
reste, néanmoins, que les difficultés techniques liées à la mise en œuvre de ces détecteurs
sont nombreuses.
5.3.5.2. Perspectives d’étalonnage numérique des installations
Comme il a été vu précédemment, bien que d’importants efforts aient été réalisés pour
rendre le plus réaliste possible les fantômes physiques utilisés pour l’étalonnage des
systèmes anthroporadiamétriques, ils ne représentent qu’une géométrie approximative et
généralement ne contiennent qu’une distribution uniforme des radioéléments dans les
tissus contaminés. De ce fait, des corrections significatives doivent être faites sur les
facteurs d’étalonnage afin d’obtenir les efficacités absolues applicables à un individu
donné. Si l’on considère la mesure in vivo des émetteurs X et γ basse énergie déposés dans
les poumons ou dans les plaies, ces corrections deviennent particulièrement cruciales et
pratiquement impossibles à évaluer dans le cas de contaminations inhomogènes.
Pour pallier ces limitations et ainsi permettre une meilleure estimation de la contamina-
tion, des efforts de recherche importants sur de nouvelles techniques d’étalonnage sont en
train d’être réalisées associant des fantômes numériques basés sur les données anatomi-
ques des personnes à mesurer et des codes de calcul Monte Carlo. Ces méthodes utilisent
des fantômes mathématiques voxellisés (de voxel, pour « volume element » ou volume
élémentaire) reconstruits à partir d’images numériques produites par tomodensitométrie
(CT ou scanner) ou par imagerie par résonance magnétique (IRM) associés à des codes de
Monte Carlo permettant le transport des particules. C’est ce qui a été réalisé à l’IRSN en
développant un outil appelé ŒDIPE (Outil d’Évaluation de la Dose Interne Personnalisée)
(Aubineau-Lanièce et al., 2004) qui permet à la fois la construction de fantômes numéri-
ques voxellisé spécifiques des personnes pour la simulation de la mesure anthroporadia-
métrique et à la fois des calculs de dose associés. Un exemple de réalisation d’un fantôme
numérique représentant le fantôme de Livermore et les détecteurs associés pour la mesure
pulmonaire est présenté sur la figure 5.10.
5.3.6. Cas particulier de la mesure des plaies contaminées
Après l’incorporation par inhalation représentée par le modèle pulmonaire et l’incorpora-
tion par ingestion qui se réfère au modèle de transfert gastro-intestinal, il existe encore un
autre mode de transfert de la radioactivité à l’intérieur du corps humain, il s’agit de l’incor-
poration par transfert cutané. Le transfert peut se faire par l’intermédiaire d’une plaie ou
simplement par passage du contaminant à travers les couches de la peau (eau tritiée). Ce
dernier mode de transfert cutané reste néanmoins assez rare car la peau est une barrière
efficace contre les substances radioactives.
162 Radioprotection et ingénierie nucléaire
Figure 5.10. Fantôme de Livermore voxellisé et système de mesure associé.
Ainsi, dans la majorité des cas, le risque de contamination sera lié soit à une blessure
causée par la mauvaise manipulation d’un objet coupant ou pointu (lame, pince, tour-
nevis…), soit à une brûlure (acide, feu). On se trouve alors devant un cas d’exposition
mixte puisqu’il combine une irradiation locale au niveau de la peau ou de la plaie et une
contamination générale du corps entier par l’intermédiaire du circuit vasculaire. De plus,
la contamination par blessure ou brûlure peut conduire à des activités incorporées impor-
tantes et donc à des doses efficaces engagées élevées.
L’évaluation dosimétrique consistera en premier lieu à identifier le ou les radiocontami-
nants s’il s’agit d’un mélange, ensuite à mesurer la quantité déposée, c’est-à-dire à mesurer
très précisément l’étendue de la surface contaminée en tenant compte de la localisation
anatomique et de l’hétérogénéité du dépôt, puis à estimer l’activité surfacique présente au
niveau de la plaie. Un exemple de moyen de mesure est donné sur la figure 5.11 (A) ainsi
qu’un fantôme d’étalonnage réalisé spécialement pour la mesure de plaies sur la
figure 5.11 (B).
Figure 5.11. Exemple d’appareillage utilisé pour la mesure de plaies (A) et de fantômes
d’étalonnages associés (B).
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 163
L’estimation dosimétrique des plaies reste cependant extrêmement difficile à réaliser étant
donné la variabilité de la position (étendue, profondeur, localisation), du type de plaie
(brûlure, coupure…) et de la méconnaissance de la biocinétique après incorporation.
5.4. Mesures « in vitro » : analyses
des radioéléments dans les excrétas
L’analyse des radioéléments dans les excrétas (urine ou selles), appelé également analyse
radiotoxicologique, est un des moyens mis en œuvre pour évaluer une contamination
interne. Les résultats de ces analyses permettent de remonter à l’activité initialement incor-
porée à l’aide des modèles biocinétiques. Les techniques de mesures utilisées pour ces
analyses dépendent du type de rayonnement émis par le radio-isotope. C’est pourquoi il
nous a semblé utile de rappeler dans un premier temps le principe de détection des rayon-
nements et les différentes familles de détecteurs qui en découlent. Ensuite, nous présente-
rons les techniques les plus couramment utilisées dans les LABM pour les analyses des
radioéléments dans les excrétas, en fonction du type de rayonnement émis (émetteurs γ, β
et α ).
5.4.1. Principe de détection des rayonnements
La détection des rayonnements repose sur les phénomènes mis en jeu lors de leur interac-
tion avec la matière traversée. Lorsqu’une particule traverse un certain volume, elle va
céder tout ou partie de son énergie sur sa trajectoire en provoquant :
– des ionisations par arrachements d’électrons, soit directement si les particules sont char-
gées, soit indirectement dans le cas d’émission de particules neutres ;
– des excitations par déplacement d’un électron vers une couche périphérique du cortège
électronique, suivies d’émissions de photons lumineux lors du retour de l’atome à son état
fondamental dans les détecteurs à scintillation ;
– des créations de charges positives et négatives mobiles (paire « électrons de conductions
trou ») dans les semi-conducteurs.
De ces trois modes d’interaction découlent donc trois grandes familles de détecteurs : les
détecteurs à ionisation gazeuse (chambre d’ionisation, compteurs proportionnels), les détec-
teurs à scintillation (scintillateurs ZnS, NaI, compteurs à scintillation liquide) et les détecteurs
à semi-conducteurs (silicium, germanium). Le principe est ensuite le même : le détecteur
convertit en impulsions électriques les électrons ou les photons créés par le rayonnement.
Nous allons voir l’utilisation pratique de ces détecteurs à travers des exemples d’analyse de
radioéléments dans les excrétas.
5.4.2. Analyse des émetteurs γ
Pour les émetteurs γ comme les produits de fission (137Cs, 131I) ou les produits d’activation
(60Co), une mesure directe par spectrométrie γ-X peut être réalisée sur les échantillons
urinaires. Les détecteurs utilisés sont les mêmes que pour l’anthroporadiamétrie. Le prin-
cipe est donc le même. L’identification des radio-isotopes est effectuée par la mesure des
énergies des pics d’absorption totale présents dans le spectre d’énergie. Cette méthode
repose sur un étalonnage en énergie de la chaîne de mesure, effectué préalablement au
164 Radioprotection et ingénierie nucléaire
moyen de sources contenant des radioéléments émettant des raies γ, couvrant le domaine
d’énergie étudié. De même, un étalonnage en efficacité est réalisé à l’aide de sources
étalon, le principe étant identique à celui utilisé pour les mesures in vivo (étalonnage avec
un fantôme). La géométrie de la source utilisée pour l’étalonnage est aisément reproduc-
tible et très proche de celle de la mesure réelle des échantillons. Les incertitudes de mesure
systématiques sont donc, contrairement à la mesure in vivo, pratiquement négligeables.
