UNIVERSITE PROTESTANTEAU CONGO
FACULTEDE DROIT
DROIT PENAL SPECIAL
Pierre Akele Adau, Professeur Ordinaire
Angélique Sita-Akele Muila, Professeur
Théodore Ngoy Ilunga wa Ns, Assistant
2003-2004
A L’ATTENTION DES ETUDIANTS DE TROISIEME GRADUAT
2
COURS DE DROIT PENAL SPECIAL
A l’attention des étudiants de 3 ème graduat en Droit
Par
Le Professeur Pierre Akele Adau,
Docteur d’Etat en Droit
Doyen honoraire de la faculté de Droit de
l’Université de Kinshasa
Professeur Ordinaire
Angélique SITA-AKELE MUILA
Docteur en droit
Diplômeé d’études approfondies en sciences pénales et criminologie
Professeur
Me Théodore NGOY, Pasteur
Agrégé d’Enseignement,
Licencié en Sciences Politiques de l’Université de Lubumbashi
Licencié en Droit
Avocat à la Cour
Assistant à l’Université Protestante au Congo
Candidat au Diplôme d’Etudes Supérieures en Droit Pénal et Criminologie(D.E.S) à
l’Université de Kinshasa
Année - Académique 2003-2004
3
AVANT-PROPOS
Le cours de Droit pénal spécial est le prolongementdu droit pénal général.
Celui-ci fixe le contexte de la commission de l’infraction, après avoir,
préalablement,précisé la notionmêmede l’infraction, ses critères, ses conditions,
sa sanction, etc.
Et, c’est dans le cadre du Droit Pénal Général que l’Etat fixe la réaction
sociale anti-criminelle. Le Droit Pénal spécial intervient dans ce cadre.
Le Droit Pénal Spécial est un Droit concret parce qu’il étudie chaque
infraction de façon concrète, individuelle afin de définir ses éléments
constitutifs, de dégager sa structure et de définir précisément ses concepts.
La configurationde la règle pénale au niveaude l’infraction est donc un Droit
Pénal appliqué, concret, alors que le Droit Pénal Général est un Droit abstrait.
Il existe donc un rapport entre le Droit Pénal Spécial et le Droit Pénal
Général. Pour comprendrece rapport il faut considérer l’intervention de l’Etat
dans la réaction sociale contre l’acte infractionnel et l’infracteur. L’Etat fixe les
règles généralesen étudiant le comportementcrimineldans son ensemblealors que
le Droit Pénal Spécial s’occupedu comportementcriminelde chaque individu en
considérant les faits qu’il pose en ce qu’ils sont constitutifs d’une infraction
précise.
Entre le DroitPénal Spécialet le DroitPénal Générallequela primautésur
l’autre ?
Théoriquementil faut que le cadre général soit défini avant de spécifier ses
différents éléments. De ce point de vue le DroitPénal Général serait apparu avant
le Droit Pénal Spécial.
Mais la loi pénale générale peut-elle exister si la loi pénale spéciale n’a pas
établi au préalable l’infraction ? Il a fallu que l’infraction existât d’abord
individuellement.Aussi le Droit Pénal Général et Droit Pénal Spécial se situent-ils
chacun aux deux extrémités du Droit. C’est la thèse de la concomitance.
Cette thèse est pertinente. En effet lorsque nous évoquonspar l’exemple
l’interdiction de Dieuà Adam et Eve dans le jardin d’Eden, nous remarquonsque
le Droit Pénal Général se trouve intimement lié au Droit Pénal Spécial
effectivement, l’interdictionde Dieuà Adam et Eve est à la fois un principeet la,
prohibition d’un comportement assortie d’une menace de sanction.
Comme il est écrit : « l’Eternel donna cet ordre à l’homme : tu pourras
manger de tous les arbres du jardin ; Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la
4
connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras
1) » (
Ainsi d’une manièregénérale, les deux branchesexistent en mêmetemps. Et,
plus la société se développeplus il y a nécessité de dégager les principesgénéraux
et de spécialiser les infractions (le besoin normatif devient important et la
spécialisation de différents Droits devient nécessaire).
Ce qui est important c’est de mettre en lumièrel’échange des rapports entre
le Droit Pénal Spécial et le Droit Pénal Général.
Le Droit Pénal Général donne les grands principes, le Droit Pénal Spécial
applique ces principes. Mais lorsque dans son applicabilité le Droit Pénal Spécial
rencontre des dif ficultés auxquellesle Droit Pénal Général ne peut apporter des
solutions, le Droit Pénal Spécial va y apporter une solution tout en gardant le
contexte du Droit Pénal Général.
En clair, le DroitPénal Spécial doit étudier en particulier chaqueinfraction à
la lumière de grands principes que lui offre le Droit Pénal Général.
Au cours de sa deuxième année d’études en Droit, l’étudiant s’est
familiarisé, grâce à l’enseignementdu Droit Pénal Général, avec les règles, les
principes qui organisent la réaction de l’Etat vis-à-vis des infractions et des
délinquants de façon générale.
Le cours de Droit Pénal Spécial tend à l’emmener à une compréhension
spécifique, technique de ces règles et principes tels qu’ils s’appliquent à chaque
incriminationen particulier. Et ces règles et principes sont ceux édictés par le
législateurtels qu’ilssont appliquéspar les courset Tribunauxdu pays et lus par la
doctrine.
Le DroitPénal Congolaisétant avant tout légaliste, la matière du DroitPénal
Spécial portera donc sur le deuxièmelivre du Code Pénal qui traite des infractions
et de leur répressionen particulier. En effet, le premierlivre traite des matières
du Droit Pénal Général relatives à l’ensemble des infractions. On y trouve des
dispositionss’appliquantà toutes les infractions notammenten ce qui concerneles
circonstancesatténuantes, le concoursde plusieurs infractions, la participation
criminelle, etc.
S’agissantdes matières du DroitPénal Spécial, outre le Titre II du Code Pénal
ordinaire et divers textes qui lui sont complémentairesdéfinissant des infractions
qui n’existaientpas encore à l’élaborationdu Code, le coursportera également sur
les incriminationsrelevant du Code Pénal Militaire ainsi que des infractions du
droit Pénal international applicable en Droit Congolaiscomme les Crimes contre
l’Humanité, le Génocide, les Crimes de guerre, etc.
1Segond L., « La sainte Bible » (Genèse 2 : 16 :17), traduite d’après les textes originauxhébreuxet
grec, éd. revue avec références, Alliance Biblique Universelle, p 10.
5
En appendice, les étudiants seront invités à une étude approfondie sous
forme d’échanges sur la question de la répression éventuelle des faits de
sorcellerie en droit Congolais législatif.
En effet, contrairement à l’opinion généralement répandue, le Droit
législatif Congolaisn’est pas resté indifférent aux troubles sociauxcausés par le
phénomènede sorcellerie.Dans ses décrets coordonnésdu 15 avril 1926 à celui du
16 septembre 1959, le législateur Congolaisa donné compétence aux Tribunaux
Coutumiersde réprimer« des faits auxquelsla coutumeattache des peines »et qui
« ne sont pas érigés en infraction par la loi écrite » (articles 12 et 19 des décrets
coordonnés) (1).
Enfin, il sied de releverque le DroitPénal Spécial se définit par oppositionau
DroitPénal Général. Ainsi pour comprendrele DroitPénal Spécial, il faut rappeler
les différents principes du Droit Pénal Général.
Aussi l’étude sera-telle précédée d’une partie introductivequi traitera, en
onze points, respectivement du rappel de quelques définitions, du droit pénal
spécial et du droit pénal général, du rôle du droit pénal spécial au sein du droit
criminel, du rapport entre le Droit Pénal Général et le Droit Pénal Spécial, de la
spécificité du Droit Pénal Spécial, de sa nature, de l’intérêt de son étude, de ses
sources, de sa méthodologie, de sa technique et du contenu du cours.
1 Le Code Judiciaire(Zaïrois) Congolais, mis à jour au 31 janvier 1986, pp 345 et 347.
6
INTRODUCTION
1. Rappel de quelques finitions
dé
Le Droit Pénal Spécial est, à l’instar du Droit Pénal Général, une branche du
Droit pénal ou Droit Criminel. Le droit pénal et les sciences annexes(les sciences
criminalistiqueset les sciencescriminologiques) constituentles sciencescriminelles.
( 3)
Les expressionsDroit Pénal et droit criminel sont synonymes( 4). Elles se
réfèrent, selon Donnedieude vabres, à « l’ensemblede lois qui réglemententdans
un pays l’exercice de la répression par l’Etat »5)(.
Une telle définition serait trop étroite, dans le contexte d’aujourd’hui, où, la
solution au problème criminel n’est pas que répressive.
En Prenant en comptedes idées de la défense sociale, laquelle considère que
la législation doit viser la rééducation et non la punitiondu délinquant, et donc
des sanctionsdépouilléesde l’idée de blâme, le domainedu droit pénal s’élargit de
sorte que Merleet Vitu le définissent comme :« l’ensemblede règles juridiques qui
organisent la réaction de l’Etat vis-à-vis des infractions et des délinquants6).(
Aussi le droit pénal est-il le droit qui étudie les faits infractionnels, tels que
déterminés par l’Etat et la réaction sociale, que ces faits engendrent,
c’est-à-dire, la répression par l’Etat de ces faits et la sanction applicable à
chacun d’eux.
On peut encore écrire avec LEVASSEURet CHAVANNE que : « Le droit pénal, ou
droit criminel,entendu au sens large, est une branchedu droit positif ayant pour
objet l’étude de la répressionpar l’Etat des agissements de nature à créer un
trouble dans la société. C’est une branche du droit positif, ce qui signifie qu’il ne
s’agit pas de droit idéal, d’un droit naturel, mais de règles de droit positif,
c’est-à-dire auxquelles sont attachées des sanctions, qui sont même
particulièrement énergiques (ce sont surtout les peines, d’où le nom de « droit
pénal » ; le nomde « droit criminel »vient de ce que les agissementsles plus graves
incriminés par ce droit s’appellent des crimes) 7»).(
3 Les sciences criminalistiques :regroupent diverses sciences et techniques qui permettent de
lutter contre les infractions (en les faisant découvrir)et contre les délinquantsen permettant de
les identifier : Médecine légale, toxicologie,anthropométrie,dactyloscopie, police scientifique le
spécialistec’est le criminologiste.La criminologie,elle étudie le phénomènecrimineldans la réalité
sociale (sociologie)et dans réalité individuelle(anthropologie,biologie,psychiatriecriminelles) ;étudie les
causes de l’infraction et la personne du criminelle. Le spécialiste est appelé criminologue.
2 Pradel, J, Droit Pénal Général, Cujas, 8è éd., Paris, 1992, p.18
5 Ibidem
6 Merle et Vitu, cités par Pradel,Op cit, p. 19.
7 Levasseur, G, et Chavanne, A Droit
« Pénal et Procédure Pénal », Sirey, Paris, 1963, p. 1.
7
Ainsi défini, le droit pénal a évolué dans sa composition.Il se distingue en
branches traditionnelles et branches nouvelles.
Le DroitPénal Spécial fait parti, avec le droit pénal général et la Procédure
Pénale des branches dites traditionnelles du droit pénal.8)(
Le DroitPénal Spécial a pour objectif l’étude des incriminationsdéterminées
par le législateur dès lors que celui-ci estime que certains agissements sont
susceptiblesde troubler l’ordre public. Le Droit Pénal Spécial prend donc chaque
incriminationdu catalogue législatif de façon particulière, individuelle pour en
préciser :
- La nature ;
- Les éléments constitutifs ;
- Le régime juridique du point de vue :
- de la procédure ;
- de la peine applicable.
C’est le Droit Pénal Spécial qui de façon pratique révèle les conditions
d’existence d’une incrimination ainsi que ses conséquences juridiques.
2. Droit pénal spécial et droit pénal général
Le droit pénal spécial est souventperçu par contraste au droit pénal général.
Celui-ci définit l’ensembledes règles de fond applicablesà toutes les infractions.
Appelé parfois droit pénal matériel ou substantiel, le droit pénal général apparaît
commele droit des théoriesgénérales relatives aux conditionsd’existence de toute
infraction et aux conditions de l’intervention de la sanction pénale attachée à
celle-ci. Il a vocationà s’appliquerà toutes les infractions ; il a donc une vocation
universelle, globale dans la mesure où il prétend couvrir l’ensemble des
incriminationspar des règles qui fixent le cadre général de la répressionpénale. A
ce titre, il fixe les règles générales caractérisant la responsabilitéde l’agent pénal
et règle la détermination de la peine.
Contrairement au droit pénal général, le droit pénal spécial étudie
distinctement les innombrablesinfractions prévues par la loi pénale ; définit
chacune d’elles de façon concrète et particulière, en mettant en évidence ses
élémentsconstitutifs, les modalitésde sa répressionainsi que les spécificités de son
régime juridique.
Mais, il est certainement stérilisant pour la « pensée pénale » de s’arrêter à
cette distinction-oppositionde la généralité et de la spécialité du droit pénal,
8 « Il faut faire remarquerque cette façon de déterminer les branches du droit pénal n’est pas
toujours partagée, et certains se limitent au droit pénal matériel, c’est-à-dire au droit pénal
général et au droit pénal spécial, à l’exclusionde la procédureet de toute autre disciplinerelative
au régime des sanctions. » (NYABIRUNGU, m,Droit S, Pénal Général
, 2è éd., DES, Kin, 1995, p.22.)
8
commodecertes, au plan didactique, mais donnant lieu à une vue statique et peu
enrichissante de la réalité juridique réglée par ces disciplines de droit criminel.
Il faut bien voir que le droit pénal général marque le caractère abstrait
nécessaire à toute constructionjuridique, tandis que le droit pénal spécial en
constitue l’expressionconcrète et particularisée à travers des espèces précises. De
sorte que, il s’établit forcément entre ces deux disciplinesune relation interactive,
traduisant ce qu’un auteur a appelé « l’idéalité et la réalité du droit ».
Mais malheureusement,cette interaction entre le droit pénal général et le
droit pénal social est souvent occultée par certains juristes qui pensent pouvoir
vider l’étude de tout le droit criminelsanctionnateuren considérant uniquement
ou à titre principalla premièrede ces deux disciplines,la seconde étant regardée,
au mieux, comme une discipline accessoire destinée simplement à servir
d’illustration à celle-là. Il faut d’ailleurs dire que cette visionétait et est encore
quelques fois favorisée par les programmesd’enseignement qui, dans certaines
Facultés de droit, ignorentle droit pénal spécial ou lui accordent un volumehoraire
qui contraste avec le phénomèneactuel de l’invasiondes règles spéciales du droit
pénal.
Il est significatif d’observerpar exempleque l’enseignementdu droit pénal
spécial à la Faculté de droit de l’Universitéde Kinshasa ne remonte qu’à l’année
1975. Et ce n’est pas sans une certaine émotionque je m’en souviens,car j’ai eu
l’honneurde faire partie de cette promotiondif ficile d’étudiants réfractaires qui
ont eu l’insigne privilègefinalement de découvrirce cours qu’ils ont pourtant au
départ snobé sous prétexte que cet enseignement était dispensé l’année
précédente dans le cadre du cours intitulé « droit pénal général et spécial »…Et
plusieursannées plus tard, je me rends compte de la méprise scientifique dans
laquelle nous avons failli nous fourvoyer. Et, le recul aidant, je ne puis que
déplorer, avec le professeur Likulia, le fait que nombrede juristes ne suivant pas
l’évolutionde cette brancheimportanteet fondamentale du droit crimineldont les
études récentes dans le système germano-romanistequi ont inspiré notre droit,
ont permisd’élaborer,commele démontresavammentJean Bernard Denisdans sa
remarquablethèse de doctorat sur « La distinction du droit pénal général et du
droit pénal spécial »9, une véritablethéoriejuridique propreau droit pénal spécial.
De nombreusesautres savantes études notamment le droit pénal spécial des
professeursVouin,Levasseuret Léauté, la brillante thèse de doctorat soutenuepar
Yves Mayaud sur « Le mensonge en droit pénal »10 et le présent cours se sont
penchéssur cette délicate questionet ont perçu cette réalité scientifique découlant
des idées générales qui la dominent.
La méprisescientifique que je viens d’évoquerest d’autant plus grave qu’elle
va à contre courant par rapport à l’étude de l’évolutionhistoriquedes sciences
9 Jean Bernard Denis, « La distinction du droit pénal général et du droit pénal spécial », LGDJ,
Paris, 1977.
10 YvesMayaud, « Le mensongeen droit pénal », éditions L’Hermes,Paris, 1979, ouvragecouronnépar
la Faculté de droit de Lyon (prix de thèse 1977).
9
criminelles qui révèle la primauté historiqueou la préesistence du droit pénal
spécial sur les autres disciplinesdu droit criminelauxquellesd’ailleurs il a donné
naissance.
Ceci est du reste mis en évidence par l’approchemoderneunitaire du procès
pénal que l’on définit, dans le cadre des sciences criminelles,commece processus
de réaction sociale à la délinquance qui commenceavec la premièreintervention
des organes de contrôle social répressif à la suite de la violation d’une norme
pénale spécifique et qui se termine avec l’application d’une thérapeutique
pénitentiaire, voire des mesures d’assistance post-pénale en vue d’assurer la
réinsertion sociale du délinquant.
En effet, au début de tout processusde réaction sociale répressive, il y a
mobilisationdu droit pénal spécial énervé par l’acte que le délinquant a posé en
infraction aux prescriptions qu’il porte.
De même, dès l’originede toute organisationsociale, apparaît le droit pénal
spécial qui est en quelquesorte le moyenrégulateur que la société se donne pour
rencontrer le phénomène criminel que Durkheim a appelé « phénomène de
sociologie normale » dont l’effet perturbateur sur l’ordre social est évident.
Le professeur Gassin observedans son cours de sciences criminellesque les
règles de conduite pénalement sanctionnées ne sont qu’un des aspects du
phénomène normatif. C’est un fait d’expérience que toutes les sociétés que
l’histoire a connues sont régies par un ensemble de règles de conduite très variées.
Le phénomènenormatif est un phénomèneinhérent à l’hommeet aux sociétés
humaines. Ce qui distingue celles-ci des sociétés animales, c’est précisément le
phénomène normatif.
Parmi cet ensemblede normes,toutes n’ont pas la mêmesignification. Il faut
faire une place aux règles de morale qui se caractérisent notammentpar l’aspect
essentiellement intime de la sanction, laquelle se trouve dans la conscience de
chacun. Il y a aussi les usagessociaux(exemple,la politesse). Il existe des sanctions
que l’entourageimmédiat appliqueà celui qui violeces usages. Et ces sanctionsne
sont pas garanties par l’Etat. Enfin, viennent les normes juridiques qui sont
garanties par la contrainte étatique. Ces règles sont très diverses et assorties de
sanctions très variées (exemple, nullité d’un acte irrégulier, allocation de
dommages et intérêts, etc.)
Parmi les règles qui composent le droit objectif, un certain nombre sont
considéréspar le corps social commeparticulièrementnécessaire à la survieet au
développement de la société. Ces règles seront sanctionnées par l’Etat d’une
manière particulièrement énergique : les peines. D’où l’appellation de droit pénal.
Le professeur Likulia fait la même observationquand il enseigne que « le
droit pénal spécial est né depuis que les hommesont cherché à vivreensemble.En
10
effet, le besoin de cohabitation, de groupementou d’organisationa conduit les
hommesà édicter pour la surviede la collectivité, ce qui est défendu et ce qui ne
l’est pas. La sanction exprimeainsi la désapprobationde la société sur la violation
de ce qui est interdit, c’est-à-dire sur un certain nombre de comportements
perçus par cette dernière comme nuisiblesou dangereux pour l’ordre social ou
moral sauvegardant ainsi ce qu’elle considère comme valeurs fondamentales
nécessairesà la bonneorganisation,à la parfaite cohésion,au bonfonctionnement
et au développement harmonieuxde la communauté. Les plus anciennes lois
pénales, conclut le professeur Likulia, ne prévoientque les règles de droit pénal
spécial. On peut donc af firmer que celui-ci est aussi vieux que tout groupement
humain.
Le droit pénal général qui n’est âgé que de deux siècles, doit son existenceet
sa richesse comme l’a très pertinemment souligné le professeur Levasseur,« au
foisonnementdes incriminationsparticulièreset des pénalités » contenuesdans le
droit pénal spécial. C’est plus précisémentvers la fin du XVIIIème siècle qu’une
doctrine criminaliste caractérisée par un double effort d’abstraction et de
généralisation des règles particulières, a élaboré une théorie générale du droit
pénal donnant ainsi naissance au droit pénal général.
L’apparitionpostérieuredu droit pénal général par rapport au droit pénal
spécial se comprendaisément. C’est que, l’applicationdu droit pénal spécial a fait
apparaître un certain nombrede questionsqui ne pouvaienttrouversolutiondans
le cadre étroit de cette matière au caractère discontinuet casuel. Une approche
généralisante et abstractives’avérait nécessaire pour maîtriser ces problèmesqui,
en réalité, n’étaient rien d’autre que les pierres d’achoppementrévélées par la
mise en œuvre de la norme pénale spéciale.
Commentne pas voir,à ce stade, le mouvementdialectique qui s’établit entre
le droit pénal général et le droit pénal spécial. Celui-ci fournit à celui-là sa
matière première,sa substance,son objet, à travers les problèmesque « déposent »
son activité. Celui-là, par les constructionsthéoriques,générales et abstraites qu’il
élabore, éclaire l’application concrète du droit pénal spécial.
Jean Bernard Denissoulignece mouvementdialectiqueet cette interactionen
démontrant dans sa remarquablethèse que « la spécialité, considérée d’abord
comme concrétisation du droit communou comme une dérogation, devient une
règle générale et peut même annexer d’autres lois spéciales pour former un corps
de droit général. Dans ce cas, dit-il, une nouvelle discipline peut se créer et
devenir autonome ou, tout au moins, revendiquer son autonomie ».
Ainsi, l’activité dialectique entre le droit pénal général et le droit pénal
spécial est non seulement enrichissante pour ces deux branches mais aussi
vitalisantes pour l’ensembledu droit criminel, voire du droit tout court, car c’est
grâce à elle que l’on peut parler aujourd’hui d’un droit pénal fiscal, d’un droit des
sociétés commerciales,d’un droit des affaires, d’un droit douanier ou d’un droit
économique.
11
L’étuderéalisée par le professeurLikuliasur « Les méthodesd’approchede la
qualification des faits en droit pénal » constituentà monsens également la preuve
de la vitalité de cet échange dialectique car cette recherche est l’aboutissement
des questionsqui se sont cristalliséeschez l’auteur pendant de longuesannées de
réflexions sur le droit pénal spécial. Et, quiconqueprend connaissancede cette
étude est malaisé de la placer en droit pénal spécial ou en droit pénal général. A
vrai dire, dans l’un et dans l’autre, elle se localise parfaitement. Au point que,
disputée par l’une et par l’autre, elle peut, plus ou moinsfacilement, dans cette
situation conflictuelle incertaine, réveiller en elle des velléités d’autonomieavec
d’autant plus de chances de réussir qu’elle paraît pouvoir s’intégrer
harmonieusement dans une architecture méthodologique adaptée au droit
criminel.
Quoiqu’ilen soit, le droit pénal n’échappe pas à cette loi inhérente à toute
science qui veut que les solutionsnouvellesdégagées soient elles-mêmes autant de
problèmesnouveauxqui restent à élucider et qui se posent en véritablesimpasses,
défiant à la fois le droit pénal général et le droit pénal spécial, mieuxl’ensemble
des sciences criminelles.
3. Rôle du droit pénal spécial au sein du droit criminel
Le droit pénal perçu comme l’expressionjuridique de la réaction sociale
anticriminelle,est la branchedu droit positif qui tend à prévenirvigoureusement,
à réparer énergiquementet à réprimeref ficacement les atteintes à l’ordre social.
Son principe d’action consiste à tirer avantage de la crainte de la coercitionen
utilisant la peur commemécanismenormal de droit11. Ses instrumentsde travail
sont d’une part l’infraction, entité juridique abstraite définissant les
comportements, actions ou omissions 12, prohibés; d’autre part la peine, cette
sanction spécifique caractérisée par la souffrance physique, morale ou
patrimoniale qui est infligée au délinquant, et la mesure de sûreté, précaution
prophylactique censée prévenir la récidive d’un délinquant13.
Tel se manifeste le droit pénal, du moins dans une première approche
soulignantsa fonction répressive.Maiscelle-ci n’est pas la seule. Onpourraitmême
avancer que si tel avait été le cas, le droit pénal n’aurait pas bénéficié de toute
l’ascendance qu’onlui prête autant dans l’ordonnancementjuridique de la société
que dans le mécanismede régulation sociale résultant de celui-ci. Si en effet le
droit pénal n’avait été que répression,il aurait fini par résonnerde façon négative
comme un droit de terreur appelé à être tenu à l’écart des sociétés civilisées.
En réalité, cette fonction répressivefait corps avec une fonction axiologique
et une fonction “intégrante”, moins redoutables certes, mais plus actives et
11 CARBONNIERJean, Flexible droit. Pour une sociologiedu droit sans rigueur, 7è édition revue et
augmentée, LGDJ, Paris, 1992, voiren particulier le titre III “Les incertitudes du droit”, chapitre
XII “La part du droit dans l’angoisse contemporaine, pp. 165 et suiv., spécialement pp. 174-175.
12 PRADEL Jean ,Droit pénal général , 1. Introduction générale, 9è édition, Cujas, Paris, 1994, p. 298
13 MERLERoger et VITU André, Traité de droit criminel, Problèmes généraux de la législation
criminelle, droit pénal général, Editions Cujas, Paris, 1967, n° 495, pp. 502-503.
12
essentielles pour la survie de la société.
La fonction axiologique 14 du droit pénal découle de ce que celui-ci est le
reflet et la mesuredu système des valeurs d’une société. En effet, en réprimant
certains agissements, le droit pénal désigne a contrario les valeurs
fondamentales que la société juge particulièrementimportantes au point de les
protégersousla garantie de la contrainte pénale. De même, en prohibantcertaines
abstentions, le droit pénal crée ainsi des devoirs positifs correspondants qu’il
entend promouvoirpour le bien général.15 Aussi en mesurant le degré de
réprobation du droit pénal vis-à-vis des comportementsqu’il incrimine, et en
considérant les peines qu’il leur attache, il devrait être possiblede reconstruire
l’échelle des valeurs sociales et donc leur hiérarchie, et de découvrir
éventuellement les conflits de valeurs que celle-ci peut receler.
Il faut en effet bien admettre que le droit pénal - en particulier le droit
pénal spécial “qui détermine quelles sont les conduitespunissableset les sanctions
applicables à chacune d’elles”16 - repose sur un système de valeurs et les valeurs
relèvent du domaine de l’idéologie17. Chaquesociété, note R. GASSIN18, possède son
idéologie, c’est-à-dire “un système de valeurs et de principes d’action plus ou
moinsinconscientsqui inspirentles individusqui composentcette société dans leurs
attitudes et leur comportement” 19. Il s’ensuit que “les incriminationsdu droit pénal
spécial reflètent généralementles valeurset les besoinsfondamentaux de chaque
société; le droit pénal spécial est donc constitué de règles qui puisent leur
inspirationdans le systèmede valeurs de la société et dans la conceptionque
celle-ci se fait de son organisationpolitique, économique,sociale et culturelle”20.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier, comme l’indique A. HESNARD 21, que “le geste
criminelest inséparablede la valeur morale ou prémorale, éthique ou prééthique
que lui attribue son auteur”.
Soulignantprécisémentcette importante fonction du droit pénal, un auteur
écrit: “le droit pénal constitue le centre de convergencedes valeurs sociales qui
exigent une protection particulière de la part des pouvoirspublics”22. Certes, dit
VOUIN,le législateur trouve ces valeurs “dans les profondeurs de la conscience
14 Axiologique(des mots grecs “axia”, valeur et “logos”, discours) signifie : qui se rapporte aux
valeurs. C’est l’étude ou la théorie des valeurs. Voir COMBESJoseph, “Valeur et liberté”, Initiation
philosophique, PUF,
Paris, 1960, p. 5.
15 MERLERoger et VITU André, Traité de droit criminel, Problèmes généraux de la législation
criminelle, droit pénal général, procédure pénale, Cujas, Paris, 1967 n° 122, pp. 134-135; Jean
PRADEL, op. cit. p. 86.
16 STEFANI, LEVASSEURet BOULOC,“Droit pénal général”, 13ème édition, 1987, n° 38, cité par
Raymond GASSIN,“Criminologie” , 3 ème édition, Dalloz, 1994, p. 16, note 4.
17 GASSIN Raymond, op. cit., ibidem.
18 Idem, n° 412, p. 322.
19 BOUDON-BOURRICAUD, “Dictionnaire critique de la sociologie” , v° Idéologies, 275-281, cité par
GASSIN R., op. cit., n° 412, p. 322, note 3.
20 GASSIN R., op. cit., p. 16.
21 Cité par PINATEL Jean, “Le phénomène criminel”, L’Encyclopédiede poche, Le monde de ...,
Collection dirigée par BROWALYS Xavier, éd. M.A., Paris, 1987, p. 217.
22 LEAUTE Jacques, “Droit pénal et démocratie”, Mélanges
in ANCEL , éd. Pedone, 1975, pp. 151 à 156.
13
sociale où les lois s’élaborent et puisent leur autorité”23. Cependant, il n’y va pas
sans encombre.En effet, tant en sanctionnant les autres disciplines juridiques
qu’en créant ou définissant les obligationsde façon autonome,le législateur pénal
se trouve souventembarrassédans le choixdes valeurs à consacrer, car, il arrive
que celles-ci apparaissent à la fois si paradoxales et importantes qu’il serait
dif ficile de concilier leur garantie dans une même législation ou de protéger
strictement les unes sans sacrifier les autres.”
Quant à la fonction intégrante du droit pénal, elle résulte de ce qu’il s’impose
commele droit sanctionnateurde tous les autres droits24. Il convientcependant de
nuancer l’expression“droit sanctionnateur de tous les autres droits” qui traduit
une certaine idée “impérialiste”du droit pénal25 et qui, pour cela, est faiblement
rassembleuse.En réalité, le droit pénal prête ses vertus sanctionnatrices aux
autres droits qui éprouventle besoinde sanctionner fermement les obligations
qu’ils édictent. Il s’agit généralementde disciplinesjeunes qui n’ont pas encore
mûri leur propre système de sanctions et qui développent des règles nouvelles
souventdif ficiles à faire accepter. C’est le cas des réglementationséconomiqueset
sociales. Mais les branches juridiques plus anciennes ne répugnent guère de
recourir aux mêmes avantages. Les incriminationscontre la sûreté intérieure de
l’Etat, les délits électoraux,les infractions qui tendent à réprimerdans le chef des
fonctionnaires les manquementsà leurs devoirs, les infractions fiscales, etc...,
viennent sanctionner des agissements contraires aux prescrits de droit
constitutionnel, de droit administratif, de droitfiscal qui relèvent du droit public.
26
Ce rôle sanctionnateurque le droit pénal est appelé à jouer au sein de toutes
les branchesdu droit en fait un véritable ciment qui, au-delà de la spécificité et
de l’individualitéde chacunede celles-ci, permet de les retenir dans cet ensemble
normatif qui constituel’ordre public,ou mieuxl’ordonnancementjuridique. Par sa
fonction sanctionnatrice, le droit pénal apparaît donc comme l’élément
intégrateur de tout le système juridique. Ceci expliquequ’il soit particulièrement
sensible à l’évolutiondes conceptions philosophiques,politiques, économiqueset
sociales qui sont à la base des transformations juridiques imposées par les
orientations nouvelles.
Cette fonction intégrante du droit pénal se concrétisegrâce à une interaction
entre deux niveauxd’interventionrépressive.Le premierniveau est celui du droit
pénal “primaire” ou “droit pénal commun” 27, c’est-à-dire le droit pénal
23 VOUIN R. , Justice criminelle et autonomie du droit pénal,Dalloz,
in chronique , 1947, p.83.
24 PRADEL Jean , op. cit., p. 84
25 A ce sujet, le juriste allemand BINDINGdisait que le droit pénal a un rôle de “prestations de
sanctions”aux commandementsjuridiquesprovenantd’autres branchesdu droit, c’est-à-dire que
le droit pénal agit “commele gendarme du droit en général”, in DARGENTAS E., La normepénale et
la rechercheautonomedes valeursdignes de la protectionpénale, Essai sur la théorie générale du
droit pénal, inRev. pénit. et dr. pén. 77, p. 411 et s.
26 STEFANIGaston , LEVASSEUR Georges et BOULOC Bernard , Droitpénal général, Précis Dalloz, 14
ème édition, Paris, 1992, n°31 et suiv., pp. 24 et suiv.
27 TULKENS Françoiseet VANDE KERCHOVE Michel, Certitudes et incertitudes dans l’évolutiondu
droit pénal en Belgique (1976-1987), Centre de Recherches de politiquecriminelle, Archivesde
politique criminelle n°11, Edition A. Pedone, Paris, 1989, p.202.
14
fondamental ou ordinaire tel qu’il résulte des textes de base régissant cette
discipline. Ce droit pénal “primaire”,gardien de l’ordre public, exprimeles grands
principes qui président à l’organisationet au fonctionnement de la société. Le
second niveau est celui du droit pénal “secondaire”ou “parasitaire” c’est-à-dire
ce “droit pénal particulier”sécrété par des disciplinesjuridiques de droit publicou
de droit privé qui ont repris dans leurs normes des mécanismes répressifs
spécifiques : droit pénal fiscal, droit pénal du travail, droit pénal de
l’environnement,droit pénal douanier, etc.. Il est évident que ce droit pénal
“secondaire” ou “parasitaire” ne peut être véritablement ef ficace que s’il
entretient des liens plus ou moins étroits avec le droit pénal “primaire”tout en
accrochant la matière au service de laquelle il est placé.
Il va de soi que cette interaction aménage des canaux d’influences
réciproquesdu droit pénal “primaire”,du droit pénal “secondaire”et du droit que
celui-ci appuie. Il serait notamment intéressant de s’interroger ici sur ce que
devient par exemplele principe de l’autonomiedu droit pénal dans cette triple
interaction. On peut donc avancer que c’est à travers cette interactionque le droit
pénal exerce sa triple fonction intégrante, axiologiqueet répressive,et donne de
lui-même une vue particulièrement dynamique qu’il nous paraît intéressant
d’établir.
4. Rapport entre le Droit Pénal Général et le Droit Pénal Spécial
Nousavonsvu précédemmentque le DroitPénal s’entend de « l’ensembledes
règles juridiques qui organisentla réaction de l’Etat vis à vis des infractions et des
délinquants ».3
Dans ce sens, la réaction étatique ou sociale, qui comprend aussi bien la
répressionque la préventionet la rééducation, obéit à des règles tout à la fois
générales, abstraites que spéci
fiques et concrètes.
Les unes relèvent de la branchedite générale du DroitPénal, les autres de la
branche dite spéciale.
Alors que la première branche du Droit Pénal, appelée Droit Pénal Général,
organise et étudie les règles communesapplicables à toutes les infractions en
général en définissant les grands principes généraux de l’intervention de la
réaction étatique comme par exemple :
- La responsabilité pénale ;
- L’imputabilité ;
- la co-activité ou la participation criminelle, etc.
La deuxièmebranche, dénomméeDroit Pénal spécial, décrit d’une manière
concrète, particulière, spécifique chacune des incriminations listées par le
législateur dans leurs éléments constitutif spéciauxrespectifs, leurs modalités de
3DONNEDIEU
DE VABRES,« Traité élémentairede droit pénal et de législationcomparée», Sirey, 3è éd., 1947, p.
1.
15
répression ainsi que leur régime juridique propre.
Ainsi le DroitPénal Spécial se définit par oppositionau DroitPénal Général et
se comprendcomme« une disciplinedes sciencescriminellesconsacréeà l’étude
concrète et particulière de chaque incriminationprécisant ses éléments
constitutifsspéciaux,les modalitésde sa répression ainsique sonrégimejuridique
propre». 29
Le DroitPénal Général dit ce qu’est l’infraction ; quand il y a infraction ; les
éléments généraux légaux et les conditions de son existence et les critères de
l’interventionde la sanction, autrement dit commentla responsabilitépénale doit
être appréciée par le juge lorsqu’une infraction est commise.
C’est que, le DroitPénal Général fixe le cadre juridique définit par l’Etat pour
l’exercice de la réaction sociale anti-criminelle.
C’est aussi dans ce cadre qu’intervientnaturellement le Droit Pénal Spécial.
Toutefois, alors que le Droit Pénal Général reste un Droit abstrait, théorique, le
Droit Pénal Spécial constitue le Droit Pénal Concret, pratique, en ce qu’il étudie
chaqueinfraction à réprimerdans le cadre juridique préfixé par l’Etat, déterminé
par lui, en étudie de façon concrète, approfondie, particulière les éléments
constitutifs de façon à dégager sa structure spécifique, ses concepts les plus
importants.
Le Droit Pénal Spécial est la concrétisationde la règle pénale au regard de
l’infraction.
Cependant, les deux sont liés dès la création (c’est la thèse de la
concomitancede l’existence du Droit Pénal Spécial et du Droit Pénal Général) du
DroitPénal dans la pensée du législateurdont le soucipremiera été de cataloguer
dans leur nature spécifique les divers agissementspossiblesjugés dangereux pour
la paix, l’ordre et la tranquillité publics. Il est donc évident que la démarche du
législateur s’inscrivait dès le départ dans les limites fixées par des principes
généraux inhérents à sa pensée juridique et portés par le Droit Pénal Spécial.
Ainsi dès l’originedu Droit Pénal, existe une sorte de magma juridique, un
tassement normatif qui, avec le développement,a connuun détachement des deux
branches tout en restant imbriquéel’une dans l’autre. D’où l’impertinencede la
sempiternelle question de la primauté du Droit Pénal Spécial sur le Droit Pénal
Général et vice versa.
En revanche, le point important dans ces rapports consiste à mettre en
lumière les liens d’échange, de compénétration,de communicationpermanente
entre les principesdu DroitPénal Général et leur concrétisationpar le DroitPénal
Spécial.
29 LIKULIA BOLONGO, « Droit Pénal spécial Zaïrois », Tomeè édition,
I, 2 L.G.D.J., 1985, p. 11.
16
En définitive donc, il y a lieu de retenir que dans leurs rapports mutuels, le
DroitPénal Général édicte les principes,le DroitPénal Spécialles appliquede façon
concrète, particulière.
Plus la société se développe, plus apparaît le besoinde la spécialisationdu
droit pénal général et du droit pénal spécial. Nouspouvonsdonc dire que le débat
sur la primauté du droit pénal général ou du droit pénal spécial n’est pas
pertinent. On peut dire que ces deux droits coexistent.
5. Spécificité du Droit Pénal
5.1. Spécificité théorique
Cette spécificité renvoieau particularismedu droit pénal. Qu’est-ce qui fait
la particularité du droit pénal de façon globale ?
On peut citer trois caractéristiquesqui marquent le particularismedu droit
pénal :
1. Le droit pénal accorde une importanceparticulière aux éléments de fait. En
effet le Droit Pénal se construit à partir des faits culpeux c’est à dire qu’il
tient comptedes conditions,des circonstancesde temps, de lieu, de climat, le
nombre des participants à l’acte coupable en question la personnalité du
délinquant, son âge, son sexe. Tous les éléments sont déterminants pour le
droit pénal. Car, ils jouent un rôle très important dans la qualification, la
poursuite,la procédure, la fixation, l’appréciationde la responsabilitépénale.
C’est ce caractère factuel qui fait que, parmi les disciplines juridiques, le
droit pénal spécial soit celle qui ne s’exprimeque par la voie judiciaire : C’est
le droit judiciaire par excellence.
2 - Le Droit Pénal est une discipline peu sereine : c’est le droit de la peur
c’est-à-dire qu’il utilise la peur pour faire respecter l’ordre juridique et
l’ordre social. La peur de la contrainte physique,la peur de la prison, la peur
de la sanction corporelle,la plus élevée étant la peine de mort.
- Le droit pénal n’est pas non plus serein parce que, contrairementaux autres
disciplines, le droit pénal est peu stable. Il évolue avec la société. Et si le
rythme de changementssociauxest rapide, l ‘évolutiondu droit pénal se fera
aussi rapidement. De ce fait, le droit pénal spécial qui s’attache à la moralité,
laquelle moralitéévolueavec la société, évolueaussi dans le mêmerythme. Le
rythme des mutations, s’il est important, rapide, l’évolutiondu Droit Pénal se
fera également rapidement. Le DroitPénal Spécial s’attache à ce que l’on peut
appeler moralité sociale en public laquelle est en changement fréquent,
presqueconstant ; le Droit Pénal Spécial évolueavec elle. Bref, le Droit Pénal
17
Spécial se trouve en phase avec l’évolution de la société.
3. Le droit pénal présente le particularismede faire appel à
des disciplinesscientifiques des sciences humainesou des sciences exactes qui
concourent à la compréhension des comportements humains : sociologie
psychologie,philosophie,économie,etc. elles participent à la réflexion du Droit
pénal.
Même par rapport au particularismedu droit pénal, le droit pénal spécial
paraît particulier. C’est un droit judiciaire et donc processuel. Le droit pénal
spécial est un droit du procès ; un droit de la réaction sociale contre l’infraction.
Il commencedès la commissionde l’infraction et s’arrête avec la dernière mesure
de reclassement social du délinquant en passant par le jugement réagissant à
cette infraction. En effet, la réaction sociale commencedès la commissionde
l’infraction et se termine par le jugement réagissant à cette infraction. Le procès
comprisdans le sens du momentde la réaction sociale qui commencepar l’instant
de la commissionde l’infraction et qui se terminepar la décisionréagissant à cette
réaction. Il faut retenir que pendant le procès, il y a aussi l’intervention des
autres disciplines criminelles dont la criminologie,la victimologie,la procédure
pénale, la pénologie, la politique criminelle, la psychologie criminelle, etc.
5.2 Spécificité technique
C’est le fait que le droit pénal spécial, techniquement,méthodologiquement,
s’attache à définir l’infraction à travers ses différents éléments constitutifs :
l’élément légal, l’élément matériel, l’élément moral.
• L’élémentlégal : C’est la base légale, le siège légal de l’infraction. Sans élément
légal, il n’existepas d’infraction. Ondoit donc le recherchersystématiquement
dans toute infraction.
• L’Elément matériel : C’est l’élément qui spécifie l’acte, le comportement,
l’abstention prohibée.
Mais il faut retenir que le droit spécial évolueparce que, de plus en plus, on se
trouve en face d’infractions immatérielles, virtuelles. C’est le cas de la
cybercriminalité.
• L’élémentmoral c’est l’élément intentionnel, la volonté, la tension, la pulsion
psychologique qui détermine l’auteur de l’infraction.
A ces trois premierséléments, il faut ajouter un quatrième élément qui les
supplante tous : c’est l’élément évaluant, l’élément axiologique.C’est à ce niveau
que la psychologiepénale intervient. Chaque infraction apparaît donc comme
l’expression d’une valeur et d’une contre-valeur.
Exemple : Le meurtre est l’expression d’une contre-valeur qui est le fait de tuer.
Et c’est la philosophie pénale qui dit que tuer est une contre-valeur.
18
La valeur expriméeici, c’est la protectionde la vie. L’élémentévaluant c’est
donc la protection de la vie.
Quel est l’intérêt de cet élément ?
L’intérêt de l ‘élément évaluant réside dans le fait qu’il éclaire
l’interpellation et l’analyse de l’ensemble de l’infraction. Quand on connaît la
valeur protégée par une infraction, on se fixe ainsi un cadre d’analyse et
d’interprétation de l’infraction conforme à la volonté du législateur au domaine
qu’il a délimité.
Ceci relève du domainenon seulement de la philosophiedu droit mais aussi
de la théorie du Droit.
6 . Nature juridique du droit pénal spécial
Le Droit Pénal Spécial relève-t-il du Droit Privé ou du Droit Public ?
Si cette classification est pertinente, on doit pouvoirattacher le droit pénal
spécial soit au Droit public soit au Droit Privé.
La controverseest pendante en doctrine : un courant estime que le droit
pénal est une composante du droit public alors qu’un autre le place dans la
catégorie du droit privé .
1. La doctrinequi soutientle rattachementdu droit pénal au droit public
avance les arguments ci-après :
1)Le droit pénal recourt aux moyensde la contrainte publique.C’est un droit
d’ordre publicparce qu‘il s’imposeerga omnes, au moyen de la contrainte
publique.
2)Le droit pénal est un droit d’ordre public : il s’imposeerga omnesau moyen
de la contrainte publique. Ainsi donc, le droit pénal ne peut être que
l’expression des institutions publiques
.
2. La doctrinequi soutientle rattachementdu droit pénal au droit privé
estime que :
1)L’infraction cause souvent un préjudice à une personne privée, à un
individu et donc lieu au déclenchement de l’action civile ;
2)La réparation du préjudice qu’appelle l’action civile ainsi déclenchée
détermine les particulières à jouer un rôle dans la poursuite de
l’infraction. En effet, s’il est vrai que l’action civile se greffe sur l’action
publique, il n’est pas moins vrai que la victime de l’infraction porte son
action civile en réparation devant le même tribunal répressif saisi en
même temps de l’action publique ;
19
3)Le droit pénal connaît son application devant les juridictions judiciaires
et non devant les juridictions administratives sensées mettre en
mouvement le droit public ;
4)La notionde faute à la base de la responsabilitépénale tout autant que de
la responsabilitécivileest donc une notioncommeen droit privéet au droit
pénal ;
5)Le cas de l’infraction d’adultère serait très illustratif de l’appartenance
du droit pénal au droit Privé. En effet la répressionde l’adultère appelle
la plainte préalable de l’époux offensé. Sans cette plainte, il n’y a pas
d’infraction, l’époux ne se considérant pas offensé.
Entre ces deux écoles, il y a une autre tendance doctrinale qui a pris
beaucoupd’ampleur et qui reconnaît au droit pénal une nature mixte. Certains
auteurs parlent d’une branche d’un troisièmegroupe ou d’un troisièmerang des
règles juridiques.
Cette thèse est critiquée parce que l’on dit que la catégorie sui generis est
celle qu’onutilise quand on ne sait pas catégoriserune institution. Cette démarche
procède de la faiblesse technique du droit.
Une autre tendance nouvelle apparaît entre ces trois tendances estimant
que le problèmede classification du droit pénal en DroitPublicet en DroitPrivé est
en réalité un faux problème. Elle serait en fait une question indécidable,
informulable. Cette tendance qu’exprimele professeur GASSENinvoque ce qu’on
appelle le paradoxe Crétois qui s’exprime ainsi :
Epiménidedit que les Crétoissont menteurs.Epiménideest crétois. Doncil est
menteur. Donc il ment en disant que les Crétois sont menteurs. Mais s’il a menti,
c’est qu’il prouve que les Crétois sont menteurs.
Vasseur, quant à lui, propose une autre classification qui s’appuie sur les
postulats suivants :
1° La fonction du droit est d’assurer la régulation des actions
humaines, individuelles et collectives dans la société.
2° Or, la praxiologiequi est la science des actes que peut poser
l’hommedistingue dans les actes que représente l’action humainedeux choses : l’
emploides moyensdestinés à atteindre les objectifs et ces derniers. Il met aussi
en exergueles relations entre les deux et propose, en conséquence,trois grandes
catégories :
- Le droit des moyens ;
- Le droit des objectifs ;
- Le droit des relations entre les moyens et les objectifs.
Ainsi, il faudrait classifier le droit entre le droit des moyens, le droit des
20
objectifs et le droit des relations entre les moyenset les objectifs. Et dans cette
perspective,le droit pénal serait le droit des moyensparce qu’il consisteà interdire
et à sanctionner le recours à ces deux types de moyensà savoir la violenceet la
ruse.
Parce que le DroitPénal consisteà interdire et à sanctionnerle recoursà ces
deux types d’abus, toutes les infractions peuventêtre catégoriséesentre moyenset
buts.
Finalement, ce qui nous intéresse c’est l’évocationdu droit pénal en tant que
droit qui interdit le recours à la violence et à la ruse.
La violence et la ruse viennent ainsi préciser l’élément évaluant de
l’infraction. Ondoit donc sentir dans une valeur la protectioncontre la violenceet
la ruse.
En attendant que la doctrine tranche, ce qui est intéressant, c’est l’évocation
du Droit Pénal en tant qu’il interdit le recours à la violence et à la ruse.
7. Intérêt de l’étude du droit pénal spécial
Cet intérêt apparaît dans le fait que le droit pénal est sanctionnateur.
L’étudedu droit pénal nouspermet ainsi d’étudier la sanctionpénale qui est la plus
forte, frappe la personne dans son honneur sa dignité dans sa vie dans sa la
liberté ainsi le législateur attache la sanction a ses règles les plus importantes. Le
premier intérêt est de connaître les actes prohibéspar la société 2 les valeurs
protégées3 par la jurimétrie le DroitPénal Spécial permet de mesurerla pression
pénale dans la société Lorsquela règle de droit est jugée commefondamentale
c'est-à-dire protégeant les valeurs essentielles c’est-à-dire fondamentales,
axiologiqueset c’est le DroitPénal Spécial qui permet de ressortircette fonction le
droit pénal spécial nous révèle les valeurs fondamentales de la société et que
celles-ci protégent par la sanction le principe de la nécessite de la sanction pénale
8. Sources du droit pénal spécial
Par sourcedu D.P.S., on entend les formes que revêt la règle de droit et de ce
point de vue, on retiendra en matière pénale 2 sources :
La loi et la coutume.
1) La loi
En matière pénale, la loi occupeune telle place qu’elle est considéréecomme
étant la source unique. C’est l’application même du principe de la légalité des
délits et des peines.
Il n’y a que la loi seule qui peut ériger les incriminations.
21
2) La coutume
C’est une pratique constante qui revêt un caractère juridique contraignant.
Elle remplit une fonction réduite puisquele droit pénal est dominé par la LEX
SCRIPTA. Maisau Congo,la coutumeest tolérée en vertu de la loi. Plus précisément,
le décret du 25 Avril 1926 sur les juridictions dites indigènes ( juridictions
coutumières).Mais la coutumeest appliquéeseulementsi elle est conformeà la loi
et à l’ordre public.
Ex :
- L’escroquerie à la dot ( infraction coutumière)
- Le non – respect au chef coutumier est aussi une intention coutumière.
- Il en est de même pour la sorcellerie. Elle est jugée devant le tribunal
coutumier ou de district.
Remarque:
La doctrine et la jurisprudencene sont pas des sourcesà proprementparler ;
Mais des autorités en Droit.
3) La jurisprudence
:
Son rôle est très faible en matière pénale. Une décision judiciaire prise en
matière pénale est moinsautoritaire car elle ne commandepas mais recommande
qu’onla suive. Le juge a moinsde pouvoir,il ne peut créer des incriminationset il
ne peut qu’appliquercelles qui existent par la volonté de la loi. Son rôle consiste
tout au plus à interpréter la loi.
4) La doctrine:
Il faut voirdans la doctrine une simpleautorité que le législateur et le juge
peuvent à leur gré suivre ou ne pas suivre. Les auteurs ne peuvent qu’inspirerle
législateur et le juge.
9. Méthodologie
du droit pénal spécial
La méthode du Droit pénal spécial consiste à répondre à son objet :-
- définir l’infraction
- précise sa base égale
- disséquer ses éléments consécutifs
- indiquer son régime juridique .
1°) Définir l’infractionfait appelà la méthodeexégétique . Celle-ci consisteà
se référer aux textes des lois pour en ressortir la définition du législateur. Le
premier réflexe en Droit Pénal Spécial est de rechercherla base légale, le texte
incriminateur, pourvérifier si le législateury a défini l’infraction. S’il y en a une,
22
le Droit Pénal Spécial s’en tient à celle-là. Généralement, elle n’est pas toujours
claire. D’oùun travail d’analyse, d’approfondissementexégétiquedu texte légal qui
conduit à l’analyse conceptuelle ou à celle des contenus.L’analysedes conceptset
celle des contenus sont des techniques propre à la méthode exégétique pour
comprendre l’infraction.
Ex, art. 79 : le vol s’entend de « quiconquea soustrait frauduleusement une
chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol. »L’analyseconceptuelle va
conduire le Droit Pénal Spécial à approfondir la notion ou le concept de chose :
qu’est-ce qu’une chose ? Soustrairequ’est-ce ? que signifie « frauduleusement »?
Le Droit Pénal Spécial doit pouvoir af firmer que le Vol est la soustraction
frauduleuse d’une chose mobilière appartenant à autrui.
Mais avant d’en arriver à cette étude, il sied d’abord de déterminer le siège
de la matière, de trouverle texte incriminateur dans le code. Commentnaviguer
dans le code ? Il faut donc rechercher la base légale.
2°) Rechercheret préciserla baselégalefait recoursauxcatégoriespénales.
Quelles sont les grandes catégories pénales :
- les personnes ;
- les biens ;
- la famille ;
- l’Etat ou plus globalement la chose publique ;
- l’humanité dans son ensemble.
La protectionpénale des personness’appliqueà leurs biens tout commecelle
de la famille. Celle de protectionde l’Etat impliquecelle des bienspublics.Celle de
l’humanité, les biens de l’humanité.
Chaquecatégorie pénale a ses règles propresaussi bien celles de Droit Pénal
Spécial, de Droit Pénal Général que celles de droit de forme.
Donc ici il est fait recourt à la méthode a rubrica.
3°) Disséquer les éléments constitutifs de l’infraction
Il s’agit de déstructurer l’infraction. C’est qu’en parlant de la loi, l’on met en
exergue la structure légale de l’infraction. Ici donc intervient la méthode
structurale. Elle permet de découvrir par exemple que l’infraction sous étude
comporte :
- un élément légal ,
- un élément matériel, l’acte, le comportement ;
- un élément moral : l’intention ou encore l’élément psychologique.
A ces deux éléments, il sied d’ajouter, un premier élément axiologiquequi
indique la valeur, l’intérêt juridique protégé spécialement par cette incrimination.
Ex : dans le vol, l’élément axiologique est la propriété privée mobilière.
23
Il existe des techniquesspéciales pour identifier à partir d’une proposition,
la ou les valeurs centrales de celles qui lui sont périphériques.
Pour déterminer l ‘élément matériel et moral : Exégèse. Ne pas confondre le
dol et le mobile.L’élémentmoralc'est-à-dire intentionnelconsisteà rechercherla
faute volontaire, intentionnelle de l’agent. Dans la faute se trouve la notion du
dol, concept pénal technique à ne pas confondre avec le mobile.
4°) Indiquer le régime répressif
Il est déduit de la règle pénale. L’exégèseavec l’analyse des concepts et des
contenusest de mise. En effet, généralementla peine est indiquéedans les textes
légaux sauf en cas de règle pénale imparfaite. La règle parfaite est celle qui
contient un élément incriminant et un élément sanctionnateur.
C’est l’élément sanctionnateurqui permet de dégager le régimerépressif. En
cas de règle imparfaite, l’élément incriminateursera recherché dans une autre
disposition. (art 365 au 395 du code de la famille ex d’élément incriminant
diffus). La règle pénale de fond contient le régime répressif. Mais le régime
procéduralest à rechercherdans la règle pénale de forme. Parce que le législateur
prévoit une procédure spécifique pour certaine infraction par exemple adultère.
10. Techniquedu droit pénal spécial : la qualification
des faits et l’interprétation de la loi pénale
30
A. LA QUALIFICATION DES FAITS
La qualification est une questionprimordialeen droit pénal spécial à cause
du principe de la légalité des délits et des peines. Le juge doit tenir compte des
incriminations et des sanctions prévues par la loi.
Pour cela, il doit respecter certaines règles pour qualifier les faits. C’est ainsi
qu’il doit rechercher la qualification exacte des faits poursuivis.
Autrement dit, il doit confronter les faits avec le texte incriminateurpour
vérifier et établir que les éléments constitutifs de l’infraction retenue se trouvent
bien réunis dans le cas d’espèce.
A cet égard, on distingue généralement la qualification légale de la
qualification judiciaire.
La qualification légale est celle qui est définie d’une manièreabstraite par la
loi ou mieuxcelle qui se cristallise en un texte de la loi et qui constitue ce que l’on
30 Lire à ce sujet Likulia, B,Op. cit., pp. 18-33.
24
appelle classiquement l’élément légal de l’infraction.
La qualification légale est institutive, prescriptive, créatrice du texte
incriminateur et par ce fait même de l’incrimination.
La qualification judiciaire, elle, est une opération par laquelle l’autorité
judiciaire fait correspondreles faits qui paraissent antisociauxà la qualification
légale de telle sorte que l’interventionde la sanction pénale supposel’existence
préalable d’un texte de loi.
La qualification judiciaire ne peut être, en vertu du principe de la légalité,
qu’une opération déclarative tendant à identifier les agissementscriminelset à
constater que les conditionsrequisespar la loi sont réuniespourl’interventionde la
sanction pénale.
Cette opérationde qualification est l’un des problèmesles plus importantsdu
droit pénal spécial compte tenu des conséquences qui en découlent pour la
personne poursuivie. Car c’est d’elle que dépendent le régime juridique et
procédural ainsi que la sanction et la note d’infamie.
Aussi l’autorité judiciaire est-elle tenue de qualifier correctement par la
cristallisation exacte du texte de la loi le fait dont elle est saisie.
Cette recherchede la dispositionlégale applicable sera facilitée en principe
par la connaissance approfondie du droit pénal spécial.
De ce devoirdécoule un certain nombrede conséquences.D’abord,lorsquele
texte incriminateurn’existe pas, aucune qualification ne peut être retenue. Il en
est ainsi lorsqu’une activité apparemment antisociale, susceptible de troubler
l’ordre public ou même immoralne viole aucune dispositionlégale. Tel est le cas
d’un individuqui commetun inceste ou qui a des relations sexuellesnormalesavec
une jeune fille âgée de plus de quatorze ans qui était consentante même si l’acte
sexuel provoqueune grossesse.N’est pas non plus punissablecelui qui pratique un
avortementthérapeutiqueou celui qui ne paie pas le prix d’une chose, objet d’une
vente régulièreet parfaite. Dansce cas, le parquet doit classer l’affaire sans suite.
Si le tribunal est saisi, il doit prononcer l’acquittement.
Ensuite, lorsque les faits paraissent répréhensibles, l’autorité judiciaire
recherche le texte incriminateur et, après l’avoir découvert, elle procède à
l’isolement de la qualification légale susceptible d’être retenue pour le cas
d’espèce. Pour y parvenir elle doit recourirà un certain nombrede méthodes et
principesdont les uns applicables à toutes les hypothèsesde qualifications et les
autres aux seules qualifications multiples.
I. Principes et méthodes applicables à toutes les hypothèses fication
de quali
Ici, il existe trois principes qui doivent guider l’autorité judiciaire dans sa
25
démarche destinée à découvrir la quali
fication adéquate à savoir :
• Quelle peut adopter provisoirementune qualification ; C’est la méthode dite
de qualifications successives ;
• Que celle-ci est susceptible de modification au cours du procès ;
• Et que toute qualification s’apprécie et se cristallise au moment des faits.
1.1. Méthode de quali
fications successives
Ce principe veut que toute qualification soit susceptible de substitution
successive par l’autorité saisie des faits. En effet, dès que les agissements
répréhensiblessont portés à la connaissancede l’autorité compétente,celle-ci doit
adopter, au moinsprovisoirement,une qualification apparemmentlégale pour lui
permettre d’orienter l’enquête ou l’instruction, de rassembler les éléments de
preuve et surtout d’engager les poursuites.
Au fur et à mesure que progresse l’enquête ou l’instruction, l’autorité
compétente peut, à la lumière des éléments nouveaux,abandonner la première
qualification pour adopter une nouvellequalification. Après cette substitution,elle
peut mêmerevenirà la premièrequalification si elle l’estimeplus conformeà la loi.
Cette opération dite « de qualifications successive» se poursuivraainsi jusqu’au
momentoù il sera établi que la qualification retenue correspondexactementà celle
prévue par la loi à l’exclusion de toute autre.
1. 2. Le principepermettantla modificationde la qualificationau coursdu procès
pénal
Aussi longtemps que la décision judiciaire n’est pas encore devenue
irrévocable, toute quali
fication est susceptible de modi
fication.
En effet, le parquet n’est pas lié par la qualification retenue par l’officier de
police judiciaire ou par la partie lésée dans sa plainte. De mêmela juridiction de
jugement étant saisie de faits, elle peut souverainementmodifier la qualification
qui lui est proposéepar l’officier du ministrepublicou par la partie civileen cas de
citation directe. La jurisprudence estime mêmeque le juge est saisi des faits avec
toutes leurs conséquences,fussent-elles légalement aggravanteslors même que la
citation n’en a pas fait état et n’est mêmepas lié par la qualification retenue dans
le libellé de la prévention.
26
La juridiction peut donc requalifier les faits, les disqualifier ou les déqualifier
1.Autrementdit elle peut modifier la qualification lui proposéedans n’importequel
sens. Elle le fera naturellement à la lumière des éléments nouveauxapparus au
coursdes débats ou mêmeen l’absencede ceux-ci lorsqu’elleestime qu’il y a eu une
erreur de droit dans la qualification.
En résumé, le juge peut donc soit admettre ou adopter la qualification
proposées’il la trouve correcte, soit la modifier au profit d’une autre qui peut lui
paraître plus exacte et plus conforme au texte de la loi, soit enfin la rejeter
purement et simplement lorsque les faits ne sont pas établis en droit.
Le juge d’appel et le juge de cassation procèdent également de la même
manière. Car ni l’un ni l’autre ne sont liés par la qualification du premierjuge. Ils
doivent, à leur tour, examiner l’exactitude de la première quali fication.
Il y a lieu de noter cependant que la cour suprêmede justice, en matière de
cassation, a été amenée à rectifier la qualification du juge du fond sans pour
autant casser la décision, en vertu de la « théorie dite de la peine justi
fiée ».
En effet, lorsqu’elleconstate que le juge du fond a commisune erreur de
qualification par exempleen retenant l’escroquerieau lieu de stellionat et que la
peine prononcéeest compriseentre les limitesprévuespar la loi ou si elle aurait pu
l’être tout aussi bien avec l’adoption de la qualification exacte, la cour suprême
rectifie l’erreur dans ses motifs ou dispositifs mais n’annule pas la décisioncar elle
estime que, la peine prononcée étant justifiée, il est sans intérêt pratique de
procéder à la cassation de la décision entreprise.
Le respect des droits de la défense exige cependant qu’en cas de
requalification s’opérantau niveau du jugement, les délais prévuspar la loi soient
accordés au prévenu pour répondre d’une quali
fication nouvelle.
Autrementdit, cette requalification doit être soumiseau prévenusoit par voie
de citation directe, soit par comparution volontaire auquel cas il renonce
expressément au bénéfice de la citation directe.
En cas de déqualification favorable, c’est-à-dire lorsque,par cette opération
de modification, le juge retient une nouvelle qualification moins grave que
l’ancienne, on considèreque les droits de la défense ne sont pas lésés ou violéset
que cette nouvelle qualification doit être adoptée même lorsque le prévenu fait
1 Requalification : opérationconsistant pourle juge à restituer leur exacte qualification aux faits et
actes litigieuxsans s’arrêter à la dénominationque les parties en auraient proposée.Ce devoirde
réqualifier est écarté lorsqueles parties, en vertu d’une accord exprèset pourles droits dont elles
ont libredisposition,ont lié le juge par les qualifications et points de droit auxquelselles entendent
limiter les débats ( Lexique de Termes Juridiques,ème 12éd Dalloz, Paris, 1999, p 459.
- Déqualification : opération qui conduit le juge à retenir une qualification moins grave par
rapport à celle des parties ou du Parquet ;
- Disqualification : rejeter pur et simple de la qualification dès lors qu’il s’avère que les faits ne
sont pas établis en droit .
27
défaut. La même solutiondoit être envisagéelorsqu’ily a égalité de gravité. Mais
les précautions doivent être prises pour ne pas égarer la défense.
1.3. Le principe de la cristallisation de la quali
fication.
La qualification doit s’apprécier et se cristalliser au temps de l’action.
Autrement dit, elle doit demeurer valable et insusceptibleou indifférent aux
modifications qui peuvent intervenirultérieurementen faveur du prévenu, même
en cas de repentir actif. C’est le principe dit de l’intangibilité ou de la
cristallisation de la quali
fication au moment des faits.
Ainsi, la qualification du vol subsiste contre le vendeur impayé qui reprend
frauduleusement le chose vendue, même si le contrat de vente est résolu par la
suite. Il en est de même du vol commispar un cohéritier indélicat qui soustrait
frauduleusement les objets indivis qui demeure poursuivable sous cette
qualification même si les objets lui reviennent au cours du partage. En matière
civile, il est d’ailleurs admis qu’est nulle, commevente de la société d’autrui, la
vente des biens successoraux à laquelle fait procéder seul un des cohéritiers.
La qualification du vol ou de l’escroqueriedemeure intangible même si la
chose, objet de l’infraction, est restituée avant toute poursuiteà la victimeou que
celle-ci renonce à la réparation du préjudice subi. La poursuite pour abus de
confiance n’est pas non plus paralysée par la nullité du contrat de droit privé
générateur de cette infraction.
Le remboursementdu montant détourné n’enlèvepas aux faits leur caractère
infractionnel.
L’émission
de chèquesans provisionest maintenuemêmesi, au coursdu procès,
il est démontré que l’instrumentou le titre utilisé ne constitue pas un chèque au
regard du droit commercialou que l’agent a payé le montant au bénéficiaire du
chèque.
Autrement dit, le fait d’honorer ultérieurementun chèque sans provisionne
peut modifier la qualification de l’émissionde chèque sans provisionretenue au
moment de la constatation du fait incriminé.
L’auteurdu violest punissablemêmesi ultérieurementles deux partenaires se
marient. La célébrationdu second mariage permet de retenir la qualification de
bigamie malgré le vice dont il est naturellement atteint.
Le principe de l’intangibilité de la qualification se fonde sur une double
conception qui est à la fois intellectualiste et autonomiste.
Intellectualiste d’abord puisqu’ellene prend en considérationque l’élément
psychologique en négligeant les suites favorablesou non de l’acte incriminéqui sont
étrangères à la volonté coupable.
28
Autonomiste ensuite puisqu’elle rejette ou ignore les règles posées par
d’autres disciplines juridiques en ne retenant que les solutionspropres au droit
pénal.
C’est cette conception,jugée autrefois de rébelliondu juge pénal, qui domine
aujourd’hui le droit répressif et fait de celui-ci une disciplineà la fois autonome,
autoritaire, contraignante, individualisante et spiritualiste.
A partir du momentoù l’intention coupableest prouvée, le tribunal la saisit
irrévocablement.Et, par conséquent,il a non seulementle droit mais aussi le devoir
de réprimerl’agent qui par des manœuvresou ruses, s’est montréhabileen tentant
de faire échec aux poursuitespénales et de s’assurer la protection du droit civil,
commercialou administratif. Il faut donc reconnaître au juge le pouvoirde
déjouer ces manœuvres en condamnant l’auteur d’un comportementcaractérisé
par la manifestation d’une mentalité astucieusement dangereuse et antisociale.
Ce principede la cristallisationde la qualification au temps de l’action n’a pas
une portée absolue, car il n’est pas applicable.
- lorsquele préalable l égal de l’infraction est effacé ou disparaît (par
exemplepar la prescription ,par l’immunitéjudiciaire ou politique)ou
n’existe pas (par exemple à défaut d’une plainte préalable lorsque
celle-ci est une condition de la poursuite) ;
- Lorsqu’unélément de l’infraction n’est pas établi ou vient à être
supprimé par le fait justificatif ou par l’effet de l’amnistie,
- Lorsque d’autres faits susceptibles de modifier la qualification
apparaissent (par exemple lorsque la préméditation n’est pas établie
pour retenir l’assassinat ou que l’élément qui caractérise le meurtre
commispour faciliter un vol ne se dégage pas des circonstancesde la
cause.
II . Principes applicables aux quali
fications multiples
.
L’opérationde qualification des faits qui consiste à découvrir le texte
incriminateuret appellation légale exacte met très souventl’autorité judiciaire en
présence de qualifications multiples susceptibles, toutes, d’être retenues.
Commentopérer le choixde la qualification légale sous laquelle sera poursuivi
le délinquant ?
Le choix que doit faire l’autorité judiciaire obéit à un certain nombre de
principesqui varient selon qu’il s’agit de qualifications incompatibles,alternatives
ou concurrentes.
2.1. L’hypothèse de quali
fications incompatibles
Les qualifications sont dites incompatibleslorsqu’elles s’excluent. D’où la
29
théorie de l’incompatibilitéde qualifications. Il en est ainsi lorsqu’uneinfraction
est la suite ou le moyende perpétrationd’une autre ou encore lorsqu’onse trouve
en présence de deux incriminationsdont l’une est générale, l’autre spéciale. Cette
théorie générale de l’incompatibilitéest ainsi triplement caractérisée car elle
permet de retenir l’infraction- fin, la plus haute expression pénale ou
l’incrimination spéciale.
- Principe de lafinalité d’une infraction
Ce principe qui permet de retenir la qualification résultant de
l’infraction- fin s’applique à deux situations.
La première situation est celle qui vise le cas où il existe plusieurs
incriminationsdont l’une est la suite logiqueet naturelle de l’autre. Dans ce cas on
retient la qualification qui résulte de « l’infraction- fin » en écartant celle de
« l’infraction-conséquence ».Il en est ainsi de celui qui blesse mortellementune
personneavec l’intention de la tuer et qui s’abstient de lui porter secoursavant la
production du résultat recherché. D’après ce principe, seule l’infraction de
meurtre qui est une infraction- fin sera retenue et non l’omissionde porter secours
à une personne en danger qui est la suite naturelle de l’autre.
De même, un voleur qui garde l’objet volé sera poursuivipour la seule
incrimination de vol (infraction- fin) et non pour celle de recel
(infraction-conséquence). Il serait en effet absurde et paradoxal de poursuivre
un voleurpouravoirconservél’objet volé, car s’il a voléc’est pourse l’approprierou
un meurtrierpour s’être abstenu volontairementde porter secoursà sa victime.La
deuxièmesituation est celle qui met en présence les infractions dont l’une est le
moyende perpétration de l’autre. C’est le cas lorsqu’undétournementde deniers
publicsa été réalisé au moyend’un faux document. Ce principepermet de retenir
la qualification de détournementde deniers publics(infraction- fin) en négligeant
l’infraction de faux (infraction-moyen). L’assassinat ou meurtre prémédité
perpétré par coups et blessuressera seul retenu (infraction- fin) à l’exclusiondu
meurtre simple et de coups et blessures(infraction-moyen).
L’empoisonnement consommépar l’administration des substances mortelles
qualifiées de poison(infraction- fin) exclut la qualification de l’administrationdes
substances nuisibles(infraction-moyen). L’escroquerie réalisée par un faux
documentsera seule retenue et non le faux et usage de faux qui ne constituequ’un
moyen frauduleux. C’est aussi le cas de l’imputation dommageableperpétrée à
l’aide de l’incriminationde faux en écriture publiquequi écarte cette dernière
qualification. Il en est de même du fait de tuer avec une arme de guerre qui
réalise également l’incriminationde coupset blessuresvolontaires.Cette dernière
incriminationne sera pas retenue. Le vol commisà l’aide de violences ou des
menacessera seul retenu à l’exclusiondes violencesqui peuventse caractériser par
des voies de fait.
Dans les deux cas, si la qualification la plus grave correspond à
30
« l’infraction- fin », le problèmene se pose pas. Il n’y a pas non plus de dif ficultés
lorsqueles deux incriminationssont de même gravité. Car, à gravité égale, c’est la
qualification de l’infraction- fin qui remportesur celle de l’infraction-conséquence
ou de l’infraction-moyen. Dans le cas contraire c’est un autre principe qui
s’applique ; celui de la plus haute expression pénale.
- Principe de la plus haute expression pénale.
En effet, lorsquela qualification résultant de l’infraction-conséquenceou de
l’infraction-moyen est plus grave, c’est celle-ci qui sera retenue. Ainsi lorsqueles
coupset blessuresvolontairesprovoquentla mort de la victimemais sans intention
de la donner, on ne retiendra pas la qualification de coupset blessuresvolontaires
(infraction- fin) mais celle de l’homicide préterintentionnel
(infration-conséquence). Il en est de même du meurtre commis
(infraction-moyen) pour faciliter le vol ou l’extorsion (l’infraction) qui sera
retenue ici mais celle de meurtre commis pour faciliter le vol ou l’extorsion
(infraction moyen).
- Principe de la spécialité d’une incrimination .
Ce principe est applicable lorsqu’onest en présence de deux qualifications
dont l’une est générale et l’autre spéciale.
En vertu de ce principe, c’est la qualification spéciale qui sera retenue au
détriment de la qualification générale à moins que la première ne se soit pas
juridiquement réalisée, auquel cas on retient la quali
fication générale.
Ainsi le vol d’effets militaires ou de chambrée (infraction spéciale) sera
toujours retenu au détriment du vol simple (infraction générale).
Le meurtre commis au moyen du poison qu’on qualifie
d’empoisonnement(infractionspéciale) sera toujours retenu à l’exclusion du
meurtre simple (infraction générale).
Ce n’est pas non plus le recel de l’article 101 du code pénal qui sera retenu
mais celui réalisé au profit d’un banqueroutiers’il porte sur tout ou partie de ses
biens. De même, les personnes qui auront recelé sciemment les objets et
instrumentsayant servi ou devant servir à commettreles infractions d’atteinte à
la sûreté de l’Etat seront poursuiviesnon pas sur la base de l’article 101 prévoyant
l’infraction général de recel, mais sur celle de l’article 217 du code pénal qui a
incriminé spécialement cette entreprise.
Pourque la théoriede l’incompatibilités’applique,il faut qu’il y ait un rapport
logiqueentre les diversesqualifications en présence. En l’absence de lien logique,
c’est-à-dire lorsquel’une des infractions n’est ni la suite naturelle ni le moyende
perpétration de l’autre ni spécialement spéciale, les diverses qualifications
correspondant aux faits peuvent être retenues soit cumulativement, soit
31
alternativement.
2. L’hypothèse de quali
fications alternatives.
Cette hypothèseest envisagéelorsqueplusieursqualifications résultant d’un
même fait peuvent être retenues alternativement en s’excluant. Ainsi celui qui
frappe ou blesse mortellement une personne peut être poursuivi sous la
qualification soit de meurtre si l’intention de tuer est établie ( art.44 du c.p.) soit
de l’assassinat (art.45 du c.p.). S’il y a eu préméditation,soit de l’empoisonnement
si le moyen utilisé est un poison (art.49 du code pénal), soit de l’homicide
préterintentionnel,en l’absence d’intention-homicide (art.48 du C.P.), soit enfin
de l’homicidepar imprudencelorsquecoup mortel a été porté involontairementet
sans que l’agent ait cherché la mort de la victime. Ces diverses qualifications
susceptiblesd’être retenues sont dites « alternatives », car elles s’excluent. Et le
juge retiendra l’une ou l’autre selon que les faits correspondentparfaitement aux
conditions et aux éléments légaux prévus pour la quali fication retenue.
3. L’hypothèse de quali
fications concurrentes
La théorie du concours de qualifications est envisagée lorsque l’autorité
judiciaire se trouve en présence de diverses qualifications qui s’adaptent, toutes,
exactement aux faits dont elle est saisie. Ces diverses qualifications sont dites
concurrentes,cumulativesou en conflit. Commentl’autorité judiciaire doit –elle se
comporteren présence de ces qualifications. On sait que celle-ci est dominée par
deux principes ;
- Le principe de cumul formel ou idéal de quali
fication
- Et le principe de cumul réel ou idéal de quali
fication
- Le principe de cumul formel ou idéal de quali
fications
Ce principe veut que, lorsque l’autorité judiciaire se trouve en présence de
diverses qualifications procédant d’une intention ou conception unique et
poursuivantun mêmebut, la sanction prévuepour la qualifications. Ce principeest
posé par l’article 20, al. 1er du code pénal, qui prévoitque « lorsquele même fait
constitue plusieurs infractions, la peine la plus forte sera seule prononcée ».
La jurisprudence dominante appuyée par la doctrine considère commeun
même fait permettant d’appliquer le principe de l’absorptionune répétition ou
successiond’actes criminelsoccasionnelsde même nature exécutésau cours d’une
même cérémonieou une séance de travail du délinquant, car on estime que cette
pluralité d’actions ne constitueque les modalitésde la réalisationd’une entreprise
criminelle d’ensemble caractérisée par une unité de conception et de but.
S’il est vrai que le principe du concours idéal d’infractions (principe de
l’absorption)permet de ne retenir que la plus haute expressionpénale, il n’est pas
exact d’af firmer, commele fait une partie de la jurisprudenceque dans ce cas « il
n’y a véritablement qu’une seule infraction».
32
Cette interprétation est critiquable, car la loi elle-même n’exclut pas les
autres infractions, elle se borne tout simplementà disposerque le juge prononce,
dans le cas du concoursformel ou idéal, seule la peine la plus forte sanctionnant
toute l’anti-socialité de l’entreprise criminelle.
Autrement dit, la peine prononcée englobe ou absorbe toutes les autres
résultant des qualifications moins graves, mais elle ne les élimine pas ou ne les
exclut pas.
Telle est, nous semble-t-il, la portée exacte du principe de l’absorptionqui
supposeun choixparmi les qualifications en conflit. Ce choiximpliqueque le juge
qualifie d’abord en droit tous les faits qui lui sont soumiset procède ensuite, après
l’opérationde qualification, à la plus grave réprimanttoute l’entreprisecriminelle.
Autrement dit cette sanction est réputée commune à toutes les infractions.
C’est heureusementdans ce sens que s’est prononcéeimplicitementla Cour
suprêmede justice en décidant que « si, dans le contrat crimineldu complot, la
résolutiond’agir, soit pour attenter contre la vie ou la personnedu chef de l’Etat,
soit pour détruire ou pour changer le régime constitutionnelou pour exciter les
citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres, s’est progressivement
élaborée, précisée et continuée, celle-ci est la manifestation d’une intervention
unique, entraînant par le fait même une sanction unique.
Cette interprétation qui donne à la loi son sens exact et sa portée réelle se
concilieparfaitement avec les conséquenceslogiquesqui découlent de la théoriedu
concoursidéal ou de cumul formel de qualifications se caractérisant non pas par
l’exclusion, mais par l’absorption des peines moins sévères.
D’abord,sur le plan pénal, ce systèmepermet de prononcerla sanctionprévue
pour la seconde qualification qui suit immédiatementen gravité, la qualification la
plus grave lorsqu’elle celle-ci n’est pas établie en droit ou en fait.
Le principe de l’exclusion ou de l’élimination pourrait conduire à
l’acquittement du prévenu. Il est ainsi au cours du procès, le préalable légal de
l’infraction la plus grave vient à être effacé ou à disparaître par exemple, par
l’effet de l’amnistie.
Dans ce cas on retiendra les autres qualifications. Ensuite, en ne retenant
qu’une seule infraction, on risque de ne pas poursuivreles complices ou les
coauteurs des infractions moins graves, qui, d’après cette opinion, doivent être
éliminées.Tel est le cas lorsqu’aucoursd’une mêmecérémonie,un agent, en tirant
sur son ennemi, tue, par maladresseune tierce personneet continueà pourchasser
son ennemi qu’un groupe d’individus arrête, l’aidant et lui permettant ainsi de
blessergrièvementavec l’intention de le tuer. Cet agent est auteur de l’infraction
de meurtre (sur la personnetuée par erreur) et de tentative de meurtre (sur son
ennemi). Les autres personnes sont complicesou coauteurs non pas du meurtre
33
mais de la tentative de meurtre. En prononçantune seule sanction, la plus forte
(prévenu pour meurtre) contre l’auteur principal tout en visant la tentative de
meurtre, on arrive ainsi à poursuivreégalement les autres participants du chef de
la seconde incrimination.
Enfin, sur le plan civil, si l’activité criminelle procédant d’une intention
unique provoquedes conséquencesdommageablesdiversement qualifiées à une
pluralité de personnes,il est tout à fait normalet logiquementnécessaired’établir
toutes les qualifications en les visant dans la décisionpourpermettre la réparation
équitable du préjudice causé à chaque victime.
Tel est le cas d’un individu qui, au cours de sa séance de travail, tue une
personne, tente de tuer une autre et blesser une troisième.
En résumé, le juge doit qualifier tous les faits qui lui sont soumis, mais
prononcerseulementla peine la plus forte qui est prévenuepourla qualification la
plus grave.
Dans sa décision, les autres qualifications doivent apparaître et visées. Et le
juge, après les avoir constatées, doit dire qu’il y a concoursidéal de qualifications
et prononcerla plus haute expressionpénale qui s’attache à la qualification la plus
grave qui englobe les autres réprimant ainsi toute l’antisocialité. Car elle est
réputée, comme on l’a dit, commune à toutes les quali fications.
A défaut d’activité unique,d’unité d’intention, de conceptionet de but, il n’y
a pas concours idéal d’infraction. Car on applique le principe de cumul réel.
- Le principe cumul réel ou matériel des fications
quali
Ce principe est posé par l’alinéa 2 de l’article 20 du code pénal, qui prescrit
que « lorsqu’ily a concoursde plusieursfaits constituant chacun une ou plusieurs
infractions, le juge prononceraune peine pourchaquefait et il cumulerales peines
prononcées ».
Autrement dit, le juge procède à la qualification de tous les faits et cumule
toutes les qualifications qui correspondent eux faits. Il s’agit en réalité du cas
d’une pluralité d’éléments moraux.
Une certaine opinion applique le principe de cumul réel de qualifications
même si elles procèdent d’une intention unique lorsqu’une pluralité d’actions
échelonnéesdans le temps réalise plusieursinfractions. Elle estime qu’il y a autant
des qualifications distinctement réalisées que de faits accompliset même si cette
activité se consommeau coursd’une mêmecérémonie.C’est ce qui ressort de l’arrêt
se consommeau cour d’appel d’Elisabethville,qui avait refusé l’application d’une
peine uniqueau concubin,qui, surprenant sa concubineavec un autre, tua l’un et
34
tenta de tuer l’autre.
Le problème de l’interprétation de la loi pénale
L’opérationde qualification qui permet de cristalliser le texte incriminateur
correspondant à l’entreprise criminelle donnée ne constitue qu’une phase de
l’œuvredu juge répressif, car il doit encore donner à ce texte applicablesa portée
réelle c’est-à-dire dégager son vrai sens, son sens exact en vue d’en assurer une
application correcte. Tel est l’objet de l’interprétation.
A cet égard, on distingue l’interprétation authentique de l’interprétation
judiciaire ou doctrinale.
1°. L’interprétation authentique
Elle est l’œuvredu législateur lui-même, qui, par un texte de loi, précise la
portée exacte d’une dispositionrépressive.Puisqu’elleémane de l’auteur de la loi,
elle est une force obligatoirepour l’autorité judiciaire. Cette interprétation dite
également législative peut soit être incluse dans le corps même du texte
incriminateur,soit faire l’objet d’un texte isolé pris après l’entrée en vigueurde la
loi interprétée.
L’interprétationincorporéedans le texte de la loi pénale se trouve dans de
nombreusesdispositionsgénérales et particulières. Il en est ainsi notamment de
l’ordonnance-loi n° 299 du 16 décembre1963 relative aux atteintes à la sûreté de
l’Etat qui contient tout un paragrapheintitulé « Définitions »(art. 212 à 213) ; qui
précise que l’attentat est consommédès qu’il y a tentative punissable(art. 212),
qu’ « ily a complotdès que la résolutiond’agir a été arrêtée entre deux ou plusieurs
personnes » et que par « arme » il faut entendre « toutes machines, tous
instruments, ustensiles ou autres objets tranchants, perçants ou contondants ».
Est réputé viol à l’aide de violencesdit l’alinéa 2 de l’article 170 du code
pénal, le seul fait du rapprochementcharnel des sexescommissur la jeune fille de
moins de quatorze ans. Le souteneur est celui qui vit, en tout ou en partie, aux
dépends d’une personnedont il exploitela prostitution(art. 174 du code pénal).
Par crime de guerre, il faut entendre toutes infractions aux lois de la République
du Congo(Zaïre) qui ne sont pas justifiées par les lois et coutumesde la guerre
(art. 502 du C.J.M.). Le crimecontre l’humanitéest, d’après l’article 505 du C.J.M.,
tout acte inhumaincontre toutes populationscivilesavant ou pendant la guerre tel
que : assassinat, extermination,réduction en esclavage, génocide. La mise à mort
par représailles est assimilée à l’assassinat (art. 523 du C.J.M.). L’article 530 du
C.J.M. porte que le génocide s’entend de toute destruction totale d’un groupe
ethnique, religieux ou politique et peut s’opérer par la liquidation physique
(génocide physique), par la limitation des naissances (génocide biologique),par
l’élimination progressivedes caractéristiques ethniques et culturelles (génocide
intellectuel). Touteassociationformée dans le but d’attenter aux personnesou aux
propriétésest une infraction qui existe, précise l’article 156 du C.P.O., par le seul
35
fait de l’organisation de la bande.
Lorsque l’application d’une loi suscite des dif ficultés d’interprétation, le
législateurpeut, soit de sa propreinitiative, soit sur saisinede l’autorité judiciaire,
interveniraprès la promulgationde la loi interprétée, en prenant un second texte
pour déterminer ou préciser le sens qu’il a entendu donner au premier.Tel est le
cas notammentde la loi n° 75-011 du 5 mai 1975 interprétant la loi n° 74-023 du
27 novembre 1974 portant amnistie en faveur des commissaires d’Etat,
commissairesde région et ambassadeursqui précisait que celle-ci était applicable
aux seules personnescondamnéesou faisant l’objet des poursuitesjudiciaires pour
l’infraction de détournement prévue et sanctionnée par l’article 145 du code
pénal au moment de son entrée en vigueur.
2°. L’interprétation judiciaire ou doctrinale
A côté de l’interprétation authentique, il appartient généralementaux cours
et tribunauxéclairés par la doctrine de donner à la loi sa signification exacte. Cette
œuvredu juge qui forme la jurisprudence est appelée « Interprétation judiciaire
ou doctrinale ».
L’examende la jurisprudence répressivepermet de s’apercevoirque le droit
pénal spécial est largementalimenté par cette œuvrede juge, qui, par exemple,en
absence d’une définition légale, précise que la préméditationest le dessein formé
avant l’action, de façon réfléchie, délibérée et de sang-froid et assimile le
guet-apens à la préméditation.C’est elle également qui nousrenseigneque doivent
être considérés comme « maisons habitées » un bateau, une tente.
L’interprétation judiciaire est dominée, en matière criminelle, par deux
méthodes :
• Méthode littérale ;
• Méthode téléologique
1. Méthode littérale
Le juge répressif doit interpréter littéralement le texte applicable
contrairementau juge civil. Il est en effet normalque la méthoded’interprétation
en matière pénale soit différente de celle utilisée en matière civileou commerciale
admettant une interprétationextensiveet analogique.C’est qu’iciles raisonsde la
protectionde la sûreté individuelledoivent dominerla matière et conduireà une
interprétation restrictive.
Cette interprétation littérale autrement appelée interprétation restrictive,
traditionnelle ou judaïque, s’attache à la lettre de la loi en écartant tout ce qui
n’a pas été dit par celle-ci. Elle se fonde sur l’idée que lorsque le législateur a
vouluquelquechoseil le dit ou le mentionne.La mentiond’un fait doit écarter tout
autre fait. Si le législateur s’est tu le juge doit se taire également. Là où il n’a
36
distingué, l’interprète ne peut pas non plus distinguer.Commedisait Montesquieu,
« le juge ne doit être que la bouche qui prononce les paroles de la loi ».
Ici le juge recourt à la logiqueabstraite pourdégager le sens exact de la loi en
utilisant des armes exégétiques traditionnelles : syllogisme, raisonnement a
contrario, a fortiori, a priori; de telle sorte qu’en cas de contradiction entre
l’esprit et la lettre celle-ci l’emporte et fait seule foi. A cet égard, Beccaria avait
d’ailleurs déclaré que « il n’est pas de chose plus dangereuse que l’axiomecommun
selon lequel il faut consulterl’esprit de la loi, c’est une brèche ouverte au torrent
des opinions.
Mais cette méthode est loin d’être satisfaisante, car elle ne résout pas
toujours les nombreusesdif ficultés qui se posent au juge à cause notamment de
l’imperfection du texte de la loi, de la contradiction des dispositionslégales, de
l’évolutiondes idées, des faits sociaux et de la création des besoins nouveaux
inexistants à l’époque de la promulgation de la loi.
C’est ainsi qu’à l’heure actuelle il est recommandéau juge d’éviter de faire
appel uniquement à une méthode qui peut paraître stérilisante ou mieux
paralysante en lui permettant d’adapter, avec bien sûr beaucoupde prudence, la
loi aux données nouvelles.
Aussi admet-on qu’il puisse recourir aussi à la méthode téléologique.
2. Méthode téléologique
S’il est vrai que la lettre de la loi constitueune barrièreinfranchissablepourle
juge, il n’en demeure pas moinsvrai que celui-ci ne doit pas désarmer devant les
dif ficultés d’interprétation rencontréesen s’abstenant de juger. On lui reconnaît
en effet le pouvoirde recourir à toutes les ressourcesde la technique juridique
compatiblesévidemmentavec la protectionde la sûreté individuellepour trancher
le cas qui lui est soumis. Parmi ces techniques, on trouve la méthode
d’interprétation téléologique tendant à découvrir l’intention du législateur.
L’interprétationtéléologique (du grec telos, qui signifie « loin ») recherche
donc l’esprit de la loi et permet d’atténuer la rigueur de la méthode littérale.
Cette méthodedite déclarative de volontése fonde sur l’intentiondéclarée ou
présumée du législateur faisant prédominer l’esprit de loi sur la lettre lorsque
celle-ci a trahi celui-là. Cette interprétation permet de donner à la loi toute son
ampleur, c’est-à-dire plein effet à la volonté législative.
Lorsque la loi est claire, précise et traduit exactement la volonté de son
créateur, le juge doit s’y conformer rigoureusement.Il est aussi évident que les
progrès scientifiques et modalités de la vie moderne ne doivent pas paralyser
l’action du juge.
37
C’est ainsi qu’il est admis qu’il doit non pas procéder à une interprétation
analogique, mais appliquer une méthode d’interprétation qui lui permet de
résoudreles cas nouveauxignoréseu momentde l’élaborationde la loi, en donnant
toute l’ampleurà la volontédu législateur qui intellectuellementaurait visé toutes
ces hypothèses s’il avait connu ces progrès de la société contemporaine.
Le pouvoir d’appréciation reconnu au juge de rechercher l’intention du
législateur, tout en l’adoptant au climat politique, culturel, social, écologiqueou
intellectuel, exige non seulement une conscience aiguë mais aussi un sens
profondément raffiné de responsabilité.
Commeon vous l’a déjà enseigné, tout texte de la loi applicable doit être
interprété mêmes’il est clair et précis. L’interprétationd’un texte de la loi qu’il soit
clair ou obscur soulève dans la pratique le nombreusesficultés.
dif
A l’égard du texte clair, le juge est tenu de lui donner son plein effet,
c’est-à-dire son plein sens.
De ce devoir découlent deux conséquences.D’abordle juge doit excluretoute
interprétation extensive, c’est-à-dire celle qui va au-delà de la loi, en na
l’appliquant qu’auxseules hypothèsesprévues. C’est ainsi qu’il a été jugé en 1950
que l’expositionou le délaissementd’enfant n’est pas constitutif d’infraction et ne
peut tomber sous le coup de la qualification de meurtre que si l’agent avait eu
l’intention homicide.
A cette règle, on admet une exceptionqui permet d’interpréter largementune
loi qui est favorable au prévenu. C’est ainsi qu’on retient le cumul idéal
d’infractions au lieu du cumul réel dans le cas d’une pluralité d’actes criminels
réalisés au cours d’une même séance de travail du délinquant.
Ensuite, et c’est la seconde conséquence, le juge doit écarter toute
interprétation étroite restreignant le domaine de la loi. Il doit en effet appliquer
la loi à toutes les hypothèsesprévues, c’est-à-dire lui donner toute son ampleur,
comme on l’a dit, « sa capacité maximale d’extension ».
C’est ainsi que la soustractionfrauduleuse d’énergie électriquea entraîné la
condamnationde son auteur pour vol au sens de l’article 79 du code pénal, qui
suppose un bien meuble susceptible d’appréhension.
On estime en effet que le juge qui a adapté la loi ancienne aux conditionsde
la vie modernen’a pas violéla loi, car il a tout simplementcherchéà lui donner son
plein effet. On a également réprimé l’usage frauduleux d’une automobilesous la
qualification du vol dit usage.
Alors qu’en principe l’assassinat suppose un acte matériel et positif, la
jurisprudence retient un acte délibéré, laisse mourir de faim une personne
incapablede pouvoirelle-même à son entretien et dont il a l’obligationde subvenir
38
à ses besoins.
Lorsqu’untexte est obscur,imprécisou ambigu, le juge ne peut évidemment
pas se retrancher derrière les dif
ficultés d’interprétation pour ne pas l’appliquer.
Comme il est tenu de juger, il doit vaincre ces dif ficultés en recourant
notammentaux travaux préparatoires,à l’exposédes motifs, aux précédents, à la
volontémêmeprésuméedu législateur.Si, malgré tous les efforts déployéset après
avoir épuiser toutes les ressources de la technique juridique, l’obscurité ou
l’ambiguïté demeure et persiste le juge doit s’abstenir non pas de juger mais de
condamnerau bénéfice du doute. Car le doute, commeon le sait, doit profiter au
prévenuaussi bien dans l’appréciationdes faits qui paraissent répréhensiblesque
dans l’interprétation de la loi.
L’étude du droit pénal spécial comportant l’examen des modalités de la
répressionde chaque infraction, il importe de signaler les réformes législatives
ayant une portée générale intervenues en matière des peines et mesures de
sûreté.
11. Contenu du cours
Le Droit Pénal Spécial a pour objet, l’étude de l’ensembledes incriminations
que comprendle Droit Pénal Congolaisavec de petites ouvertures,le cas échéant,
sur le Droit Pénal Spécial comparé. Il s’agira donc d’une étude particulière de
chacune des infractions qui forment l’arsenal du Droit Pénal Positif Congolais.
Mais quel est le catalogue infractionnel à retenir dans ce cours étant donné
le nombreimportantd’infractions listées à ce jour pendant que d’autres se créent
chaque jour ?
Par ailleurs, le cours compte 45 heures de théorie et 15 heures de travaux
pratiques. Ces deux limites consacrent l’impossibilitéde procéder à la lecture in
extenso du catalogue infractionnel congolais.
La première préoccupation sera d’opérer un choix par groupe d’af finité. La
deuxièmede développerdes méthodes permettant l’analyse de n’importe quelle
infraction, indistinctement.
La troisièmesera de focaliser les efforts de l ‘étudiant sur la connaissance
des éléments d’analyse pour étudier, comprendreune infraction qui n’aura pas
fait l’objet d’un examen ou n’existant pas présentement, au moment où est
dispensé le cours et compte tenu aussi de l‘évolutiondes infractions, de leur
instabilité et/ou de l’apparition de nouvelles incriminations.
La méthode met l’accent sur la notion de qualification c’est une approche
définitionnelle méthode est analytique des textes des lois pour dégager les
qualifications analyse des conceptsou conceptuelleanalyse de formulationanalyse
39
des différentes formules porteuses du droit pénal spécial analyse littérale des
concepts c'est-à-dire méthode exégétique
Le DroitPénal Spécial utilise la méthode structurale c'est-à-dire dégager la
structure de l’infraction c'est-à-dire des éléments qui structure l’ínfraction :
- Elément Matériel ;
- Elément Légal ;
- Elément Moral ;
- Elément Injuste.
Axiologiquec'est-à-dire valeur fondamentale protégée par une infraction
déterminée ex meurtre protège la vie, le meurtre en vue de favoriser le vol protège
la propriété qu on peut connaître par la méthode a rubrica qui consiste a
rechercherla rubriqueou se situe le fait infractionnel et ici le dernier fait se situe
dans la rubrique propriété et sanctionnateur c'est-à-dire le régime répressif.
Enfin, à l’examendu catalogue légal Congolaisdes infractions32, il appert que
le législateur Congolaisa incriminé33 plusieursfaits attentatoires à l’ordre public
d’abord, à la sécurité des personnesensuite, suiviede celle des biens. Les autres
matières viennent en fin de compte.
Le législateur Congolaisa-t-il vouluainsi mettre l’accent principalementsur
l’ordre public ? En vérité l’élément axiologiqueessentiel c’est à dire la valeur
principale protégée par les diverses incriminationsest la vie humaine. Car, toutes
les atteintes à l’ordre public et aux biens atteignent conséquemmentla personne
humaine dans sa vie, sa liberté ou son patrimoine, directement ou indirectement.
De ce fait, notre étude portera d’abord sur les incriminationsqui protègent la
personne et ses droits particuliers, ensuite nous nous intéresserons aux
incriminationsrelatives à la famille et l’ordre familial pour déboucher sur les
atteintes aux propriétésavant d’étudier les infractions contre l’Etat et le Chef de
l’Etat.
Enfin, le cours abordera les atteintes dirigées contre l’humanité toute
entière : crimes contre l’humanité, crimes de génocide, crimes de guerre, etc.
D’où le plan du cours ci-après
Partie I : Des infractions contre les personnes et leurs droits particuliers.
32 Le législateur n’a pas défini le terme infraction que la doctrine regarde non sans raison comme
« une action ou une omission interdit par la loi sous menace d’une peine » LARGUIER, J, « Droit
Pénal Général », 14ème éd, Dalloz, 1993, p 11 ; pour Christophe Paulin l’infraction « consiste dans un
acte que la loi définit sous peine de sanction pénale ». Paulin, CDroit
« Pénal Général», éd Litec,
Paris, 1998 , p 11
33 Le législateur incrimine les faits ; le délinquant commet les infractions. L’incrimination est donc
un « acte législatif ou réglementaire par lequel est définie une infraction ». LireLexique des Termes
Juridiques, 12ème éd , Dalloz, Paris, 1999, p 282.
40
Partie II : Des atteintes portées à l’ordre des familles .
Partie III : Des infractions contre les propriétés.
Partie IV : Des infractions contra la foi publique, l’ordre public et la sécurité
publique.
Partie V : Des atteintes à l’Humanité.
41
PREMIERE PARTIE
DES INFRACTIONS CONTRE LES PERSONNES ET
LEURS DROITS PARTICULIERS.
L’importancedu droit pénal spécial réside dans le fait qu’il est un droit qui
impliqueles valeursles plus essentiellesde l’homme :sa vie, ses biens, sa dignité, sa
liberté. C’est un droit de la sanction. Telle est la premièreidée qui se dégage du
droit pénal spécial. C’est lui qui nous introduit dans l’univers du droit
sanctionnateur.
C’est dans la mise en œuvredu droit pénal spécial que l’on peut dire que le
droit est fait pour les hommeset non contre les hommes.Il y aussi une dimension
religieuse, spirituelle.
Le droit congolaisprotègent les citoyens contre toutes les atteintes dirigées
contre les personnes ainsi que contre leurs droits individuels.
Les atteintes contre les personnescausent soit la mort, elles sont appelées
« homicides » soit simplement des lésions, ce sont des « coups et blessures ».
L’homicide, tout comme les lésions peuvent être volontaires ou involontaires.
Nous allons examiner successivementl’homicide volontaire (chapitre I), les
coups et blessures volontaires simples ou aggravés (chapitre II), les coups et
blessures volontaires ayant entraîné la mort (chapitre III), l’administration
volontairedes substances (chapitre IV), l’homicide involontaire(chapitre V), les
coups et blessures involontaires (chapitre VI).
