Scorbut : Retour d'une Maladie?
Scorbut : Retour d'une Maladie?
Guillaume Sentenac
ANNEE 2016 N°
Par
SENTENAC Guillaume
I - MEDECINE
(surnombre)
Mr Guy BONMARCHAND (surnombre) HCN Réanimation médicale
Mr Olivier BOYER UFR Immunologie
Mr François CARON HCN Maladies infectieuses et tropicales
Mr Philippe CHASSAGNE HCN Médecine interne (gériatrie)
Mr Vincent COMPERE HCN Anesthésiologie et réanimation chirurgicale
1
Mr Antoine CUVELIER HB Pneumologie
Mr Pierre CZERNICHOW HCH Epidémiologie, économie de la santé
Mr Jean-Nicolas DACHER HCN Radiologie et imagerie médicale
Mr Stéfan DARMONI HCN Informatique médicale et techniques de communication
Mr Pierre DECHELOTTE HCN Nutrition
Mme Danièle DEHESDIN (surnombre) HCN Oto-rhino-laryngologie
Mr Frédéric DI FIORE CB Cancérologie
Mr Fabien DOGUET HCN Chirurgie Cardio Vasculaire
Mr Jean DOUCET SJ Thérapeutique - Médecine interne et gériatrie
Mr Bernard DUBRAY CB Radiothérapie
Mr Philippe DUCROTTE HCN Hépato-gastro-entérologie
Mr Frank DUJARDIN HCN Chirurgie orthopédique - Traumatologique
Mr Fabrice DUPARC HCN Anatomie - Chirurgie orthopédique et traumatologique
Mr Eric DURAND HCN Cardiologie
Mr Bertrand DUREUIL HCN Anesthésiologie et réanimation chirurgicale
Mme Hélène ELTCHANINOFF HCN Cardiologie
Mr Thierry FREBOURG UFR Génétique
Mr Pierre FREGER HCN Anatomie - Neurochirurgie
Mr Jean François GEHANNO HCN Médecine et santé au travail
Mr Emmanuel GERARDIN HCN Imagerie médicale
Mme Priscille GERARDIN HCN Pédopsychiatrie
Mr Michel GODIN (surnombre) HB Néphrologie
M. Guillaume GOURCEROL HCN Physiologie
Mr Philippe GRISE (surnombre) HCN Urologie
Mr Dominique GUERROT HCN Néphrologie
Mr Olivier GUILLIN HCN Psychiatrie Adultes
Mr Didier HANNEQUIN HCN Neurologie
Mr Fabrice JARDIN CB Hématologie
Mr Luc-Marie JOLY HCN Médecine d’urgence
Mr Pascal JOLY HCN Dermato - Vénéréologie
Mme Annie LAQUERRIERE HCN Anatomie et cytologie pathologiques
Mr Vincent LAUDENBACH HCN Anesthésie et réanimation chirurgicale
Mr Joël LECHEVALLIER HCN Chirurgie infantile
Mr Hervé LEFEBVRE HB Endocrinologie et maladies métaboliques
2
Mr Thierry LEQUERRE HB Rhumatologie
Mr Eric LEREBOURS HCN Nutrition
Mme Anne-Marie LEROI HCN Physiologie
Mr Hervé LEVESQUE HB Médecine interne
Mme Agnès LIARD-ZMUDA HCN Chirurgie Infantile
Mr Pierre Yves LITZLER HCN Chirurgie cardiaque
Mr Bertrand MACE HCN Histologie, embryologie, cytogénétique
M. David MALTETE HCN Neurologie
Mr Christophe MARGUET HCN Pédiatrie
Mme Isabelle MARIE HB Médecine interne
Mr Jean-Paul MARIE HCN Oto-rhino-laryngologie
Mr Loïc MARPEAU HCN Gynécologie - Obstétrique
Mr Stéphane MARRET HCN Pédiatrie
Mme Véronique MERLE HCN Epidémiologie
Mr Pierre MICHEL HCN Hépato-gastro-entérologie
Mr Jean-François MUIR HB Pneumologie
Mr Marc MURAINE HCN Ophtalmologie
Mr Philippe MUSETTE HCN Dermatologie - Vénéréologie
Mr Christophe PEILLON HCN Chirurgie générale
Mr Christian PFISTER HCN Urologie
Mr Jean-Christophe PLANTIER HCN Bactériologie - Virologie
Mr Didier PLISSONNIER HCN Chirurgie vasculaire
Mr Gaëtan PREVOST HCN Endocrinologie
Mr Bernard PROUST HCN Médecine légale
Mme Nathalie RIVES HCN Biologie du développement et de la reproduction
Mr Jean-Christophe RICHARD (détachement) HCN Réanimation médicale - Médecine
