Transitions familiales 2005-2006
Transitions familiales 2005-2006
Transitions
familiales
Le rapport
2005 - 2006
sur la situation et les besoins
des familles et des enfants
Transitions familiales : Le Rapport 2005-2006 sur la situation et les besoins des familles et des enfants
a été adopté par le Conseil de la famille et de l’enfance à sa réunion du 9 novembre 2006, conformément
à l’article 14 de la Loi sur le Conseil de la famille et de l’enfance.
Suzanne Amiot
Marguerite Blais, présidente du Conseil de la famille et de l’enfance
Louise Chabot
Suzanne Couture
Jean-Nil Thériault, président du comité
Avril 2007
ISBN : 978-2-550-49218-4 (imprimé)
ISBN : 978-2-550-49219-1 (pdf)
À la mémoire de Véronique Benk Fortin, oncologue, spécialiste du cancer du sein, décédée en octobre 2005
qui nous a inspiré l’illustration de la page couverture. Sur le napperon d’un restaurant, peu de temps avant sa mort,
Véronique, Paul et leurs enfants avaient calqué leurs mains les unes sur les autres.
Table des matières
Message de la présidente 8
Introduction 10
Chapitre 2 La relation parent-enfant s’ouvre 68
2.1 L’adaptation au moment de la fin du congé parental 70
2.1.1 Décider de la prise en charge de l’enfant
dans un contexte d’incertitude 70
La crainte du retour prématuré au travail
Le doute par rapport à la multiplicité
de l’information spécialisée
Le questionnement sur le soutien aux familles
Le questionnement sur la conciliation
famille-travail ou famille-études
Les répercussions financières
Les aspirations personnelles, familiales et professionnelles
Les questionnements sur les besoins de l’enfant
et les services offerts
2.1.2 S’adapter à la nouvelle situation 84
S’adapter à la vie au foyer
S’adapter à la garde de l’enfant par une tierce personne
S’adapter à la garde de l’enfant par un service de garde
2.2 L’adaptation au moment de la rentrée scolaire 89
2.2.1 Entrer à l’école dans un milieu qui s’est transformé 89
2.2.2 Une adaptation pour tous les membres de la famille 90
Éléments communs : émotions et inquiétudes
L’entrée au primaire
L’entrée au secondaire
L’entrée au postsecondaire
3.1.2 S’adapter aux changements multiples et simultanés 121
L’installation physique
La difficile conciliation famille-travail
L’adaptation financière et ses conséquences
3.1.3 Les contextes particuliers 126
Famille avec un enfant handicapé
Famille avec un enfant adopté
Famille recomposée
Paternité non reconnue légalement
Un contexte de violence
Le contexte culturel
3.1.4 L’exercice de la coparentalité 128
Distinguer relation conjugale et relation parentale
La communication à maintenir
Les particularités des parents non gardiens
La fragilité de la relation parent-enfant
3.1.5 Des enfants résilients, mais pas invulnérables 133
3.1.6 Le soutien de l’environnement 136
L’expression de la solidarité familiale
Les services d’aide
Une question de santé publique
Des services spécialisés
Les milieux éducatifs
Les milieux de travail
L’équilibre public-privé
3.2 L’adaptation au moment de la recomposition familiale 141
3.2.1 Décider de cohabiter sans modèle défini 141
3.2.2 Un long processus d’adaptation 146
3.2.3 Une adaptation de tous les membres de la famille 147
Des deuils à faire
Le choc des cultures
Des atouts d’une cohabitation réussie
3.2.4 La vulnérabilité des enfants 149
3.2.5 La relation parentale à préserver 151
3.2.6 La relation beau-parent et enfant à établir 152
3.2.7 Les répercussions sur la fratrie 154
3.2.8 Les aspects organisationnels et financiers 154
Des économies souvent surestimées
Un passé financier qui impose des contraintes
L’effet des mesures fiscales
La protection légale à assurer
3.2.9 Des familles à reconnaître 158
Chapitre 5 Des besoins et des pistes d’action 200
5.1 Des constats généraux 204
5.2 Des besoins analogues 205
Une diversité familiale de plus en plus acceptée
L’importance des réseaux d’entraide
L’équilibre entre l’intervention préventive et l’intervention curative
L’équilibre entre le domaine privé et le domaine public
5.3 Des pistes d’action 207
Information
Développement des compétences
Reconnaissance de la contribution parentale
Soutien économique
Une société accueillante
Conclusion 216
Bibliographie 220
Composition du Conseil de la famille et de l’enfance 230
Remerciements 231
nfttbhf
ef!mb!stjefouf
nfttbhf!ef!mb!qst
D\jjX^\[\cX
qstjefouf!
#´EST AVEC UN IMMENSE PLAISIR QUE JE VOUS CONVIE g LA LECTURE DE4RANSITIONS FAMILIALES
LE 2APPORT SUR LA SITUATION ET LES BESOINS DES FAMILLES ET DES ENFANTS
DU #ONSEIL DE LA FAMILLE ET DE L´ENFANCE ,´IMAGE QUI ME VIENT SPONTANmMENT g
L´ESPRIT POUR VOUS LE PRmSENTER EST CELLE D´UN ALBUM DE FAMILLE %N PARCOURANT CE
DOCUMENT DES SOUVENIRS DEVENUS PLUS IMPRESSIONNISTES ONT REPRIS LEURS COULEURS
D´ANTAN *E SUIS D´AVIS QUE NOUS POUVONS PERSONNELLEMENT NOUS SENTIR CONCERNmS
g UN MOMENT OU g UN AUTRE EN SILLONNANT LES LIGNES DE CE RAPPORT QUI ANALYSE
DES PmRIODES TRANSITIONNELLES MAJEURES DU PARCOURS FAMILIAL )L SE POURRAIT FORT BIEN
QUE CETTE LECTURE RANIME EN VOUS DES mMOTIONS DU PASSm ET SOULnVE DES APPRmHEN
SIONS ET DES ESPOIRS ENTRETENUS QUANT g L´AVENIR )L VOUS AMnNERA PEUT oTRE AUSSI
g MIEUX COMPRENDRE CE QUE VIVENT VOS PROCHES ET ESPmRONS LE g MIEUX SOUTENIR
LEUR DmMARCHE D´ADAPTATION AUX CHANGEMENTS QU´IMPOSE LA VIE
$ANS CETTE PmRIODE DE L´HYPERMODERNITm O| TOUT EST TROP RAPIDE O| LA PERFOR
MANCE EST g L´ORDRE DU JOUR DES AGENDAS UN REGARD REMPLI DE TENDRESSE UN MOT
CHALEUREUX ET RmCONFORTANT UNE MAIN TENDUE VERS L´AUTRE UNE INFORMATION PLUS
HUMAINE ET ACCUEILLANTE SONT AUTANT D´ATTENTIONS QUI PEUVENT FAIRE LA DIFFmRENCE
SUR UNE ROUTE DE VIE %N CE SENS CE RAPPORT M´APPARAsT UNE VASTE MINE DE Rm¾EXION
NOUS INVITANT g PRoTER ATTENTION g CE QUE VIVENT LES FAMILLES )L VIENT AUSSI RAPPELER
L´IMPORTANCE DES LIENS DE SOLIDARITmS FAMILIALES #ES LIENS SONT EN QUELQUE SORTE
DES ½CELLES QUI NOUS UNISSENT LES UNS AUX AUTRES ET QUI SOUVENT NOUS PERMETTENT
DE MIEUX SURMONTER LES DIF½CULTmS $ES LIENS PAR AILLEURS QUI SE DmVELOPPENT
GRADUELLEMENT AU ½L DU TEMPS ET QUI REQUInRENT PARFOIS UNE ASSISTANCE POUR QUE
LA RELATION PARENT ENFANT SE DmVELOPPE ET SE PRmSERVE HARMONIEUSEMENT
/
La richesse de ce document est qu’il rassemble, dans un juste équilibre, les
témoignages de parents et de grands-parents, les constats de recherche et les
observations d’intervenantes et d’intervenants auprès des enfants et des familles.
Il n’est certes pas prétentieux de dire que ce Rapport reflète la réalité des familles
dans toute sa multiplicité et sa diversité et qu’il est d’une grande actualité. À chaque
jour, les médias attirent notre attention sur la situation d’enfants et de familles qui
vivent des problématiques particulières. Des réalités qui sont souvent évoquées
et documentées dans le Rapport et ce, dans le plus grand respect des familles.
J’attire particulièrement votre attention sur le dernier chapitre où, à la lumière
des informations recueillies, le Conseil dégage ses constats et soumet des pistes
d’amélioration des services publics et communautaires.
Je remercie les membres et la permanence du Conseil de la famille et de l’enfance,
tout particulièrement Mme Danielle Aubert, pour la rigueur intellectuelle et la
générosité qu’ils ont apportées à l’élaboration de ce Rapport. En espérant que
la contribution du Conseil renforce la conviction de chacune et de chacun en
l’inestimable richesse que constitue pour la société québécoise la contribution de
celles et de ceux qui assument des responsabilités familiales.
Bonne lecture!
La présidente,
Marguerite Blais
Le 30 janvier 2007
Jouspevduj
Jouspevdujpo
Jouspevdujpo
@ekif[lZk`fe
('
Jouspevdujpo!
,A PRODUCTION D´UN RAPPORT SUR LA SITUATION ET LES BESOINS DES FAMILLES ET DES
ENFANTS OFFRE AU #ONSEIL DE LA FAMILLE ET DE L´ENFANCE UNE OCCASION D´APPROFONDIR
CERTAINS ASPECTS DES CONDITIONS DE VIE DES FAMILLES 0OUR SON RAPPORT
IL A CHOISI DE SUIVRE UN AXE TEMPOREL EN EXAMINANT LES TRANSFORMATIONS DE LA
RELATION PARENT ENFANT AU ½L DU CYCLE DE LA VIE FAMILIALE #E FAISANT IL CHERCHE g
MIEUX CERNER LA MULTIPLICITm DES ADAPTATIONS QUE DOIVENT ENTREPRENDRE LES FAMILLES
TOUT AU LONG DE CE PARCOURS
,´ANALYSE DES RmALITmS FAMILIALES REJOINT LES PRmOCCUPATIONS DU GOUVERNEMENT DU
1UmBEC ª CET mGARD EN TITULAIRE DU MINISTnRE DE L´%MPLOI DE LA 3OLIDARITm
SOCIALE ET DE LA &AMILLE ¦ SOUHAITAIT REVOIR DANS UN CONTEXTE DE MODERNITm TOUT LE
SOUTIEN AU RxLE PARENTAL § )L CONVIAIT LE #ONSEIL g ¦ EXAMINER PLUS EN PROFONDEUR LES
DIF½CULTmS AUXQUELLES FONT FACE LES FAMILLES §
0OUR LA PRODUCTION DE CE RAPPORT LE #ONSEIL S´APPUIE SUR DES CONSTATS DE RECHERCHES
ET SUR SA CONNAISSANCE DES MILIEUX CONCERNmS )L PEUT COMPTER SUR LA RICHE
EXPmRIENCE DE SES MEMBRES QUI SONT ISSUS D´UNIVERS VARImS $E PLUS LE #ONSEIL
A DmVELOPPm AU ½L DES ANS UN RmSEAU DE PARTENAIRES PRIVILmGImS NOTAMMENT LES
ORGANISMES FAMILIAUX ET LES RmSEAUX INSTITUTIONNELS AVEC LESQUELS IL ENTRETIENT
DES CONTACTS QUI CONTRIBUENT g SA COMPRmHENSION DES RmALITmS FAMILIALES 0AR
AILLEURS OUTRE LES DIVERSES ACTIVITmS PUBLIQUES QU´IL ORGANISE ET QUI L´ALIMENTENT LE
#ONSEIL A PU S´APPUYER POUR LA RmDACTION DE CE RAPPORT SUR UNE SmRIE DE RENCONTRES
TENUES DANS PLUSIEURS RmGIONS DU 1UmBEC )L TENAIT g PERMETTRE AUX 1UmBmCOISES
ET AUX 1UmBmCOIS DE S´EXPRIMER SUR LEUR SITUATION )L LUI PARAsT ESSENTIEL POUR UNE
COMPRmHENSION ½NE DE LA RmALITm DES FAMILLES DE RECUEILLIR LES PROPOS DES PARENTS
ET DES PERSONNES INTERVENANT DANS LE DOMAINE FAMILIAL
#´EST AINSI QUE SOUS LA DIRECTION DE LA PRmSIDENTE -ME -ARGUERITE "LAIS DES
RENCONTRES ONT EU LIEU DANS SEPT RmGIONS DU 1UmBEC SOIT EN -AURICIE EN #HAUDInRE
!PPALACHES g -ONTRmAL EN -ONTmRmGIE DANS LES RmGIONS DES ,AURENTIDES DE
#HARLEVOIX ET DE LA #APITALE .ATIONALE /NT PARTICIPm AUX RENCONTRES DES PARENTS
DES REPRmSENTANTES ET DES REPRmSENTANTS D´ASSOCIATIONS DES INTERVENANTES ET DES
INTERVENANTS ET DES BmNmVOLES D´ORGANISMES TELS QUE CEUX DE LA -AISON DE LA
&AMILLE ET DE LA -AISON DES 'RANDS 0ARENTS
((
Pour le traitement de l’information, le Conseil ne souhaitait pas procéder à une
nomenclature des difficultés familiales, une telle énumération pourrait suggérer
que les familles se caractérisent avant tout par les problèmes qu’elles vivent,
ce qui ne coïncide pas avec la vision qu’en a le Conseil. Il a plutôt opté pour
approfondir certaines transitions du parcours familial qui constituent en quelque
sorte des « passages de vie ». Choisis ou subis, ces événements peuvent entraîner
un déséquilibre de la dynamique familiale, parfois de courte durée; ils méritent
néanmoins qu’on s’y attarde pour mieux saisir les besoins des familles qui vivent
ces transitions.
Conscient qu’une multitude d’éléments peuvent influer sur le parcours de vie des
familles, le Conseil a dû limiter le nombre de thèmes abordés. Néanmoins, il a
porté son choix sur des périodes transitionnelles importantes qui jouent un rôle
significatif sur la dynamique des familles ayant des enfants.
Dans un premier temps, la situation des jeunes couples susceptibles d’avoir des
enfants sera examinée. Suivra l’analyse de la situation et des besoins des familles
qui accueillent un enfant, qu’il s’agisse ou non d’un premier enfant; que celui-ci
soit né de l’union ou adopté. Le Conseil s’attardera aussi à la situation particulière
des familles qui doivent s’adapter à un nouvel enfant qui présente un handicap
ou une maladie grave. La fin de la période postnatale se prêtera, pour sa part, à
l’analyse de la situation des parents qui ont à faire des choix relatifs à la poursuite
de leurs activités professionnelles et, selon le cas, au mode de garde à privilégier.
Un chapitre sera consacré à l’entrée à l’école, tout d’abord l’entrée à l’école primaire,
et, par la suite, le passage au secondaire et au postsecondaire. Puisque la rupture
de l’union et la recomposition familiale sont des événements qui exigent de
multiples adaptations et qui concernent un nombre important de familles, ces
thèmes seront abordés en conservant comme axe d’analyse la relation parent-
enfant. Le dernier sujet abordera la dynamique familiale lorsque l’enfant devient
adulte et éventuellement parent à son tour. Ce thème permettra notamment de
s’intéresser à l’exercice de la grand-parentalité dans un contexte où souvent les
parents entreprennent la transition vers la retraite.
La réflexion du Conseil s’est organisée autour du fil conducteur que constitue la
relation qui se développe dès le moment où un jeune couple envisage d’avoir un
enfant et qui évolue au cours de la vie, en s’ouvrant à la présence d’autres adultes
et à la fréquentation du réseau éducatif. La préservation de cette relation est aussi
au cœur des préoccupations lorsque les parents connaissent une rupture. L’entrée
dans la vie adulte de l’enfant ne met nullement fin à l’évolution de cette relation,
qui se prolonge avec l’arrivée d’une nouvelle génération.
En suivant la transformation de la relation parent-enfant au fil du temps et en
prenant en compte la multiplicité des réalités familiales, le Conseil sera amené à
exposer ses préoccupations et à proposer certains sujets de recherche susceptibles
de conduire vers la production d’avis ultérieurs. Le Conseil espère ainsi alimenter la
réflexion du gouvernement du Québec, des milieux politiques et des partenaires
de la société civile en vue d’actions concertées pour le mieux-être des familles et
des enfants du Québec.
12
13
,A RELATION
PARENT ENFANT
S´INSTALLE
Dibqjusf!2
Dibqjusf!2
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Mb!sfmbujpo!qbsfou.fogbou!!
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(,
1.1 1.1
1.1.1
L’adaptation à la vie de couple
Décider de cohabiter dans un contexte d’instabilité
Le contexte sociodémographique du Québec, à l’instar de celui de nombreux pays
occidentaux, est caractérisé par une importante augmentation de l’espérance de
vieII ainsi que par une baisse graduelle des naissancesIII. La proportion des jeunes
dans la société québécoise diminue continuellementIV. Ceux-ci sont incités à
poursuivre leurs études plus longtemps. Leur intégration sur le marché du travail
s’inscrit dans un contexte économique où la précarité d’emploi et des conditions
de travail atypiques sont des réalités fréquentesVI. Ces phénomènes retardent
l’acquisition de l’autonomie financière chez les jeunes adultes, dont un certain
nombre vivent dans des conditions de précarité. L’Institut de la statistique du
Québec estime qu’en 2003, plus de la moitié (57,7 %) des personnes seules de
moins de 25 ans étaient à faible revenu, comparativement à un peu plus que le
cinquième (22,4 %) pour l’ensemble des personnes seulesVII (tableau 1).
Les chiffres romains réfèrent aux notes de bas de page et les chiffres arabes réfèrent aux notes bibliographiques en
fin de chapitre. — Pour les fins de ce rapport, les mots conjointe et conjoint désigneront tout autant les personnes
mariées que celles vivant en union libre — Il est à noter qu’un certain nombre de réserves indiennes n’ont pas participé
au recensement de 2001, d’où un sous-dénombrement de cette population. Voir à ce sujet : Ministère de la Famille, des
Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, p. 36).
II L’Institut de la Statistique du Québec (ISQ) estime que l’espérance de vie, en 2003-2005, au Québec, à la naissance,
est de 80,27 ans; 77,63 ans pour les hommes et de 82,68 ans pour les femmes (Institut de la Statistique du Québec,
tableau, Espérance de vie à la naissance et à 65 ans selon le sexe, Québec, 1980-1982 à 2003-2005, site consulté le 12
janvier 2007).
III Au début des années 2 000, le nombre des naissances variait entre 72 000 et 74 000. On note, en 2005, une aug-
mentation de 2,9% par rapport à 2004, soit 76 200 naissances. La tendance à la hausse se poursuit au début du
premier semestre de 2006. Ce niveau est comparable à celui de 1998, mais loin du sommet de 98 013 naissances
atteint en 1990 (Normand Thibault, 2006, « Plus de bébés au Québec en 2005 et 2006 », Données sociodémographi-
ques en bref, vol. 11, no 1, octobre, p. 1).
IV Les 15-29 ans représentaient 19,7 % de la population québécoise en 2001 comparativement à 22,6 % en 1991 (Conseil
permanent de la jeunesse, tableau, Évolution de la population des 15-29 ans, Québec, 1991,1996, 2001, site consulté le
13 septembre 2006).
Le taux de fréquentation scolaire à temps plein des 20-24 ans était de 16,5 % en 1971. Il était de 41,4 % en 2001
(Institut de la statistique du Québec, tableau, Taux de fréquentation scolaire à temps plein de la population de 15-24
ans selon le groupe d’âge et le sexe, Québec, Ontario, Canada, 1971-2001, site consulté le 13 septembre 2006).
VI En 1999 (ce sont les données les plus récentes disponibles sur le travail atypique des jeunes), 46,5 % des jeunes
adultes occupaient un emploi temporaire ou à temps partiel ou exerçaient des activités de travail autonome, contre
33,1 % des travailleurs de plus de 30 ans. La proportion des jeunes travaillant à temps partiel a presque triplé entre
1976 et 1999. Plus d’un jeune sur cinq (23 %) occupe un emploi temporaire, en comparaison de moins de 10 % chez
les plus de 30 ans (Conseil permanent de la jeunesse, Emploi atypique et précarité chez les jeunes : une main-d’œuvre
à bas prix, compétente et jetable!, p. 21-33).
VII En comparaison, le taux est de 4,8 % chez les personnes seules de 65 ans et plus. L’estimation est fondée sur la
mesure de faible revenu (MFR) après impôt (Institut de la statistique du Québec, tableau, Proportion de familles
et de personnes seules à faible revenu après impôt selon certaines caractéristiques 1996-2003, site consulté le 14
novembre 2006).
16
Tableau 1 Proportion de familles et de personnes seules
à faible revenu après impôt1, Québec, 1996 et 2003
17
Dans ces circonstances, les parents sont appelés – parfois, et même souvent –
à soutenir financièrement leurs enfants majeurs. Dans certains cas, des parents
accepteront d’accueillir la conjointe ou le conjoint de leur enfant lorsque le
couple n’est pas en mesure d’assumer les frais d’un logement. L’aide des parents
se manifeste aussi lorsque leurs enfants quittent la région pour poursuivre leurs
études ou pour occuper un emploiII. Bien qu’ils soient nombreux à le faire et peu
à y revenir de façon permanenteIII, le foyer familial constitue souvent un tremplin
économique pour les jeunes adultes, qui y reviennent de façon sporadique lorsque
leur situation financière se précarise ou encore à la suite d’une rupture du couple.
Les modes de vie des jeunes adultes se sont transformés au cours des dernières
décennies. La littérature fait mention d’une prolongation de la jeunesse. La vie
en couple est retardéeIV. Les possibilités de rencontrer l’âme sœur semblent plus
rares. Les couples ne se « fréquentent » plus, mais « sortent » ensemble, souvent en
groupe. Les activités entre amies et amis prennent une place très importante dans
la vie des jeunes adultes. L’attitude plus permissive des parents et de la société
concernant la sexualité a possiblement contribué à diminuer le désir des jeunes à
l’égard d’une cohabitation conjugale précoceVI. À ce point de vue, le comportement
des jeunes hommes se distingue de celui des jeunes femmes, celles-ci ayant
tendance à quitter le foyer parental plus tôt et étant en couple dans une proportion
plus importante que les jeunes hommes au même âgeVII (tableau 2).
18
Tableau 2 Proportion des jeunes adultes qui sont en couple,
avec ou sans enfant, Québec, 2001
L’entrée dans la vie adulte se fait dans une société qui s’est transformée rapide-
ment au cours des dernières décennies. Ces transformations se sont effectuées
en même temps qu’émergeaient des valeurs telles que l’individualisme et
l’autonomie. La majorité des nouveaux couples choisissent de vivre ensemble
et même d’avoir des enfants hors mariageII. Le taux de rupture conjugale est élevé,
et celle-ci survient de plus en plus tôt dans la vie des enfantsIII. Les structures
familiales et les parcours conjugaux sont diversifiés. La monoparentalité constitue
de moins en moins une condition permanente. Différents modèles de familles
recomposées coexistent ainsi qu’une variété de modes de garde de l’enfant.
Des phénomènes sont en émergence, en autres celui des couples dont les
partenaires décident de conserver chacun son lieu de résidenceIV et des couples
de même sexe reconnus conjointement parents, ce qui est possible depuis
l’entrée en vigueur de la Loi sur l’union civile en 2002.
On estime que plus de 80 % des jeunes vivant en couple et âgés de moins de 25 ans ont opté pour l’union libre. La
proportion diminue avec l’âge mais, chez les 30-34 ans, environ la moitié des personnes en couple vivent en union libre
(Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, p. 47).
II Au Québec, 59,2 % des naissances en 2003 étaient hors mariage, comparativement à 46,3 % en 1993 et à 20,4 % en 1983
(Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, p. 53).
III Plus de la moitié des mariages se terminent par un divorce (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition fé-
minine, Un portrait statistique des familles au Québec, p. 49, tableau 1.11). L’information n’est pas disponible pour les
unions de fait, mais certaines indications laissent entendre que les ruptures seraient plus fréquentes hors mariage.
Il faut toutefois prendre en compte que ces données intègrent les couples sans enfant. Bien que la majorité des
enfants vivent avec leurs deux parents, des études longitudinales font ressortir que 20 % des enfants nés en famille
« intacte » en 1983-1984 ont connu la séparation de leurs parents avant d’avoir dix ans (Pour un complément d’in-
formation, consulter le chapitre 3 de ce rapport).
IV L’enquête sociale générale de 2001 de Statistique Canada estimait à 313 000 hommes et à 336 000 femmes le
nombre de personnes qui considèrent faire partie d’un couple non cohabitant au Québec. Chez les 20-24 ans, environ
les deux tiers des hommes et la moitié des femmes qui sont en couple ne cohabitent pas. Selon des chercheurs de
l’ISQ, le phénomène des jeunes vivant chez leurs parents et se déclarant en union intime aide à expliquer la baisse
de la cohabitation des jeunes adultes (Louis Duchesne et Feryaz Kilic, 2005, « Les couples non cohabitants », Données
sociodémographiques en bref, octobre, vol. 10, no 1 p. 4).
19
Malgré tout, les jeunes adultes d’aujourd’hui, dont plusieurs ont connu le divorce
de leurs parents, croient en un projet de vie commun. C’est du moins ce qui se
dégage des enquêtes faites auprès de cette génération. Selon la démographe
Nicole Marcil-Gratton, les jeunes « continuent de placer l’engagement dans la vie
de couple au premier rang de ce qui est jugé indispensable au bonheur, avant
l’emploi, le mariage ou avoir un enfant1 ». Ce qui lui apparaît nouveau, c’est que
le couple doit contribuer au bonheur et à l’épanouissement de l’individu plutôt
que l’inverse. « Cet objectif est par ailleurs distinct de la fondation d’une famille »,
précise-t-elle2.
Dans une société où l’accroissement de l’espérance de vie fera en sorte que jamais
dans l’histoire de l’humanité des hommes et des femmes n’auront été appelés à
vivre aussi longtemps ensemble, « réussir son couple » peut s’avérer un défi de taille.
La vie à deux arrive au premier rang des conditions pour être heureux chez les jeunes (Madeleine Gauthier (sous la
dir. de), La jeunesse au Québec, p. 81).
II La psychologue Johanne Côté évalue à environ douze mois la période d’adaptation à la vie de couple
(Geneviève Bouchard, 2006, « Bientôt la vie à deux. Une première cohabitation demande une adaptation », Le Soleil,
25 mars, p. E2).
III Parmi les jeunes de 20 à 34 ans qui ont quitté leur région, en 1998-1999, 80 % avaient connu des expériences de
cohabitation (Madeleine Gauthier et autres, La migration des jeunes au Québec : résultats d’un sondage auprès des
20-34 ans du Québec, p. XIII).
20
La conciliation des temps sociaux
Lorsqu’il est question de la première expérience de cohabitation, tous reconnais-
sent qu’il s’agit d’une période de multiples conciliations. Très tôt, les jeunes adultes
font face à la difficulté de conjuguer les activités professionnelles et personnelles
de manière à préserver l’intimité nécessaire à la vie de couple. Les contraintes
peuvent apparaître encore plus lourdes pour celles et ceux qui se retrouvent en
situation d’emploi précaire ou atypique. La coordination des horaires entraîne des
difficultés particulières, comme le rapporte une participante aux consultations :
« Quand on se voit seulement à 23 h 30, juste avant de se coucher, il y a un
problème! », déplore-t-elle. Il est aussi de moins en moins rare de voir « des couples
de fin de semaine », l’un des conjoints devant prendre un pied-à-terre dans une
autre région à cause de son emploi.
Le lien entre les conditions de travail et l’insatisfaction conjugale
se retrouverait parmi les raisons fréquemment évoquées au …la conciliation des temps
moment d’une séparation. Quoique les études sur les circonstances sociaux serait un défi
entourant la séparation des couples restent rares, des résultats majeur pour les jeunes
d’enquêtes longitudinales montrent que, lorsqu’au moins un des adultes qui entreprennent
conjoints travaille le soir ou la fin de semaine, le pourcentage de
une vie de couple
séparation au bout de deux ans est significativement plus élevé
que chez les autres couples3.
Par ailleurs, une intervenante, s’appuyant sur son expérience auprès de jeunes
couples, signale que, chez certains d’entre eux, la fréquentation des amis devient
une cause majeure de mésentente, tout comme les loisirs4. Cette observation va
dans le sens des recherches montrant que les jeunes consacrent de plus en plus
de temps aux activités sociales avec leurs pairs.
Certains émettent l’hypothèse que de jeunes adultes habitués à mener une vie
active lorsqu’ils résidaient chez leurs parents (études, travail à temps partiel,
activités sociales et sports) peuvent éprouver quelques difficultés à intégrer à leur
mode de vie les contraintes qu’imposent la vie de couple et la gestion courante
de la maisonnée. Par ailleurs, certains spécialistes observent de plus en plus un
risque d’épuisement psychologique chez des jeunes aux prises avec un emploi du
temps chargé5. Ainsi, la conciliation des temps sociaux serait un défi majeur pour
les jeunes adultes qui entreprennent une vie de couple.
Des auteurs évoquent le maintien d’une sociabilité juvénile (Madeleine Gauthier et autres, Jeunes et fécondité : les
facteurs en cause, revue de la littérature et synthèse critique, p. 27-29; 39-41).
21
Tableau 3 Revenu moyen d’emploi selon le groupe d’âge et le plus haut
niveau de scolarité atteint, Québec, 2001
Certificat ou
Certificat d’études
Total diplôme d’études Baccalauréat
secondaires
collégiales
$
20-24 ans 13 265 12 606 12 533 13 744
25-29 ans 24 585 21 393 25 012 29 603
30-34 ans 30 321 25 594 30 788 38 771
35-39 ans 33 820 27 672 34 759 47 859
40-44 ans 35 715 30 119 36 984 52 235
45-64 ans 35 989 30 700 37 106 54 102
Source : Institut de la statistique du Québec, commande spéciale, 18 avril 2006.
Tiré du tableau Plus haut grade, certificat ou diplôme (12), revenu moyen d’emploi et 2000 (3),
groupes d’âges (13B) pour la population totale de 15 ans et plus, Québec, 2001.
Au Québec, 56 % des emprunteuses et des emprunteurs au Programme de prêts et bourses ont des dettes d’études
de 5 000 $ et plus, parmi lesquels 15,5 % ont une dette de plus de 15 000 $. La dette moyenne serait de 12 880 $ pour
le deuxième cycle et de 18 360 $ pour le troisième cycle (Conseil permanent de la jeunesse, L’accessibilité : c’est de
valeur! : contrer les obstacles aux études postsecondaires !, p. 34).
II La dette personnelle moyenne des jeunes Québécois, excluant les hypothèques, mais incluant les prêts étudiants,
serait de 6 575 $. Ce montant comprend notamment les soldes impayés sur les cartes de crédit, les prêts pour l’achat
ou la location d’un véhicule ou pour des meubles ou électroménagers (Marie J. Lachance, Pierre Beaudoin et Jean
Robitaille, 2005, « Les jeunes adultes québécois et le crédit », Enfances, Familles, Générations, no 2, printemps, site
consulté le 16 septembre 2006).
22
Quoique cette étude tende à montrer que les jeunes adultes ont une approche
somme toute prudente vis-à-vis du crédit, des intervenants consultés soutiennent
qu’il est nécessaire que les questions relatives à la gestion de l’argent soient
abordées tôt, car il n’est pas souhaitable que l’apprentissage du crédit se fasse
par des essais et des erreurs qui risquent de compromettre l’avenir des jeunes.
Or, selon des commentaires recueillis lors des consultations, certaines lacunes
seraient observables dans la gestion des finances chez les jeunes. Beaucoup de
couples entreprendraient la cohabitation sans savoir faire un budget. Tout comme
leurs aînés, les jeunes adultes sont sollicités fortement par la société de consom-
mation. Le début de la cohabitation réclame du jeune couple qu’il fasse preuve à
la fois de maturité et de discipline dans la gestion des finances personnelles, mais
aussi qu’il pratique une gestion commune des finances du ménage, un apprentis-
sage qui met à contribution sa capacité de négocier dans le respect mutuel, car les
questions financières peuvent être sources de conflits au sein du couple.
L’apprentissage de l’autonomie
Des opinions variées s’expriment sur le degré de préparation des jeunes à la vie
de couple. Pour certains, il y aurait un manque de préparation tant sur le plan
relationnel que financier. Cet aspect problématique serait peu considéré, comme
le montre le commentaire suivant : « En dehors des courants religieux et des théra-
peutes, qui s’intéresse aujourd’hui à faire de la prévention auprès des couples? »
Outre la méconnaissance de la gestion du budget, certaines personnes ont
déploré la perte de transmission des savoirs pratiques sur le fonctionnement de
la vie quotidienne : par exemple, la capacité de se nourrir sans acheter de mets
préparés. Selon elles, il y a un réel besoin d’intégrer ces savoirs à la formation
générale des jeunes. À cet égard, lors des consultations, une convergence
d’opinions s’est manifestée en faveur de l’implication de l’école dans le soutien à
l’appropriation des connaissances nécessaires au développement de l’autonomie
dans la gestion des activités courantes de la vie quotidienne. C’est ainsi que
plusieurs parents et intervenants communautaires ont déploré les orientations
du nouveau régime pédagogique au secondaire relativement à la réduction de
la part consacrée à la formation personnelle et sociale, à l’économie familiale et
au domaine des relations interpersonnelles et sexuelles. Plusieurs personnes ont
soutenu la pertinence de proposer aux jeunes des lieux d’échange pour susciter
la réflexion non seulement sur les aspects matériels, mais aussi sur des thèmes
tels la communication, l’égalité des sexes et le partage des tâches domestiques.
Ce serait aussi l’occasion d’aborder la question de la violence dans les relations
amoureuses, un problème que les jeunes auraient de la difficulté à reconnaître et
qui les laisserait démunis.
Par ailleurs, d’autres interventions mettent l’accent sur le fait que le manque de
connaissances domestiques affecterait l’ensemble des ménages et que les jeunes
d’aujourd’hui se débrouilleraient aussi bien et parfois mieux que les générations
précédentes, surtout s’ils ont connu l’expérience de cohabitation avec des pairs,
soit la vie de « colocataires ».
23
L’appropriation des dispositions légales
Dans un autre ordre d’idées, pour vivre en couple, il est important d’intégrer
certaines connaissances en relation avec des dispositions juridiques et fiscales.
Or, il apparaît que les jeunes, qui souvent possèdent peu de biens matériels,
ne voient pas la nécessité de se doter d’une entente formelle (contrat d’union,
testament) en cas de rupture ou de décès. Sur le plan fiscal, la notion de conjoint
apparaît, selon des intervenants consultés, en net décalage avec les pratiques admi-
nistratives des jeunes couples, qui, la plupart du temps, ne mettent pas tous leurs
revenus en commun. Ainsi, les jeunes couples sont souvent surpris de constater
que, malgré le fait que leurs revenus sont peu élevés, ils perdent rapidement
certains avantages fiscaux (ex. : remboursement des taxes à la consommation)
à partir du moment où c’est le revenu familial qui est pris en compte.
24
Il semble exister un certain scepticisme dans la population à l’égard de l’engage-
ment amoureux des jeunes. Ceux-ci le ressentent. Ainsi, quoique généralement
ils puissent compter sur l’appui de leur entourage (se manifestant par des dons
de biens, d’argent et de services), il arrive, en contrepartie, que les couples doivent
faire face aux préjugés et à la réprobation de leurs proches, qui critiquent leurs
priorités ou leurs choix.
Dans certaines circonstances s’ajoutent des pressions sociales liées aux particu-
larités culturelles, ethniques ou religieuses. Toutefois, des chercheurs remarquent
une tendance chez des jeunes de divers groupes ethniques à souscrire aux valeurs
familiales transmises, et ce, malgré l’existence de conflits entre eux et leurs parents
à propos de certaines restrictions à leur autonomie9.
Par ailleurs, certains problèmes particuliers se posent, dont parle une personne
impliquée auprès des communautés culturelles. Elle relate les cas où la conjointe
ou le conjoint réside dans un autre pays. Dans ces circonstances, les coûts, les
délais et le stress éprouvent la relation : « Quand la personne aimée finit par
arriver seize mois, deux ou trois ans plus tard, les jeunes ne se reconnaissent plus.
En plus de s’adapter à la vie québécoise, ils doivent apprendre à vivre ensemble.
C’est très difficile. Le couple en arrache pas mal. » Par surcroît, ajoute-t-elle, le
jeune couple peut faire face à la pression culturelle, par exemple, le fait qu’il faut
avoir rapidement des enfants, alors qu’il n’est prêt ni sur le plan matériel ni sur le
plan économique. Il arrive, poursuit-elle, que « la situation soit particulièrement
difficile pour les femmes. Surtout pour celles qui ne connaissent pas la langue et
qui ne savent pas comment avoir accès à des cours. Souvent, elles ont perdu leur
réseau d’entraide et ne connaissent pas leurs droits. C’est un moment très difficile
à vivre pour certaines de ces femmes ».
Cela dit, peu importe l’appartenance culturelle, vient un moment dans la vie d’un
couple où se pose la question d’avoir ou non des enfants. Toutes les enquêtes le
confirment : la majorité des jeunes adultes aspirent à avoir des enfants. Encore
faut-il que ce désir se manifeste en même temps chez les deux partenaires et
au bon moment. Chez certains couples se présente un problème de fertilité, une
situation problématique qui risque de s’accentuer compte tenu du recul de l’âge
de la femme à la première naissance. Dans d’autres circonstances, la grossesse
arrive à un moment non approprié. Rappelons que la proportion d’interruptions
volontaires de grossesse, en 2002, au Québec, était de 40 pour 100 naissances, soit
un nombre d’environ vingt-neuf mille.
La proportion d’interruptions volontaires de grossesse pour 100 naissances vivantes a doublé entre 1989 et 2002,
passant de 20,1 ‰ à 40,4 ‰ (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique
des familles au Québec, p. 59). Il s’est pratiqué 29 140 interruptions volontaires de grossesse, l’âge moyen est de
26,1 ans en 2002
25
La réalisation du désir d’enfant a été le sujet de nombreux travaux, dont plusieurs
du Conseil de la famille et de l’enfance10. Il se dégage des recherches qu’une
diversité de facteurs est susceptible d’influencer le taux de natalité, notamment
la transformation des valeurs – les jeunes voulant « réussir leur couple et leur
enfant ». La stabilité conjugale et économique compte aussi parmi les éléments
majeurs de la décision d’avoir ou non un enfant. Plusieurs études mettent en relief
que les dettes ajoutées à des salaires insuffisants et instables peuvent rendre
difficile la réalisation de projets communs, dont celui d’avoir un enfant. Les jeunes
eux-mêmes, dans différents sondages, révèlent que la stabilité professionnelle
s’avère un élément prédominant dans leur projet d’avoir un enfant.
Par ailleurs, s’imaginer comme parent, c’est aussi estimer les conséquences de
cette décision. Or, il apparaît que les jeunes appréhendent les risques d’appau-
vrissement économique à court et à long termeII ainsi que les difficultés majeures
de conciliation susceptibles d’affecter leur qualité de vie. Malgré un
contexte économique favorable, la situation financière des jeunes
On constate que dans adultes demeure préoccupante. On constate que dans certains cas,
certains cas, les frais les frais engendrés par l’arrivée d’un enfant conduiront des familles
engendrés par l’arrivée d’un à vivre une situation de pauvreté ou, à tout le moins, rendront
enfant conduiront des leur niveau de vie plus précaire. En outre, les jeunes ont besoin de
familles à vivre une perspectives d’avenir rassurantes pour mener à terme leur projet.
Le maintien du soutien gouvernemental aux familles apparaît donc
situation de pauvreté ou,
crucial pour atténuer les inquiétudes perceptibles chez la jeune
à tout le moins, rendront génération d’adultes.
leur niveau de vie
Cela dit, malgré toutes ces incertitudes, il reste que des jeunes
plus précaire
décident de franchir une autre étape, celle d’avoir un enfant. Une
nouvelle adaptation sera alors nécessaire.
Il ressort que la stabilité du revenu de l’homme dans le couple, davantage que la stabilité du revenu de la femme, est
un élément déterminant au moment de prendre la décision d’avoir un enfant (Madeleine Gauthier et autres, Jeunes
et fécondité : les facteurs en cause, revue de la littérature et synthèse critique, p. 35).
II Il est fait référence aux dépenses liées au coût de l’enfant et aux pertes financières indirectes (perte salariale durant
les périodes pré et postnatale). La menace est réelle si on compare les taux de faible revenu des ménages.
26
1.2
1.2.1
L’adaptation au moment de l’arrivée d’un enfant
Total des familles Total des Total des Total des jeunes1 Total des jeunes
(peu importe l’âge jeunes1 familles jeunes1 couples couples couples de
des parents avec ou (avec enfant (avec enfant
sans enfant)
sans enfant moins de 25 ans
ou sans enfant) ou sans enfant)
sans enfant
Accueillir un enfant est certes un choix personnel, mais il est reconnu qu’un
enfant est aussi une richesse collective. Les préoccupations politiques et écono-
miques que soulèvent les changements démographiques reflètent l’importance
de la natalité pour le maintien du niveau de vie de l’ensemble de la population.
Le taux de natalité s’inscrit d’ailleurs au centre d’enjeux sociaux déterminants pour
l’avenir de communautés locales et régionales. La démographie a notamment
constitué l’un des thèmes centraux des forums régionaux et du Forum des
générations organisés par le gouvernement du Québec en 2005.
En 2004, la proportion des naissances au Québec représente 22 % des naissances canadiennes (Statistique Canada,
Naissances mortinaissances, p. 12). La baisse des naissances étant plus rapide au Québec que dans l’ensemble des
autres provinces, la proportion de la population du Québec va diminuer au sein de la fédération canadienne, ce qui
est susceptible d’influer sur la représentation (nombre de députés) et le taux de transfert établi en fonction des
données du recensement. Sur le plan économique, on prévoit des difficultés de recrutement de main-d’œuvre dans
certains secteurs. Sur le plan fiscal, des inquiétudes se manifestent à l’égard du maintien de revenus suffisants pour
assurer les services à la population.
27
Le Québec fait face aux mêmes problèmes démographiques que l’ensemble des
pays industrialisés, mais avec la particularité que les changements surviennent
plus rapidement. En un peu plus de dix ans, le nombre annuel de naissances est
passé de 98 013 (1990) à 76 100 (2005)11. Le nombre moyen d’enfants par femme
était en 2005 de 1,51, en progression par rapport à 2004 (1,48), mais nettement
en dessous du seuil de 2,1 qui est jugé nécessaire pour assurer le renouvellement
de la population12. Ce qui distingue particulièrement la situation actuelle est
la très faible proportion des familles nombreuses (tableau 5). Cela s’explique
en partie par l’âge des mères à la naissance du premier enfant. Or, l’âge moyen
de celles-ci augmente régulièrement depuis les deux dernières décennies.
Il s’établissait à 27,6 ans en 2003 comparativement à 25,2 ans en 1976. L’âge
moyen des mères pour l’ensemble des naissances était de 29,1 ans en 2003 en
regard de 27,3 ans en 197613 (tableau 6).
Nbre total
Année Rang de naissance
de naissances
Rang 1 Rang 2 Rang 3 Rang 4 et
plus
nombre
1976 98 022 46 912 33 517 11 855 5 738
e = estimation
Source : Institut de la statistique du Québec, site Internet.
Tiré de : Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des
familles au Québec, p. 56.
Pendant longtemps, les familles québécoises étaient reconnues pour leurs grandes fratries. Aujourd’hui, on considère
qu’une famille est nombreuse avec trois enfants et plus. En 2001, 15 % des familles québécoises étaient dites
nombreuses (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles
au Québec, p. 107).
28
Tableau 6 Âge moyen des mères, selon le rang de naissance,
Québec, 1976, 1990 et 2003
Rang 4
Année Rang 1 Rang 2 Rang 3 Tous les rangs
ou plus
1976 25,2 27,8 30,0 33,4 27,3
e = estimation
Source : Institut de la statistique du Québec, site Internet.
Tiré de : Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des
familles au Québec, p. 57.
Dans la majorité des cas, il s’agit de naissance unique, mais les données de 1999
indiquent que sur 72 812 naissances, on comptait 1 836 naissances doubles, 33 triples
et 4 quadruples14. Il y aurait une tendance à un accroissement de la proportion des
grossesses multiples au Québec qui peut s’expliquer notamment par le recours
accru aux nouvelles techniques de reproduction. Ces naissances représentaient
1,8 % de l’ensemble des naissances en 1984, 2 % en 1994 et 2,8 % en 200415.
La majorité de ces traitements médicaux ne sont pas couverts par le régime québécois d’assurance maladie. Malgré
les risques de complications à la suite d’une grossesse multiple, il existe une tendance à implanter plus d’un ovule.
Des spécialistes déplorent cette pratique risquée pour la santé de la mère et celle des enfants à naître.
II Selon les données du Département d’obstétrique-gynécologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (1998), près
de 15 % des couples éprouvent des problèmes d’infertilité. Les problèmes d’infertilité surviennent chez la femme
dans 35 % des cas, chez l’homme, dans 35 % des cas, chez les deux, dans 25 % des cas, et 3,5 % des cas restent
inexpliqués (Protégez-vous, 2006, « Être parent, tout un contrat!: tout ce que vous devez savoir », Protégez-vous, p. 11).
29
L’enfant peut être né dans une famille dite intacte, c’est-à-dire incluant ses deux
parents, ou dans une famille recomposée où vivent des enfants issus d’unions
antérieures. La responsabilité juridique de l’enfant peut être assumée par un
seul parent (par exemple lorsqu’il n’y a pas de reconnaissance de paternité)
ou, dans des cas d’exception, l’enfant peut être confié à ses grands-parents ou
à une famille d’accueil.
La situation économique influence aussi l’accueil de l’enfant selon la situation
d’emploi des parents : sans emploi, aux études, travailleurs autonomes, salariés
dans un emploi à temps partiel ou à temps plein. L’état de santé physique ou
mentale de l’enfant ou des parents sera aussi déterminant. Il est noté notamment
que la scolarité, particulièrement celle de la mère, a une influence sur le dévelop-
pement de l’enfant. Tous ces éléments jouent dans l’adaptation de la famille au
moment de l’arrivée d’un nouveau membre.
Dans ce rapport, il ne sera pas possible d’approfondir chacune des situations
particulières, l’objectif du Conseil étant de mieux comprendre la situation et les
besoins de l’ensemble des familles au moment de l’arrivée d’un enfant. Par ailleurs,
ce qui est commun à toutes ces situations, ce sont les importants investissements
humains et financiers associés à la venue de l’enfant.
Une étude de Statistique Canada qui portait sur toutes les naissances au Québec de 1991 à 2000 établit des liens
entre le niveau de scolarité de la mère ainsi que le statut économique du quartier où elle habite et certains risques
de mortalité du bébé ou de problèmes de santé à la naissance (naissance prématurée, faible poids) (Statistique
Canada, 2006, « Étude : Revenu du quartier, scolarité de la mère et issues de grossesse au Québec », Le Quotidien, 6
juin, site consulté le 6 juin 2006).
30
Mentionnons tout d’abord que plusieurs recherches et commentaires recueillis par
le Conseil laissent entrevoir l’existence de situations de vulnérabilité au moment
de la période prénatale. Le stress, l’anxiété seraient liés à des complications de
la grossesse, des accouchements avant terme et un faible poids à la naissance16.
Par exemple, une récente étude tend à montrer qu’il y a une augmentation des
risques pour l’enfant et pour la mère lorsque la femme enceinte travaille dans un
environnement stressant.
Or, des personnes consultées ont observé que de plus en plus de femmes arrivent
à l’accouchement épuisées, notamment parce qu’elles ont tendance à retarder au
maximum leur arrêt de travail avant l’accouchement pour pouvoir bénéficier d’un
congé de maternité plus long après la naissance. En outre, certaines
caractéristiques des emplois occupés par des femmes enceintes les
prédisposeraient à donner naissance à des enfants de faible poids, Le stress de l’accouchement
rapportent des chercheurs de l’Institut national de santé publique affecterait aussi les pères,
du Québec. À elle seule, l’irrégularité de l’horaire de travail augmen- mais rares seraient
terait ce risque de 30 %. Selon leurs calculs, « la probabilité d’avoir les hommes qui acceptent
un enfant de petit poids redevient presque à la normale lorsque de parler franchement
les conditions de travail qui augmentent les risques sont modifiées
de leurs réticences à
avant la 24e semaine de grossesse »II. Sur ce point, des participantes
aux consultations ont déploré que le retrait préventifIII soit de plus l’endroit de l’accouchement
en plus difficile à obtenir pour les femmes en emploi. Au stress lié de leur femme
à l’emploi s’ajoutent les appréhensions parfois vives à l’égard de
l’accouchement, surtout avant une première naissance.
L’accouchement en lui-même comporte son lot de stress, et le type d’accouchement
peut accentuer les difficultés d’adaptation à la nouvelle situation. Notons que 22%
des naissances au Québec l’ont été par césariennes en 2004, ce qui n’est pas sans
conséquences sur l’état de santé de la mère durant la période postnataleIV.
Le stress de l’accouchement affecterait aussi les pères, mais rares seraient les
hommes qui acceptent de parler franchement de leurs réticences à l’endroit de
l’accouchement de leur femme17. Ce sujet serait encore tabou, les hommes cache-
raient la plupart du temps leurs émotions. De l’avis d’une accompagnatrice à la
naissance, « certains hommes connaissent un choc psychologique au cours de
L’étude effectuée auprès de sept mille futures mères d’Amsterdam par Gouke Bonsel tend à établir que, dans un
contexte d’emploi stressant, le risque est plus élevé d’avoir un enfant plus petit et pleurant excessivement, en
plus que cela augmente dangereusement la pression artérielle chez la femme. L’auteur recommande de réduire
les heures travaillées à 24 par semaine (Agence France-Presse, 2006, « Les femmes enceintes devraient travailler
moins », La Presse, 22 avril, p. 15).
II Il est fait référence aux travaux d’Agathe Croteau, de Sylvie Marcoux et de Chantal Brisson. Il s’agit d’une étude
conduite dans six régions du Québec de 1997 à 1999 auprès de 1 536 cas (Jean Hamann, 2006, « Des emplois à
risque? Les conditions de travail de la future maman influencent la croissance de son enfant », Le Soleil, 27 mai, p. 51).
(Pour plus d’information, consultez l’article des auteurs paru dans l’American Journal of public Health).
III Le programme Pour une maternité sans danger est administré par la Commission de la santé et de la sécurité
du travail.
IV (Louis Duchesne, La situation démographique du Québec : bilan 2005 : les familles au tournant du XXIe siècle, p. 93).
Certains s’interrogent sur la pertinence médicale de l’usage de la césarienne dans tous ces cas. On observe dans
différents pays la pratique de la césarienne sur demande, qui s’expliquerait en partie par le refus de souffrir des
femmes et par leurs craintes que les suites de l’accouchement naturel nuisent à leur relation de couple.
31
l’accouchement. De cela peut naître un blocage sexuel ». Des pères font mention
de pressions qui s’exercent sur eux, par exemple pour couper le cordon ou voir
sortir le bébé. Des praticiennes constatent qu’il n’est pas rare de voir des pères en
train de pleurer : « ils sont mal préparés à cette étape et craquent18 ». Selon elles,
les intervenants médicaux devraient se contenter de proposer certains gestes au
père et respecter les refus (2 à 3 % des pères n’assisteraient pas à l’accouchement).
Des pères qui ont bénéficié du soutien d’une accompagnatrice ont indiqué les
bienfaits que cela leur a procurés et le recommandent. Ce besoin d’accompagne-
ment du couple se remarque aussi par l’accroissement du nombre d’enfants nés
en maison de naissance au Québec.
Par ailleurs, rappelons que l’approche médicale des dernières années amène les
mères à quitter le centre hospitalier très rapidement, généralement dans les
48 heures suivant l’accouchement. Cette pratique qui peut paraître bien fondée
médicalement semble susciter un stress important chez des parents qui ne
disposent pas nécessairement des ressources appropriées et disponibles durant
la période des relevailles et qui sont sujets à des inquiétudes, particulièrement
lorsqu’il s’agit des soins à donner à leur premier enfant. Plusieurs déplorent que
trop souvent les femmes se retrouvent seules à la maison. À cet égard, une jeune
mère a confié l’isolement qu’elle a ressenti durant cette période compte tenu
du fait que le travail de son conjoint l’appelle à voyager à l’extérieur du territoire
durant toute la semaine et qu’ils vivent loin de leur parenté.
Au stress de l’accouchement s’ajoute possiblement le syndrome dit « bébé blues ».
Il se dégage de la littérature scientifique que « les bleues » toucheraient jusqu’à
80 % des femmes. Généralement, constatent des spécialistes de la question, il
s’agit d’une situation transitoire qui ne requiert pas de traitement particulier si
ce n’est le réconfort et le soutien des pairs et le repos19. Toutefois, chez un certain
nombre de femmes touchées, les symptômes évolueront vers une dépression post-
partumII. Celle-ci résulterait d’un déséquilibre hormonal. Une condition qui ne serait
pas toujours bien connue, ni bien traitée et, qui pourtant, s’avèrerait pathogène et
dangereuse, soutient-on. « Une femme en dépression post-partum a honte, elle se
sent coupable », explique la psychiatre périnatale Marie-Josée Poulain, qui cherche
depuis 25 ans à faire mieux connaître ce phénomène et souhaite une améliora-
tion des recherches pour mieux prévenir et traiter les troubles psychiatriques
périnataux20. Les symptômes de la dépression post-partum, rappelle-t-on, sont
l’anxiété, la fatigue, la confusion, la culpabilité et l’impression d’avoir manqué sa
vie. Des chercheurs québécois évoquent que le risque suicidaire chez la mère est
élevé dans l’année suivant l’accouchementIII. Ils constatent aussi l’existence d’un
En 1999, il y a eu 143 naissances à domicile (0,2 % du total des naissances) et 785 en maison de naissance (1,1 %)
(Ministère de la Santé et des Services sociaux, tableau, Évolution du nombre de naissances vivantes à domicile ou en
maison de naissances, Québec, 1982 à 1999, site consulté le 5 octobre 2006).