Cette partie se terminerapar l’étude des atteintes aux droits individuelsdes
particuliers (chapitre VII). Toutefois , le délit de presse qui porte aussi atteinte
aux droits des particuliers fera l’objet d’un chapitre à part compte tenu de sa
particularité(chapitre VIII).
42
CHAPITRE I
L’HOMICIDE VOLONTAIRE
Le fait de donner la mort est appelé homicide. L’homicidevolontaire est
commissur la personned’autrui. L’homicidesur autrui n’est pas incriminéen droit
congolais.
« L’homicidecommisavec l’intention de donner la mort est qualifié meurtre »
(art. 44 du code pénal livre II).
« Le meurtre commisavec préméditation est qualifié d’assassinat » (art. 45
du code pénal livre II).
« Est qualifié empoisonnement,le meurtre commispar le moyende substances
qui peuvent donner la mort plus ou moinspromptement,de quelquemanière que
ces substancesaient été employéesou administrées »(art. 49 du code pénal livre
II).
Nous étudierons ces trois incriminationsavec l’examen de la question de
l’homicide par sorcellerie dans les quatre sections suivantes :
Section 1 : Le meurtre
Section 2 : L’assassinat
Section 3 : L’empoisonnement
Section 4 : L’homicide du fait de la sorcellerie.
Le lien communentre ces trois infractions réside dans la valeur qu’elles
protègent (l’élément axiologique), la valeur protégée ici c’est la vie.
La valeur la plus élevée dans la philosophie(du droit pénal) occidentale, c’est la
liberté.
Au nom de la liberté, on peut donner sa vie parce que la liberté est la valeur
la plus élevée que la sanction la plus grave qui puisse être prononcéecontre une
personne, c’est la privation de la liberté tandis que en philosophie pénale
africaine, la valeur la plus élevée c’est la vie (cela ne veut pas dire qu’ona aucune
considérationpour la liberté). Du point de vue du droit pénal, il se pose alors un
problème, c’est celui du savoir.
Les trois infractions citées ci-haut sont des homicides(elles portent atteinte
à la vie de l’homme). Est-ce que le suicide est une infraction ? En droit congolais,
le suicide est un homicidenon constitutif d’infraction c'est-à-dire les infractions
homicidesprises en compte sont des actes dirigés contre autrui. Si le suicide était
incriminé,la tentative de suicide, aurait été aussi incriminée.Mais si vous aidez
quelqu’unà se suicider, vousserez poursuivicommenon-assistance à personneen
danger ou pour meurtre voireassassinat ; et non commecomplicedu suicide parce
43
qu’il n’est même pas une infraction.
Commentdistingue-t-on le meurtre de l’assassinat ou de l’empoisonnement ?
Que dit la loi ?
L’homicidecommisavec l’intention de donner la mort est qualifié meurtre. Et
le meurtre commis avec préméditation est un assassinat.
La différence entre meurtre et assassinat réside dans la préméditation.
Celui qui donne la mort sans l’intention de la donner ne commetpas un meurtre,
mais un homicideinvolontaireou par imprudence. Le meurtre, l’agent doit avoir
voulule résultat. Dans l’assassinat non seulement que l’agent a voulule résultat,
mais il le recherche activement, en mettant en œuvre tous les moyens pour y
parvenir.
L’empoisonnement,
c’est le meurtre donc un acte homicide,volontairecommis
par les moyens des substances qui peuvent donner la mort plus ou moins
promptement.
La différence entre le meurtre et l’assassinat se situe au niveaude l’élément
moral. Dans le meurtre, il y a dol « simple »,l’animusnecandi. Dans l’assassinat ce
dol est aggravé.
La différence entre le meurtre et l’empoisonnementréside dans les moyensmis en
œuvre.
L’empoisonnement a toujours été considérécommeune infraction perfide, de
l’entourage immédiat, l’entourage vis-à-vis duquel la victimen’a pas des raisons
d’avoirde la méfiance. Onaurait aussi peut-être incriminéle fait de tuer avec une
arme à feu comme une incrimination spéci fique, comme l’empoisonnement.
Dans l’histoire du droit pénal spécial de l’empoisonnement,il s’agit d’une
infraction propre aux femmes. Mais avec l’évolution,elle n’est plus seulementà la
portée des femmes mais à la portée de tous.
Grâce à la toxicologie,l’informationsur les produitsvénéneuxest à la portée
de tous : l’on peut tuer grâce au poisonpar n’importe qui, sur le lieu du travail,
grâce à la tasse.
Section 1.L’INFRACTION DE MEURTRE
L’homicidecommisavec l’intention de donner la mort. Nousne connaissons
l’élément axiologique la
: protectionde la vie, l’élément légal ce sont les articles 42,
43, 45 code pénal livre II.
L’élémentmatériel de l’infraction de meurtre est doublement caractérisé
44
dans ce sens que l’acte de meurtre est un acte positif et matériel c'est-à-dire le
meurtre ne peut pas se commettrepar un acte négatif, par d’abstention, par une
omission.
Il supposeun acte positif, agressif venant du meurtriervers la victime.Qu’il
s’agisse d’un coup de poing, de feu ou de poignard ; il doit y avoir contact entre
l’agent et la victimeet que de ce contact se produisel’acte, c'est-à-dire le résultat
homicide. Tuer avec des yeux meurtriers ou parce qu’on a proféré des paroles
maléfiques n’est pas commettre un meurtre.
Mais, il y a quand mêmeun problèmequi se pose : les parents qui voient leur
enfant malade et qui ne font rien et si cet enfant meurt, alors même que l’acte
générateur est une omission,un acte négatif, c’est parce qu’ici, dans les rapports
entre les parents et l’enfant sont des rapports légalement protégés, qui
s’exprimenten termes de droits et des devoirs.Cette abstentionsera donc assimilée
à un acte positif, assimiléà un acte de meurtre. Cette assimilationà l’acte positif
vaudra pour tous les rapports légalement protégés, entre les épouxentre gardien
de prison et prisonniers,entre médecin et patients. Donc, tous les autres cas en
dehors des rapports légalement protégés c’est l’infraction de non-assistance à
personne en danger qui sera retenue.
L’acte doit être un acte matériel
Le meurtre ne peut pas se commettreavec un acte immatériel, il doit s’agir
d’un acte toujours visible, palpable, prouvable.Dans le cas d’envoûtementou de
sorcelleriequi aboutit à une mort, il n’y a pas meurtre. Dans notre arsenal pénal,
les actes de sorcelleriene sont pas incriminés ;absence de qualification, de cette
appellation légale. Pourtant, ces actes troublent l’ordre public. Le droit congolais
est un droit modernemais aussi traditionnel car il a aussi commesourcela coutume
or celle-ci condamnela sorcellerie.On peut donc apaiser les esprits pour dire que
la sorcellerie n’est pas réprimée en droit congolais écrit, mais l’est en droit
congolais coutumier. Plusieurs cas ont été censés réprimer par les juridictions
coutumières. Est-ce les actes de sorcellerie sont absolument des actes
immatériels ?
Il faut démystifier la sorcellerie,en acceptant d’instruire jusqu’au bout pour
voirpar exemplesi les fétiches déposés par ex. sous le lit ne sont des matières qui
ont des facultés naturelles, des radiation capables de produire des effets
mortifères.
L’élément moral
La loi parle de l’homicidecommisavec l’intention de donner la mort. L’agent
ne peut être poursuivis’il est mis en son comptel’animusnecandi. Il s’agit d’un dol
spécifique, une faute intentionnelle. L’assassinatcommele meurtre, suppose, un
acte matériel et positif, l’intention de donner la mort, mais cette intention doit
avoir été préméditée pour l’assassinat.
45
Celuiqui pose un acte homicidesur un cadavre, ne commetpas de meurtre ou
d’assassinat. Il commet une autre infraction (la dignité chez nous pose un
problèmede valeur d’éthique). Mais le comportementqui consisteà ce que l’agent
qui sait qu’il a déjà donné le coup fatal, mais continue à frapper et à frapper
encore ; ce comportementsera retenu pour aggraver le meurtre, car il aura mis
l’accent sur l’intention criminelle.
La victime doit être une personne née et vivant.
Le fait de tuer une personne qui n’est pas encore né, n’est ni meurtre ni
assassinat, c’est l’avortement. Une maman qui tue un enfant en train de naître,
commet-elle un meurtre ? C’est une question de fait. Est-ce que l’enfant était
déjà né, a-t-il vu le jour ? Et qu’il a vu le jour, était-il vivant. Et si tout cela est
vrai, est-ce que c’est l’acte de sa mère qui a mis fin à sa vie ? Dans ce cas, si tout
s’avère vrai, la maman commet un meurtre mais avec cette nuance que dans
certaines législations on parle d’infanticide. Et dans cette infraction, la valeur
protégéece n’est pas la vie humaine,mais c’est une infraction qui tente à traiter la
mère en détresse dans la mesure où l’infraction a été commisedans la période
puertérale.
Dans le meurtre ou l’assassinat, le consentementde la victimeest inopérant.
L’agentn’est pas justifié, parce que la victimeaurait donné son consentement,son
acte même ayant été consenti par la victimedemeure répréhensible.C’est ici que
l’euthanasie est réprimée.
Autre problèmeposé, est celui de la relation entre le mobileet l’intention
criminelle.
* Le mobilec’est toute raison quelconquemais déterminante ayant amené
l’agent à commettre l’homicide : la méchanceté, la convoitise,malhonnêteté, la
jalousie, la cupidité, etc. et ces mobilessont aussi diversifiés que peut-être la
nature humaine.
* L’intentioncriminellen’est pas une raisonquelconque,c’est la raisonque le
législateur a retenu pour caractériser l’infraction. Si le mobilerentre dans ce que
le législateur a retenu, il n’est plus mobile,il devient dol, intention criminelle.La
différence est donc une différence technique.
Pour le législateur, dès lors que la volontéde tuer est établie, peu importele
mobile, cela suffit d’établir l’élément moral.
Mais souvent le mobile se trouve aux alentours de l’élément moral. Tout
demeurant inopérant dans la constitution de l’infraction, il est inopérant dans
l’instant de la constitutionde l’infraction et non ni avant, ni après. Après il est
opérant parce que le juge en tiendra compte pour évaluer la responsabilitéde
l’agent. Avant il est opérant, parce qu’il est important dans la recherche de
l’infraction en vue de nommer l’infraction.
46
Section 2.L’INFRACTION D’ASSASSINAT
§1. Définition
Siège : Art 44/45 code pénal livre II
Le meurtre commisavec préméditationest qualifié d’assassinat. L’assassinat
constitue une intention sui generis et non un meurtre aggravé, Ici, la
préméditationest un élément constitutif de l’assassinat et non une circonstance
aggravante.
47
§2. Eléments constitutifs
Tous les éléments du meurtre se retrouventdans l’assassinat. Il ne peut être
question d’assassinat que si d’abord sont réalisés tous les éléments constitutifs du
meurtre auxquels s’ajoute la préméditation.
A. Elément matériel
Comme pour le meurtre, l’assassinat suppose la réunion de 2 éléments
matériels à savoir :
1. Un acte matériel donnant la mort ;
2. La mort de la victime.
B. Les éléments moraux
1. L’intention de donner la mort
.
Chez l’assassin comme chez le meurtrier, il y a la volonté de tuer, l’un et
l’autre sont auteurs d’un homicidevolontaire. ( Intention de donner la mort.). Il
ne faut pas confondre cette simple volonté homicide avec la préméditation.
2. La préméditation
C’est un élément essentiel qui permet de caractériser l’assassinat.
• Quid ? Le code pénal congolaisne l’a pas défini. Mais il y a
l’ancien code pénal Français qui définit la préméditationà l’art 297 et suivant. Ce
texte, la préméditationest le dessein formé avant l’action d’attenter à la personne
d’un individu.
Le législateur français a retenu le sens propre du terme c à d la
pré-méditation qui est le travail qui se fait dans l’esprit de l’auteur avant de
commettreson acte. Tel n’est pas cependant la signification qu’il faut donner en
Droit pénal congolais.
La préméditationdans la conceptionfrançaise ne suffit pas à elle seule pour
la réalisation de l’assassinat. L’auteur d’un homicide prémédité n’est pas
nécessairement un assassin.
Suivant la jurisprudence congolaise :
« La préméditation dans l’assassinat exige que le dessein homicidesoit pris
avec calme après mûre réflexion et non sous l’impulsion de la colère. »34 La
34 Arrêt de la C.A, Elisabethville du 14 nov. 1968, R.J.C. page 268.
48
doctrine est fixée dans le mêmesens, pourelle, il y a préméditationlorsquel’agent
après le mouvementd’excitationqui a fait naître en lui la résolutionde donner la
mort a pu de sans froid réfléchi sur ses conséquences et en a préparé l’exécution.
Durantun temps plus ou moinslong, l’assassina délibéré avec lui-même et il
y a eu un intervalle entre sa décision et l’exécution de cette décision. Il est
impossible de déterminer par une règle générale la durée de cet intervalle.
On ne peut donc pas dire que cette durée est de 24 heures. Quelqu’una eu
l’idée de tuer et a l’intention de tuer. La préméditation n’est retenue que si la
réflexion conduit l’auteur à se déterminer à l’homicide. Eventuellement à le
préparer. L’actionde tuer doit être la conséquencedirecte de la résolutionet de la
réflexion et non d’un événement imprévu.
Ex : Quelqu’unqui a déjà la résolutionde tuer, il a réfléchi et brusquement,il y a
un évènement qui l’a poussé à tirer un coup de balle.
La préméditation est liée à l’intentiondans le chef de l’auteur et non à la
personne de la victime.
Quelqu’unpeut bien prendre la résolutionde tuer et réfléchir dans le calme,
et sans déterminer à l’avance qui tuer. Mêmesi la victimen’est pas déterminée à
l’avance. Elle (préméditation) existe mêmesi la victime est indéterminée,mêmesi
l’exécutiond’une intention dépend d’une circonstanceou d’une condition. Cela se
justifie par un argument de texte notamment par l’art 43 du C.P. Liv II.
Ex : le voleurqui réfléchit avant d’aller voler. Pour prévenird’éventuels risques,il
se charge d’une arme à feu. Arrivéau lieu du vol, il est surprispar quelqu’un.
Il tire sur lui et le tue. Il y a préméditation car il avait déjà préparé cette
éventualité.
Il y a préméditation selon l’art 44/45 al 2. du code pénal Liv II. Dans
l’homicideque commetle voleursurprisdans une maison où il avait cru ne trouver
personne,et où il avait néanmoinsdécidé de porter une arme, en tuant quiconque
le surprendrait.
Dans la pratique, la bataille judiciaire gravitera autour de la preuve de la
préméditation car c’est un élément essentiel. Dans un procès concernant
l’assassinat, le Ministère public doit établir l’existence d l’assassinat.
La preuvede la préméditationpeut provenirde l’aveu mêmede l’assassin. Il
y a aussi des circonstances extérieures qui peuvent servir de preuve à la
préméditation telle que des menaces proférées, l’achat de l’arme du crime, les
dispositions prises avant le crime en vue d’une fuite, etc.
A propos du GUET APENS :
49
C’est le fait de d’attendre plus ou moins longtemps un individu pour lui
donner la mort. Il n’est pas un élément constitutif d’assassinat. Les éléments
constitutifs se dégagent de la loi et non du guet apens. Ce guet apens constitueun
élément dans la législationfrançaise, contrairementà la législationbelge qui ne l’a
pas retenu. Le guet apens peut être une indication que l’auteur a agi avec
préméditation.
§3. La peine
C’est l’Art 44/45 al. 3 qui dit que l’assassinat est puni de la peine de mort. Le
tribunal peut prononcer en outre la con fiscation spéciale de l’instrument du crime.
Section 3.L’INFRACTION D’EMPOISONNEMENT
L’empoisonnement est un meurtre : art. 49 code pénal livre II.
Un homicideintentionnel qui est commisnon pas par des coups et blessures,
mais par le moyen du poison. Ce qui est important dans la qualification de cette
infraction c’est le poison.Or,le législateurn’a pas défini le poison.Il se contente de
dire des substances susceptibles de donner la mort plus ou moins subitement.
Il faut donc recouriraux professionnelsde la science médicale. Est-ce que
des morceauxde verre pillé et introduit dans la nourritureet ingurgités par la
personneet qui peut causer la mort constitue un empoisonnement ?Est-ce que le
fait de prendre un produit pharmaceutiqueà des doses élevée, constitue un
poison ?
Les hommes de l’art disent : solus dosus.
Seule la dose fait que le poisonsoit poison.C’est pourquoile législateur laisse
au juge le pouvoir d’apprécier selon qu’on se trouve dans un cas.
Dans l’affaire des verres, un juge a considéré que c’étaient des blessures
ayant causé la mort. Mais ce raisonnementn’est pas conséquentparce que même
des produits réputés commeétant poison, provoquentdes lésions dans l’estomac,
mais on ne dira pas que ce sont des coups et blessures.
Un autre cas que le problème de l’empoisonnementappelle, c’est la
contamination volontaire d’une autre personne au VIH. Est-ce que le fait de
transmettre intentionnellementle VIH à une autre personneest une infraction ?
La personneadopte alors des attitudes, des comportementsirresponsablesen vue
de contaminervolontairementles autres. Et s’il y a infraction, quelle infraction ?
Est-ce qu’onpeut dire qu’il y a empoisonnement ?On peut poursuivrela personne
qui transmet volontairementla maladie pour empoisonnement.Mais il y a une
différence, on se trouveen présence d’une personnemalade. Les médecinsdisent
qu’à un certain stade de cette maladie, la personne peut avoir des troubles
psychiques.Il faut alors chercherà savoirsi la personneavait toutes ses capacités
50
de choix pour subir la rigueur de l’empoisonnement.Une autre différence c’est
qu’en droit congolais, l’empoisonnementest une infraction matérielle. Il n’est
consomméque s’il produit le résultat mortel. Si la victimen’en meurt pas, ou bien
tentative d’empoisonnementou bien administrationsdes substancesnocives(art.
50 code pénal livre II). La différence c’est qu’au momentd’apporter l’affaire au
tableau, la personne n’est pas encore morte, ça ne sera pas l’empoisonnement.
Mais pourquoipas retenir l’empoisonnementquand on sait que la personne en
processusde mourir.Le fait de contaminerde VIH une autre personne par voie
sexuelleest un empoisonnementparce que la loi dit « de quelquemanièreque cette
substancesoit administrée ».La différence c’est celle de la preuve. Peut-être que
la « victime » avait auparavant le VIH. Il faut des recherches poussées, pour
arriverà comparerle virusde deux personnespourvoirsi le virusvient de celui qui
l’a transmis. Mais les virus ont la forte capacité de se transmuer aussitôt transmis.
Dans l’empoisonnement,l’infraction est parfaitement consommée,lorsquese
produit la mort de la victime. Dans l’hypothèse de l’art. 50 du code pénal,
administration des substances nuisibles, l’infraction est consomméedès lors que
vous administrez les substances. En France, l’empoisonnementest une infraction
formelle. Dès l’instant qu’il y a administration du poison, l’infraction est
consommée.
Il faut retenir, quelquesinfractions périphériquesaux trois fondamentales,
protectrices de la vie :
- miseà mort par représailles(art. 171 CJM) c’est le fait d’exécuterquelqu’un
par rétorsion,une sorte de vengeance. L’articledit que « la mise à mort par
représailles, est un assassinat », les cas de ce qu’ona appelé « supplicedu
collier » étaient de véritables mises à mort par représailles. Mais en fait,
c’était des faits de guerre, mais ce n’est pas tous les faits de guerre qui sont
tolérés.
Quellessont les représaillesqui sont ici prisesen compte ? Les lois et coutumes
de la guerre autorisent certaines représailles et interdisent d’autres. Celles
autorisées sont celles qui interviennent en dernier recours. Il faut que les actes
contre lesquelson exerceces représaillessoient des actes graves. Onne peut utiliser
les représaillesqu’aprèsavoir tenté par d’autres moyensde mettre fin à ces actes
de grave atteinte au droit de la guerre. Et si ces représailles sont utilisées, elles
doivent respecter la loi de la proportionnalité. Lorsque les représailles sont
exercées sur les biens, pas d’assassinat. Mais c’est sur une personne, on se trouve
dans un cas d’assimilationd’assassinat. Assimilationparce qu’icion ne se pose plus
la question de savoir s’il y a eu préméditation au pas.
- Empoisonnementdes eaux (art. 170 CJM) : c’est une infraction formelle
parce que l’infraction est consomméepar le seul fait du dépôt dans l’eau ou
des l’aspersion du poison dans l’atmosphère. Mais l’infraction ne sera
retenue que si le dépôt que vousfaites est susceptiblede donner la mort. Si
on le fait à un endroit tellement inaccessible,il n’y a pas d’infraction. C’est
le juge qui va appréciercela. C’est l’éventualité, la probabilitédu dépôt que
51
l’on fait peut avoir commeeffet. Au bout de la chaîne, il y a l’idée de la
protection de la personne.
Concernant l’empoisonnement, il y a aussi le guet-apens (voir lexique Aq).
- Crimede guerre et crimescontre l’humanité, crime de génocide. Des crimes
de guerre sont des infractions gravesde la conventionde Genèvedu 12 août
1949. Cette convention constitue un des instruments de base au droit
international humanitaire. Elle condamne le fait de causer des grandes
souffrances inutiles, la déportation et la détention illégale des prisonniers
de guerre, des traitements inhumains, tortures, etc.
Les crimesde guerrec’est aussi de façon générale, toutes violationsaux règles
et coutumesapplicablesaux conflits armés. M de plus en plus la guerre
acceptable sur le plan international c’est celle de légitimedéfense. En fait, l’idée
c’est interdire la guerre, mais si on est obligéà faire la guerre, il faut respecter les
règles et coutumes de la guerre.
A côté des crimes de guerre, il y a les crimes contre l’humanité. Ce sont, en
fait, les mêmesactes qui constituentles crimesde guerre, sauf que dans le cas des
crimes contre l’humanité, ce sont ceux commisen tous temps même en temps de
paix. Le crime contre l’humanité est à la fois un crime qui vise l’individu comme
humain et comme représentant l’humanité tout entière. C’est ce qui fait la
spécificité des crimes contre l’humanité.
Le génocide
Le crimede génocidec’est une forme de crimecontre l’humanitéqui a ceci de
particulier qu’il vise l’exterminationd’un groupe humain pour des considérations
politiques,religieuses,ethniques,racistes ou autres. La victimedu génocide, c’est le
groupe religieux, politique, ethnique, même si l’acte de génocide n’aboutit pas à
l’exterminationdu groupe. Cet acte se caractérise par l’intention de détruire le
groupemêmesi l’acte n’a atteint qu’unepersonne.Il suffit d’apporter la preuvede
l’animus occidendi – l’intention d’exterminer le groupe.
Ces infractions sont toutes portées par le CPMet par le statut de Romeratifié
par la RépubliqueDémocratiquedu Congo. La commissionde réforme proposede
retirer la compositionaux administrations militaires pour la confier aux cours
d’appel. Cette option soulève quelques objections notamment que les crimes de
guerre sont celles commisesnaturellementpar les militairesor, en temps de guerre
se sont les administrations militaires qui fonctionnent.
Section 4.L’HOMICIDE DU FAIT DE LA SORCELLERIE
La question de la répression de la sorcellerie en droit pénal congolais
La questionde la sorcellerietroublel’ordre public.Que doit faire le droit face
52
à ce problème ?
Il y a en fait trois raisons pour lesquelles les magistrats congolaisrestent
attentistes face au problème de la sorcellerie :
1.- le droit congolais est un droit fondé sur des principes positivistes qui sont :
- la légalité des délits et des peines ;
- la matérialité des faits ;
- la matérialité de preuve.
Si un fait ne répond pas à ces conditions,il va être classé sans suite ou bien le
juge recherchera des textes voisins existants.
A l’examendu droit congolaisqui d’ailleurs a la particularité d’être un droit
dualiste : droit écrit et coutumier,la sorcelleriea déjà fait l’objet d’une législation
sui generis.
Le principe de la légalité paraît donc connaître une limite. S’il existe des
faits auxquelsla coutumeattache les peines et qui ne sont pas reprispar les textes,
le code, on va recourir aux administrations coutumières.
SOYERdans son ouvragesur le droit coutumierque l’Etat Indépendant du
Congo ne pouvait pas laisser ses nationaux sans législation en mettant à sa
dispositionl’ordonnancedu 14 mai 1886 en matière civile. Mais ceci fut étendu
même aux matières pénales par l’art. 84 du décret du 27 avril 1889.
Généralement,le législateurcongolaisopposele caractère positivistedu droit
au problèmede la répressionde la sorcellerie. Trois piliers en fait justifient ce
caractère :
- la légalité des délits et des peines ;
- la matérialité des faits ;
- la matérialité de preuve.
La sorcellerie
La détention consciente par une personne d’un pouvoirsurnaturel ayant
recoursà des maléfices et à des pratiques susceptiblesde nuire aux personnes,à
leur vie, à leur santé physique ou mentale, à leurs biens u à leur fortune.
Du point de vue de la doctrine, la sous-commissionde la législation et des
réformes administratives de la Conférence Nationale Souveraineavait reconnu
qu’onpeut tuer ou causer le mal par envoûtement.Cependant, la sous-commission
avait estimé que la preuve demeure dif ficile à rapporter et à conclu qu’il est
prudent de ne pas légiférer et, il sied de recourir aux textes existants sur le
meurtre, l’assassinat, les pratiques barbares, les épreuves superstitieuses, etc.
Le législateurcolonialavait pourtant pris positionen faveur d’une législation
53
en la matière d’abord en créant les administrations coutumières, ensuite en
mettant en place une commission chargée de proposer une législation cohérente.
-la premièreidée, c’est que, le législateur coloniala estimé qu’il ne pouvait
pas laisser ses nationauxsans droit et sans administrationni improviserpour eux
les institutions administratives. C’est dans ce contexte que fut pris par
l’AdministrateurGénéral l’ordonnancedu 14 mai 1886 « lorsquedeux parties sont
indigènes, ce différend continueraà être jugé par les chefs locauxconformément
à la coutume locale ».
Une ordonnancede la mêmeannée mêmedate « quand la matière n’est pas
prévue par un décret, un arrêté ou une ordonnance, les contestations seront
jugées selon l’équité les principes généraux de droit et les coutumes locales.
Lorsquela décision du litige entraîne l’application d’une coutumelocale, le
juge pourraprendre l’avis d’un ou de plusieursindigèneschoisisparmi les notables
les plus capables.
Un décret sera pris le 27 avril 1889 qui à son art. 84 va étendre ce systèmeau
régime répressif ou tout au moins montrait que les coutumesconservaientforce
obligatoiremême en matière pénale : en ces termes, l’officier du ministèrepublic
pourra abandonner le prévenu à la juridiction effective du chef local et à
l’applicationeffective des coutumesindividuelles.Ce systèmea été confirmé par la
loi du 18 octobre1908 sur le gouvernementdu CongoBelge dite la Charte coloniale
en vertu de l’article 4 de cette charte, les congolaisnon immatriculésrestaient sous
l’empirede leurs coutumespourautant qu’il n’était pas contraireni à la législation
ni à l’ordre public.
Pour SOYER,si le néfaste n’était pas affaire judiciaire, il existe une nette
évolutiondes esprits valant coutume,désirant que des peines soient appliquéesaux
auteurs d’actes de sorcellerie ;ces actes étant de nature à nuire à la tranquillité
publique.Soit le pouvoirde la sorcellerieest réel, alors dans ce cas il troublel’ordre
public, soit son pouvoirest fantaisiste, alors il trompe les gens, il est escroc et on
doit le poursuivredans l’un ou l’autre cas. Il n’est donc pas contraire à l’ordre
public de réprimer les actes de sorcellerie, mais il faut qu’il soit prouvé par les
modes des preuves judiciaires. Et le droit pénal est caractérisé par le principe
selon lequel la preuve est libre. Et le juge délibère selon son intime conviction
(témoignage, serment).
L’affaire des hommes-lions du territoire de Moba, tiré du bulletin des
juridictions indigèneset du droit coutumier,7e année n° 1, Elisabethville,Jan-fév.
1939.
Les faits se produisenten sept. 1939, l’Administrateurdu territoire de Moba
averti par lettre qu’unhomme-lionsévissaitdans la chefferie Kayabala à 60 km de
Moba.A sa lettre était joint un billet portant la confessionde l’homme-lion,selon
cette lettre, le chef Kayabala furieux de l’infidélité de ses deux femmes avait fait
54
appel à l’homme-lion pour détruire le pays par représailles envers ses sujets ;
l’Administrateur du territoire mena l’enquête et interrogea les témoins sans
trouverla moindrepreuveirréfutable pouvantattester de la matérialité des faits.
Cependant, une des victimesblessée fut conduite dans un hôpital où le médecin
établit que les plaies ne pouvaient pas être causées par un hommemais par un
fauve, c’était à Baudouin-ville. Un autre cas fut examiné4 jours plus tard à un
autre endroit. Le médecin aboutit à la même conclusion. Le procureur du Roi
d’Elisabeth-ville confia l’instructionà un magistrat de Jado-ville. Entre-temps, un
OPJ menait déjà l’enquête préliminaire,le chef Kayabala reconnut les faits. L’OPJ
et le magistrat instructeur obtinrent les témoignages d’une femme grièvement
blessée, la peau du front en partie décollée, la gorge ouverte, la partie inférieure
de la cavité buccaleperforée. Cette femme avait reconnuson agresseuret expliqua
que l’homme-lion s’était introduit dans sa hutte armé d’une herminette et avait
tranché la gorge d’une autre personne. Alors la femme s’écria : tu n’es donc pas
une bête puisqueje voiston herminette. L’OPJavait aussi recueilli les témoignages
d’autres hommes-lions,ce qui amena le magistrat instructeurde procéderde cette
manière : il dressa la liste de probableshommes-lions,pour ce faire il entendit les
témoins et les victimes survivantes. Deuxièmement,il chercha à déterminer si
l’auteur des actes était un homeou un fauve réel. Il faut noter que le villageétait
déserté du fait de ces hommes-lions,et ils se réfugiaient dans leurs huttes dès la
nuit tombée, l’ordre public était troublé. Tous les hommes-lions ou presque
reconnurent les faits. Les victimes racontèrent qu’elles reçurent des coups de
hache.
Le tribunal du district de Tanganyikaqui connut de ces faits, condamna les
prévenusà la peine de mort pour assassinat et tentative d’assassinat, et ce sur
base d’une expertise médicale qui conclut à la pleine responsabilitédes prévenus.
Ce jugement fut confirmé par le tableau de premièreinstance d’Elisabeth-ville. Il
y a lieu de relever que cette qualification fut retenue en l’absence de
l’incriminationde la sorcellerieen droit législatif. Toutefois, une commissionfut
instituée à Elisabeth-ville pour l’étude de la question.
Les principesretenus : - des faits issusdes croyancessuperstitieusespeuvent
troublergravementl’ordre publicpour rendre nécessairesdes mesuresrépressives.
En conséquence, doit être réprimée « toute pratique de sorcellerie destinée à
porter atteinte à l’ordre public, aux personnes et aux biens ». D’où le projet de
décret suivant incriminant la sorcellerie en ces termes : quiconque use des
pratiquesde sorcellerieou de magie dans l’intention de porter atteinte 1) à la vie,
à la santé et d’une manièregénérale à l’intégrité d’une personne ;2) à sa situation
sociale ou familiale, à son activité professionnelle, à l’intégrité de ses biens ou
d’une façon générale à un de ses intérêts légitimes.Le législateurprévoyaitdans le
1er cas une peine de 2 ans de servitudepénale et une amende ou une de ces peines.
Dans le 2e cas un an de servitude pénale et une amende ou une de ces peines.
Relevons que le but poursuiviet l’intention sont un élément essentiel de
l’infraction.
55
En droit comparé, le code nouveaucamerounaisde 1967 prévoitet punit les
actes de la sorcellerieportant atteinte à la paix et à l’ordre public.Il s’agit de celui
qui se livre à des pratiques de sorcellerie, magie ou divination susceptiblesde
troublerl’ordre publicet la tranquillitépublique,ou susceptiblede porter atteinte
aux personnes, aux biens ou la fortune d’autrui. Il s’agit d’une infraction sui
generis.
En conclusion, le droit africain, est un droit de caractère personnel,
l’individuest soumisau droit d’originelié à sa tribu, les modesles plus usuelsde ce
droit sont les proverbeslorsqueles proverbesexprimentune solutionjuridique ou
une procédure,ils sont au droit coutumierce que l’art. de la loi est au droit écrit de
type européen.Il sied donc aux juristes de tenir comptede cette spécificité de nos
sociétés et de nos cultures pour élaborerune théorie africaine du droit qui tienne
compte de cette visionde la vie propre à nos sociétés. Et c’est dans ce cadre seul
que la sorcellerie et d’autres faits inhérents à notre vécu quotidien seront
juridiciables de la façon la plus heureuse pour le progrès de la société et de la
pratique du droit.
56
CHAPITRE II
LES COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES SIMPLES OU AGGRA
Il s’agit des atteintes qui causent un dommage corporel moins grave que
l’homicide.Les coupset blessuresvolontairespeuvent être simplesou aggravés. Les
coups et blessuressont aggravés soit du fiat de la préméditation soit du fait de
certaines conséquencesprévuespar le législateur : une maladie, une incapacité de
travail, la perte de l’usage absolu d’un organe ou une mutilation grave.
Cependant le législateur a incriminésous le pied de l’article 51 (code pénal
livre II° de violenceslégères exercéesvolontairementou des voiespourvuque leurs
auteurs n’aient blessé ni frappé personne.
Nousallons donc dans une premièresection étudier cette espèce particulière
avant d’aborder les coups et blessuresvolontairessimples(section 1) prémédités
(section 2) ou aggravés par une conséquences prévue par le législateur (section 3).
Section 1.LES VOIES DE FAIT OU VIOLENCES LEGERES
1. Définition
« Sont punissablesau maximumd’une servitudepénale de sept jours et d’une
amende de cent zaïres ou d’une de ces peines seulement les auteurs de voiesde
fait ou violenceslégères exercées volontairement,pourvuqu’ils n’aient blessé ni
frappé personne, particulièrement ceux qui auraient volontairement,mais sans
intention de l’injurier, lancé sur une personne un objet quelconquede nature à
l’incommoder ou à la souiller. » (art. 51 code pénal livre II)
2. Eléments matériels
Il s’agit de violenceslégères qui ne sont pas des coupsportés ou des blessures
faites. Il n’est pas non plus question d’injures.
Les voies de fait ou violenceslégères peuvent se constituer dans le fait de
secouer une personne, de la saisir par le bras, de l’embrasser de force ou à
l’improvisteou de lui arracher un objet. C’est aussi le cas de celui qui arracherait à
quelqu’un ses cheveux, le pousserait contre le mur ou le jetterait à terre.
« Le receveurde l’autobusqui arracherait une chemiseou des chaussuresà
un voyageurqui n’a pas payé son billet tomberait sous le coup de cette loi sans
préjudice d’autres infractions plus graves. 35
»
35 Likulia, B,op. cit., p. 86.
57
Les voies de fait ne sont pas retenues lorsqueles agressionsautres que des
coups provoquentune blessure ou la mort. Mais s’il s’en suit « une maladie, on
applique généralement l’article 51 car on estime que la maladie n’est pas une
blessure au sens de l’article 46 du code pénal 36
».
Matériellement,les voiesde fait ou violenceslégères se réalisent aussi par des
agressions de nature à incommoder ou à souiller une personne.
« Souillerune personnec’est la salir, la couvrirde boueou d’ordure. Ainsi est
poursuivisur la base de l’article 51 du code pénal, l’agent qui jette volontairement
un liquidemalpropreou de la terre à sa victimeou l’automobilistequi éclabousseun
piéton. Il en est de même de celui qui crache sur une personne.
Tandis que incommoderune personne c’est lui causer de la gène ou du
malaise.
Il en est ainsi notammentdes agressionsqui sont de nature à impressionner
vivementune personnemême si elle n’a pas été atteinte matériellement ;du fait
de tirer des coupsde feu pour effrayer une personne,menacer sa victimeavec un
couteau ou une lance, le fait de causer à autrui des troubles de santé ou une
émotionforte par des appels intempestifs et agressifs ou encore par des cris ou
bruits insupportables.Toutes ces agressions doivent être exercées sur la victime
matériellement et directement par l’agent. Ainsi ne tombe pas sous le coup de
l’article 51 du code pénal, d’après la jurisprudencele fait d’amener un individuà
l’ingurgiter un liquide malpropre, sans employer un moyen de contrainte
physique. »37
3. Elément moral
Les voies de fait ou violences légères doivent avoir été exercées
volontairementc'est-à-dire intentionnellement. Peu importe le mobile ; le dol
général suffit, que l’agent ait voulunuire ou pas c’est le cas de celui qui souilleou
incommodeun passant à l’occasionde deuil. Mais l’agent qui agit par imprudence,
par défaut de précautionou de prévoyancene tombepas sousle coup de l’article
51.
Section 2.LES COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES SIMPLES
Quiconquea volontairementfait des blessuresou porté des coups est puni
d’une servitude pénale de huit jours à six moiset d’une amende ou d’une de ces
peines seulement (art. 46 du code pénal livre II).
Les blessuressimplesn’ont pas été préméditées. Elles n’ont entraîné aucune
des conséquences prévues par le législateur.
36 Likulia, B, op. cit., p. 86.
37 Likulia, B,op. cit., p. 87.
58
Les peines sont minimes :huit jours à six moisde servitude pénale et/ou une
amende de 25 à 200 zaïres.
Il s’agit par exemplede celui qui sous l’effet de la colère ou de l’irritation
même légitime porte des coups. Mais la victime d’une colère provoquéepeut
bénéficier des circonstancesatténuantes, avait tranché la CourSuprêmede Justice
dans son arrêt du 13 juillet 1972 38 s’agissant de la colère suscitée par la victimedu
fait de ses assiduités sur l’épouse de l’agent.
L’élémentmatérielde cette incriminationest constituée par un acte positif
consistant des blessurescausées ou en des coupsportés soit avec la main, les pieds
soit avec une arme ou tout autre objet ou instrument. Par arme, il faut entendre
toute machine, ustensile ou généralement tout objet tranchant, perçant ou
contondant (qui blesse, meurtrit sans couper ni percer) dont on se sert pour
frapper ou blesser ».39
Une seule blessure ou un coup isolé constitue « des coups et blessures ».
Le coup
« Par coup, il faut entendre toute atteinte matérielle ou physiquerésultant
du rapprochementviolentde deux corps. Il en est ainsi de tout heurt ou choc subi
par la victime.Le coup peut être infligé soit directement soit au moyend’un objet
quelconque.
Le coup est directement porté lorsque l’agent frappe immédiatement la
victimesoit de la main, soit du poing, soit du pied, soit de la tête. Il en est ainsi
notamment du fait de donner une gifle, de saisir violemmentou toucher un
individu,de le jeter contre un mur,un arbre, une table, de heurter quelqu’unpour
le faire tomber, le jeter à l’eau, le ployer dans une rivière.
Le coup est porté au moyen d’un instrument quelconquelorsque l’agent
frappe immédiatementla victime.C’est le cas de celui qui donne un coup de bâton
ou des coupsde matraque à la victime.Le fait de jeter des pierres sur quelqu’un,
de lancer un corps dur sur une personne ou encore d’exciter un animal contre
quelqu’un,donner des coupsde fouet, caractérise le coup administréà l’aide d’un
objet.
Celuiqui saisit violemmentou non une personneet lui frappe la tête sur le sol
commet l’infraction de coups et blessures.
Peu importe la gravité ou le degré de la violence. Pourvu que l’élément
matériel soit caractérisé pour ne pas constituer de simples violenceset voies de
fait. Ainsi tombe sous cette qualification le coup porté à une personne même s’il
n’est pas particulièrementgrave ou violent. Elle sera également retenue mêmesi le
coup incriminé n’a pas laissé de traces apparentes ou durables ;
38 Cour Suprême de Justice, 13 juillet 1972, R.J.Z., 1972, p. 47, cité par LIKULIA, op. cit., p. 95.
39 LIKULIA, op. cit., p. 89.
59
Mais à la différence des violenceset voiesde fait, il est exigé, pour retenir
cette qualification, que le coup soit de nature à impressionnerphysiquementla
personne agressée. »40
La blessure
La blessure s’entend de toute lésion externe ou interne produite dans
l’organismehumainsoit par un coup, soit par un choc ou rapprochement,soit par
une arme ou un instrumenttranchant, perçant, contondant, piquant, soit par tout
autre objet ou moyen susceptiblede laisser une trace apparente ou durable par
exemple les dents.
Il en est ainsi naturellement de toute déchirure de la peau ou de la chair
notammentla plaie, l’égratignure, l’ecchymose,l’écorchure,l’éraflure. Il convient
évidemment d’y ajouter toute brûlure, contusion ou meurtrissure.
Peu importe la gravité de la blessure.Une légère blessurepeut être retenue.
Il en est de même d’une simple piqûre ou d’une morsure de l’animal
volontairementexcité par son propriétaireou une tierce personne. Dans toutes ces
hypothèses, l’auteur sera exposé aux sanctions réprimant les coups et blessures
volontaires.
Peu importe également l’instrument utilisé ; un liquide corrosif, un jet de
vapeur ou un animal excité peuvent causer des blessures.
Peu importeenfin le moyenutilisé ; celui-ci peut être mécaniqueou chimique.
Pourvu qu’il agisse sur l’état physique de la victime.
41 »
L’élémentmoralou intentionnelest constitué par la volonté de l’agent de
causer la blessure ou de porter le coup.
Peu importe le mobile, le consentement de la victime ou l’erreur sur la
personne.
Ainsi l’auteur du tatouage sera poursuivimême si le mobile n’est pas ici
antisocial et qu’il est éventuellement esthétique.
Les coups donnés ou les blessuresfaites, par plaisanterie, à l’occasiondes
rites coutumières en temps de deuil ou lors des recherches médicales, sont
punissables.
Toutefois, le mobile peut être retenu par le juge comme circonstance
atténuante.
Mais il peut aussi constituer une cause exonératricelorsque la blessure est
causée par exempledans le cadre de la circoncisionmêmetraditionnelle ou que la
40 LIKULIA, B, op. cit., p. 90.
41 LIKULIA, B, op. cit., pp. 90-91.
60
blessureest causée lorsqu’unepersonneest pousséeparce que l’on veut la sauver
d’un accident.
C’est aussi le cas du droit de correction disciplinaire des parents et des
éducateurs ou du droit de correctionreconnueen fait au mari 42 (ancien code civil
livre 1er art. 119) en sa qualité de chef de l’associationconjugale, la femme doit
obéissance à son mari.
La question est laissée à l’appréciation du juge de fond.
L’agentqui désarme un agresseurarmé mêmeen le blessant pour sauverune
autre personne agressée sera exonéré.
Le consentementde la victimeest aussi inopérant. Toutcommel’erreur sur la
personne qu’elle soit intellectuelle (identité de la personne) ou matérielle
(maladresse corporelle).
Section 3.LES COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES PREMEDITES
Cette incriminationse réalise aussi bien matériellement que moralement
comme les coups et blessures simples.
C’est la préméditationqui entraîne la condamnationà une servitude pénale
d’un mois à deux ans et à une amende de cinquante à cinq cents zaïres qui
constitue la différence. Et le juge doit prononcerles deux peines à la fois. La
préméditationse réalise par le caractère réfléchi et antérieur à l’action du dessein
de donner les coups et d’infliger les blessures.
La préméditationest une circonstancepersonne.Ainsi les participants seront
poursuivisdifféremment selon qu’ils ont ou non prémédité les coups et blessures
car cet élément s’attache à la psychologieou à la nocuité des délinquantset non à
la structure matérielle de l’infraction.43
Section4. LES COUPSET BLESSURESVOLONTAIRES
AGGRAVES
PAR UN PREJUDICE
Il s’agit ici non des circonstancesde commissionde l’infraction mais de ses
conséquences, celles-ci peuvent être :
- la maladie : elle doit être une altération grave ou sérieusede la santé de la
victime ;
- une incapacité de travail sérieuse soit par sa durée soit par ses modalités.
Elle n’est pas nécessairement totale. Il suffit que la victime soit dans
l’impossibilitéde s’adonner à ses activités habituellespour une durée assez
longue ;
42 LIKULIA, op. cit., p. 92.
43 Likulia, op. cit., p. 95.
61
- une perte de l’usage absolu d’un organe :
Il doit s’agir d’une infirmité permanentede tout ou partie du corpsservant
à remplirune fonction nécessaireet utile. Il s’agit donc de la perte absolue
d’un sens, de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, de la parole, la perte des
facultés mentales, la paralysie d’un membre, etc. il ne suffit donc pas
« d’une difformité permanente telle qu’un nez cassé, une oreille déchirée,
un doigt coupé ou la seule diminution visuelle44».
- une mutilation grave:
Il s’agit de l’amputationd’un membredu corps :nez, œil, bras, main, jambe,
pied ou de la diminutionsensiblede l’usage d’un membre.C’est le cas de la
perforation d’un tympan ayant entraîné une diminution sensible de l’ouïe.
Dans tous les cas commedans celui de l’agent qui porte des coups, fait des
blessuresou exerce des violencessur le conducteur d’un véhiculeà l’origined’un
accident de circulation,les peines prévuessont d’une servitudepénale de 2 à 5 ans
et d’une amende.
44 Likulia, op. cit., p. 98.
62
CHAPITRE III
LES COUPS ET BLESSURES VOLONTAIRES AYANT ENTRAINE
MORT : L’HOMICIDE PRETERINTENTIONNEL OU COUPS MORT
« Lorsqueles coups portés ou les blessuresfaites volontairement mais sans
intention de donner la mort l’ont pourtant causée, le coupable sera puni d’une
servitude pénale de 5 à 20 ans. » (art. 48 code pénal livre II) Il s’agit ici d’une
infraction particulière et non de l’intention de coups et blessures volontaires
affectés d’une circonstance aggravante.
La mort n’est pas ici le résultat de la volonté de l’agent. La mort se trouve
au-delà de l’intention (praeter). C’est ce que l’on appelle homicide
préterintentionnelou coups mortels. La mort a été donnée sans intention de la
donner. Elle est survenue au-delà de l’intention de l’agent.
L’homicidepréterintentionnelest donc une infraction des coups et blessures
volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.
Le coupablesera puni d’une servitudepénale de 5 à 20 ans et d’une amende,
obligatoirement.Il n’est pas en effet un meurtrier. Celui-ci frappe pour tuer.
Tandis que celui-là tue involontairementen ayant frappé volontairementpour
frapper. Et, au-delà de cette intention de frapper, la mort est survenue.
C’est une infraction des coups et blessuresvolontairesaggravésmais dont la
conséquence a été la mort.
Les éléments matériels sont donc aussi ceux des coups et blessures simples.
Cependant à la lumière de l’article 48, il y a bien de relever les éléments
constitutifs particuliers ci-après :
Eléments matériels
1. Les coups portés ou les blessures faites
Le coup s’entend ici de tout heurt ou choc que l’agent inflige à sa victime.
Tandis que la blessure est toute lésion externe ou interne produite sur le corps
humain.
Peu importe le moyen ou l’instrument utilisé. L’agent peut avoir frappé la
victimesoit de la main soit par un coupde bâton (jeter quelqu’unà l’eau) ou blessé
la victime par un instrument quelconquequi peut être perçant, tranchant ou
contondant.
63
Peu importeégalement la gravité du choc. C’est ainsi que de simplesviolences
peuventêtre retenues pourconstituerl’infraction. Tel est le cas du mari qui pousse
et fait tomberson épouse dans un mouvementde colère entraînant ainsi la mort
de celle-ci.
Il a été également jugé que tombe sous le coup de la loi celui qui jette une
personne à l’eau ou la laisse tomber du haut d’un pont, s’il en résulte pour la
victime un choc nerveux qui provoque la mort.
Peu importe enfin l’importance de la blessure. C’est ainsi qu’il y a lieu de
retenir l’incrimination de l’homicide préterintentionnel lorsque la victime des
blessures meurt du tétanos directement provoquépar celles-ci même si elles
étaient incapables en elles-mêmes d’entraîner la mort. (Voir Likulia, pp. 104, 105)
2. Une conséquence précise : la mort de la victime
Pourque l’article 48 du code pénal soit applicable,il faut que les coupsportés
ou les blessures faits volontairement provoquent la mort de la victime.
Peu importe le temps écoulé entre la perpétration de l’acte incriminéet la
mort, la loi n’ayant pas fixé de délai. Il suffit qu’il y ait un lien de causalité entre
l’acte matériel et la mort de la victime. (Voir Likulia p. 105)
3. Le lien de causalité entre les coups portés ou la blessurefaite et la mort
de la victime
L’infractionsupposeune relation de cause à effet entre les coups portés ou
les blessures faites volontairement et la mort de la victime.
Il en est ainsi évidemmentsi les coupssont mortels en eux-mêmes. Il en est
ainsi aussi si la victime est décédée plus tard à la suite des blessuresdu crâne
causées par des instruments tranchants et contondants.
Maisla jurisprudenceentend cette notiond’une façon très souple.C’est ainsi
que l’article 48 s’appliqueégalement si les coups, tout en n’étant pas mortels en
eux-mêmes, le sont devenusen raisonde l’état morbide,de la prédisposition,de la
constitutiondébile, de l’état pathologiquede la victimeou encore si la mort est due
à des causes mises en activité par les coups, par exemple lorsque la victime des
blessures est décédée du tétanos directement provoquépar les blessures ou de
l’émotion provoquée par un coup, notamment une gifle.
La jurisprudence décide également que cette causalité existe même si des
soinsappropriésauraient pu empêcherle décès de la victime,du momentqu’il n’est
pas établi que la mort est due à une cause d’infection provenantde ces soinsou à
une cause étrangère.
C’est ainsi que la jurisprudence retient l’infraction même dans le cas où la
64
victime des coups meurt par suite du choc émotif que les coups lui ont occasionné.
En l’espèce, la mort de la victimerésultait d’une rupture utérine sur cicatrice
de césarienne causée par la gifle donnée par la prévenue,laquelle gifle provoqua
l’accouchement par suite du choc émotif qu’elle occasionna. (Voir Likulia pp.
105-106)
Il faut qu’il y ait relation de cause à effet entre les coups et la mort de la
victime. Autrement dit, la mort doit être la conséquencedes coups. Ce lien de
causalité n’est pas d’une rigueurabsolue.Ce lien ne doit pas être nécessaire, direct
ni homogène.Entendu par là que l’intention est constituée même si les coups et
blessuresnon mortels par eux-mêmes n’ont provoquéla mort qu’en raison d’une
maladie ou d’une faiblesse quelconque de la victime, ignorée par celui qui a
frappé.
C’est le cas des coups donnés à une personne qui meure plutôt de la crise
cardiaque. Le lien de causalité existe même s’il est minime.
Il y a lieu de noter qu’il importe peu qu’il y ait ou non une concomitancede
deux ou plusieurscausalités dans le lien qui relie la cause à l’effet. Le résultat
pénal sera le même comme dans le cas d’une opération chirurgicale.
Ex : Un coup qui serait bénin par lui- même, porté sur un endroit quelconquedu
corps mais qui, ayant par malchance, touché une partie sensible du corps, a
provoqué la mort plus ou moins subite par un phénomène d’inhibition.
Maisla cause incidente venant aggraverles faits des coupset blessures sur la
victime au point d’occasionner la mort de celle-ci ne saurait juridiquement
aggraver la situation pénale de l’auteur. Le cas d’une imprudence ou faute
personnelle de la victime ou bien le cas d’un événementfortuit constituant un
accident absolumentimprévisibleet extérieur. Cette aggravationpeut ne pas être
imputée à l’auteur.
Ex : Si la victimeblessée et hospitaliséemeurt par l’incendie de l’hôpital, l’article
48 code pénal livre II ne sera pas appliqué. L’hommecoupablene sera inculpé
que de l’intention correspondantà la gravité réelle des coupset blessuresqu’il
avait infligés.
B. Elément moral
L’auteurdoit avoir eu l’intention de faire du mal à la victime et non de la
tuer. Il a volontairement porté des coups sans l’intention de donner la mort.
Quant à l’intention, elle doit avoirporté sur l’acte mais non sur la mort qui en
a été la conséquence.Dès lors, il importe peu que l’auteur ait prévu ou non cette
conséquence, qu’il l’ait voulu ou non, ou même qu’il n’ait pas pu la prévoir.
65
Peu importeégalement que l’auteur des coupsmortels ait su ou pu savoirque
les coups auraient pour résultat la mort de la victime. Mais il ne doit pas avoir
cherché ou visé la mort de la victime.
Peu importe enfin le mobile. La mort peut être le résultat d’une bagarre
ayant engagé plusieurs antagonistes dont la victime elle-même.
Les tortures mortelles infligées dans le but d’extorquer un aveu tombent
également sous le coup de l’article 48 du code pénal. En l’espèce, deux individus
réputés « sorciers » par l’opinion commune de leur localité étaient soupçonnés
d’être les auteurs de la maladie dont souffrait une femme du village. Arrêtés,
après le décès de cette femme, ils furent soumis,en vue d’obtenir leur aveu, aux
tortures les plus inhumaines, notamment les coups de fouet, le ligotage des
membresdu corps, etc., lesquelles tortures provoquèrentla mort de l’un d’eux.
(Voir aussi Likulia p. 106)
66
CHAPITRE IV
L’ADMINISTRATION VOLONTAIRE DES SUBSTANCES POUVA
DONNER LA MORT OU POUVANT GRAVEMENT ALTERER LA SA
« Sera puni d’une servitude pénale de un an à vingt ans et d’une amende de
cent à deux mille zaïres quiconqueaura administrévolontairementdes substances
qui peuventdonner la mort ou des substancesqui, sans être de nature à donner la
mort, peuvent cependant gravement altérer la santé. » Art. 50 code pénal livre II
Alorsque pourl’empoisonnement,la loi exigela mort de la victime(infraction
matérielle) ici, le simplefait d’administrerles substancessusceptiblesde donner la
mort sans que la celle-ci s’en suive ou d’altérer gravement la santé suffit
(infraction formelle). Ici, le juge doit prononcer emprisonnement et amende.
Les éléments constitutifs
A. Les éléments matériels
1. L’administration des substances
.
L’administrationmatérielle du produit nuisible peut se réaliser par le moyen
d’un breuvage, d’une nourriture, d’une piqûre, d’un lavement intestinal, d’une
émission de gaz.
2. La nature de la substance administrée
Ces substances sont de deux natures différentes :
a) La loi vise de « substancesqui peuvent donner la mort. » La
loi vise les cas où l’auteur dans l’intention non de faire mourir mais
seulement de rendre malade sa victime, de nuire sa santé lui a, par
ignorance, administré un poison mortel.
b) « Des substances qui, sans être de nature à donner la mort peuvent
cependant gravement altérer la santé45 »
On exclut la nature des substances qui peuvent donner la mort.
Il appartient au juge d’apprécier le caractère de la substance qui a été
employée, d’évaluer les capacités novices réelles de ce produit pour
décider s’il répond ou non à la prévision de l’Art 50 du C.P . liv II.
C’est sur expertisescientifique des toxicologuesque les juges se basent pour
apprécier en droit la nature de la substance et son effet sur l’homme.
Son effet sur l’hommeen général et non sur la personnede la victime;
car il n’y a infraction qu’avec une substancede nature à nuire à la santé
45 Art 50 C .P. liv II
67
de quiconque,une substancereconnuenuisiblepour tous c'est-à-dire une
substance douée d’unenocivité intrinsèque.
Avoir administré volontairement à quelqu’un au dessein de le faire
souffrir et de le rendre malade un breuvage ou un aliment inoffensif à
la généralité des hommesqu’onsavait nuisibleà l’intéresséen raisonde sa
débilité particulière, de sa sensibilité maladive et personnelle à ce
produit, un tel acte resterait sans sanction du point de vue pénal.
Ex : Provoquerun ictère (jaunisse) à un hépatiqueen lui faisant manger
des œufs. Les œufs en eux-mêmes sont inoffensifs.
B. Elément moral
C’est l’administration volontaire des substances nocives ou nuisibles. C’est
l’intention de nuire, d’altérer la santé de la victimeet non l’intention homicide(=
empoisonnement) même si les substances peuvent donner la mort.
L’article 50 dit notamment, quiconqueaura volontairementadministré…Cet
adverbe ou ce mot « volontairement »fait ressortir l’élément intentionnel de
l’infraction.
Cet élément intentionnel consiste donc dans la volonté d’administrer des
substances nocives c'est-à-dire l’intention de nuire.
Ainsine serait pas poursuivisur la base de l’article 50 celui qui, dans le but de
guérir, aura administré des substancesayant provoquéla mort. Il serait dans ce
cas inculpé de l’homicidepar imprudenceprévu et réprimé par les articles 52 et
suivants du code pénal.
Il en est de mêmede celui qui a administré des médicamentsindigènes. Car
on estime dans ce cas qu’il n’y a pas de dessein de nuire. Par contre le fait
d’administrer, par plaisanterie, des substances nocives constitue l’infraction de
l’article 50 ; car le mobile est indifférent. L’auteur, dans ce dernier cas a agi
volontairement c'est-à-dire avec connaissance de cause.
Peu importe également le consentement de la victime. Ainsi sera poursuivi
celui qui administre, mêmeà la demande de la victimeelle-même, des substances
nocives à celle-ci.
C. Nature des substances
L’article 50 du code pénal retient deux natures des substances :
1° Les substancesmortellesc'est-à-dire celles qui sont capables de donner la
mort ;
2° Les substancessimplementnuisiblesà la santé c'est-à-dire celles qui sont
incapables de donner la mort mais qui peuvent altérer gravement la santé. Il
s’agira par exemple des substances capables de provoquerune maladie ou des
68
lésions à l’intérieur du corps humain.
On admet généralementque le caractère nocif de la substance administrée
est laissé à l’appréciation des juges du fait qui peuvent recourir à des expertises.
D.Résultat
Alors que pour l’empoisonnementla loi exige la mort de la victime(infraction
matérielle), ici le simple fait d’administrer les substancescapables de donner la
mort sans que celle-ci s’en suiveou d’altérer gravementla santé suffit (infraction
formelle). (Voir Likulia pp. 83, 84)
69
CHAPITRE V
L’HOMICIDE ET LES COUPS ET BLESSURES INVOLONTAIRES
L’homicidepréterintentionneln’a pas été placé par le législateur congolais
dans la section relative à l’homicide involontaire et aux lésions corporelles
involontairesmais bien dans la catégorie de l’homicideet des lésions corporelles
volontaires.
En effet, la mort dans l’homicide préterintentionnel est le résultat non
recherché des coups portés et des blessures faites volontairement.Il s’agit des
lésions corporelles volontaires ayant entraîné une conséquence homicide non
recherchée par l’auteur.
Nousétudions ici l’homicideinvolontaire,la mort provoquéepar des violences
involontaires.La mort n’était pas recherchéetout commeles violencesn’étaient pas
voulues dans cette incrimination. Autrement dit, la volonté de l’agent est
totalement absente aussi bien au niveau des violencesportées qu’au niveau de la
mort qui en est la conséquence.Il s’agit donc de l’homicidepar imprudenceet des
coups et blessurespar imprudenceprévusà l’article 52 du code pénal livre II en
ces termes : « est coupabled’homicideou de lésionsinvolontairescelui qui a causé
le mal par défaut de prévoyanceou de précaution, mais sans intention d’attenter
à la personne ».
A l’article 53, le législateur a prévu que « quiconqueaura involontairement
causé la mort d’une personnesera puni d’une servitudepénale de trois moisà deux
ans et d’une amende de cinquantemille zaïres » mais « s’il n’est résulté du défaut
de prévoyanceou de précaution que des coups ou des blessures,le coupablesera
puni d’une servitudepénale de huit jours à un an et d’une amende de cinquanteà
cinq cents zaïres ou d’une de ces peines seulement ».
« Sera puni des mêmes peines ou de l’une d’elles seulement celui qui aura
involontairement causé à autrui une maladie ou une incapacité de travail
personnelen lui administrant des substancesqui sont de nature à donner la mort
ou à altérer gravement la santé. » Art. 55 du code pénal congolais livre II
Le législateur relève ici trois incriminations :
1.L’homicide involontaire; c’est l’homicide causé par imprudence ou
négligence mais sans intention homicide.
46
2. Les coupset blessuresinvolontaires: ce sont des lésionscausées par défaut
de prévoyance ou de précaution mais sans intention d’attenter à la
46 Art 52 et53 C.P. liv II
70
personne d’autrui.47
3. L’administrationinvolontairedes substances nuisiblesà la santé : c’est le
fait de causer involontairementune maladie ou une incapacité de travail
par l’admissiondes substancesqui sont de nature à donner la mort ou à
altérer gravement la santé.48
L’incendieinvolontaireprévudans l’Art 109 du C.P. liv II est une intention
involontaire contre les biens.
Ces incriminationssont commisespar défaut de prévoyanceou de précaution.
L’élémentmoral de l’intention ici ne consiste pas dans l’intention coupable ( =
faute intentionnelle) mais plutôt en une faute non intentionnelle.
Ex : Une négligence : Incendie causé par négligence d’une bougie,
lampe-tempête ou encore du carburant-essence.
Mais l’expressionhomicide et lésion involontairen’est pas concevable. Elle
laisse croire que la volontén’intervient pas dans la survenancede l’homicide ou
des lésions et que ces intentionsne sont pas les résultats d’une volonté.Cela n’est
pas exact puisqueà la base de ces intentions, il y a un acte fautif qui est souvent
volontaire.
Ex : Le fait de doubler de vitesse devant une école. La volonté se trouve
réunie mais elle est moindre. Il y a toujours une part d’intention dans
l’acte.
C’est seulement les conséquencesde ces intentions qui n’ont pas été
voulues.
Les éléments constitutifs communs
1er Elément : Le fait matériel d’homicide ou des coups et blessures
Ce fait matériel peut consistersoit en un acte positif tel que des coups,soit en
un acte négatif tel que l’abstention, l’omission,la négligence ou le défaut de
prévoyance.
Mais la loi exige qu’une personne ait été effectivement tuée, frappée ou
blessée. C'est-à-dire que le mal doit avoir été réellement causé.
On tient ainsi compte du résultat. C’est ainsi qu’onestime que l’auteur de la
faute, mêmela plus grave, la plus évidente et la mieuxétablie ne sera poursuiviet
réprimé que si celle-ci a produit le résultat matériel prévu par la loi, à savoir la
mort, la lésion ou la blessurede la victime. A partir du moment où la faute est
prouvéeet que le résultat s’est produit, l’agent doit être sanctionnésans qu’il y ait
lieu de faire la distinctionselonla gravitéde la faute. Tel est le principeapplicable
47 Art 54 C.P. livII
48 Art 55 C.P. liv II
71
en cette matière.
Il importe donc de préciser cet élément fondamental qu’est la faute. (Voir
Likulia pp. 108-109)
2e Elément : La faute de l’auteur
Pour que l’infraction soit retenue, l’agent doit avoir commisune faute. Et il
n’est pas exigé que cette faute soit intentionnelle, c'est-à-dire il n’est pas requis
que l’agent ait vouluou prévu le résultat ni même le fait générateur de celui-ci.
Une faute même légère peut caractériser cette quali fication.
Si aucune faute n’est établie, l’homicideet les blessuressont casuels et par
conséquent non punissables. L’impunitéde ce que l’on peut appeler « accident
fortuit » est justifiée par l’impossibilitéde prévisionet le hasard du résultat. En
effet, si la mort et les lésionscorporellesrésultent d’une cause étrangère ou d’une
circonstancefortuite indépendante du fait et de la psychologiede l’agent qui n’a
commis aucune erreur de conduite qui caractérise généralement toute faute
pénale et à défaut de toute possibilitéde la prévoyance,aucune infraction ne peut
être retenue. C’est le cas d’un tireur de vin de palme qui, tombant
accidentellement d’un palmier, ne se tue pas lui-même, mais écrase un passant.
Cet élément, qu’est la faute, étant nécessaire, il y a lieu d’une part de la
définir et d’autre part d’énumérerles différentes fautes pénales prévuespar la
loi.
La faute peut consister dans une action positive ( par exemple une
maladresse) ou une abstention ( par ex une inattention, une négligence,
l’inobservation des règlements.)
Ex : une personnequi va à la chasse, il ne sait pas très bien manier l’arme à feu,
quand cela atteint une personne, on peut être poursuivipour maladresse
causant une infraction involontaire.
a) Définition de la faute
La faute pénale peut être définie comme une erreur de conduite qui permet
d’imputer à un agent une conséquence dommageable d’un fait qu’il n’a pas voulu
provoquer. Autrement dit, le fait de l’agent n’est pas le résultat d’une volonté
positive mais plutôt d’une faute psychologique,intellectuelle ou, mieux encore,
d’une inertie de la volonté. Il y a donc absence de la volonté.
Quand on fait un rapprochemententre la définition de la faute en matière
pénale et celle de la faute civile, on constate une certaine identité.
En effet, il résulte des articles 258, 259 et suivants de notre code civil que
chacunest responsabledu dommagequ’il a causé, non seulementpar son fait, mais
72
encore par son négligence ou par son imprudence.
Cette théorie de l’unité des fautes civileet pénale, qui est également admise
en droit belge sans discussion (Legros, n° 201), a été pendant longtemps
controverséeen France, et la jurisprudence s’était prononcéed’abord en faveur
de la différence de nature de ces deux fautes, de sorte que le juge pénal et le
juge civil avaient chacun ses critères et pouvaient statuer différemment sur la
même faute, appréciée successivementsous l’aspect criminalisteet sous l’optique
civiliste.
Mais, depuis le 19 décembre 1912, la Cour de cassation française, dans un
arrêt célèbre et historique,a proclamél’identité absoluede la faute pénale et de
la faute civile.
A l’heure actuelle, dans les trois pays (R.D.C., France et Belgique), la solution
est la même ; celle de l’identité des deux fautes, c'est-à-dire que celles-ci ont le
même contenu et la même nature.
Ainsi donc la faute civiles’identifie à la faute pénale. Il importedès lors peu
que la responsabilitéde l’agent soit une responsabilitécontractuelle résultant du
code civil telle que celle du médecin, du guérisseur, de l’entrepreneur ou de
l’architecte.
Ainsi la responsabilitépénale de l’entrepreneur dont les ouvriersn’ont pas
effectué un travail conformeaux devis sera également retenue si leur agissement
entraîne un dommage corporel. Il en est de même du médecin qui a omis, en
prescrivant un traitement médical, d’indiquer le mode d’emploi, défaut de
précaution ayant entraîné la mort du patient.
b) Enumération des faits constitutifs de la faute pénale
L’article52 du code pénal prévoitlimitativementle défaut de prévoyanceou
de précaution.
La loi congolaise n’a pas énuméré les faits constitutifs de défaut de
prvoyance ou de précaution.
Par défaut de prévoyanceou de précaution,il faut entendre toute faute non
intentionnelle commise par un agent qui a omis d’accomplir un acte qui lui
incombait ou plus généralement celle qui consiste en un manque de soins pour
éviter un mal.
Dans la jurisprudence et la doctrine, les mots défaut de prévoyanceou de
précautions comprennent toute faute, quelque légère qu’elle soit, qui cause un
homicide ou des blessures.
Il est évident que cette faute existe lorsquel’agent a prévu commepossible,
mêmecommeprobable,le résultat funeste que pouvaitproduireindirectementson
73
action.
D’une manière générale, il y a lieu de retenir toutes les fautes que l’agent
pouvait éviter avec plus de prévoyance, d’attention, de soins, d’habilité, de
diligence. A cet égard, la jurisprudence désigne indifféremment cette faute par
les termes : inattention, négligence, imprudence.
La maladresse qui est également constitutivede la faute non intentionnelle
est comprised’une manière un peu plus différente que les autres expressions.Il
est évident que l’inobservationdes règlementsde police permet de constituer cet
élément caractéristique.
1°) – La négligence consiste dans l’insouciance, le manque de soin,
d’application, d’exactitude ou plus généralement dans les imprudences
caractérisées par l’inaction, l’abstention ou l’omission.C’est le cas notamment du
fait d’omettre de donner par geste ou par signal un avertissement nécessaire.
Il en est de même du fait pour un infirmier de négliger de prévenir le
médecin de la gravité de l’état de santé d’un malade, négligenceayant entraîné
la mort du patient. A été également poursuivipénalement un médecin qui, par
négligence, a prescrit 13 centimètres cubes de solutionde quinine au lieu de 13
centigrammesde siropde quinine,négligenceayant causé la mort de son malade.
Constitueaussi une négligencecoupablele fait pour une mère de laisser entre les
mains d’un tout jeune enfant un objet perçant ou tranchant à l’aide duquel, en
jouant avec ses camarades, il blesse l’un d’eux.
En ce qui concerne l’omissionde surveillance,il a été décidé qu’on ne peut
retenir cet élément infractionnel que si le prévenuavait une obligationpositivede
surveillance.
Tel est le fait d’un médecin en cas d’hémorragiecausée par l’abandon ou le
défaut de surveillance du malade ou d’une mère en cas de la noyade de son
enfant.
2°) – L’inattention vise plus spécialement le manque d’attention ou une
inexcusable légèreté. L’étourderie est considérée comme l’extrême inattention.
C’est le cas pour un médecin de prescrire par inattention à un malade un
produit toxique qui provoque sa mort. Constitue également une faute
d’inattention :
- le fait, pour un infirmier, d’administrer un autre médicament que celui
prescrit par le médecin, erreur ayant entraîné la mort de la victime ;
- le fait, pour un pharmacien,de remettre à quelqu’unun produit autre que
celui qui figure sur l’ordonnancedu médecin, erreur ayant provoquéla mort
du patient ;
- le fait, pour un aide-in firmier, d’administrer de l’ammoniaquepur au lieu
d’une liqueur ammoniacale, erreur ayant entraîné la mort du patient.
74
3°) – L’imprudence consiste dans un défaut de prudence, dans une
imprévoyanceou témérité. L’imprudencesera coupablementétablie à l’égard de
celui qui confie sa voitureà une personnequi n’a pas un permisde conduireou qui
se trouve dans un état apparent de fatigue ou d’ébriété, défaut de prévoyance
ayant provoquéun accident mortel. Il en est de même de l’excès de vitesse ayant
provoquéun homicideet des blessures.Ne peut également échapperà la répression
celui qui conduit un véhiculedans un état de fatigue ou d’ivresse, c'est-à-dire
dans un état de défaillance physique ; défaut de prévoyanceayant causé un
accident mortel.
Il a été jugé que l’usage de chanvre à fumer constitue une imprudence.
Ainsi celui qui a porté des coups en état d’ivresse provoquéepar usage de
chanvre à fumer se rend coupable de lésions involontaires.
4°) – La maladresse consiste dans un défaut d’adresse, dans un manque
d’habileté ou de dextérité corporelle.L’exempleclassiqueest celui d’un ouvrierqui
laisse tomber une pierre et tue un passant, ou celui d’un chasseur qui atteint
mortellement une personne humaine en visant un gibier. Elle se caractérise
égalementdans la faute morale,ou intellectuellede l’architecte, du guérisseur,du
chirurgienou du médecin qui ne se montrepas habile dans l’exercicede son art ou
qui pratique sans aucune adresse ou finesse de l’esprit.
5°) – L’inobservationdes règlements de police constitue aussi une faute au
sens de l’article 52, même si elle n’est pas pénalement répriméeen elle-même si
elle ne résulte pas de l’inattention, maladresse ou imprudence.Par règlement, il
faut entendre toute loi, toute ordonnance-loi, toute ordonnance, tout décret, ou
tout arrêté réglementaire. Et même le règlement qui n’oblige que certaines
personnes déterminées telles que le médecin.
C’est la violationdes prescriptionsdu code de la route qui constitue le cas le
plus fréquent de l’inobservationdes règlements. Il en est ainsi de celui qui tue ou
blesse une personnepar excès de vitesse ou de celui qui stationne dans un endroit
interdit, défaut de prévoyance ayant provoqué un accident dommageable.
Le défaut de prévoyanceou de précautionest généralementretenu à charge
du conducteur qui se rend compte d’une défectuosité de son véhicule et qui
poursuitnéanmoinssa route. Il en est de mêmede celui à qui l’usuredu mécanisme
de direction provenant de la vétusté a été infailliblement manifestée
antérieurement à l’accident par un certain jeu, dont un conducteur prudent et
avisé eût dû s’alarmer.
A été reconnu coupable d’homicide par défaut de prévoyance ou de
précaution,le conducteurqui avait écrasé la victimemarchant sur l’accotementde
plain-pied, par suite du soulèvementbrusque du capot du véhicule qui l’avait
empêché de voir la chaussée et lui faisant perdre le contrôle du véhicule. Le
75
tribunal avait estimé que le défaut de prévoyanceou de précaution résultait du
fait qu’étant propriétairedu véhiculequ’il conduisait, il en connaissaitbien l’état
et qu’en conséquence,s’il n’avait pas encore eu le temps nécessairepour effectuer
cette réparation, il était tenu à rouler à une vitesse telle qu’il pouvaitêtre prêt à
toute éventualité, notamment s’arrêter immédiatementlorsque la cale du capot
viendrait à céder. Ce qui surprend ici, c’est la deuxièmepartie de l’argumentation
du juge qui est une sorte de recommandationimplicitede conduireavec prudence
un véhicule qu’on sait défectueux, susceptible d’occasionnerà tout moment un
résultat dommageable au lieu d’en prévenir par une interdiction formelle.
D’ailleursle fait de conduire un véhiculedéfectueux constitue en lui-même
une contravention au code de la route.
Celui qui provoqueun accident mortel commetdeux infractions : au code de
la route et à l’article 52 du code pénal, qui ont pour origineun seul et mêmefait.
Maisl’auteur de ces deux infractions ne subiraqu’uneseule peine, la plus grave, en
vertu de l’article 20 du code pénal, livre 1er, car il s’agit du concours idéal
d’infractions.
Pour que l’infraction d’homicide ou blessuresinvolontairessoit constituée, il
ne suffit pas qu’il y ait un fait matériel d’homicide ou coups et blessureset une
faute de l’agent, mais il faut aussi établir un lien de cause à effet entre la faute
et le dommage causé à la victime.
Pour qu’il y ait faute, il faut que l’auteur ait pu prévoir le dommage et
prendre les mesures nécessaires pour l’éviter
.
D’après la gravité de la faute, on distingue :
- La faute lourde ;
- La faute légère ;
- La faute plus légère.
En matière pénale, mêmela faute la plus légère suffit pour que l’auteur soit
puni. En Droitcivil, l’Art 259 ccc. liv III pose le principede la responsabilitéquasi-
délictuelle et définit la faute. Il y a donc la faute civile(Art 259 ccc. LivIII) et la
faute pénale( Art 52 CP liv II) Il y a le principe de l’Unité de faute civile et de
faute pénale c à d c’est la même faute. Par conséquent,si pour le même fait, le
juge pénal décide qu’il n’existe pas de faute pénale, le juge civil ne pourra pas
af firmer le contraire ; d’où le principe :L’autorité de la chosejugée au pénalsurle
civil.
Mais il y a deux régimes différents en matière d’administration de la
preuve. Le Droit civil prévoit la présomptionde faute ; dans certains cas, le
demandeur ne doit pas démontrer la faute.
76
Par ex : En matière de responsabilité du fait d’auteur ou du fait des choses.
49
En matière pénale, il n’y a pas de présomption de faute.
Le ministère public est obligé de faire la preuve de l’existence de la faute.
En matière pénale, la faute est s’appréciein abstracto c à d selon les critères
de l’homme normal, c à d un homme théorique.
Ex : En cas d’accident où il est reproché au chauffeur un freinage tardif, on
examinela faute de ce dernier par rapport au chauffeur normal et
cela de manière abstraite.
3èmeélément : Un dommagecorporel le
: liende causalitéentrela faute commise
et
le dommage subi par la victime
Il doit y avoirune relation de cause à effet entre la faute commiseet le mal
réalisé, c'est-à-dire le dommage subi par la victime. Est caractéristique d’une
faute ayant causé un dommagejustifiant une condamnationpénale, le fait pour
un guérisseurde donner ou d’indiquer à un malade, dans le but de le guérir, une
plante vénéneuse ayant provoqué la mort de la victime.
Une faute pénale a été retenue également dans :
- l’excès de vitesse ;
- la vente de viande avariée ;
- la conduite d’un véhicule défectueux ;
- le fait pour un infirmier de garde de négligerd’avise le médecin de service
que la température d’un malade dépasse 38°, négligenceayant entraîné la
mort du patient ;
- le fait de rouler sur la gauche avec excès de vitesse ;
- le fiat pourun féticheur d’employercommeremède, dans le but de guérirun
malade, une substance vénéneuse ayant causé la mort du malade ;
- le dépassement dangereux d’un véhiculeen stationnementayant provoqué
un accident mortel ;
- le fait pour une mère de laisser entre les mains d’un tout jeune enfant un
instrument tranchant, perçant ou contondant ;
- le fait de causer la mort, en se livrant à une chasse dans les plantations
d’un village habité ;
- le fait de causer la mort à une personne, en lançant une flèche ou une
lance sur un objectif que l’on aperçoit confusément,croyant qu’il s’agit d’un
gibier.
Il a été admis qu’il y a un lien de causalité entraînant la responsabilité
pénale de l’agent, dans le fait pour un conducteurd’accepter sur un véhiculenon
aménagé pour le transport des passagers, des personnesauxquellesce mode de
transport est étranger sans veiller à ce qu’elles prennent les précautions
indispensables.
Il a été également jugé que l’omission,après arrêt prolongéde son véhicule
49 Art 262 CCC. Liv II
77
dans une cour d’usine, de vérifier au démarrage s’il n’y a aucun obstacle à
l’arrière, constitueun acte d’imprudencepunissablenonobstantle fait totalement
inadmissiblede la mère de la victime(bébé d’un an) mortellementatteinte, de na
pas la surveiller.
Le mot involontaireutilisé par la loi a permis à la jurisprudence et à la
doctrine d’aller plus loin dans leur interprétation. C’est ainsi qu’ellesestiment qu’il
n’est pas nécessaire que la faute soit la cause unique, exclusive, directe et
immédiate de la mort ou des lésions corporelles pour que l’incriminationsoit
coupablement établie et pénalement imputable à son auteur.
Ainsi donc, il importe peu :
1°) – qu’il ait ou non des fautes multiples imputables à plusieurs personnes.
L’homicidepar imprudenceet les coupset blessuresinvolontairesont souventpour
cause, non pas la faute d’une seule personne, mais des fautes multiplescommises
par plusieurs personnes.
La responsabilitépénale de chacune d’elles doit être engagée. Car on estime
que l’imprudenceou la négligencede l’une ne saurait justifier l’imprudenceou la
négligence de l’autre.
L’exempleclassiqueest celui d’un autobusou taxi-bus qui s’écrase contre un
poteau électrique ou un immeuble et dont la carrosserie en mauvais état
s’effondre sur les voyageursen les blessant grièvement.On retient non seulement
la faute du conducteur qui n’a pas su diriger son véhicule mais aussi celle du
responsabledu servicede transports ou du propriétairequi a commisla faute plus
grave encore de maintenir en service un charroi dont il n’ignorait pas le mauvais
état. Il en est de même du fait de confier à un conducteurqui n’a pas un permis
de conduire, la conduite d’un véhicule automobile ;du fait de transporter un
grand nombrede travailleurs sur un véhicule non équipé de façon à assurer la
sécurité des passagers, du fiat d’un garagiste de tromper son client en lui
af firmant que le véhicule est en parfait état de marche alors qu’il na négligé
d’effectuer la réparation demandée, négligence ayant occasionné un accident
dommageable ;
2°) – qu’il s’agisse ou non d’une cause étrangère. C’est ainsi qu’il y a lieu de
retenir également la responsabilitépénale de l’agent lorsquela cause étrangère
n’est pas exclusivedu dommage corporel subi par la victime, quels que soient
d’ailleurs la faute personnede celle-ci et même sa prédispositionet son état de
santé avant la production de l’accident.
Ainsitombesousle coupde la loi un médecinqui négligede soignerun malade
sur le point de mourir,attitude ayant hâté ou accéléré la réalisation du dommage
à savoirla mort de la victime.Il en sera ainsi mêmes’il est établi que la mort était
prochaine et certaine ;
3°) – que la cause soit directe ou indirecte. C’est ainsi qu’il n’est pas
78
nécessaire que la faute de l’agent soit la cause directe du dommagecorporel. La
cause indirecte ou mêmepartielle peut caractériser l’incrimination.Il suffit que le
comportement de l’agent ait contribué, même dans une faible mesure, à la
réalisation d’un accident dommageable. C’est le cas d’une personne qui surgit
imprudemmentd’une parcelle se trouvantainsi devant un conducteurqui omet de
régler sa vitesse pour éviter l’accident. On applique ici « la théorie dite de
l’équivalence des conditions plutôt que celle de la causalité adéquate».
Ainsi sera coupablement établi le comportement de l’agent qui, par
négligence,laisse à la portée d’un enfant mineurun instrumenttranchant à l’aide
duquel, il blesse, en jouant, un autre enfant.
L’organisateurde compétitionssportivesqui n’a pas pris de précaution pour
éviter de faire courirde risquesparticuliersaux joueurs et mêmeaux spectateurs
sera également incriminé.
Tel est également le cas d’un automobilistequi peut être poursuivipour
homicide par imprudence causé par un autre véhicule à cause de ses phares
éblouissants.
Il est évident que, dans tous ces cas, l’agent sera poursuivisoit exclusivement,
si c’est sa seule faute qui est en relation de cause à effet avec l’atteinte à
l’intégrité physique,soit conjointementavec l’auteur direct et matériel si sa faute
s’ajout à celle de celui-ci ;
4°) – que la cause soit médiate ou immédiate. La responsabilitépénale de
l’auteur médiat sera également retenue, même s’il n’a pas matériellement et
immédiatement réalisé lui-même le dommage corporel, en cas de manque de
surveillanceou de précaution.Onlui reprocherale fait de n’avoirpas pu empêcher,
par son comportement,la survenanced’un accident dommageablepar exemplele
fait d’avoir omis de donner des instructions dont l’observationaurait évité le
dommage survenu. Tel est le cas du manque de surveillance de la part des
instituteursou responsablesdes établissementsscolaires.C’est en vertu de ce même
principe que la jurisprudence estime également que le fait de l’animal ou de la
chose peut engager la responsabilité pénale de la personne coupable d’une faute.
L’exempleclassique est celui d’une personne qui laisse divaguer son chien,
lequel mord un passant ou celui d’un médecin qui laisse un produit toxiquesans
l’enfermer dans une armoire ; négligence ayant provoqué un accident
dommageable.
La jurisprudence est allée encore plus loin dans ce domaine en retenant
l’infraction pour le seul fait de posséderun animal que l’on sait être d’un naturel
malfaisant.
A défaut de ce lien de causalité, le prévenu doit être exonéré de sa
responsabilité. Il en est ainsi notamment lorsque le décès de la victime est le
79
résultat du proprefait de celle-ci ; sa faute doit être la cause uniqueet exclusive
du préjudice.
L’infractionne peut donc pas être retenue, pour défaut de lien de causalité,
lorsquela victimed’une intoxicationprovoquéepar suite de l’erreur commisepar
un médecin meurt pour avoir refusé obstinémentde subir un traitement qui lui
était immédiatement prescrit.
La faute ne sera pas plus retenue contre le conducteur d’un autobus
transportant des voyageursdont l’un d’eux se blesse en sautant du véhicule en
marche avant d’atteindre un point d’arrêt.
Il est évident que la force majeure résultant d’un événementimprévisibleet
irrésistible permet d’exonérer l’agent de sa responsabilité pénale.
Il en est ainsi du fait d’un enfant de traverser brusquementla chausséeen
débouchant de la gauche, derrière un camion en stationnement au moment où
arrivait la voiture ayant occasionné un accident mortel.
A été également acquitté le conducteur d’un véhicule ayant causé un
homicideet dont l’état défectueux était ignoré de l’agent. C’est ce qui ressort du
jugement du tribunal de district de Mbuji-Mayi en date du 1er septembre 1971
(R.J.Z. 1977, p. 93), qui avait décidé qu’en l’absence de tout vice apparent et
manifestement constaté avant l’accident aucun défaut de prévoyance ou de
précaution ne peut être reprochéau prévenu, et l’accident survenune peut être
attribué qu’à un concours fatal de circonstances, constitutif du cas fortuit.
Maisne constituepas un événementimprévisiblela présencesur la route de la
victime (une fille mineure) que le conducteur du véhiculea pu apercevoirà une
distance de 60 mètres et qu’il aurait pu, dès lors, éviter s’il avait pris les
précautions nécessaires.
Après avoir examiné les éléments communsà ces deux infractions, voyons
maintenant les éléments propres à chacune d’elles.
La faute doit avoir causé un mal, une atteinte à l’intégrité corporellede la
victime.
Par exemple :
- La mort de la victime ;
- Des coups et blessures ;
- Une maladie ;
- Une incapacité de travail.
Il faut qu’il y ait un dommageréellement causé ; sans un résultat la faute
n’est pas répriméepar elle-même. La faute doit avoirprovoquéun résultat qui est
80
le dommagesauf si la faute en elle-même constitue une infraction. En matière
d’intention involontaire, on ne peut concevoirque l’intention consommée.Par
conséquent,la tentative d’une intention involontairen’existe pas. Tout commeon
ne peut être complice d’une infraction involontaire.
oApparition tardive du dommage
Dans ce cas, l’intention n’est consomméeque le jour où le dommage
survient. Même si cela survient longtemps après.
o Aggravation du dommage
Par ex : la victime blessée qui meurt plus tard.
Cette relation peut être directe ou indirecte.
Ex : Relation indirecte. La faute du supérieurqui assure la responsabilitéindirecte
découlant des instructionsqu’il a données. Le chauffeur subit un accident
involontairementpar imprudence, il connaissait le vice ayant atteint le
véhicule,et le patron avait tellement insisté pour qu’il travaille, que le risque
arriva. La relation peut engager la responsabilitéd’une personneabsente ou
présente.
Le patron absent au volant. Le lien de causalité doit être
établi.
Le Ministèrepublicdoit prouverle dommage,tel que réalisé
concrètement, qui ne serait pas survenu sans la faute.
LES ELEMENTSPROPRESA CHACUNEDES INFRACTIONS
PREVUESPAR LES
ARTICLES 53, 54, 55 et 56 DU CODE PENAL
Les éléments propresà chacune de ces infractions tiennent essentiellement
aux résultats qu’elles entraînent ainsi qu’à leur régime répressif.
Prenant en considérationleurs résultats, on peut faire la distinction entre
l’homicideet les atteintes portées à l’intégrité corporelleou physiqueet à la santé
d’une personne.
A. Homicide par imprudence
L’homicideinvolontaire que l’on appelle « homicide par imprudence » est
prévue et puni par l’article 53 du code pénal qui dispose que : « quiconqueaura
involontairementcausé la mort d’une personnesera puni d’une servitude pénale
de trois mois à deux ans et d’une amende de cinquante à mille zaïres. »
Ici, pour que l’infraction soit retenue, on exige que le résultat se réalise,
c'est-à-dire la mort de la victime.
On ne peut donc concevoir une tentative dans ce domaine.
81
Sans la mort de la victime, l’agent ne peut être poursuivi que pour coups et
blessures involontaires.
L’auteurde l’homicidepar imprudenceest puni d’une servitude pénale de
trois moisà deux ans et d’une amende de 50 zaïres à 100 zaïres. Les deux peines
sont obligatoirement prononcées.
En cas d’acte de piraterie, s’il y a eu homicideinvolontaire,le code de la
navigationmaritime(art. 399) aggravela situation du coupableen le punissantde
la servitude pénale à perpétuité.
Il est évident que la réparation civile du préjudice occasionnéà la victime
sera ordonnée soit par le juge pénal soit par le juge civil. Elle sera fixe
proportionnellement à l’ampleur du préjudice.
B. Lésions corporelles involontaires
a) Les coups et blessures involontaires ou par imprudence
S’il n’est résulté du défaut de prévoyanceou de précautionque des coupset
blessures, dit l’article 54 du code pénal, le coupable sera puni d’une servitude
pénale de huit jours à un an et d’une amende de 50 à 500 zaïres ou d’une de ces
peines seulement.
Ici, les peines sont moinsgraves que dans le cas d’homicide et le juge a la
faculté de prononcer seulement une des peines prévues. Cette incrimination
suppose que l’agent qui a commisune faute pénale a agi librement mais sans
intentiond’attenter à la personned’autrui. Autrementdit, qu’il doit avoircausé le
dommagecorporelpar défaut de prévoyanceou de précaution. Les exemplesles
plus fréquents se rencontrent dans le domaine des accidents de circulation.
Il a été jugé que commet une blessure par imprudencecelui qui confie sa
voitureà un tiers qu’il sait être en état physique déficient, insuffisammentapte à
cette conduite et dès lors susceptible de provoquer un accident.
Dans le cadre de l’art de guérir,il a été jugé qu’unchirurgienqui oubliedans
une plaie une compresse, laquelle provoqueune suppurationretardant ainsi la
guérison, commetune blessurepar imprudence.Il en est de mêmedu médecinqui
a mis en danger la vie d’un malade par suite d’abandon ou de défaut de
surveillance du malade.
Une jurisprudence étrangère décide même de poursuivreun mari qui ne
veille pas, alors qu’il est averti de la situation, à procureren temps opportunà son
épouse sur le point d‘accoucher le secours médical qu’exige son état.
La jurisprudence retient également, malgré l’imprudencede la victime, la
responsabilité pénale de l’ingénieur, chef de service, pour lésions corporelles
82
causées par défaut de prévoyanceet de précaution, dès lors qu’il avait donné les
instructions pour l’installation d’une cabine électrique contenant des fusibles
dangereux sans avoir placé ces fusibles hors de tout contact accidentel et sans
avoir signalé le danger par un écriteau.
Le seul fait de posséderun animal que l’on sait être d’un naturel malfaisant
est caractéristique d’une imprudence susceptible de provoquerla responsabilité
pénale de son maître, en cas de morsure.
Est condamnablepénalement le propriétaire d’un singe dont il connaît la
méchancetéà l’égard des personnesétrangères, qui ne l’attache qu’à l’aide d’une
simple corde dont l’animal a pu aisément se débarrasser, pour se précipiter sur
elles et les mordre.
Ici aussi, la réparation civile du dommage occasionné à la victime sera
poursuiviesoit devant le tribunal répressif, soit devant la juridiction siégeant en
matière civile. Les dommages-intérêts alloués tiendront compte du degré du
préjudice subi.
b) L’administrationdes substances ayant provoquéune maladie ou une incapacité
de travail
Cette infraction est prévue par l’article 55 du code pénal qui la punit des
peinesde l’article 54. Encourtcette sanction, celui qui aura involontairementcausé
à autrui une maladie ou une incapacité de travail personnel, en lui administrant
des substances qui sont de nature à donner la mort ou altérer gravement la santé.
Il ressort de l’analyse de cet article que le fait qu’il incriminecomportedeux
éléments particuliers :
- l’administrationdes substances qui sont de nature à donner la mort ou
altérer gravement la santé ;
- et le résultat qui doit être une maladie ou une incapacité de travail.
Le premier élément, c'est-à-dire l’administration de substances nocives,
supposeque l’agent pose un acte volontaired’administration,c'est-à-dire un acte
par lequel il faut absorberà autrui, de quelquemanièreque ce soit, une substance
de nature à donner la mort ou altérer gravement la santé sans intention
d’attenter à la personne.Le défaut de précautionne s’apprécieque sur le plan de
la nature ou de la quantité des substances à administrer.
Le second élément, c’est le résultat de l’acte d’administrationdes substances
nocivesqui doit causer soit la maladie, soit l’incapacité de travail. Ici le résultat ne
doit pas être voulu. Il s’agit d’un élément involontaire.
Il a été jugé que constitue cette infraction le fait pour un médecin indigène
de communiquer une maladie à ses patients par un traitement dangereux.
83
Les termes « substancesde nature à altérer gravementla santé » visent non
seulementles substancesqui ont toujours cet effet nocif, quel que soit leur état de
conservation, mais aussi celles, qui, gâtées ou corrompue, sont devenues nocives.
Si l’administrationdes substancesnocivesn’a causé qu’unelégère intoxication
momentanée qui ne peut être considérée comme une maladie, l’article 55 ne
s’appliquepas. L’auteurde cette infraction sera également condamné à réparer
civilement le préjudice qu’il a causé à la victime.
c) Le jet sur une personne d’une chose de nature à l’incommoderou à la
souiller
C’est l’article 56 du code pénal ordinaire qui prévoit cette infraction. Il
dispose que « sont punissablesau maximumd’une servitude pénale de deux jours
ou d’une amende de 25 zaïres ceux qui, imprudemment,auront jeté sur une
personne une chose quelconque pouvant l’incommoder ou la souiller ».
L’analysede cette dispositionnous permet de constater que cette infraction
s’apparente à celle de l’article 51 in fine. La seule différence est que l’infraction
de l’article 51 se réalise volontairement tandis que celle de l’article 56 par
imprudence, par inattention, par maladresse ou par erreur.
Cette infraction se consommeà partir du moment où le jet d’une chose
atteint une personne humaine et vivante. Peu importe le mode de projection ou
d’émission.
Peu importe également la nature de la chose. Il n’est pas nécessaire que la
chose jetée soit malpropre,salissante, malodoranteou puante, il suffit qu’elle soit
susceptibled’incommoderou de souiller une personne humaine, c'est-à-dire lui
causer de la gêne ou du malaise.
Peu importe le lieu de la commissionde cette infraction. Celui-ci peut être
publicou privé. Elle sera retenue si elle a été commisesur la voiepubliqueou même
dans une habitation.
Il a été jugé que commet l’infraction de l’article 56 celui qui,
imprudemment,jette par une fenêtre le contenu d’un verre d’eau, du sable ou
toute autre matière, sans s’assurer au préalable qu’elle n’atteindra personne.
Peu importe enfin qu’il y ait eu ou non concours d’autres circonstances.
C’est ainsi que la responsabilitépénale de l’automobilistequi éclabousseune
personnesera également retenue, mêmes’il est établi qu’il pleuvait abondamment
au moment des faits.
La victimede cette infraction peut obtenir la réparation civile du préjudice
subi soit devant le tribunal répressif, soit devant le juge civil. Mais cette action
84
civile sera déclarée irrecevable devant la Cour Suprême de Justice siégeant en
matière répressive.
85
CHAPITRE VI
LES INFRACTIONS CONTRE LES DROITS INDIVIDUELS DES
PARTICULIERS
Souscet intitulé sont viséesdes entreprisescriminellescausant un préjudice
aux individussur le plan moral. Ces entreprises portent atteinte, en effet, à des
droits garantis aux particuliers par la constitution et les lois de la République.
L’élémentaxiologiqueou l’ensembledes valeurs protégées est constitué des
libertés individuellesinterdisant l’arrestation arbitraire et la détention illégale
(section 1) ; l’inviolabilitédu domicile (section 2) et exigeant la sauvegarde de
l’honneuret de la considérationd’autrui et de la dignité humainequi appellent les
incriminationtelles que les imputationsdommageables(section 3), l’injure (section
4), la dénonciationcalomnieuse(section 5) ou le respect de la liberté des cultes
(section 6).
Plusieurs autres actes antisociaux sont prévus et punis par le législateur
congolais qu’il importe à l’étudiant de découvrir et de comprendre par la
recherche. Toutefois, dans le cadre de ce cours, il sera utile d’étudier les
incriminationsportant atteinte aux droits des particuliers et même à toute la
société par le biais d’une activité particulière, celle de la presse. Il s’agit donc du
délit de presse qui fera l’objet du chapitre VII suivant.
Section 1.L’ARRESTATION ARBITRAIRE ET LA DETENTION ILLEGALE
« Est puni d’une servitude pénale d’un à cinq ans celui qui, par violences,
ruses ou menaces, a enlevé ou fait enlever, arrêté ou fait arrêter arbitrairement,
détenu ou fait détenir une personne quelconque.Lorsquela personne enlevée,
arrêtée ou détenue aura été soumiseà des tortures corporelles,le coupable est
puni d’une servitudepénale de cinq à vingt ans. Si les tortures ont causé la mort, le
coupableest condamnéà la servitudepénale à perpétuité ou à mort. » Art. 67 code
pénal livre II.
Cette incrimination consiste donc dans le fait, par violence, ruses ou
menaces, d’enlever ou de faire enlever, d’arrêter ou de faire arrêter
arbitrairement, de détenir ou de faire détenir une personne quelconque.
Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
:
1. Un fait de privation de liberté
86
Il s’agit dans cette intention d’atteinte à la liberté. Une personneest privée
de sa liberté dès qu’elle est empêchée d’aller là où bon lui semble.
Des actes de la privation de liberté sont :
a. L’enlèvement : « celui qui a enlevé ou fait enlever… » Art 67
L’enlèvement,c’est le fait de s’emparerd’une personneen l’éloignantdu
lieu où elle setrouvait.
L’enlèvementest souventcommispar des particuliers. On enlève même
des
bébés.
b. L’arrestation : C’est le fait de mettre la main sur une personne,de se rendre
maître d’elle, de telle sorte qu ‘elle n’ait plus de liberté de se déplacer
comme elle veut.
L’arrestationest une intention instantanée punissablemême
si elle n’est pas suivie d’une détention
(ex 3 ou 5’)
L’arrestation est souvent le fait des fonctionnaires qui
commettent des abus d’autorité.
c. La détention: C’est le fait de retenir une personnecontre son gré pendant un
temps plus ou moins long en un lieu où elle est gardée en vue.
Ex : - Enfermer la victime dans un lieu clos.
• Retenir une personne dans une chambre dont la porte est
ouverte si une sentinelle est postée pour l’empêcher de sortir.
• Accorder à une personne certaines libertés de mouvement
dans une parcelle d’où on l’empêche de sortir. L’intentionde
détention arbitraire est une intention continue c à d la privation
de la liberté doit être d’une certaine durée. Cette intention n’est
pas commisesi une personneest retenue un instant seulement. Il
n’est pas nécessaire d’arrêter pour détenir arbitrairement.
Ex : Le gardien de prison qui détruit quelqu’un sans les pièces réglementaires
( commel’extrait du jugement, le MP) ce gardien n’arrête
pas mais détient.
Le code punit aussi bien l’auteur matériel que l’auteur intellectuel. L’auteur
matériel est celui qui a enlevé, arrêté ou détenu ;
Tandis que l’auteur intellectuel est celui qui a fait enlever,fait arrêter et fait
détenir.
2. Par violence, ruses ou menaces
La privationde la liberté doit être imposéeà la victimepar l’emploid’un des
87
ces moyens :
Les violences
: Ce sont des actes de contrainte physique.
Par ex : lier la victime, l’enfermer ou le maintenir dans une pièce fermée à
clé.50
a. La ruse: C’est la tromperiequi amène la victimeà donner
son consentement qu’elle n’aurait pas donné sans cela. 51
b. Lesmenaces: Il s’agit des actes de contrainte moralepar la
crainte d’un mal imminent.
Ex : Détenirarbitrairementla victimeen lui faisant craindre des représailles
sur sa famille.52
«Un simpleordre donné par le prévenuet volontairementobéi par la victime
ne suffit pas pour qu’il y ait arrestation arbitraire.53»
L’auteurdonne ordre à la victimeet celle-ci obéit, il n’y a pas ruse, menace
ou violence ;Dans ce cas, l’intention n’est pas légalement établie Acquittement
du prévenu.
A. Elément moral
L’élémentmoral requisconsiste dans la volontéde commettreun acte illégal
et arbitraire. En d’autres termes, l’auteur doit avoirconnaissancequ’il commetune
arrestation ou une détention illégale ; il doit en outre agir arbitrairement.
Bref : 2 aspects en présence :
- Aspect illégal
- Aspect consciencieux.