d’urgence
Mr Vincent RICHARD UFR Pharmacologie
Mr Horace ROMAN HCN Gynécologie - Obstétrique
Mr Jean-Christophe SABOURIN HCN Anatomie - Pathologie
Mr Guillaume SAVOYE HCN Hépato-gastrologie
Mme Céline SAVOYE–COLLET HCN Imagerie médicale
Mme Pascale SCHNEIDER HCN Pédiatrie
Mr Michel SCOTTE HCN Chirurgie digestive
3
Mme Fabienne TAMION HCN Réanimation médicale
Mr Luc THIBERVILLE HCN Pneumologie
Mr Christian THUILLEZ HB Pharmacologie
Mr Hervé TILLY CB Hématologie et transfusion
Mr Olivier TROST HCN Chirurgie Maxillo Faciale
Mr Jean-Jacques TUECH HCN Chirurgie digestive
Mr Jean-Pierre VANNIER HCN Pédiatrie génétique
Mr Benoît VEBER HCN Anesthésiologie - Réanimation chirurgicale
Mr Pierre VERA CB Biophysique et traitement de l’image
Mr Eric VERIN CRMPR Médecine physique et de réadaptation
Mr Eric VERSPYCK HCN Gynécologie obstétrique
Mr Olivier VITTECOQ HB Rhumatologie
Mr Jacques WEBER HCN Physiologie
4
Mme Muriel QUILLARD HCN Biochimie et biologie moléculaire
Mr Mathieu SALAUN HCN Pneumologie
Mme Pascale SAUGIER-VEBER HCN Génétique
Mme Anne-Claire TOBENAS-DUJARDIN HCN Anatomie
5
II - PHARMACIE
PROFESSEURS
MAITRES DE CONFERENCES
6
Mme Isabelle DUBUC Pharmacologie
Mr Abdelhakim ELOMRI Pharmacognosie
Mr François ESTOUR Chimie Organique
Mr Gilles GARGALA (MCU-PH) Parasitologie
Mme Najla GHARBI Chimie analytique
Mme Marie-Laure GROULT Botanique
Mr Hervé HUE Biophysique et mathématiques
Mme Laetitia LE GOFF Parasitologie - Immunologie
Mme Hong LU Biologie
Mme Sabine MENAGER Chimie organique
Mr Mohamed SKIBA Pharmacie galénique
Mme Malika SKIBA Pharmacie galénique
Mme Christine THARASSE Chimie thérapeutique
Mr Frédéric ZIEGLER Biochimie
PROFESSEURS ASSOCIES
Mme Cécile GUERARD-DETUNCQ Pharmacie officinale
Mr Jean-François HOUIVET Pharmacie officinale
PROFESSEUR CERTIFIE
Mme Mathilde GUERIN Anglais
ASSISTANT HOSPITALO-UNIVERSITAIRE
Mr Jérémie MARTINET Immunologie
7
LISTE DES RESPONSABLES DES DISCIPLINES PHARMACEUTIQUES
8
III – MEDECINE GENERALE
9
ENSEIGNANTS MONO-APPARTENANTS
PROFESSEURS
MAITRES DE CONFERENCES
10
Par délibération en date du 3 mars 1967, la faculté a arrêté que les
opinions émises dans les dissertations qui lui seront présentées doivent
être considérées comme propres à leurs auteurs et qu’elle n’entend leur
donner aucune approbation ni improbation.
11
Remerciements
Un grand merci pour m’avoir guidé et aidé avec mon travail de thèse. La mise en
autonomie du jeune interne que j’étais lors de mon passage dans le service m’a
permis de prendre confiance en moi.
12
A Monsieur le Docteur Alain Berthelot pour m’avoir accueilli à Yvetot et donné
envie d’y travailler.
Aux médecins que j’ai croisés durant ma formation et qui ont sut me communiquer
la passion de notre métier.
13
A l’équipe du service de Médecine Interne de Dieppe pour votre aide dans la
réalisation de ce travail. Ces six mois passés à vos cotés me laissent un très bon
souvenir.
A Hubert, Jacques, Philippe et Alain pour votre accueil dans le cabinet. Merci de
votre aide et de votre disponibilité.
A ma maman, mon papa et mon frère pour leur amour et leur soutien durant ces
longues études dont le vécu n’a pas toujours été facile. Merci d’être toujours là pour
m’épauler.