Le système de mesure est généralement constitué d’un château de plomb bas bruit permet-
tant de diminuer le bruit de fond et d’un détecteur germanium haute pureté (GeHP)
permettant d’obtenir une bonne résolution en énergie. Un exemple est donné sur la
figure 5.12.
Figure 5.12. Système de spectrométrie γ utilisé pour la mesure d’échantillons urinaires constitué
d’un détecteur germanium GeHP et d’une enceinte en plomb.
La mesure directe des émetteurs γ dans l’urine par spectrométrie γ permet d’atteindre des
limites de détection voisines de 1 Bq>L–1 pour 1 heure de comptage et une mesure sur
500 mL d’urine.
5.4.3. Analyse des émetteurs β
Les deux systèmes de comptage habituellement utilisés pour la détection des émetteurs β
dans l’urine sont les compteurs proportionnels et les compteurs à scintillation liquide.
5.4.3.1. Compteurs proportionnels
Les compteurs proportionnels à circulation de gaz sont particulièrement bien adaptés aux
mesures des activités β, la source pouvant être placée à l’intérieur du compteur (géométrie
4π) ou à l’extérieur (géométrie 2π) dans le cas d’un compteur à fenêtre mince.
Dans un compteur fonctionnant en régime proportionnel, certains électrons libérés lors de
l’ionisation des molécules de gaz par les particules incidentes vont provoquer à leur tour
une ionisation dite secondaire. Le nombre d’ionisation secondaire est proportionnel à la
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 165
haute tension appliquée. La quantité de charges électroniques collectées à l’anode reste
alors proportionnelle au nombre de paires d’ions crées par la particule β donc à son
énergie, mais elle est supérieure d’un facteur k à celle recueillie dans le même détecteur
utilisé en régime d’ionisation simple, ce qui permet une meilleure détection.
Les compteurs proportionnels sont utilisés par exemple pour la mesure de 90Sr dans l’urine
après un traitement chimique de l’échantillon.
5.4.3.2. Scintillation liquide β
Le comptage par scintillation liquide s’est imposé comme méthode de mesure des émet-
teurs β de faible activité et de basse énergie. La scintillation liquide consiste à mélanger
l’échantillon à analyser, par exemple l’urine, avec un liquide scintillant dans un flacon de
comptage. Les émetteurs β présents dans l’échantillon se trouvent donc en contact intime
avec le liquide scintillant. Les particules β qu’ils émettent peuvent céder leur énergie au
milieu scintillant, et ainsi exciter certaines molécules qui vont émettre lors de leur retour
à l’état fondamental des photons détectables au moyen de photodétecteurs.
Le comptage par scintillation liquide est par exemple utilisé pour la mesure du tritium dans
l’urine avec une limite de détection d’environ 60 Bq>L–1 pour 1 heure de comptage et une
prise d’échantillon de 2 mL d’urine.
Un exemple de système de comptage par scintillation liquide β est représenté sur la
figure 5.13.
Figure 5.13. Compteur à scintillation liquide (Tri-Carb 2900TR®).
5.4.4. Analyse des émetteurs α
Les techniques d’analyse des émetteurs α (actinides : 239Pu, 241Am, 238U, …) reposent
principalement sur la détection des particules α émises (techniques radiamétriques) mais
également pour certains radioéléments (uranium, plutonium) sur des mesures de masse
(techniques élémentaires).
166 Radioprotection et ingénierie nucléaire
5.4.4.1. Techniques radiamétriques
Parmi les techniques radiamétriques, les deux techniques les plus couramment utilisées
pour l’analyse des émetteurs α sont le comptage α et la spectrométrie α.
Comptage α
Deux techniques de comptage α sont utilisées, une basée sur l’emploi de compteurs
proportionnels à circulation de gaz (90 % argon + 10 % méthane), l’autre utilisant des
compteurs à scintillation (ZnS). Ces compteurs présentent l’avantage d’avoir de bonnes
efficacités de comptage (rendements de détection de l’ordre de 45 %), mais ils effectuent
un comptage du nombre de particules α émises pendant un temps donné sans déterminer
l’énergie de la particule incidente. Cette technique ne permet donc pas de déterminer la
nature du radioélément présent dans l’échantillon. Par ailleurs, en présence de plusieurs
isotopes d’un même radioélément, le comptage α donne une mesure globale de l’activité
dans l’échantillon.
Du fait de ces limites, le comptage α trouve son intérêt majeur lors d’incidents de conta-
mination par des émetteurs α. Cette mesure globale permet, en effet, de connaître rapide-
ment le niveau d’activité. Le comptage α permet d’atteindre des limites de détection de
l’ordre de 3 mBq>L–1 pour 1 jour de comptage.
Spectrométrie α
Contrairement aux compteurs α, les spectromètres α sont conçus pour trier les particules α
en fonction de leur énergie et permettent donc de réaliser une analyse isotopique de
l’échantillon. Cette technique présente cependant quelques contraintes dans le cas de
l’analyse de radioéléments dans les excrétas. Tout d’abord, les particules α étant très vite
arrêtées dans la matière, il est impossible de mesurer directement les émetteurs α présents
dans les excrétas (urines ou selles). La préparation d’une source en couche mince est indis-
pensable afin que l’atténuation énergétique des particules α soit la plus faible possible. Par
ailleurs, dans le cas d’un mélange de radioéléments dans l’échantillon (par exemple
présence d’uranium, de plutonium et d’américium), il est nécessaire de séparer les diffé-
rents radioéléments les uns des autres pour éviter les interférences en énergie des différents
pics de chaque isotope.
L’analyse des émetteurs α dans les excrétas requiert donc une purification radiochimique
des échantillons avant leur mesure par spectrométrie α. Les protocoles de purification
comportent les étapes principales suivantes : une minéralisation de l’échantillon (destruc-
tion de la matière organique), une concentration des radioéléments, une purification
chimique (séparation du reste de la matrice et séparation des différents radioéléments) et
la fabrication des sources en couche mince (par coprécipitation ou électrodéposition).
Quant à la mesure, les chambres à grille, basées sur la détection dans un mélange gazeux,
sont de plus en plus remplacées par des détecteurs semi-conducteurs en silicium (détec-
teurs à barrière de surface). Ces détecteurs sont simples d’emploi, l’échantillon est placé
en dessous du détecteur dans une chambre sous vide (Figure 5.14). Ils ont de très faibles
bruits de fond et de bonnes résolutions en énergie (de l’ordre de 40 keV pour les particules
α). La qualité de la séparation des différents pics dépendra essentiellement de la qualité
des échantillons soumis à la mesure.
En terme de temps d’analyse, le traitement radiochimique requiert deux à trois jours de
travail et la mesure par spectrométrie α nécessite trois jours supplémentaires pour mesurer
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 167
Figure 5.14. Chambre de mesure avec détecteurs semi-conducteurs en silicium.
des niveaux d’activité par isotope de l’ordre de 1 mBq>L–1 (niveau d’activité recherché
pour la surveillance systématique).
5.4.4.2. Techniques élémentaires
Contrairement aux techniques radiamétriques qui reposent sur la détection des
particules α, les techniques élémentaires, également appelées techniques pondérales,
mesurent le nombre d’atomes (ou la masse) de radioélément présent dans l’échantillon. En
règle générale, les techniques élémentaires sont des techniques de mesure rapides. Parmi
les différentes techniques élémentaires existantes, nous allons voir tout d’abord, à travers
l’exemple de l’analyse de l’uranium dans l’urine, deux techniques pondérales, la fluorimé-
trie et le KPA (Kinetic Phosphorescence Analysis), qui sont très souvent utilisées en paral-
lèle des techniques radiamétriques pour évaluer le risque chimiotoxique de l’uranium.