Une arrestation ou une détention est illégale lorsqu’elleest faite en dehors
des cas autorisés par la loi. (code procédure pénale)
Ex : Arrestation opérée par un OPJ sans mandat de l’of ficier du ministère public.
En cas de flagrance, la loi permet à n’importe quel citoyen de procéder à
l’arrestation sous certaines conditions. Une arrestation ou une détention est dite
arbitraire lorsque l’auteur a su que son acte était illégal mais l’a cependant
accompli par abus ou par caprice et cela sans pouvoirinvoquerune cause de
justification.
Les circonstances aggravantes.
Elles sont indiquées à l’art. 67,al 2 C.P. liv II.
50 Voir Arrêt de Léop. Du 30 déc. 1943, RJCB de 1944, page 102
51 - Arrêt de Léop. Du 31 déc. 1943, RJCB de 1944, page 182.
- Arrêt d’Elisabeth. du 20 janvier 1912 dans la jurisprudence du Congo de 1913, page 163.
52 Un jugement de Ière Instance de Bukavu du 2 mai 1953, RJCB de 1954, page 16.
53 Arrêt de C.S.J. du 13 juillet 1972, Bulletin des arrêts de 1973, page 129.
88
◈ Lorsquela personneenlevéea été soumiseà des tortures corporelles. Il faut
entendre par tortures corporelles, des actes de barbarie exercés
principalementdans le but de causer une souffrance. Quelquescoups de
chicotte ne constituent pas des tortures corporelles.
Ex : - Serrer fortement des liens de telle sortequ’ils causent une souffrance.
- Exposer la victime liée au soleil sans lui donner à boire.
54
- Lui crever l’œil.
55
◈ Lorsqueles tortures ont causé la mort : Le décès de la victime doit être
consécutif aux tortures subies
56.
Ces deux circonstances aggravantes sont objectives c à d elles sont
applicablesà tous ceux qui ont participé à l’intention, même s’ils n’étaient
pas présents au moment où les tortures ont été infligées.
Les peines
- L ‘arrestation et la détention arbitraire simple( sans circonstanceaggravante)
sont punies d’une servitude pénale de 1 à 5 ans.
- Avec tortures corporelles, la peine est de 5 à 20 ans.
- En cas de décès de la victime, c’est la servitude pénale à perpétuité ou la
peine de mort.
Section 2.LA VIOLATION DU DOMICILE
§1. Définition.
Prévu à l’Art. 69 C.P. liv II
Se rend coupablede violationde domicilecelui qui, sans ordre de l’autorité et
hors le cas où la loi permet d’entrer dans le domiciledes particuliers contre leur
volonté,se sera introduit dans une maison,une chambreou un logementhabité par
autrui ou leurs dépendances, soit à l’aide des menaces ou de violencescontre les
personnes, soit au moyen d’effraction, d’escalade ou de fraude clés.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
:
1) C’est le fait de s’introduire:
Le code pénal punit l’entrée dans le domiciled’autrui et non le fait de s’y
54 Arrêt d’Elisabeth du 23 mai 1911, jurisprudence du Congo de 1912, page 174.
55 Arrêt d’Elisabeth du 14 janvier 1913, jurisprudence du Congo de 1914, page 324.
56 Jugement du Trib. de Boma du 23 déc. 1902, jurisprudence de l’ Etat, Tome I de 1902, page 228.
89
maintenir.
Entrer chez autrui avec l’accord de l’occupantet refuser de quitter le lieu ne
constitue pas une violation de domicile.
2) Dans le domicile ou ses dépendances
:
a.
Le domicile: Il est pris ici dans un sens large, il s’agit de tout lieu
servant à l’habitation et habituellementoccupé même si au moment
de la commission de l’intention, l’occupant était absent.
Par domicile, il faut entendre tout lieu, maison,
appartement, chambre où un individu a établi sa résidence même momenta
Ex :Unechambred’hôpital, d’hôtel, un bateau habité, une
tente, etc.
Un propriétairene peut entrer dans la maisonqu’il a donnée en
location commeun hôtelierne peut entrer dans la chambrequ
client occupe.
b. Les dépendances du domicile: Ce sont les constructions qui se
trouvent dans le voisinage immédiat de l’habitation.
Ex : Un garage, une cuisine, un poulailler,un jardin situé dans la parcelle d’une
maison habitée.
3) Contre le gré de l’occupant
.
L’intentionsuppose que l’occupant s’oppose à l’entrée de l’intrus dans la
maison ; s’il ne lève aucune protestation, il ne saurait y avoir violation du domicile.
L’occupantpeut manifester sa volonté de s’opposerà l’entrée de manière
expresse(ex : une oppositionverbale) ou de manièretacite( ex : Fermerla barrière
de la parcelle, fermer la porte de la maisonà clé.). Il n’est pas nécessairequ’il ait
résisté avec violence ou qu’il ait formellement défendu l’entrée.
Qui a le droit de s’opposer ?
- L’occupant du lieu ( propriétaire ou locataire)
- Ses proches ( sa femme, ses enfants)
- Et même les personnesqui sont sous son autorisation( ses travailleurs,
ses domestiques.)
4) A l’aide de menaces, violences, effractions, escalades, fausses clés.
Faussesclés: Ce sont tous des instrumentspermettant d’ouvrirla serrure tels
que le passe partout…
Les clés que l’agent a imitées ou encore des clés qui n’ont pas été destinées
90
par l’occupant aux fermetures auxquelles le coupable les a employées.
Ex : le passe partout.
Mais sont considérées également fausses clés, les clés imitées.
La jurisprudencea assimilé aux fausses clés, la clé véritablelorsqu’ellea été volée
ou trouvée. Etymologiquement,la clé véritablece n’est pas une fausse clé mais elle
devient fausse par le fait qu’elle a été volée ou ramassée.
5) Sansordrede l‘autoritéet horsle cas oùla loipermetd’entrerdans le domicile
des particuliers contre leur gré.
La loi permet d’entrer chez les particuliers pour procéder à la visite
domiciliaire, en cas d’appel au secours provenant de l’intérieur de la maison (
quelqu’unqui est en danger : état de nécessité.) En cas d’intention flagrante pour
procéder à l’arrestation de l’auteur de cette intention, et enfin lorsqu’il faut
procéder à l’exécution du jugement.
B. Elément moral
Il consiste dans la volontéde commettreun acte illégal. L’auteurdoit savoir
qu‘il pénètre illégalement dans le domicile d’autrui. Par conséquent, l’intention
n’existe pas faute d’élément moral si l’auteur entre dans une maison avec la
convictionque l’occupantétait d’accord. De même si, trompé par l’obscuritéou en
cas d’ivresse, un individu pénètre dans le domicile d’autrui.
§3 La peine
La violation de domicile avec violence est punie de 8 jours à 2 ans de
servitude pénale et/ou une amende.
Section 3.LES IMPUTATIONS DOMMAGEABLES OU DIFFAMATION.
§1. DéfinitionL’Art 74 C.P liv II
Se rend coupablede diffamation : « celuiqui a méchammentet publiquement
imputéun fait précisà une personnede nature à porter atteinte à l’honneur ou à
la considérationde cette personneou à l’exposerau méprispublic,sera puni d’une
servitude pénale de huit jours à un an et d’une amende de vingt-cinq à mille
zaïres ou d’une de ces peines seulement. »
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1. L’imputation d’un fait précis à une personne déterminée
.
91
Imputer un fait à une personne, c’est af firmer que cette personne est
l’auteur. En d’autres termes, c’est mettre un fait au compte ou à la charge d’une
personne.( c’est rendre quelqu’uncoupable…)Le fait imputédoit être précis c à d
un fait qui est nettement déterminer c à d aussi un fait qui peut faire l’objet
d’une preuve, d’un débat contradictoire pour en établir la réalité ou la fausseté.
Ex : comme fait précis :
Dire que A a volé en 1998 une voitureMAZDAdevant l’hôtel Intercontinental
au préjudice de B.
L’intention d’imputation dommageable n’existe pas si le fait n’est pas précis.
Ex : d’un fait imprécis : dire que A est un voleur.
Dans ce cas, il pourras’agir de l’injure qui est punie sur base de l’Art 75 C.P liv
II.
Le point de savoirsi un fait est précisest une questionde fait qui est laissée à
l’appréciation du juge. Comment peut-on imputer un fait à une personne ?
Il y a différentes formes d’imputions :
a. Imputationpositive: il y a imputationpositivelorsqu’onconfirme
un fait. Exemple de la voiture Mazda volée.
b. Imputationnégative: ici l’auteur impute un fait qu ‘il présente
sous la forme négative c à d en niant.
Ex : Direque quelqu’unn’a pas empêché l’empoisonnement
d’un
membre de sa famille.
c. Imputationconditionnelleou hypothétique : Elle existe lorsque
l’auteur n‘affirme pas, ne nie pas mais présente le fait sous
forme conditionnelle. Ex : Direde quelqu’uns’il a
effectué un voyageà Paris c’est qu’il a volé l’argent à la société
où il travaille.
d. Imputationdirecte: ex :Les trois exemplesprécédents sont des
imputations directes.
e. Imputationindirecte: c’est une manière de parler qui consisteà
dire quelque chose qui rappelle le souvenir d’un autre.
Ex : Dire de quelqu’unsur qui pèsent des soupçons :« je ne suis pas assassin
moi, je n’ai pas tué monfrère. » Onutilise ici une figure de style, une tournure,une
antiphrase. C’est une façon de traiter quelqu’un d’assassin.
92
Les auteurs des infractions dommageablessont ceux qui ont inventé des
proposdiffamatoires commeceux qui les répètent ( ceux-ci sont aussi auteurs et
non complices).L’imputationdoit concernerune personnedéterminée. (Vivante ou
morte.) La personne diffamée doit être désignée clairement. Il n’est pas
nécessaire qu’elle soit expressémentnommée, si les textes employéspar l’auteur
permettent de la désigner.
Ex : la diffamation dans le Roman.
Peut-on diffamer une personne morale?
NON. Il faut toujours que ce soit une personne physique.
57
Un groupe des personnes peut-il se plaindre comme étant une victime
d’imputation dommageable ?
Nous vivons ici une association.
La réponse est NON parce que le groupe ou association n’a pas une
personnalité juridique. C’est un cas de plusieurs diffamations individuelles.
L’intentionest commisesi chacun de membresest atteint directement par des
propos diffamatoires. Chacun fera séparément la citation ou plainte.
58
2. Imputationde natureà porteratteinteà l’honneurouà la considération
d’une
personne.
Ici le code pénal punit une imputation qui est de nature à porter atteinte à
l’honneur.Cela signifie que la simpleatteinte à l’honneursuffit. Il n’est donc pas
exigé qu’il y ait une atteinte réelle et actuelle à l’honneur d’une personne. Une
simple possibilité suf
fit. La loi n’attend pas que l‘honneur soit souillé ou sali.
La loi ne définit pas l’honneur qui pénalement protégé.
Pour la doctrine et jurisprudence, L’honneur
, c’est la valeur sociale d’une
personne ou la réputation dont elle jouit.
La considération est prise ici au sens large. C‘est un élément qui évolueselon
les pays et même dans un pays selon les milieux.
La considération est un point qui est laissée à l’appréciation du juge.
Ex : Attribuer à une personne une naissance hors mariage.
L’atteinte à l’honneur résulte certainement d’une imputation d’un fait
punissable par la loi pénale c à d d’une intention
.
On peut imputer n’importe quel fait qui porte atteinte à l’intégrité morale
d’une personne.
57 Jurisprudence de Léopoldville du 18 juillet 1931, R.J.C.B. 1931, page 311 jugement
èreIinstance.
58 C.A de Lubumbashi, arrêt du 29 juin 1967, R.J.C de 1967, page 375.
93
Ex : Dire de quelqu’un qu’il est né d’un père inconnu.
L’intentionexiste peu importe que l’imputation porte sur des faits vrais ou
faux. La fausseté des faits allégués n’est pas un élément constitutif de la
diffamation et le Ministère public n’a pas à l’établir. La loi n’autorise pas le
prévenuà prouverque le fait qu’il allège est vraie. C’est ce qu’onappelle :EXCEPTIO
VERITATIS : donc l’exceptio veritatis n’est pas admise pour se disculper.
Cependant, cette preuve peut être admise dans la mesure où la vérité ou la
fausseté du fait imputé est de nature à établir l’intention méchante de l’auteur.
L’auteurqui imputeun fait faux le fait méchamment.Maiscelui qui imputeun fait
vrai, son intention n’est pas du tout méchante.
3. Imputation faite publiquement
L‘imputationest faite publiquementlorsqu’elleest entourée de publicité. Le
code congolaisne donne pas la définitionde la publicité.Il faut comprendrepar le
terme « publiquement »en l’employantdans le sens usuel de « en public »c à d en
présence de plusieurs personnes. C’est cela qui réalise une publicité réelle,
effective et immédiate. (Il faut qu’il y ait eu plusieurspersonnes). L’imputation
faite par écrit devient publiquelorsquel’écrit est diffusé . Une seule lettre écrite
envoyé à un ami ne fait pas la publicité.
Ex : la distribution des copies pour information.
B. Elément moral
« Celuiqui a méchamment… »L’auteurdoit être animé par la volontéde nuire
ou d’offenser la victime. L’intentionméchante ne se présume pas. Le ministère
publicdoit en faire la preuve.L’intentionn‘existepas si l’auteur a accompliun acte
qui lui était imposée par la nature de ses fonctions ou de ses devoirs.
Ex : Un médecin qui dénonce une maladie contagieused’une personne. La même
solutionlorsquel’auteur croit poursuivreun but utile, dans ce cas il ne commet
pas une intention.
Ex : Renseigner quelqu’un au sujet, d’un travailleur qu’il veut prendre à son
service, surtout si cet auteur est atteint d’une maladie comme la tuberculose.
Il n’y a pas non plus intention lorsque les propos sont tenus dans le but
évident de plaisanter. Il n’y a pas diffamation.
§3. La peine
La plainte de la victime n’est pas nécessaire pour que le ministère public
exerce les poursuitescontre l’auteur. Le Ministèrepublicpeut lui seul diligenter les
94
poursuites sans attendre la plainte de la victime. La peine applicable à la
diffamation est la servitude pénale de 8 jours à 1 an et/ou une amende.
Section 4
. L’INJURE
§1. Définition Art 75 C.P. liv II
« Quiconqueaura publiquementinjurié une personne… »L’injure est toute
qualification méchante de nature à porter atteinte à l’honneurd’une personneou
à exposer cette personne au mépris public. La C.S.J. définit ainsi l’injure :
« Constituentune injure les proposqui sont une imputationméchante susceptible
de porter atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne.
59 »
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1. Une injure
Il faut entendre par là une expressionoutrageante, une parole qui offense,
un terme de mépris qui ne renferme l’imputation d’aucun fait précis. L’injure
diffère de la diffamation par l’absence de précision
.
Ex : Dire de quelqu’un qu’il est un voleur. ( il manque de précision)
Ex : Dire de quelqu’un qu’il trompe tout le monde.
Il n’est pas nécessairepourinjurier quelqu’und’utiliser un « terme grossier »,
c’est un terme qui offense la pudeur. Le caractère outrageant des propos imputés
est une question de fait que le juge apprécie. L’imputationd’un fait impossibleest
punissable si elle est de nature à porter atteinte à l’honneur.
Ex : Dire de quelqu’un qu ‘il et sorcier.
La sorcellerie n’est pas une intention au sens du Droit Pénal écrit.
Ex : Direde quelqu’unqu’il a jeté un sort maléfique à un enfant et qu’il meurt, est
une intention impossible en Droit Pénal écrit.
2. Une injure dirigée contre une personne.
L’injuredoit être dirigée directement ou indirectementcontre une personne
déterminée. L’injure a un caractère personnel et direct. Cependant, il y a des
injures indirectes.
Ex : Dire d’un enfant qu’il est mal élevé. (On a injurié indirectement ses parents.)
59 Arrêt de la C.S.J. du 1 avril 1980 Bulletin des arrêts (BA) 1980, page 110.
95
Les parents de la personne injuriée peuvent s’estimer injuriés eux-mêmes.
3. L’injure doit être proférée publiquement
.
L’injure est publiquelorsqu’elleest proférée en public et en présence de la
personneoutragée. Les injures qui ne réunissentpas ces 2 conditionssont puniesen
tant qu’injures simplessur base de l ‘Art 77 C.P liv II. L’injurepubliquese commet
de vivevoix, elle peut aussi se perpétrer par la presse, la correspondance,le geste,
les images, etc. Lorsqu’il s’agit d’une injure écrite, l’écrit doit être diffusé.
B. Elément moral
C’est l’intention méchante d’outragerde blesserl’amourproprede quelqu’un.
Il n’y a pas d’intention lorsque les étudiants injurient pour blaguer entre eux.
§3. La peine
L’injurepubliqueest punissablede 8 jours à 2 moisde servitudepénale et/ou
d’une amende.
Section 5
. LA DÉNONCIATION CALOMNIEUSE
§1. Définition Art 76 C.P. liv II
La dénonciation calomnieuse est le fait d’imputer méchamment et
spontanément à un individu déterminé «…dans un écrit adressé ou dans une
déclaration verbale faite soit à une autorité judiciaire, soit à une à un
fonctionnaire public qui a le devoir d’en saisir ladite autorité »un fait faux, s’il
était prouvé, exposerait celui qui l’a fait à une sanction pénale.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1. Imputer à une personne déterminée :
L’imputationpeut émaner d’un fonctionnaire ou d’un particulier, d’une
personne qui se prétend victime d’une personne qui se dit avoir été témoin ou
informé. La dénonciation doit concerner une personne déterminée. Il n’est pas
nécessaire que cette personnesoit nommémentdésignée. Il suffit de fournir les
indications pouvant permettre de l’identifier. La dénonciation d’une intention
imaginairequi ne serait pas imputéeà une personnene tombepas sous le coup de
la loi pénale. Cependant, l’auteur d’un tel fait pourraitêtre poursuivipouroutrage
à la magistrature.
2. Imputer par écrit ou verbalement
96
La dénonciationest écrite ou verbale.Si on dénonce par écrit, l’écrit peut être
signé ou anonyme.(Celui qui ne signe pas son écrit commet une intention de
dénonciation calomnieuse.)Il y a possibilité d’une dénonciation transmise par
intermédiaire. L’auteur de la dénonciation utilise un intermédiaire.
Ex : L’auteur de la dénonciation écrit dans un journal ; il utilise un journaliste.
3. Un fait réprimé par la loi pénale
On ne peut dénoncer qu’une intention. La dénonciationporte sur un fait qui
constitueune intention, on ne vient pas dénoncer n’importequel fait, mais un fait
punissable par la loi pénale. L’intentionexiste même si la peine ne peut être
prononcéepour le fait dénoncé. ( En cas de prescription, amnistie, mort de la
personne qui a fait l’objet de la dénonciation calomnieuse.) Il y a dénonciation
calomnieuse si le fait est déjà connu pour avoir été dénoncé par plusieurs
personnes. Dans ce cas, tous les dénonciateurs successifs sont punissables.
4. La dénonciation adressée à une autorité judiciaire ou à un
fonctionnaire.
La dénonciation doit être adressée à une autorité judiciaire ou à un
fonctionnaire parce que cette autorité peut déclencherdes poursuitespénales. 60 On
ne peut pas dénoncer devant le tribunal, celui qui le fait ne commet pas une
intention. Il faut seulement une autorité judiciaire (M .P) La dénonciationpeut
être faite à un fonctionnaire qui a le devoirde saisir l’autorité judiciaire du fait
dénoncé (l’O.P.J.)
5. La fausseté d’un fait dénoncé
Le fait dénoncé doit être faux ou tout au moins,il faut qu’il soit faussement
imputé à une personne qui n’est pas coupable. Le fait réel peut devenir inexact
dans sa présentation ( alors fausse dénonciation. )
Ex : Lorsque l’auteur a exagéré la portée du fait.
Ex : Lorsquel’auteur a ajouté des précisionsimaginairesou bien l’auteur a fait des
réticences sur certains détails.
La fausseté du fait dénoncé doit être établi par jugement avant de poursuivre
l’auteur de l’intention de dénonciationcalomnieuse.Dans la pratique, le juge saisi
de la poursuitepour dénonciationcalomnieuseest compétent pour statuer sur la
fausseté du fait. C’est l’exceptionpréjudicielle et ce en vertu du principe, le juge
de l’action principale est en même temps juge de l’exception.
B. Elément moral
Il est complexedans l’intention d’une dénonciation calomnieuse.Il comprend 2
60 Arrêt d’Elisabethville du 18 mars 1939 dans R.J.C.B. de 1939, page 92
97
aspects :
1. La volonté libre et spontanée du dénonciateur.
La dénonciationdoit avoirété formuléesans aucune invitation.L’auteurvient
de lui-même dénoncer. Celle qui est provoquépar un interrogatoire n’est pas
spontanée.
Par conséquent,elle ne constitue pas une intention de dénonciation calomnieuse
.
2. L’intention méchante
L’auteurdoit connaître la fausseté de faits dénoncés et agir pour nuire à
l’autre. Une simpletémérité, une imprudenceou légèreté ne suffit pas à constituer
l’intention méchante. Ne tombepas sousle coup de la loi la dénonciationd’un fait
faux lorsquedans l’esprit du prévenu,cette dénonciationn’était pas calomnieuse.61
Le mobilesans influence sur l’existence de l’intention calomnieuse.On peut avoir
dénoncé par vengeance, le désir de faire parler de soi. Ils ne sont pas pris en
considération.
§3. La peine :
La dénonciation calomnieuseest punie de 5 ans de servitude pénale et/ou
une amende. La plainte préalable de la personne offensée n’est pas nécessaire
pour les poursuites.
Section 6.LA LIBERTE DES CULTES
« Seront punies d’une servitude pénale de huit jours à deux ans et d’une
amende de vingt-cinq à cinq cents zaïres, ou d’une de ces peinesseulement,toutes
personnes qui, par des violences, outrages ou menaces, par des troubles ou des
désordres, auront porté atteinte à la liberté des cultes ou à leur libre exercice
public, et à la liberté de conscience. » (Art. 179 code pénal)
A. ELEMENTS CONSTITUTIFS
Il se dégage de l’analyse de l’article 179 du code pénal que cette infraction
comporte deux éléments :
- élément matériel ;
- élément moral.
a) Elément matériel
L’élémentmatériel est constituépar tout acte de nature à porter atteinte à la
liberté des cultes ou à leur exercice public ou à la liberté de conscience.
Cet acte doit être réalisé par l’un des moyens retenus par la loi.
61 Jugement du tribunal de Ière Instance de Stanley ville du 6 juin 1953, rapporté dans J.T.O de 1953
98
1. Acte matériel portant atteinte à la liberté des cultes
Il s’agit de tout acte dirigé contre les manifestations du culte et contre la
liberté de conscience.Par exempleempêcherun prêtre de dire la messe, les fidèles
d’aller prier, imposer un culte à une personne, etc.
2. Cet acte matériel doit être commis par violences, menaces, outrages ou
consister en des troubles ou désordres
1° Violences
Par violences,la loi entend réprimertout acte de contrainte physiqueexercé
sur une personne.Il en est ainsi notammentdu fait de faire sortir par la force les
fidèles de l’église, de les chasser, les empêcher d’aller à la messe ou encore de
mettre un obstacle matériel à l’entrée de l’église, d’un temple, d’une mosquéepar
exempleinterdire l’accès, le franchissementou fermer les portes de tout édifice où
se réunissent lesfidèles.
Peu importe le degré de la violence. Une violence même légère suffit à
caractériserl’infraction. Ainsitomberaitsousle coupde l’article 179 du code pénal
celui qui interdirait un prêtre de dire ou de célébrer la messe.
2° Menaces
La menace s’entend de l’annonce d’un mal qu’on se proposede faire. Elle
constitue à l’égard de la victime une violence morale.
Constitueune menace le fait d’imposerà un élève d’abandonner sa religion
et d’adhérer à une autre sous menace d’exclusion de l’école.
Pour que cet élément soit retenu, la menace doit être sérieuse et grave. Il
s’agit ici d’un élément de fait laissé à l’appréciationsouverainedu juge du fond
qui pourraau besointenir comptede l’instruction,de la qualité, de la conditionde
la victime ou de toute autre circonstance.
Ainsi ne constitue pas une menace susceptibled’entraîner une poursuite,le
fait pour un sorcierde menacer un prêtre de mauvaissort s’il continueà baptiser
les enfants de sa localité.
3° Outrages
Par « outrage », il faut entendre toute injure ayant une certaine gravité.
C’est le cas par exemple de parodier les cérémonies ou manifestations religieuses.
4° Troubles ou désordres
99
Troublerc’est provoquerde l’agitation tumultueuse, brouiller,désorganiser,
perturber, causer du désordre.
Le désordre s’entend de toute confusion créée.
La loi vise ainsi tout fait de nature à empêcher,retarder ou interromprela
manifestation de la liberté de culte.
Il n’est pas nécessaire que l’exercice du culte ait été effectivement
interrompu,empêchéou retardé. Il suffit qu’il y ait un certain désordre ou trouble
( 62).
C’est ainsi que se rend coupable d’atteinte à la liberté du culte, celui qui,
volontairement mêle aux chants religieux, des vociférations discordantes et
grotesques,bien que l’exercicedu culte n’ait pas été effectivement interrompu,si
en fait, il n’a pu continueravec les convenancescommandéespar la cérémonieet
la décence du lieu, qu’après le départ du coupable63().
A partir du moment où cet acte matériel a été commis par violences,
menaces, outrages ou consisté en des troublesou désordres, l’infraction doit être
retenue. Peu importele lieu où la manifestation religieusea lieu. Il peut s’agir d’un
endroit spécialement aménagé (église, mosquée, temple) ou tout autre endroit
(rue, chemin, par exemple lors d’une procession).
Peu importe également la personnequi accomplitl’exercicedu culte. Il peut
s’agir du ministredu culte ou de tout autre individu.Par exemple :un catéchiste ou
même un simplefidèle.
Peu importe enfin le culte. Il suffit, qu’il soit reconnu.
Il en est ainsi des cultes protestant, kimbanguiste,catholique, orthodoxe,
adventiste, de l’Armée du salut, islamique, etc.
La loi réprimanttout acte attentatoire à la liberté du culte et de conscience,
on estime que le fait de troubler les cérémoniescoutumièresayant un caractère
religieux tombe sous le coup de la loi. Il en est de même du simple fait
d’interrompre un enterrement civil 64.
Touteagressionà l’intégrité physiquetels que les coupsportés et les blessures
faites à un ministre de culte ne tombe pas sous le coup de l’article 179 du code
pénal mais bien sous le coup des articles 46 et s. du code pénal.
b) Elément moral
Pour que l’infraction soit retenue, il ne suffit pas que l’agent ait commisun
62 Mineur, op. cit., p. 376.
63 Garraud, T. IV, n° 173 ; Mineur, p. 376.
64 Mineur, op. cit., p. 377.
100
acte attentatoire à la liberté du culte ou de conscience,encore faut-il qu’il ait agi
intentionnellement.
Cette intention existe lorsque l’agent agit volontairement avec la
connaissance qu’il porte atteinte à la liberté du culte ou de conscience.
Peu importe le mobile.Ainsi sera poursuivicelui qui agit par vengeance, par
caprice ou même par plaisanterie.
Ceux qui, sous le couvert d’une manifestation religieuse, tiendraient des
réunions au cours desquelles ils comploteraient contre le chef de l’Etat ou
commettraientdes infractions telles que l’escroquerieou les atteintes aux mœurs,
seraient également arrêtés, même pendant la manifestation.
B. REGIME REPRESSIF
Avant les poursuites pénales, le ministère public cherchera d’abord s’il
n’existe pas les causes exonératoires de responsabilité pénale.
a) Causes exonératoires de responsabilité pénale
L’interventionlégitimed’une autorité ou d’un agent de l’autorité est exclusive
de cette infraction. Ainsi ne tombepas sous le coup de la loi un officier gendarme
qui procéderaità l’égliseau coursd’une manifestation religieuse,à l’arrestation de
l’auteur présumé d’une infraction qui s’y cacherait ou s’y serait réfugié 65. Il en
serait de même de l’arrestation, au cours de l’exercice public d’un culte, d’un
ministre du culte qui troublerait l’ordre public par des propagandes subversives,
notamment par la distributiondes tracts, des documents portant atteinte à la
sûreté de l’Etat.
L’agentne sera pas enfin poursuivilorsqu’ilempêchele baptême d’un citoyen
congolaisavec le prénom étranger et sera tenu de poursuivrel’auteur de cette
infraction. Et en effet depuis l’ordonnance-loi n° 72-039 du 30 août 1972 il est
formellementinterdit souspeine des sanctionspénales à tout officiant de conférer
à un adepte congolais, lors de son baptême, une appellation aux consonances
étrangères (le texte prévoit six mois à cinq ans de servitude pénale).
b) Pénalités
Toute personnequi, par violences,outrages ou menaces, par des troublesou
des désordres, aura porté atteinte à la liberté des cultes ou à leur libre exercice
publicet à la liberté de conscience,sera punied’une servitudepénale de huit jours
à deux ans et d’une amende de vingt-cinq à cinq cents zaïres 66 ou d’une de ces
peines seulement.
Le juge a la faculté d’infliger soit les deux peines prévuessoit l’une d’elles
65 Mineur, op. cit., p. 377.
66 O-L. n° 79-006 du 7 juillet 1979 portant majoration des amendes pénales.
101
seulement.
102
CHAPITRE VII
LE DELIT DE PRESSE
Introduction
Ce chapitre étudie une incriminationd’un genre particulier : le délit de
presse, nous le verrons v’est toute infraction, quelle que soit sa nature, qui se
commetpar voie de presse. Elle peut être attentatoire aux droits individuelsdes
particuliers : imputations dommageables, à l’Etat, à l’armée, etc.
De primeabord, il sied de rappeler que la liberté de la presse est une liberté
essentielle. C’est, commedisait Mirabeau,la liberté sans laquelleaucune des autres
libertés ne peut être conquise :elle est la conditionnécessairedes autres. Là est la
noblessedu métier de la presse. Mais chacun sait à la fois que toute noblesseoblige
et, si noblesseest vertu, « la vertu même, commele dit Montesquieudans « L’esprit
des lois », a besoin de limites ».
Ainsi, la liberté de la presse, commetoutes les libertés, n’est pas sans limites.
Le droit à la vérité dont elle procède n’est jamais absolu,parce qu’elle est toujours
en conflit avec d’autres droits qui viennentfixer les bornesde son empire. Il en est
ainsi par exempledu droit à l’honneuret du droit au secret, notammentle secret
de l’intimité, de la vie privée ; des impératifs de protection des intérêts de la
justice, de la défense nationale, de la sûreté publique, etc. précisément, ces
limites définissent la frontière au-delà de laquelle on pénètre dans l’espace du
délit de la presse.
Le délit de presse est défini par le législateur, dans l’article 74 de la loi n°
96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercicede la liberté de presse,
comme« toute infraction commisepar voie de presse écrite ou audiovisuelle ».Le
législateur a ainsi une vue très large du délit de presse et incrimineen quelque
sorte « l’abusde la liberté de la presse », c'est-à-dire l’usage des médias à des fins
de commettre quelque infraction que ce soit. Monsieurle Jeune qui considère le
délit de presse commeun délit d’opinion par le moyen de la presse, expliqueque «
chaque fois que la presse sert de moyen d’expression à une infraction, cette
infraction devient un délit de presse pour autant que la matière porte sur le délit
d’opinion ».
En définitive, toute infraction, quelle qu’en soit la nature, est susceptiblede
configurer le délit de presse, du moment qu’elle est réalisée par la voie de la
presse. Il s’ensuit deux observationsmajeures. La première met en avant la
variété, la diversité, et l’universalitédu délit de presse. La seconde suggère que,
au-delà de sa diversité et de sa pluralité matérielles, le délit de presse construit
son unité sur la base de son mode de perpétration et de son régime de
responsabilité.
103
Cette double caractéristique du délit de presse nous servira de point de
repère pour relire et comprendrel’économiegénérale de la loi du 22 juin 1996
avant d’en dégager une évaluationsusceptibled’indiquerou de contre-indiquer le
maintien dans notre législation du délit de presse.
L’économiegénérale du délit de presse dans la loi du 22 juin 1996 va être
examinée à travers l’universalité et la diversité du délit de presse d’une part
(section I) et à travers son unité d’autre part (section II).
Section 1.L’UNIVERSALITE ET LA DIVERSITE DU DELIT DE PRESSE
Selon le prescrit de la loi, toute infraction de l’arsenal pénal congolais a
vocation à caractériser le délit de presse. Aussi, le domaine de celui-ci est non
seulement aussi vaste que peut l’être l’espace de la norme répressivecongolaise,
mais également aussi varié que le permet la nomenclature très dense des
infractions de notre droit pénal. Par un effort de synthèse, on peut néanmoins
distinguer, dans le cadre du droit positif congolais, les infractions de droit
communcommisespar la voiede la presse, celles de droit militaireet celles relevées
dans la loi du 22 juin 1966.
A. Délit de presse et infractions de droit commun
De façon générale, les limites apportées à la liberté de la presse par le droit
commun répond à trois préoccupations :
- la protection de la société contre les atteintes à l’ordre public et à
l’autorité de l’Etat par l’incitation au désordre notamment par la
commissiond’infractions diverses dirigées contre les dépositaires de
l’autorité publique ;
- la protection des particuliers contre la calomnie, la diffamation,
l’injure ;
- la protection de la société contre les outrages aux bonnes mœurs.
a) Concernantla premièrepréoccupation, cellede la protectionde la société,
il convientde noter que l’utilisation de la presse pour inciter la populationou les
particuliers, au moyende placards af fichés, d’écrits, de dessins ou d’emblèmes,à
commettredes infractions de nature à troublerl’ordre public, soit en les poussant
à des actions précises, soit par des incitations plus générales et diffusées grâce à
des moyens divers est poursuivablesous la qualification de provocation aux
infractions prévue et réprimée par les articles 21 et suivants du code pénal
ordinaire. Sont de même punis :
- la provocationdirecte à la désobéissanceaux lois (deux moisà trois ans
de servitude pénale et/ou une amende) (article 135 bis du code pénal
104
ordinaire) (67) ;
- la provocationdes militairesà se détourner de leurs devoirsmilitaireset
de l’obéissance qu’ils doivent à leurs chefs dans tout ce qu’ils leur
demandent pour l’exécutionde la loi et des règlementsmilitaires(deux
moisà trois ans de servitude pénale et/ou une amende) (article 135 ter
du code pénal ordinaire) 68 ();
- les outragesenversles membresdu Parlement, du Gouvernementet de la
Cour constitutionnelle(trois à neuf mois de servitude pénale et/ou une
amende) article 136 alinéa 2 du code pénal ordinaire) ;
- les outrages aux autres dépositaires de l’autorité publique,c'est-à-dire
les fonctionnaireset agents de l’Etat dans l’exerciceou à l’occasionde
l’exercicede leurs fonctions et les outragesenversles membresdes corps
constitués(sept à quinze jours de servitude pénale et/ou une amende)
(articles 136 alinéa 3 et 137) ;
- l’offense envers le chef de l’Etat (trois mois à deux ans de servitude
pénale et/ou une amende) (ordonnance n° 300 du 16 décembre 1963),
ainsi que les atteintes et le complotcontre la personnedu chef de l’Etat
ou contre sa liberté (article 193) ;
- les offenses enversles chefs de l’Etat et agents diplomatiquesétrangers,
y comprisles ministresétrangers (ordonnance-loi n° 301 du 16 décembre
1963) ;
- les outrages et violences à témoins (articles 136 et suivants) ;
- les outrages envers l’emblème nationale ;
- la publicationet la distributiond’écrits sans indication vraie du nom et
du domicile de l’auteur ou de l’imprimeur (article 150) ;
- les infractions contre le secret de la défense (peine de mort) (articles
184 du code pénal ordinaire, … du code pénal militaire) ;
- la publicationdes circonstancesd’un meurtre, d’un assassinat ou d’un
attentat aux mœurs (article 155 ter) ;
- la propagation de faux bruits (article 199)69( ) ;
- diverses autres atteintes à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat
(articles 190, 209 et 211).
67 De nombreux journalistes ont été poursuivis pour avoir publié ou fait état d’appel à des actions de
désobéissance, notamment des appels à des journées dites « Villes mortes ».
68 Le journaliste Essolomwa ea Linganga, éditeur responsable du Journal Elima a été poursuivi en
novembre 1990 devant la Cour d’appel de Kinshasa dans une affaire (R.P. 343) où le Ministère de la
défense était partie civile, pour avoir publié dans sa livraison du 11 octobre 1990, des articles sur
l’envoi des Forces Armées Congolaises au Rwanda.
69 Pour que le fait de répandre des faux bruits tombe sous le coup de la loi, dit Mineur (…pp., 388,
389), il faut que ces bruits soient de nature à alarmer les populations, c'est-à-dire les inquiéter et
ainsi à les faire douter de la force des autorités, de la stabilité des institutions ou de la puissance
publique ». Cependant, la loi ne punit pas celui qui répand un bruit qu’il croit être vrai. On se
souviendra que Ladi Luya, éditeur responsable du Journal « Le Palmarès » fut poursuivi pour avoir
écrit dans sa livraison n° 739 du 16 septembre 1996 un article intitulé « Mobutu va être opéré d’un
cancer à la gorge ». Il fut arrêté le 17 septembre 1996 dans une procédure de flagrance. En
janvier 1997, le même journaliste sera mis sous mandat de dépôt à la prison centrale de Makala
par la Cour de Sûreté de l’Etat pour avoir publié dans deux de ses éditions les articles suivants : « La
deuxième opération de Mobutu : ce que la presse étrangère révèle » et « Mobutu signe des
ordonnances trompeuses ». D’autres journalistes comme Mukendi Mukengeshay de « Le Phare » et
Kandolo de « Le Potentiel » connaîtront les mêmes rigueurs de la loi.
105
b) Concernantles atteintesauxdroitsd’autrui, il faut noter particulièrement
les imputations tendant à porter atteinte à l’honneur, à la réputation et à la
considérationde la personneainsi que les atteintes diffamatoire et méprisantes,
notamment les aversionstribales ou raciales, les fausses accusations blessant la
réputation, c'est-à-dire la dénonciation calomnieuse.
b.1. Imputations dommageables : diffamation et injure
Les imputationsdommageables,c'est-à-dire la diffamation et les injures
sont prévues et sanctionnée par les articles 74, 75 et 77 du code pénal. La
diffamation consiste dans l’imputation d’un fait précis de nature à porter
atteinte à l’honneurou à la considérationd’une personneou à l’exposerau mépris.
Peu importe que le fait imputé soit vrai ou faux. Il suffit qu’il soit précis et
déterminé. Peu importe également que la victime soit une personne vivante ou
décédée.
Ainsi, si l’on reconnaît à la presse le droit par exemple de discuter du
bien-fondé ou de la légalité des actes d’une autorité, le journaliste engage
cependant sa responsabilitépénale sur pied des articles 74 et 75 du code pénal s’il
se livre à des critiquesen termes personnellementinjurieuxpourl’autorité miseen
cause ou contenant l’imputationd’un fait précis de nature à porter atteinte à son
honneur et à sa considération. De même de rend coupable de diffamation, le
journaliste qui donne aux faits qu’il relate une interprétationtendant à nuire à la
réputation et à l’honneur d’autrui.
Quant à l’injure, elle se réalise par le seul fait d’offenser une personnepar
des expressionsblessantes, outrageantes, par méprisou invective.Commetl’injure,
celui qui qualifie autrui d’irresponsable,de satanique, de sorcier,de bandit, voyou,
imbécile,assassin, etc. Ordinairement,dit Mineur,l’injure se commetde vivevoix.
Mais, elle peut aussi se perpétrer par la presse, par la correspondance,des gestes,
emblèmes,images, dessins, etc. La publicitéde l’injure sera dans ce cas réalisée
par la diffusion de l’écrit, sa lecture, son exhibitionen public, son envoi à de
nombreuses personnes.
L’injure est punie moins sévèrement (huit jours à deux mois de servitude
pénale et/ou une amende) que la diffamation (huit jours à un an de servitude
pénale et/ou une amende).
b.2. Racisme et tribalisme
Quiconque,dit l’article 1er de l’ordonnance-loin° 66 du 7 juin 1996, aura, par
paroles, gestes, écrits, imagesou emblèmes,ou par tout autre moyen,manifesté de
l’aversionou de la haine raciale, ethnique, tribale ou régionale, ou aura commisun
acte de nature à provoquercette aversionou cette haine, sera puni d’un mois à
deux ans de servitude pénale et/ou d’une amende.
Cette peine est aggravée lorsquel’infraction est commisepar un dépositaire
de l’autorité dans l’exercice de ses fonctions (six mois de servitude pénale et
106
amende) ; ou encore si l’infraction a causé une désorganisation des pouvoirs
publics, des troubles graves, un mouvement sécessionniste ou une rébellion
(perpétuité).
b.3. Dénonciation et imputation calomnieuses
La dénonciationcalomnieuse,prévuepar l’article 76 du code pénal, consiste
à accuser mensongèrementou faussement autrui d’une infraction à la loi devant
l’autorité publique.Elle prend la nature d’un délit de presse lorsqu’elleest réalisée
par la voie de la presse.
Tandis que l’imputationcalomnieuse,prévuepar l’article 76 alinéa 3, est une
forme spéciale de dénonciationcalomnieusequi consistedans la dénonciationd’un
fait au supérieurhiérarchiquede la victime,lequelne doit pas être tenu d’en saisir
l’autorité judiciaire, soit à raison de ses fonctions, soit à raison de la nature du
fait dénoncé. Il n’est pas nécessaire que les faits imputés soient susceptiblesde
provoquerdes sanctions pénales. Il a été jugé que le point de savoir si les faits
imputéssont vrais ou faux n’intervientque pour éclairer le juge sur le mobilequi a
pu faire agir l’agent, sa moralité et le dosage de la peine à prononcer.
Le législateurpunit également une deuxièmeforme d’imputation.L’article78
du code pénal dispose en effet que « quiconque, abusant des croyances
superstitieusesde la population,aura sans fondement réel imputéà une personne
un acte ou un événement vrai ou imaginaire, sachant que cette imputation
inciterait autrui à commettre une infraction, sera considéré commecomplicede
l’infraction ainsi provoquée ».Il est entendu que, pour être retenue, l’imputation
doit être précise. Il ne suffit pas de dire par exempled’une personnequ’elle est
sorcière. Il faut lui imputer un acte ou un événement vrai ou imaginaire.
L’infraction sera retenue à charge de celui qui dira d’une personne qu’elle est
sorcièreparce qu’onl’a vu faire des incantations diaboliquesla nuit, à minuit au
cimetière de Kinsuka et qu’il ne répugne pas de consommer de la chair humaine.
c) S’agissantde l’outrageauxbonnesmœurs , il faut savoirque la loi réprime
l’expressionou la reproductionde l’immoralité,de l’impudicitéou de l’obscénité.
L’article 175 du code pénal punit en effet « quiconqueaura exposé, vendu ou
distribué des chansons, pamphlets ou autres écrits, imprimésou non, des figures,
images, emblèmesou autres objets contraires aux bonnesmœurs »,ainsi que celui
qui aura, « en vue de commerceou de la distribution, détenu, importé ou fait
importer, transporté ou fait transporter, remis à un agent de transports ou de
distribution, annoncé par un moyen quelconque de publicité des chansons,
pamphlets, écrits, figures, images, emblèmes ou objets contraires aux bonnes
mœurs ».Est de même puni, « quiconqueaura chanté, lu, récité, fait entendre ou
proféré des obscénités dans des réunions ou lieux publics devant plusieurs
personnes et de manière à être entendu de ces personnes ».
Les bonnesmœursne sont pas définies par la loi. Il s’agit d’une notionrelative
qui dépend non seulement de la règle morale, mais aussi du temps, du lieu, du
107
pays, des convenances du milieu social. Il revient au juge d’apprécier
souverainement la violation des bonnes mœurs.
B. Délit de presse et infractions militaires
Les infractions du code pénal militaire susceptiblesde participer au délit de
presse ne sont pas nombreuses. J’en ai inventoriées neuf, à savoir :
- la provocation à la désertion (article 53) : « tout individu qui, par
quelques moyens que ce soit, qu’ils aient été ou non suivis d’effet,
provoqueou favorise la désertion … ». Onpeut en effet concevoirque, par
des articles de presse, on démoralisela troupe et que l’on poussecertains
militaires à quitter l’uniforme ;
- l’incitation, par quelquemoyenque ce soit, de un ou plusieursmilitairesà
commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline (article 88) ;
- la trahisonnotammentpar le fait de livrerou de rendre accessibleà une
puissanceétrangère, à une entreprise ou une organisationétrangère ou
sous contrôle étranger ou à leurs agents des renseignements,procédés,
objets, documents,données informatiséesou fichiers dont l’exploitation,
la divulgationou la réunionest de nature à porter atteinte aux intérêts
fondamentaux de la Nation (article 128-5) ;
- la fourniture aux autorités civiles ou militaires de la Républiquedes
informations fausses de nature à les induire en erreur et à porter
atteint aux intérêts fondamentaux de la Nation, au profit des intérêts
d’une puissance étrangère, d’une entreprise ou une organisation
étrangère ou sous contrôle étranger (article 134) ;
- la participationà une entreprisede démoralisationde l’armée en vue de
nuire à la défense nationale (article 146) ; les atteintes à la défense
nationale (article 148) et au secret de la défense nationale (articles
149, 150) ;
- l’incitation à commettre l’une des infractions contre le secret de la
défense nationale (article 153).
C. Délit de presse dans la loi du 22 juin 1996
a) La loi du 22 juin 1996 ne prévoitqu’unnombrerestreintdes infractions
qualifiées de délits de presse. Elle renvoie pour l’essentiel, dès sa première
dispositionsur les pénalités (article 73) aux infractions de droit commun :« sans
préjudice des dispositionsprévuesen la matière par la présente loi, la qualification
des infractions, la responsabilitéde leurs auteurs, coauteurs et complicessont
déterminées conformément au code pénal ».
b) Cetteprécautionn’évitepas à cette loide faire, à certainségards,double
emploiavec quelques infractions de droit commun et de droit militaire.
b.1. Il en est ainsi, s’agissant des infractions de droit commun :
- de l’incitation au vol, au meurtre, au pillage, à l’incendie, à l’une des
infractions contre la sûreté extérieureet intérieure de l’Etat, y compris
108
dans le cas où cette infraction n’aurait pas été suivie d’effet ;
- de l’incitation à la discrimination,à la haine ou à la violenceà l’égard
d’une personneou d’un groupede personnes,en raisonde leur origineou
de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une
nation, une race, une idéologie ou une religion déterminée ;
- de l’offense à la personne du chef de l’Etat ;
- de la provocation à l’infraction par des discours, écrits, imprimés,
dessins, gravures,images, peintures, emblèmesou tout autre support de
l’écrit, la parole ou de l’image vendus, distribués, diffusés ou exposés
dans des lieux ou des réunions publics.
b.2. Au comptedes infractionsde droit militaireégalement traitées dans la
loi du 22 juin 1996, on peut noter dans son article 76 :
- l’incitation des membresdes Forces armées et des servicesde l’ordre de
se détourner de leurs devoirs ;
- l’incitation des Forces combattantesà passer au service d’une puissance
étrangère ;
- la participationdélibérée à une entreprisede démoralisationde l’armée
ou de la population dans le but de nuire à la défense nationale ;
- la livraison, directe ou indirecte, à une puissance étrangère de
renseignement, document ou procédé qui doit être tenu secret dans
l’intérêt de la défense nationale.
b.3. Quelquesinfractionsrelativementspécifiques à la loi du 22 juin 1996
peuventêtre relevées.Mais, à y regarder de près, on peut trouverà ces infractions
quelques correspondances en droit commun.
b.3.1. Actes d’entraves ou d’atteintes à la justice
C’est généralement le cas de toute une série d’incriminationsportant sur
divers actes d’entraves ou d’atteintes à la justice, tels que :
- la publication des actes d’accusation et de tous autres actes de
procédure judiciaire avant qu’ils n’aient été lus en audience ;
- la divulgationdes délibérationsdes cours et tribunauxou la divulgation
non autorisée des travaux et délibérations du Conseil supérieur de la
magistrature ;
- la reproductionnon autorisée en photographies,dessins ou portraits de
tout ou partie des circonstancesdes cimes, de suicide des mineurs, de
crimes et délits touchant aux mœurs ;
- la publication ou la diffusion des informations sur un viol ou sur un
attentat à la pudeur en mentionnantle nom de la victimeou en faisant
état des renseignementspouvant permettre son identification, à moins
que la victime n’ait donné son accord écrit ;
- l’enregistrement, la fixation ou la transmissionsans autorisation de la
parole ou de l’image aux audiences des courset tribunaux,y comprisdes
procès en diffamation lorsque les faits incriminés concernent la vie
privée ;
109
- l’ouverture ou l’annonce publiquede suscriptionsayant pour objet de
payer des amendes, frais et dommageset intérêts prononcéspar des
condamnations judiciaires sous peine des poursuites.
b.3.2. Cas spécifique de la présentationà la presse de
délinquants
A proposdes actes d’entraves et d’atteintes à la justice, il convientde dire
un mot à proposde la pratique de plus en plus courante au niveau de la police de
présenter au publicet à la presse les personnessuspectéesde certains crimes qui
ont particulièrementébranlé la population.La presse qui apporte son concoursà
cette présentation peut-elle être poursuiviepour délit de presse au titre de
l’article 79 de la loi n° 96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalitésde l’exercicede
la liberté de presse qui interdit la publicationdes « actes d’accusation et tous
autres actes de procédure judiciaire avant qu’ils n’aient été lus en audience
publique » ?
Il faut d’abord indiquerque cette pratiqueillustre bien les dérapages dans le
traitement policier des personnes interpellées, dérapages que l’on voudrait
justifier par les nécessitésde maintienou de rétablissementde l’ordre public,voire
par la raison d’Etat.
Il faut bien reconnaître que cette pratique viole le principe de la
présomptiond’innocence qui forme l’un des droits fondamentaux de la défense
ainsi que la règle du secret de l’instruction. A ce dernier propos, rappelons que
l’article 32 de l’ordonnancen° 78-289 du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des
attributions d’officier et agent de Police Judiciaire dispose que la procédure de
l’enquête et de l’instruction pré-juridictionnelle est secrète. Il fait en
conséquenceobligationà toute personne qui y encourt à s’astreindre au secret
professionneldans les conditionset sous les peines prévuesà l’article 73 du code
pénal. Seul, prescrit-il, le Procureurde la Républiquepeut, lorsque l’intérêt de
l’enquête l’exige ou lorsquela mesure est impérieusementréclamée par l’opinion
publique,autoriserpar une décisionmotivée,la communicationà la presse, de tels
éléments d’enquête qu’il précise. La décision indique le mode de diffusion ainsi
que la personne qui en est chargée.
Ainsi, la présentation des suspects au publicpar média interposé, doit, pour
être légale, avoir été autorisée par le Procureur de la République dans les
conditions et selon les modalités prévues par l’article 32 sus-évoqué. Ce n’est
malheureusementpas le cas dans la plupart des « criminalsshow »exhibéspar la
police. La pratique développée à cet effet fait de ces séances d’exhibitionsde
véritables « procès »qui se déroulent généralement dans un rituel officié par les
plus hautes autorités de la police, quelques fois rehaussé de la présence du
Ministrede l’intérieur. Au coursde ce rituel vouéà l’éloge de l’action de la police,
sont prononcésdes exposésqui tournent facilement à de véritables« réquisitoires ».
les suspects, présentés dans des postures désavantageuses (menottes,
traumatismesphysiqueset psychiques,assis par terre, etc.), n’ont naturellement
pas la possibilitéde se défendre à ce stade et à cette occasion, ni de se faire
110
assister d’un avocat en cette circonstance alors même que la Constitutionde la
Transitionreconnaît à toute personnepoursuivie« le droit d’exiger d’être entendu
en présenced’un avocat ou d’un défenseur judiciaire de son choix,et ce, à tous les
nivaux de la procédure pénale, y compris l’enquête policière et l’instruction
pré-juridictionnelle », et le droit de « bénéficier d’un traitement qui préserve sa
vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité 70.»
En réalité, cette opération,apparemmentdestinée à apaiser et à rassurerla
population en l’informant sur l’évolutionde l’enquête, accomplie en dehors de
toute légalité, a pourobjectif d’af firmer, preuveà l’appui, l’ef ficacité de la police.
Au plan politique, elle se donne comme une première réponse que les pouvoirs
publics apportent au problème de l’insécurité et de la criminalité. La double
fonction politique et corporatiste de l’opération emporte quelque risques de
manipulationde l’opinionpubliqueou de certains éléments de l’affaire. Et, la
justice ne peut en sortir que fragilisée.
Du point de vue légal, la police ne peut présenter les personnes qu’elle
suspecte qu’au parquet ; et celui-ci à son tour au juge. C’est seulement à cette
dernière instance que, l’instruction étant publique, les personnes inculpées
peuvent être montrées au public. Il est cependant admissible que le parquet
autant que la police, sans trahir le secret de l’instruction,informent le publicsur
l’état de la procédure et la situation des personnes interpellées.
b.4. Finalement,deux infractionsseulementpeuvent être notées comme
réellement spéci
fiques dans le cadre de la loi du 22 juin 1996 :
- la participationcommeauteur à une diffusion ou une émissioncontraire
à la loi, à l’ordre public, aux bonnes mœurs (article 84) ;
- l’irrégularité de diffusion pour non habilitation ou non respect des
formalités administrativesprescrites la loi de toutes les sociétés privées
de radiodiffusion sonore et de télévision.
Section 2.L’UNITE DU DELIT DE PRESSE
Par leur structure et mode de perpétration, les infractions de la presse
supposent nécessairement et essentiellement un élément de publicité et un
élément moral ou intentionnel coupable. Ces éléments sont communsà toutes les
infractions de presse et réalisent ainsi leur unité. Il en est de mêmedu régimede
responsabilité pénale et civile du délit de presse.
A. La publicité
Le délit de presse n’est réellement consomméque par la publicité. C’est la
diffusion des idées de l’auteur que la loi a voulu atteindre.
70 Articles 21 alinéa 4, et 20 alinéa 5.
111
La publicité,élément essentiel du délit de presse, n’existe véritablementque
si l’impriméa été mis à la portée du public. En somme, la publicité est dans la
nature même de l’entreprise de presse : les écrits, les livres, la presse, les images,
les dessins, les gravures, les caricatures, la peinture, les emblèmes réalisent
naturellement cette publicité. Il en est de même de la vente et de la distribution
des écrits et images.
Il a été jugé que la publicitéexiste peu importe le pays dans lequel l’écrit a
été rédigé. Il suffit que la diffusion ait lieu au Congoet que la personnediffamée
soit suffisamment désignée pour que plusieurs personnes soient à même de la
reconnaître. Jugé également que la publicitéest définie d’après les circonstances
et les lieux : ainsi, elle peut résulter soit de proposproférés, soit d’écrits ou images
distribués, vendus ou exposésdans les lieux ou les réunionspublics. Il a été jugé
aussi que la publicitérequiseest établie dès lors que le juge constate que le prévenu
a déclaré en présence de témoins des faits précis de nature à constituer une
imputation dommageable. S’il s’agit de paroles qui peuvent consister en des
discours,propos,cris, etc., elles doivent être proférées à haute voix,dans les lieux
publics ou en présence de la victime et d’une tierce personne. 71
En ce qui concerneles projections publiquesde films cinématographiques,les
émissionsradiophoniquesou de télévision, les disques diffusés en un lieu public,
distribuésou vendus, tous ces moyensmodernesde diffusion de la pensée réalisent
naturellement cette condition de publicité requise pour les imputations et les
injures publiques.72 Il est évident que les sons et les caricatures de la presse écrite
ou audiovisuelle réalisent par eux-mêmes la publicité caractéristique de
l’infraction de la presse.
B. L’élément intentionnel
Les infractions qualifiées « délit de presse » supposent toutes un élément
intentionnel ou moral, une volonté méchante que le juge doit apprécier. Cette
volontéde nuire est expriméedans la loi par les mots tels que : « méchamment »,
« sciemment », « sachant que … », etc. Elle consiste dans la conscience ou la
connaissancechez l’auteur de l’infraction que les propos, les dessins, l’image, les
sons, les cris, la caricature, etc. sont susceptiblesd’atteindre une personne dans
son honneur, dans sa dignité, dans sa réputation ou dans sa considération.
Il est évident que l’intention méchante est ici toujours présumée.Mais cette
présomptionpeut être renversée par la preuve du contraire. Ainsi, le journaliste
poursuivipour diffamation sera exonérée de sa responsabilitépénale s’il établit
une cause justificative prouvant sa bonne foi. Le journaliste critique d’art ou
critique littéraire ne sera pas poursuivipour autant que ses proposne dépassent
pas les droits de la critique.Celle-ci ne doit pas avancer des faits inexactsou faux,
ni être injurieuse ou diffamatoire.
71 Cour d’Appel, L’shi, 29 juin 1967, RJC, p. 277 ; Elis. 10 février 1912, Jur. Congo, 1914, p. 65 ; C.S.J. 01
avril 1980 ; C.S.J. 04 juillet 1975, B.A. CSJ, 1976, p. 168 ; Cons. Guerre, App, 17 décembre 1909, Jur.
E.I.C., p.339.
72 Likulia Bolongo, Droit pénal zaïrois, tome 1, e édition,
2 L.G.D.J., Paris, 1985, p. 231.
112
C. Régime de responsabilité pénale et civile du délit de presse
a) La responsabilité pénale
La loi du 22 juin 1996 institue un système de responsabilitépénale « en
cascade ». Il faut ici distinguerla situationde la presse écrite et celle de la presse
audiovisuelle.
a.1. Au niveau de la presse écrite, sont pénalement responsablesà titre
principal et dans l’ordre :
- l’auteur de l’écrit ;
- le directeur de publication ou l’éditeur à défaut de l’auteur ;
- l’imprimeurlorsque ni l’auteur, ni le directeur de la publication, ni
l’éditeur ne sont connus.73
- Lorsquele directeur de la publicationet le propriétairede l’organeou de
l’entreprise de presse forment une seul et même personne, celle-ci est
pénalementresponsableaussi bien du non respect des conditionsrequises
pour la publicationd’un journal ou écrit périodiqueque de son contenu.74
Notonsque le nomdu directeur de publication,celui de l’imprimeuret son
adresse doivent être mentionnés sur tout exemplaire du journal. 75
a.2. Au niveaude la presseaudiovisuelle, toute entreprise de radiodiffusion
sonoreet de télévisionest tenue d’avoir un directeur des programmesqui doit être
un professionnel de la communication. Le directeur des programmes est
pénalement responsable du contenu des émissions.76 Lorsque le directeur des
programmeset le propriétaire de l’entreprise sont une seule et même personne,
celle-ci est pénalementresponsabledu non-respect des conditionsrequisespourla
diffusion des émissions.
77
b) La responsabilité civile
La responsabilitécivileemportele devoirde réparer le dommagecausé, sur la
base des articles 29c et 30 de la loi du 22 juin 1996 et des articles 258 et 260 du
code civillivre III. Cette réparationpeut consisteren la miseen œuvredu droit de
réponse, de répliqueou de rectification prévupar les articles 67 et suivantsde la
loi du 22 juin 1996 ou au paiement de dommages et intérêts.
Engagent leur responsabilité civile, les personnes ci-après :
- le propriétaire du journal ou de l’écrit périodique ;
- le directeur de la publicationet l’auteur de l’écrit, pour ce qui est de la
presse écrite ;
- le propriétaire de l’entreprise ;
73 Article 28 de la loi du 22 juin 1996.
74 Article 29 de la même loi.
75 Article 31 de la loi du 22 juin 1996.
76 Article 64, b de la même loi.
77 Article 63, a de la même loi.
113
- le directeur des programmeset l’auteur d’une émission de sons ou
d’images, pour ce qui est de la presse audiovisuelle.
Ces personnes sont tenues solidairement des condamnations prononcées
contre le journal ou écrit périodique.
En fait, le régime de la responsabilitécivile en matière de délit de presse
combinela responsabilitécivile pour fait d’autrui à charge du propriétaire du
journal, et la responsabilitécivile personnellede l’éditeur et de l’auteur. Il s’agit
d’un systèmede responsabilitésans faute dans le chef du propriétairedu journal,
de responsabilitépour faute dans le chef du directeur de la publicationet de
l’auteur de l’écrit. La faute du directeur de publicationconsistedans l’autorisation
de parution d’un article dommageable ; celui de l’auteur est de l’avoir écrit.
Le manquement fautif générateur de responsabilitécivile en matière de
presse consiste dans la publication dans un journal ou écrit périodique d’une
opinion, d’une af firmation ou d’une information présentant un caractère
dommageable,soit en violationde la loi, soit en violationde l’éthiquejournaliste ou
du code de déontologie.
A ce dernier propos, il a été jugé que si la presse possède un large droit
d’information, elle a pour devoir moral, avant de publier un fait de nature à
causer un dommageà des tiers d’en vérifier au préalable l’exactitude. A défaut de
cette précaution, il y a une imprudence coupable susceptible de fonder la
responsabilité.78 Il a été de même jugé que celui qui publie un article de nature à
causer un dommagealors qu’il ne pouvaitignorerl’inexactitudedes faits et pouvait
en tout cas facilement la reconnaître, se rend coupabled’un quasi-délit 79 en cas de
simple légèreté, ou d’un délit civil
80 en cas de dessein avéré de nuire.81
78 Civil Bruxelles, 21 janvier 1934, R.G. Ar 1593.
79 Le quasi-délit est un fait dommageable non intentionnel (accompli par négligence ou imprudence,
sans intention de causer un dommage).
80 Fait dommageable intentionnel, sanctionné par une peine civile.
81 Inst. Elis, 1er octobre 1942, p. 149.
114
DEUXIEME PARTIE
LES INFRACTIONS CONTRE L’ORDRE DES FAMILLES :L
DROIT PENAL DE LA FAMILLE
Rappelonsde prime abord qu’il s’agit ici de décrire l’organisationjuridique
de la famille, perçue d’un point de vue pénal, c'est-à-dire d’effectuer ce que
nous avons appelé la « lecture pénale de l’organisation juridique de la famille
82 »
Cette lecture supposeque soient repéréesdans l’ensemblede la législationsur
la famille, les règles et institutionsde droit pénal. Le repérage se fera selon un
critère qui se fonde essentiellementsur des personnesimpliquéesdans les relations
familiales, c'est-à-dire des personnesentre lesquellesexistent des liens d’alliance
ou de parenté 83. Ainsi, le droit pénal de la famille se reconnaît en ce qu’il
incrimine et sanctionne des comportements qui portent atteinte aux valeurs
essentielles de la famille ; que ces comportements émanent des personnes
impliquéesdans les relations de famille, ou qu’ils soient dirigées contre l’une
d’elles ou contre l’ensemble des membres de la famille.
Le droit pénal de la famille ainsi compristrouve son siège non seulement
dans le code de la famille mais aussi dans le code pénal ordinaire, le code de
procédure pénale, le code de l’organisationet de la compétence judiciaires, le
code de justice militaire et dans la législation sur l’enfance délinquante.
C’est donc à partir de cette diversité de corps législatifs que nous essaierons
de reconstituer le droit pénal de la famille dont existence même paraît
surprenante. « N’est-il pas étonnant s’interrogeaitGeorgesLEVASSEUR84, de parler
de règles de droit pénal « concernant la famille » ? Que vient donc faire le droit
pénal en cette affaire ? 85 « Une vie familiale harmonieuse, ef ficace,
épanouissante,formatrice s’édifie-t-elle à coupsd’incriminationset de sanctions
pénales ? Piètre vie familiale que celle-là ! »86.
Il faut cependant bien voirque le droit pénal de la famille n’intervientpas
seulement pour régler des situations pathologiqueset criminellesau sein de la
famille, mais aussi « pourassurer l’intégrité et la cohésionde la famille contre les
attaques venues du dehors : l’adultère, le viol, l’enlèvement d’enfants, la
protectionde leur intégrité physiqueou morale, la chaleur du nid où ils (doivent)
82 Supra, pp. 11 à 15, 21-22.
83 Supra, p. 13.
84 LEVASSEURGeorges, « Les transformations du droit pénal concernant la vie familiale », in
Archivesde Philosophiedu droit, n° 20, Reformes du droit de la famille publiéavec le concoursdu
CNRS, Sirey, Paris, 1975, p. 58.
85 Ibid., p. 57.
86 Ibid., p. 58.
115
être élevés ». 87 Il n’existe pratiquement aucune étude sur la question en droit
congolais, sauf à signaler l’article publié en 1970 par NTIRUMENYERWA sur « la
protectionde la famille du point de vue du code pénal congolais »,dans la Revue
Congolaised’administration88 ; l’ouvragedu Général LIKULIA BOLONGO sur le droit
pénal spécial zaïrois où sont examinésnotammentles atteintes à la famille et à la
89
moralitésexuelle. Ces développementsont été mis à jour et adaptés au code de la
famille par ce dernier auteur dans le cadre de son coursde droit pénal en 1995 90.
Le professeurBOMPAKAaborde, quoiquede façon « accidentelle » quelquesaspects
du droit pénal de la famille dans son coursde droit de la famille. 91 Le père jésuite
Pierre de QUIRINI a publiéaux éditions CEPASplusieursbrochuresde vulgarisation
du droit qui comprennentnotammentle « Petit dictionnaire des infractions » 92 et
« Quedit le code de la famille ? » 93 Il y a aussi l’ouvragede Madame Idzumbuirsur
la protection de la jeunesse. Signalonsenfin pour être complet que le professeur
AKELE a dirigé des nombreuxtravaux d’étudiants – séminaires, dissertations et
mémoires– sur le droit pénal de la famille, il a bien voulum’associerentre 1993 et
1999 à l’Université de Kinshasa, à l’Université du Bas-Congo et à l’Université
Protestante du Congo.
La doctrine étrangère paraît mieux pourvue en la matière
94.
Il résulte de l’examen de la littérature scientifique sur le droit pénal de la
famille que celui-ci intervient dans le champ sous trois formes95 :
- sous forme symbolique pour garantir l’autorité parentale ;
- sous forme axiologiquepour la sauvegarde de la famille en tant qu’elle
est à la base des valeurs garanties par l’Etat ;
- sous forme instrumentale par le biais de la disciplinarisation des
comportements parentaux en vue du contrôle administratif des familles.
En fait, ces formes symboliques,axiologiqueset instrumentalesse mélangent
87 Ibid., p. 58.
88 Vol. 3, n° 3 et 4. La revue est malheureusement introuvable.
89 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, Tome e éd.,
I, 2 LGDJ, Paris, 1985, pp. 253 à 367.
90 LIKULIA BOLONGO, Le droit pénal de la famille, cours de droit pénal spécial, Faculté de Droit,
UNIKIN, 1995.
91 BOMPAKANKEYI, Cours de droit civil/Personnes, 1er Graduat, Université de Lubumbashi,
Lubumbashi, 1997-1998, pp. 60, 72 et 73.
92 QUIRINI Pierre (de), Petit dictionnaire des infractions, Cepas, Kinshasa, 1986, 79 p.
93 QUIRINI Pierre (de), Que dit le code de la famille, Cepas, Kinshasa, 1989, 78 p.
94 On peut citer notammentI. ANDREJEV,La protectionpénale de la famille, Rapports générauxau
VII CongrèsInternational de droit comparé, Uppsala, 6-13 août 1966, p. 613, AlmpuietWicksell,
Stockholm ;M. BONNEAUDEAU, « La parenté en droit pénal », Thèse, Lille, 1968 ; COUVRAT,« Le droit
pénal et la famille », in Revuede Sciencecriminelle,1969 ; HENRY« Le maintien et la défense de la
famille par le droit » ; NancyBOUZAT,« La protectionpénale de la famille en France », Congrèsde
droit comparé… ; RPA. BERISTAINs.j., « La protectionpénale de la famille », Motifs et limites de
l’incriminationd’abandon de famille, in Revue de droit pénal et de criminologie,1966-1967, pp.
755 et s. ; ESCOFFIER-GIALDINI C., La vision pénale de la famille, Thèse, Aix-Marseille, 1994 ;
LEVASSEURG., Les infractions contre la famille et la moralité sexuelle, in Rev. Pénitentiaire et de
droit pénal, 1964, p. 571 ; LOPEZREY, « La protectionpénale de la famille », in Rééducation, 1965,
p. 1 et s.
95 DUPONT-BOUCHAT Marie-Sylvie, L’intérêtde l’enfant, approchehistorique,in Droitet intérêt, vol.
3, p. 32.
116
avec des dosages variés selon que le droit pénal intervient dans les relations entre
époux, entre parents et enfants ou en vue de garantir la sûreté familiale. Ceci
nous amène à ordonner notre exposéautour de ces trois points qui formeront les
trois sous-titres suivants :
- Sous-titre 1 : Le droit pénal de la famille dans les relations entre époux
- Sous-titre 2 : Le droit pénal de la famille dans les relations entre
parents et enfants ;
- Sous-titre 3 : Le droit pénal de la famille et la sûreté de l’institution
familiale.
117
SOUS-TITRE I
LE DROIT PENAL DE LA FAMILLE DANS LES RELATIONS ENTR
EPOUX
La première hypothèse d’intervention du droit pénal dans les affaires
familiales s’appliqueau couple, hommeet femme mariésqui, commenousle savons
forment le noyau originelou fondateur 96 de la famille légale. Celle-ci s’appuiesur
le mariage, « unionlégale et durable dont les conditionsde formation, les effets et
la dissolutionsont déterminés par la loi et qui résulte d’un acte civil, public et
solennelpar lequelun hommeet une femme, non engagés ni l’un ni l’autre dans les
liens d’un précédent mariage enregistré, décident librement de vivre ensemble
jusqu’au décès de l’un d’entre eux, pour partager leur communedestinée et
perpétuer l’espèce ».97
Autant dire que le droit pénal ne se préoccupepas de l’union libre ou du
concubinage,« du momentque les personnesqui vivent ensemblesont maîtresses
de leurs droits, majeures (et encore …) et non engagées déjà dans une union
régulière » 98. La fornication, le concubinage,ne sont pas, en droit congolais, des
infractions.
Dans les relations du couple, le droit pénal se manifeste essentiellementà
trois moments : au commencementlors de l’entrée en mariage (chapitre 1),
pendant le mariage (chapitre 2) et à lafin du mariage (chapitre 3).
96 Article 334 du code de la famille.
97 Articles 330 et 349 du code de la famille.
98 LEVASSEURS G., « Les transformations de droit pénal concernant la vie familiale », op. cit., p. 61.
118
CHAPITRE 1
L’ENTREE EN MARIAGE
La protectionpénale de la famille à ce niveautend à garantir la liberté du
mariage, à veiller à l’observancedes conditionsde fond du mariage et à faire
respecter les conditions de forme du mariage.
Section 1.LA GARANTIE DE LA LIBERTE DU MARIAGE
La liberté du mariage est un principe fondamental constant en droit
constitutionnelcongolais. Même le décret-loi constitutionneldu 29 mai 1997, la
plus concise des constitutions congolaises, consacre implicitement le principe
lorsqu’il proclame en son article 2 qu’ « en RépubliqueDémocratiquedu Congo,
l’exercicedes droits et libertés individuelset collectifs est garanti sous réserve du
respect de la loi, de l’ordre publicet des bonnesmœurs ».LE code de la famille et
plus généralementle législateur congolaisconfirment ce principe et frappent par
des sanctions pénales tous ceux qui portent atteinte à cette liberté.
Le principe de la liberté du mariage est en effet posé par l’article 334 du
code de la famille qui dispose que « tout Congolaisa le droit de se marier avec la
personnede son choixet de fonder une famille ». Est sans effet, précise l’article
335 du mêmecode l’engagementde ne pas se marierou de na pas se remarier,pris
par une personne. De même, poursuit-il en son troisièmealinéa, « toute condition
ou tout terme dont dépendent la naissance, la modification ou l’extinction d’un
droit ou d’une obligation et visant à exclure ou à retarder le mariage d’une
personne, est de nul effet et n’affecte pas la naissance, la modification ou
l’extinction du droit ou de l’obligation ».
Aussi le législateur intervient-il pour sanctionner tous ceux qui portent
atteinte à la liberté du mariage, soit en poussantune personneà se marier contre
son gré, soit en s’opposantde mauvaisefoi au mariage d’une personne. Par cette
disposition,le législateur vise à combattre les oppositionsdes parents au mariage
de leur enfant notammentpourdes raisonstribales, cupides ou autres. C’est ce qui
résulte de l’article 336 du code de la famille qui prévoit que « sera puni d’une
peine de servitude pénale d’un à trois moiset d’une amende de 100 à 500 zaïres
ou de l’une de ces peines seulement,tout individuautre que les père, mère, tuteur
ou toute personnequi exerce en droit l’autorité sur l’individu, qui aura contraint
une personneà se marier contre son gré ou qui de mauvaisefoi, aura empêchéla
conclusion d’un mariage remplissant toutes les conditions légales ».
Cette dernière dispositionprévoit ainsi deux incriminations :l’impositiondu
mariage ou l’incitation au mariage forcé et l’opposition au mariage légal.
Il faut cependant noter que le législateurva beaucoupplus loin en amont du
119
processusd’entrée en mariage en protégeant la liberté des partenaires déjà au
momentdes approchespréliminaires.Le droit pénal y est particulièrementdiscret,
mais pas totalement absent.
§1. – Le droit pénal et les approches préliminaires du mariage
En matière familiale, le droit pénal ne peut être que le reflet du droit civil
de la famille. On sait avec quelles précautions celui-ci s’aventure en amont du
mariage, dans les différentes étapes, galantes ou coutumières99, qui précèdent le
parachèvementdu mariage et qui peuvent être formalisées comme période de
fiançailles.
Certes, le mariage peut être contracté sans célébration préalable des
fiançailles (article 337 alinéa 2). Mais mêmelorsqu’ilpart d’un coup de foudre, sa
réalisation nécessite généralement un minimumde préparatifs ou d’approches
préliminaires ;période particulièrementdélicate où, les sentiments ayant occulté
la raison, l’un des partenaires peut être berné ou abusé par l’autre, trompé dans
sa bonne foi, au point de compromettre son avenir.
Définies comme promesse de mariage, les fiançailles 100 ne portent effets
juridiques que si, lors de leur conclusion,les fiancés y donnent consentementet
remplissentles conditionsde fond pour le mariage 101. Il s’agit d’une part d’effets
résultant des règles coutumières, d’autre part des conséquences morales ou
patrimoniales découlant de la rupture des fiançailles.
Les règles coutumièresappliquent aux fiançailles des statuts variés. Mais
quelsque soient ceux-ci, l’exécutiondes obligationsincombantaux fiancés et à leurs
parents respectifs selon la coutume applicable aux fiançailles ne peut être
poursuivieen justice. Toutefois,en cas de rupture des fiançailles, les prestationset
les valeurs données ou échangées durant les fiançailles sont remboursées
conformémentà la coutume 102. De même, les cadeaux reçus de part et d’autre
doiventêtre restitués, sauf si le tribunalestimé qu’il serait inéquitablede restituer
tout ou partie des cadeaux offerts par celui des fiancés qui, par sa faute, a
provoquéla rupture ; si la coutume applicable ne prévoit pas la restitution des
cadeaux ou de certains cadeaux ; ou encore s’il appert que les cadeaux ont été
99 VoirSOHIERA., « Le mariage en droit coutumiercongolais »,Publicationde l’Institut Royal Colonial
Belge, Mémoire présenté à la séance du 23 mars 1942, Librairie Folk fils, Bruxelles, 1943, pp. 52 et s.
100 Stricto sensu, il existe cependant une nuance entre la promessede mariage et les fiançailles.
Celle-là désigne l’échange de volontés ;celles-ci comportenten sus de cet élément intentionnel, un
élément de publicité,à savoirl’annonce de la promesse,faite aux parents et aux relations. Voirà ce
sujet MAZEAUD(Henri, Léonet Jean), CHABASFrançoiset LEVENEURLaurent, Leçonsde droit civil,
op. cit., n° 725, p. 70. La notion de fiançailles s’appliqueaussi, en droit congolais,au contrat par
lequel il est convenu,entre les membresde deux familles, qu’un mariage interviendra entre deux
personnes,le fiancé et la fiancée, appartenant à ces deux familles (article 338 point 2 du code de
la famille).
101 Article 339 du code de la famille.
102 Article 343 du code de la famille.
120
offerts sous condition que le mariage ait lieu
103.
La personne à laquelle la rupture des fiançailles est imputée, est tenue de
tous les frais occasionnés par les fiançailles. En outre, elle doit réparer tout
préjudice causé par la rupture des fiançailles, à l’exclusion de la perte des
avantages qu’on pouvait espérer légitimement en raison du mariage 104. Sans
préjudice de cette dernière disposition,la fiancée ou les membresde sa famille
peuvent faire valoir le droit au dédommagementen vertu de la loi ou de la
coutume,en considérationdes circonstancesparticulièresqui se seraient produites
lors desfiançailles 105.
Tel est le statut civildu contentieuxde la rupturedes fiançailles dont l’action
en justice est ouverte dans le délai d’un an à partir du jour où celles-ci ont été
rompues 106. Il se construit autour des idées-force suivantes : libre et plein
consentement ; obligation naturelle, morale et de conscience ; réparation civile
et/ou coutumière en cas de rupture abusive (promesse de mariage faite à la
légère, rupture sans motif sérieux,par méchancetéou par caprice) ; ce n’est pas la
rupture en elle-même qui constitue une faute, puisquele (la) fiancé(e) n’est pas
tenu(e) de se marier, ce sont les circonstancesaccompagnant cette rupture qui
peuvent être fautives.
Le droit pénal se tient en dehors du champ de règlement de ce contentieux.
C’est que se trouve ici sur un terrain qu’apparemmentle droit pénal préfère
abandonneraux mœurset à la morale. Il serait, c’est vrai, malvenude sa part de
manifester sa présence en ces instants où l’homme et la femme cherchent
intimementleur voie sur les sentiers bien souventsinueuxqui mènent au mariage,
avec des fortunes contrastées où se côtoient passions et déceptions, plaisirs et
douleurs, amouret haine. Faut-il que le droit pénal vienneenlever à notre intime
humanité ces fortunes douces, affectives et sentimentales qui participent aux
fantasmes et aux mythesqui peuplent notre imaginaire !Mythede la femme objet
d’amour et de plaisir, être charmant, éternelle place forte livrée aux assauts
impétueux,virils et dominateurs de l’homme ; mythe de la femme vertueuse et
soumisequi nous fait naturellement entrevoir ou percevoirla « drague » comme
l’activité de l’hommequi erre et papillonneà la recherched’une aventure facile –
spécialité du don juan, ce séducteur tenace et peu scrupuleux.Mais on oublieque
la gente féminine aussi sait produire ses « dragueuses », ses séductrices et ses
racoleuses.La nature lui a prodiguémille moyensde plaire, de se faire admirer.
L’art de conquérir et de retenir l’homme qu’on aime, les moyens de prolonger
l’amour ne sont pas inconnusdes femmes qui, dans la plupart de nos coutumes,
reçoivent en la matière de la grande sœur, la mère, la tante ou la grand-mère
quelques leçons appropriées en particulier avant le mariage.
Pourquoile droit pénal serait-il « plus royaliste que le roi » là où le droit civil
lui-même semble concéder qu’ « en matière de mariage trompe qui peut » ?
103 Article 345 du code de la famille.
104 Article 346 du code de la famille.
105 Article 347 du code de la famille.
106 Article 348 du code de la famille.
121
Justement, c’est dans le voisinage de ces « tromperies amoureuses »que
campe le droit pénal pour marquer,même en cette matière, les limites qu’impose
une saine conception de l’ordre public.
La première hypothèse qui permet au droit pénal d’agiter son fanion
sanctionnateurest celle où les fiançailles participent en réalité d’une manœuvre
d’escroquerieen vue de se faire remettre des économiesou des valeurscontre une
fallacieuse promessede mariage. Pareil montage peut être constitutif de ce que
l’on qualifie d’« escroquerieau mariage » ou « escroquerieà la dot » susceptible
d’être poursuiviesur pied de l’article 98 du code pénal réprimant l’escroquerie.A
condition, bien sûr, qu’il s’agisse non pas d’un simplemensongeou d’un mensonge
isolé, écrit ou verbalmêmedéterminant la remisevisée, mais d’un mensongeétayé
et conforté par des actes extérieurs, c'est-à-dire par la productionde pièces ou
d’écrits, par l’interventionde tiers ou par son insertiondans une véritablemise en
scène. 107
La seconde hypothèseest celle où le don juan arrive à ses fins charnelles. Le
droit pénal restera de marbre devant ce fait de relations sexuelleshors mariage,
ayant pris le parti de tolérer ce qu’il lui aurait été bien dif ficile d’empêcher. A
condition, évidemment, que ce fait ne se complique pas de circonstances
pénalementdéfinies qualifiant notammentle harcèlementsexuel108, le viol, l’inceste
109, l’attentat à la pudeur, l’adultère, etc. En dehorsde ces circonstances,il n’y a pas
faute, même lorsquele commercesexuel considéré apparaît commescandaleux,
traduisant notamment l’inconduite notoire des personnesconcernées. On notera
que si l’une de celles-ci est une mineureâgée de plus de 14 ans, son partenaire ne
subira pas les rigueursde l’incriminationde viol réputé, mais elle pourra se voir
appliquer la législation sur l’enfance délinquante 110.
La mêmeattitude sera observéeen cas de séductionsuiviede grossesse.« On
a parfois soutenu, écrit CARBONNIER111, que le seul fait d’avoir des relations
107 VERON Michel, Droit pénal spécial,
e édition,
2 Masson, Paris, 1982, p. 30.
108 Cette infraction ne fait pas encorepartie de l’arsenal répressif congolais.En droit français où il a
été introduit par la réforme du 22 juillet 1992, le harcèlement sexuel, au sens de l’article 222-33
du nouveaucode pénal s’entend du fiat de harceler autrui en usant d’ordres, de menaces ou de
contraintes, dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle, par une personne abusant de
l’autorité que lui confèrent ses fonctions.
109 Incriminationprévuedans certaines coutumeset répriméecommetelle alors que le droit écrit se
contente de la répressiondu mariage incestueux.Onpourraitcependant poursuivrece fait sur base
des articles 461 à 463 du code de la famille associés aux articles 714 et 715 relatifs aux
manquements des devoirs de respect et d’entente familiale entre parents et alliés.
110 IDZUMBUIRASSOPJoséphine, La justice pour mineursau Zaïre, op. cit., pp. 48 et s. ; Décret du 6
décembre1950 sur l’enfance délinquante, V° PIRONP. et DEVOSJ., « Codeset loisdu CongoBelge », 8
e éd., TomeII, 1960 ; ou encore in code pénal zaïrois mis à jour au 31 mai 1982, Départementde la
justice, Service de Documentation et Etudes, 1983.
111 CARBONNIER Jean, Droit civil, Tome 2, La famille, Thémis, PUF, 1993, p. 334.
122
sexuelles hors mariage avec une femme engagerait la responsabilité civile de
l’homme. L’objection est que la prétendue victime a consenti (volenti non fit
injuria). Aussi, dans l’opinionqui prévaut, la responsabilitéde l’hommene sera
retenue que si le consentementde la femme n’a pas été libre, s’il a été déterminé
par une séduction dolosive. Expressiongénérique, recouvrant non seulement les
véritablesmanœuvres,mais les abus d’autorité, (…) les simplesmensonges … ».Quoi
qu’il en soit, la responsabilitépénale de l’hommepourraitse trouverengagée au cas
où il délaisserait cette femme en maternité sans apporter les soins qu’exigeson
état, même si, en réalité, cette dernière ne profitera qu’indirectementde la mise
en œuvrede cette responsabilitépour abandon de famille 112, par le truchementde
la créance d’aliments reconnueà l’enfant qu’elle porte, dès lors que la preuvede
la filiation paternelle est administrée.
Enfin, le droit pénal intervient sans hésitation pour réprimer les
« fiançailles » par rapt pratiquées dans certaines coutumesqui permettent à la
famille du futur époux de séquestrer une jeune fille en vue du mariage113.
Ce rapt réalise par ailleurs l’impositiondu mariage ou l’incitation au mariage
forcé que nous allons examiner à présent.
§2. – L’imposition du mariage ou l’incitation au mariage forcé
L’incriminationd’imposition au mariage ou l’incitation au mariage forcé
prévue par l’article 336 du code de la famille est constituée par le fait de
contraindre une personne à se marier contre son gré.
La contrainte caractéristique de cette infraction consiste en toute violence
physiqueou moraleexercéesur la victime.Il s’agit de tout fait ou toute attitude de
nature à inciter ou à imposerun mariageà quelqu’un.Le mariagepar rapt pratiqué
dans certaines tribus, notamment chez les Bashi (kurendeza), les Basoko, les
Lokele, etc., réalise cette contrainte.
Il va de soi que cette contrainte doit être exercée en vue d’un mariage,
contre le gré de la victime. L’infraction se réalise donc par l’absence de
consentement de celui qui en est la victime et qui doit avoir manifesté son
oppositionà cette union forcée. A défaut, il ne peut y avoir incrimination.Le
consentement de la victime enlève au procédé son caractère infractionnel.
Ce caractère tombe également si l’agent n’a pas agi intentionnellement,
c'est-à-dire en connaissance de cause. Aussine sera-t-il poursuiviet sanctionné
que s’il a eu connaissancede l’oppositionde la victimeà ce mariage. Naturellement,
la contrainte, élément essentiel de cette infraction, est révélatrice de cette
intentioncoupablequi sera retenue, peu importele mobile.Ainsi sera puni celui qui
poursuitun intérêt cupide ou qui prétend obéir aux croyances superstitieusesou
religieuses, ou celui qui invoquedes raisons tribales. Tomberade la sorte sous le
112 Article 926 du code de la famille.
113 Article 336 du code de la famille (violation de la liberté du mariage).
123
coup de la loi celui qui contrait une jeune fille à se marier contre son gré à une
personne riche, à quelqu’un de sa province ou de sa tribu ou au chef coutumier.
La loi frappe tout individu en dehors des père, mère, tuteur ou toute
personnequi exerceen droit l’autorité sur la victime.Onpeut penser que l’exclusion
de l’autorité parentale des personnessusceptiblesde commettrecette infraction
tient à une sorte de présomptionqui considèreque, a priori, les parents ou tuteur
ne peuvent en cette matière que se déterminer en fonction de l’intérêt de leur
enfant. Mais, cette présomptionpeut être renversée, à la demande de la victime
qui saisira à cette fin le conseilde famille et, en cas de désaccord, le tribunal de
paix.
Si la décisiondu tribunalde paix donne gain de cause à la victime,à qui sera
versée la dot dans l’hypothèseoù les parents ou le tuteur auraient maintenu leur
position ?La questionest d’importancepuisquele mariagene peut être célébréque
si la dot a été effectivement versée au moinsen partie 114 et qu’est nul le mariage
contracté sans conventionrelative à la dot115 ; cette nullité pouvant d’ailleurs être
demandée par les époux, les créanciers de la dot ou par le ministère public du
vivant des époux116.
Le législateur répond à cette question en ces termes 117 :
« Si la dot est refusée par ceux qui, selon la coutume,doivent la recevoir,les
futurs époux, même non émancipés,soit ensemblesoit séparément peuvent porter
le litige devant le conseil de famille.
Si le refus persiste, les futurs époux ainsi que le ministère public peuvent
saisir, par voie de requête, le tribunal de paix du lieu où le mariage devrait être
célébré.
Le tribunal de paix instruit à huis clos la requête en amiable conciliateur ; il
convoquesoit séparément soit ensemble le ou les requérants, le père et la mère de
la future épouse et ceux de ses ayants droit bénéficiaires de la dot et s’il l’estime
opportun, un conseil de famille.
Sauf le cas où le ministère public est requérant, sa présence n’est pas
obligatoire.
Le tribunal tente s’il échet, d’obtenir un accord, soit en présence soit hors
présence des futurs époux.
S’il y a un accord, le tribunal prend une décision qui l’entérine.
Dans le cas contraire, il statue par décision motivée accordant ou non
114 Article 361 alinéa 2 du code de la famille.
115 Article 426 alinéa premier du code de la famille.
116 Article 426 alinéa 2 du code de la famille.
117 Article 367 du code de la famille.
124
l’autorisation du mariage et fixant le montant de la dot en tenant compte de la
coutume des parties et des possibilitésfinancières du futur époux et de sa famille.
En ce cas, le mariage ne peut être célébré que devant l’officier de l’état civil
qui, sur base de la décision, recevra le montant de la dot fixée et veillera à la
remettre à ceux qui doivent la recevoir. Si ces derniers refusent de la recevoir,
l’officier de l’état civil en fera mention dans l’acte de mariage.
Le montant de la dot ainsi versé et non recueilli sera, après un an à dater de
l’acte de mariage, soumis aux règles relatives aux offres réelles et à la
consignation. »118
Notonsque si les père et mère, tuteur ou toute personne exerçant en droit
l’autorité sur la victimeéchappent à l’incriminationde l’article 336 du code de la
famille, ils pourraientêtre rattrapés par la répressionsur base de l’ordonnance-loi
n° 66-342 du 7 juin 1966 incriminantet sanctionnant le tribalismeet le racisme,
dans l’hypothèse où des raisons de caractère tribal ou racial justifient leur
attitude.
En dehors des père, mère, tuteur ou toute personne exerçant en droit
l’autorité sur la victime,tout autre individuqui contraint une personne,hommeou
femme, à se mariercontre son gré tombesousle coupde la loi et encourt 1 à 3 mois
de servitudepénale, une amende ou l’une de ces peines seulement.Il en sera ainsi
notamment des oncles, tantes, grands-parents, frères et sœurs, ou tout autre
membrede la famille. Il en sera de mêmedu prêtre ou du pasteur qui obligeraitun
de ses paroissiens ou de ses adeptes à épouser contre son gré une personne
déterminée au motif que ce choix aurait été dicté par une inspiration divine.
N’échapperapas non plus à la répressionle chef coutumieryansi 119 qui met de la
terre rougeà la case du chasseurqui lui a refusé le tribut de chasse, forçant ainsi,
par rétorsion,la nièce de ce dernier à l’épouserou encore, le chef Sakata 120 qui fait
jeter une couverturerougesur une jeune fille du village, obligeantcette dernière à
consentir au mariage polygamique avec lui.
Cette façon de « jeter son dévolu » sur une jeune fille pour la forcer à
118 D’après Gérard GORNU,Vocabulairejuridique, op. cit., p. 555, les offres réelles sont « l’acte par
lequel le débiteur proposede s’acquitter de son obligation, en mettant le créancier en demeure
d’accepter le paiement de la sommeou la remisede la chose qu’il lui présente, afin de pouvoir,en
cas de refus, se libérerpar la consignationde l’objet qu’ildoit ». Cette procédureest prévueen droit
congolaispar le décret du 30 juillet 1888 portant code civil dans le livre intitulé « Des contrats ou
des obligations conventionnelles », articles 155 à 162.
119 HermannHOCHEGGER rapporte un certain nombrede pratiquesde ce genre qu’il a recueillieschez
les Yansi, tribu localiséedans les territoiresde …… :« En mettant son chapeau sur une jeune fille, le
chef l’a mise sous son emprise. Elle est forcée de l’épouser ».De même, « en crachant sa salive sur
une jeune fille, le chef la force à devenirsa femme » ; « en jetant son manteau sur une jeune fille
du village, le chef la met sousson emprise ;elle doit l’épouser ».Ouencore : « pourforcer une jeune
fille à épouser le chef, celui-ci met sa canne sur elle. Prise de possession ».« Le chef lance son
collier de dents de léopard sur la tête d’une jeune fille. Elle sera contrainte à consentir à un
mariage polygamique forcé avec le chef (op. ». cit., pp. 125 à 128).
120 Basakata, une des tribus de la province de Bandundu.
125
devenir la femme du chef réalise l’infraction de l’impositiondu mariage si la
victime a manifesté son opposition.
Il convient, pour terminer, de souligner un aspect intéressant de cette
incriminationqui peut être exploitéepourla répression« biaisée »de la sorcellerie.
Il est en effet courant que les grand-père et grand-oncle, grand-mère et
grand-tante, oncle et tante qui ont voix prépondérante dans les tractations
coutumières de mariage, cherchent à imposer leurs vues par des propos
comminatoires,menaçant le jeune garçon de « malchance »ou de toute sorte de
misères, ou la jeune fille de stérilité, de perte de ses enfants en bas âge, de
maternités dif ficiles, etc. au cas où il (elle) n’obtempéreraitpas à leurs désirs. On
parle alors d’envoûtementou de sorcellerie. Dans une société où, culturellement,
bien des gens ont tendance à prêter une certaine foi à pareilles menaceset où les
circonstances heureuses ou malheureuses de la vie sont la plupart du temps
expliquéespar l’intervention des forces occultes et maléfiques, particulièrement
agissantes, croit-on, en milieu familial, on imagine les dégâts ou perturbations
psychologiquesou sociologiquesque peuvent ressentir les personnes concernées
lorsqu’ellescommunientà ces structures ou mentalités coutumièrescontrastant
fondamentalement et radicalement avec ceux qui se réclament de la culture
juridique moderne.
Si les faits reconnus, à tort o à raison, commerelevant d la sorcellerie, ne
sont pas, au regard du droit pénal écrit ou coutumiercongolais,répréhensibles121, on
ne peut cependant nier le désordre auquel ils donnent lieu 122 dans les familles 123 et
l’état de complète déstabilisation des foyers et de la vie des individus qu’ils
occasionnent124. On n’est plus ici dans le champ du droit proprementdit, mais dans
121 Il convient à cet égard de rappeler que le code pénal congolaisde 1886 avait organisé un droit
pénal dualiste où coexistaient un droit pénal d’inspiration ramano-germanique et un droit
coutumierd’inspiration locale. Le droit pénal coutumierne perdra son autonomiequ’en 1889 à la
suite d’une nouvelledispositiondu code pénal qui prévoitque l’infraction commisesur le territoire
de l’Etat est punie conformémentà la loi. Cependant, la coutumeétant maintenue commesource
de droit par la volonté constante du Constituant, le droit pénal coutumierest applicable par les
juridictions répressivesà condition qu’il soit conforme aux lois et à l’ordre public. Dan ce sens, la
répression de la sorcellerie est contraire aux lois et à l’ordre public.
122 A ce propos, SOHIER (op. cit., p. 117 n° 150) observe« une nette évolutiondes esprits, valant
coutume, désirant que des peines soient appliquées aux auteurs d’actes de sorcellerie. Cette
évolutionest heureuse,car ces actes sont de nature à nuire à la tranquillitépublique.Chez nous, on
peut considérerque les jeteurs de sort, devins, fakirs et autres exploiteursde la crédulité publique,
sont nuisibles,sans admettre pour cela que leurs pouvoirssoient réels. De même, punir les noirs qui
pratiquent l’envoûtement, la divination ou la magie n’est pas confesser qu’ils possèdent la
puissance qu’ils s’arrogent. En prétendant la posséder, ils troublent les esprits et causent du
désordre. S’ils croient eux-mêmes en leur pouvoir,leurs pratiques révèlent des desseins criminels ;
s’ils n’y croient pas, ils commententune escroquerieaux dépens de leurs clients. Il n’est donc pas
contraire à l’ordre public de réprimer les actes de sorcellerie quand la coutume le prévoit.
Naturellement,il faut qu’ilssoient prouvéset par les modesde preuvejudiciaire. Mais, s’il est établi
que des cérémonies d’envoûtement, de malédiction, etc. ont eu lieu, la répression s’impose ».
123 Lieux de prédilection de l’exercice et de la consommation de la sorcellerie.
124 Voir NZUZI BIBAKI s.j., Approchesafricaines de la sorcellerie, Ed. Loyola, PublicationsCanisius,
Kinshasa, 1997 ; voir aussi Congo Afrique, juin-juillet-août 1997, n° 316, pp. 355 à 371.
126
celui que SOHIERappelle le « fas » et le « nefas » 125. La nature « magico-religieuse »
et le caractère mystiqueet immatérielde ces faits les rendent insaisissablespar le
droit pénal auquel se conforme désormais le droit pénal coutumier.
Cependant, le droit pénal congolais, sans réprimer expressément la
sorcellerie126, adopte en cette matière une approchelouvoyanteou baisée consistant
à frapper, sans l’avouer franchement, la sorcellerie par quelques uns de ses
épi-phénomènes à travers des incriminations comme les « épreuves
superstitieuses »127, les « pratiques barbares » 128, la « mutilation de cadavres » 129, l’
« anthropophagie »130, etc.
L’infractiond’impositiondu mariage peut également servirà cette fin. Ainsi,
le droit pénal ne restera pas totalement impuissantdans la situation de l’homme
ou de la femme qui se trouvecontraint de se marier contre son gré par crainte de
subir la menace de malédiction proférée par l’oncle ou le grand-oncle.
Il est évident que sera écarté du champ de la répressionpénale, le jeune
hommequi, pour forcer la main d’une jeune fille, coupe un bout de son habit qu’il
« emprisonne »dans une fiole parfumée, espérant ainsi dominer et posséder sa
dulcinée, par l’effet de cet enchantement magique, de ce sortilège ou de ce
charme. L’infraction est en l’espèce absurde.
La plupart des considérationssoulevéesici valent aussi, commenous allons
nous en rendre compte maintenant, pour l’opposition au mariage légal.
§3. – L’opposition au mariage légal
Commel’impositiondu mariage, l’oppositionau mariage légal est protée par
l’article 336 du code de la famille.
Alors que dans l’incriminationprécédente, l’agent contraint la victimeà se
125 Commel’a écrit SOHIERdans son « Traité élémentaire de droit coutumierdu Congo-Belge », « il ne
faut pas confondre avec le droit pénal les sanctions qui comportentles croyances religieusesou
magiques. Tout être considéré commenéfaste, le sorcier, volontaire ou involontaire, était mis à
mort. Mais il n’y était pas condamné par une juridiction, son immolation était décidée à
l’interventiondes féticheurs, avec des procédésde preuveet des modesd’exécutionspéciaux(avec
incinération du cadavre par exemple ; ou par noyade). Commel’indique POSSOZ,poursuit-il, on
n’est plus dans le « jus », mais dans le « fas ». Commele disent les noirs, il y a des choses que les
hommespeuvent punir seuls, et d’autres qu’ils ne peuvent punir que par l’intervention de Dieu ».
(Traité élémentaire de droit coutumier du Congo-Belge,e éd., 2 F. Larcier, Bruxelles, 1954, p. 115).
126 Comme le font par exemple certaines législations africaines, notamment camerounaise ou
ivoirienne.L’article 205 du code pénal ivoirien, livre 2 – titre 1, est ainsi libellé : « Est uni d’un
emprisonnementd’un à cinq ans et d’une amende de cent milleà un millionde francs quiconquese
livre à des pratiques de charlatanisme, de sorcellerieou de magie susceptiblede troublerl’ordre
publicou de porter atteinte aux personneset aux biens ». Cet article se place dans le chapitre 3
intitulé : « infractions contre la paix et la tranquillité publique ».
127 Articles 57 à 60 du code pénal.
128 Articles 61 à 62 du code pénal.
129 Article 61 du code pénal.
130 Article 62 du code pénal.
127
mariercontre son gré, ici, il empêchela réalisationd’un mariageremplissanttoutes
les conditions légales.
Empêcherun mariage, c’est s’y opposerou interdire sa célébration. Il s’agit
donc de toute attitude, tout fait ou tout moyentendant à interdire la célébration
d’une union remplissanttoutes les conditionslégales. C’est le cas du religieuxqui
menace d’excommunicationun fiancé s’il se marie avec sa future épouse ; ou
encore d’un sorcierqui prédit un malheuren cas de réalisationd’une promessede
mariage.
