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Impact de l'Innovation Sociale à Rabat

Ce document traite de l'effet de l'innovation sociale sur le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra au Maroc. Il présente le cadre théorique de la relation entre innovation sociale et développement durable et teste empiriquement cette relation à travers l'étude des projets sociaux dans la région.

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Impact de l'Innovation Sociale à Rabat

Ce document traite de l'effet de l'innovation sociale sur le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra au Maroc. Il présente le cadre théorique de la relation entre innovation sociale et développement durable et teste empiriquement cette relation à travers l'étude des projets sociaux dans la région.

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Contribution à la mesure de l’effet de l’innovation

sociale sur le développement territorial durable : Cas des


projets sociaux dans la Région de Rabat-Salé-Kénitra,
Maroc
Driss El Ghoufi

To cite this version:


Driss El Ghoufi. Contribution à la mesure de l’effet de l’innovation sociale sur le développement
territorial durable : Cas des projets sociaux dans la Région de Rabat-Salé-Kénitra, Maroc. Economies
et finances. Université Cadi Ayyad de Marrakech (Maroc), 2019. Français. �tel-02936971�

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UNIVERSITE CADI AYYAD

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES, ECONOMIQUES

ET SOCIALES

MARRAKECH

Centre des Etudes Doctorales : Droit, Economie et Gestion


Laboratoire de recherche : Innovation, Responsabilité et Développement Durable (INREDD)

THESE DE DOCTORAT EN : SCIENCES ECONOMIQUES

CONTRIBUTION A LA MESURE DE L’EFFET DE L’INNOVATION


SOCIALE SUR LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE

Cas des projets sociaux dans la Région de Rabat-Salé-Kénitra

Par Driss EL GHOUFI

Présentée et soutenue publiquement le 13/06/2019

Sous la direction du Professeur Fatima ARIB

Jury :
Mr. Mustapha ZIKY Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Marrakech Président

Mme Fatima ARIB Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Marrakech Directrice de thèse

Mr. Brahim DINAR Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Settat Membre et rapporteur

Mr. Omar ESSARDI Professeur habilité, FSJES - Marrakech Membre et rapporteur

Mr. Driss OMERANI Professeur habilité, FSJES - Marrakech Membre et rapporteur

Mme Bouchra TAOUFIK Directrice de l’Institut National de l’Action Sociale Suffragante

ANNEE UNIVERSITAIRE : 2018/2019


DEDICACES

A mes parents, Aïcha et Mustapha….

Qu’ils trouvent ici le témoignage de ma profonde reconnaissance.

A ma fille, Hanae….

Si je me suis autant investi dans cette thèse de doctorat, c’est un peu pour toi. Parce que je crois
que le chercheur devrait également avoir comme objectif de tenter d’améliorer la société,
société dont tu fais indéniablement partie.
REMERCIEMENTS

Merci tout d’abord au Professeur Fatima ARIB, ma directrice de thèse qui m’a donné
l’opportunité de réaliser ce travail et qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faciliter sa
réalisation. Je la remercie de tout cœur pour sa rigueur, ses conseils éclairés et son soutien
inconditionnel.

J’exprime également toute ma gratitude aux membres du jury : Professeur Mustapha ZIKY,
Professeur Brahim DINAR, Professeur Omar ESSARDI, Professeur Driss OMERANI et Mme
Bouchra TAOUFIK, qui ont accepté de consacrer leur temps précieux à l’évaluation de ce
travail de recherche.

Un grand merci à tous les membres du laboratoire INREDD pour leurs remarques, leurs
critiques constructives et le temps qu’ils ont toujours bien voulu consacrer à l’évaluation des
divers états d’avancement de cette thèse.

Un travail de recherche, même d’ordre théorique, ne peut manquer de se nourrir des nombreuses
expériences de recherche sur le terrain. Que les responsables des communes de la région de
Rabat-Salé-Kénitra, de l’Agence de Développement Social, de l’Office de Développement de
la Coopération, de l’Entraide Nationale, de l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et
des Compétences et des associations trouvent ici l’expression de ma gratitude. Enfin, que tous
ceux qui ont contribué à cette recherche soient remerciés, et plus particulièrement toutes les
personnes qui, dans les collectivités territoriales, les institutions publiques et les associations
que j’ai contactées, ont bien voulu, en répondant à mes questions, m’aider à aller plus loin.

Merci à toute ma famille, à ma mère, à mon père, à mes sœurs Hafida et Khadija ainsi qu’à mes
frères Abdellatif et Soufiane qui ont toujours cru en moi. Sans leur aide, je n’aurais jamais pu
mener à terme ce travail. Merci à ma fille, Hanae, qui a été le témoin de tous ces efforts. Tu es
ma source de bonheur.
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE ................................................................................................................................. 1

PARTIE 1 : CADRE THEORIQUE D’ANALYSE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT


TERRITORIAL DURABLE .................................................................................................................................... 11

Introduction de la première partie................................................................................................................ 12

Chapitre 1 : Fondements théoriques du développement territorial durable .................................................... 13

1. Théories traditionnelles du développement....................................................................................... 13

2. Apport des approches environnementale et territoriale ...................................................................... 31

3. Dimensions du développement territorial durable ............................................................................. 39

Chapitre 2 : Innovation sociale et développement territorial durable : Cadre conceptuel et hypothèses de la


recherche .................................................................................................................................................... 60

1. Innovation sociale : Spécificités, approches et dimensions ................................................................ 60

2. Rôle de la capacité d’absorption des connaissances .......................................................................... 71

3. Innovation sociale et développement territorial durable .................................................................... 83

Conclusion de la première partie ............................................................................................................... 103

PARTIE 2 : VERIFICATION EMPIRIQUE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT

TERRITORIAL DURABLE .................................................................................................................................. 104

Introduction de la deuxième partie .............................................................................................................. 105

Chapitre 1 : Cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable 106

1. Région de Rabat-Salé-Kénitra : Caractéristiques et enjeux de développement .................................. 106

2. Stratégie générale de l’étude ............................................................................................................ 124

3. Variables et mesures........................................................................................................................ 135

Chapitre 2 : Etude empirique de l’effet des projets sociaux sur le développement territorial durable dans la région
de Rabat-Salé-Kénitra ................................................................................................................................... 150

1. Analyses descriptives : portrait de l’innovation sociale..................................................................... 150

2. Test du modèle de la recherche ........................................................................................................ 167

3. Test des hypothèses et discussion des résultats ................................................................................. 177

Conclusion de la deuxième partie ............................................................................................................... 195

CONCLUSION GENERALE ................................................................................................................................ 196

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................. 203


ANNEXES ...................................................................................................................................................... 223
TABLE DES MATIERES .................................................................................................................................... 252
LISTE DES ABREVIATIONS
ASLF Association Internationale des Sociologues de Langue Française
AVE Average Variance Extracted
BM Banque Mondiale
CAC Capacité d’Absorption des Connaissances
CAP Capacité d’Absorption Potentielle
CAR Capacité d’Absorption Réalisée
CEPAL Commission Economique pour l’Amérique Latine
CMED Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement
CRISES Centre de Recherche sur les Innovations Sociales
CST Conseil de la Science et de le Technologie
DD Développement Durable
DGCL Direction Générale des Collectivités Locales
DSA Dimensions Sociales de l’Ajustement
DT Développement Territorial
DTD Développement territorial durable
FMI Fonds Monétaire International
FRESI Institut Fédératif de Recherche sur les Economies et les Sociétés Industrielles
GOF Goodness-of-fit
HCP Haut Commissariat au Plan
IDH Indice de Développement Humain
LISREL LInear Structural RELationships
OCB Organisations Communautaires de Base
OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques
ONG Organisations Non Gouvernementales
ONU Organisation des Nations Unies
PAS Programmes d’Ajustement Structurel
PIB Produit Interieur Brut
PLS Partial Least Squares
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PNUE Programme des Nations Unies pour l'Environnement
RD Recherche et Développement
RGPH Recensement Général de la Population et de l'Habitat
RQIS Réseau Québécois en Innovation Sociale
USA United States of America
VIF Variance Inflator Factor
SSE Sum of Squares Error
SSO Sum of Squares Observed
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1– Innovation technologique et innovation sociale : continuités et ruptures .......................... 62
Tableau 2 – Synthèse des principaux modèles théoriques de la capacité d’absorption des connaissances
(CAC)............................................................................................................................................... 77
Tableau 3 – Synthèse des principaux travaux empiriques sur la capacité d’absorption des
connaissances ................................................................................................................................... 80
Tableau 4 – Conceptions de l’innovation dans les modèles territoriaux d’innovation ......................... 84
Tableau 5 – Récapitulatif des hypothèses retenues dans le cadre de cette recherche ........................... 99
Tableau 6 – Produit intérieur brut par région ................................................................................... 112
Tableau 7 – Evolution des taux d’activité et de chômage selon les régions et le milieu de résidence
(2015-2016) .................................................................................................................................... 114
Tableau 8 – Taux de chômage et taux d’activité selon les provinces (ou préfecture) ........................ 115
Tableau 9 – Moyens d’administration du questionnaire ................................................................... 125
Tableau 10 – Données sur le taux de réponse .................................................................................. 125
Tableau 11– Eléments de comparaison entre PLS et LISREL .......................................................... 133
Tableau 12 – Mesure de la sous-dimension « capacité » du capital social ........................................ 141
Tableau 13 – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions ................................ 143
Tableau 14 (suite) – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions ..................... 144
Tableau 15 – Opérationnalisation de la variable indépendante et ses dimensions ............................. 147
Tableau 16 – Distribution des acteurs selon la catégorie .................................................................. 151
Tableau 17 – Distribution des acteurs selon le lieu d’activité ........................................................... 151
Tableau 18 – Distribution des acteurs selon la portée géographique de leur action ........................... 152
Tableau 19 – Distribution des acteurs selon la taille ........................................................................ 152
Tableau 20 – Distribution des acteurs selon le genre........................................................................ 153
Tableau 21 – Distribution de fréquences des acteurs selon le niveau d’éducation ............................. 154
Tableau 22 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant l’effort d’acquisition des connaissances
....................................................................................................................................................... 155
Tableau 23 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la diversité des sources d’idées ....... 156
Tableau 24 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant le degré de coopération................... 157
Tableau 25 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la diversité des sources de financement
....................................................................................................................................................... 157
Tableau 26 – Distribution de fréquences de l’implication de la population cible .............................. 158
Tableau 27 – Distribution de fréquences des méthodes de suivi et d’évaluation ............................... 159
Tableau 28 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant l’impact organisationnel ................. 161
Tableau 29 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la finalité ........................................ 162
Tableau 30 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la confiance .................................... 163
Tableau 31 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant le réseautage................................... 164
Tableau 32 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la transversalité .............................. 164
Tableau 33 – Fiabilité de cohérence interne ..................................................................................... 169
Tableau 34 – Validité convergente des mesures associées aux construits ......................................... 170
Tableau 35 – Validité discriminante (critère de Fornell and Larcker) ............................................... 172
Tableau 36– Validité discriminante (test Cross Loading) ................................................................. 172
Tableau 37 – Analyse de la validité des construits formatifs ............................................................ 174
Tableau 38 – Coefficient de détermination (R2) .............................................................................. 175
Tableau 39 – Indices de redondance en validation croisée ............................................................... 176
Tableau 40 – Goodness of Fit .......................................................................................................... 177
Tableau 41 – Prédictions des effets attendus des hypothèses retenues ............................................. 177
Tableau 42 – Validation de l’hypothèse H1 ..................................................................................... 179
Tableau 43 – Analyse de l’effet médiateur du territoire ................................................................... 183
Tableau 44 – Analyse de l’effet médiateur de la gouvernance .......................................................... 184
Tableau 45 – Analyse du rôle médiateur du capital social ................................................................ 185
Tableau 46 – Analyse du rôle médiateur de la durabilité .................................................................. 186
Tableau 47 – Impact des résultats empiriques sur les hypothèses de recherche ................................. 188
LISTE DES FIGURES
Figure 1 – Modèle de recherche avec médiations .................................................................................6
Figure 2 – Principales composantes du développement territorial durable .......................................... 57
Figure 3 – Principales approches de l’innovation sociale ................................................................... 64
Figure 4 – Dimensions de la capacité d’absorption des connaissances ............................................... 73
Figure 5 – Modèle de Cohen et Levinthal (1990)............................................................................... 74
Figure 6 – Modèle de Zahra et George (2002) ................................................................................... 76
Figure 7 – Modèle de Todorova et Durisin (2007) ............................................................................. 77
Figure 8 – Dimensions de l’innovation sociale .................................................................................. 81
Figure 9 – Cadre conceptuel avec médiations .................................................................................... 92
Figure 10 – Cadre conceptuel de l’effet de l’innovation sociale sur le développement territorial durable
....................................................................................................................................................... 101
Figure 11– Etapes de la construction du modèle des équations structurelles ..................................... 127
Figure 12 – Modes réflexifs et formatifs .......................................................................................... 129
Figure 13 – Schématisation du cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le
développement territorial durable .................................................................................................... 148
Figure 14 – Modèle de mesure et modèle structurel ......................................................................... 168
Figure 15 – Effet des variables médiatrices et modératrices ............................................................. 179
Figure 16 – Modèle de Baron et Kenny pour l’analyse des variables médiatrices ............................. 181
LISTE DES GRAPHES
Graphe 1 – Répartition de la population selon les provinces et préfectures (2014)........................... 110
Graphe 2 – Structure du PIB de la région par secteur d’activité (2015) ........................................... 113
Graphe 3 –Taux de la pauvreté globale par région .......................................................................... 116
Graphe 4 –Taux de la pauvreté globale selon les provinces............................................................. 117
Graphe 5 – Contribution à la pauvreté globale de la région, selon les provinces .............................. 117
Graphe 6 – Décomposition de la pauvreté multidimensionnelle de la région par source de privation
(en %) ............................................................................................................................................. 118
Graphe 7 – Décomposition de la pauvreté multidimensionnelle par province et par source de privation
(en %) ............................................................................................................................................. 119
LISTE DES CARTES
Carte 1 – Régions du Maroc ............................................................................................................ 108
Carte 2 – Provinces et préfectures de la région de Rabat-Salé-Kénitra ............................................. 109
Carte 3 – Taux d’accroissement de la population entre 2004 et 2014 .............................................. 110
Carte 4 – Densité communale de la population ................................................................................ 111
LISTE DES ANNEXES
Annexe 1 – Questionnaire ............................................................................................................... 224
Annexe 2 – Path Coefficients .......................................................................................................... 233
Annexe 3 – Specific Indirect Effects ............................................................................................... 233
Annexe 4 –Total Effects.................................................................................................................. 233
Annexe 5 – Outer Loadings............................................................................................................. 234
Annexe 6 – Outer Weights ............................................................................................................. 235
Annexe 7 – Latent Variable Correlations ......................................................................................... 235
Annexe 8 – R Square ...................................................................................................................... 236
Annexe 9 – f Square........................................................................................................................ 236
Annexe 10 – Construct Reliability and Validity............................................................................... 236
Annexe 11 – Fornell-Larcker Criterion............................................................................................ 236
Annexe 12 – Cross Loadings.......................................................................................................... 237
Annexe 13 – Outer VIF Values ....................................................................................................... 238
Annexe 14 – Inner VIF Values ........................................................................................................ 238
Annexe 15 – Inner Model................................................................................................................ 239
Annexe 16 – Outer Model ............................................................................................................... 239
Annexe 17 – Outer Weights (Mean, STDEV, T-Values, P-Values).................................................. 240
Annexe 18 – Construct Crossvalidated Redundancy (Total) ............................................................ 241
Annexe 19 – Indicator Crossvalidated Redundancy (Total) ............................................................. 241
Annexe 20 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu urbain)................................ 242
Annexe 21 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu rural) .................................. 243
Annexe 22 – Cartographie de la pauvreté provinciale 2004-2014..................................................... 244
Annexe 23 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Kénitra) ..................................... 245
Annexe 24 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Khémisset) ................................ 246
Annexe 25 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Rabat & Salé) ............................ 247
Annexe 26 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Sidi Kacem) .............................. 248
Annexe 27 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Témara &Sidi Slimane) ............. 249
Annexe 28 – Contribution des régions à la croissance du PIB (en %)............................................... 250
Annexe 29 – Croissance du PIB par région...................................................................................... 250
Annexe 30 – PIB par secteur d’activité et par région (en millions de DH) ........................................ 251
Annexe 31 – Structure du PIB par secteur d’activité et par région (en %) ........................................ 251
INTRODUCTION GENERALE

De nombreux travaux traitent du développement. Pour les uns et les autres, la définition donnée
à la notion «développement» n’est pas forcément la même, tant le terme est polysémique. Dès
le début des années 1950, un effort collaboratif de conceptualisation a néanmoins permis d’en
expliciter partiellement les différentes dimensions.

Globalement, si l’on dresse un état des lieux de la littérature sur la question, deux directions
s’imposent : la première relève de la remise en question du rôle de l’Etat et du marché en
matière d’allocation des ressources. La nouvelle économie institutionnelle est le fer de lance de
cette direction de recherche en montrant qu’il existe plusieurs modes de coordination, et pas un
seul, qui donnent corps aux transactions économiques. C’est pour cela que toute la littérature
s’est organisée autour de la nécessité du renforcement institutionnel dans le domaine du
développement.

La deuxième direction concerne les nouvelles réflexions pour intégrer les valeurs dans l’analyse
économique (Assidon, 2002). Ainsi, Sen (2000) montre que l’économie du développement a
favorisé dans le passé l’accumulation des biens et services plutôt que les droits et les capacités
des individus. Ce qu’essaye d’introduire la perspective du développement humain.

Par ailleurs, la prise de conscience, d’une part, de l’impact des activités humaines sur
l’environnement et, d’autre part, de l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace
a permis l’intégration de nouvelles variables dans l’analyse du processus de développement.
Dans ce cadre, l’apparition du concept de développement territorial durable, mais avant lui ceux
de développement territorial et de développement durable, ravive ce débat complexe et confus
qui structure les réflexions sur le développement.

Ainsi, les conceptions environnementale et territoriale du développement constituent une autre


brique dans l’édifice des réflexions sur le développement trouvées dans la littérature. Elles
constituent non seulement une critique des modèles développés précédemment, mais elles
marquent une étape supplémentaire dans la compréhension du phénomène de développement.

En s’appuyant à la fois sur des travaux traitant du développement durable et sur ceux portant
sur le développement territorial, plusieurs auteurs (Serva, Andion et Lévesque, 2006 ;
Rochman, 2008 ; Proulx, 2006) ont suggéré d’hybrider les concepts de développement durable

1
et de développement territorial afin de proposer une conception plus large et plus intégrée,
qualifiée de développement territorial durable.

Cette proposition résulte des difficultés rencontrées lors de l’opérationnalisation du


développement durable, de l’incapacité des modèles territoriaux à intégrer toutes les dimensions
de la durabilité et du fait (mis en avant par un nombre croissant d’auteurs) que le croisement
des approches du développement durable et du développement territorial permettrait une
meilleure intégration des différentes composantes de la durabilité dans le cadre de stratégies et
d’actions de développement.

Selon Carriere (2004), les promoteurs de l’approche du développement territorial durable


mettent en avant plusieurs objectifs traduisant sa pertinence, parmi lesquels :

− L’intégration des différentes questions soulevées dans le cadre des réflexions sur le
développement (préservation de l’environnement, équité sociale, diversité culturelle,
viabilité économique) ;
− La satisfaction des besoins humains fondamentaux concomitamment aux capacités de
régénération du capital naturel exploité;
− La transversalité, contrairement à la logique sectorielle, permettant un décloisonnement
des initiatives de développement;
− L’implication, la participation et la contribution des acteurs locaux ;
− La gestion territoriale décentralisée.

Pour Rochman (2008), le développement territorial durable ne se réduit pas à « la


transformation productive et le développement institutionnel, mais renforcer les capacités des
multiples acteurs d’un territoire à se coordonner, à définir ensemble des orientations et à
mettre en œuvre les moyens de les atteindre » (Rochman, 2008, p : 13). Selon elle, le modèle
est à développer dans une perspective à deux dimensions principales :

− La formation et le renforcement du capital social, pouvant être traduit en action


collective, donc en développement;
− L’articulation entre les dynamiques locales et les politiques publiques.

L’approche devrait donc aboutir à la mise en place des espaces d’intégration et de dialogue
entre collectivités territoriales, société civile, et organismes publics concernés dans le but de
faciliter et garantir la prise en considération des dynamiques et particularités locales. Au fond,

2
il s’agit de mettre en avant la place que joue le territoire (en tant que construit d’acteurs1) dans
la structuration de dynamiques collectives et dans l’élaboration de politiques de développement.
A ce titre Klein affirme que le territoire est une « donne importante de la structuration des
sociétés et de la production des liens sociaux » (Klein, 2008, p : 316).

En effet, au sein d’un territoire donné, une multitude d’acteurs invente de nouvelles solutions,
met en place de nouvelles actions de développement pour résoudre des problèmes communs.
De ces initiatives émergent un certain nombre de « territoires construits ». Le niveau de
durabilité de ces territoires est fonction de la capacité et de la disposition des acteurs concernés
à ne pas se limiter à des considérations d’ordre économique en développant des projets intégrant
les catégories sociales les plus démunies et visant la préservation du capital naturel.

Le rôle fondamental des acteurs des territoires dans le processus de développement est donc
primordial. En effet, comme l’affirment Cazella (2006) et Franco (2004), la participation et la
contribution des acteurs locaux est la condition sine qua non et une pierre angulaire du
développement territorial durable. En outre, il est nécessaire, pour que les principes de ce
dernier soient mis en œuvre, qu’ils soient appropriés par les acteurs locaux (Serva, Andion et
Lévesque, 2006). Les acteurs locaux (y compris les populations) ont donc un rôle central à jouer
dans le processus de développement territorial durable. Cela nous conduit à envisager le concept
de gouvernance.

En effet, la gouvernance est pertinente pour l’analyse et la compréhension du développement


territorial durable car, comme l’explique Rochman (2008, p : 62-63),

«sa nature et les formes qu’elle peut revêtir conditionnent à la fois la régulation
sociale (la vie quotidienne) au niveau des territoires et la capacité des acteurs
territoriaux à se mobiliser et à concevoir des projets. La gouvernance conditionne
enfin la capacité des acteurs locaux à concevoir un projet de territoire, sans lequel
il est impensable de passer des actions isolées à un véritable processus de
développement et à fortiori de développement territorial durable. Or, cette capacité
[…] est largement conditionnée par le niveau de capital social dont dispose ces
acteurs».

La gouvernance et le capital social influencent donc l’aptitude des acteurs locaux à se mobiliser
et à mettre en place des projets de développement. Or, cette aptitude dépend de la capacité
d’absorption des acteurs locaux à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances

1
« Le territoire est avant tout un construit d’acteurs en vue de résoudre un problème productif » (Pecqueur, 2000,
cité par Jean, 2008, p : 296).

3
susceptibles de générer des initiatives prometteuses. Ceci impose la reconnaissance d’une autre
dimension, celle de l’innovation.

Innovation sociale et développement territorial durable

Depuis les travaux précurseurs de Schumpeter (1935), l’analyse territoriale a mis en évidence
le rôle de l’innovation dans les processus territoriaux. Les approches territoriales d’innovation
(Milieu innovateur, District industriel, Systèmes régionaux d’innovation, etc.), explorées par
plusieurs auteurs (notamment Moulaert et Sekia, 2003), confirment ce constat. Néanmoins,
cette littérature est marquée par deux limites principales (Hillier et al., 2004) :

− Une vision technologiste du développement, qui bien que modulée de manière


progressive, ne rend pas compte des autres composantes de l’innovation ;
− Une place primordiale est donnée « aux comportements et mécanismes marchands et
concurrentiels, ainsi qu’à l’objectif de compétitivité, et donc une négligence d’autres
processus sociaux essentiels pour le développement et faisant intervenir de nombreuses
formes d’innovation » (Hillier et al., 2004, p : 138).

L’objectif est clair. En élargissant le concept d’innovation, l’analyse territoriale pourrait


s’enrichir en intégrant d’autres dimensions (sociale, culturelle, institutionnelle et
environnementale) affectant la dynamique du développement. Il n’est donc pas concevable de
réduire la réflexion sur la relation entre innovation et développement à la seule variation de
l’innovation technologique. Si cette dernière est essentielle, elle ne constitue qu’un aspect de
l’équation.

Dans le même ordre d’idées, certains auteurs expliquent que l’accroissement des activités
marchandes s’accompagne généralement d’une « polarisation sociale concomitante » laissant
une partie de la population hors champ de l’économie et du développement. Or, le
développement est indissociable de l’augmentation du bien-être général et de la perception d’un
sentiment de justice par les populations concernées. Nous retrouvons ici les travaux précurseurs
de Rawls (1972), notamment sur le concept de justice, selon lesquels, pour être juste, une
transformation ou une évolution d’une société donnée doit nécessairement rendre meilleures
les conditions des plus démunis.

Ainsi, une croissance des activités marchandes qui s’accompagne d’une détérioration de la
situation des plus défavorisés pose un problème de justice et de développement. Il est donc
pertinent d’élargir la relation entre innovation et développement dans ce sens, « en partant non

4
pas d’une analyse par le marché, qui implique une offre (innovation dans la production) et une
demande (consommation des produits innovants), mais par les besoins et leur satisfaction »
(Hillier et al., 2004, p : 138). En effet, la logique marchande se limite aux mécanismes du
marché et n’intègre que partiellement la population. Il est donc nécessaire d’adopter une
approche qui prend en compte les besoins exclus par le marché.

Dit autrement, si les relations marchandes font partie de la dynamique du développement, sans
la résumer, il est judicieux de s’appuyer sur un autre référentiel. « La notion de besoin apparait
comme un fondement théorique qui répond à cette vision élargie du développement » (Hillier
et al., 2004, p : 139). Au-delà de la subjectivité inhérente à cette notion de « besoin », nous
retiendrons les besoins sociaux de base, à savoir l’éducation, la santé, le logement, la culture,
la démocratie, etc. Un besoin social serait donc partagé par tous les individus d’une même
société ou communauté (Besançon, 2013). Il faut en conséquence saisir les mécanismes
permettant de révéler ces besoins.

Or, une partie de ces besoins n’est pas satisfaite par le marché, et relève « soit de la solidarité
assurée par l’Etat, ou alors d’organisations plus souples, impliquant l’Etat, des acteurs privés
et la société civile, qui tentent de répondre à ces besoins par des mécanismes de solidarité et
de réciprocité au niveau local » (Hillier et al., 2004, p : 139). Ainsi, l’approche par les besoins
sociaux montre l’importance de la construction des coalitions d’acteurs (publics, privés,
associatifs) pour prendre en charge ces besoins. Dans cette perspective, le concept d’innovation
sociale est pertinent puisqu’il inclut l’innovation dans les rapports sociaux et dans la résolution
des besoins sociaux.

En effet, l’innovation sociale est conçue comme l’interaction entre deux dynamiques (Cameron
et al., 2007) : d’une part, celle de la résolution des problèmes sociaux et, d’autre part, celle de
l’innovation dans les rapports sociaux (la gouvernance par exemple) indispensable au succès
de la première dynamique (Moulaert et Sekia, 2003 ; Hillier et al., 2004 ; Moulaert et
Nussbaumer, 2014).

Problématique et hypothèses de la recherche

5
La problématique de la thèse questionne le lien entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable à deux niveaux :

− D’un point de vue théorique : démontrer, dans un premier temps, la pertinence de la


conjugaison des concepts de développement territorial et de développement durable.
Ceci amène à questionner les réflexions existantes sur l’intérêt de croiser les approches
territoriales et du développement durable. Deuxièmement, la pertinence d’articuler
l’innovation sociale et le développement territorial durable.
− D’un point de vue empirique, évaluer comment s’opère la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable, en décomposant cette relation en effet,
direct et indirect, médiatisé par quatre variables, à savoir le territoire, la gouvernance,
le capital social et la durabilité (cf. figure 1).

Figure 1 – Modèle de recherche avec médiations

M1

Territoire
Développement
territorial
Innovation M2 durable
sociale
Gouvernance
Y
X

M3

Capital social

M4

Durabilité

Plus précisément, il s’agit de répondre à la question principale suivante :

Comment, et dans quelle mesure, l’innovation sociale influence-t-elle le développement


territorial durable ?

Par conséquent, nous posons les hypothèses suivantes :

6
Hypothèse 1 : Il y a une relation positive directe entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable.

Hypothèse 2 : Il existe une relation positive indirecte entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable et ceci à travers l’utilisation des territoires.

Hypothèse 3 : La gouvernance médiatise la relation entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable.

Hypothèse 4 : Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Hypothèse 5 : La durabilité intervient comme variable médiatrice dans la relation entre


l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Par ailleurs, pour rendre compte des effets médiateurs, nous avons formulé plusieurs sous-
hypothèses relatives à chaque médiation (cf. tableau 5). Ces hypothèses et question de recherche
ne forment pas une liste exhaustive des interrogations qui ont guidé l’élaboration de cette thèse,
mais elles constituent des éléments structurant sa problématique et permettant de mener à bien
ses principaux objectifs.

Orientation des recherches de terrain

Compte tenu du très grand nombre d’initiatives et de l’absence d’une base de données régionale,
une étude exhaustive n’était pas envisageable. De même un choix a dû être opéré parmi les
nombreux acteurs pour effectuer les enquêtes. En dépit de ce souci de représentativité, il est
impossible d’interroger un nombre d’acteurs suffisant pour pouvoir prétendre à une
représentativité statistique. De plus, nous n’avons rencontré que peu de représentants de la
sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein des dispositifs de
gouvernance locale comme des diverses coalitions de projets sociaux.

Rappelons que les acteurs interrogés dans le cadre de cette enquête ont été caractérisés en regard
de leur contribution dans la réalisation des projets sociaux (innovants) mis en œuvre dans la
région de Rabat-Salé-Kénitra (Maroc).

Méthodologie de la recherche

7
Les données de cette étude ont été collectées dans le cadre d’une enquête par questionnaire
auprès de trois catégories d’acteurs territoriaux2œuvrant dans la région de Rabat-Salé-Kénitra,
à savoir les collectivités territoriales, les organismes publics concernés et les associations. Ces
trois catégories d’acteurs ont été identifiées dans le cadre de notre étude qualitative exploratoire
réalisée en 2015 sur un projet socialement innovant, la coopérative de gestion des déchets
«Attawafouk».

Pour analyser nos résultats, nous avons utilisé la modélisation structurelle selon la méthode PLS
(Partial Least Squares). Fernandes (2012), distinguent deux approches de modélisation par
équations structurelles : les méthodes basées sur la covariance, représentées entre autres par
LISREL, et les méthodes basées sur la variance dont l’approche PLS et la plus représentative
de ces techniques (Bucumi-Sommer et al., 2010).

Fernandes (2012), affirme que l’approche PLS est particulièrement adaptée pour l’analyse de
petits échantillons et lorsque l’analyse est exploratoire. En outre, cette technique est
recommandée lorsque la théorie est plus approximative et les mesures sont moins développées
(Ibid.).

Le modèle conceptuel retenu dans le cadre de cette recherche (cf. figure 1) se prête parfaitement
à la méthode des équations structurelles (méthode PLS) puisqu’il propose d’aborder le lien entre
l’innovation sociale (variable indépendante) et le développement territorial durable (variable
dépendante) à partir de plusieurs variables latentes reliées entre elles. Ensuite, le lien entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable a été peu exploré. Par ailleurs, nous
disposons d’un petit échantillon (n = 109) qui ne permet pas d’utiliser les modèles d’équations
structurelles basées sur la covariance.

Pour la mise en pratique des analyses de régression PLS, nous avons choisi d’utiliser le logiciel
SmartPLS (v.3.2.7), en raison, comme l’écrit Lacroux (2010), de la facilité d’emploi de son
interface et de la possibilité d’éditer des graphes des modèles estimés.

Structuration de la thèse

2
Selon Gumuchian et Pecqueur (2007), les acteurs sont ceux qui, par leur implication et par leurs actions,
constituent le territoire. Ce dernier est entendu ici comme un construit d’acteurs (cf. chapitre 1, section 3).

8
La thèse est organisée en deux parties, chacune structurée en deux chapitres, constituant
chacune une étape de la démonstration :

Le premier chapitre se donne comme objectif de présenter les évolutions théoriques qui ont
affecté l’économie du développement. Pour ce faire, nous procédons comme suit. Après avoir
survolé les théories de développement traditionnelles, nous mettons en avant les apports et les
limites des approches environnementales et territoriales, qui constituent une phase
supplémentaire dans l’intelligibilité du phénomène de développement. Enfin, nous reviendrons
sur les principales composantes du développement territorial durable à savoir :

− Le rôle et la place des acteurs locaux et leurs systèmes d’actions dans le processus de
développement territorial durable. Ceci nous amènera à nous intéresser à la gouvernance
et au capital social.
− L’importance du concept de territoire à la fois comme dimension du développement
territorial durable mais également comme acteur de développement.
− L’intégration de la dimension environnementale.

Le deuxième chapitre situe notre problématique dans le cadre de la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Après avoir distingué l’innovation sociale de
l’innovation technologique, nous présentons deux conceptions de l’innovation sociale, chacune
basée sur différentes approches. Ensuite, nous abordons la pertinence du concept de la capacité
d’absorption des connaissances pour l’analyse du processus de l’innovation sociale au niveau
organisationnel. Enfin, nous examinons le lien entre innovation sociale et développement
territorial durable. Ces développements nous permettent de formuler nos hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel est retenu.

Une fois ce cadre conceptuel posé, le chapitre III a pour vocation de présenter l’approche
méthodologique retenue. Il s’agit tout d’abord de présenter les caractéristiques (administratives,
démographiques et socio-économiques) ainsi que les défis de développement relatifs à notre
région d’étude. Ensuite, nous exposons les données relatives à notre échantillon et la méthode
d’analyse que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Enfin, nous
abordons les mesures opérationnelles de notre variable dépendante, le développement territorial
durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles de
l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été associées.

9
Le chapitre IV nous permet enfin d’évaluer notre modèle de recherche. Il est structuré en trois
sections. Dans la première section, nous présentons les résultats des traitements descriptifs des
variables. Il y est notamment question de présenter le portrait des acteurs interrogés ainsi que
les analyses descriptives associées au potentiel et aux réalisations d’innovation sociale. La
deuxième section de ce chapitre est consacrée, quant à elle, à la présentation des résultats des
tests du modèle de recherche. La troisième et dernière section concerne la discussion des
résultats ainsi que les impacts de ces résultats sur les hypothèses de recherche.

10
PARTIE 1
CADRE THEORIQUE D’ANALYSE DE LA RELATION ENTRE
L’INNOVATION SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE

Introduction de la première partie

11
La première partie de ce travail a pour objectif de synthétiser l’ensemble des connaissances déjà
acquises sur le thème du développement territorial durable et sa relation avec l’innovation
sociale.

Le premier chapitre est consacré à la présentation des fondements théoriques du développement


territorial durable. Après avoir survolé les théories qui ont marqué l’évolution de l’économie
du développement, nous mettons en avant les apports et les limites des approches
environnementales et territoriales, qui marquent une étape supplémentaire dans la
compréhension du phénomène de développement.

La présentation de ces deux grandes conceptions (environnementale et territoriale) et des


différents concepts qui les composent, nous permettra d’introduire deux concepts centraux : le
développement territorial et le développement durable. Tout en montrant que ces deux concepts
comportent des limites qui leur sont propres, nous avons mis en évidence l’idée d’une possible
complémentarité entre eux.

Cette exploration théorique nous a permis de définir le développement territorial durable


comme une hybridation et une reconstruction du développement durable et du développement
territorial. Un retour sur les principales composantes du développement territorial durable
(durabilité, gouvernance, capital social et territoire) nous a permis d’approfondir la
compréhension de ce concept et de délimiter, ainsi, notre champ théorique d’étude.

Le deuxième chapitre traite de la relation entre l’innovation sociale et le développement


territorial durable. Après avoir distingué l’innovation sociale de l’innovation technologique,
nous présentons deux conceptions de l’innovation sociale, chacune basée sur différentes
approches. Ces développements nous permettent de formuler nos hypothèses de recherche
relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. De
l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel est retenu.

CHAPITRE 1

12
FONDEMENTS THEORIQUES DU DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE

Comme nous l’avons souligné plus haut, de nombreux travaux traitent du développement. Pour
les uns et les autres, la définition donnée à la notion «développement» n’est pas forcément la
même, tant le terme est polysémique. Dès le début des années 1950, un effort collaboratif de
conceptualisation a néanmoins permis d’en expliciter partiellement les différentes dimensions.

Selon Hugon (2007), l’histoire de l’économie du développement peut être structurée en quatre
grandes étapes3 :

− L’étape de la structuration (1960-1968), marquée par une vision développementaliste ;


− L’étape des conflits (1968, 1975-1980), caractérisée par le tiers-mondisme et les luttes
de libéralisation ;
− L’étape des politiques d’ajustement structurel (1980-1995);
− L’étape de la reconstruction (1995-2007), marquée par l’intégration de la pauvreté et
des institutions.

Ce premier chapitre se donne comme objectif de présenter les évolutions théoriques qui ont
affecté l’économie du développement. Pour ce faire, nous procédons comme suit. Après avoir
abordé les théories de développement traditionnelles, nous mettons en exergue les apports et
les limites des approches environnementales et territoriales, qui constituent une phase
supplémentaire dans la compréhension du phénomène de développement. Enfin, nous
analysons les principales dimensions formant le concept du développement territorial durable.

1. Théories traditionnelles du développement


Cette première section se propose de revenir sur les principales théories économiques du
développement avancées depuis les années cinquante. Ainsi expose-t-elle les tenants et
aboutissants de quatre catégories de travaux : les théories du décollage économique élaborées
dans les années 1950-1960, les théories critiques de la dépendance construites dans les années

3
La périodisation effectuée par Hugon est liée aux grands événements de l’époque, tels que la décolonisation,
années 1960, la crise de la dette des années1980, la chute du mur de Berlin 1989, mais également aux histoires
spécifiques des pays du Tiers Monde, avec notamment la distinction entre les pays émergents et les pays pris dans
les trappes à pauvreté (pour une synthèse cf. Hugon, 2007).

13
1970, la théorie néoclassique du développement qui s’impose sur les ruines des deux travaux
précédents, et enfin, la théorie institutionnaliste.

1.1 Théories du décollage ou des étapes de la croissance

Il est généralement admis que les années d’après-guerre ont conduit à la conceptualisation de
l’économie du développement. Sur la scène internationale, les mouvements de décolonisation
débutent en Asie et en Afrique ; le FMI et la Banque mondiale voient le jour ; les Nations Unies
traitent des questions de l’industrialisation des pays en voie de développement et de la maîtrise
des prix des matières premières (Hugon, 2007) ; la CEPAL (Commission économique pour
l’Amérique latine) met en avant l’intégration régionale et les stratégies de substitutions aux
importations.

En fait, le développementalisme qui s’est développé après la seconde guerre mondiale puisait
ses racines dans l’histoire économique des pays industrialisés. De ce fait, les approches de
développement se fondaient sur deux hypothèses principales (Assidon, 2002) : la croissance
économique est conditionnée par l’accroissement des activités industrielles, et le volontarisme
ou l’intervention de l’Etat dans le processus d’allocation de ressources, «appelé à corriger les
lois du marché qui avaient jusque-là distribué inégalement l’industrie à l’échelle de la planète»
(Assidon, 2002, p : 11).

Pendant les vingt premières années de son existence, l’économie du développement s’est
démarquée de la pensée néoclassique en renouant avec la tradition de l’économie politique
classique et en explorant les possibilités ouvertes par la théorie keynésienne sur l’activisme
étatique (Ibid.). Ainsi, les idées qui dominent le paysage économique de l’époque donnent un
rôle prépondérant à l’Etat dans la réalisation de la croissance.

Plusieurs travaux soulignent que la théorie du décollage fait référence à la théorie élaborée par
Walt Rostow en 1969 qui renvoie aux étapes de la croissance économique pour caractériser
l’évolution des sociétés vers le développement économique (Rist, 1996 ; Assidon, 2002 ;
Hugon, 2006 ; Park, 2006 ; Otando et Uzunidis, 2011). Ces étapes sont : la société
traditionnelle, la réalisation des conditions nécessaires au décollage (take-off), le décollage, la
maturité et la consommation de masse.

Au fond, la théorie de décollage est caractérisée par des idées évolutionnistes qui ont structuré
le commencement des réflexions économiques, le développement y est conçu comme une
évolution linéaire vers une finalité, soit la consommation de masse, dernière étape du

14
développement (Tremblay, 1999). On y retrouve aussi l’esprit uniformisant du développement
qui stipule que tous les pays doivent emprunter les mêmes chemins pour réaliser le
développement (Ibid.).

Dans cette conception, le sous-développement est vu comme un ensemble d’obstacles au


changement (absence de capitaux, influences démographiques, etc.). A ce titre Assidon
souligne :

«Le sous-développement est un cercle vicieux. L’épargne est insuffisante car le


revenu est bas ; celui-ci est bas car l’accroissement de la production bute sur les
imperfections du marché, sur le manque de capitaux, sur l’absence de stimulants
pour l’investissement…amorcer le développement, financer la transition, tel est le
principal problème, jusqu’à ce que l’épargne intérieure atteigne un niveau suffisant
et que la croissance s’autoentretienne» (Assidon, 2002, p : 11).

De ce point de vue, pour les adeptes de la théorie du décollage économique, il est nécessaire,
pour se mettre sur le chemin du développement, de rompre avec le cercle vicieux du sous-
développement et de faire un effort lourd de financement jusqu'à ce que l’épargne intérieure
arrive à un niveau qui permette que la croissance s’installe (Otando et Uzunidis, 2011).

On retrouve ici les idées d’un certain nombre d’auteurs, tels que Rostow, Rosenstein-Rodan et
Gerschenkron, avec des concepts tels que les «seuils de croissance», le « décollage » (take-off),
le « grand rush » ou «spurt», etc., qui servent de fondements à la théorie dite de la «forte
poussée» (big push). Selon la théorie de la forte poussée (big push), les pays sous-développés
sont bloqués dans une trappe à pauvreté. Seul un effort constant en termes d’investissements
pourrait permettre à leur économie de se défaire de cet équilibre de sous-emploi.

Dans cette perspective, Rosenstein-Rodan (1943) préconise un programme d’investissement


dans tous les sens. Une fois la croissance amorcée, il préconise une« croissance équilibrée » ou
« proportionnée » (balanced growth) et estime, dans ce sens, nécessaire de répartir les
investissements entre l’ensemble des secteurs de façon simultanée pour favoriser les synergies
entre les firmes (Assidon, 2002). L’Etat y joue un rôle déterminant en tant qu’acteur doté d’une
capacité d’intervention, notamment celle d’assurer la simultanéité des investissements entre les
secteurs. En ce sens, la croissance serait une suite d’équilibres stables.

