Introduction aux Équations aux Dérivées Partielles
Introduction aux Équations aux Dérivées Partielles
3
4 TABLE DES MATIÈRES
Les équations aux dérivées partielles sont aux fonctions de plusieurs variables ce
que les équations différentielles sont aux fonctions d’une variable réelle. Elles ex-
priment, sous forme d’égalités, des relations que doivent satisfaire les dérivées par-
tielles d’une certaine fonction inconnue u de plusieurs variables afin de décrire un
phénomène physique, satisfaire une propriété prescrite, ...etc ... Quand on s’intéresse
à une application donnée, on est très vite amené à faire la dictinction entre les EDPs
stationnaires (où toutes les variables jouent un rôle équivalent) et les EDPs d’évolu-
tion (où une des variables joue un rôle privilégié : le temps). On rencontre de telles
équations dès qu’on s’intéresse à des questions de modélisation : en physique, en
électromagnétisme, en mécanique du solide et des fluides bien sûr, mais aussi en bio-
logie, en chimie, en économie, en finance... On y est naturellement confronté quand
on s’intéresse à des problèmes de calcul des variations ou plus généralement d’op-
timisation. Savoir manipuler des équations aux dérivées partielles fait de nos jours
partie du quotidien de l’ingénieur.
Nous avons l’habitude de classer les équations aux dérivées partielles en trois grandes
classes fondamentales d’équations : les équations elliptiques (qui servent typique-
5
6 TABLE DES MATIÈRES
ment à décrire des phénomènes d’équilibre en physique) pour les problèmes sta-
tionnaires, les équations paraboliques (qui permettent de décrire des phénomènes
de diffusion) et les équations hyperboliques (qui permettent de décrire les phéno-
mènes de propagation) pour les problèmes d’évolution. C’est cette dernière classe
d’équations qui fera l’objet de ce cours. Les deux autres catégories seront abordés
dans deux cours de deuxième année sur la méthode des éléments finis : les équations
elliptiques dans le cours MA201 et les équations paraboliques dans le cours MA206.
Dans ce cours, nous abordons les problèmes linéaires et non linéaires que nous trai-
terons par le biais d’une équation modèle. Pour les équations hyperboliques linéaires,
ce sera l’équation de transport (Chapitre 1). Pour les équations hyperboliques non li-
néaires, enfin, ce seront les lois de conservation scalaires dont le prototype est l’équa-
tion de Burgers (Chapitre 3). Par souci de simplicité, nous nous limiterons la plupart
du temps à la dimension 1 d’espace.
Rares sont les situations réalistes pour lesquelles on sait calculer une solution ana-
lytique à la main. Pour aller plus loin dans la connaissance fine et « quantitative »
des solutions d’une EDPs (dont l’analyse mathématique ne fournira en général que
l’existence d’une solution, voire l’unicité et quelques propriétes qualitatives), l’ingé-
nieur sera amené à se tourner vers l’utilisation de méthodes numériques pour cal-
culer une solution approchée. Le second objectif du cours est d’introduire le lecteur
à la méthode de discrétisation la plus classique (et la plus simple) : la méthode des
différences finies qui est la « mère » des méthodes de discrétisation plus élaborées
telles que les méthodes d’éléments finis, de volumes finis ou de Galerkin discontinu
(qui seront abordées plus tard dans le cursus). La mise en oeuvre de ces méthodes
est en général simple. Leur théorie ne l’est pas forcément et un des buts du cours est
d’aborder - dans le cas des différences finies - les aspects théoriques des méthodes
numériques, ce que l’on appelle l’analyse numérique. Nous introduirons en parti-
culier les concepts de consistance, de stabilité et de convergence et les liens étroits
entre ces trois notions. Le lecteur exigeant pourra s’offusquer de voir que nous avons
choisi la plupart du temps de présenter et analyser les méthodes numériques sur les
cas simples pour lesquels on saurait par exemple calculer la solution à la main. A
nouveau, le but est pédagogique : il est bien clair qu’une méthode numérique doit
bien marcher dans ces cas simples si on veut avoir une chance qu’elle marche dans
les cas compliqués. Par ailleurs, sur ces cas simples, on arrive assez facilement à ob-
tenir des résultats d’analyse numérique précis.
Signalons qu’il y a des connections fortes entre ce cours et d’autres cours de Mathé-
matiques de 1ère année, en particulier le cours MA102 sur les outils fondamentaux
d’analyse et le cours AO102 sur la théorie des équations différentielles ordinaires,
dans lesquels le lecteur trouvera les prérequis nécessaires pour appréhender aisé-
ment le contenu de ce cours.
Chapitre 1
Introduction à la théorie et
l’approximation des problèmes
hyperboliques linéaires
Ici le scalaire c(x, t) est donné : c’est par définition la vitesse de propagation associée
à l’équation, au point x à l’instant t. On comprendra plus loin cette dénomination.
Cette équation qui peut sembler très simple pose des difficultés numériques consi-
dérables, elle est toujours l’objet de recherches actuellement (il s’agit notamment de
savoir calculer la solution sur des temps très grands). Par ailleurs, couplée à d’autres
équations, elle pose des difficultés théoriques également.
7
8 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
F (x, t) = c u(x, t)
Dans le cas de la mitose cellulaire, il est naturel de choisir d(x) =χ {x>x0 } 1 (disparition
des cellules qui se divisent) et b(x) = 2χ {x>x0 } (la mitose donne naissance à deux cel-
lules identiques).
qu’on peut voir comme une équation de transport linéaire vectorielle où la solution
est à valeurs dans R2 . C’est en fait un premier exemple de système hyperbolique li-
néaire tel que nous les définirons plus loin.
Ainsi au repos, la corde occupe un intervalle [a, b]. Sous l’action d’une force normale
d’intensité f (dans le cas de la corde de piano) ou d’un écart de sa position d’équi-
libre u0 (écart de position) et u1 (écart de vitesse), la corde se déforme. Si on appelle
u(x, t) le déplacement latéral de la corde au point x à l’instant t, les variations de u
sont décrites par les équations :
∂2u ∂2u
− 2 = f, pour t ∈ R+ , x ∈ [a, b],
∂t2 ∂x
u = 0 en x = a et x = b
u(x, 0) = u0 (x), pour x ∈ [a, b],
∂
u(x, 0) = u1 (x), pour x ∈ [a, b].
∂t
On montre que dans le cas d’une peau de tambour par exemple, le déplacement
f (x, t)
a b x
u(x, t)
normal de la peau vérifie également une équation des ondes, la seule différence est
que la position x est dans un domaine de R2 .
E XEMPLE 1.1.5 (ACOUSTIQUE LINÉAIRE )
Le son est en fait une conséquence d’un mouvement matériel d’oscillation : une
corde qui vibre ou la membrane d’un haut-parleur par exemple. Cette vibration pro-
voque un mouvement des atomes l’avoisinant qui va se déplacer de proche en proche
1.1 Exemples de modèles hyperboliques 11
sous forme d’onde de pression. La vélocité du son varie suivant le milieu dans lequel
il se propage. Le principal facteur est la densité de ce milieu : dans un gaz, sa vitesse
est plus faible que dans un liquide. Par exemple, le son se propage approximative-
ment à 340 m/s dans l’air à 15◦ C, et à 1500 m/s (5400 km/h) dans l’eau.
∂2E 1
ε + rot (rot E) = 0
∂t2 µ
où, au moins pour définir une solution classique (voir plus loin), on suppose que
la donnée initiale u0 est une fonction de classe C 1 (on peut admettre une régularité
moindre, par exemple u0 ∈ L∞ ou u0 ∈ L2 , avec le concept de solution faible - voir
remarque 1.2.3).
L’hypothèse sur la régularité du coefficient c(x, t) est plus fondamentale. Nous sup-
poserons que c(·, ·) est une fonction continue de x, t ∈ R × R i. e. c ∈ C 0 (R × R) (nous
autorisons le temps à être négatif ) lipchitzienne en x, uniformément par rapport à t :
Pour simplifier un peu les aspects techniques des démonstrations, nous travaillerons
avec l’hypothèse légèrement plus forte suivante :
R EMARQUE 1.2.2
Rappelons que, le fait que x → c(x, t) soit lipschitzienne entraîne (c’est un résultat
non trivial de théorie de la mesure) que la dérivée au sens des distributions
∂c
,
∂x
est une fonction L∞ . En ce sens les hypothèses (1.4) et (1.5) sont très proches.
1.2 La méthode des caractéristiques pour l’équation de transport 13
D ÉFINITION 1.2.1
On dit que u est une solution classique de l’équation (1.3) si c’est une fonction C 1
de x et de t et si elle satisfait (1.3) point par point.
Dans ce qui suit, nous allons montrer que le problème (1.3) admet une unique so-
lution classique et que celle-ci peut être construite par la technique des caractéris-
tiques.
Par définition, les droites Dλ sont la famille des droites caractéristiques de (1.3). Par
tout point (x, t), passe une droite caractéristique et une seule
n o
D(x, t) = (y, s) ∈ R × R / (y − x) − c(s − t) = 0 .
alors que si on fixe t par exemple, l’ensemble des droites caractéristiques D(x, t) forme,
quand x décrit R, un ensemble de droites parallèles disjointes qui remplissent le plan.
[
D(x, t) ∩ D(x′ , t) = ∅ pour x 6= x′ , D(x, t) = R2 . (1.8)
x∈R
La solution u de (1.3) étant, si elle existe, constante le long de D(x, t), cette solution
est nécessairement donnée par :
A posteriori, on vérifie que la solution donnée par (1.9) est bien solution de (1.3).
u0 (x) u(x, t)
t=0 t>0
x x
Droites caractéristiques
(a) Condition initiale (b) Construction de la solution à l’instant t
F IGURE 1.2 : Méthode des caractéristiques pour l’équation du transport
T HÉORÈME 1.2.1
Le problème admet une unique solution classique u ∈ C 1 (R × R+ ) donnée par
(1.9).
constante c (voir figure (1.2)). Ceci justifie le fait que l’on appelle le coefficient c vi-
tesse de l’équation de transport.
ce qui signifie que l’application linéaire S(t) : u0 7→ u(·, t) est une isométrie dans
tous les espaces Lp . On a donc aucun effet de dissipation.
alors
F (f ∗ g) = fˆ ĝ.
Enfin, nous rappelons les propriétés de la transformation de Fourier vis à vis des
gaussiennes et d’un changement d’échelle
2
− k2 F −1 2
− x2 F −1 1 x
e −−→ e et b(ak)
u −−→ u (a ∈ R),
a a
et finalement des translations (a ∈ R)
∀ f ∈ L2 (R), τa f (x) = f (x + a) =⇒ F τa f (k) = eika F f (k). (1.10)
• On a en particulier
u(k, t)| = |û0(k)|.
|b
Grâce au théorème de Plancherel, on retrouve la conservation de la norme L2 .
• On a également
b ∆t) u
b(k, t + ∆t) = S(k,
u b(k, t), b ∆t) = e−ick∆t .
S(k, (1.11)
b ∆t)
Le coefficient d’amplification complexe S(k,
d ∂u ∂u
U ′ (s) = u X(s), s = X(s), s + X(s), s X ′ (s).
ds ∂t ∂x
18 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
L’hypothèse (1.4) est précisément l’hypothèse qui nous permet d’appliquer le célèbre
théorème de Cauchy-Lipschitz relatif à la résolution des équations différentielles or-
dinaires :
L EMME 1.2.2
Pour tout (x0 , t0 ) ∈ R × R, le problème (1.14) admet une unique solution
s 7→ X(s ; x, t) ∈ C 1 (R).
L’application X(·; ·, ·) ainsi définie est appelée flot de l’équation différentielle (1.13).
Par ailleurs, sous l’hypothèse (1.5), on peut démontrer (mais ce n’est pas si évident
que cela) que X est également une fonction de classe C 1 par rapport aux variables x
et t et que les fonctions
∂X
s → Ẋx (s ; x, t) := (s ; x, t),
∂x
s → Ẋt (s ; x, t) := ∂X (s ; x, t),
∂t
sont respectivement les solutions des équations différentielles linéaires
∂ Ẋx (s ; x, t) − ∂c (X(s ; x, t), s) Ẋ (s ; x, t) = 0, s ∈ R,
x
∂s ∂x (1.15)
Ẋx (t ; x, t) = 1,
1.2 La méthode des caractéristiques pour l’équation de transport 19
et
∂ Ẋt (s ; x, t) − ∂c (X(s ; x, t), s) Ẋ (s ; x, t) = 0,
t s ∈ R,
∂s ∂x (1.16)
Ẋt (t ; x, t) = − c(x, t).