Le mariage considéréest celui qui remplit toutes les conditionslégales. Aussi,
contrairementà l’incriminationprécédente, ici, la victime doit avoir consenti au
mariage ; alors que dans l’impositiondu mariage, le consentementde la victime
efface l’infraction. L’oppositionau mariage suppose donc que le processus de
réalisation de l’union conjugale est pratiquementachevé. Ceci signifie que la loi
protège ici spécialement le futur époux, c'est-à-dire le ou la fiancé(e) ou toute
autre personne qui s’est engagée dans une promessede mariage, alors que dans
l’incitation au mariage forcé la victimeest protégée en dehors de toute promesse
de mariage.
La symétrieentre ces deux incriminationsredevient parfaite au regard de la
qualité de l’agent, auteur de l’opposition.Commedans la première infraction, il
s’agit d toute personne en dehors des père, mère, tuteur ou de tout individu qui
exerce en droit l’autorité sur la victime. Par exemplel’oncle, le chef du clan, le
frère, la sœur, le prêtre, le pasteur, etc. Ce qui a été dit à leur sujet à proposde
l’imposition du mariage peut naturellement être transposé ici.
Une différence de taille à ce niveaudoit cependant être relevée : la loi exige
que l’agent ait été de mauvaisefoi : celle-ci est donc l’élément caractéristiquede
la volontéde l’auteur de cette infraction. Ainsi, le fait d’empêcher la conclusion
d’un mariage par erreur par exempleexclut la mauvaisefoi. Celui qui, de bonne
foi, croit que les futurs époux sont encore incapables, mineurs ou interdits, ne
rentre pas dans l’économiede cette incrimination.Il en est de même de celui qui
s’opposeà la conclusiond’un mariage, croyant qu’il y avait un lien de parenté
entre les futurs époux.
Section 2.LA REPRESSION DES CONDITIONS DE FOND DU MARIAGE
Le mariage, selon l’article 330 du code de la famille, est l’acte par lequel un
hommeet une femme qui ne sont pas engagés ni l’un ni l’autre dans les liens d’un
précédent mariage enregistré, établissent entre eux une union légale et durable
dont les conditionsde formation, les effets et la dissolutionsont déterminéspar la
loi.
Les conditions du mariage se dégagent naturellement de cette finition.
dé
128
Le mariageest d’abord un acte civil. Il ne peut être valablementposé que par
des personnes capables juridiquement et libres de volonté.
C’est un acte public et solennel qui est conclu et célébré devant témoins.
Ceux-ci ne sont pas de simplesspectateurs mais des personnesdont la présence
réalise deux des conditions substantielles du mariage, à savoir s publicité et sa
solennité, toutes deux étant imposées par le législateur non seulement pour
attester de la réalité et de la régularité de l’union conjugale 131 mais aussi pour
s’assurerque désormais« nul n’en ignore ».Dans ce sens, l’officier de l’état civilqui
procède à la cérémoniedu mariage apparaît à la foi comme« témoinpublic »du
mariage, c'est-à-dire celui qui garantit au nom de l’Etat l’authenticité de cette
union, et comme« officiant public »qui confère à celle-ci toute sa solennité, son
sérieux et son importance aux yeux de la société.
Le mariage concerneun hommeet une femme, c'est-à-dire deux personnes
de sexe opposé, libres de tout engagement conjugal.
Les conditionsde fond du mariagetelles que prescritespar les articles 351 et
suivantsdu code de la famille tiennent au consentementdes époux,à la capacité
de contracter mariage et au versement effectif de la dot. La violation de ces
conditions entraîne naturellement au plan civil la nullité du mariage. Elle est
« également sanctionnée pénalement à travers trois séries d’incrimination.
Celles-ci présentent la caractéristique fondamentale d’être formées par un
faisceau de dispositions répressives qui viennent, tantôt renforcer de façon
générale la sanction civile (paragraphe 1), tantôt frapper spécialement les cas
d’absence et de vice de consentement(paragraphe 2), ceux de défaut de capacité
(paragraphe 3) ainsi que les cas d’abus de dot (paragraphe 4).
§1. – La célébration ou l’enregistrement d’un mariage entaché de nullité
Les dispositionspénales tendant à renforcer la sanction civile de nullité du
mariageincriminentessentiellementle fait pourl’officier de l’état civilde célébrer
ou d’enregistrer un mariage frappé de nullité. Elles se rallient ou gravitent toutes
autour d’une dispositioncentrale, à savoirl’article 395 du code de la famille qui
est ainsi libellé :
« Sera puni d’une peine de servitude pénale de sept jours à deux mois et
d’une amende de 100 à 300 zaïres ou de l’une de ces peines seulement, l’officier
de l’état civil qui aura célébré ou enregistré un mariage sachant qu’existait un
empêchementde nature à entraîner la nullité conformémentaux dispositionsdes
articles suivants.
Sera puni d’une amende de 50 à 200 zaïres, l’officier de l’état civil qui aura
commis toute autre contravention aux dispositions relatives aux conditions du
mariage ».
131Voir par exemplel’article 374 alinéa 2 du code de la famille : « Les témoins déclarent qu’ils ont
assisté à cette cérémonie et qu’elle s’est déroulée conformément aux coutumes ».
129
Il résulte de la lecture de cette dispositionque le mariage qu’elle vise est soit
le « mariage célébré », c'est-à-dire celui qui a eu lieu devant l’officier de l’état
civil, soit le « mariage enregistré » appelé aussi « mariage-constatation ». Ce
dernier mariage est celui célébré en famille selon les rites coutumiers, puis
enregistré par l’officier de l’état civil qui dresse un acte le constatant
132.
Ledit mariage doit être entaché de nullité. En effet, l’article 395 alinéa 1er
in fine exige qu’il y ait un empêchementde nature à entraîner la nullité. Cette
nullité, indiquel’article 396 du code de la famille, ne peut être retenue à titre de
sanctionde violationdes conditionsdu mariageque lorsquecelui-ci a été contracté
en infraction à l’article 330 du code de la famille133 ou encore dans les cas prévus
par la loi. Ces cas concernent la célébration ou l’enregistrement :
- d’un mariage au consentement duquel l’un au moins des époux a été
contraint par violence ; c’est l’hypothèse en d’autres termes de l’extorsion
du consentement au mariage (article 404 du code de la famille) ;
- du mariage d’un mineur(articles 407 et 419 du code de la famille) ou d’un
interdit (article 425 du code de la famille) ;
- du mariage d’une personne encore engagée dans les liens d’un précédent
mariage (article 409 du code de la famille), autrement dit d’un mariage
« adultérin » ou bigamique ;
- d’un mariage incestueux (article 416 du code de la famille) ;
- du mariage d’une femme avant l’expirationdu délai de viduité ou du délai
d’attente (article 417 du code de la famille) ;
- d’un mariage contracté sans conventionrelative à la dot (combinaisondes
articles 395, 361 alinéa, 426 du code de la famille).
La qualité d’officier de l’état civil définit donc l’agent actif de cette
infraction. Aussi, les membresde la famille qui célèbrent le mariage selon les
prescriptionscoutumièreséchappent à la rigueurde cette infraction, mêmesi cette
unionest frappée de nullité. Mais, l’infraction ne sera pas consomméedans le chef
de l’officier de l’état civil fautif que si celui-ci a agi intentionnellement, en
connaissancede cause, c'est-à-dire en sachant qu’il existait un empêchementde
nature à entraîner la nullité du mariage qu’il célèbre ou enregistre. En l’absence
de cette intention criminelle, l’infraction devient une simple contraventionaux
dispositions relatives aux conditions du mariage.
Cette contravention est évidemment punissable, mais uniquement d’une
amende de 50 à 300 zaïres 134. Cette amende contraventionnelle s’applique
également lorsqu’on se trouve dans un cas de mariage frappé d’une nullité
relative. Il en est ainsi par exempleen cas de célébrationou d’enregistrementdu
mariage d’une femme avant l’expirationdu délai d’attente. Le caractère relatif
de la nullité dans l’espèce découle de l’article 417 alinéa 3 aux termes duquel « la
nullité du mariagene peut être prononcéepourle seul motif que le délai d’attente
132 Article 368 du code de la famille.
133 Cfr.Supra n° 210.
134 Article 395 alinéa 2 du code de la famille.
130
n’aura pas été respecté ».
En dehors de ces cas sanctionnés par une amende contraventionnelle,
l’infraction de célébration ou d’enregistrement d’un mariage entaché de nullité
est punissabledes peines portées par l’article 395 alinéa 1er du code de la famille
qui prévoit7 jours à 2 moisde servitude pénale et 100 à 300 zaïres d’amende ou
l’une de ces peines seulement.Les articles 404, 407, 409, 416 et 425 qui se rallient à
l’article 395 pourformer l’incriminationsousexameny renvoientnaturellementen
ce qui concerne leurs régimes répressifs respectifs.
§2. – L’extorsion par la violence du consentement au mariage
Une seule forme de violation des conditions tenant au consentement au
mariage – par défaut ou par vice de consentement– est consacréepar le code de
la famille. Il s’agit de l’extorsionpar la violence du consentement au mariage,
qualification prévueet punie par l’article 404 alinéa 1er du code de la famille qui
dispose :
« Sans préjudice des dispositionspénales plus sévères, seront punies des
sanctions prévuesà l’article 336 les personnesqui, par la violence, ont contraint
une personne à consentir à un mariage ainsi que les témoins d’un tel mariage. »
L’analyse de cette disposition révèle que, contrairement à l’incrimination
précédente qui ne vise que l’officier de l’état civil, l’extorsionpar la violencedu
consentementau mariage frappe toute personne qui exerce, à cette fin, pareille
contrainte. Elle atteint également et avec la même force les témoins d’un tel
mariage. En fait, ceux-ci sont considéréscommedonnant, par leur seule présence,
une caution morale à cette violence. Au minimum,il leur est reproché de ne pas
s’être opposéou de s’être abstenu de s’opposerà cette violenceou à la commission
sousleurs yeuxet avec leur approbationtacite, d’une infraction. Certes, il ne s’agit
pas d’une abstentiond’assistance contre une infraction dans le sens de l’article 66
bis du code pénal 135, mais tout de mêmed’une abstentioncoupableparticulière. Le
législateura sans doute voulumarquerque les témoinsà une cérémoniede mariage
ne sont pas des agents passifs. Bien au contraire, ils réalisent par leur présence,
comme nous l’avons souligné plus haut, deux des conditions substantielles du
mariage, à savoir sa solennité et sa publicité.
L’infractiond’extorsiondu consentementau mariagese distinguepar ailleurs
de l’incitation à l’union forcée en ce que celle-ci assure la prophylaxie,
c'est-à-dire la prévention, alors que celle-là sanctionne pénalement la nullité
d’un mariage déjà consommé.En outre, si le père, la mère, le tuteur ou toute
personnequi exerce ne droit l’autorité sur la victimeéchappe à la répressionpour
fait d’impositionou d’incitation au mariageforcé, ils sont tous poursuivablessousla
prévention d’extorsion de consentement au mariage.
135Cette abstention n’est répréhensibleque si l’infraction pour l’empêchementde laquelle onomet
d’intervenir met en péril l’intégrité corporellede la personne, ce qui n’est pas le cas ici (Cfr.
LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, op. cit., p. 134).
131
Les auteurs de cette infraction doivent avoir contraint par la violenceune
personne à consentir à un mariage. Tombent ainsi sous le coup de la loi, les
membresde la famille qui exercent pareille contrainte ou qui célèbrent une telle
union, de même que tous ceux qui y assistent en tant que témoins. Commetcette
infraction le père d’une jeune fille séduite qui, usant de contraintes, de menaces
ou de violences,force le séducteur à la prendre en mariage. Ouencore, l’onclequi,
à coups de bâtons, arrache à sa nièce son consentementau mariage avec le chef
coutumier.On pourra également prendre en considérationla contrainte morale
exercée sur l’hommepar son futur beau-père qui est de surcroît son patron ou le
supérieurde son père ou celle des parents de la jeune fille qui vont la déposerchez
le séducteur ou sa famille afin d’arracher leur consentement au mariage. Le
chantage au suicide ainsi que la simulationde grossessepourrontégalement être
retenus commedes violencesmoralessusceptiblesd’emporter le consentementde
la victimede l’extorsion.Le suicidelui-même n’étant pas réprimédans notre droit,
le juge sanctionnera l’auteur de la tentative de suicide non pas sous cette
inculpationmais sous celle d’extorsionau mariage. La victimede l’extorsion,si le
suicide se réalisait, pourraitrépondre des faits de non-assistance en danger sauf
s’il s’avère qu’à part consentir au mariage, il a utilisé toute autre voie à sa
disposition pour dissuader l’auteur de l’extorsionde son entreprise ou pour la
protéger contre elle-même.
La sanction attachée à cette infraction est celle prévue à l’article 336 du
code de la famille auquel renvoiel’article 404 alinéa 1er. Elle est donc la même
que celle qui frappe l’incitation au mariage forcé et l’opposition à un mariage.
§3. – Les incriminations relatives au défaut de capacité
La capacité est, en droit civil, l’aptitude d’une personneà être titulaire de
droits et à les exercer. C’est une conséquencede son état, c'est-à-dire de la
situation qu’elle occupe, au regard du droit, quant au point de savoir de quels
droits elle peut être titulaire. On appelle plus particulièrement état civil sa
situation relativement aux droits privés. Cette notion suppose que toutes les
personnes n’ont pas la même aptitude à être titulaire de tous les droits. Plus
exactement, l’incapacité juridique s’appliquenon seulement à la jouissance ou à
l’exercice des droits, mais aussi à la possibilitéde passer des actes juridiques
relatifs à ces droits. Cependant, des distinctions sont faites notamment selon
l’âge, le sexe, la situation de famille.136
Le défaut de capacité d’exercice frappe des individusqui n’ont pas atteint
leur majorité, c'est-à-dire les mineursde 14, 15 ou 18 ans selon le cas, dont les
droits ne peuvent être exercés que par leur représentant légal, père, mère ou
tuteur. Elle concerne également des personnes, majeures ou mineursémancipés,
dont les facultés intellectuellessont amoindriesou affectées à la suite notamment
de certaines maladies ou de certains troubles mentaux. Ces personnes, appelées
« interdits », peuvent être placées sous le régime de la curatelle ou de tutelle
suivant la gravité, faible ou élevée, de leur état. Elles ne peuvent exercercertains
droits ou passer certains actes qu’avec l’autorisation d’un curateur ou d’un tuteur.
136WEILAlex et TERRE François, Droit civil, introductiongénérale, 4e édition, Dalloz, Paris, 1979, n°
66, pp. 79 à 81, n° 327, p. 325.
132
L’incapacitéde jouissance vise des personnesqui ne peuvent se marier en
raison de leur état ou situation de famille. Ainsi, une personne mariée ne peut
contracter un autre mariage avant la dissolution du premier, voire avant
l’écoulement ou l’expiration d’un certain délai depuis la séparation ou la
dissolution du précédent mariage. De même, des personnes entre lesquelles
existent des liens de parenté ou d’alliance ne peuvent pas se marier.
Le législateur du code de la famille a érigé en infractions les violationsdes
règles de capacité d’exercice et de capacité de jouissance en matière de mariage.
Les incriminations découlant d’une incapacité d’exercice
En rapport avec l’incapacité d’exerciceen matière de mariage, le législateur
considère d’une part l’âge, d’autre part l’état mental de la personne.
Les infractions de défaut de capacité au mariageen raisonde
l’âge
Troisseuilsd’âge sont ici pris en considération :14 ans, 15 ans et 18 ans. A 14
ans non accomplis,c’est l’état d’impubertéde la jeune fille qui est protégé et qui
justifie l’interdiction faite à ses parents, tuteurs ou autres responsablesde la
remettre ne mariage. Il s’agit en fait d’une infraction qui se situe non pas dans les
relations entre époux, mais dans les relations entre parents et enfants. Nous
l’examineronsdonc dans le deuxièmesous-titre consacré à l’étude du droit pénal
de la famille dans les relations entre parents et enfants.
15 ans, c’est l’âge minimumrequispour le mariage d’une fille ; 18 ans pour le
mariaged’un garçon. « L’hommeavant dix-huit ans révolus,la femme avant quinze
ans révolus, prescrit l’article 352 du code de la famille, ne peuvent contracter
mariage. Néanmoins,il est loisibleau tribunal d’accorder des dispenses d’âge pour
des motifs graves. Le tribunal statue à la requête de toute personne justifiant d’un
intérêt » 137. La sanction de l’incapacité du fait de minorité est protée par les
articles 406, 407 et 419 du code de la famille.
Aux termes de l’article 406 du code de la famille, lorsquel’un des épouxou
les deux n’avaient pas l’âge exigé, la nullité du mariage doit être prononcée, à
moinsd’une dispense. Cette sanction civile est renforcée par une sanction pénale
que prescrivent les articles 407 et 419 du code de la famille.
137 Notionsque leForumnational sur les droits et le leadershipde la femme zaïroise, tenu à Kinshasa
du 2 au 6 septembre1996, a dénoncé cette dispositioncommeétant discriminatoireà l’égard de la
femme et contraire à l’esprit autant qu’à la lettre de la conventionsur l’éliminationde toutes
formes de discriminationà l’égard de la femme. Aussia-t-il été proposéla révisionde l’article 352
du code de la famille dans le sens de la majoration de l’âge nubilede la jeune fille passant de 15 à
18 ans. Cfr BOLIENONKWA MUBIALAOdette, Evaluationde l’état d’applicationde la Conventionsur
l’éliminationde toutes les formes de discriminationà l’égard de la femme au Zaïre, Kinshasa,
Unicef, juin 1996, p. 13 ; Rapport final du Forum national sur les droits et le leadership de la
femme zaïroise, Kinshasa, Unicef-PNUD, Ministère de la santé publique et famille, p. 70.
133
L’article 407 punit des sanctions prévues à l’article 395 alinéa premier «
l’officier de l’état civil qui aura célébré le mariage d’un homme âgé de moins de
dix-huit ans ou d’une femme âgée de moins de quinze ans, s’il connaissait ou
devait connaître cette circonstance, sauf s’il y a eu dispense ». Il punit également
des mêmessanctionsl’épouxou l’épouseâgée de moinsde dix-huit ou de moinsde
quinze ans, les personnesqui ont consenti à un tel mariage ainsi que celles qui en
ont été les témoins.
L’article 419 punit des mêmes peines l’officier de l’état civil qui aura, en
connaissance de cause, célébré ou enregistré le mariage d’un mineur sans les
autorisationsrequisesainsi que le conjoint du mineuret les personnesqui auront
été témoins de ce mariage.
La différence entre ces deux dernières dispositionsne semblepas évidente.
Elle existe cependant, même si elle paraît fort subtile. En réalité, la lecture
combinéede ces deux articles fait apparaître deux qualifications distinctes, à
savoir« la célébrationou l’enregistrementdu mariage d’un mineur ». Tandis que,
pris séparément, chacun de ces articles fait ressortir, en ce qui concerne l’article
407, les infractions de « consentement d’un mineur à son mariage » et de
« consentementà un mariagede mineurn’ayant pas atteint l’âge requis » ;et en ce
qui concerne l’article 419, l’infraction de « consentementà un mariage avec un
mineuren l’absenced’autorisation ».Ces différentes qualifications présentent des
éléments propres et des éléments communs.
a) Eléments propres à chacune de ces infractions
1. La célébrationou l’enregistrement
du mariaged’un mineurpar l’officier
de l’état civil
Cette qualification est portée par les articles 407 et 419 qui frappent, tous les
deux, l’officier de l’état civil qui aura célébré ou enregistré, en connaissancede
cause, le mariage d’un mineur, hors le cas d’une dispense ou d’une autorisation.
La dispensed’âge est accordée par le tribunalde paix pourdes motifs graves,
par exempledans l’hypothèsede grossessed’une fille âgée de 12 ans des suites des
œuvresd’un garçon âgé de 16 ans. La dispense n’intervient que « pour des motifs
graves »et à l’égard d’une fille âgée de moinsde quinzeans ou d’un garçon âgé de
moins de 18 ans.
Tandis que l’hypothèse d’autorisation ne se conçoit qu’en cas de minorité
ordinaire fixée à 18 ans non accomplis(article 219 du code de la famille) – par
oppositionà la minoritéspéciale du mariage. Elle ne considèredonc pas le cas du
garçon puisque, à son égard, l’âge de la minorité ordinaire et de la minorité
spéciale coïncide. Elle ne concerne que la jeune fille dont l’âge est comprisentre
15 ans accompliset 18 ans non accomplis.Si la loi reconnaît le droit de consentirau
mariage et de se marier, cela n’exonèrepas de l’autorisation des personnesqui
134
exercent sur elle, conformémentà l’article 221 du code de la famille, l’autorité
parentale ou tutélaire.
2. L’assistance au mariage d’un mineur
L’assistance ou la participation, ne qualité de témoin, au mariage d’un
mineurcontracté hors le cas de dispense ou sans les autorisationsrequisesest une
violationde la loi qui est pénalement sanctionnée aussi bien par l’article 407 que
par l’article 419 du code de la famille.
3. Le consentementd’un mineurà son mariage en l’absencede
dispense
Le garçon ou la fille qui n’ont pas atteint l’âge requis pour contracter un
mariage, c'est-à-dire qui ne sont pas âgés respectivementde 18 ans accompliset
de 15 ans accomplis, et qui consentent à se marier en l’absence de dispense
tombent sous le coup de la prohibitionde l’article 407 alinéa 2 du code de la
famille.
Notonsque la fille âgée de 15 ans accompliset de 18 ans non accomplisqui
consent à se marier en l’absence d’autorisationn’est pas pénalement sanctionnée
ni par l’article 407 sus-visé, ni par l’article 419 alinéa 2 du code de la famille qui,
comme nous le verrons ci-après, punit cependant le conjoint du mineur.
4. Le consentementà un mariage avec un mineur en l’absence
d’autorisation
C’est en effet sous cette qualification que sera poursuivile conjoint du
mineur,peu importequ’il soit majeur ou mineur.Dans cette dernière hypothèse,il
se trouveradans la situation de cumuld’infractions, plus exactement de concours
idéal de qualifications puisques’appliquerontà lui aussi bien l’article 419 alinéa 2
que l’article 407 alinéa 2.
Il apparaît ainsi que l’incriminationde l’article 419 alinéa 2 du code de la
famille laisse en dehors de son champrépressif et donc protège la jeune fille âgée
de 15 ans accomplis mais n’ayant pas encore atteint la majorité de 18 ans
accompliset qui se marie sans les autorisationsrequises. Quant au garçon qui n’a
pas l’âge de 18 ans accomplis,il ne peut ni consentirau mariage, ni être autorisé
par ses parents ou tuteurs à se marier avant cet âge sans encourirle risquede la
sanction pénale. Il n’échappera à la répressionque s’il obtient le bénéfice de la
dispense. Autrement dit, lorsque le mineur, garçon ou fille, âgé de 15 ans
accomplis,est émancipé, conformémentau prescrit de l’article 289 du code de la
famille, par le tribunal de paix sur requête présentée par ses père et mère ou, à
leur défaut, par le tuteur (dans cette dernière hypothèse, le conseil de famille
devant être entendu), il ne tomberapas sous le coup de la loi puisque,en ce qui
concernela fille, cette émancipationvaudra autorisation,et en ce qui concernele
garçon, elle vaudra dispense. A condition toutefois que cette émancipation,
135
accordée par une décision judiciaire, ne soit pas assortie d’une limitation à la
capacité de se marier (article 292 du code de la famille).
Observonsqu’à l’égard du conjoint adulte d’une femme mineureâgée de 15
ans accomplis, son acte est assimilable à un détournement de mineure, plus
exactement au « rapt de séduction » 138 qu’ignore, bien malheureusement,le droit
congolais.En somme,l’article 419 du code de la famille protège à la fois la fille
mineureet l’autorité parentale dans la mesureoù il ne sanctionne ni celle-là, ni
les personnesassumant « le gouvernementde la personne »139 du mineur. Certes,
l’article 419 incrimineégalement, on le sait, les témoins, mais il paraît dif ficile
d’imaginerque les personneassumantl’autorité parentale assistent, horsle cas de
contrainte, à un mariage pourlequel elles n’auraient pas accordé leur autorisation
ou auquel elles n’auraient pas consenti. En réalité, l’article 419 du code de la
famille vient conformerpénalementl’article 357 du mêmecode aux termes duquel
« l’enfant, même émancipé, qui n’a pas atteint l’âge requis pour le mariage, ne
peut contracter mariage sans le consentement de ses père et mère » ou celui de
« son auteur qui doit au préalable recueillir l’avis du conseil de famille ».
5. Le consentementà un mariagede mineursn’ayant pas atteint l’âge
requis, en l’absence de dispense
Aux termes de l’article 407 alinéa 2, sont également puniesles personnesqui
auront consentiau mariaged’un mineuren l’absencede dispense. Il en serait ainsi
des père, mère ou tuteur qui consentiraient à pareil mariage. De même, si le
conjoint majeur ou adulte ne rentre pas dans la catégoriedes épouxou épouseâgé
de moinsde 18 ans ou de moinsde 15 ans », viséset sanctionnéspar l’article 407, il
est rattrapé par la répression au titre de « personnes qui auront consenti au
mariage ».
b) Eléments communs à ces différentes infractions
Toutesces infractions supposentde la part de leurs auteurs la connaissance
de la circonstanceque le mariagecélébré, enregistré, contracté ou réalisé concerne
des personnesdont l’une au moinsest mineure. Rappelons, en ce qu concerne la
connaissance de l’âge du mineur, la jurisprudence dégagée en matière de viol
réputé, selon laquelle « qui conqueexcipede l’ignorancede l’âge de la victime, ne
se disculpe pas s’il n’a pas pris toutes les précautions pour s’en assurer » 140. La
preuvede la minoritépeut être établie au moyend’un titre qui détermine de façon
certaine l’âge du garçon ou de la fille : attestation de naissance, extrait d’acte de
naissance, acte de l’état civil, acte de baptême, etc.
L’agent incriminé doit aussi avoir conscience de l’absence de dispense ou
d’autorisation.
138 VERONMichel, Droit pénal spécial, éd. Masson, Droit Sciences Economiques,Paris, New York,
Barcelone, Milan, Mexico, Rio de Janeiro, 1982, pp. 258 et s.
139 Article 221 du code de la famille.
140 Elis. 24 avril 1945, Rev. Jur., p. 181 ; Kin. 13 mars 1972, R.J.Z. 1973, p. 174, avec note E. LAMY,cités
par LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, op. cit., p. 336.
136
Par ailleurs, quelle que soit l’infraction considérée, la sanction est celle
prévuepar l’article 395 alinéa 1er du code de la famille, c'est-à-dire une peine de
servitude pénale de 7 jours à 2 mois et/ou une amende de « 100 à 300 zaïres ».
Il convient enfin de noter que si le mariage du mineur, en l’absence de
dispense ou d’autorisation,est en outre et obligatoirementsanctionnéau plan civil
par la nullité, il ne peut plus être attaqué « lorsquel’un des épouxou les épouxont
atteint l’âge requisou lorsquela femme, qui n’avait pas cet âge, est enceinte » 141, ou
encore « six moisaprès que le mineura atteint la majorité » 142. La questionse pose
dès lors de savoirsi cette « immunisationcivile »fait également obstacle à l’action
publique, c'est-à-dire à la poursuite pénale. Répondre par l’af firmative, c’est
méconnaître l’autonomiedu droit pénal par rapport au droit civil, laquelle en
l’occurrenceagit en faveur de la poursuitede l’action pénale ; ce serait également
oublierl’indépendance de l’action pénale par rapport à l’action civile. De même,on
ne peut considérerque le délai de 6 moisaprès l’âge de la majorité correspondau
délai de prescriptionde l’action publiqueen matière d’infractions sousexamen. La
prescription reste ici régie par les articles 24 et suivants du code pénal. En
l’occurrence, elle serait acquise après un an.
Il est évident que la circonstance de l’inattaquabilité civile du mariage ne
laissera probablementpas indifférent le juge pénal qui pourra la retenir pour
atténuer la sanction et descendre ainsi, au besoin, en dessousdu minimumlégal,
jusqu’à 1 jour de servitude pénale ou à « 1 zaïre » d’amende. Dans tous les cas, il
lui est loisible de prononcer uniquement soit la peine d’amende, soit la peine
d’emprisonnement.
Le nombre et la subtilité de ces différentes qualifications requièrent une
clarification sous forme de tableau synoptique :
QUALIFICATION ARTICLE MINORITE AUTEURS SANCTION
Célébration ou 407 et 419 Minorité spéciale de la Officier de 7 jours à 2 mois de SP
enregistrement du nubilité : 15 ans accomplisl’état civil 100 à 300 zaïres
mariage d’un mineur pour la femme et 18 ans d’amende ou l’une de
par l’officier de l’état accomplis pour l’homme ces peines (article
civil 395 alinéa 1er du CF)
Consentement d’un 407 Minorité spéciale de la L’époux ou Idem
mineur à son propre nubilité : 15 ans accomplisl’épouse
mariage en l’absence pour la femme et 18 ans mineurs
de dispense accomplis pour l’homme
Consentement à un 419 Minorité ordinaire : 18 Le conjoint Idem
mariage avec un ans non accomplis du mineur
mineur en l’absence
d’autorisation
Consentement à u 407 Minorité spéciale de la Les Idem
141 Article 406 alinéa 2 du code de la famille.
142 Article 418 alinéa 2 du code de la famille.
137
407 Idem
mariage de mineurs nubilité : 15 ans accomplispersonnes
n’ayant pas atteint pour la femme et 18 ans qui ont
l’âge requis accomplis pour l’homme consenti au
mariage
Assistance au mariage 407 et 419 Minorité spéciale de la Les témoins Idem
d’un mineur nubilité : 15 ans accomplis
pour la femme et 18 ans
accomplis pour l’homme
Les infractions de défaut de capacité au mariage à raison de
l’état mental ou physique de la personne
Le défaut de capacité au mariage peut résulter de l’altération durable des
facultés mentales ou corporellesd’un majeur ou d’un mineurémancipédes suites
d’une maladie, d’une infirmité ou d’un affaiblissement dû l’âge. Lorsqu’eneffet
cette altération est susceptibled’empêcherl’expressionde la volonté, il est pourvu
aux intérêts de la personneconcernéepar le régimede protectionde l’interdiction
ou de la curatelle, c'est-à-dire par sa mise sous tutelle ou sa mise sous curatelle.
L’interdictionvise la protection des personnesqui sont dans un état habituel de
démence ou d’imbécillité,même lorsquecet état présente des intervalles lucides ;
la curatelle protège les faibles d’esprit, les prodigues et les personnes dont les
facultés corporellessont altérées par la maladie ou l’âge. L’unet l’autre résultent
d’une décision du tribunal de paix.143
Le régimede curatelle entraîne une incapacité d’exercicelimitée à certains
actes bien précis, déterminés par l’article 313 alinéa 1er du code de la famille. Il
est ainsi défendu à la personne mise sous curatelle de plaider, de transiger,
d’emprunter,de recevoirun capital mobilieret d’en donner décharge, d’aliéner ou
de grever ses biens d’hypothèques, de faire le commerce, sans l’assistance du
curateur. L’acte de mariage n’étant pas repris dans cette liste, la personneplacée
sous curatelle peut valablement contracter mariage.
Il n’en est pas de mêmede l’interdit qui est assimiléau mineursoustutelle. 144
Il « ne peut, dit l’article 356 du code de la famille, contracter mariage tant que
dure son interdiction ». Le mariage d’un interdit est ainsi frappé de nullité ;
celle-ci peut être demandée par l’interdit après la mainlevéede l’interdiction ou
par son tuteur. 145 Cette sanction civile est renforcée par une sanction pénale.
L’article 425 du code de la famille incrimine en effet la célébration ou
l’enregistrementdu mariage d’un interdit et punit des peines prévuesà l’article
395 alinéa 1er l’officier de l’état civil qui officie ledit mariage alors qu’ « il
connaissaitou devait connaître la qualité d’interdit du conjoint ». Sont également
frappés des mêmessanctions le conjoint de l’interdit et les personnesqui auront
été témoinsde ce mariage. Le tuteur pourrade la sorte être poursuiviet sanctionné
au titre de témoin s’il assiste à ce mariage. S’agissant d’une infraction
intentionnelle, il est entendu que l’agent incriminédoit avoir agi en connaissance
143 Articles 29 et suivants 8 du code de la famille.
144 Article 304 alinéa 1er du code de la famille.
145 Article 424 alinéa 1er du code de la famille.
138
de cause. Cet élément intentionnelne fait l’ombred’aucun doute dans le chef du
tuteur.
On notera qu’ici aussi, commedans le cas du mariage du mineur,le mariage
ne peut plus, en vertu de l’article 424 alinéa 2, être attaqué six mois après que
l’interdit a recouvrésa capacité. Cette circonstancene fait cependant pas obstacle
à la poursuite de l’action publiqueau nom de la règle de l’autonomiedu droit
pénal.
La peine encourue est la servitude pénale de 7 jours à 2 mois et/ou une
amende de « 100 à 300 zaïres ».
Les incriminations découlant de l’incapacité de jouissance
Les cas d’incapacité de jouissance en matière de mariage apparaissent
plutôt commedes cas d’incompatibilitéde contracter un mariage, soit parce que la
personneest déjà et encore mariée, soit parce qu’un délai d’attente lui est exigé
avant de s’engager dans un nouveau mariage, soit enfin parce que les liens de
parenté ou d’alliance l’interdisent.
Infractions découlant d’une incompatibilité tenant à l’état de marié
Une personnedéjà et encore mariée ne peut contracter un nouveaumariage
sans se rendre coupable soit de bigamie, soit de polyandrie. Ces incriminations
participent ainsi à la protectioncontre la pluralité d’unionsconjugales et réalisent
la préventioncontre les atteintes à la foi conjugale ou au devoirde fidélité. Elles
renvoientau terme génériquede « polygamie »146 qui s’appliqueà la fois à l’homme
qui a plusieurs épouses – usage dénommé « polygynie »- et à la femme qui a
plusieurs maris – pratique appelée « polyandrie ».
La bigamie
La bigamiequi est définie commele fait pour une personnede contracter un
autre mariage alors qu’elle est déjà engagée dans les liens d’un premiermariage
non encore dissousa été introduite en droit congolais,en tant qu’infraction, par le
décret du 25 juin 1948. Deux ans après, plus exactement le 4 avril 1950, le
législateur prit un autre décret prohibant formellement les pratiques
polygamiques.L’article1er de ce décret disposaitque « à partir du 1er janvier 1951,
nul ne pourra contracter un nouveau mariage coutumier avant la dissolution ou
l’annulation du ou des mariages antérieurs ». Le nouveau code de la famille
réaf firme ce principe. En effet, aux termes de l’article 408 du code de la famille,
« quiconque,étant engagé dans les liens d’un mariage enregistré ou célébré devant
l’officier de l’état civil en aura fait enregistrer ou célébrer un autre avant la
dissolutionou l’annulation du précédent, sera puni du chef de bigamied’une peine
de servitude pénale de un à trois moiset d’une amende de 100 à 300 zaïres ou de
l’une de ces peines seulement ».
146 BAYONA-BA-MEYA,
139
La bigamieapparaît commela sanction pénale de l’interdictioncivileportée
par l’article 354 du code de la famille qui disposeque « nul ne peut contracter un
nouveau mariage avant la dissolution ou l’annulation du précédent ». Elle se
consommeainsi par la célébrationou l’enregistrementd’un second mariage avant
la dissolution ou l’annulation du précédent. Elle suppose donc l’existence d’un
premier et d’un second mariage. Autrement dit, pour que l’infraction se réalise
matériellement,il faut que la personnepoursuiviesoit déjà engagée dans les liens
d’un premier mariage. Peu importe que celui-ci soit un mariage-constatation ou
mariage célébrationou qu’il ait été contracté à l’intérieurdu pays ou à l’étranger ;
pourvu qu’il soit prouvé, valide et non encore dissous ou annulé.
Il y a ici à l’évidenceune faille dangereuseque la loi sembleentretenir. Dans
la mesure en effet où la bigamie n’est consomméeque par l’enregistrementdu
second mariage, un hommemarié qui prendrait une seconde femme en versant la
dot prescritepar la coutumesans cependant faire enregistrercette dernière union
échapperaità la répression.Cette situationest de nature à favoriserle phénomène
de « deuxièmebureau »qui réalise pratiquementun fait de bigamiedevant lequel
le droit pénal dans la formulation actuelle de l’article 408 reste impuissante.Or
cette situation de fait peut se consoliderdans le temps et créer, notammentà la
faveur de la preuvepar possessiond’état ou par l’acte de notoriété des avantages
préjudiciables à l’épouse légitime.
Il s’ensuit une impasse et une contrariété législative dans lesquelles cette
union bigamiquede fait ne peut ni être juridiquement établie ni être poursuivie
sous son rapport adultérin parce que, aux yeux de la famille, il y a eu dot et que
celle-ci enlève aux relations entre l’homme et la seconde femme le caractère
d’illégitimité. Sans compter que la plainte de l’épouse légitime pour l’adultère de
son mari aurait peu de chance d’aboutir au motif que ses rapports n’ont pas eu un
caractère injurieux.
Mais la questionque l’on devrait se poser à proposde ce caractère injurieux
est de savoirsi celui-ci doit être apprécié par rapport à la famille (du mari ou de
la femme) ou plutôt par rapport à la victimec'est-à-dire de l’épousetrahie. Et si
l’on voit les chosesdu côté de la victimeon ne peut pas dire qu’il n’y a pas injure là
où il y a eu trahison notoire au vu et au su de tous et à l’insu de l’épouse. Faut-il
rappeler à l’intention de ceux qui justifient cette incartade juridique par une
sorte d’analogie aux coutumesque dans les coutumesqu’ils évoquentla deuxième
femme n’était pas prise en mariage à l’insu de la première mais avec son
autorisationet sa bénédictionet que toute pratique contraire apparaissait comme
injurieuse. Il est regrettable qu’en cette matière l’autonomiedu droit pénal – qui
aurait pu aider à sortir de l’impasse – paraisse inopérante du fait de la
subsidiaritédu droit répressif (droit pénal secondaire) para rapport au droit de la
famille. 147
Voir supra les développementssur l’ordre juridique familial et l’ordre public(cf. la nature de la
147
famille).
140
a) Le premier mariage
La preuvede l’existencedu premiermariagedoit être faite par la production
de l’acte de mariage ou du livret de ménage dressé ou établi lors de son
enregistrementou de sa célébration.148 L’acte de mariage ou l’acte qui en tient lieu
produit effet à l’égard de tous. 149 A défaut de l’acte de l’état civil, le mariageest
prouvépar la possessiond’état d’époux : « deux personnes ont la possessiond’état
d’époux,dit l’article 438 du code de la famille, lorsqu’elles se considèrent et se
traitent mutuellement commeépoux, et qu’elles sont considérées et traitées comme
tels par leur famille et la société. La possessiond’état d’époux est prouvée en
présentant plus d’un témoin, parents ou non des intéressés. Elle peut être
contestée de la même manière. »
A défaut de possession d’état ou si la possession d’état est contestée,
l’existencedu mariageest établie par un acte dit « de notoriété »,lequel est soumis
aux règles relatives à l’état civil.
150
La preuve peut également résulter d’une décision répressive.
151
Cependant, il ne suffit pas d’apporter la preuvedu premiermariage, il faut
encore que ce dernier soit valide. Aussi, ne peut être poursuivil’épouxqui n’est pas
valablement marié. Si le mariage est entaché d’un vice entraînant la nullité
absolue ou relative, l’infraction n’existe pas. La nullité du premier mariage peut
donc être invoquéepar le conjoint poursuivipour échapper à la répression.Notons
que la questionde la nullité du mariage est préjudicielle au jugement et non à
l’action. Elle doit être soulevéeavant l’examen du fond de l’affaire. Dès lors, la
juridiction répressivedoit surseoiraux débats jusqu’à ce qu’elle ait été résoluepar
le tribunal siégeant en matière civile.
Naturellement,l’infraction de bigamien’existe pas si le premiermariage est
148 Article 436 du code de la famille.
149 Article 434 du code de la famille.
150 Article 439, 153 et suivants du code de la famille. A défaut d’acte de l’état civil constatant le
mariage, sur base des dispositionslégales ou réglementaires antérieures au code de la famille,
toute personneintéressée peut demander à l’officier de l’état civil du lieu du mariage d’établir un
acte de notoriété le suppléant. Cet acte contient la déclaration de celui qui le réclame, attesté par
deux témoinsparents ou non du requérant, qui donnent les précisionsexigéespar la loi, à savoirle
nom et la résidence des conjoints, si possibleleur date de naissance, les noms et résidences des
pères et mèresdes conjoints, des témoinsayant assisté au mariage et au règlementde la dot ainsi
que des causes qui empêchèrent de rapporter l’acte de mariage et toutes les précisions
éventuellementdemandées par l’officier de l’état civil. Lorsquele mariage est postérieurà la loi
portant code de la famille et que l’on se trouvedans l’impossibilitéde se procurerl’acte de l’état
civil, l’acte de notoriété est délivré, sur requête motivéede la personneintéressée, par le président
du Tribunalde Grande Instance du ressort de l’état civil où l’acte aurait dû être dressé. L’acte de
notoriété n’estime pas la procédure par voie de jugement supplétif nécessaire, il reçoit la
déclaration du requérant corroboréepar celle de deux témoins,parents ou non du requérant, dans
les mêmes conditions et en fournissant les mêmes renseignements que ceux indiqués ci-avant.
151 Article 440 du code de la famille.
141
déjà dissousou annulé 152. Il n’y a évidemmentpas de problèmeen cas de décès du
conjoint, la mort mettant fin à l’union conjugale, ou en cas de divorce, sauf à
préciser que celui-ci doit être effectif avant la célébrationdu second mariage. Il
en est de même de la décision d’annulation. Mais la dif ficulté surgit en cas
d’absence qui place l’officier du ministèrepublicdans l’impossibilitéde rapporter
la preuvede la non dissolutiondu mariage. Et cette dif ficulté cependant disparaît
s’il existe un jugement déclarant le décès de l’absent. La loi établit une
présomption irréfragable de la destruction irrémédiable de l’union conjugale.
b) Le second mariage
L’infractionde bigamiese réalise véritablementpar la célébrationdu second
mariage. Celui-ci, à l’instar du premier mariage, doit être valable ou valide sous
réserve bien évidemment du vice de bigamie dont il est naturellement atteint.
Considérantle second mariagecommel’élément proprementconstitutif de la
bigamie,on estime que le juge répressif est compétent pour statuer sur toutes les
questionsse rapportant à l’existence et à la validité de ce mariage. Il n’y a donc
pas de question préjudicielle.
Notonsque, s’agissant du mariage-constatation, la bigamiese consommepar
l’enregistrement du mariage devant l’of
ficier de l’état civil.
c) L’intention
coupable
L’intentioncoupableest requise. Pour rentrer dans les termes de l’infraction
de bigamie, l’agent doit avoir agi sciemment, c'est-à-dire en connaissance de
cause, sachant qu’il était toujours engagé dans les liens du premiermariage. Ainsi
n’est pas punissablel’époux qui, de bonne foi, s’est cru libre au moment où il a
contracté le second mariage, soit qu’il ait considéré que le premiermariage a été
dissout par le divorce ou qu’il est nul.
d) Régimerépressifet procédure
La loi ne frappe pas seulementle bigamemais aussi l’officier de l’état civilqui
célèbre ou enregistrepareille unionen connaissancede cause. Le premierest puni,
sur base de l’article 408 du code de la famille, d’une peine de servitudepénale de
1 à 3 mois et/ou d’une amende de « 100 à 300 zaïres ». Tandis que le second
encourt, sur pied de l’article 409, les sanctionsprévuesà l’article 395 alinéa 1er qui
prévoit 7 jours à 2 mois de servitude pénale et/ou une amende de « 100 à 300
zaïres ».
S’agissant d’une infraction continue, l’action publique et l’action civile
peuvent être intentées pendant toute la durée où subsiste l’état de bigamie. On
152 Cependant, commettraitl’infraction de bigamie,celui qui se remarierait après dissolutionde son
premiermariage par les autorités coutumièresou familiales. Pareille dissolutionest aux termes de
l’art. 547 du code de la famille sans effet.
142
estime que cette solutionest la plus conforme à la morale et qu’il est inadmissible
qu’une personne coupable de bigamie puisse impunément se maintenir dans
l’irrégularité sous le prétexte que cette irrégularité dure depuis un certain temps.
L’actionpubliqueet l’action civiles’éteignent par la dissolutiondu premierou
du second mariage ou par la validation du second. Le législateur estime en effet
que le scandale ayant pris fin par la dissolutiondu premierou du second mariage
ou par la validation du second mariage, la poursuite ne s’impose plus.
Enfin, les poursuites pour bigamie ne sont pas possibles à l’égard des
mariages polygyniquesconclu selon la coutume avant le 1er janvier 1951, ces
mariages étant en effet déclarés valides par l’article 925 du code de la famille.
La polyandrie
La polyandrie est un état d’une femme qui est engagée simultanémentou
successivementdans plusieursunionsconjugales. C’est ce que l’on appelle l’usage
commun d’une épouse.
Cette « forme abusived’union conjugale qui comprometirrémédiablementla
natalité et la paternité ou la filiation biologique »153 a été introduite dans la
législationpénale congolaiseet répriméepar l’ordonnancelégislative n° 37/AIMO
du 31 janvier 1947. « Bien que n’excluant pas la possibilité d’appliquer des
sanctionsà la femme » 154, ce texte visait à protéger essentiellementcelle-ci contre
les agissementsde ceux qui ont coutumièrementlégalement le droit de garde sur
elle en réprimanttoutes les formes et manifestationspolyandriques.De telle sorte
que la polyandrie apparaît comme une infraction limitant la capacité pour les
personnesqui exercent un droit de garde sur une fille ou une femme de la donner
en mariage à plusieurs personnes. A leur égard, elle affecte leur capacité
d’exercice. Mais, il s’agit d’une capacité d’exercicequi se trouvelimitée du fait des
limites imposéesà la capacité de jouissance de la femme déjà et encore sous
engagement conjugal.
Le législateur du code de la famille, tout en abrogeant en son article 919 le
texte de 1947, s’en inspire largement et consacre les articles 410 à 414 à la
répressionde la polyandrie. Il résulte de l’économiede ces dispositionsque la
polyandrie se réalise par la célébration simultanée ou successive de plusieurs
unions conjugales entraînant l’obligationde l’usage commund’une femme. Elle
suppose donc la pluralité d’unions conjugales, des faits matériels caractérisant
cette entreprise et l’intention coupable. Elle connaît un régime répressif
particulier.
153 LIKULIA
BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, op. cit., p. 272.
Exposédes motifs de l’ordonnancelégislative n° 37/AIMO du 31 janvier 1947, cité par LIKULIA
154
BOLONGO, ibid.
143
a) Pluralité d’unions conjugales
La polyandriene peut être pénalementqualifiée que si la femme est engagée
dans les liens de plusieursunionsconjugales. Cette forme abusivede l’usage d’une
femme se distingue de la prostitutionou du concubinage.En effet, alors que la
prostitutionest un véritable commercede la chair et est rémunéréecommetel, la
polyandrie est un état dans lequel est soumiseune femme. Le concubinages’en
distingue aussi parce qu’il est considéré commeune union de fait regroupant un
homme et une femme, tandis que la polyandrie suppose la cohabitation ou la
consommation simultanée ou successive de plusieurs unions par une femme.
b) Différents faits matériels réprimés
Les articles 410 à 414 du code de la famille répriment la polyandrie sous
toues ses formes et dans toutes ses manifestations. Ils visent d’abord les faits que
peuvent commettre les personnes ayant un droit de garde sur une fille ou une
femme, ensuite les faits de toute personne, enfin l’accomplissementde toute
cérémonie coutumière en vue de ces unions.
Les actes incriminésdans le chef de ceux qui ont le droit de garde sur la
femme ou la fille consistenten tous faits et gestes tendant à placer celle-ci sousle
régime de la polyandrie, notamment :
- le fait de la remettre en mariage ou en vue du mariage dans tous les cas
où, en vertu de la coutume,ce mariageentraîne l’obligationde cohabiter
avec plusieurs hommes simultanément ;
- la conclusion ou la promesse de toute convention relative au même objet ;
- le fait de réclamerou de recevoirtoute sommeou valeurà titre d’avance
ou de paiement de dot dans les mêmes conditions.
Ces différents faits doivent être mis à charge de personnesqui ont, en vertu
de la loi ou de la coutume,le droit de garde sur une fille ou sur une femme. 155 Il en
est ainsi des parents, des chefs de famille ou de tous ceux dont l’interventionau
mariage est requisechaque fois qu’il s’agira d’une femme déjà mariée que de gré
ou de force l’on tente de soumettre à la polyandrie.
L’article411 du code de la famille punit toute personne, en dehors de celles
visées ci-dessus – par exemple le chef coutumier,le chef de village, le chef de
clan, etc. – qui, faisant usage des droits qu’elle détiendrait en vertu de la
coutume, pose des actes de polyandrie, à savoir le fait de :
- conclure toute convention tendant à assurer à plusieurs personnes
l’usage commun d’une épouse ;
- réunir dans cette prétention toutes sommeset valeurs, d’en faire remise
ou offre à la personnequi a le droit de garde sur la fille ou la femme
convoitée ;
- faire usage de tout droit que lui conférerait sur une fille ou sur une
femme une coutume ou une convention contraire au code de la famille.
155 Article 410 du code de la famille.
144
L’article 141 du cde de la famille interdit l’accomplissementde toute
cérémoniecoutumièreen vue de la polyandrie, c'est-à-dire toute manifestation
coutumière de nature à placer une fille ou une femme sous le régime de la
polyandrie ou à en faire naître la convictionchez l’intéressée. Le législateur a
vouluainsi marquerle caractère absolude la prohibitionde la polyandriede façon
à éviter tout malentendu à ce sujet. Il est bien évident que seuls ceux qui ont
organisésemblablecérémonieou y ont volontairementjoué un rôle actif sont visés
par cette disposition légale, à l’exclusion des simples assistants.
c) Intention coupable
Pour que la polyandrie soit pénalement qualifiée, l’intention coupable est
requise.Maiselle n’est pas punissablesi la prévenues’est cru libre dans le cas de la
femme ou si le prévenua cru, de bonnefoi, que la premièreunionétait dissouteou
nulle.
d) Régime répressif
L’auteurde l’une des infractions prévuespar les articles 410 à 412 du code
de la famille encourt 2 mois de servitude pénale au maximumet amende qui
n’excéderapas « 1.000 zaïres » ou l’une de ces peines seulement. Ces peines seront
doublées si l’infraction a été commise à l’aide de violences, ruses ou menaces.
156
Le nouveaucode de la famille établit, dans son article 414, la responsabilité
pénale du fait d’autrui en décidant que les chefs de localité et de collectivitésont
solidairementresponsablesdu paiement des amendes, des frais et des dommages
et intérêts résultant des condamnationsprononcées, s’il est établi qu’ils ont eu
connaissance de l’infraction et ne l’ont pas dénoncée. C’est pour des raisons
d’ef ficacité sur le plan de la préventionque le législateur a été amené à édicter
cette disposition. En effet, « le succès de cette législation risquerait d’être
compromissi ces autorités n’apportaient pas leur concours à son application,
expliquel’exposédes motifs du code. En imposantaux chefs de localité l’obligation
de dénoncer les infractions dont ils ont connaissance,on arriverale plus souventà
prévenir celles-ci, compte tenu du lien de subordinationexistant entre le chef,
généralementpatriarche, et sa famille étendue, composantla localité sur laquelle
il exerce ses attributions coutumières ».
Le tribunal pourra également, conformément à l’article 14 du code de
procédure pénale, prononcerla confiscation des sommeset valeurs illégalement
réunies ou payées. De même, des dommageset intérêts pourrontêtre alloués à la
victime.
La célébration du mariage d’une femme avant l’expiration du délai
d’attente
156 Article 413 du code de la famille.
145
L’article 417 du code de la famille incrimine la célébration ou
l’enregistrementdu mariage d’une femme avant l’expirationdu délai d’attente.
« Sera puni des sanctions prévues à l’article 395 alinéa 2, prescrit-il, l’officier de
l’état civil qui aura célébré ou enregistré le mariage d’une femme avant
l’expiration du délai d’attente. Seront punis des mêmes sanctions, les époux et les
personnes qui auront consenti au mariage… ».
De l’analyse de cette disposition, il se dégage que cette incrimination
sanctionne l’officier de l’état civil qui viole, en connaissance de cause, le délai
d’attente imposé à une femme.
Matériellement, cette infraction se consommepar un double élément : la
célébration ou l’enregistrement du mariage et la violation du délai d’attente.
Par célébration, il faut entendre l’accomplissementde toutes les formalités
légales prévues pour l’administration de l’union conjugale, c'est-à-dire le
mariage-célébration.L’acted’enregistrements’entend de toute opérationtendant
à recevoiret à rendre solennelle mariageconcluen famille, de façon à ce qu’il soit
opposable à tous.
Quant au délai d’attente, il se définit comme le laps de temps que doit
obligatoirementobserverune personne avant de poser un acte ou d’intenter une
action susceptible de modi
fier son état civil.
En rapport avec le mariage, le respect du délai d’attente est imposéen cas
de dissolutionou d’annulation du mariage et dans le cas d’absence. L’article 355
du code de la famille n’autorise en effet le remariage de la femme qu’après
l’expirationd’un délai de 300 jours à compterde la dissolutionou de l’annulation
du précédent mariage. Ce délai prend fin en cas d’accouchement. En outre, le
président du tribunal de paix dans le ressort duquel le mariage doit être célébré,
peut, par ordonnance rendue sur requête de la femme, fixer un délai moindre,
lorsquecelle-ci prouveque son ancien mari s’est trouvéde manière continuedans
l’impossibilitéde cohabiteravec elle. Il peut supprimerce délai si cette impossibilité
de cohabitera duré au moins100 jours ou si la femme fait établir médicalement
qu’elle n’est pas enceinte.
Concernantla dissolutionet l’annulation du mariage, en interdisant toute
union pendant ce délai, la loi vise principalement la protection de l’enfant
susceptibled’avoirune paternité douteuseet contestable. Du reste, l’article 602 du
code de la famille prescrit que « nonobstant toute convention contraire, l’enfant
né pendant le mariage ou dans les 300 jours après la dissolutiondu mariage a pour
père le mari de sa mère ».
En ce qui concernel’absence, l’obstacleimposépar la loi tend à empêcherla
célébration d’un nouveaumariage qui produirait ses effets alors que le premier
mariage est encore valable. Ensuite, la réapparitionde l’absent avant l’expiration
du délai légal peut troublerl’ordre des familles car l’épousepeut alors se trouver
146
engagée dans deux unions. L’objectif ici n’est donc pas seulement de protéger la
paternité, mais aussi de prévenir la bigamie.
L’absenceest, aux termes de l’article 173 du code de la famille, « la situation
d’une personne disparue de son domicile ou de sa résidence sans donner de ses
nouvelles et sans avoir constitué un mandataire général ». Cette personne est
réputée vivanteun an à partir des dernières nouvellespositivesque l’on a eues de
son existence s’il n’a pas constitué de mandataire général ; et trois ans, s’il ne a
constituéun 157. Toutefois,la présomptionde mort n’intervientque cinq ans 158 après la
fin de la présomptionde vie, si l’on n’a reçu aucune nouvellede l’existence de la
personneabsente ; ce qui porte à six ou huit ans, selon qu’un mandataire avait été
constitué ou non, le délai pour demander un jugement déclaratif de décès. C’est
alors que, à la requête des parties intéresséesou du ministèrepublic,le Tribunalde
Grande Instance du dernier domicile ou de la dernière résidence de l’absent
déclare le décès.
Le conjoint de l’absent – époux ou épouse – ne peut, au regard des
dispositionsdes articles 196 et 197 du code de la famille, contracter une nouvelle
union qu’après ce jugement déclaratif de décès.
La loi incrimine limitativement :
- l’officier de l’état civil qui célèbre ou enregistre un mariage alors que la
femme se trouve dans le délai d’attente ;
- les épouxou les futurs conjoints qui se présentent pour la célébrationou
l’enregistrement de cette union ;
- les personnes ayant consenti à ce mariage, à savoir les membres de
famille qui célèbrent le mariage-constatation. Mais la loi ne vise pas les
témoins, c'est-à-dire les personnes qui assistent à la consommationde
cette incrimination.
Toutefois, l’officier de l’état civil, les époux ou futurs conjoints et les
personnesayant consentià ce mariage ne seront poursuiviset condamnésque s’ils
avaient consciencede conclure cette union en sachant que la femme se trouvait
encore dans la période du délai d’attente. La sanction encourueest celle prévue
par l’article 395 alinéa 2 du code de la famille, à savoir « 50 à 200 zaïres »
d’amende. La servitude pénale est ici exclue. Naturellement, au plan civil, la loi
frappe cette unionde nullité en précisant que celle-ci ne peut être prononcéepour
le seul motif que le délai d’attente n’aura pas été respecté.
La célébration ou l’enregistrement d’un mariage incestueux
Aux termes de l’article 416 du code de la famille, sera puni des sanctions
157 Sousl’empirede l’ancienne législation(article 62 du code civillivre 1er sur les personnes), abrogée
par la loi n° 87/010 du 1er août 1987 portant code de la famille, les délais étaient fixés
respectivementà 2 et 5 ans. Le législateur du code de la famille a revu ces délais comptetenu de
l’amélioration – tout au moins supposée – des voies et moyens de communication.
158 Sept ans d’après l’ancienne réglementation (article 65 du code civil des personnes).
147
prévuesà l’article 395 alinéa 1er du même code, « l’officier de l’état civil qui aura
célébré ou enregistré un mariage entre deux personnes au mépris d’un
empêchement tenant à la parenté ou à l’alliance, s’il connaissait ou devait
connaître cette circonstance ». Il en est de même des « personnes qui auront
consenti au mariage et celles qui en auront été les témoins, s’ils connaissaient ou
devaient connaître l’existence d’un lien de parenté ou d’alliance ».
L’analyse de cette disposition permet de constater que :
- Premièrement,la loi protège et renforce les liens consanguins,utérins et
d’alliance en frappant de sanctions pénales toute union conjugale célébrée ou
enregistrée entre deux personnes ayant soit un lien de parenté, soit un lien
d’alliance. 159 La parenté résulte de la filiation d’origine, de la filiation adoptive et
de la parenté juridique 160. La loi protège les parents en ligne directe formés des
personnes qui descendent les unes des autres ; les parents en ligne collatérale
formés des personnesqui descendent d’un auteur commun ;les parents en ligne
patrilinéaire, constitués des personnes qui descendent un ancêtre commun ;les
parents en ligne matrilinéaire, constitués par tous ceux qui descendent d’une
aïeule commune.161 Par ailleurs, l’alliance qui naît du mariage prohibetoute union
conjugale entre un épouxet les ascendants ou les descendants de l’autre épouxet
même les alliés collatéraux du conjoint jusqu’au quatrième degré. Ainsi est
interdite toute union entre un père et sa fille, entre une mère et son fils, entre
sœur et frère, entre un beau-frère et une belle-sœur, un beau- fils et une
belle-mère, une bru et son beau-père. L’interdictionfrappe également toute union
conjugale entre l’adopté et son conjoint et ses descendants d’une part et leurs
parents ou alliés originels ou adoptifs d’autre part.
- Deuxièmement,la loi sanctionne l’officier de l’état civil qui célèbre ou
enregistre un mariage entre deux personnesau méprisd’un empêchementtenant
à la parenté ou à l’alliance. Elle exigeque l’agent ait agi en connaissancede cause,
en sachant que l’union célébrée ou enregistrée est incestueuse.
- Troisièmement,la loi sanctionne également sur le plan pénal, les époux
eux-mêmes, les personnesqui auront consenti au mariage incestueuxet celles qui
auront été témoins dudit mariage. Elle exige pour eux la connaissance de la
circonstance qui rend l’acte délictueux. Il importe de noter que ce n’est pas à
proprement parler l’inceste qui est incriminé, mais le mariage incestueux.
- Quatrièmement, dans les deux cas, les auteurs sont punis des mêmes
peines, à savoir7 jours à 2 mois,une amende de « 100 à 300 zaïres », ou une de ces
peines seulement.
159 Article 353 du code de la famille : « En ligne directe, le mariage est prohibé entre tous les
ascendants et descendants. En ligne collatérale, le mariage est prohibé entre frères et sœurs
germains,consanguinset utérins. Il est également entre alliés ou d’autres parents collatérauxpour
autant qu’il soit formellement interdit par la coutume.En cas d’adoption, le mariage est prohibé
entre l’adoptant et l’adopté ».
160 Article 695 du code de la famille.
161 Article 696 du code de la famille.
148
- Enfin, sur le plan civil, l’action peut être exercéepar les épouxeux-mêmes,
par toute personne qui y a intérêt et par le ministère public, du vivant des époux.
162
§4. – L’incrimination
des conditionsde fond du mariagetenant au sexeet à
la dot
Le mariage suppose,toujours au plan de ses conditionsde fond, deux autres
éléments essentiels tenant au sexe des personnes concernées et à la dot.
A. La prohibition du mariage homosexuel
Le mariage, au sens du code de la famille 163, ne peut engager qu’unhommeet
une femme, c'est-à-dire deux personnes de sexe opposé. Aucune convention
conclue en considérationd’une union distincte du mariage ainsi comprisne peut
produire les effets du mariage. De même, est nulle toute stipulation visant à
écarter l’une des fins essentielles du mariage, à savoir le partage de la
communautéde destinée entre un hommeet une femme jusqu’au décès de l’un
d’entr’eux et la perpétuation de l’espèce, c'est-à-dire la procréation.
Il ensuit que l’union homosexuellene peut recevoirle statut de mariage et
que la célébration ou l’enregistrementde pareille union est prohibéà peine de
nullité.
Cette prohibitionn’est cependant pas spécialementqualifiée au plan pénal.
Autrementdit, il n’y a pas de qualification pénale qui vise particulièrementle fait
d’officier à un tel mariage. Le fait n’en constitue pas moins une infraction qui
rentre dans le cadre répressif supplétif défini par l’article 395 alinéa 2 du code de
la famille, lequel punit d’une amende de « 50 à 200 zaïres » l’officier de l’état civil
qui aura commistoute autre contraventionaux dispositionsrelatives aux conditions
du mariage. Les personnesqui s’engagent dans cette unionou qui consentent ou y
assistent comme témoins ne sont pas concernées par cette sanction. A leur
encontre, on pourrait à la limite retenir l’infraction d’outrage publicà la pudeur
prévuepar l’article 176 du code pénal qui incrimine« quiconqueaura publiquement
outragé les mœurs par des actions qui blessent la pudeur. »
B. Le versementet l’acceptationde la dot dont la valeur dépasse le
maximum légal
a) Considérations générales
Le futur épouxet sa famille doivent conveniravec les parents de la future
épouse d’une remise de biens ou d’argent qui constituent la dot au profit des
parents de la fiancée. Cette dot peut être symbolique,nonobstanttoute coutume
contraire164. Le mariagene peut être célébréque si la dot a été effectivement versée
162 Article 415 du code de la famille.
163 Articles 330 et 349 du code de la famille.
164 Article 361 alinéa 3 du code de la famille.
149
au moinsen partie 165. La dot ne peut être majorée ou réévaluéeen coursde mariage
ou lors de sa dissolution. Toute coutume contraire est de nul effet
166.
L’article 426 du code de la famille déclare nul le mariage contracté sans
conventionrelative à la dot. Le versementet l’acceptation de la dot constituent la
preuve nécessaire et suffisante du consentementau mariage des parents et des
membresdes familles des fiancés. A défaut, il y a absence de consentementdes
parents. 167
Sans préjudice des dispositionsrelatives au mariage non consenti, le défaut
de dot n’est pas assorti d’une sanction pénale spécifique. Autrement dit, il n’y a
pas de qualification pénale qui viseparticulièrementle fait d’officier à un mariage
contracté sans conventionrelative à la dot. Le fait de célébrerou d’enregistrerun
mariage conclusans dot pourranéanmoinsfaire l’objet des poursuitessur pied de
l’article 395 alinéa 2 du code de la famille qui offre, commenous l’avonsdéjà vu,
le cadre répressif supplétif de toute contraventionaux dispositionsrelatives aux
conditions du mariage, non sanctionnée par des textes particuliers.
Le recours à la sanction pénale n’apparaît ici qu’en cas de dot abusiveou
exagérée, versée ou acceptée en violationde l’article 363 du code de la famille qui
prescrit que « la dot ne peut dépasser la valeur maximalefixée par ordonnance du
(…) Président de la République prise sur proposition des assemblées régionales . »
Force est donc de constater que le législateur a consacré une conception
coutumière solidement ancrée et largement répandue dans nos traditions qui
subordonnentla consommationde toute unionconjugale à la perceptiond’une dot.
Conscient cependant du danger que font courir à cette noble institution des
parents cupides qui la transforment en opérationcommerciale168 ou en assurance,
ou encore en sécurité sociale, le législateur a été amené à édicter que le montant
de la dot ne peut dépasser une valeurmaximale,fixée pourchaqueprovincepar un
acte réglementaire du Président de la République, pris sur propositionsdes
assembléesprovinciales.Ceci en vue de tenir comptedes diversitésrégionaleset de
ne pas heurter inutilement certaines habitudes.
C’est ainsi que sont sanctionnées les personnes qui contreviennentà cette
disposition, soit qu’elles sollicitent, soit qu’elles acceptent ou agréent ces
sollicitations.L’incriminationy afférente, portée par l’article 427 du code de la
famille, revêt plusieurs formes.
En effet, aux termes de cette disposition, « sera puni d’une peine de
servitude pénale de sept jours à un moiset d’une amende double de la valeur des
165 Article361 alinéa 2 du code de la famille.
166 Article364 du code de la famille.
167 Exposé des motifs du code de la famille.
168 L’infractionde l’article 427 du code de la famille que l’on peut qualifier de « transformation de la
dot en opération commerciale »apparaît commeune infraction de mise ne danger en ce qu’elle
met la femme à l’abri du danger de sa réduction, du fait de la dot, en objet de commerce,ce qui
serait assurément l’antichambre de l’esclavage.
150
promesses agréées ou des choses reçues ou demandées au-delà du maximum
légalement admis, sans que ladite amende puisse être inférieure à 100 zaïres ou
de l’une de ces peines seulement, quiconque a, en violation des dispositionsdes
articles 361 et suivants soit directement soit par personne interposée, que le
mariage ait lieu ou non, sollicité ou agréé des offres ou promessesde dot, sollicité
ou reçu une dot dépassant la valeur maximale fixée par (décret) du (…) Président
de la République.
Ces peines sont portées au double, si l’auteur de l’infraction est la personne
ou l’une des personnes qui doivent consentir au mariage du conjoint mineur.
Sera puni des peines prévues à l’alinéa premier, quiconquea, dans les mêmes
circonstances, usé d’offres ou de promesses de dot ou cédé à des sollicitations
tendant au versement d’une dot en violationde l’article 361, alinéa 3, s’il est établi
qu’il a agi en pleine liberté et sans crainte d’être éconduit par la famille de son
épouse ou de sa future épouse.
Sera puni des peines prévuesà l’alinéa premier, quiconque,agissant comme
intermédiaire, a participé à la commissiondes infractions prévues au présent
article ».
L’examende cette dispositionnous conduit à relever les diverses formes de
cette incrimination,les circonstancesde sa perpétration, l’élément intellectuel de
l’infraction et ses pénalités.
b) Les diverses formes de l’incrimination de l’article 427
La loi réprime non seulement la sollicitation ou l’acceptation d’une dot
illégale ; mais aussi l’offre, la perception et même le fait d’avoir consenti à ce
mariage lorsque l’un des époux est mineur.
1. La sollicitation ou l’acceptation
Quiconquea sollicitéou agréé des offres ou promessesd’une dot illégale sera
poursuivi.Il en est de même de celui qui recevra ladite dot. Tombeainsi sous le
coup de la loi, quiconque,membrede famille ou non, exige, accepte ou perçoit une
dot illégale.
2. La sollicitationet l’acceptationde la dot lorsquel’un des
conjoints est mineur
La loi punit spécialement l’auteur de l’infraction dans le chef de celui qui
doit consentir au mariage du conjoint mineur.
3. L’offre et l’acceptation de promesse de dot illégale
La troisièmeforme de cette incriminationvise l’épouxou le futur époux.Elle
est constituéepar le fait d’avoirusé d’offres ou de promessesde dot interdite et le
151
fait d’avoir cédé à des sollicitationstendant au versementd’une dot incriminée.
Pour que l’infraction soit coupablementétablie, la loi exige que l’agent ait agi en
pleine liberté et sans crainte d’être éconduit par la famille de son épouseou de sa
future épouse.A défaut de cette liberté d’action, l’infraction n’existepas. Ainsine
commetpas cette infraction celui qui verse cette dot avec crainte d’être éconduit
par la famille.
4. La participation de l’intermédiaire
Tombesous le coup de la loi, le fait pour une personne, agissant comme
intermédiaire,de participer au versementou à la perceptiond’une dot dépassant
les limites permises.
c) Les circonstancesde la perpétrationde l’infraction et
l’élément intellectuel
L’infractionest consomméedès que la dot sollicitée,agréée ou perçue dépasse
la valeur fixée par décret présidentiel. Peu importe que l’agent ait agi par
personne interposée. Il suffit qu’il ait agi intentionnellement, c'est-à-dire en
sachant que la dot sollicitée, agréée, offerte, promise, reçue ou perçue est illégale.
d) Pénalités
La loi prévoitune servitude pénale de 7 jour à 1 moiset une amende double
de la valeurdes promessesagréées ou des chosesreçues ou demandées au-delà du
maximumlégalement admis, sans que ladite amende ne puisse être inférieure à
« 100 zaïres » ou l’une de ces peines seulement. Cette sanction frappe l’agent
principal, interposéou intermédiairequi sollicite, agrée ou reçoit une dot illégale.
Il en est de même de celui qui offre ou promet pareille dot ou accède à des
sollicitationstendant au versementde cette dot en pleine liberté et sans crainte
d’être éconduit par la famille de son épouse ou de sa future épouse.
Ces peines sont portées au double si l’auteur de l’infraction est l’une des
personnes qui doivent consentir au mariage d’un mineur.
Section 3.LA REPRESSION DES CONDITIONS DE FORME DU MARIAGE
La loi sanctionnepénalementtoute violationdes conditionsformellesétablies
pour la consommationrégulière du mariage. Ainsi tombe sous le coup de la loi
pénale toute célébrationdu mariage soit au méprisde l’opposition(§1), soit par un
officier de l’état civil incompétent(§2) ou qui n’observepas les dispositionslégales
(§3). De même, la loi incrimine et sanctionne les époux qui n’auront pas fait
procéder à l’enregistrement de leur mariage (§4).
§1. – La célébration du mariage au mépris de l’opposition
152
Lorsqu’unfait susceptible de constituer un empêchementau mariage, en
vertu des articles 351 à 367 du code de la famille, est porté à la connaissancede
l’officier de l’état civilcompétent, il doit surseoirà la célébrationdu mariage et en
aviser le président du tribunal de paix dans les 48 heures. Si ce dernier décide de
surseoirà la célébration,le greffier notifie l’ordonnanced’oppositionaux épouxet à
l’officier de l’état civil. 169 La méconnaissancede cette ordonnanceest doublement
sanctionnée par le législateur répressif.
En effet, tant que la mainlevéede l’oppositionn’a pas été notifiée, l’officier
de l’état civilne peut procéderà la célébrationdu mariagesouspeine de sanctions
pénales. C’est ainsi que l’article 428 du code de la famille sanctionnepénalement
la célébration ou l’enregistrement du mariage au mépris d’une opposition valable.
En fait, le législateur institue en la matière deux formes d’incrimination,à
savoirla célébrationdu mariageavant la mainlevéede l’oppositionet la célébration
du mariage au mépris de l’opposition.
A. La célébrationdu mariage avant la notification de la
mainlevée de l’opposition
L’article 387 du code de la famille prévoit que « tant que la mainlevée de
l’opposition n’a pas été notifiée, l’officier de l’état civil ne peut procéder à la
célébration du mariage sous peine d’une servitude pénale de 7 jours à 30 jours et
d’une amende ne dépassant pas 250 zaïres ou l’une de ces peines seulement ».
La loi incrimine ainsi la célébration du mariage avant la notification de
l’ordonnance prise par le président du tribunal de paix pour la mainlevée de
l’opposition.Elle punit donc la méconnaissancede la procédureentreprise devant
une ordonnance d’une autorité judiciaire.
La mainlevée du mariage incriminé ici est celle du mariage-constatation
célébré en famille.
Seul l’officier de l’état civil peut commettre cette infraction. Il encourt 7
jours à 30 jours de servitude pénale et/ou une amende de « 250 zaïres ».
B. La célébration du mariage au mépris de l’opposition
« Sera puni des sanctions prévues à l’article 395 alinéa 1er, l’officier de l’état
civil qui aura célébré ou enregistré un mariage au mépris d’une opposition valable.
Seront punis des mêmes sanctions, les époux âgés de plus de dix-huit ans, les
personnes qui auront été les témoins ».170
Contrairement à l’incrimination précédente qui sanctionne la
169 Article 385 du code de la famille.
170 Article 428 du code de la famille.
153
méconnaissancede la procédure, celle-ci punit le mépris même de l’opposition.
Cette dernière est formée dès qu’il y a un fait susceptible de constituer un
empêchement au mariage. Il peut s’agir de l’absence de consentement, de
l’incapacité des futurs époux, du mariage incestueux, de bigamie, du mariage
d’une femme en délai d’attente, du mariage d’un interdit ou d’un mineur,de la
violation de la convention de dot.
171
L’officier de l’état civil qui célèbre le mariage ou enregistre le
mariage-constatation au mépris de l’opposition est frappé d’une peine de
servitude pénale de 7 jours à 2 moiset/ou d’une amende de « 100 à 300 zaïres ».
Encourentégalement les mêmessanctionsles épouxâgés de plus de 18 ans. Ainsi,
les époux mineurs échappent à la sanction, même s’ils sont émancipés ou
bénéficient d’une dispense. Enfin, la loi punit toutes les personnes qui auront
consenti au mariage – tels les parents, les membresde famille, le tuteur – ainsi
que celles qui en auront été les témoins.
La nullité du mariage ne peut être prononcéepour le seul motif qu’il n’a pas
été tenu compte de l’opposition.
§2. – La célébration du mariage par un
ficier
of de l’état civil incompétent
« Sera puni des sanctionsprévues à l’article 395, alinéa 1er, l’officier de l’état
civil qui aura célébré ou enregistré un mariage alors qu’il était incompétent, s’il
connaissait ou devait connaître cette circonstance ».172
L’analyse de cette disposition permet de constater que l’incriminationde
l’incompétencede l’officier de l’état civil supposeque l’agent a eu consciencequ’il
ne peut procéder à la célébration ou à l’enregistrement du mariage.
La compétenceou l’incompétencede l’officier de l’état civil s’apprécie sur le
plan matériel, personne et territorial.
A. Incompétence matérielle de l’of
ficier de l’état civil
Matériellement,l’officier de l’état civil n’est pas compétentpour célébrer un
mariage-constatation qui a lieu en famille selon les prescriptionscoutumières.Il
ne peut pas non plus procéderà l’enregistrementd’une unionconclueen dehorsde
la famille ou qui ne comportepas une conventionrelative à la dot. Maisil demeure
compétent pour célébrer ou enregistrer le mariage-célébration et le
mariage-constatation. Il en reçoit les déclarationset dresse les actes de l’état civil
auxquels il confère un caractère authentique 173. Il les inscrit dans un registre
distinct appelé registre de mariage 174. Le mariage célébré en famille, appelé
mariage-constatation, est enregistré par l’officier de l’état civil qui en dresse un
acte le constatant. Il en est de même du mariage-célébration. Les actes de l’état
171 Articles 351 à 364 du code de la famille.
172 Article 430 du code de la famille.
173 Article 78 du code de la famille.
174 Articles 82 et 391 du code de la famille.
154
civil doivent être rédigés en français. L’officier de l’état civil qui ne sait ni lire ni
écrire doit être déclaré incompétent.
B. Incompétence personne de l’of
ficier de l’état civil
Quant à la compétence personnelle de l’officier de l’état civil, elle est en
principe illimitée et générale dans son ressort territorial. Aussi est-il compétent
pour célébrer ou enregistrer tout mariage, qu’il soit mariage-célébration ou
mariage-constatation, au regard de tout individu ayant son domicile ou sa
résidence dans sa juridiction, sans aucune distinction qu’il s’agisse d’un
sans-emploi ou d’un chef d’entreprise, d’un commerçantou d’un paysan, d’un
étudiant ou d’un militaire, d’un ministre ou d’un député, etc.
Du point de vue de la qualité, la compétence de l’officier de l’état civil
s’apprécie par rapport à l’acte de nomination ou à l’acte de désignation. Les
fonctions de l’officier de l’état civil sont exercées par toute personne ayant
légalement cette qualité ainsi que par toute celle nommée ou désignée par
l’autorité compétente.
Ont la qualité d’officier de l’état civil :
- les Commissairesde district (zone rurale) et les agents subalternes
désignés par eux et agissant sous leur direction ;
- les Bourgmestres des communes urbaines et les agents subalternes
désignés par eux et agissant sous leur direction ;
- les chefs de village(collectivité) et les agents subalternesdésignéspar eux
et agissant sous leur direction ;
- tout agent nomméou désigné exclusivementà ces fonctions par l’autorité
compétente. En l’occurrence,le Gouverneurde provinceou de la Ville de
Kinshasa. Cette désignation est faite sur propositionde l’administrateur
de territoire ou du Bourgmestre compétent 175.
Toutefois, les officiers de l’état civil n’ont pas compétenceabsoluecar i leur
est interdit de recevoirtout acte les concernant personnellementou concernant
leur conjoint, leurs ascendants ou leurs descendants. Ils ne peuvent pas non plus
intervenir en cette qualité ou à un autre titre 176.
Les fonctions d’officier de l’état civilcessent par le décès ou par le retrait de
l’acte de nomination177. Ainsi, celui qui perd la qualité d’officier de l’état civilet qui
continueà célébrerou enregistrerle mariage, est punissablepourincompétence.Il
en est de même évidemment de tout celui qui n’a jamais eu cette qualité.
C. Incompétence territoriale de ficier
l’of de l’état civil
175 Article 77 du code de la famille.
176 Article 79 du code de la famille.
177 Article 80 du code de la famille.
155
Au plan territorial, la compétencede l’officier de l’état civil est appréciée
par rapport au domicileou à la résidence de l’un des futures époux. L’officier de
l’état civil compétent est donc celui du domicile ou de la résidence de ‘un des
futurs époux. L’article389 du code de la famille prescrit en effet que le mariage
est célébrépubliquementau bureaude l’état civildu domicileou de la résidence de
l’un des époux.
Toutefois, s’il y a des justes motifs, le président du tribunal de paix peut
autoriser la célébrationdu mariage dans un autre lieu. L’autorisationest notifiée
par le greffier à l’officier de l’état civil chargé de procéder à la célébration ;avis
en est donné au chef du parquet local et copie remise aux futurs époux. Mention
est faite dans l’acte de mariage. Par ailleurs, en cas de péril imminentde mort de
l’un des futurs époux, l’officier de l’état civil peut se transporter avant toute
autorisationdu juge de paix au domicileou à la résidencede l’une des parties pour
y célébrer le mariage même si la résidence n’et pas établie depuis un mois
d’habitation continue178.
Ainsi, l’officier de l’état civil qui célèbre ou enregistre un mariage en dehors
de son ressort territorial sera pénalementsanctionné.Par exemple,le Bourgmestre
de la communede la Gombequi célèbre le mariage de deux personnesdont l’une
habite la communede Ngaliema et l’autre la communede Kintambo se rend
coupable de l’infraction de l’article 430 du code de la famille.
D. Elément intellectuel et pénalités
Toutefois, sa culpabiliténe sera retenue que s’il a connu la circonstancequi
rend son acte délictueux. Autrement dit, il doit avoir eu connaissancequ’il n’est
pas matériellement, personnellement ou territorialement compétente pour
célébrer ou enregistrer un mariage.
La sanctionencourueest de 7 jours à 2 moisde servitudepénale, « 100 à 300
zaïres » d’amende ou de l’une de ces peines seulement.
Sur le plan civil, la nullité du mariagepeut être demandée par les deux époux
et, de leur vivant, par le ministèrepubliclorsquele mariage a été célébré par un
officier de l’état civilincompétentou sans publicité.Cependant, la loi reconnaît au
juge de paix le pouvoird’apprécier souverainementces causes de nullité. Mais la
nullité du mariagene peut être prononcéepources mêmesraisonslorsqu’ils’agit de
l’enregistrement d’un mariage célébré en famille 179.
§3. – L’inobservancedes règles relatives à la célébrationou
l’enregistrement d’un mariage
Cette incriminationest portée par l’article 431 du code de la famille qui
punit des sanctions prévuesà l’article 395 alinéa 1er du même code, l’officier de
l’état civil qui aura célébré ou enregistré un mariage sans observerles dispositions
178 Article 389 du code de la famille.
179 Article 429 du code de la famille.
156
prescrites en la matière.
Cette infraction punie commela précédente (7 jours à 2 mois de servitude
pénale et/ou une amende de « 100 à 300 zaïres »), ne peut être commiseque par
un officier de l’état civil. Les membres de famille qui célèbrent le
mariage-constatation, les époux, les personnesqui ont assisté à la célébrationou
l’enregistrement du mariage incriminé échappent à la répression.
Elle supposele non-respect des formalités légales relativesà la cérémoniedu
mariage et un élément moral spéci
fique.
Quelles sont ces formalités ?
L’article384 du code de la famille disposeque pendant quinzejours francs,
l’officier de l’état civil assurera la publicité du futur mariage par voie de
proclamationfaite au moinsdeux fois et/ou par voie d’af fichage. Cette publicité
doit énoncer les noms, filiation, âge, profession, domicile et/ou résidence des
futurs épouxainsi que le lieu et la date de la célébrationdu mariage projeté. Elle
est faite au bureau de l’état civil du lieu du mariage où chacun des épouxa son
domicileou sa résidence. A cet effet, l’officier de l’état civil exigerala remisedes
pièces suivantes : extrait de l’acte de naissance de chacun des époux, copie des
actes accordant des dispenses, copies des actes constatant le consentementdes
parents ou du tuteur, procurations et déclarations prévues par la180 loi
.
L’officier de l’état civil chargé de procéder à la célébration ou à
l’enregistrementdu mariage est donc tenu d’observertoutes ces formalités. Il doit
par ailleurs dresser un acte constatant le mariage célébré en famille
(mariage-constatation) ou établissant le mariage qu’il a lui-même célébré
(mariage-célébration). Ainsi, qu’il enregistre ou qu’il célèbre un mariage, l’officier
de l’état civil doit en dresser acte dans le registre des mariages
181.
Au plan de l’élément moral, l’inobservation des règles relatives à la
célébrationou à l’enregistrementdu mariage requiert une simplefaute pénale qui
peut se caractériser par le défaut de précaution ou de prévoyance.C’est le cas
notammentde la négligence,de l’inattention, de l’imprudence,de la maladresse,
de l’étourderie. Bref, il s’agit de toute faute psychologiqueintellectuelle excluant
la volontépositive.Ainsi, un officier de l‘état civilqui n’observepas les prescriptions
de la loi par oubli, négligence ou inattention tombe sous le coup de cette
qualification.
§4. – Le non-enregistrement du mariage
C’est l’enregistrementdu mariage par l’officier de l’état civilqui rend l’union
d’un hommet d’une femme opposableaux tiers. Aussi, l’article 432 du code de la
famille, considérant l’intérêt de l’enregistrement du mariage, dispose que les
180 Article 373 du code de la famille.
181 Article 391 du code de la famille. Le modèle de l’acte de mariage est
fixé par arrêté ministériel.
157
époux qui n’auront pas fait enregistrer leur mariage conformémentaux articles
370 et 378 pourront être punis d’une peine de « 50 à 200 zaïres » d’amende.
Le défaut d’enregistrementdu mariage ne devient infractionnel que si les
épouxs’abstiennentde se présenter à cet effet devant l’officier de l’état civildans
le moisqui suit la célébrationdu mariage en famille 182. Il importepeu qu’il s’agisse
d’une simple omission, d’une abstention, voire d’un refus délibéré.
Ainsi, le mariage concerné ne peut être qu’un mariage-constatation célébré
en famille et non un mariage célébré par l’officier de l’état civil dont le
non-enregistrement, comme nous venons de le voir, n’est imputable qu’à ce
dernier. La loi exigeque le mariage-constatation soit enregistréconformémentaux
articles 370 et 378 du code de la famille. En effet, dans le mois qui suit la
célébrationdu mariage, les époux et éventuellementleur mandataire doivent se
présenter devant l’officier de l’état civil du lieu de la célébrationavant de faire
constater et d’assurer sa publicitéet son enregistrement.Passé ce délai d’un mois,
l’enregistrementa lieu sur décisiondu tribunal de paix qui statue soit sur requête
du ministère public, soit sur requête de toute personne intéressée. Même s’il
accorde de procéder à l’enregistrement,le tribunal peut infliger d’office la peine
prévue à l’article 432 du code de la famille.
La loi ne punit ici que les époux qui s’abstiennent ou omettent de faire
procéder à l’enregistrementde leur mariage. Échappent ainsi à la répression,les
membresde famille qui ont célébré cette union, les témoinset mêmeles personnes
qui y ont consenti. Mais, les époux poursuivisne seront pas sanctionnés s’ils
prouventqu’ils s’étaient fait représenter par un mandataire à qui ils ont donné
une procurationécrite. Ce mandataire peut d’ailleurs être un proche parent. Les
époux incriminésne seront frappés de sanction pénale qu’après l’expirationdu
délai d’un mois.En fait, le tribunal de paix, saisi par ministèrepublicou par toute
personne intéressée, « pourra », - s’il le juge nécessaire – appliquer la peine
prévue par l’article 432.
182 Article 370 du code de la famille.
158
CHAPITRE II
LA VIE CONJUGALE
L’ensembledes infractions que nous venonsd’étudier interviennentdans le
processusde la formation de l’unionconjugale pourgarantir la liberté du mariage
ainsi que le respect des conditionsde forme et de fond prescrites en vue de sa
constitution. Une fois le mariage réalisé, commencela vie conjugale. Ici aussi, le
législateur pénal entend accompagner les conjoins dans cette phase de leur
destinée commune,pour protéger l’un et l’autre – mieuxle couple – des atteintes
aux devoirs, aux responsabilités et aux engagements conjugaux.
Dans cette entreprise délicate, le législateur du code de la famille a pris le
parti d’abandonner la diversité des règles juridiques auxquellesla famille était
soumisedu fait de l’existenced’un droit écrit d’originecolonialed’un côté et de la
multiplicitéde coutumesde l’autre. Il sembleœuvrerdans le sens d’une part de
l’harmonisationet de l’unification des règles protectrices de la vie familiale et
d’autre part de la recherche à la fois de l’égalité, de l’équilibreet de la dignité
dans le traitement des époux.
Au plan pénal, ces règles protectricesincriminentaussi bien les atteintes aux
devoirsmatériels et morauxde la famille que les atteintes aux devoirsde fidélité.
Onpeut dire que ces dernières ont sans doute une dimensionmoralemais c’est bien
plus contre le désordre et l’indiscipline sexuelle dans le foyer que s’élève le
législateur. Cependant, ces incriminationsn’épuisent pas – loin s’en faut – les
atteintes qui peuvent apparaître au cours de la vie conjugale. Ici, la protection
générale du code pénal ordinaire assure le relais en tenant autant que possible
compte de la spécificité des protagonisteset de leur cadre de vie. L’espritdu code
de la famille se satisfait-il de cet effort d’adaptation ? L’analysedes différentes
infractions qui positionnentleurs balises dans le déroulementde la vie conjugale
nous aidera sans doute à répondre à cette question. Elle va nous conduire à
étudier successivementla protection pénale contre les atteintes aux devoirs
matériels et moraux de la famille (Section 1), la protection pénale contre le
désordre ou l’indisciplinesexuelle(Section 2) et la protectionpénale réalisée dans
le cadre du code pénal ordinaire ou du droit pénal commun (Section 3).
Section 1.LA PROTECTION PENALE CONTRE LES ATTEINTES AUX DEVOI
MATERIELS ET MORAUX DE LA FAMILLE
Parmi les devoirsqui forment la substancede l’engagementdes conjoints se
trouvent ceux qui se rapportent aux soins et à l’assistance mutuelle ou réciproque
ainsi qu’à l’entretien des enfants pour la sauvegarde des intérêts moraux et
matériels du ménage. C’est ainsi que le législateur pénal érige en infraction
159
l’abandon alimentaire, l’abandon matériel et moral de la famille et du ménage.
Avant l’interventiondu code de la famille, ces atteintes étaient incriminées
et répriméespar le décret du 15 juillet 1949 qui sanctionnaitl’abandonde famille,
l’abandon matériel et moral de la femme et des enfants, l’abandon du foyer
conjugal ou le refus de cohabitation.
Ce décret a été abrogépar l’article 919 du code de la famille et remplacépar
les articles 926 et 927. Les nouvellesdispositionsréprimentl’abandon alimentaire,
matériel et moralde la famille. Elles n’incriminentplus spécialementni l’abandon
matériel et moral de la femme, ni l’abandon matériel et moral de l’enfant.
Sousl’ancien régimelégislatif, l’abandonmatériel et moralde la femme était
défini commele fait pour le mari non séparé de corps, de ne pas assurer, suivant
les usages locaux, le logement et l’entretien de sa femme. Il sanctionnait ainsi
l’inexécutionde l’obligationqui incombeà chaque mari d’assurer un logementà sa
femme et celle qui résulte de l’autorité maritale se caractérisant par le fait de ne
pas donner à sa femme toute assistance voulue telle que la nourriture,
l’habillement ou l’assistance morale. Quant à la seconde qualification, elle
consistait dans le fait de négligerde nourrir,d’entretenir et d’élever ses enfants.
Il s’agissait donc de l’inexécutiondes obligationstant morales que matérielles
découlant de l’autorité parentale ou de la tutelle légale des père et mère.
Tout en s’inspirant de l’esprit et de la lettre de l’ancienne loi, le nouveau
code de la famille semble avoir voulu corriger son caractère relativement
discriminatoireà l’égard de l’homme,qui devait supporterseul la charge des soins
matériels et morauxau bénéfice de sa femme et de ses enfants. Cette perception
qui était conforme à la philosophiede l’imperium de l’autorité maritale et
paternelle devait naturellement tomberdès lors qu’il était prescrit aux épouxune
obligation réciproque de soin et d’entretien, que l’autorité maritale était
relativement mitigée par le principe de la codirectiondu foyer conjugal et enfin
que l’autorité parentale s’est substituée à l’autorité paternelle. C’est ainsi que le
code de la famille a érigé en infraction toute atteinte aux devoirs de soins et
d’assistance réciproquespour la sauvegarde des intérêts morauxet matériels du
ménage et des enfants qui pèsent sur chacun des conjoints. En outre, il est venu
renforcer la protection du lien matrimonial en incriminant l’inexécution des
obligations résultant des effets extrapatrimoniauxdu mariage et des effets
patrimoniaux notamment le non-accomplissement des obligations pécuniaires
résultant des régimesmatrimoniauxet l’inobservationdes prescriptionssur la mise
en œuvre de l’obligation alimentaire.
Enfin, soucieuxde préserverles droits des conjoints et de sauvegarderle lien
matrimonial et l’harmonie dans la famille même après la mort de l’un des
conjoints, le législateur du nouveau code de la famille a spécialement protégé
pénalementl’épouxsurvivanten incriminantles mauvaistraitements dirigéscontre
son patrimoine et sa dignité personnelle.
C’est cet ensemble d’incriminations que nous allons examiner ici.
160
Sous-section I –L’abandon alimentaire
Le premier devoir de secours et d’assistance imposé aux conjoints est
assurémentl’obligationalimentairedont l’inexécutionentraîne non seulementdes
sanctions civilesmais aussi et sous certaines conditions,des sanctions pénales. En
fait, le législateur incrimineet sanctionne non seulement l’abandon alimentaire,
proprement dit, mais aussi l’inobservation des règles de mise en œuvre de
l’obligation alimentaire.
Pour mieuxfaire ressortir les avancées et les reculs du nouveaucode de la
famille dans la répression de l’abandon de famille, nous étudierons dans un
premiertemps celle-ci sousla nouvellelégislationpuis nous évalueronsce nouveau
dispositif répressif comparativement à l’ancienne réglementation.
§1. – L’abandon alimentaire proprement dit
L’abandonalimentaireest le fait de demeurerplus de deux moissans fournir
au créancier une pensionalimentaire à laquelle on est judiciairement condamné.
L’incriminationa donc une double nature : elle protège à la fois un devoir et
l’autorité de la justice en sanctionnantaussi bien la méconnaissancede l’obligation
alimentaire que celle de la décision judiciaire. C’est un cas typique de ce que la
doctrine italienne quali fie de « délit pluri-offensif » 183.
Aux termes de l’article 926 du code de la famille, « sera puni de 7 jours à 2
mois et d’une amende de 20 à 100 zaïres quiconque ayant été condamné, par
décision judiciaire désormaissans recoursen oppositionou en appel, à fournir une
pension alimentaire à son conjoint, à ses descendants ou à ses ascendant sera
volontairement demeuré plus de deux mois sans en acquitter les termes. »
Le législateurérige ici en infraction un manquementà une obligationcivile. Il
entend ainsi renforcer par des sanctions pénales une obligationd’ordre familial
dont le méprispeut plongerles malheureuxcréanciersdans la misèreou les pousser
à l’inconduite ou à la criminalité tout en créant des charges pour l’Etat ou la
communauté.La pertinence de cette interventionlégislativesaute aux yeuxlorsque
l’on observele phénomèneaujourd’hui fort répandu dans nos villes et dans nos
campagnesd’enfants de (ou dans) la rue 184, d’enfants abandonnés, ou d’enfants
errant de toit à toit au sein de la grande famille.
Pour que cette qualification soit retenue et l’auteur poursuivi,la loi exige
outre les éléments constitutifs, un certain nombrede conditions préalables que
183 LIKULIA BOLONGO, Cours de droit pénal spécial, Faculté de droit, UNIKIN, 1995-1996.
184CEPAS, Le phénomène« Enfants de la rue » à Kinshasa : une journée de réflexion au Cepas,
(1995), p. 261 in Zaïre-Afrique, n° 295, Mai 1995, Cepas, Kinshasa, 1995, p. 261-263 ; KUYU
MWISSACamille, Otages dans la rue. Contradictionset paradoxes autour de la pris en charge des
enfants marginalisésen Afrique subsahariennein « A la recherchedes enfants de la rue, sous la
direction de Stéphane TESSIER, Editions KARTHALA,Paris, 1998, pp. 276 à 286 ; la productiondes
normesjuridiques par les enfants des rues des métropolesafricaines : Kinshasa, in « La création
du droit en Afrique », Collection « Hommes et sociétés », Edition KARTHALA, Paris, 1997, pp. 81 à 86.
161
doit remplir la pension impayée et une procédure particulière.
A. Conditions préalables
L’abandon alimentaire suppose une double condition : l’existence des
créanciers ou béné
ficiaires d’aliments et l’existence d’une décision judiciaire.
a) La pension alimentaire
La pension alimentaire dont il s’agit est fondée sur l’existence d’un devoir
familial, d’une paternité ou d’un devoirconjugal présent ou antérieur. Elle est due
au conjoint, aux descendants et aux ascendants.
Par conjoint, il faut entendre le mari qui est chef du ménage 185 ou la femme.
La pensionest également accordée à l’épouxou à l’épousequi a obtenule divorceet
qui se trouve par ce fiat sans ressourcessuffisantes pour assurer sa subsistance.
Certes, le divorcemet fin aux devoirsréciproquesdes époux186. Maispar une sorte de
responsabilité par inertie, il est des devoirs qui ne peuvent s’arrêter
automatiquementà la dissolutiondu mariage. Il en est ainsi du droit de secours
pendant la période de grossesse et pendant l’année qui suit la naissance de
l’enfant, si la grossessea commencéavant le divorce187. De même, en tenant compte
de toutes les circonstances,le tribunal peut accorder à l’épouxdésavantagé par le
divorce, une quotité de biens sur les fonds propres de l’autre époux,
indépendamment de la liquidation du régime qui les régissait au moment du
divorce.Le tribunaldécide, selon les circonstancesde la cause, si cette quotité doit
être versée en une seule fois ou par fractions échelonnées 188.
Au décès du conjoint, le droit de secours dû par celui-ci à son épouse
survivantpasse à sa succession.L’article725 du code de la famille met en effet à
la charge de la successiondu conjoint prédécédé les alimentsau profit du conjoint
survivant.
Ces aliments se prélèvent sur l’héritage. Ils sont supportés par tous les
héritiers, et en cas d’insuffisance, par tous les légataires particuliers,
proportionnellementà leur émolument.Des sûretés suffisantes seront données au
bénéficiaire si les aliments ne sont pas prélevés en capital sur la succession.
Le conjoint survivantdispose d’un délai d’un an à partir du décès de son
époux ou de son épouse pour réclamer sa créance alimentaire. Ce délai peut se
prolongeren cas de partage jusqu’à l’achèvementde celui-ci. L’obligationcesse
naturellement si le conjoint survivant se remarie.
Le législateur ayant utilisé les termes « descendants » et ascendants » plutôt
185 Article 444 du code de la famille.
186 Article 578 du code de la famille.
187 Article 582 du code de la famille.
188 Article 581 du code de la famille.
162
que « enfants » et « parents », on pourrait se demander si la liste des personnes
ci-dessus énuméréesest susceptiblede s’étendre également aux petits-enfants et
aux grands-parents. S’il avait en effet entendu écarter ceux-ci de cet avantage, il
aurait parlé plus directement d’enfants et de parents plutôt que de descendants
et d’ascendants. On peut donc avancer que les petits-enfants et les
grands-parents sont également concernés dans la mesure où serait établi un
devoir familial susceptible de fonder dans un rapport direct la créance
alimentaire. Ainsi un grand-père pourrait être condamné pour abandon
alimentaireau détriment de son petit-enfant dont il a la tutelle ou simplementla
charge.
Peu importe la nature de la filiation. Celle-ci peut être biologiqueou
juridique. C’est ainsi que les enfants adultérins, produits de relations
extraconjugalesou du commercecharnel illicite, et les enfants incestueuxnés des
œuvres illégitimes des personnes entre lesquelles existent des liens de parenté
peuvent également prétendre à la pensionalimentaire. L’illégalitéou l’illégitimité
de l’acte génésique n’affecte pas à leur égard la légalité et la légitimité de la
filiation qui fonde l’obligationalimentaire qui pèse sur le géniteur. Ces enfants
peuvent donc réclamer de celui qui a eu des relations physiquesavec leur mère
pendant la période légale de la conception une pension alimentaire pour leur
entretien et leur éducation jusqu’à l’âge de dix-huit ans accomplis.
On estime que les descendants de l’adopté peuvent exiger la pension
alimentaire de la part de l’adoptant.
La pensionalimentaire accordée à l’épouxest établie d’après la fortune de
celui ou de celle qui la doit et d’après les besoinsde celle ou de celui à qui elle est
due. Elle est réduite ou augmentéeselon les changementssurvenusà cette fortune
ou à ses besoins.Elle cesse d’être exigiblelorsqu’ellen’est plus nécessaireet s’éteint
par la mort de l’épouxcréancier. Les ressourcesà prendre en considérationsont
celles que l’épouxdébiteur ou l’épousedébitrice avait au momentdu prononcédu
divorce. Les dons que l’épouxcréancier ou l’épouse créancière espère recevoirde
ses parents ne peuvent faire obstacle à l’exercice de son droit.