Rosenstein-Rodan s’oppose sur ce thème à Hirschman (1964), qui est adepte plutôt d’une
« croissance déséquilibrée ». En effet, Hirschman consacrait ses travaux à combattre la théorie
de la croissance équilibrée ou le groupe de théories qui gravitent autour de cette idée :

15
« Ceux qui mettent l’accent sur l’importance de la croissance équilibrée ont
apporté une importante contribution, en ce qu’ils ont reconnu que les divers
investissements et activités économiques dépendent l’un de l’autre. Mais ils ont tiré
de cette intuition la conclusion trop simple que ces activités interdépendantes
devraient être mises en place toutes ensemble » (Hirschman, 1964, p : 11, in
Lhomme, 1966).

Pour Hirschman (1964) la croissance serait une séquence de déséquilibres, qui se propage dans
l’ensemble de l’économie. En effet, il souligne que des déséquilibres sont capables d’amener
au développement. Bien entendu, il ne faut pas les laisser au hasard : il convient de faire un
choix entre eux et plus précisément de les choisir en fonction de l’efficacité qu’on en attend
(Lhomme, 1966). Ils seront « calculés » et les fonctions de l’Etat à cet égard consistent à servir
tour à tour de moteur et de frein (Ibid.).

Dit autrement, Hirschman (1964) insiste sur l’existence des effets de complémentarité et des
effets de liaison. En amont de l’industrie créée nait une demande intermédiaire, et en aval, une
demande de même nature s’il s’agit d’une industrie fournissant des biens à d’autres branches.
L’Etat maximise ces effets, qui se cumulent, s’il choisit d’appuyer une industrie située vers
l’amont (Assidon, 2002). Il convient donc de créer des « foyers d’industrialisation » et le rôle
de l’Etat devrait se limiter à rectifier le cours spontané de l’industrialisation (Ibid.).

Les tenants de la croissance déséquilibrée estiment, à l’instar de ceux de la croissance


équilibrée, que l’Etat doit intervenir, mais simplement pour remédier aux imperfections du
marché :

«Ce dernier serait un mécanisme inapte à coordonner l’ensemble des


investissements car un seul entrepreneur ne peut avoir en vue les effets externes sur
les autres secteurs, si bien qu’il est nécessaire d’avoir une centre de décision pour
répartir les investissements» (Assidon, 2002, p : 47).

Il appert dans toute ces conceptions (croissance équilibrée / croissance déséquilibrée) que la
question du développement a été associée à l’élaboration des théories de la croissance. Si
l’économie du développement a fécondé la réflexion des théoriciens de la croissance, de son
côté, la théorie de la croissance affecte les réflexions sur le développement en donnant à celle-
ci sa dimension la plus étroite, celle d’un changement quantitatif.

Pour certains auteurs, la frontière entre les modèles de croissance et les modèles de
développement est difficile à tracer et, de toute façon, les seconds empruntent aux premiers
leurs hypothèses majeures. Il est néanmoins nécessaire de définir des critères qui permettent de
16
distinguer les seconds des premiers. D’après Assidon (2002), pour les modèles de la première
période, on peut obtenir deux critères : 1) le changement sectoriel, dans la transition avec
l’articulation agriculture-industrie ; 2) l’optique d’une croissance volontaire, avec ses choix ex
ante, qui servent de fondements aux stratégies d’industrialisation.

Revenons à la question du rôle de l’Etat, soulevée plus haut. Il y a lieu de faire la distinction
entre «les économistes libéraux anglo-saxons qui limitent le rôle de l’Etat à une allocation
optimale des ressources dans une économie ouverte et les hétérodoxes européens qui sont plutôt
pour un interventionnisme étatique accru dans un secteur industriel protégé» (Casadella, Liu
et Uzunidis, 2015, p : 13).

En effet, l’idée primordiale des hétérodoxes est que les pays sous-développés devaient
privilégier « un investissement public volontariste sélectif » (Petiteville, 1998) au profit des
industries jugées les plus stratégiques en termes de retombées économiques. Ce qui a donné
lieu à une multitude de théories : effets d’entrainement (Hirschman, 1974), pôles de croissance
(Perroux, 1959), industries industrialisantes (De Bernis, 1971).

Toutefois, malgré tout ce qui différencie ces théories, elles gravitent autour d’une idée
principale : « le volontarisme développementaliste des élites étatiques dans le Tiers monde
paraissait alors à la fois évident et propre à résoudre sans problème politique aucun la question
du développement socio-économique » (Petiteville, 1998,15). En effet, ces théoriciens se fient
complètement à l’Etat et ne manifestaient aucun doute à son égard. De ce fait, la question de
l’époque n’était pas de savoir si l’Etat était efficace ou pas (Otando et Uzunidis, 2011).

Seul le Suédois Myrdal (1957 in Casadella et al., 2015), dans la communauté des économistes
du développement, soulevait la question de la nature des Etats du Tiers monde comme frein
éventuel au développement. En effet, l’auteur met en avant les caractéristiques d’un Etat soit
trop faible pour mettre en œuvre des politiques de développement efficientes, soit totalitaire ou
trop corrompu pour instaurer des politiques aptes à redistribuer la richesse (Ibid.).

Toutefois, cette sonnette d’alarme contre ce qu’il convient d’appeler le comportement politique
des dirigeants en place, a été rendu peu visible par le « sophisme économiciste » (Polanyi, 2007)
qui rejetait hors du champ économique toutes ces questions de nature politique. Ainsi, le
processus de développement inachevé dans les pays en voie de développement s’est transformé
en économie de rente, et l’appropriation de cette rente par les élites politiques de ces pays – ce
qui représente déjà un écart majeur des théories économiques du développement (Otando,

17
2008). En plus, souvent le développement et ses objectifs étaient perçus comme capables de
compromettre la situation rentière de l’élite en place (Ibid.).

Au demeurant, ces modèles basés sur la théorie de Rostow, n’étaient pas exemptes de critiques:
l’ambigüité de la périodisation proposée, le manque de précision concernant les conditions
susceptibles d’amorcer le décollage, une confiance aveugle dans les capacités d’un Etat
centralisé et efficace (Bienaymé, 2006). Autant de limites qui réduisent le pouvoir explicatif de
ces théories.

1.2 Théories de la dépendance

Selon Alonso (2001), en 1949, l’ONU avait publié une étude soulignant une détérioration, entre
1876-1880 et 1936-1938, de l’ordre de 40% des prix des produits primaires relativement à ceux
des produits industriels au niveau mondial. L’étude démontrait que la spécialisation
internationale avait servi le seul profit des producteurs industriels. Cette révélation statistique
avait fini par réduire à rien les démonstrations des théories du libre-échange.

S’appuyant sur ce constat, des économistes parlaient d’une tendance séculaire à la dégradation
des termes de l’échange des produits primaires (Alonso, 2001). Les nombreux travaux publiés
depuis sur cette question se sont orientés dans deux directions (Assidon, 2002): la validation
statistique de la tendance en longue durée, et la recherche de facteurs explicatifs à cette dernière.

Ce raisonnement, connu sous le nom de l’hypothèse Singer-Prebisch, a soulevé un débat


controversé dans les années 1950 et 1960 car il cautionné scientifiquement les revendications
d’un tiers monde émergeant, qui exigeait une nouvelle redistribution des richesses à l’échelle
mondiale (Ibid.). En outre, cette hypothèse a servi de base à l’éclosion de la théorie de la
dépendance, nouveau tournant théorique qui se manifeste dans les publications de la CEPAL.
Dans cette théorie, le développement est perçu comme un héritage de la domination extérieure
à laquelle ont été soumis les pays sous-développés (Alonso, 2001).

C’est dans ce contexte qu’a vu le jour la théorie de la dégradation des termes de l’échange. «Le
préjudice que leur causait leur participation au commerce international suggérait aux auteurs
de dénoncer ce qui leur paraissait une croissance appauvrissante» (Bienaymé, 2006, p : 338).
Ce qui a donné naissance aux thèses de la dépendance dont le raisonnement se focalise sur
l’idée d’un héritage structurel de domination extérieure. Ce courant a été désigné sous le nom
de l’école de la CEPAL.

18
En effet, les économistes de la CEPAL pensent que le principal obstacle à la croissance des
pays de l’Amérique latine réside dans leur insertion défavorable dans l’économie internationale
et que la spécialisation primaire de ces pays a produit plusieurs blocages :

« Le revenu national est ponctionné par la détérioration des termes de l’échange et


par le rapatriement des bénéfices des sociétés étrangères qui exploitent les matières
premières ; quand le pays s’industrialise, il doit importer des équipements et des
produits intermédiaires. L’évolution défavorable des prix à l’exportation ne peut
être compensée par l’accroissement de l’offre : soit les pays n’ont pas le contrôle
des volumes produits (pétrole, produits miniers), soit, s’il s’agit de produits
agricoles, l’obstacle vient de la structure agraire. Le butoir de l’offre agricole
limite également la disponibilité des aliments pour les salariés urbains, nourris de
plus en plus par les importations » (Assidon, 2002, p : 34).

Dans cette logique, le sous-développement n’est plus vu comme un retard ou déviation de


développement mais comme un résultat du développement capitaliste (Otando et Uzunidis,
2011). Sous-développement et développement pourraient être les deux faces d’une même
médaille. Derrière cette explication, on retrouve plusieurs thèses : l’impérialisme, l’économie
mondiale capitaliste, l’accumulation du capital à l’échelle mondiale (Amin, 1973 in Hugon,
1974) ; l’échange inégal entre pays développés et sous-développés (Emmanuel, 1969 in Palloix,
1969).

Dans le même registre, Furtado (1967) souligne l’instrumentalisation de l’Etat des pays sous-
développés par les grandes firmes avantagées des pays occidentaux. Il écrit à cet effet :

«[…], ceux qui possèdent le pouvoir sont comme obsédés par la logique
économiciste la plus stricte, qui leur est dictée par les intérêts des groupes
privilégiés et des entreprises transnationales, parler de développement comme une
manière de retrouver le génie créatif de notre culture et comme la réalisation de
nos potentialités humaines, peut paraitre simplement utopique» (Otando et
Uzunidis, 2011, p : 15).

Si la théorie du décollage a nourri, pendant des décennies, de grands espoirs dans le domaine
du développement, inversement la théorie de la dépendance, appelée aussi théorie du centre et
de la périphérie, a mis en évidence les phénomènes d’accumulation des pays du Nord au
détriment des pays du Sud. Dans ce sens, plusieurs auteurs (notamment Samir Amin, André
Gunder Frank, Pierre Jalée, etc.) ont érigé des concepts tels que l’échange inégal et la division
internationale pour mettre en lumière la spirale de la dépendance économique dans laquelle sont
aspirés les pays en voie de développement dans leurs relations avec les pays développés.

19
Par ailleurs, la théorie de la dépendance touche à la fois aux dimensions interne et externe de
l’exploitation des sociétés qu’elle analyse, i.e. il ne s’agit pas simplement de montrer les
mécanismes de l’exploitation capitaliste des pays en voie de développement par des sociétés
transnationales et multinationales, mais aussi de révéler que les économies nationales des pays
sous-développés sert de base et de relais à l’exploitation capitaliste et monopolistique par des
firmes multinationales (Tremblay, 1999). En ce sens, Rist affirme qu’il s’agit :

«De penser le rapport développement et sous-développement de manière globale,


dans une perspective historico-structurale, pour montrer que la domination externe
est relayée par une domination interne et que les classes (ou les alliances de
classes) au pouvoir changent en fonction de la structure interne des économies»
(Rist, 1996, p : 187-188).

L’approche de la dépendance a été pendant des décennies la réponse des auteurs des pays sous-
développés ainsi que des théoriciens d’inspiration marxiste à la logique d’accumulation
capitaliste mondiale. Cependant, écrit Tremblay (1999), cette théorie a fait l’objet de
nombreuses critiques, notamment parce qu’elle ne remettait pas en question l’esprit
économiciste du système capitaliste basé sur la croissance continue de l’économie. De plus,
ajoute-elle, le concept de dépendance d’une société par rapport à une autre est de plus en plus
difficile à prouver, dans une économie mondiale comme celle qui s’est développée à l’échelle
planétaire, ou l’ensemble des sociétés sont interconnectées.

Malgré ces critiques, la thèse de la dépendance se trouve encore au centre de plusieurs travaux
qui tentent d’expliquer la situation de l’économie-monde. Notamment, les travaux de
Wallerstein, qui se réfèrent à cette idée de régions-centres qui exploitent la périphérie.
Wallerstein (cité par Tremblay, 1999) insiste aussi sur l’importance des régions semi-
périphériques pour le système de l’accumulation mondiale. Dans le même esprit, Tellier (1996)
affirme que les concepts de centre et de périphérie sont mis de l’avant par de nombreux auteurs
(Wallerstein, Braudel, Hohenberg et Lees) et qui constituent les premiers éléments pour
expliquer la réalité des « corridors historiques du développement ».

Dans le cheminement de ces réflexions, la prise en compte des aspects structurels dans l’analyse
des économies du Sud semble d’une grande importance. En effet, comme le soulignent Otando
et Uzunidis (2011), le sous-développement n’est pas conçu comme un fait naturel mais comme
un fait historique lié au manque d’articulation des structures productives et à des situations de
dominations entretenues par l’économie mondiale.

20
Dans ce contexte, les promoteurs de la théorie de la dépendance ont proposé un ensemble de
recommandations afin de rompre le cercle vicieux du sous-développement. C’est ainsi qu’ont
vu le jour des réflexions proposant de remplacer les importations par des productions locales.
Il s’agissait des stratégies de substitutions aux importations. Mettre l’accent sur le marché
intérieur et une intervention de l’Etat permettraient de renverser la situation d’inégalité du
développement entre le centre et la périphérie (Otando et Uzunidis, 2011). Toutefois, la
stagnation des pays qui ont mis en œuvre des stratégies de substitution aux importations
(notamment les pays d’Amérique latine) a été la cause des premières critiques (Otando, 2008).

En effet, ces théories, malgré la pertinence de leur approche qui met l’accent sur l’analyse des
structures, présentent quelques limites (Otando, 2008) : le rôle joué par l’Etat dans la
rectification des irrégularités du marché et dans l’élaboration des politiques publiques est
central. En outre, le comportement de l’élite a été ignoré ou relégué au second plan. De ce fait,
ces conceptions sont loin d’être cohérentes. Les travaux de Samir Amin (1973 cité par Otando
et Uzunidis, 2011) occultent totalement le rôle du politique. Ce dernier est vu comme un jouet
entre les mains des firmes capitalistes des pays du centre. Et donc, l’Etat, dans ce cadre, est
considéré comme une entité fantoche.

En outre, Furtado (cité par Casadella et al., 2015) en faisant jouer un rôle prépondérant à l’Etat
demeure conscient du risque de la perversion des stratégies de développement dans un contexte
de prolifération des coups d’Etat. Et donc, l’installation d’une nouvelle classe dirigeante
motivée par la recherche des intérêts individuels. Ce qui amène aux réflexions de Stiglitz pour
qui la répartition des richesses dans certains pays en voie de développement n’est pas
déterminée par le couple égalité-efficacité : «Elle n’est pas définie en vertu des principes de la
justice sociale ; elle résulte de la force brute. La richesse donne du pouvoir, et ce pouvoir
permet à la classe dominante de garder la richesse» (Stiglitz, 2003, p : 198).

1.3 Théories néoclassiques du développement

Plusieurs travaux soulignent que l’économie du développement s’est complètement


métamorphosé à partir des années 1980 (Assidon, 2002 ; Otando, 2008 ; Otando et Uzunidis,
2011). En effet, les années 1970 ont été caractérisées par des crises macroéconomiques
associées au premier choc pétrolier et à la dégringolade des prix des produits exportés par les

21
pays sous-développés vers le marché mondial, mais aussi à la crise de la dette d’autre part
(Diop, 2016). «De telles crises allaient saper les structures économiques et sociales des pays
du Tiers-Monde » (Diop, 2016, p : 161).

Ces évènements ont réorienté, en conséquence, les priorités. Ainsi, émerge la nécessité de
l’équilibre qui élimine la dimension temporelle du changement (Assidon, 2002). Dit autrement,
l’observation des équilibres macroéconomiques passait devant les théories et stratégies de
développement. De ce fait, « la pluralité des théories d’appui se rétrécit au profit de la théorie
néoclassique de l’équilibre ou de ses variantes keynésiennes » (Assidon, 2002, p : 11).

Toutefois, une question reste entière : pourquoi certains pays sous-développés ont-ils atteint des
résultats remarquables après la décolonisation alors que d’autres ont stagné, voire régressé?
(FMI, 2006). Dans ce cadre, le début des années 1980 a vu s’installer un consentement sur les
causes du sous-développement. Les dissemblances des politiques économiques y jouent un rôle
majeur (Otando et Uzunidis, 2011).

C’est dans ce contexte que les organismes financiers internationaux sont intervenus à la fin des
années 1970 dans l’objectif de remettre en ligne droite la situation économique des pays du
Tiers-Monde. D’importantes corrections étaient faites afin de limiter ou rectifier les
déséquilibres macroéconomiques constatés dans ces pays. En effet, les institutions
internationales se sont appliquées à recommander aux pays en voie de développement une série
de politiques économiques que l’on appelle communément les politiques d’ajustement
structurel (PAS), prônant la mise en place d’une politique macro-économique saine, la
libéralisation des marchés internes, la réduction des dépenses de l’Etat et l’intégration dans
l’économie mondiale, etc. (Casadella et al.,2015).

Il appert que la survenance de la crise de la dette des années 1980 était à l’origine de la
conception et la mise œuvre du «Consensus de Washington» en 1989. Ce consensus va
constituer le cadre de référence sur lequel la Banque mondiale et le FMI vont s’appuyer pour
imposer leur propre modèle de développement aux pays sous-développés, notamment ceux de
l’Afrique. Ce modèle de développement est résolument d’inspiration ultralibérale (Diop, 2016).

De ce fait, les particularités des pays sous-développés qui ont fécondé les premières réflexions
sur l’économie de développement, lancées par les structuralistes, semblent avoir été occultées
de la conception des institutions internationales (Otando et Uzunidis, 2011). Ainsi, les
mécanismes du marché, dans un cadre de libre intégration des économies nationales dans

22
l’économie mondiale, sont donc susceptibles d’assurer aux pays sous-développés d’emprunter
le chemin de la prospérité et du rattrapage (Ibid.).

Or, les politiques d’ajustement structurel n’ont pas pour objet de favoriser le développement de
dynamiques économiques internes (Otando et Uzunidis, 2011). C’est aux gouvernements des
pays soumis aux programmes d’ajustement de s’en soucier. En réalité, «l’objectif n’est pas la
réduction de la dette mais que les intérêts de la dette continuent à être payés, et de préférence
à des taux encore plus élevés» (Amin, 2012). Le rôle du programme d’ajustement structurel est
de garantir le remboursement des échéances de la dette.

Globalement, le bilan de ces politiques reste contrasté. En fait, l’évaluation de ces programmes
élaborés par les techniciens de la Banque mondiale dans dix-neuf pays fait ressortir les résultats
suivants entre 1980 et 1986 : ils ont un effet positif faible sur la croissance et les exportations,
ils n’ont pas favorisé l’entrée des capitaux privés étrangers, donc un impact négatif sur
l’investissement (Assidon, 2002).

Sur le plan social, les coûts des programmes d’ajustement structurel ont été constatés
rapidement et aucun secteur d’activité n’a été préservé (Bougoignie et Genné, 1990 in Diop,
2016) :

− Dans le domaine de l’éducation, on assiste, dans plusieurs pays, à une diminution des
budgets qui se traduit par la baisse de salles de classe, du personnel enseignant, des
internats et des fournitures scolaires ;
− Dans le domaine de la santé, on enregistre, une diminution du rythme de la construction
des hôpitaux, un manque des médicaments et un gel des recrutements de personnels de
santé ;
− En termes d’emploi, la fermeture de plusieurs structures publiques, les départs
volontaires à la retraite des fonctionnaires pour réduire les effectifs de la fonction
publique et par conséquent la masse salariale.

Il est intéressant de noter qu’il est largement reconnu, y compris par les institutions
internationales, que les programmes d’ajustement structurel avaient des résultats désastreux. En
effet, ils ont généré plus de pauvreté dans les pays qui en ont fait l’objet. Ce qui a amené les
institutions internationales à mettre la question de la pauvreté à l’ordre du jour des priorités.

Robert MacNamara, président de la Banque mondiale, exprime clairement cette crainte dans un
discours prononcé en septembre 1972 :

23
«Lorsque les privilégiés sont peu nombreux et les désespérément pauvres la
majorité et lorsque l’écart se creuse sans cesse davantage, ce n’est pas qu’une
question de temps avant qu’un choix décisif ne s’impose entre le cout politique
d’une réforme et le risque politique d’une révolution. C’est la raison pour laquelle
les politiques d’éradication de la pauvreté dans les pays sous-développés
s’imposent non seulement par principe, mais par prudence. La justice sociale n’est
pas principalement un impératif moral, elle est un impératif politique.» (Diop,
2016, p : 175).

En écho à cette prise de conscience, la Banque mondiale propose une approche du


développement par les besoins essentiels. Plusieurs rapports ont été publiés par cette institution
dans les années soixante-dix sur ce thème. D’après Assidon (2002), les besoins essentiels sont
regroupés en deux catégories : le panier minimum de biens pour garantir la reproduction
physiologique (alimentation, logement, habillement, etc.) et les services de base (santé, eau
potable, assainissement, transport, éducation). Les besoins essentiels, ajoute-t-elle, sont liés à
trois dimensions : ils sont universels (quelle que soit la culture), quantifiables, et leur
satisfaction est productive en termes d’impacts positifs sur la croissance.

Ainsi, le thème de la pauvreté est réactivé. La Banque mondiale lui consacre son rapport 2000-
2001 (Attacking poverty). L’un des objectifs majeurs est de promouvoir des institutions « pro-
pauvres » (objectif d’empowerment) qui favorise l’autonomie des plus démunis. Sous ce volet,
ce rapport s’inspire totalement des réflexions d’Amartya Sens sur les capabilities.

Dans cette perspective, « la pauvreté est appréhendée comme une privation des capacités
élémentaires, et non, selon la norme habituelle, comme une faiblesse des revenus » (Sen, 2000,
p : 123). Cette définition ne remet pas en cause l’idée évidente qu’«un revenu faible constitue
bien une des causes essentielles de la pauvreté, pour la raison, au moins, que l’absence des
ressources est la principale source de privation des capacités d’un individu» (Sen, 2000, p :
123).

En réalité, un revenu inadéquat prédispose à une vie de pauvreté. Mais, toute une série
d’arguments pèsent, selon Sen, en faveur de la première définition. En voici trois :

«1) Il est réaliste d’identifier la pauvreté en termes de privation de capacités :


l’approche se focalise sur des privations qui ont une importance intrinsèque (à la
différence des bas revenus, dont la signification est instrumentale) ; 2) D’autres
facteurs influencent la privation de capacités – et donc la pauvreté réelle – hormis
la faiblesse des revenus (le revenu n’est pas le seul instrument qui produise des
capacités) ; 3) La relation instrumentale entre pénurie des revenus et pénurie des
capacités varie d’un pays à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un individu à l’autre
24
(l’impact du revenu sur les capacités est contingent et conditionnel)» (Sen, 2000,
p : 123-124).

Contrairement à l’approche qui met l’accent sur les déterminants de l’offre alimentaire, la
théorie des famines de Sen (1981 in Assidon, 2002) souligne les déterminants de la demande
alimentaire des individus et des différents groupes sociaux. Le volume de cette dernière ne
dépend pas seulement d’une contrainte budgétaire, comme le veut l’analyse traditionnelle ; pour
Sen, a faim celui qui n’a rien ou pas assez à échanger, que ce soit son travail, de l’argent, la
terre ou tout autre droit qu’il peut négocier sur le marché ou faire valoir pour obtenir des
aliments.

Toujours selon Sen (1981 in Assidon, 2002), la limite principale de l’économie du


développement traditionnelle est d’avoir mis l’accent sur l’offre de biens et non sur
l’appropriation (availability) et sur les droits (entitlments) dont disposent les individus. Ces
attributs déterminent notamment une capacité d’accès aux aliments, compte tenu du niveau des
prix relatifs de ces derniers. Une telle analyse signifie que l’Etat doit, par un système
d’assurance sociale adapté à chaque situation, pallier les déficiences de la dotation initiale :
compenser, par exemple, l’affaiblissement des solidarités traditionnelles alimentaires, agir sur
le niveau des prix des aliments, garantir l’accès à la terre…la démocratie aurait ainsi comme
première vertu, selon Sen, d’obliger l’Etat à assumer cette fonction.

Une autre implication de cette approche se trouve dans la définition et dans la mesure du
développement : l’approche de Sen sert en effet de fondement à l’IDH du PNUD (Programme
des Nations unies pour le développement), qui permet une appréciation plus qualitative que la
seule donnée PIB. Pour le mesurer, on utilise trois dimensions relatives aux conditions de vie
des populations : l’espérance de vie à la naissance, l’accès à l’éducation via les taux
d’alphabétisation des adultes, ainsi que le taux de scolarisation dans le primaire, le secondaire
et le supérieur, et le PIB par habitant mesuré en parité de pouvoir d’achat.

Bien que la philosophie de l’IDH s’inscrive dans une logique de potentiel, Charles et Pironne
(2011) affirment que l’objectif est loin d’être atteint : les trois piliers de l’indice, niveau de vie,
longévité et éducation, sont eux-mêmes des mesures de résultat. Vivre longtemps n’implique
pas forcément plus de capabilités, soulignent les auteurs qui illustrent cette hypothèse par le cas
des malades incurables tenus en vie par des machines et des traitements médicaux spécifiques.

Pour les auteurs, ces pratiques influencent, certes, l’espérance de vie mais ne prend pas en
compte l’idée ou l’état d’un vieillissement qui permet de rester pleinement actifs. Le même

25
raisonnement, ajoutent les auteurs, peut être élargi aux systèmes éducatifs : la présence des
élèves sur les bancs des écoles ne dit absolument rien sur la qualité des enseignements et des
apprentissages, sans oublier le cas des systèmes éducatifs dans des régimes dictatoriaux ou
l’école est parfois utilisée comme instrument de propagande de masse (Ibid.).

Malgré ces limites, l’argumentaire fourni par Sen en faveur de l’explication du développement
comme un «processus d’expansion des libertés dont jouissent les individus» (Sen, 2000, p : 13)
reste un support important.

Tout compte fait, la Banque mondiale reconnait son tort et admet, à partir du début de la
décennie 1990, les effets négatifs des PAS sur les groupes les plus démunis, qui n’avaient plus
accès à certains services sociaux de base (Diop, 2016).En conséquence, la Banque adopte le
programme intitulé «dimensions sociales de l’ajustement» (DSA), avec pour objectif
l’élimination des impacts négatifs des programmes d’ajustement sur les populations démunies
que sont les femmes, les enfants et les vieillards par la satisfaction de leurs besoins essentiels
et, globalement, par leur insertion dans l’activité économique (Ibid.).

Ainsi, les dimensions sociales, humaines et écologiques deviennent une composante nouvelle
dans l’appareillage conceptuel des organismes financiers internationaux. A ce titre, James
Wolfensohn, président de la Banque mondiale, écrit : «nous ne pouvons adopter un système
dans lequel les aspects macro-économiques et financiers sont traités sans tenir compte des
aspects naturels, sociaux et humains et vice versa» (Naim, 2000, p : 20).

De plus, la Banque mondiale accorde une place prépondérante à l’insertion des populations
dans le processus de développement en faisant participer les futurs bénéficiaires à la conception,
à la mise en œuvre et à l’évaluation des programmes. Dans cette perspective, la Banque
mondiale recommande une synergie entre les différentes parties prenantes (gouvernants,
prestataires et bénéficiaires) (Diop, 2016).

A cet effet, la Banque mondiale insiste sur le renforcement juridique et institutionnel des
organisations non gouvernementales (ONG), des organisations communautaires de base (OCB)
et des organisations locales de pauvres capables d’éliminer la pauvreté par la formation et
l’encadrement des populations (Ibid.). Au demeurant, ces structures de la société civile joueront
le rôle de relais pour les organismes financiers internationaux dans leur lutte contre la pauvreté.

Par ailleurs, les échecs des programmes d’ajustement structurel sont analysés par la Banque
Mondiale comme une absence de capacités institutionnelles dans la majorité des pays sous-

26
développés, elle redirige et focalise donc ses actions sur « la bonne gouvernance » (Casadella
et al., 2015). De fait, il ne s’agit pas uniquement de se préoccuper des actions et programmes à
mettre en œuvre, il s’agit également de s’intéresser aux institutions qui développent et mettent
en pratique ces programmes.

Dans la sous-section suivante, nous présentons l’apport de l’approche institutionnaliste qui


tente de mettre en évidence le rôle de l’institution dans la compréhension et l’analyse du
développement. Le postulat qui sous-tend cette conception consiste à montrer le fait que
l’existence d’institutions de bonne qualité constitue la cause du développement des pays. En
effet, plusieurs travaux empiriques montrent que les institutions influencent positivement le
développement (Rodrick, 2005 cité Par Otando et Uzunidis, op.cit.).

1.4 Théorie institutionnaliste

L’économie du développement a connu un changement important à la fin des années 1980. En


effet, « les échecs du tout Etat (planification) et du tout marché (Etat minimal) ont conduit à
une métamorphose de l’économie du développement » (Otando et Uzunidis, 2011, p : 17). De
plus en plus, de nouveaux travaux tentent de mettre en évidence l’existence d’une corrélation
forte positive entre démocratie et marché, au sens ou ordre politique et ordre économique
s’influencent mutuellement (Fitoussi, 2002). De ce fait, une série d’indicateurs a vu le jour
durant cette période. Le but visé était clair : la moindre variation de la qualité des institutions
pourrait entrainer positivement une variation du développement d’un pays donné (Otando,
2011).

Au fil de l’eau, la question des institutions fait irruption dans le débat sur le développement.
Sous cet angle, le rapport de la Banque mondiale de 1991(in Otando et Uzunidis, 2016) est
révélateur de ces nouvelles directions. Y est abordé le concept de la «bonne gouvernance».
Ainsi, les mauvais résultats de certains pays sont associés à la mauvaise la qualité de leurs
institutions. Ce faisant, l’insuffisance institutionnelle observée dans les pays sous-développés
est mis en évidence pour expliquer le manque de performance. En substance, le développement
n’est pas uniquement influencé par la dotation en facteurs. La dimension institutionnelle en
explique une partie.

En effet, les années 1980 ont été caractérisées par l’intérêt croissant porté, de la part de la
Banque mondiale et du FMI, aux institutions publiques des Etats (Assidon, 2002 ; Otando,
2008 ; Otando et Uzunidis, 2011). Ainsi ces derniers, et notamment les pays d’Afrique et

27
d’Amérique latine, ont été contraints d’entamer des réformes majeurs des dispositions
juridiques qui régissent l’exercice du pouvoir politique (Otando, 2008). En un mot, de suivre
les principes de «bonne gouvernance».

Le concept de gouvernance n’est pas nouveau. Son émergence remonte à l’antiquité grecque
(Joumard, 2009), celui de bonne gouvernance est d’apparition récente et serait, selon Diop
(2016), le lot des institutions de Bretton Woods, des Nations Unies et des agences de
développement. Son émergence sur le plan international a été encouragée par les programmes
de lutte contre la pauvreté initiés par la Banque mondiale (Hubbard, 1999 ; Joumard, 2009 ;
Diop, 2016).

La notion rend compte selon les uns et les autres de différentes réalités, tantôt convergentes,
tantôt opposées. Au sens le plus large, le terme de gouvernance désigne « les modalités
d’organisation et d’exercice du pouvoir lorsque est en jeu une action collective » (Rebérioux
et Coutrot, 2005, p : 2).

Dans le monde de l’entreprise, premier champ d’application de la gouvernance sous le


terme« gouvernance d’entreprise » (corportae governance), elle s’est développée suite aux
scandales financiers au sein de grands groupes accusés d’avoir mis en œuvre des pratiques
tendant à «déplacer le centre de gravité décisionnel des actionnaires les dirigeants exécutifs de
ses entreprises» (Jouve, 2007, p : 387). Gouvernance rime dans ce cas avec transparence dans
la gestion interne, respect de certains principes éthiques, et rééquilibrage du pouvoir entre ces
deux antagonistes (Ibid.).

Dit autrement, la notion est un lieu de débat entre les réflexions qui mettent l’accent autant sur
la raison d’être des entreprises, sur leur fonctionnement que sur les objectifs qu’elles cherchent
à atteindre. Dans ce sens, le terme soulève deux types de questions (Rebérioux et Coutrot, 2005)
: dans quel(s) intérêt(s) doit-on diriger l’entreprise? Quels dispositifs de contrôle et de décision
doit-on adopter ?

A cet égard, deux approches s’affrontent. D’une part, les partisans de la valeur actionnariale
(shareholder value) défendent une conception de l’entreprise au service exclusif de ses
actionnaires. Les tenants d’une entreprise d’«ayants-droits» (stakeholder value) proposent au
contraire d’étendre la responsabilité des dirigeants à un cercle plus au moins vaste de parties
prenantes (Rebérioux, 2003).

28
Dans le monde de l’administration publique, la gouvernance est conçue comme une réforme
incontournable de l’Etat afin de rendre plus efficace et efficient son fonctionnement et ses
actions, d’instaurer de nouvelles formes de coopération avec le secteur privé, de nouveaux
dispositifs de management public dans une logique de résultat au travers des critères de
performance (Stoker, 1998).

Concernant l’aide aux pays sous-développés, la gouvernance, telle qu’elle est promue par les
organismes financiers internationaux que sont notamment la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international, sous-tend une nouvelle conception de l’aide à destination de ces pays
en responsabilisant davantage la société civile et en réduisant le rôle des structures publiques
nationales dans la gestion des prêts et l’implémentation des actions et programmes
internationaux de développement (Jouve, 2007).

Cette confiance dans la société civile, ajoute-t-il, qui se manifeste dans sa capacitation, son
contrôle sur les décisions et les ressources devrait, être concomitante à des ajustements
institutionnels (lutte contre la corruption, démocratisation, libéralisation des services). Elle
pourrait aussi avoir comme finalité de faire prendre en charge le développement social et
économique et les besoins essentiels des groupes les plus démunis, en lieu et place de
l’administration locale (Ibid.).

Dans ce contexte, la bonne gouvernance est définie par la Banque mondiale comme «la capacité
de l’Etat à fournir les institutions qui favorisent la croissance et la réduction de la pauvreté»
(BM, 1992, P : 134).En ce sens, c’est une hypothèse de l’économie institutionnelle pour laquelle
la gouvernance est le cadre institutionnel qui permet une plus grande maitrise des coûts de
transactions. Ainsi, écrit Otando (2008), le regain d’intérêt pour les institutions correspond à la
prise de conscience que l’Etat joue un rôle prépondérant dans la dynamique de l’économie et
donc le bon fonctionnement des marchés.

De toute évidence, le concept de bonne gouvernance est aujourd’hui omniprésent, il est, dit-on,
à la mode (Gaudin, 2002).Klibi exprime cette tendance en ces termes :

« Les emplois du concept de «bonne gouvernance» le présentent comme une


alternative salutaire aux dérives du pouvoir dans ses manifestations actuelles, un
remède à tous les maux dont souffrent les sociétés contemporaines et surtout, un
moyen optimal pour assurer un développement aux pays qui souffrent d’un sous-
développement endémique» (Klibi, 2003 in Uzunidis et Yacoub, 2008).

29
Au fond, l’adoption du concept de bonne gouvernance par les institutions internationales nous
permet de montrer une certaine évolution du statut de l’Etat dans la théorie économique du
développement (Assidon, 2002 ; Otando, 2008 ; Uzunidis et Otando, 2011). Dans cette
perspective, Petiteville soutient l’idée que : « Le mythe de l’Etat développeur dans les années
soixante-dix furent le produit d’un économisme théoriciste qui intégrait le facteur étatique sous
une forme assez généralement imposée pour elle-même » (Petiteville, 1998, p : 16).

Tout compte fait et malgré les ambigüités qu’elle renferme, la bonne gouvernance demeure un
concept clé qui nous permet d’attirer l’attention sur des défaillances des économies des pays en
voie de développement. L’objectif poursuivi est clair : « réformer l’Etat en profondeur afin de
permettre au marché de fonctionner sans entrave » (Uzunidis et Otando, 2011, p : 23).

Dans cette optique, la promotion des pratiques de bonne gouvernance dans ces pays est
incontournable. L’absence de gouvernance dont souffrent les pays sous-développés, explique,
en partie, l’insuccès des politiques économiques qui ont été mises en place. C’est ce qui a fait
dire à Otando (2008) que tant que demeurent des pratiques de mal gouvernance, toute aspiration
de voir se mettre en œuvre une vraie dynamique de développement se basant sur l’innovation
et la créativité reste un souhait irréalisable.

Au final, cette exploration des différentes théories du développement nous révèle deux avenues
majeures qui se sont formées au cours de la dernière période quant à l’économie du
développement (Assidon, 2002 ; Hugon, 2007 ; Otando, 2008, Otando et Uzunidis, 2011) : la
première relève de la remise en cause du rôle du marché et de l’Etat dans l’allocation optimale
des ressources. La nouvelle économie institutionnelle est le « dada » de cette avenue de
recherche en montrant qu’il existe plusieurs modes de coordination, et pas un seul, qui donnent
corps aux transactions économiques. C’est pour cela que toute la littérature mettait l’action sur
la nécessité du renforcement institutionnel dans le domaine du développement.

La deuxième avenue concerne les nouvelles réflexions pour intégrer les valeurs dans l’analyse
économique (Assidon, 2002). Ainsi, Sen (2000) montre que l’économie du développement a
favorisé dans le passé l’accumulation des biens et services disponibles plutôt que les droits et
les capacités des individus. Ce qu’essaye d’introduire la perspective du développement humain.

Par ailleurs, la prise de conscience, d’une part, de l’impact des activités humaines sur
l’environnement et, d’autre part, de l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace
a permis l’intégration de nouvelles variables dans l’étude des problèmes de développement. En

30
effet, les approches environnementale et territoriale du développement constituent une autre
phase dans la complexification des réflexions sur le développement. Ces deux tendances feront
l’objet de la section suivante.

2. Apport des approches environnementale et territoriale


Les conceptions environnementale et territoriale du développement constituent une autre brique
dans l’édifice des réflexions sur le développement trouvées dans la littérature. Elles rendent
compte non seulement des limites des approches développées précédemment, mais elles
constituent une phase supplémentaire dans le processus d’intelligibilité du phénomène de
développement.

L’objectif de cette section est de délimiter les contours du concept de développement territorial
durable. Pour ce faire, nous abordons les approches théoriques qui le sous-tendent, en particulier
les approches du développement territorial et du développement durable. Ensuite, nous
identifions les principales dimensions le composant.

2.1 Approche environnementale

Les réflexions sur les liens entre environnement et développement émergent dans les débats
scientifiques à la fin des années 1960 et ont été structurées par trois avenues qui interagissent
les unes avec les autres : les travaux des grandes organisations internationales et en particulier
de l’Organisation des Nations Unies, les réflexions théoriques sur la dimension écologique du
développement et l’institutionnalisation du mouvement environnementaliste (Rochman, 2008).

Ainsi, l’année 1972 a vu apparaître les premières réflexions remises au Club de Rome, sous un
rapport intitulé «The Limits to Growth». C’est un point de vue global et systémique, adopté par
Meadows et son équipe du Massachusetts Institute of Technology. Développement et
environnement doivent être abordés comme un seul et même problème (Meadows et al., 1972).
Meadows et ses co-auteurs concluent :

«Nous avons la conviction que la prise de conscience des limites matérielles de


l’environnement mondial et des conséquences tragiques d’une exploitation
irraisonnée des ressources terrestres est indispensable à l’émergence de nouveaux
modes de pensée qui conduiront à une révision fondamentale, à la fois du
comportement des hommes et, par suite, de la structure de la société actuelle dans
son ensemble» (Meadows et al., 1972, p : 293-294).

31
Au-delà, de la thèse de la «croissance zéro» qui a laissé une grande impression et fait l’objet
de controverses, au sein même du Club de Rome, c’est le défis de la redistribution des richesses
au niveau mondial qui est soulevée (Vivien, 2005). Pour y faire face, la croissance doit
continuer dans les pays sous-développés, provisoirement, tandis qu’elle doit interrompre sa
marche dans les pays du Nord, afin de sortir le tiers monde de la trappe à pauvreté dans laquelle
il se trouve (Bairoch, 1971).

La première conférence des Nations unies sur l’homme et son milieu a eu lieu en juin 1972 à
Stockholm, sous le thème : «Une seule terre !». C’est la vulnérabilité de la planète et
l’interdépendance des phénomènes qui s’y déroulent qui sont en question. A cette époque
marquée par les images des premiers pas de l’homme sur la lune, c’est la métaphore du
«vaisseau spatial Terre» qui est utilisée par Ward et Dubos (1972 in Damian, 2015). Ces
auteurs remarquent, d’une part, le déséquilibre entre la dynamique de la technosphère, i.e. le
système mondial d’innovations techniques, d’investissements et d’échanges commerciaux, et
celle de la biosphère et, d’autre part, la mauvaise répartition de la prospérité.

Autre la déclaration finale, la décision est prise de créer un organe spécifique au sein de l’ONU
en charge des questions d’environnement. Le Programme des Nations unies pour
l’environnement (PNUE) voit le jour dans le brouillard des réflexions sur l’environnement, avec
Strong à sa tête. Pendant ce temps, remarque Deléage (1993), on assiste à une mobilisation très
importante des ONG. Au slogan «Une seul Terre», répond l’appel des ONG : «Un seul peuple».

Une année après cette conférence, Strong va lancer le terme d’«écodéveloppement», qui
promeut l’utilisation rationnelle de ressources naturelles et met en avant dans ce domaine les
savoir-faire des paysans des pays développés. L’expression va être reprise et développée au
Symposium PNUE/CNUCED qui s’est tenu à Cocoyoc en 1974 (Ibid.). Sa déclaration finale
s’interroge sur les limites internes des besoins humains et les limites externes relatives aux
ressources naturelles :

«Nous croyons à la possibilité d’établir des modes de vie et des systèmes nouveaux
plus justes, moins arrogants dans leurs exigences matérielles, plus respectueux de
l’environnement de la planète entière. La voie ne passe ni par l’attente désespérée
d’un désastre, ni par la croyance optimiste en une succession de prouesses
techniques. Elle passe par une évaluation attentive et dépassionnée des limites
externes, par une recherche collective de la manière de respecter les limites
internes des droits fondamentaux de l’homme. Elle passe par l’édification de
structures sociales pour exprimer ces droits et par un patient travail d’invention

32
des techniques et des modes de développement qui mettent en valeur et protègent
notre patrimoine planétaire» (PNUD, 1981, p : 119).