Ensuite, nous présenterons une autre technique élémentaire, la spectrométrie de masse
couplée à un plasma d’argon (ICP-MS), dont l’utilisation dans le domaine de l’analyse
radiotoxicologique est plus récente mais qui peut dans certains cas être une alternative à
la spectrométrie α.
Analyse de l’uranium par des techniques pondérales
L’analyse isotopique de l’uranium par spectrométrie α permet de déterminer l’activité de
l’uranium isotope par isotope et donc d’appréhender sa radiotoxicité en cas de contami-
nation. Cependant, l’uranium présente également une toxicité chimique du fait de ces
caractéristiques chimiques de métal lourd (Hengé-Napoli et al., 2001). Or, pour apprécier
ce risque chimiotoxique, une analyse pondérale de l’uranium est indispensable. Les deux
techniques pondérales les plus utilisées pour l’analyse de l’uranium sont la fluorimétrie et
le KPA. Ces techniques utilisent deux propriétés de l’uranium, la fluorescence et la phos-
porescence.
La fluorimétrie classique repose sur le fait que les sels d’uranium sont fluorescents suite à
une exposition aux rayonnements ultraviolets. Cette fluorescence est directement propor-
tionnelle à la quantité d’uranium présent dans l’échantillon. La fluorescence présente une
sensibilité considérable lorsque l’uranium est incorporé à du fluorure de sodium et du
168 Radioprotection et ingénierie nucléaire
carbonate de sodium. C’est pourquoi après évaporation de l’urine contenant les sels
d’uranyle, ceux-ci sont incorporés par fusion à du fluorure de sodium et du carbonate de
sodium. La limite de détection en uranium par fluorimétrie est d’environ 4 μg>L–1 (soit
100 mBq>L–1 pour de l’uranium naturel).
La technique KPA repose sur la phosphorescence de l’uranium. Dans certaines conditions,
un atome lourd comme l’uranium peut être excité avec passage d’un état singulet excité
vers un état triplet excité. La transition de retour vers l’état fondamental étant interdite, il
en résulte une émission d’un rayonnement faible de phosporescence pouvant durer des
heures au lieu de quelques nanosecondes pour la fluorescence. Le KPA mesure la phos-
phorescence d’un échantillon contenant de l’uranium après excitation par un laser pulsé
à colorant. Le nombre de photons détectés est proportionnel au nombre d’ions excités. La
mesure par KPA est réalisée en général sur des échantillons d’urine après minéralisation.
Les limites de détection obtenues pour l’uranium par KPA sont d’environ 1 μg>L–1 (soit
25 mBq>L–1 pour de l’uranium naturel).
Ces méthodes rapides permettent aisément un tri en cas d’accidents et/ou de suspicion de
contamination. De plus, les volumes de prise d’essai sont suffisamment faibles (inférieures
à 1 mL) pour que les analyses isotopiques par spectrométrie α puissent être démarrées en
même temps.
ICP-MS (Inductively Coupled Plasma - Mass Spectrometry)
L’ICP-MS utilise un plasma d’argon à couplage inductif comme source d’ions, couplé à un
spectromètre de masse qui permet de trier les ions en fonction de leur rapport
masse/charge (m/Z). Ce système permet la mesure rapide et simultanée de la plupart des
éléments du tableau périodique.
La figure 5.15 montre le schéma d’un ICP-MS dont le principe de fonctionnement est le
suivant.
Une pompe péristaltique permet le transport en continu de la solution à analyser vers le
nébuliseur, puis l’injection dans la chambre de nébulisation. Seule une fraction de
l’échantillon nébulisé (les plus fines gouttelettes) poursuit son parcours jusqu’à la torche à
plasma. À l’extrémité de la torche, une bobine d’induction permet de générer un plasma
d’argon, gaz vecteur, et de maintenir une température d’environ 8000 K au cœur de celui-
ci. Les éléments constitutifs de l’échantillon sont ainsi désolvatés, les molécules dissociées
et les atomes ionisés avant leur migration vers le spectromètre de masse. La mesure par
spectrométrie de masse nécessitant un vide poussé (10–6 mbar) et le plasma étant généré
à pression ambiante, un système à étage de pression est utilisé pour une transmission opti-
male des ions. Le spectromètre de masse peut être un quadripôle comme représenté sur le
schéma, ou bien un secteur magnétique ou encore la combinaison d’un secteur électros-
tatique et d’un secteur magnétique. Seuls les ions d’un rapport masse sur charge donné
auront un parcours stable et pourront être détectés. La mesure des ions ainsi sélectionnés
est réalisée grâce à un multiplicateur d’électrons en forme d’entonnoir.
L’ICP-MS étant bien adapté pour l’analyse d’échantillons liquides, la mesure des émetteurs
α peut être réalisée directement dans l’urine après dilution pour minimiser les effets de
matrice. Elle peut également être mise en œuvre après minéralisation de l’urine et concen-
tration des radioéléments afin d’abaisser les limites de détection (Baglan et al., 1999). La
mesure des émetteurs α dans les selles est quant à elle effectuée après calcination et redis-
solution des cendres et éventuellement concentration des radioéléments.
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 169
Figure 5.15. Schéma d’un ICP-MS.
Contrairement aux autres techniques élémentaires (fluorimétrie et KPA), la technique ICP-
MS permet en plus une analyse isotopique de l’échantillon, puisqu’elle donne une réponse
pour chaque unité de masse atomique. Ainsi, l’ICP-MS permet non seulement de mesurer
la concentration totale en uranium dans l’échantillon avec une limite de détection de
l’ordre de 5 ng>L–1 (soit 0,12 mBq>L–1 pour de l’uranium naturel et une dilution de l’urine
d’un facteur 20) mais également celle de ces isotopes (234U, 235U et 238U). Il est donc
possible de connaître la composition isotopique de l’uranium présent dans l’échantillon
(Baglan et al., 1999).
Comparée à la spectrométrie α, la technique ICP-MS présente plusieurs avantages. Tout
d’abord la mesure par ICP-MS représente un gain considérable en temps de comptage
(quelques minutes) comparé à la spectrométrie α (plusieurs heures à plusieurs jours en
fonction de la limite de détection recherchée). Par ailleurs, elle peut être mise en œuvre
directement sur des échantillons d’urine diluée. Enfin, alors que la spectrométrie α néces-
site la séparation de tous les différents radioéléments émetteurs α afin de limiter les inter-
férences spectrales en énergie, la mesure ICP-MS est moins exigeante puisqu’elle ne
requiert que la séparation des éléments de masse voisine (par exemple séparation
237Np/238U ou 238U/239Pu). Tous ces avantages peuvent être mis à profit pour l’analyse
170 Radioprotection et ingénierie nucléaire
des radioéléments émetteurs α dans le cadre de la surveillance des travailleurs, afin de
réduire le délai de réponse au médecin du travail. Pour les isotopes de période > 5 × 104 ans,
la technique ICP-MS représente une excellente alternative à la spectrométrie α puisqu’elle
permet d’atteindre des limites de détection comparables voire plus basses avec un temps
d’analyse beaucoup plus court (Bouvier-Capely et al., 2004). Ainsi l’ICP-MS est particuliè-
rement compétitif pour l’analyse de l’uranium dans les excrétas. Pour le plutonium, la
technique ICP-MS est complémentaire puisqu’elle permet de mesurer les isotopes 239 et
240, isotopes non séparables en spectrométrie α. En revanche, pour les isotopes de
période < 5 × 104 ans (238Pu, 241Am, 244Cm), elle ne permet pas d’atteindre des limites
de détection aussi basses qu’en spectrométrie α (0,2 mBq>L–1 pour 3 jours de comptage)
(Bouvier-Capely et al., 2004). Dans tous les cas, la mesure par ICP-MS ne nécessitant
qu’un très faible volume (1 mL), l’analyse par spectrométrie α peut être démarrée en paral-
lèle sur le reste de l’échantillon si nécessaire.
