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Cet article examine l'adoption d'outils de gestion, en particulier la comptabilité analytique, par les organisations non gouvernementales (ONG) dans la zone UEMOA. Initialement conçue pour les entreprises, la comptabilité analytique est désormais requise dans le secteur non marchand sous la pression des donateurs. L'article s'interroge sur l'adaptation possible de cet outil aux ONG et les conditions de son appropriation effective, en s'appuyant sur des travaux théoriques. Il présente les résultats d'une recherche empirique exploratoire sur le contexte et les défis, et propose l'adoption d'un modèle souple de comptabilité budgétaire analytique.

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Cet article examine l'adoption d'outils de gestion, en particulier la comptabilité analytique, par les organisations non gouvernementales (ONG) dans la zone UEMOA. Initialement conçue pour les entreprises, la comptabilité analytique est désormais requise dans le secteur non marchand sous la pression des donateurs. L'article s'interroge sur l'adaptation possible de cet outil aux ONG et les conditions de son appropriation effective, en s'appuyant sur des travaux théoriques. Il présente les résultats d'une recherche empirique exploratoire sur le contexte et les défis, et propose l'adoption d'un modèle souple de comptabilité budgétaire analytique.

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Sur la trajectoire appropriative de l'adoption d'une

comptabilité analytique (réellement) adaptée aux


organisations non gouvernementales dans la zone UEMOA
(Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) : enjeux
et perspectives !
Pingwende Nathanaiel Congo, Yacouba Traore
Dans Marché et organisations 2023/3 (n° 48), pages 75 à 88
Éditions L'Harmattan
ISSN 1953-6119
ISBN 9782336410920
DOI 10.3917/maorg.048.0075
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SUR LA TRAJECTOIRE APPROPRIATIVE DE L'ADOPTION
D'UNE COMPTABILITÉ ANALYTIQUE (RÉELLEMENT)
ADAPTÉE AUX ORGANISATIONS NON GOUVERNEMEN-
TALES DANS LA ZONE UEMOA (UNION ÉCONOMIQUE ET
MONÉTAIRE OUEST AFRICAINE) : ENJEUX ET
PERSPECTIVES !

Pingwende Nathanaiel CONGO


Docteur en Sciences de Gestion
Directeur Régional des finances Afrique de l'Ouest, pour l'ONG Muso health
[email protected]

Yacouba TRAORE
Expert-Comptable diplômé
Président de l’Ordre des Experts Comptables
et des Comptables Agréés du Burkina Faso (ONECCA-BF)
Président de la société d’expertise comptable ETY SAS
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RÉSUMÉ

Cet article s’intéresse à l’adoption des outils de gestion dans


les ONG d’une manière générale et de la comptabilité
analytique d’une manière spécifique. Conçue initialement
pour les entreprises de l’économie marchande, elle est
aujourd’hui requise dans l’économie non marchande sous la
pression des donateurs. Il s’agit alors de s’interroger sur les
possibilités d’adaptation de cet outil aux ONG et les
conditions d’une appropriation réussie de type « usage
effectif », en s’appuyant sur le corpus théorique lié à
l’appropriation des outils de gestion (De Vaujany, 2006). Cet
article s'appuyant sur une recherche empirique se concentre
sur une première phase d’analyse exploratoire, de
compréhension du contexte et des challenges. Révélant un
état des lieux de la pratique comptable assez inquiétante et au
regard des implications managériales y relatives, il propose
l’adoption par les ONG d’un modèle souple de comptabilité
analytique type Comptabilité Budgétaire Analytique (CBA).

75
Mots-clés : Organisation Non Gouvernementale (ONG),
Comptabilité Analytique, méthodes de calcul de cout,
Management, Comptabilité Budgétaire Analytique.

ABSTRACT
On the Appropriate Trajectory of the Adoption of
Adapted Cost Accounting for Non-Governmental
Organisations in the Uemoa (West Africa Economic
And Monetary Union): Issues and Prospects!

This article looks at the adoption of management tools in


NGOs in general and cost accounting in particular. Originally
designed for businesses in the market economy, it is now
required in the non-market economy under pressure from
donors. The question is then to examine the possibilities of
adapting this tool to NGOs and the conditions for successful
appropriation of the "effective usage" type, based on the
theoretical corpus linked to the appropriation of management
tools (De Vaujany, 2006). This article is based on empirical
research and focuses on the first phase of exploratory analysis,
understanding of the context and challenges. Revealing a
rather worrying state of affairs in accounting practice and in
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view of the related managerial implications, it proposes that
NGOs adopt a flexible analytical accounting model such as
Analytical Budget Accounting (ABA).