Deux ans plus tard, Sachs (1974) dans un texte intitulé «Environnement et styles de
développement» reprit le terme d’écodéveloppement et l’idée de la gestion prudente des
ressources naturelles. Il s’agit d’une «voie moyenne, à égale distance des propositions extrêmes
des malthusiens» (Sachs, 1974 : 14). Dit autrement, Sachs propose une approche plus globale
impliquant la conception de nouvelles modalités pour le développement et dépassant ainsi les
débats portant sur la croissance (croissance vs décroissance).

De proche en proche, l’écodéveloppement fait irruption dans le débat sur le développement, se


déclinant en trois composantes principales (autonomie des décisions, prise en charge équitable
des besoins et prudence écologique) qui se déclineront, à leur tour, en autant de dimensions de
la soutenabilité.

Jusqu’à la fin des années 1970, le PNUE fera de l’écodéveloppement un des objectifs privilégiés
de sa stratégie (Vivien, 2005). Selon ce dernier, le terme occupe aussi une place centrale dans
le troisième rapport du Club de Rome coordonné par Tinbergen, un spécialiste des questions de
développement qui a reçu en 1969 le premier prix de sciences économiques en mémoire
d’Alfred Nobel. Ce document, ajoute-t-il, mettant l’accent sur les relations pays développés /
pays sous-développés coïncide avec les objectifs de l’Assemblée des Nations unies qui a appelé
en 1974 à l’établissement d’un nouvel ordre économique mondial, plus humain et plus
équitable.

Toutefois, dans la proportion où l’écodéveloppement portait directement sur les relations


asymétriques entre le Nord et le Sud et évoquait la nécessité d’une remise en cause du modèle
de développement mis en œuvre par les pays du Nord, l’écodéveloppement avait pris une
tournure politique et a été vu comme une notion inappropriée dans les coulisses politiques
internationales (Andion, 2007).

En 1987, la CMED publie son rapport intitulé «Notre avenir à tous», ou les liens entre
environnement et développement sont considérés de concert :

«Certains modes de développement dégradent l’environnement et, inversement, un


environnement dégradé peut constituer un obstacle au développement. Il n’y a donc
qu’une seule crise, les différents domaines considérés (population, sécurité
alimentaire, érosion de la biodiversité, énergie, pollution, etc.) étant liés les uns
aux autres» (Vivien, 2005, p : 20).

33
Ce qui amène à chercher une solution, laquelle n’est autre que la conceptualisation du
développement durable (DD). La définition du DD la plus documentée est celle qui figure dans
le rapport «Notre avenir à tous» : «Un développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs» (CMED, 1987, p :
51).

Une première dimension porte sur la durée du développement. L’accent est, ensuite, mis sur
l’équité sociale, à établir entre les générations et à l’intérieur des générations. Une troisième
dimension à prendre en considération porte sur le respect des systèmes naturels qui nous font
vivre. Cela constitue ce que l’on désigne communément les trois composantes du
développement durable.

Ainsi, Le DD est conçu depuis son émergence comme une approche susceptible d’aborder et
traiter de concert des questions primordiales auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés :
l’idée de la finalité de la croissance et d’une hybridation entre l’économique, le social et
l’environnemental; la question temporelle et la relation entre le court terme et le long terme, et
entre les générations actuelles et à venir; enfin, celle, de l’articulation entre les enjeux locaux
et globaux (Theys, 2002 ; Angeon et al., 2006; Laganier et al., 2002 ; Coppin, 2000).

Malgré que le DD soit reconnu tant dans les politiques nationales qu’internationales, malgré les
nombreux travaux théoriques et empiriques portant sur la question, le concept suscite la
méfiance, en particulier chez les auteurs en sciences humaines (Gagnon, 2008). Il n’y a pas
consensus sur sa pertinence. Qualifié parfois d’utopique, parfois de solution à la crise de
l’environnement et du développement (Claval, Touraine in Gagnon, 2008), le DD reste un
concept dont l’utilité est controversée.

Force est de constater qu’il existe plus de 80 définitions du DD, sans compter les interprétations
et la dizaine de définitions comprises dans le rapport «Notre avenir à tous» lui-même (Mebratu,
1998). Cela rend compte de sa complexité. Comme le mentionne Jacobs (1999 in Connelly,
2007), le désaccord sur le DD n’est pas tant d’ordre sémantique, mais plutôt d’ordre politique :
ce serait donc un concept controversé surtout quant à ses usages et applications (Gagnon, 2008).

Ainsi, la question de l’applicabilité du DD demeure entière. En effet, aucune de ces réflexions


n’a permis d’apporter une lumière aux questions concernant l’opérationnalité du DD. La
conjugaison de l’approche du DD avec celle du développement territorial constitue une des
solutions actuellement proposée pour contourner cette limite de l’opérationnalité du DD.

34
2.2 Approche territoriale

Les réflexions territoriales sur le développement sont apparues dans les années 70 (Campagne
et Pecqueur, 2014). D’abord, le développement local était perçu comme «une alternative aux
grandes opérations de planification» (Rochman, 2008, p : 37), ensuite, comme «une réponse
émergente à la mondialisation» (Campagne et Pecqueur, 2014), voire, enfin, comme une
approche de développement alternative visant l’amélioration de l’efficacité des politiques
publiques en intégrant les acteurs locaux (Angeon et Callois, 2005).

Selon Tremblay (1999), la conception territoriale du développement représente pour certains


auteurs (notamment Aydalot et Pecqueur) la naissance d’un nouveau paradigme de
développement, qualifié, par certains travaux, de paradigme du développement par le bas,
contrairement à celui du développement fonctionnel ou du développement par le haut (Aydalot,
1985). De fait, l’échelle locale est devenue une pierre angulaire dans la réflexion et les stratégies
concernant le développement (Klein, 2008). D’autres travaux mentionnent même l’idée d’un
«tournant territorial» pour caractériser ce phénomène (Pecqueur, 2006).

Ces réflexions ont été par la suite fécondées par d’autres approches, dont on peut identifier trois
types de travaux. L’approche française du milieu innovateur (Aydalot, 1985), met en évidence
le rôle du potentiel institutionnel endogène pour les entreprises innovantes. Dans le même ordre
d’idées, les approches du district industriel et de systèmes productifs locaux, qui tentent de
mettre en avant la pertinence de la coopération et le partenariat dans le processus d’innovation
(Becattini, 1987 in Moulaert et Nussbaumer, 2014). Un troisième type de travaux concerne les
nouveaux espaces industriels, développés par l’Ecole californienne de la géographie
économique (Moulaert et Nussbaumer, 2014).

Selon Rochman, ces modèles territoriaux ont au moins trois attributs communs :

− Elles renforcent la relation entre production et territoire, c'est-à-dire «la construction de


réseaux matériels et cognitifs capables d’internaliser les innovations technologiques
dans les processus locaux d’apprentissage productifs» (Rochman, 2008, p : 38). Ce
construit territorial permet d’atténuer la concurrence grâce à la coopération et
l’inscription de l’activité économique dans les rapports sociaux ;
− Elles redéfinissent la relation public-privé. «La production assume en effet un caractère
public dans la mesure où elle implique une organisation du territoire et une prise en
compte des enjeux existants» (Rochman, 2008, p : 38);

35
− Elles encouragent l’esprit d’entreprise collectif, dans la mesure où «l’entrepreneur
effectue une médiation entre les fonctions sociales, administratives et politiques de la
production, liées au travail de différents groupes locaux dans des filières productives
inscrites à des échelles supérieures» (Rochman, 2008, p : 38).

Au milieu des années 1980, ces modèles refont surface sous le terme «développement
territorial», en particulier, grâce aux travaux des chercheurs de l’école de Grenoble (notamment
Courlet et Pecqueur, 1992), mais également avec l’aide de certains travaux en lien avec la
sociologie économique (Fontan et al, 2003) et la géographie socioéconomique (Benko et
Lipietz, 2000). En conséquence, les adjectifs «local» et «territorial» sont utilisés confusément
pour qualifier ces approches ; toutefois, l’expression «développement territorial» reste
davantage employée dans les travaux qui traduisent mieux le rôle du territoire dans le processus
de développement.

De son coté, Aydalot (1985) souligne que les limites de l’approche fonctionnelle classique du
développement ont été à l’origine du modèle de développement territorial, proposé au début
des années 1970. Pour lui, l’émergence de cette nouvelle conception de développement est due
aux travaux de John Friedmann et de Clyde Weaver, à l’influence des rapports du Club de
Rome, aux réflexions de la Fondation suédoise Dag Hammarskjöld (l’idée d’un autre
développement), à la proposition d’Ignacy Sachs (le concept d’écodéveloppement) et à la
genèse de la pensée environnementaliste. Le développement territorial traduit selon Aydalot
une révolution intellectuelle qui :

«Associe des éléments sociaux et politiques à l’analyse économique […]. Un tel


développement impose la rupture avec la logique fonctionnelle de l’organisation
de la vie économique et propose de revenir à une vision territoriale ; c’est dans le
cadre local, par la mise en valeur des ressources locales et avec la participation de
la population que le développement pourra réellement réponde aux besoins de la
population» (Aydalot, 1985, p : 109).

Dans le même ordre d’idées, Jean (2015) souligne que la notion de développement territorial
marque une rupture radicale avec la logique de développement régional et il ne se base pas
encore sur une construction théorique stabilisée. Il provient de l’hybridation des concepts de
développement et de territoire qui sont deux phénomènes que la littérature a grande peine à
rende intelligibles. En ce sens, le territoire ne se réduit pas à son échelle, mais il se définit par
son mode d’organisation et par la façon dont les acteurs, le composant, s’y coordonnent (Jean,

36
2015). De fait, «Le territoire est avant tout un construit d’acteurs en vue de résoudre un
problème productif» (Pecqueur, 2000)4.

Dans cette perspective, le développement territorial exprime :

«La reconnaissance du lien fort entre les dynamiques de développement et les


caractéristiques multiples des territoires sur lesquels elles se déploient. Ce concept
reconnait le caractère localisé des acteurs et l’usage de cette référence dans leurs
interactions ; finalement, il reconnait aussi l’émergence de cette réalité qui facilite,
entre les volontés locales et les incitations politiques plus globales, une mise en
cohérence des actions et des acteurs qui construit le territoire» (Jean, 2015, p :
296).

Il peut donc se définir comme «l’augmentation de la capacité des acteurs à maitriser les
dynamiques d’évolution qui les concernent» (Lardon et al. in jean, 2015, p : 296). Loin de la
recherche de l’intérêt inhérent à chaque acteur, il s’agit d’une construction collective du
développement en termes de réalisation et de potentialités sans aggraver les inégalités
régionales. Dans cette logique, le territoire est conçu comme le résultat du développement dans
la mesure où il offre, en plus de la satisfaction des besoins sociaux, un cadre de vie équilibré et
durable, mais toujours partiel.

Les idées de local, de proximité et de territoire sont la pierre angulaire de l’approche, c’est de
fait au niveau local et grâce à la proximité à la fois géographique et organisationnelle (Talbot
et Kirat, 2005) voire institutionnelle (similitude cognitive des individus) (Angeon et Callois,
2005) que se met en place certaine synergie encourageant la conception de projets et d’actions
prometteurs et qui donnent au développement sa dimension endogène (Rochman, 2008). Enfin,
la transversalité (contrairement à la logique sectorielle), permettant le décloisonnement des
initiatives de développement, l’implication, la participation et la contribution des acteurs locaux
au processus de développement (Rochman, 2008).

En définitive, l’approche territoriale propose bien plus qu’un simple épisode dans le processus
de conceptualisation du développement. Il s’agit d’une rupture profonde avec les approches de
développement citées précédemment au sens où les projets de développement sont conçus
localement et en concertation avec les acteurs concernés. De plus, il entre en résonance avec
les travaux portant sur le développement durable. Dés lors, on peut avancer au sens de Jean
(2008) que le développement territorial est une conception globale du développement se basant

4
Nous reviendrons plus en détail sur le concept de territoire dans la section suivante.

37
sur une conjugaison des possibilités économiques, des limites environnementales et de l’équité
sociale.

Par ailleurs, si les approches environnementales et territoriales s’inscrivent bien dans une
logique critique des anciens modèles de développement et offrent des avenues de recherche
pour penser et instaurer un nouveau modèle de développement, elles comportent néanmoins des
limites, qui ont favorisé les réflexions actuelles sur un mode de développement qui soit à la fois
territorial et durable.

En synthèse, les approches de développement territorial et de développement durable


constituent, comme nous l’avons souligné, des critiques des conceptions de développement
précédentes. Dans le cheminement de ces réflexions alternatives, le développement territorial
durable (DTD) est conçu comme une solution hybride entre ces deux approches. Cette
hybridation est justifiée par au moins deux arguments (Rochman, 2008) :

− Sur le plan conceptuel, les deux concepts (développement territorial et développement


durable) semblent ambigus ou partiels quant à la question de la durabilité ;
− La nécessité de la construction du concept de développement territorial durable et
motivée également par le constat que certaines initiatives de développement peuvent
être territoriales sans être durables ou inversement se focaliser sur les principales
composantes de la durabilité et occulter la viabilité économique et sociale.

Ainsi, le DTD «permettrait d’envisager le processus de développement comme une stratégie


pouvant donner lieu à une démarche opérationnelle souple, dont la conception serait
transversale (et non sectorielle) et n’omettrait aucune dimension» (Rochman, 2008, p : 54).
Cela implique une reconceptualisation du développement, se basant sur une double logique : la
définition d’un projet de territoire impliquant les acteurs locaux à sa conception et sa mise en
œuvre et de concert avec les principes de développement durable (Gagnon, 2008).

L’étude du développement territorial durable supposerait donc une analyse :

− Du territoire au sens où celui-ci est à la fois acteur, réceptacle et produit du


développement ;
− De la gouvernance au sens où elle conditionne toute initiative de développement ;
− De la relation entre environnement et développement. Repenser l’interface local-global
pour la prise en compte de la dimension environnementale.

38
Nous allons, dans la section suivante, regarder les différentes composantes du DTD.

3. Dimensions du développement territorial durable


Dans cette section, nous analyserons les principales dimensions qui forment le concept du
développement territorial durable.

3.1 Durabilité

Comme nous l’avons vu précédemment, l’approche de développement durable n’est pas


exempte de limites. En effet, plusieurs travaux théoriques et empiriques ont souligné une série
de contraintes d’opérationnalisation dues au degré d’abstraction de certaines dimensions
(notamment la durabilité) qui ne coïncident pas totalement avec la réalité des systèmes socio-
écologiques et qui n’ont pas été suffisamment déclinées en termes empiriques (Moulaert et
Jessop, 2012).

Dans le sillage de ces réflexions, plusieurs auteurs constatent que la difficulté réside dans la
définition de la durabilité et de ses dimensions (Vivien, 2005 ; Moulaert et Parra, 2011).Une
majorité des travaux suggère le recours au développement durable comme ligne directrice pour
la gestion et la gouvernance des systèmes écologiques (Moulaert et Parra, 2011). Toutefois,
dans la réalité, des déséquilibres persistent entre les trois composantes de la durabilité. De plus,
les conséquences de leurs relations réciproques complexes demeurent inexplorées et les
démarches de mise en œuvre d’une gouvernance appropriée se heurtent aux problèmes de
relations de pouvoir entre les acteurs (Norgaard, 2010).

Pour Moulaert et Parra (2011), la principale raison de cette limite analytique est la nature
éphémère de la notion de durabilité sociale. En effet, cette dernière est souvent réduite aux
questions d’équité et de justice sociale sans se soucier de «la nature active de l’action collective
et de l’institutionnalisation de la justice environnementale, ou encore sans reconnaitre son rôle
central dans les rapports sociaux des systèmes socio-écologiques» (Moulaert et Parra, 2011, p :
2). En fait, les auteurs défendent une conception de la durabilité centrée sur la durabilité des
rapports sociaux, permettant de jeter des ponts avec la gouvernance du développement durable.

Dans le même ordre d’idées, Rochman (2008) affirme que la durabilité du développement d’un
territoire donné se construit essentiellement sur la base d’un dispositif permettant la liaison
entre les systèmes écologiques et les systèmes sociaux, en prenant en considération les
spécificités et les limites de chaque système. Il s’agit, donc, « davantage d’une articulation que
d’un équilibre dans la mesure où il n’existe pas qu’une seule forme de relation garantissant la
39
durabilité des deux systèmes, soit leur capacité de reproduction et de coévolution vertueuse»
(Rochman, 2008, p : 55).

Selon Vivien (2005), il existe plusieurs approches de la relation société-nature. Celles-ci


affectent les stratégies de développement et se manifestent par des orientations différentes. Si
l’on dresse un état des lieux de la littérature sur la question, trois lectures s’opposent : une
conception écocentrée, une conception co-évolutive et une conception anthropo-centrée.

L’approche anthropo-centrée se réfère à la «durabilité faible» telle que la pense Solow:

«Si la durabilité est un engagement émotionnel et vague de conserver quelque chose


dans le long terme, il est très important de comprendre la nature de ce quelque
chose : je pense que c’est une capacité générale à produire du bien-être» (Solow,
1992).

Toujours selon Vivien (2009), c’est la thèse de Solow qui représente, en effet, l’essentiel de la
réponse du courant néoclassique à la question du développement durable. Cette dernière réduit
la question de durabilité à la non-décroissance dans le temps du bien-être individuel. Pour que
le bien-être des générations à venir, conçu comme l’addition des quantités des bien-être
individuels, soit de même quantité que celui des générations actuelles, il faut leur transférer des
capacités en termes d’innovation et de production de biens et de services leur permettant de
subvenir à leur propres besoins (Ibid.).

Ainsi, selon Solow (1992), une sorte d’échange devrait s’opérer dans le temps, la génération
actuelle exploite le «capital naturel» et, en contrepartie, transmet aux générations à venir plus
de capacités d’innovation et de production sous forme de biens d’équipements, de
connaissances et de compétences.

Cependant, la limite provient du fait que, globalement, les rapports à l’environnement sont
extérieurs au marché, donc ne sont pas régulés par le système des prix : «l’allocation de biens
et de services environnementaux se fait souvent à travers des échanges involontaires ou sans
contrepartie monétaire, ce qui fausse les calculs et chois optimaux des consommateurs et des
producteurs» (Vivien, 2005, p : 77).

En somme, pour les partisans de la durabilité faible, le bien-être des générations (présente et
future) est fonction d’une croissance économique durable qui respecte les limites
environnementales, mais considère les services rendus par la nature sous l’angle strict du calcul
économique.

40
De ce fait, les services rendus par la nature sont assimilés à « un capital spécifique, le capital
naturel, mais qui n’a d’autre spécificité que sa provenance» (Rotillon, 2007) et les différents
types de capitaux, que sont le capital physique, humain et naturel, sont remplaçables notamment
grâce au progrès technologique. Ainsi, cette approche ne fait que pérenniser le modèle
traditionnel de développement et met l’accent davantage sur les conséquences des
problématiques environnementales plutôt que sur leurs causes (Rochman, 2008).

A l’opposé de la conception défendue par les économistes néoclassiques, les économistes


écologistes défendent l’idée selon laquelle le capital technique n’est pas totalement substituable
au capital naturel, mais dans la majorité des cas, ces différents types de capitaux sont
complémentaires. Pour illustrer cette affirmation Vivien souligne que :

«La thermodynamique nous enseigne ainsi que nous ne créons pas l’énergie, nous
ne faisons que la transformer par le biais de procéder techniques. Il y a donc une
asymétrie entre les biens créés par l’industrie et les biens naturels, lesquels ne sont
pas reproductibles.» (Vivien, 2005, p : 80).

Dans la perspective écocentrée ou de «durabilité forte», la nature possède des caractéristiques


intrinsèques qui ne sont pas associées à son utilité en tant que ressource et que, par conséquent,
aucune forme de capital (technique, physique, humain ou autre) ne peut s’y substituer en cas de
destruction (Parra et Moulaert, 2011). Un équilibre nécessaire est à rechercher entre la
prospérité de la société et la nature, mais cet équilibre passe obligatoirement par une restriction
de la croissance économique et démographique (Rochman, 2008). En outre, la technologie n’a
aucun rôle à jouer dans la recherche ou le maintien de cet équilibre puisque cette conception
estime que même l’adoption de technologies propres et adaptées aux conditions particulières
de l’environnement, n’éviterait pas les crises écologiques (Ibid.).

Cette vision et celle promue par le club de Rome (Meadows et al., 1972) ne sont pas si éloignées
sur le plan conceptuel et s’accordent sur un point essentiel, soit la restriction de la croissance
économique. Ainsi, la vision de la soutenabilité forte est marquée par la nécessité de maintenir
et de transférer, continuellement, une quantité de «capital naturel critique», dont les
générations à venir ne sauraient vivre sans (Vivien, 2005). Si la croissance est nécessaire, elle
ne doit pas se faire au détriment de l’environnement.

Pour ce faire, les économistes écologiques font trois propositions fondamentales conçues
comme des règles minimales de prudence (Vivien, 2005) :

41
− Premièrement, le taux d’utilisation du capital naturel renouvelable doit correspondre au
taux de régénération de ce capital ;
− Deuxièmement, le taux d’émission des déchets doit être égal à la capacité de prise en
charge et de recyclage des milieux dans lesquels ils sont rejetés ;
− Enfin, l’utilisation du capital naturel non renouvelable doit être égale à son
remplacement par des ressources renouvelables.

Au demeurant, c’est une conception restrictive de la croissance économique. La durabilité forte


veut restreindre la production à ce que l’écosystème est en mesure de prendre en charge. Il en
résulte l’édiction de mesures contraignantes et coercitives pour l’ensemble des agents
économiques.

Enfin, une troisième famille de travaux met en avant une approche co-évolutive des relations
société-nature qui entre en résonnance avec les travaux portant sur le développement territorial
durable. Dans ce registre, l’opposition nature/société est abandonnée pour une approche plus
harmonieuse entre l’homme et son milieu (Rochman, 2008). Il s’agit des adaptations
interactives continuelles entre le milieu naturel et la société (Opschoor et Van der Straaten,
1993).

Ces travaux rappellent l’approche co-évolutive proposée par Norgaard (1984). Dans ce qu’il
nomme le développement «co-évolutionnaire», Norgaard met en avant la relation possible entre
les visions économique et écologique. Au fond, sa thèse consiste à démontrer qu’il existe des
avantages à articuler différentes conceptions en même temps: «Through a linkage, each
discipline enriches the other because of their differences. Neither discipline must abandon its
past. Eventually, however, new emphases and approaches arise because of the enrichment
[…]» (Norgaard, 1984, p : 166).

De son côté Rochman (2008) soulignent, dans ce sens, que les milieux de l’écosphère modifiés
et transformés par l’homme suite à ses activités comptent autant que les milieux non concernés
par l’artificialisation (Rochman, 2008). De ce fait, l’approche co-évolutive dépasse la
dichotomie superficielle entre le naturel et l’artificialisé en explorant des formules socialement
utiles et écologiquement prudentes pour valoriser les ressources naturelles (Ibid.).

Ainsi, l’approche co-évolutive stipule une conception plus globale, plus intégrée du
développement au sens où l’objectif est d’explorer de nouvelles initiatives de développement
qui pourraient concilier la préservation de l’environnement et la satisfaction des besoins

42
humains. Cette logique souligne l’importance des dynamiques d’intégration entre l’Homme et
la nature par la médiation d’une coévolution des valeurs, des connaissances, de la technique et
de la nature (Norgaard, 2010).

En dépit de leur richesse conceptuelle, ces conceptions (écocentrée, anthropo-centrée et co-


évolutive) perdent de leur pertinence si elles sont éloignées des actions et des politiques de
développement qui leurs sont liées. Ceci implique de repenser l’articulation entre le global et le
local.

Dans le même ordre d’idées, Rochman (2008) affirme qu’une désarticulation entre le local et
le global en ce qui concerne la protection de l’environnement pourrait se manifester par des
projets et des actions descendantes, expulsant les acteurs locaux de la prise de décision
(approche écocentrée). A l’opposé, la concentration sur des préoccupations locales ou
ponctuelles amènerait à ne pas se soucier des dimensions environnementales (approche
anthropo centrée) et sociales.

Cela implique de fixer les objectifs à atteindre en matière de développement durable et de les
décliner sous forme d’initiatives socialement innovantes coïncidant avec la réalité locale. En
d’autres mots, il s’agit d’articuler la durabilité et le local, c’est-à-dire « l’action collective des
acteurs territorialisés et le territoire en tant qu’acteur» (Rochman, 2008, p : 62).

Dans cette perspective, les acteurs locaux, les populations locales ont un rôle central à jouer
dans le processus de développement territorial durable. L’analyse de leurs systèmes
d’organisation et de leur capacité à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances
susceptibles de générer des initiatives prometteuses est donc pertinente pour la compréhension
du processus de développement territorial durable. Ceci nous amènera, dans un deuxième
temps, à envisager le concept de gouvernance.

En effet, l’analyse de la notion de gouvernance est pertinente pour rendre intelligible le concept
du développement car sa nature et les formes qu’elle pourrait prendre influencent à la fois la
capacité des acteurs locaux à se mobiliser et à développer des initiatives et, par ricochet, leur
capacité à penser un projet de territoire, sans lequel il est inconcevable de passer des initiatives
isolées à un véritable processus de développement et à plus forte raison de développement
territorial durable.

3.2 Gouvernance

43
Comme nous l’avons souligné précédemment (cf. section 1), plusieurs travaux présentent la
gouvernance comme une condition indispensable au développement (Assidon, 2002 ; Jouve,
2007 ; Hugon, 2007 ; Otando, 2008 ; Otando et Uzunidis, 2011 ; etc.). Par conséquent, la
gouvernance peut être envisagée comme une composante commune entre le développement
territorial et le développement durable.

La gouvernance est également associée à la notion de territoire. Le territoire en tant que


construit d’acteur, repose sur un minimum de compromis entre des attentes et des intérêts
divergents ; la gouvernance, elle aussi, se met en place sur la base de convergences entre ces
intérêts divergents (Rochman, 2008).

Dans cet ordre d’idées, Gonçalves Cunha (2000) avance que les politiques publiques
territoriales ne peuvent être conçues et appliquées sans la participation des acteurs publics et
privés. Cette participation doit inclure le maximum possible de strates (économiques, sociales,
politiques et culturelles), constitutives des configurations territoriales, ce qui pose la question
de la nature de la gouvernance de ces territoires et des projets qui y sont menés.

Dans ce sens, la notion de gouvernance territoriale se distingue de celle mise en avant par les
économistes institutionnalistes (cf. section 1) par le fait qu’elle transcende la seule échelle de la
firme et s’intéresse aux liens entre l’ensemble des parties prenantes qui contribuent à la
production dans un territoire donné (Leloup et al., 2005). A ce sujet, Leloup et ses co-auteurs
affirment que :

«Les prémices de réflexions sur la gouvernance territoriale peuvent être restituées


dans l’historique de la recherche de nouveaux modes d’organisation et de gestion
territoriale, alternatifs aux démarches territoriales descendantes classiques. Elles
correspondent à la fois à la mise en exergue des mouvements de développement
local et aux nouvelles structurations politico administratives dans les Etats
modernes» (Leloup et al., 2005, p : 322).

Toujours selon Leloup et al. (2005), la question de gouvernance territoriale renvoie ainsi à celle
du développement local et s’inscrit, d’une part, dans le cadre de l’inclusion des acteurs locaux
(privé, public et associatif) et des populations locales dans les dynamiques de développement
qui les concernent ; d’autre part, dans leur capacité à se mobiliser et à se prendre en charge.

Le territoire parait, ainsi, comme la solution incontournable puisque c’est à ce niveau que doit
s’engager l’action publique. La gouvernance entre, dans ce sens, en résonance avec la notion

44
«d’optimum dimensionnel» (Offner, 2006), ce qui signifie que l’action publique doit choisir la
bonne échelle territoriale pour mener son action.

Tout bien considéré, la gouvernance est donc une capacité des territoires à instaurer un système
d’organisation performant et légitime et dont le fonctionnement doit respecter, selon Rochman
(2008) trois principes :

− La gouvernance implique l’organisation et la coopération entre acteurs pour la mise en


place de stratégies à moyen et à long terme ;
− Ces stratégies doivent répondre aux besoins des populations locales et il apparait donc
impératif que ces stratégies et les actions qui en découlent soient pensées et conçues à
l’échelle des territoires ;
− L’Etat (au sens «action publique») doit jouer un rôle de coordination de ces stratégies.

Or, pour que la mise en place de la gouvernance soit possible, il est nécessaire de construire et
de faire durer des coalitions entre les différents acteurs ce qui implique une médiation. La
question qui se pose alors est de savoir quel acteur est susceptible de faire cette médiation. Pour
Pecqueur, l’Etat n’est pas toujours le plus approprié dans la mesure où l’action ne se situe pas
au niveau d’un système productif national, mais «se cristallise dans des formes de
regroupement ad hoc d’acteurs qui s’appellent des territoires» (Pecqueur, 2005, p : 315).

A l’opposé, une décentralisation dans le sens d’un désengagement total de l’Etat n’apparait pas
non plus appropriée car l’Etat doit et devrait jouer un rôle dans l’instauration de la gouvernance
d’un territoire donné. Selon Pecqueur, «l’action publique doit pouvoir intervenir à l’échelle
territoriale, dans une perspective de projet» (Pecqueur, 2005, p :315) et pour ce faire,
«l’existence d’un Etat présent et actif est nécessaire pour permettre l’action décentralisée»
(Pecqueur, 2005, p :315).

Toujours selon Pecqueur (2005), retient trois fonctions que chaque État doit accomplir
parallèlement au développement des instances locales : la redistribution, la médiation et la
coordination. La redistribution parce que tout n’est pas équitablement doté ; la médiation
concernera à la fois les organisations internationales, les collectivités territoriales et les acteurs
locaux ; enfin, la coordination, verticale qui provient des collectivités territoriales, et
horizontale entre initiatives et acteurs territoriaux.

La gouvernance territoriale prend donc corps dans des coalitions d’acteurs divers (publics,
privés, associatifs…) agissant en synergie pour la réalisation d’objectifs communs (dont la

45
résolution des problèmes et la mobilisation des ressources). La gouvernance se situe donc au
niveau de l’action. En effet, la gouvernance est conçue comme «l’art de monter des projets qui
produisent un équilibre dynamique contenant les différents milieux en cohabitation sur un
espace donné» (Granier, 1999).

De son côté, Bernardy mentionne que ce système de gouvernance, dans une perspective de
développement territorial durable, possède deux fonctions essentielles : la reproduction et le
pilotage. Plus précisément :

«Le système de gouvernance doit donc assurer à la fois une veille des opportunités,
permettant de conserver la diversité de la capacité d’initiative du territoire et une
intégration de ces opportunités et de ces initiatives à un objectif commun de
reproduction (durabilité) d’une part et de pilotage (compétitivité) d’autre part, du
territoire» (Bernardy, 2001).

Toujours selon Bernardy (2001), la reproduction est associée à la durabilité (limitée à sa


dimension temporelle), elle sous-entend l’établissement d’un ordre, basé sur la coopération
d’acteurs dont les intérêts sont différents voire divergents, à l’échelle d’un territoire. Le
pilotage, ajoute-t-il, est associé à la compétitivité qui suppose une capacité d’initiative et
d’innovation. L’innovation étant elle-même souvent associée à la figure du projet auquel elle
«s’adapte bien mieux qu’aux politiques publiques» (Bourdin, 2004).

Se pose la question de savoir comment harmoniser durabilité et compétitivité. En effet, concilier


durabilité et compétitivité n’est pas automatique, il s’agit d’un défi permanent pour un dispositif
de gouvernance. Pour ce faire, Bourdin (2004) identifie deux qu’il appelle gouvernance du vivre
ensemble et gouvernance de projet.

Comme le souligne Rochman (2008), la gouvernance territoriale est en particulier confrontée à


l’opposition entre les exigences de la construction d’un ordre local (gouvernance du vivre
ensemble) et celles de l’innovation (passant par le projet et la gouvernance du projet), sans
laquelle il n’y a plus ni développement ni dynamisme local.

S’agissant de la gouvernance du vivre ensemble, l’auteure souligne que l’objectif de la


régulation sociale, celle de la vie quotidienne au niveau territorial, est de coproduire un ordre
qui soit accepté, compréhensible et durable (ce qui correspond à une demande sociale très forte)
alors même que «cela est remis en cause par le mouvement même de la société, qui fait son
dynamisme» (Rochman, 2008, p : 72).

46
La gouvernance du vivre ensemble renvoie donc au territoire qui constitue le niveau le plus
approprié pour instaurer un ordre. Or, ce vivre ensemble n’a de sens que s’il concerne un
territoire réellement partagé et qui correspond aux différentes facettes de la vie quotidienne :

«Vouloir établir un ordre territorial sur des territoires dont l’importance historique
ou la réalité administrative sont fortes mais qui ne correspond à rien pour
l’organisation de la vie quotidienne présente, constitue une erreur» (Bourdin,
2004).

Les acteurs de la coalition doivent donc prendre en compte, lors de la constitution de cette
dernière, la composition de la société locale sans oublier ceux qui se trouvent sur le territoire
concerné et qui, sans être nécessairement hors du lien social, échappent à la société locale
(Rochman, 2008). Cela implique que le territoire tout comme la coalition sur laquelle repose la
gouvernance territoriale ne sont pas à confondre avec la société locale dans son ensemble.

La gouvernance du projet, quant à elle, mobilise également, mais différemment que celle de
vivre ensemble. En contradiction avec la précédente, la coalition de projet n’a pas besoin d’être
représentative, mais doit au contraire entre capable de s’imposer face à des logiques
concurrentes (Bourdin, 2004). En effet, pour mettre en place et faire aboutir un projet il ne suffit
pas, comme dans la configuration précédente, de faire coopérer des acteurs n’ayant pas des
intérêts et des objectifs en commun : «une coalition de projet ne peut exister sans objectifs
communs et sans une convergence minimale des intérêts» (Rochman, 2008, p : 74).

Par ailleurs, alors que la symbolique de la gouvernance du vivre ensemble repose


essentiellement sur «des grandes représentations englobantes et sur des valeurs» (Bourdin,
2004), le projet est basé sur une symbolique forte, «une histoire que des acteurs se racontent
ensemble» (Ibid..), il opère donc une distinction voire une discrimination (identitaire) des
membres de ce projet (le dedans) par rapport à d’autres acteurs ou coalition (le dehors)
(Pecqueur, 2005). De plus pour aboutir, le projet doit mobiliser des ressources notamment
publiques ; ce qui revient à modifier leur répartition initiale, voire à en priver d’autres acteurs
(Rochman, 2008). Dans les deux cas, il s’agit de ce que Pecqueur (2005) appelle la «barrière à
l’entrée».

En somme, comme nous l’avons souligné plus haut, l’analyse de la notion de gouvernance est
pertinente pour rendre intelligible le concept du développement car sa nature et les formes
qu’elle pourrait prendre influencent à la fois la capacité des acteurs locaux à se mobiliser et à
développer des initiatives et, par ricochet, leur capacité à penser un projet de territoire, sans

47
lequel il est inconcevable de passer des initiatives isolées à un véritable processus de
développement et à plus forte raison de développement territorial durable.

Or, cette capacité dépend de l’aptitude des acteurs locaux à prendre part à leur propre processus
de développement, elle-même largement conditionnée par le niveau de capital social dont
dispose ces acteurs.

3.3 Capital social

De nombreux travaux mettent en avant le lien existant entre capital social et développement
(Abromovay, 1998 ; Bowles et Gintis, 2002 ; Grootaert et Van Bastelaer, 2002 ; Dasgupta,
2010 ; Perret et Abrika, 2016). Sur ce sujet, Abromovay soutient la thèse selon laquelle il existe
une convergence entre «les présupposés sous-tendant la notion de capital social et ceux
conditionnant la formation du développement territorial» (Abromovay (1998).

Décrivant le lien entre capital social et développement économique, Dasgupta, de son côté,
conceptualise le capital social comme «des réseaux entre les personnes dont les membres
développent et maintiennent la confiance entre eux pour tenir leurs promesses à travers
l’application mutuelle des accords» (Dasgupta, 2010, p : 50) et affirme que, s’il est
correctement géré, le capital social maintient et améliore la confiance. A l’opposé, s’il est mal
géré, il peut freiner le développement.

Selon Rochman (2008), le capital social possède trois caractéristiques principales :

− C’est une ressource intangible ;


− Il est composé des réseaux sociaux dont la régulation dépend du niveau de confiance
existant entre eux et en leur sein;
− Le capital social est une capacité matérialisée par un ensemble de savoirs.

Comme le fait remarquer Bourdieu, le capital ne se réduit pas à un ensemble de richesses


matérielles, il s’agit d’«un ensemble de ressources et de pouvoirs effectivement utilisables dont
la distribution sociale est nécessairement inégale et dépendante de la capacité d’appropriation
des différents groupes». Ainsi, le capital social est, par nature, un facteur intangible, c’est
l’accumulation de compromis sociaux construits par les interactions sociales dans un territoire
donné. «Ce type de capital se manifeste à travers la confiance, les normes et les réseaux de
relations sociales. Le capital social, à l’inverse du capital physique conventionnel (privé), est
public». (Amaral Filho, 1995).

48
Par ailleurs, le capital social est composé par les réseaux sociaux qui «sont par essence les
différents chemins existant entre les individus et les groupes» (Franco, 2004). Les réseaux
sociaux sont importants dans l’accumulation du capital social mais également dans la
construction et la structuration des territoires, leur analyse est donc fondamentale pour la
compréhension du processus de développement territorial durable.

Or, ces réseaux sociaux sont eux-mêmes largement conditionnés par le niveau de confiance
existant entre les individus et les groupes les composant. En effet, Fukuyama souligne :

«qu’une des leçons les plus importantes que l’on peut retenir de la vie économique
est que le bien-être d’une nation, aussi bien que sa capacité compétitive, sont
conditionnées par une unique et subtile caractéristique culturelle : le niveau de
confiance inhérent à la société en question» (Fukuyama, 1996, in Rochman, 2008,
p : 81).

Pour Putnam (1999), «le capital social est une capacité sociale dont l’émergence est due à la
prévalence du facteur confiance dans une société donnée ou dans une de ses parties». C’est
également ce que l’on retient des propos de Dasgupta (2010) lorsqu’il explique que la condition
pour le progrès économique est le développement de la confiance entre les personnes.

Enfin, le capital social est enfin une capacité. Sen (2000), définit le développement comme
l’augmentation de la capacité des individus à faire des choix, c'est-à-dire de choisir le mode de
vie que l’on a raison de souhaiter. Cette capacité qui pourrait, selon lui, être augmentée par «les
relations d’interdépendance (avec le marché comme des services publics) et du capital social,
qui confèrent aux personnes la capacité de s’aider eux-mêmes et d’aider les autres».

Le capital social constitue donc une capacité, qui, selon Franco, se compose d’un ensemble «de
savoirs très précis sur les modes de fonctionnement et de transformation de la nature, sur les
modalités d’existence collective permettant l’existence et la reproduction sociale, la
construction de la cohabitation et les processus de résolution des conflits» (Franco, 2004).

Ces savoirs peuvent, d’après Rochman (2008) être qualifiés de compétences, dans la mesure où
ceux-ci correspondent à une capacité d’agir, et mobilisent différents types de connaissances. Ce
qui différencie, ajoute-t-elle, une compétence d’une connaissance, c’est qu’elle est inscrite dans
l’action et donc mobilise toujours une composante procédurale, difficilement codifiable et en
partie tacite.

49
Cette exploration nous a permis de mettre en évidence le rôle central des acteurs dans la
compréhension et la mise en œuvre du processus de développement. En effet, les acteurs et
leurs systèmes d’action déterminent la nature de la gouvernance locale. Or, nous avons
également pu constater que les diverses formes de gouvernance (gouvernance de vivre
ensemble, gouvernance de projet) affectent les processus de structuration des territoires et de
leur projet de société. Nous avons enfin pu illustrer la nécessité, pour les acteurs locaux de
disposer d’un capital social suffisant pour leur permettre de participer à leur propre processus
de développement.

3.4 Territoire

Pour expliquer un phénomène économique quelconque, les économistes distinguent deux


méthodes d’approches : la microéconomie et la macroéconomie. Selon Salin (1991), la
microéconomie s’intéresse au comportement et aux choix de l’individu en tant que
consommateur ou en tant que producteur, puis aux phénomènes qui résultent des interactions
entre eux –par exemple la détermination du prix d’un produit- en particulier dans le cadre de ce
qu’on appelle l’équilibre général. A contrario, la macroéconomie s’intéresse aux phénomènes
économiques globaux : le revenu national, l’investissement global, la balance commerciale, etc.
De ce fait,

«l’idée qu’il pourrait y avoir des niveaux d’agrégation intermédiaires des acteurs,
par affinités, par sentiment partagé d’appartenance ou par regroupement en vue
de trouver une solution à un problème jugé commun (la mésoéconomie) est
difficilement concevable par la théorie économique standard. Pourtant, un tel
phénomène de construction d’entités spatiales incomplètes, provisoires mais
cohérentes s’affirme et ces entités s’imposent à l’observateur, du fait même de la
globalisation, comme des unités pertinentes de l’action économique» (Pecqueur,
2010, p : 56-57).

C’est dans cette logique qu’il faut entendre l’émergence du territoire. Bien que le territoire est
devenu un jalon important dans la réflexion et les stratégies portant sur le développement, le
concept de territoire n’est pas encore stabilisé, il recouvre des définitions «qui vont du très large
territoire éthologique que les animaux délimitent vis-à-vis de leurs semblables jusqu’au
territoire de pouvoir, qui est l’étendue d’exercice du pouvoir» (Landel et Pecqueur, 2016, p :
7).

Dans le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Lévy et Lussault (2003 in


Fontanille, 2014) listent huit définitions pour en proposer en fin de compte une neuvième

50
comme synthèse. Cela montre sa complexité. De ce fait, tous les auteurs ne s’accordent pas ni
sur la définition du territoire ni sur son rôle.

Pour les uns, le territoire n’est qu’un réceptacle de l’action, nécessaire en tant que ressource,
mais n’a aucune influence sur les différentes dynamiques sociales qui structurent les sociétés et
l’action collective pour lesquels il ne sert que de support physique (Klein, 2008). Pour d’autres,
le territoire joue un rôle primordial dans ces processus, au même titre que les institutions qui
participent à la régulation de la société, comme l’éducation ou la justice (Bouchard et al., 2007).
Pour Klein (2008), le territoire n’est pas qu’un cadre de vie, mais il n’est pas non plus une
institution. En fait sa thèse est qu’il est un «cadre instituant», qui favorise l’émergence de
l’action collective, de l’apprentissage et de l’innovation sociale.