A titre d’exercice instructif, nous invitons le lecteur à établir, au moins formellement,
les équations (1.15) et (1.16). Ces équations s’intègrent « à la main » et on obtient :
Z s
∂X ∂c
(s ; x, t) = exp X(τ ; x, t), τ dτ , (i)
∂x t ∂x
Z s (1.17)
∂X ∂c
(s ; x, t) = − c(x, t) exp X(τ ; x, t), τ dτ . (ii)
∂t t ∂x
En particulier on voit que que s étant fixé la fonction (x, t) → X(s; x, t) vérifie une
équation aux dérivées partielles qui n’est autre que l’équation de transport,
∂X ∂X
∀x ∈ R, ∀ (s, t) ∈ R × R, (s; x, t) + c(x, t) (s; x, t) = 0. (1.18)
∂t ∂x
R EMARQUE 1.2.4
L’expression (1.17) montre que
∂X
(s ; x, t) > 0,
∂x
et par conséquent que, pour tout (s, t) ∈ R × R, la fonction x −→ X(s; x, t) est stric-
tement croissante.
R EMARQUE 1.2.5
Si c ne vérifie que la condition (1.4), on peut montrer que X admet presque partout
des dérivées partielles par rapport aux variables x et t qui sont toujours caractérisées
par les équations (1.15) et (1.16), la dérivée en x de c étant prise au sens des distribu-
tions.
Nous appellerons courbes caractéristiques de (1.12) les courbes intégrales de (1.14),
c’est à dire les courbes du plan (y, s) (paramétrées par s) définies par :
n o
C(x, t) = (y, s) ∈ R × R / y = X(s ; x, t), s ∈ R .
La courbe C(x, t) est la caractéristique de (1.12) qui passe par le point (x, t). C’est
l’équivalent de la droite D(x, t) du paragraphe précédent (cf. (1.6)).
Les propriétés (1.7) et (1.8) sont donc les équivalents pour les courbes C(x, t) de celles
que nous avons rencontrés pour les des droites D(x, t). Elles se traduisent au travers
20 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
La première propriété précise ce qui est presque une tautologie, à savoir que deux
courbes caractéristiques C(x, t) et C(x′ , t′ ) coïncident si et seulement si (x, t) et (x′ , t′ )
appartiennent à une même trajectoire de l´équation différentielle (1.13) :
C(x, t) = C(x′ , t′ ) ⇐⇒ x′ = X(t′ ; x, t) ⇐⇒ x = X(t; x′ , t′ ). (1.19)
En termes du flot X, cela traduit la relation fondamentale :
∀ (t, t′ ) ∈ R2 , ∀ s ∈ R, X(s; x, t) = X(s; X(t′ ; x, t), t′ ). (1.20)
Cette propriété exprime une propriété (assez intuitive d’ailleurs) dite de semi-groupe
de l’équation différentielle (1.13) qui exprime le fait que intégrer (1.13) de s à t en
partant de la position x équivaut à intégrer (1.13) d’abord entre t et t′ pour calculer
X(t′ ; x, t), puis repartir de t′ pour aller jusqu’au temps s à partir de la nouvelle posi-
tion « initiale » X(t′ ; x, t) au temps t′ .
Par ailleurs, à un instant t donné, l’ensemble des courbes caractéristiques C(x, t) forme,
quand x décrit R un ensemble de courbes disjointes qui remplissent le plan (on dit
qu’elles forment un fibrage du plan).
[
C(x, t) ∩ C(x′ , t) = ∅ pour x 6= x′ , C(x, t) = R2 . (1.21)
x∈R
Grâce au théorème de Cauchy-Lipschitz (et plus précisément le résultat d’unicité), nous sa-
vons que Y1 et Y2 coïncident pour tout s, ce que nous voulions démontrer.
L’égalité C(x, t) = C(x′ , t′ ) entraine en particulier que (x′ , t′ ) appartient à C(x, t) ce qui veut
dire que x′ = X(t′ ; x, t).
L’injectivité de X(s; ·, t) résulte du fait que cette fonction est strictement croissante (cf. re-
marque 1.2.4). On peut aussi la voir comme une conséquence de Cauchy-Lipschitz : si X(s; x, t) =
X(s; x′ , t), les fonctions τ → X(τ ; x, t) et τ → X(τ ; x′ , t) seraient deux solutions de (1.13) qui
coïncideraient en τ = s. D’après le théorème d’unicité on en déduit qu’elles sont égales pour
tout τ et donc pour τ = t ce qui donne x = x′ compte tenu de (1.14-(ii)).
Finalement, la propriété (1.21) ne fait que traduire géométriquement la bijectivité des appli-
cations X(s; ·, t).
On peut retrouver (1.18) à partir de (1.20). En effet, dérivons (1.20) par rapport à t′ ,
(x, s, t) étant fixés. En utilisant le théorème de dérivée composée, il vient :
∂X ∂X ∂X ′
0= s; X(t′ ; x, t), t′ + s; X(t′ ; x, t), t′ (t ; x, t),
∂t ∂x ∂t
c’est dire , compte tenu de (1.14-(i))
∂X ∂X
s; X(t′ ; x, t), t′ + c X(t′ ; x, t), t′ ) s; X(t′ ; x, t), t′ = 0.
∂t ∂x
En choisissant t′ = t et en utilisant (1.14-(ii)), nous aboutissons à (1.18).
22 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
u(x, t) = u0 X(0; x, t) . (1.24)
Il reste pour conclure à vérifier que la fonction u donnée par (1.24) est bien solu-
tion. C’est bien une fonction de classe C 1 en tant que composée de deux fonctions de
classe C 1 . Par ailleurs,
∂u ∂u 0′
∂X ∂X
+c (x, t) = u X(0; x, t) (0; x, t) + c X(0; x, t) (0; x, t) = 0,
∂t ∂x ∂t ∂x
T HÉORÈME 1.2.3
Sous les hypothèses (1.4), le problème admet une unique solution classique don-
née par (1.24).
C OROLLAIRE 1.2.4
La solution u se propage à vitesse finie
∀ t ≥ 0, sup u(x, t) = sup u0 (x), inf u(x, t) = inf u0 (x), ku(·, t)kL∞ = ku0 kL∞
x∈R x∈R x∈R x∈R
(1.26)
d n
X X (k) ∂
∂
ui + aij uj = 0, i ∈ {1, 2, . . . , n}. (1.27)
∂t j=1
∂xk
k=1
On cherche ici la solution (u1(x, t), u2 (x, t), . . . , un (x, t)), avec x qui, dans les cas les
plus simples, est un scalaire (x ∈ R, d = 1), un vecteur du plan (x ∈ R2 , d = 2) ou de
l’espace (x ∈ R3 , d = 3). La donnée est une famille de matrices :
(k)
A(k) = (aij ) ∈ Mn×n , ∀k ∈ {1, . . . , d}.
Par exemple, pour le cas n = 2 et d = 1, on retombe sur l’équation des ondes 1D (1.2)
avec :
0 −c
A=
−c 0
La complexité de cette structure à trois indices peut s’éclaircir en introduisant la no-
tion d’onde plane.
D ÉFINITION 1.3.1
Une onde plane v(y, t) de direction ν = (ν1 , . . . , νd ) ∈ Sd−1 (ensemble des vecteurs
de Rd de norme 1) est une solution ne dépendant que d’une variable d’espace, de
direction ν :
u(x, t) = v(x · ν, t) ∈ Rd
L EMME 1.3.1
Une onde plane solution du système (1.27) satisfait, pour 1 ≤ i ≤ n, l’équation
monodimensionnelle
X n
∂ ∂
vi (y, t) + aij (ν) vj (y, t) = 0,
∂t j=1
∂y
avec la notation
d
X (k)
aij (ν) = νk aij .
k=1
24 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
d
X
A(ν) = νk A(k) ∈ Mn×n .
k=1
D ÉFINITION 1.3.2
Considérons le système linéaire du premier ordre (1.27),
2. ce système est dit strictement hyperbolique si les n valeurs propres sont dis-
tinctes, on a alors λ1 (ν) < . . . < λn (ν).
R EMARQUE 1.3.1
Pour un système hyperbolique n × n en dimension un (d = 1), il existe une matrice Λ
diagonale et une matrice de passage P telle que A = P ΛP −1, avec :
λ1
λ2
Λ= ... .
λn
Posons v(x, t) = P −1 u(x, t) et v 0 (x) = P −1u0 (x), on peut alors écrire n équations de
transport découplées dont les inconnues vj (x, t) sont les composantes de v(x, t) :
∂ ∂
vj + λj vj = 0, j = 1, 2, · · · , n,
∂t ∂x
vj (x, 0) = vj0 (x).
R EMARQUE 1.3.2
En dimension d d’espace, cette base dépend de la direction ν de l’onde plane et il
n’est que très rarement vrai que l’on puisse trouver une base commune. Considérer
par exemple l’équation des ondes en dimension d > 1.
La formule de D’Alembert
T HÉORÈME 1.3.2
Toute solution de l’équation des ondes homogène (1.28) se décompose sous la forme
translation de L = cT vers la droite). Une telle solution est constante sur les
droites x − ct = Cte. Cette famille de droites constitue ce que l’on appelle la pre-
mière famille de courbes caractéristiques associée à l’équation des ondes (1.28).
• u− (x, t) = g(x + ct) est une onde progressive se propageant à la vitesse c dans la
direction x < 0 :
L
u− (x − L, t) = u− (x, t − )
c
(le graphe de x → u (x, t + T ) se déduit de celui de x → u− (x, t) par une simple
−
translation de L = cT vers la gauche). Une telle solution est constante sur les
droites x + ct = Cte qui constitue la seconde famille de courbes caractéristiques
associée à l’équation des ondes.
P REUVE : Nous avons vu au début de se chapitre que l’équation des ondes (1.28) se met sous
forme hyperbolique :
∂U ∂U
+A =0
∂t ∂x
26 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
où :
∂u
∂t 0 −c
U =
∂u
et A=
−c 0
c
∂x
On diagonalise aisément sous la forme A = P ΛP −1 , où :
c 0 1 1 1/2 −1/2
Λ= P = P −1 =
0 −c −1 1 1/2 1/2
∂u0
−c u1 (x)
(x)
1 ∂x
V0 (x) =
2 1 ∂u0
u (x) + c (x)
∂x
et par application de la méthode des caractéristiques :
∂u0
− ct) − c u1 (x
(x − ct)
1 ∂x
V (x, t) =
2 1 ∂u0
u (x + ct) + c (x + ct)
∂x
d’où l’on déduit immédiatemment que :
0 0
u1 (x − ct) + u1 (x + ct) − c ∂u (x − ct) + c ∂u (x + ct)
1 ∂x ∂x
U (x, t) = 0 0
2 ∂u ∂u
−u1 (x − ct) + u1 (x + ct) + c (x − ct) + c (x + ct)
∂x ∂x
Z x+ct
1 0 1
u(x, t) = u (x + ct) + u0 (x − ct) + u1 (s)ds. (1.29)
2 2c x−ct
(x, t)
D(x, t)
x − ct x + ct
On en déduit que la solution se propage à vitesse finie au sens où, si on part des
données à support compact, la solution reste à support compact à tout instant. Plus
précisément (voir la figure 1.4) :
[
Supp u0 Supp u1 ⊂ [a, b] ⇒ Supp u(·, t) ⊂ [a − ct; b + ct]
Conservation de l’énergie
1 ∂u 2 ∂u
e(x, t) = | | (x, t) + c2 | |2 (x, t) .
2 ∂t ∂x
28 C HAPITRE 1 : Introduction aux problèmes hyperboliques linéaires
x = a − ct x = b + ct
u=0 u=0
(x2 , t2 )
(x1 , t1 )
D(x1 , t1 ) D(x2 , t2 )
a b
S
Supp u 0
Supp u1
On dit que la solution u est d’énergie finie (les solutions qui ont un sens physique
sont généralement d’énergie finie) dès que :
Z
E(t) = e(x, t)dx < +∞,
R
∂ 2 u ∂u 2
2 ∂ u ∂u
− c = 0.
∂t2 ∂t ∂x2 ∂t
Nous observons ensuite que :
Z Z
∂ 2 u ∂u 1 d ∂u 2
dx = | | dx ,
R ∂t2 ∂t 2 dt R ∂t
alors que, moyennant une intégration par parties :
Z 2 Z
2 ∂ u ∂u c2 d ∂u 2
−c 2
dx = | | dx ,
R ∂x ∂t 2 dt R ∂x
Ainsi en ajoutant ces deux dernières égalités, on obtient :
∂
E(t) = 0.
∂t
Chapitre 2
∂u ∂
+ f (u) = 0, (2.1)
∂t ∂x
où f est une fonction régulière de u. Comme nous l’expliquons au paragraphe 2.1.2,
cette équation traduit la conservation de la quantité u. On dit qu’il s’agit d’une loi de
conservation.