A ma famille pour votre amour et les moments d’évasion offerts lors de mes études.
A mes amis pour les bons moments passés et à venir. Merci pour votre soutien
indéfectible dans les moments difficiles.
14
SOMMAIRE
Introduction 20
1- Méthode 24
2- Description de l’échantillon 25
3- Motifs d’hospitalisation 25
4- Comorbidités 27
5- Signes cliniques 29
6- Conditions de vie 31
7- Pathologies responsables de l’hospitalisation 32
8- Résultats de l’ascorbémie 33
9- Résultats biologiques associés 33
10- Conclusion de l’étude 33
1. La Vitamine C 36
1.1. Biochimie 36
1.2. Sources métabolisme et besoins 37
1.3. Rôles 40
15
1.3.1. La vitamine C intervient au niveau de la synthèse du collagène40
1.3.2. Synthèse des acides aminés 41
1.3.3. Rôle antioxydant 42
1.3.4. Participation au métabolisme des lipides 42
1.3.5. Synthèse de la carnitine 42
1.3.6. Participation à l’immunité 43
1.3.7. Participation au métabolisme du fer 43
1.3.8. Vitamine C et vaisseaux sanguins 43
Conclusion 66
Bibliographie 69
16
Liste des tableaux
17
Liste des figures
Figure 1 : Répartition des motifs d’hospitalisation des patients ayant bénéficié d’une
ascorbémie 25
Figure 2 : Prévalence des pathologies chez les patients ayant bénéficié d’une
ascorbémie 27
Figure 8 : Recyclage lysosomal du fer lors de l’hémolyse chez les individus porteurs
du phénotype Hp 2-2 52
18
Figure 9 : Facteurs majorant le risque de carence chez les personnes âgées 55
19
INTRODUCTION
Cette maladie est cependant classiquement associée aux marins et aux grandes
expéditions maritimes des XVème et XVIème siècles.
Les progrès technologiques de cette époque permirent aux vaisseaux de naviguer
sur de plus grandes distances augmentant la durée entre les escales. Ces dernières
étaient des moments propices à la consommation de produits frais, riches en
vitamines. Le régime alimentaire des marins se trouva donc appauvri, induisant
l’apparition des symptômes décrits dans les nombreux traités de l'époque.
Cette maladie est en bonne place parmi les causes de décès des marins de cette
époque, plus mortelle que les tempêtes ou que les combats dans la marine de
guerre (1).
20
On lui prêta de nombreuses origines tels que le mauvais air, le taux d’humidité ou
encore la salinité de l’eau.
Différents traitements furent tentés mais il fallut attendre James Lind et son Traité du
Scorbut en 1754 pour que le rôle des citrons et oranges soit clairement identifié (2).
Bien que principalement connu au niveau maritime, le scorbut a été décrit également
lors des grandes famines, notamment en Irlande au XIXème siècle, et dans les
observations médicales lors des conflits terrestres (3).
21
La structure chimique de la vitamine C fut identifiée en 1931 par Albert Szent-Gyorgyi
qui obtint le prix Nobel de médecine en 1937 pour cette découverte.
Walter Norman Haworth reçut le prix Nobel de chimie pour sa synthèse durant la
même année.
Mon intérêt pour la vitamine C commença en 2011. Durant cet hiver, Mr H était
adressé aux urgences pour AEG, ralentissement psychomoteur et purpura. Ce
patient a été hospitalisé sous ma responsabilité, en Médecine Interne à Dieppe.
Devant ce tableau, et après avoir éliminé les diagnostics différentiels, une carence en
vitamine C était évoquée, confirmée par une ascorbémie indétectable. L'amélioration
rapide sous traitement confirma le diagnostic.
22
Durant la suite de mon internat, et averti de la sémiologie de cette pathologie, je pus
reconnaitre d’autres cas de carence rencontrés en milieu hospitalier mais aussi dans
ma pratique de jeune médecin généraliste. Cet intérêt me poussa donc à réaliser ce
travail de thèse sur la vitamine C et le scorbut.
Fort de la richesse de la littérature, j’ai donc choisi de réaliser un travail axé sur les
connaissances médicales actuelles concernant la vitamine C et sur les applications
qui en découlent au niveau médical, notamment dans la pratique de médecin
généraliste.
J’exposerai d’abord les résultats d’un travail réalisé lors de mon stage dans le service
de Médecine Interne de l’hôpital de Dieppe, puis ferai part des connaissances et
situations cliniques en rapport avec la vitamine C et sa carence.