Globalement, si l’on dresse un état des lieux de la littérature sur la question, trois lectures
s’imposent (Landel et Pecqueur, 2016) :

− Tout d’abord, la dynamique compte davantage que le territoire. Ce qui importe dans
l’observation du phénomène, c’est la coalition d’acteurs en vue de résoudre un problème
commun ;
− Ensuite, la dynamique observée relève d’un espace géographique donné. «On est
confronté à une apparente contradiction dans la forme des territoires : à la fois, les
dynamiques d’acteurs sont ancrées territorialement, mais les territoires sont des objets
mobiles, dans la mesure où les acteurs se déplacent dans de vastes migrations internes
quotidiennes. Cette contradiction accentue, selon les auteurs, le malaise des
collectivités territoriales qui confondent souvent leur espace (territoire donné) avec le
territoire qui se constitue à l’occasion d’un problème collectif à résoudre (territoire
construit)» (Landel et Pecqueur, 2016, p : 6);
− Enfin, la dynamique est «problem solving». Plus précisément, le territoire est
directement lié au problème à résoudre qui en constitue la raison d’être. Cela implique,
selon les auteurs, des territoires à la fois provisoires et incomplets. On ne peut donc,
ajoutent-ils, engager une véritable analyse tant sont ouverts et partiels les regroupements
d’acteurs.

Or, ces distinctions peuvent être dangereuses si elles conduisent à penser que les trois
acceptions s’intéressent à des réalités différentes. Boiffin en a d’ailleurs conscience puisqu’il
écrit :

51
«Le territoire est un espace d’interaction entre activités et groupes sociaux, et ce
sont ces interactions qui lui confèrent son identité et qui le différencient par rapport
à d’autres espaces […] la notion de territoire dans son acception la plus complète
englobe à la fois les ressources, le cadre de vie, les activités, les acteurs, leurs
interrelations, la conscience qu’ils ont d’appartenir à une même entité de
développement, enfin les projets qui conçoivent et mettent en œuvre collectivement
pour assurer cette dynamique» (Boiffin 2007 in Jean, 2008, p : 286).

C’est ce qui a fait dire à Klein (2008) que le territoire intervient comme composante médiatrice
dans la relation entre société et espace. Pour bien saisir le rôle que l’auteur fait jouer au
territoire, il utilise une métaphore. Pour lui, le territoire est à la société ce que la scène est à la
pièce du théâtre. Une pièce de théâtre ne peut être jouée sur n’importe quelle scène, et si on
change la scène, on ne joue plus la même pièce.

S’agissant de la notion de territoire, globalement, trois composantes ressortent de la littérature


consultée : l’endogénéité qui contient les notions de localité et de proximité, la transversalité et
la participation des populations.

L’une des premières caractéristiques du territoire est l’endogénéité. En effet, cette dernière est
associée au territoire au sens où celui-ci est le produit d’une relation entre une société donnée
et son espace de vie. Cette hypothèse est confirmée, entre autres, par Pages et Pelissier pour qui
:

«Le territoire est une médiation concrétisée sous la forme d’une relation
triangulaire entre un individu, une communauté et un espace délimité réel ou
symbolique. Cette relation triangulaire, bien fondée sur la construction patiente
d’une mémoire collective et sur la sédimentation du sens n’est ni immuable ni
intangible ni éternelle : elle est l’objet de reconfiguration et de recomposition lente
et historiquement identifiables» (Pages et Pelissier, 2000).

Le territoire se construit au regard de l’histoire des populations qui y vivent, il est de ce fait lié
aux notions d’identité, d’histoire et de mémoire collective. En effet, selon Pourtier:

«Le territoire va de pair avec l’identité collective. […] Territoire et mémoire sont
unis par d’étroites et nécessaires relations dialectiques, l’un et l’une se nourrissant
de l’autre. Fruit de l’histoire, le territoire produit à son tour de l’histoire.
Territoire, pouvoir, mémoire forment un trièdre dans lequel s’inscrivent les
dynamiques sociales selon des trajectoires spécifiques» (Pourtier, 2005, p : 44).

Dans la même veine, Aydalot (1985) affirme que c’est de l’expérience, et donc de la mémoire
et de l’histoire associés à un lieu, que provient la créativité, qui selon lui est la pierre angulaire

52
du développement territorial. Même son de cloche chez Fustier (1999 in Pecqueur, 2001) qui
défend l’idée selon laquelle la proximité identitaire est un facteur affectant la créativité qui peut
favoriser la différenciation de l’offre productive.

Dans cet ordre d’idées, la contribution de Sabourin et Teixeira (2002) fait apparaitre une autre
dimension associée au territoire, celle de l’action collective et donc, de façon implicite, de
l’implication des populations locales dans le processus de développement.

«Un territoire n’est pas simplement un ensemble d’attributs naturels, il se construit


en fonction de la capacité de ses acteurs à établir des relations organisées
(marchandes ou non) qui favorisent non seulement l’échange d’informations et la
conquête de certains marchés mais également la pression collective pour
l’existence de biens publics et d’une administration capable de dynamiser la vie
régionale» (Rochman, 2008, p : 85).

C’est donc par leur organisation et leur mobilisation que les acteurs du territoire peuvent en
modifier les caractéristiques et par effet d’action-rétroaction influencer le processus de
développement (Ibid.). Ainsi, le « répertoire d’actions collectives » s’élargit et des nouvelles
formes d’action sont mises en pratique, ce qui augmente leur capacité de réussir leur projet
(Klein, 2008). C’est ce qu’on appelle la « capacité sociale » ou la « capacité institutionnelle »
(Tardif, 2007).

Selon Jambes (2000), l’objectif n’est alors pas seulement de délimiter un territoire, mais de
saisir la complexité de la relation société-espace, d’identifier les facteurs derrière l’émergence
des territoires et d’essayer de comprendre comment se perpétuent ou disparaissent ces derniers.
Ainsi, ajoute-t-il, on serait en mesure de calculer un «effet territoire» en estimant ses effets sur
les modes de vie, les formes d’organisation comme sur les processus de développement.

En effet, comme le souligne Douillet (2005), l’utilisation du territoire dans le domaine de


politiques de développement territorial n’est pas neutre, il entraine une certaine unité et une
certaine cohésion. Or cette unité constitue, selon l’auteur, un facteur important pour la
cristallisation de l’identité collective qui peut elle-même favoriser le renforcement de la
capacité d’action et d’organisation de la société civile.

De plus, la délimitation du territoire affecte la cohérence des actions menées dans le cadre de
politiques territoriales : «si le territoire délimité par les instances publiques comme cadre de
leur action ne correspond pas à celui que définissent les dynamiques locales (économiques,

53
sociales, identitaires…), la pertinence et l’efficacité de cette action risquent d’être
compromises» (Rochman, 2008, p : 87).

La délimitation d’un territoire, même en cohérence avec les dynamiques locales, est une
condition nécessaire mais non suffisante pour déclencher, à elle seule, un processus de
développement territorial durable. En effet comme l’écrit Hassenteufel (in Wachter et al.,
2000), les nouveaux territoires institués ne peuvent pas prétendre garantir, à eux seuls, la
transversalité entre les politiques sectorielles. En effet, l’important n’est de délimiter des
territoires pour l’action mais, comme le souligne encore Hassenteufel:

«D’opérer la distinction entre politiques «territorialisées» ou est visé un processus


de territorialisation de politiques qui, restent cependant sectorielles dans leur mode
de composition, et politiques «territoriales» dans lesquelles la notion même de
territoire prend une portée différente, puisque ces politiques mettent en œuvre un
mode de gestion des populations, spécifique à un territoire donné» (Hassenteufel
in Wachter et al., 2000).

Ainsi, la délimitation des territoires est, certes, une composante importante en matière de
conception et d’élaboration de stratégies de développement territorial durable, mais elle n’est
pas suffisante pour assurer la transversalité du projet ou de l’action.

Par ailleurs, Gumuchian et Pecqueur (2007) affirment que les acteurs sont ceux qui, par leur
implication et par leurs actions, constituent le territoire. Le territoire est donc un construit
d’acteurs. Pourtant, les territoires ont aussi un support physique, ils excluent, de ce fait,
l’habitant non constitutif du territoire et incluent des acteurs situés hors du substrat physique.
Ainsi, «seuls les acteurs constitutifs du territoire et donc du problème de coordination jugé
commun, participent de ce territoire. […] Dans tous les cas, la société locale n’est que relative,
partielle» (Gumuchian et Pecqueur, 2007).

Force est de constater que le caractère partiel du territoire pose la question de son identité, de
sa cohérence, voire de sa légitimité. Pourtant, la construction du territoire est basée sur une
logique de discrimination et de construction d’un «dedans» par rapport à un «dehors» (Leloup
et al.,2005). Logique elle-même basée sur diverses formes de proximité (géographiques,
organisationnelles, culturelles…) qui sont à la base des limites d’un territoire donné, lesquelles
sont en continuelle évolution.

Dans le même ordre d’idée, Gumuchian et Pecqueur (2007) avancent que la cohérence et le
développement d’un territoire donné nécessitent la mise en place d’une organisation, qui rend

54
possible l’émergence de formes particulières de gouvernance dite «gouvernance territoriale».
On retrouve ici le lien entre territoire, organisation et gouvernance déjà souligné précédemment.

On peut se demander sur quelle(s) base(s) se réalise cette forme particulière de coordination,
issue de la création de groupes d’acteurs ? Pour Bourdin (2004), c’est l’appartenance associée
à des objectifs communs qui motive ces regroupements d’acteurs et donc l’émergence de
territoire. Le sentiment d’appartenance des différents acteurs à un territoire, leur territoire,
constitue d’ailleurs l’une des bases de la distinction effectué par Pecqueur (2005) entre territoire
donné et territoire construit5.

Selon Rochman (2008), les objectifs communs qui motivent les regroupements d’acteurs et la
construction de territoire sont généralement associés à la recherche de solution pour créer de la
cohésion sociale, améliorer les conditions d’existence ou initier un processus de développement
et donc à l’identification d’un ou plusieurs problèmes communs, y compris celui de la survie.
Ces éléments, ajoute-t-elle, renvoient d’ailleurs à deux aspects récurrents du territoire : le
territoire problème et le territoire projet qui sont également associés à la question de la
gouvernance.

Leloup, Moyart et Pecqueur avancent une troisième motivation à la constitution des coalitions
d’acteurs qui forment la gouvernance territoriale : l’appropriation et la mobilisation des
ressources. Pour eux, «les coalitions d’acteurs ne se construisent pas seulement par
l’identification d’un problème commun mais aussi à travers la métamorphose des ressources,
c'est-à-dire la transformation et l’appropriation par les acteurs des ressources non valorisées
du territoire» (Leloup et al., 2005, p : 326).

Une autre composante à intégrer lorsqu’on traite du développement territorial durable : la


notion de transversalité. Cette dimension concerne particulièrement la conception et à la mise
en œuvre de l’action. Une initiative de développement est transversale «s’il cherche à prendre
en compte l’ensemble des dimensions (économique, sociale, environnementale, politique,
culturelle) et des composantes (rural, urbain, activités…) d’un territoire à impliquer des
acteurs les plus diversifiés possibles» (Rochman, 2008, p : 90).

5
Selon Rochman (2008), le territoire donné est défini comme une portion d’espace (souvent un découpage
administratif) construit apriori, dans ce cas l’analyse de sa genèse et de son processus de construction sont donc
superflus. Le territoire construit étant le résultat d’un processus de mobilisation des acteurs locaux et de
l’émergence d’un sentiment d’appartenance. Le territoire construit est défini (identifié) a posteriori.

55
Le dernier aspect associé à la notion de territoire porte sur l’existence d’un projet de territoire,
perçu comme une politique et des projets relevant d’une démarche de développement territorial.
Ce projet de territoire rappelle ce que Bernoux (2005) conçoit comme «un autre projet de
société», c’est-à-dire un idéal collectif formé d’objectifs communs et intégrant un ensemble de
valeurs dans lesquelles se reconnaissent les individus à titre individuel et collectif.

En définitive, ces réflexions nous ont permis, certes, de mettre en évidence l’importance et le
rôle du territoire dans le processus de développement. Toutefois, le territoire ne peut et ne doit
pas être vu comme la solution miracle au «mal-développement». A ce sujet, Bourdin affirme
que :

«Une région ou une commune sont des territoires d’appartenance auxquels sont
associés des objectifs collectifs pour certaines de leurs habitants ou acteurs, mais
d’autres, qui ont strictement les mêmes droits et la même légitimité, n’y voient
qu’un contexte et ne partagent ni l’appartenance ni les objectifs collectifs»
(Bourdin, 2004).

Force est de constater avec Rochman (2008) que le «territoire idéal» n’existe pas, aucun
territoire ne garantit à lui seul la transversalité de l’action, pas plus que sa pertinence. Le fait
que l’action soit orchestrée par des acteurs territoriaux ne garantit pas sa transversalité et
n’exclue en rien le morcellement de cette action (Ibid.). Le procès permanent fait à la
décentralisation en raison de sa capacité à réactiver les égoïsmes locaux le rappelle chaque jour
(Hassenteufel et Rasmussen, 2000).

Elément clé du concept de développement territorial durable et pouvant être à la fois acteur,
outil et objet des politiques de développement, le territoire représente malgré ses limites la base
sur laquelle repose plusieurs projets et programmes de développement (gouvernementaux ou
non).

La logique territoriale tend progressivement à succéder à une logique sectorielle en crise


(Giraut, 1999). La restructuration des politiques publiques selon cette logique territoriale
s’accompagne d’«une volonté de recomposition des missions de l’Etat, des réseaux d’acteurs
et des modes d’action publique ainsi que d’une transformation des rapports entre les différents
échelons territoriaux» (Rochman, 2008, p : 93). On passe ainsi d’«une logique d’articulation
des politiques publiques avec le niveau global sur la base du secteur à l’affirmation d’un
nouveau mode de rapport entre le global et le local» (Hassenteufel et Rasmussen, 2000, p : 65).

56
Pour conclure cette section, nous résumerons ici les principales composantes du development
territorial durable telles qu’elles ressortent de la littérature présentée ci-dessous.

Figure 2 – Principales composantes du développement territorial durable

Gouvernance Capital social

Territoire Durabilité

Développement
territorial
durable

La présentation des théories qui ont marqué l’évolution de l’économie du développement, nous
a permis d’introduire deux concepts centraux : le développement territorial et le développement
durable. Tout en montrant que ces deux concepts comportent des limites qui leur sont propres,
nous avons mis en évidence l’idée d’une possible complémentarité entre eux. Nous avons
ensuite exposé les différents points de convergence entre le développement territorial et le
développement durable, convergence plaidant en faveur d’une hybridation des deux approches.
Cette exploration théorique nous a donc permis de définir le développement territorial durable
comme une hybridation et une reconstruction du développement durable et du développement
territorial.

Par ailleurs, les analyses historiques des trajectoires de développement montrent des trajectoires
différentes d’un territoire à un autre (e.g. Banat et Ferguéne, 2009). Il n y a donc pas unicité des

57
trajectoires de développement des territoires. Cela implique, à l’échelle de chaque territoire
ayant des caractéristiques et des enjeux spécifiques, des stratégies et des actions adaptées.

Le développement territorial durable implique précisément que chaque territoire doit construire,
par une démarche interne, son propre modèle particulier de développement. «Car ce qui a réussi
sur un territoire donné à un moment donné peut fort bien ne pas réussir dans un autre
territoire» (Jean, 2008). La non-reproductibilité des modèles de développement impose la
reconnaissance d’une autre dimension, celle de l’innovation.

Cette dimension fera l’objet du chapitre suivant. Nous analyserons particulièrement les
principales approches de l’innovation sociale en vue de cerner les éléments qui pourraient
plaider en faveur d’un lien possible entre cette dernière et les dimensions du développement
territorial durable.

58
CHAPITRE 2
INNOVATION SOCIALE ET DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE : CADRE CONCEPTUEL ET HYPOTHESES DE LA
RECHERCHE

Peu de travaux s’intéressent à la relation existante entre innovation sociale et développement


territorial durable. Cependant, comprendre la nature de cette relation est essentiel pour faire
face aux grands enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. Selon Fontan (2008), ces enjeux
se résument à trois grands points :

− Le premier a trait à la persistance et l’intensité des différentes formes d’inégalités


socioéconomiques ;
− Le deuxième concerne le respect des différences culturelles ;
− Le troisième est lié à l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles.

Nous proposons ici d’opérer en trois temps. Après avoir distingué l’innovation sociale de
l’innovation technologique, nous présentons deux conceptions de l’innovation sociale, chacune
basée sur différentes approches. Ensuite, nous abordons la pertinence du concept de la capacité
d’absorption des connaissances pour l’analyse du processus de l’innovation sociale au niveau
organisationnel. Enfin, nous analysons le lien entre innovation sociale et développement
territorial durable. Ces développements nous permettront de formuler nos hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel sera retenu.

1. Innovation sociale : Spécificités, approches et dimensions


L’innovation sociale demeure un concept non stabilisé. Pour le cerner, nous allons, d’une part,
distinguer ses similarités et ses singularités par rapport à d’autres types d’innovation
(notamment technologique), et d’autre part, aborder les différentes approches du concept qui
ont pu être développées.

59
1.1 De l’innovation technologique à l’innovation sociale

Au sens large, quelle que soit sa nature, « une innovation est un changement qui répond à un
besoin d’amélioration» (Conseil de la Science et de le Technologie du Québec, 2000). En outre,
l’innovation peut être technologique, sociale et environnementale, elle peut émerger dans tous
les secteurs (public, privé, associatif) et intervenir dans tous les domaines : santé,
communication, action sociale, habitat, mobilité, etc.

Cependant, l’innovation a toujours été caractérisée par une vision technologiste: «l’étroite
proximité qui existe entre innovation et technologie est telle que l’on précise rarement
nommément qu’il s’agit d’innovation technologique » (Dandurand, 2005, p : 378). C’est la
raison pour laquelle les stratégies de développement sont principalement axées sur l’innovation
technologique (Hillier et al., 2004).

Sociale ou technologique, l’innovation s’identifie à un processus faisant intervenir une


multitude d’acteurs impliquée dans une démarche de résolution de problème : « il y a toujours
volonté des acteurs et intention de répondre à un besoin avec quelque chose de nouveau, de
différent, de meilleur» (CST, 2000, p : 7). L’innovation est donc un processus social. Ainsi,

« La question des frontières entre innovations techniques et sociales perd alors de


son sens, toute innovation est sociale. Et nous pourrions rajouter toute innovation
se déploie dans un contexte particulier, dont le territoire est l’une des composantes.
Il nous semble alors que les dimensions du contexte d’une part et celle de
l’interaction sont centrales» (Richez-Battesti, 2008, p : 66).

Le contexte d’émergence est, donc, une composante qui pourrait conditionner la nature de
l’innovation. En effet, comme l’écrivent (Besançon et Chochoy, 2013), l’innovation
technologique comme l’innovation sociale prennent place en réaction à des pressions
différentes : la pression du marché, de la concurrence, notamment pour la première, et une
pression sociale et politique pour la deuxième. Ace titre le CST affirme que:

«Le marché ne joue pas dans l’innovation sociale le même rôle prédominant que
dans l’innovation technologique. Bien que certaines innovations sociales puissent
être commercialisées (des services de formation sur mesure, par exemple), c’est
loin d’être toujours le cas. Et ce sont d’autres facteurs économiques, sociaux,
culturels ou politiques qui exercent une pression à l’innovation» (CST, 2000, p :
7).

En outre, l’innovation sociale entretient une relation différente au changement. Selon Durance
(2011), le changement relatif à l’innovation technologique résulte de l’acceptation de la

60
nouveauté technique. L’acceptation se fait alors dans une logique descendante relative à la
commercialisation du produit sur le marché, réduisant ainsi les possibilités d’action sur celui-
ci.

L’innovation sociale implique, quant à elle, une logique inversée. Il s’agit principalement d’un
processus ascendant, où l’appropriation devient une condition de l’émergence de l’innovation
(Besançon et Chochoy, 2013). «le renversement de la forme traditionnellement admise pour
mettre en avant les individus eux-mêmes» (Durance, 2011, p : 8). De ce fait, l’innovation sociale
entraine un changement de position, du marché vers la communauté ou la société (Richez-
Battesti et al., 2012).

Un autre élément sur lequel l’innovation technologique et l’innovation sociale semblent se


distancier est la nature de leurs extrants respectifs (Dandurand, 2005). L’extrant (output) de
l’innovation sociale est davantage latent que ne l’est celui de l’innovation technologique. Il
porte en effet sur de nouvelles pratiques (nouveaux services, nouveaux procédés, nouvelles
formes d’organisation du travail, etc.) ou sur l’amélioration de pratiques existantes (CST, 2000).

Un autre point de dissemblance entre les deux formes d’innovation est la diffusion. En effet, la
diffusion de l’innovation est «un élément intrinsèque et essentiel du processus» (CST, 2000, p :
9). Pour l’innovation technologique, le marché joue un rôle prépondérant : «un produit
commercial innovateur est celui qui s’impose sur le marché» (CST, 2000, p : 9). La diffusion
de l’innovation technologique passe donc par sa commercialisation et sa mise sur le marché.
Ce dernier joue, en quelque sorte, « le rôle d’une procédure d’évaluation de la diffusion de
l’innovation » (Besançon et Chochoy, 2013, p : 15).

S’agissant de l’innovation sociale, «une pratique sociale est adoptée par des organisations»
(CST, 2000, p : 9) ou par la communauté destinatrice (par exemple sous forme de service)
(Besançon et Chochoy, 2013). En effet, le processus d’adoption prend une forme particulière
dans le cas de l’innovation sociale. A ce titre Richez-Battesti souligne que :

«À la différence d’autres modèles, cette innovation ne fait pas l’objet d’un


processus de diffusion mais de traduction. Si la diffusion repose sur le principe de
reproduction à l’identique, la traduction affiche d’emblée les transformations qui
vont s’opérer à travers les processus d’appropriation par les acteurs» (Richez-
Battesti, 2008, p : 66).

Néanmoins, ces dissemblances ne doivent pas rendre invisible le lien ou l’articulation possible
entre technologie et innovation sociale. Les liens sont plutôt complexes unissant les deux

61
formes d’innovation, qui vont même jusqu’à coexister de façon très imbriquée. Ainsi,
technologie peut s’appuyer sur une innovation sociale et inversement, une innovation sociale
peut servir comme appui à une innovation technologique. L’une et peuvent être intimement
liées et la frontière entre les deux n’est pas clairement tranchée. De son côté, Dandurand (2005)
souligne que même si une forme de séparation demeure entre innovation sociale et innovation
technologique, elles présentent toutefois, de par leur processus, des similitudes à plus d’un titre.

Nous reprendrons ici, le tableau proposé par Besançon et Chochoy (2013) qui synthétise les
éléments de continuité et de rupture entre l’innovation technologique et l’innovation sociale :

Tableau 1– Innovation technologique et innovation sociale : continuités et ruptures

Ruptures
Etapes Continuités
Innovation
Innovation sociale
technologique

- Résultion de - Pression sociale et


- Pression du marché
Emergence probléme politique
- Recherche davantage
- Ressources liées à la - Recherche davantage
issue des sciences
recherche issue des sciences
naturelles et du génie
scientifique humaines et sociales
Processus
Intervention d’une
Processus descendant Processus ascendant
pluaralité d’acteurs

Résultat Articulations possibles


entre des élements Davantage matériel Davantage immatériel
matériels et immatériels

Diffusion par la
Diffusion La diffusion comme commercialisation, le
élément majeur de la marché est une procédure Traduction par les acteurs
définition d’évaluation de la
diffusion

Source : Guyon et Besançon (2013).

Ainsi, l’innovation (technologique ou sociale) résulte d’un processus (descendant ou ascendant)


duquel émerge un résultat (matériel ou immatériel) qui doit être diffusé (acceptation par le
marché ou appropriation par la traduction) et qui entraine des effets multiples (changements).

Dans la partie suivante, nous abordons les principales conceptions de l’innovation sociale en
vue de cerner les composantes qui peuvent être constitutives de son processus.

62
1.2 Innovation sociale : deux lectures théoriques

Le terme « innovation sociale », bien qu’utilisé de façon croissante, ne réfère pas à une réalité
robuste et claire dont on peut facilement cerner les frontières. Le terme demeure, ainsi, ambigu
car il recouvre diverses acceptions selon les approches théoriques des personnes qui
l’emploient. Selon le RQIS6, une innovation sociale est :

« une nouvelle idée, approche ou intervention, un nouveau service, un nouveau


produit ou une nouvelle loi, un nouveau type d’organisation qui répond plus
adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social
bien défini, une solution qui a trouvé preneur au sein d’une institution, d’une
organisation ou d’une communauté et qui produit un bénéfice mesurable pour la
collectivité et non seulement pour certains individus. La portée d’une innovation
sociale est transformatrice et systémique. Elle constitue, dans sa créativité
inhérente, une rupture avec l’existant » (Dancause, 2014, p : 3).

Dans la même ligne, Cloutier (2003) ajoute que le processus d’innovation sociale est une
composante importante au même titre que la finalité. Dit autrement, la façon dont les solutions
sont conçues et mises en application et aussi déterminante pour dire s’il s’agit ou non d’une
innovation sociale que la nouveauté de la solution et ses objectifs.

Afin de clarifier davantage ce concept, nous analyserons dans les paragraphes qui suivent deux
conceptions de l’innovation sociale, chacune basée sur différentes approches.

6
Réseau Québécois en innovation sociale.

63
Figure 3 – Principales approches de l’innovation sociale

Modernisation Entrepreneuriat social (approche Entreprise sociale Approche


des politiques anglo-saxonne) (approche institutionnaliste
publiques européenne)
L’IS
L’IS Ecole de Ecole des L’IS
l’innovation recettes Comme co-
Comme sociale marchandes Issue d’un construction
nouvelle processus démocratique
modalité L’IS L’IS ascendant, basé sur d’acteurs
d’action pour une organisation multiples en
dépasser les Portée par un Portée par une démocratique et rupture dans un
limites de entrepreneur au activité non lucrative contexte et un
l’action service d’une économique
territoire donné
publique finalité sociale marchande au
profit d’une
finalité sociale

− Logique de marché − Economie plurielle


− Nouveauté − Nouveauté
− Finalité (besoins sociaux) − Besoins et aspirations sociales
− Processus

Source : Guyon et Besançon (2013).

1.2.1 Une conception axée sur la finalité

Ce premier modèle, principalement anglo-saxon, aborde l’innovation sociale en fonction de


deux dimensions : sa nouveauté et sa finalité sociale. Deux approches structurent cette
conception de l’innovation sociale :

− L’innovation sociale comme moyen de changement des politiques publiques et


sociales

Cette première approche concerne le changement au niveau des politiques publiques, et


particulièrement leur dimension sociale. Selon Guyon et Besançon (2013.), cette vision de
l’innovation sociale est généralement prônée par des gouvernements et administrations
nationales, et par des organisations supranationales (Commission européenne, par exemple).

64
Dans cette perspective, l’innovation sociale est abordée comme un « levier d’évolution et
d’amélioration de notre modèle social et économique » (Euro group consulting, 2011, p : 7).Les
arguments avancés dans ce sens sont nombreux : faire face à la raréfaction budgétaire, s’inspirer
des pratiques issues du secteur privé, être à l’écoute des besoins des usagers, etc., objectifs qui
s’accordent avec les travaux sur le «New Public Management7» (Guyon et Besançon, 2013.).

L’innovation dans ce dessin est mise en avant car conçue comme la capacité des acteurs privés
et ceux de la société civile à panser les maux et les imperfections de l’action publique classique,
voire de la remplacer.

− L’innovation sociale comme nouveauté introduite par un entrepreneur social

Cette approche porte sur l’entrepreneuriat social. Apparu à la fin des années 1980, le concept
d’entrepreneuriat social est d’origine anglo-saxonne (Guyon et Besançon, 2013). En ce sens
Seghers et Allemand affirment que :

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le concept n’est donc pas né dans
la tête de militants sociaux, d’opposants à l’économie de marché ou de marxistes
pur jus. C’est bien dans les cercles patronaux et les plus grandes écoles de gestion
qu’il fait son apparition » (Seghers et Allemand, 2007, p : 10).

Deux écoles de l’entrepreneuriat social peuvent être distinguées, toutes deux américaines : celle
de l’innovation sociale et celle des recettes marchandes (Dees et Anderson, 2006 ; Defourny et
Nyssens, 2010 ; Richez-Battesti et al., 2012).

Dans cette conception l’accent est porté sur l’individu et sur la finalité de son action, la
satisfaction d’un besoin ou la résolution d’un problème social, ainsi que sur la portée de ses
effets. Selon Ashoka8, un entrepreneur social est :

« Quelqu’un qui met ses qualités entrepreneuriales au service de la résolution d’un


problème social et/ou environnemental à grande échelle. Quel que soit le domaine
où il s’engage, l’entrepreneur social se donne comme critère majeur de réussite
l’ampleur de son impact sur la société ».

7
Le New Public Management, courant apparu au début des années 1980, a pour objectif une réforme globale de
l’action publique. La méthode consiste en «l’introduction d’une forme de concurrence entre les services
administratifs afin de bénéficier des bienfaits supposés de celle-ci, utilisation des mécanismes de marché comme
mode de régulation interne, délégation maximale et encouragement à la gestion participative, redéfinition du
bénéficiaire ou de l’usager comme client, conduite des administrations publiques au regard de missions
stratégiques» (Piqueux, 2010, p : 6). Il s’agit globalement d’une transposition de méthodes de gestion du secteur
privé vers le secteur public.
8
Voir à ce sujet : http://france.ashoka.org/lentrepreneuriat-social

65
L’innovation sociale recherchée serait donc le fait d’un individu, héroïque et visionnaire, avec
des qualités hors du commun (Seghers et Allemand, 2007). « La personnalisation de
l’innovation sociale qui s’exprime ainsi, traduit le choix de privilégier l’individu sur
l’organisation » (Richez-Battesti et al., 2012, p : 20). Toutefois, si les caractéristiques
individuelles de l’entrepreneur social et ses motivations sont mises en avant, le processus
(composante collective) de l’innovation demeure ambigu.

Dans ce contexte, l’entrepreneuriat social pourrait tout aussi bien émerger au sein d’une
organisation non lucrative, on parlera alors d’entreprise sociale, qu’au sein d’une entreprise
dont la finalité première n’est pas sociale, on parlera alors de social business (Muarice-
Demourioux, 2012). Dans le premier cas de figure, la composante sociale reste dominante,
tandis que dans le second, elle est subordonnée à la dimension économique. Cette frontière s’est
ensuite atténuée :

« L’école des recettes marchandes définit l’entreprise sociale comme forme


d’organisation qui permet de résoudre les problèmes de financement des NPO’s
(organisations non lucratives) en développant des activités économiques
génératrices de recettes mises au profit de la mission sociale des organisations.
Cette première conception a ensuite été élargie pour considérer aujourd’hui
comme entreprise sociale toute organisation, lucrative ou non, qui déploie une
activité économique marchande au profit d’une finalité sociale » (Richez-Battesti
et al., 2012, p : 20).

L’école des recettes marchandes, tout comme l’école de l’innovation sociale, met l’accent sur
la fonction entrepreneuriale. Selon Guyon et Besançon (2013), l’école de l’innovation sociale
insiste sur les caractéristiques de l’innovation et de l’entrepreneur qui la mise en œuvre ; l’école
des recettes marchandes s’intéresse plutôt aux moyens financiers nécessaires pour développer
l’innovation sociale, conçue comme réponse à un besoin social.

En somme, les deux approches, amélioration des politiques publiques et entrepreneuriat social,
se révèlent deux voies d’accès différentes à l’innovation sociale, mais complémentaires. En
effet, l’innovation sociale est ici conçue comme une réponse à des besoins sociaux pour lesquels
l’action publique se révèle inefficace. Cette réponse est mise en place par un entrepreneur
social, financée soit classiquement pour l’activité marchande, soit par des aides privés ou
publiques pour les initiatives dont le financement ne peut être assuré par les seules activités
(Guyon et Besançon, 2013).

Cette conception de l’innovation sociale présente toutefois quelques limites (Ibid.) :

66
− Le fait de placer plus haut le rôle de l’entrepreneur individuel se fera aux dépens d’autres
formes d’initiatives collectives, et porteuses de pratiques démocratiques ;
− La logique philanthropique, qui sous prétexte de combattre la pauvreté et l’exclusion
étoufferait certaines questions telles que la lutte contre les inégalités, et risquerait de
créer un lien de dépendance entre entrepreneurs et donateurs d’une part et bénéficiaires
d’autres part ;
− Le recours au marché suscite de nombreuses questions ; en effet cette conception sous-
tend une logique de distinction entre ce qui relève de l’économique d’une part, et ce qui
relève du social d’autre part, distinguant les organisations ayant une finalité économique
des autres ayant une finalité sociale (Guérin et Servet, 2005 ; Maurice-Demourioux,
2012) ;
− Cette référence continuelle au marché a également pour conséquence le transfert de
méthodes managériales propres au secteur privé capitaliste à l’ensemble des
organisations ; dans cette perspective, les organisations à but non lucratif seront
amenées, progressivement, à se convertir en organisations dites classiques, dont elles
respecteront les principes de gestion et de rentabilité, mais avec une composante sociale.
Cette proximité du secteur privé ferait en sorte qu’elles deviennent efficaces
économiquement au détriment de leurs composantes politiques (Laville, 2010).

1.2.2 Une conception axée sur le processus

La seconde famille d’approches porte davantage sur la nature collective du processus de


l’innovation sociale. Elle a été globalement élaborée en Europe et au Québec (Guyon et
Besançon, 2013). Dans cette perspective, deux approches peuvent être distinguées : L’approche
de l’entreprise sociale, conceptualisée par les chercheurs du réseau EMES en Europe et
l’approche institutionnaliste, mise au point entre autres par le CRISES au Québec.

− Approche de l’entreprise sociale

L’entreprise sociale présente deux séries de critères relatifs à la dimension économique de


l’initiative d’une part, et à la dimension sociale d’autre part. Les indicateurs relevant de la
dimension économique sont au nombre de quatre (Defourny, 2004) :

67
− Une activité continue de production de bien et/ou de service ;
− Une part importante d’autonomie (autonomie de gestion) ;
− Un degré significatif de prise de risque économique ;
− Une part minimum d’emploi rémunéré.

Toujours selon Defourny (2004), les indicateurs liés à la dimension sociale sont les suivants :

− Une finalité claire de service à la communauté ;


− Une initiative provenant d’un groupe de citoyens ;
− Une décision non basé uniquement sur la détention du capital ;
− Une dynamique participative, impliquant différentes parties concernées par l’activité ;
− Une restriction en termes de distribution des bénéfices.

La composante sociale renvoie donc à la façon dont l’action est mise en œuvre, comme un
processus ascendant, basé sur des pratiques démocratiques, qui répond à une finalité sociale
(Guyon et Besançon, 2013). Par ailleurs, la non lucrativité, définie comme une
redistribution limitée afin d’éviter un comportement de maximisation du profit (Defourny,
2004), demeure une dimension essentielle de la définition. Cette logique entrepreneuriale est
davantage marquée par une double dimension collective et démocratique, absente dans le
modèle anglo-saxonne, plus individualiste et philanthropique (Guyon et Besançon, 2013).

− Approche institutionnaliste

Comme le font remarquer Guyon et Besançon (2013), l’approche institutionnaliste, quant à elle,
a d’abord été mise au point par les chercheurs du CRISES9. Elle a ensuite été introduite en
France par des chercheurs de l’IFRESI10, avant d’être finalisée dans de nombreux travaux en
lien avec l’économie sociale et solidaire. Elle s’accorde avec l’approche de l’entreprise sociale
présentée précédemment, en mettant en avant la dimension collective du processus de
l’innovation sociale.

Dans cette optique, l’innovation sociale est définie comme:

« une nouvelle idée, approche ou intervention, un nouveau service, un nouveau


produit ou une nouvelle loi, un nouveau type d’organisation qui répond plus
adéquatement et plus durablement que les solutions existantes à un besoin social

9
Centre de Recherche sur les Innovations Sociale.
10
Institut Fédératif de Recherche sur les Economies et les Sociétés Industrielles.

68
bien défini, une solution qui a trouvé preneur au sein d’une institution, d’une
organisation ou d’une communauté et qui produit un bénéfice mesurable pour la
collectivité et non seulement pour certains individus. La portée d’une innovation
sociale est transformatrice et systémique. Elle constitue, dans sa créativité
inhérente, une rupture avec l’existant » (RQIS11 cité par Dancause, 2014, p : 3).

Comme l’écrivent Besancon et Chochoy (2013), cette définition met en avant, la nouveauté et
la finalité (la résolution d’un problème social) de l’innovation sociale, d’une part. D’autre part,
elle souligne la volonté de transformation sociale, l’aspiration au changement, et pouvant être
à la base de l’action mise en œuvre par les acteurs sociaux, présentant conséquemment un aspect
politique plus évident que dans les conceptions précédentes. Il convient à ce niveau de
distinguer la transformation sociale du changement social. En effet, le changement social se
produit dans la continuité, tandis que la transformation sociale désigne une mutation marquant
la discontinuité (Lévesque, 2007).

Par ailleurs, cette conception porte sur le processus collectif ascendant (bottom-up) se formant
à partir de l’inclusion des différents acteurs à la réponse au problème commun, produisant ainsi
l’environnement d’«système d’innovation localisé, au sens d’organisation de coopérations
entre acteurs sur un territoire donné» (Richez-Battesti et al., 2012).

Un autre élément sur lequel l’approche institutionnaliste et les autres approches de l’innovation
sociale semblent se distinguer est la nature novatrice de la solution. Le terme de nouveauté est
dépassé ici par celle de changement. En effet, plusieurs travaux se référant à l’approche
institutionnaliste conçoivent le changement comme une «discontinuité par rapport aux
pratiques habituellement mises en œuvre dans un milieu donné» (Cloutier, 2003, p : 8). Le
changement n’implique pas forcément la nouveauté. En effet, l’innovation sociale «tire son
caractère novateur de la rupture avec les pratiques existantes dans un contexte donné (il peut
s’agir de pratiques existant ailleurs). Il s’agit, comme chez Chambon, David et Devevey (1982),
d’une solution hors normes compte tenu du problème en question» (Cloutier, 2003, p : 8).

Par ailleurs, la notion de finalité est remplacée par celle de processus. Plutôt que d’apprécier
l’innovation sociale au regard des besoins auxquels elle répond, il s’agit de la caractériser en
fonction de la manière dont cette réponse a été définie et construite par l’ensemble des acteurs
concernés, pour la qualifier de socialement innovante (Guyon et Besançon, 2013).

11
Réseau Québécois en innovation sociale.

69
Force est de constater que la finalité de l’innovation, telle qu’elle a été conceptualisée dans la
littérature économique, est d’améliorer la compétitivité afin de faire face à la concurrence par
les prix ; d’où l’importance pour toute organisation (entreprise ou territoire) d’être innovant.
L’innovation sociale abordée dans la première conception s’inscrit dans la continuité de ces
développements, qu’elle soit vue comme le moyen d’augmenter la performance d’une
entreprise, d’améliorer l’attractivité d’un territoire, de limiter les externalités négatives ou
d’assurer la durabilité du développement économique (Ibid.).

La finalité de l’innovation qui émane de la seconde conception (notamment l’approche


institutionnaliste) se distingue de la précédente (sans y être néanmoins opposée). En effet, Elle
met l’accent sur la portée transformatrice de l’innovation sociale, c’est-à-dire sa capacité à faire
émerger d’autres formes de coordination et de coopération que les relations purement
marchandes. La transformation est à prendre ici dans le sens de ce que l’on pourrait appeler le
changement institutionnel, l’évolution des habitudes de penser (les représentations) et de faire
(les pratiques) (Veblen, 1970).

Cependant, cette transformation ou ce changement n’est pas automatique. Elle repose sur
l’aptitude des acteurs à prendre part au processus du développement qui les concerne, laquelle
est souvent conditionnée par leur dotation en certaines capacités pour lesquelles on utilise
couramment le terme de «capacité d’absorption des connaissances». Ce concept fera l’objet de
la section suivante.

2. Rôle de la capacité d’absorption des connaissances


De nos jours, il est totalement établi que la connaissance joue un rôle central dans la création
de valeur pour les organisations (Shih-Wei, 2005 ; Ziam, 2010). Cette composante bien qu’il
soit latente, est perçue comme capitale pour les organisations qui veulent innover et s’assurer
un avantage concurrentiel durable (Zahra et George, 2002 ; Adams et Lamont, 2003 ; Chen, Lin
et al., 2009).

Cet avantage se réalise, entre autres, par l’amélioration des aptitudes des individus et/ou des
organisations à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances externes susceptibles de
générer des innovations prometteuses (Cohen et Levinthal, 1990 ; Daghfous, 2004). Ces
aptitudes sont qualifiées dans les travaux précurseurs de Cohen et Levinthal (1989 ; 1990) par
le concept de la capacité d’absorption des connaissances (CAC). Plusieurs travaux, depuis, ont
mis en évidence la pertinence de ce concept pour analyser plusieurs phénomènes tels que

70
l’innovation (Fosfuri et Tribo, 2006 ; Mei et Nei, 2007), le transfert interorganisationnel (Gupta
et Govindarajan, 2000), l’apprentissage organisationnel (Graeme, Massy et al., 2003).

Dans une perspective d’innovation sociale, le développement des capacités d’absorption des
acteurs locaux devient un préalable incontournable dans l’apparition de l’innovation. La suite
de cette section sera organisée de la façon suivante : Tout d’abord, les définitions du concept
de la CAC et ses dimensions seront abordés. Ensuite, l’évolution du concept de la CAC sera
présentée, tant sur le plan théorique qu’empirique.

2.1 Capacité d’absorption et ses dimensions

Selon Cohen et Levinthal le concept de la CAC réfère à «l’habilité d’une organisation à


reconnaitre la valeur d’une nouvelle information à l’assimiler et à l’appliquer dans des buts
commerciaux» (Cohen et Levinthal, 1990, p : 129). D’autres définitions existent. Nous en
citerons deux qui ont mis en avant d’autres caractéristiques de ce concept.

La première, celle développée par Kim (1998), porte sur les habilités qui permettent de résoudre
un problème donné : «La capacité d’absorption requiert une capacité d’apprentissage et le
développement des habilités(ou compétences)pour la résolution de problèmes». La deuxième
définition, celle de Zahra et George, souligne la caractéristique multidimensionnelle de la CAC
et met en avant sa dimension dynamique : «La capacité d’absorption réfère à l’ensemble des
routines organisationnelles et des processus par lesquels les organisations acquièrent,
assimilent, transforment et exploitent les connaissances pour produire une capacité
organisationnelle dynamique» (Zahra et George, 2002).