Keywords: Non-Governmental Organization (NGO),


Analytical Accounting, Costing allocation Methods,
Management, Analytical Budgetary Accounting.
JEL Codes: M40

1. INTRODUCTION SUR LES ONG EN CONTEXTE


SUBSAHARIEN

D’un point de vue purement factuel, l’Afrique subsaharienne est l’une


des zones dans le monde où il y a une forte densité d’Organisations Non
Gouvernementales (ONG). Le Burkina Faso, n’échappe pas à ce contexte
surtout avec l’émergence ces dernières années du phénomène « de la vie
chère ». Au Burkina Faso, il existerait 309 ONG selon les statistiques
gouvernementales en 2018. Mais selon Gregory (2010), il y aurait plus de
620 ONG au Burkina au début de l’année 2010. Par ailleurs, les ONG
auraient investi au Burkina Faso en 2021, 179.61 milliards de francs CFA
(environ 174 millions d’euro) (DGCOOP, 2022).

76
Ces chiffres illustrent l’importance du volume financier lié aux ONG
dans cette partie du monde. Pourtant, selon des publications académiques
récentes, les travaux en management sur l’Afrique ou en contexte africain
restent assez peu centrés sur les ONG, leur spécificité et leur impact,
malgré leur poids de plus en plus considérable (Zoogah, 2008 ; Seny Kan,
Apitsa, Adegbite, 2015 ; Walumbwa et al., 2011). Néanmoins, des voix
s’élèvent pour réclamer des techniques transparentes de mesure de la
performance et du partage des coûts communs dans les ONG. Nous
retrouvons logiquement, parmi ces voix, les partenaires bienfaiteurs de ces
ONG, à savoir les donateurs de fonds institutionnels à l’instar de l’USAID
(United States Agency for International Development) et de ECHO (service d'aide
humanitaire et de protection civile de la Commission européenne). Ces donateurs
demandent concrètement le déploiement des outils de gestion qui
permettraient plus de transparence, de professionnalisme et de
redevabilité dans la gestion des ONG, notamment celles bénéficiant de
leurs financements. Les préoccupations soulevées peuvent être formulées
ainsi : comment des charges communes et/ou indirectes des ONG de la
zone UEMOA, bénéficiant de plusieurs financements de donateurs, sont-
elles explicitement affectées à ces différents donateurs ? En d’autres
termes, quelle est la méthode de répartition utilisée ?
La réponse à ces questions est aisée à apporter dans les entités agissant
en économie marchande et pratiquant une comptabilité analytique (CA).
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Toutefois cette réponse devient délicate quand elle concerne des ONGs
dont la pratique, l’usage et le niveau d’appropriation de ces outils de
gestion en général et de la CA en particulier sont tout à fait insuffisants.
(Soldevila, Oliveras, 2001). Même si nous assistons ces deux dernières
années à un regain d’intérêt des normalisateurs régionaux – l’Organisation
pour l’harmonisation du Droit des Affaires en Afrique (OHADA) à
travers son projet de Système Comptable pour les Entités à but non
lucratif – et des normalisateurs internationaux à travers le projet
International Financial Reporting for Non Profit Organizations, à la
régulation de l’information financière dans le secteur des ONGs, il faut
noter que comme les autres outils de gestion, la CA est restée longtemps
l’apanage des organisations lucratives.
En outre, dans les organisations sociales, les résultats des opérations
sont des services rendus à des populations plutôt que des produits ou biens
tangibles dont on peut calculer le cout monétaire. Cela rend problématique
l’usage de la CA dans ces organisations, sans un processus préalable
d’adaptation.
Ces constatations et observations – issues de notre activité
professionnelle - et de la rareté des études académiques dédiées, nous
amènent à nous interroger sur le dépassement possible de
l’incongruence de la conception à l’usage des outils de gestion pour
des outils de gestion adaptés au contexte singulier des ONG et,
dans notre cas, la comptabilité analytique.