II Le taux varie selon des recherches, généralement entre 13 % et 20 % (Marie-Josée Poulin et autres, Programme-
clientèle régional et suprarégional de psychiatrie périnatale, p. 26-27). Pour leur part, les chercheures Nicole Létour-
neau et Linda Duffett-Léger, qui ont examiné des mères de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick, évaluent le taux de
dépression post-partum à 30 % (Presse Canadienne, 2005, « La dépression « post-partum » peut être dangereuse
pour la mère, selon une étude », Le Soleil, 9 octobre).
III Chez les mères ayant déjà connu des troubles psychiatriques, le taux de suicide serait de 70 fois plus élevé après
un accouchement que pendant tout autre période de leur vie (Marie-Josée Poulin et autres, Programme-clientèle
régional et suprarégional de psychiatrie périnatale, p. 9).
32
« potentiel d’infanticide non-négligeable requerrant la mise sur pied de services
accessibles et efficaces »21.
Pour sa part, la chercheuse en sociologie de la santé de l’Université du Québec
à Montréal, Catherine des Rivières-Pigeon, a comparé le phénomène au Québec
avec la situation en France et en Italie. Il se dégage de ses recherches que le taux
de dépression post-partum serait ici presque deux fois plus élevé qu’ailleurs, ce
que la chercheuse explique notamment par la solitude que vivent les mères.
Elle constate que « [l]es Québécoises sont plus autosuffisantes; souvent, elles ne
peuvent compter que sur leur conjoint; parfois, elles sont même déçues de sa
participation. En Italie, le conjoint est plutôt absent, mais la mère, les sœurs et les
amies de la mère vont se mobiliser22. »
Selon une récente étude canadienne, parmi toutes les mères examinées pour voir
si elles souffrent de dépression, une sur deux refuse de faire appel aux services
existants, il faut donc aller vers elles, estiment les Dres Nicole Létourneau et
Linda Duffett-Léger. Celles-ci constatent aussi que, lorsque peu de services sont
consacrés à ce problème, les femmes hésitent à demander de l’aide de peur d’être
considérées comme de mauvaises mères23.
Préoccupés par la fréquence des difficultés postnatales, fréquence confirmée
notamment par une étude française qui constate que 60 % des congés de maternité
sont prolongés par des congés pathologiques, des pays européens en sont venus
à considérer qu’il s’agit d’un problème de santé publique24. Certains s’interrogent
aussi sur l’augmentation possible des risques de dépression post-partum dans
un contexte de grossesses de plus en plus tardives. Enfin, certaines
recherches feraient état de risques de dépression post-naissance
Tout est mis en place pour
chez les pères, dépression qui aurait un effet sur la relation de couple
et le lien avec l’enfant25. que les dépressions
se multiplient, car jamais
Comme on le constate, la solitude des nouveaux parents n’est pas
une société humaine
un phénomène québécois, nombre de professionnels se penchent
sur la dépression maternelle, notamment la pédopsychiatre et n’a été aussi dure avec
psychanalyste Myriam Szejer, qui porte un jugement sévère sur la les jeunes mères, ne les a
situation. Selon elle, « tout est mis en place pour que les dépressions laissées aussi seules
se multiplient, car jamais une société humaine n’a été aussi dure
avec les jeunes mères, ne les a laissées aussi seules26 ».
Devant ces constats, un consensus se dégage sur l’importance du dépistage précoce
des problèmes liés à l’accouchement et sur la nécessité d’avoir du personnel formé
qui suit les femmes tout au long de leur grossesse. À cet égard, les commentaires
recueillis relèvent des lacunes dans le suivi médical au moment des relevailles.
Il appert qu’une courte visite à domicile d’une intervenante ou d’un intervenant
d’un centre de santé (CLSC) ou encore un entretien téléphonique, comme cela
Des chercheurs recommandent des personnes spécialement formées qui évaluent l’état de santé physique et
mentale de la femme durant cette période (Vivette Glover, 2003, « Commentaire sur « Le stress prénatal et périnatal
et son impact sur le développement psychosocial de l’enfant » du docteur Janet DiPietro », Encyclopédie sur le
développement des jeunes enfants, p. 3). Par ailleurs, il est rappelé que l’approche adoptée ne doit pas culpa-
biliser les mères qui vivent ces situations afin de ne pas ajouter au stress de celles-ci (Pathik. D. Wabhwa, 2003,
« Commentaire sur l’article du docteur Janet DiPietro intitulé L’impact du stress prénatal et périnatal sur le
développement psychosocial de l’enfant », Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, p. 4).
33
se pratiquerait parfois, ne peuvent permettre de détecter la détresse postnatale.
Des chercheurs attirent aussi l’attention sur les pratiques des fournisseurs de
services d’aide; selon le cas, les visites à domicile peuvent représenter une aide
efficace pour les nouveaux parents ou générer des angoisses, notamment la
crainte qu’un professionnel ne vienne s’immiscer indûment dans leur vie privée27.
Il est aussi reconnu que les parents manquent de sommeil au cours des semaines
suivant l’accouchement. Or, cela accroîtrait les difficultés à coordonner toutes les
activités quotidiennes et peut accentuer la tension au sein du couple, d’où un
risque d’éloignement dans la relation conjugale.
34
développe à l’égard de l’enfant. Ainsi, le soutien affectif mutuel des conjoints (le
soutien d’un proche dans le cas de mères seules) est susceptible de fournir les
ressources nécessaires pour être en mesure de contribuer « au développement
d’une relation d’attachement sécurisante pour l’enfant29 ».
La façon de prendre soin de l’enfant peut aussi s’avérer une source de conflits
entre les conjoints, notamment parce qu’il s’agit d’une question qui rejoint les
valeurs profondes de chacun et qui est souvent empreinte des habitudes du
milieu familial d’origine. Un représentant d’organisme d’aide l’illustre par un
exemple : « un désaccord profond sur l’approche à adopter lorsque l’enfant pleure
peut être le début du désengagement d’un des parents à l’égard de l’enfant et
d’une distanciation au sein du couple ».
Les transformations profondes que provoque l’arrivée d’un premier enfant se
manifesteraient dans ces différends. Des chercheurs soutiennent que le chan-
gement de statut social associé au fait d’être parent générerait des tiraillements
chez l’individu qui « peuvent apparaître entre les loyautés verticales, par rapport
aux origines et, horizontales, liés aux valeurs du couple lui-même30 ». La femme
et l’homme se découvriraient des attachements ou des priorités autres que
ceux qui allaient de soi dans le couple, ce qui provoquerait des bouleversements
intérieurs chez de nouveaux parents. Avec l’annonce de l’arrivée de l’enfant,
ce serait la question du lien qui se poserait, le lien d’allégeance à l’intérieur du
couple et le lien à la lignée. À cet égard, les réactions de la famille élargie peuvent
apaiser les doutes des parents ou encore alimenter les conflits. Certes, les
nouveaux parents apprécient généralement le soutien des proches pendant
cette période, mais il arrive aussi qu’ils subissent des critiques sur leur façon de
prendre soin de l’enfant.
L’effet psychologique du devenir parent est le sujet d’études que le
témoignage suivant résume bien : « On n’est plus que l’enfant de ses On n’est plus que l’enfant
parents, on devient à notre tour un parent, c’est à la fois merveilleux de ses parents, on devient
et angoissant. » L’accueil d’un enfant soulève des appréhensions par
rapport à l’exercice de la parentalité, mais ferait aussi ressortir des
à notre tour un parent,
souvenirs d’enfance qui sont parfois douloureux. Le désir de faire c’est à la fois merveilleux
mieux ou d’être à la hauteur aurait tendance à accroître la pression et angoissant
chez l’individu. Toute cette tension, souvent non verbalisée, est
susceptible de nuire à la communication entre les conjoints.
Ainsi, le manque de communication et d’intimité de même que l’attention centrée
sur l’enfant sont susceptibles de créer un éloignement des conjoints qui se
répercutera sur les relations affectives et sexuelles. Or, le maintien ou non de
relations affectives harmonieuses et d’une sexualité épanouie entre les deux
partenaires aura des répercussions sur la stabilité de la relation conjugale.
Cette étape de la vie du couple peut donc apparaître à la fois comme une source
de bonheur et d’épanouissement et être porteuse de facteurs de risque pour la
relation conjugale. Pour préserver l’union, des praticiens invitent les couples à
se donner du temps. « Pas facile », diront des parents, lorsqu’il faut réorganiser
de multiples éléments de la vie familiale.
35
Une réorientation des activités
Avec la venue d’un enfant, les parents seront amenés à réorienter l’organisation
des activités familiales et financières en fonction des besoins de celui-ci. Dans un
premier temps, plusieurs jeunes couples devront dénicher un endroit convenable
pour se loger, ce qui peut devenir problématique dans un contexte de pénurie de
logements abordables pour des jeunes adultes dont les revenus sont instables.
Certains feront face à la réticence de locateurs à accueillir une famille avec de
jeunes enfants.
La prise en charge d’un enfant soumet aussi les parents à une redéfinition de
leur rôle respectif. Un équilibrage des tâches domestiques et des soins à l’enfant
s’impose. Il apparaît que les mères, qui, majoritairement, profitent d’un congé
parental, assument davantage la gestion de la vie quotidienne. Par ailleurs, il
est de plus en plus reconnu que les jeunes hommes s’impliquent plus dans les
soins à l’enfant et les tâches domestiques. Toutefois, leur implication ne serait pas
toujours à la hauteur des attentes de leur conjointe.
L’Institut de la statistique du Québec fournit quelques indications sur la perception
qu’ont les mères québécoises du soutien qu’elles reçoivent de leur conjoint environ
cinq mois après la naissance. Quoique la perception des mères sondées s’avère
généralement très positive à cet égard, c’est au chapitre des tâches domestiques
que le niveau de satisfaction apparaît le moins élevé. L’étude rapporte que « l’éva-
luation que font les mères du soutien global apporté par leur conjoint semble plus
fortement associée au soutien émotionnel qu’à l’aide instrumentale » II.
Cette étude ne donne pas d’indication sur la perception des pères (Institut de la statistique du Québec, Étude
longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : les nourrissons de 5 mois : vie conjugale
des parents, 54 p.).
II Alors qu’environ 45 % des mères se disent tout à fait soutenues au regard du soutien global ou, de manière
particulière, quant aux soins à donner au bébé ou dans les moments de peine et de surmenage, il n’y a que 27 %
des mères qui disent bénéficier d’un tel soutien pour les travaux ménagers (Institut de la statistique du Québec,
Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : les nourrissons de 5 mois :
vie conjugale des parents, p. 41).
36
Certes, les coûts d’un enfant ne peuvent se mesurer à l’aune de ce qu’il repré-
sente, mais on ne peut négliger leurs répercussions. Considérant les frais directs
(achats d’ameublement, logement adapté, frais de subsistance et d’entretien) et
les frais indirects (perte de salaire), il est difficile, voire impossible, à une famille de
maintenir le même niveau de vie sans modifier ses priorités financières. L’entretien
et l’éducation des enfants impliquent des coûts qui sont difficiles à établir, car
de multiples facteurs sont en cause. Toutefois, des chercheurs avancent assez
couramment une moyenne de 8 000 $ par enfant, par année, ou 15 à 25 % du
revenu annuel brut de la familleII.
Rappelons que la situation des jeunes familles demeure fragile étant donné le
niveau élevé d’endettement et le taux d’épargne presque nul31. Le rééquilibre du
budget passe donc par une réorganisation des dépenses familiales. À cet égard, on
constate chez les familles avec enfants une diminution constante au fil des ans de la
proportion du budget consacrée à l’alimentation et à l’habillement. En contrepartie,
la part consacrée au logement et au transport a augmenté depuis dix ans32.
La gestion des finances est encore plus difficile pour les couples dont la stabilité
professionnelle n’est pas assurée, surtout s’ils connaissent des périodes de
chômage cycliques, une situation qui devient problématique lorsque la mère
n’a pas accès à un remplacement du revenu durant la période postnataleIII.
Les coûts additionnels ainsi que les pertes salariales amènent plusieurs
chercheurs à établir un lien entre l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille et
la détérioration du niveau de vie de la famille susceptible de faire basculer le
couple dans une situation de pauvreté.
À cet égard, notons que l’Institut de la statistique du Québec, à partir d’indica-
teurs, a établi que le risque de pauvreté d’une famille de deux adultes et d’un
enfant est de 7 %, de 12 % pour une famille avec deux enfants, et de 21 % lorsqu’il
y a trois enfants et plus dans la familleIV. L’Étude longitudinale du développement
des enfants du Québec donne aussi quelques indications sur le sujet33. Cette
étude amorcée en 1998 et menée auprès d’une cohorte de près de deux mille
enfants suivis annuellement de l’âge de cinq mois à l’âge d’environ quatre ans
fait ressortir que « le tiers des enfants québécois âgés d’environ 2 ½ ans en 2000
ont été exposés à un moment ou l’autre à au moins une période de faible revenu
depuis leur naissance34 ». Dans près de la moitié des cas, les enfants ont vécu dans
la précarité durant toute la période couverte. Au total, il est établi que « 6 % des
37
enfants ont vécu dans un ménage dont le revenu était très insuffisant, soit en
deçà de 60 % du seuil de faible revenu, depuis leur naissance35 ».
Notons que, la situation économique de jeunes familles pourrait être encore plus
problématique sans l’expression de la solidarité familiale. On observe en effet que les
grands-parents, la fratrie et les amies et amis se révèlent souvent des ressources de
première importance au moment de l’arrivée d’un enfant dans la famille. La contri-
bution des proches s’exprime de diverses façons, souvent sur les plans financier et
organisationnel, mais aussi dans le soutien aux responsabilités parentales.
38
leurs amis ou leur propre développement personnel parce qu’ils sont trop occupés
à faire tout ce qu’il leur est possible pour maximiser le développement de leur
enfant. Il rappelle l’importance pour les parents de mener une vie de couple en
santé, d’entretenir un bon réseau d’amis. Il souhaite des parents plus décontractés
et rappelle que ceux-ci sont avant tout des modèles, des sources d’inspiration
pour leurs enfants, et non des entraîneurs ou des patrons37.
Les propos recueillis soulèvent des questions sur les approches des intervenants
professionnels. À certains égards, les jeunes parents se sentent dépossédés, dans
l’obligation de suivre les recommandations des spécialistes. Plutôt que de soutenir,
ces attitudes d’experts insécuriseraient. Une participante aux consultations a confié
au Conseil : « Quand on te dit quoi faire, ça ne te donne pas confiance en toi. »
S’approprier l’information pertinente et adapter les connaissances aux circons-
tances et à sa personnalité pose un défi que tentent de relever tous les parents.
Certaines situations génèrent des défis supplémentaires, dont les naissances
multiples, l’arrivée d’un autre enfant, l’accueil d’un enfant adopté et l’accueil d’un
enfant handicapé ou gravement malade.
Les mères dont le conjoint est plus scolarisé sont moins nombreuses à être faiblement satisfaites de leur conjoint.
L’état de santé (ex. : dépression) de chacun des parents est aussi évoqué (Institut de la statistique du Québec, Étude
longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ) 1998-2002 : les nourrissons de 5 mois : vie conjugale
des parents, p. 46-50).
40
La rareté des logements locatifs adaptés aux besoins de la famille ayant des enfants
(nombre suffisant de pièces, insonorisation convenable, espace d’amusement
extérieur…) et, surtout, à un coût qui tient compte des ressources disponibles, pose de
réels problèmes pour de nombreux parents. Cette difficulté amènerait des familles
à s’établir dans des banlieues toujours plus éloignées. Si l’accès à une propriété
rejoint les idéaux familiaux, cela ne se fait pas sans conséquences sur les finances
familiales. En outre, l’accès au logement et à la propriété pour les familles serait
tout aussi difficile hors des grands centres. Des parents d’une région touristique en
périphérie de Québec évoquent la flambée des prix résidentiels, qui rend quasiment
impossible l’accès à une habitation convenable pour élever des enfants.
Autre fait marquant, la proportion de familles à faible revenu varie selon le nombre
d’enfants dans la famille. Par exemple, au Québec, en 2003, 6,5 % des familles
biparentales avec un enfant étaient considérées comme à faible revenu; ce taux
montait à 11,4 % lorsqu’il y avait trois enfants et plus dans la famille (tableau 7).
La situation est encore plus marquée pour les familles monoparentales, dont
23,1 % sont à faible revenu lorsqu’il y a un enfant à charge, 29,3 %, lorsqu’il y en a
deux, et 45,6 %, lorsqu’il y a trois enfants et plus.
Tableau 7 Taux de faible revenu (MFR)1 après impôt, pour les familles
de recensement comptant un couple, Québec, 2003
Le taux de faible revenu est établi d’après la mesure de faible revenu (MFR), laquelle est basée sur la médiane des
revenus québécois. Le taux de faible revenu pour un couple sans enfant est établi à 6,1 % (Alexandre Morin, Recueil
statistique sur la pauvreté et les inégalités socioéconomiques au Québec, tableaux 1.2.20, 1.2.22, p. 50-51).
41
Outre l’adaptation du couple et les difficultés organisationnelles et financières,
l’arrivée d’une sœur ou d’un frère n’est pas sans conséquences sur la fratrie.
Les recherches sur ce sujet font état de sentiments ambivalents, les enfants
ressentant diverses émotions, de la joie, mais aussi la peur de perdre leur place.
L’âge des autres enfants à l’arrivée du nouveau-né influencerait le processus
d’adaptation. Les plus âgés peuvent se voir conviés à prendre plus de responsa-
bilités; dans la plupart des cas, ils vont réagir positivement, mais chez d’autres,
cela va déclencher un sentiment d’hostilité. À cet égard, une intervenante du
milieu scolaire a remarqué une augmentation des troubles de comportement
chez certains écoliers à la suite de la venue d’un nouvel enfant dans la famille.
Des enfants plus jeunes vivront possiblement une régression temporaire de leurs
acquis d’autonomie et adopteront des comportements de bébé. En outre, l’arrivée
d’un nouveau-né dans une famille recomposée ne se fait pas sans conséquences,
parfois positives, parfois négatives, un phénomène que reconnaissent les parents
consultés. C’est pourquoi, d’une manière générale, ils se montrent soucieux de
préparer la fratrie à la venue du nouvel enfant. Souvent, convient-on, quelques
semaines suffiront à assurer un rééquilibre au sein de la dynamique familiale.
Toutefois, selon des experts, dans un contexte où tout l’entourage est « en amour »
avec le bébé, il peut être difficile pour une sœur ou un frère, peu importe son âge,
de trouver une oreille attentive à qui exprimer des émotions négatives à l’égard de
la nouvelle situation et de développer ses propres mécanismes d’adaptation.
En 1990, le nombre d’adoptions internationales était de 456; il était de 697 en 2000 (Ministère de la Famille, des
Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, p. 61-64).
II En 2000, 80 % des parents adoptants à l’international avaient entre 30 et 44 ans. L’âge moyen des femmes adoptantes
est de 38,6 ans; celui des hommes est de 39,8 ans (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine,
Un portrait statistique des familles au Québec, p. 64; Réjean Tessier et autres, L’adoption internationale au Québec de
1985 à 2002 l’adaptation sociale des enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, p. 14).
42
dont celui de l’enfant biologique. Dans plusieurs cas, ce processus succède à un
suivi médical en clinique de fertilité. S’ajoutent à ce délai les procédures adminis-
tratives d’adoption.
On observe aussi que le niveau de scolarité et le statut socio-économique des
parents adoptant sont aussi plus élevés que ceux de la moyenne des parents
québécois. Il apparaît pertinent de faire ici le lien avec le coût élevé des frais
d’adoption. Ceux-ci varient selon le pays d’adoption. On estime entre 6 000$ et
32 000$ les frais administratifs, judiciaires et de voyage pour adopter un enfant en
provenance d’un autre pays47. Des frais que les parents assumaient entièrement
jusqu’à tout récemment; désormais, le gouvernement fédéral et celui du Québec
accordent un crédit d’impôt pour une partie des dépensesII.
Un certain nombre d’adoptions se font au Québec, mais le délai pour adopter
un très jeune enfant s’avère très longIII. Des parents adoptants estiment que le
processus d’adoption au Québec est des plus complexes. De l’avis de l’un d’eux,
il aurait été plus « facile » d’adopter à l’étranger. La révision de la Loi sur la
protection de la jeunesse pourrait avoir éventuellement une incidence sur le
nombre d’adoptions d’enfants québécoisIV.
La majorité des adoptions se fait par des couples et, comparativement à l’ensemble
des enfants québécois, une proportion plus élevée d’enfants adoptés vivent avec
leurs deux parents. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces
familles sont moins souvent composées d’enfant unique; dans la majorité des cas,
elles comprennent deux enfants et plusVI.
Le revenu familial annuel moyen des parents adoptants serait de 88 060 $ par rapport à 56 940 $ pour la population
de référence. Le niveau d’éducation des parents adoptifs est plus élevé, 48 % des mères et 47 % des pères ont
des diplômes universitaires comparativement à 31,6 % dans la population de référence (Réjean Tessier et autres,
L’adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 l’adaptation sociale des enfants nés à l’étranger et adoptés par
des familles du Québec, p. 36).
II Le gouvernement du Canada a accordé des crédits d’impôt pour frais d’adoption à compter de l’année d’imposition
2005. Une telle mesure a été introduite dans la fiscalité québécoise pour les parents adoptants qui résidaient au
Québec le 31 décembre 2004.
III Le délai d’attente au Québec à partir de la banque régulière (enfant laissé en adoption à la naissance ou enfant
orphelin confié à la Direction de la protection de la jeunesse) est en moyenne de cinq à huit ans. En ce qui
concerne la banque mixte (enfant retiré à ses parents par la Direction de la protection de la jeunesse), le délai
d’attente pour un enfant de moins de deux ans est d’environ une année et demie, mais cet enfant peut ne jamais être
« adoptable » (Protégez-vous, 2006, « Être parent, tout un contrat!: tout ce que vous devez savoir », Protégez-vous, p. 5).
IV L’intention du gouvernement est de favoriser un milieu stable pour l’enfant, dans un délai raisonnable. À cet égard,
le Conseil a déposé un mémoire concernant le projet de loi 125, Loi modifiant la loi sur le protection de la jeunesse
et d’autres dispositions législatives.
En 2000, 87,5 % des parents adoptants sont en couple, comparativement à 75,5% pour l’ensemble des familles
biparentales avec enfants. Une proportion de 10,9% des adoptions sont faites par des femmes seules, 1,6 %, par des
hommes seuls (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au
Québec, p. 64; 95).
VI La proportion des familles adoptantes (concernées par l’enquête) qui ont deux enfants, incluant l’enfant adopté, est
de 42,5 %. La proportion de familles avec un enfant unique est de 27,8 %. Celle des familles avec trois enfants et plus
est de 29,7 % (Réjean Tessier et autres, L’adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 l’adaptation sociale des
enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, p. 16).
43
L’âge de l’enfant au moment de l’adoption influence l’adaptation. En 2000, l’âge
moyen de l’enfant était de 27,4 mois. Ainsi, il est prévisible que les familles
connaissent des difficultés de communication liées à la langue et aux habitudes
culturelles de l’enfant plus âgé. Parents et enfants doivent donc apprendre à
s’apprivoiser, selon le sens que donne à cette notion Antoine de Saint-Exupéry
dans Le Petit Prince, et cela exige du temps.
De l’avis de spécialistes, l’un des défis majeurs qui se pose aux familles adoptantes
tient à l’attachement, objet de recherches des dernières décennies. Les chercheurs
étudient comment s’établissent les liens affectifs entre les parents et l’enfant.
Dans certains pays, les troubles d’attachement seraient reconnus officiellement
comme une maladie48.
La question de l’attachement touche également les parents biologiques, qui ont,
eux aussi, à développer un lien d’attachement avec le nouveau-né. Toutefois, le
sujet concerne particulièrement les parents adoptifsII parce que
l’enfant est susceptible d’avoir subi une série de ruptures dans un
Des parents qui ont vécu court délai (mère biologique, différents intervenants à l’orphelinat,
l’expérience de l’adoption foyers d’accueil, changements de résidence, perte de camarades).
et des intervenants Chaque rupture provoque un deuil; avec leur accumulation, ils
dans ce domaine deviennent comme des ponts qui deviennent toujours plus longs
constatent une tendance à franchir, selon l’image évoquée par Johanne De Champlain,
infirmière bachelière du CLSC Lac Saint-Louis et co-animatrice
à idéaliser l’adoption du programme de pré et de post-adoption internationale, lors du
colloque organisé par le Conseil en 2005 Regards sur la diversité des
familles : mieux comprendre pour mieux soutenir49. L’enfant qui a subi des trauma-
tismes depuis sa naissance, explique-t-elle, a dû lutter pour survivre et souvent, il
a développé des « mécanismes de réaction d’urgence pour parvenir à pallier de
graves carences au plan de l’attachement ». Ces mécanismes peuvent engendrer
différents troubles (de comportement, du sommeil…) malgré toute l’attention et
l’amour de l’entourage.
Ces enfants peuvent, dans certains cas, se montrer hostiles ou craintifs. Or, il
peut être difficile pour des parents qui attendent l’arrivée de l’enfant depuis des
années de ne pas se sentir personnellement atteints face à de telles réactions.
Des parents qui ont vécu l’expérience de l’adoption et des intervenants dans ce
domaine constatent une tendance à idéaliser l’adoption. Le risque de désillusion
s’accroît pour les personnes qui n’ont pas mesuré toutes les difficultés pouvant
survenir quand on accueille un enfant susceptible d’avoir vécu dans un contexte
non favorable. Une de celles-ci serait liée aux problèmes de santé ou aux
handicaps non détectés avant l’arrivée au pays50. D’où, précise-t-on, la nécessité
d’offrir des lieux d’échange entre familles adoptantes et des services de soutien
psychologique pour les personnes qui vivent cette transition familiale.
On estime que 40,2 % des enfants adoptés le sont entre 6 et 11 mois, 18,1 % ont moins de 6 mois, 18,7 % ont entre
12 et 23 mois, 12,2 %, entre 24 et 59 mois, et 10,9 % ont 5 ans et plus. L’âge de l’enfant est celui qui correspond au
moment de la lettre de non-objection. Il peut s’écouler plusieurs mois entre la date de cette lettre et l’arrivée de
l’enfant dans la famille (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des
familles au Québec, p. 65).
II Ainsi que les adultes qui accueillent un enfant qui est sous la protection d’un Centre jeunesse.
44
Dans d’autres cas, on observe une tendance chez des enfants adoptés à devenir
perfectionnistes dans le but de se faire aimer à tout prix, ce qui, éventuellement
pourrait les pousser vers des comportements pathologiques51. En outre, l’enfant
peut s’adapter à la nouvelle situation sans nécessairement s’attacher à son nouvel
environnement. La gravité de la situation requerra dans des cas exceptionnels
un placement dans un foyer d’accueil, ce qui constitue pour l’enfant adopté une
nouvelle rupture et pour les parents, un échec cuisant.
Cela dit, des constats de recherche sont à l’effet que : « Les enfants adoptés ne
sont pas une population clinique et ils démontrent dans l’ensemble une sécurité
d’attachement et une adaptation sociale et secondaire comparable aux enfants
de la population générale du Québec. »52. Toutefois, rappelle-t-on, ces constats
ne doivent pas éluder le besoin d’un accompagnement soutenu et durable des
familles adoptantesII. Le suivi professionnel serait d’autant plus nécessaire que,
faisant face à de multiples difficultés, dont, dans certains cas, un diagnostic de
handicap physique, psychologique ou intellectuel chez l’enfant adopté, les parents
auraient tendance à hésiter à consulter. Ils sont alors susceptibles de vivre ces
difficultés comme un échec honteux qui mine à la fois la relation parent-enfant,
mais aussi l’estime de soi. D’où l’importance, selon les spécialistes, d’aller vers
les familles qui adoptent avant que la situation se dégrade. Cela les amène à
recommander la création de programmes de prévention adaptés à la situation des
familles adoptantes, une stratégie qui tiendrait compte notamment de l’âge de
l’enfant lors de l’adoption. Ces programmes, de l’avis de parents et d’intervenants,
ne seraient pas actuellement offerts dans l’ensemble des régions du QuébecIII.
Certains organismes existentIV, mais leur financement demeurerait précaire, ce qui
ne permet pas d’envisager une propagation de leurs actions.
Le taux de placement d’enfants adoptés serait de 1,1 %, comparativement à 0,2 % dans la population de référence, ce
qui laisse entrevoir les difficultés que fait naître la situation. Les données doivent par contre être mises en perspective
compte tenu du petit nombre de cas sur le plan statistique (Réjean Tessier et autres, L’adoption internationale au
Québec de 1985 à 2002 l’adaptation sociale des enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, p. 15).
II Les besoins seraient plus grands la première année de l’adoption, moins la deuxième et redeviendraient plus
importants au cours de la troisième année après l’adoption. Le suivi deviendrait aussi très important au moment de
l’entrée à l’école (Réjean Tessier et autres, L’adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 l’adaptation sociale des
enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, p. 28). Certains praticiens craignent que ces constats
portent à réduire l’aide aux familles adoptantes (Denis Bolduc, 2005, « Les services postadoption : une honte
nationale », Le Journal de Québec, 18 novembre, p. 8).
III Il est prévu que les CSLC doivent effectuer une visite obligatoire chez les familles adoptantes dans les deux semaines
de l’arrivée de l’enfant. Cette règle ne serait pas toujours respectée compte tenu de certaines lacunes dans le
processus de transmission de l’information. Un projet de formation post-adoption à l’intention d’équipes multidis-
ciplinaires du domaine de la santé et des services sociaux est en cours d’élaboration selon le Secrétariat à l’adoption
internationale. Toutefois, on ignore si cette formation sera disponible dans toutes les régions du Québec.
IV Notamment l’organisme PETALES voué, entre autres, aux troubles d’attachement après l’adoption.
45
crucial vient bouleverser tous les membres de la famille et a des effets importants
tant sur les plans personnel, relationnel et organisationnel que financier, comme le
confirme une récente étude de l’Office des personnes handicapées du Québec53.
Pour les fins de ce rapport, le terme handicap fera référence à la situation de
« toute personne ayant une déficience entraînant une incapacité significative et
persistante qui est sujette à rencontrer des obstacles dans l’accomplissement
d’activités courantes ». Certes, le handicap ou la maladie peut entraîner une
dépendance plus ou moins importante. Puisque les individus réagissent de
manière différente, le processus d’adaptation est variable d’une famille à l’autre.
Toutefois, des points communs se dégagent des propos recueillis par le Conseil
auprès des familles et des intervenants médicaux, sociaux et communautaires.
Souvent, les constats rejoignent ceux d’études sur le sujet. C’est à partir de cet
ensemble d’éléments d’information que les caractéristiques de la situation de ces
familles ont été établies.
D’après l’Enquête québécoise sur les limitations d’activité, (EQLA, 1998) un million
de personnes vivent avec un incapacité, soit 15 % de la population du Québec.
Parmi celles-ci, on dénombre 116 400 enfants de 0 à 14 ans, ce qui représente 8,6 %
de l’ensemble des enfants québécois du même âgeII. Selon la tendance observée
entre 1989 et 1998, le taux d’« incapacité » serait en progression dans la popula-
tion québécoise : il est passé de 11 % à 15 %54. Contrairement à la situation qui avait
cours il y a quelques décennies, presque tous les enfants présentant un handicap
vivent maintenant à domicile avec leur familleIII. Lorsque l’on prend en compte les
familles avec des enfants mineurs et celles avec des enfants majeurs affectés d’un
handicap vivant au domicile, ce sont 5 % des ménages privés québécois qui sont
concernés par la situation de handicap d’un enfant55 (tableau 8).
Définition légale au Québec, Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration
scolaire, professionnelle et sociale (L.R.Q., c. E-20.1).
II Il est complexe d’avoir un portrait exact de la situation des familles québécoises dont un membre a un handi-
cap, notamment parce que les diverses enquêtes n’utilisent pas les mêmes définitions du handicap. Le terme
« incapacité » est retenu pour respecter la terminologie utilisée dans les recherches citées. Ce terme fait référence
aux limitations générales des activités (Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur les limitations
d’activités 1998, p. 78; Conseil de la famille et de l’enfance, 5 Bilans et perspectives, le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, p. 109).
III Au Canada, 99 % des enfants ayant des incapacités vivent dans leur famille (Sylvie Tétreault et autres, Famille et
situation de handicap : comprendre pour mieux intervenir, p. 51).
46
Tableau 8 Proportion des divers types de ménages1 où au moins une
personne a une incapacité sur l’ensemble des ménages privés
québécois et nombre estimé de ménages, Québec, 1998
Ménages Nombre
privés estimé de
québécois ménages4
% N
Ménages familiaux
Ménage où au moins
29,4 870 700
une personne a une incapacité
1. Un ménage peut faire partie de plus d’un type. Dans la construction de ces types, un petit
nombre de ménages inclassables sont exclus, parmi lesquels des familles d’accueil et des
ménages où la nature des liens entre les personnes est inconnue. (L’incapacité est définie
principalement par la limitation générale des activités.)
2. Enfants majeurs n’ayant pas d’enfants eux-mêmes et ne vivant pas en couple.
3. Liens de parenté autres que ceux des types de ménages précédents.
4. Nombre arrondi à la centaine.
Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur les limitations d’activités 1998.
Tiré de : Institut de la statistique du Québec, L’incapacité dans les familles québécoises :
composition et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, p. 79.
47
Ces familles présentent un ensemble de caractéristiques comparables à celles
des autres familles. Toutefois, notons quelques distinctions. Tout d’abord, elles
comptent davantage d’enfants. Il est estimé en effet que 21 % de ces familles ont
trois enfants et plus (d’âge mineur et majeur à la maison), comparativement à
13 % pour les familles dont aucun membre n’a d’incapacité physique ou mentale
diagnostiquée.
En ce qui concerne les caractéristiques des enfants mineurs ayant un handicap,
celles-ci sont analogues à celles des autres enfants, sauf en ce qui concerne le
sexe, puisque ce sont plus souvent des garçons (58 % contre 51 %)56. Si la majorité
des enfants ayant un handicap vit dans une famille biparentale, les auteurs de
l’étude observent que, « lorsque l’on compare les différents types de familles,
on constate que la proportion de familles monoparentales est plus élevée dans
les familles où un enfant a une incapacité que dans les familles sans incapacité
(27 % contre 20 %) »II.
Un choc à surmonter
Les familles dont l’un des membres a un handicap évoluent dans le même
contexte que l’ensemble des familles québécoises. Elles remplissent les mêmes
fonctions et endossent les mêmes responsabilités parentales. Elles partagent les
mêmes valeurs familiales empreintes du désir d’autonomie et d’épanouissement
personnel de chaque membre de la famille. À plusieurs égards, leurs difficultés
sont comparables à celles des autres familles.
Toutefois, la prise en charge d’un membre de la famille qui présente des
besoins particuliers et dont l’autonomie est restreinte, constituerait une tâche
très exigeante en matière de temps, d’argent et d’engagement personnel. Les
recherches font ressortir que ces familles sont susceptibles d’être exposées à un
stress intense et persistant, car elles ont à surmonter la déficience, mais aussi la
discrimination. S’il est reconnu et appuyé par un sondage que les familles
touchées par le handicap peuvent connaître le bonheur, les familles questionnées
sont les premières à avouer qu’il leur a fallu plus d’une année pour surmonter
le choc initial57.
Tous les commentaires et les recherches consultées convergent : l’annonce du
diagnostic constitue un choc pour l’ensemble de la famille et des proches et crée
une situation traumatisante. « J’ai pleuré pendant trois ans », dira la mère d’un
enfant handicapé. La littérature scientifique le confirme, l’annonce est le début
d’un long cheminement, une succession d’adaptations que devront vivre les
familles, une évolution décrite comme étant silencieuse et souffrante58.
On observe que 31 % des familles avec enfant handicapé ne comptent qu’un enfant, comparativement à 45 % chez
les groupes témoins (Jocelyne Camirand, et Jacinthe Aubin, L’incapacité dans les familles québécoises : composition
et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, p. 92).
II Il est aussi noté une surreprésentation des femmes à la tête de ces familles monoparentales (Jocelyne Camirand
et Jacinthe Aubin, L’incapacité dans les familles québécoises : composition et conditions de vie des familles, santé et
bien-être des proches, p. 92).
48
C’est un processus que les spécialistes ont cherché à décrire par étapes (choc et
peur; négation et retrait défensif; détresse, colère et sentiment d’injustice; réorga-
nisation; adaptation à la différence; acceptation), mais l’acceptation n’est jamais
acquise complètement59. « La maladie, on n’accepte pas cela, on s’adapte comme
on peut », dira une participante aux consultations.
Le processus d’adaptation ne se fait pas au même rythme chez chacun des
membres de la famille et n’est pas linéaire. Les familles sont sujettes à des périodes
cycliques d’espoir et de désespoir, des « up and down » diront des chercheurs60; des
ajustements constants sont donc nécessaires. La phase dite d’acceptation n’étant
jamais atteinte, certains parlent d’une « tristesse ou d’une souffrance chroniques »
chez les parents d’enfants handicapés pour décrire la réalité de ceux qui voient
les sentiments qu’ils ont vécus au départ resurgir à divers moments de la vie de
l’enfant61. Des parents d’un enfant extrêmement prématuré confient qu’ils vivent
« un stress intense et chronique qui ne s’estompe pas avec le passage du temps62 ».
Il leur apparaît que la situation n’est jamais résolue et que l’inconnu subsiste.
Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire le choc que provoque l’annonce
du diagnostic de handicap. Il est question d’un état qui provoque un déséquilibre
émotionnel, une angoisse, une sorte de torpeur, de désarroi, un sentiment
d’impuissance, de culpabilité, de peur devant l’inconnu et devant ses capacités
personnelles de surmonter le choc, d’exercer ses responsabilités parentales ou
familiales. C’est un sentiment d’être comme dans une bulle, une impression que
la réalité est désorganisée, une profonde blessure personnelle qui souvent heurte
l’estime de soi et crée un stress intense. Dans le cas d’un enfant extrêmement
prématuré, des chercheurs avancent que l’annonce peut déstabiliser le processus
d’identification amorcé par la mère puisqu’il survient dans une période où la mère
et l’enfant ne font qu’un63.
L’annonce est un moment crucial reconnu comme ayant une incidence directe sur
la capacité d’adaptation de toute la famille, c’est pourquoi des auteurs préfèrent
parler de processus de révélation plutôt que d’annonce64. Des spécialistes de la
question considèrent que « les mots prononcés et les émotions ressenties vont
rester ancrés profondément dans la mémoire des parents65 ». Ils soutiennent que
ces mots auront des répercussions importantes sur la relation parent-enfant et
détermineront le niveau de stress sur le plan de l’adaptation. Ils ajoutent que,
« dans une certaine mesure, le discours professionnel va fonder la trame de la
future identité de l’enfant66. »
Il se dégage de la littérature scientifique qu’un handicap ou une maladie grave
ne sera jamais facile à accepter, mais que certains modes d’intervention peuvent
adoucir ou empirer la situation. Les conditions propices sont connues. Des
paramètres ont été établis67. Dans le cas d’un enfant, l’annonce doit se faire dans un
endroit approprié et en présence des deux parents. La situation doit être expliquée
clairement et simplement. Le contenu de l’information doit être honnête, franc,
compréhensible et dénué de préjugés. La personne qui fait l’annonce doit donner
l’information juste, faire valoir les capacités et non seulement les limites de
l’enfant. Elle doit informer les parents sur les services existants, faire connaître
le pronostic lorsque possible et répondre aux questions, tout en répétant et s’il
49
y a lieu en reformulant. Les parents devraient aussi bénéficier des services d’un
interprète lorsque nécessaire.
La parole revêt une importance capitale, mais elle doit s’accompagner d’une
attitude de compréhension, d’empathie, de soutien, de disponibilité et de recon-
naissance des compétences parentales, ajoutent des chercheurs. C’est aussi à ce
moment précis que les parents doivent être informés de l’aide et du soutien qui
existent. L’information doit être verbale, mais aussi écrite pour que les parents
puissent s’y référer plus tard, souligne-t-on. De préférence, la personne qui annonce
la nouvelle devrait être connue des parents. La démarche d’intervention doit être
expliquée à l’équipe d’intervenants. La présence d’une personne-ressource qui
suivra la famille est un atout, elle pourra notamment aider les parents à présenter
la situation aux autres membres de la famille68. Une intervention rapide fait toute
la différence, disent les experts, et tout retard risque d’avoir un effet néfaste sur le
niveau d’adaptation des parents.
Or, entre les règles évoquées et les pratiques usuelles, il semble y avoir un fossé.
En effet, des constats de recherche69 et des commentaires recueillis laissent
penser que ces conditions sont rarement réunies lorsque se fait
l’annonce du diagnostic de handicap. L’information fournie serait
Une intervention rapide considérée comme étant généralement inappropriée et incomplète.
fait toute la différence, Des parents parlent d’une attitude trop souvent froide et expédi-
disent les experts, et tout tive, parfois irrespectueuse. Des personnes qui ont vécu ce choc
retard risque d’avoir un disent qu’elles auraient souhaité un contexte plus humanisant,
effet néfaste sur le niveau « où un humain s’adresse à un autre humain », où elles auraient
pu exprimer leurs émotions sans se sentir jugées, mais respectées
d’adaptation des parents dans ce qu’elles vivent. Des témoignages confirment que souvent le
professionnel ne s’adresse qu’à un seul parent, laissant celui-ci dans
un état de choc. Malgré que des besoins de formation des intervenants aient été
reconnus depuis plusieurs années déjà, les progrès en ce domaine seraient plus ou
moins probants; les familles touchées continueraient trop souvent à affronter la
révélation du diagnostic dans des conditions inadéquates et insatisfaisantes.
Avec le choc du diagnostic, les attentes et les espoirs liés à l’arrivée d’un enfant
sont remis en question. Les parents seront appelés à faire le deuil de l’enfant
dit « normal » et de certains projets d’avenir. Ces deuils, ou tout au moins ces
renoncements, estiment les psychologues, sont nécessaires pour atteindre un
certain équilibre, mais constituent néanmoins un processus douloureux qui peut
ébranler le fondement même de la structure familiale.
La nécessité de donner des soins spéciaux accentue les craintes des parents,
auxquelles s’ajoutent les délais d’intervention, comme le dénonce le témoignage
suivant : « D’une part, des spécialistes nous disent que la stimulation précoce
pourrait accroître la qualité de vie et l’autonomie de notre enfant et, d’autre part,
on nous laisse entendre que ces services ne seront pas disponibles avant des mois
et même des années. »
Les projets d’avenir pour l’enfant, mais aussi pour les parents, qui, parfois, devront assumer la responsabilité de
l’enfant non autonome tout au long de leur vie.
50
Des parents confient leur peur de ne pas être à la hauteur, d’autant plus que les
progrès accomplis dans le domaine biomédical ont fait en sorte que des personnes
gravement malades survivent plus longtemps qu’auparavant, ce qui a entraîné
une complexification des soins et un alourdissement de la prise en charge70. S’il est
vrai que les interventions in utero et le suivi de grossesse permettent un certain
dépistage des cas, ces situations soumettent les parents et les intervenants à des
décisions déchirantes. Ainsi, de grands prématurés sont rescapés, mais plusieurs
conservent des séquelles importantes. Alors qu’en 1950 une personne atteinte
de trisomie 21 parvenait rarement à l’âge adulte, son espérance de vie se situe
aujourd’hui autour de 55 ans71.
De plus, les avancées dans le domaine médical et de la réadaptation se sont
accompagnées de changements des mentalités. Le maintien dans le milieu
familial s’est ancré comme le choix le plus propice au mieux-être des personnes
nécessitant une assistance. Selon certains observateurs, cette conjugaison de
facteurs est susceptible d’exercer une pression sur des familles, celles-ci se
sentant dans l’obligation d’assumer la pleine et entière responsabilité de leur
enfant même si celui-ci est lourdement handicapé et a besoin de soins constants
de nature médicale.
S’enclenche une lutte entre la satisfaction de ses propres besoins et celle des
besoins de la personne atteinte d’un handicap, ajoutent des spécialistes de la
question. Ils font la démonstration que les responsabilités à l’égard d’un membre
de la famille ayant une autonomie réduite font augmenter chez les aidants des
risques de développer des problèmes de santé. Ainsi, des symptômes physiques
peuvent apparaître, parmi lesquels l’insomnie et l’anémie ainsi que d’autres
problèmes de santé.
Le sentiment de culpabilité ressenti après avoir donné naissance à un enfant
ayant une malformation congénitale peut aussi entraîner une détresse psycholo-
gique, selon des recherches. Ce sentiment de culpabilité peut mener à une perte
d’estime de soi pouvant même conduire à la rupture de l’attachement parental.
Chez d’autres personnes, le handicap d’un enfant peut susciter des relations de
type fusionnel, particulièrement mère-enfant, soutiennent des spécialistes de la
santé. Dans d’autres cas, il arrive que la personne ne parvienne pas à se sentir
parent, une situation relevée par des recherches auprès de parents d’enfants chez
qui a été détecté un lourd handicap après l’adoption. Un sentiment d’agressivité
et même de rejet ou de haine peut alors envahir les personnes qui avaient idéalisé
leur projet d’avoir un enfant72. Des récits de vie évoquent des pensées suicidaires
associées aux situations d’impasse que perçoivent des parents en détresse
psychologiques73. Toutes ces situations nécessiteront des interventions profes-
sionnelles pour aider à préserver ou à rétablir l’équilibre psychologique du parent,
selon les experts consultés.
Lorsque la naissance a lieu la 23e, la 24e ou la 25e semaine, le terme extrême prématurité est retenu dans la littérature
scientifique. On note une augmentation du taux de prématurité au Québec. En 2005, ce taux était estimé à 7,6 %
au Québec, à 7,1 % au Canada et à 7,6 % aux États-Unis. Un prématuré est défini comme naissant à 37 semaines et
moins (Michel T. Giroux, Réjean Tessier et Line Nadeau (sous la dir. de), L’extrême prématurité : les enjeux parentaux,
éthiques et légaux, p. 3).
51
Mentionnons toutefois que les réactions au moment de l’annonce du diagnostic
ne sont pas le reflet de l’attitude future. La plupart du temps, les personnes placées
devant une situation traumatisante, comme le handicap d’un enfant, diront qu’elles
ont développé des ressources insoupçonnées qui les surprennent. Elles affirment
ressentir un sentiment d’accomplissement et de satisfaction. Elles disent avoir
puisé la force nécessaire et avoir acquis des compétences, tout en développant
une vision différente de la vie. Selon certains parents, le handicap de l’un des
membres de la famille fut une occasion de grandir, à la condition d’accepter la
situation et de l’intégrer au projet familial. Par contre, l’adaptation ne se faisant
pas nécessairement au même rythme chez tous les membres de la famille, la
relation de couple peut être compromise, et la fratrie est susceptible de subir des
contrecoups. Selon le cas, c’est toute la dynamique familiale qui est à recomposer.
52
Il est certain que la nature du handicap influence l’organisation familiale, et le
problème est accentué lorsqu’une assistance de tous les instants est nécessaire.
Dans ces circonstances, les membres de la famille « aidante » sont appelés à
acquérir une foule de qualités personnelles et d’habiletés, telles que donner des
soins et gérer de multiples tâches. Elles ont aussi à communiquer et à négocier
avec plusieurs intervenants. Elles doivent s’approprier diverses techniques et
élaborer des stratégies d’adaptation à court, moyen et long terme75.
Par ailleurs, on observe que le handicap a tendance à provoquer une remise en
question des rôles et des responsabilités familiales qui conduit le plus souvent à
un retour au mode traditionnel de partage des tâches. Les témoignages recueillis
et la littérature confirment que, dans la majorité des familles concernées par
la maladie ou le handicap d’un enfant, ce sont majoritairement les mères qui
exercent les tâches liées aux soins. La diminution du nombre d’heures travaillées
des femmes ou l’abandon de leur activité professionnelle illustre cette tendance
(tableau 9).
Note : Dans l’étude, l’incapacité est définie principalement par la limitation générale des activités.
Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur les limitations d’activités 1998.
Tiré de : Institut de la statistique du Québec, L’incapacité dans les familles québécoises : composition
et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, tableau 5.11, p. 99.
53
Les coûts additionnels
Il est reconnu que le coût d’un enfant est difficile à quantifier. Dans le cas d’un
enfant présentant des besoins spéciaux, il faut, en plus des frais habituels, prendre
en compte les coûts en médicaments, en soins de santé facturés, l’achat d’aides
techniques (prothèses, orthèses), les frais de déplacement et d’hébergement pour
des traitements ou des hospitalisations. Certains de ces frais sont
La présence d’une personne admissibles à des programmes ou couverts par des assurances
familiales, mais généralement cela ne couvre que partiellement
handicapée entraînerait
les dépenses encourues. S’ajoutent éventuellement le salaire d’une
des répercussions financières tierce personne pour des services spécialisés, le coût de l’adaptation
importantes qui font de la résidence et de l’achat d’un véhicule adapté, etc.
en sorte qu’un certain
Quoiqu’il soit difficile d’établir un coût lié au handicap, il apparaît
nombre de ces familles qu’il existe un écart entre les besoins des familles concernées
connaissent une situation et les revenus dont elles disposent. La présence d’une personne
économique précaire handicapée entraînerait des répercussions financières importantes
qui font en sorte qu’un certain nombre de ces familles connais-
sent une situation économique précaire (tableau 10). Les frais que représente
la réorganisation familiale, surtout au cours de la première année, viendraient
rapidement gruger les économies et auraient un effet sur les autres dépenses. À
titre d’illustration, l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes
fait ressortir que 12 % des enfants canadiens ayant des besoins spéciaux vivent
dans une maison nécessitant des réparations majeures, comparativement à 7 %
de l’ensemble des enfants visés par l’enquête. On mentionne aussi que le taux
d’enfants ayant vécu dans une famille qui a manqué au moins une fois d’argent
pour acheter de la nourriture est plus élevé chez les enfants avec un handicap que
chez les autres enfants (14 % par rapport à 9 %)77.
% %
Moins de 15 000 $ 17,4* 25,6* 20,1 12,5
15 000 - 29 999 $ 25,0 21,9* 24,0 17,9
30 000 - 39 999 $ 14,9* 12,0** 13,9* 16,7
40 000 $ et plus 42,7 40,6 42,0 53,0
Note : Dans l’étude, l’incapacité est définie principalement par la limitation générale des activités.
* Coefficient de variation entre 15 % et 25 %; interpréter avec prudence.
** Coefficient de variation supérieur à 25 %; estimation imprécise fournie à titre indicatif seulement.
Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur les limitations d’activités 1998.
Tiré de : Institut de la statistique du Québec, L’incapacité dans les familles québécoises :
composition et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, tableau 5.6, p. 95.
54
Autre illustration, selon l’Institut de la statistique du Québec, l’examen du revenu
annuel total de l’ensemble des ménages montre des écarts importants entre les
familles selon que la famille compte ou non un membre ayant un handicap. On
observe en effet qu’une famille sur cinq a un revenu annuel de moins de 15 000 $
parmi les familles où au moins un enfant présente une incapacité physique
ou mentale, comparativement à 12,5 % parmi les autres familles. Les risques
de pauvreté sont aussi plus élevés en raison des conséquences des ruptures
conjugales. On se rappellera que leur taux est particulièrement élevé chez ces
familles. Le constat de l’Institut de la statistique est « que la moitié (51 %) des
familles monoparentales ayant un enfant mineur avec incapacité sont classées
comme pauvres ou très pauvres78 ». Ainsi, les familles monoparentales, les jeunes
familles, les familles nombreuses seraient doublement démunies lorsqu’elles sont
touchées par le handicap d’un des leurs.
Par ailleurs, l’accès aux services de proximité, l’emplacement des services spécia-
lisés, la souplesse des modalités d’utilisation de ces services peuvent accentuer
ou atténuer les difficultés financières des familles. Les services coûtent cher,
notamment le gardiennage, le transport, les équipements de stimulation, et ces
dépenses seraient loin d’être compensées adéquatement par les aides financières
octroyées par les gouvernements, peut-on dégager des commentaires recueillis.
Il est fait aussi mention des frais liés à l’adaptation du domicile au handicap de
l’enfant et des longs délais pour avoir droit à une aide financière.
55
chacun se retrouve dans sa bulle », dit-on82. On observe une augmentation des
tensions, les parents faisant plus rapidement face à leurs limites. Cette situation
de détresse est susceptible de conduire à l’élaboration de systèmes défensifs
comme celui de « chercher la faute » en accusant son partenaire. Des gestes
de violence verbale ou physique peuvent survenir ou une forte angoisse peut
apparaître chez des parents qui, « à bout de nerfs », vivent avec la peur d’adopter
des comportements violents à l’égard de leurs proches.
Au cours de cette période, les projets du couple sont suspendus,
Au cours de cette période, chacun se sentant profondément remis en question dans son
les projets du couple sont identité, ses origines, son image. À cet égard, une intervenante dans
les relations familiales rappelle que le sentiment de culpabilité, la
suspendus, chacun se
dévalorisation de soi sont des poisons pernicieux qui sapent la
sentant profondément remis relation de couple83. Quoiqu’il soit impossible d’établir un lien direct
en question dans son identité, entre le handicap d’un enfant et la séparation conjugale, le taux
ses origines, son image relativement élevé de familles monoparentales qui comptent un
enfant dont l’autonomie est restreinte constitue un indice significatif
de la difficulté de préserver le couple. Un parent qui a vécu cette expérience rapporte :
« Notre couple n’a pas réussi à se garder d’espace personnel, il a craqué84. »
Si un certain nombre de couples se séparent, d’autres vont découvrir une solidité
chez la conjointe ou le conjoint qui resserrera leurs liens. Toutefois, les couples qui
survivent doivent se reconstruire sur de nouvelles bases, estime-t-on. Les rôles de
chacun ont changé, les responsabilités aussi. Les moments intimes se font rares et,
même lorsqu’ils se produisent, les préoccupations constantes peuvent constituer
une barrière entre les partenaires. Une mère raconte la difficulté de reprendre
contact : « La première fois que j’ai été seule avec mon conjoint pour quelques
jours, j’étais inquiète de laisser mon enfant à une gardienne. Tous les deux, on
ne savait plus quoi faire ensemble. À force de se permettre de petits congés, on a
retrouvé le plaisir d’être ensemble. Aujourd’hui, c’est essentiel à notre couple85. »
La vulnérabilité du couple au cours de cette période appelle à des interven-
tions spécialisées, disent certains observateurs, d’autant plus qu’au sentiment
d’incompétence s’ajoute souvent celui de culpabilité. Des parents avouent se
sentir coupables de ne pas répondre aux besoins de leur couple et à ceux des
autres membres de la famille.