23
Carence en vitamine C : étude d’un échantillon de
la population dieppoise hospitalisée
1. Méthode
Nous avons réalisé une étude descriptive rétrospective à l'hôpital de Dieppe. Tous
les patients ayant bénéficié d'une demande d’ascorbémie au laboratoire du 26
janvier au 15 juin 2012 ont été inclus.
Les données cliniques et biologiques ont été collectées à l'aide d'une fiche
standardisée.
Les données sociales ont été extraites des notes du service social lorsque celui-ci fut
sollicité.
Les dosages sanguins de vitamine C ont tous été réalisés par le laboratoire CERBA
en respectant les conditions particulières de conservation des prélèvements pendant
leur acheminement.
Nous avons utilisé les mêmes normes que dans la majorité des études précédentes.
Un taux supérieur à 26 µmol/L est considéré comme normal, un taux entre 6 µmol/L
et 26 µmol/L correspond à une hypovitaminose C, qui est dite sévère si le taux est
inférieur à 13 µmol/L. Un taux inférieur à 6 µmol/L définit une carence. Bien qu’il
n’existe pas de définition clinico- biologique du scorbut, nous avons retenu celle la
plus communément utilisée par les autres travaux sur le sujet. Un scorbut y est défini
par un taux inférieur à 6 µmol/L et des signes cliniques.
24
2. Description de l’échantillon
3. Motifs d’hospitalisation
Des plaies chroniques motivaient l’hospitalisation dans 9% des cas, les accidents
vasculaires cérébraux (AVC) et les dyspnées dans 7% des cas chacun.
Les déséquilibres de diabète représentaient 5,5% des admissions.
Les troubles du comportement, les fièvres et les purpuras étaient responsables de
chacun 3,5% des hospitalisations. 33% des hospitalisations étaient dues à des motifs
divers et variés (lombalgie, céphalée, malaise, douleur thoracique, douleur
articulaire, anémie, pemphigoïde bulleuse…..)
25
Chutes ( 16,3 % )
AEG ( 11% )
Plaie Chronique ( 9 % )
AVC ( 7 % )
Dyspnée ( 7 % )
Déséquilibre de diabète ( 5,5 % )
Trouble du comportement ( 3,5 % )
Fièvre ( 3,5 % )
Purpura ( 3,5 % )
Autres ( 33 % )
Figure 1 : Répartition des motifs d’hospitalisation des patients ayant bénéficié d’une
ascorbémie
26
4. Comorbidités ( cf figure 2)
Les problèmes d'alcool concernent 23,4 % des patients et 16 % sont non sevrés,
19,1 % des patients sont atteints de cirrhose (un patient de cause non alcoolique).
10,6 % des patients souffrent de désordres endocriniens hors diabète dont la moitié
sont sévères.
4,2 % des patients présentent une pathologie tumorale active et 6,3 % sont en
rémission ou guéris.
27
Seuls 8,5 % des patients ne présentent pas de comorbidité renseignée.
60
50
40
30
20
Totale
10 Dont lourde ou active
Figure 2 : Prévalence des pathologies chez les patients ayant bénéficié d’une
ascorbémie
28
5. Signes cliniques
Les patients ont un mauvais état bucco-dentaire dans 34 % des cas et sont édentés
dans 31,9 % des cas. L’état bucco-dentaire est renseigné dans 68,1 % des dossiers.
29
Sémiologie du scorbut
30
6. Conditions de vie
36,2 % des patients ont rencontré une assistante sociale durant leur séjour.
Les motifs de l'intervention étaient dans 32 % des cas pour de l’aide à domicile ;
dans 21,3 % des cas d'ordre financier et dans 6,4 % des cas un problème de
logement.
35
30
25
20 Aides à domicile
financier
15 logement
10
31
7. Pathologies responsables de l’hospitalisation
Métaboliques 21,6 %
Neurologiques 12,2 %
Dénutrition 10,8 %
Infections 9,4 %
Dermatologiques 7,9 %
Cardiologiques 5,8 %
Alcoolisme 5%
Gastro-entérrologiques 5%
Rhumatologiques 4,3 %
Psychiatriques 2,1 %
Décès 1,4 %
Divers 10 %
8,6 % des patients ont présenté une hémorragie durant leur séjour.
Dans 3,6 % des conclusions de sortie, des signes généraux sont notés.
Le diagnostic de scorbut n’a été écrit et posé que dans 5 % des cas.
32
8. Résultats de l’ascorbémie.
68% des patients présentent une anémie (hémoglobine 10,8 et VGM moyen à 93).