77
Un usage a minima et une appropriation adaptée de la CA pourraient
en effet contribuer au renforcement d’un signal de rigueur et de
transparence lié au pilotage des ONG. La question est bien celle 1) de leur
crédibilité auprès des donateurs 2) de leur attractivité et par voie de
conséquence 3) de leur impact ex post sur le développement. Cette
approche théorique impose d’appréhender la CA à travers une
compréhension conjointe et contingente de son appropriation par les
opérateurs en charge du contrôle de gestion.
Après avoir fait la revue de littérature autour des concepts clés, nous
présenterons les résultats et les causes possibles de la situation, puis nous
en déclinerons les implications managériales et les solutions possibles.

2. REVUE DE LITTÉRATURE AUTOUR DES CONCEPTS


D’ADOPTION ET D’APPROPRIATION

Pour aborder la question du dépassement possible de l’incongruence


de la conception à l’usage des outils de gestion pour des outils de gestion
adaptés au contexte singulier des ONG et dans notre cas, la CA, nous
mobilisons pour cette recherche, la théorie de l’appropriation des outils de
gestion (De Vaujany, 2006).
Selon De Vaujany (2006), l’appropriation d’un outil de gestion est un
processus dialectique récursif et continu, nécessitant un dépassement de
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la dichotomie conception-usage par des déformation, transformation et
réappropriation multiples (théorie appropriative type « mise en acte des
outils de gestion »). Espinasse et Dreveton (2021) schématisent le
processus d’appropriation en pré-appropriation, appropriation originelle,
routine 1, ré-appropriation, routine 2 et le cycle récursif continue. Ces
auteurs conviennent alors que l’appropriation est une alternance
conception/mise en œuvre continuelle jusqu’à ce que l’outil inadapté au
départ à un usage donné, atteigne une « valeur d’usage ou
d’appropriation » acceptable. Selon cette perspective « valeur
d’appropriation », c’est surtout la co-construction locale et chemin faisant
de l’outil de gestion qui compte. Sur cette base, nous formons la
proposition que l’appropriation d’un dispositif de type comptabilité
analytique par les ONG soit rendue possible par un processus dialectique
récursif et continu, nécessitant un dépassement de la dichotomie
conception-usage par des déformation, transformation et réappropriation
multiples.

3. MÉTHODOLOGIE QUALITATIVE SUR UNE DIZAINE


D’ONG

A travers une recherche qualitative menée sur des ONG au Burkina,


nous tentons de faire émerger une réalité oscillante entre une
appropriation d’usage d’une Comptabilité Budgétaire (CB) et une

78
appropriation « mise en acte » d’une Comptabilité Budgétaire Analytique
(CBA) dédiée. Comme le rappelle Boomer in Gannett et Brereton,
(2013), il s’agira « d’une enquête délibérée, et orientée vers les solutions ». Dans cette
optique, nous adoptons donc une approche méthodologique
essentiellement en deux étapes :
 Une première étape exploratoire consistant à faire l’état des lieux
de la pratique comptable des ONG et ses déterminants ainsi que
ses implications managériales
 Une deuxième étape permettant de construire l’outil de type CA
adaptée aux ONG en considérant les critères de cout de mise en
œuvre et de prolongement de l’existant.
Notre démarche méthodologique fut déployée entre 2017 et 2021 sur
les terrains du Burkina Faso et des pays voisins et elle mobilisa des outils
tels que des entretiens en face à face avec des praticiens de la comptabilité
des ONG (10) (cf. annexe numéro 1) et des experts de l'audit des ONG
(7), des observations non participatives au sein d'ONG, des actions
d’accompagnement au sein de l'ONG Save The Children dans le cadre
d'ateliers, de séminaires et de comité de pilotage et enfin, une large revue
documentaire et bibliographique.
Dans cette méthodologie, notre posture de praticiens-chercheurs nous
impose de pouvoir allier, à la fois, notre intervention/accompagnement à
l’impératif de faire abstraction des spécialités du cas que nous traitons.
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(Livian, Laurini, 2018). Cette difficile dualité peut paraître comme une
limite et, pour y palier, nous nous sommes intéressés à l’avis de
professionnels de la comptabilité. Nous avons donc tenté d’être exhaustifs
et de fait, notre population cible était constituée de toutes les ONG
présentes au Burkina Faso. Cependant, pour des contraintes de temps, de
ressources financières et matérielles, de difficultés de déplacements en
zone parfois dangereuses (i.e. dramatique insécurité dans la zone dite des
trois frontières) et pour certaines réticences d’ONG à fournir des
informations qualifiées de « sensibles ou confidentielles », nous avons
limité notre échantillon à une dizaine d’ONG et de professionnels de la
comptabilité, choisis selon les critères d’accessibilité et d’ouverture.