29
30 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
Notre but dans ce chapitre est d’ébaucher la théorie de ce problème. Nous montre-
rons tout d’abord comment déterminer la solution classique, quand elle existe, par
la méthode des caractéristiques (section 2.2.1). Cependant, de par le caractère non-
linéaire de l’équation, de telles solutions classiques ne peuvent exister globalement
en temps et, typiquement, des discontinuités peuvent apparaître et disparaître au
cours du temps : ce sont les chocs. La fonction u est alors une solution faible du
problème, au sens des distributions (section 2.3.1). Nous montrons que la vitesse
de propagation du choc doit vérifier une condition, appelée condition de Rankine-
Hugoniot (section 2.3.2).
Mais on vérifie aisément qu’il n’y a pas unicité de la solution faible du problème de
Cauchy. L’unique solution physique est celle qui vérifie une condition supplémen-
taire dite condition d’entropie (section 2.3.3). Pour conclure (section 2.4), nous cal-
culons explicitement la solution dans le cas du problème de Riemann où la condition
initiale u0 est de la forme :
(
ug si x < 0,
u0 (x) = .
ud si x > 0.
En effet, considérons par exemple une répartition linéique de matière. Notons u(x, t)
la densité de matière en x (x ∈ R) à l’instant t (t ≥ 0) et soit F (x, t) le flux de ma-
tière passant par le point x à l’instant t. Alors, la variation de la quantité de matière
dans l’intervalle [x1 , x2 ] entre les temps t1 et t2 est égale à la différence entre le flux de
matière entrant en x1 et le flux sortant en x2 pendant cette période. Autrement dit :
Z x2 Z t2
{u(ξ, t2) − u(ξ, t1)} dξ = {F (x1 , s) − F (x2 , s)} ds. (2.2)
x1 t1
2.1 Lois de conservation 31
Lorsque (x2 −x1 ) et (t2 −t1 ) tendent vers 0, si les fonctions u et F sont assez régulières,
cette identité intégrale devient l’équation aux dérivées partielles suivante :
∂u ∂F
(x, t) + (x, t) = 0. (2.3)
∂t ∂x
Supposons de plus que le flux F soit lui-même une fonction de la densité u :
∂u ∂
(x, t) + f (u(x, t)) = 0. (2.5)
∂t ∂x
On dit que l’équation (2.5) est sous forme conservative, par opposition à sa forme
non conservative :
∂u ∂u
(x, t) + c(u(x, t)) (x, t) = 0 (2.6)
∂t ∂x
où c(u) = f ′ (u).
u2
Dans le cas particulier où f (u) = , les équations (2.5) et (2.6) s’écrivent :
2
∂u ∂ u2
+ = 0, (2.7)
∂t ∂x 2
∂u ∂u
+u = 0.
∂t ∂x
Il s’agit alors de l’équation de Bürgers.
2.1.3 Exemples
La circulation automobile
L’équation (2.5) fournit un modèle simple pour la circulation automobile sur une
route à une seule voie : u représente la quantité de voitures par centaine de mètres et
F le flux de voitures par minute qui passent à l’heure t devant la borne x. On suppose
que chaque conducteur ajuste la vitesse de sa voiture en fonction uniquement de la
vitesse de la voiture qui le précède. Alors la conservation de la quantité de voitures (il
n’y a ni station-service, ni itinéraire de délestage) se traduit par l’équation (2.5).
32 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
Bien sûr, le flux de voitures est nul si la densité est elle-même nulle, mais il est égale-
ment nul si la densité est trop importante (u voisin de la densité de saturation umax ) :
on a alors un embouteillage. Enfin, on observe un flux maximum au voisinage d’une
densité intermédiaire idéale ū.
u
0 u umax
Supposons que la fonction f est strictement concave sur l’intervalle des densités ad-
missibles [0, umax ]. Notons v l’écart entre la densité de voitures idéale ū et la densité
effective u :
v(x, t) = ū − u(x, t).
On a alors, sur l’intervalle [ū − umax , ū] :
∂v ∂
+ (g(v)) = 0 (2.8)
∂t ∂x
où g est la fonction strictement convexe donnée par g(v) = −f (ū − v).
L’équation (2.5) est en fait la limite de l’équation visqueuse (2.10) lorsque le para-
mètre de viscosité ε tend vers 0. Or, contrairement à l’équation (2.5), l’équation (2.10)
admet une solution unique et très régulière. Cette remarque, très importante, nous
permettra de repérer la solution physique parmi toutes les solutions faibles de l’équa-
tion (2.5).
∂u ∂
+ f (u) = 0 t > 0, x∈R (2.11)
∂t ∂x
de sorte que a est une fonction croissante dès que f est convexe.
R EMARQUE 2.2.1
Dans le cas linéaire, f (u) = c u, c(u) = f ′ (u) = c n’est autre que la vitesse de propa-
gation (constante) des solutions de l’équation de transport. En quelque sorte, dans le
cas non linéaire, on peut dire que la vitesse de propagation dépend de la solution !
Nous allons montrer que le problème (2.11-2.12) admet, au moins pour t < T ≤ +∞,
une solution classique (on parle de solution classique locale si T < +∞) et que celle-
ci peut être construite par la technique des droites caractéristiques.
2.2 Solutions classiques : méthode des caractéristiques 35
Droites caractéristiques
Soit u une solution classique de l’équation (2.11). Alors u satisfait l’équation sous
forme non conservative :
∂u ∂u
+ c(u) =0 (2.14)
∂t ∂x
où a(u) est donné par (2.13).
Alors on peut dériver u par rapport au temps le long de cette courbe et l’on obtient :
d ∂u dx ∂u
u(x(t), t) = (x(t), t) (t) + (x(t), t).
dt ∂x dt ∂t
D’après (2.14) et (2.15), cette quantité est nulle. Autrement dit, u est constant le long
de la courbe (2.15) :
u(x(t), t) = u(x̄, t̄) ∀t .
On en déduit que la courbe en question est une droite du plan (x, t) d’équation :
Considérons tout d’abord le cas de l’équation de transport (la vitesse c est constante)
∂u ∂u
+c = 0.
∂t ∂x
Les droites caractéristiques ont pour équation
x = ξ + ct
et sont donc parallèles. D’après (2.18), la solution u est alors donnée, ∀t ≥ 0, par :
u(x, t) = u0 (x − ct).
Il s’agit d’une onde qui se propage « vers l’avant » à la vitesse c sans se déformer.
u(x,t) t
t O
u0(x) x x
Equation de transport
t=0
x u(x,t) t
t O
Condition initiale
x x
Equation de Burgers
2.2 Solutions classiques : méthode des caractéristiques 37
Le cas d’une vitesse initiale croissante : existence d’une unique solution globale
T HÉORÈME 2.2.1
(E XISTENCE D ’ UNE SOLUTION CLASSIQUE GLOBALE )
Si c0 = c u est croissante sur R, le problème de Cauchy (2.11-2.12) admet une
0
ξ −→ F (ξ) = ξ + c0 (ξ) t
Pour tout couple (x, t), il existe donc un unique ξ(x, t) tel que :
x = ξ(x, t) + c0 ξ(x, t) t. (2.21)
Exemple
Considérons par exemple la condition initiale suivante :
0 si x ≤ 0
x
u0 (x) = si 0 ≤ x ≤ α
α
1 si x ≥ α
où α est un réel strictement positif. Nous nous permettons de considérer une donnée
initiale qui n’est que C 1 par morceaux en vertu de la remarque 2.2.2. On veut résoudre
le problème de Cauchy (2.11-2.12) pour l’équation de Bürgers f (u) = u2 /2 et c(u) = u.
D’après (2.17), la droite caractéristique issue de (ξ, 0) a pour équation :
x=ξ si ξ ≤ 0
ξ
x = ξ + t si 0 ≤ ξ ≤ α .
α
x=ξ+t si ξ ≥ α
2.2 Solutions classiques : méthode des caractéristiques 39
u
t=
t=
t=
Dans cette section, pour des raisons purement techniques, nous ferons l’hypothèse
40 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
On en déduit bien sur que la vitesse initiale c0 est elle même bornée.
R EMARQUE 2.2.5
L’hypothèse assure que 0 < t∗ < +∞.
D ÉMONSTRATION : Nous commençons par montrer l’existence d’une unique solution clas-
sique locale pour 0 < t < t∗ . On reprend en fait la démonstration du théorème 2.2.1. Pour
tout t < t∗ , la fonction ξ −→ F (ξ) définie dans la preuve du lemme 2.2.1 est strictement crois-
sante (sa dérivée - cf. (2.20) - est supérieure à 1 − t/t∗ ) et tend vers ±∞ quand ξ → ±∞ (le
lecteur notera que c’est l’hypothèse technique (2.24) qui permet de le garantir). Elle définit
donc à nouveau une bijection de R dans R. L’équation (2.21) admet alors une solution ξ(x, t)
unique, ce qui permet d’établir l’existence d’un solution classique u pour t ∈ [0, t∗ [.
Notons que, d’après les formules (2.23), les dérivées de la solution classique tendent vers l’in-
fini lorsque t tend vers t∗ . Démontrons directement que la solution classique ne peut exister
au delà du temps t∗ .
Soit tmax , le temps maximum tmax d’existence d’une solution classique, défini par
Nous savons déjà que tmax ≥ t∗ . Supposons qu’il existe ξ2 > ξ1 tels que c0 (ξ1 ) > c0 (ξ2 ). Alors,
les droites caractéristiques issues des points ξ1 et ξ2 se croisent à l’instant t̄ et au point x̄
donnés par :
t̄ = ξ2 − ξ1
,
c0 (ξ1 ) − c0 (ξ2 )
x̄ = ξ + c (ξ ) t̄ = ξ + c (ξ ) t̄
1 0 1 2 0 2
S’il existait une solution classique u jusqu’à l’instant t̄, elle devrait donc vérifier simultané-
ment u(x̄, t̄) = u0 (ξ1 ) et u(x̄, t̄) = u0 (ξ2 ), ce qui est impossible (comme c0 (ξ1 ) > c0 (ξ2 )). Donc
2.2 Solutions classiques : méthode des caractéristiques 41
t̄ ≥ tmax .
Soit ξ tel que c′0 (ξ) < 0. Pour h > 0 assez petit on a nécessairement c0 (ξ + h) < c0 (ξ) et donc
d’après ce qui précède avec ξ1 = ξ et ξ2 = ξ + h
h 1
tmax ≤ =⇒ tmax ≤ − (en faisant tendre h vers 0).
c0 (ξ) − c0 (ξ + h) c′0 (ξ)
x
x
R EMARQUE 2.2.6
La naissance d’une discontinuité est un phénomène purement non-linéaire, qui peut
se produire même si u0 est très régulière.
Exemple
Considérons cette fois la condition initiale suivante :
1 si x ≤ 0,
x
u0 (x) = 1− si 0 ≤ x ≤ α,
α
0 si x ≥ α.
t=
tout temps t > 0. A partir d’un temps critique t∗ , la solution u devient discontinue. En
quel sens, peut-on prolonger cette solution au delà du temps t∗ ? C’est la question à
laquelle nous allons chercher à répondre.
Soit u une solution classique de (2.11-2.12) et ϕ une fonction C 1 (R×[0, +∞[) à support
compact (c’est notre fonction test). Alors, on a, par intégration par parties :
Z +∞ Z +∞
∂u ∂
0 = + (f (u)) ϕ dt dx
x=−∞ t=0 ∂t ∂x
Z +∞ Z +∞ Z +∞
∂ϕ ∂ϕ
= −u − f (u) dt dx − u0 (x) ϕ(x, 0) dx.
x=−∞ t=0 ∂t ∂x x=−∞
Cette égalité ne fait plus appel explicitement aux dérivées de u et a donc un sens
même si u n’est pas a priori régulière : il suffit par exemple que u soit localement in-
tégrable ! Cette observation nous conduit à introduire la notion de solution faible qui
va seulement demander à la solution d’être localement bornée (donc en particulier
localement intégrable) sur R × [0, +∞[.
D ÉMONSTRATION :
La première partie a été démontrée. Réciproquement, soit u ∈ C 1 (R × [0, +∞[) une solution
44 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
∂u ∂
+ (f (u)) = 0
∂t ∂x
au sens des distributions. Mais comme u est régulière, ceci est en fait vérifié au sens classique,
point par point.
Soit alors une fonction ϕ ∈ C 1 (R × [0, +∞[) à support compact dans R × [0, +∞[. En intégrant
(2.25) par parties, on obtient :
Z +∞ Z +∞ Z +∞
∂u ∂
0 = − + (f (u)) ϕ dt dx + u0 (x) − u(x, 0) ϕ(x, 0) dx
x=−∞ t=0 ∂t ∂x x=−∞
Z +∞
= u0 (x) − u(x, 0) ϕ(x, 0) dx.
x=−∞
telles que v soit égale à la restriction d’une fonction de C 1 (R2 ) dans chaque
composante connexe de O\Σ1 ∪ Σ2 · · ∪ Σp .
