Introduction à la physique moderne
Introduction à la physique moderne
Claude Fabre
Charles Antoine
Nicolas Treps
Introduction à la physique
moderne : relativité
et physique quantique
Cours et exercices
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“fabre_72021” (Col. : Science Sup 17x24) — 2015/4/3 — 11:52 — page iv — #4
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© Dunod, 2015
ISBN 978-2-10-072021-7
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P RÉFACE
La physique moderne est née au début du siècle dernier, lorsque les conceptions sur
lesquelles était basée la connaissance du monde ont été bouleversées par quelques
observations apparemment disparates concernant la lumière. Celle-ci semblait bien
comprise et expliquée par les équations établies il y a cent cinquante ans par Maxwell,
considérées comme l’aboutissement triomphal de la physique classique. Et pourtant,
c’est en se posant des questions profondes sur la lumière, sa vitesse de propagation, la
nature de l’onde qui la constitue, et sur certains phénomènes lumineux devenus acces-
sibles à l’expérience – la distribution en fréquence de la lumière des corps chauffés,
les propriétés de l’effet photoélectrique, le caractère discret des spectres absorbés ou
émis par la matière – que les physiciens ont au début du xxe siècle complètement
révolutionné notre vision du monde. La relativité restreinte, en introduisant l’idée
que la vitesse de la lumière ne dépend pas de l’observateur et en admettant la vitesse
maximale de propagation de toute information, devait bouleverser notre conception
de l’espace et du temps, ainsi que notre vision de l’univers et de la cosmologie lors-
qu’elle fut étendue à la description des effets de gravitation dans le cadre de la re-
lativité générale. Par ailleurs, en montrant que la lumière était à la fois une onde et
un ensemble de particules (les photons), la théorie quantique nous introduisait dans
le monde étrange de la physique de l’infiniment petit, celui où les notions d’onde et
de corpuscules sont indissociablement mêlées, nous livrant les clés du monde micro-
scopique. Albert Einstein est au point de départ de ces deux révolutions puisque la
relativité restreinte et la physique quantique sont nées de deux articles qu’il a publiés
en 1905 – année miraculeuse pour la science – et qu’on lui doit aussi la théorie de la
relativité générale établie dix ans plus tard.
Fondamentale pour notre compréhension profonde de la nature, la physique quan-
tique est aussi à la base de toutes les technologies modernes omniprésentes dans
© Dunod. Toute reproduction non autorisée est un délit.
notre vie quotidienne. Sans physique quantique, il n’y aurait ni lasers, ni transistors,
ni ordinateurs, ni imagerie médicale par résonance magnétique. Dans certains cas, la
relativité joue également un rôle essentiel dans notre vie quotidienne. Par exemple, le
GPS, système de navigation universel qui nous permet de nous repérer par triangula-
tion n’importe où sur Terre avec une précision de quelques mètres, exploite à la fois
la physique quantique nécessaire à la compréhension du fonctionnement des horloges
atomiques, et la relativité, restreinte et générale, sans laquelle les mesures du temps
nécessaires aux opérations de triangulation seraient entachées de larges erreurs. Les
centrales nucléaires, sources d’énergie essentielle de notre monde contemporain, sont
un autre exemple de réalisations qui auraient été impossibles sans les connaissances
que nous ont apportées les théories de la relativité et de la physique quantique.
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Il est paradoxal que ces théories dont l’importance est capitale paraissent ésoté-
riques au public non spécialisé et soient encore considérées comme d’accès difficile
dans l’enseignement, au point que leur étude quantitative soit repoussée tardivement
dans le cursus des étudiants. Il est vrai que les concepts quantiques et relativistes
peuvent être déroutants car ils concernent des phénomènes à des échelles de vitesses
ou de distances inhabituelles à la perception de nos sens. Les mathématiques né-
cessaires à la compréhension de cette physique sont cependant relativement élémen-
taires, à la portée d’un élève des classes terminales scientifiques.
Les auteurs de ce livre ont trouvé la bonne façon d’expliquer comment ces
concepts sont nés, en présentant le caractère logique des déductions ayant amené
Einstein et ses collègues à la conclusion que les lois étranges de la relativité et du
monde quantique devaient s’imposer. Et ils ont su accompagner les idées physiques
du formalisme mathématique simple et rigoureux qui les traduit pour permettre le
calcul d’effets physiques fondamentaux. Par-là, ils révèlent aux étudiants et à un pu-
blic bien plus large la beauté de la théorie, initiant le lecteur à un monde dans lequel
les concepts dont il a parfois entendu parler de façon qualitative trouvent leur place
naturelle. La présentation en regard, dans un même volume, des deux révolutions qui
ont changé notre vision du monde est également une heureuse innovation par rapport
à la plupart des ouvrages qui séparent les deux questions. Il est en effet naturel de
parler du photon en introduisant des notions de relativité, ne serait-ce que parce que
la relation de Planck entre énergie et fréquence du quantum de lumière n’est, comme
Louis de Broglie l’a reconnu, que l’une des composantes d’une relation vectorielle
relativiste plus générale qui associe également, pour toute particule et pas seulement
le photon, l’impulsion à la longueur d’onde de l’onde associée.