56
Ainsi, la surprotection côtoie la jalousie, l’attention étant concentrée sur ce
membre de la famille. L’affection coexiste avec des sentiments négatifs à l’égard
de la personne vivant avec une limitation fonctionnelle. La fratrie vit aussi des
peurs : celle de perdre cette sœur ou ce frère que l’on aime, de transmettre
la maladie, de devenir elle-même atteinte. Peur aussi de l’avenir, particulièrement
à l’égard des responsabilités à assumer lorsque les parents ne pourront plus le
faire. Ces sentiments négatifs risquent de miner l’estime de soi et l’harmonie
familiale, soutient-on.
La situation des membres de la fratrie apparaît particulièrement
préoccupante, car ceux-ci hésitent à parler de ce qu’ils ressentent
La fratrie vit aussi des
avec leurs parents. Ils ont pourtant un grand besoin d’évacuer leurs
émotions, conviennent des intervenants. À cet égard, l’attitude des peurs : celle de perdre cette
parents est déterminante, notamment en prévoyant du temps et un sœur ou ce frère que l’on
budget pour répondre aux besoins particuliers des autres enfants. aime, de transmettre
Malheureusement, dans certains cas rapportés dans des recherches, la maladie, de devenir
l’attitude parentale peut renforcer la difficulté du jeune à jouir de sa elle-même atteinte
normalité. Certains parents le culpabilisent de la chance qu’il a par
des propos tels que : « tu es normal… tu n’as pas honte de… » 87. Cette difficulté est
accentuée dans le cas de jumelles ou de jumeaux, car la personne non atteinte
de handicap peut avoir l’impression qu’elle a pris à l’autre sa « normalité ». Dans
ces circonstances, le soutien d’une personne significative sera déterminant. Si
le silence s’installe, estime-t-on, l’isolement social ira jusqu’à provoquer dans la
fratrie des problèmes physiques ou psychologiques.
Il est aussi signalé que les enfants d’une famille dont un des membres a des
limitations fonctionnelles importantes sont susceptibles de se voir confier
de grandes responsabilités pour leur âge. Cette situation peut engendrer des
problèmes, comme cela fut constaté chez des sœurs et des frères d’un enfant
sourd. Selon l’auteure d’une étude sur le sujet, certains d’entre eux peuvent « se
sentir investis d’une mission de « protecteur », souvent liée à une injonction de la
part d’un parent, de la mère en particulier88».
57
Interrogés sur le soutien de leur entourage, des parents d’enfants handicapés
intellectuellement affirment pouvoir compter « parfois » sur celui-ci lorsqu’ils en
ont besoin90. « Heureusement que ma mère était là », confiera une mère éprouvée,
lors de la consultation. Bien qu’un grand nombre de familles disent recevoir un
certain soutien physique et psychologique de membres de la famille élargie
ou de proches (amis, voisins…), celui-ci n’est pas acquis systématiquement. Des
chercheurs constatent que : « l’ensemble des parents ne peut s’appuyer sur les
proches pour recevoir un soutien significatif et durable de leur entourage91.
La nature et la gravité du handicap influenceraient les relations familiales et
sociales. À cela s’ajoute le fait que les parents, toujours sous le choc, ne sont pas
toujours disponibles psychologiquement pour les autres, ce qui peut créer des
tensions. Les proches ne comprenant pas toujours les réactions des parents, il
arrive qu’ils ne savent que dire ni que faire et qu’ils en viennent à espacer leurs
visites. La disparition des intérêts communs, la peur de se faire demander de
l’aide qu’ils considèrent ne pas être en mesure de donner en éloignent d’autres,
particulièrement lorsque la nature des soins et les comportements exigent des
compétences particulières92.
Les parents dont l’enfant présente des besoins spéciaux souhaiteraient que ceux
qu’ils aiment ressentent le même attachement qu’eux pour lui. Or, ce n’est pas
toujours le cas, constate-t-on. Les non-dits et les gestes informels deviennent très
significatifs dans ces situations. Quand on « rejette » le contact avec l’enfant, c’est
toute la famille qui se sent rejetée. Les parents peuvent comprendre les réactions
des autres, mais « ça fait encore plus mal quand ça vient de ta sœur ou de ton frère
que tu aimes », dit l’un d’eux.
Lorsque les familles concernées par le handicap ressentent le trouble
La souffrance isole. d’un proche et qu’un malaise s’installe,elles en viennent à se replier sur
On est isolé dans sa famille, elles-mêmes pour éviter de souffrir davantage, dit une mère affectée
par la situation. Le risque est grand d’effritement du réseau familial
dans sa communauté, et social, note-t-on dans le milieu scientifique, un constat qu’ont
dans son couple fait plusieurs des parents touchés par la maladie ou le handicap de
leur enfant lors des consultations et que traduit bien le témoignage
émouvant d’une mère d’un enfant lourdement handicapé : « La souffrance isole.
On est isolé dans sa famille, dans sa communauté, dans son couple. »
Le regard de la communauté
Dès l’annonce du diagnostic, des parents disent devoir vite affronter les regards
de la société, les réactions que provoque la différence, les peurs que la situation
suscite. Ils disent avoir souvent à faire face aux critiques qui se dévoilent par
certains conseils, par des remarques parfois malveillantes ou maladroites, par
une attitude condescendante qui laisse entendre qu’à leur place, on n’agirait pas
comme eux. Des parents soutiennent avoir fréquemment l’impression qu’on les
juge hâtivement et qu’on les considère à travers des idées préconçues. Si leur
enfant est étiqueté, eux aussi ont le sentiment d’être catalogués, constate-t-on.
L’environnement social aurait tendance à les considérer comme trop émotifs et à
sous-estimer l’ampleur de leurs responsabilités.
58
Certains membres de familles dont l’enfant exige des soins particuliers
s’investiront dans des associations et certains se donneront la mission de
devenir des personnes-ressources pour d’autres parents. Aux parents concernés,
les associations apportent un soutien psychosocial important et des aides
ponctuelles indispensables pour s’adapter à la situation. Ainsi, un certain nombre
de parents adhèrent aux groupes d’entraide et aux associations. Toutefois, il est
constaté que ces associations agissent chacune dans un secteur particulier, en silo
et, dans certains cas, des recherches ont établi qu’il peut se développer un excès
de militantisme pouvant avoir des conséquences sur la qualité de la vie familiale
et même, provoquer davantage d’isolement social93.
L’annonce du diagnostic de handicap dans une famille d’immigration récente
viendrait s’ajouter au traumatisme de l’exil. C’est ce qui se dégage d’une recherche
sur le sujet. L’enfant handicapé risque alors d’être perçu comme un enfant
doublement étranger. « L’immigration peut être vécue comme un facteur
handicapant et le handicap comme une forme d’exil et d’étrangeté », estime un
chercheur94. Certaines enquêtes font état de cas de parents d’un enfant fréquem-
ment hospitalisé qui semblaient revivre à chaque hospitalisation leur expérience
de l’exil et du déracinement95. Par contre, il est mentionné que le handicap
de l’enfant peut parfois favoriser l’intégration si la famille peut compter sur le
soutien d’associations.
Les familles immigrées seraient aussi partagées entre les modèles culturels
traditionnels et les modèles culturels occidentaux en ce qui concerne la
conception du handicap et son traitement médical (par exemple, le recours à des
pratiques traditionnelles ou non). Il est constaté que des conflits peuvent naître
au sein de la famille lorsque l’un des parents adhère au modèle médical, alors
que l’autre reste plus attaché aux approches traditionnelles. L’enfant devient alors
l’incarnation de choix, de difficultés ou du refus d’adaptation de l’un des parents
ou l’emblème de la volonté d’intégration de l’autre parent, explique un membre
d’un organisme communautaire.
Les croyances et la spiritualité jouent aussi un rôle dans l’adaptation à la
situation, « comme si les représentations religieuses et culturelles constituaient
un écran, qui filtre, protège et atténue les effets dévastateurs de la culpabilité »,
observe-t-on96. On explique que, selon la philosophie bouddhiste, la réincarnation
confère un sens au handicap, « l’anormalité » étant présentée comme le fruit d’une
longue suite de morts, de naissances et de réincarnations, ce qui peut aider les
parents à surmonter leur sentiment de culpabilité. Dans les religions chrétiennes,
l’amour du prochain, l’esprit de sacrifice et de dévouement invitent les croyants à
trouver un sens à leur vie, ce qui peut réconforter.
En France, 61 % de ces familles sont membres d’au moins une association. (Pascal Dreyer et Jean-Yves Riou, 1997,
« Enquête déclic : la longue marche des familles vers l’intégration », Déclic : le magazine de la famille et du handicap,
no 37, juin, p. 10). De telles données ne sont pas disponibles pour le Québec.
59
Des chercheurs spécialistes de la question soutiennent l’importance d’un envi-
ronnement propice à l’accueil d’un enfant ayant des besoins spéciaux. Comme
le rappelle Michelle Leduc, représentante de la Confédération des organismes de
personnes handicapées du Québec, « pour les familles qui vivent avec un membre
ayant des limitations fonctionnelles, la question de l’adaptation du milieu de vie
est primordiale97 ». Des parents sondés lors d’une récente étude ont confirmé que
l’aide de la collectivité (services publics et autres) a pu faciliter leur processus
d’adaptation, mais des améliorations étaient néanmoins souhaitées. Il se
dégage de l’ensemble de l’information recueillie qu’autant ces familles doivent
affronter le regard sévère de la communauté, autant c’est précisément dans leur
environnement qu’elles puisent l’énergie dont elles ont besoin pour s’adapter à
des situations nouvelles et pour faire face au stress et aux demandes particulières
engendrées par un changement. D’où l’importance de se questionner sur l’accueil
et l’ouverture que montre la communauté à ces familles.
Dans l’étude, les chercheures énumèrent, selon le type d’handicap, les améliorations souhaitées par les parents et
les présentent sous forme de tableaux (Carmen Dionne et Nadia Rousseau, Évaluation qualitative de la situation des
familles où vit une personne handicapée : programme de subventions à l’expérimentation, 162 p.).
60
Notes bibliographiques
1 Nicole Marcil-Gratton et Nicole Beaudoin (2001). « Formation des couples : quelles trajectoires? », dans
Conseil de la famille et de l’enfance. Démographie et famille : les impacts sur la société de demain : les
actes du colloque, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 94. (Gouvernement du Québec).
2 Nicole Marcil-Gratton et Nicole Beaudoin (2001). « Formation des couples : quelles trajectoires? », dans
Conseil de la famille et de l’enfance. Démographie et famille : les impacts sur la société de demain : les
actes du colloque, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 94. (Gouvernement du Québec).
3 Nicole Marcil-Gratton et Nicole Beaudoin (2001). « Formation des couples : quelles trajectoires? »,
dans Conseil de la famille et de l’enfance. Démographie et famille : les impacts sur la société de
demain : les actes du colloque, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p 100-101.
(Gouvernement du Québec).
4 Propos de Nicole Beaudoin, créatrice du programme « Partenaires », recueillis lors du colloque, Nicole
Marcil-Gratton et Nicole Beaudoin (2001). « Formation des couples : quelles trajectoires? », dans
Conseil de la famille et de l’enfance. Démographie et famille : les impacts sur la société de demain : les
actes du colloque, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance p. 101. (Gouvernement du Québec).
5 Anne Drolet (2006). « Jeunes et épuisés : craquer sur les bancs d’école, la combinaison études-
travail-famille, un cocktail dangereux », Le Soleil, 25 mars, p. D2.
6 Madeleine Gauthier et autres (2002). Jeunes et fécondité : les facteurs en cause, revue de la littéra-
ture et synthèse critique, Montréal, INRS, Urbanisation, Culture et Société, p. 29-30.
7 Clairandrée Cauchy (2003). « Emploi atypique et précarité chez les jeunes : une main-d’œuvre à bas
prix, compétente et jetable! », dans Conseil permanent de la jeunesse. Actes du colloque vivre à l’ère
précaire, causes et conséquences de l’emploi atypique chez les jeunes, Québec, Conseil permanent de
la jeunesse, p. 16. (Gouvernement du Québec).
8 Marc Molgat et Johanne Charbonneau (2003). « Les relations sociales », dans Madeleine Gauthier (sous
la dir. de). La jeunesse au Québec, Sainte-Foy, Éditions de l’IQRC, Les Presses de l’Université Laval, p. 82-83.
9 Josiane Le Gall (2000). « La famille : une ressource pour les jeunes « d’origine immigrée » à Montréal »,
dans Madeleine Gauthier et autres (sous la dir. de). Être Jeune en l’an 2000, Sainte-Foy, Éditions
de l’IQRC, Les Presses de l’Université Laval, p. 97.
10 Conseil de la famille et de l’enfance (2001). Démographie et famille : les impacts sur la société de
demain : les actes du colloque, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 255 p. (Gouvernement
du Québec); Conseil de la famille et de l’enfance (2002). Démographie et famille : avoir des enfants,
un choix à soutenir, Avis, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 110 p. (Gouvernement du
Québec); Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (2004). Natalité et interven-
tions publiques, Québec, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Direction des
communications, 52 p. (Gouvernement du Québec).
11 Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine (2005). Un portrait statistique des
familles au Québec, Québec, Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Direction
des relations publiques et des communications p. 52 (Gouvernement du Québec).
12 Institut de la statistique du Québec (2006). Taux de fécondité, selon le groupe d’âge et indices
globaux, Québec, 1951-2005. [En ligne]
http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/demographie/naisn_deces/naissance/402.htm
Naissances et taux de natalité, Québec, 1900-2005 Québec. [En ligne]
http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/demographie/naisn_deces/naissance/401.htm
(Sites consultés le 12 décembre 2006) (Gouvernement du Québec).
61
13 Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine (2005). Un portrait statistique des
familles au Québec, Québec, Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Direction
des relations publiques et des communications, p. 52, p.57 (Gouvernement du Québec).
14 Ministère de la Santé et des Services sociaux (2002). Naissances selon le type (simple ou multiple),
Québec 1999. [En ligne]
http://msssa4.msss.gouv.qc.ca/fr/statisti/accounais.nsf/vsite#1?OpenView&Expand=1
(Site consulté le 29 novembre 2006) (Gouvernement du Québec).
15 Louis Duchesne (2005). La situation démographique au Québec : bilan 2005 : les familles au tournant
du XXIe siècle, Québec, Institut de la statistique du Québec, p. 93-94 (Gouvernement du Québec).
16 Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants. Stress parental et périnatal, Mon-
tréal, Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, p. i.
17 Presse Canadienne (2005). « Le stress de l’accouchement… vécu par les hommes », Le Soleil,
28 novembre, p. A 13.
18 Presse Canadienne (2005). « Le stress de l’accouchement… vécu par les hommes », Le Soleil,
28 novembre, p. A 13.
19 Marie-Josée Poulin, Geneviève Sauvageau, Émilie Côté, Sylvain Pouliot, Hélène Gendreau et
Julie Cummings. Programme-clientèle régional et suprarégional de psychiatrie périnatale, [Québec,
Institut universitaire en santé mentale de Québec, Centre Hospitalier Robert-Giffard], p. 9.
20 Isabelle Maher (2006). « Mal de « mère », Le Journal de Montréal, 6 avril, p. 46.
21 Marie-Josée Poulin, Geneviève Sauvageau, Émilie Côté, Sylvain Pouliot, Hélène Gendreau et
Julie Cummings. Programme-clientèle régional et suprarégional de psychiatrie périnatale, [Québec,
Institut universitaire en santé mentale de Québec, Centre Hospitalier Robert-Giffard], p. 9.
22 Propos rapportés par Isabelle Maher (2006). « Championnes de la dépression », Le Journal de Québec,
6 avril, p. 37.
23 Presse Canadienne (2005). « La dépression « post-partum » peut être dangereuse pour la mère,
selon une étude », Le Soleil, 9 octobre.
24 Groupe de travail Enjeux démographiques et accompagnement du désir d’enfants des familles
(2005). Enjeux démographiques et accompagnement du désir d’enfants des familles : conférence de
la famille 2005, France, République française, Ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille,
Délégation Interministérielle à la famille, p. 76.
25 Baptiste Ricard-Châtelain (2005). « Le bébé blues affecte papa aussi », Le Soleil, 30 juillet.
26 Myriam Szejer (2006). « Pour une médicalisation raisonnée de la maternité : protéger l’environne-
ment de la naissance », Informations sociales, no 132, juin, p. 62.
27 Catherine Mauffoy (2006). « Quand la PMI se rend au domicile : une puéricultrice témoigne »,
Informations sociales, no 132, juin, p. 92.
28 Jean Le Camus (2006). « Le devenir père : merveilles et déconvenues », Informations sociales, no 132,
juin, p. 26.
29, Institut de la statistique du Québec (2000). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : les nourrissons de 5 mois : vie conjugale des parents, Québec, Institut de
la statistique du Québec, vol. 1, no 11, p. 50 (Gouvernement du Québec).
30 Caisse nationale des allocations familiales (2006). « L’heureux événement : effet d’annonce :
entretien avec Serge Hefez », Informations sociales, no 132, juin, p. 13.
31 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance,
p. 67-68 (Gouvernement du Québec).
32 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance,
p. 72-73 (Gouvernement du Québec).
62
33 Institut de la statistique du Québec (2002). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : de la naissance à 29 mois : grandir dans un environnement en changement,
Québec, Institut de la statistique du Québec, vol. 2, no 2, 61 p. (Gouvernement du Québec).
34 Institut de la statistique du Québec (2002). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) de la naissance à 29 mois : grandir dans un environnement en changement,
Québec, Institut de la statistique du Québec, vol. 2, no 2, p. 46 (Gouvernement du Québec).
35 Institut de la statistique du Québec (2002). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : de la naissance à 29 mois : grandir dans un environnement en changement,
Québec, Institut de la statistique du Québec, vol. 2, no 2, p. 46 (Gouvernement du Québec).
36 Conseil de la famille et de l’enfance (2004). Les parents au quotidien : le rapport 2003-2004 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 34
(Gouvernement du Québec).
37 Steve Proulx (2004). « Être parent…un peu trop? », Montréal pour enfants, octobre-novembre, p. 13-14.
38 Colette Michaud (2006). Naissance multiple : impacts sur la trajectoire personnelle et professionnelle
de la femme et de son conjoint, [Rimouski], Université du Québec à Rimouski, p. 46, 47, 70.
39 Institut de la statistique du Québec (2000). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : les nourrissons de 5 mois : vie conjugale des parents, Québec, Institut de
la statistique du Québec, vol. 1, no 11 p. 53 (Gouvernement du Québec).
40 Institut de la statistique du Québec (2000). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : les nourrissons de 5 mois : vie conjugale des parents, Québec, Institut de
la statistique du Québec, vol. 1, no 11, p. 53 (Gouvernement du Québec).
41 Conseil de la famille et de l’enfance (2001). Démographie et famille : avoir des enfants, un choix à
soutenir, Avis, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 59 (Gouvernement du Québec).
42 Marie-Thérèse Lacourse (1999). Famille et société, Montréal, Chenelière/McGraw-Hill, p. 218.
43 Marie-Thérèse Lacourse (1999). Famille et société, Montréal, Chenelière/McGraw-Hill, p. 220.
44 Bernard Tomianka (2006). « Ces enfants qui « naissent » dans le ventre de l’avion : l’accompagnement
à l’arrivée de l’enfant adopté », Information sociale, no 132, juin, p. 80.
45 Denis Bolduc (2005). « Le Québec craque pour les poupons étrangers », Le Journal de Québec,
18 novembre, p. 9.
46 Réjean Tessier et autres (2005). L’adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 : l’adaptation
sociale des enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, [Québec, École de
psychologie], 36 p.
47 Protégez-vous (2006). « Être parent, tout un contrat!: tout ce que vous devez savoir », Protégez-vous, p. 6.
48 Denis Bolduc (2005). « L’adoption…quand ça dérape! Quand l’amour et les bons soins ne règlent pas
tout », Le Journal de Québec, 18 novembre, p. 8.
49 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Colloque « Regards sur la diversité des familles » : mieux
comprendre pour mieux soutenir. [En ligne]
http://agora.qc.ca/colloque/cfe2005.nsf (Gouvernement du Québec).
50 Pier-Luc Dupont (2006). « La face cachée de l’adoption internationale », Le Soleil, 20 juillet p. 6.
51 Jean-François Chicoine, Patricia Germain et Johanne Lemieux (2003). L’enfant adopté dans le monde
en quinze chapitres et demi, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 351-384.
52 Réjean Tessier et autres (2005). L’adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 : l’adaptation
sociale des enfants nés à l’étranger et adoptés par des familles du Québec, [Québec, École de
psychologie], p. 31.
53 Carmen Dionne et Nadia Rousseau (2006). Évaluation qualitative de la situation des familles où
vit une personne handicapée : programme de subventions à l’expérimentation, Drummondville,
Office des personnes handicapées du Québec, 162 p. (Gouvernement du Québec).
63
54 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 110
(Gouvernement du Québec).
55 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 110
(Gouvernement du Québec).
56 Jocelyne Camirand et Jacinthe Aubin (2004). L’incapacité dans les familles québécoises : composition
et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, Québec, Institut de la statistique du
Québec, Office des personnes handicapées du Québec, p. 91 (Gouvernement du Québec).
57 Pascal Dreyer et Jean-Yves Riou (1997). «Enquête déclic : la longue marche des familles vers
l’intégration », Déclic : le magazine de la famille et du handicap, no 37, juin, p. 8.
58 Pascal Dreyer et Jean-Yves Riou (1997). «Enquête déclic : la longue marche des familles vers
l’intégration », Déclic : le magazine de la famille et du handicap, no 37, juin, p. 12.
59 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 19.
60 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et
résolution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de
recherche, Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p. 22.
61 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 20.
62 Michel T. Giroux, Réjean Tessier et Line Nadeau (sous la dir. de) (2005). L’extrême prématuré : les
enjeux parentaux, éthiques et légaux, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, p. 14.
63 Michel T. Giroux, Réjean Tessier et Line Nadeau (sous la dir. de) (2005). L’extrême prématuré : les
enjeux parentaux, éthiques et légaux, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, p. 20.
64 Régine Scelles (2006). « Devenir parent d’un enfant handicapé : une affaire d’homme, de femme, de
couple, d’enfant et de société », Informations sociales, no 132, juin, p. 89.
65 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 18.
66 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 18.
67 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 123. Voir aussi Association pour
l’intégration sociale (1998). Annonce du diagnostic, guide à l’intention des professionnels/les de la
santé, Québec, Association pour l’intégration sociale, 8 p.
68 Nicole Boucher, Grazyna Kerner et Annick Piquet (1989). « Révélation du handicap de l’enfant et
conséquences sur son environnement : analyse bibliographique », Handicaps et inadaptations,
no 47-48, p. 122.
69 Carmen Dionne et Nadia Rousseau (2006). Évaluation qualitative de la situation des familles où vit
une personne handicapée : programme de subventions à l’expérimentation, Drummondville, Office
des personnes handicapées du Québec, p. 73 (Gouvernement du Québec).
70 Suzanne Mongeau, Marie-Claire Laurendeau et Pauline Carignan (2002). « Le répit pour les familles
ayant un enfant atteint d’une maladie à issue fatale », Nouvelles pratiques sociales, vol. 15, no2, p. 170.
71 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 105
(Gouvernement du Québec).
72 Régine Scelles (2006). « Devenir parent d’un enfant handicapé : une affaire d’homme, de femme,
de couple, d’enfant et de société », Informations sociales, no 132, juin, p. 87.
64
73 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et réso-
lution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de recherche,
Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p. 26-28.
74 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Colloque « Regards sur la diversité des familles » : mieux
comprendre pour mieux soutenir. [En ligne]
http://agora.qc.ca/colloque/cfe2005.nsf ; Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Prendre en
compte la diversité des familles, Avis, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 52 (Gouverne-
ment du Québec).
75 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 21.
76 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 126.
77 Jocelyne Camirand et Jacinthe Aubin (2004). L’incapacité dans les familles québécoises : composition
et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, Québec, Institut de la statistique du
Québec, Office des personnes handicapées du Québec, p. 29. (Gouvernement du Québec).
78 Jocelyne Camirand et Jacinthe Aubin (2004). L’incapacité dans les familles québécoises : composition
et conditions de vie des familles, santé et bien-être des proches, Québec, Institut de la statistique du
Québec, Office des personnes handicapées du Québec, p. 29. (Gouvernement du Québec).
79 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et réso-
lution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de recherche,
Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p. 41.
80 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et réso-
lution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de recherche,
Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p.40-43.
81 Marie-Noëlle Gauthier (1997). Le jeu des sept familles, Paris, Desclée de Brouwer, p. 65.
82 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et réso-
lution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de recherche,
Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p.41.
83 Marie-Noëlle Gauthier (1997). Le jeu des sept familles, Paris, Desclée de Brouwer, p. 50.
84 Élisabeth Tingry (2001). « Nous nous séparons à cause du handicap? », Déclic : le magazine de la
famille et du handicap, no 80, p. 48-49.
85 Diane Pelchat et autres (2004). « Acquisition de savoirs professionnels et de savoirs parentaux dans
le cadre du programme d’intervention PRIFAM », La revue internationale de l’éducation familiale,
vol. 8, no 2, p. 66.
86 Régine Scelles (1995). « Les frères et sœurs : les oubliés de l’intégration scolaire des enfants
porteurs d’un handicap », dans Serban Inescu et autres. L’intégration des personnes présentant
une déficience intellectuelle. Actes du IIIe Congrès de l’Association Internationale de Recherche
scientifique en faveur des personnes handicapées mentales, Trois-Rivières, Université du Québec
à Trois-Rivières, Département de psychologie AIRHM, p. 231.
87 Régine Scelles (2003). « L’enfant handicapé dans la fratrie : comment favoriser l’instauration du
lien fraternel ? », Informations sociales, no 112, décembre, p. 41.
88 Marguerite Blais (2006). La culture sourde - Quêtes identitaires au cœur de la communication,
Québec, Les Presses de l’Université Laval, p. 251.
89 Marie-Noëlle Gauthier (1997). Le jeu des sept familles, Paris, Desclée de Brouwer, p. 88-89.
90 Lise Lachance et autres (2003). « Conciliation travail-famille chez les parents d’enfants ayant une
déficience intellectuelle », Revue francophone de la déficience intellectuelle, vol. 14, mai, p. 52.
91 Suzanne Mongeau, Marie-Claude Laurendeau et Pauline Carignan (2002). « Le répit pour les familles
ayant un enfant atteint d’une maladie à issue fatale », Nouvelles pratiques sociales, vol. 15, no 2, p. 182.
65
92 Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal (1999). Prévention et réso-
lution des situations de crise chez les familles où vit une personne handicapée : rapport de recherche,
Montréal, Table de concertation sur le soutien aux familles de la région de Montréal, p. 43-45.
93 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 26.
94 Simone Sausse (1997). « Doublement étranger : l’enfant handicapé de famille immigrée », Inforum,
no 3, p. 31.
95 Simone Sausse (1997). « Doublement étranger : l’enfant handicapé de famille immigrée », Inforum,
no 3, p. 26-27.
96 Simone Sausse (1997). « Doublement étranger : l’enfant handicapé de famille immigrée », Inforum,
no 3, p. 30.
97 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Prendre en compte la diversité des familles, Avis, Québec,
Conseil de la famille et de l’enfance, p. 75 (Gouvernement du Québec).
66
67
,A RELATION
PARENT ENFANT
S´OUVRE
Dibqjusf!3
Dibqjusf!3
Dibqjusf!3
:_Xg`ki\)
-/
La relation
La relationparent-enfant
parent-enfant
s’ouvre
s’ouvre
Au cours des premiers mois suivant l’arrivée de l’enfant dans la famille, la relation
parent-enfant s’est installée. Graduellement, celle-ci devra tenir compte de
l’influence des relations extrafamiliales qui s’établissent au fil du temps autour
de l’enfant; c’est pourquoi nous parlons d’ouverture de la relation parent-enfant.
Deux transitions importantes seront abordées pour illustrer cette ouverture au
monde. Tout d’abord, on analysera la situation et les besoins des familles pendant
la période entourant la prise de décision à la suite de la fin du congé parental.
Ensuite, l’attention se concentrera sur l’entrée à l’école, particulièrement lorsque
pour la première fois l’enfant fréquente une institution d’enseignement primaire,
secondaire ou postsecondaire.
69
2.1 2.1 L’adaptation au moment de la fin
du congé parental
À un moment ou l’autre, les parents seront inévitablement amenés à réfléchir
sur la prise en charge de l’enfant après la période postnatale. Pour la plupart des
parents, cette réflexion anticipe la fin des prestations liées à un programme de
remplacement du revenu de travail, comme le Régime d’assurance parentale.
Le Conseil constate que cette décision se prend dans un contexte d’incertitude,
particulièrement pour les parents qui vivent l’expérience pour la première fois. Les
conjoints découvrent un « monde » qui ne leur était pas familier. Mille questions se
posent alors. La situation permet-elle à l’un des parents de prolonger sa présence
quotidienne au foyer? Si ce n’est pas le cas, à qui confier la garde de l’enfant? Certes,
les parents souhaitent le meilleur pour leur enfant, mais quel est le bon choix,
étant donné les facteurs en jeu et les conséquences de cette décision à court et à
long terme sur la vie des enfants et celle des parents?
Le Conseil a puisé l’information sur les préoccupations des parents à cette étape
de la vie familiale dans les propos recueillis lors de plusieurs événements publics
et de commentaires tirés de divers médias et d’ouvrages spécialisés.
70
En vue de cerner l’adaptation que cette transition exige des parents, on traitera
dans un premier temps des sujets qui préoccupent tous les parents, pour
ensuite aborder les difficultés d’adaptation en fonction du mode de garde
choisi. Cette section tentera, dans la mesure du possible, de rendre compte de
différents points de vue qui s’expriment actuellement dans la société québécoise
sur toutes les questions qui touchent la réalité des parents par rapport à la
garde de jeunes enfants.
3ANS ENFANT
-OINS DE ANS
-OINS DE ANS
-OINS DE ANS
71
Figure 2 Taux d’activité des femmes chefs de famille ou conjointes
de 25 à 44 ans selon le type de famille et l’âge du plus
jeune enfant1, Québec, 1976-2004
&AMILLE BIPARENTALE
&AMILLE MONOPARENTALE
Avec enfants
Moins de 6 ans De 6 à 15 ans
Deux parents à l’emploi
1976 778 000 24,7 % 1 028 000 37,5 %
1986 1 581 000 49,2 % 1 534 000 52,9 %
1996 1 769 000 56,1 % 1 688 000 60,7 %
2002 1 737 000 65,9 % 1 905 000 71,5 %
2003 1 689 000 66,4 % 1 886 000 71,0 %
2004 1 712 000 67,6 % 1 850 000 71,9 %
72
Notons qu’il est trop tôt pour évaluer dans quelle mesure les améliorations
apportées par le Régime québécois d’assurance parentale auront pu contribuer à
réduire les appréhensions des parents à l’égard d’un retour prématuré au travail.
Il est toutefois vraisemblable que ce régime, plus accessible que le précédant,
répondra davantage aux besoins des familles, d’autant plus que les prestataires
ont un remplacement du revenu plus généreux. Toutefois, le climat d’incertitude
risque de persister, et des opinions diverses continueront de s’exprimer, si on se
fie aux réactions suscitées par le lancement du livre Le bébé et l’eau du bain signé
par le Dr Jean-François Chicoine et Nathalie Collard qui traite notamment du
concept d’attachement.
Les auteurs soutiennent que le développement de l’enfant requiert généralement la présence de la mère sur une
période qui va au-delà de celle du remplacement de revenu consenti par le Régime québécois d’assurance paren-
tale. Une exception est faite pour les enfants d’un milieu familial défavorisé, car il est reconnu que ces enfants
bénéficient particulièrement des services de garde (Jean-François Chicoine et Nathalie Collard, Le bébé et l’eau du
bain : comment la garderie change la vie de vos enfants, 513 p.)
73
À maintes reprises, le Conseil a recueilli des témoignages évoquant des milieux
peu accueillants pour les familles avec de jeunes enfants. Il apparaît que notre
société est très exigeante à l’égard des parents. « Quand l’enfant a quelques diffi-
cultés, c’est toujours la faute des parents », dira une mère. Ils furent nombreux
à soulever le manque de reconnaissance de la société en général à l’égard des
fonctions parentales. Cette reconnaissance passerait, selon des parents qui se
sont exprimés sur le sujet, par un ensemble de mesures qui permettraient de
véritables choix au regard de la garde des très jeunes enfants.
Le soutien public est incontestablement pris en compte dans la décision des
parents à l’égard de la prise en charge des soins aux enfants après le congé parental.
Quel est le niveau d’aide financière sur lequel ils peuvent compter? Quels sont
les services offerts aux familles? L’incertitude au sujet de l’après-congé parental
a fait dire à une mère que les multiples questionnements l’avaient empêchée de
profiter pleinement de sa grossesse.
La variété des points de vue recueillis sur la forme que devrait prendre le soutien
aux parents ayant de jeunes enfants sont analogues aux constats de recherche
sur les approches des politiques familiales dans les pays développés. Pour certains,
la famille est du domaine strictement privé et, par conséquent, l’in-
tervention de l’État doit être minimale. Une autre option favorisée
Les chercheurs notent que est de soutenir les parents exclusivement par une aide financière.
les orientations politiques Enfin, certaines approches recherchent une bonne conjugaison de
ont une influence directe services aux familles et d’allocations. Dans tous les cas, les cher-
sur les comportements, et cheurs notent que les orientations politiques ont une influence
particulièrement sur le directe sur les comportements, et particulièrement sur le chemi-
cheminement professionnel nement professionnel des mères après le congé parental subven-
tionné. À cet égard, le chercheur Peter McDonald, qui semble faire
des mères après le congé autorité depuis quelques années dans ce domaine, « avance qu’il
parental subventionné existe des liens évidents entre les niveaux de fécondité observés
dans certains pays et la présence de mesures facilitant l’emploi des
femmes dans la population active, ainsi que l’existence de l’égalité des sexes à
l’intérieur de la famille elle-même2 ». Il a montré que les pays « où il est difficile
de concilier travail et famille, ou, les pays qui ont des incitatifs pour que les mères
restent à la maison plutôt que de travailler à l’extérieur, sont les pays qui ont les
taux de fécondité les plus bas3 ». Ce serait le cas des pays du sud de l’Europe et de
l’Allemagne, notamment.
Par exemple, il n’y a pas de programmes publics concernant le congé de maternité aux États-Unis. Les parents ne
peuvent compter que sur des programmes d’assurance privée ou fournis par l’employeur.
74
encore très forte dans nos sociétés modernes de considérer que la responsabilité
de la conciliation est strictement du domaine privé. Tout se passe comme si la
société en général et le monde du travail en particulier exigeaient des travailleurs
performants, prêts à tout donner pour leur travail et, en même temps, comptaient
sur les parents pour exercer leurs responsabilités de façon parfaite. Se basant
notamment sur une étude de l’OCDE, Gilles Pronovost, professeur et directeur
général du Conseil de développement de la recherche sur la famille du Québec,
soutient que, « dans la plupart des pays, les femmes sont encore largement
pénalisées lorsqu’elles deviennent mères5 ».
On observe que des voix se lèvent pour réclamer une plus grande prise en compte
du fait qu’il est difficile d’élever un enfant. C’est ainsi qu’après la « superwoman »,
on aborde de plus en plus dans les médias le mythe de la « mère parfaite »6.
Toutefois, la pression demeurerait forte, particulièrement pour les jeunes femmes
qui ont été incitées toute leur vie à développer leur autonomie, à être performantes
et à qui on a laissé entendre que tout était possible.
Le Conseil a pu constater à maintes reprises le dilemme des nouveaux parents.
Le manque de véritable choix a souvent été évoqué lors des consultations, et
ce, par des parents qui ont fait des choix diversifiés concernant la garde de leur
jeune enfant. Certains disent qu’il est impossible d’arriver à concilier des activités
professionnelles et familiales; en conséquence, ils font la promotion des mères au
foyer (ou plus rarement du parent au foyer)7. Pour d’autres, la baisse drastique du
niveau de vie sans un deuxième revenu laisse peu de choix.
Le lien entre l’indice de main-d’œuvre féminine et la pauvreté qui ressort de
plusieurs études comparatives entre des pays (incluant le Canada) semble venir
confirmer la thèse de la nécessité d’un deuxième revenu pour une majorité de
familles. Alain Noël, professeur et chercheur avançait, lors du Forum sur le soutien
économique aux familles organisé par le Conseil de la famille et de l’enfance en
2003, que, « [e]n général, plus les femmes ont des emplois, moins la pauvreté a
tendance à prévaloir8 ». Quelques pays où l’on note que les familles demeurent
pauvres malgré un taux d’activité élevé des femmes feraient exception. Dans ces
cas, le chercheur soutenait que « la relation est très claire entre le nombre d’emplois
offrant des salaires insuffisants pour assurer un niveau de vie convenable et la
pauvreté9 ». En outre, Statistique Canada s’interroge sur le fait que malgré l’aug-
mentation de l’expérience de travail et le niveau de scolarité de la main-d’œuvre,
le salaire médian n’a été, en 2004, que de 2 % supérieur à celui de 198110. Ce qui
amène certains analystes à considérer que n’eût été le deuxième emploi dans les
familles la situation économique de celles-ci se serait gravement détériorée.
Des cas particuliers sont mentionnés, notamment les parents qui exercent seuls
la gestion de la maisonnée, ceux dont les conditions d’emploi s’arriment mal
avec la vie familiale et ceux qui doivent donner des soins constants à leur enfant
handicapé ou gravement malade. S’ajoutent le cas des enfants nouvellement
adoptés et la situation des parents aux études.
En 21 ans, le revenu moyen des familles avec enfants, en dollars constants, a crû de 7 869 $. Or, durant la même
période (1981-2002), le taux d’activité des mères avec enfants de moins de 16 ans est passé de 50 % à 78 % (Conseil
de la famille et de l’enfance, 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la situation et les besoins des familles et
des enfants, p. 65-66).
75
C’est ainsi que le retour au travail quelques mois après un accouchement poserait
un réel défi pour une personne qui doit se débrouiller seule pour les soins
quotidiens des enfants. On pense particulièrement à la situation des familles
dites monoparentales, où, malgré le fait que les deux parents puissent exercer
des responsabilités parentales conjointes même s’ils ne vivent plus ensemble, la
gestion courante des activités demeure la responsabilité entière de chacun d’eux
selon le mode de garde déterminé. À cela s’ajoutent des situations de pauvreté,
un problème qui est bien documenté dans la littérature spécialisée. Il existe aussi
une variété de situations où l’un des conjoints dans une famille biparentale doit
assumer régulièrement la charge entière de l’enfant. C’est le cas lorsque l’emploi
d’un des parents l’amène à l’extérieur du domicile familial pour de longues
périodes (ex. : camionneurs faisant de longues distances, militaires). D’autres
familles sont aux prises avec des situations problématiques, par exemple lorsque
l’un des parents présente un problème de santé physique ou mentale qui limite
son exercice des activités fonctionnelles et de ses responsabilités parentales.
Il a aussi été porté à l’attention du Conseil la situation des familles où l’un des
conjoints et même les deux exercent des activités de travail selon des horaires non
conventionnels, une situation de plus en plus courante qui préoccupe les parents
concernés, comme le laissent entendre certains témoignages. « La famille entière
n’est réunie qu’un soir par semaine », déplore une mère. « On se laisse constam-
ment des messages concernant les enfants et la gestion de la maison parce que
l’on ne se voit presque plus », entend-on de parents pour qui le travail et le temps
consacré au transport rendent ardu de maintenir une vie familiale de qualité.
L’exercice de la parentalité dans un contexte où l’enfant exige des soins spécialisés
impose aussi des contraintes aux familles. Ainsi, la perte du soutien financier à
la fin du remplacement du revenu pour congés parentaux serait problématique
pour des familles d’enfants handicapés qui vivent encore les effets du choc du
diagnostic. La lourdeur de la tâche de soignant et les multiples rendez-vous
médicaux pèsent lourd dans la décision de reprendre ou non le travail, soutiennent
des parents qui ont vécu la situation. Les absences répétées du travail, souvent
en situation d’urgence, épuisent toute bonne volonté d’un employeur compré-
hensif, laisse entendre une mère. Des parents constatent le manque de choix,
considérant qu’il n’existe pas vraiment d’option de rechange pour prendre soin
d’un jeune enfant qui a des besoins spéciaux. Certains qui vivent cette situation
ont parlé des difficultés qu’ils éprouvent à avoir accès à des services adaptés
et souhaitent des dispositions spéciales pour pouvoir s’absenter du travail
lorsque nécessaire en ayant droit à un remplacement du revenu, comme
cela se fait dans certains pays européens. Le taux de participation plus faible
des mères dans les familles avec un enfant handicapé tend à confirmer leurs
difficultés à cet égard (chapitre 1, tableau 9).
En outre, pour des parents qui viennent de vivre l’expérience de l’adoption, le
choix de retourner ou non au travail serait particulièrement difficile à faire, laisse-
t-on entendre, puisqu’il leur est fortement recommandé d’exercer une présence
parentale intensive auprès de l’enfant pendant une période prolongée.
76
Enfin, une autre situation susceptible d’entraîner des difficultés particulières
pendant cette transition est celle des personnes qui ont des enfants et qui sont
étudiants ou qui comptent faire un retour aux études. On retrouve des parents
étudiants de tous âges et à tous les ordres d’enseignement, du secondaire au
troisième cycle universitaire. Selon le Conseil national des cycles supérieurs, un
étudiant sur cinq poursuivant ses études postsecondaires à temps plein aurait
au moins un enfant; ce chiffre augmenterait à 50 % chez les étudiants à temps
partiel11. L’évaluation de la situation des mères étudiantes faite par le Conseil du
statut de la femme met en évidence qu’il est difficile d’accueillir un enfant dans
ce contexte12. Outre la difficile conciliation famille-étude, l’accès à l’assistance
financière pour les études serait peu adapté aux réalités des parents étudiants.
Dans un rapport de 2001, le ministère de l’Éducation constatait que le système
est peu adapté à la pluralité des réalités et aux difficultés familiales. Selon ses
constats, « les bases de calcul des montants accordés correspondraient actuelle-
ment peu aux besoins d’adultes plus âgés et sans emploi »13. De plus, il n’existerait
pas de politique de prise en compte de cette situation. Par exemple, la décision
concernant la remise des travaux ou le report des examens d’un parent étudiant
qui accueille un enfant serait laissée à la discrétion des professeurs. Des ententes
sont généralement convenues avec l’étudiante ou l’étudiant, mais il appert que,
comme dans le milieu du travail, il peut être difficile d’avoir accès à des conditions
favorables à l’exercice des obligations familiales. Il paraît peu évident de pouvoir
compter sur la compréhension du milieu à l’égard du fait que les premiers mois
d’un enfant génèrent des difficultés particulières autant pour la mère, qui vient
d’accoucher, que pour le père, qui cherche à contribuer aux soins à donner au
nouveau-né.
Il y aurait 17,5 % des élèves de l’enseignement secondaire professionnel et près de 10 % des étudiantes et étudiants
universitaires qui ont plus de 30 ans et sont donc susceptibles d’être parents (Conseil du statut de la femme,
Étudiante et mère : un double défi : les conditions de vie et les besoins des mères étudiantes, p. 11-12).
II Les gains de travail doivent être minimalement de 2 000 $. La période servant à déterminer le montant des
prestations est habituellement de 52 semaines.
77
Des situations particulières ont été évoquées. Des femmes qui voulaient que
les naissances des enfants soient rapprochées dans le temps ont dit se sentir
contraintes de retourner en emploi le temps nécessaire pour se rendre de nouveau
admissibles au régime de façon à pouvoir compter sur une prestation de base
nécessaire pour éviter une détérioration rapide du niveau de vie familial. La
situation des femmes qui exercent des activités de travail autonome fut aussi
soulignée car, note-t-on, elles doivent souvent écourter leur congé parental pour
ne pas perdre leur clientèle, et ce, indépendamment du niveau de remplacement
du revenu. Cela dit, quoique des améliorations souhaitées aient été mentionnées
lors des consultations tenues par le Conseil, on constate un large consensus
des familles en faveur du Régime québécois d’assurance parentale, qui apparaît
comme étant une nette amélioration dans la prise en compte de leurs besoins.
Malgré ces avancées, la fin du versement des allocations de remplacement
du revenu semble poser un véritable dilemme aux parents d’un nouvel enfant.
Ceux-ci sont conscients des avantages qu’offre un deuxième revenu dans la
famille (tableau 12). Ils aspirent à un milieu de vie favorable à la vie familiale
(maison, quartier sécuritaire, etc.). Ils sont informés des résultats de recherches
qui établissent un lien direct entre les ressources financières des familles et les
possibilités de développement de l’enfant, études qui toutefois ne sont pas en
mesure d’établir clairement quel est ce niveau de revenu essentiel. Ils souhaitent
aussi avoir les ressources nécessaires pour offrir à la famille des activités variées
qui stimulent les jeunes, mais aussi qui sont nécessaires pour préserver la relation
de couple et contribuer à une bonne harmonie familiale. Par ailleurs, des parents
sont sensibles aux propos de celles et ceux qui déplorent le matérialisme et qui
prônent la simplicité volontaire. Ainsi, pour une grande partie des familles, le
choix apparaît restreint : est-il mieux d’assurer une présence constante auprès de
l’enfant avec des ressources financières réduites (ou insuffisantes) ou d’accroître
le revenu familial et d’essayer de concilier les exigences du marché du travail et
celles de la famille ?
78
Tableau 12 Revenu médian des familles avec enfants (0 à 24 ans)
après impôt, Québec, 2000
79
par conséquent, une part croissante d’entre eux sont diplômés et tentent de se
tailler une place sur le marché du travail dans un emploi valorisant. À ce sujet,
les observations de recherche de Renée B. Dandurand l’amènent à avancer que
« [l]a plupart des mères ont dorénavant un projet professionnel en plus d’avoir un
projet familial14 ». Au moment de l’arrivée de l’enfant, les couples chercheraient à
intégrer la parentalité dans l’ensemble de leur projet de vie. Ils veulent s’épanouir
dans leurs activités personnelles (amitiés, loisirs, voyages), professionnelles, dans
leur relation amoureuse et dans leur relation parentale.
Quoique le congé parental soit offert aussi bien à la mère qu’au père selon les
dispositions du Régime québécois d’assurance parentale, on observe que, dans la
majorité des cas, le retrait du marché du travail permanent ou à mi-temps concerne
encore davantage les femmes. Certes, convient-on, les mentalités évoluent à
l’égard des pères, mais il apparaît qu’il est encore difficilement admis socialement
que ceux-ci s’absentent du travail à temps plein – et même occasionnellement
– pour prendre soin d’un jeune enfant. Par ailleurs, la croissance du nombre de
pères qui souhaitent s’investir davantage auprès du nourrisson pourrait dans la
prochaine décennie modifier des comportements, estiment certains observateurs.
Quelle sera alors la réaction des femmes, lorsque le père insistera pour prendre la
moitié du congé parental? Assistera-t-on à un conflit potentiel dans le couple, se
questionne-t-on?
Ainsi, l’arrivée de l’enfant suscite des remises en question chez les deux partenaires.
Le Conseil dégage de ses observations une tendance chez les parents à se sentir
déchirés entre leur désir de demeurer plus longtemps auprès de leur enfant et celui
de reprendre leurs activités professionnelles, ce qui entraîne une décision difficile
pour les personnes pour qui le travail représente une occasion de réalisation de
soi. Une recherche du Conseil du statut de la femme confirme les aspirations
professionnelles des Québécoises de 18 à 25 ans15. Le travail serait apprécié, car il
donnerait la possibilité d’être reconnue et valorisée. « Lieu de réalisation de soi,
la vie professionnelle devient une source de fierté et elle est perçue comme une
occasion importante de rencontrer des gens, d’échanger et de communiquer16 »,
soutient-on. Ainsi, leur participation à long terme à la vie active serait vue comme
normale non seulement pour assurer leur autonomie financière, mais aussi pour
s’épanouir personnellement. Ce désir d’être active sur le marché du travail ressort
d’une étude faite par des économistes. Selon leurs constats, si on allouait un allège-
ment fiscal de l’ordre de 7 500 $ pour une mère canadienne à la maison, cela aurait
peu d’effet sur le taux de participation des mères actives au marché du travail, soit
« une diminution de 15 % par rapport à leur taux de participation actuel ».
Selon les auteurs, le coût pour le trésor public d’un tel allégement serait d’environ 7,5 milliards de dollars par année
en perte de revenus d’impôts. Ce qui constituerait des investissements plus élevés que le coût d’un éventuel pro-
gramme de services de garde de bonne qualité offert à tous les enfants de deux à cinq ans au Canada (Gordon Cle-
veland et Michael Krashinsky, 2003, « Huit mythes à propos des services éducatifs et de garde à l’enfance : résumé »,
Child care briefing notes, p. 6).
80
Aux aspirations personnelles, les parents sont appelés à ajouter le prix de
l’évolution rapide du marché du travail. La difficulté potentielle à retrouver un emploi
en relation avec ses intérêts et ses compétences après une absence prolongée en
préoccupent plusieurs, comme le laisse entendre ce commentaire d’une mère :
« Si tu sors un an, tu perds ta place, à moins d’être syndiquée. Et même là, quand
tu retournes, les choses ont changé. » Cette inquiétude semble fondée, selon des
résultats de recherches qui relèvent des difficultés d’insertion importantes dans
des pays où sont instaurées des mesures favorisant un retrait prolongé des mères.
Le dilemme a fait dire à une mère : « Tu finis par considérer qu’avoir un enfant,
c’est compliqué. » Les difficultés vécues pendant cette transition joueraient sur la
décision d’avoir un autre enfant, selon elle.
Les conditions de travail et la satisfaction personnelle liée à l’emploi influenceraient
le choix du mode de garde. « Lorsque tu n’aimais pas ton emploi avant la naissance
de l’enfant ou que le travail est toujours sous pression ou mal rémunéré, c’est
certain que tu penses améliorer ta situation en demeurant à la maison », peut-on
entendre. Par ailleurs, les médias font une large diffusion d’exemples de femmes
qui quittent leur emploi même si celui-ci était valorisant et rémunérateur. Sur ce,
des mères qui ont vécu l’expérience conviennent que les ressources financières du
conjoint ont beaucoup compté dans la décision. D’autres personnes ajoutent que
la présence permanente d’un ou des deux parents auprès des enfants n’est pas
nécessairement le gage qu’ils profiteront d’un milieu stimulant et des meilleures
conditions, surtout si la famille vit dans un contexte de pauvreté. Par ailleurs, des
mères confient qu’elles auraient souhaité prolonger leur arrêt de travail; toutefois,
la seule alternative qui se présentait à elles consistait soit à quitter leur emploi,
soit à y retourner à temps plein. D’après les commentaires recueillis, le retour
progressif au travail aurait intéressé un certain nombre de parents
s’il avait été possible d’atténuer la perte financière en permettant, L’implication des pères
par exemple, de continuer de bénéficier des prestations du Régime
québécois d’assurance parentale pour les journées non travaillées.
dans les soins aux enfants
est de plus en plus
Des chercheurs observent chez les plus jeunes générations de importante, particulière-
parents de grandes aspirations familiales. L’implication des pères
dans les soins aux enfants est de plus en plus importante, parti-
ment au Québec, qui fait
culièrement au Québec, qui fait figure de précurseur en Amérique figure de précurseur en
du Nord. Beaucoup de jeunes adultes manifestent publiquement Amérique du Nord
leur désir de trouver un juste équilibre entre la vie personnelle,
familiale et professionnelle. Leurs aspirations les conduisent à une redéfinition
des responsabilités de chacun des conjoints. C’est ainsi que, parmi les questions
multiples des parents à la fin du congé parental, se profile celle de l’égalité des
sexes. Pour certains, il s’agit d’une période critique pour les relations conjugales,
car, bien qu’il soit souhaitable que la décision concernant le retrait du marché du
travail soit conjointe, assumée pleinement par chacun et ne pénalise aucun des
conjoints, ce n’est pas toujours le cas.
Selon des recherches, des périodes prolongées dans un service de garde pourraient avoir comme incidence une
augmentation de problèmes de comportement à la maternelle, tels que l’affirmation de soi, la désobéissance et
l’agressivité (Heather Pengelley, 2004, « Le dilemme de l’équilibre », Bulletin du Centre d’excellence pour le développe-
ment des jeunes enfants, vol. 3, no 1, mars, p. 4).
II Des chercheurs reconnaissent qu’un service de garde est de qualité notamment lorsque le personnel est bien formé
et éduqué, qu’il y a un faible nombre d’enfants par adulte, un faible taux de roulement, de bons salaires (ce qui évite
un fort taux de roulement du personnel) et un leadership efficace (Liz Warwick, 2004, « Le meilleur pour les jeunes
enfants », Bulletin du Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, vol. 3, no 1, mars p. 2).
82
Des préoccupations de différents ordres ont été portées à l’attention du Conseil.
Des parents ont déploré certaines situations, tel le fait d’être obligés d’envoyer
leur enfant à temps plein même s’ils auraient souhaité pouvoir le garder auprès
d’eux les journées où ils ne travaillent pas. L’inadéquation entre les besoins des
parents qui ont des horaires non conventionnels et les services offerts a aussi
été le sujet de maints commentaires. L’ensemble de l’information recueillie
amène à constater que la recherche d’un milieu de garde approprié et de qualité
engendrerait un stress considérable chez beaucoup de parents. Cette situation
contribuerait, selon certains, à accroître le sentiment de culpabilité des parents.
Ceux-ci ont l’impression de n’avoir pas véritablement la possibilité
de choisir le milieu d’accueil de leur enfant et de ne pouvoir prendre
une décision qu’ils assumeront sereinement.