4. RÉSULTATS, IMPLICATIONS ET RECOMMANDATIONS


DE LA CBA

4.1. Etat des lieux de l’adoption de la comptabilité analytique dans


les ONG du Burkina Faso

Il nous est tout d’abord marquant de constater que Sept (07) ONG sur
dix (10) ne pratiquent pas de CA qu’il est possible de qualifier de
rigoureuse, que 10 % des ONG (une seule concrètement) ne pratiquerait
pas de comptabilité générale mais seulement une comptabilité de type
budgétaire. Par ailleurs, il est constaté une confusion entre la comptabilité

79
budgétaire largement pratiquée par les ONG à ce que serait une CA. Ces
constats sous-tendent des implications managériales fortes. Nous
aborderons toutefois quelques éléments pouvant expliquer une telle
situation pour le moins « non satisfaisante » ni pour l’ONG ni pour le/les
donateur(s) et les autres parties prenantes.

4.2. Les facteurs explicatifs de l’adoption marginale de la


comptabilité analytique dans les ONG au sud du Sahara

Un cadre règlementaire quasi-muet sur la comptabilité des ONG :


depuis le 1er janvier 2018 l’acte uniforme relatif au droit comptable et à
l’information financière, en son article 5, exclut les ONG du champ
d’application du système comptable OHADA (SYSCOHADA), pourtant
sensé constituer le référentiel de la comptabilité dans cette partie du
monde. Créant de fait, un vide juridique en cette matière pour ces entités.
Alors, si le droit comptable exclut, lui-même, les ONG, comment est-ce
que les outils et méthodes telles que la CA peuvent-ils être adéquats pour
ces entités ?
Des outils de gestion conçus à l’origine sous le prisme de
l’économie marchande :
Tout outil ou méthode de gestion se conçoit sur la base d’un substrat
technique qui représente son cadre conceptuel. Et comme précisé ci-haut,
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les référentiels comptables applicables dans cette partie du monde ont tout
au moins marginalisé cette question de la comptabilité des ONG sinon
l’ont exclue de leurs champs d’application. Cela se traduit par
l’inadaptation des outils de gestion au contexte des ONG (Congo, Bidan,
2018). A propos, Rouchon et al., (2006) confirme que l’on ne peut parler
d’appropriation sans les notions d’adaptation et de mise en adéquation de
l’outil à une utilisation déterminée. La méthode Activity Based Costing
(ABC), dans sa logique d’intégration de liens de causalité entre facteurs de
couts et objet de couts, se rapproche davantage de l’univers des ONG que
toute autre méthode. Cependant, son approche consistant à diviser
l’organisation en « activités » semble difficile à implanter dans un contexte
de double division à priori en projets et en départements fonctionnels. De
plus, son cout élevé de mise en œuvre paraît peu rationnel dans une
économie non marchande. Enfin, l’approche ABC reste ancrée dans une
approche de production telle que le stipule son postulat de base : les
produits consomment les activités et les activités consomment les
ressources (Congo, Bidan, 2018).
A ces deux facteurs, Diop (2018) conseille d’ajouter les motifs
managériaux pouvant expliquer la non adoption des méthodes de CA.
Selon lui, face à un problème technique et/ou managérial, l’organisation
est amenée à prendre une décision optimale. Contrairement aux adeptes
de la perspective rationaliste soutenant une parfaite rationalité
organisationnelle, les tenants de la perspective néo-rationaliste défendent

80
la thèse de la rationalité limitée dans la prise de décision organisationnelle.
La rationalité limitée veut que le choix d’une méthode de gestion ou la
prise d’une décision managériale se base davantage sur les routines
organisationnelles que sur l’analyse exhaustive et rationnelle de toutes les
options. Ainsi, Simon (1955) en mobilisant la rationalité limitée soutient
que ce choix ne peut être la meilleure décision, mais seulement la plus
satisfaisante, dans des circonstances, parmi plusieurs options possibles.
Ainsi, à l’instar de son étude sur les entreprises sénégalaises et l’adoption
de nouvelles méthodes de calcul des couts, la décision de non-adoption
d’une méthode de CA dans les ONG est une décision basée sur une
rationalité limitée fondée sur la prise en compte de facteurs
organisationnels et managériaux tels que : l’incertitude relative au
changement organisationnel ; le fait que la priorité managériale soit ailleurs
que sur la mise en œuvre de nouvelles méthodes de calcul de couts.