La majorité des patients a une fonction rénale normale, 7 ont une insuffisance rénale.
Seuls deux patients ont bénéficié de dialyse.
L'albuminémie est inférieure ou égale à 35 pour 85,1 % des patients avec une valeur
moyenne de 26,3. Elle est non renseignée dans 7 dossiers et normale une seule fois.
33
Le caractère rétrospectif a également généré une perte de données qui porte
notamment sur certains signes dont la sensibilité paraît importante pour le diagnostic
de scorbut. Par exemple, concernant l'état bucco-dentaire, il n'est pas renseigné
dans 32 % des cas et une ascorbémie a été demandée.
Souvent, lors de notre recueil de données concernant l'état buccal, les notes des
personnels paramédicaux ont permis de pallier l'absence de renseignement au
niveau du dossier médical. De même, le statut tabagique n’a quasiment jamais été
relevé.
En construisant notre étude, nous avons essayé de savoir quels signes alertaient le
clinicien et motivaient le dosage de l'ascorbémie, mais le caractère rétrospectif sur
dossier ne permet pas d'obtenir cette information.
34
Il n’a pas été possible de vérifier la prescription d’une supplémentation à la sortie du
patient en relai du traitement hospitalier, car les ordonnances de sorties étaient
rédigées à la main.
Néanmoins, ce n’est sûrement pas dû au hasard si la plupart des dosages ont été
demandés majoritairement par deux services, la médecine interne et la gériatrie.
Les patients hospitalisés dans ces services sont souvent âgés et poly-pathologiques.
Les médecins exerçant dans ces services sont souvent plus avertis des signes
d’hypovitaminose C, qui sont souvent aspécifiques.
Ces facteurs favorisent donc la mise en évidence de cette carence.
35
De la biochimie à la pratique médicale
1. La vitamine C
1.1. Biochimie
La vitamine C est un acide organique que l’on trouve naturellement sous forme L-
ascorbique. Il agit comme un anti oxydant en captant les électrons lors des réactions
d’oxydoréduction et peut libérer un groupement hydroxyle lors des réactions
d’hydroxylation.
36
1.2. Sources, métabolisme, et besoins
La vitamine C est principalement retrouvée dans les fruits et légumes frais. Elle se
dégrade rapidement à l’air libre, à la lumière et lors de la cuisson des aliments.
37
L'excrétion est rénale avec un mécanisme de réabsorption de la vitamine C selon sa
concentration plasmatique (14,17). La vitamine C est dialysable (14,15).
Les apports journaliers recommandés sont de l’ordre de 100 mg/ J en France (4). La
dose recommandée varie dans certaines situations particulières (cf tableau ci-
dessous), liées à une surconsommation de cet élément, notamment les situations de
stress (infection, activité physique ou intellectuelle importante…). On note que les
doses recommandées selon les pays varient légèrement.
38
De la naissance à 1an 30 à 35 mg
De 1 à 3 ans 40 à 45 mg
De 3 ans à 15 ans 45 à 60 mg
Femmes 60 mg
Hommes 60 mg
Femmes enceintes 80 mg
Femmes allaitant 95 mg
39
1.3. Rôle
40
Elle participe donc à tous les processus de cicatrisation, de par son rôle dans la
synthèse du collagène, notamment lors de la présence de plaies chroniques
(collagène de type 1) (18,19).
L’altération du collagène est responsable des gingivopathies rencontrées dans les
scorbuts.
Lors des carences en vitamine C, une des explications des signes hémorragiques
serait l’altération de la paroi des vaisseaux sanguins, du fait d’une altération des
fibres collagènes (collagène de type 3).
41
1.3.3. Rôle antioxydant
42
1.3.6. Participation à l’immunité
43
2. La carence en vitamine C au XXIème siècle et la pratique
médicale
Le scorbut est une maladie qui appartient au passé, aux dires de la plupart des
médecins. En effet, Guittard rapporte que seuls 3,5 % des généralistes français ont
rencontré une hypovitaminose C dans leur exercice. De ce fait 80% d’entre eux
pensent que le scorbut n’est plus d’actualité en France.
Les signes majoritairement connus évocateurs de carence sont la perte des dents et
les signes hémorragiques, avec un terrain de précarité sociale associés à une
consommation alcoolo-tabagique (6).
La découverte d’un cas de scorbut est donc surprenante pour la plupart des
médecins, comme ce fut le cas pour moi en 2011.