La recherche d’un milieu
de garde approprié et de
Dans certains cas, la difficulté à trouver un mode de garde approprié qualité engendrerait un
priverait les parents du choix et contraindrait à la décision de
demeurer à la maison. À cet égard, des chercheurs de Statistique
stress considérable chez
Canada ont comparé le taux de participation au marché du travail beaucoup de parents
des femmes canadiennes ayant des enfants de moins de six ans.
Ils se sont interrogés sur la baisse constante des dernières années du taux de
participation des femmes dans l’ouest du Canada, une baisse jugée préoccupante
compte tenu des conséquences qu’aura l’absence de trente mille femmes sur le
marché du travail dans ces régions en pénurie de main-d’œuvreII. Cette tendance
à la baisse ne se constate pas dans l’est du pays. Les auteurs de l’étude avancent
que « [l]a hausse du taux d’activité des femmes de l’Est semble associée à
une plus grande utilisation des services de garde et aux niveaux de scolarité
plus élevés au Québec […] »III.
La difficulté de faire un choix porte généralement les parents à vouloir échanger
sur leur vécu avec des pairs. Souvent, ils retrouvent dans l’entourage immédiat
des façons de répondre à leurs besoins. Toutefois, plusieurs témoignages laissent
entendre que des personnes éprouvant le besoin de parler ne savent ni quoi
faire ni où aller. Selon des parents consultés, des lieux d’échange où l’on peut
véritablement se confier sans que des jugements soient portés et, surtout, sans
ressentir le poids de l’attitude de spécialistes manquent. À cet égard, une maman
au foyer qui a bénéficié dans le passé d’un programme d’insertion dans la collec-
tivité affirme que ce contact entre pairs lui a permis de trouver un ensemble de
ressources qui l’a sécurisée et qui a facilité grandement la vie familiale.
Par exemple, le taux d’activité de ces femmes en Alberta a baissé d’un point de pourcentage en 2005 pour se situer
à 64,9 %, soit un taux inférieur de trois points à son sommet de 1999. Le Québec, qui avait un taux de participation
plus faible que l’Alberta en 1999, la devance désormais de douze points de pourcentage. Or, en Alberta, le nombre
de places dans les services de garde a reculé au cours de la décennie écoulée. (Francine Roy, 2006, « D’une mère à
l’autre : l’évolution de la population active féminine au Canada », L’Observateur économique canadien, juin, p. 3.1 à
3.10).
II Selon les chercheurs, si le taux d’activité des femmes ayant de jeunes enfants avait augmenté en Alberta et en
Colombie au même rythme qu’au Québec, 30 000 femmes de plus auraient fait partie des populations actives de
ces provinces en 2005 (Statistique Canada, 2006, « Étude : L’évolution de la population active féminine au Canada »,
Le Quotidien, 15 juin, site consulté le 20 juin 2006).
III Il est aussi avancé pour expliquer les écarts entre les provinces l’effet du taux de natalité, la proportion d’immigran-
tes dans la population féminine, les types d’emplois créés et la structure d’âge.
83
2.1.2 S’adapter à la nouvelle situation
Une fois leur choix fixé, vient le moment où les parents doivent s’adapter à la
nouvelle situation. Rappelons que ces choix sont susceptibles de varier dans
le temps. Ainsi, la transition entre la garde parentale et la garde par une tierce
personne peut survenir à différents moments au cours de la petite enfance.
En outre, un ensemble de facteurs influencera l’adaptation.
84
moins pourvus d’un service de halte-garderie. Lorsqu’ils existent, les services ne
seraient pas toujours offerts dans l’environnement immédiat. Or, le problème du
transport se pose pour plusieurs de ces familles qui, avec un seul revenu de travail,
ne disposent pas toujours d’une deuxième automobile. Souvent, le transport en
commun est inexistant ou son usage est difficile lorsqu’on utilise
une poussette, surtout à cause de l’achalandage et de l’accès pas
toujours adapté.
Des parents hésiteraient
à se joindre à des
Il ressort des consultations que les services sont souvent peu ou activités communautaires,
mal connus. Des parents hésiteraient à se joindre à des activités
communautaires, présumant que celles-ci s’adressent à des clien-
présumant que celles-ci
tèles particulières ou craignant d’être étiquetés comme une famille s’adressent à des clientèles
à problèmes. particulières ou craignant
Un certain sentiment de frustration était palpable chez des parents
d’être étiquetés comme une
au foyer qui font le lien entre les investissements publics pour les famille à problèmes
services de garde et l’aide financière qu’ils reçoivent. « Pourquoi
les mères qui jouent leur rôle auprès de leurs enfants ne seraient-elles pas
compensées financièrement? », s’interrogeait une mère lors des consultations.
Certaines personnes suggèrent qu’on verse un revenu minimum garanti aux
parents au foyer de sorte à reconnaître leur contribution sociale. Sur ce, d’autres
objectent que ce ne serait pas équitable pour celles et ceux qui exercent à la
fois des responsabilités parentales et professionnelles. Ce type d’allocation ne
compensera jamais la perte financière des femmes dont le revenu est supérieur
au salaire minimum, ajoute-t-on. Pour sa part, une représentante d’un organisme
invitait à la prudence, mentionnant que ce ne sont pas toutes les femmes au foyer
qui y sont par choix personnel : plusieurs ont dû quitter leur emploi afin de prendre
soin d’un enfant handicapé ou d’un aîné non autonome.
Il arrive aussi que, pour compenser la perte d’un revenu de travail, l’autre
conjoint en vienne à accroître son nombre d’heures travaillées. Les difficultés de
conciliation famille-travail affecteraient donc aussi les familles dont un des
parents est à la maison. Certaines mères disent sentir le poids de la gestion
courante de la famille. On souligne aussi que cette situation exige une très bonne
entente entre les conjoints de façon que soient préservés l’autonomie de chacun
dans la relation et un partage équitable des tâches.
Pour en savoir davantage, consulter le chapitre 4 qui aborde la relation parents et grand-parents lors de la naissance
du petit-enfant.
II Pour obtenir des renseignements sur l’évolution des services de garde au Québec, consultez : Conseil de la famille et
de l’enfance, 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la situation et les besoins des familles et des enfants,
p. 13-51.
86
enfants. Ce dernier élément fait particulièrement référence au fait qu’il y aurait
une augmentation des troubles de comportement chez les enfants d’âge
préscolaire, selon notamment des personnes travaillant dans le milieu éducatif.
Cette situation nécessiterait une intervention préventive considère Égide Royer
qui a dirigé le Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire. Selon
lui, les psychologues scolaires devraient rencontrer les enfants dans les centres de
la petite enfance pour faire du dépistage. « Un dollar investi en prévention permet
de sauver 6 $ en coûts sociaux », estime-t-il21.
Les parents sont attentifs à de multiples éléments de ce nouvel environnement, tels
la sécurité, l’approche éducative, les règles de discipline, le matériel pédagogique,
l’hygiène. « Les premiers mois, on est sur le qui-vive », dira un père, qui reconnaît
que l’inquiétude est toujours présente. La communication quotidienne verbale et
écrite (un journal de bord) aurait un effet bénéfique sur les parents, ainsi que les
rencontres de parents au sein des comités ou du conseil d’administration.
L’une des inquiétudes des parents qui ont traversé cette période réside dans le
fait que l’environnement collectif est propice à la propagation des maladies
contagieuses, même si elles sont le plus souvent bénignes. Certes, l’enfant
développe son système immunitaire plus tôt, dira un parent, mais cela pose divers
problèmes, particulièrement dans les milieux de travail peu compréhensifs à
l’égard de la situation. Même s’il est possible de s’absenter, il s’agit généralement
d’un congé sans solde. Ce sont des situations difficiles pour les familles qui ne
peuvent compter sur le soutien d’un proche pour les dépanner, constate-t-on,
car parfois des parents devront ensuite écourter leurs vacances, ce qui réduit
la période de ressourcement en famille. D’où, affirment certaines personnes, la
nécessité de soutenir des organismes comme Grands-parents tendresse qui ont
comme mission de compenser l’absence ou la faiblesse du réseau familial naturel
des jeunes parents. D’autres proposent la constitution d’une banque de congés
rémunérés que l’on pourrait prendre selon les besoins familiaux.
On note aussi des effets sur le partage des responsabilités dans le couple.
Les conjoints procèdent aux ajustements nécessaires en fonction de la nouvelle
situation, par exemple, déterminer qui ira chercher l’enfant au service de garde.
Des études sur l’emploi du temps indiqueraient que la participation des femmes
au marché du travail aurait eu pour conséquence un meilleur partage des tâches
familiales et parentales avec les hommes22.
D’autres effets sur la relation conjugale sont soulignés. Il existerait manifestement
une tendance chez les nouveaux parents à éviter de faire garder l’enfant en dehors
des heures normales de travail. Or, selon certains spécialistes, cette pratique,
lorsqu’elle se perpétue trop longtemps, entraîne un risque réel d’éloignement
dans la relation. « Lorsque tout tourne autour de l’enfant, il est facile d’oublier
de répondre à ses besoins personnels et aux besoins du couple », souligne-t-on.
À l’inverse, des cas d’enfants confiés à des services de garde pendant une trop
longue période journalière ou les fréquentant durant la période de vacances des
parents pour des raisons jugées plus ou mois justifiables ont été dénoncés.
Les normes du travail au Québec prévoient dix jours non rémunérés de congé par année pour des raisons liées à la
garde, à la santé ou à l’éducation d’un enfant du salarié ou d’un enfant de son conjoint. Cette période sert aussi à
s’absenter pour des raisons liées à l’état de santé du conjoint ou d’un proche parent.
87
En somme, peu importe la forme de garde, les mois suivant la reprise des activités
(emploi, études) antérieures à la naissance de l’enfant s’avèrent, de l’avis général,
une période difficile pour l’enfant et les parents, qui doivent s’adapter à la
nouvelle situation. Le retour au travail ou la reprise des études ne se fait pas sans
ajustements, lesquels demandent de l’énergie. Les parents réengagés dans leur
milieu de travail disposent de moins de temps pour assurer la gestion domestique
quotidienne et préserver du temps conjugal et familial. Concilier les horaires
et gérer les multiples activités représente un défi dont parlent de nombreuses
publications et qui a fait le sujet de représentations. Cette période apparaît critique
pour la santé physique, et surtout psychologique, des parents, pour le maintien de
la qualité de la relation de couple et pour le développement de l’enfant.
88
2.2 L’adaptation au moment de la rentrée scolaire
Chacune des rentrées scolaires est un moment d’émotion pour l’enfant et
2.2
ses parents. L’événement est une transition importante lorsqu’il s’agit de la
première expérience scolaire ou du passage au secondaire ou au postsecondaire.
Peu importe l’ordre d’enseignement, la rentrée demeure un événement qui exige
une adaptation de la part de tous les membres de la famille.
Les parents qui ont partagé leur expérience avec le Conseil souhaitent que ces
transitions de vie se fassent harmonieusement, car ils sont conscients que la bonne
intégration dans ce nouveau milieu est susceptible d’influencer la motivation de
leur enfant et, par conséquent, d’avoir une incidence sur son cheminement scolaire
et son avenir.
Le Conseil, dans un avis antérieur, a examiné la relation entre la famille et le milieu
scolaire23. Il a été en mesure de constater que des conditions particulières peuvent
complexifier l’intégration scolaire pour certains enfants. Toutefois, dans le présent
rapport, il s’attardera davantage aux difficultés et aux besoins de la majorité des
familles au moment de transitions scolaires importantes, soit l’entrée au primaire,
au secondaire ou au postsecondaire.
Les fermetures d’écoles ont aussi un effet important sur la vitalité des milieux.
89
Tableau 13 Nombre de premières inscriptions selon le niveau scolaire,
Québec, 1998-2005
Première inscription
1998-1999 2001-2002 2003-2004 2004-2005
selon le niveau scolaire
Au premier cycle
101 537 90 147 82 538 78 295
du primaire
Au premier cycle
87 050 89 990 98 059 ND
du secondaire
Note : Les données ont été recueillies de façon à éviter les doublons, c’est-à-dire que, même si une
personne a changé de programme, seule sa première entrée dans cet ordre d’enseignement
est prise en compte.
Les données sont au 30 septembre pour les inscriptions au primaire et au secondaire.
Les premières inscriptions au collégial et à l’université sont compilées à partir de toutes
les nouvelles inscriptions de l’année.
Compilation spéciale Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs,
ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, 8 février 2006.
Les parents constateront aussi que, malgré des efforts visant à améliorer le
taux de diplômation, l’abandon scolaire demeure préoccupant, particulièrement
chez les garçons.
En outre, la pauvreté interpelle de plus en plus les milieux éducatifs, qui doivent
conjuguer avec la précarité économique des familles de leurs élèves. Les
institutions scolaires cherchent également à s’adapter au multiculturalisme,
déjà très présent dans la grande région de Montréal. Les changements de régime
pédagogique et la volonté d’intégrer des clientèles ayant des besoins spéciaux
pourront enfin surprendre les parents qui, en même temps que leur enfant,
font eux aussi une nouvelle entrée dans le monde scolaire.
90
jeunes y arrivent également préparés24 ». Selon elle, ces moments de transition
invitent à se montrer bienveillant et sensible à la situation.
Les parents s’inquiètent des difficultés que vivra potentiellement l’enfant,
l’adolescent ou le jeune adulte. Ils s’interrogent aussi sur leurs propres capacités
d’aider leur enfant dans ses apprentissages. Règle générale, ils souhaitent lui offrir
les meilleures conditions d’instruction, mais ils se questionnent sur l’attitude
à adopter. Comment soutenir la progression scolaire en tenant compte de la
capacité du jeune, et ce, sans exercer de pression indue? Cette question les
préoccupe. Ils se demandent s’ils exigent trop ou pas assez d’efforts de la part de
leur enfant. Des parents marqués par une scolarisation qui a laissé chez eux des
souvenirs douloureux craignent d’influencer négativement leur enfant. D’autres
peuvent avoir tendance à projeter leurs propres aspirations sur leur enfant. Il peut
être difficile pour des parents, en effet, de trouver l’approche adéquate, puisque la
littérature spécialisée leur recommande à la fois de ne pas faire peur au jeune tout
en ayant un discours responsabilisant invitant celui-ci à relever ce nouveau défi.
En outre, à chacune des transitions scolaires, les parents doivent partager leur
pouvoir d’influence. Certains expriment leur crainte que les valeurs véhiculées dans
ces nouveaux milieux correspondent peu à celles qu’ils souhaitent
léguer à leur enfant. À ce deuil de l’influence exclusive, d’autres
s’ajoutent, notamment celui de l’enfant, qui grandit trop vite.
À chacune des transitions
Les parents d’un enfant handicapé peuvent devoir de nouveau faire scolaires, les parents
le deuil des aspirations qu’ils avaient pour lui. Selon des chercheurs, doivent partager leur
l’annonce du diagnostic et l’entrée à l’école constituent les deux pouvoir d’influence
étapes les plus critiques dans la vie de ces familles25.
L’entrée au primaire
L’entrée à la maternelle et en première année du primaire constitue, de l’aveu
même de parents, une transition qui est encore empreinte de vives émotions.
Cet événement remémore aux parents que c’est la fin de la petite enfance :
« L’entrée à la maternelle, confie une mère, ça te remet en question. Ça te rappelle
ta propre expérience de l’école. C’est un tapis roulant. Il [l’enfant] est parti et tu
ne peux plus le rattraper. »
Certes, la transition implique un changement moins brusque qu’auparavant,
car la majorité des enfants a connu, à un moment ou un autre, des lieux
d’apprentissage (ou de gardiennage) en dehors du domicile familial. Toutefois,
l’entrée dans le réseau scolaire constitue une étape particulière qui nécessitera
des adaptations pour l’enfant, mais aussi pour les parents. À cet égard, un
intervenant communautaire a soutenu que des parents qui avaient développé une
complicité faite de rapports quotidiens avec le personnel des milieux de garde à la
petite enfance et qui en étaient venus à considérer le centre de la petite enfance
comme le prolongement de la famille, étaient susceptibles d’avoir de la difficulté
à s’adapter à cette nouvelle situation où les liens avec les enseignants sont moins
étroits et les contacts, plus rares.
91
Les parents espèrent que la rentrée se fasse en douceur. Il est rappelé que le passage
d’un service de garde à la maternelle est exigeant pour l’enfant, qui doit développer
sa capacité de concentration. « Ce n’est pas rien de partager l’attention d’une
enseignante avec une vingtaine d’amis plutôt qu’avec huit, tel que c’était en milieu
de garde », affirme-t-on, tout en rappelant que l’enfant doit apprendre à gérer son
goût de bouger et à exprimer ses émotions, ce qui n’est pas nécessairement facile26.
L’adaptation est tout aussi exigeante pour l’enfant qui entreprend sa première
année du primaire, où les attentes scolaires sont accrues. Certains observent
des risques de difficultés d’adaptation plus importants chez les jeunes garçons,
considérant que l’école valorise des attitudes et des habiletés traditionnellement
reconnues au sexe féminin, telles que les habiletés langagières, la coopération, la
docilité, plutôt que les comportements plus compétitifs des garçons27.
Interrogés sur la façon dont ils ont vécu les premiers jours de la rentrée, les parents
expriment une satisfaction variable en fonction de la qualité perçue au moment
des premiers contacts avec le milieu scolaire. Les personnes qui avaient participé à
des activités de préparation à la rentrée au primaire se montraient nettement plus
satisfaites de leur expérience. Elles rapportaient qu’il ne s’agissait pas d’une simple
activité d’information, mais d’un accompagnement entourant les semaines de la
rentrée scolaire. Cela aurait contribué à réduire leurs appréhensions et celles de
leurs enfants et les aurait aidés à mieux comprendre leur rôle d’accompagnateur
de la réussite scolaire de leur enfant.
La rentrée scolaire apparaît aussi être une occasion de prendre connaissance des
services éducatifs offerts et éventuellement d’en évaluer la qualité. Les consulta-
tions ont permis à des parents de s’exprimer sur des situations qui accroissent le
stress de la rentrée. Ainsi, le nombre d’élèves par classe semble inquiéter plus d’un
parent, qui craint une détérioration de la qualité de l’enseignement.
Certains ont déploré les délais trop longs avant que leur enfant puisse bénéficier
des services spécialisés nécessaires à sa progression ou, tout au moins, d’une
intervention préventive avant que la situation se détériore. D’autres remettent en
question la façon dont s’est faite l’évaluation du potentiel et des besoins de leur
enfant, ce qui a été une source de conflits entre eux et des intervenants du milieu
scolaire. Ces parents auraient souhaité participer à la prise de décision concernant
le cheminement scolaire de leur enfant. Une mère avoue craindre l’« étiquetage »
rapide qui peut être fait d’un enfant marqué comme ayant des difficultés
d’apprentissage ou de comportement. « L’enfant rentre dans le collimateur »,
dira-t-elle, manifestant ainsi sa crainte que celui-ci soit marginalisé dans son
milieu. Elle dit craindre que l’étiquette donnée puisse suivre l’enfant durant
toutes les années du primaire. Par exemple, déplore-t-elle, la situation peut
avoir évolué, mais la perception qu’il est un enfant « à problèmes » continuera
à se transmettre dans le milieu. Un intervenant communautaire explique par le
manque de confiance dans le système le fait que certains parents hésitent à faire
mention des difficultés scolaires et comportementales de leur enfant au moment
de l’entrée à l’école ou d’un changement d’école. Ces parents craignent que les
Par exemple, des parents de la rive sud de Montréal ont fait référence à l’activité Passe-Partout. Ce type d’activité
offert par des organismes communautaires est généralement réservé à des milieux ciblés. Les activités s’adressent
aux parents et aux enfants et s’échelonnent sur une certaine période.
92
« classes spécialisées » ou les « parcours particuliers » diminuent les chances de
succès de leur enfant. De l’avis d’une personne impliquée dans le milieu éducatif,
il est délicat d’aborder avec les parents des sujets qui touchent le développement
de leur enfant, et il peut aussi être difficile pour des parents d’accepter les limites
de leur enfant. « Tout est une question de qualité de communication », croit-elle.
Si des parents se montrent insatisfaits vis-à-vis de l’accès aux services spécialisés,
d’autres s’inquiètent des effets sur leur enfant de la Politique d’intégration scolaire.
Ce n’est pas tant le principe qui semble troubler des parents, mais la façon de faire
et les moyens mis à la disposition des enseignants pour limiter les conséquences
sur les autres élèves de la présence d’enfants présentant un handicap ou ayant
des difficultés sérieuses.
À ces questionnements s’ajoute l’information laissant croire que la formation
des enseignants ne serait pas adaptée à la situation des enfants présentant des
troubles de comportement. Il n’est pas sécurisant, a avoué un parent, que des
personnes du milieu scolaire évoquent la hausse du nombre d’enfants à problèmes
au début du primaire. Cette réalité est mentionnée par le psychologue et profes-
seur Égide Royer. Il estime qu’à « la fin des années 80, on considérait qu’il y avait
un élève par classe de maternelle qui présentait des problèmes de comportement
sévères. Aujourd’hui, on en retrouve environ trois par groupe28 ». D’où, souligne-t-il,
la pertinence d’intervenir à titre préventif, une opinion partagée par d’autres, qui
déplorent la tendance à invoquer des problèmes « d’enfants rois » ou d’enfants de
familles dites « dysfonctionnelles ». Sur cette question, Ginette Lajoie, psychoédu-
catrice agissant depuis des années dans le milieu scolaire, déclare : « [l]es enfants
n’ont pas besoin de ces étiquettes, mais plutôt d’aide29! »
Par ailleurs, les réformes pédagogiques et la multiplicité des approches suscitent
des questions chez des parents. Est-ce que l’approche retenue est la meilleure pour
les enfants? Plusieurs sont préoccupés par les effets à long terme. En outre, ils
entendent des avis contradictoires sur le bien-fondé du renouveau
pédagogique, ce qui accroît leurs inquiétudes. Le témoignage
suivant l’illustre : « Le fonctionnement par projets, ça marche pour les
De l’avis d’une personne
enfants qui fonctionnent bien dans ça, mais avec certains enfants, impliquée dans le milieu
ça ne marche pas du tout. Va-t-on aggraver le décrochage?» éducatif, il est délicat
Pour les familles nouvellement installées dans une région, une
d’aborder avec les parents
rentrée scolaire réussie est susceptible de contribuer à l’intégration des sujets qui touchent
de toute la famille dans le milieu, un enjeu des plus importants le développement de leur
lorsque les parents sont originaires d’un autre pays et s’expriment enfant, et il peut aussi être
peu en français. Le documentaire « La classe de Madame Lise » traduit difficile pour des parents
bien les difficultés des enfants qui entrent à l’école avec une faible d’accepter les limites
connaissance de la langue et le défi que cela pose aux enseignantes
et aux enseignants quand la majorité des élèves de la classe ont une
de leur enfant
origine différente30.
Une intervenante communautaire d’un milieu multiethnique a rappelé l’impor-
tance que revêt l’instruction pour ces familles, qui y voient un précieux moyen
d’intégration sociale. L’espoir côtoie la peur que leur enfant soit marginalisé au
moment de la rentrée scolaire. Des détails anodins, dira une mère sud-américaine
installée en région, comme le contenu de la « boîte à lunch » peuvent devenir un
93
obstacle à l’intégration scolaire, l’enfant ne voulant plus aller à l’école où il a été
l’objet de railleries du fait qu’il avait apporté un plat typique de sa région. Selon
elle, des services d’accompagnement auraient pu éviter certaines difficultés liées
à la différence culturelle. Il a aussi été porté à l’attention du Conseil la situation
des parents qui, faute des services d’un interprète, deviennent dépendants de
leurs enfants dans la relation avec le milieu scolaire, ce qui est susceptible de faire
porter à ces derniers une responsabilité qui les dépasse.
La répartition des ressources sur le territoire a aussi été le sujet de discussions.
Des recherches révèlent un étalement de la pauvreté dans des territoires
généralement caractérisés par des revenus moyens ou élevés. Certains parlent
de « poches de pauvreté » pour décrire une concentration de familles démunies
économiquement. Or, selon des parents et des intervenants communautaires
et scolaires, le mode de répartition des ressources financières aux institutions
d’enseignement ne se serait pas toujours adapté à ces nouvelles réalités. D’où des
risques d’iniquité dans l’offre des services spécialisés aux enfants et aux familles
des différentes régions et à l’intérieur même d’un territoire.
94
résultats d’une enquête canadienne révèlent la difficulté des parents à définir leur
rôle : « Deux parents canadiens sur trois (65%) estiment ne pas avoir les connais-
sances nécessaires pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs ». Plusieurs parents
disent que la façon d’enseigner a changé et se sentent dépassés. D’autres avouent
que la période des devoirs provoque des tensions parent-enfant. De plus en plus de
parents feraient appel à des services privés pour les remplacer dans
cette tâche. Il existe aussi des services téléphoniques d’aide aux
Deux parents canadiens
devoirs et des sites Internet, mais ceux-ci ne seraient pas toujours
connus des parents dont l’enfant entre à l’école .
II sur trois (65%) estiment
ne pas avoir les
Des représentants d’organismes communautaires ont mentionné
connaissances nécessaires
le défi important que posent les devoirs et les leçons à la maison
dans des milieux défavorisés et/ou allophones. D’où, souligne-t-on, pour aider leurs enfants
l’utilité des activités d’aide aux devoirs. Depuis 2004-2005, le à faire leurs devoirs
programme Aide aux devoirs permet à l’ensemble des écoles de
bénéficier d’une enveloppe budgétaire pour leur projet. Toutefois, il est souhaité
que ce service soit offert à tous les enfants, de manière à éviter de marginaliser
ses utilisateurs.
Par ailleurs, on rappellera que « stimuler la réussite scolaire de son enfant, c’est
plus qu’exiger que les devoirs soient faits33 ». Les parents accordent une grande
importance à ce que l’école donne le goût d’apprendre aux élèves. Par exemple,
96% des Canadiens sont d’accord avec cet énoncé, mais 65% des personnes
sondées estiment que les écoles réussissent à atteindre cet objectif34. Si l’approche
pédagogique par projets peut être un incitatif pour les enfants, certaines personnes
ont constaté qu’elle impose régulièrement des contraintes additionnelles, les
parents étant appelés à s’investir davantage.
Selon l’expérience d’un membre d’un conseil d’établissement, il est possible de
favoriser la conciliation des exigences scolaires et des contraintes familiales, mais
cela demande des efforts de concertation de la part de tous les intervenants du
milieu scolaire et une excellente communication avec les parents. On observe
que le partenariat famille-école n’est pas toujours acquis. Sans généraliser, des
personnes ont déploré l’attitude de certains milieux scolaires qui considèrent la
coopération avec les parents comme à sens unique. L’un d’eux soutenait que « [l]es
parents veulent s’investir, mais à la mesure de leur capacité, de leur disponibilité
et surtout lorsque les dés ne sont pas pipés d’avance ». Un autre ajoutait : « Ils
[les parents] ne veulent pas faire de la figuration, notamment dans les conseils
d’établissement. » Le partenariat, rappelle-t-on, passe par des processus qui
favorisent la communication. Pour certains, tous les efforts n’ont pas été faits
pour améliorer la relation famille-école.
95
bien-être des enfants en réduisant le nombre d’enfants « avec des clés dans le cou »,
c’est-à-dire d’enfants laissés à eux-mêmes après l’école. Il est estimé qu’il existait
1 582 services de garde en milieu scolaire au Québec en 200535. On observe l’essor
de ces services depuis l’introduction de la tarification unique à coût modique (5 $)
à partir de 1996-1997. La clientèle est passée de 92 664 enfants cette année-là à
230 698 pour l’année scolaire 2004-200536.
Toutefois, les commentaires recueillis laissent entendre que des améliorations
seraient souhaitées pour un meilleur arrimage aux réalités des familles. On
parle notamment des heures d’ouverture des services de garde, qui imposent
des contraintes majeures aux parents travailleurs considérant que souvent ces
services ne sont pas offerts après 17 h 30. En outre, des parents dont l’emploi est
saisonnier ou qui travaillent de façon irrégulière ont exprimé leurs insatisfactions
à l’égard de l’accès à ces services compte tenu des règles administratives qui
les obligent de prévoir à long terme les périodes de fréquentation des services.
À cet égard, on note une variation dans la façon d’appliquer les règles d’un
endroit à l’autre, certains gestionnaires de services de garde faisant preuve d’une
plus grande souplesse.
Le calendrier scolaire
Des parents qui étaient utilisateurs des services de garde à la petite enfance et
étaient donc habitués à trouver un service de qualité douze mois par année font face
semble-t-il à un problème de taille lorsque les enfants entrent à l’école. Plusieurs
parents ont déploré que les services de garde ne soient pas offerts pendant toutes
les journées pédagogiques et durant la semaine de relâche, étant donné que
l’offre de service peut varier d’une école à l’autre. Des personnes expliquent que
le nombre d’inscriptions insuffisant qui a amené la fermeture de certains services
pendant la semaine de relâche peut, en partie, s’expliquer par le prix élevé (plus de
20 $) qui était fixé. Il sera intéressant d’évaluer les effets de la nouvelle tarification
annoncée par le gouvernement, qui devrait réduire les coûtsII.
La période estivale serait particulièrement problématique pour un grand nombre
de parents. Un bon nombre d’entre eux ne disposent que des deux semaines
de vacances prévues par les normes du travail. Certaines municipalités, par
l’entremise de l’offre de loisirs, se sont impliquées dans l’organisation d’activités
pour les jeunes afin de soutenir les parents durant les congés scolaires (semaine
de relâche, période estivale), mais l’instauration de ces mesures demeure à la
discrétion des élus municipaux, et les camps spécialisés sont souvent trop chers
pour des familles. Plusieurs parents ont fait part du véritable casse-tête que
représente le vide entre la fin des camps d’été et le début des services de garde
en milieu scolaire.
La pratique courante serait que les parents doivent déterminer au début de l’année scolaire le nombre de jours par
semaine de fréquentation des services de garde. À défaut de pouvoir le faire, ces parents doivent inscrire les enfants
pour toute l’année scolaire ou ne pas les y inscrire.
II Le gouvernement du Québec a alloué, dans son budget 2005-2006, des ressources additionnelles pour permettre
aux services de garde en milieu scolaire de réduire le montant exigé pour la garde durant la semaine de relâche.
Ainsi, le montant pourrait être réduit de 25 $ à 14 $ par jour, par enfant. Ce montant serait aussi admissible au crédit
d’impôt pour garde d’enfants. Toutefois, les institutions d’enseignement ne sont pas tenues de rendre ces services
durant cette semaine.
96
Le transport scolaire
Un père inquiet de voir son jeune enfant quitter très tôt le matin le domicile familial
a manifesté sa préoccupation vis-à-vis des contraintes imposées par le transport
scolaire : « C’est comme si toutes les activités de l’école étaient réglées en fonction
du transport scolaire. » Dans certains cas, les répercussions de ces contraintes sur
l’horaire de la journée de l’élève apparaissent non favorables à l’apprentissage, par
exemple lorsque l’heure du repas du midi est établie trop tôt ou trop tard par
rapport aux besoins des enfants. La sécurité routière préoccupe aussi les parents.
Certains disent avoir dû faire des pressions auprès des autorités parce qu’ils
considéraient que le parcours pédestre que devait emprunter leur jeune enfant
présentait des risques d’accident. Dans certains cas, enfin, ils auraient souhaité
plus de souplesse dans les règles d’accès au transport scolaire.
Par exemple, le bulletin scolaire peut, sur demande, être envoyé à chacune des adresses des parents. Selon les
disponibilités, l’enfant peut prendre un autobus scolaire différent selon le parent chez qui il demeure pendant la
semaine.
II À titre d’exemple, des parents séparés, qui demandent que leurs enfants fréquentent une école différente de celle
prévue par la Commission scolaire, ne sont pas assurés que ce choix soit respecté. La décision sera confirmée seule-
ment après la rentrée scolaire et cette période d’incertitude se renouvellera à chacune des années de fréquentation
de l’enfant.
97
sera affecté dans certains cas par des idées préconçues sur son potentiel ou son
comportement. Par ailleurs, le handicap physique ou intellectuel d’une sœur ou
d’un frère qui fréquente la même école peut entraîner des difficultés pour la
fratrie, constatent des chercheurs.
Il arrive que la fratrie peut se faire attribuer des qualificatifs liés au handicap du frère ou de la sœur. Dans d’autres
cas, des membres de la fratrie craindront le jugement des autres lorsqu’ils voudront se confier sur les sentiments
qu’il ressent vis-à-vis de la situation de handicap de ce membre de la famille (Régine Scelles, Les frères et sœurs : les
oubliés de l’intégration scolaire des enfants porteurs d’un handicap, p. 229-235).
II Selon des données colligées par Kenneth George, commissaire à la Commission scolaire de Montréal, les frais pour
une école primaire seraient passés de 50 $ en 1996-1997 à 23,50 $ en 2005-2006; pour une école secondaire, les frais
auraient diminué, passant de 101 $ à 64 $ (La Presse, 2006, « Rentrée… et sortie de fonds », La Presse, 20 août, p. LPA3).
III Chaque commission scolaire devait se doter d’une politique sur les frais exigés des parents pour la rentrée de
septembre 2006 et chaque conseil d’établissement devait approuver la liste des articles scolaires demandés (Mi-
nistère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, 2005, Modifications des responsabilités des conseils d’établissement et
des commissions scolaires. Les frais exigés des parents seront dorénavant mieux encadrés , communiqué de presse, 4
novembre 2005, site consulté le 19 septembre 2006 ).
IV La moyenne canadienne est estimée à 337 $. C’est au Québec que les frais seraient les plus élevés (il est fait réfé-
rence au sondage Pollara mené pour le Conseil canadien du commerce de détail entre le 31 juillet et le 8 août 2006
(Marc Tison, 2006, « Le retour du temps (des) frais », La Presse, 20 août, p. LPA3).
98
40 $ à 80 $ au primaire selon une estimation faite par l’Association coopérative
d’économie familiale de la Rive-Sud de Québec (ACEF)37.
En ce qui concerne ces derniers frais, il existe des dispositions pouvant permettre
aux parents d’étaler les paiements exigés par l’école. Certains parents concernés
déplorent cependant que les accords demeurent à la discrétion des directions
d’école et que les règles varient d’un endroit à l’autre. On observe aussi une
augmentation du nombre de projets d’organismes ou de fondations voués au
soutien des familles pendant la rentrée (ex. : don de sacs d’école, de matériel
scolaire), ce qui peut constituer un indicateur de la gravité de la situation.
Le recours à des organismes caritatifs apparaît la seule solution possible pour
certaines familles. Cependant, les critères d’accès peuvent exclure des familles,
lesquelles se retrouvent alors dans une situation de crise. C’est ce que relate une
mère de six enfants dont le revenu familial est modeste. Elle confie que la situation
devient problématique lorsqu’on a un revenu de travail, car l’accès à toute aide est
quasiment nul. Elle ajoute : « Même avec un revenu d’emploi, tu peux avoir des
fins de mois difficiles, surtout au début de l’année scolaire lorsque tu as plusieurs
enfants aux études. » Cette situation amène plusieurs parents à souhaiter la
création d’une aide financière versée spécialement pour aider à payer ces frais,
tout comme cela se fait dans certains pays : « Cela atténuerait véritablement le
stress de la rentrée », soutient-on.
Outre les dépenses liées aux besoins scolaires, plusieurs des commentaires
recueillis portaient sur les frais de garde. Une mère déplore que ceux exigés pour la
garde du midi soient fixés sans égard au nombre d’enfants par famille : « Pourtant,
plus tu as d’enfants, moins tu as d’argent », soutient-elle. Par ailleurs, les effets
du passage des frais de garde de 5 à 7 $ par jour suscitent des questionnements.
Constatant une première réduction du nombre d’inscriptions depuis vingt ans,
le Conseil supérieur de l’éducation, dans un récent avis, notait : « Il est difficile
d’établir un lien direct entre la baisse de clientèle en 2004-2005 et la hausse
de la contribution réduite [de 5 à 7 $], mais il reste que cette augmentation est
entrée en vigueur à partir de septembre 2004 ». Les recommandations formulées
dans cet avis rejoignent les préoccupations des parents consultés à l’égard de
l’amélioration de la qualité des services de garde en milieu scolaireII. Ceux-ci ont
relevé des écarts entre les écoles sur le plan de la qualité des services, des locaux et
du matériel propice à stimuler les jeunes durant les périodes de garde.
D’autres commentaires portaient sur le fait que souvent des activités spéciales
sont organisées durant les journées pédagogiques avec des coûts additionnels qui
peuvent être trop élevés pour bon nombre de familles qui ont plusieurs enfants
On dénombre 2 110 enfants de moins entre les deux années. Le Conseil avance aussi un autre élément, soit la baisse
du nombre d’enfants de 5 à 12 ans entre 2001 et 2005 (63 328 enfants de moins) (Conseil supérieur de l’éducation,
Les services de garde en milieu scolaire : inscrire la qualité au cœur des priorités, p. 18).
II Plusieurs recommandations sont émises. Certaines visent le rehaussement des exigences de formation du person-
nel (Conseil supérieur de l’éducation, Les services de garde en milieu scolaire : inscrire la qualité au cœur des priorités,
p. 61-86; Le Conseil de la famille et de l’enfance a aussi soumis une étude sur ce thème : Les familles, l’école et son
service de garde : un projet éducatif partagé?, 64 p.).
99
à l’école. Ainsi, au sujet des multiples frais exigés, plusieurs parents préconisent
l’adoption d’une politique de coûts familiaux qui ferait en sorte que l’on prenne
en compte le nombre d’enfants dans la famille.
L’entrée au secondaire
L’entrée au secondaire du premier enfant de la famille constitue une étape qui
provoque son lot d’émotions et d’inquiétudes, d’autant plus que cette période
s’inscrit dans une autre transition, soit celle vers l’adolescence, qui provoque des
bouleversements physiques et psychologiques chez le jeune et s’accompagne
souvent d’une influence accrue du groupe d’amies et d’amis. C’est ainsi que
le Conseil a observé un certain déchirement chez les parents qui, d’une part,
souhaitent voir leur enfant développer son autonomie et, d’autre part, craignent
l’instauration d’une distance dans leur relation avec lui.
L’influence des pairs, l’accès aux drogues, les expériences amoureuses et sexuelles
inquiètent plusieurs parents, qui craignent la perte de la communication. « Avant,
mon enfant me parlait, maintenant, il ne nous dit plus rien », confie un parent
dont l’adolescent fréquente l’école secondaire. Cette perte d’influence préoccupe
plus d’un parent, et ses effets se répercutent sur de multiples éléments de la
vie quotidienne, comme l’illustre le propos d’une mère : « Nous avons cherché à
transmettre à notre enfant de saines habitudes alimentaires, mais on dirait que,
depuis qu’il va au secondaire, tout est perdu. » Au regard des appréhensions des
parents, la psychoéducatrice Ginette Lajoie soutient que « les risques semblent
davantage associés à l’adolescence qu’aux études secondaires38 ».
Outre les changements psychosociaux liés à l’adolescence, l’école, particuliè-
rement pendant cette période, devient pour le jeune un milieu de vie. Il ne faut
donc pas prendre à la légère les émotions qui envahissent un jeune lorsqu’il
déménage ou qu’il doit changer d’école à cause de contraintes administratives,
souligne-t-on. Cette période peut aussi entraîner des deuils à faire pour ceux qui
voient leurs camarades du primaire se disperser dans différentes institutions
d’enseignement.
La nécessité de composer avec les exigences de plusieurs enseignants semble
représenter un défi important au moment de cette transition scolaire. De plus,
des observations de chercheurs montrent que l’intérêt pour les études diminue
progressivement au fil des années du secondaire. Certains chercheurs, comme
Roch Chouinard et Normand Roy, observent que cette diminution de la motivation
scolaire serait entre autre associée à certaines caractéristiques de l’école
secondaire. Selon eux, « l’école secondaire est contrôlante alors que les élèves
recherchent davantage d’autonomie39 ». En outre, déplorent des personnes
impliquées dans le milieu, d’autres éléments sont peu pris en compte par
l’administration scolaire, par exemple le besoin accru de sommeil matinal à
l’adolescence pourtant démontré par des recherches, mais généralement
ignoré lorsqu’il s’agit d’établir les horaires du début des classes40. Trop souvent,
observe-t-on, des considérations économiques, telles que la réduction des coûts
de transport par une utilisation maximale des autobus scolaires, priment sur la
prise en compte des besoins des jeunes à cet âge.
100
Le regard posé par plusieurs parents sur la situation des écoles secondaires est
vraisemblablement le reflet de l’image qui en est véhiculée dans la population
en général. Cette image est souvent empreinte d’une méconnaissance du milieu
scolaire et parfois même de préjugés, estiment certaines personnes. C’est ainsi que
les craintes, particulièrement à l’égard de la qualité de l’encadrement, amènent de
nombreux parents à s’interroger sur le choix de l’école lorsque survient le passage
du primaire au secondaire.
Le choix de l’école
Des questionnements sont soulevés par rapport à la qualité de
l’enseignement dans les écoles privées et publiques. La publication Des parents s’interrogent
annuelle d’un palmarès des écoles suscite intérêt et doute chez plus aussi sur les conséquences
d’un parent. S’ajoute la multiplication des écoles à vocation particu-
de choisir une école qui
lière à l’intérieur même du réseau public. Pour plusieurs familles, il
peut être difficile de faire un choix éclairé à cet égard, d’autant plus risque d’établir une
qu’une simple visite de l’école secondaire lors d’une journée portes coupure entre leur enfant
ouvertes est jugée insuffisante pour une réelle préparation à cette et son milieu
transition de vie, selon des commentaires recueillis.
Le choix de l’école peut aussi être propice au déclenchement de conflits conjugaux
et familiaux en relation avec les valeurs et les priorités de chacun, rapporte-t-on.
Par exemple, les ressources financières que nécessite la fréquentation d’une
école privée ou d’un programme particulier (sport-études, arts-études, option
internationale, etc.) peuvent accentuer les mésententes. Les coûts associés à la
fréquentation d’une école secondaire privée sont cités à titre d’illustration. Ainsi,
les frais d’étude pour la fréquentation d’une école privée de la région de Montréal,
en 2005-2006, sont estimés à environ 4 255 $. Dans certains cas, soutient un
participant aux consultations, cela suscitera une certaine angoisse chez des
parents qui n’ont pas les ressources nécessairesII. Des parents s’interrogent aussi
sur les conséquences de choisir une école qui risque d’établir une coupure entre
leur enfant et son milieu. Un père exprime cette préoccupation. Il craint qu’après
un long trajet en transport scolaire, « les enfants reviennent dans leur quartier où
ils ne connaissent presque pas les autres enfants de leur âge ».
Dont 2 450 $ pour les frais pour la scolarité, 130 $ pour le matériel didactique, l’assurance scolaire et les sorties, 450 $
si le jeune est inscrit dans un programme particulier, 125 $ pour les études surveillées (facultatif); jusqu’à 990 $ pour
le transport scolaire (facultatif). Les frais d’uniforme ne sont pas compris (La Presse, 2006, « Rentrée… et sortie de
fonds », La Presse, 20 août, p. LPA3).
II Il existe généralement des fondations ou des dispositions spéciales pour les familles à faible revenu qui souhaitent
inscrire leur enfant dans une école privée. Par contre, la fréquentation de ces établissements occasionne différents
types de frais généralement non couverts par une aide financière.
III L’Association coopérative d’économie familiale de la Rive-Sud de Québec évalue qu’il en coûte entre 130 $ et 185 $
pour les fournitures scolaires et les frais imposés par l’école (La Presse, 2006, « Rentrée… et sortie de fonds », La
Presse, 20 août, p. LPA3).
101
que public. Par exemple, selon les estimations de la Fédération des comités de
parents du Québec, les frais d’inscription pour un programme en sports ou en
arts peuvent aller jusqu’à 1 000 $ pour une année scolaire; pour un programme
international, le coût peut être de 200 $41.
Outre le coût du matériel scolaire, la spécificité de la rentrée au secondaire tient
souvent à l’importance que prennent les autres frais liés à la rentrée. Parmi
ceux-ci, on retrouve les sommes consacrées aux vêtements et aux accessoires.
L’entrée au secondaire correspond à la période où le jeune veut s’affirmer, il est
donc normal, dira une participante aux consultations, que cette affirmation
de soi passe notamment par le « look ». Se pose alors, dans certains milieux, la
question du port d’un uniforme obligatoire, une approche qui ne fait toutefois pas
l’unanimité selon les observations du Conseil. Pour certains, en uniformisant la
tenue, on évite les abus vestimentaires et on diminue les risques d’identification à
une gang. Pour d’autres, il est possible, par l’adoption d’un code vestimentaire dans
l’école, d’atteindre les mêmes objectifs tout en permettant aux jeunes d’exprimer
leur personnalité par le vêtement. Les avis sont tout autant partagés concernant
les coûts qu’entraîne la décision d’opter pour des vêtements aux couleurs de
l’institution d’enseignement.
Les activités parascolaires s’avèrent un autre type de dépenses que l’on retrouve
plus fréquemment au secondaire qu’au primaire. Ces activités représentent
des frais additionnels pour les parents (inscription, équipement, tournois, etc.).
Par exemple, l’équipement modeste pour jouer au hockey est estimé à 350 $, et
l’inscription coûte autour de 200 $42. Un parent se questionne : « Il y a quelques
années, le gouvernement incitait les familles à s’abonner à Internet. Pourquoi ne
permet-il pas des programmes incitatifs analogues pour favoriser
l’activité physique? ». On rappelle que de nombreuses études
Selon un parent impliqué
établissent que la participation à une activité parascolaire, peu
dans son milieu, des importe le domaine (sport, musique, théâtre, etc.), contribue à
encouragements concrets réduire le risque de décrochage scolaire.
devraient être apportés pour
Selon un parent impliqué dans son milieu, des encouragements
favoriser la participation concrets devraient être apportés pour favoriser la participation des
des jeunes à des jeunes à des activités parascolaires. Un des moyens cités est l’accès
activités parascolaires au transport à coût réduit. Plusieurs personnes consultées soutien-
nent que l’accroissement de la participation des jeunes à ces activités
passe par une plus grande concertation des décideurs sur le plan des transports
publics. « À cause du manque de concertation, déplore-t-on, des jeunes sont privés
d’activités parascolaires puisqu’ils ne disposent pas de moyens de transport pour
retourner à la maison. » L’accès au transport fut soulevé à maintes reprises lors
de consultations menées par le Conseil dans différentes régions du QuébecII. Elle
apparaît particulièrement préoccupante dans les communautés dépourvues de
service de transport en commun. On évoque aussi la situation des familles en régions
Dans le budget fédéral de 2005-2006, il fut annoncé des crédits fiscaux pour la pratique de sports sous certaines
conditions.
II La problématique du transport fut soulevée, notamment lors des consultations portant sur les familles avec adoles-
centes et adolescents (Conseil de la famille et de l’enfance, Les familles avec adolescents, entre le doute et l’incertitude :
le rapport 2001-2002 sur la situation et les besoins des familles et des enfants, 119 p.).
102
faiblement peuplées dont les enfants doivent être en pension à l’extérieur du
domicile familial pour poursuivre leurs études dès la quatrième année du secondaire.
L’entrée au postsecondaire
Le passage au postsecondaire correspond à l’entrée dans la vie adulte. Cette
période donne lieu à des situations très variées en fonction notamment du
degré de maturité des jeunes. Certains d’entre eux éprouveront des difficultés
à s’adapter à leur nouveau milieu, par exemple aux cours donnés à de grands
groupes dans des amphithéâtres. Souvent, ils auront à se créer un nouveau réseau
de camarades. Ayant moins de cours, certains évalueront mal les efforts intellec-
tuels qu’ils doivent fournir pour satisfaire aux exigences scolaires. Plusieurs jeunes
s’engageront aussi à occuper un emploi ou à augmenter le nombre d’heures
travaillées, ce qui insécurise plus d’un parent, qui craignent les effets de cette
décision sur la réussite scolaire de leur enfantII.
Plusieurs s’interrogent sur le rythme de vie effréné de leur enfant et s’inquiètent du
risque que cela peut représenter pour sa santé et pour ses études. Cela se reflétait
dans les propos d’une mère : « Je ne vois presque plus mon fils, il travaille en plus
de ses études, il sort avec sa blonde et ses amis, il fait du sport. »
Dans d’autres situations, ce sont les incertitudes du jeune adulte à
Plusieurs s’interrogent sur
l’égard de son projet professionnel ou son apathie qui deviennent
des sources de soucis pour des parents, qui appréhendent un avenir le rythme de vie effréné de
difficile pour leur enfant. leur enfant et s’inquiètent
du risque que cela peut
Par ailleurs, la présence ou non d’une institution collégiale ou
universitaire dans les environs du domicile familial a une incidence représenter pour sa santé
sur plusieurs plans, notamment sur la décision de poursuivre les et pour ses études
études, mais aussi sur la dynamique familiale. C’est ainsi que le
passage à une institution postsecondaire amène pour un grand nombre de jeunes,
particulièrement ceux des régions à la périphérie des grands centres, le départ du
domicile familial. C’est un moment difficile pour plusieurs parents, qui pressentent
que ce départ précoce de la région risque d’être définitif. C’est toute la dynamique
familiale qui est susceptible de se transformer, soutiennent des chercheurs. Par
exemple, ce départ peut être vécu comme une véritable perte pour un membre
de la fratrie qui avait développé une belle complicité avec la personne qui quitte le
foyer familial. La situation peut aussi provoquer des différends chez les conjoints
au regard du niveau d’aide financière à allouer à cet enfant.
103
chercher à soutenir leurs enfants dans la poursuite de leur projet éducatif, lorsque
cela est possible, en les aidant à réduire leur niveau d’endettement lié aux études.
Ils sont conscients que commencer dans la vie avec de fortes dettes réduit la
marge de manœuvre pour différents projets professionnels et familiaux.
$
Frais de scolarité (Québec)1 1 862 1 862
Autres frais obligatoires (Québec) 685 685
104
Selon les résultats d’études, le coût d’une année universitaire pour l’année
2003-2004 était, au Québec, de 6 611 $ pour un étudiant qui résidait chez ses
parents et de 11 227 $ s’il résidait à l’extérieur du domicile familial43. Dans certains
cas, les coûts liés aux études contraignent les parents à des choix déchirants.
Une projection financière faite d’après des données de Statistique Canada et de
l’Université de Sherbrooke établit qu’un enfant né en 2003 qui amorcerait en
2021 un cycle de quatre ans d’études universitaires aurait à débourser au moins
55 000 $44. Des dispositions fiscales (régime enregistré d’épargne-études [REEE],
subvention canadienne pour l’épargne-études [SCEE]) ont été instaurées par
les deux paliers de gouvernement pour favoriser l’épargne en vue des études
supérieures des enfants. Toutefois, considérant le faible niveau d’épargne des
familles, il peut être difficile pour des parents, estiment les chercheurs, de choisir
entre l’épargne courante, la cotisation à un régime enregistré d’épargne-retraite
(REER) et l’épargne-études (REEE) pour leurs enfants.
Compte tenu du fait que le revenu familial médian après transferts et impôts
au Québec, en 2000, est de 44 515 $II, une spécialiste des questions financières
convient qu’il est vraisemblable que dans une majorité de cas la poursuite des
études affectera le budget familial. Cette affirmation rejoint les propos de parents
consultés, qui rappellent que, malgré le fait que le Programme de prêts et bourses
puisse alléger dans une certaine mesure le fardeau financier de certaines familles,
le revenu des parents est pris en compte très rapidement dans l’octroi des prêtsIII.
En outre, déplore un parent, les mesures fiscales ne tiennent pas compte à sa juste
valeur de la charge financière que représente le soutien d’un enfant adulte majeur.
Le revenu familial (avec enfants de 0 à 24 ans) comprend à la fois le revenu des parents et celui des enfants vivant
sous le même toit. Le revenu médian est le revenu à mi-chemin, de telle sorte que la moitié des familles a un revenu
supérieur au revenu médian et l’autre moitié, un revenu inférieur à celui-ci.
II Le revenu médian est de 50 795 $ pour les familles biparentales; 27 375 $ pour les familles monoparentales (Minis-
tère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, tableau 5.1.1,
p. 270).
III La contribution des parents est prise en compte à partir d’un revenu familial de 8 000 $ (Aide financière aux études,
Programme de prêts et bourses : le calcul de l’aide : un nouveau programme en 2004-2005, p. 20).
105
Notes bibliographiques
1 Propos recueillis par Patricia Cloutier (2006). « Voix d’apaisement », Le Soleil, 30 avril, p. 35.
2 Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (2004). Natalité et interventions publi-
ques, Québec, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Direction des commu-
nications, p. 35. (Gouvernement du Québec).
3 Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (2004). Natalité et interventions publi-
ques, Québec, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Direction des commu-
nications, p. 35. (Gouvernement du Québec).
4 Gordon Cleveland et Michael Krashinsky (2003). « Huit mythes à propos des services éducatifs et de
garde à l’enfance: résumé », Child care briefing notes, p. 6.
5 Gilles Pronovost (2006). « Services de garde : retour sur les faits », Le Devoir, 28 février, p. A7.
6 Silvia Galipeau (2006). « Pour en finir avec la mère parfaite », La Presse, 13 mai, p. act. 2-3.
7 Silvia Galipeau (2006). « Les femmes au foyer haussent le ton », La Presse, 26 février, p. act. 5.
8 Alain Noël (2004). « Comment situer les politiques publiques de soutien économique aux familles
québécoises par rapport à ce qui se fait ailleurs? », dans Conseil de la famille et de l’enfance. Les
Actes du Forum : soutien économique aux familles, oui, mais comment?, Québec, Conseil de la famille
et de l’enfance, p. 24 (Gouvernement du Québec).
9 Alain Noël (2004). « Comment situer les politiques publiques de soutien économique aux familles
québécoises par rapport à ce qui se fait ailleurs? », dans Conseil de la famille et de l’enfance. Les
Actes du Forum : soutien économique aux familles, oui, mais comment?, Québec, Conseil de la famille
et de l’enfance, p. 24 (Gouvernement du Québec).
10 Statistique Canada (2005). « Étude : les bons emplois disparaissent-ils au Canada? », Le Quotidien,
mercredi 26 janvier. [En ligne]
http://www.statcan.ca/Daily/Francais/050126/q050126a.htm
(Site consulté le 28 novembre 2006).
11 Christian Lévesque (2005). « À la défense des étudiants-chercheurs : avoir 30 ans, être parent et
fréquenter l’université », Le Devoir, 26 mars, p. G8.