4.3. Les implications managériales

Selon une étude récente, il y aurait la possibilité d’une fausse


comptabilité dans les ONG et aussi un risque de rejet d’un quart au moins
des charges financières des ONG (Congo, Bidan, 2018) : 10 % des ONG
de notre échantillon ne pratiqueraient pas de comptabilité générale. Cela
ouvre grandement la possibilité à une double comptabilité au sein de ces
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organisations.
25 % en moyenne des charges des ONG risquent le rejet face à des
donateurs telles que l’Union Européenne (UE) ou l’Agence Américaine
pour le Développement International (USAID) : il ressort de notre étude
que les couts indirects ou couts communs partagés représenteraient en
moyenne 25 % des charges des ONG. C’est cette partie des couts qui est
fortement en jeu.
En effet, tous les grands donateurs de fonds des ONG, comme
l’USAID et l’UE à travers leurs différents fonds de financement du
développement, militent pour que les ONG aient des méthodes
transparentes et équitables de répartition de ces couts sur les différents
projets qui sont souvent financés par différents bailleurs au sein d’une
même ONG.
Parlant de l’éligibilité des couts, l’Union Européenne indique qu’ils
doivent être « …identifiables et vérifiables, et notamment sont inscrits dans la
comptabilité du (des) bénéficiaire (s) et déterminés conformément aux normes comptables
applicables du pays dans lequel le (s) bénéficiaire (s) sont établis et aux pratiques
habituelles du (des)bénéficiaire (s) en matière de comptabilité analytique », (annexe II
Conditions générales applicables aux contrats de subventions conclus dans
le cadre des actions extérieures de l’Union européenne).
Le gouvernement américain, lui, va plus loin. En effet, selon son Code
of Federal Regulations (code de régulations fédérales), « les couts conjoints (ou
couts communs partagés) sont calculés au prorata en utilisant une base qui mesure les

81
avantages fournis à chaque subvention fédérale ou autre activité. Les bases doivent être
établies conformément à des critères raisonnables, et être soutenues par des données
actuelles ». En termes pratiques, par exemple, l’affectation d’une partie des
coûts communs à une subvention A devrait se faire sur la base de critères
justifiant cela et non pas simplement parce que la subvention A dispose de
budget pour cela et la subvention B non.

4.4. L’impérative appropriation de la comptabilité analytique par les


ONG

En dépit des facteurs explicatifs de la non adoption de la CA dans la


plupart des ONG en Afrique au sud du Sahara, les implications
managériales viennent nous rappeler cette impérative appropriation des
outils de gestion en général et de la CA en particulier pour les ONG qui
voudront continuer d’exister (Congo, Bidan, 2018).
Ces auteurs fondent leur prédiction sur deux éléments principaux
d’analyse :
Primo, vu le poids économique de plus en plus important des ONG
dans ces pays, leur cadre règlementaire sera amélioré pour plus de
transparence dans leur gouvernance. Le temps où nos gouvernants
exigeaient des ONG seulement de la bonne volonté et un registre de
recettes-dépenses semble révolu !
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Secundo, les donateurs de ces ONG sont devenus exigeants avec des
procédures financières de plus en plus contraignantes.
Les ONG ont alors le choix de commencer dès maintenant une
appropriation en douceur selon leur propre agenda ou d’y être contraintes
dans les années ou les mois à venir ! La question résiduelle pourrait alors
se poser en ces termes : de quelle CA « pour les ONG » parle-t-on
vraiment ?