5.4.5. Conclusion
Les différentes techniques de mesure qui viennent d’être présentées sont utilisées dans le
cadre des contrôles de routine (surveillance systématique) mais également en cas d’inci-
dent ou de suspicion de contamination interne (surveillance post-incidentelle). Pour
chaque demande d’analyse de radioéléments dans les excrétas, le choix des techniques
mises en œuvre va dépendre des radioéléments à analyser, de la sensibilité recherchée et
du délai de réponse visé. Par conséquent, en fonction des cas, une ou plusieurs de ces
techniques seront utilisées sur un même échantillon.
5.5. Calcul de la dose
5.5.1. Principe
À l’inverse de la situation de la dosimétrie externe, il est, en général, impossible de
mesurer directement la dose due à une contamination interne. Afin de vérifier la confor-
mité des résultats de la surveillance du public ou des travailleurs avec la réglementation,
les mesures d’activité retenue ou excrétée doivent être interprétées en termes de dose
engagée, à l’aide des modèles décrivant la biocinétique des radioéléments et le transport
des radiations. En pratique, l’interprétation dosimétrique d’une mesure d’activité se
décompose en deux points : l’estimation de l’activité incorporée I qui s’obtient en divisant
la valeur d’activité M mesurée t jours après la contamination par la valeur m(t) de la fonc-
tion m de rétention ou d’excrétion ; puis le calcul de la dose E, efficace ou à un organe en
particulier, engagée sur 50 ans pour les adultes, ou jusqu’à l’âge de 70 ans pour les
enfants, en multipliant la valeur d’activité incorporée par le coefficient de dose par unité
incorporée ε (DPUI définie au paragraphe 5.1.1.1).
M
I ----------- EIε
m(t)
La fonction de rétention/excrétion et le coefficient de dose découlent d’un modèle dépen-
dant du sujet contaminé, du radio-isotope mesuré ainsi que des conditions d’exposition.
L’application par l’expert d’un modèle adapté à la situation réelle nécessite donc de fixer
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 171
différents paramètres décrivant ces trois éléments. Pour déterminer parfaitement l’activité
incorporée et la dose engagée, il faut connaître, par ordre approximatif de complexité :
– le ou les radio-isotopes contaminant(s) ;
– l’activité mesurée. Éventuellement la connaissance de la composition isotopique d’un
mélange contaminant peut permettre de déduire de la mesure d’activité d’un des isotopes
celle du reste du mélange ;
– la ou les dates de contamination. Elle peut avoir lieu en une ou plusieurs incorporations
aiguës ou durant une période d’incorporation chronique ;
– la voie de contamination parmi l’inhalation, l’ingestion, l’injection et la blessure, ou
l’association de plusieurs voies de contamination ;
– les caractéristiques physico-chimiques du contaminant : solubilité pulmonaire, intesti-
nale ou cutanée, diamètre et densité des particules composant un aérosol ;
– l’anatomie et la physiologie du sujet : vitesses d’absorption dans le sang, d’épuration
muco-ciliaire et d’excrétion, temps de rétention de la radioactivité dans les différents
organes, morphologie, densité et radiosensibilité des tissus. Ces caractéristiques dépen-
dent notamment de l’âge, du sexe et des antécédents médicaux.
5.5.2. Valeurs de référence et valeurs spécifiques
Cependant, la valeur exacte de tout ou partie de ces paramètres du calcul de dose est, en
général, inconnue et souvent difficile, voire impossible, à déterminer. Aussi, la CIPR
recommande d’utiliser des valeurs de référence des paramètres correspondant à une
moyenne des valeurs rapportées dans la littérature.
À défaut d’informations spécifiques, le sujet est donc représenté par l’homme de référence
décrit dans les publications CIPR 23 (ICRP, 1975) et 89 (ICRP, 2002) ; un travailleur est
supposé être actif 8 heures par jour à un débit respiratoire moyen de 1,2 m3>h–1 (ICRP,
1994a) ; la solubilité pulmonaire du contaminant est assimilée à l’un des trois types
d’absorption F (rapide), M (modérée) ou S (lente) (ICRP, 1994a) ; la solubilité intestinale
est déduite d’une valeur fixée de la fraction absorbée f1 (ICRP, 1979) ; la granulométrie des
particules composant un aérosol contaminant est modélisée par une distribution gaus-
sienne d’écart type 2,5 du diamètre des particules autour d’une valeur médiane en activité
(DAMA ou AMAD) de 5 μm pour les travailleurs exposés ou de 1 μm pour le public et sa
densité est fixée à 3 g>cm–3 (ICRP, 1994a) ; la contamination d’un travailleur exposé est
supposée avoir eu lieu au milieu de l’intervalle de surveillance (ICRP, 1998a).
En utilisant le paramétrage correspondant à l’homme, aux types d’absorption sanguine et
aux aérosols de référence, la CIPR a déduit des modèles décrits au paragraphe 5.1 des
fonctions prédisant la rétention des radioéléments dans un organe ou dans le corps entier,
chaque jour après la contamination, en Bq par Bq incorporé, ainsi que l’excrétion urinaire
ou fécale en Bq par jour et par Bq incorporé. Des valeurs précalculées de ces fonctions à
des temps choisis sont disponibles notamment dans la publication CIPR 78 (ICRP, 1998a),
dans un numéro spécial du journal Health Physics (Potter, 2002) et sur le site internet du
National Institute of Radiological Sciences japonais (Ishigure et al., 2003).
Par ailleurs, des modèles dosimétriques de référence ont été mis au point afin de quantifier
la dose moyenne absorbée dans un organe cible par désintégration d’un radionucléide
distribué de façon homogène dans un organe source. L’estimation de ces valeurs de dose
moyenne absorbée (également appelées SEE pour Specific Effective Energies) s’effectue à
172 Radioprotection et ingénierie nucléaire
l’aide de codes de calcul de type Monte Carlo simulant les dépôts d’énergie des particules
dans la matière, la position relative des organes étant modélisée à l’aide de fantômes
anthropomorphes définis de façon mathématique à partir de données morphologiques et
de densités moyennes. Une série de fantômes connus sous le nom de « fantômes ORNL »
a été développée pour représenter l’adulte, le nouveau-né, et les enfants de 1, 5, 10 et
15 ans. Ces fantômes sont basés sur la description de l’homme de référence et sur des
données anthropomorphiques de l’Oak Ridge National Laboratory (ORNL, États-Unis) qui
améliorent la définition de la tête, des seins, de la thyroïde, du cœur et d’autres tissus. Les
valeurs de SEE peuvent être obtenues à partir du logiciel SEECAL (ORNL).