Force est de constater que cette dernière définition fait l’objet de controverses à cause de son
omission de la première dimension de la capacité d’absorption, e.g. reconnaitre la valeur des
connaissances, telle qu’explicité dans le modèle originel de Cohen et Levinthal (1990). Afin de
cerner la nature multidimensionnelle du concept de la capacité d’absorption, nous présenterons,
dans les paragraphes suivants, toutes les dimensions du concept, telles que suggérées par la
littérature.

− Identifier ou reconnaitre la valeur de la connaissance

Selon Cohen et Levinthal (1990), les sources externes des connaissances sont primordiales pour
le processus d’innovation. En effet, la capacité d’absorption est conditionnée par la capacité des

71
individus et/ou des organisations à reconnaitre la valeur d’une information extérieure (Cohen
et Levinthal, 1990 ; Van Den Bosch, Volberda et al., 1999 ; Tsai, 2001 ; Todorova et Durisin,
2007).

Toujours selon Cohen et Levinthal (1990), cette première composante de la CAC est fortement
associée aux connaissances antérieures. Sans ces connaissances antérieures, les individus et/ou
les organisations ne pourraient pas reconnaitre et mesurer la valeur de l’information pertinente,
et conséquemment, absorber celle qui serait porteuse de valeur pour l’organisation (Ziam,
2010).

− Acquérir la connaissance

Pour Zahra et George (2002), l’acquisition est conçue comme la capacité de l’organisation à
identifier et à acquérir toute connaissance extérieure qui est nécessaire à ses opérations.
L’acquisition est conditionnée par plusieurs variables : les investissements antérieurs, les
connaissances antérieures, l’intensité, la vitesse et la direction des connaissances choisies
(Zahra et George, 2002 ; Daghfous, 2004). A ce titre Ziam affirme que :

«la vitesse et l’intensité de l’effort engagé pour l’acquisition des connaissances


améliorent la qualité des connaissances par le renouvellement constant
d’informations potentiellement pertinentes pour l’organisation. Par ailleurs ; la
direction choisie pour l’acquisition des connaissances peut également influencer le
modèle des connaissances acquises et la réussite de leur exploitation éventuelle par
l’organisation» (Ziam, 2010, p : 22).

Dit autrement, plus nos connaissances antérieures s’écartent des connaissances que l’on cherche
à acquérir, plus est difficile d’utiliser ces connaissances de façon optimale.

− Assimiler la connaissance

L’assimilation, quant à elle, «réfère aux routines et processus organisationnels qui permettent
d’analyser, d’interpréter et de comprendre les connaissances provenant d’une source externe»
(Zahra et George, 2002). Le manque d’assimilation des connaissances est de plus en plus
considéré comme un obstacle à l’innovation (Tsai, 2001 ; Caloghirou, Kastelli et al., 2004), et
à l’apprentissage interorganisationnel (Gupta et Govindarajan, 2000 ; Lane, Salk et al., 2001).

− Transformer la connaissance

Toujours selon Zahra et George, la transformation est définie comme la compétence d’une
organisation à développer et à élaborer les routines qui favorisent la conjugaison la combinaison

72
des connaissances existantes et les connaissances nouvellement acquises et assimilées (Zahra
et George, 2002). Les deux dimensions de la transformation sont l’internalisation et la
conversion des connaissances (Ibid.).

− Exploiter la connaissance

L’exploitation met l’accent sur la capacité de l’organisation à appliquer les nouvelles


connaissances extérieures pour l’atteinte de ses objectifs organisationnels (Lane et Lubatkin,
1998 ; Daghfous, 2004). Pour Zahra et George (2002) « l’exploitation en tant que capacité
organisationnelle est basée sur les routines qui permettent aux firmes de raffiner, d’étendre et
de développer les compétences existantes ou d’en créer des nouvelles en incorporant les
connaissances acquises et transformées dans ses opérations» (Zahra et George, 2002). Enfin,
pour Van den Bosch et al. (1999), l’exploitation se réfère à l’habilité de l’organisation à intégrer
les nouvelles connaissances et à les exploiter de façon opérationnelle.

Par ailleurs, Zahra et George (2002) présentent une configuration de la CAC selon deux
dimensions : la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée. La
première dimension, la capacité d’absorption potentielle, concerne la capacité de l’organisation
à acquérir et à assimiler les connaissances extérieures (Ziam, 2010). La deuxième, la capacité
d’absorption réalisée, réfère à la capacité de l’organisation à transformer et à exploiter les
connaissances (Ibid.).

La figure 4 ci-dessous, schématise les principales dimensions de la CAC :

Figure 4 – Dimensions de la capacité d’absorption des connaissances

73
Acquérir
Capacité d'absorption
potentielle
Assimiler

Capacité d'absorption

Transformer
Capacité d'absorption
réalisée
Exploiter

Source : Réalisée par l’auteur à partir des travaux de Cohen et Levinthal (1990) et de Zahra et George (2002).

2.2 Evolution du concept de la capacité d’absorption

Cette sous-section est consacrée aux travaux qui ont contribué à la construction et à la
consolidation des fondements théoriques et empiriques du concept de la CAC.

− Modèle de Cohen et Levinthal (1990)

Selon Ziam (2010), Cohen et Levinthal sont les premiers auteurs à avoir conceptualisé la
capacité d’absorption et l’avoir appliquée à l’échelle de l’organisation. En effet, dans leurs
premiers travaux sur la question, Cohen et Levinthal (1990) ont mis en avant plusieurs
dimensions du concept. Premièrement, le lien entre les sources externes de connaissance et
l’innovation : «The ability to exploit external knowledge is thus a critical component of
innovative capabilities» (Cohen et Levinthal, 1990).

Ensuite, ils mettent en avant le rôle des individus, et particulièrement, l’influence de leurs
connaissances antérieures sur leur capacité d’absorption. Enfin, Cohen et Levinthal (1990)
soulignent la nature cumulative de la capacité d’absorption. Selon eux, cette dimension
cumulative explique pourquoi les organisations qui ont un degré important de capacité
d’absorption profitent mieux des opportunités technologiques qui se présentent à elles.

La figure suivante schématise le modèle conceptuel de Cohen et Levinthal12 :

Figure 5 – Modèle de Cohen et Levinthal (1990)

ACAP
Par régime d’appropriabilité, il faut entende l’effort d’acquisition engagé par l’organisation pour saisir les
12

opportunités technologiques.

74
Sources Innovation
externe
Connaissances Reconnaitre Assimiler Appliquer Performance
antérieures la valeur

Régime
d’appropriabilité

Source : Ziam, 2010.

− Modèle de Zahra et George (2002)

Comme nous l’avons souligné précédemment, Zahra et George (2002) conceptualisent la


capacité d’absorption sous la forme d’un modèle dynamique. Dans ce modèle, la CAC y divisée
en deux dimensions : la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée.

La première dimension, la capacité d’absorption potentielle, concerne la capacité de


l’organisation à acquérir et à assimiler les connaissances extérieures (Ziam, 2010). La
deuxième, la capacité d’absorption réalisée, réfère à la capacité de l’organisation à transformer
et à exploiter les connaissances (Ibid.). Pour Zahra et George (2002), cette structuration en deux
dimensions simplifie l’analyse du processus de la CAC en permettant aux chercheurs
d’examiner ses différents intrants et ses résultats. Les auteurs justifient également cette
différenciation entre les deux dimensions, capacité d’absorption potentielle et capacité
d’absorption réalisée, par son importance d’un point de vue économique, du moment qu’elle
permet de calculer le ratio d’efficience, c’est-à-dire le ratio capacité d’absorption potentielle /
capacité d’absorption réalisée.

Par ailleurs, le modèle de Zahra et George (2002) présente, globalement, deux extensions par
rapport au modèle originel de Cohen et Levinthal (1990). Tout d’abord, l’influence des
activateurs sur la capacité d’absorption. Ces activateurs sont, selon les auteurs, des facteurs qui
vont favoriser ou freiner l’organisation à répondre à des stimulus spécifiques, qu’ils soient
internes ou externes. Ces activateurs vont augmenter les efforts de l’organisation dans sa
recherche d'informations susceptibles de lui apporter une plus-value (Ziam, 2010). Ensuite,
l’introduction des mécanismes sociaux d’intégration comme une variable médiatisant la
relation entre la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée et ayant
de ce fait une influence positive sur le ratio d’efficience.

75
Figure 6 – Modèle de Zahra et George (2002)

Avantage
• Source de ACAP
compétitif
connaissance PACAP RACAP
• Complémentarité
Acquisition Transformation • Innovation
Assimilation Exploitation • Performance
• Expérience • Flexibilité

Activateur Mécanisme Régime


de l’ACAP d’intégratio d’appropriabilité
n

Source : Ziam, 2010.

− Modèle de Todorova et Durisin (2007)

Les travaux de Todorova et Durisin (2007) remettent en question la reconfiguration de la CAC


telle que présentée dans le modèle de Zahra et George (2002). En effet, ce dernier présente
plusieurs critiques. La première concerne la non intégration de l’identification ou de la
reconnaissance de la valeur de la connaissance comme première dimension de la CAC.

Ensuite, Todorova et Durisin (2007), souligne que l’ajout de la dimension de la transformation


comme étape distincte a amené une certaine confusion dans le processus de la CAC. Selon ces
derniers, la transformation constitue une alternative à l’assimilation, les organisations
transforment la connaissance lorsqu’elles ne parviennent pas à l’assimiler : « We propose that
firms transform their knowledge structures when knowledge cannot be aasimilated.
Transformation represents an alternative process to assimilation » (Todorova et Durisin,
2007).

Un autre élément objet de la critique des auteurs à l’égard du modèle de Zahra et George (2002)
concerne l’effet des mécanismes d’intégration sur la capacité d’absorption. En effet, le modèle
de Zahra et George présente les mécanismes d’intégration comme une variable susceptible de
diminuer l’écart entre la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée et
améliorer ainsi l’efficience de l’utilisation des connaissances.

Cependant, selon Todorova et Durisin (2007), la différenciation entre les deux dimensions,
capacité d’absorption potentielle et capacité d’absorption réalisée, ne permet pas d’apprécier

76
l’efficience du moment que les individus peuvent réaliser l’acquisition d’une connaissance sans
forcément parvenir à l’exploiter. En outre, les mécanismes d’intégration affecteraient
l’ensemble du processus d’absorption et pas seulement le pont entre la capacité d’absorption
potentielle et la capacité d’absorption réalisée.

Enfin, dernière critique adressée par les auteurs aux modèles précédents (Cohen et Levinthal,
Zahra et George) concerne la négligence de la dimension de « pouvoir ». Le pouvoir influence
en effet le processus d’absorption et, notamment, l’identification et l’exploitation des
connaissances (Ziam, 2010).

Figure 7 – Modèle de Todorova et Durisin (2007)

Régime
d’appropriabilité

Avantage
Source de Assimiler compétitif
connaissances
Modifier Acquérir Exploiter
• Innovation
Connaissances Transformer • Performance
antérieures • Flexibilité

ACAP

Relation de pouvoir Mécanisme Relation de


Activateur de l’ACAP d’intégration pouvoir

Source : Ziam, 2010.

Le tableau suivant synthétise les principaux travaux théoriques sur le concept de la CAC :

Tableau 2 – Synthèse des principaux modèles théoriques de la capacité d’absorption des


connaissances (CAC)

77
Cohen et Levinthal Zahra et George Todorova et Durisin
CAC/Modèle
1990 2002 2007
− Sources de
− Sources de
− Sources externes connaissances
Antécédents de la connaissances
− Connaissances − Complémentarité
CAC − Connaissances
antérieures − Expérience
antérieures

− Identification
− Identification − Acquisition (reconnaitre la
(reconnaitre la − Assimilation valeur)
Dimensions valeur) − Transformation − Assimilation
− Assimilation − Exploitation − Transformation
− Application − Exploitation

Avantage compétitif : Avantage compétitif :


Innovation Innovation
Innovation
Résultats de la CAC Performance Performance
Performance
Flexibilité Flexibilité

Source : Réalisé par l’auteur.

Sur le plan empirique, plusieurs travaux ont fait appel au concept de la CAC pour expliquer
plusieurs phénomènes : l’innovation et la performance des firmes (Cohen et Levinthal, 1990 ;
Lane, Salk et al., 2001 ; Tsai, 2001) ; le transfert interorganisationnel (Gupta et Govindarajan,
2000 ; Lenox et King, 2004) ; le transfert intraorganisationnel (Szulanski, 1996 ; Szulanski,
2000) ; l’apprentissage organisationnel (Linsu, 1998 ).

Or, l’analyse des composantes de la CAC, par Ziam (2010), permet de constater que plusieurs
travaux empiriques n’ont pas traité systématiquement la capacité d’absorption à partir de ses
dimensions traditionnelles (c’est-à-dire, reconnaitre la valeur, acquérir, assimiler, transformer
et exploiter).

− Identifier ou reconnaitre la valeur de la connaissance

Cette première dimension de la CAC a en de nombreux cas été corrélée à la performance de


l’organisation et à ses activités innovatrices (Zahra, George et al., 2001 ; Garcia-Morales, Ruiz-
Moreno et al., 2007), à l’apprentissage organisationnel (Garcia-Morales, Ruiz-Moreno et al.,
2007) et au transfert de meilleures pratiques (Szulanski, 1996 ; Szulanski, 2000).

En analysant l’effet de la CAC sur la performance des firmes spécialisées en biotechnologie,


George et al. (2001) affirment que l’habilité à reconnaitre la valeur des connaissances
pertinentes a un effet significatif sur les résultats de l’organisation appréciée en fonction du
nombre de produits développés et du nombre de ventes nettes.

78
Dans le même ordre d’idées, les travaux de Szulanski (1996, 2000) affirment que les difficultés
que rencontrent les individus à reconnaitre la valeur d’une connaissance (e.g. les bonnes
pratiques) constituent un frein à son transfert. Pour cet auteur, la CAC des individus reflète leur
capacité à reconnaitre la valeur des connaissances ainsi que leur capacité à les appliquer.

− Acquérir la connaissance

Plusieurs travaux conçoivent l’acquisition des connaissances externes comme la première étape
du processus à travers lequel une organisation va innover (Caloghirou, Kastelli et al., 2004 ;
Tsai, 2006) ou encore va être plus à même de réagir à son environnement (Liao, Welsch et al.,
2003).

Pour apprécier l’influence de la CAC sur la performance des activités innovantes, Caloghirou
et al. (2004) se réfèrent à deux dimensions : les connaissances antérieures appréciées à partir
du niveau d’éducation des répondants, et l’effort d’acquisition des connaissances externes
mesuré par les investissements en RD et la formation du personnel. Les résultats montrent que
ces deux variables ont un effet significatif sur l’innovation.

− Assimiler la connaissance

Si l’on croit Ziam (2010) seule l’étude de Lane et al. (2001), avait utilisé l’assimilation en tant
que dimension explicative. Les résultats de ce travail montrent que la capacité de l’organisation
à assimiler les connaissances dans le cadre des échanges entre une entreprise mère et sa filiale
repose, d’une part sur des éléments structurels tels que la flexibilité et l’adaptabilité, et, d’autre
part, sur le soutien de l’entreprise mère.

− Transformer la connaissance

Comme nous l’avons indiqué plus haut, la transformation de la connaissance est définie comme
«la capacité d’une organisation à développer et à raffiner les routines qui facilitent la
combinaison des connaissances existantes et les connaissances nouvellement acquises et
assimilées» (Zahra et George, 2002). Pour apprécier la CAC des firmes technologiques, Lin et
al. (2002), utilisent trois dimensions : la capacité d’adaptation des technologies, la capacité de
production et la capacité d’application des technologies.

− Exploiter la connaissance

Selon Ziam (2010), l’exploitation des connaissances concerne l’utilisation et à l’application des
connaissances dans les activités courantes. Comparativement aux autres dimensions de la

79
capacité d’absorption, l’exploitation a été largement documentée (Lin, Tan et al., 2002 ; Shih-
Wei, 2005 ; Tsai, 2006). Pour analyser l’innovation dans les services d’Internet, Tsai (2006)
mis en place un modèle appréciant la CAC selon quatre dimensions : l’acquisition, le transfert,
le renouvellement et l’application des connaissances. Ses résultats affirment que l’exploitation
des connaissances appréciée par l’application a une influence significative sur la performance
des organisations à l’innovation.

Le tableau suivant synthétise les principaux travaux empiriques sur la CAC :

Tableau 3 – Synthèse des principaux travaux empiriques sur la capacité d’absorption des
connaissances

Dimension Sous-dimension Mesure Références

− Connaissances
Identifier ou reconnaitre antérieures George et al. (2001) ;
− Dépenses RD
la valeur − Investissements Szulanski (2000)
antérieurs

− Connaissances − Niveau universitaire


antérieures − Effort d’acquisition Caloghirou et al.
Acquérir − Investissements − Investissement en (2004) ; Tsai (2001) ;
antérieurs RD Lia (2006)
− Formation

− Eléments structurels − Flexibilité


Assimiler Lane et al. (2001)
− Adaptabilité

− Adapter
Transformer ND Lin (2002)
− Produire
Lin (2002) ; Tsai
(2006) ; George et al.
Exploiter − Appliquer − Nombre de brevets
(2001) ; Szulanski
(2000)
Source : Ziam, 2010.

A la lumière des observations précédentes et en fonction de l’objectif de ce chapitre, nous


rappelons les deux dimensions clés de l’innovation sociale (Cameron et al., 2007) :

− La satisfaction des besoins humains non encore satisfaits par l’Etat ou le marché. Il
s’agit principalement des besoins de base (dimension contenu ou finalité de
l’innovation sociale) (Bodin et Hamdouch, 2005) ;
− Les changements dans les rapports sociaux, notamment en ce qui concerne les
mécanismes de gouvernance, qui devraient permettre la satisfaction des besoins de base,

80
nais aussi l’amélioration de l’implication des plus démunis dans le processus de prise
de décision (dimension processus de l’innovation sociale).

Au terme de cette revue, deux dimensions de l’innovation sociale ont été retenues:

Figure 8 – Dimensions de l’innovation sociale

Capacité d'absorption Finalité / contenu

Innovation
sociale

Nous retenons donc plusieurs éléments de ce panorama :

− L’innovation sociale est un processus duquel émerge une nouvelle approche, pratique,
ou intervention, ou encore, un nouveau produit /service mis au point pour améliorer une
situation ou résoudre un problème social ;
− Ce processus est conditionné par certaines pratiques, dont la mise en œuvre dépend du
niveau de la capacité d’absorption des acteurs ; la diffusion de ces pratiques pourrait
être porteuse de changement en termes de développement territorial durable.

C’est cette dernière affirmation que nous développerons dans la section suivante.

3. Innovation sociale et développement territorial durable


Notre objectif ici est d’analyser la relation entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable. Après avoir mis en évidence cette relation, nous formulons nos hypothèses
de recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable. De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel sera retenu.

81
3.1 Des modèles territoriaux d’innovation à l’innovation sociale

Comme nous l’avons souligné précédemment, depuis les travaux précurseurs de Schumpeter
(1935), l’analyse territoriale a mis en évidence le rôle de l’innovation dans les dynamiques
territoriales. Les modèles territoriaux d’innovation (Milieu innovateur, District industriel,
Systèmes régionaux d’innovation, etc.), explorés par plusieurs auteurs (notamment Moulaert et
Sekia, 2003), confirment ce constat.

Selon Moulaert et Nussbaumer (2014), la majorité des modèles territoriaux d’innovation (MTI)
mettent en avant la relation entre les instituions et l’amélioration de la compétitivité des régions
et des localités. Cependant, aucune de ces conceptions ne fait référence aux composantes non
économiques de la dynamique territoriale qui n’est pas totalement axée sur la logique du
marché. En effet, les promoteurs des MTI défendent l’idée strictement économique selon
laquelle l’amélioration de la qualité de vie des populations coïncide avec la prospérité générée
par une croissance économique plus élevée. Dans ces approches simplifiées, il n’y a pas de
distinction entre le développement et la croissance.

En ce sens, les MTI constituent un prolongement des approches traditionnelles du


développement (cf. chapitre 1) : l’innovation et l’acquisition des connaissances améliorent la
performance de l’économie du marché et contribuent par ricochet à la réalisation des autres
objectifs du développement.

L’importance des MTI comparativement à d’autres approches de développement (territorial)


économique (e.g. les modèles néoclassiques de la croissance régionale) ne fait pas de doute
parce qu’ils intègrent le rôle des institutions comme facteurs-clés du développement
économique. Ainsi,

«ils remplissent la boîte noire du modèle néoclassique de l’entreprise, modèle ne


tenant aucunement compte de la dynamique institutionnelle des acteurs innovants,
mais considérant seulement leurs intérêts selon la rationalité économique standard.
Les MTI sont donc plus séduisants que les modèles néoclassiques de la croissance
régionale, car ils tiennent compte de la dynamique institutionnelle (la culture, les
organismes pour l’acquisition de connaissances, les réseaux) dans l’amélioration
de la compétitivité de l’économie de marché locale» (Moulaert et Nussbaumer,
2014, p : 86).

82
Les positions de ces modèles par rapport à l’innovation13 peuvent être synthétisées dans le
tableau suivant :

Le modèle de la région apprenante n’a pas été inclus dans le tableau, car plusieurs auteurs considèrent ce modèle
13

comme une synthèse des caractéristiques des autres modèles territoriaux d’innovation.

83
Tableau 4 – Conceptions de l’innovation dans les modèles territoriaux d’innovation

Caractéristiques de Système régionaux d’innovation


Milieu innovateur (MI) District industriel (DI) Nouveaux espaces industriels
l’innovation (SRI)
L’innovation comme processus Résultat de la R&D et de sa mise
Capacité d’une entreprise à innover par Capacité des acteurs à mettre en
Essentiel de la dynamique interactif, cumulatif et spécifique en œuvre ; application de
ses relations avec d’autres acteurs du œuvre l’innovation dans un
innovante de recherche et développement nouvelles méthodes de production
même milieu. système de valeurs communes.
(dépendance de sentier). (juste à temps, etc.).
Comme pour les SNI14, les
Les institutions sont des «acteurs définitions varient selon les Régulation sociale pour la
Rôle très important des institutions dans
capacitant» le capital social et auteurs. Cependant, ils s’accordent coordination des transactions entre
Rôle des institutions les processus de recherches (universités,
favorisant l’innovation et le à dire que les institutions régulent les entreprises et la dynamique de
entreprises, agences publiques, etc.).
développement. le comportement au sein et à l’activité entrepreneuriale.
l’extérieur des organisations.
Vision territoriale basée sur la
Vision territoriale basée sur des milieux Vision de la région comme Interaction de la régulation sociale
solidarité spatiale et la flexibilité
Développement régional innovateurs et sur la capacité des acteurs système d’apprentissage interactif avec des systèmes de production
de districts. Cette flexibilité est un
d’innover dans une ambiance coopérative. et institutionnel. agglomérés.
élément de l’innovation.
Partage de valeurs parmi les
Culture de confiance et de liens La source des connaissances se Culture de travail en réseau et
Culture acteurs du DI – confiance et
réciproques. trouve dans l’interaction. interaction sociale.
réciprocité.
Le réseau est un mode de
Rôle de l’espace de soutien : les relations régulation sociale et une source de Le réseau est un mode
Types de relations entre
stratégiques entre les firmes, leurs discipline. Il promeut la d’organisation de «l’apprentissage Transactions inter firmes.
acteurs
associés, fournisseurs et clients. coexistence de coopération en interactif».
même temps que la concurrence.
Les relations avec
l’environnement imposent
Capacité des acteurs d’adapter leur
quelques contraintes et de Equilibre entre les relations
comportement aux changements dans leur Dynamique de formation
Types de relations avec nouvelles idées. Elles doivent spécifiques au système et les
environnement. Des relations très denses : communautaire et reproduction
l’environnement pouvoir réagir aux changements contraintes de l’environnement.
troisième dimension de l’espace de sociale.
dans l’environnement. Des Des relations denses.
soutien du milieu.
relations efficaces. Vision spatiale
limitée de l’environnement.

14
Systèmes nationaux d’innovation.

84
Source : Moulaert et Nussbaumer (2014).

85
Dans le même ordre d’idées, Klein (2014) propose une typologie de ces initiatives innovantes
dans le domaine du développement local selon au moins quatre approches : productive,
technologique, politique et solidaire.

L’approche productive concerne la mise en place de systèmes productifs à l’échelle locale.


Plusieurs expressions ont été employées pour désigner ces configurations productives, parmi
celles-ci, la plus connue est celle de «système productif local». Inspirée de la notion de
«district», utilisée pour la première fois par Beccatini (1992), l’expression de système productif
local fait référence à la dynamique économique de ce que, dans les années 1980, on a appelé la
«troisième Italie».

L’idée centrale portée par cette approche consiste en la nécessité de regrouper


géographiquement plusieurs entreprises et acteurs d’une même branche afin de produire des
effets de synergies bénéfiques au niveau local. La thèse défendue par ces travaux est que la
proximité géographique conduit les acteurs à valoriser l’identité territoriale et, par conséquence,
à mettre en place des formes de gouvernance locale afin «d’organiser la convergence des
acteurs concernés par la production, des entreprises produisant ainsi les conditions pour
l’établissement de clusters productifs, qu’il s’agisse des syndicats ou d’autres acteurs
intermédiaires» (Klein, 2014, p : 118).

Cette approche défend l’hypothèse qu’il existe un lien entre proximité spatiale, innovation et
dynamisme local. Toutefois, ce lien n’est pas automatique, pour innover, la proximité spatiale
doit être conjuguée avec d’autres formes de proximité de type relationnel (Grossetti, 2003 ;
Laville et Nyssens, 2005). En outre, plusieurs travaux soulignent que les systèmes productifs
locaux ne peuvent être analysés séparément des autres composantes de la société locale et sans
tenir compte de leur flux avec les réseaux qui tissent l’économie nationale voire internationale
(May, 1986 ; Markusen, 1996).

L’approche technologique s’intéresse, quant à elle, aux configurations sociales susceptibles de


favoriser l’innovation technologique au sein des entreprises locales. Cette conception se scinde
en deux approches : celle des systèmes régionaux d’innovation et celle des milieux innovateurs.

Inspirée par la notion de système national d’innovation, l’approche des systèmes régionaux
d’innovation se positionne davantage sur la nature collaborative des processus de l’innovation.
Cette collaboration crée de la connaissance et favorise l’apprentissage et la valorisation des

86
ressources locales (Holbrook et Wolfe, 2002). En ce sens, «plus la gouvernance est flexible,
plus les systèmes régionaux pourraient être innovateurs et performants» (Klein, 2014, p : 119).

Davantage conçue comme une alternative aux conceptions traditionnelles du développement


régional, l’expression de milieux innovateurs, théorisée par Aydalot (1985), porte sur
l’environnement (milieu) favorisant la relation entre l’innovation technologique, l’entreprise et
le territoire. Cela permet d’analyser les dispositifs de développement et de diffusion de
l’innovation.

Malgré le fait que l’approche de système régional d’innovation met l’accent davantage sur la
gouvernance et celle de milieux innovateurs porte sur les liens entre les acteurs (économiques)
locaux, ces deux conceptions mettent l’entreprise et l’innovation technologique au centre de
leur préoccupation. Or, plusieurs travaux ont affirmé que l’innovation technologique,
nécessaire certes, n’est pas une solution suffisante pour hisser la qualité et les conditions de vie
des populations (Hiernaux-Nicolas, 1999).

La troisième approche, politique, met l’accent sur la question du pouvoir. Plus précisément, le
rôle du pouvoir, à l’échelle locale, dans l’aptitude des acteurs locaux à trouver de nouvelles
solutions dans le cadre de la globalisation (Stone, 1989). Selon Logan et Molotch (1987), cette
conception émane d’une vision de l’économie politique construite en étudiant les milieux
urbains nord-américains. L’objectif des travaux qui s’en rattachent est d’analyser les
reconfigurations urbaines en réponse à la crise économique des grandes villes industrielles.

La notion centrale de cette conception est celle de «coalition», vue comme l’ensemble des
réseaux formels et informels mises en place entre les acteurs publics et privés d’un territoire
donné (Stone, 1989). La coalition est, donc, un construit d’acteurs susceptibles de mobiliser des
ressources internes et externes. Ainsi, «les orientations et l’efficacité des restructurations mises
en place dans les sociétés locales dépendent du type et de la durée de la coalition entre les
acteurs socioéconomiques qui les réalisent» (Klein, 2014, p : 120).

Pertinente parce qu’elle pose la question du pouvoir, cette approche présente toutefois quelques
limites. D’abord, le fait de ne pas prendre en compte les dimensions nationales et internationales
du pouvoir politique (Deitrick, 1999). Ensuite, l’approche promeut une vision corporatiste et
élitiste du développement local (Ibid.), ce qui a fait que plusieurs travaux ont souligné le besoin
de coalitions plus inclusives.

87
L’approche solidaire, quant à elle, elle constitue la trame des travaux qui posent l’échelle locale
comme un cadre générateur de liens sociaux et d’actions collectives (Denieuil, 1997). Selon
cette conception, «le sentiment d’appartenance territoriale crée des espaces communautaires,
adaptés à la société moderne, diversifiés et insérés de diverses façon dans la société globale.
Les mouvements sociaux se reterritorialisent, déployant des actions à partir de problématiques
locales» (Klein, 2014, p : 120).

En effet, la référence au local, assure une convergence minimale des intérêts et amène de ce fait
les acteurs locaux à mettre en œuvre des actions collectives. Au fond, cette conception s’inscrit
dans un dessin plus global, celui de la réconciliation entre l’économie et la société (Lévesque,
2008) et reçoit, conséquemment, plusieurs appellations selon les pays (économie sociale,
économie solidaire, économie communautaire, économie populaire, etc.).

Dans une perspective d’innovation sociale, ces approches sectorielles sont insuffisantes. Elles
doivent être conjuguées. C’est ce que tente de véhiculer l’approche du développement territorial
durable, que nous avons présenté dans le chapitre 1. Cette approche prône, en effet, la mise en
relation des actions économiques, sociales et environnementales ainsi que des formes de
gouvernance territoriale, alternatives aux démarches descendantes classiques, s’inscrivant dans
le cadre de l’implication progressive des acteurs locaux (privés, publics, associatifs) dans les
dynamiques de développement qui les concernent.

La mise en évidence du territoire comme scène du développement s’insère dans un changement


global, un changement de paradigme certes, mais aussi d’une manière plus concrète,

«un changement dans la vision des objectifs de développement avec comme finalité
la configuration de nouveaux espaces d’autonomie ou peuvent s’affirmer des
solidarités locales, des formes actives d’identité qui donnent aux citoyens,
organisés localement, un plus grand pouvoir de participation dans la prise de
décisions» (Fontan et al., 2003).

Plusieurs formules et approches sont généralement exprimées, mais une constante se dégage
clairement : le rôle que l’on attribue à l’acteur local dans les actions de développement
(Arocena, 2001 ; Gumuchian, et al., 2003 ; Drewe et al., 2008). C’est l’acteur local qui définit
les projets et qui précise d’une façon ascendante le type d’aide dont il a besoin de la part de
l’acteur public. L’Etat est considéré non plus comme l’unique acteur du développement, mais
comme un partenaire. Le traitement centralisé du développement est remplacé par la
coopération et le partenariat ou convergent les intérêts de l’Etat et ceux des acteurs locaux.

88
On retrouve ici le raisonnement qui sous-tend l’approche du développement local. Impulsée,
dès les années 1980, sous la lumière de plusieurs travaux qui remettaient en cause l’action de
l’Etat en matière de développement (Stohr et Taylor, 1981) et d’autres qui démontraient
l’existence de configurations territoriales dans lesquelles des modalités locales de régulation et
d’innovation jouaient un rôle déterminant (Aydalot, 1985 ; Benko et Lipietz, 2000). Le point
commun à tous les expériences observées était la collaboration qui substituait aux relations de
conflit et de confrontation. Se mettait ainsi en évidence une nouvelle vision du territoire.

Le territoire parait, ainsi, comme la solution incontournable puisque c’est à ce niveau que doit
s’engager l’action publique. Dit autrement, le local est devenu l’échelle adéquate d’intervention
territoriale des acteurs (Public, privé et associatif) dans une perspective d’innovation. La mise
en œuvre et l’application de ce raisonnement constituent également des défis de taille. Comment
faire émerger un environnement qui permettrait aux acteurs locaux, en particulier dans les
milieux démunis, de générer des initiatives innovantes et d’amorcer ainsi un processus qui
renforce leurs capacités à mobiliser des ressources et à devenir plus dynamique ?

D’une manière contraire, les MTI ne prennent pas en considération la multidimensionnalité du


développement (l’environnement naturel par exemple). Malgré leur intégration de la
dynamique institutionnelle, ils demeurent attachés à une conception fondée sur le marché et le
progrès technique. En effet, cette littérature est marquée par deux limites principales (Hillier et
al., 2004) :

− Une vision technologiste du développement, qui bien que modulée de manière


progressive, ne rend pas compte des autres composantes de l’innovation ;
− Une place importante est accordée « aux comportements et mécanismes marchands et
concurrentiels, ainsi qu’à l’objectif de compétitivité, et donc une négligence d’autres
processus sociaux essentiels pour le développement et faisant intervenir de nombreuses
formes d’innovation » (Hillier et al., 2004, p : 138).

L’objectif est clair. En mobilisant le concept d’innovation sociale, l’analyse locale et régionale
et à fortiori territoriale pourrait s’enrichir en intégrant des dimensions sociales, culturelles,
institutionnelles et environnementales. Il s’agit donc non seulement d’une critique de la
conception économico-technologiste du développement, mais plutôt d’une intention de
présenter un modèle conceptuel permettant d’élargir l’approche du développement territorial.

89
Du point de vue du développement, l’innovation sociale acquiert un double sens. Premièrement,
elle met l’accent sur la satisfaction des besoins humains de base. C’est la conception mis en
avant par les adeptes de l’économie sociale et solidaire (Laville, 2010). Les besoins humains
fondamentaux sont beaucoup plus larges que les besoins en emplois et en revenus, et ils ne sont
pas totalement reconnus par les stratégies de croissance basées sur l’économie du marché.

Par ailleurs, la réponse aux besoins humains par les mécanismes du marché est fortement
corrélée à la distribution de la richesse et des revenus. «Plus l’économie de marché sera
égalitaire, mieux fonctionnera le mécanisme du marché comme mécanisme d’allocation des
ressources pour la satisfaction des besoins fondamentaux» (Moulaert et Nussbaumer, 2014, p :
88).

A l’opposé, lorsqu’il y aura un déséquilibre dans la distribution de la richesse et des revenus, le


marché ne s’occupera plus des besoins des populations démunies, qui seront contraintes, de se
diriger vers des formules d’échange local basées sur la réciprocité ou de devenir totalement
dépendantes de la redistribution par l’Etat. Dit autrement, la diversité des mécanismes
d’allocation des ressources est nécessaire à la fois pour l’identification des besoins humains et
pour le partage juste de la richesse dans une société.

La perspective de l’innovation sociale appliquée au développement territorial (durable) permet


de soutenir que, pour donner une réponse durable à leurs problèmes vécus, les acteurs locaux
se doivent d’essayer de nouvelles solutions. La CAC des acteurs locaux devient alors un capital
essentiel. La capacité d’expérimenter face aux problèmes de développement, voire à changer la
façon de poser ces problèmes, devient primordiale. La principale influence de l’innovation
sociale sur le développement territorial durable réside dans sa capacité à mettre en collaboration
des acteurs locaux et à mettre en place des arrangements sociaux qui favorisent la
restructuration de la cohésion sociale.

En outre, l’influence de l’innovation sociale, même lorsqu’elle est le résultat de l’inventivité


des acteurs locaux, n’est pas que locale.

«Les innovations sociales ont un effet sur l’environnement institutionnel qui


structure la société à tous les niveaux (productif, technologique, politique et social)
et à toutes les échelles (locales, régionales, nationales, supranationale). Il s’agit de
transformations progressives, jalonnées par des innovations radicales et
incrémentielles, dont les sources se trouvent dans les relations entre les
organisations de la société civile et le cadre institutionnel d’une part, et entre les

90
expérimentations locales et les réseaux globaux d’autre part» (Klein, 2014, p :
134).

Il est donc primordial que les initiatives innovantes locales soient mises en réseaux de façon à
inspirer de nouvelles coalitions interterritoriales. De nouvelles configurations territoriales
doivent permettre à la société de se reconstruire collectivement et de se donner un nouveau
modèle de développement qui soit aussi bien territorial que durable.

3.2 Cadre conceptuel et hypothèses de la recherche

Dans cette sous-section sera présenté le cadre conceptuel ainsi que les hypothèses retenues dans
cette recherche. Celles-ci découlent des différentes perspectives théoriques sur le concept
d’innovation sociale et ses associations avec les dimensions du DTD. En effet, notre revue du
traitement du lien entre l’innovation sociale et le DTD dans la littérature a mis en évidence une
relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial durable par la
médiation de quatre variables, à savoir le territoire, la gouvernance, le capital social et la
durabilité.

La figure ci-dessous, illustre les variables retenues dans notre cadre conceptuel.

91
Figure 9 – Cadre conceptuel avec médiations

M1

Territoire
Développement
territorial
Innovation
Capacité M2 durable
sociale
d’absorption
X Gouvernance Y

M3

Capital social

Finalité
M4

Durabilité

92
Comme nous l’avons souligné plus haut, notre modèle conceptuel mis en relation médiatisée
l’innovation sociale et le développement territorial durable. Par conséquent, nous posons les
hypothèses suivantes :

− Relations entre innovation sociale, territoire et développement territorial durable

Nous traiterons tout d’abord de la relation existante entre innovation sociale et territoire. Nous
faisons notre la question soulevée par Fontan (2008) : quel rôle joue l’innovation sociale dans
la construction des territoires ?

Comme nous l’avons explicité précédemment (cf. chapitre 1), le territoire apparait comme un
espace à la fois « donné » et « construit ». Cette double caractéristique fait en sorte que l’état
territorial est en continuelle mutation. « Le développement mis en scène dans un territoire tend
à la fois à modifier la façon dont les populations tissent leur rapport au territoire, tout en étant
influencé par la nature même des composantes présentes sur ce dernier » (Fontan, 2008). De
nos jours, le paradoxe de cette double caractéristique représente la clé du développement local.

Rappelons que la notion d’innovation sociale se définit par :

«Son caractère novateur ou hors norme et par l’objectif général qu’elle poursuit,
soit celui de favoriser le mieux-être des individus et des collectivités. Elle se
caractérise tout autant par un processus de mise en œuvre impliquant une
coopération entre une diversité d’acteurs que par les résultats obtenus, immatériels
ou tangibles» (Cloutier, 2003, p : 4).

Dans une perspective de développement, «l’innovation sociale correspond aux changements


au niveau tant institutionnel que des comportements collectifs et individuels contribuant à
l’intégration sociale» (Hillier et al., 2004) et à un développement territorial intégré (Integrated
Area Development) au sens de Moulaert et al. (2002). Ces dynamiques de coordination de
l’action locale pourraient être considérées comme un facteur de développement des territoires,
contribuant à structurer localement des réseaux d’acteurs porteurs de projets.

Situer l’innovation sociale à l’échelle locale revient à mettre en avant le caractère particulier et
transformateur de l’acte d’innover. «La contagion fait vague en se diffusant d’une personne à
une autre, d’un groupe de personnes à un autre, d’une organisation à une autre. Chaque unité
d’émergence représente alors un lieu réfléchi, voulu ou subi d’incubation de la transformation»
(Fontan, 2008). Le local devient ainsi la pierre angulaire de la création de la nouveauté et sa
diffusion.

93
En effet, le processus d’innovation sociale prend toujours place sur une échelle locale. Il le fait,
selon Fontan, au sein de «laboratoires sociaux structurés à partir d’actions collectives, de
systèmes organisationnels et de systèmes institutionnels» (Fontan, 2008):

− Le premier laboratoire, écrit Fontan, regroupe les actions individuelles et collectives à


partir desquelles émergent soit l’invention, soit le processus d’innovation ;
− Le deuxième laboratoire permet l’appropriation des actions individuelles et collectives
mises en œuvre dans le premier laboratoire pour les structurer au sein d’organisations.
Ce laboratoire de deuxième niveau est celui de l’action organisée : organisation au sens
restreint (une entreprise ou un organisme sans but lucratif) ou au sens large (une
communauté organisée, un secteur économique, une famille ou une classe sociale) ;
− Le troisième laboratoire réunit et agrège les actions organisationnelles. C’est «l’action
innovante instituée», celle de la généralisation de l’innovation à un ensemble large
d’utilisateurs.

Dès lors, à partir d’une action collective (locale) pourrait naitre une action organisée, laquelle
pourrait éventuellement se traduire par une « action d’institutionnalisation » d’un projet de
développement du territoire. Ainsi, le processus d’innovation sociale influence la structuration
du développement d’un territoire donné. Par conséquent, nous posons les hypothèses suivantes :

Hypothèse 1 : Il y a une relation positive directe entre l’innovation sociale et le développement


territorial durable.

Hypothèse 2 : Il existe une relation positive indirecte entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable et ceci à travers l’utilisation des territoires15.

− Relations entre innovation sociale, gouvernance et développement territorial


durable

Comme nous l’avons souligné dans le premier chapitre, la gouvernance est intimement liée à la
problématique du territoire. Le territoire en tant que construit d’acteur, se constitue autour d’un
minimum de convergence et d’arbitrage entre les intérêts des différents acteurs concernés, or la
gouvernance repose elle aussi sur la base de compromis entre ces intérêts divergents (Rochman,
2008 ; Richez-Battesti, 2008, 2011).

15
Le territoire en tant que construit d’acteurs.

94
De plus, comme l’écrit Gonçalves Cunha (2000), les politiques publiques à caractère territorial
ne pourraient être conçues et mises en œuvre sans la participation des acteurs publics et privés.
Cette participation doit intégrer le maximum possible de segments (économiques, sociaux,
politiques et culturels), constitutifs des construits territoriaux, ce qui pose la question de la
nature de la gouvernance de ces construits (territoires) et des projets qui y sont développés.
« Les modèles et projets de développement territorial dépend d’une ingénierie politique
promouvant une gouvernance ou un pacte impliquant la plus grande diversité d’acteurs
possibles» (Gonçalves Cunha, 2000).

Dans cette perspective, la notion de gouvernance territoriale se différencie de celle prônée par
les économistes institutionnalistes (cf. chapitre 1) par le fait qu’elle transcende la seule échelle
de l’entreprise et se focalise sur les liens entre les différents acteurs qui participent à la
production dans un territoire donné. A ce sujet, Leloup et ses co-auteurs affirment que :

«Les prémices de réflexions sur la gouvernance territoriale peuvent être restituées


dans l’historique de la recherche de nouveaux modes d’organisation et de gestion
territoriale, alternatifs aux démarches territoriales descendantes classiques. Elles
correspondent à la fois à la mise en exergue des mouvements de développement
local et aux nouvelles structurations politico administratives dans les Etats
modernes» (Leloup et al., 2005, p : 322).