4.5. La Comptabilité Budgétaire Analytique pour les ONG (CBA)

Comme le montre les résultats de notre étude, plus de 70 % des ONG


enquêtées et autant de professionnels, affirment que les ONG pratiquent
une CA. Cependant, lorsque nous nous intéressons à la méthode de
répartition des couts indirects, nous constatons que seulement 10 %
utilisent des méthodes et outils consistants pouvant être assimilés à la CA.
Pour le reste, il s’agit d’une simple comptabilité budgétaire avec une
ventilation des charges indirectes selon la disponibilité budgétaire sur telle
ou telle autre subvention.
Considérant cet état de fait et vu l’inadéquation des méthodes
traditionnelles de CA d’avec le contexte des ONG, un travail
d’appropriation est nécessaire. En prenant en compte le contexte singulier
des ONG, des outils similaires déjà existants et de notre propre

82
expérience, nous proposons la comptabilité budgétaire analytique comme
alternative. Deux raisons principales nous conduisent à cette proposition :
 Minimisation du cout de mise en œuvre : l’avantage de la
comptabilité budgétaire analytique (CBA) est qu’elle est un
prolongement de la pratique actuelle des ONG. En effet, notre
enquête a révélé que la majorité des ONG pratiquent déjà une
comptabilité de type budgétaire. En outre, la CBA, dans sa mise
en œuvre, se repose sur l’existence d’une comptabilité budgétaire.
Sa mise en œuvre ne nécessiterait donc pas une refonte totale des
méthodes et outils comptables utilisés. Elle couterait donc moins
à ces structures que l’implémentation d’une méthode comme
l’ABC qui nécessiterait beaucoup d’investissement. Sachant aussi
que pour ces entités, le plus important c’est l’impact de leurs
actions sur les populations vulnérables et que l’utilisation de leurs
ressources devrait avoir cela comme finalité ultime.
 Recommandation du « full cost » : le Statement of Recommended
Practice applicable to charities (déclaration des pratiques
recommandées pour les organisations caritatives) conseille, en son
point 8.1, l’application de la méthode du cout pour la
détermination du cout de chaque activité. Il précise que le cout
complet est constitué des couts directs et couts partagés, incluant
les couts support engagés pour mener l’activité. Plus loin, en son
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point 8.8, il ajoute que les organisations doivent s’assurer que la
méthode d’allocation des couts est équitable, raisonnable et
permanente.
Par ailleurs, la CBA, schématisée dans la figure 1, s’inspire de modèles
de CA singuliers et empiriques, développés et testés à l’international par
des ONG comme Plan, Save the Children International et World Vision.
Elle part des principes de base suivants :
 À l’aide de la comptabilité budgétaire, les charges directes sont
imputées directement aux subventions ou projets concernés ;
 Les charges directes partagées ou charges indirectes sont
identifiées et regroupées, et ensuite affectées aux différentes
subventions selon des modes de répartition appropriés, connus et
constants.
Les avantages de cette méthode – outre une prise en main plus simple
et plus rapide en cohérence avec un niveau de compétence modeste type
technicien supérieur – sont la transparence, l’équité et la cohérence de
l’imputation des couts indirects à chaque subvention, la traçabilité, une
meilleure connaissance du cout de chaque type de projet, etc.

83
Figure 1. Modèle de comptabilité Budgétaire Analytique
pour les ONG
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Source : Congo (2021)

5. CONCLUSION

La comptabilité de façon générale, et la CA en particulier, sont des


outils de gestion qui semblent n’avoir pas conquis l’ensemble des acteurs
de développement de l’Afrique subsaharienne. Cette situation n’est certes
pas satisfaisante et peut expliquer le problème récurrent et actuel de rejets
par les donateurs des couts encourus par les ONG. Il est toutefois aisé de
souligner que la CA n’a pas été conçue à l’origine par et pour le secteur du
développement mais bien par et pour celui de l’économie marchande et
lucrative. Cette inadéquation entre la conception et l’usage de l’outil CA –
même si elle doit être dépassée pour faciliter le processus d’appropriation
(De Vaujany, 2006) – explique en partie la difficulté d’appropriation de ces
outils au sein du secteur des ONG déjà faiblement doté en compétences
comptables et financières (contrairement en compétences marketing et
communicationnelles par exemple).
Toutefois, ces dernières décennies, nous assistons à une forte
croissance des ONG, non seulement en nombre mais aussi en taille et en
impact. Leur contribution à l’économie n’est pas négligeable ; au Burkina
Faso, malgré des statistiques peu précises, elles seraient plus de deux cents
(200) sur le territoire national avec un impact économique positif total