En quelque deux cent cinquante pages illustrées de figures très parlantes et
émaillées d’encarts précisant des points importants sans couper le fil de la discus-
sion générale, les auteurs ont réalisé la gageure de couvrir un champ immense, en
équilibrant une approche théorique simple, la description d’expériences souvent très
récentes, et celle d’appareils ou de dispositifs de notre vie quotidienne. Ainsi, le
lecteur comprend le lien profond entre recherche fondamentale et innovation et la
nécessité de la première comme condition essentielle du développement de la se-
conde. En ces temps où cette complémentarité n’est pas toujours bien comprise, ce
livre joue ainsi un rôle d’éducation salutaire. J’ai également trouvé très positive la
démarche consistant à décrire de vraies expériences et non pas des expériences de
pensée pour analyser les concepts de base, et l’utilisation résolument moderne du
langage de la théorie de l’information pour parler des concepts essentiels de la re-
lativité et de la physique quantique. Tout à fait remarquable, enfin, est le point de
vue pris par les auteurs de décrire une science en évolution, ouverte, qui pose encore
de nombreuses questions non résolues dans les domaines de l’infiniment petit et de
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Préface
l’infiniment grand. Il est bon que tout étudiant s’intéressant à ces questions puisse se
les poser et qu’il ait entendu parler d’ondes de gravitation, de matière et d’énergie
noire. Au moins sur ces plans, il en sait presque autant que les auteurs du livre et les
maîtres qui lui enseignent la science connue. . . et cela peut l’inspirer en lui montrant
qu’il reste encore en physique des terres vierges à explorer.
Ce livre sera extrêmement utile aux étudiants comme première approche à la phy-
sique moderne, aux enseignants qui y puiseront beaucoup d’idées pédagogiques pour
leurs cours, ainsi qu’aux lecteurs curieux qui y trouveront une source d’information
très riche pour compléter leur culture scientifique. Claude Fabre, Charles Antoine
et Nicolas Treps y ont mis toute leur expérience d’enseignants de la physique et de
chercheurs passionnés par la découverte encore si riche du monde des atomes et des
photons. Spécialistes de la physique quantique, ils sont particulièrement bien placés
pour nous parler des révolutions que l’étude de la lumière a déclenchées il y a un peu
plus d’un siècle. . .
Serge Haroche
Collège de France,
Prix Nobel de Physique 2012
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Préface V
Avant-propos XIII
Introduction XV
PARTIE 1
R ELATIVITÉ
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PARTIE 2
M ÉCANIQUE QUANTIQUE
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Bibliographie 283
Index 285
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A VANT - PROPOS
Cet ouvrage est issu d’un cours enseigné en deuxième année de licence à l’Université
Pierre-et-Marie Curie Paris-Sorbonne Universités, ayant pour but d’initier les étu-
diants aux deux grands « piliers » de la physique actuelle que sont la relativité et la
physique quantique. Il présente, au niveau le plus élémentaire possible, les concepts
de base de ces deux théories et les illustre par de nombreux résultats expérimentaux
récents. Il cherche avant tout à introduire les idées et outils essentiels nécessaires à
la compréhension de ces domaines de la physique, en laissant volontairement de côté
certains détails techniques ou théoriques qui font l’objet d’enseignements ultérieurs.
Il vise également à permettre aux lecteurs d’accéder à des domaines de la physique
qui sont à l’origine de recherches extrêmement actives dans les laboratoires de phy-
sique du monde entier.
Il s’adresse donc à toutes les personnes désireuses de s’initier à la « physique mo-
derne », et de comprendre les bases et les enjeux de ses développements actuels :
en premier lieu les étudiants de licence de physique, mais aussi ceux de licence de
mathématique et de chimie, les étudiants des classes préparatoires et d’écoles d’in-
génieurs et ceux préparant les concours de recrutement de professeurs de physique et
chimie. Il sera certainement aussi très utile à tous les enseignants de physique dési-
reux de renforcer leurs connaissances dans des domaines qui sont maintenant abordés
à un niveau élémentaire dans les nouveaux programmes des lycées.
Les différents chapitres de ce manuel comportent des encarts qui ne sont pas in-
dispensables à la compréhension des sujets abordés lors d’une première lecture. Ils
permettent de les mettre en perspective ou bien détaillent certains calculs. Enfin, nous
proposons à la fin de l’ouvrage des exercices et problèmes qui permettront au lecteur
d’appliquer les concepts introduits et de les illustrer par des exemples. Les corrigés
détaillés sont téléchargeables sur la page dédiée à l’ouvrage sur [Link].
Remerciements
© Dunod. Toute reproduction non autorisée est un délit.
Les trois auteurs tiennent à remercier tout particulièrement leurs collègues - maîtres
de conférences, moniteurs et membres administratifs et techniques - qui ont participé
au bon déroulement et à la mise au point de cet enseignement : J. Arlandis, M. Bertin,
J. Beugnon, D. Brouri, T. Blanchard, C. Claveau, L. Delbes, J.-P. Ferreira, P. Fleury,
R. Geiger, J. Joseph, A. Penin, M.-B. Povie, C. Sajus, T. Rybarczyk... et évidemment
les étudiants dont les nombreuses questions ont contribué à faire évoluer cet enseigne-
ment, en particulier N. Proust et F. Bonnet pour leur relecture attentive du manuscrit.