Il a été jugé que la renonciationou la réduction conventionnellede cette
pensionest licite 189. Il est par ailleurs admis que l’épousequi intente une action en
pensionalimentaireà son mari n’est pas tenue de justifier de son état d’indigence
puisquele fondement de son action réside dans un devoirqu’imposela loi naturelle
et que prescritle code de la famille. Il incombeplutôt au mari, chef de ménage, de
produire des exceptionset par suite d’établir que sa femme possède les moyens
nécessaires pour subsister.
Onestime, écrit le ProfesseurLIKULIA 190 se fondant sans doute sur les articles
560 et 568 du code de la famille, qu’il faut écarter l’application de la loi si la
189 LIKULIA BOLONGO, Cours de droit pénal spécial, UNIKIN, Kinshasa, 1995-1996.
190 Ibid.
163
pensionn’est pas fondée sur un devoirde famille ou sur un lien de parenté, ou si
elle n’a pas un caractère alimentaire. Il en est ainsi notamment de la pension
allouée en coursde procédurede divorceà titre d’avance sur la communautéou de
la provisionad litem destinée à supporterles frais de voyagepour comparaître en
conciliation et les honoraires de l’avocat.
b) Décision judiciaire reconnaissant la pension alimentaire
L’inexécutionde la pensionalimentaire n’est punissableque si celle-ci a été
en outre reconnue par une décision judiciaire devenue sans recours ordinaires.
Par décisionde justice, il faut entendre un jugement rendu par un tribunal
ou une ordonnancedu juge prise en dehorsou en coursd’instance 191. Ainsine tombe
pas sous le coup de la loi, l’inexécutionde la pension alimentaire promise par
contrat ou par testament.
Cette décisionjudiciaire ne doit pas être susceptibled’un recoursordinaire,
c'est-à-dire d’opposition ou d’appel.
B. Eléments constitutifs
L’abandonalimentaire, on l’a vu, est le fait d’être volontairementdemeuré
plus de deux moissans fournir la pensionalimentaire au paiement de laquelle on
était condamné. Cette infraction suppose ainsi un double élément matériel et
moral.
L’infraction se caractérise matériellement par le défaut de paiement
pendant un certain temps de la pension alimentaire.
Le défaut de paiement est constitutif de l’inexécution punissable, peu
importe que celle-ci soit partielle ou totale. L’applicationde la peine ne peut être
écartée que si le paiement porte sur ce qui était dû et s’il est reçu par le créancier
lui-même. Les versements faits par des tirs ne peuvent être invoquéspar le
prévenu même s’il prétend qu’ils l’ont été pour l’intérêt du créancier. On estime
même que le défaut de paiement ayant été volontaire, il importe peu que la
femme ait pu, par la voie de la saisie-arrêt, se faire verser tout ou partie des
sommesdues. La compensationd’une dette ayant pour cause des aliments étant
interdite, elle ne peut en principe être invoquéepar l’agent pour le soustraireà
l’applicationde la peine. Mais, on admet cependant qu’elle cesse d’être applicable
lorsquele créancier a reçu en réalité ce qui lui était dû avant l’expirationdu délai
de deux mois.
A proposde ce délai de deux moisau bout duquel le débiteur sera poursuivi
s’il est resté tout ce temps sans acquitter les termes, la questionqui se pose est celle
191LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, op. cit., p. 259. Voiraussi un jugement inédit qui a
considéré qu’une conventionhomologuéepar une décision judiciaire prononçant le divorcevalait
jugement (Tribunal de paix de la Gombe R.P. 16 009/III.
164
de savoir quel est son point de départ. Le délai court du jour où la décision de
justice accordant la pension alimentaire est devenue insusceptiblede recours
ordinaires c'est-à-dire d’opposition et d’appel. Il est évident qu’en cas
d’interruptiondes paiements, ce délai devra courirà partir du jour où le dernier
versementa été fait par le débiteur et, en cas de condamnationpar défaut ou en
l’absence de recours, du jour de la signi
fication du jugement.
Le délai doit être écoulé avant la mise en mouvementde l’action publique.
Une fois le délai expiré, et sousréservede la procédurespéciale, l’infraction existe
peu importe que, par la suite, une nouvelle décision judiciaire annule celle
accordant la pension ou que les versements soient repris ou que la garde de
l’enfant revienne au père par l’effet du jugement de divorce alors qu’elle avait
été primitivement accordée à la mère pendant l’instance de divorce.
Jugé que si, après l’expiration du délai de deux mois et après la date à
laquelle les parties ont été convoquéesdevant le juge, le créancier a reçu, sous
quelque forme que ce soit, ce qui lui était dû, n’est pas de nature à enlever le
caractère punissable attaché par la loi à ce défaut de paiement
192.
Au plan moral ou intentionnel, l’agent ne sera punissable que s’il s’est
abstenu volontairementde payer la pensionalimentaire. L’intentioncoupableest
donc requise. Il est évident que celle-ci disparaît et le comportementdu débiteur
ne peut être coupablement établi en cas de force majeure. Il en est ainsi
notamment de l’insolvabilitérésultant d’une perte d’emploi ou de toute autre
source de rémunérationpar exempleen cas d’une grave maladie ayant entraîné
une inaptitude professionnelle. Cette insolvabilitédu débiteur résultant d’une
maladie doit être totale pour écarter la peine. Ainsi demeure inopérante une
insolvabilité partielle. Il en est de même pour le débiteur qui s’est rendu
volontairementinsolvablesoit par l’inconduite habituelle, soit par la paresse, soit
par l’ivrognerie,soit par l’insouciance ;on estime que l’élément moral n’est pas
supprimé.
La volontéde ne pas payer la pensionalimentaire se présume, sauf preuve
contraire, dès l’instant où est établi que le prévenu avait connaissance de la
décision de condamnation au paiement d’une prestation alimentaire ou
indemnitaire. Il lui incombe donc d’apporter la preuve du motif valable qu’il
invoque pour justifier le non-paiement. Il ne peut être exonéré de toute
responsabilitéque s’il prouveavoirété empêchéde s’acquitterde ses obligationspar
une circonstance indépendante de sa volonté. Il en sera ainsi s’il prouve par
exemple avoir été obligé d’abandonner sa profession à la suite d’une grave
maladie. Mais, pour que ce motif soit admis, l’insolvabilité doit être totale.
Pareillementen cas de chômage.Ce motif ne peut être reçu que si l’agent ne
perçoit aucune indemnité de chômage et n’a pas d’autres ressources. On peut
égalementpenser que celui qui refuse un emploiqui lui est offert ou qui ne déploie
aucun effort pour en trouver un autre ne peut guère être fondé d’invoquerson
192 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial,
e édit.,
2 op. cit., p. 260.
165
état de chômage pour s’affranchir de son obligation ou de sa responsabilité.
Il a été jugé qu’est volontaire le fait de ne pas payer une pension
alimentaire alors que le débiteur possède un capital important.
Ce qu’il faut surtout soulignerc’est la forte rigueurde la loi qui se manifeste
dans cette règle selon laquellele défaut de paiementsera présumévolontairesauf
preuvecontraire. La charge de la preuveest ainsi renversée. La présomptionn’est
pas d’innocence mais de culpabilité. Cela est d’autant plus grave que l’élément
moral constitutif de cette infraction est une faute intentionnelle : il faut avoir
refusé volontairementet consciemmentde payer la pension, avec une intention
méchante, celle de nuire au créancier d’aliments. Mais cette intention méchante
est présumée par la loi et il appartient au prévenu de faire la preuve contraire 193.
C. Régime répressif et pénalités
L’article3 du décret du 15 juillet 1949 avait institué une procédurespéciale
pour engager les poursuitescontre le débiteur d’aliments. Il avait prescrit une
enquête préalable en vue de la constatation du caractère volontairedu défaut
d’assistance devant une autorité judiciaire. Aux termes de cette disposition, la
personnedébitrice était appelée après l’expirationdu délai de deux mois, devant
le président du tribunal compétent, à la requête de toute personneintéressée ou
du ministère public, par lettre recommandée,signée et adressée par le greffier
avec avis de réception. A partir de ce moment, les poursuites pouvaient être
engagées. La circonstancequ’après l’expirationdu délai de deux moiset après la
date à laquelle les parties avaient été convoquéesdevant le juge, le créancier a
reçu sous quelque forme que ce soit ce qui lui était dû, n’était pas de nature à
enlever le caractère punissable attaché par la loi à ce défaut de paiement.
On avait justifié cette procédurespéciale par le fait que la famille étant la
base essentiellede la société, son abandon avait pourrésultat sa dislocation.Aussi,
l’abandon alimentaire touchant par essence la famille, devait-elle comporterdes
aménagements nécessités par la protection, la cohésion, l’unité et le
développementharmonieuxde la société familiale. La procédure prescrite avait
ainsi pour but d’épuiser tous les moyensde conciliationsusceptiblesde ramener le
débiteur dans la voie du devoir pour sauvegarder les intérêts de la famille.
Le législateur du code de la famille ayant également le soucide la cohésion,
de l’intégrité et de l’unité de la famille, nous estimonsque le juge n’énerveraiten
rien la loi s’il s’appliquaità mettre en œuvretous les moyensde conciliation,comme
d’ailleurs l’y invite l’article 460 du code de la famille. Il s’agit d’éviter toute
poursuite vexatoire et abusive pour le moindre retard.
Il est à remarquerque la poursuitede cette infraction n’est pas subordonnée
à une plainte préalable de la part de la victime.L’officier du ministèrepublicpeut
donc exercer librement l’action publique contre son auteur.
193 LEVASEUR G., Cours de droit pénal spécial, éd. Les Cours de droit, Paris, 1967-1968, pp. 420-421.
166
La personne débitrice d’une pension alimentaire reconnue par décision
judiciaire, est frappé d’une peine de 7 jours à 2 moisde servitude pénale et/ou
d’une amende de « 20 à 100 zaïres ».
§2. – L’inobservation des règles de mise en œuvre de l’obligation alimentaire
Compte tenu de l’importance de l’obligationqui incombeaux conjoints de
s’acquitter de leurs devoirs de soins et d’assistance réciproquesd’éducation des
enfants, le code de la famille pose des règles strictes dont l’inobservationentraîne
des sanctions pénales. Ces règles dont le non-respect est, aux termes de l’article
927 du code de la famille, passible d’une peine de 7 jours à 2 mois de servitude
pénale et/ou une amende de « 20 à 100 zaïres », concernent le champ
d’application de l’obligationalimentaire, l’exécutionde l’obligationalimentaire et
la perception de la pension alimentaire.
Prescriptions relatives au champ d’application de l’obligation alimentaire
L’obligationalimentaire se définit comme celle qui rend une personne
débitrice d’une autre pour la satisfaction des besoins essentiels de la vie du
créancier 194. Son cadre ou champd’exerciceest délimité par le ménage qui désigne,
au sens de l’article 700 du code de la famille, les époux,leurs enfants non mariésà
charge ainsi que tous ceux envers qui les époux sont tenus à une obligation
alimentaire, pourvu que ces derniers demeurent régulièrement dans la maison
conjugale et soient inscrits au livret de ménage.
Sont débiteurs d’aliments, aux termes de l’article 728 du code de la famille,
le conjoint, la successiondu conjoint prédécédé, les descendants, les ascendants,
les frères et sœurs, les oncles et tantes, les neveuxet nièces, les descendants et
ascendants par alliance, le tuteur à l’égard de son pupille.
Le débiteur de l’obligationalimentaire légale doit fournir au créancier les
moyens de satisfaire les besoins vitaux auxquels il ne peut faire face par son
travail. A défaut, il est frappé des peines prévuespar l’article 927 du code de la
famille.
Prescriptions relatives à l’exécution de l’obligation alimentaire
Lorsquel’exécutionde l’obligationalimentaire n’a pas lieu en nature, elle est
assurée au moyend’une pensionalimentaire versée par le débiteur au créancier
d’aliments. Le montant de celle-ci est fixé par le tribunal sur base de
renseignementsrecueillisauprès des tiers ou de l’administrationdes contributions.
Ce montant est payé mensuellement et de façon anticipative, c'est-à-dire à
l’avance. Le juge peut limiterson octroidans le temps. La pensionpeut être révisée
en tout temps à la demande du débiteur ou du créancier. Les arrérages de la
pension alimentaire sont payables au lieu où le débiteur a sa résidence.
195
194 Article 716 du code de la famille.
195 Articles 735 à 740 du code de la famille.
167
La nature de la dette susvisée est doublement caractérisée. Celle-ci doit
avoir un caractère alimentaire et être fondée sur l’existenced’un devoirfamilial.
C’est ainsi que la pension allouée en cours de procédure de divorce, à titre
d’avance sur la communautéest écartée du champ d’application de l’abandon
pécuniaire.
Par ailleurs, le législateurn’ayant pas incriminéexpressément,commele fait
par exempleson collèguefrançais 196, le fait de demeurer « sans fournir la totalité
des subsides déterminés par le juge ni acquitter le montant intégral de la
pension » ou « sans verser entièrement les pensions et prestations de toute
nature », le seul fait de l’inexécution de l’obligation alimentaire suffit pour
entraîner la sanction, peu importe que cette inexécution soit partielle ou intégrale.
Prescriptions relatives à la perception de la pension alimentaire
La perceptionde la pensionalimentaire au profit du créancier d’aliments se
fait soit directement soit indirectement.
Tout créancier d’une pension alimentaire peut se faire payer directement
par les tiers débiteurs de sommesliquides et exigiblesenvers le débiteur de la
pension. La demande en paiement direct vaut par préférence à tous autres
créanciers, attribution au bénéficiaire de sommesqui en font l’objet, au fur et à
mesure qu’elles deviennent exigibles. Elle est faite par l’intermédiaire d’un
greffier ou d’un huissier de justice. Le débiteur d’aliments peut faire une
déclaration écrite adressée à son employeur pour la perception directe de la
pension. Sauf conventioncontraire, les sommespayées au créancier de la pension
alimentaire doivent être versées à son domicile ou à sa résidence.
197
Quant à la perceptionindirecte, elle se fonde sur l’article 741 du code de la
famille qui permet aux greffiers des tribunauxde paix et de grande instance de
recevoir les sommesalimentaires des mains des débiteurs et de les verser aux
créanciers d’aliments.
Par ailleurs, lorsqu’uneadministrationpubliqueest subrogéedans les droits
d’un créancier d’aliments, elle peut elle-même former la demande de paiement
au profit du bénéficiaire. Les dispositionsrelatives à la délégation de perception
des revenuset des créances d’un conjoint sont applicablesen faveur de tous les
créanciers d’aliments.198
Sous-section II –L’inexécution des obligations pécuniaires des
conjoints
L’incrimination
d’abandon alimentaireque nousvenonsde voirse caractérise
196 Article 357-2 du code civil français.
197 Articles 742, 743, 745, 746 et 748 du code de la famille.
198 Articles 741, 746 et 749 du code de la famille.
168
par l’inexécution de l’obligationalimentaire mise à charge non seulement des
conjoints mais aussi d’une série de débiteursindiquéspar l’article 728 du code de
la famille. Le législateur incrimineet sanctionne par ailleurs et spécialementles
épouxlorsqu’ilsmanquent aux obligationspécuniairesqui leur incombenten cette
qualité, que ces obligationsrésultent des effets pécuniaires du mariage ou du
régime matrimonial.
§1. – L’inexécution
des obligationsrésultant des effets pécuniairesdu
mariage
Le nouveaucode de la famille imposeaux conjoints le devoir de contribuer
aux charges nécessaires à l’entretien quotidien du ménage ainsi qu’à l’éducation
des enfants, en proportionde la situation respectiveet des possibilitésfinancières
et professionnellesde chacundes époux199, tenus l’un enversl’autre d’une obligation
alimentaire 200. L’épouxqui ne remplit pas ses obligationspourra être condamné à
payer à son conjoint une pension alimentaire201.
A défaut pour l’un des conjoints de remplir ses obligationsrelatives aux
charges pécuniaires, l’autre peut se faire autoriser par le tribunal de paix
compétent à percevoirpersonnellementdes revenusdes produits du travail de la
partie adverse et toutes sommesqui lui sont dues par des tiers 202. Le tribunalpeut se
faire communiquertous les renseignements nécessaires à l’établissement du
montant des revenusmêmede l’administrationdes contributions203. Le jugement est
exécutoire par provisionet sans caution nonobstant opposition ou appel 204. La
décisiondu tribunalpeut être réviséeà tout momentlorsquela situation des époux
le justifie ; et elle est opposable à tout tiers débiteur actuel
205.
L’auteurdu manquementà ces obligationsvioleles articles 480 à 485 du code
de la famille, lesquelssont pénalement couvertspar l’article 927 du même code.
Aussiencourt-il 7 jours à 2 moisde servitude pénale et/ou une amende de « 20 à
100 zaïres ».
§2. – L’inexécutiondes obligationspécuniaires résultant des
régimes matrimoniaux
L’inexécutionou le non-accomplissement des obligations pécuniaires qui
naissent des régimesmatrimoniauxprévuspar les articles 487 et 488 du code de la
famille entraîne à charge de son auteur des sanctions pénales prescrites par
l’article 927 du code de la famille. Celui-ci incrimineet frappe d’une peine de 7
jours à 2 mois de servitude pénale et/ou une amende de « 20 à 100 zaïres »
l’inexécution des obligations pécuniaires qui résultent des régimes matrimoniaux.
199 Article 475 du code de la famille.
200 Article 479 du code de la famille.
201 Article 480 du code de la famille.
202 Article 481 du code de la famille.
203 Article 482 du code de la famille.
204 Article 483 du code de la famille.
205 Articles 484 et 485 du code de la famille.
169
Ces obligationsconcernent les devoirs de soins et d’assistance réciproques
pour la sauvegarde des intérêts moraux et matériels du ménage et des enfants.
Les époux ont notamment l’obligation de ne nuire, par leur convention
matrimoniale,ni aux droits et intérêts des personnesfaisant partie de la famille,
ni à l’harmonie et aux intérêts pécuniaires des époux ou du ménage, ni aux
obligations de garde, d’entretien et d’éducation des enfants.
La force de cette obligationest telle qu’elle ne s’arrête pas à la mort de l’un
des époux. Certes, le législateur a aménagé en faveur du conjoint survivantdes
règles successoralesfort avantageuses le plaçant notamment dans un groupe
distinct au sein de la deuxièmecatégorie des successibles,c'est-à-dire après les
enfants du de cujus et les descendants de ces derniers dans l’hypothèsede leur
prédécès par rapport au de cujus, et dans la mêmecatégorie que les père et mère,
frères et sœurs. Mais il considère encore plus spécialement cette obligation à
l’égard des mauvais traitements infligés à l’un des époux après la mort de son
conjoint, comme pour se subroger à ce dernier en ces instants douloureuxen
présumant son ultime volonté de protéger celui-là.
Sous-sectionIII – La protection pénale de l’époux survivant
contre les mauvais traitements
Soucieuxde préserver les droits des conjoints et de sauvegarder le lien
matrimonial et l’harmonie dans la famille même après la mort de l’un des
conjoints, le nouveau code de la famille protège pénalement et spécialement
l’époux en incriminant les mauvais traitements dirigés contre lui, que ceux-ci
touchent à ses biensou à sa dignité. La compréhensiondu contexte coutumierdans
lequel s’enracinent ces pratiques est utile à l’analyse de ces incriminations.
§1. – Le contexte coutumier de ces pratiques
Ce contexte a été particulièrementétudié, dans ses interférences juridiques,
par A. SOHIER206 qui observeque dans la conceptioncoutumière,s’il est vrai que la
mort d’un des époux éteint nécessairement leur union, elle laisse néanmoins
subsisterl’alliance entre le survivantet sa belle-famille tant que les restitutionset
paiements obligatoires n’ont pas été effectués. Aussi le veuf ou la veuve
conservent-ils provisoirementles droits et obligations dérivant du mariage et
certains droits et devoirsnouveauxqui en découlent. Ainsi du devoir d’affection
découle naturellement l’obligationde montrer sa tristesse à la mort du conjoint.
Toute une mise en scène est à cet effet obligatoire : vêtements spéciaux,
lamentations, défense de se laver ou de prendre part à des festivités. Y manquer
serait une offense à la mémoiredu défunt et à sa famille susceptibled’entraîner
le paiement des indemnités, voire des voies de fait. Le deuil ne peut être levé
qu’après plusieurssemaines, voire plusieursmois, moyennant l’autorisationde la
belle-famille, que celle-ci marque en acceptant un cadeau spécial et en
SOHIERA., Traité élémentaire de droit coutumierdu CongoBelge, Ed. F. Larcier, Bruxelles,1949,
206
Chapitre VII, Le veuvage, n° 247 et s., pp. 194 et s.
170
procédant à la purification du survivant.
Le rite de purification se fonde sur l’idée que l’être humainne se composepas
seulement d’un corps et d’une âme, mais encore « de l’ombre,de l’entendement,
(… c'est-à-dire de) l’effluve ou émanation, ou odeur, ou peut-être force vitale
selon le système philosophiquedécrit par le Père TEMPELS.L’effluve se répand en
dehors de la personne et va imprégnerceux qui ont des contacts avec elle. Elle
s’attache dès lors tout particulièrement au conjoint, étant donné le caractère
intime de leurs rapprochements.A la mort de la personne,son effluve continueà
rester sur le conjoint, sans danger pour lui. Mais il pourrait la communiquerà
d’autres avec lesquels il aurait des rapports, notammentun nouvelépouxou une
nouvelleépouse, et pour ceux-là l’effluve du mort serait néfaste ». Pour d’autres
ethnologues,cet effluve peut être dangereux pour le conjoint survivantdans la
mesure où, s’il n’en est pas débarrassé, il ne se remettra pas de son deuil et son
« moi »profond chercheraà rejoindre le de cujus, ou encore celui-ci continueraà
le harceler ou le hanter jusqu’à ce qu’il viendra le chercherpour l’amener dans le
séjour des morts. Quoiqu’ilen soit, sans purification, la surviepsychosociologique
du
veuf ou de la veuve est gravementet dangereusementcompromise.On peut sans
doute trouver ici un des éléments d’explication de la pratique qui consistait à
inhumer certains grands chefs coutumiers avec tout ou partie de leur harem.
Il faut donc, expliqueSOHIER,débarrasser le survivantde cette « effluve »
notamment « grâce à des rapports avec quelqu’un à qui celle-ci ne nuira pas,
c'est-à-dire un parent du défunt. C’est pourquoila famille a l’obligationde
fournir un de ses membresqui autant que possibleaccompliral’acte sexuelavec le
survivant,tout au moinsen fera le simulacre– l’officiant pouvant être du même
sexe que le veuf ou la veuve– se prêtera à une étreinte, ou mêmesimplementà un
contact ». 207
Il est évident que pareille prestation, en ce qu’elle comporte un
rapprochementcharnel en dehors du mariage ou mêmede simplesattouchements,
est non seulementimmoralemais aussi infractionnelle et donc contraire à l’ordre
public. Le viol ; l’attentat à la pudeur, l’adultère (dans le chef de « officiant »
marié), l’outrage public à la pudeur pourraient en effet se consommerainsi.
Certes, s’agissant de cette dernière infraction, « tenant comptede la notionde la
pudeur, le législateura excludu champd’applicationde l’article 176 du code pénal
tous les actes d’outrage publicà la pudeur qui ne sont pas de nature à corrompre
les mœurs de ceux qui peuvent en être témoins pour éviter des poursuites
inopportunes. Dans certains milieux en effet, certains actes considérés comme
obscènesne peuvent, aux yeux des natifs, ni blesser la pudeur, ni corrompreles
mœurs.C’est ainsi que ne peuvent pas tombersous le coup de l’article 176 du code
pénal … certaines cérémoniescoutumièresqui obligentles acteurs à poserdes actes
considérés comme impudiques(par exemple exhibitiondes parties génitales, ou
dans provocantes …) ». Mais dans la mesure où, par une sorte d’abus et de
dérapages coutumiersou « praeter-coutumiers » en particulier dans les milieux
extra-coutumiers ou urbains, les rites de veuvage – et plus généralement les
207 SOHIER A., op. cit.N° 251, pp. 195-196.
171
obsèques– deviennenten réalité prétexte à toute sorte de fantasmes immorauxet
corrupteurs, rien ne peut faire obstacle à l’application de la loi.
Dans certaines coutumes, un rite de séparation définitive est organisé au
momentde la levée du corpssur le lieu du deuil. Pendant que le cortège funèbre se
mettra en route en directiondu cimetière,le conjoint survivantdevra déchirer une
feuille de plante, signe de rupture de tout lien avec l’époux décédé, puis devra
courirdans la direction opposéesans se retourner,poursuivipar quelquesmembres
de sa belle-famille. Il ne participera donc pas à l’inhumationde son conjoint et
sera caché dans un lieu (case ou chambre)de réclusiontout le temps que durera le
deuil. Là, il est soumisà un certain nombred’interdits et d’obligations :ne pas
dormirdans la chambreou le lit nuptial, ne pas recevoirou regarder des étrangers,
ne pas manger certains aliments, se vêtir sommairement en tenue de deuil, etc.
Entre-temps, des tractations vont s’engager entre les deux familles pour
régler le sort du conjoint survivantaprès le deuil. Problèmede partage successoral
(encore que dans la conceptioncoutumièrela veuven’a pratiquementpas droit à
hériter des biens de son mari et que, la femme mariée n’ayant en principepas de
biens propres, sauf ceux à usage personnel ou domestique, la question de la
participationde son mari survivantà sa successionne se pose pas) ; problèmede la
situation des enfants (qui va les élever ou les prendre en charge) ; problèmedu
remplacement de l’épouse ou du mari ; etc.
Concernant le problèmedu remplacement de l’épouse – donnant lieu au
lévirat – il s’agit pour les parents de la femme défunte, expliqueSOHIER208, de se
mettre en quête de valeursdotales à rembourserau veuf, de façon à lui permettre
d’essayer de se procurerune nouvelleépouse. Ensuite, si les enfants restent avec
leur père, celui-ci doit trouver quelqu’unpour s’occuperd’eux. Il faut que celle
qu’il va épouser s’en charge. Si les enfants retournent dans la famille
matrilinéaire,une des filles de la parentèle de la mère doit être désignée pour en
prendre soin. Commetout cela serait simple si une jeune fille de la famille de la
défunte consent à épouser le veuf. Solution de bon sens car : plus de dot à
rembourser,plus d’alliance rompue,resserrementdes liens d’alliance, les enfants
auront une nouvellemère qui, étant de la famille de l’ancienne, les entretiendra
dans l’amourde celle-ci. Cette solutionest de droit dans certaines coutumesoù le
veuf peut demander à la belle-famille de lui remplacerla défunte. Il recevraune
jeune sœurou cousineet cette nouvelleunionconjugale sera entée sur l’ancienne
alliance. Mais il s’agit bien d’un mariage : un supplémentde dot sera payé à titre
de preuve du mariage et une cérémonied’échange des consentementsaura lieu.
Preuve que la remplaçante doit consentir.Et si aucune des filles de la famille ne
208 Idem, n° 252, p. 196.
172
consent, la dot sera rendue et le remplacement n’aura pas lieu
209.
Quant au problèmedu remplacement du mari – ou pseudo lévirat – il se
présente comme un système de succession où la femme passe en héritage à
l’héritier du mari. Il s’agit d’un usage de remplacement, parallèle au précédent.
210
Toutes ces pratiques, vécues à l’époque comme solutions de bon sens,
connaissent aujourd’hui, là où elles sont encore appliquées, en particulier ne
milieux traditionnels, certains dérapages. Il n’est pas rare aujourd’hui que la
famille force la main à la jeune fille – surtout si elle est mère célibataire – soit
pouréviter de rembourserla dot, soit parce qu’il s’agirait d’une partie avantageuse
pour la famille. Un autre excès consiste à briser le ménage d’une femme par le
divorceafin de pouvoirla remettre commeremplaçante : ce n’est pas là une cause
de divorceadmissible211 ; ou encore à faire fi, dans la pratique du pseudo-lévirat,
de la volontéde la femme qui est traitée réellementen objet légué. Par ailleurs, au
regard du deuil, ce qui choque, ce n’est pas que la veuveou le veuf manifeste sa
douleur, mais qu’onles soumette à des sévicescommepour garantir la souffrance
ou s’en assurer ; ce qui serait compréhensiblec’est que le veuf ou la veuves’impose
librement et par un ultime geste d’affection des interdits pendant un certain
temps, plutôt qu’ils y soient contraints.
Il est certain que, les solutions qui se dégagent des tractations sur le
règlement du sort du conjoint survivantaprès le décès de l’épouxseront plus ou
209 « Systèmeen soi excellent. Nonpas parfait, commenteSOHIER(ibidem, n° 252, pp. 196-197) : on
observeque par lui souventune très jeune fille deviendra l’époused’un vieuxveuf. Que la famille
désirant la combinaison,pèsera souvent sur sa volonté en dépit de la loi. J’incline à penser que
dans l’ensembleles avantages l’emportent sur les inconvénients.Il était rarement nécessaire de
faire violenceà la jeune fille, d’abord parce que toute son éducation la portait à se sacrifier au
profit de la parentèle, ensuite parce que la situation de remplaçante comportait de sérieux
avantages : elle prenait la place de la remplaçante, avec peut-on dire, toute son ancienneté dans
le ménage. Les enfants étaient réputés être les siens, si bien qu’en se mariant elle acquérait cette
situation privilégiéede mère de plusieursfils ou filles. Dans un ménage polygamique,elle prenait le
rang d’épouse de la défunte, y en eût-il deux ou trois plus ancienne qu’elle … »
210 SOHIER(idem, n° 253, pp. 197-198) présente cette situation de la manière suivante : « La fin du
deuil approchant, la femme, qui est jusqu’alors restée dans sa hutte, au sein de la parentèle du
mari défunt, va devoirrentrer dans sa famille, où elle conservepeut-être peu de proches,rompre
ses habitudes, quitter ses enfants dans certains cas. Sa famille va devoir rembourserla dot, puis
essayer de trouverpour elle un mari, car une femme sans épouxn’a pas de place normaledans la
société noire. Or, ce ne sera pas toujours facile de lui procurerun époux,une veuve,plus très jeune,
n’est pas ordinairementd’un placement aisé. Et pendant ce temps, désirant employerles valeurs
dotales qu’ellevient de recevoiren retour, la famille du défunt va chercherune femme pourun de
ses membres.De nouveau,l’idée a dû jaillir tout naturellementde combinerles deux opérations.Ce
sont les parents de la veuvequi, dans son intérêt, disent aux héritiers : au lieu de réclamerla dot,
gardez donc la femme. Que l’un de vousremplacele mari perdu. Ce sera l’héritier, ayant droit à la
restitution de la dot, qui devra en décider. Oubien il prendra la femme pour lui, ou, plus souvent,
déjà pourvului-même, il en fera profiter un de ses frères encore célibataire. Généralement, c’est
le conseilde famille qui fait la répartition, en tenant comptedes goûts des deux intéressés, qui, si
sévère que soit le deuil, auront su montrer leur volonté. En tous cas, il s’agit de nouveau d’une
nouvelleunionconjugale greffée sur l’ancienne alliance. Un supplémentde dot devra être versé à
titre de preuve, et une cérémonie,simplifiée, d’échange de consentementaura lieu. Car, la femme
et l’héritier ont le droit de refuser ».
211 SOHIER A., Le mariage …, op. cit., n° 430, pp. 208-209.
173
moinsavantageusesselon que le deuil s’est déroulé dans la sérénité ou non, que le
veuf ou la veuvese sera ou non plié aux différentes épreuveset interdits auxquels
il ou elle a été confronté(e). Soncomportementdurant le mariage, vis-à-vis de son
époux et de sa belle-famille pèsera également sur la balance. Autant dire que,
dans la plupart des cas, les rites de veuvage deviennent prétexte à un certain
nombrede règlements de comptes familiaux, de manifestations de frustrations
tues ou contenuesjusque-là, de revirementde querellesfamiliales mal cicatrisées.
C’est ainsi que, dans une famille appartenant au groupeethniqueYombe(province
du Bas-Congo), habitant la communede Selembaoà Kinshasa, la belle-famille
s’est livrée, à l’occasiond’un deuil, à une véritablechasse à la veuveau momentde
l’enterrement du mari en lançant à celle-ci du sable et des calebasses remplies
d’eau. Toujoursà Kinshasa, une dame qui venait de perdre son mari rapporte son
calvaire en ces termes : « Avant que la dépouille mortelle de mon défunt mari ne
soit transférée à Kinshasa, j’étais somméede garder la tête baissée à côté du
cercueil sans jamais oser la soulever.Une occasionpropice pour ma belle-famille
de prendre sa revanchesur moi, car … monbeau-père avait déclaré à son fils qu’il
ne lui pardonneraitjamais le fait qu’il ait refusé de prendre en mariage la jeune
fille qu’il lui avait proposée.Pendant que je me tordais de douleurdans la chapelle
ardente, mon beau-père et ses enfants tramaient un coup fatal contre moi. D’un
mouvementbrusque,il m’assenaun coup sur la tête avec une barre de fer. Du sans
jailli. Tout le monde cria au meurtre. Après l’inhumationde mon mari, sa famille
refusa de me délier de leurs coutumesavilissantes. C’est une sœur en Christ qui
m’avait lavée. Depuislors, je suis au Centre international des femmes messagères
du Christde MamaOlangi ».212 A Lemba,autre communede Kinshasa,pourrespecter
la coutumekongo,une veuvedut veiller toute une nuit, installée quasimentcontre
le cercueil, la dépouillemortelle de son mari qui non embauméecommençaitdéjà
à dégager une odeur de pourriture.
Lorsqu’onprête l’oreille pour écouter l’autre son de cloche, on entend ceci :
« C’est nous les membresde la famille du défunt qui avionscontrait notre frère à
épouser notre belle-sœur, déclare l’auteur de quelques actes violents sur une
veuve. Mais, une fois sous le toit conjugal, poursuit-il, celle-ci s’est montrée fort
ingrate à notre endroit. Pour manger, prendre une bière, avoir un peu d’argent
pour le transport, il fallait que notre frère soit là. Certains d’entre nous étaient
mal reçus, debout à l’extérieurde la parcelle, alors que ses frères et sœursétaient
bien accueillis … Fallait-il vraiment pardonner à une telle femme ? Si je l’avais
maltraitée pendant le deuil de monfrère, son défunt mari, c’est parce que c’était
une mauvaise femme ». 213
En fait, on est loin ici de l’esprit des coutumesque l’on pense perpétuer ainsi
par des pratiquesqui s’inscriventen réalité dans une logiqued’intérêts personnels
et criminels. Il est dif ficile d’imaginer que les sociétés traditionnelles qui
cultivaient un sens profond, presque religieux, des valeurs sociales et humaines,
aient pu produire des règles aussi déshumanisantes.Ces règles ont-elles été bien
212 Journal le Potentiel, n° 1157, du 28 octobre1997 : « Mauvaistraitement infligé à la veuvependant
le deuil ».
213 Ibidem.
174
comprises dans leur essence, bien interprétées par rapport aux contraintes
socioculturellesde l’époque, et finalement bien « inculturées » et transposées
judicieusement dans nos sociétés dites modernes ? On en a gardé les
épiphénomènes, les manifestations extérieures sans égards pour les ressorts
intérieurs qui en forment la « ratio moris ». Sait-on par exempleque derrière la
pratique du remplacement du mari défunt, il y avait notamment le souci de
procurer,souscouleurd’épousailles,une retraite honorableà des veuvesdésormais
incapablesde toutes prestations. « Tel jeune chef que j’ai connu, rapporte SOHIER,
avait dix-sept femmes, dont quatre seulement étaient ses épouses, et les treize
autres formaient l’asile de la vieillessedes veuvesde son oncle, son prédécesseur.
Femmeshéritées ! Dois-je les laisser mourirde faim ? disait-il. Et, commeelles
étaient officiellement unies à lui par mariage, il devait pour elles l’impôt
supplémentaire du polygame ». 214
On peut également imaginer que le traitement éprouvant auquel on
astreignait le veuf et surtout la veuveétait, dans l’entendement et dans la culture
de l’époque,une forme de sollicitudederrière la rugositéde laquellese cachait une
volonté attentionnée cherchant à combattre et à masquer la douleur morale
indiciblecausée par la perte d’un être cher par la douleurphysiquedes interdits et
autres tracasseries. En outre, où se trouvele mal dans l’idée de perpétuer,au-delà
de la mort, les preuvesd’affection de façon à resserrerles liens des deux familles
en un momentaussi critique ?Finalement, l’obligationd’une indemnitén’était-elle
pas, à l’instar du fait de retenir une partie de la dot, une mesurede protectionde
la femme qui prendra le mari attentif au sort de cette dernière ?
Le drame, c’est que l’on veut transposer telles quelles des pratiques d’un
autre âge dans un monde qui a perdu ses repères coutumierset qui se refuse à le
reconnaître ; un monde appelé à la modernitémais qui en même temps semblela
repousser comme un danger pour son « authenticité » tout en recherchant
paradoxalement et maladroitement les sentiers qui y conduisent. Il ne peut en
résulter qu’unemauvaisetranspositionde la coutumedonnant lieu à des pratiques
barbares, avilissantes et inhumaines que le législateur moderne ne peut que
réprouver.
Le drame, c’est aussi le glissementde la coutumequi dégénère en croyances
superstitieuseset en un chantage indécent en ce que celui-ci ne semble donner
aucune place à l’affection et à la liberté.
C’est ainsi qu’il faut comprendrela répressionpar le code de la famille des
mauvaistraitements du conjoint survivant,lesquelsvisent aussi bien la protection
de l’épouxsurvivantcontre les atteintes à son patrimoineque contre les atteintes à
sa dignité et à son honneur.
§2. – La protectionde l’épouxsurvivantcontreles atteintesà son
patrimoine
214 SOHIER A., op. cit., p. 198.
175
En abrogeant expressémentles coutumesqui prescriventle paiement par le
conjoint survivantou par sa famille d’une indemnité de décès à l’occasionde la
mort de l’un des époux,le législateurentend protéger celui-là contre les atteintes
à son patrimoine.
Aux termes de l’article 545 du code de la famille, en effet, quiconqueaura
perçu ou exigé une indemnité de décès, appliquant ainsi des coutumesabrogées,
est frappé d’une peine de servitude pénale ne dépassant pas un moiset/ou d’une
peine d’amende de « 100 à 500 zaïres ».
Dans la pratique, il sera sans doute dif ficile de distinguercette qualification
du vol. En effet, « le père qui, à la mort de son fils, s’accapare un certain nombre
de ses biens(meubles,titres de propriété, argent, clefs de sa voiture)et des bijoux
de sa bru » 215 se rend-il coupablede l’infraction de l’article 545 ou de l’infraction
de vol ?
Il s’agirait de l’infraction de l’article 545 si les biens dont il s’est accaparé
correspondentà des valeurs constitutivesd’indemnité de décès au regard de la
coutume.Dansle cas contraire, c’est la qualification de volavec violencequi devrait
être retenue, surtout que d’une part l’indemnité de décès ne peut normalement
provenirque du patrimoine du conjoint survivant ou de ses parents et non du
patrimoinedu de cujus, d’autre part la soustractionopérée porte préjudice à la
succession de ce dernier.
Il est donc important, pour la meilleurecompréhensionde cette infraction,
de préciser la notion d’indemnité de décès.
Il faut savoir que le deuil est généralement l’occasion d’une obligation
réciproqueentre les deux belles-familles de se rendre, par compte et décompte,
les cadeaux qui ont marquéle coursde l’union. Il est aussi l’occasionde nombreux
présents, plus ou moinsréciproques,dont le détail varie d’après les coutumes.Ils
répondent aux multiples idées de témoignages de condoléances, de suprêmes
accomplissementsdes devoirsd’affection, d’entretien, de marquesde satisfaction
mutuelleet de reconnaissance,indiquant qu’onn’a pas de reprochesà s’adressées
et qu’au contraire, on se donne en quelque sorte quitus.
216
L’indemnitéprend aussi valeursoit de restitutionde la dot, soit compensation
verséeau groupementdu de cujus. Lorsquecelui-ci est le mari, la femme doit dans
certaines coutumes,une indemnité à la famille du défunt. Cet usage n’est signalé
que dans les coutumesoù la femme demeurait dans son villagemalgré le mariage ;
ce qui amène à se demander si le mari n’était pas, dans la mentalité indigène, aux
risques du groupe dans lequel il était venu habiter. En revanche, la femme est
dispenséede tout versementsi elle devient l’époused’un héritier du défunt, si bien
que l’indemnitépourraitavoirle caractère d’une sorte de prixde libérationdans le
215 Journal
« Le Potentiel », op. cit.
SOHIERA., Le mariage en droit coutumiercongolais,LibrairieFalks fils, Bruxelles,1943, n° 423, p.
216
204-205.
176
cas où il n’y a pas remboursement de la dot.
217
Lorsquele de cujus est l’épouse,l’indemnitéest une compensationverséeà sa
famille qui est définitivement privée de celle qu’elle avait remise à l’époux. En
outre, elle apparaît comme une réparation fondée sur l‘idée de responsabilité
dans ce sens que le marie, en recevant la femme, en avait accepté le risque ; et il
avait assumé des devoirs d’aide et d’entretien qui sont présumés en défaut.
Parfois, le raisonnementva jusqu’à considérerle mari commecoupablede la mort
de son épouse et à entraîner une véritable exploitation,accompagnéede sévices.
Dans certaines coutumes,l’indemnité n’est pas due si la femme s’est suicidée ou
encorequand la femme meurt dans sa famille ou quand le mari n’a pas emmenéla
femme horsde son groupement :par son retour ou son maintiendans sa famille, le
devoir du mari de prendre soin d’elle se trouve en effet paralysé. En revanche,
une indemnité sera payée lorsquela femme meurt pendant la grossesse ;usage
résultant de la croyance selon laquelle la mort serait due à l’adultère du mari
pendant la période de gestation.218
§3. – La protection de la dignité personnelle de l’époux survivant
Sont aussi pénalementsanctionnéesles coutumesavilissantesqui imposentun
mauvais traitement à infliger à l’époux survivant tels les coups et blessures, les
voies de fait, etc.
Ainsi, sans préjudice des sanctions prévues par ces dernières infractions,
sera puni d’une peine de servitude pénale ne dépassant pas un mois et d’une
amende compriseentre « 100 et 500 zaïres » ou de l’une de ces peines seulement,
quiconqueaura imposéau veuf, à la veuve ou à leurs parents un traitement ou
l’accomplissementdes rites incompatiblesavec la dignité humaine ou avec le
respect dû à leur liberté individuelleou à leur vie privée. C’est ce que prescrit 544
du code de la famille.
Il en est ainsi de celui qui aura couvert de boue le veuf ou la veuvepour le
souillerou l’incommoder.De même,des agressionsinjurieusesenversla veuveou ses
parents rentrent dans les termes de cette prescription pénale.
Une autre manière de protéger la dignité et le patrimoine du conjoint
survivant est de le préserver de l’indigence due au manque d’aliments. Le
législateury pourvoit,rappelons-le, à l’article 725 du code de la famille qui fonde
l’incrimination d’abandon alimentaire à charge de la succession du conjoint
prédécédé, c'est-à-dire aussi bien, des descendants que des ascendants appelés à
la succession.
Enfin, dans le soucide protégeref ficacement le conjoint survivantcontre les
mauvaistraitements, le professeurLIKULIA préconiseque soit prohibépénalement
toute pratique coutumièreou de lévirat, pratiquescontrairesà l’esprit de l’article
217 Ibidem, n° 424 et s., 436 et s., pp. 205 et s. et 211.
218 Ibidem, n° 426-427, pp. 206-207.
177
541 du code de la famille qui disposeque le mariagese dissoutde plein droit par la
mort de l’un des époux nonobstant toute coutume contraire.
Sous-sectionIV – Evaluationdu nouveaudispositifréprimantles
atteintes aux devoirsmatérielset morauxde la
famille
Après une évaluationgénérale du nouveaurégimelégislatif d’abandon de la
famille, nous examineronsla situation particulière de la femme mariée, victime
d’abandon pécuniaire ou d’abandon matériel et moral.
§1. – Evaluation générale
Le dispositif du code de la famille réprimant les atteintes aux devoirs
matériels et morauxde la famille marque une avancée certaine sur l’ancienne
législation, en particulier au regard de la protectionpénale de l’épouxsurvivant,
soumis aux mauvais traitements affectant son patrimoine ou sa dignité.
Il présente également le mérite, au plan technique, d’avoir assuré une
certaine unité de l’incrimination d’abandon de famille, réduit certes à un
abandon alimentaire, autour duquel cependant gravitent tout une série d’actes,
pareillementréprimés,qui précarisentla miseen œuvrede l’obligationalimentaire.
Il s’agit, en quelque sorte, d’incriminationapparaissant commemesures pénales
d’accompagnement de la répression de l’abandon alimentaire.
Enfin, ce dispositif réalise une avancée certaine dans la préoccupation
égalitariste 219 et anti-sexiste 220 qui le caractérise. Il en résulte un régime répressif
qui soumet les époux aux mêmes contraintes pénales en cas d’abandon de famille.
Cependant, le modèle qu’il met ainsi en œuvre produit des effets
défavorablesà la protectionde la femme dans son statut d’épouseet de mère, par
référence au régime que consacrait le décret du 15 juillet 1949, aujourd’hui
abrogé.
Rappelonsque sousl’empirede ce dernier texte, le législateuravait incriminé
différents faits caractéristiques d’abandon se situant d’une part dans les
relations entre les parents et leurs enfants (abandon alimentaire, abandon
219 Ce qui n’était pas le cas sousl’ancienne législationoù l’incriminationd’abandon matériel et moral
de la femme par exemple ne protégeait que les femmes qui avaient contacté le mariage
monogamiquecoutumierou le mariage religieuxayant reçu le statut légal. Elle excluait ainsi de son
champ d’action, en tant que victimes, les femmes mariées selon les règles de droit écrit et les
femmes mariées selon les règles coutumières sous le statut matrimonial polygamique.
220 Rappelons à cet égard que l’ancienne infraction d’abandon de famille se référait à la notion
d’autorité familiale et procédait d’une logique civiliste où la femme était « minorisée »,
subordonnéesinonsubornéeau mari ainsi qu d’une logiquesocioéconomique qui faisait de la femme
un être dépendant, dont les besoins vitaux même les plus banals dépendaient entièrement de
l’hommeinvesti de l‘autorité maritale. La nouvelleincriminationd’abandon de famille n’a plus le
caractère « infériorisant » et « infantilisant » à l’endroit de la femme. Le code de la famille se
veut ici progressiste, assurant une répartition égalitaire et réciproquedes droits et des devoirs
entre l’homme et la femme dans le ménage.
178
matériel et moral des enfants), d’autre part dans les relations entre conjoints
(abandon alimentaire, abandon matériel et moralde la femme, abandon du foyer
conjugal ou refus de cohabitation).
Si la nouvellelégislationa réaf firmé dans ses grandes lignesla répressiondes
abandons s’inscrivantdans les relations entre les parents et leurs enfants, elle se
montre moins engagée au regard de la répressiondes abandons impliquantles
conjoints, en particulier la répression de ce que l’on pourrait englober sous la
qualification générique de « mauvais traitements de la femme par abandon ».
Les mauvaistraitements par abandon de la femme se présentaient sousdeux
formes visant respectivementl’abandon pécuniaireet l’abandon matériel ou moral
de la femme. Ces incriminationssanctionnaient la défaillance du mari vis-à-vis
d’une part des obligationspécuniairesrésultant d’une décisionde justice, d’autre
part des obligations matérielles ou morales découlant de l’autorité maritale.
§2. – Evaluation se rapportant à l’abandon pécuniaire de la femme mariée
S’agissant de l’abandon pécuniaire de la femme, il convient de noter que
cette infraction consistait dans l’inexécutiond’une dette d’argent reconnue par
une décisionjudiciaire. Cette dette devait avoir,commedans l’actuelle législation,
un caractère alimentaire et être fondée sur l’existenced’un devoirfamilial. C’est
ainsi que, rappelons-le, la pensionallouée en coursde procédurede divorceà titre
d’avance sur la communautéétait écartée du champd’applicationdu décret du 15
juillet 1949. Ce dispositif, toujours en vigueurdans la nouvellelégislationest fort
critiquableen ce qu’il restreint la garantie accordée à la femme à la seule dette
alimentaire, écartant de ce fait les prestations pécuniaires à caractère
indemnitaire et autres pensions.
§3. – Evaluationse rapportantà l’abandonmatérielet moralde la femme
mariée
Quant à l’abandon matériel et moral de la femme mariée que prévoyait
l’article 18 alinéa 1er du décret du 5 juillet 1948 relatif au mariage monogamique
des autochtones,il consistait dans le fait pour un mari de ne pas assurer, suivant
les usages locaux, le logement et l’entretien de sa femme.
Notre évaluation va porter successivementsur la victime, puis sur l’acte
matériel caractéristique de cette infraction.
A. La femme mariée, seule victime de l’infraction
La victimede l’infraction ne pouvaitêtre qu’unefemme mariée. La concubine
abandonnée était exclue de cette garantie. De même que la femme épousée en
secondes noces par un hommedéjà engagé par ailleurs dans des liens conjugaux
valides et non encore dissous ;peu importequ’elle ait été ou non complicede cette
179
fraude à la loi. Le mariage frauduleux, c'est-à-dire entaché du vice de bigamie,
étant nul et de nul effet, la loi pénale ne peut cautionner ce qu’elle interdit.
Evidemment,le juge saisi dans ces circonstancespour connaître de l’abandon de
la femme devait préalablementstatuer d’office sur la bigamie. Rejetant l’action
intentée sur la base de l’abandon de la femme, il devait cependant prononcer
contre l’hommeles peines de bigamie,au besoincumuléesavec celle de l’adultère,
si toutefois l’épouse offensée, c'est-à-dire la femme légitime s’était jointe à la
procédure et avait porté plainte de ce chef. Reste, naturellement, à savoir si
l’adultère commisau moyen ou à la faveur de la bigamie revêt un caractère
injurieux pour emporter la condamnation du mari.
Ajoutons que la femme « usurpatrice » de mauvaise foi pouvait être
également poursuiviepour complicitéde bigamie.Elle passait ainsi de la situation
déclarée de victime d’abandon à celle de prévenue-complice. Il lui était par
ailleurs dif ficile, voire impossibled’obtenir des dommageset intérêts devant les
juridictions civilesqui pouvaientlui opposerla règle « nemo auditur turpitudinem
suam allegans ». Mais la femme « usurpatrice » ou la concubine de bonne fi,
c'est-à-dire celle à qui l’hommeavait dissimulésa situation matrimoniale,ou la
concubinenon adultère pouvaient faire aboutir une action en dédommagement
fondée sur la séduction, le scandale, l’adultère ou même l’espérance chimérique
d’une vie conjugale.
Lorsquela femme « usurpatrice »ou la concubineadultère ou non adultère
abandonnéeavaient eu des enfants avec leur amant, la possibilitéd’une action en
subsidesleur était également ouverte ; leur mauvaisefoi ou leur bonne foi était
alors indifférente car l’action intentée ne dérivait pas d’une faute, mais de
risques assumés par l’hommequi s’était aventuré à vivre maritalement avec une
femme en fraude à la loi.
Ces actions civiles n’étaient bien évidemment recevables que devant les
juridictions civiles. Au pénal, elles n’avaient aucune chance d’aboutir puisque
l’infraction susceptiblede fonder l’action répressiveprincipale sur laquelle elles
étaient venues se joindre n’était pas établie.
Il convient enfin de noter que la protection qu’assurait l’infraction sous
examenne s’étendait pas indistinctementà toute femme mariée. Seulespouvaient
s’en prévaloirles femmes ayant contracté le mariagemonogamiquecoutumierou le
mariage religieuxayant reçu le statut légal. Etaient donc exclues du champ de
cette infraction en tant que victimes :les femmes mariéesselon les règles de droit
écrit et les femmes mariéesselon les règles coutumièresavec le statut matrimonial
polygamique.
Cette double exclusion était aisément compréhensible.
D’abord, en ce qui concerne le mariage coutumiercontracté sous le statut
polygamique, la politique du législateur colonial a été des plus prudentes.
Légiférant pour l’avenir, celui-ci a interdit en 1948 le mariage polygamique,
180
désormaissanctionnépénalement. Cependant, à l’égard des personnesqui étaient
déjà engagées dans ce type d’union conformément aux coutumes locales, il a
préféré ne pas troubler l’ordre coutumierdes familles et s’est contenté à titre
transitoire de prendre acte officiellement de cet état de fait coutumier en
imposant l’immatriculationdu mariage ainsi contracté au registre de l’état civil
(article 13 du décret du 5 juillet 1948). Dans son esprit, le mariage coutumier
polygamiqueétant appelé à disparaître – puisque interdit désormais – il ne
pouvait plus être question de légiférer dans ce domaine en sursis où seules
devaient s’appliquer les règles coutumières.
En ce qui concernele mariage contracté selon les règles du droit écrit, il n’a
vraisemblablementpas paru nécessaireau législateur de garantir pénalement des
obligations que le droit civil imposait déjà impérativement au mari.
Quant au mariage coutumier, c'est-à-dire aussi bien celui contracté
exclusivementsuivant les coutumesque celui contracté à la fois suivant les règles
coutumièreset les règles d’un culte religieux,le problèmese posait différemment.
Ces mariagesen effet étaient considéréscommevalablespourautant qu’ilsétaient
conformesaux règles coutumièresou aux règles d’un culte religieuxet qu’ilsétaient
inscritsdans les formes et conditionsdéterminéespar la loi. Les personnesmariées
sous ces régimes n’étaient donc pas soumisesaux règles de droit civil. Aussi le
législateur pénal avait-il tenu à protéger spécialement les femmes concernées,
contre le défaut d’entretien et de logement de la part de leur époux.
Il n’en reste pas moins que, ce faisant, on avait institué un régime de
protection discriminatoire à l’égard des femmes mariées sous des régimes
différents. Tant et si bien que l’on pouvaitdire que si l’infraction d’abandon de la
femme mariée pouvaitapparaître commeune conséquencede l’autorité maritale
la loi pénale n’avait guère attaché à celle-ci la mêmeportée universelleque la loi
civile.
B. L’acte matériel caractéristique de cette infraction
L’actematériel d’abandon de la femme mariée était doublementcaractérisé.
Il était en premierlieu constituépar le défaut d’assurer le logementà son épouse.
Il ne s’agissait pas du refus de cohabitationque réprimaitl’article 17 du décret du
5 juillet 1948, mais du fait de mettre la femme dans l’impossibilitéde cohabiter
conjugalement étant donné l’inexistence d’un lieu de cohabitation conjugale.
Cette infraction sanctionnait donc l’inexécutiondu devoir qui incombeà chaque
mari d’assurer un logement à sa femme. L’article 120 alinéa 1er du code civil
obligeaiten effet la femme « d’habiter avec son mari et de le suivrepartout où il
juge à proposde résider » ; encore que cette habitationconjugale lui soit indiquée
par le mari, « chef de l’association conjugale » (article 119 du code civil), qui
choisitle lieu où il « juge à proposde résider » avec sa femme et qui est « obligéde
recevoir »celle-ci sousson toit (article 120 alinéa 2 in limine du code civil). Il avait
ainsi dans la répressionde l’abandon de la femme mariée un aspect pédagogique
181
et moral certain puisque,commeconseillele professeur LIKULIA 221, le futur époux
doit veiller à trouver un logement avant de contracter mariage.
En deuxièmelieu, l’acte matériel constitutif d’abandon de la femme mariée
consistait dans l’inexécutiondes obligationsd’ordre moral et matériel ; obligations
que l’article 120 alinéa 2 du code civilexprimaiten enjoignant le mari de fournir à
sa femme « tout ce qui est nécessairepourles besoinsde la vie, suivantses facultés
et son état ». Rentrait dans cette définition notammentle fait de ne pas procurer
à manger à sa femme, ou plus généralement le fait de na pas lui donner toute
l’assistance voulue. Il en était de même du fait pour le mari de mal habiller sa
femme alors qu’il avait les moyensde l’habiller décemment. Pour établir la faute
du mari, il suffisait par exempled’établir qu’il dépensait de façon inconsidéréede
l’argent en dehors du ménage et que ces dépenses étaient susceptiblesde couvrir
les besoinsde la toilette de sa femme. Apporter la preuve que le mari habillait
luxueusementune femme qu’il entretenait hors mariage alors que son épouseétait
négligée, était à cet égard suffisant.
Notons que, contrairement à ce qui se passait dans les autres formes
d’abandon, ici le législateur n’exigeait pas que le défaut d’assurer à sa femme
entretien et logement ait duré un certain laps de temps.
Cela étant dit, on ne peut s’empêcherde relever et de soulignerle caractère
« infériorisant »et infantilisant » de cette incriminationqui procède d’une logique
civiliste dépassée, où la femme était « minorisée »et subordonnéeau mari, voire
subornée par lui ; et d’une logique socio-économiquequi fait d’elle un être
dépendant dont les besoinsvitauxmêmeles plus banals dépendaient entièrement
de l’homme investi de l’autorité maritale.
Avant l’avènement du code de la famille, les formules étaient nombreuses
qui établissaientla prépondérancedu mari : le mari doit protection à sa femme, la
femme obéissanceau mari ; le mari a le pouvoirde décider dans toutes les affaires
concernant la communauté conjugale ; le mari est le chef de l’union conjugale ;
etc. Le mari était ainsi le chef incontestéde la famille. Il disposaitde la puissance
paternelle sur ses enfants et de la puissance maritale impliquaitque la femme
devait obéissanceà son mari, habiter avec lui, le suivrelà où il voulait, ne pouvait
exercer une profession sans son autorisation et que le mari avait le droit de
surveiller sa correspondance et ses relations.
Certes, le nouveaucode de la famille n’a pas radicalement modifié le statut
de la femme mariée ; il n’en relativise pas moins l’autorité du mari, chef du
ménage qui dirige celui-ci avec le concoursde son épouse. En toute hypothèse,
l’autorité maritale est, en cas de nécessité, soumiseà contrôle soit du conseil de
famille, soit du tribunal de paix. Ce qui a fait dire au professeurBOMPAKAque le
législateur a introduit, sous le toit conjugal, entre l’homme et la femme, un
troisième personnage : le juge. Ainsi par exemple, s’il est vrai que l’épouse est
obligée d’habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge à propos de
221 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois,
ère édition,
1 op. cit., p. 152, note n° 23.
182
résider, le mari ne peut fixer cette résidence de façon abusiveou contraire aux
stipulations entre époux sous peine de voir sa décision
183
SOUS - TITRE 2
LE DROIT PENAL DE LA FAMILLE DANS LES RELATIONS ENTR
PARENTS ET ENFANTS
« Tant qu’il ne s’agit que des époux, observeGeorges LEVASSEUR222, le droit
pénal n’opposeaujourd’hui qu’unebien faible digue au flot de sexualitédébridée,
d’instabilité conjugale, d’indépendance totale de vie sous tous ses aspects, qui
ravage la société contemporaine.Mais l’enfant compliquetout… La nature est
ainsi faite que le petit d’hommeest incapablede subvenir seul pendant longtemps
aux actes de plus nécessaires à sa vie : nourriture, soins, vêtements, affection
aussi, et que jusqu’à présent, c’est essentiellementsur sa famille qu’il a compté
pour arriver à se développernormalement ».Aussi est-ce dans le cadre familial
que le droit pénal organisele premier espace de protectionde l’enfant. Certes, il
se préoccupeégalement de la protectionde l’enfant hors du cadre familial, « la
suppléance, en quelque sorte, du rôle d’une famille inexistence, défaillante ou
impuissante,car il faut bien (tout le problèmesocial est peut-être là) faciliter la
maturation du jeune et son passage à l’âge adulte » 223. Mais, notre perspective
s’inscrivant non pas en dehors du cadre familial mais en son sein, c’est donc
naturellement l’intervention du droit pénal dans les relations entre parents et
enfants qui nous intéresse ici.
Avant d’être parents, les pères et mère sont époux ; donc engagés dans les
liens du mariage dont l’un des buts est la procréation. C’est précisément là le
premier point où le droit pénal intervient pour assurer la protection virtuelle de
l’enfant en veillant à lui garantir une certaine chance d’exister (chapitre 1).
Ensuite, l’enfant né, il faut non seulement protéger son intégrité physique,mais
aussi sanctionnerles atteintes physiquesqu’il pourrait exercer sur ces ascendants
(chapitre 2). Il faut également assurer la protection de sa pudeur et de son
éducation (chapitre 3).
222 LEVASSEUR Georges, « les transformations du droit pénal concernant la vie familiale », op.cit 61
223 Ibid
184
CHAPITRE I
PROCREATION ET DROIT PENAL OU LA PROTECTION VIRTUE
DE L’ENFANT
La procréation ou l’éclosion d’une possibilité ultérieure de vie humaine
autonomerésulte de la segmentationde l’œuf fécondé. Dès cet enfant, écrivent
LIKULIA, EKELEet FOFE224. « Le législateurpénal intervient pourgarantir l’enfant
en formation contre toute atteinte de nature à compromettre son intégrité
physiqueou son développementnormal. Sa volonté protectrice à l’égard de cet
enfant simplementconçuest si forte qu’il complète son action répressivepar une
action préventive.Placée loi en amont des manœuvresabortivesproprementdites,
en interdisant toute propagande anti-conceptionnelle ».
Ainsi, poursuiventces auteurs, « répressionet préventionconstituentles deux
faces d’une politiquecriminellequi tend à concilierles antagonismesvirulentset
parfois irréductiblesqui surgissenten matière de protectionvirtuelle de l’enfant
et à réaliser un dif ficile équilibreentre la moraleet la liberté. Celle-là enseignele
respect de la vie ; celle-ci postule d’une part le droit pour le couple de disposer
librement de son corps, d’autre part, le droit pour le couple de désirer une
naissance au momentqu’il choisit »225. C’est dans ce contexte que s’inscriventd’une
part la législationrelative à la protectionde la natalité (section I) et d’autre part
l’incrimination de l’avortement (section 2).
Section 1.LA PROTECTION DE LA NATALITE
La protection de la natalité est assurée d’une part des dispositions
attentives à la situation pénale de la femme enceinte, et d’autre part par
l’incriminationde la provocationà l’avortement, autrement dit la propagande
anticonceptionnelle que sanctionne l’article 178 du code pénal.
§.1 - Dispositions spéci
fiques à la situation pénale de la femme enceinte
Lorsque de façon générale, le droit pénal se montre particulièrement
attentif à la femme enceinte, il entend bien évidemmentcontribuer,même en
situationde délinquanceactive, au confort physiqueet psychologique
de la future
224 LIKULIA B., AKELEADAU,FOFEDJOFIA MALEWA.’’La protectionde l’enfant contre les atteintes à
sa vie physiqueen droit pénal spécial comparéfrançais et Zaïrois’’, in Annales de la faculté de
droit de l’Université der Kinshasa, Vol VIII-X 1979-1981. Presses De l’Université de Kinshasa,
Kinshasa, 1985, p 72.
225 Ibid, p 73
185
mère. Et, il réalise ainsi par la même occasion la protection de la natalité.
Le cas d’abandon de la femme enceinte que nous avons étudié ci-avant
aurait pu être relevé ici à titre d’exemple si le code de la famille s’était sur ce
point inspiréde l’ancienne législation226. Il est cependant vrai que le nouveaucode
marque à cet égard sa préférence pour le traitement civil de la question
d’abandon de la femme enceinte, lorsque celui-ci ne comporte pas un caractère
alimentaire. Les articles 582, 628 et 639 du code de la famille en sont la parfaite
illustration. Ils prévoient :
- Le droit de secourstemporairede l’hommeau profit de la femme divorcée
« pendant la période de grossesseet pendant l’année qui suit la naissance
de son enfant si la grossesse a commencé avant le divorce 227»;
- La condamnationdu père au paiement des indemnités et la remise de
présents dus en vertu de la coutumelorsque,l’af filiation ayant été faite
tardivement, des dépenses effectuées pour l’entretien et l’éducation de
l’enfant antérieurement à l’affiliation sont mises à sa charge ;
- La condamnationdu père au remboursementde tout ou partie des frais de
gésine et entretien pendant les neuf de la grossesseet tout le temps qui a
précédé l’affiliation.
N’oublions cependant pas - et nous le verrons en détail plus loin – qu’en
matière d’af filiation, le législateurne se privepas de rebrandirla menace pénale
en cas de refus d’af filiation 228. De même, le cas d’abandon de la femme enceinte
peut être pénalement récupéré – nous l’avons déjà dit – par l’entremise de
l’abandon alimentaire.
La protection de la natalité apparaît encore plus nettement sur le terrain
pénitentiaire.
En premier lieu, en matière de contrainte par corps, l’article 123 de
l’ordonnance n°78-289 du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officier et agent de police judiciaire près les juridictions de droit commun229
interdit l’exécutionde cette condamnationsimultanément contre le mari et la
femme, mêmepourdes dettes différentes. Elle doit être différée à l’égard de la
femme enceinte.
Deuxièmement,en matière d’exécutioncapitale, l’article 3 de l’arrêté du 2
avril 1898 relatif aux exécutions capitales 230 dispose que la femme enceinte
condamnée à mort n’est exécutée qu’après accouchement. Il lui fait ainsi
226 Cfr supra. p
227 Toutefois, le même texte dispose que la femme perd le droit au secourssi la non-paternité du
mari est établie judiciairement, ou si elle a bénéficié, sur décision du Tribunal,d’une quotité de
biens sur les fonds propresdu mari, indépendammentde la liquidation du régime qui les régissait
au moment du divorce (article 581 et 582 du code de la famille)
228 Article 614 du code de la famille
229 J.O. n°15 du 1er août 1978, p 7; le code judiciaire Zaïrois, édition de 1986, p 189
230 R.M. 1898 p , 59. Le code judiciaire Zaïrois, édition de 1986, p 189
186
bénéficier d’un sursisà exécution fondé sur son état de grossesse.Cette disposition
se conforme à l’article 6-5 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques,ratifié par la RépubliqueDémocratiquedu Congo231, aux termes duquel
« une sentence de mort ne peut être imposée pour des crimes commispar des
personnesâgées de moinsde 18 ans et ne peut être exécutée contre des femmes
enceintes ».
Mieuxencore : on note un renforcement de la garantie pénale en faveur de
la protection de la natalité dans le jeu combinédes articles 501 et suivants du
code de justice militaire relatifs aux crimes de guerre et aux crimes contre
l’humanité et des articles 76-2 232 et 76-3 233 du Protocole additionnel I 234 (ceux-ci
étant introduits par ceux-là dans norme pénale nationale). C’est ainsi que
priorité est accordée à l’examen des cas des femmes enceintes et des mères
d’enfants. De même qu’est interdite l’exécution de la peine de mort contre des
femmes enceintes et des mères d’enfants en bas âge.
§2. - La provocation à l’avortement et la propagande antinataliste
La provocationet la propagande sont prévuespar l’article 178 du code de la
famille qui leur appliquela mêmesanction à savoir :servitude pénale de 8 jours à
1 an et/ou une amende de 25 à 1000 Z. Mais les deux incriminésse distinguent
quant à leurs actes matériels.
A. La provocation à l’avortement
La provocationincriminéepar l’article 178 du code pénal ne doit pas être
confondue avec les provocationsconstitutives d’un acte de complicitéau sens des
articles 21 et suivants du même code. L’applicationde ces dernières dispositions
supposeque le délit d’avortement ait été consomméou tout au moinstenté, et que
la provocationait lieu par dons, promesses, menaces, abus d’autorité ou de
pouvoirs,machinationsou artifices. Tandis que la provocation à l’avortement est
une infraction autonome que le juge retiendra même si elle n’est pas suivie
d’effets, dès lors qu’il y a eu des discours prononcésdans les lieuxou des réunions
publiques ;la vente, la mise en vente ou l’offre, même non publique,l’exposition,
l’af fichage ou la distribution sur la voie publiqueou dans les lieux publics, la
distributionà domicile,la remised’écrits, imprimés,annonces, af fichages, dessins,
imagesemblèmes.Elle prohibeégalement la publicitéen vue de faire connaître
les cabinets qui ne sont en réalité que des officines d’avortement, la vente ou la
231 In Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, numéro spécial, avril 1999, p 23
232 « Les cas des femmes enceintes et des mères d’enfants en bas âge dépendant d’elles qui sont
arrêtées, détenues ou internées pour des raisons liées au conflit armé seront examinés en
priorité ».
233 « Dans toute la mesure du possible,les Parties au conflit s’efforceront d’éviter que la peine de
mort soit prononcéecontre les femmes enceintes ou les mères d’enfants en bas âge dépendant
d’elles pour une infraction commiseen relation avec le conflit armé. Une condamnationà mort
contre ces femmes pour une telle infraction ne sera exécutée ».
234 Protocole additionnel aux Conventionsde Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des
victimes des conflits armés internationaux (Protocole I).
187
distributiondes substances,remèdes, instrumentsou objets quelconquesdestinés à
commettre l’avortement.
Les alinéas 1 et 2 de l’article 178 du code pénal identifient commemodes de
provocation à l’avortement : l’exposition, la vente ou la distribution d’écrits,
imprimésou non, ainsi que tout autre support publicitairetendant à préconiser
différentes manières deb se procurerces moyensde s’en servir ; l’exposition,la
vente, la distribution,la fabrication, l’importation, le transfert, la remise à un
agent de transport ou de distribution, ainsi que l’annonce par n’importe quel
moyen de publicité, de drogue, engins ou appareils susceptiblesde faire avorter
une femme. Il convient de noter que les appareils dits préservatifs ayant un
intérêt médical et hygiénique ne sont pas concernés 235.
Ces différents actes ne seront ef ficacement retenus que si l’argent a agi
sciemment,sachant qu’il posait ainsi un acte interdit. Aussi, ne sera pas poursuivi
celui qui met en circulationou vend des livres contenant des indicationsabortives
dans un but scientifique ou médical. De même, échappe à la répression,la simple
détention à titre tout à fait privé d’écrits, d’imprimés,d’engins, d’appareil ou de
drogues abortif236.
B. La propagande anticonceptionnelle
Cette infraction est portée par les alinéas 3, 4 et 5 de l’article 178 du code
pénal qui incriminent quiconque :
- aura exposéou distribuédes objets spécialementdestinées à
empêcher la conception ou aura fait de la réclame pour en favoriser la vente,
- aura, dans un but de lucre, favorisé les passionsd’autrui en
exposant, vendant ou distribuant des écrits imprimésou non qui divulguent des
moyensd’empêcher la conception, en préconisant l’emploiou en fournissant des
indications sur la manière de se les procurer ou de s’en servir ;
- aura, en vue du commerceou de la distribution, fabriqué,
fait fabriquer,fait importer,fait transporter, remisà un agent de transport ou de
distributionou annoncé par un moyenquelconquede publicitéles écrits visésdans
l’alinéa précédent, sera puni d’une servitudepénale de huit jours à un an et d’une
amende de vingt-cinq à mille francs ou d’une de ces peines seulement.
Cependant, la mise en œuvre de ces dispositions rencontre quelques
dif ficultés.
En effet, ayant fait le constant de l’inadéquation entre la réglementation
de la propagande antinataliste et les réalités sociologiquesindiquant une nette
tendance au recoursaux méthodescontraceptivesmoderneset un besoinsde plus
en plus accru de s’informer sur les progrèsscientifiques réalisés dans ce domaine,
235 MINEUR, « Commentaire du code pénal congolais » 1953, p 374.
236 LIKULIA B. Droit pénal spécial Zaïrois,ème
2 édition, op. cit., p 310
188
le législateur 237 a été amené à instituer un cadre permettant aux hommeset aux
femmes qui le désirent d’avoir toutes les informations nécessaires sur la
régulation des naissances. L’ordonnancequ’il prise à cet effet violait cependant
visiblementla loi incriminantla propagande antinataliste. Elle avait néanmoins
pour elle une sorte de légitime de fait ou sociologiquequi, au-delà des
considérationsde formalismejuridique et de rectitude légistique,suffisait à faire
échec à l’applicationrigoureusede l’article 178 du code pénal. Sans compterque le
temps qui passe semble jouer au détriment de ce dernier, en faveur sinon de son
abrogation de sa reformulation.
En effet, les nécessités de la lutte contre le virus du sida préconisent la
prévention entre autre par l’abstinence des relations sexuelles et l’usage de
préservatifs masculins, ces moyens n’en ont pas moins pour conséquence
d’empêcher la natalité. Or il ne viendrait à l’esprit de personne, en dehors des
considérationsmorales ou religieuses238, d’incriminerla publicité à grande échelle
réalisée autour de l’utilisation de préservatifs.
Onpeut imaginerque la liberté des produitsanticonceptionnelsait un effet
d’atténuation du flot d’avortement plus ou moins clandestin. En l’absence de
statistiques officiels, il est dif ficile de le vérifier. Il y a cependant fort à parier
que, face au développementinsuffisant des Centres de naissances désirables,
ceux-ci n’aient qu’un effet peu signi ficatif sur l’avortement.
Section 2.L’AVORTEMENT
Garantir le respect de tout être humaindès le commencementde la vie est la
préoccupationfondamentale de l’incriminationde l’avortement. Le législateur
237 « Dans notre philosophiebantoue, rappelait alors le Chef de l’Etat, le but ultimedu mariage est la
procréation.Mais cette procréationn’est pas illimitée,et nouspouvonsmêmeaf firmer que dans nos
sociétés traditionnelles, une forte mortalité infantile provoquait un sentiment d’insécurité
résultant de la petitesse de la famille et entraînant automatiquement le désir de nombreuses
grossesses.Par exemple, un couple qui voulait avoir cinq enfants était amené à en savoirdix ou
quinze, espérant qu’il y aurait au moinscinq qui survivraient.Tandis qu’actuellementles familles
aisées tendent à avoir moins de naissances, car elles ont moinsde décès d’enfants. Le rôle de
l’Etat est donc de diminuerau maximumla mortalité infantile afin que le nombrede naissances
réelles puissecorrespondreà peu de chosesprès au nombrede naissances désirées. Ce problèmeest
connusousl’expressionde planning familial, mais nouslui préférons celle de naissance désirable,
car si l’on constate mêmedans notre société actuelle beaucoupd’avortementsintentionnellement
provoqués,c’est parce qu’un grand nombre de citoyennes préfèrent, au risque de leur vie,
interrompeleurs grossesses,plutôt que l’avoir une naissance qu’elle s ne désirent point. Il est de
notre devoir d’expliqueret de faciliter l’usage des contraceptifs afin d’éviter à nos citoyennesle
désagrément de l’exploitation des charlatans et féticheurs sans scrupules.Une telle maîtrise de
l ‘évolution de notre population permettra la maîtrise du développement national, car nous
adapterons la croissanceéconomiqueà la croissancede nos populations.Nous devons également
avoir à l’esprit que notre devoir est de bien élever nos enfants et que ceux qui ont beaucoup
d’enfants, et peu de moyens,risquent de les voir souffrir, plus que d’autres, d’un développement
physique et mental insuffisant (in Mobutu, « Discours,allocutions et messages », tome 2 , pp
277-278)
238 Il suffit d’évoquer à ce propos les fonctions de l’Eglise.
189
adopte en cette matière une attitude de principetendant à réprimerles pratiques
ou manœuvresabortives. Ce principe, posé par les articles 165 et 166 du code
pénal, ne connaît qu’une seule exception239), celle de l’avortement thérapeutique
ou eugénique, c’est à dire celui est pratiqué pour sauver la vie de la mère
gravementmenacée, voire– souscertaines réserves tant juridiques 240 qu’éthiques241
et médicales 242 – pour épargner à l’enfant à naître tout inconfort physiqueou
moral s’il s’avère que le fœtus est atteint d’une affection d’une particulière
gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic 243.
Par avortement, il faut entendre l’expulsion prématurée du fœtus,
volontairementprovoquéepar un procédé artificiel quelconque,quel que soit le
stade de son développement et indépendamment de sa viabilité
244.
Le législateur réprime aussi bien l’avortement sur soi-même, c’est à dire
celui que la femme se procure elle-même, que l’avortement par autrui qui est le
fait de quiconquequi, par divers moyens,fait avorter une femme, que celle-ci y
ait consenti ou non.
Notonsqu’il est de doctrine et de jurisprudence constante que la répression
de l’avortement frappe même l’infraction objectivement impossible 245. Les
manœuvresabortivessont en effet punissablesmêmesi elles sont exercées sur une
femme supposéeenceinte. Il faut donc que l’avorteurait cru la femme en état de
grossesse.Dans le cas contraire, écrit F. GOYET246, il pourraits’agir d’une escroquerie
ou de violences volontaires.
239 Il n’existe pas à ce jour, en droit congolais l’exception d’avortement précoce, autrement dit
interruption volontairede grossesse. Le modèle en la matière est fourni par la loi française de
1975, dite loi ‘’Weil’’, il existe cependant un projet de libéralisationpartielle de l’avortement,
initié par la Commissionpermanente de réforme du droit congolais qui s’est largement inspirédu
texte français. Ce projet disposedans une situation de détresse peut être demandé par la femme
enceinte que son état place dans une situation de détresse. Mais cette demande formulée par la
femme enceinte doit, obligatoirement,être visée par les instances du centre national pour la
protection des naissances désirables et être visée agréée par un médecin. Si la femme est
célibataire et mineur, cette demande doit en outre être visée par ses parents ou tuteurs.
240 La question n’était pas expressémentréglée par le législateur, elle est laissée à l’arbitraire de
l’interprétation doctrinale ou jurisprudence qui s’efforce de lui trouver un fondement en
évoquant tantôt l’absence de l’intention délictueuse, tantôt la mise en œuvre du mobile, tantôt
l’état de nécessité. Un fait justificatif légal, clair et précis, eût été de loin plus avantageux.
241 La question nécessite sans aucun doute l’invention d’une commission d’éthique médicale qui,
malheureusement, n’existe pas dans notre pays.
242 On pourrait évoquerici l’un des arguments avancé par les adversairesde l’euthanasie, lequelmet
en valeur une certaine foi en l’avenir et au progrèsde la science et de la médecine, en particulier
de la médecine et le génie génétiques qui permettant notamment non seulement le dépistage
précoce in utero de certaines anomalies ou affections mais aussi leur traitement.
243 Sorte d’avortement ‘’euthanasique’’puisqu’enréalité, on élimine l’enfant pour lui épargner une
vie douloureusedevant laquellela science en générale et la médecineen particulier,dans leur état
actuel sont impuissantes.
244 LIKULIA B. Droit pénal spécial …, op.cit , p 295
245 1er Inst Stan 23 sep 1952, R.J.C.B 1953, p 350, MINEUR,op.cit LIKULIA BOLONGO, Droitpénal spécial
op. cit. , pp 300-3001.
246 GOYETF., Droitpénal spécial 8ème édition, par Rousselet,Arpaillangeet Patin, Sirey, Paris 1972, n°
632, p 441.
190
On observeraégalement que l’avortement, suivant le procédé mis en œuvre
pour le réaliser, se cumule toujours soit avec l’administration de substances
nuisiblesou mortelles247, soit avec les coupset blessuresvolontaires248. Il s’inscritdonc
dans une hypothèsede qualifications multiplesincompatiblesmettant en présence
au moins deux infractions dont l’une infraction- fin C’est naturellement cette
dernière, en l’espèce l’avortement, qui est retenue, compte tenu également du
principe de la spécialité de l’incrimination249.
S’agissait de la sanction, les articles 165 et 166 du code pénal frappent la
femme qui s’avorted’une servitude pénale de 5 à 10 ans. Le maximumde celle-ci
est porté à 15 ans à l’égard de toute personne y comprisle mari, qui se rend
coupable d’avortement sur autrui.
On peut relever,avec LIKULIA B., AKELEet FOFE250, que la législationactuelle
sur l’avortement en RépubliqueDémocratiquedu Congo, comporte deux défauts
majeurs relatifs à la définition de cette infraction et aux problèmes de
qualifications auxquelles celle-ci donne lieu.
Concernantla premièreobservationaux termes de la formulationdoctrinale
et jurisprudentielle de l’avortement. Notent les trois auteurs, celui-ci est
matériellement caractérisé à partir du moment où l’interruption de grossesse,
réalisée au moyende procédés artificiels, chimiquesou mécaniques251, se trouve en
quelque sorte attestée par l’expulsiondu produit de la conception, c’est-à-dire
par l’évacuationde celui-ci horsdu corps de la mère…Il importepeu que le fœtus
soit mort antérieurementaux pratiquesabortives(délit impossible)ou qu’il survive
à celles-ci 252. Tant et si bien que, lorsquedans un cas de grossessegémellaire de
triplés par exemple, une manipulation est opérée tendant à arrêter le
développement normal de l’un des fœtus tout en le maintenant dans le corps de
sa mère jusqu’au terme de la grossesse,c’est-à-dire à la naissance de ses frères
ou sœurs, il est dif ficile de retenir l’incriminationd’avortement avant l’expulsion
de l’infortuné.
A l’évidence, notent LIKULIA B. et alii 253, il y a une importante distorsion
247 Article 50 du code pénal.
248 Article46 et 47 du code pénal.
249 LIKULIA B. Droit pénal spécial zaïrois,ème
2 édition, op.cit, pp 32-25.
250 LIKULIA B., et alii, op.cit, pp 78 et s.
251 On peut ajouter des procédésphysiquescommepar exemplel’émissioncriminellede rayonnement
radio-actif dirigé vers l’enfant en gestation, réalisant de la sorte une administration de
substances nuisible ou mortelle.
252 LEDOUXA., Avortement, in Encyclopédie Dalloz, droit criminel. Paris 1953, pp 208 et s, n°03
« l’avortementconsistedans l’emploide moyensqui ou de substancesen vue de procurerl’expulsion
prématuréedu fœtus quel que soit le momentde la grossesseoù cette expulsionest pratiquée. Il se
caractérise même si le fœtus naît vivant ou survit aux manœuvres abortives, tandis que
l’infanticide consiste dans le meurtre ou l’assassinat d’un enfant nouveau-né, LUKULIAet alii,
op.cit, pp 82-84.
253 LIKULIA B. et alii, op.cit , pp 79-80.
191
entre la volontédu législateurla vie en gestation et la mise en œuvredoctrinale et
prétoriennede cette volonté. Cette situation trouvesans doute son originedans le
fait que les auteurs et les tribunauxconsidèrent qu’un fœtus mort est forcément
évacué254 ; ce qui ne se véri
fie pas toujours.
Par ailleurs, il ne peut y avoir, à proprement parler, « d’avortement sur
soi-même », car l’avortementne victimisepas la mère, mais l’enfant simplement
conçu. Il serait plus juste de parler de l’avortement commispar la mère. Cette
confusion, expliquent les trois auteurs cités ci-avant, « tient au phénomènede
« dualité victimale » qui est de l’essence même de l’infraction d’avortement,
laquelle donne en effet lieu à une doublevictimisationatteignant à titre principal
et final l’enfant en gestation et, à titre secondaire et modal la mère.
« L’avortementsuppose en effet des coups et blessures ou l’administration des
substances nuisibles exercés directement sur l’enfant in utero ou l’atteignant
indirectement par la mère ».
Les conclusions255 auxquellessont parvenusces auteurs à l’issue de leur étude
restent encore maintenant éclairantes quant à la réforme indispensablede la
législationsur l’avortement. Nousvoudrionsici en faire nôtres puisqu’ellessont de
nature à renforcer la protection de l’enfant à naître :
« 1°Lorsquela femme commetelle-même des manœuvresabortives,elle est à la fois victime
de coups et blessureset de l’administration de substances nuisibles, et délinquante eu
égard à l’infraction d’avortement. Sa victimiténe prête pas à conséquencepuisqu’ellene
peut pas être poursuivie pour les infractions qui l’ont victimiée. En revanche, sa
délinquance sera sanctionnée ;
« 2° Lorsquela femme a simplementdonné son consentementà l’avortementsans pratiquer
elle-même les manœuvresabortives incriminées, sa victimité n’entraîne aucune suite
pénale à son propre égard, mais doit être considérée à l’égard des auteurs de l’acte
prohibé, contre lesquels le cumul idéal avec l’avortement sera retenu. En revanche, la
criminalitéde cette femme peut être établie en qualité de complicedans la mesure où elle
a recherché activement cet avortement, ne fût-ce que parce qu’elle a dû se déplacer
librement jusqu’au lieu où l’acte a été commis ;
« 3° Puisquela femme est poursuivablecommecomplice,il est normal que l’homme,auteur
de la grossesse, qui l’a incitée à avortée soit lui aussi poursuivi.On pourrait ainsi mettre
l’accent sur sa doubleresponsabilitéà l’égard de sa compagneet à l’égard du fruit de leur
union. De la même manière, on pourrait envisager de poursuivrepour provocationou
incitation à l’avortement,toutes autres personnesqui exercerontune certaine ascendance
ou une certaine autorité sur la femme ;
« 4° … Il peut se faire que l’avortementrésultant des coupset blessuresintentionnellement
donnés ou des substances nuisiblesintentionnellementadministrés soit en réalité tout à
fait involontaire. Il faudrait arriver à protéger l’enfant et la mère en aggravant à
situation de l’auteur de ces coupsvolontairesou de cette administrationvolontairedans la
254 C.S.J Cass, 20-12-78, arrêt Tshidibi,bulletin des arrêts de la Cour Suprême de Justice, année
1978, Kin, 1979, p 153. Dans l’espèce, une dame à qui étaient administrés à une dose létale de
produitsabortifs, n’a cependant pas pu évacuerle fœtus mort in utero. Des interventionsviolentes
intra-utérines pratiquées par la suite se révélèrent également inopérantes. Quelquesjours plus
tard, la femme fut conduite à l’hôpital où, avant mêmeque le médecinn’intervînt pourpratiquer
un avortementthérapeutique,le fœtus macéré fut spontanémentexpulsé.Les juges d’appel et de
cassation ont considéré que l’avortement était consommédès le moment de l’expulsionde la
grossesse même si celle-ci a eu lieu longtemps après les manœuvres abortives pratiquées.
255 LIKULIA B. et alii, op.cit, pp 82-84.
192
mesure où il connaissait l’état de grossesse de la victime ;
« 5° Pour résorber les dif ficultés éprouvéespar les juges relativement au problèmede
qualifications multiples résultat du phénomène de dualité victimale en matière
d’avortement, on pourraitrecourirà la technique d’aggravation spéciale des peines (sur le
modèle notamment de la technique utilisée en matière de « meurtre commisen vue de
faciliter le vol », de « coupset blessuresaggravés »,ou encore de « violaggravé »). Ainsi par
exemple, lorsqueles manœuvresabortivespratiquéesauront entraîné la mort de la femme,
le juge n’aura plus à hésiter entre l’avortement et l’homicide praeter intentionnel. Il
retiendra simplementla qualification spéciale d’avortementaggravé. Il n’aura donc pas à
privilégierla protectionde la vie de la mère contre celle de la vie de l’enfant, ou vice-versa
commecela arrive bien souvent.La formulationde cette aggravationspéciale peut se faire
dans ces termes : « s’il résulte de l’avortement pratiqué des conséquencesdommageables
pour la femme consistant en une altération plus ou moinsgrave de la santé, une maladie,
une incapacité de travail, une mutilation grave ou la perte absolue d’un organe 256); ou
encore si la femme succombe aux manœuvres abortives… ».
Ajoutons une sixième proposition tendant à introduire dans le régime
répressif de l’avortement la sanction de l’interdiction d’exercer, à quelque titre
que se soit, aucune fonction médicale dans les cliniques ou maisons
d’accouchements(dont il convientpar ailleurs d’organiserune policesanitaire 257 ) à
l’encontre du personnel sanitaire (médecins, pharmaciens, infirmiers, etc.).
Peuvent également être envisagéesdes sanctions à caractère éducatif consistant
par exempleen la condamnationà une prestation « péno-pédagogique »spécifique
consistant par exempleen une assistance médicale ou psychologiqueaux femmes
souffrant de séquelles dues à un avortement.
Ces différentes propositionsrendent à renforcer la protectionpénale de la
natalité, c’est à dire en sommeà garantir à l’enfant, dès sa conception,le droit
l’existence.
Lorsqueviendra à la vie, cette protection devra se poursuivrepour mettre
l’enfant à l’abri de diverses atteintes.
256 On pourrait aussi ajouter « la perte provisoireou définitive de la fonction reproductrice »pour
viser les cas où l’avortement aurait entraîné comme conséquence la stérilité de la femme.
257 A l’instar par exemple de la police des maisons d’accouchements qui existe en France
193
CHAPITRE II
LES ATTEINTES PHYSIQUES DANS LES RELATIONS ENTRE
PARENTS ET ENFANTS
Les relations entre parents et enfants, au sein de la famille, se définissent
en termes d’autorité, d’obéissanceet de respect en vue d’assurer à ces derniers un
cadre ef ficace et sain de vie, d’éducation et d’entretien. Cependant diverses
défaillances et abus d’autorité de la part des parents peuvent mettre en péril la
vie de l’enfant, porter atteinte à son intégrité physiqueou morale, l’exposer à
toutes sortes de mauvais traitements, de violences, d’exploitation, de trafic ou
d’actes de discrimination,le pousserau vagabondageet à la mendicité, à l’usage
de la drogue et des stupéfiants, etc. 258. Le code de la famille et le code pénal
conjuguent alors leurs efforts pour venir en aide à l’enfant en lui apportant une
protection particulière, contre des atteintes à sa vie physique ainsi que des
atteintes à sa moralité, à sa pudeur et à son éducation dont pourraientse rendre
coupables les parents.
Il faut par ailleurs savoir que les parents également, à leur tour, être
victimes des atteintes physiquescommisespar leurs enfants. Le droit congolais
cependant, sauf rare exception, n’y accorde généralement pas une attention
particulière.
Certes, ces atteintes enfreignent la règle morale qu’exprime le
commandement« tu honorerastes père et mère » et que le code de la famille
confirme en son article 316 : « l’enfant, à tout âge, doit honneuret respect à ses
pères et mère ». Dès lors, il ne peut y avoir dans les relations entre parents et
enfants, af firme LEVASSEUR259, d’infraction plus inexpiable que le parricide,
c’est-à-dire le meurtre de pères ou mères ou de tout autre ascendant. Ceci
explique d’ailleurs la grande sévérité avec laquelle l’enfant parricide est
généralement traité260.
258 IDZUMBUIRAssop Joséphine, la place de la conventionrelative aux droits de l’enfant en droit
zaïrois, les enfants d’abord, UNICEF/Zaïre, Kinshasa, 1994, pp 10 et s
259 LEVASSEUR Georges. Les transformations du droit pénal concernant la vie familiale, op.cit , p 65
260 En France par exemple, le parricide était puni de la peine de mort jusqu’à l’abolitionde cette
sanction par la loi du 09 octobre 1981, il est aujourd’hui frappé de la réclusion criminelle à
perpétuité commeun meurtre ordinaire. Mais le caractère odieux de ce crime n’en continue pas
moinsà transparaître dans le fait qu’il n’est jamais excusable,seule la légitimedéfense pouvant
être invoquéepar le meurtrier. Le caractère épouvantablede cet acte était mieuxmis en exergue
dans l’ancien code pénal français de 1810. Alors qu’il avait supprimétoutes les peines corporelles,
ce code prévoyaitpourtant que le parricide, avant d’être exécuté, serait amputé du poing droit.
Cette aggravationde la peine de mort sera suppriméeen 1832. Mais, jusqu’à l’ordonnancedu 23
décembre1958, l’article 13 du code pénal de 1810 indiquait que le condamné pour parricide qui
était exécuté, devait être « conduit au lieu d’exécution,pieds nus, en chemiseet à la tête couverte
d’un voile noir ». (Cfr LEVASSEURGeorges, Coursde droit pénal spécial, édition les Coursde droit
1967-1968, pp 71-72)
194
Cependant, cet acte « inexplicableet contraire aux sentiments naturels »
n’est pas spécialementrépriméen droit congolais.Ceci est d’autant plus troublant
qu’onse trouvedans une société fortement marquéepar le culte du respect dû aux
ascendants, aux parents et aux aînés.
Certes dans l’ancien droit coutumier, le parricide était sanctionné très
sévèrement, sauf lorsqu’ilapparaissait commeune obligationrituelle, susceptible
éventuellementde débouchersur des pratiquesanthropophagiques.Mais la gravité
de l’infraction ne permet plus aujourd’hui de se référer pour sa répressionau
droit coutumier. Le droit pénal législatif devrait intervenir pour marquer la
désapprobation particulière de la société vis-à-vis de cet acte.
Il en est du parricide commedes coupset blessureset lésionscorporellessur
un ascendant ; infractions que le code pénal congolais ne réprime pas
spécialement. Il ne considère pas non plus la qualité spécifique de la victime
comme une circonstance aggravante.
Les seuls cas où des atteintes à la vie et à l’intégrité physiquedes parents
sont spécialement réprimées concernent :
- L’omissionde porter secours qui se trouve aggravée dans le chef de
personnes chargées par état d’assister autrui 261. Telle l’hypothèse des
enfants majeurs qui ont une obligationd’assistance à l’égard de leurs
parents nécessiteux262 ;
- Et l’abandon de famille qui peut être retenu à charge de l’enfant majeur
qui se dérobe à son obligation alimentaire vis-à-vis de ces parents,
obligation à laquelle il a été préalablement condamné.
En dehors de ces cas qui ne sont d’ailleurs pas spécifiques aux enfants et qui
peuventaussi concernerles parents en tant qu’auteursde ces infractions, le droit
congolais ne sanctionne pas spécialement les atteintes à la vie et à l’intégrité
physique des parents de la part de leurs enfants. En revanche, il se montre
relativement plus attentif aux atteintes à la vie et à l’intégrité physique de
l’enfant à travers un certain nombred’infractions dont le régimevarie suivantque
l’on a affaire à un enfant nouveau-né ou à un enfant mineur263.
Section 1.L’ENFANT NOUVEAU-NE
La protectionphysiquede l’enfant nouveau-né est normalementassurée par
l’infraction d’infanticide et un certain nombre d’incriminations rendant à
garantir l’état – civil de l’enfant.
261 article
66 quater du code pénal ordinaire
262 LIKULIA B. Droit pénal spécial zaïrois,ème
2 édition , op.cit , p 146
263 LIKULIA B. et alii, op.cit, p 98
195
§1. - L’homicide de l’enfant nouveau-né ou « infanticide »
Le droit congolaisignorel’incriminationd’infanticide. Il sanctionneles actes
homicidesperpétrés sur la personned’un enfant nouveau-né à l’instar de ceux
qui sont commis sur toute personne au moyen des infractions d’homicide
préterintentionnel 264, d’homicidepar imprudence265, de meurtre 266, d’assassinat 267 ou
d’empoisonnement . 268
Il s’ensuit, notent LIKULIA B. et alii, une application de sanctions très
diversifiées à l’égard du tueur de l’enfant nouveau-né. S’il est meurtrier,assassin
ou empoisonneur,il sera puni de mort. Il encourraune servitude pénale de cinq à
vingt ans et une amende de « 2.000 Zaïre » au maximumen cas d’homicide
préterintentionnel.La peine sera de trois moisà deux ans de servitude pénale et
de « 50 à 100 Zaïres » d’amende dans l’hypothèse d’homicide par imprudence.
La doctrine réclame unanimementl’institution de l’infraction d’infanticide
pour « protéger d’une manière juridiquement et spécialement ef ficace cet être
dépourvude tout moyende défense qu’est le nouveau-né » 269 ou « pour mettre en
relief la protection spéciale à assurer à l’enfant déjà né tel que le souligne
l’article 6 de la Conventionsur les droits de l’enfant » 270. Ce souhait a reçu un écho
positif de la part de la Commissionpermanente de réforme du droit congolais.
L’avant-projet de loi portant protection de la jeunesse 271 dispose en effet en son
article 76 alinéa premier que « le meurtre du nouveau-né est qualifié
d’infanticide. Il est puni de mort ».
Il résulte de cette dispositionque l’infanticide requiert un acte homicide,
une victimequi doit être un enfant nouveau-né, un coupablequi doit avoiragi avec
l’intention de donner la mort.
L’appréciation de ces éléments constitutifs entraîne deux séries de
dif ficultés d’interprétation relativesà certains cas de concoursde qualifications et
à a définition de l’enfant nouveau-né.
A. Difficultés de quali
fication
Voici ce qu’en disent LIKULIA et alii 272 : « L’infanticide suppose un acte
homicidesur un enfant né vivant. Si donc l’enfant est un mort-né, l’infraction
264 Lorsquela mort, bien que causée par des violencesvolontairementexercéespar l’agent, n’est pas le
résultat de sa volonté (article 48 du code pénal ordinaire, livre II)
265 Lorsqueles violencesprovoquantla mort de l’enfant sont involontaireset procèdent d’un défaut
de prévoyance ou de précaution.
266 Lorsque l’acte homicide traduit une intention manifeste de tuer (article 44 et 45 du code pénal)
267 Lorsque s’avère que le crime a été prémédité (article 45 du code pénal)
268 Lorsquele délinquant tue l’enfant en lui administrant des substancessusceptiblesde donner la
mort plus ou moins promptement.
269 Ibid
270 IDZUMBUIR, op.cit, p 10, n°2.2.1
271 Document n°08/CPRDZ/001/83, p 24
272 LIKULIA et alii, op.cit, pp 101-102.
196
n’est pas consommée273. Mais si l’enfant a été tué au cours de l’accouchement ou
avant qu’il n’ait pu respirer,le cordonombilicaln’ayant pas encore été coupé274, que
faut-il décider ? 275 La situation peut encore se compliquer si, en réalité,
l’accouchementa été provoquéa été provoquépar des procédéscriminels . On sait
qu’il est admis dans ce cas que l’avortementest établi et puni, peu importeque le
fœtus soit mort antérieurementaux pratiquesabortivesou qu’il surviveà celles-ci 276.
Mais si l’enfant, ayant survécu, est néanmoinsachevé lors de l’accouchementou
après, il y aura cumulentre l’avortementet l’infanticide. Si l’enfant est né vivant,
il y a infanticide ait mêmes’il n’était pas viable. Par ailleurs, s’il n’est pas certain
que l’enfant ait vécu, les auteurs du crime l’ayant inhuméclandestinement(on se
trouveradans l’hypothèsede l’infraction de suppressiond’enfant qu’aussibien le
code pénal ordinaire que le code de la famille ignorent). Il est évident que si la
preuve de l’inhumation est faite, il y aura concours de qualifications entre
l’infanticide, la suppressiond’enfant, l’infraction d’inhumationnon autorisée et
le défaut de déclaration de naissance ».
On admet par ailleurs que, lorsqueles éléments constitutifs de l’infanticide
ne sont pas établis avec certitude à l’encontre de la mère, on fasse preuve de
souplesseet d’indulgenceà son égard en ne retenant que les délits d’homicidepar
imprudence277 ou de non-assistance à personne en péril278.
B. Difficulté relative à la dé
finition de l’enfant nouveau-né
L’article 76 de l’avant-projet de loi sur la protection de la jeunesse qui
prévoit l’incriminationde l’infanticide ne définit pas ce qu’il faut entendre par
enfant nouveau-né.
En droit français, la jurisprudence de la chambre criminelle a enfermé
cette notion dans les limites de temps bien précises. Il s’agit d’un « enfant très
jeune dont on a voulucacher la naissance »279 . L’enfant cesse d’être un nouveau-né
« lorsquesa naissance est notoire soit parce qu’il a été déclaré à l’état civil, soit à
l’expirationdu délai de trois jours imparti pour sa déclaration » 280. De sorte que, si
l’enfant avait été déclaré ou s’il était âgé de plus de trois jours, l’infanticide
devrait être écarté au profil éventuellementdu meurtre, de l’assassinat ou de
l’homicidepraeter intentionnel.
La loi congolaiseimposeun délai de trente jours, à dater de la naissance,
endéans lequel l’enfant doit être déclaré. On peut ainsi dire que, dans la logique
273 VOUINRobert et RASSATMarie-Laure, Droitpénal spécial, 5ème édition, Précis Dalloz,Paris, 1983, p
176.