À partir des fonctions de rétention et des modèles dosimétriques de référence, la CIPR a
calculé des coefficients de dose engagée en Sv par Bq incorporé, disponibles notamment
dans les publications CIPR 56 (ICRP, 1989), 67 (ICRP, 1993), 69 (ICRP, 1995a), 71 (ICRP,
1995b), 72 (ICRP, 1996) pour le public, dans les publications 68 (ICRP, 1994b) et 78
(ICRP, 1998b) pour les travailleurs, dans les deux cd-rom édités par la CIPR (ICRP, 1998b ;
ICRP, 1999), dans les International Basic Safety Standards for protection against ionizing
radiation and for the safety of radiation sources (BSS) de l’AIEA (IAEA, 1996) et dans la base
de donnée ECRIN de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN,
http://www.irsn.org/ecrin). Ces coefficients de dose sont entérinés par la législation fran-
çaise (arrêté du 1er septembre 2003).
Néanmoins, l’écart entre les paramètres de référence et la situation réelle peut entraîner
une erreur importante dans le calcul de la dose. Pour la réduire, l’expert est amené à
rechercher des informations spécifiques sur les conditions de la contamination étudiée et
à formuler des hypothèses sur la valeur des différents paramètres du calcul au vu de ces
informations et des mesures d’activité réalisées.
En pratique, le calcul de fonctions de rétention/excrétion et de coefficients de dose utili-
sant des paramètres non standard (AMAD autre que 1 ou 5 μm, type d’absorption intermé-
diaire entre F, M et S, modèle biocinétique différent de celui de la CIPR) nécessite
l’utilisation de logiciels spécialisés comme LUDEP (NRPB, Royaume-Uni), IMBA (NRPB,
UK), IMIE (RPI, Ukraine), MONDAL/MONDES (NIRS, Japon), MMK-01 (IBPh, Russie) et
CYCLOMOD/DECODIX (IRSN, France). Ces logiciels comportent de plus des bases de
données de fonctions et de coefficients de référence ainsi que des algorithmes pouvant
aider l’expert à optimiser le choix des paramètres compte tenu des mesures d’activités
réalisées. Concernant le modèle anatomique du corps humain, il est possible de réaliser
des fantômes à partir d’images médicales de cadavres ou de patients. Ces fantômes dits
« voxellisés » ou tomographiques sont plus réalistes que les fantômes définis à partir
d’équations mathématiques. Les images médicales, obtenues par imagerie tomodensito-
métrique ou imagerie par résonance magnétique, sont segmentées, c’est-à-dire qu’une
valeur de densité est assignée à chaque voxel constituant le fantôme. Un code de calcul
Monte Carlo dédié au transport des particules, tel que EGS, MCNP ou PENELOPE, permet
ensuite d’estimer les distributions de dose ou les valeurs de SEE.
5.5.3. Procédure d’interprétation dosimétrique
des mesures de surveillance
La « meilleure estimation » de la dose est obtenue en établissant le scénario de contamina-
tion (activité incorporée et conditions d’exposition) le plus vraisemblable compte tenu des
mesures réalisées, de l’erreur associée à chaque mesure et des informations disponibles
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 173
sur les conditions d’exposition. En termes mathématiques, il s’agit de minimiser le khi
carré, χ2, représentant l’écart entre les résultats de mesure observés et les prédictions du
modèle :
n 2
[ Mi I m ( ti ) ]
冱 --------------------------------------------
2
2
-
il i
I désigne l’activité incorporée, Mi le résultat de mesure au temps ti, m(ti) la prédiction du
modèle pour l’activité mesurée au temps ti et σi caractérise l’erreur associée à Mi. Cette
valeur σi influe de façon importante sur le résultat du calcul et est estimée à partir de la
connaissance des différentes sources d’erreur de mesure, en considérant que celles-ci
entraînent une dispersion normale d’écart type σi des données de mesures par rapport à la
valeur d’activité réelle. Une formule similaire est obtenue pour les logarithmes de ces
grandeurs si l’on fait plutôt l’hypothèse d’une dispersion log-normale des données de
mesure. L’étude de la propagation des erreurs de mesure et de paramétrage du modèle à
l’incertitude sur le résultat du calcul de dose dépasse le cadre de cet ouvrage et constitue
un domaine de recherche dont les statistiques bayésiennes et le calcul de Monte Carlo
permettent une approche opérationnelle.
En suivant ces principes généraux, le groupe d’experts européens du projet IDEAS (Doerfel
et al., 2003) propose une formalisation de la procédure du calcul de dose interne dont
nous reprenons ici les grandes lignes.
5.5.3.1. Surveillance de routine
Dans le cadre de la surveillance de routine, une mesure de l’activité retenue ou excrétée
est réalisée périodiquement à un intervalle T. Le résultat de la mesure M est comparé à une
valeur « critique » Mc (1), valeur théorique de mesure qui correspond dans les conditions
de référence à une dose efficace annuelle de 0,1 mSv engagée sur 50 ans suite aux incor-
porations de l’année en cours :
0, 1mSv m ( T 2 ) T
M c ( 1 ) ---------------------------------------------------
- ----------
ε 365
où m(T/2) est la fonction de rétention ou d’excrétion correspondant à l’activité mesurée au
temps T/2 et ε est le coefficient de dose efficace.
– Si M ≤ Mc (1) l’évaluation s’arrête et la valeur M est enregistrée.
– En revanche, si M ≥ Mc (1) la valeur d’activité nette N est déduite de M par soustraction
de la contribution à l’activité mesurée des incorporations précédentes P :
N=M–P
et comparée au facteur de dispersion σ, estimé à partir de la quantification précise des
erreurs de mesure ou de la connaissance par l’expérience de la dispersion, supposée
normale d’écart type σ, des données de mesures sur le site considéré.
– Si P/σ ≤ N ≤ P × σ, on considère qu’il n’est pas vraisemblable qu’une incorporation se
soit produite dans l’intervalle de surveillance. L’évaluation s’arrête et la valeur M est enre-
gistrée.
– Si N ≤ P/σ, la mesure est en désaccord avec les estimations des intervalles précédents.
La fiabilité de la mesure et les estimations de dose antérieures doivent être vérifiées.
174 Radioprotection et ingénierie nucléaire
– Si N ≥ P × σ, la survenue d’une incorporation significative est confirmée et la dose effi-
cace est calculée en utilisant les paramètres de référence :
N
E ⎛ ---------------------⎞ ε
⎝ m ( T 2 )⎠
– Si la dose efficace annuelle qui en résulte est inférieure à 1 mSv, l’évaluation s’arrête et
la valeur de dose est enregistrée.
– Si, au contraire, la dose efficace annuelle dépasse 1 mSv, une procédure spéciale
d’évaluation est nécessaire.
5.5.3.2. Surveillance spéciale
Dans le cadre de la surveillance spéciale ou si la dose efficace annuelle est susceptible de
dépasser 1 mSv, un nombre minimum de mesures, dépendant du radio-isotope et de la
période de contamination possible, devrait être réalisé et la voie d’incorporation devrait
être connue.
Une estimation de la dose est réalisée par la méthode du maximum de vraisemblance, en
utilisant les résultats des n mesures d’activité, leurs erreurs associées, les valeurs de para-
mètres spécifiques à la contamination étudiée lorsqu’elles ont pu être déterminées et les
valeurs de référence à défaut :
n
Mi m ( ti )
冱 ---------------------------
2
-
1 i
E i-------------------------------------- ε
n 2
m ( ti )
冱 --------------- 2
-
i1 i
Puis l’estimation est éventuellement reconduite en ajustant les valeurs de date(s) d’incor-
poration, d’AMAD, d’absorption pulmonaire (F, M, S ou un mélange des trois) et intesti-
nale (f1) tant que la comparaison par un test du χ2 des résultats des mesures avec les
prédictions du modèle ainsi paramétré n’est pas jugée acceptable (α < 0,01).
– Si la dose calculée est inférieure à 6 mSv, l’évaluation s’arrête et la valeur de dose est
enregistrée.