12 Conseil du statut de la femme (2004). Étudiante et mère : un double défi : les conditions de vie et les
besoins des mères étudiantes, Québec, Conseil du statut de la femme, Service des communications,
119 p. (Gouvernement du Québec).
13 Ministère de l’Éducation (2001). Projet de politique de l’éducation des adultes dans une perspective de
formation continue, Québec, Ministère de l’Éducation, p. 39 (Gouvernement du Québec).
14 Renée B.-Dandurand (1992). « La famille n’est pas une île. Changements de société et parcours de
vie familiale », dans Gérard Daigle (sous la dir. de). Le Québec en jeu : comprendre les grands défis,
Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 373-374.
15 Conseil du statut de la femme (2002). Des nouvelles d’elles : les jeunes femmes du Québec : document
d’information sur les jeunes Québécoises de 15 à 29 ans, Québec, Conseil du statut de la femme,
p. 83-85 (Gouvernement du Québec).
16 Conseil du statut de la femme (2002). Des nouvelles d’elles : les jeunes femmes du Québec : document
d’information sur les jeunes Québécoises de 15 à 29 ans, Québec, Conseil du statut de la femme, p. 83
(Gouvernement du Québec).
17 Michael Baker, Jonathan Gruber et Kevin Milligan (2006). « Quelles leçons tirer du programme
universel de services de garde à l’enfance du Québec? », e-brief, 1er février, [5] p.
18 Gordon Cleveland et Michael Krashinsky (2003). « Huit mythes à propos des services éducatifs et de
garde à l’enfance : résumé », Child care briefing notes, p. 2.
106
19 Claire Fournier et Carl Drouin (2004). La qualité éducative dans les garderies privées : faits saillants,
Québec, Institut de la statistique du Québec, 15 p. (Gouvernement du Québec); Claire Fournier et
Carl Drouin (2004). La qualité éducative dans les installations de centres de la petite enfance : faits
saillants, Québec, Institut de la Statistique du Québec, 15 p. (Gouvernement du Québec); Claire
Fournier et Carl Drouin (2004). La qualité éducative dans les services de garde en milieu familial
coordonnés par les centres de la petite enfance : faits saillants, Québec, Institut de la statistique du
Québec, 11 p. (Gouvernement du Québec); Christa Japel, Richard E. Tremblay et Sylvana Côté (2005).
La qualité ça compte! Résultats de l’Étude longitudinale du développement des enfants au Québec
concernant la qualité des services de garde, Montréal, Institut de recherche en politiques publiques,
46 p.
20 Daphné Bédard (2006). « Mères à la maison : les nouvelles superwomen », Le Soleil, 10 décembre,
p. A10-11.
21 Daphnée Dion-Viens (2006). « On fait fi de la prévention : augmentation des troubles de comporte-
ment à l’école », Le Soleil, 11 mai.
22 Gilles Pronovost (2006). « Services de garde : retour sur les faits », Le Devoir, 28 février, p. A7.
23 Conseil de la famille et de l’enfance (2000). Pour une plus grande complicité entre les familles et les
écoles, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 36 p. (Gouvernement du Québec).
24 Propos recueillis par Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire »,
Action parents, vol. 30, no 3, mai-juin, p 7.
25 Jean-Marie Bouchard et autres (1994). Déficiences, incapacités et handicaps : processus d’adaptation
et qualité de vie de la famille, Montréal, Guérin Universitaire, p. 139.
26 Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire », Action parents, vol. 30,
no 3, mai-juin, p. 7.
27 Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire », Action parents, vol. 30,
no 3, mai-juin, p. 7.
28 Daphnée Dion-Viens (2006). « On fait fi de la prévention : augmentation des troubles de comporte-
ments à l’école », Le Soleil, 11 mai.
29 Propos recueillis par Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire »,
Action parents, vol. 30, no3, mai-juin, p. 7.
30 Sylvie Groulx (2006). La classe de Madame Lise, [enregistrement vidéo], 90 min.
31 Fédération des comités de parents du Québec (2004). Les défis de la conciliation travail-famille pour
les parents d’élèves, Beauport, Fédération des comités de parents du Québec, p. 2.
32 Émilie Côté (2006). « Question controversée », La Presse, 11 octobre, p. A2.
33 Léa Méthé Myrand (2006). « Les parents d’élèves sont las d’être tenus à l’écart », Le Soleil, 28 mai.
34 Conseil canadien sur l’apprentissage (2006). L’Enquête sur les attitudes des Canadiens à l’égard de
l’apprentissage. [En ligne] http://www.ccl-cca.ca/ccl
(Site consulté 7 novembre 2006).
35 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, p. 133.
(Gouvernement du Québec).
36 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur la
situation et les besoins des familles et des enfants, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance,
p. 133 (Gouvernement du Québec); Conseil supérieur de l’éducation (2006). Les services de garde en
milieu scolaire : inscrire la qualité au cœur des priorités, Québec, Conseil supérieur de l’éducation,
p. 19 (Gouvernement du Québec).
107
37 La Presse (2006). « Rentrée… et sortie de fonds », La Presse, 20 août, p. LPA3.
38 Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire », Action parents, vol. 30, no
3, mai-juin, p. 8.
39 Propos recueillis par Lynda Gosselin (2006). « Les grands tournants du cheminement scolaire »,
Action parents, vol. 30, no 3, mai-juin, p. 8.
40 Catherine Delisle (2006). « École : les parents doivent assumer leurs responsabilités », Le Quotidien,
15 mai, p. 10.
41 La Presse (2006). « Rentrée… et sortie de fonds », La Presse, 20 août, p. LPA3.
42 Marc Tison (2006). « Le retour du temps (des) frais », La Presse, 20 août, p. LPA3.
43 Fonds Desjardins. Coût des études postsecondaires. [En ligne] http://www.fondsdesjardins.com/fr/
etudes/cout.jsp (site consulté le 26 juillet 2005).
44 Fonds Desjardins. Coûts des études postsecondaires. [En ligne] http://www.fondsdesjardins.com/fr/
etudes/cout.jsp (site consulté le 26 juillet 2005).
108
109
,A RELATION
PARENT ENFANT
SE TRANSFORME
Dibqjusf!4
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La relation
La relationparent-enfant
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se transforme
se transforme
111
Soulignons que la séparation conjugale n’est devenue « socialement acceptable »
que depuis quelques décennies, puisque ce n’est qu’en 1968 qu’est entrée en
vigueur la Loi sur le divorce au Canada. Pour certains, la nouvelle norme sociale
allait devenir celle de l’authenticité et de l’autonomie : « Là où naguère il était
choquant et honteux de divorcer, il serait désormais considéré comme malhonnête
et malsain de continuer à vivre avec quelqu’un que l’on n’aime pas1. » Les propos
recueillis lors des consultations, sans condamner ni dramatiser outre mesure
la rupture, viennent nuancer davantage cette conception. Des chercheurs
soutiennent que la séparation dans un contexte où il y a des enfants est plus
complexe qu’on le croit généralement. Certaines personnes s’inquiètent des
ruptures précoces et y voient un lien avec l’individualisme et l’immaturité
d’individus qui ont de la difficulté à faire face aux aléas de la vie. D’autres
constatent l’existence d’une certaine tendance à banaliser l’événement en
arguant que la majorité des enfants s’en sort sans séquelle. Si plusieurs estiment
que, particulièrement pendant les premières années de la vie des enfants, l’accès
à des services de soutien pour les couples-parents pourrait favoriser le maintien
de la relation conjugale, il apparaît que l’approche à adopter n’est pas de
culpabiliser les parents qui se séparent, mais de comprendre ce que représente
cette rupture.
Puisque ce rapport cherche à cerner les défis que posent aux familles certaines
transitions de la vie, il est apparu essentiel d’aborder la relation parent-enfant
dans un contexte où celle-ci se transforme à la suite de la rupture du couple et
à la suite de la recomposition familiale. Une diversité quasi infinie de situations
peut se présenter.
L’objectif du Conseil est de faire ressortir, à partir de l’information recueillie, quelles
sont les adaptations qu’impose la situation, en cherchant à comprendre la réalité
des deux parents et celle des enfants, ce qui devrait permettre de mieux connaître
les effets de cette transition sur le lien parent-enfant. Il sera question dans ce
chapitre de la période entourant la rupture conjugale et de celle concernant une
nouvelle cohabitation conjugale impliquant des enfants d’unions antérieures.
112
113
3.1 3.1 L’adaptation au moment
de la rupture du couple
La première partie de ce chapitre portera sur la période entourant la rupture
du couple. Il ne s’agit pas d’une analyse de la situation des familles dites
monoparentalesII. Il n’est pas non plus dans l’intention du Conseil de porter un
jugement sur les raisons entourant la rupture ni d’analyser les effets du mode
de garde choisi. Ce qui est souhaité est d’attirer l’attention sur cette période
de vulnérabilité qui appelle un soutien particulier pour préserver l’équilibre
émotionnel de chacun des membres de la famille et aussi assurer les meilleures
conditions possibles pour le développement des enfants.
À moins d’avis contraire, la situation décrite fera référence autant aux ruptures de couples mariés qu’à celles de
couples en union libre.
II La monoparentalité peut aussi s’exercer dans un contexte où dès la naissance l’enfant a été élevé par un seul parent
ou dans les situations où un des parents est décédé.
III En 30 ans, le taux de naissances hors mariage est passé de 8,2 % en 1971 à 59,2 % en 2003 (Ministère de la Famille,
des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, tableau 1.15, p. 53).
114
perception des pensions alimentaires. Par contre, des recherches faites lors d’études
longitudinales donnent certaines indications concernant la garde des enfants.
Ainsi, il est admis que les mères obtiennent majoritairement la garde exclusive
des enfants, surtout quand ils sont en bas âge, et que, depuis quelques années,
on assiste à une augmentation de la garde partagée. Toutefois, une question
demeure : le choix du mode de garde correspond-il à une décision éclairée et
consensuelle des parents?
Tiré de : Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des
familles au Québec, tableau 1.8, p. 46.
Canada Québec
Il est difficile d’obtenir de l’information concernant la garde partagée puisque dans les recensements et dans la
plupart des enquêtes, les enfants ne peuvent se retrouver dans deux familles à la fois. Ils se retrouvent donc répartis
selon le jour de l’observation de l’enquête. Certaines données existent, mais seulement pour les couples divorcés.
Selon l’ISQ, lors des divorces prononcés en 2000, 23% des enfants allaient connaître une garde partagée. Il s’agit du
double de cas (11%) par rapport à 1990 (Louis Duchesne, 2002, « Les enfants et le divorce : de plus en plus de garde
partagée », Données sociodémographiques en bref, vol. 7, no 1, p. 1). L’Enquête québécoise sur le tabagisme chez les
élèves du secondaire en 2002 offre aussi quelques renseignements sur le mode de garde. Les deux tiers (67%) des
élèves du secondaire répondent qu’ils vivent avec leurs deux parents, 11% dans une famille monoparentale, 12 %,
dans une famille recomposée, et 7 % font la navette entre le foyer de leur père et celui de leur mère (Louis Duchesne,
La situation démographique au Québec : bilan 2005 : les familles au tournant du xxie siècle, p. 34).
115
garde partagée. D’autres font état de leur sentiment de n’avoir pu obtenir une juste
entente faute de ressources financières pour entreprendre des procédures judiciai-
res. Par ailleurs, la majorité s’accorde pour déclarer que c’est l’intérêt de l’enfant qui
doit primer et non celui des parents, et rappelle que chaque cas est unique.
Dans un contexte où le climat émotif est agité, le risque est réel que le manque de
données valides et de constats scientifiquement reconnus laisse place aux clichés
et aux préjugés. Au moment de la séparation, des idées préconçues peuvent
affecter le jugement des individus concernés, certains étant convaincus que tout
est joué d’avance et qu’ils ne pourront pas faire reconnaître leur point de vue
au regard du mode de garde. De l’avis de certains observateurs, des efforts
additionnels devraient être faits pour augmenter la crédibilité du système
judiciaire dans l’opinion populaire sur toutes les questions qui concernent les
ruptures du couple. D’autres souhaitent que la médiation et les approches non
judiciaires soient mieux connues et davantage utilisées. En effet, elles permet-
tent généralement aux membres des familles de jouer un rôle plus actif dans la
recherche de solutions mutuellement satisfaisantes.
De telles dispositions sont le sujet de débats dans plusieurs pays (France, Allemagne). Cette préséance a existé
pendant quelques années dans les lois californiennes.
II « Les enfants dont les parents étaient mariés et n’avaient pas vécu ensemble avant leur mariage étaient les moins
susceptibles de connaître la séparation de leurs parents (13,6 %). Ceux dont les parents mariés avaient cohabité
avant le mariage couraient un risque presque deux fois supérieur (25,4 %). La probabilité doublait encore pour les
enfants dont les parents n’étaient pas mariés à leur naissance : plus de la moitié d’entre eux ont connu la séparation
de leurs parents avant leur dixième anniversaire de naissance » (Heather Juby et autres, « Une nouvelle étape de
la vie familiale : la naissance d’un enfant en famille recomposée », dans Statistique Canada, Rapport sur l’état de la
population du Canada 2000, p. 186).
116
Tableau 17 Transitions familiales depuis la naissance, enfants âgés
de 6 à 13 ans en 1996-1997, Canada
Note : Une transition se produit quand survient un changement dans l’état matrimonial du parent et
peut inclure un mariage ou un remariage, un divorce, une séparation, l’éclatement d’une union
libre ou le décès d’un parent.
Source : People Patterns Consulting, remaniement du texte de Heather Juby et autres, 2004, Moving On:
The expansion of the family network after parents separate, Ottawa, Ministère de la Justice.
Tiré de : Institut Vanier de la famille, Profil des familles canadienne III, tableau 2, p. 54.
Une façon d’évaluer les probabilités de séparation des parents est d’utiliser des
tables spécifiques. Cet exercice fait ressortir une forte corrélation entre le milieu
familial à la naissance et la trajectoire familiale subséquente. Par exemple, il est
constaté que les enfants nés dans une famille recomposée sont plus susceptibles
de voir leur famille se briser que les enfants nés dans une famille intacte et que le
risque varie selon le type de famille recomposée.
L’étude constate qu’à l’âge de 10 ans, le taux de séparation vécu par les enfants nés dans une famille recomposée
est deux fois plus élevé que pour les enfants nés dans une famille intacte. Il est noté aussi que les risques sont plus
élevés chez les familles dont le conjoint n’a pas d’enfant issu d’une union antérieure qui cohabite régulièrement
avec la famille recomposée (Heather Juby et autres, « Une nouvelle étape de la vie familiale : la naissance d’un enfant
en famille recomposée », dans Statistique Canada, Rapport sur l’état de la population du Canada 2000, p. 205-206).
117
Le risque de rupture a aussi été mis en relation avec certaines caractéristiques
socio-économiques. On observe notamment que les enfants des ménages à très
faible revenu demeurent significativement plus à risque de voir leurs parents se
séparer alors qu’ils sont très jeunes, que ceux-ci soient mariés ou non.
Dans une récente recension de littérature scientifique, des chercheurs de
l’Université Laval avançaient que 30 % des enfants et des adolescents québécois
ne vivent pas au quotidien avec leurs deux parents. Selon leur estimation,
en 2000, 14 % des enfants de moins de six ans vivaient au sein d’une famille
monoparentale6. Un enfant québécois sur trois serait susceptible de connaître la
rupture de ses parents avant d’atteindre l’âge de 10 ans7. Ces statistiques invitent
à tenter de mieux comprendre ce qui se passe pendant cette transition familiale.
Autre constat : on observe que, lorsque la mère est plus âgée ou que lorsqu’elle possède un diplôme de niveau su-
périeur à celui du père, les enfants sont également plus à risque de vivre une séparation parentale précoce (Institut
de la statistique du Québec, Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ 1998-2000) : de la
naissance à 29 mois : le couple, p. 59).
II Dans 80 % des cas, ce serait les femmes qui prennent la décision de se séparer (Richard Cloutier, Lorraine Filion et
Harry Timmermans, Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, p. 24).
118
Étant donné les troubles du sommeil et les peurs concernant l’avenir que vivent
les personnes concernées, des experts estiment qu’elles doivent prendre des
décisions au moment où elles ne sont pas en pleine maîtrise de leurs facultés
physiques et psychologiques. Pourtant, rappelle-t-on, ces décisions sont lourdes
de conséquences puisqu’elles affectent la trajectoire de vie des enfants.
La particularité des ruptures conjugales impliquant des enfants est qu’il faut
dissoudre la relation conjugale tout en préservant la relation parentale. Une
situation qui a tendance à accroître les risques de défoulement,
soutiennent des psychologues. Souvent on ne reconnaît plus la
La particularité des ruptures
personne que l’on a aimée, on ne se reconnaît plus comme individu,
on ne se reconnaît plus comme parent. conjugales impliquant
des enfants est qu’il faut
On note que la capacité d’écoute est généralement très faible durant
dissoudre la relation
cette période, que chacun des parents est animé par le besoin
impérieux d’avoir raison, d’imposer son point de vue, de blesser conjugale tout en préservant
l’autre, ce qui n’est certes pas favorable à une réflexion raisonnable . 9 la relation parentale
Le ressentiment fait ressortir toutes les frustrations du passé,
accroissant ainsi la difficulté à prendre des décisions éclairées. Par conséquent, la
rupture est susceptible de se transformer en ces crises interminables dont les mani-
festations nourrissent l’imaginaire collectif, en particulier par la voie des médiasII.
Des témoignages recueillis reflètent l’état émotionnel que provoque cette
transition. « Tu fais tout ce que tu peux pour rester debout », dira une personne
concernée. Une autre confirme l’état d’affaissement ressenti : « Tu as tellement de
choses à faire… moi, j’aurais eu besoin qu’on m’accompagne, qu’on m’aide à faire
tout ce qui devait être fait. » Certains insistent sur l’importance pour l’individu qui
vit la situation de comprendre ce qui se passe, d’en parler pour chercher à retrouver
un état moins destructeur et à récupérer de l’énergie. Certains ne parviendront
jamais à passer à travers seuls, estime-t-on, d’où la nécessité de leur offrir de l’aide
et un accompagnement.
Richard Cloutier Lorraine Filion et Harry Timmermans, Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son
enfant, p. 14.
II Par exemple, des journaux et des revues prêtent attention à chacune des ruptures des couples du milieu artistique.
Le cinéma véhicule des clichés concernant les éternels conflits conjugaux à la suite de la séparation.
119
Les opinions diffèrent sur le type de garde à privilégier. Certains considèrent que la
garde exclusive devrait être accordée à la mère lorsque les enfants sont en bas âge.
D’autres s’y opposent et affirment que le père est tout autant en mesure d’apporter
les soins appropriés aux enfants. La garde physique alternée, communément
appelée garde partagée, fait de plus en plus d’adeptes, considérant qu’elle respecte
un principe généralement reconnu, soit que les enfants ont besoin de leurs deux
parents. Ce mode aurait aussi l’avantage de préserver les liens parent-enfant et de
répartir plus équitablement les responsabilités parentales dans l’organisation de
la vie quotidienne. Des réserves sont toutefois émises. La garde partagée, devenue
politiquement correcte, ne serait pas toujours adaptée à la situation ni aux besoins
des enfants. « Lorsque des parents sont rendus devant les tribunaux, ce ne sera pas
évident de s’entendre dans le quotidien d’une garde partagée », fait-on remarquer.
En outre, des chercheurs attirent l’attention sur les risques que le harcèlement et
la violence psychologiques continuent dans un contexte de contacts soutenus des
ex-conjoints autour de la garde alternée des enfants10. Par ailleurs, la formule des
parents non gardiens qui voient leurs enfants une fin de semaine sur deux semble
mener dans bien des cas à un relâchement rapide de l’engagement parental. On
constate donc qu’il n’y a pas de formule parfaite et qu’il y a lieu d’être prudent et
avisé à l’égard du mode de garde à privilégier dans l’intérêt des enfants.
Outre le mode de garde, le fait que les ententes soient imposées au cours d’un
processus judiciaire ou négociées à l’amiable est susceptible d’influencer la
capacité d’adaptation à la situation. La déjudiciarisation du processus souhaitée
par la plupart, dont le Conseil de la famille et de l’enfance11, a certainement
contribué à limiter les situations de litiges. L’accès à des services professionnels
gratuits de médiation est reconnu comme une avancée sur le plan du soutien au
rôle parental et jouit d’un accueil favorable chez un grand nombre de parents,
comme le confirme le témoignage suivant : « Ces rencontres furent
pénibles, se rappelle une mère, mais après, leur père et moi étions
Les négociations autour fiers d’avoir réussi à trouver un terrain d’entente par nous-mêmes. »
du partage des biens Par ailleurs, dira une autre participante, « la médiation, ça ne convient
et de la fixation de la pas à tout le monde », un point de vue que partagent certains obser-
pension alimentaire vateurs émettant des réserves sur le momentum. Ils soutiennent
dépassent largement le que, compte tenu de l’état émotionnel, le moment pourrait être
peu propice pour prendre des décisions éclairées, surtout quand il
seul aspect financier
y a des tentatives d’intimidation. Certains suggèrent de régler les
litiges par étapes ou de façon provisoire de manière à laisser le
temps aux personnes de se remettre du choc. D’autres soutiennent la nécessité
d’avoir non seulement accès à un service de médiation, mais aussi parallèlement
à des services psychologiques dans les plus brefs délais.
Les négociations autour du partage des biens et de la fixation de la pension
alimentaire dépassent largement le seul aspect financier. On sait pertinemment
que, dans ce processus, rancœurs et frustrations peuvent s’exprimer. Par ailleurs, si
les abus psychologiques sont difficiles à évaluer, l’iniquité financière est plus faci-
lement observable. Encore là, l’établissement, au Québec, d’un cadre de référence
sur la fixation du montant de la contribution de chacun des parents semble avoir
Au Canada, sur les plans fiscal et administratif, une garde physique de l’enfant pendant 40 à 50 % du temps est
considérée comme une garde alternée.
120
atténué les problèmes. Il n’en demeure pas moins que la question économique
a toute son importance et a été maintes fois soulevée lors des consultations :
« Lorsque le revenu familial était déjà insuffisant, la rupture provoque l’émergence
de deux familles pauvres », soutient-on. Les ressources financières ne sont pas
nécessairement gages d’une « séparation réussie », mais semblent néanmoins
avoir une influence importante sur le choix des parents. À cet égard, une étude
canadienne révèle que « Les parents qui ont fait des études plus
poussées et disposent d’un revenu plus élevé optent plus souvent Les ressources financières
pour la garde partagée12 ». Il y a certes là un lien à établir avec le
double revenu et la participation des mères au marché du travail. ne sont pas nécessairement
gages d’une « séparation
Les personnes mariées doivent en plus entreprendre des démarches
réussie », mais semblent
pour obtenir légalement la séparation ou le divorce. Au Québec, les
dispositions liées au partage du patrimoine familial provoquent chez néanmoins avoir une
certains parents concernés des frustrations additionnelles, puisque influence importante sur
les conséquences du partage auront des effets significatifs sur leur le choix des parents
niveau de vie à la retraite, par exemple en retardant celle-ci.
Notons aussi que, dans certains cas, des proches se sentent lésés par le litige. À ce
sujet, des grands-parents ont déploré le peu de cas fait du maintien de la relation
entre grands-parents et petits-enfants; certains auraient souhaité pouvoir être
entendus lorsque la cause était devant un juge.
Cet aperçu montre à quel point les sources de conflits sont nombreuses et
importantes. En outre, ce sont des litiges qu’il faut régler en même temps que
s’instaure la nouvelle organisation familiale.
121
L’installation physique
Parmi les problèmes que pose la réorganisation familiale, celui du logement est
crucial. Que la famille ait été propriétaire ou locataire, le choix du lieu de résidence
apparaît l’une des plus importantes préoccupations des parents, mais surtout,
notent les chercheurs, des jeunes, qui s’inquiètent beaucoup de l’endroit où ils
vont demeurer. On observe une diversité des formules adoptées par les parents
pour sécuriser leurs enfants. Par exemple, certains habiteront des logements
adjacents. À cet égard, quoiqu’il soit reconnu que la proximité des lieux de
résidence des deux parents est nécessaire pour l’exercice de la garde partagée,
une certaine distance est recommandée pour préserver l’intimité de chacun des
parents, particulièrement lorsque de nouveaux partenaires entrent dans leur vie.
Certains diront que leur incapacité à assumer les frais d’un logement convenable
pour accueillir leurs enfants s’est avérée un élément déterminant dans le choix
du mode de garde. Ils estiment que l’accès à un logement à prix abordable serait
susceptible de faciliter les ententes sur la garde partagée. Par ailleurs, des conseillers
financiers (notamment ceux de l’Association coopérative d’économie familiale) ont
remarqué que, devant l’urgence de la situation, des parents ont tendance à payer un
coût de logement qui dépasse largement leur capacité financière, ce qui accentue
les risques d’endettement pouvant conduire à la faillite. Certaines personnes ont
aussi déploré que les services d’aide publique à l’habitation tardent à prendre en
compte les besoins des parents séparés. Il s’avérerait en effet difficile pour un parent
qui accueille ses enfants à temps partiel d’avoir accès à un logement subventionné
comportant une chambre supplémentaire.
L’accès difficile à un logement convenable amènerait plus d’un
Parmi les problèmes que parent à devoir changer de quartier et même de région, des choix
qui complexifient le maintien des relations parentales et l’exercice
pose la réorganisation de la garde partagée. Il a été fait mention, pendant les consulta-
familiale, celui du tions, des enfants qui doivent franchir régulièrement de longues
logement est crucial distances, souvent seuls dans des transports en commun, pour se
rendre chez l’autre parent.
La question du logement est particulièrement déterminante pour le dévelop-
pement de l’enfant puisqu’elle est liée à la qualité de son milieu de vie. Maintes
recherches établissent les risques d’isolement et de repli sur soi des jeunes qui
perdent leurs points de repère à la suite d’un déménagement. Ils sont affectés par
la perte de leur réseau d’amis, de leurs habitudes de voisinage et possiblement par
le fait de s’éloigner d’une partie de leur parenté, d’où des risques de développer
des troubles de comportement, estime-t-on. Cela amène certaines personnes à
considérer que le déménagement, particulièrement à l’adolescence, peut s’avérer
plus néfaste que la rupture elle-même.
122
Avec la dissolution de l’union survient aussi le partage des biens, lequel peut
s’avérer une étape difficile pour certains et qui occasionne des frais additionnels
pour s’installer. On se rappellera que le niveau d’épargne des ménages est presque
nul et que les revenus de travail des adultes non établis professionnellement
sont généralement peu élevés. Dans ce contexte, les entrées de revenus à la suite
des ententes financières conclues compensent rarement les besoins financiers
immédiats, d’où un recours accru au crédit, qui est déjà à un niveau inquiétant chez
un grand nombre de familles. C’est ainsi que le stress financier est défini comme
étant un des éléments les plus difficiles à vivre durant cette période. « Avant, au
moins on vivait ce stress à deux », entendra-t-on d’un parent qui se dit toujours
sur le qui-vive par rapport à l’avenir. Cette précarité temporaire risque d’ailleurs
trop souvent de devenir permanente, si on se fie aux maints constats de recherche
sur les risques de pauvreté des familles qui ont connu une rupture conjugale.
123
L’adaptation financière et ses conséquences
Des risques sont associés à la rupture conjugale, et des contextes particuliers
peuvent accroître les difficultés d’adaptation à la nouvelle situation. Nous n’ana-
lyserons pas ces contextes de façon approfondie, mais ils seront néanmoins
mentionnés.
Selon des chercheurs, « [l]es conflits et l’appauvrissement ressortent comme
les deux principaux ennemis à combattre en contexte de transitions familiales;
les deux étant parfois d’intimes complices13 ». Ce propos concordent avec celui de
plusieurs observateurs de la situation familiale. En outre, maintes
données sur la situation économique viennent confirmer les
Les conflits et
risques de pauvreté chez les ménages dirigés par un seul parent.
l’appauvrissement On observe en effet que les revenus des familles biparentales
ressortent comme les sont généralement deux fois supérieurs à ceux des ménages
deux principaux ennemis à composés d’un seul parentII (tableau 18). De plus, au Québec, en
combattre en contexte de 2000, le taux de faible revenu dans les ménages des familles
transitions familiales; monoparentales était de 25,4 %, comparativement à 5,7 % chez les
couples avec enfants14 (tableau 19). Malgré une certaine amélio-
les deux étant parfois
ration au cours de la dernière décennieIII, particulièrement liée
d’intimes complices au fait que davantage de mères ont des revenus de travailIV, la
situation demeure préoccupante.
La situation économique des parents gardiens est davantage connue, ce qui n’est pas le cas des parents non gar-
diens qui vivent seuls et qui assument des responsabilités financières à l’égard de leurs enfants, en plus des frais
lorsqu’ils les accueillent périodiquement.
II En 2000, au Québec, le revenu médian, après impôt, des familles avec enfants (0 à 17 ans) était de 47 800$ pour les
familles biparentales; 24 600$ pour les familles monoparentales (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition
féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, tableau 5.1.2, p. 271).
III Le taux de faible revenu après impôt (MFR) des familles monoparentales est passé de 34,6 % en 1996 à 25,4 % en
2000 (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec,
tableau 5.17, p. 313).
IV Le taux d’activité des mères de 20 à 44 ans dont l’enfant le plus jeune a moins de 16 ans est passé de 36,1 % en 1976
à 80 % en 2003 chez les femmes de foyer biparental; le taux d’activité des mères vivant seules avec leurs enfants
est passé de 45,4 % à 75,6 % durant la même période (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine,
Un portrait statistique des familles au Québec, tableau 4.3, p. 244).
124
Tableau 18 Revenu moyen et revenu médian après impôt des familles
avec au moins un enfant mineur, Québec, 2000
125
Dans tous les pays développés, on constate un risque d’appauvrissement après
une rupture conjugale impliquant des enfants. On observe toutefois que les
politiques publiques peuvent atténuer les conséquences négatives de la rupture,
notamment en offrant un soutien financier adéquat pour éviter une détériora-
tion rapide du niveau de vie des enfants. À cet égard, à partir d’une
comparaison de données entre diférents pays, Alain Noël, profes-
Dans tous les pays seur et chercheur qui a aussi occupé les fonctions de directeur
développés, on constate un du Centre de recherche sur les politiques et le développement
risque d’appauvrissement social de l’Université de Montréal, convient que la monoparentalité
après une rupture conjugale comporte assurément un risque de pauvreté. Il estime par ailleurs
impliquant des enfants que « c’est un risque que le soutien de l’État peut contrer et que
certains pays réussissent presque à éliminer »15. Il note que, malgré
un taux plus élevé de familles monoparentales qu’au Canada, les
pays scandinaves arrivent à maintenir à un faible taux le nombre d’enfants vivant
dans des familles à faible revenu.
Par exemple, dans les années 1990, le taux de familles monoparentales en Suède était estimé à 21,3 % et le taux de
pauvreté dite relative était de 2,6 %. En comparaison, avec un taux moindre (12,2 %) de ce type de famille, le Canada
affichait un taux de pauvreté relative de 15,5 % (tiré de Alain Noël, «Comment situer les politiques publiques de
soutien économique aux familles québécoises par rapport à ce qui fait ailleurs », dans Conseil de la famille et de
l’enfance, Les Actes du Forum : soutien économique aux familles, oui, mais comment?, tableaux 2-3, p. 23-24).
126
Famille recomposée
Les risques de ruptures chez les familles recomposées ont déjà été évoqués. Il se
peut que les enfants issus de cette union aient de la difficulté à se tailler une place
au sein de la fratrie élargie après la séparation de leurs parents. Néanmoins, même
si des liens d’affection s’étaient établis dans la fratrie ou entre le beau-parent et
les enfants, la rupture du couple risque de les couper définitivement, puisque le
recours à des dispositions légales concernant la garde des enfants qui ne sont pas
issus de l’union est impossible dans ces cas. Cette situation serait ressentie par
certains enfants comme une véritable perte affective.
Un contexte de violence
La dissolution familiale dans des contextes de violence peut provoquer de
véritables drames familiaux. Il peut s’agir de cas où la dissolution de l’union
conjugale survient pour mettre fin à une situation de violence physique ou
psychologique. Dans d’autres cas, c’est la décision de rompre qui provoquera
des réactions de violence inattendues. Ces cas existent, il ne faut pas chercher à
les nier même s’ils ne constituent qu’une mince proportion des cas de ruptures
conjugales. Les enfants de ces familles ressentent généralement des sentiments
ambigus, à la fois de soulagement et de tristesse.
L’adaptation sera facilitée, soutiennent des intervenants sociaux, si la rupture
permet une diminution des conflits, ce qui n’est malheureusement pas toujours
le cas. Dans ce contexte s’ajoute parfois des situations d’incarcération de l’un
des parents. Il est possible que l’intervention des services de la protection de la
jeunesse soit nécessaire. Ces situations exigent que l’accompagnement soit offert
à chacun des membres de la famille, ce qui ne serait pas toujours le cas, déplorent
certaines personnes.
Le contexte culturel
Certains intervenants ont rapporté lors des consultations que la séparation
conjugale est encore difficilement acceptée dans certaines cultures. Par consé-
quent, lorsque la rupture se produit, le climat familial s’est souvent gravement
détérioré, soutient-on : Une personne témoigne : « Dans plusieurs communautés
culturelles, divorcer ne va pas de soi. Si on le fait, ça va contre la culture. On le fait
dans des cas très, très extrêmes, après plusieurs années de souffrance. » Parfois, on
n’ose pas aviser la famille élargie de la séparation, se privant d’un éventuel soutien
L’obstacle est relatif au fait que la reconnaissance de la paternité engendrerait probablement des procédures gou-
vernementales de recouvrement des sommes versées lorsque la mère était prestataire de l’aide sociale (Francine
Allard et autres, Maintien de l’engagement paternel après la rupture : point de vue de mères vivant en situation de
pauvreté : étude exploratroire, 61 p.).
127
ou se prémunissant contre une forme de rejet. Une représentante d’un organisme
multiculturel a noté que certains pères réagissent à la rupture en coupant
radicalement les liens avec leurs enfants : « On ne peut même pas envisager la
garde partagée, car le père n’est même pas là physiquement », déplore-t-elle. Ces
pères auraient tendance à fonder une nouvelle famille et à occulter leur passé
familial, ce qui accentue les blessures chez les enfants de l’union précédente.
Par exemple, depuis l’entrée en vigueur des dispositions sur le mariage de personnes de même sexe et sur la filia-
tion, le Québec reconnaît que les deux parents peuvent être de même sexe.
II L’article ajoute que « [s]i l’un des d’eux décède, est déchu de l’autorité parentale ou n’est pas en mesure de manifes-
ter sa volonté, l’autorité est exercée par l’autre ».
128
Le défi que pose l’exercice de la coparentalité est de réussir à mettre fin à la
relation conjugale tout en préservant la relation parentale : passer du couple-
conjoint au couple-parent, selon l’expression de certains auteurs20. Or, il peut être
difficile de faire cette distinction lorsque l’on est encore amoureuse ou amoureux.
Le recours à une aide professionnelle peut être approprié. À cet égard, des
chercheurs remettent en question certaines approches thérapeutiques qui,
selon eux, s’inscrivent mal dans l’exercice de la coparentalité21. Par exemple, des
traitements visent à détacher complètement la personne de l’être aimé. Or, dans
l’exercice de la coparentalité, un certain niveau de relation affective serait facili-
tant. Rester en bons termes sans refouler ses émotions représente un défi de taille
pour certaines personnes qui doivent s’approprier le fait que la conjointe ou le
conjoint n’existe plus comme tel, mais que le co-parent continue d’exister.
De l’avis de certains spécialistes, lorsque le couple réussit à conserver une certaine
amitié, cela n’empêche ni la souffrance ni les occasions de conflits, mais cela peut
réduire la mesquinerie et les comportements avilissants et déshonorants. En effet,
rappelle-t-on, les conflits entre parents sont susceptibles d’être plus dommageables
que la rupture elle-même. Les études consultées démontrent que la qualité
de communication et de collaboration des deux parents sont des facteurs
déterminants dans l’acceptation et l’adaptation des enfants à leur nouvelle vie.
En outre, la façon dont les parents règlent leurs conflits offre un modèle adéquat
ou inadéquat à leurs jeunes enfants ou à leurs adolescentes et adolescents.
La coparentalité implique donc que les deux parents reconnaissent et apprécient
la capacité parentale de l’autre22. « On ne se rend pas toujours compte de la force
de caractère que cela demande, de faire une place à l’autre parent », évoque une
personne. « Il faut être bien dans sa peau, soutient-elle, et cesser de jouer aux
victimes de part et d’autre. » Assurément, la manière dont chacun des parents
s’impliquait dans le quotidien des enfants avant la rupture influence
le niveau de confiance des parents l’un envers l’autre. Par ailleurs, La manière dont chacun
une situation nouvelle peut amener des comportements nouveaux.
Ainsi, ce n’est pas parce que l’un des parents ne s’occupait pas
des parents s’impliquait
régulièrement des soins à donner aux enfants qu’il ne sera pas en dans le quotidien des
mesure de le faire adéquatement dans le nouveau contexte. enfants avant la rupture
Tout comme à la naissance de l’enfant, l’engagement du père
influence le niveau de
dépend beaucoup de l’espace que lui laisse la mère, soutiennent confiance des parents
certaines personnes . D’autres constatent qu’il n’y a pas que des
23 l’un envers l’autre
pères évincés de leur rôle parental, un certain nombre d’entre eux
font le choix délibéré de mettre un terme à leur relation avec leurs enfants. À ce
sujet, il est rappelé que l’abandon de la relation parentale peut se produire chez la
mère comme chez le père. La situation de parents aux prises avec des problèmes
d’alcoolisme ou de toxicomanie peut détériorer rapidement toute relation parent-
enfant. Il est aussi fait mention de cas où l’annonce de la grossesse est la source
de la rupture conjugale; surmonter ces deux transitions majeures demande de
grandes capacités d’adaptation.
129
La communication à maintenir
C’est parce que la coparentalité est un moyen de combattre l’appauvrissement
(économique, social, émotif) et ainsi de donner à l’enfant le maximum de soutien
à son développement qu’elle constitue un facteur de protection, soutiennent
des intervenants et chercheurs24. Elle peut aussi constituer un facteur de risque,
considérant les nombreuses occasions de conflits. Si la plupart des parents séparés
semblent adhérer au principe de la coparentalité, son exercice au quotidien ne
se fait pas sans problèmes. Certains observent « une coparentalité parallèle »,
évoquant ainsi un manque de coordination parentale25. Si les parents ne se parlent
pas, il y a risque de voir se manifester chez leurs enfants des tentatives de mani-
pulation, reconnaît-on. C’est pourquoi il est recommandé, particulièrement dans
le cas de la garde alternée, de mettre en œuvre une stratégie de communication
efficace, par exemple en utilisant un carnet, un moyen qui semble retenu par
des parents concernés, mais qui répugne à d’autres qui considèrent plutôt que,
lorsqu’ils ont la garde, ils n’ont pas à rendre de comptes à l’autre parent. Cette
attitude qui ne peut qu’engendrer des conflits, certains l’expliquent par la peur
d’être contrôlé, ce qu’illustrent les commentaires suivants : « Les vieux démons du
passé hantent et sont toujours là, prêts à ressurgir. » « Il faut beaucoup de patience
pour y arriver, demeurer poli et respectueux de l’autre; négocier gagnant-gagnant,
ce n’est pas évident tout le temps. »
130
façon sporadique, 15% ne le voient jamais27. Les raisons les plus souvent évoquées
pour expliquer l’implication décroissante du père envers ses enfants sont « la
distance résidentielle, un faible statut socio-économique et le remariage28. »
Par ailleurs, contrairement à ce qui se passe pour les pères, le temps de contact
des mères non gardiennes et de leurs enfants aurait tendance à s’accroître avec
le temps. On estime qu’elles entretiennent « à peu près deux fois plus le contact
avec leur enfant que les pères n’ayant pas la garde » 29. Elles seraient aussi moins
enclines à sortir de la vie de leur enfant ou à diminuer le contact avec lui lorsqu’il
y a remariage. Celles-ci réussiraient davantage à entretenir une relation positive
avec eux. Comment expliquer cet écart? Est-ce lié à une attitude plus réceptive des
pères gardiens, qui reconnaissent davantage les compétences parentales de leur
ex-conjointe? Se pourrait-il que les femmes aient plus de facilité que les hommes
à trouver de petites attentions qui maintiennent les liens affectifs malgré une
présence limitée auprès de l’enfant? L’information recueillie tend à souscrire qu’il
est difficile pour plusieurs d’entre eux de planifier les visites et de trouver des
façons de maintenir les liens dans ce contexte particulier.
Quoiqu’il en soit, c’est une période difficile pour les deux parents. Celui qui assume
la majeure partie du temps de garde avec les enfants a peu de répit et est soumis
aux contraintes du quotidien. L’autre doit apprendre à utiliser de manière optimale
la période où il a accès aux enfants. Certains affirment que, si plus de femmes
se rendaient compte de la difficulté de garder contact en ne voyant les enfants
qu’une fin de semaine sur deux, il y aurait peut-être une plus grade ouverture. Ils
disent que « [l]es problèmes des enfants après le divorce pourraient être réduits
par une libéralisation de l’accès au parent visiteur ». En contrepartie, il se dégage
des recherches que, « [m]ême si un minimum de contacts est nécessaire, […] la
qualité de la relation et les circonstances entourant ces contacts prévalent sur
leur fréquence30 ». On observe qu’une implication parentale ferme et cohérente
jumelée à une relation chaleureuse avec le parent non gardien favoriserait l’adap-
tation de l’enfant lorsque les parents sont peu en conflits. En contrepartie, lorsque
la relation des parents est conflictuelle, les rencontres pourraient amplifier les
difficultés de l’enfant. Un parent croit « qu’il faut avoir beaucoup de temps avec les
enfants pour dégager du temps de qualité ». D’autres donneront maints exemples
de situations où le parent non gardien a annulé les visites prévues pour des raisons
jugées non valables, ce qui chaque fois a provoqué chez les enfants un sentiment
de frustration et de la tristesse. Cela nous amène à aborder la question du risque
que, peu importe le mode de garde, la relation parent-enfant se fragilise.
131
pour l’adaptation de l’enfant au moment de cette transition familiale. Par ailleurs,
on doit prêter attention à la fragilité de la relation, particulièrement au cours des
mois suivant la rupture.
Il est en effet observé qu’au cours des deux premières années de la séparation,
la disponibilité et l’efficacité parentales ont tendance à diminuer. Le fonctionne-
ment des parents en tant que personnes, mais aussi leurs capacités parentales,
leurs pratiques éducatives et leur disponibilité psychologique pour
l’enfant seraient affectés. La situation devient particulièrement
Il est en effet observé
préoccupante lorsque l’un des parents vit des difficultés d’adapta-
qu’au cours des deux tion sur le plan psychologique (ex. : dépression).
premières années de la
Les changements comportementaux peuvent s’expliquer par le
séparation, la disponibilité
fait que la séparation crée une série de facteurs de stress pour les
et l’efficacité parentales parents, particulièrement si la situation financière est précaire. Ces
ont tendance à diminuer situations stressantes diminueraient les compétences parentales
et le temps consacré aux enfants, selon les constats de recherche
de Anne-Marie Ambert32. La chercheuse observe que des parents supportent un
si grand fardeau émotif qu’ils deviennent, du moins temporairement, déprimés.
D’autres s’investiront dans la recherche intensive d’une nouvelle compagne ou
d’un nouveau compagnon, certains dans leurs activités professionnelles. Chacune
de ces situations est susceptible de les rendre beaucoup moins disponibles pour
leurs enfants et de les empêcher de répondre à leurs besoins. « Tous ces facteurs
apportent de l’instabilité et de l’insécurité à la vie familiale et, par ricochet, nuisent
aux enfants sur le plan émotif », évoque-t-elle.
Devant leurs propres problèmes, des parents chercheraient à devenir le copain de
leurs enfants. D’autres se confient à eux. Certains leur délèguent des responsabilités
trop grandes pour leur âge. Ces pratiques de « parentification » peuvent entraîner
des problèmes chez les jeunes, notent des spécialistes. D’un autre côté, on déplore
l’attitude du « parent du dimanche », évoquant notamment certains parents non
gardiens qui ne se comportent pas comme des parents responsables. À cet égard,
des recherches font ressortir que les enfants s’en tirent mieux lorsque chacun
des parents fournit un soutien émotionnel associé à des exigences sur le plan du
comportement, impose des limites et applique une discipline cohérente33.
La relation parent-enfant est aussi influencée par la façon dont chacun des parents
s’adapte à la nouvelle situation. Or, un grand nombre de variables personnelles et
interactionnelles sont en jeu, dont la capacité d’accepter la fin de l’union, le niveau
de maturité de chacun, le fait d’être ou non à l’origine de la séparation, la capacité
de collaborer avec l’ex-conjoint sur le terrain de la parentalité et le sentiment
de haine et les blessures ressentis pendant la rupture. Toutes ces variables vont
influencer le climat dans lequel l’enfant évoluera et ont un effet sur la relation qui
s’installera entre l’enfant et ses parents après la rupture. Des tensions constantes
peuvent amener certains enfants à refuser tout contact avec l’un des parents.
Il est fait référence aux situations où l’enfant exerce des responsabilités assimilables à celles d’un parent, par
exemple prendre soin de ses sœurs et frères et parfois devenir le parent de son parent. Ces responsabilités dépasse-
raient celles qui sont dévolues aux enfants du même âge.
132
Ainsi, des chercheurs observent que « de nombreux parents connaissent une
baisse spectaculaire de leur capacité à s’occuper de leurs enfants, à leur assurer une
routine régulière ainsi qu’à les protéger des facteurs de stress et des dangers34 ».
Cette diminution des capacités parentales serait propice au développement d’un
climat de conflits et et au développement de problèmes chez les enfants. Cela
se refléterait notamment sur le plan de l’affection et des pratiques
disciplinaires. Dans certains cas, on remarque un accroissement de
la sévérité, dans d’autres, une plus grande permissivité. On observe Les enfants considérés
aussi chez les ex-conjoints qui sont aux prises avec d’importants comme les mieux adaptés
conflits interpersonnels une tendance à appliquer une discipline et huit mois après la séparation
une supervision moins consistantes et dans certains cas à manifes- sont ceux qui se sont vu
ter moins d’empathie envers leur enfant. assurer une continuité de
En analysant le comportement des jeunes après la séparation de leur milieu de vie et qui ont
leurs parents, des chercheurs concluent que « [l]es enfants considé- connu une plus grande
rés comme les mieux adaptés huit mois après la séparation sont stabilité économique,
ceux qui se sont vu assurer une continuité de leur milieu de vie et
qui ont connu une plus grande stabilité économique, géographique
géographique et sociale
et sociale35 ». Somme toute, il s’agit d’enfant pour lesquels la
séparation des parents a occasionné moins de changements ou encore, des
changements moins radicaux, tels vivre dans le même quartier, fréquenter la
même école. Des enfants qui s’adaptent, certes, mais qui n’en demeurent pas
moins vulnérables, rappelle-t-on.
Titre inspiré d’un chapitre de Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de), Séparation, monoparentalité et
recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action, p. 4.
133
de mentionner que ces troubles peuvent se présenter chez des jeunes qui vivent
avec leurs deux parents. D’autres associent davantage les difficultés des jeunes
aux conflits entre les parents ou encore au niveau de pauvreté.
La divergence des opinions tient notamment à la méthodologie utilisée. On
remarque que les effets de la séparation conjugale chez les enfants ont été
souvent abordés comme si la séparation était un événement isolé ou étudiés
à partir d’un bassin d’enfants suivis cliniquement. Certains déplorent aussi la
tendance à comparer les enfants vivant dans une famille biparentale intacte avec
ceux vivant dans une famille monoparentale37. Selon eux, la véritable analyse des
effets doit se faire à partir d’études longitudinales où la famille se compare à elle-
même. Ce faisant, l’analyse du contexte et du parcours de vie de l’enfant serait
plus susceptible de faire ressortir ses difficultés et les facteurs qui influencent
son adaptation.
De plus en plus, les recherches avancent que ce n’est pas tant la séparation que la
pauvreté qui entraîne des risques. On suggère que les effets pervers associés au fait
de grandir dans un milieu socio-économiquement pauvre pourraient expliquer les
conséquences que l’on associe habituellement aux ruptures conjugales. « Ainsi, si
nous devions éliminer ou même réduire considérablement l’incidence et l’ampleur
de la pauvreté chez l’enfant, les conséquences du divorce sur ces derniers seraient
beaucoup moins négatives », avance-t-onII.
Les réactions à la séparation varient énormément, en fonction d’une multiplicité de
facteurs. Certains sont liés aux caractéristiques de l’enfant (ex. : son sexe, son âge,
sa personnalité, le stade de son développement), d’autres s’avèrent des variables
extrinsèques dont certaines sont familiales (ex. : le climat familial, la préparation
de l’enfant à la séparation, l’attitude des parents) ou extra-familiales (ex. : soutien
des institutions sociales, voisinage)38. Malgré les divergences sur le niveau de risque
couru dans un contexte de rupture, on peut dire que, dans l’ensemble, compte
tenu des nombreux changements qui surviennent sur une très
Les enfants auront à relever courte période, les enfants réussissent à s’adapter, mais montrent
des signes de vulnérabilité. Celle-ci résulterait de l’interaction entre
de nombreux défis la personnalité et l’environnement, une combinaison complexe de
au moment de la rupture facteurs étroitement liés les uns aux autres.
de leurs parents et ont
Les enfants auront à relever de nombreux défis au moment de
des besoins particuliers la rupture de leurs parents et ont des besoins particuliers à cet
à cet égard égard. La littérature scientifique énumère, avec toutes les nuances
qu’il faut apporter considérant les multiples facteurs en cause
suite à une rupture, une longue liste de conséquences possibles chez l’enfant.
Certaines sont à court terme et d’autres s’exprimeront à plus long terme. Par
exemple, on note chez les jeunes concernés une tendance à se replier sur eux-
mêmes, ce qui laisse présager un besoin d’être aidés à développer leurs capacités
de communication. Les risques courus ont été le sujet de nombreux ouvrages
Les lacunes des études démontrent la complexité d’étudier une problématique multifactorielle aussi vaste que celle
de l’effet de la séparation des parents sur l’enfant (Monique V.G-Morval (sous la dir. de), Stress et famille : vulnérabi-
lité, adaptation, p. 128).
II Le commentaire s’applique aussi aux séparations hors mariage (Anne-Marie Ambert, Divorce : faits, causes et consé-
quences, p. 22).
134
spécialisés39; ils ne seront pas détaillés dans ce rapport. Retenons cependant que,
outre les conditions économiques, ce qui apparaît déterminant est le climat dans
lequel les jeunes vivent.
Les études attribuent en effet aux conflits avant et après la séparation des parents
une large part des risques que les jeunes développent des troubles de différente
nature. On observent en effet que des enfants continuent d’être exposés à la
violence après la rupture conjugale, avec tout ce que cela représente comme
charge émotionnelle à porter : le poids du secret, les conflits de
loyauté, la peur40. Les querelles incessantes, le dénigrement respectif
constitueraient les plus grandes sources de détresse pour l’enfant.
…la rupture est considérée
comme un événement de
Certes, la rupture est considérée comme un événement de la vie la vie de l’enfant qui met
de l’enfant qui met grandement à l’épreuve ses capacités d’adap-
tation. « [L]’exéprience d’un événement stressant comme le divorce
grandement à l’épreuve ses
est susceptible de produire chez l’individu un état temporaire de capacités d’adaptation
désorganisation de la personnalité qui peut être confondu ou pris
erronément pour un état psychopathologique41 », soutient-on. Toutefois, comme
tout événement générateur de crise, il peut comporter un potentiel pathogène,
mais aussi constituer une expérience de croissance42. À ce sujet, certaines
personnes observent que la séparation des parents constitue parfois la solution la
plus appropriée pour optimiser la croissance personnelle et l’équilibre émotionnel
de l’enfant.
L’enfant ne perçoit pas toujours la rupture comme dramatique ou destructrice,
constate-t-on43. Par exemple, parmi les conséquences positives possibles pour
l’enfant, des intervenants dans le domaine notent l’augmentation de la qualité
du temps passé avec chacun de ses parents lorsque ceux-ci composent de façon
constructive avec leur rupture : « L’enfant est [alors] exposé à un modèle qui peut
l’aider à développer de bonnes capacités à traiter avec ses propres sentiments et
accroître ses habiletés dans ses relations interpersonnelles futures », soutient une
spécialiste de la question44. Somme toute, ajoute-t-elle, la situation peut aider à
développer la capacité à composer efficacement avec le changement. Un élément
clé serait la façon dont, à l’intérieur de la famille, les personnes ont appris à résoudre
leurs désaccords ou à faire face aux stress qui surviennent inévitablement dans le
cycle de la vie familiale.
La séparation ajoute aux défis des enfants, et ce, durant toutes les phases de
leur développement. Les enfants qui ont bénéficié de l’aide de leurs parents pour
composer avec les différents événements transitionnels (ex. : la rentrée scolaire)
avant la rupture auraient de meilleures chances de mieux vivre cette période de
multiples changements. Cela confirme l’importance de soutenir les parents et les
enfants dans les multiples adaptations que nécessite la vie familiale.
Chercheurs et intervenants accordent aussi une importance majeure au maintien
des relations avec l’environnement, tout particulièrement dans les mois qui
suivent la dissolution du couple. Ainsi, les jeunes seraient davantage capables de
s’adapter à la situation lorsque les relations significatives dans leur entourage
demeurent intactes, par exemple celles avec la fratrie, les amies et amis à l’école,
les grands-parents et la famille élargie.
135
S’adapter à la rupture de leurs parents pose des défis de taille. Ceux-ci sont énoncés
dans la littérature scientifique45. Idéalement au cours de la première année suivant
la séparation, l’enfant est appelé à reconnaître la réalité de la rupture conjugale,
à s’exclure des conflits parentaux et à reprendre ses habitudes de vie. Les autres
défis seront d’accepter les pertes encourues, de trouver une façon de réduire sa
colère et, de cesser les reproches. Enfin, il lui faudra accepter la rupture comme
définitive. Selon des chercheurs, ces tâches sont rarement totalement complétées
au cours des deux premières années qui suivent la rupture. Ces efforts d’adaptation
s’ajoutent à d’autres contraintes de la vie (par exemple, le changement de niveau
scolaire), ce qui exige de puiser davantage dans ses ressources personnelles
et environnementales.