274 LEVASSEUR, Rc 1968, v° infanticide, p 1.
275 Une ancienne jurisprudence française retient dans ce cas l’infanticide (Douai, 16 mai 1882, S,
83.2..153).
276 VOUIN Robert et RASSAT Marie-Laure, op.cit, p 220.
277 Article 52-53 du code pénal.
278 Ordonnance -loi n°78-015 du 4 juillet 1978.
279 LEVASSEUR, Rec 1968, V° Infanticide, Crim 13-3-1856, DP.56.1.225.
280 VERON Michel, Droit pénal spécial,
ème2édition, Masson, Paris, 1982, p 111.
197
du modèle français, l’infanticide serait consomméau Congodès lors que la victime
est un enfant non encore déclaré ou âgé de moinsde trente jours. Dans tous les
cas, il viendrait toujours en cumulavec le défaut de déclaration de naissance ou
de décès que l’article 114 du code de la famille punit de sept jours de servitude
pénale et/ou d’une amende n’excédant pas « 20 zaïres ». Et, l’obligation de
déclaration de la naissanceou du décès d’un enfant est miseà charge notamment
du père u de la mère, ou à défaut, des ascendants et prochesparents de l’enfant,
ou des personnes présentes à l’accouchement.
Il est égalementpossibleque l’infanticide vienneen concoursavec de fausses
déclarations de naissance ou de décès. Fera alors application, au titre du cumul,
de l’article 115 du code de la famille qui punit les fausses déclarations faites
devant l’officier de l’état civil d’une servitude pénale de huit jours à un an et/ou
d’une amende de « 20 à 50 zaïres ».
Force cependant est de constater la fragilité du raisonnementqui associe
l’infanticide à la garantie d’état découlant de la déclaration de l’enfant. En
effet, plus que l’enfant, l’infanticide protège la mère. L’attitudedu législateursur
ce point reposesur des considérationscriminologiques que le professeurLEVASSEUR
présente de la manière suivante : « Il semble … que l’infanticide généralement
commispar la mère, l’est pratiquementdans une crise d’affolement, avant que
l’instinct maternel ne soit encore éveillé et alors que la mère est dans un état
psychique perturbé par son accouchement. Pratiquement, la plupart des
infanticides ont lieu dans les heures qui suivent la naissance ; le meurtre d’un
enfant de six mois appartient à une autre variété criminologique ».La mère
infanticide, précise à son tour le professeur LEAUTE, est généralement par
l’accouchement. C’est pourquoi le législateur se montre indulgent à son égard.
Il s’ensuit que le délai de trois jours ou de trente jours, voireplus 281 que l’on
pourrait considérer pour déterminer la notion d’enfant nouveau-né victime
d’infanticide est très peu significatif par rapport à la réalité criminologique que le
législateur entend en réalité traiter à travers cette incrimination.Aussi, certaines
législation, notamment helvétique, yougoslaveet grecque, optent-elles pour un
critère subjectif fondé sur l’état puerpéral de la mère, c’est à dire l’état de
dépressionque connaît la femme pendant ce que LaurencePERNOUD282 appelle « la
période bleue », celle qui survient après l’accouchement.
Quoiqu’il en soit, le régimerépressif indulgent réservé à la mère infanticide
ne s’appliquepas au père infanticide. Celui-ci sera poursuiviet sanctionnécomme
meurtrier ou assassin.
§2. - Les incriminations tendant à garantir l’état civil de l’enfant
La couverturepénale de la garantie d’état civil de l’ »enfant paraît fort
modeste. Elle se réduit aux infractions de défaut de déclaration ou de fausses
281 Le législateur britannique va jusqu’à un an.
282 PERNOUD Laurence, j’attends un enfant,…
198
déclarations de naissance ou de décès que nous avonsrencontréesen cumulavec
l’infanticide.
A ces incriminations, on peut ajouter :
- Le défaut et le refus d’af filiation. En effet, aux termes de l’article 614
du code de la famille, tout enfant né hors mariage doit être faire l’objet
d’une af filiation dans les 12 moisqui suiventsa naissance. Passé ce délai,
l’af filiation, ne pourra se faire que moyennantune amende de ‘’1000 à
5000 zaïres’’. Si le père refuse d’af filier son enfant né hors mariage et
lorsquel’action en recherchede paternité engagée contre lui est déclarée
fondée, il est passibled’une peine de servitude pénale de 10 à 30 jours
et/ou d’une amende de « 5000 à 10000 zaïres » ;
- La non-représentation d’enfant. En effet, l’article 120 du code de la
famille obligetoute personnequi aura trouvéun enfant nouveau-né de le
présenter et d’en faire la déclaration à l’officier de l’état civil du lieu de
la découverte. Touteattitude contraireest susceptible d’être sanctionnée
par l’article 276 du mêmecode qui punit d’une servitudepénale de sept à
trente jours et/ou intéressée, aura amené ailleurs qu’au siège du conseil
de tutelle 283 le plus procheou aux autorités des localités ou collectivités,un
enfant trouvé, abandonné, ou sans famille. Est puni de la même peine
celui qui lui en a donné mission ;
- La supposition d’enfant qui consiste d’une part dans le fait de
substitutionc’est à dire de remplacementde l’enfant qu’unefemme vient
à mettre au monde par l’enfant d’une autre femme ; d’autre part dans
une fausse attribution d’un enfant existant réellement à une femme
imaginaireou qui n’a pas conçu 284. Prévue par l’article 155 du code pénal
ordinaire, elle est punie d’une servitude pénale d’un à cinq ans.
Le caractère fort réduit de la garantie pénale de l’état civil de l’enfant en
droit congolais paraît évident lorsqu’on compare celui-ci à certains droits
étrangers – par exemple le droit ivoirienet le droit français – qui incriminent
entre autres le délaissement d’enfant (en un lieu solitaire ou non solitaire),
l’expositiond’enfant 285, la non-remise d’enfant, le recélé d’enfant, la suppression
d’enfant, la vente d’enfant, etc. 286
La mêmepauvretérépressives’observeen matière de protectionpénale de la
vie et de l’intégrité physique de l’enfant mineur.
283 Dans la pratique, il n’existe pas à proprementparler, de conseilde tutelle que les articles 262 et
suivantsdu code de la famille instituent et organisentdans chaque communeou chaque groupede
communes.Ce sont les services sociauxdes communesqui en font office ; ce qui est de nature à
amoindrit la protection des enfants trouvés.
284 LIKULIA B., Droit pénal spécial , op.cit p 315.
285 L’avant-projet de loi portant protection de la jeunesse punit de mort, en son article 76,
l’expression ou le délaissement d’enfant commis avec le dessein de le faire périr.
286 Voirles articles R. 40-6°, R 41, 345, 349, 353-1, 354, 356-1, 357 du code pénal français, les articles
361, 363, 364, 366 du code pénal ivoirien
199
Section 2.L’ENFANT MINEUR
Il n’existe pas, en droit congolais, de dispositionspécifique réprimant les
atteintes contre la vie et l’intégrité physiquedes enfants mineurs.En fait, le code
pénal sanctionne les atteintes contre la vie et l’intégrité physique de toute
personne, sans distinction d’âge. Ainsi, les homicides,coupset blessures,violences
portées sur l’enfant sont punisdans les mêmesconditionsque ceux commissur des
adultes. Il en est de mêmedes enlèvements,arrestation et détentions arbitraires.287
Il s’ensuit, constate le professeur IDZUMBUIR288 que « les agressionsfaites sur les
enfants (sous forme de maltraitance de toutes sortes) ne sont souvent pas
sanctionnées…L’intégritéphysiquede l’enfant n’est pas suffisamment protégée ».
Aussi propose-t-elle que les dispositions du code de la famille relatives aux
atteintes à l’intégrité physique soient enrichies en prévoyait des circonstances
aggravantes lorsquela victimeest un enfant. Pourrontainsi être sanctionnéssur
base d’incriminationde violenceset voies de fait, poursuit-elle, les parents ou
toute personne exerçant l’autorité de droit ou de fait sur un enfant et qui, par
esprit de lucre ou par négligence, l’abandonneraient dans la pauvreté, la
malnutrition, l’analphabétisatisme, etc. handicapant de la sorte son
développement physique, intellectuelle ou moral.
Madame IDZUMBUIR 289 stigmatise également la ‘’maltraitance d’enfant’’,
notion qui couvre, dit-elle, toute série de comportementsallant de la brutalité
physique ou mentale à des formes très diverses de violence, d’abandon, de
négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation 290. Il s’agit, souligne-t-elle,
d’un ‘’véritablesyndromequi marquedes mentalités au point qu’il devient dif ficile
d’établir la différence entre « battre un enfant » et « corrigerun enfant en le
tapant ».
La questionici est de savoirsi le droit de correctionmensuelledes éducateurs
et des parents peut être invoquécommepermissionde la loi ou de la coutumeen
vue de justifier, au nom des nécessités de l’éducation, certaines brimades ou
violences. L’article 80 de l’avant-projet de loi sur la protection de la jeunesse
tranche ce problèmeen réprimant tout mauvais traitement non prévu dans les
dispositionssu code pénal et qui dépasse la nécessité de correction paternelle
envers un mineur, et en réputant fait dans le but de nuire à ce dernier, tout
mauvais traitement lui infligé par une personne qui n’a aucun pouvoir sur 291.lui
C’est dans ce sens que s’orientel’article 326 du code de la famille qui, ayant
posé le principeselon lequel les pères et mère ne peuventfaire usage des droits de
l’autorité parentale que dans l’intérêt de l’enfant, indiquequ’ils peuvent infliger
à ce dernier réprimandeset correctionsdans la mesurecompatibleavec son âge et
287 Notonsque l’avant-projet de loi portant protectionde la jeunesse punit spécialementla détention
d’un mineur de moins de 16 ans, dans le dessein de constituer un gage contre un adversaire.
288 IDZUMBUIRASSOPJoséphine, la place de la conventionrelative aux droits de l’enfant en droit
zaïrois, les enfants d’abord, Unicef /Zaïre, Kinshasa, 1994, p 10.
289 IDZUMBUIR, op.cit, pp 10 et s.
290 Voir les articles 19 à 34 37 de la Convention relative aux droits de l’enfant.
291 Doc .n°08/CPRDZ/00183. op.cit, p 25.
200
l’amendement de sa conduite. Malheureusement,observe Madame IDZUMBUIR,
« des parents et surtout des pères de famille excèdent dans la punition à
administrer à l’enfant (privation prolongée de nourriture et d’habits,
administration des coups à l’aide d’une ceinture, d’un bâton)292
».
Il est regrette que le code de la famille ne soit pas plus loin que l’af firmation
de principe contenu dans l’article 326 précité, notamment en sanctionnant
pénalement les abus ou défaillances d’autorité parentale. Pourtant,
l’avant-projet de loi portant protection de la jeunesse avait amorcé pareille
évolutionen réprimant toute négligence dans l’entretien moral du mineur, tout
défaut prévoyancede nature à favoriser la déviance de celui-ci, ainsi que les
privations de soins293.
S’agissant des privationsde soins, dans l’état actuel de la législation, elles
sont traitées soit commedes abstentionscoupables294, soit, en cas de décès de la
victime,commehomicidevolontairepar omissiondans la mesureoù l’agent qui s’est
abstenu avait le devoird’agir, c’est à dire une obligationlégale, conventionnelleou
coutumierlui imposant une intervention. Le professeur LIKULIA B. qui soutient
partiellement l’application, en cette matière, de la théorie de la commissionpar
omission,donne ainsi l’exempledes parents qui laissent volontairementmourirde
faim leur jeune enfant incapablede pouvoirlui-même à son entretien 295. Il en est
de même des parents qui, pour des motifs religieux,refusent de faire transfuser
leur enfant qui, par défaut de soins appropriés, meurt anémié.
292 IDZUMBUIR, op.cit , p 11.
293 LIKULIA BOLONGO et alii, op.cit, p 110.
294 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial, 2ème édition, op.cit, p 146, art 66 quarter du code pénal.
295 LIKULIA B. Droit pénal spécial,ème
2 édition, op.cit, p 51.
201
CHAPITRE III
LES ATTEINTES A LA MORALITE, LA PUDEUR ET L’EDUCATIO
SOCIALE DE L’ENFANT
Les parents, on le sait, sont les premiersresponsablesde la moralité et de
l’éducation socialede leurs enfants. Aussi, les écarts de conduite dont ils peuvent
se rendre coupables en cette matière vis-à-vis de ces derniers sont-ils
sévèrementpunis. C’est ce qui se dégage de l’étude des atteintes à la moralitéet à
la pudeur de l’enfant ainsi que des atteintes à l’éducation sociale de l’enfant.
Section1. LA PROTECTION
DE LA MORALITE
ET DE LA PUDEUR
DE L’ENFANT
La protection de la moralité et de la pudeur de l’enfant est assurée par
l’incrimination de divers attentats à la pudeur, avec ou sans violences, de
l’excitationde mineursà la débauche et du proxénétisme,du mariage de la jeune
fille impubère, du mariage incestueux.
§1. - Le viol,les attentats à la pudeuret auxmœurs,les outrages
publics aux bonnes mœurs
Le viol, avère ou réputé, est réprimé par l’article 170 du code pénal qui
aggrave la peine en la doublant lorsque l’infraction a été commisesoit par les
ascendants de la victime soit par des personnes qui ont autorité sur elle.
Par ascendants, il faut entendre les parents légitimes, les parents dits
‘’naturels’’ c’est à dire les géniteurs non mariés, les parents adultérins et
incestueux. On estime, dit le professeur LIKULIA B. 296, que les parents adoptifs
doivent être exclusde cette énumération,car l’adoption, au sens de l’article 230
du code civil, n’établit que des rapports fictifs ou purementcivilssans faire sortir
l’adopté de sa famille naturelle.
En ce qui concerne l’expression« ceux qui ont autorité », il s’agit expliquele
professeurLIKULIA 297, non seulementde l’autorité de droit, qui prend sa sourcela
loi elle-même, c’est à dire résultant d’une qualité qu’il suffit de constater, mais
aussi l’autorité de fait qui dérive des circonstanceset de la positiondes personnes.
C’est ainsi que seront sanctionnés les parents adoptifs, le tuteur de l’enfant, le
concubinde la mère de l’enfant, le second mari par rapport aux enfants mineurs
non émancipés que sa femme a eu d’un précédent mariage.
296 LIKULIA BOLONGO, op.cit. p. 338.
297 Ibid.
202
Il en est de même lorsque ces différentes personnes commettent des
attentats à la pudeur avec ou sans violencessur des enfants mineurs, filles ou
garçons, c’est à dire des actes impudiquesou immoraux,offensant la pudeur,
réprimés et sanctionnés par des articles 167, 168 et 169 du code pénal ordinaire.
Il existe une aggravation en matière d’attentat aux mœurs (voir art. 174).
Cette aggravation n’est pas plus de mise en matière d’outrages publicsaux
bonnesmœurs.De sorte qu’unemaman qui soulèveson pagne jusqu’à la taille pour
maudire son fils, exposant ainsi outrageusementsa nudité en public, n’encourt
aucune aggravationparticulière de peine du fait de sa qualité par rapport à la
victime. A noter qu’elle pourrait même échapper à toute incriminationdans la
mesure où pour que l’outrage publicà la pudeur soit punissable,il faut que l’acte
impudiqueconcernéait pour effet de corrompreles mœurs.« En effet, soulignele
professeur LIKULIA BOLONGO 298, tenant compte de la relativité de la notion de
pudeur, le législateura excludu champd’applicationde l’article 176 du code pénal
tous les actes d’outrage publicà la pudeur qui ne sont pas de nature à corrompre
les mœurs de ceux qui peuvent en être témoins pour éviter des poursuites
inopportunes. Dans certains milieux en effet, certains actes considérés comme
obscènesne peuvent, aux yeux es natifs, ni blesser la pudeur, ni corrompreles
mœurs ».Une positionidentique a été soutenue par la Cour d’Appel de Besançon
qui dans une affaire d’outrage aux bonnesmœursa déclaré que « … la distinction
entre ce qui est permiset défendu doit être faite uniquementen fonction de l’état
d’évolution des mœurs à une époquefinie dé et dans un lieu déterminé »299.
Nouspensonscependant que la mère ou le père, la tante ou l’onclequi soulève
ses habits et exposeles parties intimesde son corpsà son enfant ou au neveu dans
le but de le maudireseloncertaines pratiquestraditionnelles,commetsûrementun
outrage à la pudeur. Ils s’agit d’un outrage d’un genre particulier qui vise à porter
atteinte non pas à la moralité, mais à la vie même de la victime(vie familiale,
sociale, professionnelle,etc.). Aussi devrait-il être répriméen conséquenceet de
manièrespécifique. Car, si la malédictionproférée par un parent contre un enfant
peut être appréciée commel’expressiondu droit de correction qui lui est reconnu,
il n’est pas besoin,pour exercerce droit d’outrager la pudeur. On ne peut non plus
se retrancher derrière une certaine perception traditionnelle ou villageoisede
l’obscénitépourexcuserdes pratiquesmoralementinjurieusesqui peuventen outre
apparaître comme un usage abusif du droit de correction.
§2. - Les actes de stimulation des passions sexuelles chez l’enfant
Les actes de stimulationdes passionssexuellesde l’enfant peuvent consister
en l’excitation des mineurs à la débauche ou au proxénétisme300.
298 Ibid,
p 347.
299 Besançon, 29 janvier 1976, JCP 1977. II. 18640 , note Delpech, sous l’article 283 du code pénal,
Nouveau code pénal, Dalloz, 1993-1994, p 283.
300 LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial ,2
ème édition, op.cit , pp 356 à 367.
203
A. L’excitation des mineurs à la débauche
Aux termes de l’article 172 du code pénal tel que modifié par l’article 5 du
décret du 27 juin 1960, « quiconqueaura attenté aux en excitant, facilitant ou
favorisant pour satisfaire les passionsd’autrui 301, la débauche ou la corruptiondes
personnesde l’un ou de l’autre sexe, âgées ou apparemmentâgées de moins de
vingt et un ans, sera puni d’une servitude pénale de trois moisà cinq ans et d’une
amende de 50 à 1.000 Zaïres. L’âge des personnes pourra être déterminé
notamment par examen médical à défaut d’état civil ».
Le fait énoncé à l’article précédent, ajoute l’article 173, sera puni d’une
servitudepénale de cinq à dix ans et d’une amende de ‘’1.000 à 2.000 Zaïres’’ s’il a
été commisenvers un enfant âgé de moinsde dix ans accomplis.Et l’article 174
précise que si l’attentat a été commispar le père ou la mère, le coupablesera en
outre, privé des droits et avantages à lui accordés sur la personneet les biens de
l’enfant et de la puissanceparentale. Cette aggravations’appliqueaussi bien aux
parents biologiques.Mais, la loi n’ayant pas vidé spécifiquementles ascendants, les
oncles, tantes et grands-parents ne semblentpas concernéspar cette infraction ;
ce qui est fort regrettable. Il en est de même des personnesqui ont une autorité
sur l’enfant.
B. Le proxénétisme
Le proxénétismese définit comme toute activité tendant à favoriser la
débauche, la prostitution d’autrui ou à en tirer profit. Le proxénète est un
entremetteurqui chercheà satisfaire, no pas sa propresatisfaction sexuelle,mais
cette d’autrui. C’est un « altruismeimmoral »dont l ‘activité est sanctionnéepar
l’article 174 bis du code pénal.
Sousla qualification de proxénétisme,apparaissent d’une part des activités
qui tendent a favoriser la débauche ou la prostitutionainsi que la tenue d’une
maison de débauche ou de prostitution – d’autre part l’exploitation de la
débauche ou de la prostitutionqui est constitutivesoit du délit du souteneur,soit
du délit d’exploitation habituelle ou de la prostitution.
Apparemment, les activités tendant à favoriser la débauche ou la
prostitutiontelles que les prévoitl’article 174 bis du code pénal ordinaire, ne sont
pas spécialement réprimées dans le chef des parents qui entraîneraient,
emboucheraientou détourneraient en vue de la débauche ou de la prostitution
leur enfant. Ceci est fort regrettable lorsque l’on considère notamment les
pratiques de trafic et de traite d’enfants auxquellesse livrent des personnesqui
ont autorité sur ces derniers (parents, oncle, parents adoptifs, tuteurs, etc) pour
les soumettreà la prostitution,les impliquerdans lac pornographieou les soumettre
301NTIRUMENYERWA regrette que le client et l’amant de la jeune prostituée restent en dehors du
champ pénal du fait que l’article 172 ne punit pas ceux qui excitent, facilitent ou favorisent la
débauche ou la corruption d’un mineur aux fins de satisfaire à des passions personnelles. (la
protectionde la famille du point de vue de code pénal congolaisd’administration, vol 3, n°3 et 4,
1970, p 85).
204
au travail forcé 302, ainsi que les pratiquesprochesde la vente d’enfant en vue de
l’adoption.
A ce dernier sujet, on peut relever que l’article 658 du code de la famille
tend à prévenir ce genre de commerceen disposant que « ne peut adopter la
personnequi a effectué ou fait effecteur, a promisou fait promettreun paiement
ou des avantages en nature à une personne devant consentirà l’adoption, en vue
d’obtenir ce consentement », à l’instar par exemple de l’article 353-1 du code
pénal français « quiconqueaura, dans un esprit de lucre, provoquéles parents ou
l’un d’eux à abandonnerleur enfant né ou à naître ; … aura fait souscrireou tenté
de faire souscrire,par les futurs parents ou l’un d’eux, un acte aux termes duquel
ils s’engagent à abandonner l’enfant à naître , qui aura détenu un tel acte, en
aura fait usage ou tenté d’en faire usage ; … aura, dans un esprit de lucre,
apporté ou tenté d’apporter son entremise pour faire recueillir ou adopter un
enfant ».
S’agissantdu délit du soutenirqui consistedans le fait pourune personnede
vivre, en tout ou partie, aux dépens d’une autre dont elle exploitela prostitution,
c’est à dire le fait d’aider, d’assister ou de protéger sciemmentla prostitution
d’autrui, « les parents qui aident leurs enfants à récupérer le produit de la
prostitution »303 ou qui en tirent un quelconqueprofit 304 tombentsousle coupde la loi.
Ils subirontla peine infligée au souteneur,à savoir,une servitude pénale de trois
mois à cinq ans et une amende de 350 à 1.000 zaïres.
La même sanction s’applique aux parents, père u mère, qui exploitent
habituellementde quelquefaçon la débauche ou la prostitutionde leur enfant,
notamment ceux qui viennent habituellement aux dépens de leur
fille prostituée305.
Il importe de préciser que dans le délit d souteneur comme dans celui
d’exploitationhabituellede la débauche ou de la prostitutiond’autrui, l’intention
coupableest requise.C’est ainsi que l’acceptation des produitsde la prostitutionne
sera répréhensibleque si elle est commiseen connaissancede l’origineimmoraleet
illégale des fonds reçus. Cependant, elle peut être justifiée par l’état de nécessité.
C’est le cas de l’enfant illégitime ou né hors mariage dont la mère se livre à la
prostitution306.
§3. - Le mariagede la jeunefille impubère et le mariage incestueux
Rappelons de façon générale que le moment de la formation du mariage
s’offre quelquefois commeune occasiond’infraction au détriment des enfants, de
la part de parents qui violentnotammentle principede la liberté du mariageet du
302 IDZUMBUIRAssop Joséphine, la place de la conventionrelative aux droits de l’enfant en droit
zaïrois op.cit, pp, 12-13.
303 LIKULIA B. Droit pénal spécial zaïrois, op.cit , p , 365.
304 Il peut s’agir par exempledu simplefait d’être hébergé, nourripar la prostituée, de recevoird’elle
de l’argent pour payer ses loyers, ses sons médicaux, etc.
305 LIKULIA B. op.cit p . 367.
306 Ibid.
205
libre consentementau mariage 307 et de l’interdiction de mariage entre parents ou
alliés.
S’agissant particulièrement du mariage de la jeune fille impubère et du
mariage incestueuxque réprimentles articles 420 et suivantset 353 du code de la
famille, nousvoudrionsici soulignerleur dimensionde protectionde la moralité et
de la pudeur des enfants. Cette dimensionmorale nous paraît insuffisamment
satisfaire ou accomplieen matière d’inceste dans la mesureoù ce qui est réprimé
ce n’est pas l’inceste lui-même, mais le mariage incestueux 308. Certes, le droit
coutumierporte un regard différent sur l’inceste du père et s de sa fille ou de la
mère et de son fils, qu’il incrimine. Mais sa variabilité réduit son autorité. Aussi
convient-il que le droit écrit intervienne plus franchement pour réprimer ce
comportementimmoralde façon uniforme, mêmelorsqu’ilest le fait de personnes
majeures.
La remise en mariage ou en vue du mariage de la jeune fille impubère,est
érigée en infraction par l’article 420 du code de la famille qui interdit « à toute
personne qui, ne vertu de la loi de la coutume, a le droit de garde sur une fille
n’ayant pas atteint l’âge de la puberté, de la remettre en mariage ou en vue du
mariage ».
La victimede cette infraction est une jeune fille impubère.La non puberté se
situe en dessousd l’âge de 14 ans et s’établit par tous les moyensde preuveou par
le simple aspect de lafille 309.
La loi incriminela remise en mariage ou en vue du mariaged’une jeune fille
impubère.L’auteurde cette infraction ne peut être qu’une personneinvestie, par
la loi ou la coutume, d’un droit de garde sur la fille, notamment ses parents,
tuteur, chef de famille ou tous ceuxdont l’interventionau mariageest requiseà un
titre quelconque.Le législateur réagit ainsi, écrit le professeurLIKULIA 310, contre
la cupidité de ceuxqui seraient enclinsà livrer,par esprit de lucre, leur fille encore
impubèreà la cohabitationconjugale. Si l’épouxde la fille impubèren’est pas visé
par cette incrimination,il est cependant poursuivablesur le pied des dispositions
sanctionnant le mariage avec une fille mineure. En outre, s’il a des relations
sexuellesavec elles, il est susceptible(de subir) de répondre de l’infraction de vol
réputé.
Pour être poursuivable,l’agent avoir agi avec la conscienced’accomplir un
acte prohibé.L’intentioncoupableest donc requise.Le mobileet le consentementde
la victime importent peu.
La sanctionencouruedu chef de cette infraction est de 2 moisde servitude
pénale au maximumet d’une amande qui ne sera pas supérieureà « 2.000 zaïres »
307 Articles 336, 359, 376 et 466 du code de la famille.
308 On se reportera ici utilement sur ce qui a été développé précédemment sur le mariage incestueux.
309 Article 421 et 422 du code de la famille.
310 LIKULIA B. droit pénal spécial zaïrois,ème
2 édition, op.cit, p. 322.
206
d’amende ou de l’une de ses peines seulement
311.
Section 2.LA PROTECTION DE L’EDUCATION SOCIALE DE L’ENFANT
Les parents qui disposent de l’autorité parentale ont le devoir d’élever et
d’éduquer leurs enfants. Ce devoir se trouve non seulement consolidé par un
certain nombrede mesurespénales qui viennent renforcer les moyensd’action de
l’autorité parentale, mais aussi par certaines sanctions pénales qui frappent les
manquements observés dans l’exercice de cette autorité.
§1. - Le renforcement des moyens d’action de l’autorité parentale
Le renforcement des moyens d’action de l’autorité parentale se traduit
d’une part par l’institution d’un droit de correctionparentale, la protection du
chef de famille dans l’accomplissementde l’obligationscolaireet par l’intervention
des parents dans les procédures définies par la législation sur l’enfance
délinquante.
Le droit de correction parentale
En reconnaissantaux père et mère ou ceux qui exercent l’autorité parentale
sur l’enfant mineur,le pouvoird’infliger à ce dernier réprimandes et correction,
le code de la famille met à la disposition des parents de véritables sanctions
répressives,disciplinaireset domestiquesdestinées à consoliderson autorité dans
l’intérêt de l’enfant et « dans la mesurecompatibleavec son âge et l’amendement
de sa conduite »312 .
Il s’agit, pour les enfants, d’obéirà leurs parents qu’ils doivent « honoreret
respecter » et non d’entretenir, sous la menace de ce droit de correction, une
crainte révérencielleenvers le père, la mère ou un autre ascendant qui peut être
sourced’abus d’autorité. C’est du reste pour celle raison que le législateur retient
en matière de libéralité. Cette crainte révérencielle commeune cause de nullité
de cette dernière même lorsque aucune violence n’a été exercée.
Il s’agit, pour les parents, de savoirse faire obéirde leurs enfants et, le cas
échéant, de recourir à l’appui des autorités publiquesen particulier en cas
d’inconduiteet d’indisciplinenotoire. L’abusd’autorité de la part des parents fait
tomber« l’excusede correction »et les exposeaux rigueursde la loi pénale. Il le
père, la mère ou toute personne exerçant cette autorité :
- est condamné pour incitation à la débauche de ses parents enfants, de
ses descendants et de tout autre mineur ;
- est condamné du chef de tous faits commissur la personned’un de ses
enfants ou des descendants ou du chef d’abandon de famille ;µ
311 Article 432 du code de la famille.
312 Article 326 du code de la famille.
207
- par mauvaistraitement , inconduitenotoireou négligencegrave, la santé,
la sécurité ou la moralité de son enfant
313 .
Les mêmes raisons peuvent également justifier la déchéance de l’autorité
tutélaire sur un enfant mineur.En effet, aux termes de l’article 236 du code de la
famille, « sur décision du Tribunal saisi par le conseil de famille ou par le
ministère public, le tuteur peut être déchargé de la tutelle du mineur lorsqu’il a
fait l’objet d’une condamnation judiciaire devenue définitive à la suite d’une
infraction qui porte atteinte à l’honneur et à la dignité de sa fonction de tuteur ».
On peut également voir dans le droit reconnu au testateur de déchoir
certains héritiersde sa successionpourindignité, une forme de droit de correction
exercé à l’encontre de l’héritier légal ou du légataire :
- « qui a été condamné pour avoircausé intentionnellement la mort ou voulu
attenter à la vie du de cujus ;
- qui a été condamné pour dénonciation calomnieuse ou faux témoignage ,
lorsque cette dénonciation calomnieuse ou ce faux témoignage aurait pu
entraîner à l’encontre du de cujus, une condamnation à une peine de
cinq ans de servitude pénale au moins ;
- qui, du vivant du de cujus, a volontairement rompu les relations
parentales avec ce dernier, cette situation devant prouvée devant le
tribunal de paix, le conseil de famille entendu ;
- qui, au cours des soins à devoir apporter au de cujus lors de sa dernière
maladie, a délibérément négligé de les donner, alors qu’il était tenu
conformément à la loi ou à la coutume ;
- qui, abusant de l’incapacité physique ou mentale du de cujus, a capté
dans les trois mois qui ont procédé son décès, tout ou partie de
l’héritage ;
- qui a intentionnellement détruit, fait disparaître ou altéré le dernier
testament du de cujus sans l’assentiment de celui-ci ou qui s’est prévalu,
en connaissancede cause, d’un faux testament ou d’un testament devenu
sans valeur ». 314.
La protection du chef de famille dans l’accomplissement de l’obligation
scolaire. 315
La loi-cadre sur l’enseignement oblige le chef de famille à confier ses
enfants à un établissementpublicou privéagréé d’enseignement,cependant pour
éviter que les chefs de famille ne soient victimes d’entreprise de recrutement
attentatoires à la liberté de l’enseignement, le législateur punit d’une peine de
servitudepénale de trois moisau maximumet d’une amende de 500 à 1000 zaïres
313 Article
319 du code de la famille.
314 Article
765 du code de la famille.
315 D’après l’article 115 de la loi-cadre n° 86005 du 22 1986 de l’enseignement national,
l’enseignementest obligatoirepour tout enfant congolais,garçon ou fille, âgé de six à quinze ans.
L’obligationscolaire atteint tout enfant congolais, entrant en premièreannée primaire et cesse
lorsquel’enfant termine ses études primairesou lorsquesans les avoirachevées,il a atteint l’âge de
15 ans.
208
ou d’une de ces peines seulement, le fait de les amener à placer leurs enfants
dans un établissementd’enseignement ou à les en retirer, ou de les empêcherde
satisfaire à l’obligation scolaire.
Les peines dont doublées si l’auteur est un membre du personnel de
l’enseignement.
Les manœuvressusceptiblesd’être utiliser sont décrites à l’article 34. il s’agit
particulièrement de voies de fait, de violences, de menaces ou de pressions
faisant craindre au chef de famille de perdre son emploiou de voirexposerà un
dommage quelque sa personne, sa famille ou ses biens.
L’intervention pénale des parents
Fondé sur la présomptiond’irresponsabilitépénale du mineurque confirment
les articles 214, 215 et 219 du code de la famille, 316 le décret du 6 décembre1950
sur l’enfance délinquante entend traiter celui-ci essentiellementau moyen de
mesures de garde, d’éducation et de préservation dans la mise en œuvre
desquelles il réserve aux parents u rôle pénal primordial.
D’abord au niveau de la dé
finition des infractions :
- Le vagabondage du mineur se définit en référence aux
parents, soit que l’enfant se trouveen un lieu où il n’est pas régulièrementétabli ou
n’est pas autorisé à séjourner par l’autorité parentale ou tutélaire, soit que
l’enfant n’est pas accompagnéde ceux qui exercentsur lui, en vertu de la loi ou de
la coutume, l’autorité parentale. Est ainsi qualifié de vagabond, « le jeune
désœuvré(sans travail certain), celui qui fait l’école buissonnière,vend des petits
riens, exerce des petits métiers aux ressourcesdérisoires et incertaines, vit sans
soutienet surveillanceef ficaces, violele règlementsur la circulation nocturnedes
jeunes, pratique des fugues…, tire ses ressourcessur la déboucheou des métiers
prohibés de manière générale ou de façon particulière vu son âge…) 317.
- Le vagabondage,observeMadame IDZUMBUIR318 conduit à
la mendicité , et la mendicité constitue un symptôme de vagabondage.C’est ainsi
que VEXLLIARD319 conclut qu’il n’y a plus pour le vagabondque l’alternative funeste
de mendier ou de voler, car il ne se laissera pas mourirde faim’’. Est mendiant,
celui qui se livre à la mendicité pour soi-même ou pour ses proches sans
316 Ilrésulte de la combinaisonde ces dispositionsprésomptiond’irresponsabilitépénale en faveur du
mineurâgé de 18 ans non accomplisqui se fonde à la fois sur la fixation d’un seuil d’âge et sur le
manquede discernement.Ce seuil d’âge ayant été ramené à moinsde 16 ans par l’ordonnance-loi
n°78/016 du 4 juillet 1978, la présomptiond’irresponsabilitépénale est désormaisd- fixée à 16 ans
non accomplis.Vir à ce sujet, IDZUMBBUIRAssop, Joséphine, la justice pour mineurs au zaïre,
réalités et perspectives. Editions Universitaires Africaines, Kinshasa 1994, pp 32 à 40.
317 IDZUMBUIR Assop Joséphine , Ibid , p 45.
318 Ibid , p 47.
319 VEXLIARDA,introduction à la sociologiedu vagabondage, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris
1956, p. 17, cité par IDZUMBUIR , op.cit , p 47.
209
contre-valeur appréciable.
- L’indisciplinenotoire est une insoumissionde l’enfant à
l’autorité des parents ou de ceux qui ont sa garde de droit ou de fait, laquelle
insoumission peut se manifester notamment par des proposinjurieux, des voiesde
fait, refus d’obéir aux parents tandis que l’inconduite notoire est un
comportementtels que la débouche,la prostitution,les mauvaisesfréquentations,
les sorties nocturnesnon autorisées. Il est évident que le refus de s’engager dans
une carrière professionnelle,dans un mariage qui plait aux parents, etc. ne peut
être qualifié d’indiscipline320.
Ensuite au niveau de la procédure, le juge des mineurs,à savoirle tribunal
de paix 321, n’est saisi directement pourles cas d’inconduiteet d’indiscipline notoires
que par une plainte en correctionpaternelle, en vertu de l’article 3 de du décret
de 1950 sur l’enfance délinquante 322. Les parents sont entendus à l’instructionde
la cause 323. Pendant l’enquête, le juge prend à l’égard du mineur toutes mesures
nécessaires324 ; il peu notammentlaisser l’enfant sousla garde de ses pères et mère
ou tuteur 325, ou leur soustraire cette garde. Dans cette dernière hypothèse,il est
reconnu aux parents et autres gardiens le droit de faire appel.
Enfin, au niveau des mesuresprincipalesou des mesuresd’accompagnement
et de leur exécution :
- les parents peuventêtre admonestéspar le juge en dehors de la présence
de l’enfant ;
- la ré réprimandes’accompagneobligatoirementd’une injonction faite aux
personnes qui ont la garde du mineur de mieux le surveiller à l’avenir ;
- le placement en liberté surveillée peut s’exécuter notamment dans la
famille d’origine de l’enfant ;
- la surveillancedes jeunes délinquants est organiséede façon à servir de
trait d’union entre le juge, le mineur , la famille et le milieu social ;
- les personnescivilementresponsablessont citées et tenues solidairement
avec l’enfant, des frais, des restitutions et des dommages– intérêts et
sont même susceptibled’être condamnéesà une peine de contrainte par
corps en cas de non paiement ;
- le juge peut, en tout temps, soit de sa propreinitiative , soit à la demande
notammentdes parents, tuteurs ou personnesqui ont la gare de l’enfant,
rapporter ou modifier les mesuresprises et agir dans les limites du décret
de 1950 au mieux des intérêts du mineur ;
- les parents et le mineur peuvent faire appel dans l’hypothèse de
320 IDZUMBUIR Assop Joséphine, Ibid , p 48.
321 Article du code de l’organisationet de compétencejudiciaires. Voiraussi, IDZUMBUIR,Ibid pp, 27
et s.
322 IDZUMBUIR Assop Josephine, Idid , p 58.
323 Ibid, p. 59.
324 Article 16 du décret de 1950.
325 IDZUMBUIR Assop Joséphine, Ibid, p 61.
210
soustraction de la garde de l’enfant326.
§2. - Les manquements observés dans l’exercice de cette autorité
Les manquements observés dans l’exercice de l’autorité parentale sont
sanctionnés :
- par l’incrimination de l’abandon de famille qui apparaît comme la
sanction des parents démissionnairesdont les agissementsou l’attitude
poussent leurs enfants dans la marginalité et la délinquance ;
- par la prise en compte, dans la mise en œuvre de certaines infractions,
de certaines manifestations de la défaillance parentale telles que des
exemples pernicieuxd’ivrognerie habituelle ou d’inconduite notoire ; le
manque de direction nécessaire ; le fait de compromettrela santé de
l’enfant, de le soumettre à des mauvais traitements, de le priver de soins.
La non-accomplissement de l’obligation scolaire
La loi-cadre de l’enseignementnational prévoit et punit d’une peine de
servitude pénale d’un mois de maximumet/ou d’une amende ne dépassant pas
500 zaïres ou le fait pour un chef de famille de ne pas confier ses enfants soit à
un établissement public d’enseignement, soit à un établissement privé agréé
d’enseignement.
Pour échapper à la répression, le chef de famille doit prouver que ces
établissementsn’existentpas dans un rayon de 5 kilomètresde sa résidence ou ont
opposé un refus justifié à l’accès des enfants.
La liberté de l’accomplissement de l’obligation scolaire
Si le législateur a mis à la charge du chef de la famille, l’obligationscolaire,
celle-ci ne peut cependant pas être accompliepar n’importe quel moyen. C’est
ainsi qu’est puni du double des peines prévue à l’article 14 de la loi-cadre à
l’enseignement c'est-à-dire d’une peine de servitude pénale de 6 mois ou
maximumet/ou d’une amende de 1000 à 5000 zaïres ou d’une de ces peines
seulement, le chef de la famille qui tente à la liberté du personnel de
l’enseignementen vue d’obtenir pour lui-même ou pour son protégé un avantage
scolaire ou académique. Les faits viséssont d’après l’article 134 de la même loi,
particulièrement les voies de fait, les violences, les menaces ou les pressions
faisant craindre aux personnessusmentionnéesde perdre leurs emploisou de voir
exposer à un dommage quelconque leur personne, leurs familles ou leurs biens.
Onconsidèreégalement commeun manquementde l’autorité parentale fait
pour les parents de porter une entrave quelconqueou une obstructionà l’action
de la justice dans le cadre des mesuresrelatives à l’enfance délinquante. En
effet, l’article 20 du décret de 1950 punit d’une servitude pénale de huit jours à
un an et d’une amande de « ’100.000 zaïres » au d’une de ces peines seulement,
326 IDZUMBUIR Assop Joséphine, Ibid, pp , 63 , 66, 67, 68, 69, 71, 72, 73, 75.
211
le père ou la mère 327 qui soustraira ou tentera de soustraireson enfant mineurà la
procédureintentée contre lui en vertu de la législationsur l’enfance délinquante ;
qui le soustrairau tentera de le soustraireà la gare des personnesdes institutions
à qui l’autorité judiciaire l’a confié ; qui ne le présentera pas à ceuxqui ont le droit
de le réclamer, qui l’enlèvera ou le fera enlever, même de son consentement. La
servitude pénale peut être élevée jusqu’à 3 ans si le coupablea été déchu de la
puissance parentale.328
327Le professeur IDZUMBUIR(op.cit Ibid, p 40) regrette le caractère étroit de ces dispositionsqui
écartent de leur champ les parents de fait qui sont cependant nombreux à héberger
particulièrement les jeunes émigrés de l’intérieur du pays.
L’article 345 du code pénal Français exclut par contre l’applicationde cette infraction aux pères et mère du
328
mineur.
212
SOUS – TITRE 3
LE DROIT PÉNAL DE LA FAMILLE ET LA SÛRETÉ DE
L’INSTITUTION FAMILIALE
La famille, nousle savons depuis la longuequête sur sa définition qui nousa
occupéau début de cette étude, est non seulement une institution,mais aussi un
système de relations. C’est sur ce dernier aspect de la famille que nous nous
sommes essentiellement appesantie jusqu’ici lorsque nous avons étudié la
protection pénale de la famille dans les relations entre époux, puis dans les
relations entre parents et enfants. Il est cependant évident que les relations
entre épouxs’inscriventdans le cadre du foyer conjugal, et donc du mariage qui
est une institutionde la famille. Il en est de même des relations entre parents et
enfant qui se déroulent normalementdans le ménage et impliquentnotamment
parenté et filiation, tous également institutions de famille.
C’est qu’il paraît dif ficile d’isoler complètementces relationsde l’institution
dans laquelle elles prennent vie. Aussi, Gérard CORNU329 a-t-il raison de définir le
droit pénal de la famille commecette brancheparticulière du droit répressif qui
se préoccupe des délits commisentre membresde la famille ou contre la famille.
On peut percevoir là une double sensibilitédu droit pénal de la famille à la
sécurité et à l’épanouissementindividuelset collectifs des membresde la famille
ainsi qu’à la préservationet la sauvegarde des structures des fonctions et des
valeurs de la famille. Il s’ensuit que l’on peut déceler, du point de vue du droit
pénal de la famille, deux types de protection : d’une part la protectionde la vie
familiale, c’est à dire des individusen tant que membresd’une famille, d’autre
part la protectionde l’institution familiale en tant qu’entité et microcosmede la
société globale dont l’existence et la cohésionsont indispensableà l’équilibre
général de la société330.
329 CORNU Gérard, Droit civil, la famille, op.cit, p 13.
330 COURVANT Pierre, Le droit pénal et la famille, … pp. 813-814.
213
CHAPITRE I
LA PROTECTION DE LA VIE FAMILIALE
Vie familiale et protectionpénale : « que vient faire le droit pénal en cette
affaire », se demandait Georges LEVASSEUR331. La question est au cœur de la
problématiquedu droit pénal de la famille, c’est à dire de l’interventiondu droit
pénal de la famille. Que vient en effet y faire le droit pénal avec sa rigueur et sa
menace contraignante qui sont tout à l’opposé de la « sentimentalité familiale » ?
Avec Pierre COUVRAT332, on peut apporter à cette questiondeux niveauxde
réponses.
En premier lieu, on peut avancer que l’idée de l’égalité de traitement des
délinquants impose au droit pénal de ne pas laisser hors de son champ les
infractions qui se commettentau sein de la famille, quitte à considérerl’élément
familial comme une circonstance particulière, aggravante ou atténuante, voire
excuse absolutoire, de l’infraction.
Deuxièmement,la fonction sociale de la famille, notamment son rôle
éminent dans la formation et la stabilité de la société et singulièrement,son rôle
dans l’organisation de la répression– lui assure ne place intermédiaire entre
l’état et l’individu. Aussi est-elle tantôt « agent », tantôt « écran » dans la
répression.C’est ainsi qu’elle préférera, dans bien des cas, s’occuperelle-même
des infractions commisespar un de ses membres contre un autre des siens. Tantôt
il s’agira pour elle de faire écran à la répression, soit par suite de ce réflexe
naturel qui l’amène à garder cachés les agissements coupablesde ses membres
soit parce qu’elle a conscience que derrière celui qu’on appellera le coupable,
c’est peut être en réalité sa famille tout entière qui aurait mérité cette étiquette
et qui, en définitive, va supporter indirectement le poids de la condamnation.
Tantôt, il s’agira d’intervenir comme agent de répression, agent domestique
mettant en branle la correction parentale, ou agent judiciaire « auxiliaire »
déclenchant la miseen mouvementde l’action publique au moyenpar exemplede
la plainte en correction parentale ou de la plainte de l’époux offensé.
Cette réaction familiale variable ainsi que les solutions répressivesfort
pleines de nuances que produit le droit pénal de la famille nousamènent à nous
interroger sur la rationalité de ce dernier, autrement dit sur l’existence d’une
unité dans la répressionà incidence familiale, et partant, sur l’existence d’une
véritable politiquefamiliale du droit de la famille. Il s’avère alors que le droit
pénal, intervenant dans la vie familiale, balance ou hésite entre deux attitudes :
ingérence et prudence.
331 LEVASSEUR GEORGES Les transformations du droit pénal concernant la vie familiale, op.cit, p 59.
332 COUVRAT Pierre, op.cit pp 807 et s.
214
Section 1.L’INGERENCE DU DROIT PENAL DANS LA VIE DE FAMILLE
L’ingérence du droit pénal dans la vie familiale se caractérise par deux
types d’intervention réagissant d’une part aux infractions purement familiales,
d’autres part aux infractions de droit commun en famille.
§1. - Les infractions purement familiales
Les infractions purement familiales peuvent se définir comme celles qui
portent atteinte essentiellement à l’ordre familial et, par conséquent, dont le
champ pénal constitutif met en rapport des membres de famille dans les
manquementsgravesaux devoirset responsabilitésdécoulant de leur état et statut
spécifiques. L’ordrefamilial s’entend de tout ce qui contribueà la protection du
ménage fondé sur le mariage et la sauvegarde de son unité et de sa stabilité
333.
Contenues principalement dans le code de la famille, ces infractions
apparaissentcommedes sanctionspénales des obligationscivilesqui s’imposentaux
membres de famille dans leur statut et leurs rôles réciproques.
Elles consistent donc en diverses violations des obligations familiales
s’inscrivant soit dans les relations entre époux, soit dans les relations entre
parents et enfants telles que nous venons de les étudier.
Il s’agit essentiellementdes infractions suivantes violant les obligationsen
regard :
1°) Dans les relations entre époux :
Infraction Obligation Article du code
Adultère Devoir de fidélité, de respect, 349, 467
d’affection
Incitation à l’adultère Devoir de fidélité, de respect 470, 471
d’affection
Bigamie Devoir de fidélité, de respect, 354, 408, 409, 417, 460,
d’affection
Polyandrie Devoir de fidélité, de respect 410, 411, 412, 413, 414, 417
d’affection
Refus de cohabitation ou Consommation du mariage, 453, 454, 455, 456, 457, 464, 465
abandon du domicile conjugal communauté de vie, fidélité,
respect et affection
333 Article 331 du code de la famille.
215
Abandon de famille (abandon Soins et assistance réciproques, 458, 460 à 463, 475, 476, 478,
alimentaire et pécuniaire, obligation alimentaire 479, 480, 481, 482 à 486, 482,
abandon de la femme 714, 716, 720, 734 et s., 926, 927
enceinte)
Manquement aux devoirsFidélité, respect, affection, 460, 461, 462, 463, 714, 715
réciproques des époux consom-mation du mariage,
communauté de vie, soins et
assistance réciproques
Mauvais traitement au veuf ou Respect, affection, soins et 544, 545
à la veuve assistance
Non-enregistrement du Devoir de loyauté 432
mariage
Faux témoignage et faux Devoir de loyauté 376
serment au moment de
l’enregistrement du mariage
2°) Dans les relations entre parents et enfants
Infractions Obligations Articles
Abandon de famille Obligation alimentaire, de soins 242, 243, 286, 321, 458, 478,
et d’entretien 586, 648, 714, 716, 720, 734, et
s., 929, 927
Incitation à l ‘abandon de 466
famille (abandon du conjoint)
Inconduite notoire, négligence Education, protection 319
grave, mise en péril de la santé,
la sécurité ou la moralité de
l’enfant
Défaut de déclaration de Obligation de déclarer la 114, 116, 126, 133, 591, 614
naissance, d’af filiation ou de
naissance ou le décès de
décès l’enfant, obligation d’affilier
Fausses déclarations de Obligation de déclarer la 115, 133, 156, 159
naissance ou de décès naissance ou le décès de
l’enfant
Manquement aux devoirs Devoirs subséquents à la 714, 715
réciproques des parents parenté et à l’alliance
Non-représentation d’enfant Obligation de respecter le droit 276
de garde et de visite de
l’enfant
Remise en mariage de la jeune Obligation d’éduquer et de 420 à 423
fille impubère protéger l’enfant
Remise en mariage Protection de la santé, 410 à 414
polyandrique protection de la natalité et de
la filiation
Contrainte au mariage Obligation de respecter le libre 336
consentement au mariage
Mariage d’un enfant mineur Obligation de respecter les 352, 357, 395, 407, 419
conditions de fond du mariage
(capacité de contracter
mariage)
Mariage incestueux Obligation de respecter les 353, 415, 416
conditions de fond du mariage
(capacité de contracter
mariage)
Mariage avant l’expiration du Préserver lafiliation de 355, 395
délai d’attente l’enfant
216
Mariage d’un interdit Obligation de respecter les 356, 425
conditions de fond du mariage
(capacité de constater
mariage)
Opposition au mariage Liberté de contracter mariage, 357, 358, 359, 387
liberté de consentement
Abus de dot Obligation de ne pas dépasser la 363, 427
valeur maximalefixée par le
président de la république
§2. - Les infractions de droit commun commises en famille
De façon générale, les infractions de droit communcommisesen famille
entraînent des pénalités plus lourdes, c’est à dire aggravéesdu fait précisément
de la qualité du coupableet de la victime.Cette aggravations’expliqueégalement
en ce que, outre les violations spécifiques des interdits que formulent ces
infractions, le coupableporte attente à des obligationsfamiliales qui lui incombent
et à des valeurs familiales protégées par la loi.
Cependant ces aggravations ne sont expressémentformulées par la loi que
dans les cas d’attentats, sexuels,d’attentats aux mœursou à la pudeur. En ce qui
concerne les attentats à la vie ou à l’intégrité physique, seuls les attentats
prénataux – propagande antinataliste et avortement – ainsi que les abstentions
sont aggravées lorsqu’ellesportent atteintes à un membre de famille. Le droit
congolais ignore l’infanticide aussi bien que le parricide, l’« uxoricide » et le
« viricide ». Il ne prévoit pas non plus l’aggravation des pénalités pour coups et
blessures,violences,voiesde fait, lésionscorporellessur un parent. Si la doctrine
soutientunanimementla nécessitéde corrigercette lacune au moyende la miseen
œuvrejurisprudentielle des circonstancesaggravantes, les cours et tribunaux n’y
recourent que fort peu et fort timidement, adoptant ainsi dans ce domaine une
attitude d’extrême prudence. Par ailleurs, bien des situations criminelles, de
grande ou de moindre gravité, entre parents restent cependant, en fait qu’en
droit, affaire d’alcôve abandonnée à la sagesse des familles : prudence ou
laisser-faire dangereux ?
Section 2.LA PRUDENCE DU DROIT PENAL DANS LA VIE DE FAMILLE
La prudence du droit pénal dans la vie de famille tient notammentde la
dif ficulté dans laquelle il se trouve d’apprécier correctementle degré de trouble
social causé par les infractions commisesau sein de la famille, entre parents. La
tendance naturelle de la famille de se refermer sur elle-même, pourprotégerson
intimité et ses secrets, préserverses liens d’affection et d’amour, ses occasionsde
joies et de peines, etc. rend dif ficile l’entremiseet les entreprisesdu droit pénal
dans ces milieux.
Par ailleurs, le droit pénal ne peut perdre de vue qu’il évolueici non plus sur
le terrain de l’ordre publicordinaire, mais sur celui de l’ordre mi-public, fondé sur
217
la « sacralité » du mariage et les impérativesde la sauvegardede l’unité et de la
stabilité de la famille, et d’un ordre mi-privé soucieux du respect de la
souverainetéet de l’autonomiede l’organisationinterne de chaque famille. Aussi
est-il conscient qu’il convient,dans certains cas, « d’empêcher tout procèspénal,
car la mise au grand jour des dif ficultés familiales et la condamnationqui en
résultera n’apportera pas de solution et ne fera que confirmer d’une façon
définitive la scissionfamiliale déjà commencée334. Si en effet ‘’l’essentielle est de
sauvegarderl’unité familiale, et faudra parfois tolérer l’inexécution d’un devoir
social lorsqu’elle est due à une manifestation de solidarité familiale335».
Concrètement, la prudence du droit pénal dans la vie de famille, se
manifeste par des limites imposéesà la libre déterminationdu ministèrepublicle
faible taux de pénalité des infractions, un certain nombrede fins de non-recevoir
ou d’immunitésfamiliales, non organiséespar la loi mais consacréesnéanmoinspar
la pratiquejudiciaire, enfin le recoursà un procédé particulier que nousappelons
« répression indirecte ou biaisée ».
§1. - Les limites à la libre détermination du ministère public
Dans l’intérêts de la paix, de la cohésion,de la stabilité et de l’honneurdes
familles, le législateur fait obstacle dans certains cas à la mise en œuvre de
l’action publiqueen matière familiale par l’impositiond’une plante préalable ou
d’une requête préalable. Parfois, il confine les intervenants judiciaires ordinaires,
à savoirle juge de paix et le ministèrepublic, dans un rôle d’arbitre et d’amiable
conciliateur. Il lui arrive également de laisser toute latitude à la justice
domestiqueassurée, pourrait-on dire au premierdegré par l’autorité parentale et,
au second degré, par le conseil de famille. Quelquefois,il adopte une attitude de
prévention.
A. L’exigence de la plainte ou de la requête préalables
L’existencede la plante préalable à la mise en œuvrede l’action publiqueen
droit pénal de la famille s’impose uniquement dans deux hypothèses :en matière
d’adultère et en matière d’inconduite ou d’indiscipline de l’enfant. Il est
paradoxal que le droit pénal de la famille ne fasse qu’un recours fort limité à
cette formule. Le même constat peut être relevé en ce qui concerne la requête
préalable.
a) En matière d’adultère
Auxtermes de l’article 468 du code de la famille, la poursuitedes infractions
prévuesà l’article 467, à savoirl’adultère commispar ou avec une femme mariée,
l’adultère commispar ou avec un hommemarié, ne peut avoirlieu que sur plainte
de l’épouxqui se prétendra offensé, dans la mesureoù l’infraction n’aura pas été
334 COUVRAT P. op.cit, p. 824.
335 Ibid.
218
commiseavec son consentementou sa connivence336. En effet état de cause, il est
loisibleau plainant de demander, par le retrait de sa plainte, l’abandon de la
procédure. De même, il a la possibilitéde demander l’abandon des effets de la
condamnationà la servitude pénal à condition de consentir à reprendre la vie
communeet de faire bénéfice ainsi à l’époux qui a trahi la foi conjugale, en
quelque sorte, le pardon de l’époux offensé.
Naturellement,ce pardon peut être subséquentà la réparation coutumière337
que ce dernier peut réclamer au conjoint coupableet à toute personne avec qui
celui-ci a commisl’adultère, pourvuque l’intéressé, c’est-à-dire l’époux lésé n’ait
approuvé ou toléré l’adultère et que le compliced’adultère ne puisse prouversa
bonne foi.
b) En matière d’inconduite ou d’indiscipline
La deuxièmehypothèseoù le mécanismede la plainte préalable fonctionne
est celle de l’inconduite ou de l’indisciplinede l’enfant. En effet, pour que la
méconduire ou la désobéissance de l’enfant âgé de 16 ans non accomplis
entraînent l’application du décret de 1950 sur l’enfance délinquante, il faut
notammentque les faits en cause soient notoiresc’est à dire qu’ils donnent de
graves sujets de mécontentement aux parents ou gardiens de l’enfant, que
ceux-ci saisissent le juge des enfants 338, par une plainte dite « en correction
parentale » par laquelle ils requièrent son intervention
339.
c) En ce qui concerne la requête préalable
Contrairementà la plainte préalable, la requête préalable n’est pas une
condition exclusiveindispensableà la mise en mouvementde l’action publique,
mais plutôt une modalité de saisine du juge qui s’impose dans les cas suivants :
Il en premierlieu, la possibilitéqui est reconnue, par l’article 399 du code
de la famille, au futur épouxmineurde saisir, par voiede requête, le tribunal de
paix en cas de refus de consentementdes parents ou de l’un d’eux ou du tuteur à
son mariage. La même possibilité est également ouverte au ministère public.
Ensuite, aux termes de l’article 460 du code de la famille, lorsquel’un des
épouxprétend que l’autre a manqué de ses devoirs, le président du tribunal de
paix, saisi par une requête, tentera, en chambre de conseil, de concilierles époux.
De même, si l’un des époux manque gravement à ses devoirs, dit l’article, sur
requête verbaleou écrire de l’autre époux,toutes mesuresurgentes ou provisoires
336 Par exemple,le mari qui aura incité sa femme à commettrel’adultère (article 470 du code de la
famille) verra sa plainte déclarée irrecevable en vertu de l’article 469 du code de la famille.
337 Article 461 du code de la famille.
338 Le juge des enfants appréciera naturellementle bien fondé de cette requête car, écrit Madame
IDZUMBUIR(la justice pourmineursau Zaïre, op.cit P 49, « Il arrive qu’ondécouvreque ce sont les
parents ou gardiens du mineurqui devraient faire l’objet des mesuresde protection(notamment
par une assistance éducative), plutôt que le mineur lui-même ».
339 IDZUMBUIR, Ibid.
219
qu’exige l’intérêt de ce dernier et des enfants.
B. Préférence à la conciliation
On note une certaine préférence du législateur et à la réparation
coutumièreau détriment de la condamnation et de la répression. C’est ce qui
apparaît aux articles 359 et 460 du code de la famille que nousvenonsd’évoquer.
En effet, le tribunal de paix saisi pourun cas refus de consentementdes parents
au mariage du futur époux mineur, instruit à huis clos la requête en amiable
conciliateur. De même, lorsqu’il a été saisi pour manquement aux devoirs
conjugaux, le juge peut appeler en conseil toutes personnes susceptibles de
promouvoirla conciliation ;commeil peut également envoyerles époux,l’un d’eux
ou leurs parents devant une réunion familiale ou convoquer un conseil de famille.
C. Le domaine de la justice domestique
A l’évidence, le contentieux de la formation du mariage et celui des
manquementsaux devoirs conjugaux sont le domaine privilégie de la justice
domestique où réunions familiales et conseil de famille jouent un rôle
déterminant, en appui ou sous le contrôle d tribunal de paix. Aux cas que nous
avons relevés ci-dessus, on peut ajouter celui de l’article 336 du code de la
famille relatif au mariage forcé. Onsait que cette dispositionexclut de son camp
répressif les parents, le tuteur ou les personnes investies de l’autorité sur
l’individu concerné, mais également à ce dernier de saisir le conseil de famille
pourstatuer. Ce n’est qu’uncas de désaccord que le tribunalde paix sera amené à
trancher.
Ainsi, le conseil de famille apparaît comme le fenêtre par laquelle le
tribunal de paix a accès, si nécessaire, à la justice domestique. Une seconde
possibilitéd’accès à la justice lui est offerte lorsque, faisant application de la
coutume en cas de violation de ses devoirs, conjugaux par l’un des époux, il
ordonne la réparation en nature sous forme d’objets désignés par la coutume à
cet effet ou l’accomplissement de rites coutumierssusceptiblesde réparer la
faute commise ou de resserrerles liens conjugaux ou d’alliance, pourvu que ces
rites soient conformes l’ordre public et à la loi.
On aura noté que, sauf l’hypothèsedu mariage d’un mineur,ces différents
cas de limites à la libre déterminationdu ministèrepublicne concernent pas le
traitement pénal réservéaux situationscriminellesdans lesquellesles enfants sont
victimes.Le ministère publicretrouveici en principesa pleine initiative de mise
en mouvement de l’action publique.
D. Attitude de prévention
L’attitude de prévention qu’adopte le législateur consister en un
avertissementcirconstanciéavant l’accomplissementde certains actes. C’est ainsi
qu’il fait obligation à l’officier de l’état civil d’aviser les requérants, comparants,
220
leurs fondés de pouvoiret les témoinsdes peines prévuespar la loi sanctionnant
les fausses déclarations, avant de dresser un acte de l’état civil ou de notoriété
340.
Quelquefois, le législateur recourt aux mécanismes préventifs civils de
façon à éviter l’interventionpénale. Ceci apparaît notammenten matière d’abus
des besoinsd’un mineur. Le code de la famille n’incriminepas spécialement cet
acte. Mais, il prend certaines dispositions tendant à assurer malgré toute la
protectionde l’enfant contre pareils abus en invalidant les paiementsfaits et qui
lui portent préjudice ainsi que les contrats qu’onlui fait souscrire en profitant de
son inexpérience341. Dans le même ordre d’idée, il organise strictement le pouvoir
d’administrationet le de jouissance que détiennent les pères et mère sur les biens
de leur enfant mineur342.
§2. - Le faible taux des pénalités du code de la famille
N QUALIFICATIONS ARTICLES SERVITUDE AMENDE AUTRES SANCTIONS
PÉNALE
1Abandon alimentaire 929, 236, 319 7 jours à 2 mois 20 à 100 Z Déchéance de l’autorité
CF parentale
2Adultère 467 CF 6 mois à 1 an 500 à 2.000 Z
3Assistance au mariage d’un 407, 419, 395 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
mineur al 1 CF
4Atteinte à la liberté du 335, 336 CF 1 mois à 3 mois 100 à 500 Z
mariage
5Avortement 165 et 166 5 ans à 15 ans
CPO
6Avortement sur soi 165 et 166 5 ans à 10 ans
CPO
7Bigamie 354, 408 CF 1 mois à 3 mois 100 à 300 Z
8Célébration et enregistrement 395 et 2,426 50 à 200 Z
d’un mariage conclu sans loi CF
9Célébration et enregistrement 351 à 367 CF 7 jours à 30 jours Ne dépassant pas
d’un mariage avant la 250 Z
notification de la mainlevéede
l’opposition
1Célébration et enregistrement 351 à 367, 395 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
0 d’un mariage au mépris de al 1, 428 CF
l’opposition
1Célébration et enregistrement 430, 395 al 1 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
1 d’un mariage par un officier CF
de l’état civil incompétent
1Célébration et enregistrement 395 CF 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z ; 50 à
2 d’un mariage entaché de 300 Z pour les
nullité contraventions
non punies de la
peine de
servitude pénale
1Célébration et enregistrement 407, 419, 395 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
3 d’un mariage d’un mineur al 1 CF
1Célébration et enregistrement 356, 425,, 395 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
4 d’un mariage d’un interdit CF
1Célébration et enregistrement 417, 395 al 2 50 à 200 Z
5 d’un mariage d’une femme CF
avant l’expiration du délai
d’attente
1Célébration et enregistrement 416, 395 al 1 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
340 Article 11 (alinéa 2), 159 du code de la famille.
341 Articles 294 à 297 du code de la famille.
342 Article 327, 328 et 329 du code de la famille.
221
7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
6 d’un mariage incestueux CF
1Consentement d’un mineur à 407 et 395 al 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
7 son mariage en l’absence de 1 CF
dispense
1Consentement à un mariage 419 et 395 al 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
8 avec un mineur en l’absence 1 CF
d’autorisation
1Consentementà un mariage de 407 et 395 al 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
9 mineurs n’ayant pas atteint 1 CF
l’âge requis en l’absence de
dispense
2Défaut d’af filiation 614 CF 1.000 à 5.000 Z
0
2Défaut de déclaration de 114 et 116 CF 7 jours N’excédant pas
1 naissance ou de décès 20 Z
2Délit du souteneur(les parents 174 bis CPO 3 mois à 5 ans 350 à 1.000 Z
2 qui aident leurs enfants à
récupérer le produit de la
prostitution
2 Enlèvement d’une femme en 472 CF 6 mois à 1 an 500 à 2.000 Z
3 vue de l’adultère
2 Entrave ou obstruction à 20 du décret 8 jours à 1 an 100.000 Z
4 l’action de la justice dans le de 1950
cadre des mesuresrelatives à
l’enfance délinquante
2Escroquerie au mariage ou à 98 CPO 3 mois à 5 ans 2.00 Z
5 la dot
2 Excitation des mineurs à la 172, 173, CPO 5 ans à 10 ans 100 à 2.000 Z Privation de la puissance
6 débauche 236, 319 du parentale et des droits et
CF avantages sur la personne
et les biens de l’enfant à
l’encontre du père ou de la
mère auteurs de
l’infrac-tion sur un
enfant âgé de moinsde 10
ans accomplis
2Exploitation habituelle de la 174 bis CPO 3 mois à 5 ans 350 à 1.000 Z Idem
7 prostitution ou de la débauche 236 et 319 du
de l’enfant par ses pères et CP
mère
2Extorsion par la violence du 404 et 336 CF 1 mois à 3 mois 100 à 500 Z
8 consentement au mariage
2 Fausses déclarations de 115 CF 8 jours à 1 an 20 à 50 Z
9 naissance ou de décès
3Imposition du mariage ou 336 CF 1 mois à 3 mois 100 à 500 Z
0 incitation au mariage forcé
3 Incitation à l’abandon de 466 CF Ne dépasse pas 30 100 à 500 Z
1 famille jours
3Incitation à l’adultère 470 CF Ne dépasse pas 500 à 2.000 Z
2 30 jours
3Inconduite notoire, négligence 319 CF Déchéance de l’autorité
3 grave, mise en péril de la
santé, la sécuritéou la moralité
de l’enfant
3 Inexécution des obligations 487, 488, 927 7 jours à 2 mois 20 à 100 Z
4 pécuniaires,mise en péril de la CF
santé, la sécuritéou la moralité
de l’enfant
3Inexécution des obligations 480 à 485, 927 7 jours à 2 mois 20 à 100 Z
5 résultant des effets CF
pécuniaires du mariage
3Inobservation des règles de 927 CF 7 jours à 2 mois 20 à 100 Z
6 mise en œuvre de l’obligation
alimentaire
3Inobservation des règles 431, 395 al 1 7 jours à 2 mois 100 à 300 Z
7 relatives à la célébration ou à CF
l’enregistrement du mariage
3Insoumissionet indiscipline de Décret du 6 Mesures de garde
8 l’enfant âgé de moins de 6 ans décembre d’éducation, de
1950 préservation
222
3Manquements aux devoirs 460 à 463, Réparation coutumière ;
9 réciproques des époux, des 714, 715 réparation en nature (sous
parents et alliés forme d’objets désigner
par la coutume) ;
accomplissement de rites
coutumiers
4Mauvais traitement à l’enfant 319 CF Déchéance de l’autorité
0 parentale ou tutélaire
4Mauvais traitements à veuf ou 545 CF Ne dépasse pas 1 100 à 500 Z
1 veuve attentatoires à son mois
patrimoine par l’impositionou
la perceptiond’une indemnité
de décès
4Mauvais traitements à veuf ou 544 CF Ne dépasse pas 1 100 à 500 Z
2 veuve attentatoire à son mois
honneur, sa dignité, sa liberté
individuelle ou sa vie privée
4Non-enregistrement du 370, 378, 432, 50 à 200 Z
3 mariage CF
4Non-représentation d’enfant 120, 276 CF 7 jours à 30 jours 5 à 25 Z
4
4Opposition au mariage légal 336 CF 1 mois à 3 mois 100 à 500 Z
5
4Polyandrie 410 à 414 CF 2 mois
6
4Polyandrie aggravée (par 410 à 414 CF 4 mois 2.000 Z
7 violence, ruses ou menaces)
4Prohibition du mariage 330, 349, 395, 50 à 20 Z
8 homosexuel al 2 CF
4Provocation à l’avortement ou 178 CPO 8 jours à 1 an 25 à 1.000 Z
9 la propagande antinataliste
5Refus d’af filiation 614 CF 10 jours à 30 5.000 à 10.000 Z
0 jours
5Refus de cohabitation 454 , 460 à Réparation coutumière ;
1 464 CF réparation en nature (sous
forme d’objets désignés
par la coutume) ;
accomplissement de rites
coutumiers
5Remiseen mariage de la jeune 420 CF 2 mois au 2.000 Z au
2 fille impubère maximum maximum
5Supposition d’enfant 155 CPO 1 an à 5 ans
3
5Versementou acceptation de la 361, 363, 395 7 jours à 1 mois Double de la
4 dot dont la valeur dépasse le al 2, 426, 427 valeur de
maximum légal CF promessesagrées,
sans que ladite
amende soit
inférieure à 100
Z
5Versementou acceptation de la 427 al 2 CF 14 jours à 2 mois Quadruple de la
5 dot dont la valeur dépasse le valeur des
maximumlégal commispar une promessesagrées,
personne habilitée à consentir sans que ladite
au mariage du mineur amende soit
inférieure à 200
Z
5Violaggravé(par un hommequi 170 CPO Perpétuité
6 abus de son autorité sur la Ou peine de mort
victime)
N.B : Code de la famille (CF) ; Code pénal ordinaire (CPO)
CODE DE LA FAMILLE CODE PENAL ORDINAIRE
Taux des peines Servitude pénale Amende Servitude pénale Amende
223
Minima le plus bas 7 jours 20 Z 8 jours 25 Z
Minima le plus 6 mois 5.000 Z 5 ans 350 Z
élevé
Minima le plus bas 7 jour 100 Z 5 ans 1.000 Z
Minima le plus 1 an 10.000 Z 15 ans/perpétuité 2.000 Z
élevé
Les deux tableaux ci-dessus mettent nettement en évidence la faiblesse du
taux des peines de servitude pénale sanctionnant les infractions au code de la
famille. Cette faiblesse ressort encore plus clairement lorsqu’onmet en présence
les données du code de la famille et celles du code pénal ordinaire. L’amplitude
des taux de la servitude pénale va de 7 jours à 1 an pour le code de la famille et
de 8 jours à 15 ans, voire à la servitude pénale à perpétuité pour le code pénal
ordinaire. Tandis que l’amplitude du taux des amendes paraît moinsélevée dans
le code pénal ordinaire que dans le code de la famille. Cependant en terme de
valeur réelle, les amendes expriméesdans l’ancienne monnaie, ont perdu tout
caractère intimidant eu égard à la forte corrosion de cette dernière.
§3. - Lesfins de non-recevoir ou les immunités familiales
On observeun réel tiraillement entre les instances judiciaires et l’autorité
familiale, dans le traitement des infractions entre personnesimpliquéesdans des
liens familiaux. Il semblebien que des raisonsde convenances’opposentà ce que la
justice intervienne autrement que de manière civile 343 ou coutumièredans un
conflit déjà pénible. Il y a apparemment, défaut d’intérêt immédiat à la
répression344 .
Ce défaut d’intérêt immédiat à la répression a amené par exemple le
législateur français 345 à considérer que les rapports entre les membresd’une
famille sont trop intimes pour qu’il faille, à l’occasion d’intérêts pécuniaires,
charger le ministère public de scruter les secrets de famille. Ainsi, le vol entre
époux, entre ascendants et descendants, et entre alliés n’est pas susceptiblede
poursuites.Des raisons techniques et moralesjustifient cette position.D’unepart,
étant donné la communautéde vie entre proches parents et la confusion des
patrimoinesqui en résulte, il est parfois dif ficile de connaître avec certitude le
véritable propriétaire de la chose soustraire. D’autre part, on considère qu’il est
préférable de régler ce genre de problèmesen famille et d’éviter le scandale
inhérent à la publicité résultant d’une intervention judiciaire
346 .
Cette immunitéa été tenue par la jurisprudence 347 à d’autres infractions,
en particulier l’escroquerie, l’abus de confiance, l’extorsion de signature, le
chantage, disons plus largement à toutes celles qui ne lèsent que les intérêts de la
343 Note LARGUIER J. Sous Crim 15 février 1956, JCP, 56 II 9390 cité par COUVRAT Pierre op.cit , p 827.
344 Lesnouvelles, droit pénal belge, tome I, vol n ° 2932 pa P.E TROUSSE, cité par COUVRAT Pierre ibid.
345 Exposédes motifs de l’article 380 du code de la famille sur le vol entre épouxou parents COUVRAT
Pierre Ibid , p 827, J.Cl pénal , art 380 par VEUILLET A, n°5.
346 VERON Michel, droit pénal spécial, Masson Paris 1982, p 25.
347 Crim , 28 avril 1866.
224
famille et non ceux des tiers. Le législateur,précise CHOUCKROUN
348, n’excusepas de
coupable : il estime simplementque la bienséance et la décence répugnent à ce
qu’une condamnationinfamante frappe une personnesur la plainte d’un de ses
proches.
Ons’est interrogésur la nature de cette immunitécréée par l’article 380 du
code pénal français et s’est demande s’il s’agit d’un fait justificatif ou d’une
excuse absolutoire.
349
Ni l’un ni l’autre, il ne s’agit pas d’un fait justificatif, puisqueles faits ou les
actes de soustraction visés par cette disposition demeurent délictueux. Elles
peuvent donner lieu à des réparations civiles devant les juridictions civiles, mais
peuventtout de mêmeau plan pénal être retenues commecirconstanceaggravante
d’une autre infraction (connexité avec le meurtre par exemple) ou comme une
infraction distincte (effraction ou brisde clôturepar exemple).Il ne s’agit pas non
plus d’une excuse absoluede jugement, seule qualifiée pour l’admettre. 350 Or, les
soustractions spécifiées par l’article 380 du code pénal français ne sont pas
incriminableset ne peuventdonner lieu à aucune poursuite.Celle-ci est irrecevable
devant le juge répressif qui doit soulever l’exception d’office ; et cette
irrecevabilité peut être constatée par la juridiction d’instruction.
Il en résulte que cette immunité a, en droit français, une nature « sui
generis », autrement dit elle organiseun régimepropreaux soustractionscommises
dans le cadre familial ; lequel ne comporte ni système de plainte préalable, ni
système de pardon.
Pareille immunitén’est instituée par le législateur congolais. Et pourtant,
celui-ci ainsi d’ailleurs que le juge sont conscients de ce que le cercle familial
forme parfois un véritable obstacle à la pénétration du droit pénal et lorsque
l’écran est levé l’intervention ne fait que répondre à un appel de l’intérieur. 351
Cette vérité se trouvecorroboréepar une enquête que nousavonsconduite dans le
cadre d’un séminairede droit pénal, auprès d’un certain nombrede juridiction de
Kinshasa, sur les infractions entre parent ou personnes apparentées.
L’enquêteen questionest partie de l’idée que les personnesentre lesquelles
348 CHOUCKROUNG ch., l’immunité, Sc, crim 1959 p 29.
349 Rappelonsqu’un fait « est une circonstancequi enlève son caractère illégal à un acte volontaire
contraire à l’ordre social et qui, sans cette circonstance, devrait constituer une infraction, mais
qui, avec cette circonstanceapparaît commel’exerciced’un droit ou mêmel’accomplissementd’un
devoir ». En réalité, en cas de fait justificatif, il n’y a pas d’infraction car l’un des éléments -
l’élément légal – se trouve effacé par une autre dispositionde la loi. L’excuseabolutoirequant à
elle, est une circonstancequi supprimela peine commele fait justificatif ; mais, à la différence
de ce dernier, elle ne fait pas disparaître la responsabilité.En cas d’absolution,l’auteur du délit,
bien que reconnu coupable, est exempt des peines prévuespar la loi pour des raisons qui ne
tiennent nullementà sa responsabilité,celle-ci demeureentière, mais pourdes motifs de politique
criminelleet d’utilité sociale (STEFANI Georges et LEVASSEURGeorges ; droit pénal général 10ème
édition, précis Dalloz Paris 1978 n° 121 ? P 155.
350 En revanche, l’inculpé irresponsable, c’est à dire bénéficiant d’un fait justificatif, peut être
déclaré non responsabledevant la juridiction (ordonnance ou arrêt de non-lieu) et ne pas être
traduit devant la juridiction de jugement (voir STEFANI et LEVASSEUR, op.cit, n°283, p 299).
351 COUVRAT Pierre, op. cit., p 829.
225
existent des relations familiales peuventse trouverimpliquéesdans des situations
crimino-victimogènesdébouchantsur des infractions, dont le traitement est plus
au moins fortement influencé par la qualité spécifique de l’auteur et de la
victime. Ce traitement peut du reste être imposé par le législateur lui-même
lorsqu’il institue des qualifications particulières (infractions spécifiques) où les
liens familiaux apparaissentcommeélément constitutifs déterminants. Mais, dans
d’autres circonstances, des membres de famille peuvent se rendre coupables
d’infractions générales, quelconques,au préjudice d’autres membres de famille.
Un frère peut tuer, blesser ou violera sœur ; un enfant peut voler ses parents ;
une femme peut commettreun abus de confiance au détriment de son mari ; le
mari peut empoisonner son épouse ou lui administrer des coups et blessures ;un
père peut escroquersa fille ; un fils peut, commettreun stellionat en vendant la
parcelle de son père ; etc. Il s’agit, on peut l’imaginer, de situations fort
embarrassantespour le législateur autant que pour la justice ; l ‘un et l’autre
partagés par les exigences de protection de l’ordre public et la nécessité de
sauvegarder la paix, la tranquillité, l’unité et la stabilité de l’institution
familiale.
Commentles tribunauxrèglent-ils ce problèmedans le ressort de Kinshasa ?
Telle était la préoccupationde l’enquête qui a été réalisée dans les tribunauxde
paix et de grande instance de la Gombe, de N’Djili, Matete, Lemba, Kalamu,
Ngaliema, Assossa, Kasa-Vubu, tous du ressort de Kinshasa 352 .
352 Les résultats de cette enquête sont consignés dans les tableaux des pages… et s.
226
72 cas d’infractions commises en famille ont ainsi relevés
:
Infraction fréquence pourcentage Ordre de place
1 – Abandon de famille et invitation 8 11,1 2
2 – Abus de confiance 1 1,4 8
3 – Adultère et facilitation 14 19,4 1
4 – arrestation arbitraire détention illégale 1 1,4 8
5 – avortement & tentative 2 2,7 7
6 – bigamie 1 1,4 8
7 – coups et blessures 5 6,9 5
8 – destruction méchante 1 1,4 8
9 – faux et usage de faux 2 2,7 7
10 – homicide préterintentionnel 6 8,3 4
11 – Imputations dommageables 2 2,7 7
12 – inceste 7 9,7 3
13 – menaces de mort 1 1,4 8
14 – non-assistance à personne en danger 1 1,4 8
15 – parricide 1 1,4 8
16 – refus de cohabitation 5 6,9 5
17 – stellionat 3 4,6 6
18 – viol 6 8,8 4
19 – vol 3 6,9 5
72 100,0
Code Instance Nature de Qualification Liens de famille Sanction légale Décision Observations
dépouillement l’infraction Victime c/auteur
1-5 TGI Gombe IG Stellionat Père/ fille MP& MV 3 mois à 5 ans de SPP Acquittement La vente a été avec le consentement du père
RP 3/4/95 c/NH & MZ et/ou A 1.000 Z qui, après avoir consommé l’argent de ladite
vente, a porté plainte contre safille
1-6 TGI Gombe IG Viol avec violence Nièce c/oncle par 5 à 20 ans de SPP circ. Condamnation avec circ. att : La peine est inférieure au minimum prévu en
RP alliance MP c/NM aggr 10 à 20 ans art 170 délinquante primaire 36 mois cas de circonstance aggravante (autorité sur
CP LII de SPP la victime)
1-9 TGI Gombe IG Tentative d’avortement Concubine 5 à 15 ans de SPP art Condamnation 15 mois de Il y a eu concours idéal d’infraction. La plus
RP 10380 homicide c/concubin 165 CP LII 5 à 20 ans de SPP et 50 Frc d’amende ; DI haute expression pénale devrait être
préterintionnel SPP amende 2.000 Z art de 1000 $ à la partie civile retenue.. Le juge a condamné pour
48 CP LII (tante de la victime) avortement alors que le fœtus n’était pas
expulsé
12-5 TP/Ngaliem Fait non Inceste Nièce c/oncle Arrangement en famille Déni de justice
a RP infraction
13930/1986 nel
12-6 TP/Ngaliem IS Refus de cohabitation Mari c/épouse MP & Réparation coutumière Condamnation 87 mois de Cumul d’infraction (refus de cohabitation,
a RP 14207 KM c/TM art 454, 460 et s du CF SPP, D I . 1Z faux et usage de faux, menace d’attentat,
arrestation arbitraire, stellionat – en
concours matériel
12-7 TP/Ngaliem IS Adultère Mari c/épouse 6 mois à 1 an de SPP A. Condamnation 7 mois de Concours idéal avec coups et blessure, vol,
a RP14274 500 à 2.000 Z art 467 CF SPP ; A ; 1.000.000 NZ destruction méchante
12-10 TP/Ngaliem IG Imputations Frère & oncle Art 74 du CP LII Acquittement des prévenus ; A l’origine de la cause ; le viol de la nièce
a RP15139 dommageables c/nièce, frère, condamnation du citant à
belle-sœur des DI
12-12 TP/Ngaliem IG Destruction méchante Fils, nerveux c/ Art 112 CO LII Arrangement en famille Déni de justice
a RP15137 père, oncle MP & KO
et crts c/ OK
1-2 Conseil de IS & IG Inceste, viol avec Conjoint, fille On ignore la décision que le TP Lubumbashi a
famille violence adultère c/père prise
1-4 Famille de IG Homicide Epouse c/mari Intervention de la famille de la victime pour
la victime préterintentionnel obtenir de la gendarmerie la relaxe du
délinquant dans l’intérêt des enfants. La
gendarmerie n’a pas déféré la cause au
parquet
12-14 Conseil Fait non Inceste Mère c/fils Sacrifier une chèvre
famille infraction
nel
12-15 Conseil de IG Coups et blessures Fils c/mère On ignore la décision que le
famille TP Lubumbashi a prise
2-1 TGI/Kalam IG Viol avec violence Nièce c/oncle MP c/ 5 à 20 ans de SPP art Condamnation : 6 mois de Le bénéfice des circonstances atténuantes
u RP BB 170 du CP LII SPP serait dû à l’existence des liens de parenté
entre l’auteur et la victime, mineure de 14 ans
3-11 TGI/Matete IG Viol avec violence Nièce c/ oncle MP Idem Acquittement
RP 282 c/ AI
Code Instance Nature de Qualification Liens de famille Sanction légale Décision Observations
dépouillemen l’infractio victime c/auteur
t n
2-2 TGI Kalamu IG Vol qualifié 10 ans SPP Condamnation : 4 mois
RP 1747 art 79-81 CP LII SPP : DI 12.500.000 NZ;
15/3/99 restitution des biens volés
11-13 TGI Gombe IG Vol simple Mère c/fils Art 79-80CPLII Mesure de garde et L’auteur est mineur d’âge
RCD 380/ED 5 ans et/ou 25 à 1000 Z d’éducation
31-10 Tp Lemba RP IG Vol simple Père c/fils SPP : 5 ans et/ou 25 à Condamnation : 10 mois de Circonstance atténuante : « vie misérable »
13762 MP & MN c / LM 1000 Z d’amende SPP
30/7/96
4-5 TGI N’Djili IG Vol qualifié Père c/Fils SPP : 10 ans Condamnation : 45 jours de Circonstance atténuante : délinquante
RP 192 SPP primaire : modalité du vol
3-12 IG Avortement ayant conjoints Discussions entre les deux familles . L’intérêt
entraîné la mort des enfants a prévalu
31-14 IG Viol avec violence cousins Séparation physique Rites magiques pour protéger le fruit de
l’infraction
31-15 Conseil de IS Refus de cohabitation Mari c/épouse Rupture du mariage Le divorce ne peut être que judiciaire
famille
32-16 IG Détention illégale Parents, frères et
d’armes menaces de sœurs
mort
32-17 Conseil de IS & fait Adultère et inceste Nièce c/oncle Interdiction de la victime de Seule l’épouse pouvait porter plainte
famille non paternel rencontrer l’oncle
infraction
nel
4-12 Conseil de IG Homicide Père c/fils Placement dufils sous Opposition farouche de la mère de l’auteur et
famille préterintentionnel l’autorité de l’oncle paternel épouse de la victime
4-13 Conseil de IS Adultère Fille c/père Faire avorter la victime ; Intervention du grand – frère de l’auteur
famille indemnisation de l’épouse pour calmer la victime
par la remise d’une chèvre
enceinte : fixation de la
résidence de la victime loin
des parents
41-10 Famille de IS Adultère Mari c/épouse Paiement par la famille de la
l’auteur femme d’une chèvre, une
bouteille de vin de raphia, un
casier de boisson alcoolisée
présentation d’excuser
32-13 TP Matete IG Faux et usage de faux Succession Art 124 du CPLII Condamnation : 6 mois de
RP 16893 Mère et Enfant SSP 6 mois à 5 ans SPP avec sursis de 30 jours :
/IV c/ fils du de cujus A : 25 à 200 Z 2.500.000 NZ
3-10 TGI Matete IG Homicide Epouse c/mari MP 5 à 20 ans de SPP Condamnation: 12 mois de la peine prononcée est très en deçà du
RP 313 préterintentionnel c/MKN A : 2000 Z SPP: A 200 frc minimum légal la justi
fication est peu
convaincante
Code Instance Nature de Qualification Liens de famille Sanction légale Décision Observations
dépouillemen l’infraction victime c/auteur
t
4-3 TGI N’Djili IG Homicide Epouse c/mari MP M Art 48 CP LII Acquittement Partie civile : père et frère de la victime
RP 91 préterintentionnel et NM c /MN
41-11 IG cousins
famille préterintentionnel l’état , 1 pour la population, 1 d’abandonner les poursuites. L’auteur est en
pour la famille). Paiement fuite, on sent le souci de désintéresser toute
des frais de funérailles par personne qui s’opposerait au classement de
les parents de l’auteur cette affaire. Mais qui a représenté l’Etat et
la population ? Il ne s’agit pas d’une cause
susceptible de faire l’objet d’une transaction
pénale
32-15 TP Matete IG Arrestation arbitraire Epouse c/mari ART 67 du CP LII al 1er Acquittement Un tiers aurait été à la base de cette
RP NL c/ZE SPP : 1 à 5 ans arrestation
16547/III
3-6 Parquet IG Coups et blessures Epouse c/mari MP & Art 43 et 46 du CP LII Prescription
matete RMP AK c/M
681/PRO 23
/MB
31-12 TP Lemba RP IG Coups et blessures Epouse c/mari Art 43 et 46 du CP LII Incompétence rationae Jugement par défaut, plainte pour menace de
14507/1 MP 1 NM c/N materiae mort et tentative d’assassinat. A l’origine de la
cause : le viol de la belle-sœur mineure, règlé
par le Conseil de famille
41-7 TP KINKOLE IG Coups et blessures Epouse c/mari & Art 43 et 46 du CP L II Acquittement
RP 6375 beau-frère
MP & N c/ LM & KB
2-3 TGI KALAMU IG Faux en écriture Beau – père Condamnation d’un Apparemment les beaux enfants n’ont commis
RP 2/3/99 c/beaux enfants fonctionnaire aucune faute
MP & BAN c / Bob et
crts
2-4 TGI KALAMU IG
7504
2-5 TGI/KALAM IG Faux en écriture Art 124, 127 CP LIII Action irrecevable pour
U RP 7552 défaut de qualité
3/11/98
21-4 TP KASA – IS Bigamie Epouse c/mari SPP : 1 à 3 mois Non établie Décision non motivée
VUBU RP MP & WO c/EE & LG A : 100 à 300Z
795/III Art 408 CF
Code Instance Nature de Qualification Liens de famille Sanction légale Décision Observation
dépouillemen l’infractio Victime c/Auteur
t n
41-4 TP Kinkole IS Désertion du toit Mari c/ Epouse & Art. 464 CF: refus de Condamnation : Amalgame entre 4 délits :
conjugal Beau-père cohabitation (délit civil) Epouse : 6 mois de SPP avec - abandon de conjoint (art. 464 CF)
MP & WB c/ BL & EB Art. 462 CF : facilitation sursis d’1 mois ; - facilitation de l’adultère (art. 472 CF)
de l’adultère (SPP 6 Beau-père : 12 mois de SPP - incitation à l’abandon du conjoint (art.
mois à 1 an ; A 500 à avec sursis de 3 mois 466 CF)
2000 Z) DI in solidum : 2 poules - adultère (art. 467 CF).
Art. 466 : Incitation à L’épouse ne pouvait être condamnée que du
abandon du conjoint chef d’adultère, tandis que le Beau-père pour
(SPP 30 jours ; A 100 à les infractions des articles 472 et 466.
300 Z)
Art. 467 : Adultère (SPP
6 mois à 1 an ; A. 500 à
2000 Z)
3-6 Parquet IS Refus de cohabitation Epouse c/ Mari Art. 464 CF Prescription Application d’un décret abrogé. Infraction
Matete RMP MP & AK c/ M 1 mois max inexistante.
681/ A. 200 Z max
PRO/23/MB
32-12 TP Matete IS Refus de cohabitation Mari c/ Epouse d. 5/7/1948 art. 17 Condamnation à quoi ? Application d’un décret abrogé.
RP 16391 MP & NL c/ T d. 25/6/1948 art. 8, 9, SP 1 mois A. 500.000 Z Art. 461 et 462 CF
10
3-8 IS Adultère Idem
une grossesse.
RMP MM Retrait de la plainte.
6556/PRO/2
3/98/DAF
31-4 TP Lemba IS Adultère Mari c/ Epouse Idem Condamnation L’article 472 al. 2 du CF n’intervient pas ici car
RP 13778 MP & OI c/ LN & T Auteur : SPP de 12 mois avec il ne concerne pas le complice mais le
sursis de 10 mois, et Amende. facilitateur d’un adultère avec autrui.
Complice : SPP 12 mois
32-10 TP Matete IS Adultère Mari c/ Epouse Idem Condamnation. Mariage coutumier enregistré en 1986.
RP 175774 MP & T c/ LN & LT SPP : 12 mois ; A. 2000 Z
4-9 TP N’Djili IS Adultère Mari c/ Epouse Idem Condamnation SPP 4 mois ;
RP 1057 MP & T c/ MJ. L. M DI 1000 Frc chacun ; Une
chèvre, 2 dames-jeannes
d’huile de 25 litres, 1 sac de
sel, 5 poules, 5 casiers de
bière (art. 471 CF)
Code Instance Nature de Qualification Liens de famille Sanction légale Décision Observation
dépouillemen l’infractio Victime c/Auteur
t n
41-2 TGI Kalamu IS Adultère Mari c/ Epouse Idem Condamnation : Amalgame entre 4 délits :
RP – 2/3/99 MP & MN c/ KM & M SPP 6 mois ; A. 5.000 NZ - abandon de conjoint (art. 464 CF)
(auteur) , 10.000 NZ - facilitation de l’adultère (art. 472 CF)
(complice) - incitation à l’abandon du conjoint (art.
466 CF)
- adultère (art. 467 CF).
L’épouse ne pouvait être condamnée que du
chef d’adultère, tandis que le Beau-père pour
les infractions des articles 472 et 466.
11-8 TP Gombe IS Abandon de famille Ancien mari c/ SPP : 7 jours à 2 mois Acquittement La période de non paiement de la pension
RP Ancienne épouse A : 20 à 100 Z Absence d’intention alimentaire correspond à celle où le débiteur
16009/III MP & MH c/ PH Art. 926 CF méchante d’aliment entretenait les enfants.
21-4 TP IS Abandon de famille Epouse c/ Mari Idem Non établi Absence de motivation
Kasa-Vubu MP & W c/ EE & LG
RP 795/III
3-7 Parquet IS Abandon de famille Enfants c/ Père Idem Classement sans suite Fait non infractionnel. Partie civile belle-mère
Matete MP & NY c/ KK du prévenu. Le décret de 1949 visé a été
RMP 1433 abrogé.
31-7 TP Lemba IS Abandon de famille Mari c/ Epouse Idem Condamnation Condamnation cumulative avec l’adultère. Les
RP 14342 MP & OC c/ IM SPP 6 mois avec sursis de 12 éléments constitutifs de l’abandon de famille
9/4/98 mois; ne sont pas réunis.
A. 2.000.000 Z ou 11 mois de Jugement par défaut
servitude pénale subsidiaire
DI 300 $
32-8 TP Matete IS Abandon de foyer Epouse & enfants d. 7/7/1948 art. 17-18 Acquittement Le décret du 5/7/1948 a été abrogé.
RP 16547 Abandon matériel ou c/ Mari & père 2 mois max Absence de mariage célébré
moral des enfants et de MP & NL c/ ZE A. 500 Z max ou enregistré
la femme
4-7 TP N’Djili IS Abandon de foyer Epouse c/ Mari Art. 464 CF Condamnation Fait non infractionnel. Incompétence pour
RP 451 MP & NB c/ MD SPP : 1 mois condamner à une pension alimentaire
DI : 300 $
Pension alimentaire : 50 $
11-13 Conseil de IG Vol simple Frère c/ Frère Auteur : demander pardon
Matete famille Victime : restituer l’argent dû
préside par à l’autre
le géniteur
Instance Qualification Sanction légale Décision Observation
dépouillemen l’infractio Victime c/Auteur
t n
21-8 Conseil de IS non Parricide Père c/ Epouse & Vente des biens de la La preuve de l’infraction n’a pas été
famille existante enfants succession. Partage entre les rapportée. La veuve serait complice du
comme héritiers et autres membres meurtre.
telle en de la famille. Perte de la
droit qualité d’usufruitier et
congolais d’héritière pour la veuve.
Paiement d’une amende par
la veuve.
21-9 Chef de IG Coups et blessures Cousins Paiement des soins médicaux
Bumbu famille volontaires simples par les parents de l’auteur
3-12 Conseil de Fait non Inceste Fille c/ Père La famille de l’épouse (qui n’était pas la mère
Lemba famille infraction de l’enfant) a demandé à celle-ci de divorcer.
nel Refus de l’épouse.
Du point de vue de la fréquence et de l’ordre d’importance de ces
infractions, trois groupesse dessinent. Dans le premier,l’adultère et l’abandon de
famille apparaissent commeles infractions les plus couramment commises ;leur
fréquence est supérieureà 10%. La deuxième catégorie d’infractions regroupant
celles qui ont une fréquence compriseentre 5 et 10%, est constituéepar l’inceste,
le vol, les coups et blessures, l’homicide préterintentionnel et le refus de
cohabitation.Enfin, le dernier groupefréquence inférieur à 5% - est formé par
les infractions suivantes :stellionat, imputationsdommageables,avortement,faux
et usage de faux ; et de façon plus marginale : abus de confiance, arrestation
arbitraire et détention illégale, bigamie,destruction méchante, menaces de mort,
non-assistance à personne en danger, parricide.
Cette liste n’est sans doute pas représentative de l’ensemble de la
criminalitéfamiliale. Il est du reste significatif que les infractions au code de la
famille y soient très faiblement représentées (abandon de famille, adultère,
bigamie,refus de cohabitation). C’est est peut être l’indication que la plupart de
ces infractions ne sont pas traitées par les instances officielles. C’est dans doute
aussi la manifestation d’une certaine méfiance vis-à-vis de la sanction pénale
dont on craint qu’elle ne vienne détruire la cohésionfamiliale ; méfiance qui
pousseà la recherche,dans le traitement de la criminalitéfamiliale, d’un certain
équilibre entre la nécessité de la répression,de l’éducation et de l’unité de la
famille.
S’agissant des immunitésfamiliales, le défaut de leur établissementpar la
loi amène le juge à développer,dans le traitement des infractions entre membres
de famille, diversesattitudes qui tendent à limiterl’intervention pénale en milieu
familial. On observe ainsi que, dans la répartition des affaires contentieuses
entre les différentes instances - tribunal de paix, tribunal de grande instance,
parquet et conseil de famille – ce dernier vient en deuxième position après le
tribunal de paix et traite presque le 1/3 du volume global d’affaires.
Instance Nombre d’affaire Pourcentage
1 – tribunal de paix 28 43
2 – tribunal de grande instance 13 20
3 – parquet 05 8
4 – conseil de famille 19 29
65 100
Lorsqu’onconsidère les décisions intervenues, on constate qu’il y a autant
d’acquittement que de condamnationsatténuées. Et souvent,la qualité de parent
ou de personne ayant autorisé sur l’enfant est retenue comme circonstance
atténuante là où on se serait attendu à plus de sévérité eu égard justement au
statut de l’auteur de l’infraction. Par ailleurs, les condamnationsaggravées sont
contrebalancées par des condamnations assorties de sursis. Enfin, une nette
tendance se dessine en faveur des sanctions familiales coutumières et des
réparations civiles ou coutumières.
Si les infractions patrimoniales, les viols, les abstentions coupables, les
homicide préterintentionnelssont généralement sanctionnés, les adultères sont
plus fortement sanctionnésdans le chef du compliceet une tendance à une pas
condamner se dessine à l’égard des coups et blessures. Quant à l’inceste, il
convient de noter l’ambiguïté de son statut pénal. Il n’est répréhensibleau
regard du droit pénal écrit que dans l’hypothèse de la célébration ou de
l’enregistrement d’un mariage incestueux.En dehors de ce cas de figure, et sous
réserve d’autres qualifications adaptées à l’espèce, l’inceste n’est pas puni. Mais,
ce que le droit pénal écrit laisse horsde son champpeut, dans certaines situations,
être récupérépar le droit pénal coutumierqui laisse généralement,en la matière,
compétence au conseilde famille. En principe,pourle droit pénal de la famille, le
caractère infractionnel de l’acte incestueuxdisparaît lorsqu’ils’agit des intérêts
vitaux de la famille, de préserverla communautéde vie dans un foyer dont l’un
des conjoints s’est rendu coupable d’inceste ou de sauvegarder les acquis
patrimoniaux ou affectifs apportés par l’alliance, etc.
Décision Fréquence
Acquittements 12
Condamnations aggravées 05
Condamnations atténuées 12
Condamnations assorties de sursis 06
Sanction familiale coutumière 16
Réparations civiles 10
Amendes 09
Classements sans suite 02
Mesures de garde, d’éducation et de préservation 01
Prescription 03
§4. - La répression indirecte ou biaisée
Dans un certain nombrede cas, le législateur procède par une répression
biaisée ou indirecte des infractions au code de la famille soit en renvoyant aux
incriminationset aux sanctionsdu code pénal ordinaire, soit en prenant en compte
ces incriminationset ces sanctionsdans les modalités ou les conditionsde mise en
œuvre de certaines dispositions.
En effet, l’article 112 du code de la famille par exemplerenvoie aux peines
prévues par l’article 23 de l’ordonnance-loi n°73-010 du 14 février 1973 relative
aux abstentions coupables des fonctionnaires pour sanctionner les officiers de
l’état civil lorsque tenus de rédiger u acte de l’état civil, ils ne l’auront pas rédigé
dans les délais par la loi alors qu’ils pouvaient la faire, et lorsque, tenus de
déclarer un événementau ministèrepublic, ils ne l’auront pas fait dans les délais
légaux.