44
En France, Safa souligne l’aspect des manifestations cutanées hémorragiques, ainsi
que l’isolement social et la consommation d’alcool (35).
Boulinguez publie 3 cas de scorbut chez des patients souffrant de plaies chroniques
(19) et Beaune celui de 4 personnes sans domicile fixe (38).
En pédiatrie, Talarico nous présente le cas de deux enfants atteints d’un scorbut et
présentant des douleurs des membres inférieurs et des troubles de la marche (40).
45
Pailhous (42) et Algahtani (43) mentionnent chacun également les cas similaires de
deux enfants à Marseille en 2015 et en Arabie Saoudite en 2010.
Kitcharoensakkul soigne 3 enfants aux USA (44).
Aqarwal s’est penché en 2015 sur l’ensemble des cas publiés entre 2009 et 2014
dans la population pédiatrique. Il recense 29 cas avec, à la différence des adultes,
une prédominance des signes rhumatologiques, notamment au niveau des membres
inférieurs et souvent des troubles mentaux (47).
46
2.3. Une pathologie toujours présente
47
Nombre de Proportion Caractéristique de la
dosages d’hypovitaminoses population
d’ascorbémie biologiques
Etudes hospitalières réalisées en France
Fain(56) 184 43,3%
Godard 152 70%
Vannier(57) 130 50% Etude cas témoin
Raynaud- 145 12% Patients gériatriques
Simon(61)
Blateau(12) 164 61%
Buisson(55) 159 61,6 Patients en USLD
Porquet(7) 74 100%
Bernard(9) 26% Patients hospitalisés en
UHCD avec facteurs de
risques
Le Bris(60) 21 71%
Etudes ambulatoires réalisées en France
Hercberg(62) 1039 5-12% Population générale
Malmauret(63) 71 95% Population SDF
Trébern- 30 37% Population ambulatoire
Launay(11) précaire
Oguike(10) 100% Population SDF
48
Trois études ont analysé l’hypovitaminose C dans les populations précaires en
France.
Trébern-Launay a réalisé une étude avec les patients consultant au point d’accès
santé (PAS) du CHU de Nantes et devant bénéficier d’un bilan biologique,
sélectionnés au hasard. Le recueil de données s’est fait par questionnaire et examen
clinique. 37% des patients sont en hypovitaminose et 6,6% ont un scorbut.
Cette population est jeune, souvent d’origine étrangère, plutôt masculine et en
difficulté sociale. Seuls 37% possèdent un logement et leur alimentation provient
majoritairement de l’aide alimentaire (11).
Oguike a recruté ces patients parmi 1326 parisiens sans domicile fixe (SDF).
L’inclusion s’est faite lors d’une consultation dans 2 centres d’hébergement. Les
patients étudiés ont été ceux présentant des signes cliniques de scorbuts. Ils
représentent 3,6 % de cette population. L’ascorbémie n’a été dosée que chez
certains patients présentant des signes cliniques (10).
Malmauret trouve 95% de patients carencés parmi 87 parisiens SDF (63). 95%
présentent une alimentation comportant 50% des apports recommandés (4).
Ces trois études confirment donc que la carence vitaminique est encore d’actualité et
fréquente dans les populations précaires.
49
Cependant, l’hypovitaminose n’est pas retrouvée seulement chez les personnes
socialement fragiles.
Szczuko retrouve que 23% des étudiantes et 28% des étudiants à l’université
présentent une hypovitaminose (64). Cette population connait pourtant la nécessité
de consommer des produits contenant des vitamines, mais ne la met pas en
application (13,64).
Chez les résidents d'unité de long séjour, 36 à 61,6 % sont carencés (55,59,61),
malgré une proposition alimentaire théoriquement équilibrée.
Enfin, les résidents peuvent avoir une consommation sélective de leur plateau repas.
Buisson a clairement montré qu’un verre de jus d’orange frais par jour permettait de
pallier aux risques d’hypovitaminose dans cette population particulière (55).
50
Ces études sont pour la plupart, réalisées dans des pays occidentaux. Aucune ne
mentionne l’origine ethnique des patients inclus. Or, les progrès de la biochimie et de
la génétique nous ont appris l’importance du polymorphisme génétique dans de
nombreuses pathologies.
Différents rapports ont noté des taux de mortalité par scorbut très différents selon les
origines ethniques des populations. Par exemple, au niveau maritime, la mortalité par
scorbut est plus faible dans les équipages européens qu’asiatiques. Cette différence
est également notée dans les registres des populations de prisonniers (3).