Une fonction v(x, t) est dite C 1 par morceaux sur R × [0, +∞[ si elle est C 1 par
morceaux sur tout ouvert borné de R × [0, +∞[.
Notons que si une fonction v, C 1 par morceaux, peut admettre, à travers un nombre
2.3 Solutions faibles - Solutions entropiques 45
Nous pouvons maintenant considérer des solutions du problème qui soient seule-
ment C 1 par morceaux. Nous allons voir cependant que les discontinuités d’une telle
solution ne sont pas arbitraires.
Pour fixer les notations, si u est une fonction C 1 par morceaux dans le plan (x, t) et
Σ une courbe de discontinuité de u de la forme (ξ(t), t), on note :
u-
+
u n
x
46 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
(i) u est une solution classique de (2.11-2.12) dans tout domaine où elle est C 1
D ÉMONSTRATION : Soit u une fonction C 1 par morceaux dans le plan (x, t) et Σ une courbe de
discontinuité de u. Soit alors K un ouvert borné que la courbe Σ partage en deux compo-
santes connexes K − et K + . Pour simplifier, on supposera que K est contenu dans le demi-
plan t > 0 mais ceci n’est pas restrictif. Enfin, on suppose que u est C 1 dans l’adhérence de
chacun des ouverts K − et K + .
-
K
K
K+
et de même :
Z Z
∂ϕ ∂ϕ ∂u ∂
u + f (u) dx dt = − + (f (u)) ϕ dx dt
K+ ∂t ∂x K+ ∂t ∂x
Z
− u+ nt + f (u+ )nx ϕ dγ.
Σ
2.3 Solutions faibles - Solutions entropiques 47
D’où finalement :
Z Z
∂ϕ ∂ϕ ∂u ∂
u + f (u) dx dt = − + (f (u) ϕdx dt
K ∂x ∂x K − ∪K + ∂t ∂x
Z (2.28)
+
− (u − u− )nt + (f (u+ ) − f (u− ))nx ϕ dγ.
Σ
Le théorème s’en déduit. En effet, si u est une solution faible du problème (2.11-2.12), elle
satisfait l’équation (2.11) au sens des distributions dans K et au sens classique dans K − et
K + . Autrement dit :
Z Z
∂ϕ ∂ϕ ∂u ∂
0= u + f (u) dx dt = + (f (u)) dx dt.
K ∂t ∂x K − ∪K + ∂t ∂x
Comme ceci est vrai pour tout ϕ ∈ D(K), on en déduit en utilisant l’expression exacte de la
normale (2.26) :
(u+ − u− )(−ξ ′ (t)) + f (u+ ) − f (u− ) = 0,
le long de Σ ∩ K.
Par analogie à la dynamique des gaz, cette condition de choc est généralement appe-
lée condition de Rankine Hugoniot.
u+ + u−
s= .
2
Exemple
Nous allons maintenant construire une solution faible globale pour la condition ini-
tiale de l’exemple section 2.2.2. On rappelle qu’il existait une solution continue jus-
qu’au temps t = α. La fonction u vaut alors :
(
1 si x < α,
u(x, α) =
0 si x > α.
t ligne de choc u
t=
t=
t=
t=
x x
Grâce à la notion de solution faible, nous avons calculé une solution globale au pro-
blème de Cauchy (2.11-2.12) dans des situations où il n’existait pas de solution clas-
sique. La question qui se pose alors est de savoir si cette solution faible globale est
unique.
Nous pouvons alors calculer une solution continue au problème de Cauchy : pour
cela, il suffit de considérer l’exemple section 2.2.1 et de faire tendre α vers 0. On ob-
tient :
0 si x ≤ 0,
x
u(x, t) = si 0 ≤ x ≤ t,
t
1 si x ≥ t,
On vérifie aisément a postériori que u est solution du problème, car c’est une solu-
tion classique de l’équation de Bürgers là où elle est C 1 .
50 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
Mais en suivant la démarche de l’exemple section 2.3.2, nous pouvons aussi calculer
une solution discontinue. La vitesse de propagation du choc est donnée par la rela-
tion ξ ′ (t) = 12 . La solution qui en résulte est donc :
t
0 si x < ,
u(x, t) = 2
1 si x > t .
2
t t
choc
x x
R EMARQUE 2.3.2
Il est intéressant de noter qu’une condition initiale discontinue peut donner nais-
sance à une solution continue. C’est encore un phénomène purement non-linéaire.
∂u ∂
+ f (u) = 0 (2.29)
∂t ∂x
L EMME 2.3.4
Soit (uε )ε>0 une suite de solutions de (2.30) telles que :
et
uε −→ u quand ε −→ 0 presque partout dans R × [0, +∞[, (2.33)
alors u est solution au sens des distributions de l’équation (2.29).
Comme la dérivation est une opération continue dans l’espace des distributions, on en dé-
duit que :
∂uε ∂u ∂ 2 uε ∂2u ∂ ∂
→ , 2
→ 2
et f (uε ) → f (u)
∂t ∂t ∂x ∂x ∂x ∂x
dans D ′ (R × [0, +∞[). Le lemme s’en déduit.
Dès que U(·) et F (·) sont deux fonctions régulières relièes par la relation (ii) ci-dessus,
si u est une solution classique de l’équation (2.29) on a :
∂u ∂u
U ′ (u) + U ′ (u)f ′ (u) =0
∂t ∂x
d’où :
∂ ∂
U(u) + F (u) = 0. (2.34)
∂t ∂x
En revanche, si u est une solution faible de (2.29), par exemple C 1 par morceaux, elle
ne satisfait pas en général l’équation (2.34) au sens des distributions. En effet, il fau-
drait pour cela que la relation s[U(u)] = [F (u)] soit satisfaite le long de toute courbe de
discontinuité de u. Cela est généralement incompatible avec la relation de Rankine-
Hugoniot.
Par contre, lorsque U est convexe, on peut montrer que, si la solution faible u est
construite par passage à la limite sur l’équation avec viscosité, l’égalité (2.34) devient
une inégalité au sens des distributions. Plus précisément, on peut démontrer le théo-
rème suivant.
T HÉORÈME 2.3.5
Soit (uε )ε>0 une suite de solutions régulières de (2.30) vérifiant (2.32) et (2.33), et
soit (U, F ) une entropie pour l’équation (2.29). Alors u vérifie
∂ ∂
U(u) + F (u) ≤ 0 (2.35)
∂t ∂x
au sens des distributions.
D ÉMONSTRATION :
Comme uε est une solution régulière de (2.30), on a :
∂uε ∂uε ∂ 2 uε
U ′ (uε ) + U ′ (uε )f ′ (uε ) − εU ′ (uε ) 2 = 0,
∂t ∂x ∂x
qui s’écrit aussi :
2
∂ ∂ ∂2 ∂uε
U (uε ) + F (uε ) − ε 2 U (uε ) = −εU ′′ (uε ) .
∂t ∂x ∂x ∂x
2.3 Solutions faibles - Solutions entropiques 53
∂ ∂ ∂ ∂ ∂2 ∂2
U (uε ) → U (u), F (uε ) → F (u) et U (u ε ) → U (u) dans D ′ (R×[0, +∞[).
∂t ∂t ∂x ∂x ∂x2 ∂x2
2
′′ ∂uε
En revanche, le terme εU (uε ) ne peut être traité de façon similaire.
∂x
Malgré la présence du facteur ǫ, ce terme ne tend pas nécessairement vers 0 au sens des dis-
tributions. Cela est dû au fait que les hypothèses n’empêchent pas ∂u
∂x de tendre vers +∞.
ε
D 2 E
′′ ∂uε
− εU (uε ) ,ϕ ≤0
∂x
pour toute fonction ϕ positive de D(R × [0, +∞[). A la limite, on obtient donc :
D ∂ ∂ E
U (u) + F (u), ϕ ≤ 0
∂t ∂x
Pour les solutions C 1 par morceaux etudiées au paragraphe 2.3.2, la recherche de so-
lutions entropiques va limiter les chocs admissibles : ce sont les chocs entropiques.
54 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
Alors u est une solution entropique si et seulement si, pour toute entropie (U, F ),
le long de toute courbe de discontinuité , Σ on a
ξ ′ (t) U u+ (t) − U u− (t) ≥ F u+ (t) − F u− (t) . (2.36)
D ÉMONSTRATION : Soit u une fonction C 1 par morceaux et (U, F ) une entropie pour l’équation
(2.29). En reprenant les notations et la démarche du théorème 2.3.2, on vérifie aisément que,
pour tout ϕ ∈ D(K) :
Z Z
∂ϕ ∂ϕ ∂ ∂
U (u) + F (u) dx dt = − U (u) + F (u) ϕ dx dt
K ∂t ∂x K − ∪K + ∂t ∂x
Z (2.37)
+ −
+ −
− U (u ) − U (u ) nt + F (u ) − F (u ) nx ϕ dγ .
Σ
Soit u une solution faible du problème satisfaisant la condition d’entropie (2.35). On a :
Z Z
∂ϕ ∂ϕ ∂ ∂
U (u) + F (u) dx dt ≥ 0 et U (u) + F (u) ϕ dx dt = 0
K ∂t ∂x K − ∪K + ∂t ∂x
pour toute fonction ϕ positive de D(K). D’après (2.37), on a, en utilisant l’expression exacte
de la normale,
U (u+ ) − U (u− ) (−ξ ′ (t)) + F (u+ ) − F (u− ) ≤ 0
au sens des distributions le long de Σ. Autrement dit, on a :
ξ ′ (t) U (u+ ) − U (u− ) ≥ F (u+ ) − F (u− ) dans D ′ .
Le critère (2.36) est relativement peu pratique pour vérifier qu’un choc est entro-
pique ou non. Heureusement, on peut en donner une forme équivalente plus simple,
à commencer par le cas où f est convexe.
Avant de démontrer ce théorème, nous allons montrer que la condition (2.38) signifie
que lorsqu’il y a choc, les caractéristiques doivent converger vers la ligne de choc et
non s’en écarter. On rappelle que c désigne la dérivée de f.
L EMME 2.3.8
Soit u une solution entropique du problème de Cauchy (2.29-2.31), qui soit C 1 par
morceaux dans R ×[0, +∞[. Alors, u vérifie le long de toute courbe de discontinuité
Σ:
c(u+ ) < ξ ′ (t) < c(u− ).
f (u) − f (u+ )
u 7→
u − u+
est continue et strictement croissante sur [u+ , u− ]. Il en résulte que :
f (u− ) − f (u+ )
c(u+ ) < ·
u− − u+
Mais, par la relation de Rankine-Hugoniot, ceci s’écrit : c(u+ ) < ξ ′ (t). On démontre de même
la seconde inégalité.
u− + u+
u+ < s = < u− .
2
La condition d’entropie permet donc d’éliminer les solutions discontinues non phy-
siques de l’exemple section 2.3.3.
f (u) − f −
u 7→ G(u) = −
U (u) − U (u− ) − F (u) − F (u− ) ·
u−u
Nous allons montrer que G est une fonction décroissante de u. Admettons-le pour l’instant.
Comme on a G(u− ) = 0 et que (2.36) s’écrit G(u+ ) ≥ 0, il résulte de la décroissance de G que
les conditions (2.36) et (2.38) sont équivalentes, ce qui démontre le théorème.
Nous avons déjà calculé la solution du problème (2.43) pour l’équation de Bürgers
dans les cas suivants :
et nous avons pu remarquer que les solutions obtenues étaient de natures très diffé-
rentes.
Pour l’étude du problème général également, il nous faudra distinguer deux cas sui-
vant que ug < ud ou ug > ud .
D ÉMONSTRATION : Soit α > 0. Posons : x̄ = αx, t̄ = αt et ū(x̄, t̄) = u(x, t). Il est clair que ū est
solution tout comme u du problème (2.43). Autrement dit, pour tout α > 0 :
Ceci signifie exactement que u est auto-semblable. De plus, si u est C 1 , on doit avoir :
∂u ∂u x 1
+ c(u) = − 2 v ′ (x/t) + c v (x/t) v ′ (x/t) = 0
∂t ∂x t t
60 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
D’où :
v ′ (x/t) c v x/t − x/t = 0.
Pour calculer u dans le domaine c(ug )t ≤ x ≤ c(ud )t, on résout l’équation (2.44). C’est
toujours possible car f est strictement croissante, donc a est inversible. On obtient :
x x
−1
u(x, t) = c si c(ug ) ≤ ≤ c(ud ).
t t
t
x x
- = a(ug) - = a(ud) u(.,t)
t t
ud
ug
x x
a(ug)t a(ud)t
t x=st
u(.,t)
ud
ug
x x
st
t
u(.,t)
1 t=0
t=1
x
1
1
-1
x
1
2.4 Le problème de Riemann 63
1
ξ1 (t) = (u1 + u2 ) t
2
1
ξ2 (t) = (u2 + u3 ) t + 1.