Toujours selon Leloup et al. (2005), la question de gouvernance territoriale tend vers les travaux
sur le développement local et concerne l’implication progressive des acteurs locaux (privés,
publics, associatifs) dans les dynamiques de développement qui les concernent. Dans ce dessin,
la gouvernance fait référence à la fois au mode d’interactions entre les différents acteurs locaux
(privés, publics, associatifs) et à la façon dont ces différents acteurs s’organisent pour faire
fonctionner leur coalition.

La gouvernance territoriale prend donc forme dans des coalitions d’acteurs divers (publics,
privés, associatifs…) travaillant en synergie pour la réalisation d’objectifs communs (dont la
résolution des problèmes et la mobilisation des ressources). La gouvernance se situe donc au
niveau de l’action. En effet, la gouvernance est conçue comme «l’art de monter des projets qui
produisent un équilibre dynamique contenant les différents milieux en cohabitation sur un
espace donné» (Granier, 1999).

De son côté, Bernardy souligne que la gouvernance, dans une perspective de développement
territorial durable, possède deux fonctions essentielles : la reproduction et le pilotage. Plus
précisément :

95
«Le système de gouvernance doit donc assurer à la fois une veille des opportunités,
permettant de conserver la diversité de la capacité d’initiative du territoire et une
intégration de ces opportunités et de ces initiatives à un objectif commun de
reproduction (durabilité) d’une part et de pilotage (compétitivité) d’autre part, du
territoire» (Bernardy, 2001).

Toujours selon Bernardy (2001), la reproduction est liée à la notion de durabilité (réduite à sa
dimension temporelle), elle concerne l’établissement d’un ordre, basé sur la coopération
d’acteurs dont les intérêts sont différents voire divergents, à l’échelle d’un territoire. Le
pilotage, quant à lui, est lié à la notion de compétitivité qui suppose une capacité d’initiative et
d’innovation. L’innovation étant elle-même souvent liée à la figure du projet auquel elle
«s’adapte bien mieux qu’aux politiques publiques» (Bourdin, 2004).

Ainsi, le projet (entendu ici comme innovation sociale) est conditionné par la construction et la
durée de la coalition qui le sous-tend, laquelle est conditionnée à son tour par le projet. Cela
suppose «une représentation fortement partagée du mouvement et de l’avenir. Elle s’exprime
nécessairement dans un récit, qui est d’ailleurs une reconstruction permanente» (Bourdin,
2004).

Par ailleurs, l’innovation sociale est conçue comme l’interaction entre deux
dynamiques (Cameron et al., 2007) : d’une part, celle de la résolution des problèmes sociaux
et, d’autre part, celle de l’innovation dans les rapports sociaux (la gouvernance par exemple)
indispensable au succès de la première dynamique (Moulaert et Sekia, 2003 ; Hillier et al.,
2004 ; Moulaert et Nussbaumer, 2005).

En nous basant sur les travaux de ces différents auteurs, nous formulons l’hypothèse suivante :

Hypothèse 3 : La gouvernance médiatise la relation entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable.

− Relations entre innovation sociale, capital social et développement territorial


durable

Le capital social est défini comme «l’ensemble des ressources actuelles et potentielles qui sont
liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées
d’interconnaissance ou d’inter-reconnaissance» (Bourdieu, 1980). Pour l’auteur, le capital

96
social possède deux caractéristiques : d’une part, les relations sociales permettant aux acteurs
d’avoir accès aux ressources dont ils ont besoin ; d’autre part, la portée et la qualité de ces
ressources. De son côté, Colmen (1998) met l’accent sur la nature intangible du capital social.
Alors que le capital économique est caractérisé par un chiffre sur un compte bancaire et le
capital humain par des habilités intellectuelles, le capital social est associé à la structure de leurs
relations.

Nahapiet et Ghoshal (1998) proposent une reconfiguration du capital social en trois critères :
structurel, relationnel et cognitif. La dimension structurelle réfère aux structures de connexion
entre acteurs. Elle désigne, selon Persais (2013), les relations directes et indirectes entre les
différents acteurs qui composent un réseau donné. La position d’un acteur au sein du réseau est
primordiale puisqu’elle lui donne un accès privilégié à l’information.

La dimension relationnelle réfère à l’intensité des liens entre acteurs (Granovetter, 1985).
Comme le soulignent Carolis et Saparito (2006), les relations solides sont liées à une grande
confiance entre les acteurs ; elles permettent les flux d’informations précises et le transfert de
connaissances tacites. En effet, la confiance joue un rôle central puisqu’elle conditionne la
durabilité des liens en réduisant le risque d’opportunisme des acteurs (Persais, 2013).

La dimension cognitive, quant à elle, porte sur «les représentations, les interprétations et les
systèmes de croyances partagées» (Nahapiet et Ghoshal, 1998) qui permettent aux membres du
réseau de donner du sens à l’information (Augoustinos et Walker, 1995). Cette dernière
composante permettrait de partager une même vision au sein du réseau, non seulement comme
référent pour les acteurs, mais aussi un cadre d’interprétation de ce qui s’y fait (Coleman, 1998).

La mise en avant du lien entre capital social et innovation n’est pas récente. Dans leurs travaux
consacrés aux réseaux intra-firmes, Tsai et Ghoshal (1998) démontrent comment le capital
social affecte la combinaison et l’échange de ressources entre les acteurs qui, à leur tour,
influencent la création de valeur par l’intermédiaire du développement de nouveaux produits.
Plus récemment, Molina-Morales et al. (2010) analysent la relation entre les réseaux sociaux et
les innovations des membres de ces réseaux. Leurs résultats concluent à l’existence d’une
relation positive entre (1) l’affiliation à un district, l’implication dans des institutions locales,
le capital social et (2) l’innovation.

S’agissant de l’innovation sociale, le concept dans une logique de développement territorial


réfère à l’idée de processus collectif. Pour Howaldt et Schwarz :

97
«la dimension processuelle des innovations sociales concerne la construction
sociale de nouvelles réalités, la création et la structuration d’institutions, autant
que le changement comportemental et la capacité des acteurs à se mettre en ordre
de marche dans un collectif spécifique pour avoir les compétences cognitives,
relationnelles et organisationnelles requises» (Howaldt et Schwarz, 2010).

Dans cette perspective, l’innovation sociale ne peut être valorisée lorsqu’elle émane d’un acteur
agissant seul. L’invention n’est transformée en innovation sociale que si la nouveauté est
socialement acceptée (Howaldt et Schwarz, 2010). L’inscription collective permet sa diffusion
et, conséquemment, son institutionnalisation (Persais, 2013). Tant vis-à-vis des populations
cibles que des acteurs permettant leur diffusion, les innovations sociales participent d’une
démarche collective (Ibid.). L’appui d’un réseau en matière d’innovation sociale s’avère donc
central puisqu’il est un des supports du processus d’institutionnalisation (Howaldt et Schwarz,
2010).

Les travaux concernant le rôle de l’innovation sociale dans la construction ou le développement


des réseaux reste, en revanche, marginal. Pourtant, ce qui fait la pierre angulaire d’«un
dynamisme local durable est la capacité des acteurs de le reproduire en y ajoutant chaque fois
de nouveaux objectifs en générant de nouveaux projets, en profitant de l’apprentissage que
laisse chaque répétition et en codifiant l’expérience de façon à construire une densité
institutionnelle» (Klein, 2008). L’innovation sociale serait donc de nature à favoriser
l’accumulation du capital social et affecterait de ce fait le développement territorial durable,
d’où l’hypothèse suivante :

Hypothèse 4 : Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable.

− Relations entre innovation sociale, durabilité et développement territorial durable

De nos jours, il est totalement admis qu’il existe une relation positive entre innovation
technologique et développement durable, conçue principalement d’un point de vue
environnemental (Faucheux et Nicolaï, 1998 ; Valenduc, Warrant, 2001). Or, ce lien est
affaiblit par la position ambivalente de la technologie, présentée à la fois comme source du
problème (innovations polluantes) et comme solution (technologie réparatrice, dépolluante).

98
En effet, si les travaux sur l’innovation technologique mettent en évidence une évolution vers
des technologies plus respectueuses de l’environnement, il faut s’interroger sur leur influence
totale sur l’environnement (Galiegue, 2012). «Améliorer l’efficacité du système productif dans
l’utilisation de ses ressources n’aboutit pas toujours à réduire leur demande : c’est l’effet
rebond16» (Ibid.). D’autres travaux démontrent l’éventualité d’un découplage,
croissance/pression sur l’environnement, qui n’est possible qu’à :

«la condition de s’inscrire dans un ensemble de mutations organisationnelles et


sociales qui transformeront la logique du système économique. […] Ce n’est pas la
voiture électrique qui rendra la mobilité durable, mais une conception plus
raisonnée de la vie urbaine orientée vers la réduction et l’optimisation des
déplacements» (Perret, 2010).

Dans cette perspective, l’approche co-évolutive (cf. chapitre 1) semble mieux adaptée à la mise
en œuvre d’un développement territorial (le territoire étant un construit social) et durable. Elle
prône une approche plus large du développement dans la mesure où l’objectif est de chercher
de nouvelles façons de faire qui concilient la préservation de l’environnement et la satisfaction
des besoins humains de base.

Face à ces défis, l’innovation sociale est mise en évidence comme solution prometteuse à
explorer et à confirmer (Richez-Battesti et al., 2012). En effet, l’innovation sociale réside dans
la capacité des acteurs locaux à mettre en place de nouvelles formes d’organisations pour
s’adapter à l’évolution de leur environnement. Nous émettons donc l’hypothèse suivante :

Hypothèse 5 : La durabilité intervient comme variable médiatrice dans la relation entre


l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Par ailleurs, pour rendre compte des effets médiateurs, nous avons formulé plusieurs sous-
hypothèses relatives à chaque médiation. Le tableau suivant résume l’ensemble des hypothèses
retenues dans le cadre de notre recherche :

Tableau 5 – Récapitulatif des hypothèses retenues dans le cadre de cette recherche

Hypothèse

L’effet rebond peut concerner tous les produits et activités dès lors que l’augmentation de leur efficience entraine
16

celle de leur utilisation. Voir à ce sujet : X. Galiegue, « Le regard de l’économiste : portée et limite de l’innovation
environnementale », Vie & sciences de l’entreprise, 2012/2 N° 191-192, p. 47.

99
Il y a une relation positive directe entre l’innovation sociale et le développement territorial
H1
durable

H2 Il existe une relation positive indirecte entre l’innovation sociale et le développement


territorial durable et ceci à travers l’utilisation des territoires

h2-1 L’innovation sociale est positivement associée au territoire.

h2-2 Le territoire est positivement associé au développement territorial durable.

H3 La gouvernance intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation


sociale et le développement territorial durable.

h3-1 L’innovation sociale est positivement associée à la gouvernance.


h3-2 La gouvernance est positivement associée au développement territorial durable.
H4 Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable.

h4-1 L’innovation sociale est positivement associée au capital social.


h4-2 Le capital social est positivement associé au développement territorial durable.

H5 La durabilité intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation


sociale et le développement territorial durable.

h5-1 L’innovation sociale est positivement associée à la durabilité.

h5-2 La durabilité est positivement associée au développement territorial durable.

La figure ci-dessous, illustre les variables et les hypothèses retenues dans notre cadre
conceptuel.

100
Figure 10 – Cadre conceptuel de l’effet de l’innovation sociale sur le développement territorial durable

M1

h2-1 Territoire
h2-2 Développement
Innovation H2 territorial
M2
Capacité sociale durable
d’absorption h3-1 h3-2
H3
X Gouvernance Y

H4
h4-1 h4-2
M3
H5
h5-2
Capital social
Finalité h5-1

M4

Durabilité
H1

101
Dans les pages précédentes, nous avons présenté une revue détaillée sur le concept d’innovation
sociale et ses liens avec notre variable dépendante, le développement territorial durable. Ce
faisant, nous avons, dans un premier temps, dégagé les principales avenues théoriques sur ce
concept et ses dimensions ; ensuite, nous avons mis en évidence son influence sur les
composantes du développement territorial durable.

De l’ensemble de ces éléments, un cadre conceptuel a été retenu au terme de cette revue. Ce
cadre, s’inscrivant dans les plus récents développements théoriques, comporte deux construits
latents. L’innovation sociale forme le premier construit et représente la variable indépendante
(explicative). Elle comporte deux dimensions visant à mesurer respectivement le processus
(capacité d’absorption) et la résolution du problème social (finalité). Le développement
territorial durable forme le deuxième groupe de variables et représente la variable dépendante
(expliquée). Elle comporte quatre composantes (territoire, gouvernance, capital social et
durabilité) médiatisant l’effet de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.

L’ensemble de ces éléments, ont abouti également à la formulation de cinq hypothèses relatives
à l’influence de l’innovation sociale sur les composantes du développement territorial durable.
Pour la vérification de ces hypothèses, une approche méthodologique a été privilégiée, et ce
conformément aux objectifs de notre recherche.

Dans le chapitre suivant, il sera notamment question de présenter les données relatives à notre
échantillon ainsi que l’approche méthodologique qui a été choisie pour vérifier nos hypothèses
de recherche.

102
Conclusion de la première partie

Le premier chapitre nous a permis de présenter le champ sous-jacent à la recherche : le


développement territorial durable. Cette exploration des différentes théories du développement
nous révèle deux avenues majeures qui se sont formées quant à l’économie du développement:

La première relève de la remise en cause du rôle du marché et de l’Etat dans l’allocation


optimale des ressources. La nouvelle économie institutionnelle est le fer de lance de cette
avenue de recherche en montrant qu’il existe plusieurs modes de coordination, et pas un seul,
qui donnent corps aux transactions économiques. C’est pour cela que toute la littérature s’est
structurée autour de la nécessité du renforcement institutionnel dans le développement
économique et social.

La deuxième avenue concerne les nouvelles propositions pour introduire les préoccupations
environnementales et territoriales dans l’analyse économique. Ce qu’essaye d’intégrer la
perspective du développement territorial durable. Cette exploration théorique nous a donc
permis de définir le développement territorial durable comme une hybridation et une
reconstruction du développement durable et du développement territorial.

Le deuxième chapitre situe notre problématique dans le cadre de la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Après avoir présenté une revue détaillée sur le
concept d’innovation sociale et ses différentes approches, nous avons mis en évidence
l’existence d’une relation médiatisée entre l’innovation sociale et le développement territorial
durable. L’ensemble de ces éléments, ont abouti à la formulation de plusieurs hypothèses
relatives à l’effet médiatisé de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Un
cadre conceptuel a été retenu au terme de cette revue.

La partie suivante s’articule en deux temps. Le premier chapitre sera consacré à l’approche
méthodologique qui a été choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Le deuxième
concerne le test des hypothèses, la présentation et la discussion des résultats de la recherche.

103
PARTIE 2
VERIFICATION EMPIRIQUE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION
SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE

Introduction de la deuxième partie

104
La deuxième partie de cette thèse est consacrée à l’approche méthodologique qui a été choisie
pour vérifier nos hypothèses ainsi que la présentation et la discussion des résultats de la
recherche.

Le premier chapitre est d’ordre méthodologique. Après avoir présenté les diverses
caractéristiques administratives, démographiques et socio-économiques de notre région
d’étude, nous mettons en évidence les principaux défis de développement qui lui sont posés.
Ensuite, nous exposerons les données relatives à notre échantillon et l’approche
méthodologique que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Enfin, nous
aborderons les mesures opérationnelles de notre variable dépendante, le développement
territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles
de l’ensemble des variables médiatrices.

Le deuxième chapitre concerne le test du modèle, la présentation et la discussion des résultats


de la recherche. Il s’articule en trois temps. Dans la première section, les analyses descriptives
des variables seront présentées. Il y sera notamment question de présenter le portrait des acteurs
interrogés ainsi que les analyses descriptives associées au potentiel et aux réalisations
d’innovation sociale. La deuxième section de ce chapitre sera consacrée, quant à elle, à la
présentation des résultats des tests du modèle de recherche. La troisième et dernière section
concerne la discussion des résultats ainsi que les impacts de ces résultats sur les hypothèses de
recherche.

CHAPITRE 1

105
CADRE OPERATOIRE DE L’INFLUENCE DE L’INNOVATION SOCIALE
SUR LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE

Dans les chapitres précédents, nous avons présenté une revue détaillée sur les concepts de
développement territorial durable et de l’innovation sociale ainsi que les dimensions qui leur
sont associées. Ce faisant, nous avons dégagé les principales avenues théoriques sur ces
concepts ainsi que leurs définitions conceptuelles. Cette revue nous a également permis de
mettre en évidence l’influence de l’innovation sociale sur les composantes du développement
territorial durable. Ces développements ont abouti à la formulation de plusieurs hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel a été retenu. Pour la vérification de ce
modèle conceptuel, une approche méthodologique a été privilégiée, et ce conformément aux
objectifs de notre recherche.

Nous proposons ici d’opérer en trois temps, nous présenterons tout d’abord les caractéristiques
(administratives, démographiques et socio-économiques) ainsi que les défis de développement
relatifs à notre région d’étude (section 1). Ensuite, nous exposerons les données relatives à notre
échantillon et l’approche méthodologique que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses
de recherche (section 2). Enfin, nous aborderons les mesures opérationnelles de notre variable
dépendante, le développement territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi
que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été
associées (section 3).

1. Région de Rabat-Salé-Kénitra : Caractéristiques et enjeux de


développement
Trois parties composent cette première section. Après avoir présenté les diverses
caractéristiques administratives, démographiques (sous-section 1) et socio-économiques (sous-
section 2) de notre région d’étude, nous mettons en évidence les principaux défis de
développement qui lui sont posés.

1.1 Localisation et caractéristiques de notre région d’étude


106
Administrativement, le Maroc est découpé, depuis la constitution de 2011, en 12 régions17,
chacune est divisée en préfectures (milieu urbain) et provinces (milieu rural), elles-mêmes
divisées en communes qui sont les unités administratives de base. On compte aujourd’hui
environ 1590 collectivités territoriales au Maroc (12 régions, 13 préfectures, 62 provinces et
1503 communes)18.

Notre région d’étude est l’une des douze régions du Royaume du Maroc, créées par le nouveau
découpage territorial de 2015. Produit de la fusion des deux anciennes régions Rabat-Salé-
Zemmour-Zaer et Gharb-Cherarda-Béni-Hssein, elle se situe dans le Nord-Ouest du Royaume,
limitée au Nord par la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, à l’Est par la région de Fès-
Mèknes, au Sud par la région de Beni Mellal-Khénifra et la région de Casablanca-Settat et à
l’Ouest par l’océan atlantique (cf. carte 1).

17
Voir à ce sujet le Décret n° 2.15.10 du 20 février 2015, fixant le nombre des Régions, leurs noms, leurs chefs-
lieux et les préfectures et provinces les composant, publié au Bulletin Officiel n° 6340 du 05 mars 2015, disponible
sur : http://www.pncl.gov.ma/fr/News/Alaune/Pages/Nouveau-d%C3%A9coupage-r%C3%A9gional-du-
Royaume-.aspx
18
cf. URL : http://www.pncl.gov.ma/fr/LesCollectivit%C3%A9sterritoriales/Pages/default.aspx

107
Carte 1 – Régions du Maroc

Source : CCR, 2010.

La région couvre une superficie de 17.570 km2, soit 2,5 % de la superficie totale du pays,
répartie en trois préfectures (Rabat, Salé et Skhirate-Témara) et quatre provinces (Kénitra,
Khémisset, Sidi Kacem et Sidi Slimane). Avec 114 communes dont 23 urbaines et 91 rurales,
elle détient 7,6 % de l’ensemble des communes à l’échelle nationale (DGCL19, 2015). Le Chef-
lieu de la région est la préfecture de Rabat.

19
Direction Générale des Collectivités Locales.

108
Carte 2 – Provinces et préfectures de la région de Rabat-Salé-Kénitra

Source : DGCL, 2015.

Sur le plan démographique, la région de Rabat-Salé-Kénitra compte 4 580 866 habitants, soit
13,5 % de la population totale du pays (HCP, 2014). Elle se situe au deuxième rang à l’échelle
nationale après la région de Casablanca-Settat. La population de la région est passée de 4,023
millions d’habitants en 2004 à 4,580 millions d’habitants en 2014, soit un taux d’augmentation
annuelle moyenne de 1,31 %, légèrement au-dessus de celui enregistré au niveau national, qui
est de 1,25 % (Ibid.). La région se situe au 6eme rang des régions marocaines en termes de
croissance démographique. Cependant, ce taux moyen régional cache d’importantes inégalités
entre les villes de la région.

109
Graphe 1 – Répartition de la population selon les provinces et préfectures (2014)

Khémisset
12%
Rabat
Sidi Kacem 13%
11%
Salé
Sidi Slimane 21%
7%

Kénitra
Skhirate- 23%
Témara
13%

Source : HCP, 2014

La distribution de la population par ville (préfecture ou province) traduit l’importance de la


ville de Kénitra qui héberge 23 % de la population suivie de la préfecture de Salé (21 %).

Carte 3 – Taux d’accroissement de la population entre 2004 et 2014

Source : HCP, 2014.

110
La croissance démographique de la population urbaine de la région de Rabat-Salé-Kénitra est
expliquée, en plus de la fécondité naturelle, par l’extension urbaine des grandes villes, par la
création de nouveaux espaces urbains et aussi par la migration des populations rurales vers les
villes. La ville de Skhirate-Témara a enregistré le taux de croissance le plus élevé : 3,9 %, suivie
de la ville de Kénitra avec 1,96 %, de la ville de Salé (1,78 %) et de la ville de Sidi-Kacem
(0,89 %) alors que la ville de Khémisset enregistre le faible taux de 0,38 %. La ville de Rabat,
quant à elle, affiche un taux négatif (-0,83 %).

Carte 4 – Densité communale de la population

Source : HCP, 2014.

La distribution de la population selon le milieu de résidence montre la nature urbaine de la


région. En effet, selon le (RGPH, 2014), la région enregistre 3 198 712 de citadins, soit un taux
d’urbanisation de 69,8 %. Ce dernier était de 65,6 % en 2004, soit un gain de 4 points en 10
ans, alors que la moyenne nationale a gagné 5 points sur la même période (Ibid.). Cette
population urbaine représente 16 % de la population urbaine au Maroc. Les villes de Sidi-
Slimane et de Sidi-Kacem affichent les taux d’urbanisation les plus faibles avec respectivement
32 % et 41 %.Les trois villes de la région : Rabat, Salé et Skhirate-Témara, enregistrent les taux

111
d’urbanisation les plus importants avec respectivement 100 %, 93 % et 90 %. L’axe Rabat-
Salé-Skhirate-Témara concentre à lui seul près de 63 % de la population urbaine de la région.

1.2 Indicateurs socioéconomiques

En 2015, le produit intérieur brut (PIB) de la région de Rabat-Salé-Kénitra s’élevait à 158,3


milliards de DH, en augmentation de 4 % par rapport à 2014. Avec ce PIB, la région contribue
pour 16 % à la richesse du pays. Le PIB par habitant s’élève à 34 271 DH en 2015 au niveau de
la région contre 28 953 DH à l’échelle nationale.

Tableau 6 – Produit intérieur brut par région

PIB (en millions de


Structure (%) PIB par tête
Région DH)
2014 2015 2014 2015 2014 2015

1 Tanger-Tétouan-Al Hoceima 90858 99368 9,8 10,1 25613 27669

2 Oriental 45705 47201 4,9 4,8 19791 20248

3 Fès-Mèknes 87707 89196 9,5 9 20737 20944

4 Rabat-Salé-Kénitra 152086 158313 16,4 16 33280 34271

5 Béni Mellal-Khénifra 54060 57601 5,8 5,8 21481 22742

6 Casablanca-Settat 288873 317925 31,2 32,2 42219 45847

7 Marrakech-Safi 84000 87937 9,1 8,9 18622 19306

8 Drâa-Tafilalet 24675 25452 2,7 2,6 15116 15494

9 Souss-Massa 61364 64647 6,6 6,5 22987 23901

10 Guelmim-Oued Noun 12132 13101 1,3 1,3 28008 30102

11 Laâyoune-Saguia al Hamra 13371 14939 1,4 1,5 36469 40154

12 Dakhla-Oued ed Dahab 9164 10943 1 1,1 64546 74254

Enceintes extraterritoriales 1381 1398 0,1 0,1 - -

Total 925376 988021 100 100 27403 28953


Source : HCP, Comptes régionaux 2015.

La structure productive de notre région d’étude se caractérise par l’importance des activités
tertiaires (services marchands et non marchands) (cf. graphe 2) ; elles représentent, à elles
seules, 60 % de la valeur ajoutée brute de la région. Les activités secondaires (industrie, mines,
distribution d’’électricité-eau et bâtiment et travaux publics) et primaires (agriculture et pêche)
contribuent respectivement pour 14 % et 15 % au PIB de la région en 2015.

112
Graphe 2 – Structure du PIB de la région par secteur d’activité (2015)

I-S/Pt Primaire
11% 14%

Secondaire
15%

Tertiaire
60%

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données du HCP (2015).

En dépit de sa performance économique (deuxième performance au niveau national), la


croissance de la région de Rabat-Salé-Kénitra reste insuffisante pour, d’une part absorber la
quantité importante des chômeurs, particulièrement les jeunes et, d’autre part, entrainer le
développement humain et diminuer fortement la pauvreté et les inégalités.

Si l’on se réfère au tableau 7, on s’aperçoit que le taux de chômage dans la région est passé de
10 % à 10,8 % entre 2015 et 2016. Par milieu de résidence, ce taux est passé de 13,8 % à 14,2
% en milieu urbain et de 3,5 % à 4,9 % en milieu rural. L’état du marché du travail se caractérise
par la baisse du taux d’activité. Ce dernier a reculé de 46,4 % à 45,1 % entre 2015 et 2016 et a
baissé de 41 % à 40,1 en milieu urbain et de 59,8 % à 57,5 % en milieu rural. L’emploi des
jeunes en général et des jeunes diplômés en particulier reste pour les autorités régionales l’une
des problématiques majeures à traiter.

113
Tableau 7 – Evolution des taux d’activité et de chômage selon les régions et le milieu de résidence (2015-2016)

2015 2016

Région Taux d’activité (en %) Taux de chômage (en %) Taux d’activité (en %) Taux de chômage (en %)

Total Urbain Rural Total Urbain Rural Total Urbain Rural Total Urbain Rural

Tanger–Tétouan–Al
46,0 42,5 50,8 10,7 16,3 4,4 45,2 41,4 50,8 9,6 14,2 4,1
Hoceima

L’oriental 45,7 41,8 53,0 15,0 18,3 10,0 45,6 42,4 52,0 15,7 19,1 10,8
Fès–Mèknes 45,8 38,8 56,7 8,6 13,3 3,6 44,9 37,9 55,5 7,6 12,2 2,8

Rabat –Salé–Kénitra 46,4 41,0 59,8 10,0 13,8 3,5 45,1 40,1 57,5 10,8 14,2 4,9

Béni Mellal–Khénifra 44,9 36,2 54,0 6,6 12,8 2,2 43,0 34,3 52,7 7,1 12,4 3,2

Casablanca–Settat 49,9 43,3 68,3 10,0 13,6 3,7 49,0 42,7 66,4 9,3 12,3 3,9
Marrakech–Safi 52,0 44,5 59,0 7,4 14,3 2,5 50,5 42,2 58,7 7,4 14,3 2,6
Daraa–Tafilalet 43,6 33,2 49,1 7,2 16,3 3,9 43,1 34,9 47,4 6,9 16,7 3,3
Souss–Massa 47,3 42,8 52,2 10,1 14,9 5,7 46,6 41,5 52,1 9,0 13,9 4,7
Régions du Sud 42,3 40,1 48,3 16,5 19,5 9,5 41,5 39,5 47,4 15,9 17,9 11,2

Source : Réalisé par l’auteur à partir des données du HCP (2016).

114
Les dernières données disponibles de l’enquête de l’emploi du HCP (2013) montrent que la
population active de la région est à majorité rurale, avec un maximum atteint au niveau de la
province de Kénitra (68,6 %) suivie de la province de Khémisset qui enregistre un taux
d’activité de 61,5 %. Les taux de chômage les plus importants concernent les villes de Salé
(12,6 %) et Rabat (11,4 %).

Tableau 8 – Taux de chômage et taux d’activité selon les provinces (ou préfecture)20

Taux de chromage (en %) Taux d’activité (en %)


Année 2012
Total Urbain Rural Total Urbain Rural
Kénitra 10,6 17,0 5,6 56,5 46,1 68,6
Sidi Kacem & Sidi Slimane 10,1 16,1 7,6 55,0 44,1 61,0
Khémisset 7,3 14,1 3,8 51,1 38,5 61,5
Rabat 11,4 11,4 - 44,1 44,1 -
Salé 12,6 13,3 3,3 42,9 42,1 56,9
Skhirate-Témara 5,9 4,9 9,1 47,3 46,4 50,5
Source : HCP, 2013.

En 2014, le classement des régions selon le taux de la pauvreté globale indique que presque la
moitié des régions enregistrent un taux de pauvreté dépassant la moyenne nationale (11,71 %).
La région la plus pauvre est Draa-Tafilalet (20,7 %), suivie de Béni Mellal-Khénifra (19,1 %),
Marrakech-Safi (14,3 %), Fès-Mèknes (13,4 %), L’oriental (13,1). Inversement, les régions les
moins touchées par la pauvreté, sont caractérisées par des taux en deçà de la moyenne nationale,
sont Laayoune-Sakia-Al Hamra (3,2 %), Dakhla-Oued Eddahab (4,2 %), Casablanca-Settat (6,2
%), Rabat-Salé-Kénitra (9,1 %), Guelmim-Oued Noun (10,9 %), Tanger-Tétouan-Al Hoceima
(11,1) et Souss-Massa (11,6 %).

20
Population âgée de 15 et plus.

115
Graphe 3 –Taux de la pauvreté globale par région

20,7
19,1

14,3 14,5
13,1 13,4 13,4
11,1 11,6 11,71 11,3
10,9
9,5 9,5 9,6 10,0
9,1 9,1
8,2
6,2 7,2
6,2 6,1 5,8
4,2 5,7 4,9 5,2 5,1
4,1 4,0 4,5
3,2 3,8 2,6 2,6
1,7
0,4

Pauvreté monétaire (en %) Pauvreté multidimensionnelle (en %)


Pauvreté globale (en %)

Source : Réalisé à partir des données du HCP (2014).

Avec un taux de 9,1 %, la pauvreté globale classe la région de Rabat-Salé-Kénitra à la quatrième


position après Casablanca-Settat (6,2 %), Dakhla-Oued Eddahab (4,2 %) et Laayoune-Sakia-
Al Hamra (3,2 %). La province la plus pauvre de la région est Sidi Slimane (17,3 %), suivie de
Khémisset (16,3 %), Sidi Kacem (16 %) et Kénitra (11,8). Ces quatre provinces contribuent, à
elles seules, pour 87,7 % de la pauvreté globale de la région. Inversement, les provinces les
moins pauvres, marquées par un taux inférieur à la moyenne régionale, sont Salé (3,6 %),
Skhirate-Témara (3,5 %) et Rabat (1,5 %).

116
Graphe 4 –Taux de la pauvreté globale selon les provinces

16,0 17,3
16,3

11,8

9,1 9,0 13,2 9,6

8,3
6,1 10,1
3,6 8,7
3,5
5,0
1,5 2,1 2,4 4,0 4,8
0,9 1,5 1,5
0,7

Pauvreté monétaire (en %) Pauvreté multidimensionnelle (en %)


Pauvreté globale (en %)

Source : Réalisé à partir des données du HCP (2014).

Graphe 5 – Contribution à la pauvreté globale de la région, selon les provinces

24,7
22,8 23,3

16,8

16,3 17,3
16,0
11,8
5,0 5,2

2,2 3,5 3,6


1,5
Rabat Skhirate- Salé Kénitra Sidi Kacem Khémisset Sidi Slimane
Témara

Pauvreté globale (en %) Contribution de la province (en %)

Source : Réalisé à partir des données du HCP (2014).

117
La division de la pauvreté multidimensionnelle par type de privation montre les sources à
l’origine de ce fléau. La privation en termes d’éducation explique à elle seule 58,9 % de la
pauvreté à l’échelle de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Quant aux privations en termes d’accès
aux infrastructures sociales de base, elles expliquent 18,7 % de la pauvreté
multidimensionnelle. La santé contribue à hauteur de 11,5 % à la pauvreté multidimensionnelle
régionale. Cette contribution s’élève à 10,8 % pour les conditions d’habitat.

Graphe 6 – Décomposition de la pauvreté multidimensionnelle de la région par source de


privation (en %)

5,4 12,1 10,8


13,3
20,0 18,7
23,2 8,8 11,5

58,1 59,1 58,9

Urbain Rural Ensemble

Conditions de logement
Accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement
Santé
Education

Source : Réalisé à partir des données du HCP (2014).

En milieu urbain, 58,1 % de la pauvreté multidimensionnelle est due aux déficiences en termes
d’éducation. Les écarts en termes de santé participent à hauteur de 23,2 % à la pauvreté urbaine.
Quant à la pauvreté rurale, elle s’explique principalement par les privations en termes
d’éducation (59,1 %), d’accès aux infrastructures sociales de base (20 %) et de conditions
d’habitation (12,1 %).

Concernant la décomposition de la pauvreté multidimensionnelle des provinces par source de


privation (cf. graphe 7), la contribution des privations en termes de d’éducation oscille entre
50,1 % à Khémisset et 68,7 % à Kénitra. Les déficiences en termes de santé contribuent à la
pauvreté multidimensionnelle à hauteur de 7,9 % à Khémisset, contre 28,6 % à Rabat. Les
privations en termes d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement expliquent 13,8 % de
la pauvreté à Kénitra, contre 27,7 % à Khémisset. Quant conditions d’habitat, elles expliquent
2,8 % de la pauvreté à Rabat, contre 14,3 % à Khémisset et Sidi Slimane.

118
Graphe 7 – Décomposition de la pauvreté multidimensionnelle par province et par source de
privation (en %)

100% 2,8
7,0 6,3 5,7
14,3 13,9 14,3
90% 16,9
13,8 17,2 16,8
80% 15,9 16,9
10,5 27,7
70%
28,6 19,1 21,2
12,7 10,0
60%
7,9
50%

40%
68,7
30% 57,5 57,4 58,9 56,4
50,1 51,8
20%

10%

0%
Kénitra Khémisset Rabat Salé Sidi Kacem Sidi Slimane Skhirate-
Témara

Conditions de logement
Accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement
Santé
Education

Source : Réalisé à partir des données du HCP (2014).

En 2014, les dix communes les plus pauvres de la région de Rabat-Salé-Kénitra, selon
l’approche multidimensionnelle, affichent un taux de pauvreté supérieur à 4 fois la moyenne
régionale. Il s’agit des communes d’El Ganzra (28,5 %), Ait Yadine (28,5 %), Ait Ali Ou
Lahcen (29,6 %), Ain Johra Sidi Boukhalkhal (30,4 %), Tiddas (32,1 %), Ait Ikkou (40,3 %),
Jemaat Moul Blad (40,4 %), Oulmes (42,9 %), Ait Ichou (44,4 %) et Bouqachmir (51,8 %).
Inversement, les quarante-huit communes les moins pauvres enregistrent un taux de pauvreté
inférieur à la moyenne régionale. Il s’agit principalement de Touarga (0,3 %), Hassan (0,6 %),
Agdal Riyad (0,7%), Harhoura (0,8 %), Souissi (0,8 %), El Youssoufia (0,9 %), Hssaine (1 %),
etc.

Nous avons présenté, dans ce qui précède, les diverses caractéristiques (administratives,
démographiques et socio-économiques) de notre région d’étude. Cette analyse nous a conduits
à mettre en évidence un ensemble de particularités spécifiques à notre territoire d’étude ainsi
que les principaux défis qui lui sont posés. Ces défis représentent de véritables enjeux de

119
développement et leur prise en compte doit donc nécessairement être préalable à la conception
de stratégies de développement. L’intégration de ces enjeux spécifiques aux stratégies de
développement constitue l’une des bases des principes du développement territorial durable et
constitue une condition sine qua non du succès des projets de développement.

C’est pourquoi avant d’étudier les projets socialement innovants à proprement parlé, nous
terminerons cette sous-section en présentant brièvement les enjeux spécifiques de notre région
d’étude.

1.3 Enjeux du développement

Comme souligné supra, la région RSK compte quelque 4,581 millions habitants (3,199 millions
dans l’urbain et 1,382 millions dans le rural), d’après le recensement de 2014. Elle est ainsi la
deuxième région la plus habitée au Maroc après Casablanca-Settat. C’est une région
globalement urbanisée puisque 69,8 % de sa population s’installe dans des milieux urbains à
cause, en particulier, de l’exode rural et de la création de nouveaux centres urbains, mais aussi
de l’extension des zones urbaines des villes, comme le souligne le diagnostic stratégique de la
région mené dans le cadre de l’élaboration du plan de développement régional. Le nombre de
citadins est passé de 2,589 millions en 2004 à 3,198 millions en 2014, ce qui représente un taux
d’accroissement démographique annuel moyen de 2,1% au cours de la période 2004-2014.

Avec un taux de pauvreté globale de 9,1 % (4 % en termes de pauvreté monétaire et 6,1 %


multidimensionnelle), la région de Rabat-Salé-Kénitra se situe à la quatrième position au niveau
régional, largement en-dessous de la moyenne nationale (11,71 %). La division de la pauvreté
multidimensionnelle par source de manque montre les sources à l’origine de ce phénomène. La
privation en termes d’éducation explique à elle seule 58,9 % de la pauvreté au niveau de la
région. Quant aux privations dans le domaine d’accès aux infrastructures sociales de base, elles
expliquent 18,7 % de la pauvreté multidimensionnelle. La santé participe avec un taux de 11,5
% à la pauvreté multidimensionnelle régionale. Cette contribution s’élève à 10,8 % pour les
conditions d’habitat.

Par ailleurs, la région connait d’importantes dissemblances, aussi bien au niveau de la


répartition démographique que du développement. Alors que la zone littorale est fortement
peuplée et urbanisée, l’arrière-pays est plus rural et moins densément peuplé. Les trois
provinces de Khémisset, Sidi Kacem et Sidi Slimane présentent des taux d’urbanisation

120
beaucoup plus faibles que les autres (51,8%, 32,3% et 40,9%). Le taux de pauvreté globale est
de 3,3 % en milieu rural contre 22,4 % en milieu urbain.

S’agissant du taux de pauvreté multidimensionnelle, il marque des disparités importantes aux


échelles territoriales :

− Au niveau provincial, il atteint0,9 % à Rabat, 2,1 % à Skhirate-Témara, 2,4 % à Salé,


8,3 % à Kénitra, 9 % à Sidi Kacem, 9,6 % à Sidi Slimane et 13,2 % à Khémisset ;
− A l’échelle communale, la pauvreté multidimensionnelle est plus répandue dans les
communes relevant des provinces de Khémisset (e.g. 51,8 % à Bouqachmir, 44,4 % à
Ait Ichou, 42,9 % à Oulmes, etc.), Sidi Kacem (27 % à Moulay Abdelkader), Kénitra
(26,5 % à Ameur Seflia) et Salé (26,3 % à Shoul), contre 0,3 % à Touarga (Rabat), 0,8
% à Harhoura (Skhirate-Témara) et 1,1 % à Hssaine (Salé).

Ces défis représentent de véritables enjeux de développement et leur prise en compte doit
nécessairement être préalable à la conception de stratégies de développement. Plus précisément,
il s’agit de :

− Stopper l’hémorragie démographique des zones rurales

A l’instar des autres zones rurales à l’échelle nationale, les communes rurales de la région de
Rabat-Salé-Kénitra sont confrontées aux difficultés de l’hémorragie démographique et aux
conséquences sociales d’une telle évolution qui risquerait de priver ces territoires de leur
population, souvent la plus dynamique, et de les priver, ainsi, définitivement de leur capacité
d’organisation et d’action, ce qui affecterait leurs chances d’initier un processus de
développement. Toutefois, l’exode des populations rurales est une conséquence. Il est lié aux
conditions sociales, économiques et environnementales dont les améliorations respectives
constituent des enjeux de développement à part entière.

− Assurer la satisfaction des besoins essentiels et améliorer les conditions de vie

Comme le laissait entendre l’analyse des indicateurs socio-économique, les déficiences en


termes d’éducation explique à elle seule 58,9 % de la pauvreté au niveau de la région de Rabat-
Salé-Kénitra. Quant aux privations en termes d’accès aux infrastructures sociales de base, elles
expliquent 18,7 % de la pauvreté multidimensionnelle. La santé contribue à hauteur de 11,5 %
à la pauvreté multidimensionnelle régionale. Cette contribution s’élève à 10,8 % pour les
privations en termes de conditions d’habitat.

121
L’amélioration des conditions de vie des populations de la région devrait donc toucher cinq
dimensions :

− Améliorer l’accès à l’éducation et promouvoir l’apprentissage et la formation durant


toute la vie ;
− Améliorer l’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement et d’hygiène ;
− Améliorer l’accès aux services de santé ;
− Améliorer la mobilité, en particulier, urbaine ;
− Améliorer l’accès au logement social.

Et constituent des enjeux centraux pour la population de notre région.

− Favoriser la restructuration territoriale

Il est apparu que l’organisation et la structure de notre territoire d’étude présente des faiblesses
à deux niveaux :

− des zones enclavées ;


− une structure foncière inégalitaire créant des problèmes sociaux (exode, précarité,
pauvreté) économiques (faible capacité productive, faible revenu) et environnementaux
(pression sur les ressources naturelles, perte de la biodiversité, pollution) ;

La restructuration territoriale de la région Rabat-Salé-Kénitra apparait donc comme un enjeu


fondamental.

− Fournir des opportunités économiques aux populations

Une bonne partie de la population est aujourd’hui au chômage dans la région de Rabat-Salé-
Kénitra (le taux de chômage est de 10,8 % en 2016). Or, l’emploi et la croissance économique
contribuent de façon significative à la lutte contre la pauvreté. La promotion d’une croissance
durable ainsi que la création d’un nombre suffisant d’emplois sont d’une importance
primordiale pour la région.

En outre, les activités économiques présentes dans notre région d’étude sont relativement peu
diversifiées au sens où elles sont essentiellement tertiaires (60 % de la structure productive). La
capacité d’absorption de ces activités est limitée ce qui pousse certaine population à l’exode.
Arriver à un niveau adéquat de productivité par la diversification et l’innovation, en se

122
focalisant sur les secteurs à forte valeur ajoutée et à forte intensité de main-d’œuvre, constitue
donc un enjeu majeur pour la région.