51
Figure 8 : Recyclage lysosomal du fer lors de l’hémolyse chez les individus porteurs
du phénotype Hp 2-2
Ainsi, le scorbut ne peut être considéré uniquement comme une maladie carencielle.
En effet, certains individus sont plus susceptibles de développer des symptômes lors
de situations de carence (3,75).
52
2.5. Des conditions particulières de diagnostic
Les patients sont souvent en situation d'isolement, surtout dans les populations sans
domicile fixe.
On note l'intervention d'une assistante sociale dans notre cohorte chez plus d'un
patient sur 3. Ce chiffre monte jusqu’à 76,4 % mais dans un contexte de soin post
urgence (9).
Les trois études, qui ont spécifiquement travaillé avec des populations précaires,
nous montrent des résultats discordants concernant la prévalence de la carence. Ces
différences sont probablement dues à la variabilité individuelle importante des
participants, mais également à un polymorphisme génique plus important qu’en
population générale et des méthodologies différentes (10,11,63).
La fragilité sociale d’un patient reste un signe d’alerte vis-à-vis du risque carenciel et
peut relever d’une supplémentation, notamment en cas d’irrégularité ou de rupture
de suivi (35,38,73).
53
Les comorbidités cardio-vasculaires sont également en bonne place ; 36,2 % dans
notre étude et jusqu'à 54 % dans une autre étude (9). Le rôle de la carence dans le
stress oxydatif a été mis en avant dans plusieurs études (22–24,66,67,76) mais est
encore discuté.
Le rapport entre mortalité et taux de vitamine C bas a été mis en évidence aux USA
(24).
Bien que plusieurs études ne parlent pas de dénutrition, une proportion importante
des patients carencés présente une hypo albuminémie (7,60).
Les chutes, marqueurs de fragilité, sont notées chez 16 % de nos patients, chiffre
comparable à celui de l'étude de Bernard (9). Elles concernent les sujets âgés, chez
lesquels s’ajoutent d’autres facteurs détaillés ci-dessous (figure 9).
54
Isolement
Perte Troubles
d'autonomie cognitifs
Mauvais état
Polypathologie
dentaire
Chutes
Personne Dénutrition
âgée
Les patients insuffisants rénaux et notamment ceux dialysés, sont souvent carencés,
surtout en l’absence de supplémentation (14,15).
La forte prévalence rapportée en population générale (62,65–69), ainsi que chez les
étudiants (64), souligne le fait que cette carence survient également chez des sujets
indemnes de toute pathologie.
55
Toutes les études ne sont pas intéressées au statut alcoolo-tabagique des patients,
mais il existe un lien entre l'hypovitaminose et la consommation de tabac et d'alcool,
lorsque cela est recherché (9–12,56,65–67).
Dans notre étude, le statut tabagique n'a pas été renseigné mais les problèmes
d'alcool concernent 23,8 % des patients en hypovitaminose, dont 16 % ont une
consommation active. 5 % des patients hospitalisés dans notre étude le sont en lien
direct avec l'alcool.
Fragilité
Fragilité sociale
cognitive
Tabac
Carence en Vitamine C ?
56
2.6. Une présentation clinique peu spécifique
Les signes cutanés, généraux et hémorragiques, sont les plus souvent rapportés
(9,10,12,60).
57
Les signes hémorragiques, notamment cutanés, sont notés à hauteur de 19% à 52%
chez les patients symptomatiques (12,60,78). Ils sont souvent rapportés dans les
« cases reports » (33,34,37–39,45,47).
Dans notre étude dieppoise, des signes hémorragiques sont notés dans 51 % des
cas et 8,6 % des patients ont eu une hémorragie pendant leur hospitalisation.
Les signes généraux sont classiquement décrits mais leur fréquence mal explorée.
Ils sont notés entre 29% et 85% des patients symptomatiques (9,12).
58
La population pédiatrique présente une double particularité clinique. Il est noté une
nette prédominance des signes articulaires (96%) par rapport aux populations
adultes (80%), entrainant des troubles de la marche. Une forte proportion d’enfants
est atteinte de troubles du développement intellectuel (41,45–47,80,81).
A l’inverse, lorsqu’un patient avec une hygiène bucco-dentaire précaire présente une
gingivopathie, on note une bonne réponse à la supplémentation (82).
59
Figure 13 : Quelques manifestations de la carence en vitamine C. Les signes les plus
fréquents sont cerclés de rouge.