L’ampleur des défis à relever crée une diversité de besoins, dont celui d’être respecté
en étant informé adéquatement de tout ce qui touche sa vie et en étant mis à
l’écart des conflits parentaux. On observe aussi le besoin de pouvoir exprimer ses
émotions sans contrainte, d’aimer librement ses deux parents, d’avoir des contacts
réguliers et fréquents avec chacun d’eux, mais aussi avec ses proches46.
136
les liens entre ascendants et descendants sont fragilisés, d’où l’importance
d’avoir accès à des services communautaires et publics qui peuvent répondre aux
besoins des personnes concernées, affirme-t-on. On pense ici aux
parents en procédure de séparation et à leurs enfants, mais aussi
aux proches; chacune de ces personnes peut avoir besoin d’être …il apparaît que dans le
informée et outillée pour faire face aux changements de façon que cas de ruptures conjugales
toutes puissent s’aider mutuellement. même les liens entre
La littérature scientifique et les commentaires recueillis font ascendants et descendants
ressortir les avantages d’un bon réseau social pour les adultes sont fragilisés, d’où
et les enfants au moment de la rupture conjugale. Ce serait les l’importance d’avoir accès à
familles qui possèdent le plus de ressources qui s’en sortiraient le des services communautaires
mieux : ressources individuelles de chacun, ressources du groupe et publics qui peuvent
familial, ressources sociales (accessibilité aux proches et à la
répondre aux besoins des
communauté environnante). La perte du soutien émotionnel est
un facteur qui aurait un effet significatif sur les difficultés d’adap- personnes concernées
tation. Les informations recueillies tendent à montrer qu’après la
séparation, la taille du réseau social, les contacts avec la parenté de même que la
participation à des activités d’organisations ou des clubs sociaux favoriseraient
l’adaptation pendant la transition familiale.
Plusieurs observent que le besoin fondamental n’est pas d’être pris en charge,
mais plutôt d’obtenir une aide ponctuelle, offerte à proximité, dans des délais
raisonnables, pour faciliter les transitions difficiles. En fait, les parents ne souhai-
teraient pas tant la multiplication de nouveaux programmes qu’une extension
de ce qui existe déjà. De l’avis de plusieurs intervenants, il faut aider les membres
de la famille à découvrir leurs propres ressources plutôt que leur proposer
des solutions préétablies ne respectant pas leur singularité. Cela amène des
chercheurs à considérer que l’effet du stress sur les parents séparés et sur les
enfants se détermine par l’équilibre entre les risques associés et les ressources
dont les gens disposent47.
137
Une question de santé publique
Quoique les connaissances pour intervenir auprès des personnes concernées par
la rupture soient répandues, il se dégage des propos recueillis que les lieux où elles
peuvent aller chercher l’aide psychologique et les outils nécessaires pour réduire
les risques de détérioration de la situation manquent. Le nombre de ruptures
augmente, mais les services ne suivraient pas le rythme. On évoque la tendance
à banaliser les difficultés et les conséquences liées aux ruptures notamment sur
le plan de la santé. De l’avis de nombreux observateurs, le soutien à la famille au
moment de la rupture conjugale doit être considéré comme une question de santé
publique. Les risques associés à cette importante transition sont importants. Il est
fait mention de troubles physiques, comportementaux (violence, toxicomanie,
alcoolisme…) et psychologiques (pouvant conduire au suicide). Certains estiment
que les besoins sont là, mais qu’il y aurait peu de soutien pour ces familles.
« Les programmes existent, mais ne subsistent pas longtemps par manque de
financement récurrent », entend-on.
Des spécialistes de diverses disciplines rappellent que l’enfant ou l’adolescente ou
adolescent n’exprime pas nécessairement son malaise par la parole et que c’est
son comportement qui peut se modifier pendant cette période de transition. Il est
déploré que trop peu de services soient offerts aux enfants par les CLSC. Quelques
projets sont menés dans certains milieux pour aider les enfants qui traversent la
rupture de leurs parents, mais ces projets seraient en nombre insuffisant. Pourtant,
estime-t-on, l’écoute d’une personne qualifiée pourrait leur permettre de réussir
à exprimer leurs émotions pour parvenir par la suite à mieux communiquer ce
qu’ils ressentent avec leurs parents48. Ces constats montrent l’utilité des groupes
d’entraide aussi bien pour les enfants que pour leurs parents.
138
accueillies depuis 2004. Les organismes concernés (notamment des Maisons de la
famille), disent avoir dû cesser d’offrir ce service ou réduire son accès « pour éviter
d’y déverser trop de fonds provenant du financement de la mission ».
Selon la FQOCF, le gouvernement du Québec avait manifesté, au printemps 2005, son intention d’injecter des fonds
pour rendre disponibles dans tous les territoires locaux des services de supervision de droits d’accès découlant
des ordonnances de la Cour supérieure. Un an plus tard, sur le budget d’un million de dollars prévu, moins de dix
mille dollars auraient été accordés directement aux organismes concernés. Le problème se situerait, en autre, dans
l’impossibilité de consacrer des budgets locaux spécialement à ces services. Selon l’information recueillie en date
du 15 décembre 2006, la situation demeure problématique (Louisane Côté, 2006, « Les ressources supervision des
droits d’accès à la croisée des chemins », Le familier, vol. 31, no 1, printemps/été, p. 16-17).
139
L’équilibre public-privé
On note une certaine ambiguïté des instances publiques à l’égard du soutien aux
familles au moment de la séparation. D’une part, on cherche à préserver la vie privée,
mais, d’autre part, devant les risques associés à la dissolution de l’union conjugale,
l’État se sent investi du devoir d’intervenir, particulièrement dans le souci de
préserver le bien-être des enfants. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, un
équilibre est à trouver, comme le laisse entendre le témoignage suivant : « L’enjeu
consiste à trouver un équilibre entre l’intrusion abusive des pouvoirs publics dans
la gestion des relations familiales et la privatisation excessive ou l’abandon du
couple et de la famille menacée par une fragilité telle que l’avenir de la société est
remis en question51. »
Certes, la décision de mettre fin à une relation est d’ordre personnel, soutient-on. Il
arrive qu’elle apparaisse prématurée ou injustifiée, mais ce jugement de valeur ne
doit pas faire perdre de vue la réalité vécue par les familles qui vivent la situation.
Le Québec s’est doté de services pour aider les couples qui rompent leur union
lorsque des enfants mineurs sont impliqués (services de médiation, services
de perception de pension alimentaire, supplément financier pour les familles
monoparentales). Toutefois, les consultations menées ont permis de constater
que des améliorations sont souhaitées tant sur le plan des services que sur celui
de l’aide financière. L’objectif visé est de prévenir des situations d’appauvrisse-
ment qui mettraient en péril la santé physique et psychologique des membres
des familles concernées et pour soutenir adéquatement celles qui vivent une
situation de pauvreté. Pour certaines personnes, il s’agit d’un événement majeur,
mais transitionnel et, dans ce sens, un soutien approprié (moral et financier)
serait susceptible de favoriser l’adaptation et le retour à un nouvel équilibre dans
les meilleurs délais. À ce sujet, d’autres remettent en question le bien-fondé des
règles d’accès à l’aide sociale (Loi sur l’aide aux personnes et aux familles), lesquel-
les laissent bien peu de ressources aux familles pour se relever financièrement.
Enfin, de l’avis de chercheurs et d’intervenants sociaux, toutes les familles qui
vivent une rupture d’union ont besoin de soutien pour préserver de saines relations
entre les enfants et leurs deux parents.
Selon le principe d’une aide de dernier recours, la valeur des avoirs (argent, biens) est prise en compte dans l’ad-
missibilité à l’aide financière. Compte tenu des règles, des familles devront liquider des avoirs et conserver peu
d’épargne avant d’être aidées par l’État.
140
3.2 L’adaptation au moment de la
recomposition familiale
3.2
Dans la deuxième partie de ce chapitre, le Conseil de la famille et de l’enfance a
choisi de s’intéresser à la situation engendrée par la décision de cohabiter dans
un contexte où des enfants sont issus d’unions antérieures. Le terme famille
recomposée, désormais largement reconnu, sera ici utilisé puisqu’il fait référence
à une réalité connue, toutefois le terme constellation familiale recomposée
serait davantage approprié, selon certains auteurs52. D’aucune manière, l’usage
du terme famille recomposée ne cherche à remettre en question l’influence et le
rôle des deux parents biologiques auprès de l’enfant. Le Conseil de la famille et de
l’enfance répète sa confiance en l’exercice de la coparentalité, à moins qu’elle ne
soit préjudiciable pour l’enfant.
Rappelons qu’il ne s’agit pas en soi d’un phénomène nouveau puisque, jusqu’au
xviie siècle, un mariage sur trois était en fait un remariage et que la fréquence du
phénomène est restée élevée jusqu’au début du xxe siècleII. Ce qui particularise
la situation actuelle est que ces recompositions ne s’exercent généralement plus
dans un contexte de veuvage, mais plutôt à la suite d’une ou de plusieurs ruptures
de couples.
L’intérêt pour cette configuration familiale est assez récent au Québec, puisque
la recherche en langue française dans le domaine de la recomposition familiale
était quasiment inexistante il y a 25 ans53. Le Conseil de la famille et de l’enfance
fut l’un des premiers organismes au Québec à se pencher sur cette situation en
publiant en 1995 un avis, La famille… composée autrement54, et un guide pratique,
L’art de mieux vivre une recomposition familiale55. Pour décrire la situation actuelle
de ces familles, le Conseil s’inspire ici notamment des propos recueillis auprès des
personnes concernées par la situation, d’intervenants communautaires et aussi de
la littérature scientifique et spécialisée. Dans cette section, l’accent sera mis sur la
relation parent-enfant pendant les premières étapes de la cohabitation et sur les
effets de celle-ci sur les plans personnel, relationnel, organisationnel et financier.
Par exemple dans des situations de violence où des autorités judiciaires ont statué qu’il y a un risque pour l’intégrité
physique ou psychologique de l’enfant.
II Antérieurement, au Québec, il était d’usage d’utiliser le terme enfants du premier ou du second lit pour parler des
enfants vivant dans une famille recomposée (Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent, La famille recompo-
sée : une famille composée sur un air différent, p. 19).
141
études. Précisons tout d’abord que les recensements effectués par Statistique
Canada basés sur la résidence ne distinguent pas les familles recomposées des
autres types de familles. Il faut compter sur l’Enquête sociale générale et sur les
enquêtes longitudinales pour obtenir quelques données statistiques sur le sujet.
Toutefois, celles-ci demeureront partielles puisqu’elles concernent les enfants
résidant sous le même toit, excluant ceux qui y vivent de façon moins régulière ou
sporadique. Or, de l’avis du Conseil, tous ces enfants, y compris ceux qui vivent dans
le foyer de façon intermittente, font face aux difficultés d’adaptation qu’amène la
nouvelle situation.
Dans une famille dite intacte, tous les enfants du ménage sont les enfants
biologiques et/ou adoptifs des deux membres du couple; la famille recomposée
est pour sa part constituée d’au moins un enfant d’une union antérieure de
l’un des conjoints vivant sous le même toit.
En 2001, 124 000 familles québécoises étaient recomposées, soit 12 % des familles
de couples avec enfants de tous âgesII. C’est 17 000 familles de plus qu’en 1995,
ce qui représente une augmentation de 16 % en six ans56. Parmi les familles
recomposées, dans 61 % des cas, ce sont les enfants d’un seul des conjoints qui
vivent sous le même toit de façon régulière (famille recomposée dite simple)
et, majoritairement (78 %), ce sont les enfants de la conjointe (matricentrique).
Dans les autres cas, il sera fait mention de familles « complexes ». Des auteurs
distinguent celles-ci en deux groupes : celles où des enfants des deux conjoints
cohabitent et celles dont au moins un enfant issu de l’union cohabite avec au
moins un enfant d’une union précédente d’un des conjoints57. À titre indicatif
(les données québécoises n’étant pas disponibles), notons que dans la majorité
(81%) des familles canadiennes dites « complexes », on retrouve des enfants nés
de la nouvelle union58 (figure 3).
Par exemple, au Canada, les données concernant les familles recomposées font référence aux unions libres et aux
mariages; aux États-Unis, le terme familles recomposées est réservé aux remariages. Dans certains cas, on distingue
les belles-familles des familles recomposées. Par exemple, selon l’Institut Vanier de la famille, la belle-famille se
dit d’une famille dans laquelle au moins un des enfants du ménage est issu d’une union précédente de l’un des
parents; pour sa part, une famille recomposée compterait au moins un enfant d’une relation précédente, plus un
enfant issu de la relation actuelle. (Institut Vanier de la famille, Profil des familles canadiennes III, p. 57).
II L’information concernant les familles avec enfants de moins de 18 ans datent de 1998. La proportion des familles re-
composées chez ces familles était de 10,4% (Institut de la statistique du Québec, Portrait social du Québec : données
et analyses, p. 93).
142
Figure 3 Familles selon la structure, Québec, 2001
)NTACTES 2ECOMPOSmES
#OMPLEXES 3IMPLES
!VEC 3ANS
ENFANTS COMMUNS ENFANT COMMUN -ATRICENTRIQUES 0ATRICENTRIQUES
FmCONDES MIXTES
AU #ANADA AU #ANADA
143
Lorsque l’on regarde l’évolution de l’ensemble des familles avec enfants au Québec
entre 1995 et 2001, on constate que le taux de familles intactes est resté stable, que
le taux de familles monoparentales a diminué, alors qu’en contrepartie le taux de
familles recomposées a été à la hausse (tableau 20). Il s’agit d’un portrait statique
qui ne reflète pas tous les mouvements des parcours de vie conjugale (succession
de ruptures, de périodes de monoparentalité et de recompositions), mais qui
montre que la monoparentalité est de moins en moins une condition permanente.
Par rapport à l’ensemble du Canada, la proportion de familles recomposées au
Québec est similaire à celle observée dans les autres provinces (12 % de tous les
couples canadiens avec enfants en 2001)59. La situation apparaît comparable à ce
que l’on retrouve dans plusieurs pays d’Europe et aux États-Unis60.
1995 2001
144
En ce qui concerne l’état matrimonial, la proportion des couples de familles
recomposées vivant en union libre est élevée. On remarque toutefois une
augmentation du nombre de couples mariés depuis 1995 (hausse de 9 000) qui a
fait passer le taux de familles recomposées dont les conjoints sont mariés de 22 %
à 27 %. Ce taux demeure toutefois nettement inférieur à celui des couples mariés
en famille intacte (77 %) et des couples mariés sans enfant (68 %) (tableau 21).
État matrimonial
1995 2001
Couples dans
Mariés 767 000 85 % 673 000 77 %
familles intactes
Union libre 132 000 15 % 203 000 23 %
Total 900 000 100 % 876 000 100 %
Par ailleurs, certains observateurs ont remarqué que le phénomène des couples
non cohabitants est fréquent lorsqu’il y a présence d’enfants. Dans ces cas, dans
les collectes statistiques, l’un des conjoints sera le plus souvent considéré comme
étant chef de famille monoparentale, tandis que l’autre sera désigné comme
personne seule. Des personnes qui ont choisi ce mode de vie disent l’avoir fait
pour restreindre les occasions de conflits. Ainsi, il apparaît que la décision de
cohabiter formellement ne se prend pas sans appréhensions. Cette décision est
d’autant plus importante que le projet de vie commune s’articule sans modèle
défini précisant les rôles de chacun et sans qu’il existe de consensus social sur
le modèle à privilégier.
Certains chercheurs parlent de « beaux-parents par intermittence », comparativement à des beaux-parents à domi-
cile. Dans le langage courant, on entendra « le chum de ma mère » ou « la blonde de mon père ».
145
3.2.2 Un long processus d’adaptation
Il apparaît que ce qui distingue particulièrement les familles recomposées des
autres est la complexité et la variété des relations entre les personnes. Ainsi, aux
efforts d’adaptation du couple s’ajoute la dimension parentale. Pour certains
auteurs, « le plus gros défi des familles recomposées est d’établir des relations
constructives entre leurs membres63 ». Les familles recomposées ne seraient pas
plus conflictuelles que les autres, mais leurs membres seraient plus exposés à
plusieurs sources de conflits. Pensons notamment que des relations harmonieuses
doivent s’établir entre les nouveaux conjoints, avec les ex-conjoints, entre les
enfants et leur beau-parent, entre les enfants des deux familles, avec les familles
élargies64. Dans ce contexte, a-t-on souligné lors du colloque Regards sur la diversité
des familles : mieux comprendre pour mieux soutenir65, un enfant
peut se retrouver avec deux parents, deux « quasi-parents », doubler
…le plus gros défi des sa fratrie, avoir huit grands-parents et même davantage si ceux-ci
familles recomposées vivent eux-mêmes une nouvelle relation conjugale.
est d’établir des
Or, il est reconnu que, peu importe l’âge des personnes et leur
relations constructives parcours de vie, toute nouvelle cohabitation conjugale et familiale
entre leurs membres s’inscrit dans un processus d’adaptation qui s’échelonnera sur
plusieurs années. Le temps est assurément un élément qui joue
un rôle majeur dans l’adaptation à cette situation. Au fur et à mesure que les
personnes apprennent à se connaître au quotidien, des étapes se franchissent.
La recomposition familiale serait un processus évolutif qui comprendrait sept
étapes. Il est estimé qu’un délai de quatre à sept ans est nécessaire pour parvenir
à une véritable intégration familiale, les trois premières étapes prenant de deux
à trois ans.
L’encadré ci-dessous présente sommairement ces étapes.
Cette description, inspirée de Papernow, est tirée de Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent, La famille
recomposée : une famille composée sur un air différent, p. 43-59.
146
va pas parce que chacun vit l’événement à partir d’un point de vue différent.
La troisième étape est caractérisée par l’ambivalence. Par exemple, le beau-parent
se sentira étranger et exclu de la famille. Pour sa part, le parent serait déchiré
entre ses enfants et son partenaire de vie. Il ressentirait de la culpabilité de faire
vivre ces changements à ses enfants et, par conséquent, tarderait à procéder aux
ajustements nécessaires à une cohabitation harmonieuse. Les étapes suivantes
seront axées sur la construction de liens conjugaux et familiaux : des actions
concertées, une confiance mutuelle et la création de nouvelles traditions familiales.
Ce processus touche chaque membre du ménage, mais chacun ne franchit pas les
étapes au même rythme, ce qui complexifie davantage la relation, estime-t-on.
147
la vie courante, par exemple comment tenir des ustensiles. Pour moi, c’est une
question de bonnes manières. Si je laisse passer, ce sont mes enfants qui finissent
par perdre leurs habitudes. C’est difficile de s’entendre dans le couple lorsqu’on
discute de cela parce qu’on devient tous les deux sur la défensive. »
De ce choc, dont l’intensité varie d’une situation à l’autre, émergeront éventuel-
lement de nouvelles règles, de nouvelles façons d’être et de faire qui s’inscriront
dans l’histoire de la nouvelle entité. Malgré cela, la nouvelle cohabitation créerait
inévitablement des situations conflictuelles, pas nécessairement problématiques,
mais qu’il ne faudrait pas sous-estimer, selon des personnes consultées. C’est
une situation qu’il faut suivre de près, estime-t-on, car certains membres de la
famille peuvent présenter des symptômes qui indiquent qu’une intervention
professionnelle est nécessaire pour éviter, notamment, une dépression ou des
comportements violents.
La nouvelle situation est aussi susceptible d’engendrer des réactions non
prévisibles chez les ex-conjointes et les ex-conjoints. Certaines de ces personnes
peuvent s’inquiéter pour leurs enfants et avoir de la difficulté à accepter la
nouvelle union. L’équilibre qui s’était établi dans l’exercice de la coparentalité
risque d’être compromis. La nouvelle cohabitation peut aussi modifier leur
attitude à l’égard de leurs enfants et souvent leur comportement sur le plan du
soutien financier.
Ainsi, l’écart entre les attentes liées à l’idéalisation d’une vie conjugale et familiale
parfaite et les difficultés de la vie quotidienne amène des remises en question :
« A-t-on pris la bonne décision en choisissant de cohabiter? » Plusieurs personnes
qui ont vécu l’expérience disent s’être posé cette question et avouent ne pas avoir
été préparées adéquatement à la cohabitation.
Selon certains commentaires recueillis, les couples se lanceraient dans la
cohabitation sans toujours savoir ce que cela implique. Certains expliquent
cette situation par le fait que les familles recomposées prennent souvent pour
modèle les familles traditionnelles et n’évaluent pas adéquatement l’ampleur
des changements que la cohabitation risque de provoquer67. Il serait hasardeux
de se représenter la famille recomposée comme un nouveau type de famille
nucléaire, évoque-t-on. Particulièrement au début de la cohabitation, la famille
recomposée apparaît une organisation familiale qui demande que l’on prenne
en compte ses particularités et pour laquelle il serait approprié de favoriser une
approche particulière. Des intervenants dans le domaine soutiennent que cette
préparation passe par l’accès à une information pertinente et une sensibilisation
aux adaptations que nécessite la cohabitation dans un contexte où il y a des
enfants à charge. Or, de l’avis de certains, les couples et la société en général
seraient peu sensibilisés au défi que pose cette transition.
Agnès Martial, chargée de recherche au Centre de la Recherche Scientifique a constaté que les ex-conjoints voient
aisément le nouveau conjoint d’une femme comme un nouveau pourvoyeur de ressources si ses revenus sont
élevés. Si c’est le contraire, l’ex-conjoint aurait peur que la pension alimentaire qu’il verse serve à faire vivre le
nouveau conjoint. La situation se complexifie lorsque le nouveau couple décide, par exemple, de réduire ses heures
travaillées; la personne qui paie la pension alimentaire se sentirait alors flouée (Agnès Martial, 2005, « L’entretien
de l’enfant au sein des constellations familiales recomposées », Enfances, Familles, Générations, no 2, printemps, site
consulté le 30 septembre 2005).
148
Des atouts d’une cohabitation réussie
Pour atténuer le choc et mieux vivre les premières étapes de la cohabitation, certains
aspects prennent une grande importance. Selon Marie-Christine Saint-Jacques,
professeure et chercheuse à l’Université Laval, les habiletés de communication et
les techniques de résolution de problèmes se révèlent des atouts à développer68.
À ces éléments s’ajoute la capacité de demander de l’aide avant que le ressentiment
ou la rancune s’installe. Selon elle, cette capacité serait une des clés principales du
succès d’une cohabitation réussie. On souligne aussi que le soutien d’un proche
et les conseils d’un intervenant sont susceptibles de dénouer rapidement des
situations qui semblaient insurmontables69.
Tout comme la rupture, la recomposition susciterait chez les jeunes un grand
besoin d’exprimer leurs émotions. Celles-ci étant souvent négatives, ils ont parfois
de la difficulté à communiquer avec leurs parents. Les couples aussi
auraient besoin d’échanger sur ce qu’ils vivent. « Ils se sentent parfois
dépassés et ne savent pas où s’adresser », entend-on. Certains disent Le soutien aux jeunes de
s’être sentis honteux d’avouer qu’ils ne réussissaient pas à s’adapter familles recomposées
à la recomposition. Or, le soutien serait rare pour celles et ceux qui constitue le parent pauvre
vivent cette situation. Une personne dit avoir eu de la difficulté à de l’intervention dans
avoir accès aux ressources professionnelles du CLSC : « Il faut que ta le domaine des
situation soit très problématique pour que l’on s’occupe de toi. » Ce
transitions familiales
constat rejoint les observations de certains chercheurs, qui estiment
que « [l]e soutien aux jeunes de familles recomposées constitue le
parent pauvre de l’intervention dans le domaine des transitions familiales70. »
Certaines personnes souhaitent que l’école soit attentive aux comportements
des enfants durant cette période où ils peuvent être déstabilisés. Des organismes
offrent des services aux familles recomposées, mais, il s’avère que ceux-ci ne sont
pas disponibles partout au Québec.
149
Des indices révèlent une certaine vulnérabilité chez les enfants, lesquels doivent
s’adapter à une situation qu’ils n’ont pas choisie. À titre illustratif, mentionnons
qu’on estime qu’environ 10 % de l’ensemble des enfants québécois éprouvent
des problèmes de comportement nécessitant une intervention clinique; cette
proportion est de 17 à 29 % chez les jeunes vivant dans des familles recomposées71.
Comment expliquer cet écart? Est-ce lié à la rupture des parents ou à la recompo-
sition? Est-ce que d’autres éléments sont en cause?
Des chercheurs laissent entendre que la difficulté à dissocier les conséquences
de la séparation de celles de la recomposition aurait pu contribuer à générer une
image plutôt négative des familles recomposées. Or, en distinguant les familles
recomposées après une séparation de celles qui font suite à un veuvage, il est
apparu qu’une partie des risques que les jeunes adoptent des comportements
inadéquats serait davantage associée aux difficultés d’adaptation à la suite de la
rupture qu’à la recomposition elle-même72. Leurs constats les amènent à conclure
que « la majorité des jeunes de familles recomposées fonctionnent normalement,
mais [que] leur niveau d’adaptation est généralement plus faible que celui des
jeunes de familles biparentales intactes sans pour autant pouvoir être qualifié de
problématique ou de pathologique73 ».
Plusieurs éléments influencent la capacité des enfants à s’adapter à la nouvelle
situation, notamment leur âge. On ne s’étonnera pas de constater que les familles
qui entreprennent la cohabitation au moment où les jeunes vivent leur adoles-
cence sont susceptibles de connaître plus de difficultés. Les conflits en relation avec
la recherche d’identité peuvent être amplifiés lorsqu’à l’adolescence, les jeunes
s’opposent à l’image d’autorité d’un beau-parent. Des familles recomposées de plus
longue date, ayant atteint un certain équilibre, peuvent se retrouver déstabilisées
au moment où les enfants deviennent adolescents. Par ailleurs, la recomposition
au moment de l’adolescence se ferait dans un contexte particulier qualifié par des
chercheurs de « sexualité superposée »II. En effet, les comportements amoureux du
nouveau couple et l’émergence de la sexualité à l’adolescence peuvent provoquer
une certaine concurrence amoureuse entre générations.
Il ressort toutefois que les processus familiaux (par exemple la qualité des
relations, le climat, le soutien des proches) auraient plus d’influence sur la
capacité d’adaptation des jeunes que la structure familiale seule74. Tout comme
dans l’ensemble des familles, certains éléments influencent l’adaptation des
jeunes vivant une recomposition familiale : les caractéristiques des parents,
le niveau de bien-être, la santé mentale des figures parentales ainsi que la
manière dont les rôles sont exercés. La loyauté de l’enfant à l’autre parent
est aussi évoquée dans la littérature spécialisée comme une possible source
de stress chez les jeunes vivant dans une famille recomposée. « Il faut une
certaine ouverture du côté des enfants pour la survie de la recomposition »,
entend-on. À cet égard, le soutien social de la communauté influence l’adaptation75.
La façon de s’adapter aux changements varie selon le sexe de l’enfant. Toutefois, les résultats d’études ne permet-
tent pas de dégager un consensus sur cette question.
II Par exemple, l’adolescente ou l’adolescent peut être amoureux du conjoint ou de la conjointe de son parent. Le
parent peut réagir mal au comportement séducteur de son enfant. Le beau-parent peut avoir des comportements
ambivalents à l’égard de l’attitude de l’adolescente ou de l’adolescent.
150
En fait, l’entourage immédiat et la communauté en général peuvent contribuer ou
nuire au projet, soutient-on à la fois dans le domaine de la recherche et dans celui
de l’intervention sociale.
151
Il ne faut cependant pas idéaliser la qualité de la relation parent-enfant avant
la cohabitation, rappelle-t-on : « Lorsque la relation était problématique avant
la recomposition familiale, c’est certain que les risques sont élevés que cela se
perpétue. » La relation parent-enfant peut évoluer de multiples façons après la
recomposition, notent des chercheurs. Par exemple, une relation de type fusionnel
où le parent ne laissait pas d’autonomie à son enfant peut s’améliorer lorsque le
parent vit une relation amoureuse épanouissante. Par contre, la peur que cette
relation cesse peut amener certains parents à prêter moins attention aux besoins
des enfants et, dans des cas extrêmes, à faire preuve de négligence parentale.
152
beaux-parents, mais aussi des obligations alimentaires. Cette question doit être
traitée avec circonspection, souligne-t-on, afin de tenir compte du choix des
couples à l’égard de l’union libre et de respecter les parents au moment de donner
des droits parentaux à des personnes non apparentées.
Vivre avec les enfants de l’autre pose des problèmes particuliers, non pas exclusifs
aux couples des familles recomposées, mais dont certains aspects peuvent être
exacerbés. Par exemple, un parent serait plus difficilement réceptif aux commen-
taires négatifs d’un beau-parent à l’égard de ses enfants. « La question des enfants,
même lorsqu’ils ne vivent pas toujours avec nous, est devenue le centre de nos
différends, ça mine notre couple », a-t-on entendu. Certains parents se sentent
évalués dans leurs compétences parentales, ce qui est susceptible d’accentuer
les difficultés du beau-parent à communiquer son point de vue à sa conjointe ou
à son conjoint.
Lorsque chacun des conjoints a des enfants d’union antérieure, il est aussi
nécessaire d’assurer l’équité à chacun des membres de la famille, « sans attendre
rien en retour, car l’affection n’est pas assurée », dira une personne qui a vécu
l’expérience. Elle a confié que le plus difficile pour elle avait été d’accepter une
réalité socialement non avouable, celle de ne pas avoir pu développer de liens
affectifs avec les enfants de l’autre. « On se respecte, mais on ne s’aime pas.
C’est difficile de se l’admettre à soi-même, parce que cela te renvoie une image
négative, tu te sens une mauvaise personne, ça peut même détruire ton estime
personnelle », a-t-elle avoué.
Les différentes publications relatives à ce thème font référence aux sentiments
contradictoires des beaux-parents à l’égard des enfants et rendent compte de
la tendance chez les couples à répéter les rôles parentaux traditionnels. Cela
pourrait expliquer, selon certains auteurs, pourquoi, particulièrement chez les
femmes, naît la volonté d’être une « super belle-mère »; elles risquent cependant
de s’épuiser émotionnellement et parfois de s’effondrer devant la difficulté à jouer
ce rôle parfaitement.
On fait aussi état du malaise des beaux-parents dont les ponts sont coupés avec
leurs enfants ou qui ont avec eux des contacts moins fréquents. Ainsi, vivre avec
les enfants de l’autre sans avoir près de soi les leurs susciterait de vives émotions
chez certains beaux-parents. Les répercussions de la situation sont aussi visibles
chez les enfants de ces derniers : « Il est compréhensible que l’enfant réagisse
lorsqu’il voit son père ou sa mère partir en vacances avec d’autres enfants, sans
que lui puisse en profiter. »
Enfin, on observe que l’image que les enfants ont du beau-parent peut se
transformer, notamment lorsqu’un nouveau-né s’ajoute à la famille. Les cher-
cheurs constatent que cet événement peut être l’occasion d’un rapprochement de
tous les membres de la famille, comme si elle devenait une « vraie famille ». Cette
naissance ne met cependant pas à l’abri des difficultés et même des ruptures,
particulièrement lorsque la naissance survient dans les deux premières années de
cohabitation, constatent des chercheurs79.
153
3.2.7 Les répercussions sur la fratrie
La multiplicité des formes de garde amène logiquement une très grande variété de
compositions de la « fratrie de fait ». La littérature parle de « quasi sœurs et quasi
frères ». Pour leur part, les enfants de ces familles semblent davantage utiliser les
termes demi-sœurs et demi-frères, même s’ils n’ont pas de parents biologiques
communs. Il est reconnu que plusieurs éléments viennent influencer l’adaptation
à la nouvelle situation dont le fait d’habiter à temps plein ou à temps partiel avec
le parent. Des chercheurs ont en effet remarqué une plus forte proportion de
ruptures d’union chez les couples de familles recomposées lorsque les enfants de
l’un des conjoints n’habitent pas de façon permanente avec la famille80. L’âge et le
stade de développement sont aussi des facteurs à prendre en considération. Par
exemple, au moment de l’adolescence, le jeu de la séduction peut poser problème
entre les membres d’une fratrie recomposée.
L’enfant unique peut apprécier ce nouvel environnement ou au contraire refuser
carrément la relation avec les autres enfants. « La bonne relation entre les enfants
avant la cohabitation n’est pas un gage que cela se passera bien après », dira un
parent, qui poursuivra en disant qu’il faut s’attendre à tout. La gestion des conflits
entre les enfants peut vite devenir insoutenable pour les nouveaux conjoints,
d’après certains témoignages, puisque chacun des parents aura tendance à
analyser la situation à partir des liens affectifs établis avec ses enfants. La situation
peut aussi devenir intolérable pour un enfant qui n’arrive pas à développer des
affinités avec les autres enfants. Comme il ne réussit pas à faire sa place au sein du
groupe, la relation avec son parent peut en venir à se détériorer puisque qu’il peut
attribuer son malaise à la décision de celui-ci de former une famille recomposée.
C’est une situation qui, dans certains cas, amène des jeunes à vouloir se réfugier
auprès de l’autre parent, ce qui pourrait expliquer le changement de mode de
garde plus fréquent lors de l’adolescence.
Pour éviter ces difficultés liées au développement de l’attachement entre chacun
des membres de la nouvelle entité, des spécialistes insistent sur l’importance de
créer des occasions de plaisir en famille, de préserver des moments d’intimité
pour le couple, entre parents et enfants, mais aussi entre le beau-parent et les
enfants de la conjointe ou du conjoint. À ce sujet, des personnes consultées ont
ajouté que la situation économique fait toute une différence : « Former une famille
recomposée dans un contexte de pauvreté, c’est quintupler les risques d’avoir des
problèmes. »
154
la difficile conciliation famille-travail. Outre les activités courantes, elles doivent
tenir compte des activités récréatives et scolaires des enfants du couple ainsi que
de l’emploi du temps des ex-conjointes et ex-conjoints et de leur partenaire de vie,
selon le cas.
Au sein des familles recomposées, l’argent est un sujet délicat qui est susceptible
de susciter des discordes entre les nouveaux conjoints et aussi entre les parents
séparés. Certains lient cet état de fait aux blessures du passé, mais aussi à la peur
de se faire flouer ou ne pas être traité avec équité, des sentiments que peuvent
ressentir les ex-conjointes et ex-conjoints et les nouveaux beaux-parents.
Des spécialistes soutiennent que, parmi les éléments préparatoires à la coha-
bitation, l’une des questions importantes est celle de la gestion de l’argent.
Il est recommandé d’ouvrir les livres, de parler d’argent entre conjoints. Dresser
un budget commun constituerait l’une des meilleures façons de se connaître,
précisera une planificatrice financière qui soutient qu’il : « est aussi difficile
d’unir deux familles que leurs finances81 ». La question la plus délicate aurait trait
au partage des dépenses pour les enfants de l’un et de l’autre. Mettre tout en
commun dans le cas d’une famille recomposée risque d’être le début de la fin,
estiment certains experts, considérant que les valeurs personnelles sous-tendent
tous les comportements financiers.
Sous certaines réserves toutefois s’il s’agit d’un changement de localité ou de quartier qui a un effet important sur
les habitudes de vie des enfants.
155
Un passé financier qui impose des contraintes
Si dans la plupart des cas la cohabitation permet de hausser le revenu disponible,
le passé financier de chacun des partenaires est susceptible de réduire de façon
importante la marge de manœuvre réelle de la famille. Notons par exemple les
dettes accumulées au moment de séparations conjugales antérieures et/ou de
la période de monoparentalité ainsi que la pension alimentaire payée pour les
enfants d’unions antérieures. À cet égard, certains groupes font des pressions
pour que soit davantage prise en compte la nouvelle situation familiale lorsqu’il
s’agit d’établir le montant de la pension alimentaire. Selon des études, le fait de ne
bénéficier que d’un faible revenu inciterait davantage des personnes à cohabiter,
mais entraînerait du même coup des relations plus instables83. Toutefois, des
conditions économiques favorables ne garantiraient pas à elles-seules la réussite
de l’adaptation dans la famille recomposée. Des chercheurs soutiennent que
« [c]et effet positif peut être amoindri, voire annulé par d’autres caractéristiques
propres au processus de recomposition84 ».
Notamment, l’Action des nouvelles conjointes du Québec et l’Association des secondes épouses et conjoints inc.
II Si un enfant est issu de l’union, le délai ne s’applique plus.
III Par exemple, les crédits de TVQ et de TPS, la mesure Soutien aux enfants, la Prestation fiscale canadienne pour
enfants, la mesure Prime au travail, etc.
IV À titre d’illustration, deux parents de familles monoparentales ayant chacun un enfant à charge et chacun un salaire
de 20 000$ par an « perderont », s’ils décident de vivre ensemble l’équivalent de 13 000$ annuellement à cause des
impôts et des cotisations supplémentaires et des pertes de prestations gouvernementales. Simulation faite à partir
des données de janvier 2005. (Conseil de la famille et de l’enfance, 5 Bilans et perspectives : le rapport 2004-2005 sur
la situation et les besoins des familles et des enfants, p. 81-82).
156
impôts et des cotisations. Des parents concernés par la situation la déplorent.
« Ce fut vraiment un choc lorsque je me suis rendu compte de la perte que cela
représentait. Pourtant, on avait vraiment besoin de cette aide », a dit une mère,
qui a ajouté que cela avait accru les difficultés à boucler le budget et amplifié le
malaise vis-à-vis de son conjoint, qui contribuait indirectement davantage aux
soins des enfants que leur père biologique.
La suppression ou la réduction du soutien gouvernemental qui découlent des
règles fiscales amèneraient certaines personnes à se demander si elles doivent ou
non cohabiter ou encore si elles doivent déclarer leur nouvelle situation conjugale.
Une participante aux consultations rappelle que le processus de recomposition est
long et après une année de cohabitation, les couples n’en sont pas nécessairement
rendus à assumer conjointement les frais liés aux enfants de l’un
d’eux. Au moment où les couples doivent assumer des frais pour Le processus de
s’établir et où les bénéfices retirés du partage des coûts de cohabita-
recomposition est long
tion ne sont pas encore significatifs, certaines personnes souhaitent
tout au moins que la comptabilisation fiscale des revenus soit étalée et après une année de
sur plusieurs années, ce qui correspondrait davantage à la réalité de cohabitation, les couples n’en
la recomposition familiale. sont pas nécessairement
Des problèmes engendrés par certaines modalités d’application rendus à assumer
des mesures financières pour la famille ont été portés à l’attention conjointement les frais liés
du ConseilII. Ces mesures sont établies en fonction du nombre et du aux enfants de l’un d’eux
rang des enfants dans le ménageIII. Lorsque chacun des conjoints a
des enfants, il devient alors difficile d’établir le partage équitable des allocations.
Dans le cas d’une garde alternée, s’ajoutent des règles de versement qui ne
correspondraient pas toujours aux réalités familiales, soutient-on. Par exemple,
les parents qui ont la garde partagée ont à payer chaque mois des frais pour
leurs enfants. Or, ce n’est que depuis janvier 2007 que ceux-ci peuvent recevoir
simultanément la prestation Soutien aux enfantsIV.
Un autre aspect a été soulevé, soit le fait que d’aucune manière la fiscalité ne tient
compte des frais liés à l’entretien des enfants non cohabitants. « En voulant régler
un problème en défiscalisant les pensions alimentaires, on a peut-être mis de côté
l’équité à l’égard des parents qui assument des frais pour leurs enfants même si
ceux-ci ne vivent pas avec eux régulièrement », entendra-t-on.
Phénomène connu sous le nom de taux marginaux d’imposition. La littérature parle aussi de « la taxe à l’union ou à
la recomposition », pour désigner ce phénomène.
II Il a été fait référence à la Prestation fiscale canadienne pour enfants et à la mesure Soutien aux enfants. La Presta-
tion universelle pour la garde d’enfants n’existait pas au moment de la consultation.
III Le montant des allocations au Québec est différent selon que l’enfant est le premier, le deuxième ou le troisième
de la famille.
IV En date du 10 janvier 2007, aucune disposition n’est prévue pour modifier le versement de la Prestation fiscale
canadienne pour enfants. Les prestations continuent d’être versées six mois à un parent et six mois à l’autre.
Depuis le 1er mai 1997, le traitement fiscal des pensions alimentaires versées pour les enfants a été modifié. Sauf
exceptions, les débiteurs (les personnes qui paient) ne doivent pas déduire les pensions pour enfants de leur revenu.
De leur côté, les créanciers (les personnes qui reçoivent) ne doivent pas les inclure dans leur revenu. (Revenu Québec,
http://www.revenu.gouv.qc.ca Site consulté le 15 décembre 2006).
157
La protection légale à assurer
La vie en famille recomposée invite particulièrement les parents à se doter de
dispositions pour se protéger et protéger ses enfants advenant la rupture ou
le décès de sa conjointe ou de son conjoint. Au Québec, le Code civil s’applique
uniquement aux couples mariés ou unis civilement, ce qui exclut les couples
en union libre. Or, on remarque que l’information qui circule n’est pas toujours
adéquate. Par exemple, de nombreux conjoints de fait croient, à tort, être concernés
par les dispositions du Patrimoine familial.
Certains programmes de soutien du revenu (ex. : Commission de la santé et de
la sécurité du travail, Société de l’assurance automobile, Aide de dernier recours)
reconnaissent les conjoints de fait, mais la définition de conjoint varie selon
les programmes. De l’avis de personnes consultées, prendre des dispositions
testamentaires apparaît d’autant plus nécessaire que les nouveaux conjoints
veulent généralement assurer l’équité à leurs enfants et ne veulent pas néces-
sairement que leur nouveau partenaire hérite de tous leurs biens en cas de
décès, comme c’est souvent le cas chez les couples mariés depuis longtemps.
Les nouveaux couples ont donc intérêt à se doter d’une entente adaptée à leur
situation. Or, l’enregistrement légal, auprès d’un notaire par exemple, implique
des frais professionnels qui s’ajoutent à l’ensemble des frais qu’entraîne la
cohabitation. Cela fait en sorte, estime-t-on, que cette démarche risque d’être
reportée, souvent abandonnée. Pourtant, déplorent des spécialistes du domaine,
il est reconnu que des litiges pourraient être évités par des mesures préventives.
Or, certains régimes ne permettent pas aux cotisants de choisir leurs héritiers et imposent des règles qui favorisent
le conjoint actuel. C’est le cas, par exemple, du Régime de rentes.
158
Par ailleurs, on note que l’accueil de la famille recomposée par la famille élargie se
fait de mieux en mieux. Des chercheurs ont mis en évidence le rôle déterminant
des grands-parents dans l’accueil des petits-enfants de la nouvelle conjointe ou
du nouveau conjoint. On rappelle l’influence positive qu’ils peuvent avoir sur leurs
enfants et petits-enfants qui traversent cette période d’adaptation.
Ces constats amènent des familles et des intervenants à souhaiter que soient
entreprises des actions pour lutter contre l’image négative de la famille
recomposée véhiculée par certains milieux. Il apparaît qu’il faut apprendre, tant à
l’intérieur même de la famille recomposée que dans la société en général, à faire
face ensemble aux différences. Selon la chercheuse Heather Juby, « [l]e véritable
enjeu consiste à gérer les changements le mieux possible individuellement et socia-
lement, afin d’assurer le bien-être des enfants durant leurs jeunes années, quelles
que soient la simplicité ou la complexité de leurs parcours familiaux88 ». La prise en
compte et l’acceptation de l’émergence de nouveaux modèles familiaux sont, pour
la sociologue Irène Théry, « à la fois un enjeu de sens, de liberté et de justice89. »
159
Notes bibliographiques
1 Jean-François Dortier (2002). « La famille aujourd’hui: bouleversements et recomposition », dans
Jean-François Dortier (sous la dir. de). Familles: permanence et métamorphoses : histoire, recomposition,
parenté, transmission, France, Éditions Sciences humaines, p. 7.
2 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmer-
mans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 79.
3 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale: la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 186.
4 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale: la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 186.
5 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale: la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 187-188.
6 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de) (2004). Séparation, monoparentalité et
recomposition familiale: bilan d’une réalité complexe et pistes d’action, Sainte-Foy, Les Presses de
l’Université Laval, p. XX1, p. XXV.
7 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale: bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 3.
8 Lorraine Filion (2001). « L’enfant au cœur de la séparation », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et
Harry Timmermans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal,
Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 63.
9 Harry Timmermans (2001). « Le choc psychologique de la séparation », dans Richard Cloutier,
Lorraine Filion et Harry Timmermans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son
enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 15.
10 Denise Côté (2005). « La violence conjugale en situation de garde partagée », dans Conseil de
développement de la recherche sur la famille du Québec. 8e Symposium québécois de recherche
sur la famille : « Famille, médias, culture » : cahier des résumés des conférences et communications,
Trois-Rivières, Conseil de développement de la recherche sur la famille du Québec, p. 23.
11 Conseil de la famille et de l’enfance (2003). L’allègement du processus judiciaire en matière familiale :
mieux soutenir les parents et les enfants lors des contentieux familiaux, Avis, Québec, Conseil de la
famille et de l’enfance, 56 p. (Gouvernement du Québec).
12 Sharon Moyer (2004). Les ententes relatives à la garde des enfants : caractéristiques et répercussions,
Ottawa, Ministère de la Justice du Canada, p. iii (Gouvernement du Canada).
13 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmer-
mans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 77.
14 Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine (2005). Un portrait statistique des
familles au Québec, Québec, Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Direction
des relations publiques et des communications, tableau 5.17, p. 313 (Gouvernement du Québec).
15 Alain Noël (2004). « Comment situer les politiques publiques de soutien économique aux familles
québécoises par rapport à ce qui se fait ailleurs », dans Conseil de la famille et de l’enfance. Les Actes
du Forum : soutien économique aux familles, oui, mais comment?, Québec, Conseil de la famille et de
l’enfance, p. 23. (Gouvernement du Québec).
16 Jocelyne Dahan et Anne Lamy (2005). Un seul parent à la maison : assurer au jour le jour, Paris,
Albin Michel, p. 14.
160
17 Jocelyne Dahan et Anne Lamy (2005). Un seul parent à la maison : assurer au jour le jour, Paris,
Albin Michel, p. 14.
18 Ariane Émond (1996). « Aux yeux des mères », dans Conseil de la famille. Recueil de réflexions sur la
stabilité des couples-parents, Québec, Conseil de la famille, p. 117. (Gouvernement du Québec).
19 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans.
Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital
Sainte-Justine, p. 72.
20 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans.
Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital
Sainte-Justine, p. 74.
21 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans.
Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital
Sainte-Justine, p. 80-81.
22 Michel Lemieux (2005). « La cohésion familiale : la survie du couple parental », dans Conseil de la
famille et de l’enfance. Colloque « Regards sur la diversité des familles » : mieux comprendre pour
mieux soutenir. [En ligne]
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23 Richard Cloutier (2001). « Les transitions familiales », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry
Timmermans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Édi-
tions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 39.
24 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmer-
mans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 84.
25 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmer-
mans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 78.
26 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale: bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 17.
27 Nicole Marcil-Gratton et Céline Le Bourdais (1999). Garde des enfants, droits de visite et pension
alimentaire : résultats tirés de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes : rapport
de recherche, Ottawa, Ministère de la Justice, Équipe sur les pensions alimentaires pour enfants,
p. VI. (Gouvernement du Canada).
28 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 18.
29 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 16-19.
30 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 18.
31 Heather Juby, Céline Le Bourdais et Nicole Marcil-Gratton (2004). Et la vie continue : expansion du
réseau familial après la séparation des parents : rapport de recherche, Ottawa, Ministère de la Justice
du Canada, p. ix (Gouvernement du Canada).
32 Anne-Marie Ambert (2005). Divorce : faits, causes et conséquences, Ottawa, Institut Vanier
de la Famille, p. 22.
161
33 Anne-Marie Ambert (2005). Divorce : faits, causes et conséquences, Ottawa, Institut Vanier
de la Famille, p. 22.
34 Anne-Marie Ambert (2005). Divorce : faits, causes et conséquences, Ottawa, Institut Vanier
de la Famille, p. 22.
35 Francine Cyr (1986). «Vulnérabilité et adaptation», dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de).
Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 173.
36 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale: bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 3-31.
37 Richard Cloutier (2001). « La coparentalité », dans Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans.
Les parents se séparent… Pour mieux vivre la crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital
Sainte-Justine, p. 83.
38 Francine Cyr (1986). « Recherches sur le divorce », dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir.
de). Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal,
p. 140-149.
39 Voir notamment Anne-Marie Ambert (2006). Les familles monoparentales : caractéristiques, causes,
répercussions et questions, Ottawa, Institut Vanier de la Famille, p. 17-18; Anne-Marie Ambert (2005).
Divorce : faits, causes et conséquences, Ottawa, Institut Vanier de la Famille, p. 21-22.
40 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés :
bilan d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de).
Séparation, monoparentalité et recomposition familiale: bilan d’une réalité complexe et pistes
d’action, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 18-23.
41 Francine Cyr (1986). «Les enfants et le divorce», dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de).
Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 124.
42 Francine Cyr (1986). «Les enfants et le divorce», dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de).
Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 125.
43 Francine Cyr (1986). «Les enfants et le divorce», dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de).
Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 125.
44 Francine Cyr (1986). «Les enfants et le divorce», dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de).
Stress et famille : vulnérabilité, adaptation, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 125.
45 L’auteur évoque les travaux de Judith S. Wallerstein. Francine Cyr (1986). «Les enfants et le divorce»,
dans Monique V.G.-Morval et autres (sous la dir. de). Stress et famille : vulnérabilité, adaptation,
Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 125.
46 Lorraine Filion (2001). « Mythes concernant la famille séparée et la parole de l’enfant », dans
Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la
crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 122-123.
47 Francine Cyr et Geneviève Carobene (2004). « Le devenir des enfants de parents séparés : bilan
d’une réalité complexe », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 27.
48 Lorraine Filion (2001). « Mythes concernant la famille séparée et la parole de l’enfant », dans
Richard Cloutier, Lorraine Filion et Harry Timmermans. Les parents se séparent… Pour mieux vivre la
crise et aider son enfant, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 126; Renée Giguère (2005).
« L’instauration du lien parent-enfant : les liens dans les familles en changement », dans Conseil de
la famille et de l’enfance. Colloque « Regards sur la diversité des familles » : mieux comprendre pour
mieux soutenir. [En ligne]
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162
49 Sophie Ménard et Jean-Marie Miron (2004). « Les services de garde et les enfants de parents
séparés : bilan et défis », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 300-309.
50 Sophie Ménard et Jean-Marie Miron (2004). « Les services de garde et les enfants de parents
séparés; bilan et défis », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 305.
51 Claude Michaud (1996). « Le mariage et la famille : des réalités dessoudées », dans Conseil de la
famille. Recueil de réflexions sur la stabilité des couples-parents, Québec, Conseil de la famille, p. 205
(Gouvernement du Québec).
52 Agnès Martial (2005). «L’entretien de l’enfant au sein des constellations familiales recomposées»,
Enfances, Familles, Générations, no 2, printemps. [En ligne]
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53 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 65.
54 Conseil de la famille (1995). La famille…composée autrement, Avis, Québec, Conseil de la famille, 75 p.
(Gouvernement du Québec).
55 Conseil de la famille (1995). L’art de mieux vivre une recomposition familiale, Québec, Conseil de la
famille, 21 p. (Gouvernement du Québec).
56 Statistique Canada (2001) « Familles selon la structure, Québec, ESG 1995 et 2001 », Cansim, Tableau
112-0001 : Enquête sociale générale (ESG), Compilation spéciale ISQ, 11 juillet 2005.
57 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 68.
58 Statistique Canada (2002). « La diversification de la vie conjugale au Canada », Le Quotidien,
11 juillet. [En ligne]
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59 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 68.
60 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 68.
61 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 69.
62 Propos de la chercheure Marie-Christine Saint-Jacques recueillis par Marc Tison (2004).
« … et ça recommence! », La Presse, 24 octobre, p. LPA3.
63 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 70.
64 Voir Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent (2002). La famille recomposée : une famille
composée sur un air différent, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 24.
163
65 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Colloque « Regards sur la diversité des familles » : mieux
comprendre pour mieux soutenir. [En ligne]
http://www.agora.qc.ca/colloque/cfe2005.nsf (Gouvernement du Québec).
66 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 76.
67 Marc Tison (2004). « Une recomposition, ça se planifie », La Presse, 24 octobre, p. LPA3.
68 Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent (2002). La famille recomposée : une famille composée
sur un air différent, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 50.
69 Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent (2002). La famille recomposée : une famille composée
sur un air différent, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 132.
70 Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent (2002). La famille recomposée : une famille composée
sur un air différent, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 124.
71 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 79.
72 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 90.
73 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 79.
74 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 85.
75 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 77.
76 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 86.
77 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 76.
78 Guylaine Fortin (2000). « Les familles recomposées : vie de famille », Petit Monde. [En ligne]
http://www.petitmonde.com/iDoc/Article.asp?id=8147 (site consulté le 29 juin 2005).
79 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale : la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 209.
80 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale : la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 209.
164
81 Propos de Lison Chèvrefils recueillis par Marc Tison (2004). «Une recomposition, ça se planifie »,
La Presse, 24 octobre, p. LPA3.
82 Institut de la statistique du Québec (2002). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : de la naissance à 29 mois : grandir dans un environnement en changement,
Québec, Institut de la statistique du Québec, vol. 2, no2, p. 46. (Gouvernement du Québec).
83 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 77.
84 Marie-Christine Saint-Jacques et autres (2004). « L’adaptation des enfants et des adolescents de
familles recomposées », dans Marie-Christine Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation,
monoparentalité et recomposition familiale : bilan d’une réalité complexe et pistes d’action,
Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, p. 91.
85 Marc Tison (2004). « Familles recomposées, finances décomposées », La Presse, 24 octobre, p. LPA1.
86 Marie-Christine Saint-Jacques et Claudine Parent (2002). La famille recomposée : une famille composée
sur un air différent, Montréal, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, p. 28-29.