– En revanche, si la dose est supérieure à 6 mSv ou s’il s’avère impossible d’obtenir une
adéquation entre le modèle et les mesures d’activité, l’estimation est reprise en ajustant les
valeurs de l’ensemble des paramètres biocinétiques des modèles respiratoire, digestif puis
systémique tant que la comparaison des résultats des mesures avec les prédictions du
modèle n’est pas jugée acceptable (α < 0,05).
Dans les cas où il apparaît impossible d’ajuster le modèle de la CIPR aux mesures d’acti-
vité ou si la dose engagée est susceptible d’être très élevée, supérieure à quelques
centaines de mSv, des modèles biocinétiques et dosimétriques personnalisés doivent être
développés et appliqués. Il est possible de réaliser une dosimétrie personnalisée en créant
le fantôme propre au sujet et en associant ce fantôme personnalisé à un code de transport
des particules dans la matière grâce à un logiciel dédié.
5 - Dosimétrie et surveillance pour l’expostion interne 175
Références
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Partie II
INGÉNIERIE
DE LA RADIOPROTECTION
L’ingénierie de la
6 radioprotection :
généralités
Cheikh M’Backé Diop, Maurice Chiron,
Michel Boyard
Introduction
C’est au mois de janvier 1896 que le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen (1845-
1923) découvre, en étudiant les rayons cathodiques, un rayonnement invisible, inconnu
jusqu’alors et qu’il baptise pour cette raison rayons X. Il fait un certain nombre d’observa-
tions importantes : les rayons X impressionnent une plaque photographique, ils ionisent
l’air, ils traversent des épaisseurs relativement importantes de matière, l’absorption des
rayons X dépend de la masse atomique de l’élément traversé. Ces observations ont ouvert
la voie d’une part à l’étude de l’atténuation des rayonnements par la matière et d’autre part
à la radiologie (Segrè 1984).
Depuis, l’investigation scientifique instruite par l’homme a montré l’omniprésence des
rayonnements naturels dans son environnement : les rayonnements cosmiques constitués
de protons, de neutrons, de muons, d’électrons… et les rayonnements issus de la radioac-
tivité naturelle. L’écorce terrestre contient des radionucléides, comme l’uranium 238 et ses
descendants, dont la désintégration induit des rayonnements α, β, γ, etc. L’atmosphère,
siège de réactions nucléaires induites par les rayonnements cosmiques, comporte aussi
des noyaux radioactifs dont le plus célèbre est sans doute le carbone 14, émetteur β de
période 5730 ans, formé par la réaction : neutron + Azote 14 → Carbone 14 + proton et
utilisé pour la datation des échantillons archéologiques (d’origine organique) appartenant
au paléolithique supérieur et même au-delà (jusqu’à –70000 ans). Rappelons également
l’existence du réacteur nucléaire naturel d’Oklo, au Gabon, qui a fonctionné avant l’appa-
rition de l’homme sur Terre, il y a 2 milliards d’années (Naudet, 1991).
À côté de ces rayonnements naturels existent des sources de rayonnements produites par
l’homme dans des dispositifs très variés à vocation (Caillot, 2002) :
– expérimentale : accélérateurs de particules, réacteurs nucléaires de recherche, toka-
maks, lasers…
– médicale : appareils radiologiques, accélérateurs de protons pour le traitement des
cancers de l’œil…
– industrielle : réacteurs nucléaires producteurs d’électricité, irradiateur d’aliments et
stérilisation d’appareils médicaux…
Paul Bonet-Maury (1969) restitue dans son livre, La radioprotection, la prise de conscience
de la nécessité de l’étude systématique et rationnelle du risque induit par l’exposition aux
rayonnements :
180 Radioprotection et ingénierie nucléaire
« Bien que la nécessité d’une radioprotection ait été reconnue presque immédiatement
après la découverte des rayons X, il n’y avait aucune organisation professionnelle de radio-
protection avant celle de Health Physics (Physique de la santé), réalisée à l’Université de
Chicago peu de temps avant et après la mise en route du premier réacteur nucléaire, le
2 décembre 1942. Ce premier groupe de huit physiciens de la santé comprenait E. O.
Wollan, H. M. Parker, C. C. Gamertsfelder, K. Z. Morgan, J. C. Hart, R. R. Coveyou, O. G.
Landswerk et L. A. Pardue ; il fut réuni pour la première fois à Chicago, puis un peu plus
tard à Oak Ridge et Handford […]
Dès la réunion par A. H. Compton de ce nouveau groupe, la physique sanitaire a eu pour
objet l’étude et la pratique de la radioprotection […] La radioprotection était définie
comme l’étude des effets des radiations ionisantes sur l’homme et son milieu et la
recherche des moyens de l’en protéger, de façon qu’il puisse bénéficier pleinement des
applications des radiations ionisantes […] Si l’on jette un regard en arrière sur les deux
dernières décennies, il est évident que de grands progrès ont été faits dans de nombreuses
disciplines scientifiques intéressant la radioprotection et que physiciens, chimistes, ingé-
nieurs, biologistes, mathématiciens, géologues, écologistes, météorologistes travaillent en
commun pour faire progresser la radioprotection. »
La Protection ou Ingénierie de la radioprotection – Radiation Shielding en anglais – en tant
que discipline et métier, au sens où nous l’entendons ici, naît comme le nécessaire corol-
laire de la Radioprotection au sens de la première partie du présent ouvrage et de la
Neutronique (Core physics : Physique du cœur du réacteur nucléaire), pendant la Seconde
Guerre mondiale avec les recherches entreprises pour la mise au point du premier réacteur
atomique (« la pile de Fermi ») par l’équipe du physicien E. Fermi à Stagg Field à Chicago
(1942) et celle de la bombe atomique.
La Protection s’est progressivement constituée en une discipline à part entière tout en
gardant des liens étroits avec la Neutronique qui, elle, étudie de manière privilégiée le
comportement des neutrons dans le cœur d’un réacteur nucléaire.
À son développement dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale se
rattachent des figures marquantes comme Theodore Rockwell III et Everitt P. Blizard et
leurs collaborateurs aux États-Unis (Rockwell, 1956 ; Jaeger, 1968), John Butler et Alan
F. Avery en Angleterre (Avery et al., 1960 ; Butler et al., 1964 ; Sanders et al., 1991), Pierre
Lafore, Jean Rastoin, Christian Devillers et Jean-Claude Nimal en France au sein du CEA
(CEA, 1963 ; Pannetier, 1966 ; Rastoin, 1968 ; Devillers, 1977 ; Baur, 1985).
Tous les 4 à 5 ans elle fait l’objet d’une grande conférence internationale : l’ICRS, Interna-
tional Conference on Radiation Shielding, à laquelle sont présentés les progrès réalisés par
les méthodes et les logiciels de calcul ainsi que les études de protection novatrices.
D’autres conférences sont également le lieu de présentations de développements de
méthodes et d’études intéressant la Protection, parmi lesquelles Mathematics and Compu-
tations, Monte Carlo Conference, International Seminar on Monte Carlo Methods
(IMACS), les conférences et manifestations organisées par la SFRP et la SFEN, etc.
6.1. L’ingénierie de la radioprotection : objectifs
Considérons le cas d’un réacteur nucléaire. Les études de protection interviennent tout
autant dans les phases de conception du réacteur, de son exploitation et de son démantè-
lement. Elles intéressent tout le cycle du combustible nucléaire.