2
1 1
(u1 + u2 ) t∗ = (u2 + u3 ) t∗ + 1
2 2
d’où :
2
t∗ = .
u1 − u3
A cet instant, on a :
u1 + u2
ξ1 (t) = ξ2 (t) = .
u1 − u3
Au delà du temps t∗ , il ne reste qu’un seul choc dont la trajectoire est donnée par :
1 u2 − u3
x = ξ(t) = (u1 + u3 ) t + .
2 u1 − u3
t
u(.,t)
t=0
t=1/3
t=2/3
1
1 1 x
-2
x
1
Par la suite, de deux choses l’une. Soit u1 < u3 et les formules ci-dessus restent va-
lables pour tout temps t > t∗ . Soit u1 > u3 et ces formules restent valables tant que
u1 t < ξ(t),
On a donc :
2 (u2 − u3 )
t∗∗ = .
(u1 − u3 )2
Pour t > t∗∗ , la trajectoire du choc est donnée par :
1 u2 − u3
ξ(t) = (u1 + u3 ) t +
2 u1 − u3
et la solution par :
(
u1 si x < ξ(t),
u(x, t) =
u3 si x > ξ(t).
66 C HAPITRE 2 : Problèmes hyperboliques non linéaires :
t
u(.,t)
x
1 2
-1
1 t=0
t=1
t=3/2
x
1
Le cas u1 = −1, u2 = 2, u3 = 0
t
u(.,t)
t=0
t=1 1
t=2
t=5
x
1
1 -1
x
1
Le cas u1 = 0, u2 = 1, u3 = −1
Chapitre 3
Nous nous plaçons, sauf mention contraire, dans le cadre d’une discrétisation par
différences finies en une dimension d’espace. Ceci implique que nous discrétisons le
continuum spatio-temporel par une grille régulière de pas ∆t en temps et h en espace
tel que les coordonnées discrètes soient :
(xj , tn ) = (jh, n∆t).
La solution discrète sera calculée en ces points (voir la figure 3.1). Le principe des
différences finies est donc de remplacer les dérivées en ces points par des différences
finies en utilisant des formules de Taylor dont on néglige les restes.
bc tn+1
bc × bc tn
bc tn−1
∆t
h xj−1 xj xj+1
Evidemment, il est, a priori, tout aussi légitime de définir une approximation décen-
trée à gauche
u(x) − u(x − h)
u′ (x) ≃ Dh− u(x) := ,
h
ou encore une approximation centrée
u(x + h) − u(x − h)
u′ (x) ≃ Dh0 u(x) := .
2h
Nous allons voir que ce choix n’est en fait pas anodin et que certains choix a priori
raisonnables ne permettent pas une bonne approximation (dans un sens qu’il nous
faudra définir) de la solution de l’EDP initiale.
On peut même aller plus loin en disant que l’approximation est d’ordre k ∈ N si
ε(x, h) = O(hk ).
En pratique, l’analyse de consistance s’effectue en considérant les développements
de Taylor de la fonction u. Par exemple pour l’approximation décentrée à droite on
sait pour u ∈ C 2 (I), qu’il existe θ ∈]0, 1[ tel que
h2 ′′
u(x + h) = u(x) + h u′(x) + u (x + θh).
2
3.1 Présentation de la méthode de différences finies 69
On obtient ainsi
u(x + h) − u(x) h
− u′ (x) = u′′ (x + θh),
h 2
d’où l’estimation
h
ε(x, h) ≤ sup |u′′|. (3.1)
2
On aurait obtenu le même type d’inégalité pour Dh− donc les approximation décen-
trées à gauche et à droite sont d’ordre 1. En pratique, on voit que l’inégalité (3.1) nous
indique même que le choix de h doit être déterminé par la valeur de la dérivée se-
conde.
Pour l’approximation centrée, les calculs sont un peu plus longs mais pour un bé-
néfice sur l’ordre de l’approximation. On considère u ∈ C 3 (I). Il existe θ+ ∈]0, 1[ tel
que
h2 ′′ h3 (3)
u(x + h) = u(x) + h u′(x) + u (x + θh) + u (x + θ+ h)
2 6
et θ− ∈]0, 1[ tel que
h2 ′′ h3 (3)
u(x − h) = u(x) − h u′ (x) + u (x + θh) − u (x + θ− h)
2 6
ce qui donne par soustraction
Ces trois approximations sont loin d’être les seules et il existe en fait une infinité de
possibilités d’approximation dont on jugera la pertinence notamment en fonction de
l’erreur de consistance. Il est en particulier possible de faire intervenir plus de points
dans Dh afin d’obtenir une approximation plus précise. Par exemple si nous combi-
nons les approximations suivantes (obtenus comme précédemment mais en choi-
sissant désormais les formules de Taylor-Young au lieu de celles de Taylor-Lagrange),
nous obtenons
u(x + h) − u(x − h) h2 (3)
= u′(x) + u (x) + O(h4 ),
2h 6
et
u(x + 2h) − u(x − 2h) h2
= u′ (x) + 4 u(3) (x) + O(h4 ),
4h 6
70 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
Dh+ : 1
-1 1
h
Dh− : 1
-1 1
h
Dh0 : 1
-1 1
2h
Dh
(4)
: 1
1 -8 8 -1
12h
h2 ′′ h2 (3) h4 (4)
u(x + h) = u(x) + h u′(x) + u (x) + u (x) + u (x + θ+ h),
2 6 24
et θ+ ∈]0, 1[ tel que
h2 ′′ h2 (3) h4 (4)
u(x − h) = u(x) − h u′ (x) + u (x) − u (x) + u (x + θ+ h).
2 6 24
On a donc l’existence de θ ∈] − 1, 1[ tel que
La question qui se pose donc naturellement est de savoir si, pour une équation dis-
crète particulière (on parlera également de schéma) obtenue en utilisant la méthode
de différences finies décrite ci-dessus, la solution de l’équation discrète obtenue ap-
proche de la solution du problème continu et d’autre part quand il y a convergence,
de quantifier la vitesse de convergence.
Cette analyse se fait toujours en deux étapes fondamentales qui seront donc le dé-
nominateur commun de chaque étude de schéma de cet ouvrage :
• La stabilité qui assure que l’opérateur discret est bien inversible et la norme de
son inverse est bornée indépendamment du pas de discrétisation.
On montrera alors que dès qu’un schéma est consistant et stable alors il est convergent,
c’est à dire que la solution numérique calculée à partir de ce schéma tend, quand les
paramètres de discrétisation tendent vers 0, vers la solution de l’équation aux déri-
vées partielles initiale.
72 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
∂2u ∂2u
− − 2 =f dans R2 ,
∂x2 ∂y
– soit les valeurs unj , j ∈ Z sont calculées indépendamment les unes des
autres : on parle alors de schéma explicite,
– soit les valeurs unj , j ∈ Z sont calculées en résolvant un système d’équa-
tions couplées. On parle alors de schéma implicite.
3.1 Présentation de la méthode de différences finies 73
Afin de présenter les différents schémas numériques possibles pour les équations hy-
perboliques, nous allons considérer les deux exemples principaux que sont :
Comme annoncé précédemment, nous approchons la solution u de ces EDPs par une
solution discrète unj . On cherche alors à calculer pour chaque n ( n ∈ N, n∆t ≤ T ) un
vecteur un = (unj )j∈Z tel que unj soit une approximation de la valeur de la solution u du
problème précédent en xj à l’instant tn .
R EMARQUE 3.1.1
Il peut sembler surprenant de recourir à une résolution numérique approchée pour
ces problèmes où, la vitesse étant constant, on connaît analytiquement les solutions
exactes. L’intérêt est de calculer dans des cas simples les propriétés des différents
schémas qui seront ensuite généralisés au cas non linéaire. Un schéma qui ne permet
pas de résoudre le cas linéaire sera automatiquement à proscrire dans le cas non
linéaire.
Nous commencerons par l’équation d’advection et présenterons le schéma expli-
cite centré qui semble le plus naturel. À partir de celui ci nous introduirons les no-
tions fondamentales pour l’étude des schémas aux différences finies (schéma expli-
cite/implicite, consistance et erreur de troncature et stabilité). Nous verrons alors
que ce schéma est inconditionnellement instable et donc qu’a priori la solution dis-
crète ne peut converger vers la solution du problème continu. Cet exemple aura pour
but de sensibiliser le lecteur sur le fait qu’un schéma consistant n’est pas nécessaire-
ment convergent. Nous étudierons ensuite le schéma de Lax-Friedrichs pour lequel
74 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
∂u
• une approximation décentrée à droite (vers le futur), d’ordre 1, pour
∂t
∂u un+1
j − unj
(xj , tn ) ≃ ,
∂t ∆t
∂u
• une approximation centrée, d’ordre 2, pour , écrite à l’instant tn (voir Section
∂x
3.1) :
∂u unj+1 − unj−1
(xj , tn ) ≃ Dh0 u(xj , tn ) = .
∂x 2h
Le schéma numérique au point (xj , tn ) s’écrit donc
un+1
j − unj unj+1 − unj−1
+c = 0, j ∈ Z, n ≥ 0. (3.4)
∆t 2h
Il s’agit d’un schéma à un pas (ou deux points) en temps et à trois points en espace. Ce
schéma est bien explicite puisqu’on calcule explicitement la solution à l’instant n + 1
à partir de la solution à l’instant n sans recourir à l’inversion d’un système linéaire.
On a en effet
α
un+1
j = unj + (unj+1 − unj−1), j ∈ Z,
2
où
c∆t
α= .
h
Evidemment, pour que (3.4) définisse entièrement la solution approchée, il suffit de
connaître les u0j , j ∈ Z, ce pour quoi on va utiliser la condition initiale et on choisira
typiquement (noter que le choix (i) nécessite que u0 soit une fonction continue)
Z xj − h2
1
(i) u0j 0
= u (xj ) ou (ii) u0j = u0 (x) dx. (3.5)
h xj − h2
Pour l’analyse, il est commode d’associer à une suite (uj )j∈Z à valeurs réelles, une
fonction de la variable x. Nous choisissons dans la suite l’interpolation linéaire par
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 75
morceaux (P1 désigne ci-après l’espace des polynômes d’une variable de degré infé-
rieur ou égal à 1). Ainsi pour une suite (uj )j∈Z on associe
uh ∈ Vh = vh ∈ C 0 (R) / ∀ j ∈ Z, vh |[xj ,xj +1] ∈ P1 ,
De même
et on a l’identité
kuh kL∞ = sup |uj |.
j∈Z
Nous allons pouvoir réécrire (3.4) de façon abstraite en introduisant l’opérateur li-
néaire Ah tel que
v(x + h) − v(x − h)
v(x) : R → R, 7→ Ah v(x) = c .
2h
Puisque Ah commute avec les opérateurs de translation par un multiple de h, il envoie
linéairement Vh dans lui-même donc
Ah ∈ L(Vh ).
kA1 kL(Lp )
∀ p ∈ [1, +∞], Ah ∈ L(Lp ) et kAh kL(Lp ) = .
h2
On voit alors que, avec des notations évidentes, le schéma (3.4, 3.5-(i)) équivaut à
Ujn+1 − Ujn n
Uj+1 n
− Uj−1
εnj = +c ,
∆t 2h
où Ujn est définie par (3.9), u étant une solution régulière de (3.3).
On dira que le schéma est consistant si, pour tout segment borné I et tout temps
T >0
lim εnj = 0.
(h,∆t)→0
Étant donnés deux entiers strictement positifs k et p, on dit que le schéma est
d’ordre p en temps et k en espace (ce qui entraine a fortiori la consistance) si
εnj = O ∆tp + hk .
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 77
T HÉORÈME 3.2.1
Le schéma (3.4) est d’ordre 1 en temps et d’ordre 2 en espace.
D ÉMONSTRATION : C’est une application des développements de Taylor. Il existe θt ∈]0, 1[ tel
que :
∂u n ∆t2 ∂ 2 u
Ujn+1 = Ujn + ∆t + (xj , t + θt ∆t),
∂t j 2 ∂t2
où nous avons adopté la notation
∂u n ∂u ∂u n ∂u
= (xj , tn ), = (xj , tn ), ··· (3.10)
∂t j ∂t ∂x j ∂x
Par conséquent
Ujn+1 − Ujn ∂u n ∆t ∂ 2 u
= + (xj , t + θt ∆t). (3.11)
∆t ∂t j 2 ∂t2
Nous pouvons également obtenir une estimation équivalente de εnh pour la norme L2 ,
c’est à dire qu’il existe une constante C telle que
∂2u ∂3u
kεnh kL2 ≤ C ∆t sup (·, t) + h2 (·, tn ) . (3.15)
t∈[tn ,tn+1 ] ∂t2 L2 ∂x3 L2
On peut même dire que la propagation du support de la solution numérique est donc
donnée par
h
Vnum (∆, h) = .