Nos remerciements vont aussi à nos maîtres qui nous ont enseigné et fait aimer cette
physique que nous enseignons à notre tour : J.-L. Basdevant, C. Cohen-Tannoudji,
A. Messiah, P. Tourrenc, J. Dalibard, B. Linet, L. Nottale, D. Hirondel... et tout par-
ticulièrement S. Haroche qui a bien voulu écrire une préface pour cet ouvrage.
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I NTRODUCTION
nomènes expliqués par l’ancienne théorie. Ils permettent aussi de prédire des phéno-
mènes nouveaux, et d’élaborer de nouvelles technologies.
Le début du XXe siècle a été le théâtre pratiquement simultané de deux de ces révo-
lutions. On donne le nom de « théorie de la relativité » et de « mécanique quantique »
aux deux nouveaux cadres conceptuels mis en place à l’issue de ces révolutions. Ces
deux théories ont connu un immense succès, car elles ont permis de rendre compte
avec une extrême précision de la quasi-totalité des phénomènes physiques connus.
Au moment où nous écrivons ces lignes, certains phénomènes restent inexpliqués et
font l’objet de recherches intenses, comme la supraconductivité à haute température
ou la vitesse de rotation des galaxies. L’explication de ces phénomènes est cherchée
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en général dans le cadre de l’une ou l’autre de ces deux théories. Certains cherchent
de nouveaux cadres conceptuels. Mais, à notre connaissance, aucune observation ex-
périmentale indiscutablement admise par la communauté des physiciens n’est actuel-
lement en contradiction avec les prédictions de ces théories. Cette affirmation ne sera
peut-être plus vraie demain, ou dans un siècle...
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Partie 1
Relativité
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E SPACE ,
TEMPS
ET MOUVEMENT
EN PHYSIQUE
Les lois régissant le mouvement des corps ont été pendant longtemps basées sur
des « évidences » : le temps était « absolu », ou universel : il s’écoulait partout de
la même manière. Les distances entre différents points d’un solide avaient aussi un
caractère absolu, au point de pouvoir servir d’étalon de définition du mètre. Une
force appliquée pendant un temps suffisamment long était susceptible, pensait-on,
d’accélérer sans limite un corps matériel. La masse d’un corps était aussi considérée
comme une caractéristique absolue.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il paraissait impensable qu’il en fût autrement. Nous
savons maintenant que ces « évidences » étaient des erreurs, et que le temps, l’espace
et le mouvement sont en fait des concepts plus subtils : le « tic-tac » d’une horloge
n’est pas le même si on le mesure sur une horloge au repos ou en mouvement par
rapport à l’observateur. Il en est de même pour le « mètre étalon », dont la longueur
n’a pas la même valeur selon qu’il se déplace ou non par rapport à l’appareil de
mesure. Nous savons aussi qu’il existe une vitesse limite, celle de la lumière, pour le
mouvement de n’importe quel objet matériel. Enfin, la masse d’un corps peut varier
et se transformer en énergie utilisable.
Cette mise à mal de nos certitudes est venue paradoxalement d’interrogations sur
une autre partie de la physique, l’électromagnétisme, qui inclut l’étude des phéno-
mènes lumineux : l’article d’Einstein considéré comme fondateur de la théorie de
la relativité a pour titre « Sur l’électrodynamique des corps en mouvement ». Il pro-
© Dunod. Toute reproduction non autorisée est un délit.
pose comme point de départ une nouvelle « évidence », contraire à l’intuition mais
indispensable pour la cohérence d’ensemble des lois expliquant les phénomènes phy-
siques : l’existence d’une quantité absolue d’un autre type, la vitesse de propagation
de la lumière dans le vide, qui ne dépend pas de l’état de mouvement de l’objet qui
lui donne naissance. L’unité de longueur est maintenant liée à ce nouveau point de
vue : elle est en effet définie comme la distance parcourue par la lumière pendant un
intervalle de temps bien défini.
Au début du XXe siècle, ce renversement des évidences est apparu plus conceptuel
que pratique, car il impliquait des comportements vraiment nouveaux uniquement
pour les objets physiques se déplaçant à une très grande vitesse par rapport à nos
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Figure I.2 – Vue aérienne du Large Hadron Collider situé à la frontière franco-suisse :
avec schéma des différents accélérateurs et détecteurs de particules enterrés.
Le cercle indique l’emplacement où circulent les particules, qui est enterré à une
profondeur de 100 m.
(source : [Link]
of-nature/)
Figure I.3 – Événement typique, obtenu au LHC, sur lequel on a pu mettre en évidence
la présence éphémère du mystérieux « boson de Higgs ».
(source : CERN : [Link]
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M ÉCANIQUE CLASSIQUE
ET CHANGEMENT
1
DE RÉFÉRENTIEL
GALILÉEN
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