6 - L’ingénierie de la radioprotection : généralités 181
Parmi les grandeurs radiologiques importantes à prendre en compte on peut citer :
– Le débit de dose associé aux neutrons et aux γ qui se propagent dans l’enceinte et hors
de l’enceinte du réacteur. En effet, il faut déterminer les débits de doses auxquels le
personnel et le public sont respectivement exposés au cours du fonctionnement normal de
l’installation, d’interventions en des lieux spécifiques en situations incidentelle et/ou acci-
dentelle et s’assurer que ces débits de dose restent compatibles avec les valeurs maximales
admissibles.
– L’énergie déposée dans les structures de l’installation par les neutrons et les γ. La connais-
sance de cette énergie permet d’évaluer les dommages causés aux matériaux par les rayon-
nements, d’évaluer également la production de gaz, comme l’hydrogène et l’hélium,
formés par des réactions nucléaires et des processus radiolytiques.
– L’activité des fluides qui circulent dans les diverses canalisations du réacteur. Tel est le
cas de l’eau du circuit primaire, où la capture neutronique sur l’oxygène 16 produit de
l’azote 16 ; l’azote 16 est émetteur de deux γ : l’un d’énergie 6,13 MeV et le second de
7,11 MeV. Cette activation induit des débits de dose dont l’estimation est rendue néces-
saire en cas d’intervention. L’activation apparaît aussi dans les problèmes de contamina-
tion des circuits de fluides par la circulation et le dépôt de produits de corrosion.
– La puissance résiduelle dégagée par le combustible irradié. En effet, l’évacuation de la
puissance résiduelle, en régime normal et accidentel (la plage des « temps de
refroidissement » d’intérêt s’étend sur quelques jours), conditionne le dimensionnement
des circuits de refroidissement. Elle influe également sur les caractéristiques technologi-
ques du combustible et la gestion du combustible dans le cœur. Sur la gamme des temps
de refroidissement s’étendant jusqu’à quelques années, intervient le stockage en
piscine qui exige de ne pas dépasser une puissance admissible pour le cœur déchargé,
puis le transport du combustible en château soumis au respect d’une puissance maximale.
Dans l’aval du cycle, on cherche à déterminer la puissance résiduelle dégagée par les
déchets en rapport avec leur conditionnement et les conditions de stockage/entreposage ;
les temps de refroidissement vont alors de quelques mois à plusieurs millions d’années.
– La radiotoxicité des radionucléides produits dans l’ensemble du cycle du combustible
nécessitant d’établir un inventaire radiologique des objets irradiés.
Ainsi, plus généralement dans l’ensemble des opérations du cycle du combustible (« en
réacteur » et « hors réacteur » : fabrication, gestion dans le réacteur, stockage en piscine,
transport, retraitement, recyclage, entreposage, stockage géologique) toutes filières
considérées : REP, RNR, REB, UNGG, réacteurs expérimentaux, réacteurs avancés,
systèmes hybrides accélérateur/réacteur sous-critique se posent l’un ou plusieurs des
problèmes suivants :
– le contrôle des quantités de matières radioactives (établissement de bilans matière),
– l’évacuation de la puissance résiduelle,
– la protection contre les rayonnements (détermination du terme source),
– la détermination du niveau de contamination (radiotoxicité…).
Les études de protection ont donc pour but :
– de quantifier, à l’aide de méthodes de physique-mathématiques et de codes de calcul –
codes protection – des grandeurs macroscopiques pertinentes permettant d’évaluer l’effet
des rayonnements sur la matière organique et la matière inerte (les matériaux) et de
prendre les mesures appropriées éventuelles pour s’en protéger ;
182 Radioprotection et ingénierie nucléaire
– la conception et le dimensionnement de dispositifs permettant de ramener l’intensité des
rayonnements à un niveau n’affectant ni la santé des personnes, ni l’intégrité des maté-
riaux.
6.2. Types de particules et gamme d’énergie
Il est rappelé que les rayonnements sont répartis en différentes catégories :
– les particules directement ionisantes qui sont des particules chargées comme les élec-
trons, protons, particules α…
– les particules indirectement ionisantes qui sont des particules neutres dont les interac-
tions avec la matière donnent naissance à des particules ionisantes,
– les particules ionisantes qui regroupent les particules directement ionisantes et les parti-
cules indirectement ionisantes.
Dans le domaine des réacteurs nucléaires, les neutrons et les γ sont deux des principaux
types de rayonnements à considérer sous les aspects propagation et phénomènes radioac-
tifs induits par interaction avec la matière. La gamme d’énergie s’étend de 0 à 20 MeV pour
les neutrons, de 0 à 14 MeV pour les γ. S’agissant des particules chargées, notamment les
particules β (électrons et positons) et les particules α émises par les isotopes radioactifs du
combustible nucléaire, leurs énergies varient de 0 à 6 MeV environ.
Cependant le champ des études de protection dépasse le strict cadre des réacteurs
nucléaires et du cycle du combustible. On peut, en effet, y ajouter les domaines d’appli-
cation suivants : les machines à fusion thermonucléaire (confinement magnétique et iner-
tiel), les accélérateurs de particules, la conception de systèmes nucléaires complexes
comme les systèmes hybrides accélérateur/réacteur sous-critique, la médecine nucléaire,
le spatial, les dispositifs industriels divers comme les irradiateurs d’aliments etc. La figure
6.1 indique les régions d’énergie d’intérêt correspondantes relatives aux neutrons, aux
gamma, aux protons et aux électrons.
Figure 6.1. Domaine d’énergie couvert par les différentes particules ionisantes : neutrons, gamma,
protons, électrons, particules α, …
6.3. Gamme de temps
Quant à la gamme de temps à considérer (Figure 6.2), elle est très vaste puisqu’elle va de
10–23 seconde (temps caractéristique de réactions nucléaires directes) à plusieurs millions
d’années (radioactivité des radio-isotopes).
6 - L’ingénierie de la radioprotection : généralités 183
Figure 6.2. La gamme de temps à considérer en radioprotection.
En fonction de leur énergie et de leur nature, du milieu dans lequel elles se propagent, les
particules parcourent des distances variables dans la matière : de la fraction de centimètres
à quelques mètres pour les neutrons et les γ. De quelques micromètres à quelques centi-
mètres pour les particules chargées.
6.4. Grandeurs physiques d’intérêt
Parmi les grandeurs physiques d’intérêt associées à l’irradiation, deux d’entre elles sont
fondamentales car les autres en sont dérivées :
– le flux et/ou le courant de particules, qui caractérisent la population de particules en
propagation ;
– la concentration isotopique, qui représente le nombre de radionucléides d’une espèce
considérée présents à un instant donné.
Deux exemples de grandeurs dérivées sont respectivement le débit de dose, qui rend
compte des effets induits par les rayonnements dans la matière, et la radiotoxicité, qui rend
compte de la nocivité d’un radionucléide inhalé et/ou ingéré.
Le flux de particules et la concentration d’un radio-isotope sont gouvernés par deux équa-
tions portant respectivement les noms d’équation du transport, forme linéaire de l’équa-
tion de Boltzmann (physicien allemand, 1844-1906) et les équations d’évolution, formes
généralisées des équations de Bateman (mathématicien anglais, 1882-1946).
Pour déterminer ces grandeurs, la Protection ou l’Ingénierie de la radioprotection a recours
à l’ensemble des théories et données physiques qui caractérisent les rayonnements, aux
méthodes des mathématiques appliquées et à l’informatique. Elle s’approprie donc de
puissants moyens pour résoudre les équations régissant le comportement spatial, énergé-
tique et temporel des grandeurs physiques recherchées dans des configurations géométri-
ques et des modes de fonctionnement du dispositif étudié pouvant être fort complexes. Les
problèmes concrets qu’elle doit résoudre exigent d’elle tout à la fois une utilisation
maîtrisée des données physiques de base (sections efficaces, données de décroissance
radioactive…), des développements théoriques, des modélisations, l’élaboration de logi-
ciels de simulation spécifiques à son objet.