∆t
Si le support de la solution numérique se propage moins vite que que le support de
la solution exacte, la solution numérique n’aura aucune chance de s’approcher de la
solution exacte puisqu’il va exister une partie du support de la solution exacte sur la-
quelle elle sera toujours nulle (voir figure 3.3-(a)).
Une condition nécessaire de convergence du schéma est donc que la vitesse numé-
rique doit être supérieure à la vitesse de propagation de la solution exacte (voir figure
3.3-(b)) :
h c∆t
≥c ⇔ α= ≤ 1. (3.16)
∆t h
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 79
a b a b
Supp u0 Supp u0
c∆t c∆t
(a) Cas où Vnum < c (⇔ α = > 1) (b) Cas où Vnum ≥ c (⇔ α = ≤ 1)
h h
La condition (3.16) signifie donc que le point (xj , tn+1 ) doit se trouver dans la bande
grisée de la Figure 3.4.
tn+1
h/c
∆t
tn
h
xj−1 xj xj+1
h
F IGURE 3.4 : Condition (3.16) : ∆t ≤
c
D ÉFINITION 3.2.2
On dit qu’un schéma d’approximation de (3.3) produisant une suite unh ∈ Lp
converge dans L∞ (0, T ; Lp) si et seulement si, pour toute donnée initiale u0 dans
Lp ,
lim sup ku(·, tn ) − unh kLp = 0.
(h,∆t)→0 tn ≤T
Selon le principe qu’une condition nécessaire pour qu’une suite converge est qu’elle
soit bornée, nous introduisons le principe de stabilité Lp (qui devrait s’appeler plutôt
stabilité L∞ (0, T ; Lp )).
D ÉFINITION 3.2.3
On dit qu’un schéma numérique est Lp -stable si et seulement si, pour tout temps
T > 0, il existe une constante C(T ) indépendante de h et ∆t, telle que pour toute
donnée initiale u0 dans Lp ,
R EMARQUE 3.2.2
Comme on le verra, le résultat de stabilité (3.17) (ou encore le résultat de conver-
gence) peut n’être satisfait que sous une condition de stabilité de la forme
Dans ce qui suit, nous allons nous intéresser aux schémas numériques à un pas pro-
duisant une suite unh satisfaisant une relation de récurrence du type
un+1
h = Sh (∆t) unh , Sh (∆t) ∈ L(Lp ). (3.18)
R EMARQUE 3.2.3
Un schéma consistant de la forme (3.18) vérifie, au moins formellement
lim Sh (∆t) = I .
∆t→0
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 81
R EMARQUE 3.2.4
Démontrer un résultat de stabilité Lp pour un schéma à un pas du type (3.18) corres-
pond à l’obtention d’une estimation uniforme en (h, ∆t) de
kSh (∆t)n vkLp
kSh (∆t)n kL(Lp ) = sup .
v∈Lp kvkLp
Une condition suffisante de stabilité, très utile dans la pratique, est donnée par le
T HÉORÈME 3.2.2
Une condition suffisante de stabilité Lp du schéma (3.18) est qu’il existe une
constante ν ≥ 0 telle que
Auquel cas on a
n
kSh (∆t)n kL(Lp ) ≤ eν t ,
Pour conclure, il suffit d’utiliser le résultat suivant : pour tout x > 0 et tout entier n
x n
1+ ≤ ex .
n
En effet, pour n = 1, l’inégalité 1 + x ≤ ex traduit simplement le fait que le graphe de la
fonction x 7→ ex est au dessus de sa tangente au point d’abscisse x = 0. Plus généralement, la
fonction x 7→ xn étant croissante, il vient
x x x n
1 + ≤ e n =⇒ 1+ ≤ ex .
n n
alors on a
kunh kLp ≤ ku0h kLp ,
qui est l’équivalent discret de
Signalons ainsi que le théorème 3.2.2 admet une réciproque, dont la démonstration,
qui nécessite un peu de connaissances sur la théorie spectrale, dépasse le cadre de ce
cours.
T HÉORÈME 3.2.3
Pour qu’un schéma numérique du type (3.18) soit Lp stable, il faut qu’il existe une
constante ν ≥ 0 telle que
Sh (∆t) = I − ∆t Ah . (3.22)
Le théorème 3.2.4 va nous donner une autre expression pour kSh (∆t)kL(L2 ) qui sera
beaucoup utilisée en pratique. Pour cela, il est utile d’introduire quelques définitions
et énoncer (sans preuve) quelques résultats de base (que nous invitons le lecteur à
démontrer à titre d’exercice) :
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 83
• Étant donné bb(k) ∈ L∞ (R, C), on appelle opérateur de multiplication par bb,
b linéaire et continu de Lp (R; C) dans lui-même défini par :
l’opérateur B,
∀ v ∈ Lp (R, C), b (k) = bb(k) v(k),
Bv p. p. k ∈ R.
b F −1
B=F B ∈ L(L2 ).
T HÉORÈME 3.2.4
Il nous reste donc à étudier la norme L∞ de k 7→ Sbh (k, ∆t). Pour ce faire, il nous faut
caractériser la transformée de Fourier de Ah . Celui ci est également un cas particulier
d’opérateur à symbole :
L EMME 3.2.5
On a l’identité
∀ u ∈ L2 , d
A b b(k),
h u (k) = Ah (k) u ∀ k ∈ R, (3.27)
bh (k) donné par
et l’opérateur Ah a pour symbole A
bh (k) = ı c sin kh .
A
h
Ah
u Ah u
F F
bh
A
b
u bh u
A b
84 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
D ÉMONSTRATION : La propriété (1.10) signifie que l’opérateur τa (défini par τa u(x) = u(x + a))
n’est autre que l’opérateur de symbole eiak . Comme
τh − τ−h
Ah = c ,
2h
on en déduit que Ah est l’opérateur de symbole
ikh − e−ikh
bh (k) = c e
A = ıc
sin kh
2h h
ce qui achève la démonstration.
R EMARQUE 3.2.5
On peut remarquer que
bh (k) = ı c|k| 1 + O |k|2 h2 .
A
On retrouve alors sous une autre forme, le fait que l’opérateur Ah dont le symbole est
bh (k) approche l’opérateur c ∂ dont le symbole est ı ck , et ce au second ordre en h.
A ∂x
C OROLLAIRE 3.2.6
L’opérateur Sh (∆t) est l’opérateur de symbole
c∆t
Sbh (k, ∆t) = 1 − ı α sin kh, avec α = .
h
Par conséquent, d’après le théorème 3.2.4
Finalement, nous avons tous les éléments pour établir le théorème suivant
T HÉORÈME 3.2.7
Le schéma explicite centré (3.4) est inconditionnellement instable dans L2 .
Au final, le schéma explicite centré qui semblait à première vue naturel est donc, mal-
gré sa consistance, instable. La solution numérique calculée grâce à ce schéma ne
peut a priori pas converger vers la solution du problème continu (3.3).
La figure 3.5 illustre l’instabilité du schéma explicite centré. Pour plusieurs pas de
3.2 Le schéma explicite centré pour l’équation d’advection 85
temps, nous représentons en rouge la solution exacte (de l’équation d’advection (3.3)
pour une vitesse c particulière) et en bleu la solution numérique calculée en utilisant
le schéma explicite centré (3.4).
R EMARQUE 3.2.6 (R EMARQUE SUR LA MÉTHODE DE F OURIER -V ON N EUMANN )
Les calculs précèdents apparaissent tout naturellement quand on cherche la solution
explicite de (3.6) en appliquant la transformation de Fourier. Nous procédons donc
ici de la même façon que pour l’équation continue (3.3) à la section 1.2.2.
Par suite
bnh (k) = Sbh (k, ∆t)n u
u b0(k).
Par le théorème de Plancherel
Z +∞ n
kunh k2L2 = 2π Sbh (k, ∆t) u0 (k)|2 dk
|b
−∞
Retenons ici une recette de calcul pour la mise en oeuvre de la méthode de Fourier-
Von Neumann lors de l’analyse de stabilité L2 d’un schéma numérique approchant
une équation aux dérivées partielles d’évolution en une dimension d’espace :
(i) On cherche une solution de la forme
unj = unh (k) eikxj , j ∈ Z, n ≥ 0, (unh (k) ∈ C).
(ii) On détermine une relation de récurrence satisfaite par la suite unh (k),
(iii) On étudie le comportement de la famille de suites (unh (k), k ∈ R).
Remarquons alors que :
• cette méthode n’est applicable que si l’on s’intéresse à l’approximation d’une
équation linéaire à coefficients constants posée sur R, sur un maillage régulier,
• dans le cas des schémas numériques à un pas de temps, la relation de récur-
rence est nécessairement de la forme (3.28) et l’analyse de stabilité se réduit à
l’étude du coefficient d’amplification numérique.
86 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
tn+1
dx
dt
=c
tn
x∗
xj−1 xj xj+1
h − c∆t h + c∆t
= 1−α
2
· 2h = 1+α
2
· 2h
Respectant la définition 3.2.1, l’erreur de troncature du schéma (3.29) est donnée par
U n +U n
n
Ujn+1 − j+1 2 j−1 n
Uj+1 n
− Uj−1
εj = +c , (3.30)
∆t 2h
où Ujn est définie par Ujn = u(xj , tn ), u étant une solution régulière de (3.3).
T HÉORÈME 3.3.1
Le schéma (3.29) est d’ordre 1 en temps et en espace.
En utilisant le calcul de l’erreur de consistance pour le schéma explicite centré (voir la preuve
du Théorème 3.2.1)
(εnj )EC = O ∆t + h2 ,
on obtient finalement
εnj = O ∆t + h .
Nous pouvons également obtenir une estimation équivalente de εnh pour la norme Lp ,
c’est à dire qu’il existe une constante C(α) telle que
∂2u ∂2u
n
kεh kLp ≤ C(α) ∆t sup (·, t) + h sup (·, t) ,
t∈[tn ,tn+1 ] ∂t2 Lp t∈[tn ,tn+1 ] ∂x2 Lp
T HÉORÈME 3.3.2
Pour le schéma de Lax-Friedrichs (3.29), l’erreur de troncature est telle que pour
tout p, il existe une constante C(α) dépendant de α telle que
∂2u
kεnh kLp ≤ C(α) h (·, t) . (3.32)
∂x2 Lp
On rappelle qu’un schéma donné par une relation de récurrence d’ordre 1 est L2 -
stable si et seulement si il existe une constante ν ≥ 0 telle que
T HÉORÈME 3.3.3
Le schéma de Lax-Friedrichs (3.29) est stable (et même uniformément stable) pour
la norme L2 si et seulement si
c∆t
α= ≤ 1. (3.35)
h
Cette condition est appelée condition CFL (Courant-Friedrichs-Lewy).
3.3 Le schéma de Lax-Friedrichs pour l’équation d’advection 91
Im z Im z
k 7→ Sbh (k, ∆t) k 7→ Sbh (k, ∆t)
1 1
Re z Re z
(a) Cas où α > 1 : le schéma est instable (b) Cas où α ≤ 1 : le schéma est stable
T HÉORÈME 3.3.4
Le schéma de Lax-Friedrichs (3.29) est stable (et même uniformément stable) pour
la norme Lp si et seulement si
c∆t
α= ≤1
h
ce qui entraîne
kSh (∆t) ukLp ≤ kukLp .
En utilisant, le théorème 3.2.2, on en déduit que le schéma est stable pour la norme Lp .
92 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
L’intérêt du schéma explicite est que les calculs à effectuer à chaque pas de temps
sont très simples et peu coûteux. La contre-partie est que la condition de stabilité
contraint à choisir un pas de temps aussi petit que le pas en espace ce qui peut en-
gendrer un gros surcoût de calcul.
où u est la solution continue de (3.3) et unh est la suite produite par le schéma (3.29).
La première étape consiste donc à relier l’erreur enh à l’erreur de troncature εnh . C’est
particulièrement simple ici grâce à la linéarité des équations. En effet, des égalités
(3.34) et (3.30), nous déduisons que
Plus généralement, nous allons en fait montrer que si une suite enh vérifie la relation
(3.36) où l’opérateur Sh (∆t) satisfait l’estimation de stabilité Lp (3.19), alors on peut
3.3 Le schéma de Lax-Friedrichs pour l’équation d’advection 93
estimer enh en fonction de e0h et des εkh uniformément en ∆t, tant que tn ≤ T .
Bien entendu, dans le cas d’un schéma uniformément stable (ν = 0), l’estimation
devient
sup kenh kLp ≤ ke0h kLp + T sup kεnh kLp . (3.37)
tn ≤T tn ≤T
Nous pouvons appliquer ce résultat général pour établir des estimations d’erreur Lp
pour le schéma de Lax Friedrichs (3.29).