87 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Colloque « Regards sur la diversité des familles » :
mieux comprendre pour mieux soutenir. [En ligne] http://www.agora.qc.ca/colloque/cfe2005.nsf
(Gouvernement du Québec); Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Prendre en compte la diversité
des familles, Avis, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 133 p. (Gouvernement du Québec).
88 Heather Juby et autres (2006). « Une nouvelle étape de la vie familiale : la naissance d’un enfant en
famille recomposée », dans Statistique Canada. Rapport sur l’état de la population du Canada 2000,
Ottawa, Statistique Canada, p. 212.
89 Conseil de la famille et de l’enfance (2005). Prendre en compte la diversité des familles, Avis, Québec,
Conseil de la famille et de l’enfance, p. 16-17. (Gouvernement du Québec).
165
,A RELATION
PARENT ENFANT
SE PROLONGE
Dibqjusf!5
Dibqjusf!5
Dibqjusf!5
:_Xg`ki\+
(--
La relation
La relationparent-enfant
parent-enfant
se prolonge
se prolonge
L’enfant grandit; toute la famille a traversé avec lui des événements heureux
et d’autres plus tumultueux. Le voilà maintenant jeune adulte. Un jour ou
l’autre, il quittera le domicile familial et, dans la majorité des cas, il deviendra à
son tour parent. Au cours de ces multiples transitions, la relation parent-enfant se
prolonge et se transforme, ce qui, invariablement, entraîne certains ajustements
et possiblement quelques difficultés.
La période d’entrée dans la vie adulte de l’enfant correspond aussi à de multiples
transformations dans la vie des parents. Notamment, elle coïncide souvent
avec la transition vers la retraite. Au moment où ils s’approprient leur rôle de
grands-parents, ils seront peut-être aussi appelés à soutenir leurs propres parents
dont l’autonomie diminue.
Tout comme à chacune des transitions familiales importantes, de multiples
facteurs influenceront la relation parent-enfant. Ce chapitre vient donc clore la
boucle au regard de l’évolution de cette relation au gré des différentes transi-
tions familiales. Voyons, à partir de la littérature spécialisée et des témoignages
recueillis, comment les familles s’adaptent à cette nouvelle étape de la vie.
Certaines périodes transitionnelles ont été évoquées dans ce rapport, d’autres, dans des publications antérieures du
Conseil, notamment Les familles avec adolescents, entre le doute et l’incertitude : le rapport 2001-2002 sur la situation
et les besoins des familles et des enfants.
167
4.1 4.1 L’adaptation à l’entrée dans la vie
4.1.1
adulte de l’enfant
Le phénomène Tanguy et les enfants boomerangs
Il est reconnu que la prolongation des études, les dettes accumulées, la difficulté à
obtenir un emploi stable et bien rémunéré ainsi que l’accès limité à des programmes
de protection du revenuII contribuent à retarder l’autonomie financière des jeunes
générations et incitent les parents à soutenir financièrement plus longtemps
leurs enfants majeurs, que ceux-ci habitent ou non au domicile familial.
De plus en plus, il est fait référence au phénomène « Tanguy »III pour décrire la
cohabitation prolongée d’enfants adultes avec leurs parents. En outre, certains
auteurs appellent « enfants boomerangs » ceux qui reviennent au domicile
familial après une absence prolongée. Mais à partir de quel âge est-on considéré
comme un « Tanguy »? Dix-huit ans? Vingt-cinq ans? Trente ans? On constate
que les perceptions diffèrent selon les individus et les communautés.
Les données statistiques offrent quelques indications sur ces phénomènesIV. On
note tout d’abord une prolongation de la cohabitation. Les résultats du dernier
recensement ont révélé que 41 % des 3,8 millions de jeunes canadiens âgés de 20
à 29 ans vivaient avec leurs parents en 2001 (27 % en 1981). Au Québec, chez le
même groupe d’âge, la proportion est passée de 31,9 % en 1981 à 39,2 % en 2001.
On dénombre davantage de garçons que de filles habitant avec leurs parents
après leur majorité (tableau 22).
Pour mieux saisir la situation des jeunes adultes, voir aussi le chapitre 1.
II Par exemple, l’aide sociale, l’assurance-emploi.
III Inspiré du film d’Étienne Chatillez, (2001) Tanguy, [Enregistrement vidéo], 109 min.
IV Il faut distinguer les données tirées du recensement et celles de l’Enquête sociale générale, ce qui peut provo-
quer des écarts au plan des données statistiques. Certaines sources comptabilisent les familles et d’autres
comptabilisent les enfants, plusieurs enfants majeurs pouvant se retrouver dans une même famille.
La plus forte augmentation a toutefois été observée au cours des années 1990. En 1991, 33 % des jeunes adultes
canadiens habitaient à la maison et, en 1996, ce chiffre s’établissait à 39 %. La proportion était de 47,1 % en Ontario.
Ce taux a augmenté dans toutes les provinces et dans tous les territoires canadiens; on note par ailleurs des
écarts importants entre les différentes régions (Statistique Canada, Profil des familles et des ménages canadiens :
la diversification se poursuit, p. 8; 31).
168
Tableau 22 Répartition en nombre et en pourcentage des jeunes
hommes et des jeunes femmes de 18 à 34 ans vivant
avec leurs parents, selon le groupe d’âge, Québec, 2001
Modalité de vie
Enfants vivant 18-19 ans 20-24 ans 25-29 ans 30-34 ans
avec leurs parents
1. Enfants vivant à la maison avec les parents ou un seul ou encore les deux grands-parents en
l’absence des parents, ce qui est notamment le cas de 2 110 jeunes hommes de 15 à 29 ans et d’un
certain nombre de 30 à 34 ans (nombre inférieur à 270).
2. Les totaux affichés diffèrent de la somme de leurs composantes, Statistique Canada arrondissant
les données.
Sources : Statistique Canada, Recensement du Canada de 2001, compilation effectuée par le
ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine à partir des données du
tableau 14 de la commande spéciale CO-0701 (univers des ménages privés).
Institut de la statistique du Québec, compilation à partir des données de Statistique Canada,
Recensement du Canada de 2001, « Situation domestique et familiale selon l’âge et le sexe,
Québec, 2001 » (univers des ménages collectifs), site Internet.
Tiré de : Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique
des familles au Québec, tableaux 3.3.10 et 3.3.11, p. 219 et 221.
Parmi les familles avec au moins un enfant mineur de 0 à 17 ans, il y a des enfants majeurs, mais on ne peut les
dénombrer (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au
Québec, tableau 3.1.7, p. 104).
II Le niveau de faible revenu familial de ces familles peut contribuer à expliquer cette tendance.
169
Tableau 23 Répartition en nombre des familles avec enfants, selon le type
de famille et le fait qu’elles ont au moins un enfant mineur ou
qu’elles n’ont que des enfants majeurs, Québec, 1996 et 2001
1996 2001
Avec au moins un Avec seulement Avec au moins Avec seulement Dont le plus
enfant mineur des enfants un enfant des enfants jeune a
(0 à 17 ans) majeurs Total mineur majeurs 18-29 ans1 Total
(18 ans ou plus) (0 à 17 ans) (18 ans ou plus)
Familles
947 055 339 465 1 286 520 895 085 372 730 191 765 1 267 820
avec enfants
Familles
752 920 224 160 977 080 692 075 240 145 131 335 932 225
biparentales
Familles
194 135 115 305 309 440 203 005 132 585 60 425 335 590
monoparentales
170
Tableau 24 Répartition en nombre et en pourcentage des enfants des
familles de recensement selon le type de famille dans
laquelle ils vivent et le groupe d’âge des enfants, Québec, 2001
Près du quart des enfants canadiens majeurs qui habitent avec leurs parents
seraient en fait des personnes qui reviennent au domicile familial. Selon une
récente étude, « [l]e retour au domicile parental au moins à une reprise a augmenté
avec chacune des cinq générations successives, en commençant par la première
vague des baby-boomers nés de 1947 à 1951 ». En général, les raisons évoquées
pour expliquer le retour au domicile parental sont les études, suivies des difficultés
financières à la suite de la perte d’un emploi ou la fin d’une relation conjugaleII.
Lorsque l’on compare, au Canada, les comportements domiciliaires de deux
générations, on constate effectivement une prolongation de la cohabitation
familiale, mais dans une proportion qui n’est peut-être pas aussi grande que l’on
pourrait s’y attendre. C’est ainsi que, chez les hommes de la première génération
des baby-boomers, 59 % avaient quitté le domicile familial avant leurs 21 ans,
comparativement à 46 % pour ceux de la génération X. Pour leur part, 74 % des
La probabilité que les personnes nées entre 1947 et 1951 reviennent vivre chez leurs parents au cours des cinq années
suivant leur départ du domicile parental étaient d’environ 12 % chez les hommes et de 10 % chez les femmes. Les
hommes nés entre 1972 et 1976 auraient tendance à y retourner dans une proportion de 32 %; les femmes, de 28 %.
Les jeunes Québécois sont souvent plus âgés que ceux des autres provinces quand ils quittent le domicile paren-
tal. Cependant, une fois partis, ils sont les moins susceptibles d’y revenir (Pascale Beaupré, Pierre Turcotte et Anne
Milan, 2006, « Fiston revient à la maison : tendances et indicateurs du retour au domicile parental », Tendances
sociales canadiennes, octobre, no 82, p. 28-34; Statistique Canada, 2006, « Étude : le retour au domicile parental »,
Le Quotidien, 3 octobre, site consulté le 3 novembre 2006).
II Parmi les jeunes sondés, 27 % évoquent la fin ou l’abandon des études; 25 %, des raisons financières; 11 %, une
rupture d’union (Pascale Beaupré, Pierre Turcotte et Anne Milan, 2006, « Fiston revient à la maison : tendances et
indicateurs du retour au domicile parental », Tendances sociales canadiennes, octobre, no 82, p. 30-31).
171
femmes de la première génération de baby-boomers avaient quitté la maison
pour la première fois avant leur 21e anniversaire, par rapport à 55 % des femmes
de la génération X.
L’augmentation du taux de cohabitation parent-enfant adulte est réelle, mais cela
ne signifie pas pour autant qu’elle est problématique. Plusieurs études proposent
un éclairage sur le phénomène des départs hâtifs et tardifsII. La situation familiale,
les conditions économiques générales, les occasions d’emploi, les pressions
financières vécues au sein de la famille ainsi que les relations familiales sont
évoquées comme motifs. À cela s’ajoutent des aspects culturels, le statut matri-
monial des parents, leur âge et leur état de santé.
À titre indicatif, mentionnons que le niveau de revenu des parents ne serait pas un
élément directement déterminant. On retrouve des enfants adultes cohabitants
dans les différentes classes socio-économiquesIII. Par contre, le lieu d’habitation
ainsi que le type de logement sont des éléments déterminants pour
Le lieu d’habitation ainsi la cohabitation prolongée. C’est ainsi que la difficulté à se loger sans
que le type de logement gruger une forte proportion de ses revenus est souvent évoquée
comme un élément important de la décision de demeurer plus
sont des éléments longtemps au domicile familial. À cet égard, on note une proportion
déterminants pour la plus importante de jeunes adultes habitant avec leurs parents dans
cohabitation prolongée les grands centres urbains que dans les petites localités ou en milieu
ruralIV. En outre, les maisons unifamiliales de type maison de plain-
pied offrent généralement suffisamment d’espace pour faciliter la cohabitation.
« Vivre avec mes parents m’aide à avoir une certaine qualité de vie, dira un jeune,
sinon je n’en aurais pas vraiment. »
Les enfants dont les parents sont nés en dehors du Canada auront aussi tendance
à demeurer plus longtemps au domicile familial. Certains évoquent des éléments
liés à la culture (aide aux aînés) et à la religion (cohabitation du couple non
envisagée hors mariage) pour expliquer cette tendance.
L’étude concerne les personnes nées entre 1952 et 1956 et celles nées entre 1972 et 1976 au Canada (Pascale Beaupré,
Pierre Turcotte et Anne Milan, 2006, « Quand fiston quittera-t-il la maison? Transition du domicile parental à
l’indépendance », Tendances sociales canadiennes, août, no 82, p. 8-9).
II L’information est tirée principalement de l’Enquête sociale générale de 2001. Consulter particulièrement les
numéros de la revue Tendances sociales canadiennes publiés au printemps 2006 et en août 2006.
III Les enfants vivant dans des familles aisées financièrement peuvent soit demeurer plus facilement dans le domicile
familial, soit se faire aider financièrement par leurs parents pour leur installation dans un autre logement. Par
ailleurs, dans des familles à faible revenu, la cohabitation peut être souhaitée pour s’entraider financièrement,
tandis qu’au contraire, chez d’autres, des pressions peuvent être exercées pour que l’enfant quitte le foyer.
IV Par exemple, le taux de cohabitation est de 41 % à Vancouver, de 28 % à Montréal et de 17 % dans les régions rurales
ou les petites villes (Martin Turcotte, 2006, « Les parents ayant des enfants adultes à la maison », Tendances sociales
canadiennes, printemps, no 80, p. 3).
Les parents sud-américains et asiatiques sont plus susceptibles d’habiter avec leurs enfants adultes. Par exemple, la
cohabitation serait trois fois plus courante dans les familles dont les parents sont nés en Asie que dans les familles
dont les parents sont nés au Canada. La durée de présence au Canada des parents immigrants, peu importe le pays
d’origine, influence aussi les écarts concernant la durée de cohabitation (Martin Turcotte, 2006, « Les parents ayant
des enfants adultes à la maison », Tendances sociales canadiennes, printemps, no 80, p. 3-4).
172
Les jeunes adultes vivant dans une famille monoparentale, recomposée ou
nombreuse (trois enfants et plus) ont tendance à partir plus tôt. La recherche
d’intimité ou la volonté d’acquérir une plus grande autonomie peuvent contribuer
au départ hâtif.
Le niveau de scolarité des parents ne serait pas un élément significatif; toutefois,
l’âge des parents lorsqu’eux-mêmes ont quitté la résidence familiale le serait1.
Ceux qui l’ont fait avant l’âge de 18 ans sont beaucoup moins susceptibles que les
autres d’habiter avec un enfant adulte. Si le parent a quitté le foyer familial après
ses 21 ans, il existe de fortes probabilités que ses enfants fassent de même. Deux
témoignages illustrent ces constats de recherche. Une mère dira en parlant de son
fils : « C’était clair pour moi, je l’avais prévenu qu’à sa majorité, il devrait se trouver
un appartement. Je me suis débrouillée jeune, il faut qu’il apprenne lui aussi. C’est
un service que je lui rends. » Ce point de vue diffère de celui d’une autre mère, qui
affirme que le fait de demeurer chez ses parents lui a donné un coup de pouce
avant qu’elle se trouve un bon emploi. Elle dira : « Je souhaite offrir à mes enfants
le même avantage, c’est pour moi un incitatif à ce qu’ils continuent leurs études
postsecondaires, et ça les aide financièrement avant de s’installer. »
Selon les chercheurs consultés, le niveau de scolarité des jeunes a une influence
sur le premier départ du domicile familial : « Les hommes qui ont fréquenté un
établissement d’enseignement postsecondaire avaient 12 % plus de chances de
quitter le domicile parental tôt comparativement aux jeunes hommes du même
âge qui ne possédaient qu’un diplôme d’études secondaires2. » La situation sur
le territoire et la qualité de l’emploi obtenu après les études peuvent être des
éléments expliquant cette tendance.
Des écarts sont aussi signalés entre le comportement des jeunes hommes et
celui des jeunes femmes, celles-ci quittant généralement plus tôt le domicile
familial. Au Québec, de 1981 à 2001, la part des 20-24 ans vivant avec leurs parents
est passée de 57 % à 63 % chez les hommes et de 37 % à 48 % chez les femmes3.
Toutefois, les raisons évoquées sont différentes de celles des générations
précédentes, car les jeunes femmes ne quittent plus majoritairement le domicile
parental pour se marier.
Sans le soutien financier des parents, observe-t-on, les jeunes sont davantage
contraints de se cantonner dans des emplois précaires, parfois ceux qu’ils
occupaient durant leurs études. « Les obligations financières des jeunes et le
peu d’épargne dont ils disposent, dira un intervenant communautaire, rendent
difficile la prise de risques, par exemple abandonner un emploi de commis qui
procure un revenu régulier pour accepter une offre d’emploi de courte durée
dans son domaine d’études. » Plus les obligations financières sont importantes,
plus les jeunes adultes sont susceptibles de cumuler plusieurs emplois précaires,
ce qui ne facilite pas la recherche intensive d’emploi dans le secteur désiré.
(Pascale Beaupré, Pierre Turcotte et Anne Milan, 2006, « Quand fiston quittera-t-il la maison? Transition du domicile
parental à l’indépendance », Tendances sociales canadiennes, août, no 82, p. 11). Si les jeunes adultes vivant dans une
famille monoparentale ont tendance à partir plus tôt, ceux qui ne le font pas semblent habiter avec leurs parents
beaucoup plus longtemps que dans les familles biparentales. En effet, en 2001, 25,8 % des familles biparentales
comptaient des enfants majeurs, comparativement à 39,5 % pour les familles monoparentales (Ministère de la
Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des familles au Québec, tableau 3.1.7, p. 104).
173
Si la situation se prolonge, les connaissances professionnelles acquises risquent
de devenir obsolètes. Riche de son expérience de présidente du Conseil permanent
de la jeunesse, Clairandrée Cauchy soutenait en 2001 que, si les jeunes « collent »
plus longtemps à la maison, « c’est qu’ils ont peur de partir sans filet, que souvent
ils n’ont pas les moyens de partir ou encore qu’ils ont peur de revenir entre
deux contrats4 ».
Estimation sommaire d’une planificatrice financière : 50 $ par semaine pour la nourriture; 125 $ de plus sur la facture
annuelle d’électricité; 325 $ pour les coûts d’emprunt de la voiture au cours de l’année; autres frais (ex. : soins dentaires)
(Marc Tison, 2005, « Jeunes adultes, les coûts et bénéfices », La Presse, 24 avril, p. 2).
II En 1996, 2 % des jeunes couples habitaient au domicile d’un de leurs parents; en 2001, ce taux avait doublé
(Marc Tison, 2005, « Une cohabitation consentie », La Presse, 24 avril, p. 3).
174
Des chercheurs expliquent que la réaction des parents vis-à-vis de la cohabitation
avec des enfants majeurs est souvent associée au fait que le départ de la maison
constitue un geste symbolique. Il représente en principe l’entrée dans la vie
adulte. Collectivement, on reconnaît que, au moment de cette transition, l’enfant
est devenu une femme ou un homme autonome et responsable. Dans ce sens, ce
départ procure généralement aux parents la satisfaction d’avoir réussi à s’acquitter
de leur devoir d’élever leur enfant. Des parents expriment qu’ils sentent avoir
réussi leur rôle d’éducateurs.
Toutefois, même dans les meilleures conditions, lorsque la cohabitation se
prolonge, la majorité des parents se questionne sur l’attitude à adopter. Leur rend-
on service en les hébergeant, en les soutenant financièrement? Est-ce qu’on les
couve trop? Devrait-on être plus exigeant? On sent qu’il ne s’agit
pas seulement d’une question de cohabitation, mais de relation à
Il ne s’agit pas seulement
préserver, comme le révèle le témoignage d’un parent expliquant
pourquoi il cherche à se faire conciliant vis-à-vis de la cohabitation : d’une question de
« Il serait dommage de briser la belle relation que nous avons établie cohabitation, mais de
au fil du temps. Si le départ est précipité et se fait à la suite d’une relation à préserver
chicane, j’ai peur d’une coupure définitive entre nous. »
Il est aussi observé que le niveau de tolérance et l’approche à l’égard de la
cohabitation avec des enfants majeurs ne sont pas nécessairement les mêmes
pour la mère et pour le père, une situation qui peut se complexifier si des
beaux-parents sont impliqués. Ainsi, on observe que la cohabitation et surtout
le soutien économique qu’elle implique deviennent, dans certaines familles,
une source potentielle de conflits entre les parents, entre le parent et le beau-
parent, entre le parent, le beau-parent et l’enfant, et, éventuellement, dans la
fratrie. Par exemple, un parent pourra être fâché de certains achats faits par le
jeune tandis que lui ne se les permet pas.
De plus, les non-dits, les hésitations dans certaines familles à aborder franchement
la question de la cohabitation peuvent indiquer des difficultés de communication.
Les parents sont sensibles au risque d’abus et de manipulation. Chacun a ses
limites et espère que son enfant ne les dépassera pas, mais n’exprime toutefois
pas toujours correctement ses attentes. Il en serait de même pour le jeune adulte,
quoique peu de recherches nous informent sur la perception que les jeunes ont de
cette cohabitation prolongée.
L’information recueillie fait ressortir que, la plupart du temps, les parents souhai-
tent des améliorations dans le comportement de l’enfant adulte avec lequel ils
cohabitent. Le peu de participation aux tâches domestiques se révèle un élément
qui irrite plus d’un parent. « Ils semblent nous prendre pour acquis comme si on
était à leur service », entend-on. Plusieurs font état de manquements au respect,
par exemple emprunter la voiture sans la demander, ne jamais mettre d’essence,
ne pas replacer les objets lorsqu’on les utilise, ne pas aviser de son retard lorsqu’on
est attendu pour le repas. Ce sont là des façons d’agir que les parents ont cherché
à inculquer à leurs enfants; ils s’attendent à ce qu’elles soient acquises. Avoir à les
répéter à un adulte est pour plusieurs parents inacceptable.
175
À ce stade de leur vie, des parents disent souhaiter penser à leurs propres besoins.
À l’occasion, ils sentent leurs enfants envahissants. « Quand ils étaient jeunes, on
pouvait leur dire d’aller se coucher, mais là, ils arrivent et partent à toute heure du
jour et de la nuit… c’est difficile d’avoir notre intimité », confie-t-on.
Lorsque l’enfant majeur revient dans le foyer familial après une absence de
plusieurs années, la « lune de miel » risque d’être de courte durée, chacun se
rendant compte que les habitudes de vie respectives ne sont plus les mêmes.
« Aussitôt qu’ils mettent les pieds dans la maison, constate un parent, c’est comme
s’ils redevenaient des ados. » En contrepartie, un jeune qui a vécu l’expérience dira
que ce n’est pas évident de respecter un horaire familial (par exemple, les heures
de repas) après avoir goûté à plus de liberté.
La question financière préoccupe particulièrement les parents. Doit-on demander
une pension? Pour certains, il est légitime d’exiger des frais de pension, mais cet
usage ne semble pas généralisé. « C’est difficile de demander une contribution
financière, surtout si les jeunes sont encore aux études ou sans emploi », disent
certains. Pour d’autres parents, il s’agit d’une question de principe : « c’est une
façon de leur apprendre à gérer leur budget ». Certains redonneront l’argent perçu
ultérieurement, par exemple au moment où l’enfant s’installera en appartement.
Plusieurs parents affirment que l’instruction constitue en quelque sorte l’héritage
de leurs enfants et assument de bon gré les frais générés par la cohabitation
durant les études et au cours de la période d’insertion professionnelle. Certains
déplorent toutefois que la fiscalité ne prenne pas ou très peu en compte la charge
financière des enfants majeurs. On note cependant qu’il existe des échanges de
services qui peuvent venir compenser cette charge.
Certains parents se disent soucieux de préserver l’équité pour
Chez des parents qui ont tous leurs enfants, y compris ceux qui sont devenus autonomes.
la charge quotidienne À cet égard, il est observé que le sentiment de frustration est plus
d’enfants majeurs important chez les parents qui ont plus d’un enfant majeur à leur
nécessitant une assistance charge à la maison. Lorsqu’il y a des enfants mineurs à la maison,
on constate qu’à chaque départ d’un enfant du foyer familial, les
à cause d’un handicap relations entre les parents et les autres enfants se modifient et
physique ou mental, la qu’une nouvelle dynamique familiale s’instaure.
cohabitation prolongée est
Chez des parents qui ont la charge quotidienne d’enfants majeurs
un rappel constant de la nécessitant une assistance à cause d’un handicap physique ou
lourde responsabilité mental, la cohabitation prolongée est un rappel constant de la
qu’ils assument lourde responsabilité qu’ils assument. Un parent explique que
c’est difficile de voir les enfants des autres quitter le domicile, de
constater que d’autres parents ont des projets personnels, ont plus de temps
pour leurs loisirs et plus d’argent pour eux. « C’est un nouveau deuil à faire, celui
de la retraite paisible… c’est frustrant », dira-t-il.
Ce sentiment de frustration est constaté chez d’autres parents, notamment chez
ceux qui se sentent piégés parce qu’ils estiment que les enfants profitent de leur
hospitalité sans offrir grand-chose en retour et, dans certains cas, leur occasion-
nent d’importants problèmes. C’est ainsi que des parents vont donner un délai
à l’enfant pour quitter le foyer. Des parents avouent avoir déménagé dans un
176
logement plus petit pour mettre fin à la cohabitation. D’autres, dont les enfants
éprouvent des problèmes de comportement ou de dépendance, disent se sentir
dans une impasse. Par exemple, lorsque l’enfant adulte n’est pas admissible à l’aide
sociale, ils se sentent dans l’obligation de pourvoir à ses besoins. « Même si les
enfants ont des “jobbines”, cela ne les rend pas pour autant autonomes », dira l’un
d’eux. Dans des cas exceptionnels, certains parents vont carrément mettre l’enfant
à la porte en argumentant que c’est une façon de lui dire de se prendre en charge,
tout en étant conscients du risque qu’il s’enfonce dans la pauvreté à long terme.
À ce sujet, des personnes s’interrogent sur l’approche des gouvernements à l’égard
des jeunes adultes qui vivent des difficultés d’insertion dans la sociétéII. « Est-ce
qu’en les laissant vivre dans la pauvreté, on les aide vraiment? », se questionne
une personne au sujet des mesures d’aide sociale. « Est-ce pertinent d’évoquer
le principe de solidarité familiale pour réduire une prestation lorsqu’il y a
cohabitation avec ses parents? »III Des intervenants sociaux estiment qu’un départ
hâtif de la maison (par exemple, autour de 18 ans) risque d’entraîner des consé-
quences malheureuses pour le jeune, surtout lorsque les relations familiales sont
conflictuelles. Les jeunes peuvent avoir l’impression de ne pas pouvoir compter
sur leurs parents s’ils ont besoin d’aide. Dans ces cas, on affirme que le risque est
plus important de les voir cheminer dans la vie avec un faible réseau d’entraide
familial et social, avec toutes les répercussions que cela peut avoir, notamment
lorsqu’eux aussi deviendront parents.
Par ailleurs, des recherches scientifiques et des témoignages confirment que
des parents peuvent ressentir un vide lorsque les enfants quittent le domicile
familial, particulièrement le dernier ou celui avec lequel ils avaient plus d’affinités.
Cette situation affecte non seulement les mères, mais aussi les pères5, comme le
laissent entendre les propos suivants : « Mon mari semble plus affecté que moi
par le départ de notre fille ». Ce vide a des répercussions dans la relation du couple.
Ceux qui n’avaient pas développé d’autres centres d’intérêt communs que les
enfants sont appelés à vivre plus intensément le choc de la solitude après le départ
du dernier enfant. La solitude peut aussi se vivre difficilement pour un parent seul.
À cet égard, une mère relate : « Lorsque ma fille a quitté la maison, j’ai presque fait
une dépression. » Elle ajoute : « J’ai repris goût à la vie avec l’arrivée du premier
petit-enfant. »
177
4.2 4.2 L’adaptation au moment de l’arrivée
du petit-enfant
Généralement, les jeunes prolongent la cohabitation avec leurs parents pour des
raisons économiques, mais éventuellement d’autres raisons les amèneront à voler
de leurs propres ailes. La rencontre de l’âme sœur constitue souvent un élément
déclencheur. Ensuite, vient le moment où un jeune couple annonce à ses proches
la venue d’un enfant.
Des chercheurs soutiennent que cet événement est symbolique. « Autour d’un
petit-enfant, on assiste à une recomposition et à une redéfinition des rapports
et des équilibres relationnels et de pouvoir au sein de la famille » ainsi qu’à un
remaniement des liens familiaux6. Ainsi, « devenir parent n’engage pas seulement
à renoncer à sa place d’enfant, mais confronte également au vieillissement
de ses propres parents7 ». En outre, l’enfant crée des liens inaliénables, chacun
des membres de la famille est appelé à se voir d’un œil nouveau. On observe
notamment que, au moment de cette transition, chaque conjoint semble attendre
de ses beaux-parents une nouvelle reconnaissance. Pour ceux-ci, la belle-fille ou le
gendre n’est plus la blonde de leur fils ou le chum de leur fille, mais la mère ou le
père de leur petit-enfant.
Devenir grand-parent est une étape importante de la vie familiale. Selon la
sociologue Renée B. Dandurand, les recherches récentes sur l’entraide familiale en
milieu urbain montrent que le maillon le plus fort entre les générations vivant en
ménages distincts demeure celui qui unit les parents et les descendants quand
ceux-ci deviennent à leur tour conjoints et parents. Et ce lien concernerait plus
particulièrement la relation mère-fille8. Claudine Attias-Donfut, spécialiste des
relations intergénérationnelles, constate que c’est souvent à la naissance d’un
petit-enfant que la descendance s’accomplit pleinement : « Il se produit alors
une véritable révolution dans les relations entre les générations, une permuta-
tion symbolique des places. L’arrivée du nouveau-né repousse chacun le long de
l’échelle généalogique9. » Elle observe que « les liens que vont
nouer les grands-parents avec leur petit-enfant sont de puissants
Les liens que vont nouer
révélateurs de la qualité des liens de filiation10. »
les grands-parents avec
leur petit-enfant sont de Si la symbolique de l’arrivée d’un enfant est demeurée constante
dans le temps, le profil des grands-parents s’est, à certains égards,
puissants révélateurs de la
modifié. On estimait à environ 5,7 millions le nombre de grands-
qualité des liens de filiation parents au Canada en 200111. Avec la prolongation de la vie, il est
de moins en moins rare de voir quatre générations coexister à
la naissance du premier petit-enfant de la famille. La majorité des nouvelles
grands-mères auront été actives sur le marché du travail. Un plus grand nombre
de nouveaux grands-pères se seront impliqués dans les soins aux enfants.
Plusieurs grands-parents auront connu une rupture conjugale au moment où
178
leurs enfants étaient en bas âge. Contrairement aux générations précédentes,
celle d’aujourd’hui verra plus rarement des grands-parents ayant encore la
charge d’enfants mineurs. Les grands-parents sont aussi appelés à avoir moins
de petits-enfants qu’en ont eu leurs propres parents; chaque grand-parent avait
en moyenne 4,7 petits-enfants en 2001II.
Il faut aussi s’attendre que l’entrée dans la grand-parentalité devienne de plus en
plus tardive avec le report de la naissance du premier enfant. Seulement 2 % des
femmes et 1 % des hommes âgés de 45 ans et moins étaient grands-parents en
2001 (figure 4). Dans le groupe des 55-64 ans, près des deux tiers des femmes et
un peu plus de la moitié des hommes étaient grands-parents. Environ 80 % des
femmes âgées de 65 ans et plus étaient grands-mères, alors que 74 % des hommes
de cet âge étaient grands-pères12. La majorité des grands-parents vivent en couple
(tableau 25). Les données recueillis lors du recensement de 2001 font ressortir
que 53 % de tous les grands-parents étaient retraités; 30 % faisaient partie de la
population active, et 11 % des répondants disaient avoir pour activité principale de
fournir de l’aide ménagère ou de prendre soin des enfants13 (tableau 26).
'RAND PnRE
'RAND MnRE
ANS ET MOINS ET ANS ET ANS ET ANS ANS ET PLUS
Note : La proportion des grands-pères de moins de 45 ans est à utiliser avec prudence, considérant le
faible échantillonnage.
Source : Statistique Canada, Enquête sociale canadienne (ESG), 2001,
Tiré de : Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et
petits-enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 4.
Il est possible toutefois que des enfants majeurs habitent avec les parents. Le phénomène des deuxièmes familles
ou des familles recomposées peut par ailleurs faire en sorte que l’on soit à la fois grands-parents (beaux-grands-
parents) et parents (beaux-parents) d’enfants mineurs.
II En 1991, on observait que, chez les grands-parents canadiens de 65 ans, 5 % avaient un petit-enfant; 29 % en avaient
de deux à quatre; 25 % en avaient de cinq à neuf; 18 % en avaient dix ou plus (Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone,
Être grand-parent au Canada, p. 5. Voir aussi Anne Milan et Brian Hamm, 2003, « Les liens entre les générations :
grands-parents et petits enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 4).
179
Tableau 25 État civil des grands-parents au Canada, 2001
Mariés 68 %
Union libre 4%
Veuves, veufs 18 %
Divorcés, séparés ou n’avaient jamais été mariés 4%
Source : Statistique Canada, l’Enquête sociale canadienne (ESG)
Tiré de : Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et
petits-enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 3.
180
Quoiqu’une diversité de moyens de communication soit utilisée par les familles
pour maintenir les contacts, on observe que la distance physique peut aussi
influencer les relations. En effet, une étude a démontré que, si une distance de
moins de dix kilomètres sépare grands-parents et petit-enfant, ce dernier leur rend
visite en moyenne cent fois par année, alors qu’à une distance de 120 kilomètres
et plus, les visites du petit se réduisent à environ trois ou quatre par année19.
L’arrivée de l’enfant serait aussi un moment charnière pour le retour dans la région
d’origine, cet événement provoquant chez certains jeunes parents le besoin de se
rapprocher de la parenté20.
181
Le désir de donner, oui, mais pas au prix de me renier complètement. » D’un autre
côté, des hommes qui ont généralement été centrés sur leurs besoins et sur leurs
réalisations personnelles et professionnelles auraient tendance à ressentir un
plus grand besoin d’entrer en contact avec les autres, « de donner, d’être à l’écoute
des besoins de l’autre ». Les attentes des uns et des autres peuvent aussi différer.
Pour plusieurs, l’émancipation de leurs enfants constitue un moment propice pour
réaliser des projets personnels longtemps reportés à cause de la charge financière
qu’ils représentaient. « Enfin penser à nous! » reflète la pensée d’un bon nombre
de parents à cette étape de leur vie.
182
plus », confie une personne dont la mère souffre d’Alzheimer et qui en fait graduel-
lement le deuil. La perte des facultés d’un parent renvoie à son propre vieillissement.
Inévitablement, des décès surviendront dans l’environnement familial, sources de
vives émotions et, pour certains, de responsabilités successorales. « Même à notre
âge, c’est un coup dur lorsque l’on réalise que l’on est orphelin », entend-on.
La littérature scientifique traitant du vieillissement et de la vulnérabilité des
personnes du grand âge rejoint les témoignages recueillis. Plusieurs études
décrivent les multiples effets sur les familles, notamment sur la conciliation
famille-travail21. Il est fait état d’épuisement physique et psychologique chez des
aidants familiaux. Des chercheurs constatent que généralement les enfants sont
favorables à l’idée d’apporter un soutien affectif et instrumental à leurs parents
(par exemple, les accompagner à une visite médicale, les activités récréatives),
mais ils ont de fortes réticences à accepter le rôle de soignants, surtout lorsque
cela implique des soins intimes22. Dans des cas ultimes, la relation est renversée,
observent des spécialistes. Le parent devient comme un enfant, ce qui ne se fait
pas sans conséquences importantes sur celles et ceux qui vivent cette permuta-
tion des rôles.
Les personnes qui sont engagées dans un rôle d’aidant voient généralement
diminuer leur disponibilité physique et mentale pour les autres membres de la
famille. Dans le cas des nouveaux grands-parents, cela influence la relation qu’ils
auront avec leurs petits-enfants.
En 2005, 68 % des hommes âgés de 55 à 64 ans avaient un emploi, alors que c’était le cas de 59 % d’entre eux en
1998; 51 % des femmes avaient un emploi en 2005, comparativement à 41 % six ans auparavant (Statistique Canada,
2006, « Enquête sociale générale : L’emploi du temps des Canadiens âgés », Le Quotidien, 26 juillet, site consulté
le 26 juillet 2006).
183
La cinquantaine serait particulièrement difficile à vivre pour les personnes qui
n’apprécient pas leurs fonctions, car elles disent se sentir coincées, sachant qu’il
leur sera difficile de se faire embaucher ailleurs ou qu’elles ont trop à perdre
relativement à leur régime collectif de retraite si elles partent. La situation est
particulièrement pénible pour celles et ceux qui perdent leur gagne-pain, comme
le signale le témoignage suivant : « C’est très dur pour le moral. Après des tentatives
de recherche d’emploi, on finit par prendre sa retraite, mais c’est une retraite
forcée. » Plusieurs personnes ont confié au Conseil que la période entourant la
décision de prendre sa retraite, surtout lorsque des pressions s’exercent dans le
milieu de travail, donne lieu à des moments d’angoisse qui affectent le moral
et les relations interpersonnelles. « Ma retraite, je l’ai acceptée à l’usure », confie
un retraité. À propos des difficultés vécues lors de cette période, un autre avoue :
« c’est venu ternir la joie que je ressentais d’avoir des petits-enfants ».
Les recherches et les témoignages font ressortir que les nouveaux retraités
doivent s’adapter à de multiples changements. La perte du réseau social serait
un des éléments les plus difficiles à vivre. « Si toute ta vie tu ne te valorisais que
par le travail, tu risques la dépression », prévient un retraité. Des ajustements sont
aussi nécessaires dans la vie de couple. Le départ des enfants et la fin de la vie
professionnelle apparaissent une occasion de rapprochement pour les uns et
d’éloignement pour les autres. Le nombre de divorces après plusieurs années de
mariage est un indice des difficultés que peuvent éprouver les couples. La rupture
ne se fait pas sans conséquence chez les enfants, comme le laisse entendre une
personne qui a vécu l’expérience : « Lorsque mes parents ont divorcé, je me suis
sentie prise entre les deux. Mon père n’était pas vraiment autonome dans la
maison et ma mère avait de la difficulté à vivre seule. »
Après l’euphorie des premiers mois de la retraite viennent les remises en question.
Les chercheurs le constatent, le risque d’isolement est important à cette période
de la vie. « Heureusement qu’il y avait la Maison des grands-parents », dira un
participant aux consultations. Ils furent nombreux à souligner l’importance de ces
lieux de rencontre. « On rend service aux autres et en particulier aux enfants, mais
aussi on peut échanger avec d’autres personnes qui vivent la même chose que
nous. » Il a aussi été fait mention de la difficulté à gérer son temps. « Le bénévolat,
c’est important pour ne pas se sentir seule, mais ce n’est pas si facile que cela
de trouver un milieu qui nous convienne », dira une personne qui a fait plusieurs
essais avant de trouver l’activité qui lui convenait. On déclare aussi qu’il faut avoir
les moyens de faire du bénévolat. Les frais de déplacement, par exemple, peuvent
s’avérer une grosse dépense pour des personnes à faible revenu.
D’autres témoignages présentent l’image d’une personne retraitée active et très
occupée. « Depuis que je suis à la retraite, mon agenda n’a jamais été aussi rempli »,
dit une personne consultée. Chez certains, cette période correspond à une période
de rêve. « On n’a plus d’horaire imposé, on choisit ce que l’on veut faire, on est en
forme, c’est la belle vie! », un témoignage qui rejoint des résultats de sondages
Sur les 17 054 divorces prononcés en 2000, 2 256 (13,2 %) survenaient après 20 à 24 ans de mariage et 1 660 (9,7 %),
après 25 à 29 ans de mariage (Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Un portrait statistique des
familles au Québec, tableau 1.12, p. 50).
184
montrant qu’un grand nombre de retraitées et de retraités apprécient cette
étape de leur vie. Certaines personnes découvrent des activités qui les valorisent.
Certaines feront un retour sur le marché du travail, mais il ne s’agirait pas d’une
tendance significative au Canada, observent des chercheurs, qui notent toutefois
que de plus en plus les statuts de travailleur et de retraité se combinent et alternent
dans le tempsII. Ainsi, dans certains cas, la recherche d’un emploi rémunéré s’avère
une nécessité financière; d’autres le font pour d’autres raisons, plus personnellesIII.
La retraite provoque aussi chez certaines personnes nées à l’extérieur du Québec
le désir de retourner dans leur pays d’origine, mais le fait de devoir quitter leurs
enfants majeurs leur impose des choix difficiles. Certains décideront d’alterner
les séjours dans le pays d’origine et le pays d’accueil, ce qui inévitablement
aura des répercussions sur leur disponibilité auprès de leurs petits-enfants.
Par ailleurs, certaines études laissent voir que cette période peut être difficile pour
les personnes immigrantes qui n’ont pu accumuler les ressources suffisantes pour
leur retraite, travaillant parfois dans des secteurs non qualifiés, peu rémunérés ou
présentant plus de risques sur le plan de la santéIV.
L’aspect financier
Lors des consultations, ils furent nombreux à souligner que « liberté 55 » était
un slogan publicitaire qui ne reflétait pas la réalité de la majorité. La situation
financière de cette génération ne serait pas aussi reluisante qu’on peut le penser.
Notons, par exemple, l’étude publiée par BMO Groupe financier qui révèle que bon
nombre (73 %) des baby-boomers ont quelques difficultés à boucler leur budget, la
majorité étant encore aux prises avec des dettes importantes. Près de 20 % de ce
groupe n’aurait pas encore épargné pour la retraite. Trois baby-boomers sur cinq
ayant des enfants de 18 ans et plus offrent un soutien financier à leur progéniture.
Pour ajouter à cette charge, le quart de ces mêmes baby-boomers dont les parents
sont toujours vivants doivent s’occuper d’un de leurs parents, voire des deux,
de façon régulière23.
La situation financière au seuil de la retraite est assurément le reflet des conditions
de travail antérieures. « Ce n’est pas tout le monde qui aura connu un emploi
stable, bien rémunéré, avec de bonnes couvertures en cas de maladie ou de
retraite », déplore-t-on. Bon nombre de personnes à cet âge ne peuvent compter
que sur l’aide financière de l’État. En outre, bien des aléas de la vie peuvent avoir
Selon une étude de Statistique Canada, un peu plus du cinquième (22 %) des personnes qui ont pris leur retraite
entre 1992 et 2002 à l’âge de 50 ans ou plus sont retournées exercer un travail rémunéré quelconque (Statistique
Canada, 2005, « Étude : Le travail après la retraite », Le Quotidien, 23 septembre, site consulté le 10 octobre 2006).
II Des chercheurs font ressortir la diversification des situations (Stephane Crespo, Une étude exhaustive des formes de
transition vers la retraite, 272 p.). La tendance au retour sur le marché du travail serait plus forte aux États-Unis qu’au
Canada. Des retraités étasuniens retourneraient notamment en emploi pour avoir accès au régime collectif de soins
de santé offert par certaines entreprises.
III On évoque l’amour du travail, le désir de rendre service, l’ennui à la retraite (Statistique Canada, 2005, « Étude :
Le travail après la retraite », Le Quotidien, 23 septembre, site consulté le 10 octobre 2006).
IV Cette situation n’est pas réservée aux seules personnes immigrantes (Claudio Bolzman, « L’avenir des immigrés âgés »,
dans Stefano Cavalli, et Jean-Pierre Franière (sous la dir. de), L’avenir. Attentes, projets, (dés)illusions, ouvertures, p. 1-11).
185
réduit les ressources financières. Il est fait référence notamment à la maladie, au
handicap, mais aussi aux ruptures conjugales. C’est aussi au moment de la retraite,
fait remarquer une conseillère financière, que des femmes se rendent compte des
conséquences de leurs arrêts de travail à l’occasion des maternités. Certaines de
celles-ci devront retarder le moment de leur retraite; d’autres partiront avec de
grosses pénalités actuarielles. C’est une situation que déplorent les personnes
qui auraient souhaité des contributions compensatoires au régime de retraite,
d’autant plus, rappelle une retraitée, qu’à l’époque où les femmes ont eu leurs
enfants, le remplacement du revenu était faible et le congé, très court. « C’était
une amélioration par rapport à nos mères, mais rien de comparable avec les
congés parentaux d’aujourd’hui », ajoute-t-elle.
Les écarts entre les salaires des femmes et ceux des hommes, le niveau de
protection sociale advenant l’incapacité à exercer des activités de travail rémuné-
rées, le faible taux d’épargne de l’ensemble des ménages, le faible revenu d’une
majorité de familles monoparentales sont des indices que la situation financière au
moment de l’entrée dans la grand-parentalité peut être précaire. Une étude récente
de Statistique Canada signale notamment les risques d’appauvrissement à la suite
du décès du conjoint. Le veuvage aurait une incidence sur le revenu des femmes
de tous les groupes de revenu. « Non seulement les veuves ont-elles vu leur revenu
rajusté diminuer, mais un grand nombre d’entre elles l’ont vu tomber au-dessous du
seuil de faible revenu durant le veuvage », soutiennent les chercheurs.
Parmi ceux qui se disent privilégiés, nombreux se félicitent d’avoir investi dans une
propriété. « Heureusement que ma maison est payée. Ce fut de l’épargne forcée,
mais aujourd’hui, c’est mon seul véritable avoir », dira un parent
Toute la question du qui s’inquiète pour la nouvelle génération, laquelle risque d’avoir
de moins en moins accès à la propriété. Cela amène d’ailleurs des
logement semble préoccuper
parents qui le peuvent à faire des legs de leur vivant à leurs enfants
plusieurs personnes à cette pour l’achat d’une résidence. Cependant, « avoir une maison ne
période de leur vie signifie pas qu’on a des liquidités, soutient un grand-père, c’est très
stressant de penser aux réparations qu’il y aura à faire. » En fait, toute
la question du logement semble préoccuper plusieurs personnes à cette période
de leur vie. « Habiter un condo coûte plus cher que le prix que je pourrais avoir
pour mon bungalow », dira un retraité. « De plus, il faut penser à l’avenir, qu’est-ce
qu’il va nous rester en épargne lorsque l’on aura 90 ans? » s’interroge-t-on.
Certains soulèvent le dilemme de plusieurs personnes à l’aube de la retraite :
réaliser des projets personnels au début du troisième âge et risquer de vivre
pauvrement au quatrième âge ou épargner pour s’assurer des services de qualité
à la fin de sa vie pour ne pas être à la charge de ses enfants et de la collectivité.
Les propos d’une retraitée active reflète les préoccupations de plusieurs : « Nous
sommes en pleine forme et avons plein de projets, comme faire des voyages, mais
les ressources financières manquent pour nous permettre de vivre une retraite
à notre goût. » En outre, plusieurs témoignages recueillis lors des consultations
confirment que la génération concernée a certaines appréhensions à l’égard
Cinq ans après être devenues veuves, 8,7% des femmes vivaient en situation de faible revenu, comparativement à
5,1% des hommes. Le revenu est mesuré selon le revenu familial total avant impôt en dollars constants de 2003, et
a été rajusté pour tenir compte de la taille et de la composition de la famille (Statistique Canada, 2006, « Étude :
Le décès d’un conjoint et les conséquences sur le revenu », Le Quotidien, 10 juillet, site consulté le 10 juillet 2006).
186
des services publics de santé. « La tendance est au maintien à domicile, mais qui
offrira les services lorsqu’il y aura de moins en moins de jeunes et que ceux-ci
seront scolarisés et peu intéressés par ce secteur d’emploi, surtout si les salaires
sont aussi bas? » se questionne-t-on. Une autre personne déplore l’attitude de
certains intervenants, qui insistent « fortement » pour que les proches prennent
en charge les soins aux membres de la famille en perte d’autonomie ou après une
hospitalisation. Elle ajoute : « on nous laisse entendre que c’est temporaire et que
l’on va nous apporter de l’aide, mais la réalité est tout autre ».
Plusieurs posent un regard sévère sur certaines politiques et orientations
institutionnelles. « Tu vois tes parents obligés de vivre séparément parce qu’il y
a peu d’endroits pour accueillir simultanément des personnes autonomes et
non autonomes », constate une personne qui déplore que, lorsque cela est
possible, les frais d’hébergement soient trop élevés pour une grande partie des
aînés. Cette inquiétude rejoint le commentaire d’une quinquagénaire : « Les
économies de mon père fondent au soleil pour payer les frais de maintien à
domicile. Qu’est-ce qu’il va lui arriver lorsqu’il sera sans le sou? Lorsque ce sera
à notre tour? »
Cet aperçu des transformations entourant cette période de la vie vient rappeler
la multiplicité des facteurs pouvant influencer l’exercice de la grand-parentalité.
Comment des personnes retraitées qui ont perdu leurs repères et qui se sentent
isolées accueilleront-elles leurs petits-enfants? Comment des grands-parents
qui donnent des soins à leurs parents (ou à leur conjointe ou conjoint) en perte
d’autonomie vivront-ils cette expérience de la grand-parentalité? Comment des
personnes actives et soucieuses de leur bien-être s’approprieront-elles leur rôle
de grand-parent?
D’autres font mention de frais très élevés pour les services dans des centres d’hébergement privés. Le fait que le
montant de la contribution dans les centres d’hébergement publics est établi en fonction du revenu familial peut
placer la conjointe ou le conjoint de la personne hébergée dans une situation financière précaire.
187
de socialisation et de mémoire, et contribuent à l’équilibre des petits-enfants,
soutient-on. Pourtant, malgré le fait qu’ils sont des figures familiales marquantes,
certains considèrent qu’ils sont « les grands oubliés de notre société », tout parti-
culièrement les grands-pères27. Même si de nombreuses recherches ont porté sur
les grands-parents, « peu d’entre elles se sont penchées sur la manière dont ce
rôle est négocié et encore moins sur la nature de ces négociations28 ». Pour cette
raison, il serait encore difficile de saisir pleinement toute l’ampleur de la diversité
de l’exercice de la grand-parentalité.
Par exemple, la relation sera différente lorsque les petits-enfants vivront leur adolescence. La relation varie aussi
selon l’évolution de l’état de santé des grands-parents. Des auteurs font référence aux deux temps de la grand-
parentalité : celui des grands-parents autonomes et celui des grands-parents nécessitant des soins constants
(Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen, Grands-parents : la famille à travers les générations, p. 19).
188
Par ailleurs, le désir des grands-parents de côtoyer fréquemment leurs petits-
enfants apparaît légitime. « Ils grandissent tellement vite », dira l’un d’eux, qui se
dit déçu quand les enfants ne viennent pas régulièrement. Or, la fréquence des
contacts semble constituer une source d’irritation. Plusieurs nouveaux parents
disent avoir ressenti une pression à cause des attentes de leurs parents. « C’est
difficile de satisfaire tous les grands-parents; à les écouter, on passerait toutes
nos fins de semaine avec eux. » Cette situation se complexifie lorsque les grands-
parents sont séparés, comme le signale quelqu’un qui vit l’expérience : « Ça fait
beaucoup de monde à satisfaire, et parfois on se sent coupable de leur dire que
l’on a autre chose au programme. » Un autre ajoute : « Ça devient compliqué, il
faudrait aller aussi souvent chez les uns que chez les autres. » La coordination des
visites durant les congés spéciaux ou lors d’événements festifs serait devenue un
véritable casse-tête pour les jeunes couples. « Il faudrait se séparer en quatre à
Noël », explique un parent qui dit pouvoir compter sur la compréhension de ses
grands-parents, mais qui est sensible à leur déception.
Le désir d’un rapprochement lorsque l’enfant devient parent à son tour est
démontré, mais l’intensité du besoin de rapprochement chez des grands-parents
ne correspondrait pas nécessairement à celui des enfants, une situation qu’un
chercheur évoque en ces termes : « Les petits-enfants servent finalement de trait
d’union entre deux générations qui n’auraient, sans cela, peut-être
plus rien à se dire33. » En effet, on observe que, dans une certaine Les petits-enfants servent
mesure, la relation entre les grands-parents et les petits-enfants est
tributaire de l’attitude des parents. Certains encouragent la relation,
finalement de trait d’union
d’autres se sentent menacés ou envahis. entre deux générations
qui n’auraient, sans cela,
On se rappellera qu’à partir de l’adolescence une saine distance
correspondant à l’entrée graduelle dans la vie adulte s’est établie
peut-être plus rien à se dire
dans la relation parent-enfant. L’arrivée de l’enfant réveillerait chez
certaines personnes des blessures du passé. Un parent confie : « Cette naissance
m’a forcé à me rapprocher de mes parents, alors que je n’en avais pas tellement le
goût. » C’est ainsi que l’on constate que la relation grands-parents-parents peut
s’avérer harmonieuse, conflictuelle ou encore ambivalente. Dans certaines familles,
la relation passée constitue une barrière, un fossé difficile à franchir, mais que
parfois la présence de petits-enfants peut réussir à amenuiser. « C’est une question
de confiance », selon une participante qui croit que les enfants qui ont souffert de
l’attitude d’un parent peuvent avoir de la difficulté à partager leur enfant. Elles
peuvent aussi craindre l’influence de la présence de ce grand-parent sur leur
nouvelle vie familiale.
Le respect des compétences mutuelles apparaît un élément potentiellement
litigieux. Des parents estiment se sentir jugés. Parfois, les critiques sont directes,
souvent, ce sont plutôt des allusions qui peuvent blesser. Comme nous le
mentionnions dans le premier chapitre, les nouveaux parents éprouvent le besoin
d’être réconfortés dans leur rôle et non déstabilisés. L’attitude des grands-parents
à cet égard est déterminante. En effet, des chercheurs observent que certains
d’entre eux adoptent une attitude d’entraîneur, alors qu’il serait préférable
d’aider les parents à se rendre compte qu’ils sont les mieux placés pour décider
de ce dont l’enfant a besoin34. « On a avantage à se rappeler comment on se
sentait lorsqu’on était de jeunes parents », dira une grand-mère consciente des
189
problèmes que peuvent susciter certaines interventions même avec l’intention
d’éviter de mauvaises expériences à ses enfants. Les spécialistes dans ce domaine
suggèrent davantage d’opter pour une « neutralité bienveillante », d’offrir une
« écoute chaleureuse » aux nouveaux parents, de sorte à les rassurer dans leurs
compétences. « Plus les parents ont confiance en eux, mieux ils réussissent à
transmettre ce sentiment à leur enfant », argumente-t-on.
Plusieurs études notent l’intensification des rapports mère-fille au moment de
la naissance d’un premier petit-enfant. De nouvelles mamans peuvent se sentir
particulièrement affectées par l’ingérence excessive ou l’attitude directive de leur
mère ou de leur belle-mère. Des risques de conflits de compétence sont notés.