− Préserver l’environnement

La préservation et la valorisation de l’environnement représentent un enjeu fondamental pour


notre région d’étude. En effet outre la valeur intrinsèque de la biodiversité, une trop forte
dégradation de l’environnement compromettrait le développement durable de la région. Un
épuisement ou une trop forte pollution des sols, compromettrait ou limerait fortement la
production végétale et une raréfaction et/ou un trop fort appauvrissement de la couverture
végétale compromettrait la pratique agricole (notamment l’élevage) d’une grande importance
pour la région. Par ailleurs, au-delà des conséquences sur les milieux, une trop grande
uniformisation du paysage compromettrait sa valorisation touristique et condamnerait une
activité naissante et source de diversification.

A ce stade, on peut poser un certain nombre de bases sur lesquelles s’appuie notre analyse. On
retrouve, à travers chacun des enjeux dont il a été question et la façon dont ils sont
interconnectés, les différentes dimensions du développement telles qu’elles sont posées dans la
notion de développement territorial durable et telles que présentées au chapitre 1.

Par ailleurs, il apparait que notre région d’étude présente un écart entre les objectifs contenus
dans les principes du développement territorial durable et sa situation actuelle. Pour que notre
région puisse relever le défi du développement, il est nécessaire :

− Que l’ensemble des enjeux précédemment évoqués soit perçu par les acteurs du
développement ;
− Que ceux-ci soient intégrés de façon transversale aux stratégies de développement
conçues par ses acteurs ;

Dans la mesure où la notion de développement territorial durable permet, comme nous l’avons
démontré dans le chapitre 2, de prendre en compte l’ensemble des dimensions du
développement et de contribuer à la conception et à la mise en œuvre de stratégies de
développement transversales, intégrées, spécifiques et territorialisées ; il est également possible
de supposer que celui-ci constitue un référent adéquat pour l’intégration et la résolution des
enjeux de développement. Nous envisagerons infra (chapitre 2, Partie 2) dans quelle mesure les
enjeux du développement territorial durable, présentés précédemment, ont été perçus et pris en

123
compte au sein des différents projets socialement innovants menés sur notre territoire de
référence.

2. Stratégie générale de l’étude


Il s’agira, dans cette section, de présenter les données relatives à notre échantillon ainsi que
l’approche méthodologique que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche.

2.1 Données de l’étude

Les données de cette étude ont été collectées dans le cadre d’une enquête par questionnaire
auprès de trois catégories d’acteurs territoriaux21œuvrant dans la région de Rabat-Salé-Kenitra,
à savoir les collectivités territoriales, les organismes publics concernés et les associations. Ces
trois catégories d’acteurs ont été identifiées dans le cadre de notre étude qualitative exploratoire
réalisée en 2015 sur un projet socialement innovant, la coopérative de gestion des déchets
«Attawafoq».

Ainsi, cette enquête a été réalisée entre janvier 2018 et aout 2018. Aussi, les données recueillies
constituent-elles, à notre connaissance, la première banque de données sur les activités
d’innovation sociale dans la région de Rabat-Salé-Kenitra. Notre population cible se compose
de 385 acteurs (114 collectivités territoriales, 18 organismes publics et 253 associations22).

Le questionnaire utilisé dans le cadre de cette enquête a été documenté à partir de la recension
des différentes perspectives théoriques sur l’innovation sociale et ses liens avec les dimensions
du développement territorial durable (cf. chapitre 1). Les acteurs contactés étaient invités à
répondre sur plusieurs aspects de leurs activités d’innovation sociale (cf. annexe 1), celles-ci en
lien avec :

− Le potentiel d’innovation sociale ;


− Les réalisations d’innovation sociale permettant de faire le lien avec les dimensions du
développement territorial durable.

Compte tenu du très grand nombre d’initiatives et de l’absence d’une base de données régionale,
une étude exhaustive n’était pas envisageable, des choix s’imposaient donc. De même un choix
a dû être opéré parmi les nombreux acteurs pour effectuer les enquêtes. En dépit de cette volonté

21
Selon Gumuchian et Pecqueur (op.cit.), les acteurs sont ceux qui, par leur implication et par leurs actions,
constituent le territoire. Ce dernier est entendu ici comme un construit d’acteurs (cf. chapitre 1, section 2).
22
Liste fournie par le Ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Egalité et du Développement Social.

124
de représentativité, il est impossible d’interroger un nombre d’acteurs suffisant pour pouvoir
prétendre à une représentativité statistique. De plus, nous n’avons rencontré que peu de
représentants de la sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein
des coalitions de projets sociaux comme des diverses formes de gouvernance locale.

Rappelons que les acteurs interrogés dans le cadre de cette enquête ont été caractérisés en regard
de leur contribution dans la réalisation des projets sociaux mis en œuvre dans la région de notre
étude.

L’enquête s’est déroulée entre le 8 janvier 2018 et le 31 juillet 2018. Le questionnaire a été testé
au préalable. Cette étape préparatoire a permis de vérifier le fondement des dimensions traitées
ainsi que la clarté des énoncés pour les personnes interrogées. Le questionnaire a été administré
de la façon suivante :

Tableau 9 – Moyens d’administration du questionnaire

Acteur Méthode de distribution

Collectivités territoriales

Organismes publics Face à face, e-mail, en ligne (Google forms)

Associations

Sur les 193 acteurs qui ont été contactés, 17 acteurs se sont avérés non éligibles (acteurs non
innovants), 24 acteurs ont refusé de participer à l’étude et 35 n’ont pas été joints et ce après
plusieurs tentatives. Finalement, 109 questionnaires valides ont été générés au terme de cette
enquête pour un taux de réponse net de 56,5 % (109/193).

Tableau 10 – Données sur le taux de réponse

125
Acteurs contactés Nombre de réponses

Ont répondu 126

Ont refusé de répondre 24

Acteurs non joints après maints rappels 35

Non éligibles 17

Acteurs n’étant plus là 8

Total 193

2.2 Méthode d’analyse des données

Le modèle conceptuel retenu dans le cadre de cette recherche (cf. chapitre 2) se prête
parfaitement à la méthode des équations structurelles puisqu’il propose d’aborder le lien entre
l’innovation sociale (variable indépendante) et le développement territorial durable (variable
indépendante) à partir de plusieurs construits latents reliés entre eux.

Selon Balambo et Baz, la méthode des équations structurelles est conçue selon «une logique
déductive de démonstration théorique en faisant l’objet de deux types de spécification le
scindant en deux parties» (Balambo et Baz, 2017) comme le schématise la figure suivante :

126
Figure 11– Etapes de la construction du modèle des équations structurelles

Construction théorique

Re-spécification
Identification des indicateurs

Modèle de mesure
Estimation des relations entre
indicateurs et variables latentes

Test des relations entre variables


Modèle structurel
latentes

Source : Meschi et Livolsi, 2003.

Dans ce cadre, l’approche la plus utilisée est celle basée sur l’analyse de la covariance
(Covariance based structural equation modeling), appelée communément LISREL (LInear
Structural RELations) (Ibid.). Une deuxième méthode employée est celle basée sur l’analyse
des variances, appelée approche PLS (Partial Lest Square) qui «est adaptée à certains modèles
structurels pour lesquels les procédures classiques d’estimation peuvent se révéler délicats à
utiliser» (Lacroux, 2010). Cette méthode était développée par Wold en tant que modélisation
douce (Soft Modeling).

Pour Fernandes (2012), la méthode PLS (Partial Least Squares) appartient à la famille des
modèles des équations structurelles à construits latents. Qualifiés de techniques de deuxième
génération (par comparaison aux méthodes de première génération comme les analyses en
composantes principales ou les analyses multidimensionnelles), les méthodes d’équations
structurelles procurent au chercheur une plus grande flexibilité dans l’interprétation entre
théorie et données (Chin, 1998). Plus précisément, ces approches permettent d’intégrer des
variables latentes, de préciser les liens entre ces construits latents et leurs indicateurs, de
spécifier les liens entre les construits latents eux-mêmes ou encore d’examiner des corrélations
entre variables indépendantes ou indépendantes (Croutsche, 2002).

127
L’approche PLS a été développée pour les analyses exploratoires dans des cas de forte
complexité et d’information théorique faible (Jöreskog et Wold in Fernandes, 2012).A la
différence de l’approche LISREL, la méthode PLS autorise différentes modélisations des
construits-formatifs, réflexifs ou les deux (cf. figure 14). En effet, plusieurs difficultés émergent
lorsqu’il s’agit de tester des construits formatifs à l’aide de techniques basées sur la covariance.

Dans le même ordre d’idée, le choix fait par le chercheur d’établir des relations formatives,
réflexives ou mixtes entre des indicateurs et leurs construits respectifs est primordial. Car, au-
delà des considérations statistiques, c’est bien la fiabilité et la solidité des résultats qui sont en
jeu. Ainsi, une fausse définition du sens de la causalité entre une variable latente et ses
indicateurs amène forcement à des résultats erronés (Crié, 2005, 20).

Le lien entre chaque construit et ses mesures est donc primordial car il reflète la
conceptualisation des construits et donc leur fiabilité. Jarvis et al. (2004) ont ainsi souligné, via
une étude de publications utilisant les techniques d’équations structurelles, que 71% des
construits étaient correctement modélisés. Parmi ceux qui ne l’étaient pas, les résultats de la
recherche conduite font ressortir qu’une mauvaise définition des modèles de mesure (même
d’un seul construit) amènerait à de lourdes conséquences en matière de résultats et, par
conséquent, de conclusion.

Trois liens sont envisageables selon que les mesures soient réflexives, formatives ou les deux.

128
Figure 12 – Modes réflexifs et formatifs

Mode réflexif Mode formatif


Variable 1 2
latente
(Composant 1) (Composant 2)

Variable
manifeste X11 X12 X13 Y11 Y12 Y13

  
Chaque variable manifeste reflète La variable latente est générée par ses
sa variable latente propres variables manifestes

xjh = jhj+ jh j =  jhxjh+j

Ou jh est un terme aléatoire de moyenne Ou jh est un terme aléatoire de moyenne
non nulle et non corrélé à la variable non nulle et non corrélé aux variables
latentej
manifestes xjh

Source : Adapté de Tenenhaus, 1999

S’agissant du mode réflexif, écrit Fernandes (2012), les indicateurs sont développés dans la
perspective de mesurer tous le construit latent. Chaque mesure (variable manifeste) reflète son
construit latent et lui est associée par une simple régression. En d’autres termes, la variable
latente existe théoriquement mais reste inobservable. Elle exerce un effet sur les indicateurs,
expliquant leurs inter-corrélations. Les mesures réflexives doivent avoir une cohérence interne
(Ibid.).

En effet, comme le soulignent Jarvis et ses co-auteurs, «la validité du construit reste inchangée
si l’on retire un seul indicateur parce que toutes les facettes d’un construit unidimensionnel
doivent être représentée de manière suffisante dans les indicateurs restants» (Jarvis et al.,
2004). Pour cela, il est obligatoire d’accomplir les critères d’unidimensionnalité des variables
latentes et des corrélations positives des mesures avec leur construit latent (Tenenhaus et al.,
2005).

129
Le lien formatif, quant à lui, suppose que le construit latent est généré par ses propres mesures
(Fernandes, 2012). Le construit latent est donc une équation linéaire avec ses mesures comme
variables indépendantes plus une déviation. Dans cette modélisation, l’ensemble des mesures
peut être multidimensionnel (Ibid.). Toutefois, la construction formative ne doit pas être
employée comme une simple alternative à un problème d’unidimensionnalité d’un construit,
fait remarquer l’auteur

En effet, contrairement à la conception réflexive, la flèche de la corrélation va des mesures au


construit latent et les mesures, en tant que bloc, précisent ensemble le sens conceptuel et
empirique du construit (Jarvis et al., 2004). Les mesures influencent le construit et ne sont pas,
comme dans la conception réflexive, causés par un seul et même construit sous-jacent.

A l’inverse de la construction réflexive, l’élimination d’une seule mesure peut altérer


sérieusement le sens du construit. C’est pour cela que dans cette logique, les mesures ne sont
pas soumises aux conditions d’unidimensionnalité des variables latentes et peuvent alors être
associées (Fernandes, 2012). Hulland (1999) affirme que dans ce sens, il faut mettre l’accent
sur la solidité de la théorie (facilitant l’identification des mesures pertinentes) et à l’emploi de
plusieurs indicateurs pour une seule variable latente (pour garantir un contenu qui soit valide et
fiable).

Une construction mixte existe, il s’agit de la technique MIMIC (Fernandes, 2012). C’est une
hybridation des constructions formatives et réflexives. La premier indicateur p1 suit une
construction réflexive alors que les autres (p-p1) suivent une logique formative.

La bonne définition du lien entre les mesures et leur variable latente est donc primordiale à la
bonne conceptualisation du modèle de recherche et à la robustesse des analyses et des résultats.
En effet, « comme le permettent certains logiciels, il ne suffit pas de mettre les flèches dans le
« bon sens », encore faut-il être certain que c’est à bon escient » (Crié, 2005, 24).

Par ailleurs, l’évaluation d’un modèle PLS suppose une analyse à trois niveaux (Hulland,
op.cit.) :

− L’identification de la nature des liens entre les indicateurs et les variables latentes;
− Le test de la fiabilité et de la validité des indicateurs ;
− Enfin, le test du modèle final.

130
L’analyse des deux dernières étapes, passe par l’analyse du modèle de mesure et du modèle
structurel. Le modèle de mesure est celui qui associe les construits latents aux mesures alors
que le modèle structurel associe les construits latents entre eux.

Le modèle de mesure, est évalué au regard des éléments suivants : la fiabilité de cohérence
interne, l’unidimensionnalité des construits, la validité convergente des mesures associées aux
construits et la validité discriminante. Selon (Fernandes, 2012) :

− La fiabilité de cohérence interne peut être appréciée selon deux critères que sont l’Alpha
de Cronbach et la fiabilité composite (Chin, 1998). Ces mesures varient entre 0 et 1. La
mesure qui indique un bon niveau de fiabilité est 0,7 (Tenenhaus et al., 2005) ;
− L’unidimensionnalité d’une variable latente s’apprécie en examinant les mesures issues
de l’analyse en composantes principales : la première mesure doit être supérieure à 1 et
la seconde inférieure à 1 (ou très inférieure à la première). De plus, ajoute-t-il, un
indicateur doit être plus associé avec le construit latent qu’il doit mesurer qu’avec les
autres. La condition d’unidimensionnalité n’est pas obligatoire dans le cadre d’un mode
formatif des construits ;
− La validité convergente des indicateurs, quant à elle, se fonde sur l’analyse des
corrélations (ou loadings) des indicateurs avec leur variable latente respective. Elle n’est
obligatoire dans le cas de variables latentes formatives (Ibid.)23.
− Enfin, la validité discriminante «représente l’étendue avec laquelle les mesures d’un
construit différent des mesures d’un autre construit dans le modèle» (Fernandes, 2012).
Dans le cadre de la méthode PLS, cela veut dire qu’une variable latente doit partager
plus de variance avec ses indicateurs qu’elle n’en partage avec les autres variables
latentes dans le même modèle. Les construits latents peuvent donc être corrélés entre
eux mais ils doivent mesurer des concepts différents. Il est possible donc de les
discriminer. Chin (op.cit.) souligne qu’il est recommandé qu’elle ait une valeur
supérieure ou égale à 0.5.

23
Selon Fernandes, le coefficient de corrélation doit être supérieur à 0.7, ce qui implique qu’il y a plus de variance
partagée entre le construit et sa mesure que d’erreur de variance. Ceci signifie que plus de 50% de la variance dans
la variable observée est du à son construit. Une corrélation inférieure à 0.7 appelle à la vigilance. En effet, elle
peut être le résultat d’un item mal formulé (faible fiabilité), d’un item inapproprié (faible validité du contenu) ou
bien d’un transfert inapproprié d’un item d’un contexte à un autre. En règle générale, les items avec des corrélations
inférieures à 0.4 ou 0.5 doivent être ôtés. Enfin, une corrélation négative peut signifier que la variable manifeste
est inadéquate pour mesurer la variable latente et doit alors être ôtée du modèle. On peut en outre vérifier que
chaque item est plus corrélé avec son construit qu’avec les autres construits du modèle. Voir à ce sujet Fernandes
(2012).

131
Le modèle structurel, est apprécié sur la base de la pertinence prédictive des variables latentes,
c’est-à-dire leur validité nomologique (Fernandes, 2012). Il convient d’examiner les R2
multiples et le coefficient Q2 de Stone-Geisser.

Selon Croutsche (2002), trois niveaux de R2 multiple peuvent être pris en compte. Si le R2 est
supérieur à 0.1, le modèle est significatif. S’il est compris entre 0.05 et 0.1, alors le modèle est
tangent. S’il est inférieur à 0.05, alors le modèle n’est pas significatif. Le R2 permet de
comprendre la contribution de chaque variable explicative à la prévision de la variable
dépendante.

Le coefficient Q2 de Stone-Geisser, appelé aussi indice de redondance en validation croisée,


permet d’évaluer la qualité des équations structurelles (Tenenhaus et al., 2005). Il s’agit d’un
«test de R2 en validation croisée entre les variables manifestes d’une variable latente endogène
et toutes les variables manifestes associées aux variables latentes expliquant la variable latente
endogène, en utilisant le modèle structurel estimé. Le test de Stone-Geisser repose sur un
nombre de classes prédéterminé, en général 30» (Fernandes, 2012, p : 109).Si Q2 est positif,
alors le modèle présente une validité prédictive. S’il est négatif, on constate l’absence de
validité prédictive (Tenenhaus, 1999). Comme le précise Croutsche (2002), on peut estimer que
ce coefficient est acceptable lorsqu’il est supérieur à 0.

Pour Tenenhaus et al. (2005),la méthode PLS n’a pas pour objectif, à l’inverse d’autres
techniques d’équations structurelles, d’«optimiser une fonction scalaire globale». Ainsi, aucun
indice global de validation du modèle n’existe, comme cela est le cas pour les méthodes
d’équations structurelles basées sur la covariance (ISREL). Malgré cela, Tenenhaus et ses co-
auteurs ont mis en place un indice d’ajustement GOF (Goodness-of-fit) présenté comme une
solution technique à cette limite, dans la mesure où il s’agit d’un indice de validation globale
du modèle PLS.

Globalement, Chin et Newsted (1999) énumèrent cinq raisons principales plaidant pour
l’emploi de cette méthode :

− Le but de la recherche est plus l’exploration que la confirmation de la théorie ;


− Le phénomène étudié est émergent et la conception théorique et les mesures ne sont pas
très robustes ;
− Le modèle est relativement complexe avec un large nombre d’indicateurs ou de
construits ;

132
− Il est primordial de modéliser, différemment, les relations entre les variables latentes et
leurs indicateurs (formatives et réflexives) ;
− Les critères concernant la distribution normale des données, l’indépendance ou la taille
ne sont pas obligatoires.

Dans le même ordre d’idée, soulignent Chin et al. (2003) qu’à l’ opposé d’autres méthodes
(notamment LISREL), la taille de l’échantillon pour l’emploi de la méthode PLS n’est pas
concernée par le respect de proportions liées au nombre d’indicateurs. Dit autrement, Chin
(1998) suggère la règle suivante pour calculer la taille de l’échantillon selon le modèle de
mesure. Il s’agit de «multiplier par 10 le nombre de variables manifestes ou indicateurs selon
l’une des deux options suivantes :

− Soit la variable latente avec le plus grand nombre d’indicateurs formatifs (c’est-à-dire
la plus grande équation de mesure) ;
− Soit la variable latente dépendant du plus grand nombre de variables latentes
indépendantes (c’est-à-dire la plus grande équation structurelle)» (Chin, 1998).

Ainsi, si le construit latent est formé de huit indicateurs, la taille de l’échantillon devrait donc
être égale à 80. Par ailleurs, Chin et al. (2003) affirment que, au-delà d’un certain seuil,
l’augmentation de la taille de l’échantillon ne produit pas de changements significatifs dans les
résultats. Mais ils précisent que, toutefois, un échantillon faible (une vingtaine d’observations)
ne permet pas d’analyser des variables intermédiaires (modératrices ou médiatrices).

Pour conclure cette sous-section, nous reperdrons ici le tableau proposé par Fernandes (2012.)
qui offre une représentation comparée des deux méthodes PLS et ISREL :

Tableau 11– Eléments de comparaison entre PLS et LISREL

133
Critère PLS LISREL
Modélisation des
Construits formatifs et réflexifs. Construits formatifs et réflexifs.
construits
Indéterminées à un terme d’erreur
Variables latentes Déterminées.
prés.
Test de modèles
Non. Oui.
récursifs
Approche selon les moindres carrés Approche du maximum de
partiels – Succession de régressions vraisemblance – Analyse de
Modèle statistique
simples ou multiples. structures de covariance.

Distribution des données Peu importe. Normalité des données.

Peut-être faible. Elevée.


Recommandations minimales : de 30 à Recommandation minimales : de
Taille de l’échantillon
100 observations. 200 à 800 observations.
Peu élevé. En relation avec la taille
Nombre d’indicateurs Peut être élevé.
de l’échantillon complexité
par construit / Par exemple 100 construits et 1000
modérée à faible (moins de 100
Complexité du modèle indicateurs.
indicateurs).
Peut être utilisée dans un cadre
Approche conceptuelle / exploratoire. Plus une méthode Cadre confirmatoire. Obligation de
finalité prédictive et de construction de la se baser sur un modèle théorique.
théorie.
Source : Fernandes (2012).

Enfin, les méthodes PLS et LISREL sont généralement considérées comme des techniques
complémentaires, LISREL ayant une finalité confirmatoire (Fernandes, 2012). Ainsi, de par sa
logique exploratoire, la méthode PLS met en évidence des liens théoriques entre les construits
latents, lesquels demandent à être validés par LISREL.

Dans les paragraphes précédents, nous avons présenté les données relatives à notre échantillon
ainsi que l’approche méthodologique que nous avons choisie pour tester nos hypothèses de
recherche. La section suivante, quant à elle, portera sur les mesures opérationnelles des
variables (dépendante et indépendante) retenue dans le cadre de cette recherche.

3. Variables et mesures

134
Notre modèle structurel comporte deux construits latents. L’innovation sociale forme le premier
construit et représente la variable indépendante (explicative). Elle comporte deux dimensions
visant à mesurer respectivement la finalité et le processus. Le développement territorial durable
forme le deuxième groupe de variables et représente la variable dépendante (expliquée). Elle
comporte quatre composantes (territoire, gouvernance, capital social et durabilité) médiatisant
la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Il s’agira, dans cette section, de présenter les mesures opérationnelles de notre variable
dépendante, le développement territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi
que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été
associées.

3.1 Variable dépendante : le développement territorial durable (DTD)

La nature multidimensionnelle du DTD fait encore l’objet d’un débat (Assidon, 2002 ; Hugon,
2007 ; Ependa, 2008 ; Charles et Pirrone, 2011 ; Jean et al., 2007 ; Fontan, 2008 ; Klein, 2008 ;
Dissart et al., 2011 ; Otando et Uzunidis, 2011). Au lieu de nous inscrire dans l’une ou l’autre
de ces perspectives, nous avons choisi de considérer l’ensemble des dimensions et d’explorer
empiriquement leur dynamique. Cette perspective nous a conduite à opérationnaliser le DTD et
ces dimensions de la façon suivante :

− Développement territorial durable

Conformément à la proposition de Cunha (1988) et eu égard aux enjeux du développement


identifiés dans notre région d’étude (cf. section 2), nous avons opérationnalisé cette dimension
à partir de la portée de l’impact des projets socialement innovants développés par les acteurs
interrogés. La question mesurant cette dimension a été formulée de la façon suivante : «Veuillez
préciser la portée de l’impact sectoriel de vos projets sociaux développés durant la période
2013-2017 : Culture, sport et loisirs ; Education et formation ; Emploi ; Protection de
l’environnement ; Droits, liberté et égalité; Habitat et cadre de vie ; Santé et accès aux soins ;
Mobilité et accessibilité; Infrastructures de base (eau, électricité et assainissement)».

− Territoire

135
La notion de territoire se compose de trois dimensions : l’endogénéité qui contient les notions
de localité et de proximité, la transversalité et la participation des populations (Sabourin et
Teixeira, 2002 ; Gumuchian et Pecqueur, 2007 ; Rochman, 2008).

La sous-dimension «participation des populations» a été mesurée en demandant à nos


répondants d’indiquer sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le degré
d’implication de la population cible :

− La population cible a été seulement informée du projet;


− La population cible a été impliquée dans la prise de décision et a participé activement à
la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation du projet ;
− La population cible a créé de nouvelles structures grâce au projet.

La sous-dimension «transversalité», quant à elle, a été mesurée en demandant à nos répondants


d’indiquer sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le degré de transversalité du
projet :

− Le projet s’inscrit dans le cadre d’un projet territorial ou d’une politique territoriale ;

Cette dernière dimension permet d’analyser les rapports entre les différents projets et entre les
différents éléments au sein d’un même projet. Les dimensions économique, politique, sociale,
culturelle et environnementale permettent d’aborder l’ensemble des aspects du développement
territorial durable (telles que nous les avons définis au chapitre 1), mais elles ne permettent pas
de rendre compte de la cohérence interne des projets ni de la compatibilité des projets entre eux
et de leur articulation les uns avec les autres.

Or, pour garantir la durabilité du développement d’un territoire, il est nécessaire de vérifier que
les projets ne sont pas de nature sectorielle et qu’ils assurent bien l’interaction entre les niveaux
local et global. Il est également indispensable de se poser la question du suivi, c'est-à-dire de
l’évolution, de l’évaluation et de la capitalisation des expériences acquises. Nous avons donc
établi un critère d’évaluation pour évaluer la cohérence interne du projet, sa compatibilité avec
les autres projets (cohérence externe), son caractère intégrateur (incluant la relation
local/global) et son suivi (possibilité d’évolution, évaluation, capitalisation).

Cette sous-dimension a donc été également appréciée à partir de la question suivante : « Dans
quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?

− Les projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance territoriale ;
136
− Les résultats obtenus sont évalués par une entité de gouvernance territoriale».

− Gouvernance

Comme nous l’avons vu dans le chapitre 1, la gouvernance est liée à la notion du territoire. Le
territoire en tant que construit d’acteur, repose sur un minimum de convergence entre des
intérêts divergents, or la gouvernance s’établit précisément elle aussi sur la base de compromis
entre ces intérêts divergents (Rochman, 2008). De plus, comme l’écrit Gonçalves Cunha (1988),
les politiques publiques à caractère territorial ne peuvent être formulées et appliquées sans la
participation des acteurs publics et privés. Cette participation doit inclure le maximum possible
de strates (économiques, sociales, politiques et culturelles).

Pour apprécier cette dimension nous avons retenu deux variables : le degré d’implication de la
population cible et la diversité des partenaires.

La première variable a été mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur une échelle
variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le degré d’implication de la population cible :

− La population cible a été seulement informée du projet;


− La population cible a été impliquée dans la prise de décision et a participé activement à
la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation du projet ;
− La population cible a créé de nouvelles structures grâce au projet.

La question mesurant la diversité des partenaires a été formulée de la façon suivante : «Qui a
développé ces projets sociaux ?

− Votre organisation uniquement ;


− Votre organisation conjointement avec d’autres organisations ;
− Votre organisation en adaptant ou modifiant des projets développés par d’autres
organisations ;
− D’autres organisations».

− Capital social

Le capital social possède trois caractéristiques principales (Rochman, 2008) :

− C’est une ressource intangible ;

137
− Il est composé des réseaux sociaux dont la régulation dépend du niveau de confiance
existant entre eux et en leur sein;
− Le capital social est une capacité matérialisée par un ensemble de savoirs.

Le capital social est composé par les réseaux sociaux qui «sont par essence les différents
chemins existant entre les individus et les groupes» (Franco, 2004). Les réseaux sociaux sont
fondamentaux dans l’accumulation du capital social mais également dans la construction et la
structuration des territoires, leur analyse est donc fondamentale pour la compréhension des
processus de DTD.

Pour apprécier l’importance des réseaux sociaux, nous avons demandé à nos répondants de
qualifier, sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent), à quelle fréquence, au cours
des cinq dernières années, dans le cadre de ses activités, leur organisation a réalisé les activités
suivantes:

− Recevoir des fonds de sources différentes (collectivité territoriale, organisme public,


entreprise privée, organisations à but non lucratif, etc.);
− Echanger et partager des expériences avec d’autres acteurs du territoire ;
− Développer des activités communes avec d’autres acteurs du territoire.

La confiance peut être vue comme un aspect du contexte organisationnel et comme un


antécédent de la coopération entre acteurs (Tsai et Ghoshal, 1998). Elle tend à modérer la crainte
qu’un des partenaires de l’échange puisse agir de façon opportuniste selon les événements
(Persais, 2013). Quand deux parties ont confiance l’une en l’autre, elles se sentent plus
disposées à partager leur ressources pour un bénéfice commun. Un comportement coopératif
qui implique un échange et une combinaison de ressources, nécessite l’existence d’une
confiance entre acteurs (Ibid.).

La confiance a été mesurée en demandant aux répondants dans quelle mesure ils sont d’accord
ou non avec les affirmations suivantes :

− Votre organisation tient ses promesses et ses engagements vis-à-vis des acteurs du
territoire ;
− Les partenariats mis en place avec les acteurs du territoire sont basés sur la confiance et
le principe de réciprocité ;

138
− En cas de difficulté majeure, vous pouvez compter sur la solidarité des acteurs du
territoire ;
− L’avenir de votre organisation est lié à celui des acteurs du territoire.

L’échelle de fréquence utilisée pour mesurer cette dimension était graduée ainsi : 1 = pas du
tout d’accord, 2 = pas d’accord, 3 = neutre, 4 = d’accord, 5 = tout à fait d’accord.

Enfin, le capital social est une capacité. Cette capacité est, selon Franco, composée, d’un
ensemble «de savoirs très précis sur les modes de fonctionnement et de transformation de la
nature, sur les modalités d’existence collective permettant l’existence et la reproduction
sociale, la construction de la cohabitation et les processus de résolution des conflits» (Franco,
2004). Ces savoirs peuvent être qualifiés de compétences, dans la mesure où ceux-ci
correspondent à une capacité d’agir, et mobilisent différents types de connaissances (Rochman,
op.cit.).

Pour mesurer le renforcement des capacités, Unceta et al. (2016) proposent sept variables
suivants : 1- la diversité des sources d’idées; 2- la diversité des sources de financement ; 3- la
diversité des méthodes d’évaluation ; 4- la diversité de l’impact organisationnel ; 5- la diversité
de l’impact sectoriel.

Ces variables permettent d’apprécier le degré d’acquisition des compétences, par l’acteur local,
par :

− L’indicateur de la diversité des sources d’idées exprime le degré d’acquisition de la


compétence permettant d’intégrer différentes idées pour le développement des
innovations sociales. Plus les sources sont diverses, plus le niveau de cette compétence
sera grand.
− L’accès aux ressources financières nécessaires afin de développer des innovations
sociales. Plus la diversité des sources de financement est grande, plus le niveau de cette
compétence sera grand.
− L’indicateur de la diversité des méthodes d’évaluation/suivi exprime le degré
d’acquisition de la compétence permettant d’évaluer et d’apprendre du développement
des innovations sociales. Plus la diversité des méthodes et outils d’évaluation est grande,
plus le niveau de cette compétence sera grand.
− La diversité de l’impact organisationnel réfère aux compétences organisationnelles
améliorées ou acquises suite au développement des innovations sociales. Cette variable

139
permet d’apprécier le degré d’acquisition de nouvelles compétences. Plus la diversité
est grande, plus le niveau de cette compétence sera grand.
− La diversité de l’impact sectoriel réfère à la portée de l’impact des innovations sociales
sur les secteurs clés (Sante, éducation, environnement, emploi, etc). Cette variable
permet d’apprécier le degré d’acquisition de la compétence nécessaire pour développer
des innovations dans divers secteurs. Plus la diversité est grande, plus le niveau de cette
compétence sera grand.

Conformément à la proposition d’Unceta et ses co-auteurs, cette dimension a été


opérationnalisée comme explicité dans le tableau suivant :

140
Tableau 12 – Mesure de la sous-dimension « capacité » du capital social

Sous-dimension Question Item


− Votre organisation uniquement
Diversité des sources d’idées − Votre organisation conjointement avec d’autres
Q16- Qui a développé ces projets sociaux ? organisations
− Votre organisation en adaptant ou modifiant des projets
développés par d’autres organisations
− D’autres organisations

Q17- Veuillez donner une estimation du pourcentage des − Fonds publics


Diversité des sources de fonds obtenus pour le financement de vos projets sociaux, − Fonds externes (privé)
financement selon la source de financement : − Fonds propres

− Diagnostic antérieur
Diversité des méthodes d’évaluation Q19 - Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à − Evaluation du processus
/ suivi vos projets sociaux? − Evaluation des produits / résultats
− Evaluation de l’impact (effets de l’intervention)
− Evaluation de la durabilité du projet (Prise en compte
des préoccupations environnementales)

− Capacité organisationnelle à identifier et analyser des


Diversité de l’impact organisationnel Q20 - Dans quelle mesure les projets sociaux, développés au besoins sociaux
cours des cinq dernières années, ont-ils apporté les − Aptitudes managériales et techniques à monter et
améliorations suivantes? réaliser des projets sociaux
− Capacité organisationnelle à coopérer avec d'autres
acteurs
− Capacité organisationnelle à suive et à évaluer des
projets sociaux
− Capacité organisationnelle à mobiliser des ressources

Source : Réalisé par l’auteur à partir des travaux d’Unceta et al. (2016).

141
− Durabilité

La dimension environnementale s’inscrit dans une perspective co-évolutive (telle qu’exposée


au chapitre 1) des rapports société-nature : il ne se réfère pas uniquement à la prise en compte
des préoccupations environnementales mais aussi à la durabilité de la solution proposée (i.e.
l’initiative socialement innovante). Nous avons opérationnalisé cette dimension à partir deux
questions :

− La question 19.5 : Evaluation de la durabilité du projet socialement innovant. Cette


variable permet d’apprécier le degré de prise en compte des questions
environnementales.
− La question 18.3 : Création d’une nouvelle structure dans le but de faire durer le projet
socialement innovant.

Dans le tableau 13, sont présentées les mesures opérationnelles de la variable dépendante, le
développement territorial durable, ainsi que les mesures opérationnelles de l’ensemble des
variables explicatives qui lui sont associées.

142
Tableau 13 – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions

Variable Sous variable Mesure Items Question


Mesurée en demandant aux répondants de préciser la − Culture, sport et loisirs ;
portée de l’impact sectoriel de leurs projets sociaux − Education et formation,
développés durant la période 2013-2017 : − Emploi ;
Développement − Protection de l’environnement ;
territorial − Droits, liberté et égalité;
durable − Habitat et cadre de vie ;
Q22
− Mobilité et accessibilité ;
− Santé et accès aux soins ;
− Infrastructures de base (eau, électricité et
assainissement).
Mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur − La population cible a été seulement informée du
Degré d’implication une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le projet;
de la population degré d’implication de la population cible : − La population cible a été impliquée dans la prise de
cible décision et a participé activement à la conception, à Q 18
la mise en œuvre et à l’évaluation du projet ;
− La population cible a créé de nouvelles structures
Territoire grâce au projet.
Mesurée en demandant à nos répondants de qualifier, − Le projet s’inscrit dans le cadre d’un projet territorial
sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent), ou d’une politique territoriale ;
Transversalité
à quelle fréquence, ils sont d’accord ou non avec les − Les projets sociaux sont approuvés par une entité de
affirmations suivantes : gouvernance territoriale ; Q 25
− Les résultats obtenus sont évalués par une entité de
gouvernance territoriale.

Evaluation de la Mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur


durabilité du projet une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) s’ils − Evaluation de la durabilité du projet (prise en compte Q 19.5
appliquent un système de suivi et d’évaluation : des préoccupations environnementales).

Création d’une Mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur


Durabilité
nouvelle structure une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le
Q 18.3
grâce au projet degré d’implication de la population cible : − La population cible a créé une nouvelle structure
grâce au projet.

143
Tableau 14 (suite) – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions

Variable Sous variable Mesure Items Question


− La population cible a été seulement informée du
Degré d’implication Mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur projet;
de population cible une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le − La population cible a été impliquée dans la prise de
degré d’implication de la population cible : décision et a participé activement à la conception, à Q 18
la mise en œuvre et à l’évaluation du projet ;
− La population cible a créé une nouvelle structure
Gouvernance grâce au projet.
Mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur
Diversité des une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) qui − Votre organisation uniquement ;
partenaires a développé leurs projets sociaux : − Votre organisation conjointement avec d’autres
organisations ; Q 16
− Votre organisation en adaptant ou modifiant des
projets développés par d’autres organisations ;
− D’autres organisations.
Mesurée en demandant à nos répondants de qualifier, − Recevoir des fonds de sources différentes (public,
sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent), privé, ONG, etc.);
Réseautage à quelle fréquence, au cours des cinq dernières années, − Echanger et partager des expériences avec d’autres
dans le cadre de ses activités, leur organisation a réalisé acteurs du territoire ;
les activités suivantes: − Développer des activités communes avec d’autres Q 13
acteurs du territoire.
Mesurée en demandant à nos répondants de qualifier, − Votre organisation tient ses promesses et ses
sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent), engagements vis-à-vis des acteurs du territoire ;
Capital social à quelle fréquence, ils sont d’accord ou non avec les − Les partenariats mis en place avec les acteurs du
Confiance affirmations suivantes : territoire sont basés sur la confiance et le principe de Q 24
réciprocité ;
− En cas de difficulté majeure, vous pouvez compter
sur la solidarité des acteurs du territoire ;
− L’avenir de votre organisation est lié à celui des
acteurs du territoire.
Q 16 ; Q
Capacité Cf. tableau 5 Cf. tableau 5 17 ; Q19 ;
Q 20 ; Q 22

144
3.2 Variable indépendante : l’innovation sociale (IS)

Comme nous l’avons souligné dans le chapitre 2, on peut approcher l’innovation sociale de
deux façons : la finalité et le processus. Au lieu de nous inscrire dans l’une ou l’autre de ces
perspectives, nous avons choisi de considérer l’ensemble de ces dimensions et d’explorer
empiriquement leur dynamique. Cette perspective nous a conduite à opérationnaliser les
dimensions de l’innovation sociale de la façon suivante :

− Finalité de l’innovation sociale

Conformément à la proposition de Persais (2013), nous avons mesuré cette dimension à partir
de la question suivante : «Au cours des cinq dernières années, votre organisation a-t-elle
développé des projets/programmes sociaux ?».

Mesurée également en demandant aux répondants de qualifier, sur une échelle variant de 1
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle fréquence, ils sont d’accord ou non avec les affirmations
suivantes :

− Nos projets sociaux permettent de satisfaire des besoins non satisfait par l’Etat ou le
marché ;
− Par le biais de nos projets sociaux, nous améliorons la capacité d’accès aux ressources
des plus démunis et favorisons la solidarité et la cohésion au sein du territoire ;
− Par nos projets sociaux, nous contribuons à combattre les problèmes de précarité au sein
du territoire ;
− Par notre offre, nous offrons une réponse aux challenges du développement durable.

− Processus de l’innovation sociale

Le processus de l’innovation sociale a été apprécié en mobilisant les indicateurs de la capacité


d’absorption des connaissances (cf. chapitre 2). En effet, ce concept a été utilisé pour expliquer
divers phénomènes notamment l’innovation (Fosfuri et Tribo, 2006 ; Mei et Nie, 2007).

Pour mesurer l’influence de la capacité d’absorption sur la performance des firmes à


l’innovation, Caloghirou et al. (2004) utilisent deux dimensions : les connaissances antérieures
mesurées à partir du niveau d’éducation des répondants, et l’effort d’acquisition des
connaissances externes mesurés par les investissements en R&D et la formation du personnel.
Les résultats montrent que ces deux variables ont un impact significatif sur l’innovation.

145
En effet, la littérature sur la capacité d’absorption des connaissances souligne l’effet des
connaissances de base (ou connaissances antérieures) sur la capacité d’absorption des individus
(Cohen et Levinthal, 1990; Veugelers, 1997; Lane et al., 2006 ; Vinding 2006). Nous avons à
l’instar de ces propositions, mesuré l’influence des connaissances antérieures à partir du niveau
d’études complété par le personnel en posant à nos répondants la question suivante : «Veuillez
estimer en pourcentage la répartition de vos effectifs en fonction de leur niveau de scolarité : 1-
Niveau primaire; 2- Niveau secondaire; 3- Niveau supérieur.»

L’effort d’acquisition des connaissances, quant à lui, a été appréciée en posant à nos répondants
la question suivante : «Au cours de la période 2013-2017, votre organisation a-t-elle réalisé les
activités suivantes :

− Formation du personnel;
− Analyse des besoins sociaux de la population relevant de son territoire;
− Recherche de solutions innovantes aux besoins sociaux;
− Mise en place d’un espace d’échange d’idées ou de construction collective de solutions
».

L’échelle de fréquence utilisée pour mesurer cette question s’échelonne ainsi : 1 = jamais, 2 =
rarement, 3 = parfois, 4 = souvent, 5 = très souvent.

Dans le tableau 12, sont présentées les mesures opérationnelles de la variable indépendante,
l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables
explicatives qui lui sont associées. Ce tableau sera suivi d’une illustration de notre cadre
opératoire(figure9).

146
Tableau 15 – Opérationnalisation de la variable indépendante et ses dimensions
Variable Sous variable Mesure Items Question
Mesurée à partir d’une variable binaire : codée «1» si l’organisation a développé des projets sociaux et «0»
Nouveauté autrement. Q 14

Mesurée en demandant à nos répondants de − Nos projets sociaux permettent de satisfaire des besoins
qualifier, sur une échelle variant de 1 non satisfait par l’Etat ou le marché ;
Finalité
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle − Par le biais de nos projets sociaux, nous améliorons la
Résolution du fréquence, ils sont d’accord ou non avec les capacité d’accès aux ressources des plus démunis et
problème social affirmations suivantes : favorisons la solidarité et la cohésion au sein du Q 23
territoire ;
− Par nos projets sociaux, nous contribuons à combattre
les problèmes de précarité au sein du territoire ;
− Par notre offre, nous offrons une réponse aux
challenges du développement durable.
− Niveau primaire, codé «1» si le répondant a complété
ce niveau de scolarité et «0» autrement ;
− Niveau secondaire, codé «1» si le répondant a complété
ce niveau de scolarité et «0» autrement ;
Connaissances Niveau de scolarité − Niveau supérieur, codé «1» si le répondant a complété Q 10
antérieures ce niveau de scolarité et «0» autrement.

Capacité
d’absorption des
connaissances Appréciée en demandant à nos répondants de − Formation du personnel;
qualifier, sur une échelle variant de 1 − Analyse des besoins sociaux de la population relevant
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle de son territoire;
Effort d’acquisition des fréquence, au cours des cinq dernières − Recherche de solutions innovantes aux besoins sociaux;
connaissances années, dans le cadre de ses activités, leur − Mise en place d’un espace d’échange d’idées ou de Q 12
organisation a réalisé les activités suivantes: construction collective de solutions.