T HÉORÈME 3.3.5
c∆t
Soient u la solution de (3.3) et unh la solution de (3.29, 3.7). Si ≤ 1 et si, pour
h
p ∈ [1, +∞], on a l’estimation d’erreur L (0, T ; L ) :
∞ p
d2 u 0
sup ku(·, tn ) − unh kLp ≤ h C(α) T .
tn ≤T dx2 Lp
94 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
D ÉMONSTRATION : D’après le théorème 3.3.4, sous la condition CFL (3.35), nous savons que
le schéma est uniformément stable dans Lp . Nous pouvons donc appliquer la formule (3.37)
dans laquelle nous injectons l’estimation (3.32) de l’erreur de troncature.
Le terme de (3.37) concernant eh0 est nul si la condition initiale imposée pour la solution nu-
mérique est (choix (i) de (3.7))
Si la condition initiale imposée est autre ( par exemple le choix (ii) de (3.7)), pour estimer le
terme en eh0 nous utilisons le résultat classique suivant (sur l’interpolation linéaire - exercice)
d2 u0
ke0h kLp = kΠh u0 − u0 kLp ≤ Ch k kLp .
dx2
D’après la Section 3.3.2 et le théorème, la condition CFL (3.35) est donc une condi-
tion nécessaire et suffisante de convergence du schéma de Lax-Friedrichs. Les figures
3.8 et 3.9 illustrent l’importance de cette condition dans la stabilité et donc la conver-
gence du schéma : pour plusieurs pas de temps, nous représentons en rouge la solu-
tion exacte (de l’équation d’advection (3.3) pour une vitesse c particulière) et en bleu
la solution numérique calculée en utilisant le schéma de Lax Friedrichs (3.29).
De manière générale, nous venons d’établir dans cette section, le théorème de Lax.
De plus, l’ordre de convergence est donné par l’erreur de troncature : c’est à dire que
si le schéma est d’ordre p en temps et d’ordre q en espace alors
un+1
j = 2unj − ujn−1 + α2 (unj+1 − 2unj + unj−1),
Pour le problème discrétisé, pour déterminer u0h et u1h on doit approcher u(xj , 0) et
u(xj , ∆t).
Nous verrons que la précision d’un tel schéma de démarrage est insuffisante. Pour en
avoir l’intuition, il suffit de remarquer que ce choix correspond à une approximation
d’ordre 1 en temps de la condition initiale
∂u
(x, 0) = u1 (x).
∂t
Ainsi cette dernière équation se réécrit
u1j − u0j
∀j, = u1 (xj ),
∆t
où le terme de gauche peut être vue comme une approximation décentrée (donc
d’ordre 1) de la dérivée en temps de la solution à l’instant t = 0.
Pour avoir un schéma de démarrage d’ordre 2 en temps (plus cohérent avec l’ordre
du schéma (3.39) qui, comme on le verra plus loin, est égal à 2), il suffit de pousser le
développement de Taylor un cran plus loin
∆t2 ∂ 2 u
u(xj , ∆t) = u0 (xj ) + ∆t u1 (xj ) + (xj , 0) + O(∆t3 ),
2 ∂t2
et, comme on ne dispose pas de la dérivée seconde de la solution en tant que donnée
initiale, d’utiliser l’équation des ondes écrite à l’instant t = 0 pour en déduire que
∂2u 2 0
2∂ u
(x, 0) = c (x),
∂t2 ∂x2
ce qui mène au schéma de démarrage
T HÉORÈME 3.4.1
Le schéma (3.39) est consistant à l’ordre 2 en temps et en espace :
εnj = O(∆t2 + h2 ).
et où unh ,
définie sur (0, 1) est la version « continue en espace » de la solution discrète,
en reprenant les notations de la section 3.2.
on voit que la quantité (3.42) peut être vu comme une approximation de l’énergie
1
E(tn+ 2 ) où l’on a remplacé le produit scalaire L2 (R) sur la variable d’espace par le
produit scalaire ℓ2 sur le vecteur (unj )j :
X
kunh k2ℓ2 = unh , unh ℓ2
= (unj )2 .
j∈Z
Autrement dit
n+ 21 1 un+1 − unh 1
Eh = k h kℓ2 + ah (un+1 n
h , uh ).
2 ∆t 2
T HÉORÈME 3.4.2
Si la suite (unj )j est solution du schéma saute-mouton (3.39), l’énergie discrète
n+ 21
Eh se conserve au cours du temps :
n+ 12 n− 21
Eh = Eh , ∀n ≥ 1.
P REUVE : Nous laissons les détails de la démonstration au lecteur pour nous concentrer sur
les principes de la démonstration.
un+1
h − unh
.
2∆t
Or on observe l’apparition d’identités remarquables
* + !
un+1
h − 2u n + un−1 un+1 − un
h h h h 1 un+1
h − unh unh − uhn−1
, = − ,
∆t2 2∆t 2∆t ∆t ℓ2 ∆t ℓ2
ℓ2
* +
unh − 2unh + unh un+1 − u n
1
2
, h h
= (ah (un+1 n n n−1
h , uh ) − ah (uh , uh )).
h 2∆t 2
∆t
ℓ
3.4 Le schéma saute-mouton pour l’équation des ondes 101
Le problème majeur dans l’étude discrète est que l’énergie discrète n’est pas néces-
sairement une quantité positive dû au terme
ah (un+1 n
h , uh ).
Ainsi même si l’énergie se conserve on ne peut pas être sûr qu’on conserve une norme
sur unh . Toutefois si le pas de temps est suffisamment petit (nous voyons apparaître ici
une condition de type CFL), un+1 h sera proche de unh et ah (un+1
h , uh ) sera donc presque
n
un carré. Dans ce cas, on pourra obtenir une forme « d’équivalence de norme » qui
permettra de relier la stabilité de la norme L2 (R) à celle de l’énergie.
avec enh = unh − u(tn , ·) l’erreur commise sur la solution. Plus précisément, on montre
que si on pose l’énergie discrète de l’erreur
n+1/2 1 en+1 − enh 1
Eh (enh ) = h
+ ah (en+1 n
h , eh )
2 ∆t ℓ2 2
alors
n+1/2
Eh (enh ) > 0
et q q √ n
n+1/2 n 2 X
Eh (eh ) ≤ E 1/2 (e0 ) + √ ∆t kεkh kℓ2
2 1−α 2
k=1
Pn
où ∆t k=1 kε
k
kℓ2 est l’erreur de troncature du schéma sommée à chaque pas de temps.
102 C HAPITRE 3 : Approximation par différences finies
Nous n’entrons pas dans les détails de la démonstration car notre objectif était sim-
plement de vous montrer que l’écriture d’un schéma numérique, où les identités
remarquables permettent d’écrire une énergie discrète, sont un outil extrêmement
puissant pour l’obtention d’un schéma stable.
Chapitre 4
u2
où f est une fonction strictement convexe (par exemple, f (u) = pour l’équation
2
de Bürgers).
Z xj + h
1 1 2
ou plutôt une approximation de u(x, tn )dx si l’on considère une approche par volumes
h xj − h
2
finis (cf. section 4.2.1)
103
104 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
Dans toute la suite, nous nous intéressons à des schémas explicites à un pas de temps
et à trois pas d’espace qui s’écrivent
un+1
j = H(unj−1, unj , unj+1) , (4.2)
où H est une fonction régulière. Les schémas implicites sont difficiles à mettre en
oeuvre pour les problèmes non-linéaires et nous n’en parlerons pas ici.
∂u ∂
+ f (u) = 0 (4.3)
∂t ∂x
et la forme non conservative :
∂u ∂u
+ f ′ (u) =0
∂t ∂x
des lois de conservation ne sont équivalentes que pour les solutions u régulières du
problème et que la notion de solution faible repose sur la forme conservative de
l’équation. On suit le même principe pour le calcul numérique d’une solution faible ;
on utilisera un schéma « sous forme conservative ».
Le principe de base des schémas conservatifs Zest la méthode des volumes finis qui
1 xj+ 21
vise à trouver une approximation de uj (t) = u(x, t) dx à tous les temps t = tn
h x 1
j− 2
h
où xj± 1 = xj ± . Pour cela, on intègre tout d’abord l’équation (4.3) entre xj− 1 et xj+ 1
2 2 2 2
ou de manière équivalente
où :
α ∆t
= ,
h .
gn = g unj , unj+1 .
j+ 21
4.2.2 Consistance
Les notions d’erreur de troncature, de consistance et d’ordre sont définies comme
dans le cas linéaire. L’erreur de troncature du schéma (4.5) s’écrit
1 1 n
εnj = ū n+1 n
− ūj + n
ḡ 1 − ḡj− 1 ,
∆t j h j+ 2 2
où
ūnj = ū(xj , tn ).
ḡ n 1 = ḡ(ūnj , ūnj+1),
j+ 2
Insistons sur le fait qu’il existe des schémas consistants et non conservatifs.
∀n ∈ N, kun − v n k ≤ C u0 − v 0
L’étude de la stabilité du schéma (4.8) ne peut pas se faire comme au chapitre pré-
cédent par analyse de Fourier, puisque les coefficients du schéma sont ici variables.
Pour pallier cette difficulté, il nous faut faire une nouvelle hypothèse : nous suppo-
sons que unj varie lentement en fonction de j. On peut alors considérer que, au voisi-
nage d’un point xk , le schéma (4.8) « ressemble » beaucoup au schéma suivant :
n+1 n ∂g ∂g n ∂g n ∂g n
wj = wj − α − wj + w − w (4.9)
∂u ∂v ∂v j+1 ∂u j−1
∂g ∂g
où toutes les dérivées et sont calculées en unk , unk . Ce schéma étant à coeffi-
∂u ∂v
cients constants, sa stabilité s’analyse de manière classique.
108 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
On suppose que la donnée initiale u0 du problème (4.1) a été discrétisée comme suit :
Z
0 1 xj+ 12 0
uj = u (x) dx ∀j ∈ Z,
h x 1
j− 2
où :
1
xj+ 1 = j+ h ∀j ∈ Z.
2 2
4.2 Propriétés des schémas 109
On construit alors, pour ∆t et h donnés, une suite un = unj j∈Z
par un schéma de la
forme
n+1 n ∆t n n
uj = uj − g 1 − gj− 1 , (4.11)
h j+ 2 2
g(u, u) = f (u) , ∀u ∈ R.
(i) u ∈ L∞ (K),
(ii) u∆k −→ u dans L∞ (K) quand k −→ +∞.
g∆ (x, t) n
= gj+ 1 avec xj ≤ x < xj+1 et tn ≤ t < tn+1 ,
2
110 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
et la seconde vers : Z +∞
u0 (x)ϕ(x, 0)dx.
x=−∞
Donc g∆ converge uniformément sur tout compact vers la fonction g(u(x, t), u(x, t)) qui, d’après
la consistance du schéma est identiquement égale à f (u(x, t)). La troisième intégrale converge
donc vers : Z +∞ Z +∞
∂ϕ
− f (u(x, t)) (x, t)dx dt,
x=−∞ t=0 ∂x
d’où le résultat (4.12).
Ce théorème nous assure que les schémas sous forme conservative sont adaptés au
calcul de solutions faibles. Notons qu’un schéma qui ne peut pas s’écrire sous forme
conservative peut très bien converger vers une fonction qui n’est pas solution faible
du problème.
On rappelle tout d’abord que la solution entropique est caractérisée par le fait qu’elle
satisfait la condition d’entropie
∂ ∂
U(u) + F (u) ≤ 0 (4.14)
∂t ∂x
pour toute entropie (U, F ), c’est-à-dire pour tout couple de fonctions C 1 , U étant stric-
tement convexe et F étant définie par :
Nous sommes en mesure de définir la notion de consistance d’un schéma avec une
condition entropique.
G(u, u) = F (u) , ∀u ∈ R ;
(ii) Pour toute solution unj de (4.5), on a
Ujn+1 ≤ Ujn − α Gnj+ 1 − Gnj− 1
2 2
où l’on a posé :
Ujn = U(unj ),
∀j ∈ Z, ∀n ∈ N .
Gn 1 = G unj , unj+1 ,
j+ 2
On peut alors établir, par une démarche tout à fait analogue à celle que nous avons
suivie pour démontrer le théorème de Lax-Wendroff, le théorème suivant.
T HÉORÈME 4.2.3
Sous les hypothèses du théorème 4.2.2, si de plus le schéma considéré est
consistant avec toute condition d’entropie, alors la limite u est l’unique solution
entropique du problème (4.1).
112 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
Nous allons étudier une classe particulière de schémas entropiques : les schémas mo-
notones.
Nous disposons d’un critère simple pour voir si un schéma est monotone ou pas.
Nous pouvons déjà énoncer quelques propriétés immédiates des schémas mono-
tones.
D ÉMONSTRATION :
(i) il suffit de poser vjn = unj+1 (puis vjn = unj−1 ) et d’appliquer la définition.