60
2.7. Des anomalies biologiques souvent associées
L’anémie est un des signes biologique du scorbut. Dans notre étude elle concerne
68% des patients. Ce chiffre monte jusqu’à 80 % dans l’étude de Blateau (12) et est
également notée lors des « cases reports » (33,34,37,40).
Dans l’étude de Godard, l’anémie est, dans 53,7% des cas, un argument ayant
contribué à demander une ascorbémie (8).
61
Les prescriptions de vitamines apparaissent le plus souvent réalisées devant une
demande de prise en charge médicale d’un état de fatigue.
Une autre piste soulignée par Peter est le rôle de cette prescription dans la relation
médecin-malade. Elle souligne la difficulté de ne rien prescrire et de lutter contre les
croyances populaires.
Il en ressort un mélange de recherches « d’un effet boostant », de volonté de ne pas
nuire et de fidélisation du patient, où l’aspect scientifique intervient peu.
Le travail de Peter a été réalisé sur la prescription globale de vitamines au sens large
et n’a pas pris en compte les cas où cette prescription intervient dans un but de
pallier à une carence. Néanmoins, cette étude souligne le peu de crédit accordé au
rôle des vitamines et à leur importance (83).
62
Cinq études permettent d’avoir des données propres à la vitamine C.
Seul un essai individualise un petit échantillon de patients carencés en vitamine C
avant intervention (84).
Ni cette étude, ni l’ensemble du travail réalisé par Lykkesfeldt, ne permettent de
montrer de manière scientifiquement rigoureuse un bénéfice thérapeutique à une
supplémentation en vitamine C (26).
Les essais réalisés, dans le traitement des pathologies ORL virales bénignes, ne
permettent pas de recommander la vitamine C comme thérapeutique (28,29).
63
Les différents travaux ont montré un aspect plus complexe, avec un impact du
polymorphisme génétique de la pathologie carencielle, nous invitant à repenser cette
maladie (1,3,30,76,85).
Il a été noté une meilleure réponse des patients supplémentés en vitamine C lors des
chimiothérapies.
Cette amélioration n’est pas imputable seulement à une réponse immunitaire
majorée ou à la lutte contre le stress oxydatif.
En effet, lors de l’administration de vitamine C à haute dose en intraveineux, cela
induit un effet apoptotique des cellules néoplasiques (23).
Ces essais concernent certains types de cellules cancéreuses présentes dans les
cancers colorectaux et ces données n’ont été validées que chez la souris (52–54),
mais des essais chez l’homme sont attendus prochainement.
64
Parallèlement, dans le mélanome, la vitamine C réduit l’expression et l’activité
transcriptionnelle de HIF-1a, jouant un rôle clés dans l’évolution métastatique de la
maladie (51).
65
Conclusion
Le nouveau scorbut n’est plus la maladie des vieux livres d’histoire de médecine.
Les termes carence en vitamine C, ou hypovitaminose C, doit être préféré à
l’utilisation du mot scorbut au XXIème siècle.
Malgré une implication des pouvoirs publics incitant à manger 5 fruits et légumes par
jour, cette pathologie atteint des groupes de population qui échappent à cette
prévention pour des raisons sociales, financières ou pathologiques.
Les médecins doivent donc repérer ces patients à risques carentiels.
66
Des symptômes à type de gingivopathie ou de manifestations hémorragiques,
notamment cutanéo-muqueuses, associés à des signes généraux peu spécifiques
doivent faire débuter une supplémentation.
L’enseignement de cette pathologie doit laisser le scorbut à l’histoire car les étudiants
ne s’intéressent pas à l’apprentissage d’une maladie qu’ils pensent appartenir au
passé.
L’hypovitaminose C n’est pas une carence d’apport pure, le polymorphisme génique
jouant un rôle majeur dans le métabolisme impliquant l’acide ascorbique.
Les différentes fonctions de la vitamine C n’ont sûrement pas encore été toutes
découvertes et son utilisation va au-delà d’une pathologie carencielle pure.
Les avancées et nouvelles implications thérapeutiques découvertes lors de travaux
récents nous rappellent l’importance du rôle joué par les vitamines dans le
métabolisme de manière ubiquitaire dans notre corps.
67
En effet, nous avons axé notre travail sur la vitamine C, mais de nombreux travaux
ont été publiés récemment concernant d’autres vitamines (notamment les vitamines
D et E).
Il faut donc nous attendre à ce que les vitamines prennent une place sur nos
ordonnances, autres que placebo.
Une prise de conscience des soignants, des patients et des autorités sanitaires est
nécessaire concernant le rôle capital et ubiquitaire de l’ensemble des vitamines.
68
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