Des jeunes femmes disent avoir l’impression parfois de devoir conquérir leur titre
de mère. Lorsqu’elles prennent de l’assurance, observent des chercheurs, la relation
aurait tendance à s’harmoniser.
Un des rôles du grand-parent est de soutenir les parents et d’être un substitut
lorsque requis. La garde de l’enfant s’avère révélatrice du climat établi dans la
relation entre les grands-parents et les parents, constate-t-on. La fréquence du
gardiennage aurait des effets significatifs sur la relationII. Dans certains cas, cela
serait à l’origine de tensions psychologiques. D’un autre côté, il est reconnu que
le fait que les grands-parents gardent occasionnellement les enfants pour offrir
un répit aux parents ou pour les dépanner, surtout lorsque les deux parents
travaillent, constitue une contribution appréciée par les parents. La garde des
enfants représente aussi, au dire d’un bon nombre de grands-parents, un moment
privilégié pour entrer en relation avec sa petite-fille ou son petit-fils. Pour que
cette expérience soit vécue sereinement de part et d’autre, on insiste cependant
sur l’importance de respecter les mêmes grands principes de base. Il faut éviter les
incohérences éducatives, surtout pour des enfants plus vieux, et s’entendre sur les
éléments essentiels à l’égard des soins et de l’éducation des enfants. Or, cela ne se
fait pas sans difficultés.
Chez des parents, on remarque une tendance à reprocher aux grands-parents de
laisser tout passer aux petits-enfants, de ne pas être assez stricts et de ne pas
respecter leurs façons de faire. La situation inverse s’observe aussi. Par ailleurs, des
grands-parents font valoir leur expérience et demandent que l’on respecte leur
sens des responsabilités. Dans ces différends se profile l’acceptation des rôles
respectifs, soutient-on. Il s’agit pour les parents d’accepter que les grands-parents
apportent à l’enfant à la fois une ressemblance et une différence par rapport à
leurs façons de faire. Les grands-parents, pour leur part, doivent accepter que la
responsabilité première de l’enfant relève des parents. On rappelle que le rôle des
grands-parents est davantage de soutenir ceux-ci dans l’appropriation de cette
responsabilité que de prendre leur place.
La relation père-fils ou mère-fils à cette période de vie ne semble pas avoir suscité un intérêt soutenu chez
les chercheurs.
II Par exemple, des chercheurs croient que la garde quotidienne de l’enfant par les grands-parents peut devenir
ambiguë et problématique; les conflits quant aux méthodes éducatives risquent de surgir davantage puisque les
grands-parents sont alors intimement liés au quotidien des enfants (Francine Ferland, Grands-parents aujourd’hui :
plaisirs et pièges, p. 97-98). D’autres évoquent une interdépendance qui serait souvent à l’origine de tensions
psychologiques entre les mères et les grands-mères (Mariacristina Picchio et Tullia Musatti, 2001, « Autour du
petit-enfant : entre mères et grands-mères », La revue internationale de l’éducation familiale, vol. 5, no 1, p. 51).
190
Le respect mutuel intervient aussi dans la question de la garde de l’enfant.
Si certains grands-parents déplorent le peu de contacts avec leurs petits-enfants,
d’autres disent se sentir parfois trop sollicités ou, tout au moins, peu respectés.
Ce serait l’attitude des parents qui serait souvent mise en cause. « Des fois, je
sens que l’on nous prend pour acquis », relate une grand-mère qui constate la
tendance de ses enfants à appeler à la dernière minute, même lorsqu’il aurait été
possible de prévoir le besoin de garde. « Ce n’est pas que l’on n’aime pas profiter
de la présence de nos petits-enfants, mais ils ne demandent même pas si nous
avions d’autres projets », ajoute-t-elle. Dans quelques cas, des grands-parents
gardent leurs petits-enfants par contrainte et non par choix, ce qui provoquerait
une insatisfaction susceptible de ternir la relation.
Les propos recueillis amènent à constater que les services relatifs aux enfants
se négocient généralement avec les grands-mères. Or, de plus en plus de
grands-pères participent et veulent contribuer aux soins à donner aux enfants.
L’image des grands-pères qui s’occupent de leurs petits-enfants seulement
lorsque ceux-ci ont quitté le bas âge serait dépassée. Plusieurs des nouveaux
grands-pères auront été des pères présents auprès de leurs enfants
et impliqués dans les tâches domestiques. Ce désir de s’impliquer
Tout comme à l’arrivée
est parfois ralenti par celui de leur conjointe, comme le signale une
personne consultée : « Tout comme à l’arrivée de leur propre enfant, de leur propre enfant,
les grands-pères doivent apprendre à prendre leur place et les les grands-pères doivent
grands-mères, à leur laisser de l’espace. » apprendre à prendre leur
Certains ont observé que l’arrivée d’un petit-enfant dans le réseau place et les grands-mères,
familial peut entraîner des manifestations d’envie ou de jalousie à leur laisser de l’espace
dans le couple de grands-parents et, possiblement, entre les
grands-parents maternels et paternels. « La course aux cadeaux » est déplorée et
est susceptible de provoquer des tensions chez les parents, qui se sentent parfois
mal à l’aise devant l’attitude des grands-parents. De jeunes parents s’expriment :
« Je comprends qu’ils font cela pour bien faire, mais, des fois, c’est trop. » « Ils
paient des fortunes pour des vêtements que l’enfant ne portera que quelques
fois, tandis qu’on en arrache financièrement. Ils pourraient nous consulter sur les
dépenses. » « On a notre fierté. Si on dit non à leurs cadeaux, ils sont fâchés.
Lorsqu’on accepte, on a parfois l’impression de leur être redevables. »
L’ambiguïté des sentiments se remarque aussi chez les nouveaux parents. Certains
expriment le besoin de continuer à recevoir l’affection de leurs parents. Une jeune
femme dit : « Mon père a une attitude pleine d’amour à l’égard de mon enfant qu’il
n’a jamais eue avec moi. » Une autre confie : « Dès que ma fille est née, je n’existais
plus pour ma mère35. » Ce sentiment d’abandon peut aussi être ressenti par des
grands-parents qui constatent avec regret que leur enfant ne leur prête plus
autant attention.
L’examen de cette période de la vie met aussi en perspective toute la question de
la transmission des valeurs et des traditions familiales à la nouvelle génération.
Des grands-parents disent avoir ressenti plus intensément le besoin que se
perpétuent certains gestes ou certaines activités. Quoique généralement les
enfants adhèrent aux valeurs familiales, il peut en aller tout autrement lorsqu’il
s’agit de certains usages ou de certaines coutumes. La célébration du baptême
191
chez les familles d’origine chrétienne est une illustration des différences qui
peuvent se manifester entre les générations de parents. Le besoin de souligner la
venue du nouvel enfant demeure présent, mais les pratiques religieuses ou cultu-
relles peuvent avoir changé pour la nouvelle génération de parents. Il arrive aussi
que des couples d’origine différente cherchent des compromis acceptables pour
leurs familles respectives. C’est ainsi que l’on observe la naissance de nouveaux
rituels qui cherchent à concilier les besoins des membres de la famille élargie, ce
qui n’est pas nécessairement facile pour les nouveaux parents36.
Certains observateurs soutiennent que le défi de cette période transitionnelle est
d’assurer la prolongation d’une saine relation parent-enfant tout en construisant
celle entre grand-parent et petit-enfant. Selon le cas et au fil du temps, les grands-
parents doivent aussi être attentifs aux besoins de tous leurs petits-enfants et
aux particularités de chacune des familles. Cela nous amène à aborder la question
de l’exercice de la grand-parentalité dans des contextes particuliers.
Parmi les parents interrogés (toutes classes sociales confondues), 30 % déclarent pouvoir compter sur le soutien
émotif et instrumental des grands-parents (ex. : répit, garde d’enfant, préparation de repas). Cette statistique ne
tient pas compte du soutien financier (Ginette Paquet, Partir du bas de l’échelle : des pistes pour atteindre l’égalité
sociale en matière de santé, p. 83-84). La distance physique entre les résidences des parents et des grands-parents
ainsi que le fait que les grands-parents sont encore actifs sur le marché du travail sont des hypothèses avancées
pour expliquer le faible taux de soutien des grands-parents.
192
Il arrive que des grands-parents exercent l’entière responsabilité parentale de
leurs petits-enfants. Selon les données du recensement de 2001, environ 56 700
grands-parents canadiens vivraient avec leurs petits-enfants sans la présence des
parents de ces derniers39. Près de 57 000 enfants habitaient avec ces grands-
parents. Parmi ces jeunes, un peu moins de la moitié (25 200) étaient âgés de 14 ans
et moins. « C’est généralement l’incapacité ou le refus des parents de s’occuper de
leurs enfants qui incite les grands-parents à prendre soin de ceux-ci à temps plein »,
notent les chercheurs de Statistique Canada40. Parmi les raisons à l’origine de cette
prise en charge se retrouvent l’abus d’alcool et de drogues, les troubles mentaux,
les grossesses chez les adolescentes, les situations de violence et de négligence, le
décès d’un parent, etc. Ainsi, des cas exceptionnels et dramatiques soumettent les
grands-parents concernés à des décisions déchirantes, par exemple devoir dénoncer
aux autorités compétentes les comportements parentaux inappropriés de leurs
enfants. Des chercheurs attirent l’attention sur les risques associés à cette situation
de garde exclusive des grands-parents. Il fut observé notamment un plus grand
risque de troubles de comportement chez les enfants concernés, une tendance à
l’isolement social, des difficultés financières accrues et un accroissement des
problèmes de santé des grands-parents. Selon certains auteurs, ces grands-parents
bénéficieraient de peu de services adaptés à leur situation. Ils
auraient besoin d’un meilleur accès à l’information sur les groupes
d’entraide afin d’obtenir du soutien dans l’exercice de leur rôle de
Il arrive que des
parents suppléants . 41 grands-parents exercent
l’entière responsabilité
Un autre élément à considérer est le maintien de la relation entre
grands-parents et petits-enfants à la suite d’une rupture du couple
parentale de leurs
ou du décès d’un des parents. Cette question apparaît préoccupante petits-enfants…
pour les grands-parents, qui, par l’entremise de différents regroupe- ces grands-parents
ments, ont sensibilisé les milieux politiques et judiciaires aux bénéficieraient de peu
difficultés que vivent certains d’entre eux lorsque des conflits de services adaptés
majeurs accompagnent le règlement sur la garde de l’enfant. à leur situation
Compte tenu des effets de la décision sur le maintien de la relation
avec leurs petits-enfants, des grands-parents auraient souhaité que
leurs besoins soient mieux pris en compte pendant le processus de séparation.
Plusieurs revendiquent le droit des petits-enfants à leurs grands-parents. Ils
invoquent les dispositions du Code civil du Québec (art. 611) précisant que « père
et mère ne peuvent sans motifs graves faire obstacle aux relations personnelles
de l’enfant avec ses grands-parents »II. Certains se retrouvent donc dans l’obligation
de recourir aux tribunaux pour obtenir des droits de visite, une situation qui ne
facilite certes pas le développement d’une saine relation intergénérationnelle.
Ces enfants représentent 0,4 % de la population totale de ce groupe d’âge, environ la même proportion qu’en 1991.
C’est au Québec que la proportion est la moins élevée (0,2 %) des provinces et des territoires canadiens (Statistique
Canada, 2003, « Les grands-parents et les petits-enfants », Le Quotidien, 9 décembre, site consulté le 17 janvier 2006).
II Le Code civil reconnaît des « droits de contact » aux grands-parents. Toutefois, certains s’étonnent du fait que ces
droits ne s’accompagnent plus, depuis 1996, d’obligation alimentaire à l’égard des petits-enfants. L’article 585 du
Code civil limite cette obligation au père et à la mère. À noter que des litiges peuvent survenir sans nécessairement
faire suite à une rupture et ne sont pas limités aux relations avec les ex-conjoints. Un parent peut vouloir limiter
l’accès aux petits-enfants à sa mère ou à son père.
193
Des grands-parents se disent aussi préoccupés par les modifications apportées à
la Loi sur la protection de la jeunesse en 2006, modifications qui, dans l’intérêt de
l’enfant et dans l’objectif de favoriser pour lui un projet de vie à long terme,
pourraient accélérer le processus d’adoption de jeunes enfants lorsque les parents
ne sont pas en mesure d’en prendre soin. Des grands-parents craignent être
séparés de leurs petits-enfants et d’assister à la rupture de la filiation existante.
Ainsi, la grand-parentalité d’aujourd’hui, tout en comprenant un bon nombre
des attributs qu’elle a toujours eus, se vit dans un contexte qui en a changé
l’exercice. Des grands-parents contemporains côtoieront plus longuement leurs
petits-enfants, lesquels seront moins nombreux. De plus en plus de grands-
parents devront éventuellement s’adapter au rôle d’arrière-grand-parent,
se retrouvant avec toute une expérience de vie à partager. Notons aussi que
plusieurs personnes, à l’âge de la retraite, joueront ce rôle bienveillant auprès
de jeunes enfants qui ne leur sont pas apparentés, les recompositions familiales
et les possibilités de bénévolat leur offrant cette occasion de contribuer au
développement et à l’épanouissement des petits-enfants de leur environnement
en devenant des « grands-parents de cœur ».
194
195
Notes bibliographiques
1 Martin Turcotte (2006). « Les parents ayant des enfants adultes à la maison », Tendances sociales
canadiennes, printemps, no 80, p. 4-5.
2 Pascale Beaupré, Pierre Turcotte et Anne Milan (2006). « Quand fiston quittera-t-il la maison? Tran-
sition du domicile parental à l’indépendance », Tendances sociales canadiennes, août, no 82, p. 14.
3 Marc Molgat et Johanne Charbonneau (2003). « Les relations sociales », dans Madeleine Gauthier
(sous la dir. de). La jeunesse au Québec, Sainte-Foy, Éditions de l’IQRC, Presses de l’Université Laval,
p. 73-74. Voir aussi Pascale Beaupré, Pierre Turcotte et Anne Milan (2006). « Quand fiston quittera-t-il
la maison? Transition du domicile parental à l’indépendance », Tendances sociales canadiennes,
août, no 82, p. 8.
4 Clairandrée Cauchy (2003). « Emploi atypique et précarité chez les jeunes : une main-d’œuvre à bas
prix, compétente et jetable! », dans Conseil permanent de la jeunesse. Actes du colloque Vivre à l’ère
précaire : causes et conséquences de l’emploi atypique chez les jeunes, Québec, Conseil permanent de
la jeunesse, p. 16 (Gouvernement du Québec).
5 Conseil de la famille (1993). La paternité: les transformations sociales récentes, Québec, Conseil de la
famille, p. 38-39 (Gouvernement du Québec).
6 Mariacristina Picchio et Tullia Musatti (2001). « Autour du petit-enfant : entre mères et grands-
mères », La revue internationale de l’éducation familiale, vol. 5, no 1, p. 45. Voir aussi : Anne Thévenot
(2006). « Fonction des grands-parents dans l’accès à la parenté de leurs enfants : un remaniement
des liens familiaux », Informations sociales, no 132, p. 36.
7 Anne Thévenot (2006). « Fonction des grands-parents dans l’accès à la parenté de leurs enfants : un
remaniement des liens familiaux », Informations sociales, no 132, p. 40.
8 Renée B.-Dandurand (1992). «La famille n’est pas un île. Changements de société et parcours de
vie familiale», dans Gérard Daigle (sous la dir. de). Le Québec en jeu : comprendre les grands défis,
Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 375.
9 Claudine Attias-Donfut (2002). « Des générations solidaires », dans Jean-François Dortier (sous
la dir. de). Familles permanence et métamorphoses : histoire, recomposition, parenté, transmission,
France, Éditions Sciences humaines, p. 115.
10 Claudine Attias-Donfut (2002). « Des générations solidaires », dans Jean-François Dortier (sous
la dir. de). Familles permanence et métamorphoses : histoire, recomposition, parenté, transmission,
France, Éditions Sciences humaines, p. 115.
11 Les données statistiques de cette section sont tirées principalement de Anne Milan et Brian Hamm
(2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et petits-enfants », Tendances sociales
canadiennes, hiver, no 71, p. 3.
12 Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et petits-
enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 3.
13 Statistique Canada (2003). « Les grands-parents et les petits-enfants », Le Quotidien, 9 décembre.
[En ligne] http://www.statcan.ca/Daily/Francais/031209/q031209b.htm
(Site consulté le 26 janvier 2006).
14 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 16.
15 Marie-Claude Mietkiewicz (2001). « Les fonctions éducatives des grands-parents à travers les dessins
de leurs petits-enfants », La revue internationale de l’éducation familiale, vol. 5, no 1, p. 29-30.
16 Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone (2000). Être grand-parent au Canada, Ottawa, Institut
Vanier de la famille, p. 6.
17 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 39.
196
18 Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone (2000). Être grand-parent au Canada, Ottawa, Institut
Vanier de la famille, p. 7.
19 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 34. L’auteur fait référence à : Judy Ford (1997). Les merveilleuses façons
d’être grands-parents, Laval, Les Éditions Modus Vivendi, 153 p.
20 Patrice Leblanc et Pierre Noreau (2000). « Les jeunes quittent les régions pour la ville : migration
à sens unique », dans Madeleine Gauthier et autres (sous la dir. de). Être jeune en l’an 2000,
Sainte-Foy, Éditions de l’IQRC, Les Presses de l’Université Laval, p. 28.
21 Voir notamment : Conseil de la famille et de l’enfance (2004). Vieillissement et santé fragile : un choc
pour la famille, Avis, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 91 p. (Gouvernement du Québec).
22 Nancy Guberman et autres (2006). Valeurs et normes de la solidarité familiale : statu quo, évolution,
mutation?, Cavendish, Centre de santé et de services sociaux Cavendish, 101 p.
23 BMO Groupe financier (2006). Les baby-boomers : une génération stressée, endettée, mais heureuse
- Étude BMO, communiqué de presse, 12 juillet. [En ligne] http://www2.bmo.com/bmo/files/
news%20release/4/2/bmo_boomerstudy_july1206_fr.htm (Site consulté le 13 juillet 2006).
24 Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone (2000). Être grand-parent au Canada, Ottawa, Institut
Vanier de la famille, p. 19.
25 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 143.
26 Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone (2000). Être grand-parent au Canada, Ottawa, Institut
Vanier de la famille, p. 20.
27 Sandrine Vincent (2005). Être grands-parents aujourd’hui : synthèse bibliographique, Paris, Allocations
familiales, p. 29.; Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen (1998). Grands-parents : la famille à
travers les générations, Paris, Éditions Odile Jacob, p. 11.
28 Carolyn J. Rosenthal et James Gladstone (2000). Être grand-parent au Canada, Ottawa, Institut
Vanier de la famille, p. 19.
29 Anne Thévenot (2006). « Fonction des grands-parents dans l’accès à la parenté de leurs enfants : un
remaniement des liens familiaux », Informations sociales, no 132, p. 36.
30 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 28.
31 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, 146 p.
32 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 70.
33 Sandrine Vincent (2005). Être grands-parents aujourd’hui : synthèse bibliographique, Paris,
Allocations familiales, p. 29.
34 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 60.
35 Francine Ferland (2003). Grands-parents aujourd’hui : plaisirs et pièges, Montréal, Éditions de
l’Hôpital Sainte-Justine, p. 64.
36 Denise Lemieux (2000). « Les nouvelles formes de formation des couples : les rituels réinventés »,
dans Madeleine Gauthier et autres (sous la dir. de). Être jeune en l’an 2000, Sainte-Foy, Éditions de
l’IQRC, Les Presses de l’Université Laval, p. 112-115.
37 Ginette Paquet et Denis Hamel (2005). Étude longitudinale du développement des enfants du
Québec (ÉLDEQ 1998-2002) : de la naissance à 4 ans : des alliés pour la santé des tout-petits vivant au
bas de l’échelle sociale, Québec, Institut de la statistique du Québec, vol. 3, fascicule 4, p. 9.
197
38 Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et
petits-enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 4.
39 Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et
petits-enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 7.
40 Anne Milan et Brian Hamm (2003). « Les liens entre les générations : grands-parents et
petits-enfants », Tendances sociales canadiennes, hiver, no 71, p. 7.
41 Rollande Deslandes et autres (2004). « Les nouvelles familles et l’école », dans Marie-Christine
Saint-Jacques et autres (sous la dir. de). Séparation, monoparentalité et recomposition familiale :
bilan d’une réalité complexe et pistes d’action, Québec, Les Presses de l’Université Laval, p. 321.
198
$ES BESOINS
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D´ACTION
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201
atouts pour les aider à franchir les étapes de la vie familiale avec sérénité et
satisfaction. Les participantes et les participants aux consultations menées par le
Conseil l’ont affirmé de manière éloquente.
L’accent mis sur certains événements transitionnels a fait ressortir l’évolution de la
relation parent-enfant, laquelle s’installe graduellement dès l’arrivée du bébé, s’ouvre
sur le monde lorsque l’enfant commence à côtoyer d’autres adultes (éducatrices et
éducateurs, enseignantes et enseignants), se transforme et se prolonge avec l’entrée
dans la vie adulte de l’enfant et l’arrivée d’un petit-enfant dans la famille. La famille
est l’institution essentielle qui encadre et préserve cette chaîne de générations.
Quoique, la plupart du temps, les familles parviennent avec succès à établir de
bonnes relations, il arrive que certains problèmes exposent la relation parent-enfant
à des difficultés. À l’examen de la situation, il ressort clairement que des besoins se
manifestent de manière plus criante pendant certaines transitions familiales. Ces
besoins appellent une intervention appropriée au bon moment afin d’assurer la
permanence du lien parent-enfant et d’éviter sa détérioration éventuelle.
202
203
5.1 5.1 Des constats généraux
Parmi la multitude d’événements qui peuvent influer sur le parcours de vie des
familles, le Conseil en a retenu huit qui demandent de multiples adaptations, tant
de la part des parents que des enfants.
Le Conseil s’est intéressé, dans un premier temps, à la situation et aux aspirations
des jeunes qui vivent leur première cohabitation avec l’être aimé. Il est ressorti
que la précarité professionnelle et l’insécurité financière sont des facteurs qui
influencent de façon importante la réalisation du désir d’enfant.
L’analyse de la situation des familles qui accueillent un enfant a pour sa part
mis en évidence les multiples transformations qui s’opèrent, qu’il s’agisse ou
non d’un premier enfant ou que celui-ci soit né de l’union ou adopté. Certains
constats mettent en relief une plus grande vulnérabilité des familles dans les
mois entourant l’événement, vulnérabilité qui s’accentue pour celles qui vivent
l’annonce d’un diagnostic de handicap chez leur enfant.
Suivant une perspective temporelle, l’attention du Conseil s’est concentrée ensuite
sur la période postnatale. Celle-ci est le moment de choix parfois difficiles. Les
parents veulent prendre les bonnes décisions, mais, devant les différents facteurs
en jeu, des inquiétudes surgissent à l’égard d’un retour éventuel sur le marché du
travail et, selon le cas, du mode de garde à privilégier.
La rentrée scolaire s’avère aussi une période d’appréhension pour les membres
de la famille, particulièrement lorsque l’enfant fait son entrée à l’école primaire,
passe au secondaire ou accède aux études postsecondaires. L’examen de la
situation rappelle que la relation famille-école est toujours à reconstruire pour
chaque famille.
Quoique la majorité des enfants vivent avec leurs deux parents, il est apparu
opportun d’analyser les adaptations que demandent la rupture et la recomposition
familiale. Compte tenu des transformations rapides et des conséquences que
ces transitions peuvent avoir sur l’exercice des compétences parentales, la façon
dont chaque membre de la famille s’adapte à la nouvelle situation est susceptible
d’affecter la relation parent-enfant.
Enfin, le parcours familial se complète lorsque l’enfant devient majeur et, éventuel-
lement, parent à son tour. Ce thème a permis d’explorer la relation parent-enfant
dans la situation où les jeunes habitent plus longtemps avec leurs parents. En
outre, il a illustré la très grande diversité de situations des personnes qui
deviennent grands-parents, certaines exerçant le rôle d’aidant familial pour leurs
parents en perte d’autonomie. Ces constats montrent aussi l’importance d’avoir
très tôt développé de saines relations parent-enfant et de réussir à les maintenir
au fil du temps.
204
5.2 Des besoins analogues
Au cours de son analyse, le Conseil a constaté que certains besoins sont analogues
dans chacune des périodes transitionnelles étudiées. Ainsi, pour faire face à
des événements qui étaient jusqu’alors inédits pour eux (par ex. : l’arrivée d’un
enfant, son entrée à l’école, etc.), les parents manifestent le besoin de disposer de
l’information relative à leur situation. Ces périodes d’adaptation demandent aussi
de faire preuve d’habiletés personnelles et de compétences parentales, lesquelles
pourraient être davantage soutenues. En traversant ces étapes de vie, les parents
expriment le besoin d’une reconnaissance de leur implication tant dans leurs
fonctions quotidiennes que sur le plan économique. Enfin, ils souhaitent que
les milieux de vie dans lesquels ils évoluent se montrent accueillants à l’égard
de la famille. Les besoins exprimés invitent à des réflexions sur nos pratiques
sociétales et sur les actions gouvernementales, ce qui amène le Conseil à soumettre
à la réflexion collective des pistes d’action afin d’améliorer la situation et le
mieux-être des familles québécoises.
Avant d’aborder des pistes d’action en relation avec les besoins manifestés, le
Conseil souhaite présenter quelques constats qu’il dégage de l’étude de l’ensemble
des périodes examinées.
205
L’équilibre entre l’intervention préventive et l’intervention curative
Les propos recueillis à l’égard de la nécessité de disposer de réseaux sociaux
amènent à aborder toute la question de l’équilibre à trouver entre l’intervention
de nature préventive et celle de nature curative. Des parents ont manifesté le
besoin que l’aide leur soit offerte au lieu qu’ils aient à la revendiquer lorsque leur
situation soulève des difficultés d’adaptation plus importantes, comme c’est le cas
parfois au moment de naissances multiples, de l’accueil d’un enfant adopté qui
présente des troubles d’attachement, de l’entrée à l’école d’un enfant handicapé
ou en difficulté ou encore lorsqu’une personne vit difficilement une rupture
conjugale ou une recomposition familiale.
À maintes reprises, des parents ont fait part de leur sentiment d’avoir dû s’acharner
pour recevoir le soutien approprié pour leur famille. Cela en a amené plusieurs à
souhaiter l’instauration d’un plus grand nombre de mesures préventives, avant
que les parents soient « au bout du rouleau ». Ces propos rejoignent ceux de
chercheurs, de spécialistes et d’intervenants qui s’entendent pour dire que les
actions dans le domaine de l’enfance et des compétences parentales ne peuvent
souffrir de délais, puisque l’enfance ne dure pas et qu’une non-intervention ou une
intervention insuffisante ou inadéquate peuvent être lourdes de conséquences à
long terme chez les enfants.
Certaines périodes charnières entraînent des difficultés, et le Conseil constate
que l’isolement guette les familles qui les vivent; certaines se replieront sur elles-
mêmes. Cet aspect a notamment été signalé concernant la période des relevailles.
Il apparaît donc essentiel, dans un premier temps, de reconnaître les
Les constats dégagés dans besoins des enfants et des parents pendant ces périodes et, dans un
deuxième temps, de déterminer collectivement si nos approches
ce rapport invitent donc
institutionnelles et communautaires sont réellement soutenantes
à des remises en question pour les familles qui vivent ces changements.
ou à des changements de
Les constats dégagés dans ce rapport invitent donc à des remises
culture concernant certaines
en question ou à des changements de culture concernant certaines
pratiques à l’égard des pratiques à l’égard des familles, et ce, dans toutes les sphères de
familles, et ce, dans toutes la société. Si les ressources financières consenties pour le soutien
les sphères de la société aux familles sont essentielles, l’approche adoptée à leur égard est
tout aussi importante. Par exemple, on remarque que l’intervention
auprès des familles s’organise trop souvent en silo. Des parents déplorent le fait
qu’ils ne sont pas suffisamment consultés. Le Conseil constate que les familles
veulent qu’on les aide à trouver elles-mêmes les moyens de surmonter leurs
difficultés et non pas qu’on leur prescrive quoi faire.
Des mesures préventives existent, sous diverses formes : les centres de la petite
enfance en sont un exemple. Par contre, sont-elles suffisantes? Atteignent-elles
leur cible? Il était impossible de les évaluer dans le cadre de ce rapport. Toutefois,
le Conseil retient que l’équilibre entre les interventions de nature préventive et
curative demeure fragile, d’où l’avantage de soutenir le développement d’un
continuum de services intégrés et multidisciplinaires dans le domaine familial.
206
L’équilibre entre le domaine privé et le domaine public
Ce qui transcende aussi les diverses sections de ce rapport est l’équilibre à trouver
entre ce que l’on reconnaît comme relevant du domaine privé et ce qui relève plutôt
du domaine public. En d’autres mots, quelles sont les responsabilités parentales
et quelles sont celles de la société à l’égard des enfants? Dans tous les chapitres,
il serait possible de trouver des exemples. Nous en retiendrons deux. Le premier
concerne la prise en charge d’un membre de la famille qui nécessite des soins
spécialisés. Il s’agit d’une illustration éloquente de la difficulté de départager les
responsabilités de chacun dans le quotidien. L’information recueillie auprès des
familles et des chercheurs tend à montrer qu’il existe des écarts entre le soutien
aux familles concernées et leurs besoins. C’est ainsi que, dans certains cas, des
personnes assument des responsabilités qui se comparent davantage à celles de
soignants à temps plein qu’à celles de parents. Un autre exemple de cet équilibre
difficile à trouver est l’apparente ambiguïté de l’intervention de l’État dans les
ruptures conjugales impliquant des enfants. Par exemple, tout en respectant les
choix individuels et conjugaux et les décisions privées, on a instauré un système
de perception des pensions alimentaires. Ces constats invitent à pousser plus loin
la réflexion sur les attentes mutuelles et les responsabilités de chacun.
Information
Il est reconnu que l’accès à l’information est susceptible de faciliter l’adaptation
aux changements. Une personne bien informée est en mesure de prendre de
meilleures décisions et, ainsi, d’avoir le sentiment d’un meilleur contrôle sur sa vie.
Le premier besoin que le Conseil dégage est celui d’être informé.
À maintes occasions lors des consultations, les parents ont exprimé ce besoin.
Celui-ci se manifeste plus intensément lorsqu’ils ont à franchir une nouvelle étape
de la vie familiale qui touche une variété d’éléments de la vie quotidienne. Par
exemple, ils auraient besoin de renseignements sur les procédures à suivre pour
être admis à des programmes ou pour recevoir des services. Une jeune femme
avoue que, malgré le fait qu’elle soit diplômée universitaire, une fois enceinte, elle
s’est sentie désemparée devant toute cette information dispersée sur la santé, la
grossesse, la naissance et le congé parental. D’autres ont confié qu’ils auraient
eu besoin de nouvelles connaissances pour les aider à prendre des décisions
éclairées. Cela a été le cas notamment de parents qui désiraient entreprendre
une recomposition familiale. Par ailleurs, des parents ont déploré que, lorsque la
207
documentation existe, elle ne soit pas nécessairement gratuite. Il y aurait certes
un certain nombre d’ouvrages spécialisés en librairie ou en bibliothèque concer-
nant des thèmes telle l’adaptation au moment de la naissance d’un enfant, de la
rupture, etc., mais peu de guides sur ces sujets seraient produits ou diffusés par les
réseaux institutionnels soutenant l’adaptation dans ces transitions familiales.
Des parents consultés ont évoqué des cas où l’information fournie n’était pas
adéquate ou était incomplète. Certains commentaires laissaient voir des lacunes
dans la façon dont l’information est donnée, notamment dans le cas de parents
qui ont vécu l’annonce du diagnostic de handicap de leur enfant ou de parents
à qui on a appris que leur enfant faisant son entrée à l’école avait des difficultés
d’apprentissage. Dans ces cas, tout comme dans d’autres, certains parents auraient
souhaité que l’on prenne davantage de temps pour leur expliquer la situation et
pour écouter ce qu’ils avaient à dire.
Parfois mal dirigés, des parents diront s’être sentis ballottés dans le labyrinthe
des services ou avoir eu l’impression d’être noyés par le flot de l’information. Il
apparaît que la généralisation de l’accès à Internet a contribué à accroître ce
phénomène puisqu’il met une multiplicité d’information à la disposition de tous,
sans nécessairement permettre d’en établir la validité.
On remarque que, pendant les périodes transitionnelles, l’équilibre émotionnel
peut être ébranlé. Dans la spirale des événements, il arrive que des personnes
soient déstabilisées et consultent à la dernière minute. Lorsque l’information
souhaitée n’est pas accessible rapidement, cela provoquerait un
stress additionnel.
Selon le Conseil, souvent,
l’information à trouver Selon le Conseil, souvent, l’information à trouver existe, mais il
existe, mais il faudrait faudrait améliorer sa qualité et son accessibilité. Sur ce plan, on
décèle des lacunes tant dans les domaines public et parapublic
améliorer sa qualité et
que communautaire, et ce, à l’échelle nationale, régionale et locale.
son accessibilité Notons, à titre d’exemple, que les services téléphoniques d’aide ou
d’orientation semblent peu connus des parents. Ainsi, des services
tels Services Québec (auparavant appelé Communication-Québec) ou des services
téléphoniques d’aide aux devoirs mériteraient d’être mieux connus. Plusieurs
parents ont avoué en outre ne pas connaître les organismes communautaires de
leur localité (par exemple, la Maison de la famille) ou mal les connaître, de telle
sorte qu’ils ne pensent pas que leurs services puissent les concerner.
Les services en ligne créés par le gouvernement du Québec ces dernières années
semblent avoir rejoint un certain nombre de familles, mais encore faut-il que
celles-ci aient accès à Internet. De plus, la multiplicité des sources d’information
ne rend pas toujours facile le repérage de l’information pertinente. Pour sa part,
l’information écrite ne rejoint pas toutes les familles, particulièrement celles qui
ne maîtrisent pas le français (ou l’anglais) ou celles dont les membres ont des
difficultés de communication écrite.
À titre indicatif, énumérons certaines pistes d’action qui ont été portées à l’attention
du Conseil. Dans le domaine public, l’amélioration de l’offre de service par voie télé-
phonique serait susceptible de réduire les aspects qui irritent les utilisateurs qui se
sentent ballottés d’un service à l’autre. L’idée d’un guichet unique d’information et
208
d’orientation conçu en fonction des besoins des familles suscite un grand intérêt.
À cet égard, un projet tel le numéro d’Info-sociale, le 211, semble être une réponse
appropriée aux besoins manifestés par les parents qui souhaitent être dirigés
rapidement vers les services appropriés. La publication de répertoires de ressour-
ces apparaît aussi souhaitable. La convivialité des sites Internet serait enfin un
atout.
Ces constats invitent aussi à améliorer les outils d’information destinés aux
familles, ce qui, selon le Conseil, passe par une meilleure connaissance de leurs
besoins et une plus grande sensibilité des divers milieux à leurs difficultés. De
cette façon, les outils de communication devraient les rejoindre davantage. Ceux-ci
doivent nécessairement se présenter sous diverses formes (publications, informa-
tion virtuelle, préposés aux renseignements, etc.) et s’adapter aux caractéristiques
et aux besoins des personnes concernées (ex. : langage approprié, information
adaptée aux groupes d’âge concernés). En outre, il y a lieu de prêter une attention
spéciale aux personnes qui ont de la difficulté à communiquer verbalement
ou par écrit.
La nécessité d’agir de manière préventive est maintes fois ressortie des commen-
taires recueillis. À cet égard, une plus large diffusion de la mission des CLSC et
des services offerts par les réseaux institutionnels et communautaires pourrait
répondre à plusieurs des besoins manifestés par les familles. Enfin, le Conseil
constate qu’il est d’une grande importance de tout mettre en œuvre pour
inculquer tôt le réflexe de se documenter sur une nouvelle situation, d’où l’impli-
cation souhaitée des services éducatifs, et ce, dès la petite enfance.
Selon Centraide Québec, un tel service d’information et d’orientation sur les services est susceptible de faciliter
l’accès aux services pour les personnes qui ne savent pas où s’adresser pour obtenir de l’aide. Il s’agit aussi d’un
moyen favorisant leur autonomie dans la recherche de solutions aux difficultés qu’elles éprouvent (Centraide
Québec, http://www.centraide-quebec.com, site consulté le 14 novembre 2006).
209
Parmi les moyens pour améliorer leurs compétences, plusieurs parents, rendus à
différents moments du parcours familial, ont fait part de leur besoin de partager
leur vécu avec d’autres. Cela incite à considérer l’utilité de soutenir la création de
lieux d’échange entre pairs, tout en s’assurant de rendre accessibles des services
spécialisés de proximité dans des délais acceptables pour les personnes qui en
manifestent le besoin.
Le Conseil retient de ces éléments la nécessité de renforcer les occasions de
développement personnel et de soutenir l’apprentissage tout au long de la vie.
Les milieux éducatifs devraient s’avérer propices à l’acquisition de ces habiletés
qui sont essentielles pour surmonter les difficultés. Les réseaux de services de
garde et l’école ont beaucoup à apporter à ces égards. Le bas âge et l’adolescence
sont tout particulièrement des moments de vie où l’on fait l’apprentissage de la
relation avec l’autre et où l’on fréquente de nouveaux milieux de
socialisation. Plusieurs personnes consultées souhaitent des inter-
L’accès à tous doit être
ventions préventives dirigées vers les enfants, les adolescents, les
préservé parce qu’à un jeunes adultes, les parents et les grands-parents pour les amener à
moment ou un autre, toute préciser leurs besoins et les inviter à demander de l’aide au besoin.
famille peut avoir
De l’avis du Conseil, pour répondre aux besoins manifestés, il
besoin de services de apparaît essentiel que les services à la famille soient accessibles à
façon transitoire tous. Pour cette raison, dans le domaine familial, il faut permettre la
coexistence de services universels et de services spécialisés. L’accès à
tous doit être préservé parce qu’à un moment ou un autre, toute famille peut avoir
besoin de services de façon transitoire. Cela n’exclut pas toutefois que des services
plus intensifs soient destinés aux familles en difficulté. Mais il serait déplorable
que des familles non reconnues comme à risque n’aient pas accès à une aide
ponctuelle lorsqu’elles traversent des moments de plus grande vulnérabilité.
210
Les besoins manifestés invitent à s’assurer que les politiques publiques reconnais-
sent et valorisent la contribution des personnes qui assument des responsabilités
parentales. L’adoption d’une politique familiale globale est évoquée comme étant
l’élément clé susceptible de satisfaire les besoins des familles dans leur diversité
et la multiplicité des parcours de vie. Pour reprendre la définition de chercheurs,
cette politique se doit d’intégrer « de manière cohérente toutes les facettes
susceptibles d’influencer le mieux-être de toutes les familles (ex. : le droit, le
système éducatif, le logement, l’environnement, l’économie, la santé, le travail,
etc.) ». Cette politique devrait prendre en compte les différents aspects de la vie
familiale (moral, financier, organisationnel) et les différentes étapes de la vie. Les
efforts des dernières années ont été surtout dirigés vers la petite enfance, mais les
consultations confirment que d’autres moments de la vie familiale mériteraient
un soutien plus intensif.
La reconnaissance sociale des responsabilités parentales suppose que l’on
s’assure de suivre l’évolution de la situation des familles et que l’on analyse
régulièrement les obstacles à leur mieux-être et au développement des enfants.
En fait, le Conseil retient de l’ensemble de l’information recueillie l’importance de
favoriser une intervention préventive non seulement auprès des enfants, mais de
toute la famille.
Soutien économique
Le besoin de reconnaissance qu’ont exprimé les parents concerne aussi le soutien
économique. Les personnes consultées souhaitent que soit reconnue à sa juste
valeur leur contribution économique à la société. L’exercice de la parentalité
constitue un apport social important, ne serait-ce que par le fait
que l’enfant contribuera éventuellement dans l’avenir au dévelop-
Les personnes consultées
pement économique et au maintien des services publics pour
l’ensemble de la population. Pour les parents consultés, la recon- souhaitent que soit
naissance publique de leur contribution passe par un soutien reconnue à sa juste
économique adéquat qui prend en compte leurs réalités. valeur leur contribution
Ce qui est ici soulevé est le partage des responsabilités entre la économique à la société
famille et la société. Les parents assument des frais pour les soins
et l’éducation de leurs enfants, et cela a une incidence sur la répartition du revenu
disponible. À cet égard, il convient d’examiner la structure de l’aide aux familles.
Cette aide peut prendre diverses formes : dispositions fiscales, aide financière
directe, allocation de biens et de services à coût réduit (ex. : accès au logement
subventionné), tarification selon le nombre de personnes dans la famille, etc.
L’information recueillie permet de constater qu’à chacune des transitions familia-
les, les membres de la famille sont plus susceptibles de vivre un stress financier.
Le Conseil note des risques d’appauvrissement et même de pauvreté chez les
personnes qui assument des responsabilités économiques à l’égard d’enfants. Ces
risques peuvent s’accroître lorsque la famille traverse une période de plus grande
vulnérabilité, par exemple au moment d’une rupture conjugale ou lorsque des
enfants présentent des besoins spéciaux.
Julie Paquette et Marie-Claude Michaud (2005). Agir sur les politiques familiales : la recherche : un outil indispensable : fiches
synthèses de transfert de connaissances, Montréal, Familles en mouvance et Dynamiques intergénérationnelles, p. 30.
211
À partir de sa connaissance des milieux familiaux, le Conseil constate que les
parents sont généralement satisfaits des progrès faits en matière de soutien
aux familles, particulièrement dans le domaine de la petite enfance. Toutefois,
des améliorations sont souhaitées concernant l’accès aux mesures et l’applica-
tion de certaines modalités opérationnelles. Ainsi, des parents soutiennent que
l’aide financière ne compense pas toujours adéquatement le coût des enfants.
Ce commentaire rejoint l’un des thèmes abordés par le Conseil dans le Rapport
2004-2005 sur la situation et les besoins des familles et des enfants : 5 bilans et
perspectives. À cette occasion, l’analyse d’études de cas types avait, en effet, fait
ressortir que l’aide financière des gouvernements se réduit rapidement selon le
revenu familial et que le montant universel alloué demeure modeste.
Le Conseil soulevait alors certains défis qu’il demeure encore pertinent de rappeler,
dont celui d’assurer l’équité à l’ensemble des familles. Comment être équitable à
l’égard des parents qui ont des enfants à charge par rapport à ceux qui n’en ont
pas? Comment être équitable avec les familles à faible revenu et celles dont les
revenus sont plus élevés? Comment assurer l’équité entre les parents eux-mêmes
selon le type de garde? Ces questionnements se retrouvent en trame de fond de
l’étude de chacune des périodes transitionnelles.
Il se dégage aussi de cette étude le besoin d’une aide qui prenne mieux en compte
les réalités familiales, par exemple la réalité des deux parents qui doivent s’adapter
à une séparation récente. Les recherches scientifiques ont mis en évidence qu’il est
possible, par des mesures adéquates, d’atténuer les effets néfastes de la rupture
sur le niveau de vie des familles concernées et, ainsi, de soutenir la préservation
d’une saine relation de chacun des parents avec ses enfants.
Le Conseil croit aussi qu’une aide financière ponctuelle versée au moment de
l’arrivée d’un enfant et de l’entrée à l’école pourrait atténuer la pression qui s’exerce
alors sur les finances familiales et faciliterait ainsi l’adaptation des familles dans
ces périodes transitionnelles.
Des propos de parents et d’intervenants des domaines familial et éducatif laissent
voir que l’adéquation entre les besoins des familles et l’allocation de ressources ne
serait pas toujours équilibrée. On a attiré l’attention du Conseil sur des disparités
territoriales, autant dans les centres urbains qu’entre les régions. À cet égard, la
situation particulière des familles en milieu rural a été évoquée, puisqu’elles ne
disposeraient pas toujours des services appropriés à leurs besoins. Le Conseil
Des besoins et des pistes d’action
rappelle qu’il est essentiel que les familles québécoises, quelle que soit leur
localisation sur le territoire, puissent bénéficier des services requis par l’exercice
de leurs responsabilités parentales. Ainsi, il est important que soient évaluées les
situations susceptibles d’entraîner des disparités territoriales au regard de l’aide
aux enfants et aux familles.
Par exemple, en 2006, la mesure fiscale Soutien aux enfants du gouvernement du Québec prévoit un montant
annuel de 575 $ pour un enfant de famille biparentale lorsque le revenu familial dépasse 85 000 $ (Régie des rentes
du Québec, http://www.rrq.gouv.qc.ca/fr/ site consulté le 16 novembre 2006). Pour sa part, la Prestation fiscale
canadienne pour enfants cesse d’être versée lorsque le revenu annuel familial atteint 100 000 $ (Agence du revenu
du Canada, http://www.cra-arc.gc.ca/menu-f.html , site consulté le 20 novembre 2006).
212
Le soutien économique aux familles impose d’intervenir dans un ensemble de
domaines en exerçant une attention soutenue, d’où la nécessité d’avoir le portrait
le plus fidèle possible de la situation économique des familles avec enfants. Ce
portrait devrait tenir compte du revenu, mais aussi des dépenses et de l’endet-
tement de ces familles. Il apparaît essentiel que les instances publiques puissent
compter sur de l’information pertinente pour prendre la mesure des effets sur
les revenus familiaux de certaines orientations fiscales ou de la tarification des
biens et des services. À cet égard, la création d’indicateurs famille est une option
à explorer.
Par ailleurs, il est reconnu que la situation économique et les perspectives d’avenir
affectent le climat familial et la réalisation du désir d’enfant. Le Conseil a été à
même de constater que les parents aspirent à un soutien économique stable et
à long terme, sans lequel l’insécurité s’installe. C’est pourquoi il répète l’impor-
tance d’assurer la pérennité de l’aide aux familles. De plus, les parents souhaitent
connaître le niveau d’aide qui leur est consenti. À cet égard, la création de la mesure
fiscale Soutien aux enfants semble satisfaire les besoins des parents. Ainsi, ceux-ci
peuvent prévoir leur budget en toute confiance, ce qui n’est pas nécessairement le
cas lorsque l’aide versée est imposableII.
Bref, les difficultés évoquées dans chacun des chapitres invitent à remettre en
question certaines pratiques de soutien économique afin de mieux les adapter
aux réalités familiales.
À l’instar d’indices permettant de suivre la situation économique, certains indicateurs pourraient être élaborés
pour suivre l’évolution de la situation des familles dans sa globalité.
II Le gouvernement du Canada, avec la nouvelle Prestation universelle pour la garde d’enfants, verse une prestation de
100 $ par mois par enfant de moins de six ans aux familles. Cette prestation est imposable. Ainsi, il est difficile pour
des parents de connaître, avant la période des déclarations d’impôt, quel est le niveau réel d’aide consentie.
213
De plus, les parents veulent pouvoir compter sur des mesures qui leur offrent de
véritables choix concernant les soins et l’éducation des enfants. En effet, plusieurs
parents ont évoqué leur sentiment d’impuissance, parfois leur frustration dans des
situations où ils ont l’impression de ne pas disposer des moyens appropriés pour
exercer correctement leurs responsabilités parentales. C’est le cas, notamment, de
parents qui font face au handicap ou à la maladie de leur enfant et qui sont en
attente de services spécialisés pour eux. Citons aussi les inquiétudes des parents
à l’égard du choix de l’école au moment du passage au secondaire, où l’aspect
financier limite les choix réels.
Des parents qui ont décidé de demeurer plus longtemps à la maison après le
congé parental disent se sentir isolés et blâmés. D’autres qui sont retournés sur le
marché du travail affirment avoir dû prendre des décisions concernant le mode de
garde sans avoir eu de véritable choix. Ils soutiennent que, devant les contraintes
de tous ordres (ex. : listes d’attente, services dont les horaires ne sont pas compa-
tibles avec ceux de leur emploi), ils ont dû se rabattre sur les seules occasions
qu’ils ont trouvées. Cela aurait fait naître chez certains parents un sentiment
d’insécurité, puisqu’ils ne sont pas convaincus qu’il s’agissait de la meilleure
décision pour l’enfant. Puisqu’il offre des choix, le Régime québécois d’assurance
parentale reçoit un accueil favorable des parents, tout particulièrement à cause de
sa flexibilité. Par ailleurs, il est souhaité que l’on poursuive en ce sens en amélio-
rant notamment les programmes de remplacement du revenu pour tenir compte
des obligations familiales tout au long de la vie. On évoque, par exemple, la
possibilité de créer une banque de congés parentaux rémunérés
que les parents pourraient prendre notamment au moment des
…ce qui se dégage de ce
transitions familiales qui exigent une attention particulière pour
rapport vient renforcer les qu’une saine relation parent-enfant se maintienne.
convictions du Conseil à
Le regard posé sur certaines périodes du parcours familial a fait
l’égard d’une nécessaire
ressortir que les exigences à l’égard des familles sont élevées.
concertation des milieux À maintes occasions, des parents ont dit avoir ressenti la pression
dans le but de créer une de leur environnement et de la société en général. Par exemple,
gamme de services qui on s’attend que les parents soient des travailleurs exemplaires et
témoigneront de la volonté des éducateurs parfaits. Certains diront avoir souhaité de l’aide
d’offrir un milieu de vie plutôt que des regards réprobateurs lorsque leurs enfants avaient
des difficultés.
accueillant pour les familles
Enfin, pendant les événements transitionnels, notamment la rupture
des parents ou la recomposition familiale, les enfants et les parents deviennent
plus vulnérables. Ce sont d’ailleurs tous les proches (la famille élargie, les amis et
amies) qui sont susceptibles d’être concernés par ces changements.
Le Conseil voit dans l’établissement et le maintien d’une saine relation parent-
enfant tout au long de la vie la pierre angulaire d’une société meilleure. D’où
l’intérêt pour tous de soutenir l’exercice de la parentalité et de la coparentalité,
peu importe la structure familiale, le mode de garde des enfants et la trajectoire
de vie. Ainsi, ce qui se dégage de ce rapport vient renforcer les convictions du
Conseil à l’égard d’une nécessaire concertation des milieux dans le but de créer
une gamme de services qui témoigneront de la volonté d’offrir un milieu de vie
accueillant pour les familles.
214
215
Dpodmvtjpo
Dpodmvtjpo
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Conclusion
Procéder à l’examen attentif des transitions vécues par les familles au long de leur
parcours fut un exercice extrêmement éclairant pour le Conseil de la famille et
de l’enfance, qui y puise de précieux enseignements. Certes, de nombreux autres
événements, tels que la perte d’un emploi, la maladie d’un membre de la famille
ou le décès d’un proche, exercent une influence déterminante sur la vie familiale.
Quel que soit l’événement cependant, les périodes transitionnelles sont de toute
évidence propices à la multiplication de facteurs de stress chez l’individu parce
qu’elles impliquent un aspect nouveau, inconnu, suscitent diverses émotions
et donnent parfois l’impression de perdre le contrôle sur sa vie. Dès lors, les
familles se retrouvent dans une situation de plus grande vulnérabilité, ce qui peut
déstabiliser l’équilibre familial tout au moins pour une certaine période.
De plus, le climat d’incertitude provoqué par le changement peut s’accompagner
de tensions dans le couple, de conflits entre les parents et les enfants et de
mésententes entre les membres de la famille élargie. Or, on constate que l’adapta-
tion d’un individu à de nouvelles situations est étroitement liée aux capacités
personnelles développées au fil du temps et au soutien environnemental dont
il dispose. Ainsi, la capacité d’établir des relations interpersonnelles s’avère
un précieux atout pour franchir les obstacles de la vie. Généralement, cet
apprentissage se fait au sein de la famille, en particulier en développant une
relation parent-enfant épanouissante. Cette relation demande toutefois
d’être préservée au fil du temps; les solidarités intergénérationnelles en sont
l’expression. Ces constats renforcent notre conviction qu’il est nécessaire
d’investir dans le développement des individus et le soutien de l’exercice des
compétences parentales.
217
Un examen à poursuivre
Cerner la situation des familles qui traversent des périodes charnières n’est
pas aisé puisque beaucoup d’éléments sont intangibles. En outre, puisque ces
transitions se font généralement sans déclencher de difficultés
Ce rapport invite à majeures, la situation est souvent peu étudiée et les besoins des
familles sont moins mis en évidence. Ce rapport invite à accentuer les
accentuer les recherches recherches sur la famille dans une perspective dynamique qui prenne
sur la famille dans une en compte l’ensemble du cycle de vie et des mutations en cours.
perspective dynamique
Tout au long de son analyse, le Conseil a décelé des sujets qui méri-
qui prenne en compte teraient une plus grande attention des instances publiques et des
l’ensemble du cycle de vie milieux de recherche. Par exemple, le sentiment d’isolement vécu
et des mutations en cours pendant les périodes étudiées, maintes fois évoqué par des familles,
tend à appuyer l’idée que l’offre de service actuelle a trop peu pris en
compte ce besoin de contacts sociaux, d’échanges et de partage d’expérience.
Ce rapport inspire aussi les futurs travaux du Conseil, qui compte éventuellement
produire des études et des avis sur des thèmes complémentaires, par exemple
sur la situation fiscale des familles. Il s’inscrit aussi dans le plan stratégique du
Conseil et contribue à une de ses orientations soit celle de développer une vision
prospective de la famille.
218
En suivant la relation parent-enfant au fil du temps, ce rapport invite à considérer
le soutien à la famille dans la vision la plus large possible, en considérant que,
dans certaines circonstances, des parents et des enfants peuvent avoir des besoins
d’aide ponctuels dont on doit se préoccuper. Le Conseil favorise une approche
axée sur le parcours de vie évitant les catégorisations par tranches d’âge ou les
interventions trop ciblées qui excluent des personnes dans le besoin.
Dans un contexte où la population vieillit, où la proportion des jeunes s’amenuise,
il devient essentiel d’éviter d’opposer les besoins des générations. Gardons en
mémoire que chacune des transitions familiales appelle des adaptations et un
soutien approprié. Le Conseil espère que ce rapport contribuera à une meilleure
connaissance de la situation et des besoins des familles québécoises et renforcera
chez les parents la conviction que leur rôle est important et essentiel.
219
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Février 2007
Membres
230
Remerciements
231
Transitions familiales Le rapport 2005 - 2006 sur la situation et les besoins des familles et des enfants