(ii) De même, il suffit de poser : vjn = inf unk (puis vjn = sup unk ) ∀j et d’appliquer la défini-
k∈Z k∈Z
tion en utilisant l’identité H(u, u, u) = u.
Une propriété essentielle des schémas monotones est donnée par le théorème sui-
vant que nous admettrons :
114 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
un+1
j = H(unj−1 , unj , unj+1 )
où H(u, v, w) = v − α{g(v, w) − g(u, v)}. On doit montrer qu’il est consistant avec toute condi-
tion d’entropie, mais on admettra qu’il suffit de considérer les entropies de Kruzkov qui sont
de la forme : (
U (u) = |u − k|,
k ∈ R.
F (u) = signe(u − k)(f (u) − f (k)),
D’après la définition 4.2.4, il nous faut trouver une fonction G(u, v) telle que l’on ait :
et
|un+1
j − k| ≤ |unj − k| − α G(unj , unj+1 ) − G(unj−1 , unj ) (4.17)
pour toute solution (unj ) du schéma. Posons alors :
où l’on a noté :
a ∨ b = max(a, b) et a ∧ b = min(a, b).
On a alors, puisque le schéma est consistant avec (4.3) :
d’où finalement :
H(unj−1 ∨ k, unj ∨ k, unj+1 ∨ k) ≥ un+1
j ∨k. (4.18)
On démontrerait de même l’inégalité suivante :
|un+1
j − k| ≤ H(unj−1 ∨ k, unj ∨ k, unj+1 ∨ k) − H(unj−1 ∧ k, unj ∧ k, unj+1 ∧ k),
Malheureusement, la portée des schémas monotones est limitée par leur ordre :
un+1
j = H(unj−1 , unj , unj+1 ),
1) Soit ū une solution régulière de (4.3). En poursuivant le calcul amorcé lors de la démons-
tration du lemme 4.2.1, on vérifie aisément que l’erreur de troncature s’écrit
n
n ∆t ∂ 2 ū h2 ∂ ∂g ∂g ∂ ū n
εj = + α (ū, ū) − (ū, ū) + O(h2 ) .
2 ∂t2 j 2∆t ∂x ∂v ∂u ∂x j
où
2 1 ∂g ∂g
β(ū, α) = c(ū) − (ū, ū) − (ū, ū) .
α ∂u ∂v
116 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
∂H ∂g
∀u ∈ R, (u, u) = α (u, u) ≥ 0
∂u ∂u
∂H ∂g ∂g
∀u ∈ R, (u, u) = 1 − α (u, u) − (u, u) ≥ 0
∂v ∂u ∂v
∂H ∂g
∀u ∈ R, (u, u) = −α (u, u) ≥ 0.
∂w ∂v
On a donc finalement ∂g
(u, u) ≥ 0
∂u
∂g
∀u ∈ R, (u, u) ≤ 0 (4.20)
∂v
∂g (u, u) − ∂g (u, u) ≤ 1
∂u ∂v α
3) Le schéma étant consistant, on a :
d’où
∂g ∂g
∀u ∈ R, (u, u) + (u, u) = c(u). (4.21)
∂u ∂v
De (4.20) et (4.21), on déduit finalement :
2
2 ∂g ∂g 1 ∂g ∂g
c(u) ≤ (u, u) − (u, u) ≤ (u, u) − (u, u) .
∂u ∂v α ∂u ∂v
et
∂g ∂g 1
(u, u) − (u, u) = .
∂u ∂v α
Ceci n’est vrai que si :
∂g 1 ∂g
(u, u) = et (u, u) = 0 ,
∂u α ∂v
où
∂g 1 ∂g
(u, u) = − et (u, u) = 0 .
∂v α ∂u
Plaçons nous par exemple dans le premier cas. D’après (4.21), on a alors :
1
∀u ∈ R, a(u) = .
α
4.3 Exemples 117
1
Il s’agit donc du cas linéaire de l’équation de transport avec la vitesse · Le schéma s’écrit :
α
un+1
j = unj−1 ,
4.3 Exemples
Nous allons illustrer les notions présentées précédemment en passant en revue les
principaux exemples de schémas pour les équations hyperboliques non linéaires en
dimension 1.
la condition CFL :
|c unk |∆t
≤ 1. (4.22)
h
Le schéma non-linéaire de Lax-Friedrichs est donc linéairement stable L2 si
(4.22) est vérifiée pour tout k. Comme cette condition dépend de n, le pas de
temps doit être ajusté à chaque itération. Autrement dit, on doit avoir :
∆t(n)
sup|c unk | ≤ 1 ∀n ∈ N . (4.23)
k∈Z h
• Monotone. On a
1 α
H(u, v, w) = (u + w) − (f (w) − f (u)).
2 2
D’où :
∂H 1 α
(u, v, w) = + c(u),
∂u 2 2
∂H
(u, v, w) = 0,
∂v
∂H 1 α
(u, v, w) = − c(w).
∂w 2 2
Par conséquent, le schéma de Lax-Friedrichs est monotone sous la condition
CFL (4.23).
Le schéma d’Engquist-Osher
Il est défini comme suit :
( Z unj Z unj+1 )
α
un+1
j = unj − f (unj+1) − f (unj−1) + |c(ξ)|dξ − |c(ξ)| dξ
2 un
j−1 u n
j
On retrouve le schéma décentré à gauche dans les zones où f est croissante et à droite
lorsque f est décroissante.
D’où :
∂H α α
(u, v, w) = c(u) + |c(u)|
∂u 2 2
∂H
(u, v, w) = 1 − α|c(v)|
∂v
∂H α α
(u, v, w) = − c(w) + |c(w)| .
∂w 2 2
Par conséquent, le schéma d’Engquist-Osher est monotone sous la condition
CFL (4.23).
Le schéma de Murman-Roe
Il est naturel de vouloir étendre au cas non-linéaire le schéma décentré. Mais il y a
une difficulté puisque nous avons vu que le schéma décentré à gauche est stable sous
une condition CFL si la vitesse c est positive. Si celle-ci est négative, il est impératif de
décentrer à droite. Autrement dit, le schéma non-linéaire suivant :
un+1
j = unj − α(f (unj ) − f (unj−1))
Pour remédier à cette difficulté, on peut par exemple considérer le schéma suivant,
appelé schéma de Murman-Roe
un+1
j = unj − α g unj , unj+1 − g unj−1, unj
où
1
g(u, v) = (f (u) + f (v) + |c(u, v)|(u − v)),
2
avec
f (u) − f (v) si u 6= v
c(u, v) = u−v .
′
f (u) si u = v.
120 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
Tout comme le schéma précédent, ce schéma coïncide avec le schéma décentré lorsque
f est monotone.
• Linéairement stable dans certains cas. Il n’est pas différentiable aux points
(u, v) pour lesquels c(u, v) s’annule. On ne peut donc pas linéariser le schéma
au voisinage de ces points. On peut seulement affirmer que, sous la condition
CFL (4.23), le schéma de Murman-Roe est linéairement stable L2 dans les zones
où f est monotone.
• Non entropique et donc non monotone. Supposons enfin que l’on veuille ré-
soudre numériquement à l’aide de ce schéma le problème (4.1) avec la donnée
initiale : (
ug si x ≤ 0,
u0 (x) =
ud si x > 0,
où ug et ud sont tels que : f (ug ) = f (ud ). Pour la donnée initiale discrète suivante
(
ug si j ≤ 0,
u0j =
ud si j ≥ 1,
unj = u0j ∀n ∈ N.
En effet, on a :
où la notation [ . ]nj signifie que l’on calcule la quantité entre les crochets au point xj
et au temps tn .
Nous allons ensuite discrétiser les termes entre crochets. Le premier terme se traite
de manière habituelle (discrétisation ordre 2)
n
∂ f (ūnj+1) − f (ūnj−1)
(f (ū)) = + O(h2 ).
∂x j 2h
Pour le second, on applique deux fois de suite un schéma centré afin d’obtenir une
approximation d’ordre 2 :
n ( n n )
∂ ∂ 1 ∂ ∂
c(ū) f (ū) = c(ū) f (ū) − c(ū) f (ū) + O(h2 ),
∂x ∂x j 2h ∂x 1
j+ 2 ∂x 1
j− 2
1 n
f (ūnj+1) − f (ūnj ) n
f (ūnj ) − f (ūnj−1)
= cj+ 1 − cj− 1 + O(h2 ),
2h 2 h 2 h
ūn + ūn
j j+1
où l’on a posé : cnj+ 1 = c .
2 2
On obtient finalement le schéma du second ordre suivant
α n α2 n
un+1 = u n
j − f − f n
+ c 1 (f n
− f n
) − c n
(f
j− 21 j
n
− f n
) ,
j
2 j+1 j−1
2 j+ 2 j+1 j j−1
avec n
fj
= f (unj )
n n
n
u j + u j+1
cj+ 1 = c
2 2
122 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
• Non entropique et donc non monotone. Enfin, on peut montrer qu’il n’est pas
entropique en suivant la même démarche que pour le schéma de Murman-Roe.
1
où xj+ 1 = j + h, ∀j ∈ Z. On calcule alors v n solution entropique du problème
2 2
suivant :
∂v + ∂ f (v) = 0, x ∈ R, t ∈ [tn , tn+1 ]
∂t ∂x (4.26)
v(x, tn ) = un (x), x∈R
On montrera (cf. lemme 4.3.1) que ce problème peut être résolu de façon exacte si la
condition suivante est vérifiée :
∆t(n) 1
sup|a (unk )| ≤ · (4.27)
k∈Z ∆x 2
- Deuxième étape : On définit un+1 comme projection de v n sur les fonctions constantes
par morceaux :
Z
n+1 1 xj+ 12 n
uj = v (x) dx, ∀j ∈ Z. (4.28)
h x 1
j− 2
4.3 Exemples 123
L EMME 4.3.1
Sous la condition (4.27), la solution du problème (4.26) est donnée par :
n
x − xj+ 1
v (x, t) = wR 2
; unj , unj+1 si xj < x < xj+1 , (4.29)
t − tn
x
où wR ; ug , ud est la solution du problème de Riemann pour les états (ug , ud ).
t
x − x
j+ 21
v(x, t) = wR ; unj , unj+1 · (4.30)
t− tn
Il s’agit d’une onde de détente si unj ≤ unj+1 et d’un choc dans le cas contraire. La « juxta-
position » de solutions de la forme (4.30) définit bien la solution de (4.26) si les différents
problèmes n’ont pas « interagi » avant l’instant tn+1 . Autrement dit, il faut que la solution v de
chacun des problèmes (Pj ) vérifie :
(
v(xj , t) = unj ,
n n+1
∀t ∈ [t , t [,
v(xj+1 , t) = un+1
j ,
h
≥ max |c unj |, |c unj+1 | .
2∆t
124 C HAPITRE 4 : Discrétisation des équations hyperboliques non linéaires 1D
choc détente
tn+1
uj-1n ujn n
uj+1
tn
xj-1 xj- xj xj+ xj+1
l’onde de choc ou l’onde de détente n’auront pas atteint les bornes de l’intervalle xj et xj+1
avant l’instant :
h
Tj = tn + Vj .
2
Il suffit donc de choisir t n+1 tel que : t n+1 ≤ Tj , ∀j ∈ Z .
L EMME 4.3.2
(i) L’application ξ → f (wR (ξ; u, v)) est continue en 0, quels que soient u et v.
(ii) Le schéma de Godounov peut s’écrire sous forme conservative et son flux
numérique est donné par :
D ÉMONSTRATION :
f (u) − f (v)
(i) On sait que l’application ξ → wR (ξ; u, v) est continue partout sauf en ξ =
u−v
si u > v. Elle est donc continue en 0 sauf si : u > v et f (u) = f (v). Or, on a dans ce cas :
wR (0− ; u, v) = u et wR (0+ ; u, v) = v. D’où : f (wR (0− ; u, v)) = f (u) = f (w) = f (wR (0+ ; u, v)).
On a : Z Z
xj + 21 tn+1
∂v ∂
0= + f (v) dx dt.
xj − 21 tn ∂t ∂x
A priori, cette écriture n’a de sens que si la maille considérée n’est pas traversée par une ligne
de choc. Dans le cas contraire, il faudrait intégrer de part et d’autre du choc. Cependant,
comme v satisfait la relation de Rankine-Hugoniot, on vérifie aisément que l’intégrale sur
la ligne de choc issue de l’intégration par parties est nulle. Tout se passe donc comme si v
était régulière !
On a alors
Z xj+ 1 Z tn+1
2 n+1
n
0= v(x, t ) − v(x, t ) dx + f (v(xj+ 1 , t)) − f (v(xj− 1 , t)) dt.
2 2
xj− 1 tn
2
alors
wR (0; unj , unj+1) = unj , ∀j ∈ Z
et le schéma de Godounov s’écrit
un+1
j = unj − α f (unj ) − f (unj−1) .