Par ailleurs, le législateur tire conséquence de certaines condamnations
pénales pour asseoir quelques sanctions civiles comme :
- la déchéance de la tutelle du mineur« lorsque le tuteur s’est compromis
gravement dans l’exercice de sa fonction de tutelle ou lorsqu’ila fait
l’objet d’une condamnation judiciaire devenue définitive à la suite
d’une infraction qui porte atteinte à l’honneur et à la dignité de sa
fonction de tuteur »353 ;
- la déchéance de l’autorité parentale à la suite de condamnationpour
incitation à la débauche, abandon de famille, mauvais traitement, abus
d’autorité , inconduite notoire ou négligence grave mettant en péril la
santé, la sécurité ou la moralitéde l’enfant, ou tous autres faits commis
sur la personne d’un enfant ou petit-enfant354 ;
- la déchéance de l’administration légale des biens de l’enfant 355 ;
- l’exonérationde l’autorité maritale au profit de la femme mariée dont le
mari est condamné à une peine d’au moins6 mois de servitude pénale ,
pendant la durée de celle-ci 356 ;
- l’exhérédation de l’héritier légal ou du légataire jugé indigne de
succéder pour avoir attenté ou vouluattenter à la vie du de cujus, pour
avoir capté c’est à dire volé ou usurpé tout ou partie de l’héritage trois
moisavant le décès du de cujus, pour avoir détruit, fait disparaître ou
altéré frauduleusementle dernier testament du de cujus, ou encore pour
avoir commisne dénonciation calomnieuseou un faux témoignage au
détriment du de cujus357 ;
- la renonciation à l’héritage sous violence ou menace 358 ;
- l’annulation du droit pour le faillit à faire toute libéralité après le
jugement déclaratif de faillit et pendant la période suspecte ou la
restriction de son droit à opérer une donation rémunératoireou à
disposer par testament de ces biens 359 ;
- la révocation de la donation entre vifs pour cause d’ingratitude si le
donataire a attenté à la vie du donateur , s’est rendu envers coupable
envers lui de sévices ou injures graves ou d’abstention coupable
360.
Notons, pour être complet, que la condamnation pénale aussi être utilisée
commemoyende preuveattestant la célébrationou l’enregistrement d’un mariage
361. On peut, en effet, imaginer que la preuve de la célébration ou de
l’enregistrementd’un mariagerésulte d’une condamnationdu chef de bigamie qui
a été rendue possiblegrâce à de fausses déclarations ou à la falsification d’actes
de l’état civil. De même, dans la mesure où la nullité du mariage ne peut être
353 Article 236 du code de la famille.
354 Article 319 du code de la famille.
355 Article 329 du code de la famille.
356 Article 451 du code de la famille.
357 Article 765 du code de la famille.
358 Article 806 du code de la famille.
359 Article 838 du code de la famille.
360 Article 892 du code de la famille.
361 Article 440 du code de la famille.
prononcéepour le seul motif que le délai d’attente n’a pas été respecté 362 ou qu’il
n’a pas été tenu compte d’une opposition363 ou que les dispositionsrelatives à la
célébration ou à l’enregistrement du mariage n’ont pas été observées364, toutes
condamnationspénales intervenuespour ces motifs sont susceptiblesde servir de
moyen de preuve de l’existence du mariage.
Cette étude sur la répressiondes infractions commisespar un membre de la
famille sur un autre appelle les considérations suivantes :
1°) cette catégorie particulière d’incriminationscomporte une dimension
psychologique et criminologique qu’il convient de souligner.
- Elle donne d’abord à penser que le sentiment d’impunité en milieu
familial participe sans doute au développementde l’agressivitéen milieu
familial ;
- Ensuite, bien souventon note une confusiondans la perception du statut
notamment sur les biens ; confusion favorisée ou renforcée d’une part
par une sorte de communauté der jouissance et d’usage du patrimoine
parental ou familial, d’autre part par le caractère ‘’fugace’’ et imprécis
de ce dernier ;
- Le degré élevé de nuisancede ces infractions qui atteignent la victime du
lieu de son ultime retranchement,c’est à dire sousle toit familial – lieu
également où l’individu baisse la garde, confiant en la sûreté de
l’intimité, de la confidentialité et de la protection des autres membres–
sape, notamment dans le domaine des affaires, toute entreprise
familiale où oeuvreraient des membresde famille (enfant, neveux,
oncles,…)appréhendant mal la notion de patrimoinefamilial et oubliant
les sacrifices et les efforts consentispar les parents pour constituercette
fortune . Il y a ici un aspect pédagogiqueimportant à relever, dont il
faudrait tenir compte dans le traitement de cette criminalité
particulière.
2°) le lien parenté devrait, de manière générale, être regardé commeune
circonstance aggravante des infractions perpétrées au sein de la famille. En
effet, les relations familiales, du fait des sentiments et de la soumissionqu’elles
supposent,fragilisent les individus les uns par rapport aux autres, au point qu’il
devient nécessaire e prévoir pour eux une protection particulière.
Le parricide par exemple,devrait être qualifié de manière spécifique car il
désorganise dramatiquement la famille et peut être considéré, du moins an
Afrique, commeun « crimede lèse-majesté ». Il est par ailleursl’expressiond’une
trahisondes relations privilégiéeset de confiance au sein de la famille ; trahison
362 Article 417 du code de la famille.
363 Article 428 du code de la famille.
364 Article 431 du code de la famille.
que rend fort bien le « tueuoque filii mihi » de César frappé à mort par son protégé
Brutus.
C’est également cette trahison que renferme par exemple l’infraction
d’empoisonnement.Et « l’espèce d’impossibilitéqu’il y a s’en garantir, étant en
croit avoirmoinslieu de se défier » rend, sans contredit, cette infraction des plus
graves. « Il n’y a pas d’homicideplus condamnableque celui qui se commetpar le
poison ;c’est l’arme des faibles », dit DOMAT.
Pour BROUADEL,« la main qui versele
poison est presque toujours celle d’une femme… ». Voilà pourquoi
l’empoisonnementd’un membre de famille doit être réprimé d’une manière
spéciale, puisqu’il ébranle très sûrementl’affectio
« familias ».
Enfin, les tortures, actes de barbarie, de violences, et mauvais traitement
commispar le conjoint ou le concubinde la victime constituent en réalité des
circonstancesaggravantesnouvelles.Celles-ci devraient naturellementêtre prises
en compte en droit congolaiset étendues aux cas d’homicideperpétrés entre les
intéressés.
Ceci étant posé, le dilemme du traitement de la criminalité familiale
demeure puisque la famille cultive le pardon comme une valeur du milieu.
CHAPITRE II
LA PROTECTION PENALE DE L’INSTITUTION FAMILIALE
L’institution familiale est prise en compte dans nombre de dispositifs
répressifs mis en œuvre par le droit pénal général ou le droit pénal de forme ou
encore par d’autres textes particuliers. Elle est par ailleurs l’objet
d’incriminationsparticulières. C’est justement à ces deux niveauxque se réalise la
protection pénale de l’institution familiale.
Section1. LES RÈGLESGÉNÉRALES
DE LA PR
DE L’INSTITUTION FAMILIALE
On rencontre assez constamment dans divers textes législateurs et
réglementairesà caractère pénal commele code pénal général, le code pénal
militaire, le code de procédure pénale, le code d’organisationet de compétence
judiciaire et même le code du travail, nombre de dispositions, attentives à la
situationet au statut particuliersde la famille et qui définissent ainsi ce que l’on
pourrait appeler les règles générales de la protection pénale de l’institution
familiale. Celles-ci accompagnent la famille dans sa fonction d’intermédiaire
entre l’état et l’individu, soulignant ainsi tour à tour son rôle d’agent de la
répression ou de relais de la justice et celui d’écran à l’action de la justice.
§1. - Famille : agent-relais ou auxiliaire de la justice
Relais indispensable de la justice entre la société globale et l’individus,la
famille est appelée naturellementà jouer un rôle actif dans le déroulement de
l’action publique et dans le procèspénal. Elle apparaît ainsi à la fois comme un
auxiliaire – effacé sans doute mais privilégie– de la justice et comme une
collaboratrice protégée.
A. La famille : auxiliaire privilégiée de la justice
Auxiliaire de la justice, la famille l’est à double titre : tantôt comme
représentation d’un de ses membresdans certaines procédures, tantôt comme
témoin du respect de la dignité de la personne à l’occasionde l’exécution de
certains actes de procédure.
a) Intervention de la famille dans certaines procédures
Aux termes des articles 58 et 59 du code de procédurepénale, la citation à
prévenu est signifiée à la personne, à la résidence comme de celle-ci en
RépubliqueDémocratiquedu Congoou à domicile.Lorsquela citation est faite à la
résidence ou à domicile,elle est signifiée notammenten parlant à un parent ou un
allié. De même, en vertu de l’article 61 dernier alinéa du code de procédure
pénale, la citation peut toujours être signifiée au prévenu ou au civilement
responsable en personne, s’il se trouve sur le territoire de la République
Démocratique du Congo.
La justice peut ainsi atteindre par citation une personne à travers sa
famille, plus exactement à travers un parent, un allié ou un civilement
responsable,à condition cependant que l’officier ou l’agent de police judiciaire
instrumentant ait pris, dans l’hypothèsed’une citation à comparaître, certaine
précaution préalable qu’énonce l’article 117 de l’ordonnance n°78-289 du 03
juillet 1978 relative qu’exercice des attributions d’officier et agent de police
judiciaire près les juridictions de droit commun. En effet, s’étant rendu au
domicilede la personne recherchée, ils doivent se renseignerpour savoirsi cette
dernière est présente en ce lieu. Si elle ne s’y trouve pas, alors qu’il est établi
qu’elle y réside toujours et y reviendra avant l’expiration du mandat de
comparution, ils en laissent copie à un de ses parents.
Par ailleurs, en matière de demande en révision,l’article 30 du code de
justice militaire reconnaît le droit d’engager cette action au représentant légal
du condamné en cas d’incapacité de ce dernier, et, après la mort ou l’absence
déclarée du condamné, à son conjoint, ses enfants, ses parents, ses légataires
universelsou à titre universel. L’article 71 de l’ordonnance-loi n°82-017 du 31
mars 1982 relative à la procédure devant la CourSuprême de Justice 365 contient les
mêmesdispositions,sauf qu’il ajoute dans l’énumérationdes personneshabilitées
à demander la révision,les descendants (y comprisdonc les petits-enfants) et les
ayants-droit coutumiers du condamné.
b) La famille :témoindu respectde la dignitéde la personneans certaines
procédures
La famille apparaît aussi, dans certaines procéduresparticulières, comme
témoindu respect de la dignité de la personne.C’est ainsi que la loi fait obligation
à l’officier de police judiciaire qui procède à une arrestation de prévenir
immédiatement les membres de famille de la personnearrêtée. De même, elle
reconnaît à la personnequi doit faire l’objet d’une exploration corporellede se
faire assister notammentpar un parent ou un allié. Elle reconnaît par ailleurs au
chef d’habitation ou son délégué la possibilitéde consentir ou de s’opposerà une
visite domiciliaireou à une perquisition.Le chef de l’habitation ou son délégué
peuvent, bien évidemment,être un parent ou un allié du suspect. Du reste, il est
clairement édicté que « la perquisitionest effectuée en présence des parents de
l’intéressé ou de deux proches voisins »lesquels en signent, comme témoins, le
procès-verbal 366. Naturellement, lorsque cette visite domiciliaire ou cette
perquisitionont lieu, soit sur consentement du chef de l’habitation ou de son
365 J.O. n°7 du 1er avril 1962, p 11 , code de l’organisation et de la compétencejudiciaire, pp 127 et
128.
366 Article 20 de l’ordonnance n°78-289 du 03 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officier et agent de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
délégué, la personnechez qui la perquisitionest faite ainsi que le suspect assistent
à toutes les opérations367.
B. La famille : auxiliaire protégée
En tant qu’auxiliairede la justice, la famille est particulièrement protégée
d’abord en ce que la loi prohibel’arrestation des membresde la famille du
respect à titre de garantie, pratique qu’utilisemalheureusementbien souventla
police pour traquer un délinquant en fuite et qui correspond à certaines
procédurescoutumières surannées et rétrogrades 368. L’officier de police judiciaire
qui procède à pareille pratique est passibledes sanctionsprévuesà l’article 67 du
code pénal sur l’arrestation arbitraire et la détention illégale, à savoir une
servitude pénale d’un à cinq ans en cas d’infraction simple, cinq à vingt ans si les
victimesont été torturées physiquement,la perpétuité ou la peine de mort si ces
tortures ont causé de mort de la ou des victimes.
En outre, convaincrede la nécessitéde la présence au sein de la famille du
père et/ou de la mère commeautorité parentale, le législateur prescrit que « la
contrainte par corps ne peut être exécutée simultanément contre le mari et la
femme, même pour des dettes différentes. Elle doit être différée lorsqu’elleest
dirigée contre une femme enceinte prochede la délivrance. Elle peut l’être aussi
lorsque des considérations d’humanité paraissent s’opposer à son exécution 369. »
Cette dispositionévite à la famille d’être disperséeou disloquéeà la suite de
l’applicationd’une mesure pénale et de subirainsi une déchéance morale due à la
déstabilisation de l’autorité parentale. Notonsque la dispersiondes familles en
temps de guerre peut s’analyser commeun crime de guerre ou un crime contre
l’humanité sur la base des articles 501 et suivantsdu code de justice militaire et
des articles 74, 75-5 et 77-4 du protocoleadditionnel I 370. Notonségalement que le
législateur n’hésite pas dans certains cas, lorsqueles nécessitésde la protection
de la famille l’exigent, d’ordonner la déchéance de l’autorité parentale en
interdisant, en tout ou partie, l’exercicedu droit d’être tuteur, curateur, si ce n’est
de ses enfants et sur l’avis seulement de la famille 371.
Enfin, le législateur cherche autant que possibleà éviter que certaines
mesures pénales n’entraînent la déchéance matérielle de la famille. Il en est
ainsi en particulier en matière de séquestre. Le séquestre est une mesure de
confiscation des biens que peut prononcerle juge militaireà l’encontre soit d’un
prévenu défaillant poursuivi pour une infraction punissable de plus de cinq ans
de servitude pénale, soit d’un insoumisou d’un déserteur. Durant le séquestreet
c’est ici qu’apparaît la préoccupationdu législateurpour la stabilité matérielle de
la famille – il peut être accordé des secours à la femme, aux enfants, aux
367 Article 78, 62, 50, 51 et 52 de l’ordonnance ci-dessus.
368 Article 79 du même texte.
369 Article 123 ibidem.
370 AKELE A. Pierre et SITA MUILA Angélique, les crimes contre l’humanité en droit congolais, op.cit.
371 Article 398-5° du code de justice militaire.
ascendants du défaillant. S’ils sont dans le besoin372. Le comptedudit séquestre
est rendu à qui il appartiendra après condamnation devenue irrévocable.
Toutefois, si postérieurementà la vente de ces délais, il est établit que le
condamnépar défaut était mort avant l’expirationdes délais fixés à l’article 337
du code de justice militaire, il sera réputé avoir conservé jusqu’à sa mort
l’intégrité de ses droits et ses héritiers auront droit à la restitution du prix de
vente.
§2. - Famille : écran à l’action de la justice
Ecran à l’action de la justice, la famille l’est en ce que, d’une part, ses
membres exerçant des fonctions judiciaires sont dispensés d’agir en justice
contre des parents ou alliés, d’autre part une immunité,pas toujours formelle, est
accordée ou reconnue à ses membres contre certaines entraves au
déclenchement des poursuites judiciaires.
A. Cas de dispense d’intervention
La famille apparaît en effet, dans les règles de procédure, avant tout
comme un élément justifiant, de la part de personnes assument des charges
judiciaires, l’abstention d’interventiondans des actions susceptiblesd’entraîner
des poursuites à l’encontre d’un parent. Il en est ainsi de l’article 46 de
l’ordonnancen°78-289 du 03 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officier et agent de police judiciaire 373 qui interdit aux officiers de police
judiciaire d’instrumenterun parent ou un allié. Il y a aussi les règles relativesà la
récusationou au déport telles qu’ellessont définies par des articles 71 et suivants
du code d’organisation et de compétence judiciaire, 90 et suivantsdu code de
justice militaire et 56 du statut des magistrats. En effet, deux des huit causes de
récusationet de déportation énuméréepar le législateurvise le cas où le magistrat
et/ou son conjoint ont un intérêt quelconquedans l’affaire et l’hypothèseoù l’un
d’eux est parent ou allié, soit en ligne directe, soit en ligne collatérale jusqu’au
troisième degré inclusivementde l’une des parties, de son avocat ou de son
mandataire. Le juge autre que celui du tribunal de paix ou du conseilde guerre
de police 374 ainsi que l’officier du ministère public agissant par voie d’avis, qui se
trouvedans l’une des ces situations, peut être récusé ou est tenu de se déporter
souspeine de poursuitesdisciplinaires.Dans le même ordre d’idée, le statut des
magistrats interdit aux magistrats parents ou alliés jusqu’au troisièmedegré en
ligne directe ou en ligne collatérale de siéger dans une même affaire 375.
Lorsquele jugement rejetant la récusation est maintenu par la juridiction
d’appel, celle-ci peu, après avoirappelé le récusant, le condamnerà une amende
de « 50 à 1.000 zaïres », sans préjudice des dommages-intérêtsenvers le juge mis
en cause. Les mêmescondamnationspourrécusation« téméraireet vexatoire »sont
372 Article 322, 332, 333, 339, du code de justice militaire.
373 J.O.n°14 du 1ER août, p. 7, COCJ, pp 202 et s, 213.
374 Juridiction à juge unique.
375 Article 63 de l’ordonnance –loi n° 88-056 du 29 septembre 1988 portant statut des magistrats.
également prononcéeslorsque la récusationdirigée contre un magistrat siégeant
à la Cour Suprême de Justice, a été rejetée.
Par contre l’article 62 du statut des magistrats prévoirque : ‘’le magistrat ne
peut être désigné commearbitre, sauf si le litige soumisà l’arbitrageconcernedes
personnes qui lui sont apparentées ou alliées jusqu’au quatrième degré’’.
B. Cas d’immunité en matière d’entraves à la justice
Onestime qu’il est à la fois inhumain et illogique de contraindredes proches
à sacrifier un membrede leur famille en le livrant à la justice. La morale et la
décence d’éviter de mettre un parent en accusation. Il s’ensuit que certains
comportementssusceptiblesde faire obstacleau déroulement normalde la justice
échappent à la répression lorsqu’entrent en jeu des considérations familiales.
Cependant, la position du législateur est loin univoque. Elle est sans
ambiguïtésseulementen matière d’enfance délinquante, de recel de malfaiteur
et de violation de consigne.
Rappelons en effet que l’article 20 de la législation de 1950 sur l’enfance
délinquante punit d’une servitude pénale de 8 jours à 1 an et/ou d’une amande
de 100.000 zaïres, le père ou mère qui souscrit et ou tentera de soustraireson
enfant mineur à la procédure intentée contre lui. Les mêmes sanctions
s’appliquent au père ou à la mère qui soustraira ou tentera de soustraire son
enfant mineur à la garde des personnes ou des institutions à qui l’autorité
judiciaire l’a confié ; ou celui ou celle qui ne le présentera pas à ceux qui ont le
droit de le réclamer. La servitude pénale pourra être élevée jusqu’à 3 ans si le
coupable a été déchu de la puissance paternelle ou tout ou en partie.
Quant au recel de malfaiteur, l’article 164 du code pénal qui punit d’une
peine de 6 mois à 2 ans de servitude pénale « ceux qui auront recelé ou fait
receler des personnesqu’ils savaient être poursuiviesou condamnées du chef
d’une infraction que la loi punit de mort, de travaux forcés ou de cinq ans au
moins de servitude pénale », exempte de la répression les ascendants ou
descendants, époux ou épouse même divorcés, frères ou sœurs des détenus
évadés ou leurs alliés aux mêmes degrés. Les oncles, tantes cousinsou neveuxne
bénéficient pas de cette exemption.Apparemment,ce régime ne s’appliquepas au
recel d de déserteur par l’article 425 du code de justice militaire.
Enfin, l’article 480 du code de justice militaire tel que complèteet modifié
par l’ordonnance-loi n° 78-010 du 29 mars 1978 qualifie de violationde consigne
toute relation non autoriséed’un militaire avec un diplomateétranger avec toute
personne étrangère ou congolaise exerçant une charge à caractère politique.
Cependant, dans ce dernier cas, précise-t-il en son alinéa 3 in fine, l’infraction
ne sera pas retenue s’il est établi qu’il existe entre eux un lien de famille, de
parenté ou d’alliance.
En dehors de ces cas, le traitement des entraves à l’action de la justice
commises par un parent au profit d’un membre de la famille n’est pas
formellementréglé par la loi. Le législateur semble, en cette matière, vouloir se
donner une contenance de stricte rigueur dans l’intérêt général. Il lui est
pourtant dif ficile d’ignorer qu’ici l’intérêt familial, la consciencede l’individuet
des sentiments d’affection inspirent naturellement aux membresde la famille
une conduite de non-dénomination. En réalité, la situation est pleine de nuances.
Nous savons déjà que la dénomination calomnieuse 376 qui aurait pu
entraîner à l’encontre d’un parent défunt une condamnationà une peine de
cinq ans de servitudepénale au moins rend son auteur indignede succéder et de
prendre part à l’héritage de ce dernier 377. A contrario, la dénonciation non
calomnieuse ne pourrait produire les mêmes conséquences
Au demeurant l’article 16 du code de procédure pénale relatif aux
dispensesde témoigner,ne vise que les personnesqui sont dépositairespar état ou
par profession des secrets qu’on leur confie. Les parents ou alliés ne sont pas
expressément dispensés de témoigner en justice. Même si leur témoignage est
également reçu à titre de simplesdéclarations. Tant et si bien qu’onpeut imaginer
qu’ilssoient condamnéscommetémoinsdéfaillants et récalcitrants, au niveau de
ministère public, en vertu de l’article 19 du code de procédure pénale, à une
peine d’un mois de servitude pénale au maximumet/ou à une amende qui
n’excédera pas 1.000 makuta. Les condamnations à la servitude pénale
subsidiaire à l’amende ainsi que la contrainte par corpspourle recouvrementdes
frais qui pourraient lui être applicables ne peuvent excéder 14 jours. Il est
cependant d’usage qu’avant d’être entendu, le témoin déclare s’il est parent ou
allié du prévenu, ceci en vue de guider le tribunal pour juger du « reproche des
témoins »qui, éventuellement,peut être soulevé en vue de permettre au tribunal
d’apprécier la valeur du témoignage 378.
Ceci dit, il n’existepas, commeen droit français 379 par exemple,une immunité
en faveur des parents, alliés (jusqu’au 4ème degré inclusivement)et conjoint de
celui qui se rend coupablede refus de témoigneren faveur d’un innocentou de
non-dénonciation d’une infraction380.
Section 2. LES INFRACTIONS PARTICULIÈRESDIRIGÉES CONTRE
L’INSTITUTION FAMILIALE
Pierre COUVRAT dresse dans le bilan suivantà proposde la protectionpénale
de l’institution familiale : « les incriminationsdirigées à titre principal contre a
famille sont peu nombreuses et, si l’on ose dire, en voie de disparition. Les
376 Article 76 du code pénal ordinaire.
377 Article 765 littera b du code de la famille.
378 BAYONABA MEYA et LUZOLO BAMBI LESSA, procédure pénale, Cours de droit, Université de
Kinshasa, 1999, p. 116.
379 Article 61 et s du code pénal français.
380 LIKULIA B. droit pénal spécial zaïrois op.cit , pp 132 et s.
condamnations,voire les poursuites,sont de plus en plus rares. Noussommesles
divers barrages qui empêchent les poursuites pour adultère et qui sont
applicablesau complice ;les quelques condamnationspourbigamiesont infligées à
des maladroits bien plus qu’à des coupables ; enfin le nombredes avortements
punis devient de plus en plus réduit par rapport aux réalités. Il semble que le
répression des infractions commises en famille pour oublier les atteintes à
l’institution elle-même. Pourtant, la santé de la personne et de la société est
étroitementliée à la prospéritéde la communautéconjugale et familiale, véritable
école de l’enrichissement humain…381 ».
La description du droit pénal congolais de la famille, telle que brossée
jusqu’ici, nous permet de constater la pertinence de l’analyse de COUVRAT dans le
contexte congolais.Onobserveen effet d’une part nombreréduit d’incriminations
spécifiques dirigées contre les atteintes à l’institutionfamiliale, d’autre part une
grande ouverture en faveur des infractions à caractère pluri-offensif qui
protègent la famille en même temps que d’autres valeurs.
§1. - Nombreréduit des infractionsspécifiques dirigées contre
l’institution familiale
On peut identifier quatre infractions spécifiques dirigées contre l’institution
familiale. La première réprime les atteintes à l’unité, à la stabilité et la paix
familiale. Les trois autres protègent l’identité de la famille, le domicile de la
famille et certains avantages sociaux reconnus à la famille.
A. Les atteintes à l’unité, à la stabilité et à la paix familiale
Ayant posé le principe de l’obligationréciproquedes parents au secours, à
l’assistance et au respect, conformément à la loi et à la coutume,l’article 714 du
code la famille ajoute, dans son second alinéa qu’en toute circonstance, le
comportement des parents doit être guidé par le souci de maintenir et de
renforcer l’entente familiale.
En cas de violationde ce prescrit, les sanctions coutumières– dommages–
intérêts en nature et rites d’expiationde la faute – prévuespar les articles 460 à
463 sont applicables.
En réalité, cette « petite » infraction s’infuse dans l’ensemble des violation
– pénalementou civilement répréhensibles– du droit de la famille, à travers la
notion d’intérêt de la famille qui coïncide immédiatement, ainsi qu’à pu le
soulignerRené THERY,avec l’union, la bonne entente de ses membres,(ou encore
qui) correspondaux satisfaction que l’on peut attendre de l’exécution des devoirs
de famille 382 ; Il s’ensuit que l’appréciation matérielle et moraledes à l’unité, à la
stabilité et à la paix familiale se fonde nécessairementsur la prise en comptede
l’intérêt de la famille qui constitue par ailleurs, pourrait-on dire, la clef
381 COUVRAT Pierre, op. cit., p. 834.
382 THERY René, l’intérêt de la famille, in JCP, sem .jur 1972, 2485, n°17.
d’interprétation et d’application du code de la famille tel qu’il est mis en œuvre
par les courset tribunaux en vue de protéger le ménage fondé sur le mariage, de
sauvegarder son unité et de préserver sa stabilité 383. Il paraît ainsi tout à fait
concevableque l’on applique, même de façon subsidiaire,les sanctions susviséesà
toutes les infractions familiales dès lors qu’elles s’avèrent dangereuses pour la
quiétude familiale ou qu’elles ont effectivement ou incidemment compromisla
bonne entente et la cohésion familiales.
C’est que, les infractions dirigées contre les membresd’une famille peuvent,
en mêmetemps qu’ellesnuissentaux intérêts individuelsdes personnesqui en sont
victimes,nuire à l’institutionmêmede la famille, de façon incidente ou à dessein,
selon l’éclairage à retirer notamment du mobilesoutenant l’intention criminelle
de l’agent. Ceci peut être illustré à partir de quelques exemples.
Prenonsd’abord le cas de la bigamieet de l’adultère. Voilàdeux infractions
où le complice, véritable élément perturbateur de la paix du foyer qui n’est
cependant poursuivique derrière l’auteur principal de l’infraction, alors que sa
dangerosité à l’égard de l’institution familiale va certainement au-delà de la
seule considération du fait bigamie ou adultérin. En effet ce qui rend par
exemplel’adultère inacceptablec’est le soubassementou le soutènementspirituel
et sentimental que supposentdes rapports extra-conjugaux qui ébranlent la foi
conjugale, la confiance et le socle de sûreté bien délicat sur lequel repose tout
l’édifice conjugal et familial. On comprend dès lors la gravité de cet acte qui
blessedoublement le serment de fidélité des épouxet, plus encore, qui introduit
le virus destructeur de la méfiance et de la suspicionau sein du ménage. Si le
parjure qu’emportentla bigamie et l’adultère ne peut être que le fait de l’un
des conjoints et sanctionné en conséquencesous réserve de la plainte ou du
pardon de l’épouxoffensé, virus destructeur ne peut être incarné que par un
élément extérieur au foyer. Cet agent ne peut pas feindre ignorer qu’en
acceptant de prendre part à pareille infraction, il met péril le mariage, et donc
la famille de son partenaire. Aussi sa responsabilité ne doit-elle pas être
regardée comme secondaire ou subsidiaire, résultant d’une criminalité
d’emprunt. Bien au contraire, il doit être frappé de façon spéciale.
C’est du reste dans ce sens que s’est engagé le code de la famille à propos
justement de la répression de l’adultère. Non seulement, il a écarté de son
langage l’expression de ‘’complice’’ qui prête à confusion, mais encore il
sanctionnel’hommeou la femme mariésou non mariésadultères, chacun pourson
fait 384. Mieuxencore, il permet à l’épouxoffensé de réclamerune réparationà toute
personne avec qui son conjoint a commisl’adultère. En outre, il sanctionne
l’incitation à l’adultère, qu’elle soit le fait du mari par facilitation ou de
quiconque par enlèvement ; détournement ou séquestration 385.
En peut cependant regretter que le législateur se soit dissocier de la
383 Article 331 du code de la famille.
384 Article 467 du code la famille.
385 Articles 470 et s. du code de la famille.
perception « socio- criminologique »du « complice »d’adultère en étendant le
bénéfice de la grâce consentie par l’époux offensé au partenaire du conjoint
adultère. Mais fort heureusement, ce dispositif ne fait pas obstacle à
l’application,sur la base de l’article 715 du code de la famille, dans le chef dudit
« partenaire – complice » des sanctions des articles 460 à 463 du même code.
La mêmeattitude peut être adoptée vis-à-vis de l’abandon de famille pour
lequel du reste le législateurd’une part reconnaît à chacun des époux le droit de
réclamer des dommages– intérêts à toute personne qui, pourquelque raison que
ce soit, aura incité son conjoint à l’abandonner, et d’autre part frappe d’une
peine de servitude pénale ne dépassant pas 30 jours et d’une amende de ‘’100 à
300 zaïres’’ les parents du conjoint auteur de l’abandon lorsqu’il se rendent
coupablesde pareil comportement.Il est évident que, dans un cas dans l’autre, un
concoursde qualifications entre les articles 435 ou 466 du code de la famille et
l’article 715 est susceptible d’être retenu.
Un dernier exemplenous est par le meurtre du chef de famille. Onpourrait
imaginer que pareil crime soit perpétré dans le but de désorganiser et de
déstabiliser tout le système familial, une peu à la manière de l’assassinat d’un
hommed’état ou d’un chef d’état, crime qui, au-delà de l’individutouché, viseen
réalité tout le systèmepolitique ou étatique est constitueainsi un crime contre la
sûreté de l’état. Tuer en père ou une mère qui se trouve être le seul soutien
matériel de la famille. C’est très sûrement « tuer » cette famille. De même,
sachant que l’épreuvedouloureuse de la perte d’un enfant peut, dans certains
circonstances, favoriser la rupture de la perte d’un foyer n, quelconque
commettraitun homicidedans cet objectif devrait également supporterla charge
pénale découlant de cet acte.
Aussi, on peut légitiment se poser la question de savoir si le meurtre ou
l’assassinat d’un chef de famille ne devrait pas être considérécomme« un crime
contre la sûreté de la famille », sanctionné, sans préjudice des peines spécifiques
à l’homicide volontaire, par l’article 715 du code de la famille.
B. Les atteintes à l’identité de la famille
Les atteintes à l’identité de la famille forment la deuxième catégorie
d’incriminations visant particulièrement la protection de l’institution familiale.
Le nom est un élément d’identification de la personne. Il permet aussi
d’identifier la famille de cette dernière dans la mesure où des personnes
appartenant à une même famille peuvent avoir en communle même nom 386 . Par
ailleurs, au-delà du nom, la famille elle-même est un élément d’identification
de la personne. En effet, non seulement des cousins, des neveuxne portent pas
forcément les mêmes noms, mais encore dans bien de coutumescongolais, des
frères ou sœurs ne portent pas nécessairementle même nom. C’est ainsi que si
l’usage de la patronymie s’est répandu depuis la colonisation,la loi n’en a jamais
386 Article 57 du code de la famille.
fait une obligation. Elle exige simplement que les noms soient puisés dans le
patrimoineculturel congolais,et à condition qu’ils ne soient pas contraires aux
bonnes mœurs, ni ne revêtissent un caractère injurieux, humiliant ou
provocateur387. Elle n’en prend pas moins un certain nombre de précautions,
notammentrépressives,pourpréserverles caractéristiquespropresà la famille qui
ont susceptibles de permettre l’identification des personnes à travers
l’identification de la famille (et vice-versa).
C’est ainsi que le législateur particulièrementle nom, l’établissementet la
conservation des registres de l’état civil.
1) La protection du nom
La protectionpénale du nom est d’emblée garantie par le droit au nom qui
confrère à son titulaire le pouvoird’utiliser toutes les voies de droit, y compris
l’action en justice, et donc notammentl’action pénale, pour obliger les tiers à le
respecter. Cependant, quiconqueferait usage de son nom dans l’exercice de ses
activités professionnellesdans le but ou dans l’effet de porter atteinte, à l’aide
d’une confusiondommageable,au Crédit et à la réputation d’un tiers, s’exposerait
aux sanctions sur les atteintes à l’honneuret à la réputation, les diffamations et
imputations, les actes attentatoires aux libertés et aux droits garantis aux
particuliers, voire la concurrence déloyale
388.
De façon plus spécifique, la protection pénale du nom est assurée par
l’incriminationde l’usurpation volontaire et continuedu non d’un tiers 389 ainsi que
par celle du nom à consonanceétrangère ou à caractère injurieux, humiliantou
provocateur390.
2) La protection du domicile familial
S’il est vrai que « nos maisons de véritablesforteresses que le droit ne peut
être franchir que moyennant certains conditions ou certaines formalité de
procédure »391, la protectiondu domicile ainsi expriméevise moinsle bâtiment que
ce qu’il représente, pour l’individu autant que pour la famille, comme lieu
d’intimité d’affection, de convivialité… cette
; intimité doit être protéger dans ce
qu’elle peut avoirde plus secret ; cette affection dans ce qu’elle est exclusivement
personnelle ;cette convivialitédans ce qu’elle a de privilégie et de privé. C’est ce
que poursuitnaturellementle législateurd’une part en incriminantla violationde
domicile,d’autre part en consacrant la famille comme « lieu de non-droit » dans
des circonstances qu’il détermine.
387 Article 58 du code de la famille.
388 Article 69 du code de la famille.
389 Article 70 du code de la famille.
390 Articles 110 à 115, 116 et s, 153 et s, 156 du code de la famille.
391 AKELEA. Pierre le droit est mort, vive le droit, in Congo– Afrique n, janvier 1999, n°331, p 30 ?
Revue de la Faculté de droit de l’Université Protestante du Congo, décembre 1999, n° 001, p …
l’auteur paraphrasait Jean CARBONNIER,Flexibledroit. Pour une sociologiedu droit sans rigueur7
ème édition, LGDJ, 1992, pp 26-27.
a) La famille : lieu inviolable
La violation de domicile est incriminée et sanctionnéepar les articles 69 et
70 du code pénal ordinaire. Elle se définit comme le fait pour quiconque,sans
ordre de l’autorité et horsles cas où la loi permet d’entrer dans le domicile des
particuliers contre leur volonté, de s’introduire dans une habité par autrui ou
leurs dépendances, avec ou sans menaces, violences contre les personnes,
effraction, escalade ou fausses clés.
Le domicile doit ici s’entendre, enseigne le professeur LIKULIA 392, no
seulementcommele domicile au sens du droit civil ou la résidence, c’est-à-dire
le lieu ou une personne a sa demeure habituelle, mais aussi comme toute
habitation occupéepar une personne, « le chez soi de tout individu »393 . de sorte
que , pour qu’il soit retenu au sens des articles 69 et 70 du code pénal, le domicile
ou résidence doit être habitée. La loi n’a, en effet, entendu que la demeure des
personnes contre sa violation et non les immeubles affectés à usage non
résidentiel 394.
La violation de domicile est punie d’une servitude pénale de 7 jours au
maximumet d’une amende 200 zaïres au plus ou d’une de ces peines seulement.
Les pénalités sont aggravéessi la violationde domicile a été réalisée soit à l’aide
de menaces ou de violencescontre les personnes, soit au moyen d’effraction,
d’escalade ou de fausses clés. Le coupableencourt alors une servitude pénale de
8 jours à 2 ans et une amende de 300 zaïres ou l’une de ces peines seulement.
b) La famille : lieu de non-droit
« Le non-droit exprime non pas le vide absoludu droit mais une baisse plus
ou moinsconsidérablede la pressionjuridique due, non à des forces antagonistes
extérieures au droit, mais à la volonté du droit lui-même. Il y a ainsi un
non-droit par auto-limitation du droit, par auto-neutralisation du droit et par
résistance du fait au droit »395.
L’auto-limitation ou l’auto-neutralisation du droit en milieu familial est
signé du respect par le législateur de la famille en tant que lieu ou cadre de
retranchementet de repos horsdes pressionsmultiplesde la vie publique.Elle est
aussi manifestation d’une certaine confiance à l’égard de la famille en tant
qu’elle est le lieu naturel de sécurité pour ses membreset en en tant qu’elle est
elle-même source de droit participant à l’ordre juridique global.
Cette auto-limitation ou auto-neutralisation du droit en milieu familial
392 LIKULIA B. Droit pénal spécial za¨rois, op. cit., p. 203.
393 GARCON, cité par LIKULIA B. Ibidem.
394 LIKULIA BOLONGO. Ibidem.
395 AKELE ADAU Pierre, Ibidem : CARBONNIER Jean, Ibidem.
trouveson expressionformelle dans l’article 22 du code de procédurepénale dont
le dernier alinéa dispose que « les visites domiciliairesen peuvent commencer
avant cinq heures et après vingt et une heures sauf autorisation du président du
tribunal de grande instance » 396. Quoi qu’il en soit, ces visites et perquisitions
domiciliaires se font, rappelons-le, en présence de l’auteur présumé de
l’infraction et de la personneau domicileou à la résidence de laquelle elles ont
lieu, à moins qu’ils ne soient pas présents ou qu’ils refusent d’y assister
397.
Ainsi, pourrait-on dire, la tranche de temps compriseentre 21 heurtes et 5
heures est le « temps de la famille », celui où le législateur se retire
momentanémentde la scène et, tel un étranger discret, tire délicatement les
rideauxde l’intimitéfamiliale. De même,les « vacancesdu droit » les dimancheset
jours fériés – jours de culte et de repos, jours de trêve et de reconstitution– sont
aussi jours de la famille.
3. La protection de certains avantages sociaux reconnus à la famille
Le code du travail reconnaît au travailleurqui a des charges de famille un
certain nombred’avantages garantis par des sanctions pénales. Il s’agit en fait
d’avantages sociauxrattachés à la famille du travailleurque l’article 4 littéra k
du code du travail définit en se référant à l’article 931 du code de la famille.398
La garantie de ces avantages est assurée par les articles 293 et 294 du code
du travail.
L’article 293 du code du travail punit d’une amende qui ne dépasse pas
2.000 zaïres, les auteurs des infractions aux dispositions qui prescrivent :
- que l’ordre de licenciementdoit être compte des charges de famille du
travailleur399 ;
- des soins de santé pour le travailleur et sa famille
400 ;
- des congés au profit du travailleur dans des circonstance de mariage,
d’accouchementde l’épouse, de décès du conjoint ou d’un parent ou
alliés au premierdegré , de mariage, de mariage d’une enfant, de décès
d’un parent ou allié au second degré401 ;
396 Voiraussi les articles 50,
51, 52 de l’ordonnancen°78-289 du 03 juillet 1979 relative à l’exercicees
attributionsd’officier et agent de policejudiciaire près les juridictions de droit commun,J.O, n° 15
du 1er août 1978, p 7 : code de l’organisation et de compétence judiciaires, p. 214.
397 Article 23 du code de procédure pénale.
398 Auxtermes de cette disposition,la famille du travailleurcomprend« le conjoint, les enfants nés
dans et hors mariage, les enfants que le travailleura adoptés, les enfants dont le travailleur a
la tutelle ou la paternité juridique, les enfants pour lesquels il est débiteur d’aliments
conformémentaux dispositionsdu code de la famille. Un enfant entre en ligne de comptes’il est
célibataire et jusqu’à sa majorité en règle générale, jusqu’à l’âge de 25 ans, s’il étudie dans un
établissement de plein exercice ; sans limite d’âge, lorsqu’ilest incapable d’exercer une activité
lucrative en raison de son état physique ou mental et que le travailleur l’entretient ».
399 Article 64 du code du travail.
400 Article 119 du code du travail.
401 Article 125 du code du travail.
- de zones de salaires, des salaires minima interprofessionnelset des
allocations c familiales et des salaires minima professionnelle
402 ;
- les charges de famille pour le calcul du poids des bagages en cas de
déplacement du travailleur403 ;
- l’obligationde mentionnerdans le livre de paie les éléments de calcul des
allocation familiales404.
Ainsi, les charges familiales ne peuvent, sous peine de sanction répressive,
constituerun motif de licenciement.Bien au contraire, elles permettent de placer
le chef de famille, le père ou la mère dont le salaire constitue le revenuessentiel
et le principal « gage alimentaire » du ménage, dans un ordre de licenciement
favorable lui assurent un droit de préférence pour le maintien ou la conservation
de son emploi.La même considérationprévaut en ce qui concerne d’une part les
allocations familiales au regard de leur fixation par zone salariale ou part
catégorie professionnelle et au regard de leur calcul, d’autre part la
déterminationdes franchises de bagages accordées au travailleurqui est appelé,
dans le cadre de l’exécutionde son contrat de travail, de se déplacer avec sa
famille et qui, par ailleurs, a droit à être logé par l’employeur.Cette obligation
faite à l’employeurde fournir au travailleurun logementdécent correspondantà
ses charges familiales est également pénalement garantie. Il en est de même de
l’obligationprescrite à l’employeur d’assurer au travailleur et à ses ayant-droit
des soins de santé approprié. Enfin, la sanction pénale de la violation des
dispositions sur le congé de maternité vient sorte renforcer la protection de la
natalité, en tant qu’elle est facteur ou source de perpétuation de l »’espèce
humaine et de la famille.
L’article294 du code du travail, pour sa part, punit d’une amende qui ne
dépassera pas 2.500 zaïres quiconque viole les dispositions fixant les conditions
de travail des femmes et des enfants 405 ou celles reconnaissantà la femme, à
l’occasionde son accouchementle droit de suspendre son travail s pendant 14
semaines consécutives, dont 6 semaines postérieures à la délivrance.
A ces dispositionss’ajoutent les articles 56, 57 et 58 du décret-loi du 29
juin 1961 qui sanctionnent les manquementset violationsaux textes législatifs et
réglementaires sur la sécurité sociale, lesquels intéressent bien évidemmentla
famille comptetenu de diversesprestationssociales qu’il organise :prestationsen
cas d’accident, pensions d’invalidité, de retraite et de décès, allocations
familiales, etc.
Naturellement, les articles 59, 57 et 58 évoques ci-dessus ne vient pas
spécifiquement la protection de la famille. Mais étant donné l’impact qu’ont les
différents régimes de sécurité sociale sur cette dernière, la garantie pénale de
des dispositions rejaillit également sur elle.
402 Article 73 du code du travail.
403 Article 118 du code du travail.
404 Article 135 du code du travail.
405 Article 110 d code du travail.
L’article 57 punit d’une amende de 100 à 500 francs l’employeur qui ne se
sera pas conformé aux prescriptions des textes législatifs et réglementaires
relatifs à la sécurité sociale. Cette amande est appliquéeautant de fois qu’il y a
d’assurés pour lesquels une ou plusieursinfractions ont été commises,sans que le
total des amendes ne puissent dépasser 50.000 francs. En cas de récidive, ces
montants sont portés au double.
De même est punie d’une amende de 2.000 à 5.000 francs, toute personne
qui fait sciemment des déclarations inexactes dans le but de bénéficier des
prestations. Ces momentssont doubléslorsqu’ils’agit d’une personnequi a déjà été
condamné antérieurement pour d’autres déclarations inexactes faites dans le
mêmebut. En outre, elle est tenue de verserà l’institut national de sécurité sociale
à titre de réparation civile le double des sommesindûment payées par celui-ci du
fait de ces déclarations. Les cotisations versées sur base de déclarations
sciemment mensongères acquises à l’institut.
Dans les deux cas, le tribunal saisi ordonne en outre le paiement des
cotisationspersonnelles et patronales arriérées, celui des intérêts moratoiresu de
la majorité du montant des cotisations de 0,5% par jour de retard.
Ces dispositions sont applicables notamment dans les cas relativement
fréquents de fausses déclarations par le travailleurdu décès d’un membrede sa
famille (sa femme ou son enfant), en vue de bénéficier de prestation s y
afférents, ou de fausses déclarations de naissance 406, ou encore d’ordonnances
médicales de complaisancepour faire supporter à l’institut national de sécurité
sociale des soins médicaux non couverts ou administrés à un membrede famille
qui n’est pas ayant-droit. Au niveaude l’employeur,la violationpeut consisterau
non-paiement des cotisations destinées à la caisse des pensions ou des
allocations familiales.
Dans le cas de fausses déclarations du travailleur, il s’agit en fait d’une
infraction qui profite à la famille et qui peut même révéler l’existence d’une
association de malfaiteur au niveau familial. Dans le cas de violation des
dispositionsde sécurité sociale par l’employeur,le préjudice à l’égard de la
famille est évident dans la mesure où le non versementdes cotisationsrisque de
priver le travailleur de sa pension ou de sa rente ainsi que ses ayant-droit.
Il faut enfin relever qu’en matière de pensionalimentaire, tout créancier
alimentairepeut se faire payer directement le montant de cette pensionpar les
tiers débiteursde sommesliquides et exigiblesenvers le débiteur de la pension.Il
peut notamment exercer ce droit entre les mains de tout débiteur de salaires,
produits du travail ou autres revenus ainsi que tout dépositaire de fonds. Sa
demande en paiement direct sera fondée des qu’une échéance d’une pension
alimentaire, fixée par une décisionexécutoire,n’aura pas été exécutéeà son terme
406 Le régime des allocations familiales ne fonctionne que dans la province du Katanga.
407.Cette demande vaut, par préférence à tous autres créanciers, attributionsau
bénéficiaire des sommes qui en font l’objet au fur et à mesurequ’ellesdeviennent
exigibles.Le tiers est tenu de verser directement ces sommes au bénéficiaire selon
les échéances fixées par le jugement 408, à son domicile ou à sa résidence, sauf
convention contraire, aux frais du débiteur de la pension409.
Le paiement direct au créancier de la pensionalimentaire peut également
résulter d’une déclaration écrite que le débiteur d d’alimentaire adresse à son
employeur.Cette déclaration ne peut être révoquéeou modifiée, sauf en cas
d’augmentation du montant, que suite à ne décision du tribunalde paix, saisi par
requête émanant du déclarant410.
Toute violationde ces dispositionsest constitutive de l’infraction de l’article
927 du code de la famille sur l’inexécutiondes mesures de mise en œuvre du
paiement de la pension alimentaire. La sanction encourue est celle portée par
l’article 926 du code de la famille réprimantl’abandonalimentaire, soit une de 7
jours à 2 mois de servitude pénale et/ou une amende de 20 à 100 zaïres.
Ainsi sera condamné l’employeurqui refuse de déférer à une demande en
paiement direct régulière et fondée. Il en est de même du débiteur d’aliment
qui aura révoquéou modifié de façon irrégulière sa déclaration de paiement
direct adressée à son employeur.
Sont également passibles des mêmes sanctions, les fonctionnements ou
agents des administrations,servicesde l’état ou organismes assurant la gestion
des prestations sociales qui q’abstiennent ou refusent de communiquer,
conformémentau jugement intervenu, à l’huissier ou au greffier chargé par le
créancier de former la demande de paiement direct, les enseignementsqu’ils ont
en leur possessionsusceptiblesde déterminer l’adresse du débiteur de la pension
alimentaire, l’identité et l’adresse de son employeurou de tout tiers débiteur
dépositaire des sommes liquides ou exigibles
411.
§2. - Les infractions pluri-offensives protégeant l’institution familiale
Certains infractions qui protégent la famille protègent aussi d’autres
valeurs comme la moralité, l’enfance, la fidélité, la loyauté, etc. Il en est ainsi
par exemple des attentats à la pudeur, de la non-représentation d’enfant, de
l’enlèvementde mineur, de toutes les formes d’incitation à la délinquance, de
l’adultère, de l’avortement, etc.
407 Article 742 du code de la famille.
408 Article 743 du code de la famille.
409 Article 745 du code de la famille.
410 Article 748 du code de la famille.
411 Article 747 du code de la famille.
Nousavons par exemple vu qu’en matière d’adultère, si l’époux fautif est
sévèrement condamnableen raison essentiellementde la violationde son devoir
de fidélité, son complicel’est davantage du fait qu’il perturbel’ordre matrimonial,
porte atteinte de l’extérieurà la dignité du foyer, à l’unité et l’entente familiales.
De même, l’avortementcontraire l’un des buts essentiels du mariage, à savoirla
perpétuation de l’espèce et donc de la famille.
On peut se poser la question de savoirsi la plupart des infractions relevant
du droit pénal de la famille ne partagent pas finalement cette caractéristique
communede se référé à diversesvaleursqui trouvent, dans l’institutionfamiliale,
le cadre préférentiel de leur conservation, de leur apprentissage et leur
expression.Dansl’af firmative, on pourraitavancer que le droit pénal de la famille
se reconnaît à travers les valeursd’essence familiale qu’il garantit en s’appuyant
sur un système sanctionnateurdont le noyaucentral est constituepar des règles
pénales fort peu répressives,issues du code de la famille et dont la périphérie
s’appuie sur une variée de règles pénales de forme et de fond, spéciales et
générales, souventtrès sensiblesà l’élément familial et de loin plus sévèresque les
premières.
Telle nous semblela conclusionpartielle sur laquelle débouchecette étape
de notre recherche.
Cette idée, qui nous introduit de plain-pied dans la dimension axiologique
de la présente étude, n’est évidemmentpas la seule qui s’offre à nous, à ce stade,
comme une hypothèse à creuser.
Il nous est en effet apparu, tout au long de cette première partie, que la
dif ficulté à définir la famille se résout largement dans la mise en œuvred’une
définition qualifiée de systémique ;ce qui nous renvoievers une spécification de
notre problématique et de notre méthode de travail s’appuyant sur la systémique.
Par ailleurs, nous sortons de cette étude descriptive avec une impression
d’insuffisance pénale des règles et institutions de la famille, laissant une très
large marge de liberté au droit domestique, s’accommodantavec une politique
répressivenon baliséeet non évaluée, marquéepar des menacescomminatoiresaux
effets très atténués.
Faut-il voir là l’esquisse de l’esprit particulier du législateur familial
tendant à souligner,par le recoursà l’outil et à l’expression spécifiques du droit
pénal, les valeurs familiales auxquelles il tient, sans pour autant étouffer la
famille dans de carcan de la répression tout azimut ?.
TROISIEME PARTIE
LES INFRACTIONS CONTRE LA PROPRIETE (BIENS)
Les atteintes aux bienssont prévuespar les dispositionsdu code pénal livreII
titre III et peuventêtre soit une violationillégitime(idée d’appropriation)du droit
de propriété, soit une agressionmatérielle contre l’intégrité physiquedu bien ou de
la chose sans aucune idée d’appropriation.
Parmi les atteintes au droit de propriété on peut citer le vol, l’escroquerie,
l’abus de confiance, l’extorsion.
Parmi les atteintes à l’intégrité physique : incendie, destruction,
dégradation.
Il y a ici des incriminationsdites fondamentales ; il s’agit du vol qui punit
l’appréhensionmatérielle de la chose appartenant à autrui sans le consentement
du propriétaireet l’escroqueriequi réprimedes manœuvresdolosivesqui tendent à
se faire remettre une choseappartenant à autrui et de l’abus de confiance qui lui
punit le détournement frauduleux de la chose confiée en vertu d’un contrat.
Q/ Pourquoi parler des incriminations fondamentales ?
Jadis toutes les infractions aux biens étaient vues commevol, mais avec le
développementindustriel, on a trouvé d’autres éléments ; chose qui a fait qu’il y
ait pluralité d’infractions.
Ex. : la banqueroute,l’émissiondes chèquessans provisions,la grivèlerie,cel
frauduleux (fait de s’approprier une chose par hasard, trouver une chose par
hasard.
LES INCRIMINATIONS FONDAMENTALES
I. LE VOL
Fait partie des incriminations qui font appel à un acte de violence.
Définition: Art. 79. Celuiqui a soustraitfrauduleusementune chosequi ne lui
appartient pas est coupable de vol.
Donc vol = soustraction frauduleuse de la chose appartenant à autrui.
Il y a quatre éléments constitutifs :
1) La soustraction
:
Sinonpas de vol car c’est l’élément caractéristiquesdu vol. Il y a soustraction
matérielle et juridique.
Soustraction matérielle : substitution ; appréhension, enlèvement de la chose.
Cette soustractionest un acte manuel accomplià l’insu ou contre le gré du
propriétaire de la chose (donc on peut voler en présence du propriétaire de la
chose en le paralysant). La questionde soustractionest capitale en droit pénale
pour distinguerle vol et l’escroquerieoù le délinquant se fait remettre la choseau
moyen de manœuvresdolosivesen embobinantla victime, en l’entourloupant(un
bon parleur d’apparence sérieuse) et en fin remise de la chose.
Et l’abus de confiance c’est l’appropriationd’une choseconfiée en vertu d’un
contrat une fois la soustraction opérée, le vol et réalisé.
Soustractionjuridiquequand la chose passe de la possessiondu légitime
détenteur à celle de l’auteur de la détention frauduleuse, à l’insu et contre le gré
du premier (transformer une simple détention en propriété).
Donc c’est détenir la chose et s’en prévaloir la propriété.
Ex : X signe une reconnaissancede dette et le jour j il déchire le titre (le
papier). Ceci pour contrecarrer les malins en disant qu’ils n’ont pas soustrait
l’argent.
2) L’objet du vol
Ça ne peut être que une chose mobilière.Cependant on peut soustrairedes
immeubles (par ex. immeuble par destination, par incorporation, même des
immeubles par nature).
A l’exceptiondes immeubles,le vol peut porter sur tout objet corporel. Par
ex. : animaux, des lettres, des écrits, des minerais.
La valeur intrinsèque de l’objet du vol n’est pas importante.
3) La chose soustraite doit appartenir à autrui
La chose volée peut être la propriété d’une personnemorale, particulier ou
privé.
Il n’est pas nécessaire que l’identité du propriétairesoit connue. Il ne faut
pas qu’il s’agisse d’un bien sans maître ou d’un bien abandonné. Mais une chose
perdue n’est pas un chose sans maître, celui qui s’en appropriecommetun recel
frauduleux.
Élément moral
Il est complexe. Il y a là dedans :
- l’intention coupable ou dol général ;
- un but de s’enrichir au détriment du propriétaire légitime de la
chose : Dol spécial.
Dol général: le voleur doit avoir commis son acte dans l’intention
consciencieuse et volontaire.
Dol spécial
: celui qui soustrait un bien d’autrui le fait dans le but du lucre.
Dans l’intentionfrauduleuse, il y a aussi le bu de nuire au propriétaire.Il y a
des cas où l’intention est absente : le vol n’est pas réalisé au plan moral.
Ex. : un créancier qui saisi le bien d’un débiteur qui ne l’a pas payé.
Le dol général est établi (élément moral) même si le voleuravait l’intention
de rendre la choseplus tard. Le simplefait de prendre au propriétairesa choseest
un vol ; car ce propriétairea connu un préjudice. Celui qui prend le véhiculed’un
autre pour ensuite le lui rendre commet un vol.
Le vol peut prendre plusieurs formes :
• Vol simple: art. 79 et 80 code pénal: commis sans
circonstances aggravantes.
La peine est de 5 ans au maximum.
• Volqualifié ou aggravé: art. 81, 82, 84 et 85 : ce vol est dit
qualifié car il s’accompagne des circonstances aggravantes.
Ces circonstances sont :
- Vol avec effraction
Effraction : jurisprudence : rupture, bris, démolition, enlèvement,
dégradation d’un clôture ou de tout autre dispositif servant à fermer un passage
ou à protéger des objets susceptibles de vol.
L’effraction peut être intérieure ou extérieure :
- extérieure :celle qui facilite l’entrée à l’endroit où doit se produirele
vol.
- intérieure : se réalise dans un lieu habité où le délinquant se trouve
déjà. Elle peut être faite aux armoires, portes …
Lorsqu’ily a effraction des meubles,il faut qu’il s’agissedes meublesdestinés
à rester sur place.
Ex. Celui (voleur) qui casse le verroud’une valise puisquela valise n’est pas
destinée à rester sur place, il ne s’agit pas d’une effraction. Par contre s’il s’agit
d’une malle cadenassée, l’effraction de celle-ci constitue un vol avec effraction.
- Escalade fait de s’introduire dans un lieu par un autre
entrée que celle destinée à cet usage.
Ex : Celui qui s’introduit en rampant, dans un trou.
- Fausses clés : il faut entendre toutes les clés imitées,
contre-faits, altérées, perdues, égarées, voléeset celles qui n’ont pas été destinées
par le propriétaireaux fins auxquellesle coupableles a employées.Ajoutons les clés
passe-partout et tous autres instrumentsemployéspour ouvriret non destinées à
cet usage.
Celui qui utilise une clé que le propriétairea laissé par négligencene commet
pas fausses clés. Mais celui qui a soustrait les clés commetun vol aggravé car il a
soustrait les clés d’autrui considérées comme fausses clés. Cette soustraction
constitue une circonstance aggravante.
- Circonstances aggravantes liées au temps :
Vol commis la nuit.
La nuit est l’intervalle comprisentre le couchéet le levé du soleilc'est-à-dire
moment où toute lumière solaire a disparu et qu’il faille recourir à un éclairage
artificiel. C’est une question de fait laissée à l’appréciation du juge de fait.
- Circonstances aggravantes liées au lieu
:
Maison habitée.
C’est tout lieu quelconqueservant à l’habitation. Il suffit que ce lieu soit
habituellementoccupépeu importesi au momentoù le vol s’est commispersonnene
s’y trouvait.
Ex. Bateau, bureau, …
Les dépendances d’une maison habitée sont aussi des circonstances
aggravantes.
Dépendances : construction, terrains se trouvant dans le voisinage d’une
maison habitée.
Ex. Véranda d’une habitationqui n’est pas clôturée, jardin, garage, hangar,
basse cour…
- Il y a aussi les circonstances tenant à la qualité de l’agent
Ex1. Vol commispar un fonctionnaire grâce aux avantages et droits dont il
jouit et c’est à l’aide de ces fonctions qu’il réalise le vol.
Ex2. Vol commis par de faux fonctionnaires.
- Vol aggravé dû aux circonstances tenant aux modes
d’exécution
Ex. Vol à mains armées.
Arme : toute machine, tout ustensile, tout autre objet tranchant (pas
seulementune arme à feu), perçant ou contendant c'est-à-dire tout instrument
qu peut tuer.
N.B. Le vol à mains armées est puni de mort.
Ex. Bâton, arme à feu, pierre, couteau.
- Vol à l’aide des violences ou menaces
Violence: tout acte de contrainte physiqueexercé sur une personne qu’il
s’agisse de violences légères ou celles laissant des traces, blessures ou contusions.
Menace: toute contrainte morale neutralisant par la crainte d’un mal
imminent, la volonté que la victime se propose d’opposer à l’attaque.
Il faut qu’il ait un lien de causalité entre la menace et le vol pour que la
circonstance aggravante soit retenue.
- Circonstances aggravantes tenant aux effets ou meurtre
commis pour faciliter le vol ou pour en assurer l’impunité.
Ce meurtre commispour faciliter le vol ou l’extorsionest puni de mort, la
préméditation n’est pas nécessaire dans ce cas.
L’article89 s’appliquemêmesi le meurtre a été tenté, peu importeque le fait
soit commis avant ou après le vol.
Régime répressif : lire dans le code pénal.
II. L’ESCROQUERIE
C’est le fait de se faire remettre volontairementune chose appartenant à
autrui, soit en faisant usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité soit en
employant des manœuvres frauduleuses.
L’escroqueriediffère de l’abus de confiance en ce que la remise de la chose
d’autrui est obtenue irrégulièrement c'est-à-dire par des manœuvres
frauduleuses.
Le consentement de la victime est surpris ou mieux vicié par les procédés
utilisés par l’escroc. L’escrocfait appel à l’ingéniosité, à l’habilité, à la ruse la
plupart de temps, les escrocs sont des gens âgées, qui inspirent fiance,
con …
Éléments constitutifs : art. 98 code pénal livre II
Quatre éléments constitutifs sur le
plan matériel
1. L’emploipar l’auteur d’un des moyensindiquéspar le législateur. Cfr art.
98
2. L’auteuragit avec mauvaisefoi c'est-à-dire son action est frauduleuse et
cette action aboutit à la remise matérielle par la victime de la chose
convoitée.
3. La chose, objet de la remise doit être celle qui est déterminée par le
législateur.
Qu’est-ce que c’est que l’usage d’un faut nom?
C’est le fait de prendre un nom qui n’est pas le sien.
L’usaged’un faux nom constitue l’intention. Il faut que cet usage ait pour
effet la remise de la chose pour parler d’escroquerie.Il faut qu’il s’agisse d’un
faux nom et non d’un faux prénom.
L’usage de fausses qualités peut porter sur l’état sur l’occupation que la
personne exerce ou sur les titres qu’elle prétend porter.
Ex. celui qui se fait passer pour un marié alors qu’il ne l’est pas.
4. L’emploi des manœuvres frauduleuses
C’est le seul mensongeayant porté sur le nom ou sur la qualité qu’onsomme
d’escroquerie.
Maistoute autre chosedoit s’accompagnerdes manœuvresfrauduleuses pour
constituer l’escroquerie.
Les manœuvres frauduleuses sont variables suivant les escrocs :
- production des dossiers faux ;
- mise en scène ;
- publicité mensongère.
L’escroquerieexiste même si la victime n’a subi aucun préjudice. Les
manœuvresfrauduleuses doivent être employéesdans un but bien précisé par la
loi.
L’élémentmoral consiste dans l’intention frauduleuse, sinon il n’y a pas
d’escroquerie.
Répression voir code pénal.
N.B. Si quelqu’unutilise des manœuvresfrauduleuses pour rentrer dans ses
droits, il ne sera pas poursuivi pour escroquerie mais pour abus de
fiance.
con
III. ABUS DE CONFIANCE
Consisteà détourner au préjudice d’autrui l’un des chosesdélibérées par la
loi remisepar la victimeà l’auteur de l’infraction en vertu d’un contrat, à charge
pour le détenteur de rendre cette chose ou d’en faire un usage ou un emploi
déterminé.
Pour que l’abus de confiance existe, il faut qu’il y ait un contrat, une remise,
une chose, objet de la remise.
En effet, pour qu’il y ait abus de confiance, il sied l’existencede la violation
d’un contrat translatif de la détention ou de la possessiond’une chose et que ce
contrat soit violé.
Sont générateurs d’abus de con
fiance :
- le gage ou lotissement
- le mandat
- le prêt à usage
- le transport
- le louage de la chose
- le travail
Il faut noter que la nullité du contrat violé ne supprimepas l’infraction
d’abus de confiance c'est-à-dire n’a aucune influence sur la culpabilité de
l’agent.
La remisede la chose quant à elle consisteà une tradition. Cette remisedoit
être faite volontairement en vertu d’un contrat.
La détention doit être précaire dans le chef du coupablepour parler d’abus
de confiance.
- La gage est un contrat par lequel un débiteur remet une chose à son
créancier pour sûreté de la dette.
- Le mandat est l’acte par lequel une personne, le mandant, donne à une
autre, le mandataire, le droit de poser pour elle un ou plusieursactes
juridiques.
- Le prêtà usage: il existe lorsquele prêteur livreà l’emprunteurune chose
corporelle pour s’en servir.
- Le transport: le transporteur qui s’approprie au préjudice du
destinataire une partie de la chose transportée commet un abus de
confiance. Il en est de même du fait de jeter la marchandise
transportée, par méchanceté, en brousse au milieu de la nuit.
- Le louage des choses: le contrat peut porter sur le louage des choses
c'est-à-dire lorsquel’une des parties s’obligeà faire jouir l’autre d’une
chose pendant un certain temps et moyennant un certain prix que
celui-ci s’obligeà lui payer. Le bail est un contrat de louagedes choses
mais il n’est pas nécessaireque ce contrat soit obligatoirementécrit. Mais
cet écrit ne sert que de preuve littérale car lorsqueles parties se sont
convenues de la chose et du prix, le contrat est parfait.
- Le dépôt: contrat par lequel l’une des parties, le déposant, remet à
l’autre, le dépositaire, une chose immobilièreà garder, le dépositaire
s’engageant à la rendre en nature.
- Le séquestreest également générateur d’abus de confiance. Séquestre :
un objet fait un objet de contentieuxentre plusieursparties. X garde un
bien à charge de le rendre à la personnedésignée pour le prendre, si X
ne le rend pas. Séquestre conduit à un abus de confiance. Que le
séquestre soit conventionnel, à titre gratuit ou onéreux.
- Il y a également abus de confiance dans le détournementde la chose
remiseen vu d’un certain travail. Que le travail soit salarié, rémunéréou
gratuit.
Quelques cas où il est dif
ficile d’établir l’abus de con
fiance :
- l’échange
- le prêt de consommation
- la société qui ne peut donner lieu à l’abus de confiance que quand elle
s’accompagne d’un mandat.
- La vente : ne donne lieu à l’abus de confiance que si le vendeur qui
conserve provisoirementà titre de dépositaire ou de mandataire
détourne ou dissipe l’objet dont l’acquéreur est déjà devenu
propriétaire. Tout commela vente à tempérament si elle comporte une
clause de réserve de propriété. L’acheteurqui aliène l’objet vendu avant
paiement complet du prix se rend coupabled’abus de confiance. Ce qui
n’est pas le cas d’une vente à crédit.
Échange ne peut pas donner lieu à l’abus de confiance parce que c’est un
contrat synallagmatique. L’échange peut faire l’objet d’une escroquerie ou d’un vol.
Prêt à consommation: ne peut pas donner lieu à l’abus de confiance car on
ne transfert que l’animus et le corpus, car on prête la chose pour la consommation.
La ventene peut constituer un abus de con
fiance sauf en cas de déposition.
Pour prouver l’abus de con fiance il faut prouver l’existence du contrat.
Quant à la nature du contrat et à sa qualification, c’est au juge à les
prouver :le juge de l’action est aussi le juge de l’exception :il va dire si le contrat
est valable et s’il existe ou pas.
L’action c’est l’abus de confiance.
Exception : prouver que l’abus de con fiance existe.
D’autres éléments du contrat sont librement apportés par les parties.
La nullité du contrat par le juge civilne supprimepas l’abus de confiance au
point de vue pénal. L’agentsera poursuivimêmesi le contrat est nul, que la nullité
soit relative ou absolue (à cause de l’illicéité).
La remise de la chose consiste à une tradition. Elle soit être faite
volontairement et à titre précaire.
Volontairementc'est-à-dire en vertu d’un contrat. Si la remise n’a pas été
faite volontairement,il ne peut y avoir abus de confiance cela peut seulement
donner lieu à l’escroquerie ou au vol.
La remise doit avoir porté sur un des objets mobiliersénuméré par l’art. 81
du code pénal c'est-à-dire les effets, les deniers, les écrits de toute nature
contenant ou opérant obligation ou décharge.
Le détournementdes chosesfongiblesou non-fongibles peut caractérisé aussi
l’abus de confiance. Tout commetout objet détachable de l’immeublepeut rentrer
dans le champ de l’art. 95.
Q. Celui qui détourne un immeuble par destination commet quelle infraction ?
Il commet un abus de confiance parce que l’immeublepar destination est
détachable, et une fois détaché cet immeuble devient meuble.
Q. Mr X est poursuivid’abus de confiance pour avoir détourné une lettre
missive lui envoyée en vertu d’un contrat.
La lettre ne fait pas l’objet d’un abus de confiance car elle n’a pas valeur
commerciale. On parlera plutôt de vol.
Eléments constitutifs d’abus de fiance
con
Élément matériel
Il faut qu’il s’agisse d’un acte de dissipation, de détournement.
Dissipation: consommation, destruction, détérioration, abandon de la chose.
Acte juridique de dissipation: vente, donation, mise en gage de la chose.
Pour les biens fongibles et bien non-fongibles : différence à faire.
- Chose fongibles : abus de confiance que lorsque l’agent se trouve dans
l’impossibilitéde les restituer même en valeur. Chosesinterchangeables
(Fongibles : bien qu’on peut rendre même en valeur de ces choses)
- Chose non-fongibles
Détournement: cet acte se manifeste dans l’usage abusif de la chose et le
refus de la restituer. Le détournementpeut se manifester dans le comportement
de l’agent qui fait un usage abusif de la choseconfiée. Le refus de remise : il faut
que l’agent ait détenu la chose sans juste motif.
Il faut que les actes matériels de détournement et de dissipation soient
commis au préjudice d’autrui. Autrui : propriétaires, possesseurs ou détenteurs.
Mais peu importe que la personnequi a contracté ne soit ni propriétaire, ni
possesseur ni même détenteur. Il suffit que l’agent ait eu conscience de la
précarité de la détention.
Caractère du préjudice
Le préjudice peut être réel ou éventuelmêmesi l’agent peut le réparer. Mais
il faut qu’il y ait l’élément moral.
Le détournement et la dissipation doit avoir été réalisé avec l’intention
frauduleuse. Celle-ci est un élément essentiel de l’infraction d’abus de confiance.
Il consistedans la connaissanceque l’agent a, du fait qu’il violele contrat par le…
il détenait la chose d’une manière précaire, en ayant consciencequ’il cause un
préjudice au propriétaire.
Cette intention se déduit de l’impossibilitéde restituer la chose u d’en faire
l’usage ou l’emploidéterminé c'est-à-dire de lui donner l’affectation ou la finalité
convenue. Autrement dit, l’agent devra se conduire judiciairement comme
propriétaireou maître de la chose détournée ou dissipée notammentpar la vente
de la chose et l’utilisation des sommes d’argent.
L’intention frauduleuse doit être établie et non supposée. Si l’intention
frauduleuse fait défaut par exemple si l’agent a agit par négligence ou par
imprudence, l’abus de con
fiance ne peut être établi.
L’infractiond’abus de confiance n’existe donc que si l’agent était conscient
de la précarité de la détention de la choseet du préjudice qu’il pouvaitcauser à la
victime. Le mobile tout comme le repentir actif sont inopérants.
Le régime Répressif
Pour l’abus de confiance, les poursuitesne sont pas automatiquesquand bien
mêmetous les éléments constitutifs seraient réunis. En effet, le prévenua le droit
de poser certaines fins de non-recevoir. Il s’agit de la novation, de la
compensation, de la remise de la dette, la confusion et la prescription.
LES QUALIFICATIONS QUI S’APPARENTENT AU VOL
I. LE DÉTOURNEMENT D’OBJETS SAISIS, ART. 83 CODE PÉNAL
Cette infraction est assimiléeau vol. Que la saisie ait été valable ou pas au
plan civil, l’infraction est établie en droit pénal dès lors l’acte de saisie a eu pour
effet de placer des objets mobilierssous mains de justice dans un intérêt d’ordre
privé.
Les saisies peuvent aussi avoir porté sur les immeublespar destination et les
éléments des immeubles par nature ou par incorporation susceptibles d’être
mobilisés.
II. L’EXTORSION
Fait de se faire remettre ou d’obtenirpar la force c'est-à-dire à l’aide des
violencesou des menaces soit une chose appartenant à autrui soit signature d’un
document contenant ou opérant obligation, disposition ou décharge.
Extorquer :c’est obtenir, soutirer, arracher, spolier, dépouiller,tirer quelque
chosede quelqu’unpar force, violence,menace ou par toute autre voiequi exclutla
liberté du consentement chez la victime.
Vol Menacesou volavec Escroquerie Extorsion
violence
Soustraite, ravie Ravie : propriétaire Se fait remettre Se fait remettre
immobilisé par la par manœuvre par la force,
violence frauduleuse, par menace ou violence
ruse
Il faut noter que pour qu’il y ait extorsion,la remisedoit porter sur l’un des
objets prévus par la loi : art. 84 code pénal.
L’intentionfrauduleuse est requise pour qu’il y ait extorsion. Elle consiste
dans la volontéde s’approprierinjustement la chose d’autrui. Il a été ainsi jugé
qu’à défaut du dol spécial, il n’y a pas extorsion.
Dol. Gén.: volonté d’accomplir un acte interdit par la loi.
En matière d’infraction intentionnelle, la loi exige un dol spécifique, précis,
spécial : animus necordi).
Pour qu’il y ait outrage à fonctionnaire, il faut qu’il y ait un dol spécifique :
animus injuriandi.
Dol plus spécial c’est le modèle qui n’est pas opérant dans toutes les autres
infractions. Art. 68 et 200 code pénal.
LES QUALIFICATIONS QUI S’APPARENTENT A L’ESCROQUERIE
I. LES TROMPERIES
Le code pénal punit celui qui a trompé l’acheteur soit sur la qualité de la
chose vendue ; sur son identité, en livrant frauduleusement une chose autre que
l’objet déterminésur lequela porté la transactionou celui qui trompel’acheteur de
la chose vendue en vendant ou en livrant frauduleusement une chose qui est
semblableen apparence de ce qu’il a cru acheter, déçoit l’acheteur sur ce qu’il a
cru acheter.
Éléments constitutifs
Éléments matériels
1. Le fait de tromper l’acheteur
Par exempleen lui disant qu’il achète la farine de maniocalors qu’il s’agit de
la farine de maïs. Tromperie sur l’identité.
Tromper : duper, égarer, abuser de quelqu’un. Ici l’acheteur est la victime.
2. Le fait de tromper doit porter sur une marchandise
Marchandisessusceptiblede faire l’objet d’une transactionet qui soit dans le
commerce.
3. La tromperie doit avoir été commise dans le cadre d’un contrat
Par exemple : vente.
Et ce contrat doit comporterune tradition c'est-à-dire une aliénation à titre
onéreux.
4. Il faut que la tromperieait été réalisée par l’un des modes prévuspar la
loi sinon la tromperie n’est pas punissable.
Modes
Tromperie sur la qualité (art. 99 code pénal)
Qualité : identité de l’a chose, nature et l’origine de la chose.
- Nature:
Une jurisprudencerévèle que la tromperieavait été retenue sur l’identité de
la chose lorsque le vendeur a vendu une chose avariée.
Le vendeur livre à l’acheteur une chose de valeur autre que celle qui été
convenue.
Si la victimesait au momentde la vente que la marchandisen’a pas la nature
que le vendeur affirme qu’elle a, il n’y a pas tromperie.
- Sur l’objet de la chose
Elle porte sur la provenance de la chose. Il n’y aura infraction que si le
vendeur livre un objet semblableen apparence de celle que la contrepartie a cru
acheter et que l’acheteur soit déçu dans son attente d’une part et que d’autre
part, l’agent ait acquis un bénéfice illicite.
En effet, le législateur n’a pas entendu réprimer tout acte contraire à la
probité dans le cas d’espèce.
Il réprimele fait de dissimulersousdes apparencestrompeusesla nature de
la chose ou un vice qu’un mode ordinaire de véri
fication ne pouvait faire découvrir.
Conséquence: Si l’acheteur ne s’est pas entouré de toutes les garanties pour
s’assurer de l’exactitude de la chose lui vendue ; il sera donc débouté pour
négligence.
Encore faut-il que l’intention coupablesoit démontrée. La tromperiesur la
qualité de la chose vendue ou livrée est une infraction intentionnelle. Cela se
révèle dans la volonté du législateur par l’usage de l’expression
« frauduleusement ». La mauvaise foi est donc requise.
= Dol spécial, spéci
fique.
Pénalités lire code.
Tromperie sur la qualité des choses vendues art. 100 codepénal livre III
Ici le législateur a prévude punir celui qui par des manœuvresfrauduleuses
(dos spécial) :
1. a trompé l’acheteur sur la qualité des choses vendues.
2. a trompé les parties engagées dans un contrat de louage d’ouvragesou
l’une d’elles sur les éléments qui doivent servir à calculer le salaire.
Éléments constitutifs
1. Il faut l’emploi des manœuvres frauduleuses ( dol spécifique, actes
matérielsayant pourbut d’induire la victimeà l’erreur, tout procédé dont
on se sert pour altérer la vérité) pour que soit établi la tromperie).
2. Ces manœuvresfrauduleuses doivent avoirpour but de tromperla victime
soit sur la chosedes chosesvenduessoit sur les éléments devant serviraux
calculs du salaire.
Pourla qualité, la loi vise aussi bien de l’augmentationou de la diminutionde
poids, du volumede la chose vendu. La loi punit l’acheteur et le vendeur selon le
cas. La tromperiesur le calcul du salaire est punissableest punissablelorsqueelle
porte aussi bien sur la quantité de la chosevendue que sur la qualité. pourvuque la
détermination de celle-ci soit un élément defixation du salaire.
3. La tromperie sur la qualité de la chose vendue doit avoir lieu dans le
cadre d’un contrat, d’une convention.
Tromperie sur qualité de la chose vendue la loi exige l’existence d’une
transaction c'est-à-dire contrat de vente. Vente devant avoir réellement été
effectuée.
Éléments devant servir au calcul du salaire des engagés : la loi prévoit
expressémentl’existenced’un contrat d’ouvragecomprisselon l’art. 427 du CCLIII
commetous les contrats de louage des gens de travail s’engageant au service de
quelqu’un, des voituriers ou d’entreprises.
4. Il faut qu’il y ait un préjudice subit par la victime.
5. L’intentioncoupable.Ici aussi elle est requise. Il ne suffit pas que l’agent
trompe sa victime, il faut qu’il use également des manœuvres
frauduleuses (se procurer un béné fice, un gain illicite).
Ainsi donc au regard de l’article 100 du code pénal, une simple faute se
traduisant par un simple oubli ou erreur ou négligence ou omissionn’est pas
constitutif de la tromperie.
LES QUALIFICATIONS S’APPARENTANT A L’ABUS DE CONFIANCE
L’USURE : fait d’exiger des avantages excédant manifestement l’intérêt
normal lors d’une opération de crédit, d’un contrat de prêt ou toute autre
convention indiquant une remise de valeurs mobilières.
Autrement dit est considéré comme « usuraire » tout prêt conventionnel
consenti à un taux d’intérêt effectif qui excède au moment du prêt le taux normal.
Au regard de l’article 96 bis, les éléments constitutifs se réalisent dans les
cas suivants :
a. Existenced’une conventionqui porte dans sa nature opérationde crédit
c'est-à-dire tous les crédits accordés à l’occasiondes ventes à crédit ou
des ventes à tempérament ; et aussi sur les contrats de prêt
conventionnels(crédit accordé par une institutionbancaireou financière)
et sur tout autre contrat indiquant une remise de valeur immobilièreet
cette convention.
Objet de la convention : remise des valeurs mobilières.
b. taux d’intérêt excédant l’intérêt normal, il faut que la conventionsoit
usurairec'est-à-dire lorsquel’agent consent un prêt à un taux d’intérêt
ou en exigeant d’autres avantages excédant manifestement l’intérêt
normal.
Pour apprécier le taux d’intérêt selon l’exposé des motifs du décret du 26
août 1959, le juge tient compte des 2 éléments suivants :
1. la convention des risques c'est-à-dire l’insolvabilité possible du débiteur
2. le prix de la jouissance des avantages fournis.
3. L’intentioncoupable,frauduleuse est exigéeà la lumièredes termes que le
législateur utilise dans cette incrimination. Cette intention est
caractérisée par la volonté de l’agent de s’enrichir injustement en
exigeant un intérêt ou des avantages excédant manifestement l’intérêt
normal.
LE DETOURNEMENT DE LA MAIN D’ŒUVRE
Art. 87 code pénal livre II
Fait prévu et puni par cet article. Au regard de ces dispositions,pour que
cette infraction existe il faut :
1°) des personnes qui sont engagées sous les ordres d’une personnes, sous
l’autorité d’un maître. Cette infraction ne peut pas exister en dehors de cette
catégorie de gens.
Engagé : travailleur lié par contrat ou soumis à un statut.
Les travailleurs peuvent être des préposés ou des employés au sein des
entreprises privées, des administrations publiques ou des forces armées.
Il faut que ces engagés aient été placé sousles ordres du délinquant par leur
maître.
2°) Il faut que ce délinquant ait utilisé ces engagés à son profit ou à celui
d’un tiers = acte matériel.
Maître = employeur, chef d’entreprise, chef d’une administration publique.
Maître peut être une personne privée ou une personne morale ou physique.
3°) La nature des travaux : n’importe quel travail car la loi n’a rien précisé.
Il faut que l’élément moral existe aussi. Donc le dol spécial est également
requis pour cette infraction. Le dol consiste dans la volonté de s’enrichir
illicitement ou de permettre à autrui de s’enrichir de façon illicite.
QUATRIEME PARTIE
LES INFRACTIONS CONTRE LA FOI PUBLIQUE
ET L’ORDRE PUBLIC
CHAPITRE I
LES INFRACTIONS CONTRE LA FOI PUBLIQUE
INTRODUCTION
Sousl’intitulé « Infractions contre la foi publique »,le législateur traite d’un
certain nombre d’incriminations comme la contrefaçon, la falsification et
l’imitation des signes monétaires, la contrefaçon ou falsification des sceaux,
timbres, poinçons,marques, l’usurpationde fonction publiques,du port illégal de
décorations,des faux commisen écritures, du faux témoignageet du faux serment
(article 116-135 du code pénal livre II).
La valeur protégée, en l’espèce, est la bonnefoi, l’intégrité, l’honnêteté dans
les rapports juridiques entre membresde la société. Le législateur punit donc tout
délinquant qui trompe la bonne foi entendue dans le sens de confiance ou de
crédit.
Dans le cadre de ce cours, nous allons étudier à titre exemplatif l’infraction
de faux commisen écriture dont le faux en écriture prévuà l’article 124 du code
pénal (section 1) et l’usage de l’acte faux prévu à l’article 126 (section 2).
412
DU FAUX ET DE L’USAGE DE FAUX
Section 1. LE FAUX EN ECRITURES
Définition
« Le faux commisen écriture avec une intention frauduleuse ou à dessein de
nuire sera puni d’une servitude pénale de six moisà cinq ans et d’une amende de
vingt-cinq à deux mille zaïres, ou d’une de ces peines seulement. » Il a été jugé
que « le faux en écriture est constituépar l’altération de la vérité dans un écrit de
412 Mineur, G, Commentaire du code pénal congolais,
e éd.,
2 Larcier, Bruxelles, 1958, p. 285.
nature à porter préjudice et accompliavec l’intention frauduleuse et à dessein de
nuire413 »
Les éléments constitutifs du faux en écriture comprennent les éléments
matériels et l’élément moral.
Du point de vue matériel, le faux en écriture est constituépar l’altération de
la vérité qui consiste en une altération matérielle de l’écrit.
Il s’agit ici du faux matériel. La modification de l’écrit peut résulter d’un
grattage, d’une surcharge, de la suppressiond’une partie du texte, de l’insertion
après coup d’une fausse clause, de la fabrication intégrale d’un écrit, de
l’appositiond’une fausse signature voire de l’insertion après coup d’une fausse
clause.
Le faux peut être intellectuel et consisteren une altération des énonciations
de l’écrit sans que la matérialité de celui- ci soit falsifiée. Le faux intellectuel
résulte de l’inscriptiondans l’acte d’une mention contraire à la vérité ou de la
non-insertion d’une mention nécessaire pour l’acte reflète la vérité. C’est le cas
d’une fausse déclaration de décès ou de non enregistrement d’une opération
comptable.
Le faux porte sur un écrit, manuscrit, dactylographié, imprimé ou
photographié.
L’utilisationd’un permis de conduire appartenant à son frère ne tombe pas
sousl’applicationde l’Art 124 ni le fait de substituerune photoà une autre sur un
permisde conduire »414. La loi n’exigeaucune conditionquant à la nature de l’écrit
qui contient l’altération de la vérité415. Il n’est pas nécessaire que l’écriture émane
du prévenului-même. Il suffit que celui-ci ait, avec l’intention de nuire, fait
des fausses déclarations qui ont donné lieu à un faux.
L’altérationde la vérité doit causer un préjudice à la victime, un préjudice
réalisé ou un préjudice possible. Celui-ci peut être matériel ou moral. Il peut
consister aussi bien dans la lésion d’un intérêt public que d’un intérêt privé. Le
préjudice est impossiblelorsque l’altération de la vérité est tellement évidente
qu’elle ne peut induire personne en erreur. Dans ce cas, l’intention n’existe pas.
L’élémentmoraldu faux en écriture consistedans l’intention frauduleuse ou
dans le dessein de nuire.
Les diverses, espèces de faux en écriture
1. Le faux en écriture commis par un particulier
. (voir l’article124 C.P liv II)
413 Arrêt de la C.A du 11 Août 1914, Jurisprudence coloniale, 1925, page 145.
414 Jugement de Ière Instance, Cour d’appel BUKAVU, 31 déc. 1952, R.J.C.B de 1954, page 93
415 Arrêt C.A d’Elisab.du 11 Août 1914, juris. Col. De 1925, page 145.
2. Le faux commispar les fonctionnairespublicsdans l’exercice de leurs
fonctions (l’Art 125 C.P )
3. Le faux certificat ( Art 127) L’intentionconsiste dans le
fait de délivrer un faux certificat, de falsifier un certificat ou de faire
usage de faux certificat ; l’auteur du fait doit être un fonctionnaire qui
agit dans l’exercice de ses fonctions.
La différence entre l’infraction telle que prévue à l’article
124 et celle protée par l’article 127 est à trouverdans la nature de l’acte
falsifié.
Section 2. L’USAGE DE FAUX.
« Celuiqui, dans une intention frauduleuse ou à dessein de nuire, aura fait
usage de l’acte de faux ou de la pièce fausse, sera puni commes’il était l’auteur du
faux. » (Art. 126 du code pénal)
Il s’agit de celui qui use en toute connaissancede cause d’un écrit falsifié par
un autre agent.
Selon Mineur « le faux et l’usage du faux par le faussaire constituent
l’exécution d’une seule intention coupable, et dès lors une seule infraction,
punissablede la peine du faux (cf. Cass., 7 mars 1949, Pas., I, 184 ; - Elis., 11 août
1914, Jur. Col., 1925, p. 145; Pand. b., v°, Faux en écritures, n° 432). De la division
du faux et de son usage en deux infractions distinctes, il découle que le faux est
légalement consommé,lors même que le faussaire n’a pas fait usage de la pièce
fausse, que celui qui en a fait usage est punissablelors mêmequ’il n’a pris aucune
part déclaré coupabledu faux et non coupabledu fait d’usage de la même pièce
(cf. Servais, t. I, p. 613, n° 2-6). L’article 126 exige que l’auteur ait agi avec une
intention frauduleuse ou à dessein de nuire. Si la personne qui fait usage de la
pièce fausse n’en connaît pas le caractère faux, elle n’est évidemment pas
punissable,mais le faussaire reste pénalement responsablede cet usage, l’usage
du faux, a décidé la Courde cassation, se perpétue sans interventionnécessairede
l’auteur du faux, aussi longtempsque l’acte initial qui lui est reprochécontinue à
engendrer, sans qu’il s’y oppose, l’effet qu’il en attendait (Cass., 13 janv. 1943,
Pas., I, 19) » 416
Les éléments constitutifs de cette incrimination sont les suivants :
- matériellement c’est le fait : d’utiliser ou de tenter d’utiliser l’écrit
falsifié par un autre. Maisle faussaire qui use du faux sera poursuivinon
pour usage de faux mais pour faux.
- Moralement,l’auteur doit avoirsciemmentfait usage d’un écrit qu’il sait
falsifié, donc faux. Il agit donc dans une intention frauduleuse.
416 Mineur, G,op. cit., p. 291.
CHAPITRE II
LES INFRACTIONS CONTRE L’ORDRE PUBLIC
Plusieurs faits sont identifiés par le législateur congolais comme étant
anti-sociaux et attentatoires à l’ordre public. Il s’agit notammentde la rébellion,
de la provocationet de l’incitation à des manquementsenvers l’autorité publique,
des outrages et des violencesenvers des autorités, des outrages envers l’emblème
national, des détournements et des concussions, de la corruption, des
rémunérationsillicites, du trafic d’influence (articles 133 à 155 quoter du code
pénal congolais).
Sous ce chapitre, cependant, à titre exemplatif, nous allons traiter de la
corruptionet de l’offense au Chef de l’Eta. Cette dernière incriminationn’est pas
prévue dans le code pénal mais portée par l’ordonnancelégislative n° 300 du 16
décembre 1963.
Section 1.DE LA CORRUPTION
LE DROIT PENAL CONGOLAIS ET LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
La lutte contre la corruption est assurée, dans le cadre du droit pénal
congolais,par les articles 147 à 150 du code pénal ordinaire et les articles 71 et
suivants du code pénal militaire (anciens articles 441 et suivants CJM). En fait,
dans les deux codes, le législateur organise cette lutte dans un bouquet
d’incriminations qui visent la répression des infractions vénales ou de
prévarications.Apparemment,le législateur a vouluà la fois étendre son champ
d’intervention et resserrer les mailles du filet répressif pour atteindre les actes
très variés constitutifs de la délinquance vénale ou prévaricatrice.
L’infractionde corruptionest ainsi traitée, dans le code pénal ordinaire, sous
la même rubrique que les infractions de rémunérations illicites, de trafic
d’influence et d’abstentions coupables des fonctionnaires. Cette rubriquevient
juste après la section relative aux détournementset aux concussionscommispar
des personnesrevêtuesde mandat publicet chargéesd’un serviceou d’une mission
de l’état ou d’une société étatique. De même, dans le code de justice militaire, la
corruptionest traitée dans une mêmecatégorie pénale que les faux, falsifications,
détournements et concussions.
Cette perception « a rubrica » est intéressante car elle permet de situer
d’emblée la lutte contre la corruptiondans l’ensemblede la législationpénale qui
se préoccupede la protection de la foi publiqueet du crédit public. Surtout, elle
rappelle que la corruptionappartient à une catégorie pénale spécifique qui renvoie
à un archétype criminologiques’articulant autour des phénomènes d’abus de
pouvoir,d’abus d’autorité, d’abus des positionsfortes. On peut ainsi comprendre
que, affectant de façon privilégiéeles lieux de pouvoir,d’autorité et de positions
dominantes,la corruptionest d’une part dif ficile à combattrelorsqueprécisément
ces lieuxse trouventinvestis,commeinfectés à différents échelons,par l’appât de
la prévarication ; et d’autre part qu’elle développe, à partir de ces appuis
dominants, une grande capacité de contagion systémiqueet exerce une forte
influence susceptible d’affecter l’ensemble des structures sociales jusqu’à
s’imposer comme système de gouvernance.
Il s’ensuit que la lutte contre la corruption, pour être ef ficace, devrait
prendre en comptesa capacité à se systématiser,c'est-à-dire à infester de façon
significative et selon des mécanismesinterrelationnels complexesl’ensemble du
systèmesocial. Aussi je voudraisexamineravec vousle caractère systémiquede la
corruptionavant de considérer la réponse que notre droit pénal lui réserve en
termes de prévention et de répression.
I. Le caractère systémique de la corruption
Pour démontrer le caractère systémiquede la corruption, je me servirai
d’une enquête réalisée en 1982 et dont les résultats me paraissent encore
pertinents par rapport à la situation actuelle. Je me fonderai également sur les
travaux d’évaluation de notre appareil de justice.
A. Enquête sur la corruption
Cette enquête sur la corruptionavait été menée auprès de 36 chauffeurs de
taxi à Kinshasa entre le 25 juin et le 9 juillet 1982. Nousavionsà l’époquechoisi
d’opérer sur cette catégorie professionnelleparce qu’elle nous avait paru être la
plus accessibleet parce qu’ellesemblaitêtre l’un des milieuxles plus frappés par ce
type de criminalité. La méthode utilisée consistait à engager une conversationsur
un sujet quelconqueavec le taximan pendant le trajet puis, de procheen proche,
nous amenions notre interlocuteur à débattre du problème des tracasseries
auxquelles certains gendarmes soumettaient les professionnels de la route en
général. Sans que nous le leur demandions,les personnesinterrogéesétaient ainsi
amenées, dans la majorité des cas, à parler spontanément de leur propre
expérience. Un compte-rendu de cet entretien anonyme était ensuite dressé. Il
renseignait sur les points suivants : la nature de la tracasserie, ses causes, ses
conséquences, le comportement du chauffeur et le comportement du gendarme.
Cette enquête avait montré que le milieu des professionnelsde la route et
celui de la brigade routière constituaientl’un des couplespénaux les plus parfaits
que l’on puisse identifier dans la ville de Kinshasa. Le couple était à ce point uni
qu’il était dif ficile, pour le chercheurnotamment,d’y faire intrusionsans susciter
de la part des partenaires en présence des réactions défensives s’exprimantpour
les uns par des attitudes de suspicion,pourles autres par des attitudes de gêne ou
de peur. La force de cette union résulte du fait que transporteurset gendarmes
ont un lieu de travail commun : la route. Les uns en sont des usagers
professionnels ;les autres exercent sur ces derniers commesur d’autres usagers
l’autorité dont ils sont investispourassurerla libre circulationdes personneset des
biens dans les meilleures conditions de sécurité.
Voilà donc deux professionsentre lesquellesexistent des contacts fréquents,
faits parfois de moments dif ficiles occasionnéspar des contraventionsou des
infractions plus ou moinsgravesau code de la route ou à la réglementationsur les
transports. Commencent alors pour les transporteurs, auteurs de ces
contraventionsou de ces infractions une série de tracasseries exercées par les
gendarmes et situées plus ou moinsen marge de la loi : confiscation du permisde
conduireou du permisd’exploitation,des pièces d’immatriculationdu véhicule,de
l’attestation de contrôletechniquedu véhicule,etc. Quelquesfois, l’agent monte à
bord du véhiculeet obligele chauffeur à le conduire chez lui à domicileou à un
autre endroit qu’il désigne. Des fois, il lui fait faire un certain nombrede courses
personnellesavant de lui rendre sa liberté, sans forcément lui remettre les pièces
confisquéesqui deviennentalors des objets de chantage tout à fait ef ficaces entre
ses mains.
Ces tracasseries ont, on l’imagine, des conséquencesdésastreuses pour les
professionnelsde la route. Quelquesjours de chicanes leur font perdre parfois
toute une journée de travail. Et commela plupart du temps ils sont tenus de verser
au propriétaire du véhicule une recette journalière fixe, quelles que soient les
dif ficultés rencontréesdans la journée, ils ne peuvent que s’endetter pour ne pas
perdre leur emploi.Pourne pas en arriverlà, la plupart d’entre eux préfèrent être
en bonne intelligence avec les gendarmes et régler « à l’amiable »ce qui était au
départ une infraction et qui est devenu un litige interpersonnel.Ce règlement à
l’amiable consiste dans le versementd’un « madesu ya bana » (des haricots pour
les enfants), sousla menace du paiementd’une amende particulièrementélevée si
l’affaire devait être traitée conformément aux procédures of ficielles.
Il faut avouer que l’intelligence entre les deux corporationsest à ce point
absolue qu’il en est résulté l’ébauche d’un milieu criminelavec ses habitudes, ses
attitudes et son langage propres ; où la vie s’organiseautour de péages occultes,
redevables même en dehors de l’hypothèse d’une contravention ou d’une
infraction préalable au code de la route ou à la loi sur les transports. La
spontanéité des habitudes ainsi créées est telle qu’il devient quasiment normal
pourle professionnelde la route d’acquitter ces péages clandestins ou de « régler à
l’amiable leur litige ». Bien souvent d’ailleurs, ils s’arrangent pour faire
comprendreà l’agent en cas d’infraction qu’ils sont disposésà payer le prix ou le
tarif qui, du reste, est bien connu des partenaires en présence.
On voit ainsi comment, à partir de simples contraventionsse développe un
processuscriminelspécifique qui, à son tour, secrète un environnementcriminogène
particulier dans lequel à la fois s’instaure une mobilitédéconcertante entre l’état
de victime et l’état de délinquant et s’harmonisentles intérêts des différents
partenaires au moyen des menaces, arrestations et détentions arbitraires, abus
d’autorité, trafics d’influence, extorsions, concussions, corruptions, etc.
B. Corruption dans l’appareil judiciaire
Le caractère systémiquede la corruptionapparaît de façon plus patente
encore dans l’observationdu fonctionnementde l’appareil judiciaire. Il existe de
nombreusesétudes sur la questionde la corruptionde l’appareil judiciaire. Maisla
plus percutante est sans doute celle qu’a effectuée le Bâtonnier Matadi Nenga
Gamanda dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée « La questiondu pouvoir
judiciaire en RépubliqueDémocratiquedu Congo. Contributionà une théorie de
réforme » (édit. Droit et Idées Nouvelles,Kinshasa 2001). L’auteur y décrit les
différentes techniques de corruption utilisées par les juges, les officiers du
ministèrepublic,les agents des greffes et parquets. Il montrecommentles avocats,
les justiciables eux-mêmes ainsi que leurs parents et amis participent activement
au jeu de la corruption.Il note l’apparition d’une nouvelle« sorte de carrière
exercéepar certaines individusqui se spécialisentdans les relationspubliquesavec
le monde judiciaire. Ils sont ainsi, dit-il, connus. Ils assistent aux audiences,
identifient les parties, prennent contact avec elles séparément et proposent la
transaction au juge ». (p. 186)
Ce phénomène est l’une des manifestations les plus marquantes de la
« faillite », de l’ « effondrement de la justice » ou la « crise judiciaire profonde »,
expressionsqui traduisent, de l’avis du Bâtonnier Matadi, « non pas une simple
détérioration, mais la ruine même du système judiciaire en République
Démocratique du Congo ». (p. 7)
Dans une étude qui paraîtra prochainement qui, sous le titre « Le
Citoyen-Justicier », traite de la justice privée, j’essaie de montrercommentcette
crise de la justice produit une réelle désaffection des justiciables pour l’appareil
judiciaire officiel et les encourage,par réaction ou par besoin,à la résurgenceou à
la création de diversesformes de justice privée. Certaines parmi celles-ci opèrent
par différents mécanismesde récupération ou de détournement de la justice
officielle au moyenprécisémentde l’ « achat » du personneljudiciaire, donc de la
corruption.
Le caractère systémiquedu phénomènede corruptionapparaît notamment
dans « les effets néfastes de cette [crise récurrente] qui peuvent se lire
facilement dans la conscience des hommes car elle a ruiné l’économie, le
commerce,l’administrationpublique,l’éducation, enfin tous les secteurs »(p. 7) De
fait, ce qui est dit à propos de la justice, peut également être démontré par
exempledans le domaine des marchéspublicsoù le jeu normaldes adjudications
est pipé ou faussé par la corruption ;ou encore dans le domaine des contributions
où, c’est connu, le contribuableest amené à négocier pour baisser ses charges au
détriment du trésor et au profit des fonctionnaires du fisc ; dans le secteur de
l’éducation où étudiants, étudiantes, élèves, parents et enseignants se livrent au
jeu de la corruption en espèce ou en nature, etc.