84
avoisinant 36 % du budget annuel de l’Etat burkinabè. Dans le même
temps, un paradoxe subsiste. En effet, même si les ONG se sont beaucoup
développées ces dernières années, les règles comptables et les outils de
gestion analytique sont restés malheureusement sous l’emprise des
organisations de l’économie marchande, ce qui excluent de facto les ONG.
Une alternative serait donc d’accepter et de diffuser un niveau
supplémentaire dans la qualité, l’intégrité, la dynamique prévisionnelle et
la transparence de la comptabilité budgétaire – souvent assimilée à tort à
la comptabilité analytique – pour définir et instituer une comptabilité
budgétaire analytique réellement adaptée à ce secteur.
Cette proposition de CBA se base sur l’existant, c’est à dire la
comptabilité budgétaire qui est la pratique comptable la plus répandue
actuellement dans les ONG. Elle est inspirée aussi de quelques rares
modèles singuliers et empiriques déjà conçus et testés dans certaines
grandes ONG, dont elle est la consolidation conceptuelle afin de rendre
sa mise à l’échelle possible. La mise en œuvre de la CBA pourrait aussi être
favorisée par un environnement institutionnel et règlementaire encore
vierge où une grande liberté est accordée de facto aux ONG sur le plan
comptable, contrairement à leurs organisations sœurs de l’économie
marchande. Cette liberté pourrait être mise à profit pour diffuser et
s’approprier une CBA conforme aux exigences des donateurs. Mais au-
delà, il faut espérer que l’acte uniforme relatif au Système Comptable des
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Entités à But Non Lucratif (SYCEBNL) adopté en septembre 2022 à la
suite des travaux de l’atelier de validation de la Commission de
Normalisation Comptable de l’OHADA (CNC-OHADA) tenu à Abidjan,
République de Côte d’Ivoire, en novembre 2021, entre promptement en
vigueur de par sa publication au Journal Officiel, fournissant alors un cadre
juridique formel. Ledit référentiel, s’il ne supplée pas à l’absence de CA en
mettant en place une base juridique cohérente à la comptabilité des ONG,
servirait de socle stable et pertinemment partagé à son développement. En
attendant, la réalité est celle d’une pseudo-comptabilité budgétaire déjà
adoptée par la plupart des ONG et basée sur des pratiques comptables
recommandées (agissant ici comme substrat technique et comme une
« prescription ») pour les organisations caritatives, par les donateurs eux-
mêmes. Cette comptabilité, plus souple et plus ancrée mais tout autant
intègre et sincère, que nous convenons donc d’appeler Comptabilité
Budgétaire Analytique, peut se mettre en place rapidement à des couts
relativement acceptables car partant de l’existant d’une trajectoire
appropriative réellement adaptée – acceptation, usage, appropriation,
assimilation (Bidan, Trinquecotse, 2011) – et assumée dans la plupart des
ONG rencontrées. Elle mettrait à niveau toutes les ONG, réduirait les
risques de fraude et de double comptabilité et ferait entrer les ONG dans
une ère nouvelle, celle d’une évaluation des couts conforme à la réalité de
leurs activités. Si ce changement envisagé dans les pratiques comptables
des ONG est légitime, La CBA devra toutefois construire sa légitimité à

85
travers le processus de son appropriation dans chaque ONG.
(Dekli, 2021). Cette contingence dans l’appropriation des outils de gestion
est importante à considérer, car tout déploiement d’un outil dans des
contextes différents de celui dans lequel il a été conçu ne va pas de soi.
(Hertzog et al., 2022).

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87
ANNEXE 1-LISTE DES ONG
ONG AYANT PARTICIPÉ À
PRINCIPALES ONG EN NOTRE ÉTUDE AU
AFRIQUE DE L’OUEST
BURKINA
ACDI/VOCA Action Contre la Faim (ACF)
Action Contre la Faim (ACF) Association Evangélique d'Appui
au Développement (AEAD)
Catholic Relief Services (CRS) Bornfonden
Compassion International Compassion International
Croix Rouge Danish Refugees Concil (DRC)
Danish Refugees Concil (DRC) Diakonia
Educo Plan
Hellen Keller International Save the children international
Humanité et Inclusion Self Help Africa (SHA)
International Refugees Concil Terre des Homme (TDH)
(IRC)
Médecins Sans Frontière (MSF)
Mercy Corps
Oxfam
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Plan
Save the children international
Solidarité Internationale
Terre des Homme (TDH)
World Vision
Source : Auteurs

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