6.5. Exemples de grands domaines d’études
et classes de problèmes
Outre la caractérisation de l’ambiance dosimétrique au sein d’une installation nucléaire
et dans l’environnement, le dimensionnement des protections d’une installation
184 Radioprotection et ingénierie nucléaire
nucléaire, d’autres types de problèmes gouvernent les études de Protection, induites par
l’activité d’organismes de recherches, de compagnies industrielles, d’ingénieries,
d’installations médicales, etc. – en France : CEA, EDF, Framatome-Anp et Cogema du
groupe Areva, Andra, Technicatome… – opérant dans le domaine du nucléaire. Parmi
ceux-ci on peut citer :
– la durée de vie des réacteurs nucléaires de puissance et l’extension de cette durée de vie
(40 ans, 50 ans, 60 ans ?) qui requiert de déterminer la fluence des neutrons sur la cuve
(RGN 5, 1999 ; RGN 6, 1993) ;
– la déconstruction (démantèlement) des installations nucléaires (la filière UNGG par
exemple en France : Bugey 1, Chinon A2, Saint-Laurent A1 et A2, …) qui conduit à
imaginer des scénarios de démantèlement à partir de la connaissance de l’inventaire
radiologique des différentes structures au cours du temps (1 an, 10 ans, 50 ans 100 ans,
300 ans… après l’arrêt de l’installation) d’une part et de l’autre des débits de dose induits
par les rayonnements issus des processus radioactifs (RGN 3, 1998) ;
– la gestion des déchets radioactifs (loi de 1991) qui poussent à des inventaires isotopiques
et une caractérisation de la radiotoxicité correspondante toujours plus exhaustifs (Lefèvre,
1986 ; RGN 5, 1997 ; Clef CEA n° 46, 2002) ;
– la sûreté des installations et des dispositifs où interviennent des études de criticité et de
protection aux différentes étapes du cycle du combustible : fabrication/enrichissement,
fonctionnement, transport, retraitement, stockage (Libman, 1996) ;
– les installations de recherches et les projets industriels futurs (réacteurs générations III et
IV, tokamaks, fusion inertielle, accélérateurs, systèmes hybrides…) pour lesquels il faut
dimensionner des protections, estimer des échauffements et des dommages dans les struc-
tures, évaluer une ambiance dosimétrique, des contraintes radiologiques de manutention
et de maintenance, concevoir et interpréter des expériences (RGN 5, 1995 ; RGN 2,
1999 ; RGN 6, 2002 ; RGN 3, 2002).
Le tableau 6.1 synthétise ces exemples d’études de protection dont l’analyse permet de
dégager une classification et une typologie des problèmes à traiter.
Tableau 6.1. Exemples d’études de protection.
Installation Grandeurs physiques d’intérêt Finalité
REP, réacteurs expéri- Ambiance dosimétrique : calculs Accessibilté dans différentes zones
mentaux de DED* neutron et γ. de l’installation.
Dosimétrie : fluence neutronique, Durée de vie de la cuve et des inter-
dommages induits par les neutrons nes du réacteur.
dans les matériaux, échauffements γ. Dimensionnement des expériences
d’irradiation en réacteur.
Puissance résiduelle γ, β, α, sour- Détermination de la puissance du
ces de rayonnements γ, β, α, neu- réacteur. Dimensionnement des dis-
trons, émises par un combustible positifs pour évacuation de la chaleur
irradié. résiduelle (circuits de refroidisse-
ment, piscine…).
6 - L’ingénierie de la radioprotection : généralités 185
Tableau 6.1. Exemples d’études de protection. (...)
UNGG démantèle- Activation structures Contribution à l’élaboration de scé-
ment Radionucléides importants narios de déconstruction d’une ins-
Débit de dose γ tallation nucléaire. Études requises
pour entreprendre les différentes pha-
ses de la déconstruction. Classement
des structures irradiées en termes de
déchets.
Château de transport Source neutrons Dimensionnement d’un château de
combustible UOX et Source γ, échauffement transport.
MOX Débit de dose au contact
Débit de dose à 2 m
Colis de déchets Calculs d’activité Dimensionnement de colis de
radioactifs Calculs de DED déchets. Détermination de son con-
Échauffements γ tenu (spectrométrie γ, interrogation
neutronique…). Étude de la radiolyse
dans le conteneur ou la roche
d’accueil du site de stockage.
Tokamak Source de neutrons Tenue des matériaux à l’irradiation.
Énergie déposée dans les structu- Intégrité de la première paroi.
res. Conservation de l’état supraconduc-
Source de photoneutrons teur des aimants.
Calculs de DED neutrons et γ
Accessibilité dans les différentes
zones de l’installation. Opération de
maintenance.
Accélérateur de Source de neutrons Accessibilité dans les différentes
particules Activation des structures zones de l’installation. Opérations de
Dispositifs à Source γ de Bremsstrahlung maintenance. Tenue et durée de vie
spallation Source de photoneutrons de la cible de spallation.
Irradiateur Source γ Conservation des aliments, stérilisa-
Débit de dose tion de matériels médicaux
Médecine Dose neutron Traitement de cancers. Optimisation
Dose γ de la collimation des rayonnements
et de leurs spectres en énergie.
Traceurs radioactifs : activité Diagnostics médicaux.
Spatial Doses neutron, γ, particules char- Tenue des matériaux à l’irradiation.
Aviation gées Protection des astronautes.
Dépôts d’énergie
* DED : Débit d’Équivalent de Dose.
Comme le tableau ci-dessus le suggère, les modélisations et les outils de simulation de
systèmes physiques développés initialement dans le cadre du nucléaire de puissance,
l’expérience acquise dans les études précitées peuvent bénéficier à bien d’autres
domaines importants : celui de connaissance de la structure de la matière, du médical, du
spatial, des applications industrielles spécifiques, de l’archéologie…
186 Radioprotection et ingénierie nucléaire
On constate que la finalité des études de protection exige de résoudre deux grandes
classes de problèmes :
– la détermination du terme source de rayonnements qui revêt généralement deux aspects
essentiels :
– la détermination de la nature des radionucléides formés par les divers processus
nucléaires, leur concentrations, leurs masses et leurs activités,
– la détermination de la nature des rayonnements émis, leur caractérisation par une
distribution en espace, une distribution en énergie (spectre) et une distribution en angle
(isotropie ou anisotropie). On est conduit à faire la distinction entre sources de rayon-
nements instantanés émis lors d’une réaction nucléaire (γ de capture radiative, par
exemple) et sources de rayonnements différés dans le temps, associées à des processus
de désintégrations radioactives et donc obéissant à une loi d’évolution temporelle ;
– le transport ou propagation des rayonnements au point ou zone de calcul, les sources de
rayonnements étant connues. Plusieurs types de configurations sont mises en évidence :
– la propagation des rayonnements dans des milieux homogènes et/ou lamellaires :
ce sont des problèmes à atténuation pure,
– la propagation des rayonnements dans des milieux lacunaires c’est-à-dire compor-
tant des vides : ce sont des problèmes à fuite de rayonnements,
– la propagation des rayonnements dans des milieux hétérogènes ou cas des géomé-
tries complexes : ce sont des problèmes qui combinent les phénomènes d’atténuation
et de diffusion des rayonnements.
On peut d’ores et déjà retenir que trois principes fondamentaux permettent de limiter
l’exposition aux rayonnements :
– la distance : la quantité de rayonnements reçue par unité de surface est d’autant plus
réduite que la distance entre la source et le sujet/objet est grande,