On prend davantage conscience du caractère systémique du phénomène
lorsqu’onétudie son étiologie, laquelle révèle des facteurs aussi diversifiés que la
crise économique,le décalage entre l’industrialisationembryonnairequi ne crée
pas assez d’emploiset une démographiegalopante, l’effritement et la modicitédes
salaires, la modicitédes moyensde fonctionnementalloués aux servicesde l’Etat,
les charges familiales, le statut coutumierdes personnes, l’impunité, la cupidité,
etc.
Face au caractère et aux effets systémiquesdu phénomènede corruption,
quelle est la réponse que propose le droit pénal ?
II. La réponse du droit pénal face au caractère systémiquede la
corruption
A ce phénomènede caractère systémique,le droit pénal réagit égalementpar
une réponse systémiqueconsistant essentiellement dans la grande variété des
actes de corruptionet des personnesqu’il incrimineet dans l’extensiondu champ
de son intervention en amont ou en aval du processusdans lequel s’inscrit la
corruptionet dans la périphériede ce champ. En outre, il met en place un régime
répressif relativement sévère.
A. Grande variété de l’incrimination de corruption
a) Variété au regard de la qualité des personnes incriminées
Il convientde noter que la loi pénale ne considère pas la corruptioncomme
un fait uniqueauquel participeraient deux personnes,le corrupteur et corrompu.
Elle ne les considère pas non plus commecomplicesl’un de l’autre. Elle incrimine
séparément et de façon autonome le corrupteur et le corrompu, l’un pour
corruption active, l’autre pour corruption passive ; deux infractions distinctes
ayant chacune ses éléments constitutifs propres.La corruptiondans le systèmedu
code pénal supposeen effet, par sa nature même, deux faits principaux,dont l’un
ne saurait être considéré commel’accessoirede l’autre, puisquechacun des deux
agents qui concourent à l’infraction, l’un en corrompant l’autre en se laissant
corrompre, y joue un rôle égal et séparément qualifié. Il suit de là que la
corruptionpassive prévuepar l’article 147 du code pénal ordinaire et les articles
445 et suivantsdu code de justice militaireconstitueune infraction distincte de la
corruptionactive que le code pénal ordinaireévoque simplementen son article 149
et qui ne découle pas moins de l’économie générale des dispositions sur la
corruption.
1. Corruption passive
La corruption passive est le fait pour une des personnes spécifiées par
l’article 147 du code pénal ordinaire, 445 et 453 du code de justice militaire
d’avoir sollicité ou reçu des offres, promesses,dons ou présents, pour faire ou
s’abstenir de faire des actes relevant de sa fonction, de son emploi ou de sa
mission.
La liste des personnes visées est très étendue. Elle comprend des
fonctionnaires, des militaires ainsi que des particuliers qui leur sont assimilés. Il
s’agit de :
- tout fonctionnaire ou officier public ;
- toute personne chargée d’un service public ou parastatal ;
- toute personne représentant les intérêts de l’Etat ou d’une société
étatique au sein d’une société privée, parastatal ou d’économiemixte en
qualité d’administrateur, de gérant, de commissaireaux comptes ou à
tout autre titre ;
- tout mandataire ou préposé des personnes énumérées ci-dessus ;
- tout arbitre ou tout expert commis en justice.
Cette liste a été étendue, en 1973, par ce qui est devenudepuis l’article 150 a
du code pénal ordinaire, aux employésdes personnesprivées,c'est-à-dire à toute
personne au service d’un tiers.
Le code de justice militaire, pour sa part, vise :
- tout militaireou tout individuau servicede l’armée ou du ministèrede la
défense ;
- tout médecin, chirurgien, dentiste ou sage-femme.
2. La corruption active
La corruption active est le trafic d’influence actif, puisqu’il incrimine le
recours à des moyens illicites pour obtenir soit l’accomplissementou l’abstention
d’un acte, soit des faveurs ou des avantages quelconques.Bien que la corruption
active existe indépendamment de la corruption passive, il existe une étroite
corrélation entre elles, du point de vue des éléments constitutifs et de la
répression,réserve faite de la circonstanceque la corruptionactive peut aussi se
caractériser par l’emploi de voies de fait ou de menaces constitutives de la
contrainte.
b) Variété au regard des actes de corruption
L’acte de corruptionpassiveconsisteà avoir « sollicitéou agréé des offres ou
promesses, sollicité ou reçu des dons ou présents ». Cette définition révèle
l’impropriétéde l’expression« corruptionpassive »,puisquela loi punit commetelle
non seulement l’acceptation de ce qui est offert pour prix de la corruption,mais
aussi l’initiativede la personnecorrompuequi solliciteune contrepartie pécuniaire
pour son action. La loi punit de la même façon la remise immédiate du prix de la
corruptionet la sollicitationou la promessed’une remiseultérieure. Maisen ce cas,
l’infraction suppose que la sollicitation ou que la convention comportant la
promessea précédé l’acte ou l’abstention qu’elle avait pour objet de rémunérer.
L’acceptationd’un cadeau par un fonctionnaire est, peut-être moralement ou
disciplinairementcondamnable ;s’il n’y a eu ni offre ni sollicitationantérieure, ce
n’est pas de la corruption.
Le but de la corruption étant de solliciter ou d’accepter un don ou une
promessepour « faire ou s’abstenir de faire un acte de ses fonctions ou de son
emploi »,un lien de cause à effet direct et certain doit exister entre le don ou la
promesseet l’acte ou l’abstentionqui en est la contrepartie. Il ne suffit donc pas
de constater qu’une personne agréée a eu pour résultat une abstention ; il faut
encore établir que tel était le but.
L’acte ou l’abstentionsont susceptiblesde revêtir des aspects très variés, car
ils dépendent de la qualité de la personne corrompueet de la nature de ses
fonctions. A titre d’exemple, on peut mentionnerle fait pour un inspecteur des
contributionsd’opérer, contre rémunération, des rabattements sur les revenus
imposables,ou le fait pourun policier,un contrôleurou toute personnehabilitée, de
ne pas dresser procès-verbal de l’infraction constatée.
L’acte de corruptionse caractérise aussi dans le fait pour toute personneau
serviced’un tiers de solliciterdirectement ou par personneinterposée, des offres,
promesses,dons ou présents, commeconditionou récompense, soit pour faire un
acte juste, soit pour s’abstenirde faire un acte qui rentrait dans l’exercicede son
emploi (article 150 a du code pénal). C’est ce qu’on appelle la corruption
d’employé.
Les actes de corruptionsrépriméspar le code pénal militaire se confondent
avec la concussionet consistent dans le fait pour de prendre ou de recevoir,
ouvertement,par actes simulésou par interpositionde personnes,quelqueintérêt
que ce soit dans les actes, adjudications, entreprises dont on avait, au temps de
l’acte, en tout ou en partie, l’administration ou la surveillance ; ou encore un
intérêt quelconque dans une affaire dont on était chargé d’ordonnancer le
paiement ou de faire la liquidation.
Le code de justice militaire incrimine également :
- le fait de recevoir, ordonner de percevoir, même avec l’autorisation
d’une autorité, ce qu’onsait n’être pas légalement dû ou excéder ce qui
est dû (art. 446) ;
- le fait de prendre ou de recevoirune participation par travail, conseils
ou capitauxdans une entrepriseprivéedont on avait la surveillanceou le
contrôle, ou avec laquelle on a assuré la passation d’un marché ou d’un
contrat au nom de l’Etat ;
- le fait, pour un personnel médical, de certifier faussement ou de
dissimuler (moyennant rémunération), l’existence de maladies,
infirmités, grossesse, ou de fournir des indications mensongères sur
l’origine d’une maladie, d’une infirmité ou la cause d’un décès.
B. Intervention pénale dans le processus de la corruption
a) Etat de la législation
En vue de renforcer la lutte contre la corruption,le code pénal associeà titre
subsidiaire,complémentaireou principal à la répressionde cette infraction outre
l’incriminationdes rémunérationsillicites accordées aux employésdes personnes
privées, celle de la concussion,du trafic d’influence, des abstentionscoupablesde
fonctionnaires.
La concussionconsistedans le fait pourun fonctionnaireou un officier public
de recevoirou d’exiger ou de faire percevoirsciemmentà titre de droits, taxes ou
salaires des sommesnon dues. En fait, le crimede corruptionse distinguedu crime
de concussionpar la circonstance que le fonctionnaire coupable a reçu d’un
personne un don ou présent que celle-ci était libre de ne pas lui faire.
Le trafic d’influence consistedans les malversationsimputablesà ceux qui se
font rémunérer pour user de l’influence qu’ils ont ou qu’ils prétendent avoir
auprès des pouvoirspublics. C’est le fait d’agréer des promessesou accepter des
dons pour user de son influence réelle ou supposéeafin de faire ou de tenter de
faire obtenir des décorations, médailles, distinctionsou récompenses,des places,
fonctions ou emploiou des valeurs quelconquesaccordées par l’autorité publique ;
ou encorede faire ou de tenter de faire gagner des marchés,entreprisesou autres
bénéfices résultant de traités ou d’accords conclu soit avec l’Etat, soit avec une
société étatique, parastatale ou d’économiemixte, ou de façon générale de faire
ou de tenter de faire obtenir une décision favorable d’une autorité de l’Etat ou
d’une société étatique, parastatale ou d’économiemixte. Cette énumérationn’est
pas exhaustivve. Le trafic d’influence peut avoir pour but d’obtenir une
autorisation, le classement de plaintes ou procès-verbaux, une transaction avec
l’administrationdes douanes ou des contributions.L’infractionest parfaitement
constituée même si la décision favorable sollicitée est juste et régulière :
nominationou avancementd’une personneprésentant les qualités ou remplissant
les conditions requises, etc.
La corruptionet le trafic d’influence se distinguentainsi par leur but. Maisle
trafic d’influence exige en outre que le coupableabuse d’une influence réelle ou
supposée. Cette formule marque nettement la différence avec la corruption
puisque dans le trafic d’influence le coupable ne se fait pas rémunérer pour
accomplirun acte relevant de ses fonctions, mais pour influencer ceux qui sont
habilités à prendre la décision. Il importe peu que l’influence soit réelle ou
imaginaire.Cependant, dans ce dernier cas on peut hésiter entre la qualification
de trafic d’influence et celle d’escroqueriepar allégation d’un pouvoirou d’un
crédit imaginaire.
Enfin, le code pénal ordinaire incrimine un certain nombre d’abstention
coupables de fonctionnaires (art. 150 f et g) consistant dans le fait de :
- retarder ou retenir le règlementde fonds ou deniers publicsdestinés au
paiement de rémunérations,traitements, salaires et créances dus par
l’Etat ou par une société étatique, paraétatique, d’économie mixte ou
privée où l’Etat a des intérêts ;
- s’abstenirvolontairementde faire, dans les délais impartis par la loi ou
par les règlements,un acte de sa fonction ou de son emploiet qui lui est
demandé régulièrement ;
- retarder de façon manifestement exagérée l’accomplissementd’un acte
de sa fonction ou de son emploipour lequel aucun délai n’a été préétabli
et qui lui a été demandé régulièrement.
b) Evaluation de l’état de la législation
La législation pénale applicable en matière de lutte contre la corruption
paraît à certains égards incomplèteou insuffisante dans la mesureoù notre droit
pénal des affaires et notre droit pénal économiquesont particulièrementpauvres
et ne prennent pratiquement pas en compte les pratiques marginales voire
déviantes qui se développementdans le secteur des entreprises et de l’économie
telles l’utilisation illicite d’informations privilégiées par les personnes qui en
disposent à titre professionnel(délit d’initiés), la violationdes règles imposantla
liberté d’accès et l’égalité des candidats dans les marchés publics en vue de
procurerà autrui un avantage injustifié (délit de favoritisme), le blanchissement
d’argents, le versementde commissionsexorbitantesà des fins apparemmentde
compétition commerciale, etc.
Par ailleurs, il n’existe pratiquementaucune règle de droit pénal général ou
de procédure pénale spécifique à la matière. Sauf à signaler la disparition de
l’inviolabilité des membres du parlement en cas notamment de corruption
(Constitution).
Au plan des sanctions, si les peines prévues sont relativement sévères et
variées, leur ef ficacité n’est pas démontrée, et il serait intéressant d’analyser leur
applicabilité réelle.
Conclusion
En conclusion, c’est sur la question de l’ef ficacité de la répression de la
corruptionque j’aimerais attirer l’attention en indiquant que les armes du droit
pénal paraissent inadaptées à elles seules pour faire face à la lutte contre un
phénomène criminel devenu systémique comme la corruption. Si le présent
séminairepeut susciterdes réflexionsdans ce sens et explorerdes actions possibles
à entreprendre, il aura sans aucun doute permisune avancée significative dans les
stratégies à mettre en œuvredans le combatcontre la misère, les détournements,
la concussion et la corruption.
Section 2.DE L’OFFENSE AU CHEF DE L’ÉTAT
En décortiquant les rares écrits qui traitent des offenses, il appert un
foisonnement de définitions sur l'offense au chef de l'Etat dans la doctrine
étrangère alors que le législateur congolais n'a pas défini légalement cette
incrimination.
La doctrine française de Michel Véron définit l'offense au Chef de l'Etat
comme "une forme spéciale de l'outrage qui fait l'objet d'une incrimination
spéciale à l'article 26 de la loi du 24 Juillet 1881, lorsquel'offense est réalisée par
l'un des moyens énoncés à l'article 23 de ladite loi. 417
Tandis que l'outrage consiste, selon le même auteur "en une atteinte
consciente et volontaire à l'honneur ou à la délicatesse d'un dépositaire de
l'autorité ou de la force publique,dans l'exerciceou l'occasionde l'exercicede ses
fonctions".418
Ainsi "par offense, on doit entendre toute expression méprisante ou
diffamatoire de nature à atteindre le Président dans son honneur ou dans sa
dignité, tant dans l'exercice de la première magistrature que dans sa vie privée.
Toutefois,il y a outrage à Magistratet non offense lorsqueles propossont proférés
en présence même du Président de la République". 419
Cette perceptionde l'offense qui se distingue de l'outrage est la même chez
GOYETquand il écrit que les outrages deviennent des offenses lorsqu'ilsrentrent
dans la catégorie des actes énumérés aux articles 222 et 223 du code pénal
français. Ainsi pour GOYET"le délit d'offense est constitué par toutes expressions
offensantes ou de mépris, toutes imputationsdiffamatoires, qui à l'occasiontant
de l'exercice de la première magistrature de l'Etat que de la vie privée du
Président de la Républiquesont de nature à l'atteindre dans son honneuret dans
sa dignité".420
La législation congolaiseutilise à son tour les mêmesexpressionsen rapport
avec les faits attentatoires à l'honneur et à la considérationde la personne du
Chef de l'Etat.
L'ordonnancelégislative n° 300 du 16 Décembre1963 parle de l'offense au
Chef de l'Etat tandis que l'article 466 de l’ancien code de justice militaireprévoit
et punit l'outrage à son supérieurou à un supérieurpar paroles, écrits, gestes ou
menaces. C'est sur base de ce texte que furent poursuivisdu chef de l'outrage au
magistrat suprême des officiers supérieurs des FAZ dans le célèbre procès des
conspirateurs du 20 Août au 1er Septembre 1975. 421
Ainsi, en Droit Pénal Congolaisordinaire le législateur punit les offenses au
Chef de l'Etat 422 tandis qu'en Droit Pénal Militaire, le législateur punit l'outrage à
un supérieur.De sorte que l'outrage au Chef de l'Etat ne peut être commisque par
417 MICHEL VERON,"Droit Pénal Spécial",MASSONèmc 2 Ed., Paris 1982, p. 286.
418 Idem, p. 283.
419 Idem, p. 286.
420 GOYET,"Droit Pénal Spécial",Ed.SIREY, Paris 5è, 1972, p. 609,610.
421 Procès des conspirateurs (du 20 Août au 1er Septembre 1975), Réquisitoire du Ministère public, F
AZ, p. 92.
422 Article 96 alinéa 2, Code de l'OCJ, in
Code Judiciaire Congolais mis à jour au 31/01/1986
un militaire ou par tout individu au service des forces armées ou embarqué.
423
L'article 96 du code de l'organisation et de la compétence judiciaires qui
dispose que la C.S.E connaît seule les infractions ci-après :
1. Les infractions relatives aux atteintes à la sûreté de l'Etat;
2. Les infractions relatives à la répressiondes offenses envers
le Chef de l'Etat;
3. Les infractions relatives à la répressiondes offenses envers
les chefs d'Etat étranger... 424
Quant à l'ordonnance législative, elle se contente de disposer dans son
article premierque "l'offense commisepubliquementenvers la personnedu Chef
de l'Etat est punie d'une servitude pénale de 3 moisà 2 ans et d'une amende de
deux milles à dix milles Zaïres ou d'une de ces peines seulement".
Cette législation se rapproche de celle qui ressort de l'article 18 de la loi
française impérialedu 10 juin 1853 qui réprimaittoute offense publiquecontre la
personne de l'empereur. 425
Dans son étude sur l'offense au Chef de l'Etat, KATWALAKABA K. cite les
auteurs du répertoire pratique du droit Belge qui enseignentque le mot offense "
a été choisipar les promoteursde la loi de 1847, avec la volontéd'y comprendre
non seulement les paroles ou les faits qui peuvent constituer un outrage, une
injure, une diffamation mais aussi les paroles ou les faits qui, sans constituerces
délits, ont le caractère d'une irrévérence, d'un manque aux égards". 426
Pour la doctrine française, qui va dans le même sens que celle belge, "par
offense, on doit entendre toute expressionméprisanteou diffamatoire de nature
à atteindre le Président dans son honneurou dans sa dignité, tant dans l'exercice
de sa magistrature que dans sa vie privée". Elle ajoute que c'est une "forme
d'outrage qui fait l'objet d'une incriminationspéciale à l'art 26 de la loi du 29
juillet 1881, lorsquel'offense est réalisée par l'un des moyensénoncés à l'art 23
de la dite loi". 427
Et "l'outrage consistelui en une atteinte conscienteet volontaireà l'honneur
ou à la délicatesse d'un dépositaire de l'autorité ou de la force publique,dans
l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions".
428
423 - Article 466, Code de justice militaire, mis à jour en 1972, p. 90 .
- l'offense s'inscrit donc dans le cadre d'un droit général alors que l'outrage relève d'un droit
spécial militaire qui de ce fait déroge au droit général.
424 VoirCode Judiciaire Zaïrois, op cit p..27.
425 Mineur G.,op cit, p.211.
426 Katwala Kaba Kashala, "De l'offense au Chef de l'Etat" inJustice. Science et paix
, n° 27, p. 1.
427 Michel Véron, op cit, p. 286 3 ~,p.283
428 Idem, p. 283.
Plus étendue semblela définition que les auteurs du "traité du droit de la
presse" avancent lorsqu'ilsécrivent que "l'offense, dans l'article 26 de la loi de
1881 est synonymedu terme outrage et, dans l'esprit du législateur, ce terme est
moinsextensif que ce que la jurisprudenceantérieure entendait par offense. Telle
quelle cependant, l'expression recouvre encore un vaste secteur. Elle vise
évidemmenttoutes les injures ou diffamations, c'est-à-dire toute allégation d'un
fait de nature à porter atteinte à l'honneuret à la considération,toute expression
outrageante, terme de méprisou invective,voiretout terme de nature à mettre en
cause la délicatesse. La cour de cassation considère comme offenses des
imputationsde nature à blesserle Président de la Républiquedans son honneuret
sa délicatesse. Il pourra s'agir aussi bien des actes actuels du Président, que ceux
de sa vie antérieure".429
Nous trouvonsla même pensée extensive dans la définition de PINTO qui
qualifie l'offense de "toute attaque de nature à diminuerle respect des citoyens
pour l'autorité morale du Président de la République,et tendant à inculper son
honneur ou sa délicatesse.430
Des définitions qui précèdent nous tirons les conclusionsdéfinitionnelles,
ci-après:
L'analysede la jurisprudence congolaiseet de sa doctrine révèle cette même
compréhension extensive de la notion de l'offense.
En 1986 en effet, la C.S.E dans son arrêt du 17 Janvier incrimine pour
offense "les imputationsfaites dans le but de porter atteinte à l'honneur et à la
réputation du Chef de l'Etat ou de l'exposer au mépris du public".
431
Dans son arrêt du 31 mai 1992, la mêmecour a cette large compréhensionde
l'infraction d'offense au chef de l'Etat lorsqu'elleconsidèrecommeoffense le fait
d'avoir déclaré: "MOBUTUest incapable de diriger ce pays. Nousavons enregistré
beaucoup de cas d'injustice".432
Dans son arrêt du 8 août 1998 la C.S.E., prenant appui sur l'article premier
de l'ordonnanceloi n° 300 du 16 décembre1963, a considéréque c'est offenser le
Chef de l'Etat que de prononcerdes proposcommeceux-ci "Nousallons vouslaisser
votre gouvernement,nousallons rentrer au village. Kabila qui s'était autoproclamé.
.. voudrait pour un simple remaniement ministériel indisposer tout le monde. ..
Qu'il nous envoie tous au village comme il l'a fait.
433
La doctrine congolaise,par les plumesde MineurG. et de MwambaM. af firme
en accord avec le nouveaurépertoire Dallozque "l'ordonnance n° 300 punit toutes
429 H. Blin, C & D,op cit, p. 374.
430 Pinto cité par Mwamba Mwamba M., op cit, p. 59.
431 Mwamba M., op cit, p. 58.
432 C.S.E Arrêt du 31 Mai 1992, premier feuillet
433 C.S.E Arrêt du 08 Août 1998, premier feuillet
les offenses au chef de l'Etat. 434
Ainsi le mot offense en droit pénal congolais vise-t-il "toutes les injures
verbales, les actes d'irrévérence, les manques d'égard, les grimaces, les
imputations ou allégations des faits de nature à froisser la susceptibilité, les
menaces, la diffusion ou la distributiond'af fiches offensantes pour le chef ou
d'un journal, d'une revue contenant un article ou une gravure le ridiculisant"435 .
Sont ainsi punis, les discours, cris ou menaces dans les lieux ou réunions
publiques,soit par des écrits, des imprimésvendus ou distribués, mis en vente ou
exposés aux regards du public, soit par la mise en vente, la distribution ou
l'exposition de dessins, gravures, peintures, emblèmes ou images".
Pour Mineur,"l'ordonnance n° 300 punit l'offense mais il est certain que le
texte punit aussi l'outrage, parce que l'outrage est une offense grave".
436
ELEMENTS CONSTITUTIFS DE L'OFFENSE
Une lecture attentive de l'unique texte législatif sur l'offense à la lumière
aussi de l'article 96 du code de l'OCJ, nous permet de relever trois éléments
constitutifs de l'offense en droit pénal congolais.L'ordonnanceen questiondans
son article premierdispose en effet que "l'offense commisepubliquementenvers
la personnedu chef de l'Etat est punie d'une servitudepénale de 3 moisà 2 ans et
d'une amende de deux milles à dix milles Zaïres" tandis que l'article 96 du code
de l'OCJ se limite à indiquer notammentque "la cour de sûreté connaît seule les
infractions relatives à la répression des offenses envers le chef de l'Etat".
De ces deux textes nous relevons, en ce qui nous concerne, trois éléments
constitutifs de l'offense ou des offenses en droit pénal national :
- une offense ou des offenses ;
- une publicité;
- une personne précitée visée: le Chef de l'Etat.
Ces trois éléments doivent être conjointement réunis pour que l'offense soit
établie en droit.
Examinons un à un ces composantes :
1. Une offense ou des offenses.
434 -Mineur G., op cit, p. 212.
-Mwamba M.,op cit, p. 45 .
435 Nouveau Répertoire Dalloz cité par Mwamba M., QP,
op cit, p. 45.
436 Mineur G.,op cit, p. 212.
- En Droit Pénal Militaire Congolais, à l'expression "offense au Chef de l'Etat" le législateur a
substitué le tenne "outrage à son supérieur ou à un supérieur" (article 466 du code Pénal Militaire).
C'est ce que confirme la jurisprudence (voir le Réquisitoire du Ministère public au procès des
conspirateurs) -Août-Septembre 1975, p.92-95.
Commenous l'avons vu précédemment,l'ordonnance N° 300 punit toutes les
offenses au chef de l'Etat. Il s'agit de toutes les injures verbales, les actes
d'irrévérence, les manques d'égard, les grimaces, les imputationsou allégations
des faits de nature à froisser la susceptibilité, les menaces, la diffusion ou la
distribution d'af fiches offensantes pour le chef ou d'un journal, d'une revue
contenant un article ou une gravurele ridiculisant. Sont ainsi punis, les discours,
les cris ou menaces dans les lieux publics,soit par des écrits, des imprimésvendue
ou distribués, mis en vente ou exposé aux regards du public, soit par la mise en
vente, la distributionou l'expositionde dessins, gravures, peintures, emblèmesou
images.
L'ordonnance300 vise aussi des cris articulés distinctementde sifflets et des
huées "si, dans les circonstances où l'incident se produit, les manifestations
impliquentune idée d'offense; il en serait de mêmedu fait de lacérer en publicle
portrait du chef de l'Etat, ou de poser un geste offensant puisque le texte ne
contient aucune distinction "437
.
Il serait égalementintéressant d'ajouter que « le fait de crier dans la rue au
passage du chef de l'Etat: A bas le Président! Démission! est constitutif
d'infraction ».438
En revanchele législateurcongolaisn'interdit pas du tout la critiquepublique
d'un discours ou d'une attitude du chef de l'Etat. La loi vise plutôt « la
perpétration de tels agissements en termes offensants ou malveillants, ou de
nature à appeler la déconsidération sur sa personne439 ».
Dans quelle hypothèse un terme est-il offensant ? « Il est impossible
d'énumérer toutes les hypothèses:le point de savoirsi un terme est offensant est
laissé à l'appréciation des juges du fond, et qui peut varier suivant les
circonstances ».440
Dans cette optique, le fait de déclarer par exempleque le chef de l'Etat est
incapable de diriger le pays est une offense.
441
« Tel mot employépourrait ne pas être offensant actuellement, qui pourrait
l'être plus tard, telle expression, jugée offensante, pourrait ne plus avoir de
portée particulière dans quelques années442».
Le cinéma, la radio, la télévision peuvent servir de cadre, de moyen de
perpétration des offenses au chef de l'Etat.
En effet « le fait que l'ordonnance-loi ne contienne aucune distinction
prouve qu'elle a pour but d'atteindre toutes les offenses, même celles qui se
437 Mineur G.,op cit, p.212
438 Mineur G.,op cit, p.212
439 Idem, p.213.
440 Ibidem
441 C.S.E, Arrêt du 31 Mai 1992- premier feuillet
442 Mineur G.,op cit, p.213
produiraient sur un moyen inconnuou ignoré au momentde sa promulgation,et
donc que la législation n'a pu envisager. On pourrait objecter que tels
raisonnementsdépassent la volontédu législateur, puisqu'ilspermettent de punir
l'emploi d'une expression ou d'un moyen dont les auteurs de l'ordonnance
ignoraient l'existence, ou même que la science n'aurait pas découvert. Cette
argumentation ne saurait être retenue, car c'est un principe d'interprétation
valablepourla loi pénale malgréson caractère strict que les textes doiventêtre pris
dans leur signification naturelle et raisonnable,et qu'il faut comprendredans les
définitions légales tous les faits qui y sont véritablementcontenus, encore que le
législateur n'y ait pas songé, au moment où il a rédigé son texte443».
Effectivement, "l'application d'une disposition, dont la formule a été
volontairementgénérale, ne saurait être restreinte aux seules hypothèsesque le
législateur a, de fait envisagées ou pu prévoir".444 C'est qu'il faut chaque fois
déterminerle sens d'un texte par rapport aux conditionsambiantes;si le texte, tel
qu'il est, convientà des conditionsnouvelles,ce ne sera pas l'étendre par analogie
que de le faire intervenir".445
En résumé,la volontédu législateurcongolaisen ne définissant pas l'offense
ou les offenses a été de laisser la questionà l'appréciationdes juges de fond. C'est
donc la jurisprudence qui permettra au fur et à mesure d'étendre toujours
davantage la compréhensionde la notiond'offense en droit pénal congolais.C'est
une compréhension extensive du mot offense.
C'est dans ce contexte qu'il faut par exemplesituer la compréhensionqu'a la
C.S.E dans son arrêt du 17 janvier 1986 en incriminantpour offense des «propos
diffamatoires, offensants ou de mépris qui sont de nature à atteindre le
Président dans son honneurou dans sa dignité tant à l'occasionde l'exercicede ses
fonctions que dans sa vie privée».446
2. La publicité de l'offense ou des offenses
L'offense ainsi définie, pour qu'elle s'établisse en droit, doit avoir été
proférée publiquement.Cet élément a une importance déterminante parmi les
trois éléments précédemment cités.
En effet si les conditions définitionnelles de l'offense peuvent se réaliser
dans un acte, un fait, une expression,un écrit par exemple, visant le chef de
l'Etat, ceux-ci, dénués du caractère publicitairene sont plus offensants au regard
de la loi.
Maisdans quellescirconstancespeut-on parler d'une commissionpubliquede
l'offense?
443 Ibidem
444 Mineur G.,op cit, p.213
445 Ibidem
446 C.S.E, Arrêt du 17 Mai 1992- deuxième feuillet (voir aussi premier feuillet).
Cette question est de fait. Doctrine et jurisprudence se rencontrent pour
af firmer que la publicité de l'offense peut se constater :
a) Lorsqueles propossont proférés à haute voix, des cris sont
poussés,des discourssont tenus, des écrits, des livres, de la peinture, des gravures,
de la correspondance,la presse, les imagessont distribués,vendusou exposésdans
les lieux publics; par lieux publics on entend outre les lieux publics par nature
c'est-à-dire affecté à l'usage de tous et accessiblesà chacun à tout moment,soit
gratuitement, soit mêmecontre paiement, commeune salle de cinéma, une station
de cheminde fer, un aéroport, un café, un restaurant, les voiespubliques,les lieux
publics n-par destination (bureaux , salles d'audience, salles des cours et
tribunaux)ouvertsau publicà certains momentdéterminéset aussi les lieuxpublics
par accident, privés en principe, mais devenus occasionnellementpublics par le
fait de la présence d'un certain nombrede personnescommela parcelle privée,
une maisond'habitation, un cercle privé, où s'organiseun deuil, une fête ou toute
autre manifestation de nature à attirer plus d'une personne. 447
Mais "il est certain que la critique offensante d'un discours du chef de
.l'Etat, faite dans une maison ou une réunion privée, ne rentre pas dans les
prévisionsde l'ordonnanceN°300, mais il en serait autrement si elle avait lieu dans
un endroit ouvert au public.448
Toute fois selon Mineur le législateur congolais n'a nullement interdit la
critiquepubliqued'un discoursou d'une attitude du chef de l'Etat; ce qu'il punit,
c'est la perpétration de tels agissementsen terme offensants ou malveillants, ou
de nature à appeler la déconsidération sur sa personne". 449
b) lorsquetoutes ces chosessus indiquéesou l'une d'entre elles
se produisent en présence une tierce personne;
450
c) lorsqueces mêmeschosesou l'une d'entre elles se produisent
en présence de la victime.451 Mais selon Mineur,«il n'est pas nécessaire que le Chef
de l'Etat soit présent, il n'est pas nécessairequ'il ait pu entendre les paroles ou vu
le geste offensant, ou que l'incident lui ait été rapporté»; 452
d) lorsqueces mêmeschosesou l'une d'entre elles surviennent
en présencedes témoins."En effet, l'élément de publicitérequisest établi dès lors
que le juge constate dans la motivation du jugement que le
prévenua déclaré en présence des témoins des faits de nature à constituer une
imputationdommageable,mutatis mutandiscela vaut également pourl'offense au
chef de l'Etat". 453 In specie, il est établi par l'arrêt du 17 janvier
447 Likulia, cité par Mwamba M.,
op cit, p. 47.
448 Mineur G.,op cit, p. 213
449 Ibidem
450 Conseil de guerre, cité par Mwamba M.
op cit, p. 46
451 Ibidem
452 Mineur G.,op cit, p. 214.
453 Mwamba M.op cit, p. 46.
de la C.S.E. que le prévenuK avait fait des déclarations offensantes devant des
inspecteurs de police judiciaire dans la parcelle du prévenu T sur un ton élevé;
454
e) lorsque, s'agissant particulièrement de la vente et de la
distributiond'écrits ou d'images, ceux-ci rentrent dans la publicitécar par le fait
même de la distribution et de la vente, la publicité est réalisée.
455
3. Une personne visée : le Chef de l'Etat
Sur ce point l'ordonnancelégislativen° 300 ne crée pas du tout d'équivoque.
L'offense doit viser directement et personnellementle chef de l'Etat et personne
d'autre. Ni le gouvernement, ni sa famille ne sont protégés par cette ordonnance.
Le chef de l'Etat lui-même n'est protégé que depuis son élection dans la
période antérieure à l'élection et au cours et à l'occasion de l'exercice de la
première magistrature, dans ses fonctions et dans sa vie privée. Ce texte ne
protège pas un ancien ou un ex-chef d'Etat.
Il faut cependant noter que l'initiative des poursuites n'est jamais
subordonnéeà une plainte préalable du chef de l'Etat. En effet, en Droit Pénal
Congolaistout comme en droit français, « le délit d'offense au Président de la
Républiqueest un délit contre la chosepublique.Il n'est nullementbesoinpour que
les poursuitesaient lieu que l'intéressé se constitue partie civileet le parquet peut
prendre seul l'initiative de la poursuite 456
».
Toutefois au contraire du droit français, le droit congolais, s'il admet la
nécessité de l'intention criminellepour réaliser l'offense au regard de la loi, il
n'implique pas l'exigence du dol spécial c'est-à-dire que l'auteur agisse
méchammentou qu'il soit animé d'une intention ou d'un dessein de nuire. « Il
suffit qu'il ait l'intention d'injurier ou de nuire. Cette intention sera démontrée
par l'emploid'expressionsoffensantes quand l'intention coupablene résultera pas
manifestementde la gravitémêmede l'imputationde la grossièretédes mots, c'est
au ministère public qu'incomberala charge de la preuve; au contraire quand
l'attaque sera violente,quand l'offense sera caractérisée, le prévenusera présumé
avoir agi avec une intention coupable, mais il pourra par tous moyenscombattre
cette présomption » 457 .
Enfin, le Chef de l'Etat congolais peut être offensé dans toutes langues,
nationales ou étrangères, officielles ou non, qu'il comprenneces langues ou non.
« Il suffit que dans le langage utilisé les sons émis constituent une offense
458».
454 Ibidem
455 Mwamba M.,op cit, p. 48
456 H.Blin, op
cit, p.349
457 Mineur G.,op cit, p. 214
458 Ibidem
Section 3. PROCEDURE DE REPRESSION
La procédure de répressionde l'offense est organisée essentiellement par
deux textes.
1. Le code de l'OCJ dans ses articles 96 et 97 relatifs à la
compétence matérielle de la cour de sûreté de l'Etat.
2. L'ordonnance-loin° 78-001 du 24 février 1978 relative à la
répression des infractions flagrantes dans ses articles 9 et 14.
Nousallons à présent procéderà l'examende cette procédureà la lumièrede
ces deux textes juridiques :
1) Aux termes des articles 96 et 97 du code de l'OCJ, la
répressiondes offenses au Chef de l'Etat congolaisest de la compétenceexclusive
de la cour de sûreté. En effet l'article 96 susdit dispose que :
La cour de sûreté de l'Etat connaît seule les infractions visées ci-après :
1. Les infraction relatives aux atteintes à la sûreté de l'Etat;
2. Les infractions relatives à la répressiondes offenses envers
le chef de l'Etat;
3. Les infractions relatives à la répressiondes offenses envers
les chefs d'Etat étrangers et des outrages dirigés contre les agents diplomatiques
étrangers ;
4. Les infractions relatives aux imputationsdommageableset
aux injures envers le chef de l'Etat, pourvu qu'il s'en plaigne ou les dénonce
auprès d'une autorité militaire, administrative ou judiciaire, etc.
Non seulement la compétence de la Cour de Sûreté de l'Etat dans la
répressionde l'offense est exclusivemais en plus les arrêts qu'elle rend ne sont
susceptiblesque d'oppositionet non d'appel. C'est que cette cour statue en premier
et en dernier ressort (Article 96).
2) Mais aux termes des articles 9 et 14, l'exclusivitétombe en
cas de flagrance. Car, dans ce cas, la C.S.E n'est plus compétente, les dispositions
de l'ordonnance-loi sous examen n'étant pas applicablesdevant la C.S.E (Article
14). En d'autres termes, lorsqu'ily a flagrance c'est le juge naturel de l'auteur
présuméde l'infraction ou de l'inculpé qui est compétent. Cette option a été celle
de la C.S.J dans l'affaire Ministère Public contre Bavela, conseiller de la
République,pris en flagrant délit de distributionde tracts comportantdes propos
outrageants à l'endroit du Chef de l'Etat. "S'agissant d'une procédure de
flagrance, le MinistèrePublicle déféra dans les délais devant son juge naturel qui
est la C.S.J pour offense envers le Chef de l'Etat".459
Nous pouvons ainsi retenir deux niveaux de procédure :
- Celle qui s'applique devant la C.S.E, ce tribunal statuant en
premier et dernier ressort;
459 Katwala Kaba K.,op. cit, p. 1
- Celle relative à la flagrance qui conduit l'inculpé à
comparaître devant son juge naturel.
CINQUIEME PARTIE
LES INFRACTIONS CONTRE LA CHOSE PUBLIQUE
Elles sont celles qui créent un danger collectif.
Nous examinerons :
- Les infractions contre la foi publique.
- Les infractions contre l’ordre public.
- Les infractions contre la sécurité publique.
CHAPITRE I
LES INFRACTIONS CONTRE LA FOI PUBLIQUE
Le mot « Foi »est pris ici dans le sens de crédibilité, de confiance. Le code
pénal entend assurer la bonne foi c à d , l’honnêteté dans la vie en société. C’est
pourquoi, il punit les délinquants qui trompent les autres dans les rapports
juridiques.
1. Le faux en écriture ;
2. L’usage de faux ;
3. Le faux témoignage.
Section 1. LE FAUX TEMOIGNAGE ET LE FAUX SERMENT
§1. DéfinitionArt 128 C.P
Le faux témoignage est la déclaration mensongère de nature à causer
préjudice, déclaration faite en jurisprudencesousla foi de sermentdans la cause
d’autrui.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1. Altération de la vérité
La vérité est altérée lorsqu’onaf firme le faux ou bien lorsqu’onnie la vérité,
enfin, la vérité est également altérée lorsquele témoinva taire la vérité en tout ou
en partie. Le refus de répondre à une questionposée par le tribunal au prévenu,
ne constitue pas une altération de la vérité.
2. Dans une déclaration faite en justice
Cela suppose que la déclaration est faite devant un tribunal qui siège en
matière pénale ou en matière civile ou même encore, en matière coutumière.Le
faux témoignagefait au cours de l’instructionpréparatoire ne constitue pas une
intention. On doit avoir fait la déclaration devant le tribunal lorsqu’il siège en
matière civile ou commerciale.
3. Sous la foi du serment
Le serment est la condition essentielle de cette intention. Tout dépend du
serment. Encore faut-il que le serment soit prêté sous les formes légales. La
déposition en justice ne commence que lorsque le serment a été prêté. Il en
découle que tout ce que le témoin déclare avant cette prestation ne peut jamais
constituer un faux témoignage. L’intentionde faux témoignage suppose que le
témoin persiste dans sa fausse déposition. S’il se rétracte avant la clôture des
débats, l’intention n’existe pas.
Dans certains cas, des personnesappelées à témoignerdevant une juridiction
sont dispensées du serment. On dit qu’elles sont entendues à titre de
renseignement. Néanmoins,ils seront quand même poursuivispour intention de
faux témoignage.Les faux renseignementssont punissablesen vertu de l’Art 130
C.P Liv II. C’est toute une intention distincte.
Ex : Personnequi est parent, allié, ami du prévenu.Ces personnesne prêtent
pas serment mais sont appelées à témoigner.La peine varie entre 8 jours
à 1 an de S.P et/ou une amende.
4. Dans la cause d’autrui
On peut considérer comme faux témoignage la déclaration que fait une
personne dans sa propre cause. Il est de même de fausses déclarations d’un
prévenu, articulées contre son co- prévenu.
5. En matière civile et
commerciale
Le faux témoignageest punissabledès qu’il peut porter préjudice. Il n’est pas
nécessaire que le préjudice ait été causé. En matière répressive,un mensongequi
porte sur une circonstancequi ne peut être ni utile, ni nuisibleau prévenune peut
être punissable.Pour constituerune intention, le faux témoignagedoit avoirporté
contre le prévenuou en sa faveur et constitué l’altération de la vérité sur un fait
relatif à l’intention de nature à influer sur la décision du juge pour ou contre le
prévenu.
Au pénal, que l’on mente contre ou en faveur du prévenu, il y a toujours
intention. Les fausses déclarations doivent être en rapport avec l’intention
directement ou indirectement. En plus, cela doit être de nature à influencer la
décisiondu tribunal. Il n’est pas nécessaireque l’influence du faux témoignageait
été réelle. Ex :onment sur un point central de l’intention, de façon à influencer le
juge. Il suf fit qu’elle ait pu être un des éléments de la décision du juge.
B. Elément moral
Ici, l’élément moralrésulte du dessein de mentir, de la volontéde nuire ou de
l’intention de tromperla justice. En d’autres termes, l’auteur a su qu’il altérait la
vérité. Par conséquent,si le témoinse trompede bonnefoi, il n’est pas coupablede
faux témoignage. S’il commetune erreur dans son témoignage, cela ne constitue
pas une intention.
§3. La circonstance aggravante
Art 128, al 2 C.P. Liv II
C’est le cas du faux témoignagequi a eu pour résultat de faire condamnerle
prévenu à la S.P. à perpétuité ou à la peine de mort.
§4. Sanction
1° Le faux témoignage simple est puni de 5 ans de S.P¨. au max.
2° Le faux témoignage avec circonstance aggravante est puni de la S.P à
perpétuité.
CHAPITRE II
LES INFRACTIONS CONTRE L’ORDRE PUBLIC
Nous en retenons 3 :
- Le détournement des deniers publics ;
- La concussion ;
- La corruption.
Section 1. LE DETOURNEMENT DES DENIERS PUBLICS
§1. Définition Art 145 C.P Liv II
Il est un fait des fonctionnaires, officiers, personneschargées d’un service
publicreprésentant des intérêts de l’Etat dans les sociétés, de disposerindûment
des fonds, titres, choses mobilières qu’ils détenaient en vertu de leurs fonctions.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1° La qualité de l’auteur
Le détournement des deniers publics ne peut être commis que par des
personnes visées à l’Art 145 C.P. liv II.
Ce sont :
- Un fonctionnaire ou un officier public.
- Un fonctionnaire est une personne qui participe au service de l’Etat, à un
service d’intérêt public après un acte de nomination par une autorité publique.
Ex : Fonctionnaire civil, militaire et les magistrats au sens du Droit pénal.
Quid du fonctionnaire de fait ?
Un fonctionnairede fait est une personnenomméepar une autorité illégitime
et considérée comme fonctionnaire public à ce titre, il peut être poursuivipour
détournement des deniers publics.
- Un officier public est une personnechargée d’un emploipublicdont le
concours est nécessaire pour des actes d’intérêt public.
- Une personnechargée d’un servicepublic ;il s’agit d’une personnequi
sans être fonctionnaire ni officier public est investi d’un mandat
public.
Ex :
• Le ministre n’est pas un fonctionnaire, c’est un fonctionnaire de
mandat public.
• Les bourgmestres d’un mandat public dans les communes.
- Une personne représentant des intérêts de l’Etat ou d’une société
d’Etat au sein des sociétés telles que les sociétés privées MIBA, des
sociétés para étatiques (Regideso), des sociétés mixtes (SOCIR). Ces
représentants doivent participer à la direction de ces sociétés avec
pouvoir de décision.
Ex : Ils doivent être nommés Administrateurs- gérants ou
commissaires au compte.
Souvent ils sont nommés PDG .
Les représentants des intérêts de l’Etat peuvent donner mandat à d’autres
d’intervenir dans la gestion de ces sociétés. Ces derniers peuvent être considérés
comme auteurs du détournement. Les personnels placés sous les ordres des
représentants de l’intérêt de l’Etat sont considérées par l’Art 145 Liv II.
2° Acte de détournement
L’auteurdétourne à son profit ou au profit d’un tiers des objets prévus par
l’Art 145du CP Liv II, commes’ils lui appartenaient. Ce détournement doit être
commispendant que l’auteur était fonctionnaire ou pendant qu’il était chargé
d’un service public ou encore pendant qu’il représentait les intérêts de l’Etat.
3° L’objet de l’intention
Le fonctionnairedétourne « les deniers publicsou privés,des effets en tenant
lieu, des pièces, titres, actes, effets mobiliers… »
- Lesdenierspublicsou privés: Il s’agit des sommesd’argent, l’argent de l
‘Etat. Les deniers privés sont l’argent des particuliers.
- Les effets en tenant lieu: Il ne s’agit pas de l’argent mais de quelque
chose ayant valeur d’argent. Ex : Chèque.
- Despièces: Il s’agit de tous les écrits dont la perte peut nuire à un tiers.
Ex : une reconnaissance de dette.
- Les actes :ce sont des écrits. Ex : Acte de vente.
- Les effets mobiliers : toutes les chosesmobilières.Ex : voituretéléphones
mobile.
4° La détention par l’auteur de l’objet détourné
Les objets détournés devaient se trouver entre les mains du fonctionnaire
public soit en vertu, soit à raison de sa charge. ( Cfr Abus de con
fiance.)
- En vertu de sa charge : c à d à cause de son emploi ou de ses fonctions.
Ex : Celuiqui est caissierà la DGCdoit nécessairementavoirdes deniers. Le caissier
reçoit de l’argent en vertu de sa charge.
- A raisonde sa charge: c à d suite à la confiance que sa fonction inspire.
L’INSS fait con
fiance à un bourgmestre à raison de sa charge.
B. Elément moral
Il consiste dans l’intention frauduleuse. « Un simple déficit de caisse
imputableà un agent de l’Etat ne constitue pas un détournementpunissablesi la
preuve de l’intention frauduleuse de s’approprierles fonds manquantsn’est pas
établie à suffisance. »460 « Le détournement n’existe pas, faute d’intention
frauduleuse en cas d’erreur par ex. la double comptabilisationd’un extrait de
compte »461
§3. Les peines
2. Peine principale : 1 à 20 ans des travaux forcés.
3. Peines complémentaires :
▷ La confiscation générale a été supprimée en 1986.
- Interdiction des droits de vote et d’éligibilité après exécution de la
peine pour 5 ans au moins et 10 ans au plus. On n’a pas le droit de
participer aux élections, ni même le droit d’être élu.
- Interdiction d’accès aux fonctions publiques quel qu’en soit l’échelon »
- Privation du droit au sursis, à la libération conditionnelle et à la
réhabilitation.
- L’expulsiondéfinitive du territoire national après l’exécutionde la peine
pour un étranger.
Section 2. LA CONCUSSION
§1. Définition Art 146 CP Liv II
Elle est la perceptionindue ou exagéréedes droits, des taxes, faite sciemment
par un fonctionnaire de l’Etat par abus de ses fonctions.
§2. Eléments constitutifs
A. Elément matériel
1° Une perceptionindue ou exagérée. L’auteur doit avoir ordonné la
perception, doit avoir exigé ou doit avoir perçu ce qu’il savait ne pas être dû.
460 Extrait de l’Arrêt de la C.A de Kinshasa du 11 juin 1973, R.J.Z, de 1973, page 267.
461 C.A Lubumbashi du 18 juin 1974, R.J.Z, de 1975, page 52.
Ex : le fait pour un agent de la territoriale de percevoirune taxe pour le
passage d’un pont lorsqueaucun texte de loi ne l’autoriseà le faire. La concession
peut être active lorsquel’auteur exige le paiement de ce qui n’est pas dû. Elle est
passive lorsque l’auteur reçoit sans l’avoir demandé ce qui n’est pas dû ou une
somme plus forte que ce qui est dû.
L’intentionexiste même si la sommen’a pas été remise, il suffit en effet de
l’avoir exigé.
2° La perception portant sur les droits, les taxes, les
contributions, les revenus ou les intérêts, les salaires ou les traitements
.
La liste est, selon la jurisprudence, limitative. On ne peut commettre la
concussionque lorsqu’on exige ce qui est cité. Ex : La perception abusive des
amendes ne constitue pas une intention.
3° La qualitéde fonctionnairepublic,d’officier, de personne
chargéed’un servicepublic,des représentantsdes intérêtsde l’Etat oudes sociétés
étatiques.
Cfr Supra : Détournement
B. L’élément moral
Il est complexe comportant un double aspect :
1) L’auteur doit savoir que ce qu’il exige ou ce qu’il perçoit n’est pas
légalement dû. En cas d’erreur de sa part ou de mauvaiseinterprétation
de ce texte, il n’ y a pas concussion.
2) L’intentionfrauduleuse. Mais cette intention ici n’est pas nécessairement
une intention d’appropriation même si l’auteur verse les sommes
indûment perçues dans la caisse publique,il y a concussions’il savait que
ces sommes n’étaient pas dues.
§3. Sanction
La concussionest punie de 6 mois à 5 ans de SP. En plus, des sanctions
complémentaires prévues par l’Art 146 CP Liv II sur le détournement.
Section 3. LA CORRUPTION
.
Elle se présente sous 2 aspects :
- Corruptionpassivequi est commisepar le fonctionnaire qui se laisse
corrompre.
- Corruptionactive qui est commisepar un particulier qui corromptle
fonctionnaire.
Sous-Section I LA CORRUPTION PASSIVE DU FONCTIONNAIRE
§1. DéfinitionArt 147 Liv II.
Elle est le fait pour un fonctionnaire d’agréer des dons ou promesses,de
recevoirdes dons ou présents soit pour faire un acte de sa fonction même juste
mais non sujet à salaire soit pour faire dans l’exercice de sa fonction un acte
injuste soit pour s’abstenir de faire un acte qui entre dans l’ordre de ses devoirs.
§2. Eléments constitutifs
a. Eléments matériels
1° la corruption passive ne peut être commise que par un
fonctionnaire public ou un officier public ; par une personne chargée d’un
servicepublic ;par une personnereprésentant les intérêts de l’Etat dans une
société publique ou privée ; par un arbitre ou expert commis en service.
Un arbitre est une personne chargée par un juge à la
requête des particuliersde trancher un litige en matière civile. Un expert est
une personne chargée par un tribunal de l’éclairer sur certaines questions
spéciales.
2° Un acte de corruption.
Il consiste à:
- Agréer des offres ou promesses; C’est le cas lorsquele fonctionnaires’est
contenté d’accepter sans rien avoir demandé. Le seul fait d’agréer
l’offre ou promesseest constitutif de l’intention. Il n’est pas nécessaire
que le fonctionnaire ait reçu l’objet de l’offre ou de la promesse.
- Recevoirdes dons ou présents ; l’intention est consomméedu moinssous
cette 2ème forme lorsquele fonctionnairereçoit des dons ou des présents.
Cela suppose une entente entre la personne qui remet les dons et le
fonctionnaire qui les reçoit. L’accord est un élément important.
L’intention de corruption passive n’existe que si une entente est
intervenue entre le donateur et le fonctionnaire. Par conséquent, le
fonctionnaire qui, sans accord préalable, accepte une gratification en
remerciement d’un service rendu, ne commet pas l’intention de
corruption passive.
Il faut recevoirle cadeau après entente préalablede 2 parties. S’il reçoit
sans accord intervenuentre le donateur et le fonctionnaire, il ne peut y
avoir intention.
N’est pas coupable de corruption :
« le fonctionnaire qui reçoit à titre d’étrennes ou comme marque de
gratitude des dons ou présents sans qu’il y ait entre lui et le particulier
reconnaissant une convention préalable illicite462»
Il y a intention même si le don a été fait après à partir du moment où la
sollicitation a été antérieure même si les avantages recherchés profitent à des
tiers, même si la défense invoque des usages.
Ex : Un fonctionnaire reçoit une somme d’argent d’un particulier X. Son
patron a tout pris, et le fonctionnaire n’a rien pris. Même s’il n’a pas profité, il
suffit qu’il soit poursuivi pour intention.
Il n’y a pas intention à recevoir un don sans sollicitation antérieure
.
Dans ce cas, il y a une faute disciplinairedans le chef du fonctionnaire. Il
faut lui être appliqué des sanctions disciplinaires.
3° Le but de la corruption
Le seul fait de donner des dons ou présents à un fonctionnaire, en ne lui
demandant rien ne constitue pas une intention. Si la personnequi donne un don
ne précise pas le but de la remise du don, il n’y a pas intention. Il n’est pas
nécessaire que le fonctionnaire ait fait ce que le corrupteurlui a demandé pour
que la corruption passive soit constituée.
Le fonctionnaire est corrompu pour poser un acte prévu par la loi. Ce sont :
▷ Pour faire un acte de sa fonction, même juste mais non sujet à salaire
Ici le fonctionnaire accomplit un acte qui entre dans le
cadre de sa fonction c'est-à-dire un acte qui est conforme à la loi ( un
acte juste) sans que cet acte donne lieu à une rétribution.
Ex : Un policieraccepte de l’argent de la victimed’un vol pour rechercherl’auteur
de cette intention. On lui demande un acte juste, légal. Mais cet acte juste
n’est pas sujet à salaire.
On ne doit pas dans le cas d’espèce payer le policierpour chercher le voleur.
Cet acte est un acte qui relève de sa fonction, cela est normal. Mais l’intention
consiste à ce que l’on lui donne de l’argent pour un travail juste, qui est de sa
fonction.
Maisqu’enest-il de celuiqui reçoitde l’argentpourfaire un travailqui ne
relève pas de sa compétence ?
Ex : l’infirmierqui reçoit de l’argent pourfournir les infos qu’il requiert auprès des
462 Arrêt de la C.S.J du 17 mars 1972, Bulletin des Arrêts de 1974, page 51.
malades ne constitue pas une intention parce que cela n’est pas son travail.
L’acte posé par le fonctionnaire n’est punissable que s’il rentre dans ses
attributions légales c à d s’il rentre dans l’ordre de ses devoirs.
▷ Pour faire dans l’exercice de sa fonction un acte injuste
C’est le cas lorsque le fonctionnaire agit dans le cadre de son service pour
commettre un acte contraire à la loi.
Ex : Un expert qui rédige un rapport défavorable à une des parties au procès.
▷ Pour s’abstenir de faire un acte qui rentre dans le cadre de ses devoirs
Cela arrive lorsquele fonctionnaire refuse d’accomplirun acte qui relève de
ses obligations professionnelles.
« Le fait de demander et de recevoird’un suspect la remise d’une somme
d ‘argent pour ne pas procéder à son arrestation ni ouvrir une instruction à sa
charge constitue l’intention de corruption.»
463
Ex : X a commisune infraction, il est arrêté à la police. L’OPJlui demande de
l’argent pour ne pas transférer son dossier au parquet.
B. Elément moral
L’élémentmoralde l’intention de corruptionpassiveconstitue dans la volonté
d’agir illégalement. En d’autres termes, la volontéde commettreune action dont
on connaît la criminalité.
§3. Sanctions
La loi prévoit toute une série des sanctions :
1° Le fonctionnairea agrée des offres ou promesses,a reçu
des dons ou présents.
- Pour faire un acte de sa fonction même juste mais non
sujet, à salaire. La peine est une S.P de 6 mois à 2 ans et une amende.
- Pour faire dans l’exercicede sa fonction un acte injuste ou
pours’abstenirde faire un acte qui entre dans l’ordre de ses devoirs.La
peine est une S.P. de 4 ans au maximum. VoirArt l’ 147 Liv II.
2° Lorsque la corruption est suivie des faits c'est-à-dire le
fonctionnairea fait, dans l’exercicede ses fonctions, un acte injuste ou
il s’est abstenu de faire un acte qui rentre dans l’ordre de ses devoirs.
Art 148 CP Liv II.
463 Arrêt de la CSJ du 3 mars 1972, RJZ,1973, page 33.
La peine est une S.P. de 10 ans au maximum et une amende.
3° le fonctionnairea agréé des offres, promessesou a reçu des
dons ou présents pour commettre une intention dans l’exercice de ses
fonctions. La peine est une S.P de 15 ans au maximum.
Art 149 C.P Liv II
§4 Les peines complémentaires Art 149 bis
1° La confiscation de la rétributionperçue ou du montant de sa
valeur lorsqu’elle n’a pu être saisi.
2° L’interdictionpour 5 ans au moins et 10 ans au plus après
l’exécution de la peine du droit de vote et du droit d’éligibilité.
3° L’interdictiond’accès aux fonctions publiquesquel qu’en soit
l’échelon.
4° La privationdu droit au sursis, à la libérationconditionnelle
et à la réhabilitation.
5° L’expulsiondéfinitive du territoire national après l’exécution
de la peine si le condamné est un étranger.
Sous-Section II LA CORRUPTION ACTIVE DU PARTICULIER
§1. Définition Art 150 C.P Liv II
C’est le fait pour un particulier de contraindre par violencesou menaces, de
faire des promesses,des dons ou des présents pour obtenir d’un fonctionnaire
publicqu’il accomplisseun acte de sa fonction mêmejuste mais non sujet à salaire
ou qu’il s’abstienne d’accomplir un acte de sa fonction.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1° Un acte de corruption
Plusieurs formes :
a. L’auteurfait des promesses,des dons ou des présents. La corruption
résulte des promesses, dons ou présents faits dans l’intention de
corrompre.La corruptionactive est punie peu importe qu’elle ait ou
non produit son effet. La loi n’exigepas que les promessesou les dons
aient été acceptés. L’intention est consomméedès que l’auteur a
employé l’un des moyens prévus par la loi.
b. L’emploide violencesou menaces. Il s’agit des parolesou des écrits qui
sont de nature à faire naître dans l’esprit de celui à qui ils sont
adressés la crainte de révélation diffamatoire.
Dans l’un ou l’autre cas, les actes de corruptiondoivent avoir été accomplis
avant la faveur sollicitée. Offrir une récompenseaprès l’accomplissementde l’acte
ne constitue pas une intention à moins qu’il y ait eu entente préalable entre
l’auteur et le fonctionnaire.
2° La qualité de la personne corrompue
.
Ce sont les mêmespersonnesque celles qui peuvent commettrel’intention de
corruptionpassivec'est-à-dire les fonctionnairesou officiers publics,les personnes
chargées d’un service public, les personnesreprésentant les intérêts de l’Etat ou
société étatique dans les sociétés privées.
Les arbitres et experts commis en jurisprudence.
3° Le but recherché
L’auteur de la corruption doit avoir eu pour but d’obtenir d’un fonctionnaire :
- L’accomplissement d’un acte de sa fonction mêmejuste mais non sujet à
salaire.
- L’abstention d’un acte de sa fonction.
B. Elément moral
Il consiste dans l’intention frauduleuse c'est-à-dire soit pour se procurerà
soi-même ou à autrui un avantage illicite, soit dans le but de nuire.
§3. Les peines
1) La corruptionportant sur un acte de fonction mêmejuste mais non sujet
à salaire est punie de6 mois à 2 ans de S.P et/ou une amende.
2) Pour la corruptionportant sur un acte injuste ou sur l’abstention d’un
acte rentrant dans le cadre des devoirsdu fonctionnaire, la peine est 4
ans de S.P au maximum.
3) Si le fonctionnairea accompliun acte injuste ou s’il s’est abstenu de l’acte
rentrant dans le cadre de ses devoirs, c’est le cas de la corruptionsuivie
des faits, la peine est S.P. de10 ans au maximum et une amende .
4) Pour la corruptionportant sur la corruptionportant sur la commission
d’une intention par le fonctionnaire. La peine est un S.P de 15 ans au
maximum .
Ex : X vient de trouverun OPJ sousprétexte que son locataire
ne veut point payer son loyer. L’O.P.Jarrête et détient arbitrairementle
locataire. Cet OPJ dans l’exercice de ses fonctions risque la peine de 15
ans au maximum, ainsi que le corrupteur qui perçoit la même peine.
CHAPITRE III
LES INFRACTIONS CONTRE LA SECURITE PUBLIQUE
Section 1. ASSOCIATION DES MALFAITEURS
§1. Définition Art 156 du C.P Liv II
L’intention dans l’appartenance d’une association formée dans le but
d’attenter aux personnes et aux biens.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1° Etre membre
Le seul fait de d’appartenir à une associationdes malfaiteurs est punissable.
Un individu commetcette intention dès qu’il entre dans l ‘association.L’intention
suppose plusieurs personnes associées.
2° Une association formée
Il doit s’agir d’une association organisée. « L’intention d’association des
malfaiteurs exige pour qu’elle soit établie une organisationsous la direction d’un
chef, elle doit avoir un caractère durable.464
»
La loi ne dit pas commentune associationest formée et quand. Cette situation
est différente de la complicité ou de la coactivité ou corréité. Des simples
rencontres éphémères ne constituent pas une association des malfaiteurs. Le
caractère durable caractérise l’association des malfaiteurs.
Le C.P ne détermine pas le nombre des participants requis pour que
l’associationdes malfaiteurs soit constituée. C’est au juge de décider si les associés
sont assez nombreuxpour former une bande organisée. Il faut une entente
préalable entre les membres de la bande. « il y a association des malfaiteurs
lorsqu’il y a entre les prévenus une entente même momentanée dans le but
d’attenter aux personnesou à leur propriété qu’ y ait ou non attentat. » 465 On doit
avoirdonné son accord pour créer une associationdes malfaiteurs, on n’y fait pas
partie de force. Le simple accord suffit.
464 Arrêt de la C.S.J du 01 mai, 1989.
465 Arrêt de la C.S.J. du 1er juillet 1980.
3° Dans le but d’attente aux personnes et aux propriétés
(biens)
C’est un élément essentiel de l’intention. Le but poursuivipar l’associationdoit
être d’attenter aux personnesou aux biens. La notion d‘attentat doit être prise ici
dans un sens large. Elle n’implique pas nécessairement l’emploi de la violence.
Ex : L’associationdes faux monnayeurs,l’associationdes escrocs. L’association
des voleursà la tire (ceux-ci sont des voleursd’argent aux marchés, ils volent par
des instruments comme des ciseaux. C’est une criminalité professionnelle)
Lorsquel’associationest organisée, elle est punissablepar le seul fait de son
organisationmêmesi par la suite aucune des intentions,but de l’associationn’a été
commise. Le fait de la simple création d’une association des malfaiteurs est
punissable« L’associationdes malfaiteurs existe par le seul fait de l’organisationde
la bande et sans qu’il soit nécessaire que l’associationainsi constituée commettre
une intentionparticulièreou que l’entente entre ses membressoit établie en vue de
commettreun crimedéterminé »466 L’associationformée en vue de la commissiond’un
seul attentat suffit à constituer l’intention.
Les membresde la bande qui commettent une intention sont punissablesen
tant que coauteurs ou complicesde cette intention et en outre, pour avoir fait
partie de l’association.(Ils sont condamnés à double niveau : intention de vol et
intention d’association des malfaiteurs)
B. Elément moral
Pour l’intention d’associationdes malfaiteurs ; l’auteur a agi en connaissance
de cause c'est-à-dire il a su qu’il entrait dans une associationdes malfaiteurs ou
qu’il fournissait à cette association des armes ou des instruments d’intention.
§3. Les peines
Il y a 2 articles intéressants :
▷ La peine applicable estla peine de mort.
Cette peine est applicableaux fondateurs, chefs de bande, à
ceux qui ont exercé un commandement. Art 157 CP Liv II.
Elle est également applicable aux membres de la bande
c'est-à-dire les simples adhérents) et aux fournisseurs d’armes, de
munition ou d’instrument d’intention.Art 158 CP liv II.
466 Arrêt de la C.S.J du 16 mai 1991.
Section 2. LES MENACES D’ATTENTAT
§1. Définition: Art 159 et 160 CP Liv II
La menace d’attentat est un acte de violencemorale consistant à intimider
une personnepar écrit, une parole, un geste ou un symboleen l’avertissant de la
violenceque l’on commettracontre elle ou contre les biens si elle n’exécute pas ce
qu’on lui ordonne de faire.
§2. Eléments constitutifs
A. Eléments matériels
1° Les actes matériels de menace
a. Menace écrite
La menace doit s’exprimer par écrit.
Par ex : dans une lettre, un journal ou sur un mur.
L’écritpeut être signé ou anonyme. Il suffit qu’il y ait intimidationpour que
l’intention soit constituée. Si on a menacé par écrit et que cette lettre n’atteint pas
la personneconcernée.L’intentionexiste si la menace lui atteint indirectement. La
menace existe mêmesi l’écrit n’est pas adressé à la personnemenacée à condition
qu’elle ait eu ou qu’elle ait pu en avoir connaissance.
b. Menace verbale
La menace doit être proférée verbalement c à d par la parole, le téléphone.
La menace verbale peut être effectuée devant de tiers en l’absence de la
personne menacée. La loi n’exige pas que la personne menacée soit présente. Il
suffit que la menace ait été connue de la personne menacée.
Il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu l’intention de réaliser sa menace.
c. Menace par geste ou emblème
La menace peut être constituée par un geste ou un emblème (= dessin,
symbole). Les mots, geste et emblème ont une signi
fication générale.
Ils visent tout acte, tout signe quel qu’il soit qui, dans la pensée de l’individu
qui menace et dans celle de la personne menacée constitue la menace d’un
attentat.
Il y a menace par geste du momentque la personnemenacée a pu croire à la
réalité de l’attentat.
Ex : Braquer une arme à feu sur son ennemi.
Ex de la menace par emblème :emblèmede la SNEL(danger de mort). Ou
encore on met une croix rouge sur votre photo.
2° Menace d’un attentat contre les personnesou les biens
punissables d’au moins 5 ans de Servitude Pénale
L’auteurdoit menacerde commettrel’intentioncontre les personnesou contre
les biens. Cette menace doit être d’une certaine gravité. L’attentat qui est l’objet
de la menace doit être punissablede 5 ans de servitude pénale au moins.Il faut
avoir menacé très sérieusement.
3° Menace avec ordre ou sous condition (*)
La menace doit être faite avec ordre ou sous condition. Il y a menace avec
ordre lorsque l’auteur intime à la personne l’ordre de faire ou de s’abstenir de
faire quelque chose.
Ex :Dire à quelqu’un : Payer ma facture ou je vous tue.
Il y a Menace sous conditionsi la réalisation de l’attentat est subordonnéeà
une condition.
En d’autres termes, la réalisation de l’attentat dépend de la personne
menacée.
Ex : Dire à quelqu’un :sivouscontinuezà fréquenter ma fiancée, je voustuerai. La
menace est punissable même si l’acte condamné est juste et légal.
Ex : Dire à quelqu’un :payez ma facture ou je vous tue. La menace ne sera pas
punissable si elle est l’exercice d’un droit.
Ex : le cas de légitime défense.
Ex : Direà 2 personnesqui s’introduisentchez vousla nuit par effraction : sortez ou
je vous tue. C’est un cas de légitime défense. Pas d’intention.
Les menacesavec ordre ou sousconditionne sont exigéesque pourles menaces
écrites et les menaces verbales. Il y a menace par geste ou emblèmemême sans
ordre ni condition. Si la menace est insuf
fisante, elle pourra constituer une injure.
Ex : menacer quelqu’un d’un coup de point.
B. Elément moral
L’auteurdoit avoirl’intention de troublerla paix de la personnemenacée, de
l’inquiéter ou de faire naître chez elle un sentiment d’insécurité.
§3. Les peines
Art 159 CP LivII pourles menacesécrites. Dans ce cas, la peine est de 3 mois
à 2 ans de S.P et/ou amende.
Art 160 CP LivII : Les menacesverbalespar geste ou emblèmesont punissables
de 8 jours à 1 an et/ou une amende.
SIXIEME PARTIE
LES ATTEINTES A L’HUMANITE
I. LE TERRORISME
N’était pas institué en incriminationspécifique dans notre législation. La loi
n° 024 portant code pénal militaire qui l’a institué en novembredernier : article
150 dit nouveau code pénal militaire.
Terrorisme: actes qui sont en relation avec une entreprise individuelle ou
collectiveayant pour but de troublergravementl’ordre publicpar l’intimidationou
la terreur.
Cesactes: atteinte volontaireà la vie ou à l’intégrité physiquede la personne
(meurtre, assassinat, empoisonnement).
Meurtre, assassinat, empoisonnement : ils deviennent actes terroristes
lorsqu’ils sont perpétrés par une organisation à des populations civiles.
Il y a dans le terrorismeun dol plus spécial consistant à troublergravement
l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Ces actes sont aussi
l’empoisonnementformel dès lors que l’objectif poursuiviest de perturber l’ordre
public par la terreur.
Miseà mortpar représailles : assimiléeà l’assassinat (Art. 171 du nouveau
code pénal militaire).
A la différence de l’ancien texte, le nouveautexte de loi range cette infraction
parmi les crimescontre l’humanité. L’ancientexte la rangeait parmi les infractions
diverses.
La miseà mort par représaillespeut être commiseen temps de guerre comme
en tant de paix. Ce sont les représailles qui sont déterminantes dans cette
infraction.
Représailles: moyens de rétorsion illégaux en réaction à une attitude
illégale : forme de justice privée.
Illégales : dirigées contre la personne, l’individu ; dirigées sur les biens sont
tolérées en temps de guerre.
Lorsqu’onconsidère les grandes catégories du droit pénal c'est-à-dire
lorsqu’on regarde et on essaie de rassembler, de regrouper les différentes
interventions du droit pénal, on observe que celui-ci intervient pour protéger
d’abord la personne humaine, ensuite la famille, la propriété et la chose publique.
Le domaine de la chose publiqueest de plus en plus, dans le contexte de
today étendu dans la mesure où la chose publiquedécouvre les domaines aussi
variésque par exemplela défense nationale, la sécuritéde l’Etat, la protectiondes
institutions publiques, l’environnement, l’économie, le social, le culturel, etc.
Il y a là un champ d’intervention qui est de plus en plus vaste et dans les
limites qui n’apparaissent pas très clairement les infractions homicidessont les
plus graves qui peuvent atteindre la personnehumainecar elles ont pour finalité
de mettre fin à la vie de la personnehumaine.Cependant, l’appréciationde cette
gravitéest fonction de la culture dans laquelleon se trouvecar la vie peut en effet
être considéréecommela valeur supérieuredans telle société, telle culture moins
dans telle autre culture, sans nier l’importancede la vie, on peut considérerque
ce qui est au-dessus de la vie c’est une certaine qualité (comme par exemplela
liberté, la dignité, …).
Mais d’une façon générale, la vie est une valeur qui est considérée comme
telle dans toutes sociétés et pour cela le droit pénal accorde une importance
spéciale à la vie en sanctionnant toute atteinte contre elle.
Mais d’une façon générale, la vie est une valeur qui est considérée comme
telle dans différentes sociétéset pour cela le droit pénal accorde une importance
spéciale à la vie en sanctionnant toute atteinte contre elle.
II. LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE ET LES CRIMES DE GUERRE
Le crime le plus en vue est naturellement les crimes contre l’humanité. Et
commecette qualification l’indique, il s’agit d’une infraction qui tend à protégerla
vie de la personne humaine. Mais à un stade psychologique,spirituel, moral
différent par rapport à ce que nous avons vu jusque là, cette conception
psychologique,spirituelle, morale rejaillit sur cette incriminationet sur la valeur
de cette infraction.
Importances de l’étude des crimes contre l’humanité
1) Pour nous congolais, il importe d’étudier les crimes contre l’humanité
compte tenu de la guerre qui sévit dans une partie de notre pays et de toutes les
atrocités qui y sont perpétrées.
2) Cette incriminationse trouveau centre d’un mouvementmondialdu point
de vue pénal qui a abouti à la création de la cour pénale internationale qui a
produit des principesnouveauxde droit pénal et qui modifient fondamentalement
notre droit pénal.
3) Le caractère mondialiste,international et en mêmetemps actuel de cette
incriminationproduit un effet non-désiré dans la perceptionde cette infraction
ou encore un effet contre imputif (c'est-à-dire on veut quelquechose mais cette
chose produit des effets divers dont certains échappent à votre contrôle). Ces
effets contre imputifs sont :
- une sorte de banalisation, de prostitution,de récupérationpolitiquede la
qualification, une sorte de confusion de la perception proprement juridique et
pénal de cette incriminationet de l’utilisationpolitiqueque fiat l’hommepolitique
de cette perception.
Ex. depuis les événementsdu 11.09.2001, il y a un mouvementnouveauqui consiste
à banaliser l’acte de terrorisme sans que l’on se demande quel est le sens
juridique, pénal du terrorisme.
4) Par conséquent,il est important en tout cas pour le juriste de se mettre à
l’abri de ce type de banalisationen comprenantexactementce qu’il faut entendre
par « crimes contre l’humanité ».
5) Cet intérêt réside dans l’objet des crimes contre l’humanité c'est-à-dire
quel est ce qui peut être considéré comme l’élément matériel du crime contre
l’humanité ? Ce qu’il faut releverà ce stade au regard de cet objet c’est l’élément
axiologiquedu crime contre l’humanité c'est-à-dire quelle est la valeur que
protège, que défend cette incrimination, infraction ?
La réponse est la protectionde l’humanité (non seulementl’existenced’une seule
personne ou sa vie).
Humanité: Ce qui caractérise le genre humain.
Ce sont toutes les valeurs qui définissent et caractérisent l’être humain, ses
dons (artistiques, scientifiques), ses sentiments, sa personnalité, son âme, sa
sensibilitémorale, … bref, un ensembledes valeurs matérielles ou immatérielles,
intangibles, échappant à toute évaluation, estimation d’ordre commercial,
pécuniaire …
Ces valeurs sont intangibles c'est-à-dire elles sont intrinsèques à toute
personnehumaine,tout individuindépendammentde sa race, de sa personnalité,
de sa religion, de ses croyances, de sa tribu, cela signi
fie que :
1. noussommeschacun de nousl’humanité, nousreprésentonsà l’intérieurde
nous toutes les valeurs précitées de l’humanité c’est cet individu perçu
comme humanité concentrée en un être que la loi pénale protège par
l’infraction des crimescontre l’humanitéet non seulementla vie d’un seul
individu ;
2. l’humanitén’a ni commencementni fin, nous sommeslimités et dans notre
limititudenoussommesillimitésparce que noussommesl’humanité(chaîne
des valeursinfinies). Doncce qu’onfait en tant qu’être humain,on le doit à
d’autres ; on a donc l’obligationd’enrichiraussi à notre tour l’humanitéau
profit des autres. L’humaniténe s’arrête pas seulementau niveaude la vie,
elle va bien plus loin que cela. A ce titre chacun de nous est le patrimoine
de l’humanité.
La vie est une valeur qui caractérise l’humanité mais elle n’est pas la seule
valeur. L’humanitéest en même temps une valeur individuelleet collective. C’est
elle que l’infraction des crimes contre l’humanité protège.
Alors le droit pénal considère, met l’accent sur tout ça, fait retombertout ça
par terre ; en prescrivantl’imprescriptibilité(en 1968) du crime contre l’humanité
le droit pénal voit l’in
finitude de l’humanité.
Cette imprescriptiontient au caractère infini de l’objet qui est protégé par
cette infraction.
Lorsqu’unindividu commet un crime contre l’humanité sur un seul autre
individu, il le commet sur toute l’humanité entière, pas seulement sur cet autre
individu. Cette notion psychologiquede l’humanité reçoit en droit pénal des
applications pratiques.
Qu’entend-on par crimes contre l’humanité ?
La notionjuridique des crimescontre l’humanitéest dans notre droit définie
dans les articles 161 et ss. Du nouveau code pénal militaire.
- Il faut savoirqu’en droit congolaisla base légale des crimes de guerre et
crimes contre l’humanité se trouve dans le code pénal militaire. Le code pénal
ordinaire ne prévoit pas cette incrimination.
- L’autrebase légale du crime contre l’humanitédans notre législationest le
statut de Romequi a été ratifié par notre République.Il y a un projet de texte de
loi déjà élaboré (loi de mise en œuvre au statut de Rome) qui adopté notre
législation au statut de Rome.
Cette définition est un exercicequi nous amène à confronter les dispositions
de la loi nationale et internationale. Car cela vient du droit international pénal
(pas du droit pénal international).
Différence entre le droit international et le droit pénal international
Droitinternationalpénal: c’est du droit international c'est-à-dire ce sont
des règles coutumièresou conventionnellesconstituéesau niveau des entreprises,
qui comportent des incriminationsou des sanctions pénales, ou qui régissent
certaines situations spécifiques en leur attachant des sanctions pénales imposées
par toute la communauté internationale.
Droit international pénal : branche du droit pénal apparue récemment et
encore très imparfaitement élaborée. Il s’agit de la répression des infractions
commises dans les rapports entre Etats et notamment à l’occasion des guerres.
Cfr. « droit pénal général et proc. pén. » G. Levasseur et autre, e13
éd., 1998, 381 p.
Droit pénal international : c’est du droit pénal.
Droit pénal interne qui régit des situations d’extranéité pénale c'est-à-dire
situation où soit l’auteur est étranger à l’Etat d’où émane la loi ou l’acte qui a été
commisest commisà l’extérieur de l’Etat mais qui engage, porte préjudice aux
intérêts de l’Etat.
Ex. Règles relatives à l’extradition sont d’abord prévus dans le code pénal de
chaque pays : droit pénal interne.
C’est dans les statuts des tribunaux militaires de Nuremberget de Tokyo
(1948) qu’on a retrouvé la quali
fication des crimes contre l’humanité.
A la fin de la 2e guerre mondiale, les notions ont observéesqu’il y a eu des
crimes très graves qui ont porté atteinte à l’humanité, au droit international.
Pendant 12 ans (1933) Hitler, ayant considéré sa conception de la race
aryenne, avait commis des crimes graves portant atteinte à des personnes
humaines.
Face à cela, les notionsont considéréque ces crimesétaient innommables.Il
a fallu leur donner un nom : crime contre l’humanité. En 1948, le statut de Rome
(de la cour pénal I) a défini enfin les crimes contre l’humanité.
Crimes contre l’humanité: l’un quelconquedes actes ci-après lorsqu’il est
perpétré dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématiquedirigée contre
une population civile et en connaissance de l’attaque :
a) le meurtre ;
b) l’extermination ;
c) la réduction en esclavage ;
d) la déportation ou le transfert forcé des populations ;
e) l’emprisonnementou autre formes de privation grave de
liberté physiqueen violationdes dispositionsfondamentales
du droit international ;
f) la torture ;
g) le viol, l’esclavage sexuel, la prostitutionforcée, la grossesse
forcée et les autres formes de violencesexuelle de gravité
comparable ;
h) la persécution de tout groupe ou de toute collectivité
identifiable inspiréepar des motifs mêmed’ordre politique,
racial, national, ethnique, culturel, religieuxou sexiste ou
sur d’autres critères universels reconnus comme
inadmissiblesen droit international, en corrélation avec
tous actes visés ici ou tout crime relevant de la compétence
de la cour ;
i) les dispositions forcées ;
j) le crime d’apartheid ;
k) d’autres crimes inhumainsde caractère analogue causant
intentionnellement de grandes souffrances ou des
atteintes gravesà l’intégrité physiqueou à la santé physique
ou mentale.
La spéci
ficité, particularité des crimes contre l’humanité
Cette spécificité doit être analysée au regard des infractions qui lui sont
voisinesentre autre les crimes de guerre et les crimes contre la paix. Il faudrait
également analyser le rapprochement des crimes contre l’humanité avec le
génocide :
a) distinction entre crimes contre l’humanité et crimes de guerre ;
b) et distinction avec les crimes contre la paix.
On note un certain nombredes convergenceset divergencesentre les crimes
contre l’humanité, crimes de guerre et crimes contre la paix.
Les crimesde guerre s’entendent comme toute infraction aux lois de la
Républiquequi ne sont pas justifiées par les lois et coutumesde la guerre. Ce sont
des comportement,attitudes, agissements commissous le prétexte de la guerre
mais qui ne sont pas justi
fiés par les lois et coutumes de la guerre.
Que ces agissementssoient le fait des militairesou civils, militairesennemis
ou rebelles, peu importe du momentqu’il s’agisse des personnesengagées dans un
belligéranceet de leurs actes ne se justifient ni par les lois de la République,ni par
celles de la guerre.
Q/ Est-ce que la rébellionconstitue-t-elle du fait qu’elle viole les lois de la
République, un crime de guerre ?
R/ Il faut donner une réponsenuancée du fait que la rébellionest, dans le
cadre du droit de l’unité africaine, prohibéepar les conventionset actes pris par
l’OUA à l’époque et qui sont encore en vigueur aujourd’hui.
C’est un acte qui entre dans l’ordre juridique internationalafricain. Maisces
actes ne qualifient pas la rébellion comme un crime de guerre. Ce qu’il faut
qualifier commecrimesde guerre ce sont des comportements,agissementsqui sont
en violation,pendant ces hostilités, à la liberté. Il importe d’analyser la rébellion
et le mercenariat.
Quelle est la nature juridique du mercenariat en tant qu’infraction ? Est-il
un sabotage ? D’oùla nécessitéde dégager le statut politique,juridique et pénal de
la rébellion et du mercenariat dans nos pays.
Avec la cour pénale internationale la communautéinternationale donne la
primautéde la répressiondes crimescontre l’humanitéà chaque entreprise ayant
signé le statut de Rome. Seulement quand une entreprise se montre défaillant
(incapable, impuissant …) que la cour pénale internationale prend la relève.
A retenir des crimes de guerre
Ces agissementsconsistent à la violationdes normesinternationales sous la
conduite des hostilitésc'est-à-dire à l’heure actuelle on ne peut pas conduireune
guerre n’importe comment en utilisant n’importe quel procédé ; la guerre est
réglementée.
D’oùla nécessitéde connaître ces normesinternationales,savoirce qu’onfait
et ce qu’onne fait pas. C’est pourquoiles USA cherchent à se dégager du statut de
Rome parce qu’ils estiment que c’est dif ficile d’observer, en temps de guerre
certaines normes.
La conduite des hostilitésest aujourd’hui réglementée par un ensembledes
règles. Droit de la Haye.
Droit vers la guerre réglemente les conditions dans lesquelles on peut
s’engager à la guerre.
Jus ad belum
Jus in belo : réglemente la conduite pendant la guerre.
C’est la violationdu jus ad belumet du jus in belo qui constituent les crimes
de guerre.
Convergence
Dans les 2 cas, il s’agit d’actes gravesse commettantà l’occasionde la guerre
ou sous le prétexte de la guerre.
Divergences
a) Elles tiennent aux circonstances de temps de la commission de l’infraction.
Crimes de guerre : en temps de guerre
Crimes en temps de paix : période d’absence de guerre
Crimes contre l’humanité : en tout le temps de paix ou de guerre
b) Divergences au niveau du contenu de ces infractions.
Les Crimesde guerre: apparaissent commeune infraction dont le contenu
est de géométrie variable c'est-à-dire contenu défini par 3 cercles :
1er cercle : infractions aux lois de la Républiquenon justifiées par les lois et
coutumes de la guerre.
2e cercle : les infractions aux lois de la Républiquenon justifiées par d’autres lois et
coutumes de la République.
3e cercle : infractions ou actes prohibéspar tous textes internationauxen matière
de droit de l’homme, droit humanitaire ou droit de la guerre.
Les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité
A l’heure actuelle, ils ne sont pas encore définis, ils s’agit de violationdu Jus
ad belum les entreprises ne sont pas encore mis d’accord pour donner une
définition définitive à ces crimes.
Actes constitutifs des crimes contre l’humanité
Deux problèmes :
a) de compétence et
b) de responsabilité pénale.
* Quelle est la juridiction compétente ?
R/ Ce sont les juridictionsmilitaireset juridictionsde droit communsur pieds
de la ratification du statut de Rome en attendant la loi de mise en œuvrede ce
statut.
* Responsabilité pénale
Q/ Quelle est la responsabilité de l’entreprise en matière de crimes de
guerre, crime contre l’humanité ?
Ce sont les entreprisesqui mettent en œuvredes moyensqui conduisentà des
violations mais les entreprises ne sont pas pénalement responsables.
« La société ne peut délinquer »
« Societas delinquere non potest ».
Naturellementce principene fait pas l’unanimitédans la doctrine. Certains
sont pour et d’autres sont contre. Entre les 2 composantes(pour et contre) il y a
ceux qui disent « societas delinquere potest sed puniri non potest » c'est-à-dire
« la société peut délinquer mais ne peut être punie ».
INSTITUTIONS OU NOUVELLES QUALIFICATIONS PÉNALES VOISINES AUX CRIME
CONTRE L’HUMANITÉ
1. LE CRIME CONTRE L’ESPECE HUMAINE
C’est une nouvelle qualification qui vient réprimer les atteintes au génome
humain en particulier le clonage.
Ce crime n’est pas en réalité un crime contre l’humanité mais en est voisin, proche.
Q/ Comment réprimer les atteintes au génome humain ?
C'est-à-dire les atteintes à ce qui fait qu’une personnehumaineconstituée
par un certain patrimoine de gênes.
Suite au phénomènede clonage, les législateursde certains pays ont pris en
considérationl’accélérationbioéthiqueet ont décidé à réprimerle clonage humain
car il porte atteinte à l’espèce humain.
A présent, essayonsd’entrer plus en détail dans les infractions constitutives
des crimes contre l’humanité.
2. LE GENOCIDE
Il apparaît commeun type particulier de crime contre l’humanité, c’est lui
d’ailleurs qui est le plus connu.
Définition: destruction totale d’un groupeethnique, religieuxou politique.Il
est réprimé par notre code pénal militaire et on recourt aussi au statut de Rome
(ratifié par notre pays) pour trouverla base légale de la répressiondu génocide. A
l’époquedu Congobelge, en 1952, notre pays a adhéré à une conventioncontre le
génocide (1948).
Le génocide est un crime du droit des gens, donc crime du droit
international. Il faut donc toujours analyser le génocide de crime recourant aux
textes internes et aux instruments internationaux sur cette question.
Le génocide apparaît également commele plus grand crime que l’humanité
n’ait jamais connu parce qu’il s’agit de détruire toute une partie des humains.
C’est un crime qui nie, qui anéantit l’humanité. Cette infraction a eu ses
lettres de noblesseà l’occasionde la 2e guerre mondialeavec les atrocités exercées
par le Nazi à l’égard des juifs (extermination, fours crématoires, …).
Ce crimefait parler de lui aujourd’hui notammentsur le terrain de la guerre
en ex-Yougoslavie (épuration ethnique) et au Rwanda étalement (1994) avec
l’assassinat du Prés. ABIARIMANA.
Face à cela, il est apparu des tribunaux pénaux internationaux ad hoc
(tribunal pénal pour le Rwanda = Arusha …) car cette infraction de génocide est
une infraction du droit international.
Le pays qui réprimecette infraction le fait au nom de toute la communauté
internationale.
On peut donc comprendrel’évolutionque le droit international a eu en cette
matière avec le statut de Rome. Celui-ci opère une révolutionen matière de
répression du génocide et aussi tous les actes graves.
Ce renversement consiste dans le fait que désormais la responsabilité
principaleen matière de préventionet de répressionde ces infractions appartient
à l’Etat agissant pourle comptede tous les Etats qui ont ratifié le statut de Romeet
qui sont représentatifs de la communautéinternationale. C’est dans ce sens qu’il
faut comprendre le principe de la coopération, de la complémentaritéet de
subsidiarité.
Principede coopération : les Etats en cette matière coopèrentaussi bien à la
préventionqu’à la répressionde ces infractions graves. Pourpréveniret rechercher
les auteurs éventuelsde ces infractions et de les sanctionner.Le statut de Romea
institué la compétenceuniversellec'est-à-dire que les juridictions répressivesde
tout Etat sont compétentes de réprimer ces infractions où qu’elles se soient
commiseset par quelquespersonnesqui les auraient commisesdu momentoù les
personnes se retrouvent sur le territoire de ces Etats.
Avant l’avènement du statut de Rome, les juridictions étaient divergentes
sur la question. Il y a failli y avoir même un désordre.
Cette compétenceuniversellen’est pas du type sauvage (belge avec Yerodia)
mais consacre au nom du principe de la subsidiarité que la cour pénale
internationale n’intervient qu’en cas de défaillance des juridictions locales. La
cour pénale internationale apparaît donc commeune juridiction subsidiairemais
très attentive à ce que font les juridictions pénales nationales.
Les juridictions internes agissent en complémentaritéavec les juridictions
nationales d’autres Etats signatairesdu statut de Romeet en synergieavec la cour
pénale internationale. Elle peut donc traiter directement avec les instances
judiciaires locales comme si elle faisait partie du système judiciaire national.
La consommation du génocide requiert l’assemblage de 3 éléments
constitutifs, mis à part l’élément axiologique de cette infraction.
1. l’élément matériel : qui caractérise les actes de génocide
2. l’élément moral : constitue dans l’intention de détruire toute partie de
groupeshumainsou une seule victime : groupe ethnique, racial, national
ou religieux.
1. Elément matériel
Il se caractérise par un acte de destruction des membresd’un groupeou de
persécution des entités humaines.
Cette destruction ou persécution peut s’opérer de 3 manières :
1) Liquidation physique, génocide physique qui se commet par meurtre,
assassinat, empoisonnementvoire la soumissiond’un groupe à des conditions
susceptibles d’entraîner son extermination, sa disparition.
Ex. Rwanda 1994.
2) Le génocide biologiquequi supposel’étouffement lent du groupe soit en
limitant soit en empêchant la reproductionpar des mesures de transfert forcé
d’enfants du groupeou par la mise en œuvred’un processusde propagationd’un
virus mortel au sein d’une population donnée en vue de l’éliminer.
Ex. : époque de l’apartheid.
3) L’éliminationprogressivedes caractéristiques ethniques et culturelles:
génocide culturel ou intellectuel.
Ex. : suppression ou limitation de l’emploi des langues, destruction
systématiquedes archivesd’un peuple, des valeurs artistiques et culturelles d’un
groupe.
Un certain nombred’interrogationpeut être soulevéen parlant du génocide
physique :
Est-ce que toute extermination des personnes constitue un acte de
génocide ?
Ex. en temps de guerre, une unité entre dans un village et l’extermine.
R/ Il ne suffit pas d’une extermination des personnes pour qu’il y ait
génocide. C’est simplement une indication susceptible d’envisager le génocide.
Cette extermination doit être confortée par d’autres éléments pour qu’elle
constitue un génocide. Il faut que l’exterminationporte sur un groupe identifié
comme homogène pour que l’on puisse éventuellement envisager de retenir
l’infraction de génocide.
Ex. : cas de génocide biologique.
Naissance contrôlée. S’agit-elle d’une pratique d’entrave aux naissances ?
Ces mesures ne s’appliquent qu’à un groupe déterminé des personnes. Et si ces
personnes étaient toutes pauvres, peut-on parler de génocide ?
Non , car le texte de base parle de groupe ethnique, politique, religieux.
On peut parler peut être des crimes contre l’humanité.
Ex. : cas de génocide culturel.
Le fait d’imposer aux écoles et universités la langue française est-il
matériellement considéré commeun crime de génocide dans la mesure où cette
impositionpeut détruire certains groupes linguistiqueset par là des groupes
ethniques ?
C’est l’élément moral qui permettra d’af firmer qu’il s’agit d’un acte matériel
caractéristique du crime de génocide.
C’est qui est important dans le crime de génocide est l’élément moral.
2. L’élément moral
Il consiste dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe
d’humains. C’est un dol (volonté) spécial qui consiste à éliminer, exterminerune
race, une religions, une ethnie.
C’est en l’animus occidendi (esprit de détruire) que consiste le dol spécial.
Peut importe qu’il s’agisse d’une intention préméditée ou non du moment qu’il
s’agisse d’un animus nocardi.
Jusqu’à quel nombrepeut-on dire qu’il s’agit du génocide ? Est-ce que si on
tue une seule personne c’est un génocide ?
R/ Oui, car chacun de nous est l’humanité.
Puisqu’ils’agit de génocide, c’est lorsqu’ontue la personnenon pas par rapport à
elle-même mais par rapport à ce qu’elle est, membre d’un groupe.
Doncon peut être poursuivipour génocide alors qu’ona commisun seul acte
d’extermination.Il n’y a donc pas de seuil quantitatif. Ce qui est déterminant c’est
l’animus occidendi et la considérationde la victime de l’infraction. La première
victime c’est le groupe (ethnique, politique ou religieux) auquel appartient la
victime physique.
D’où la dif ficulté des criminalistes de qualifier le crime contre l’espèce
humain,l’atteinte au génomehumainet les manipulationsgénétiquesconsistanten
la reproduction humaine.
Ici, il ne s’agit pas de l’animus occidendi. On se trouve donc devant une
nouvelle quali
fication : infraction de bioéthique
.
Il y a d’autres actes inhumainsqui entrent dans le cadre des crimescontre
l’humanité mais qui ne peuvent être considérés comme génocide :
3. empoisonnement des eaux, aliments ;
4. mise à mort par représailles ;
5. l’emploides populationscivilesou prisonniersde guerrepourprotégerdes
militaires, bouclier humain ;
6. soumission des civils au travail obligatoire en temps de guerre ;
7. déportation des personnes, sévices, tortures ;
8. détention et séquestrationdes personnestoujours dans l’idée de porter
atteinte à l’humanité et non à la personne humanité ;
9. les atteintes sexuelles à l’endroit des femmes ou des hommes ;
10. cas d’anthropophagie.
Il est curieuxque dans cette énumérationdes actes constitutifs des crimes
contre l’humanité, dans les textes internationaux, on n’ait pas cité
l’anthropophagie, alors que celle-ci trouve là-bas sa place.
Doncl’anthropophagieest un crime contre l’humanité du momentqu’elle est
appliquée sur un groupe des personnes (ex. sur les pygmées).
Il y a génocideaggravési donc ces actes d’anthropophagies’appliquentà des
populations ciblées par rapport à leur groupe d’appartenance.
Définition : anthropophagie
: toute consommationd’une partie du corps
humain peu importe le mobile de l’agent, même s’il s’agit pour lui que de s’en
nourrir.
C’est une infraction qualifiée dans notre droit dans l’article 62 du code
pénal. Le législateur avait à l’époqueréprimél’anthropophagiecommeparticipant
aux actes périphériques de la sorcellerie ou du fétichisme.
C’est ainsi qu’on retrouve cette infraction à côté des pratiques barbares et
épreuves superstitieuses.On ne la retrouve qu’en droit congolaiset pas en droit
français et belge.
Empoisonnement des eaux
(art. 170 du code pénal militaire)
L’empoisonnementdes eaux ou des denrées consommables,tout dépôt,
aspersionou utilisationdes substancesnocivesdestinées à donner la mort en temps
de guerre ou à l’occasion d’une opération de police …
Dans cet article l’empoisonnement est un moyen de combat prohibé.
Il consiste par exemplepour l’ennemi à aller à la source d’une quelconque
rivièreet y déposer le poisonde façon à empoisonnerl’eau et donc à mortifier tout
être (animal et végétal) qui serait en contact avec cette eau.
C’est un crime contre l’humanité et en même temps un crime de guerre.
L’acte de terrorisme : art. 157 du code pénal militaire : constitue une
infraction dans notre législation.
L’infraction du génocide (art. 164 code pénal militaire) « meurtre des
membres du groupe, atteinte grave ».
TABLE DES MATIERES
Avant-propos
Introduction
1. Rappel de quelquesdéfinitions
5
2. Droitpénal spécial et droit pénal général
6
3. Rôle du droit pénal au sein du droit criminel
9
4. Rapport entre le droit pénal général et le droit pénal spécial
12
5. Spécificité du droit pénal
6. Naturejuridique du droit pénal spécial
15
7. Intérêt de l’étude du droit pénal spécial
17
8. Sourcesdu droit pénal spécial
17
9. Méthodologiedu droit pénal spécial
18
10. Technique du droit pénal spécial : la quali
fication des faits et
l’interprétationde la loi pénale
20
11. Contenu du cours
1ère Partie : Desinfractions contre les personneset leurs droits particuliers
35
Chapitre I : L’homicide volontaire
Section1 : L’infractionde meurtre
37
Section2 : L’infractiond’assassinat
40
Section3 : L’infractiond’empoisonnement
42
Section4 : L’homicidedu fait de la sorcellerie
44
ChapitreII : Les coupset blessuresvolontairessimplesou aggravés
48
Section1 : Voiesde fait ou violenceslégères
48
Section2 : Coupset blessuresvolontairessimples
49
Section3 : Les coupset blessuresvolontairesprémédités
51
Section4 : Les coupset blessuresvolontairesaggravéspar un préjudice
52
Chapitre III : Les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort :
l’homicidepréterintentionnelou coupsmortels
53
Chapitre IV : L’administration volontaire des substances pouvant donner
la mort ou pouvantgravementaltérer la santé
56
ChapitreV : L’homicideet les coupset blessuresinvolontaires
58
ChapitreVI : Les infractions contre les droits individuelsdes particuliers
71
Section1 : L’arrestationarbitraireet la détention illégale
71
Section2 : La violationdu domicile
74
Section3. Les imputationsdommageablesou diffamation
76
Section 4. L’injure
Section5. La dénonciationcalomnieuse
80
Section6. La liberté des cultes
82
Chapitre VII : Le délit de presse
Section1 : L’universalitéet la diversitédu délit de presse
87
Section2. L’unitédu délit de presse
93
2ème Partie : Les infractions contre l’ordre des familles : le droit pénal de la famille
96
Sous-titre 1 : Le droit pénal de la famille dans les relationsentre époux
98
ChapitreI : L’entréeen mariage
99
Section1 : La garantie de la liberté du mariage
99
Section2. La répressiondes conditionsde fond du mariage
107
Section3. La répressiondes conditionsde forme du mariage
128
ChapitreII : La vie conjugale
134
Section 1. La protection pénale contre les atteintes aux devoirs matériels
et morauxde la famille
134
Sous - titre 2 : Le droit pénal de la famille dans les relations entre parents et
enfants 155
Chapitre I : Procréation et droit pénal ou la protection
virtuelle de l’enfant 156
Section1. La protectionde la natalité
156
Section2. L’avortement
160
ChapitreII : Les atteintes physiquesdans les relations entre
parents et enfants 164
Section 1.L’enfant nouveau-né
165
Section2. L’enfant mineur
169
ChapitreIII : Les atteintes a la moralité, la pudeur et l’éducation
sociale de l’enfant 171
Section 1. La protection de la moralité et de la pudeur de
l’enfant 171
Section2. La protectionde l’éducationsocialede l’enfant
175
Sous-titre 3 : Le droit pénal de la famille et la sûreté de l’institutionfamiliale
180
ChapitreI : La protectionde la vie familiale
181
Section1. L’ingérencedu droit pénal dans la vie de famille
182
Section 2. La prudence du droit pénal dans la vie de
famille 184
Chapitre II : La protection pénale de l’institution familiale
203
Section 1. Les règles générales de la protection pénale de
l’institution familiale 203
Section 2. Les infractions particulières dirigées contre
l’institution familiale 208
3ème Partie : Les infractions contre la propriété(biens)
218
4ème Partie : Les infractions contre la foi publiqueet l’ordre public
231
ChapitreI : Les infractions contre la foi publique
231
Section1. Le faux en écritures
231
Section2. L’usagede faux
233
ChapitreII : Les infractions contre l’ordre public
234
Section1. De la corruption
234
Section2. De l’offense au Chef de l’Etat
241
Section3. Procédurede répression
248
5ème Partie : Les infractions contre la chosepublique
250
ChapitreI : Les infractions contre la foi publique
250
Section1. Le faux témoignageet le faux serment
250
Chapitre II : Les infractions contre l’ordre public
253
Section1. Le détournementdes deniers publics
253
Section 2. La concussion
Section 3. La corruption.
ChapitreIII : Les infractions contre la sécurité publique
261
Section1. Association des malfaiteurs
261
Section2. Les menacesd’attentat
262
6ème Partie : Les atteintes a l’humanité
265