147
Figure 13 – Schématisation du cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable

TRANSV_1 TRANSV_2 TRANSV_3

Impact_1
Territoire
(6 items) Impact_2

h2-1
Conn_Ant Eff_Acq_Con h2-2 Impact_3
Implication Coopératio
H2 n Impact_4

Innovation Développement Impact_5


Gouvernance
sociale (12 items) H3 h3-1 h3-2 territorial
(7 items)
durable (9 items) Impact_6

H4 Confiance LINK Capacité Impact_7

Finalité h4-1 h4-2 Impact_8


H5
Capital social Impact_9
(24 items) h5-2
h5-1

Durabilité
(3 items)

Eval_Durab Créat_Nouv_Stru Diffusion


c
H1
148
Dans les sections précédentes, nous avons présenté les diverses caractéristiques
(administratives, démographiques et socio-économiques) de notre région d’étude. Cette analyse
nous a conduits à mettre en évidence un certain nombre de particularités spécifiques à notre
territoire d’étude ainsi que les principaux défis qui lui sont posés. Ces défis représentent de
véritables enjeux de développement et leur prise en compte doit donc nécessairement être
préalable à la conception de stratégies de développement. Ensuite, nous avons exposé les
données relatives à notre échantillon ainsi que l’approche méthodologique que nous avons
choisie pour tester nos hypothèses de recherche.

Nous sommes maintenant en mesure d’envisager l’évaluation de notre modèle de recherche.

149
CHAPITRE 2
ETUDE EMPIRIQUE DE L’EFFET DES PROJETS SOCIAUX SUR LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE DANS LA REGION DE
RABAT-SALE-KENITRA

Le présent chapitre sera structuré en trois sections. Dans la première section, les analyses
descriptives des variables seront présentées. Il y sera notamment question de présenter le
portrait des acteurs interrogés ainsi que les analyses descriptives associées au potentiel et aux
réalisations d’innovation sociale. La deuxième section de ce chapitre sera consacrée, quant à
elle, aux analyses des résultats des tests du modèle de recherche. Enfin, la troisième section
présentera la discussion des résultats et leur impact sur les hypothèses de recherche.

1. Analyses descriptives : portrait de l’innovation sociale


Afin de mieux cerner le profil des projets socialement innovants, trois types d’analyses
descriptives ont été réalisées. La première porte sur les caractéristiques socioprofessionnelles
des acteurs interrogés, c'est-à-dire leur catégorie, le lieu d’activité, la portée géographique de
leurs actions, la taille de l’organisation et le genre. Le deuxième type d’analyse a pour objet de
décrire le potentiel d’innovation sociale de nos acteurs. Dans cette perspective, plusieurs
analyses descriptives ont été réalisées, portant notamment sur les activités d’acquisition des
connaissances. Enfin, le troisième et dernier type d’analyse traite des réalisations d’innovation
sociale ayant possiblement une influence sur les composantes du développement territorial
durable.

1.1 Portrait des acteurs interrogés

Sur les 109 acteurs interrogés, 64,2 % (n = 70) sont des associations. Avec un pourcentage de
28,4 %, les collectivités territoriales se présentent, quant à elles, comme la deuxième catégorie
d’acteurs interrogés, suivis des organismes publics avec un pourcentage de 7,3 %. Le tableau
15 illustre la distribution des acteurs selon leur catégorie.

150
Tableau 16 – Distribution des acteurs selon la catégorie

Catégorie

Nombre de cas Pourcentage (%)

Collectivités territoriales 31 28,4

Organismes publics 8 7,3

Associations 70 64,2

Total 109 100

− Lieu d’activité

En ce qui a trait au lieu d’activité, nos résultats révèlent que presque la moitié des acteurs, soit
48,6 % (n = 53) sont installés à Rabat, suivie de Salé (11,9 %), Kénitra (10,1 %), Témara (9,2
%), Khémisset (8,3 %), Sidi Slimane (7,3 %) et Sidi Kacem (4,6 %) (cf. tableau 17).

Tableau 17 – Distribution des acteurs selon le lieu d’activité

Lieu d’activité

Nombre de cas Pourcentage (%)

Rabat 53 48,6
Salé 13 11,9
Kénitra 11 10,1
Témara 10 9,2
Khémisset 9 8,3
Sidi Slimane 8 7,3
Sidi Kacem 5 4,6
Total 109 100

− Portée géographique de l’action

La répartition des acteurs selon la portée géographique de leur action indique que 48,6 % des
actions ont une portée nationale, suivies de celles ayant une portée locale (33 %), une portée
provinciale (10,1 %) et une portée régionale (8,3 %). Les résultats de cette distribution sont
indiqués au tableau 18.

151
Tableau 18 – Distribution des acteurs selon la portée géographique de leur action

Portée géographique de l’action

Nombre de cas Pourcentage (%)

Locale 36 33

Provinciale 11 10,1

Régionale 9 8,3

Nationale 53 48,6

Total 109 100

− Taille de l’organisation

L’analyse de la répartition de la taille des acteurs présentée au tableau 19 montre que 40,9 %
des acteurs interrogés déclarent avoir un effectif allant de 10 à 49 employés (ou membres), 37,3
% ont une taille de moins de 10 employés (ou membres), 12,7 % un effectif allant de 50 à 250
employés (ou membres) et 9 % un effectif de plus de 250 employés (ou membres).

Tableau 19 – Distribution des acteurs selon la taille

Taille

Nombre de cas Pourcentage (%)

Moins de 10 41 37,27

Entre 10 et 49 45 40,91

Entre 50 et 250 14 12,73

Plus de 250 9 9,09


Total 109 100

− Genre

Les résultats montrent que 55 % de nos acteurs déclarent que leur effectif est composé de 40 %
à 59 % de femmes, de 20% à 39% (16,5 %), de 60 % à 79 % (12,8 %), de 80 % à 100 % (11,9
%), tandis que 3,7 % des acteurs interrogés ont moins de 20 % de femmes. Les résultats de cette
distribution sont illustrés dans le tableau 20.

152
Tableau 20 – Distribution des acteurs selon le genre

Genre

Nombre de cas Pourcentage (%)

Moins de 20% 4 3,7

20% à 39% 18 16,5


40% à 59% 60 55,0
60% à 79% 14 12,8
80% à 100% 13 11,9
Total 109 100

1.2 Potentiel d’innovation sociale

En complément du portrait des acteurs interrogés, nous présenterons, dans cette sous-section,
les statistiques descriptives relatives au potentiel d’innovation sociale des acteurs. Ce potentiel
pourrait avoir un impact sur leur capacité d’absorption des connaissances. Il s’agira notamment
d’apprécier les connaissances antérieures et la fréquence de l’effort d’acquisition des
connaissances par nos acteurs. Ces dimensions, comme nous l’avions mentionné lors de notre
revue de la littérature, influencent positivement la capacité d’absorption des connaissances.

− Connaissances antérieures

Pour Cohen et Levinthal (1990), la capacité d’absorption est largement tributaire des
connaissances antérieures. Sana ces dernières, les individus et les organisations ne seraient pas
en mesure de reconnaitre et d’apprécier la valeur des informations pertinentes, et donc,
d’absorber celles qui seraient porteuses de valeur pour l’organisation.

Sur le plan opérationnel, nous avons, à l’instar de plusieurs auteurs comme Vinding (2006),
Caloghirou et al. (2004), Linsu (1998), mesuré l’influence des connaissances antérieures à
partir du niveau d’éducation en posant à nos répondants la question suivante : «Veuillez donner
une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau d’éducation ? : 1-
niveau primaire ; 2- niveau secondaire ; 3- niveau supérieur».

La distribution de la fréquence des énoncés correspondant aux connaissances antérieures (ou


de base), telle qu’indiquée dans le tableau 20, montre que 66,1 % des effectifs ont un niveau
d’éducation supérieur, suivi de 2,8 % ayant un niveau primaire et de 0,9 % ayant complété le
niveau secondaire. En effet, la médiane pour le niveau d’éducation «supérieur» est plus élevée

153
(médiane = 5), comparativement à celle obtenue pour le niveau «primaire» et le niveau
«secondaire» (médiane = 1).

Tableau 21 – Distribution de fréquences des acteurs selon le niveau d’éducation

Niveau d’éducation : Veuillez donner une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau
d’éducation :
En % de répondants
Médiane
Moins 20% à 40% à 80% à sur une
60% à 79%
de 20% 39% 59% 100% Total
(4) échelle
(1) (2) (3) (5)
de 1-5
Niveau primaire 89,9 2,8 3,7 0,9 2,8 100 1
Niveau secondaire 82,6 11,0 2,8 2,8 0,9 100 1
Niveau supérieur 9,2 0,9 12,8 11,0 66,1 100 5

− Effort d’acquisition des connaissances

Comme nous l’avons souligné plus haut (cf. chapitre 2), l’acquisition de la connaissance réfère
à la capacité de l’organisation à identifier et à acquérir les connaissances extérieures qui sont
essentielles à ces opérations (Zahra et George, 2002). De ce point de vue, l’intensité de l’effort
engagé pour l’acquisition des connaissances améliore la qualité des connaissances par le
renouvellement constant d’information potentiellement pertinentes pour l’organisation (Ziam,
2010). Dit autrement, plus nos connaissances antérieures s’éloignent des connaissances que
l’on cherche à acquérir, plus il devient difficile d’exploiter ces connaissances de façon optimale.

Dans notre cas, l’acquisition est influencée par plusieurs facteurs : la formation du personnel,
l’analyse des besoins sociaux, la recherche de solutions innovantes à ces besoins, la mise en
place d’espace d’échange d’idées ou de construction de solutions collectives. Les résultats sur
la distribution de la fréquence des énoncés mesurant l’effort d’acquisition des connaissances
sont illustrés dans le tableau 22. Ces résultats montrent que 34,9 % des acteurs disent analyser,
très souvent, les besoins sociaux de la population relevant de leur territoire, 17,4 % déclarent
avoir recherché de solutions innovantes aux besoins sociaux, 13,8 % estiment avoir mis en place
un espace d’échange d’idées ou de construction collective de solutions et seulement 4,6 %
affirment avoir formé leur personnel.

Si l’on se réfère à la fréquence médiane de chaque activité, telle que présentée dans le tableau
ci-dessous, on constate que les acteurs interrogés acquièrent davantage de connaissances en

154
analysant les besoins sociaux, en recherchant des solutions innovantes à ces besoins sociaux et
en mettant en place des espaces d’échange d’idées ou de construction collective de solutions.
En effet, la médiane pour ces activités est de 4, alors que celle de l’activité «formation du
personnel» est de 3.

Tableau 22 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant l’effort d’acquisition des


connaissances

Effort d’acquisition des connaissances : Au cours des cinq dernières années, de 2013 à 2017, votre
organisation a-t-elle réalisé les activités suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
Formation du personnel 0,9 47,7 6,4 40,4 4,6 100 3
Analyse des besoins sociaux
de la population relevant de
1,8 7,3 3,7 52,3 34,9 100 4
son
Territoire
Recherche de solutions
innovantes aux besoins 0,9 17,4 4,6 59,6 17,4 100 4
sociaux
Mise en place d’un espace
d’échange d’idées ou de
0,9 27,5 3,7 54,1 13,8 100 4
construction collective de
solutions

1.3 Réalisations d’innovation sociale

Pour compléter le profil d’innovation sociale, nous allons, dans cette dernière sous-section,
présenter les résultats descriptifs sur le portrait des réalisations de l’innovation sociale. Nous y
aborderons successivement, la distribution de la fréquence des sources d’idées, de la
coopération, de l’implication de la population cible, des sources de financement, de méthodes
d’évaluation et de suivi des projets sociaux. Ensuite, Nous examinerons également la
distribution de la fréquence de l’impact organisationnel et sectoriel des projets socialement
innovants. Enfin, nous analyserons la distribution de la fréquence d’autres variables, soit la
résolution du problème social, la diffusion, la confiance et la transversalité.

− Diversité des sources d’idées

155
Les résultats sur la distribution de la fréquence des énoncés mesurant la diversité des sources
d’idées sont illustrés dans le tableau 22. Ces résultats montrent que 50,5 % des répondants
désignent le contact avec la population locale (expression des besoins) comme principale source
d’idées, suivi des sources internes (22 %), des appels à projets (12,8 %), de la participation à
des réseaux, des idées issues d’organisations étrangères avec des pourcentages respectifs de
5,5%. La fréquence de la médiane calculée pour chacune des sources montre que le contact
avec la population locale est la source la plus fréquente avec une médiane de 5.

Tableau 23 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la diversité des sources d’idées

Diversité des sources d’idées : Quelles sources d’idées vous ont été utiles pour le développement de ces
projets sociaux ?
En % de répondants

Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5

Source interne 0,9 11,0 1,8 64,2 22,0 100 4


Participation à des réseaux
sociaux 5,5 45,0 27,5 16,5 5,5 100 3

Appel à projets, partenariat 5,5 34,9 8,3 38,5 12,8 100 4


Contacts avec la population
1,8 8,3 1,8 37,6 50,5 100 5
locale
Idées issues d'organisations
ou de 35,8 15,6 33,0 10,1 5,5 100 2
communautés d'autres pays

− Degré de coopération

La question mesurant le degré de coopération a été formulée de la façon suivante : «Qui a


développé ces projets sociaux ?

− Votre organisation uniquement ;


− Votre organisation conjointement avec d’autres organisations ;
− Votre organisation en adaptant ou modifiant des projets développés par d’autres
organisations ;
− D’autres organisations».

156
Les résultats correspondant à ces questions indiqués au tableau 24 révèlent que 54,1 % des
répondants déclarent avoir coopéré avec d’autres acteurs pour le développement de leurs projets
sociaux.

Tableau 24 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant le degré de coopération

Degré de coopération : Qui a développé ces projets sociaux ?

En % de répondants

Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5

Votre organisation
uniquement 3,7 19,3 5,5 56,9 14,7 100 4

Votre organisation
conjointement
3,7 25,7 6,4 54,1 10,1 100 4
avec d’autres organisations

Votre organisation en
adaptant ou
modifiant des projets 37,6 17,4 34,9 8,3 1,8 100 2
développés
par d’autres organisations

D’autres organisations 31,2 35,8 30,3 1,8 0,9 100 2

− Diversité des sources de financement

La distribution de la fréquence des énoncés correspondant aux sources de financement, telle


qu’indiquée dans le tableau plus bas, montre que les sources de financement les plus fréquentes
sont : les fonds publics et les fonds privés. En effet, la médiane pour ces sources est plus élevée
(médiane = 3), comparativement à celle obtenue pour les fonds propres (médiane = 2).

Tableau 25 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la diversité des sources de


financement

157
Diversité des sources de financement : Veuillez donner une estimation du pourcentage des fonds obtenus
pour le financement de vos projets sociaux, selon la source de financement :

En % de répondants

Médiane
Moins 20% à 40% à 80% à sur une
60% à 79%
de 20% 39% 59% 100% Total
(4) échelle
(1) (2) (3) (5)
de 1-5

Fonds publics 41,3 2,8 23,9 19,3 12,8 100 3


Fonds privés 20,2 9,2 56,0 5,5 9,2 100 3
Fonds propres 47,7 10,1 6,4 26,6 9,2 100 2

− Degré d’implication de la population cible

Pour mieux cerner le degré d’implication de la population cible par les acteurs interrogés, nous
leur avons demandé de préciser le degré d’implication de la population cible : la population
cible a été seulement informée du projet, la population cible a été impliquée dans la prise de
décision et a participé activement à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation du projet,
la population cible a créé de nouvelles structures grâce au projet. Les résultats correspondant à
ces questions indiqués au tableau 26 révèlent que 66,1 % des répondants disent informer, très
souvent, la population cible du projet, 22,9 % déclarent avoir impliqué la population cible a
toutes les phases du projet (conception, mise en œuvre et évaluation) et seulement 8,3 %
affirment que la population cible a créé une nouvelle structure grâce au projet.

Tableau 26 – Distribution de fréquences de l’implication de la population cible

Implication de la population cible : Veuillez préciser le degré d’implication de la population cible :

158
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
La population cible a été
seulement informée du projet 7,3 4,6 7,3 14,7 66,1 100 5

La population cible a été


impliquée dans la prise de
décision et a participé
activement à la conception, à
2,8 6,4 4,6 63,3 22,9 100 4
la mise en
œuvre et à l’évaluation du
projet

La population cible a créé de


nouvelles structures grâce au 6,4 25,7 37,6 22,0 8,3 100 3
Projet

− Diversité des méthodes de suivi et d’évaluation

L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la diversité des méthodes d’évaluation et de


suivi montre que 59,6 % des acteurs interrogés affirment appliquer, très souvent, un diagnostic
antérieur, 29,4 % disent appliquer une évaluation de résultats, 27,5 % déclarent avoir appliqué
une évaluation de processus, 21,1 % affirment avoir appliqué une évaluation d’impact et
seulement 11,9 % des répondants déclarent avoir appliqué une évaluation tenant compte de la
dimension environnementale (cf. tableau 27).

Tableau 27 – Distribution de fréquences des méthodes de suivi et d’évaluation

159
Diversité de méthodes de suivi et d’évaluation : Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à vos
projets sociaux?
En % de répondants

Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5

Diagnostic antérieur
1,8 5,5 4,6 28,4 59,6 100 5
Evaluation du processus
0,9 8,3 3,7 59,6 27,5 100 4
Evaluation des produits /
résultats 0,9 8,3 2,8 58,7 29,4 100 4

Evaluation de l’impact (effets


de l’intervention) 0,9 17,4 1,8 58,7 21,1 100 4

Evaluation de la durabilité du
projet (Prise en compte des
2,8 18,3 3,7 63,3 11,9 100 4
préoccupations
environnementales)

− Impact organisationnel

La distribution de la fréquence de l’impact organisationnel montre que 75,2 % de nos


répondants affirment que leurs innovations sociales ont, souvent, un impact positif sur leurs
capacités à coopérer avec d’autres acteurs, suivies des capacités à identifier et analyser des
besoins sociaux (71,6 %), des compétences à suivre et à évaluer des projets sociaux (69,7 %),
des aptitudes managériales et techniques à monter et à réaliser des projets sociaux (68,8 %) et
des capacités à mobiliser des ressources humaines avec 50,5 % (cf. tableau 28).

160
Tableau 28 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant l’impact organisationnel

Impact organisationnel : Dans quelle mesure les projets sociaux, développés au cours des cinq dernières
années, ont-ils apporté les améliorations suivantes?
En % de répondants

Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5

Capacité organisationnelle à
identifier et analyser des
0,9 10,1 2,8 71,6 14,7 100 4
besoins sociaux

Aptitudes managériales et
techniques à monter et
0,9 20,2 1,8 68,8 8,3 100 4
réaliser des projets sociaux

Capacité organisationnelle à
coopérer avec d'autres acteurs 1,8 8,3 2,8 75,2 11,9 100 4

Compétence organisationnelle
à
suivre et évaluer des projets 0,9 17,4 0,9 69,7 11,0 100 4
sociaux

Capacité organisationnelle à
mobiliser des ressources 1,8 36,7 1,8 50,5 9,2 100 4

− Finalité (résolution du problème social)

L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «finalité» montre que 41,3 %
de nos répondants se disent complètement en accord à l’effet que leurs projets sociaux
permettent de satisfaire des besoins non satisfaits par l’Etat ou le marché, 39,4 % affirment que
leurs projets sociaux améliorent la capacité d’accès aux ressources des plus démunis et
favorisent la solidarité et la cohésion au sein du territoire, 37,6 % disent que leurs projets
sociaux permettent de combattre les problèmes de précarité, et seulement 18,3 % déclarent que
leurs projets sociaux offrent une réponse aux challenges du développement durable (cf. tableau
29).

161
Tableau 29 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la finalité

Finalité : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?

En % de répondants

Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5

Nos projets sociaux


permettent de satisfaire des
besoins non satisfaits par 1,8 2,8 10,1 44,0 41,3 100 5
l’Etat ou le marché

Par le biais de nos projets


sociaux, nous améliorons
la capacité d’accès aux
ressources des plus
0,0 0,0 4,6 56,0 39,4 100 5
démunis et favorisons
la solidarité et la cohésion
au sein du territoire

Par nos projets sociaux,


nous contribuons à
combattre les problèmes de
0,0 0,0 6,4 56,0 37,6 100 5
précarité au sein du
territoire

Par nos projets sociaux,


nous offrons une réponse
0,0 1,8 16,5 63,3 18,3 100 5
aux challenges du
développement durable

− Confiance

L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «confiance» montre que 60,6 %
de nos répondants sont complètement d’accord pour dire que l’avenir de leur organisation est
lié à celui des autres acteurs du territoire, 47,7 % estiment que leur organisation tient ses
promesses et ses engagements vis-à-vis des autres acteurs du territoire, 9,2 % disent que les
partenariats mis en place avec les acteurs du territoire sont basés sur la confiance et le principe
de réciprocité, tandis que 5,5 % déclarent qu’ils peuvent, en cas de difficulté, compter sur la
solidarité des autres acteurs du territoire (cf. tableau 30).

162
Tableau 30 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la confiance

Confiance : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?

En % de répondants

Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5

Votre organisation tient ses


promesses et ses
engagements vis-à-vis des 0,0 1,8 2,8 47,7 47,7 100 4
acteurs du territoire

Les partenariats mis en


place avec les acteurs du
territoire sont basés sur la
0,9 0,0 16,5 73,4 9,2 100 4
confiance et le principe de
réciprocité

En cas de difficulté
majeure, vous pouvez
compter sur la solidarité
1,8 5,5 57,8 29,4 5,5 100 3
des autres acteurs du
territoire

L’avenir de votre
organisation est lié à celui
6,4 8,3 11,0 13,8 60,6 100 5
des autres acteurs du
territoire

− Réseautage

L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «réseautage» montre que 61,5
% de nos répondants disent échanger et partager, souvent, des expériences avec d’autres acteurs
du territoire, 55 % disent recevoir des fonds de sources différentes et 49,5 % déclarent avoir
développé des activités communes avec d’autres acteurs du territoire (cf. tableau 31).

163
Tableau 31 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant le réseautage

Réseautage : Durant les cinq dernières années, à quelle fréquence votre organisation a-t-elle effectué les
activités suivantes ?
En % de répondants

Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5

Recevoir des fonds de


sources différentes (public,
privé, ONG, 9,2 12,8 6,4 55,0 16,5 100 4
etc.)

Echanger et partager des


expériences avec d’autres
0,9 28,4 1,8 61,5 7,3 100 4
acteurs du territoire

Développer des activités


communes avec d’autres
0,9 32,1 3,7 49,5 13,8 100 4
acteurs du territoire

− Transversalité

L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «transversalité» montre que 58,7
% de nos répondants sont d’accord pour dire que les projets sociaux développés par leur
organisation s’inscrivent dans le cadre d’un projet global du territoire, 49,5 % déclarent que
leurs projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance territoriale et 39,4 % disent
que les résultats obtenus sont évalués par une entité de gouvernance territoriale (cf. tableau 32).

Tableau 32 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la transversalité

164
Transversalité : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?

En % de répondants

Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5

Les projets sociaux


développés par votre
organisation s’inscrivent
0,0 1,8 14,7 58,7 24,8 100 4
dans le cadre d’un projet
global du territoire

Les projets sociaux sont


approuvés par une entité de
4,6 5,5 27,5 49,5 12,8 100 4
gouvernance territoriale

Les résultats obtenus sont


évalués par une entité de
8,3 7,3 33,9 39,4 11,0 100 4
gouvernance territoriale

Dans les paragraphes précédents, nous avons tenté de dégager le portrait le plus exhaustif
possible de l’innovation sociale dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. En ce qui a trait aux
caractéristiques socioprofessionnelles des acteurs, nos résultats montrent que les acteurs
interrogés :

− sont des associations (64,2 %), des collectivités territoriales (28,4 %) et des organismes
publics (7,3 %) ;
− sont installés à Rabat (48,6 %), suivie de Salé (11,9 %), Kénitra (10,1 %), Témara (9,2
%), Khémisset (8,3 %), Sidi Slimane (7,3 %) et Sidi Kacem (4,6 %) ;
− ont une portée d’actions nationale (48,6 %), locale (33 %), provinciale (10,1 %) et
régionale (8,3 %) ;
− ont un effectif allant de 10 à 49 employés/membres (40,9 %), une taille de moins de 10
employés/membres (37,3 %), un effectif allant de 50 à 250 employés/membres (12,7 %)
et un effectif de plus de 250 employés/membres (9 %) ;
− ont un effectif composé de 40 % à 59 % de femmes (55 %), de 20% à 39% (16,5 %), de
60 % à 79 % (12,8 %), de 80 % à 100 % (11,9 %), tandis que 3,7 % des acteurs interrogés
ont moins de 20 % de femmes.

Concernant le potentiel d’innovation sociale, il ressort que :

165
− 66,1 % des effectifs ont un niveau d’éducation supérieur, suivi de 2,8 % ayant un niveau
primaire et de 0,9 % ayant complété le niveau secondaire ;
− 34,9 % des acteurs disent analyser, très souvent, les besoins sociaux de la population
relevant de leur territoire, 17,4 % déclarent avoir recherché de solutions innovantes aux
besoins sociaux, 13,8 % estiment avoir mis en place un espace d’échange d’idées ou de
construction collective de solutions et seulement 4,6 % affirment avoir formé leur
personnel ;

En ce qui a trait aux réalisations d’innovation sociale, nos résultats révèlent que :

− 50,5 % des répondants désignent le contact avec la population locale (expression des
besoins) comme principale source d’idées, suivi des sources internes (22 %), des appels
à projets (12,8 %), de la participation à des réseaux, des idées issues d’organisations
étrangères avec des pourcentages respectifs de 5,5% ;
− 54,1 % des répondants déclarent avoir coopéré avec d’autres acteurs pour le
développement de leurs projets sociaux ;
− les sources de financement les plus fréquentes sont : les fonds publics et les fonds
privés ;
− 66,1 % des répondants disent informer, très souvent, la population cible du projet, 22,9
% déclarent avoir impliqué la population cible à toutes les phases du projet (conception,
mise en œuvre et évaluation) et seulement 8,3 % affirment que la population cible a créé
une nouvelle structure grâce au projet.
− 59,6 % des acteurs interrogés affirment appliquer, très souvent, un diagnostic antérieur,
29,4 % disent appliquer une évaluation de résultats, 27,5 % déclarent avoir appliqué une
évaluation de processus, 21,1 % affirment avoir appliqué une évaluation d’impact et
seulement 11,9 % des répondants déclarent avoir appliqué une évaluation tenant compte
de la dimension environnementale ;
− 75,2 % de nos répondants affirment que leurs innovations sociales ont, souvent, un
impact positif sur leurs capacités à coopérer avec d’autres acteurs, suivies des capacités
à identifier et analyser des besoins sociaux (71,6 %), des compétences à suivre et à
évaluer des projets sociaux (69,7 %), des aptitudes managériales et techniques à monter
et à réaliser des projets sociaux (68,8 %) et des capacités à mobiliser des ressources
humaines avec 50,5 % ;

166
− 41,3 % de nos répondants se disent complètement en accord à l’effet que leurs projets
sociaux permettent de satisfaire des besoins non satisfaits par l’Etat ou le marché, 39,4
% affirment que leurs projets sociaux améliorent la capacité d’accès aux ressources des
plus démunis et favorisent la solidarité et la cohésion au sein du territoire, 37,6 % disent
que leurs projets sociaux permettent de combattre les problèmes de précarité, et
seulement 18,3 % déclarent que leurs projets sociaux offrent une réponse aux challenges
du développement durable ;
− 60,6 % de nos répondants sont complètement d’accord pour dire que l’avenir de leur
organisation est lié à celui des autres acteurs du territoire, 47,7 % estiment que leur
organisation tient ses promesses et ses engagements vis-à-vis des autres acteurs du
territoire, 9,2 % disent que les partenariats mis en place avec les acteurs du territoire
sont basés sur la confiance et le principe de réciprocité, tandis que 5,5 % déclarent qu’ils
peuvent, en cas de difficulté, compter sur la solidarité des autres acteurs du territoire ;
− 61,5 % de nos répondants disent échanger et partager, souvent, des expériences avec
d’autres acteurs du territoire, 55 % disent recevoir des fonds de sources différentes et
49,5 % déclarent avoir développé des activités communes avec d’autres acteurs du
territoire ;
− 58,7 % de nos répondants sont d’accord pour dire que les projets sociaux développés
par leur organisation s’inscrivent dans le cadre d’un projet global du territoire, 49,5 %
déclarent que leurs projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance
territoriale et 39,4 % disent que les résultats obtenus sont évalués par une entité de
gouvernance territoriale.

La section suivante sera consacrée à la présentation et à l’analyse des résultats des tests du
modèle de recherche.

2. Test du modèle de la recherche


Comme mentionné dans le chapitre 2 de cette deuxième partie, pour analyser nos résultats nous
avons utilisé la modélisation structurelle selon la méthode PLS (Partial Least Squares).
Fernandes (2012), distinguent deux approches de modélisation par équations structurelles : les
méthodes basées sur la covariance, représentées entre autre par LISREL, et les méthodes basées
sur la variance dont l’approche PLS et la plus représentative de ces techniques (Bucumi-
Sommer et al., 2010).

167
Fernandes (2012), affirme que l’approche PLS est particulièrement adaptée pour l’analyse de
petits échantillons et lorsque l’analyse est exploratoire (cf. chapitre 1, Partie 2). En outre, cette
technique est recommandée lorsque la théorie est plus approximative et les mesures sont moins
développées (Ibid.). Comme nous l’avons vu au chapitre 2, les relations entre l’innovation
sociale et les dimensions du développement territorial durable ont été peu explorées. Par
ailleurs, nous disposons d’un petit échantillon qui ne permet pas d’utiliser les modèles
d’équations structurelles basées sur la covariance.

Pour la mise en pratique des analyses de régression PLS, nous avons choisi d’utiliser le logiciel
SmartPLS (v.3.2.7), en raison, comme l’écrit Lacroux (2010), de la facilité d’emploi de son
interface et de la possibilité d’éditer des graphes des modèles estimés.

L’évaluation des modèles PLS se fait en deux étapes (Chin, 1998). La première concerne
l’évaluation du modèle de mesure et la deuxième étape consiste en l’évaluation du modèle
structurel (cf. figure 14).

Figure 14 – Modèle de mesure et modèle structurel

Source : Fernandes, 2012.

168
2.1 Evaluation du modèle de mesure

L’évaluation des modèles de mesure varie selon que ses derniers sont des modèles réflectifs ou
des modèles formatifs. Les modèles de mesure dans notre étude sont à la fois réflectifs et
formatifs et doivent de ce fait être évalués distinctement. Nous allons donc employer deux
procédures distinctes.

2.1.1 Validation des construits réflexifs

Le modèle de mesure, appelé aussi modèle externe (ou outer model), est apprécié selon les
critères suivants (Fernandes, 2012) :

− La fiabilité de cohérence interne ;


− La validité convergente des mesures associées aux construits ;
− La validité discriminante.

La fiabilité de cohérence interne est évaluée par deux critères que sont l’Alpha de Cronbach et
la fiabilité composite (Chin, 1998). Ces coefficients permettent de vérifier si tous les indicateurs
se référent a des notions communes, autrement dit si chaque item présente une cohérence avec
l’ensemble des autres items de l’échelle (Igalens et Roussel, 1998 cité par Lacroux, 2010).Ces
mesures varient entre 0 et 1. Les valeurs souvent considérées comme indiquant un bon niveau
de fiabilité est 0,7 (Tenenhaus et al., 2005).

Tableau 33 – Fiabilité de cohérence interne

Alpha de Fiabilité
Construit Critère Résultat Critère Résultat
Cronbach composite

DTD 0,890 > 0.7 fiable 0,913 > 0.7 fiable

L’analyse du tableau 33 nous permet de constater que les critères requis pour garantir la fiabilité
de cohérence interne sont remplis : l’homogénéité des échelles est suffisante.

Concernant, la validité convergente des mesures, elle repose sur l’examen des corrélations (ou
loading) des indicateurs avec leur variable latente respective. Elle ne s’impose pas dans le cas
de construits formatifs. Selon Fernandes (2012), le coefficient de corrélation doit être supérieur
à 0.7, ce qui suppose que la variable latente partage plus de variation avec ses indicateurs que
d’erreur de variance.

169
Généralement, les items avec des corrélations inférieures à 0.4 ou 0.5 doivent être éliminés.
Enfin, un signe négatif indique que la mesure est inappropriée pour apprécier le construit latent
et devrait donc être enlevée du modèle. On peut en outre vérifier que chaque indicateur est plus
corrélé avec son construit qu’avec les autres variables latentes (Ibid.).

Tableau 34 – Validité convergente des mesures associées aux construits

Corrélation Variance
Construit (Outer Critère moyenne Critère
Loadings) extraite (AVE)
DTD
Culture, Sport et Loisirs 0,880 > 0,7
Droits, liberté et égalité 0,856 > 0,7
Education et formation 0,500 > 0,7
Emploi 0,478 > 0,7
Habitat et cadre de vie 0,782 > 0,7 0,547 > 0,5
Infrastructures de base 0,790 > 0,7
Mobilité et accessibilité 0,630 > 0,7
Protection de l'environnement 0,835 > 0,7
Santé 0,779 > 0,7

L’analyse du tableau 34 nous permet de constater que les critères requis pour garantir la validité
convergente des mesures associées aux construits (évaluée par les contributions factorielles et
la variance moyenne extraite) sont remplis.

S’agissant de la validité discriminante, elle représente l’étendue avec laquelle les mesures d’un
construit différent des mesures d’un autre construit dans le modèle (Ibid.). Dans le cadre de la
méthode PLS, cela veut dire qu’une variable latente doit avoir plus de variance avec ses
indicateurs qu’il n’en a avec les autres variables latentes. Les construits peuvent donc être
corrélés entre eux, mais ils doivent apprécier des dimensions différentes.

Pour évaluer la validité discriminante, Fornell et Larcker (1981) recommandent la variance


moyenne extraite (Average Variance Extracted ou AVE), appelée aussi communauté moyenne
(H2), c’est-à-dire la variance partagée entre un construit est ses mesures. Chin (1998), souligne
qu’elle doit avoir une valeur supérieure ou égale à 0,5. De plus, cette valeur doit être supérieure
à la variance partagée entre la variable latente et les autres variables latents du modèle (soit la
corrélation au carré entre deux construits).

La validité discriminante peut également être évaluée en vérifiant si les indicateurs mesurant
une variable latente sont plus corrélés à cette variable qu’avec les autres variables latentes du

170
modèle (Lacroux,2010).Les logiciels intégrant la méthode PLS proposent des contributions
croisées (cross-loadings) qui permettent de s’assurer de cette condition.

Si ces tests ne sont pas satisfaisants, alors cela implique que les construits et leurs mesures ne
peuvent pas être discriminés de façon adéquate et qu’il est donc inapproprié de les voir comme
des entités théoriques distinctes et séparées (Fernandes, op.cit).

Les tableaux suivant illustrent les deux tests associés à la validité discriminante :

171
Tableau 35 – Validité discriminante (critère de Fornell and Larcker)

Innovation SQRT
Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire AVE
sociale AVE24
DTD 0,546 1,000 0,424 0,464 0,239 0,495 0,547 0,739

Tableau 36– Validité discriminante (test Cross Loading)

Contributions croisées (cross Innovation Capital


DTD Durabilité Gouvernance Territoire
loadings) sociale social

Culture, Sport et Loisirs 0,880 0,233 0,542 0,445 0,437 0,446

Droits, liberté et égalité 0,856 0,253 0,524 0,432 0,482 0,443

Education et formation 0,500 0,341 0,419 0,212 0,392 0,316

Emploi 0,478 0,338 0,276 0,278 0,264 0,322

Habitat et cadre de vie 0,782 0,070 0,380 0,279 0,290 0,348

Infrastructures de base 0,790 0,049 0,389 0,248 0,313 0,352

Mobilité et accessibilité 0,630 0,133 0,260 0,255 0,181 0,369

Protection de l'environnement 0,835 0,106 0,425 0,270 0,367 0,332

Santé 0,779 0,181 0,342 0,352 0,310 0,365

24
Racine carré de la variance moyenne extraite.

172
L’analyse des tableaux 35 et 36 nous permet de constater que les critères requis pour garantir
la validité discriminante (évaluée par l’examen des corrélations entre construits et par les
contributions croisées) sont acceptables.

2.1.2 Validation des construits formatifs

Selon Lacroux (2010), l’une des principales différences entre les construits formatifs et les
construits réflexifs est que, dans le premier cas, les indicateurs ne sont pas nécessairement
corrélés. Ils ne sont pas supposés co-varier, et même si cela pourrait arriver, il s’agit d’une
exception et non d’une condition (Bollen et Lennox, 1991). Vouloir s’assurer de la fiabilité
d’une variable latente formative en utilisant l’Alpha de Cronbach est un non-sens (Nunnally et
Berstein, 1994 cités par Lacroux, 2010).

Dans le cadre de l’approche PLS, il est toutefois possible d’évaluer la pertinence des construits
formatifs en suivant une démarche en quatre étape (Diamantopoulos et Winklhofer, 2001) :

− Les étapes 1 et 2 consistent à définir précisément le domaine du construit étudié, puis à


s’assurer que les indicateurs couvrent l’ensemble de ce construit. Ces étapes ont été
réalisées en nous basant, d’une part, sur la littérature disponible et sur l’étude qualitative
exploratoire réalisée en 2015 sur un projet socialement innovant, la coopérative de
gestion des déchets «Attawafouk», d’autre part.
− L’étape 3 correspond à un stade de vérification. Il s’agit de s’assurer statistiquement que
les indicateurs contribuent significativement au construit formatif, ce qui revient à
mesurer la significativité des coefficients de régression, et qu’ils ne sont pas trop
fortement corrélés, afin de prévenir le risque de Multicolinéarité25. L’examen de la
Multicolinéarité est réalisé selon une procédure simple, recommandée par Kline
(op.cit.), consistant à examiner l’inverse de la matrice des corrélations. La diagonale de
cette matrice contient de ratios appelés «facteurs d’inflation de variance» (variance
inflator factor ou VIF), qui rendent compte de la part de variance d’une variable
expliquée par les autres variables : un ratio de VIF supérieur à 10 indique une probable
colinéarité pour la variable examinée. Le tableau 37 résume les résultats obtenus.
− L’étape 4 consiste à s’assurer de la validité externe de l’index. A cet égard, Bagozzi
affirme que «tout ce que nous pouvons faire, c’est d’examiner dans quelle mesure la

25
La mesure des variables latentes formatives est en effet fondée sur le principe de la régression multiple : le niveau
de la variable formative dépend de la combinaison des indicateurs. Or, une trop forte corrélation entre ces
indicateurs peut rendre les coefficients de régression instables (Bollen et Lennox, 1991).

173
variable composite est correctement reliée aux autres variables» (Bagozzi, 1994, p :
333). Dit autrement, il s’agit de s’assurer de la validité prédictive ou nomologique de
ladite variable vis-à-vis d’une ou plusieurs variables du modèle de recherche (Lacroux,
2010). Cette étape correspond à la dernière étape de la procédure : le test du modèle
complet.

Tableau 37 – Analyse de la validité des construits formatifs

Contribution au construit Significativité


VIF
(Coeff. Régression PLS) Valeur T Valeur P
Innovation sociale
Cap_Absr 1,012 -0,145 0,995 0,320
Finalité 1,012 1,005 12,173 0,000
Capital social
Capacité 1,629 0,410 2,184 0,029
Confiance 1,018 0,748 7,138 0,000
Réseautage 1,627 0,219 1,037 0,300

Gouvernance
Coopération 1,206 0,407 2,441 0,015
Implication 1,206 0,761 6,112 0,000
Territoire
Transversalité_1 1,051 0,851 9,260 0,000
Transversalité_2 1,002 0,362 3,616 0,000
Transversalité_3 1,051 0,271 3,192 0,002
Durabilité
Créat_Nouv_Struc 1,030 0,898 4,333 0,000
Diffusion 1,064 -0,232 1,359 0,175
Eval_Durabilité 1,033 0,223 2,050 0,041

Aucun problème de multicolinéarité n’apparait dans les résultats (cf. tableau 37). Par contre,
nous pouvons constater que, suite à la vérification de la significativité par la procédure de
bootstrap, trois indicateurs (Cap_Absr, Réseautage et Diffusion) affichent des valeurs non
significatives par rapport à leurs variables latentes (t<1,96). Nous choisissons donc de les
retirer.

Au vu de ces tableaux (tableau 33, tableau 34, tableau 35, tableau 36 et tableau 37) nous
constatons donc que nos modèles de mesure remplissent tous les critères exigés pour procéder
à l’évaluation du modèle structurel.

174
2.2 Evaluation du modèle structurel

Le modèle structurel est évalué en fonction de l’importance prédictive des variables latentes
(Fernandes, 2012). Quatre critères permettent d’évaluer le modèle structurel : la valeur du
coefficient de détermination R2 ; les valeurs, le signe et la puissance des coefficients de causalité
β ; la valeur de l’effet taille ;la capacité prédictive du modèle (Q2 de Stone-Geisser).Un autre
critère nous renseigne sur la qualité du modèle global. Il s’agit de l’indice d’ajustement GOF
(Goodness-of-fit). Des niveaux de GOF de 0.10, 0.25 et 0.36 ont été considérés par Wetzels et
al. (2009) comme étant respectivement faible, moyen et fort.

Enfin, une fois ces critères remplis il est important d’évaluer les relations directes et indirectes
entre les variables latentes. Dit autrement, procéder à une analyse des effets médiateurs (Helm
et al., 2009) et des effets modérateurs (Henseler et Fassott, 2009).

Ainsi seront examinés, dans un premier temps, les coefficients de détermination R2, les
coefficients Q2 de Stone-Geisser et l’indice d’ajustement GOF. Les valeurs ainsi que la
significativité des estimations des coefficients β seront donné par la suite. Enfin, l’effet taille
sera calculé lors de l’évaluation des effets médiateurs.

2.2.1 Coefficient de détermination (R2)

Le R2 permet de comprendre la contribution de chaque variable explicative à la prévision de la


variable dépendante. On examine alors les valeurs de R2 pour les construits endogènes
(dépendants). Selon Croutsche (2002), trois seuils de R2 multiple peuvent être pris en compte.
Si le R2 est supérieur à 0,1, le modèle est significatif. S’il est compris entre 0,05 et 0,1, alors le
modèle est tangent. S’il est inférieur à 0,05, alors le modèle n’est pas significatif.

Tableau 38 – Coefficient de détermination (R2)

Construit R2 Critère Résultat


Territoire 0,483 >0,1 Significatif
Gouvernance 0,236 > 0,1 Significatif
Capital social 0,123 > 0,1 Significatif
Durabilité 0,448 > 0,1 Significatif
DTD 0,445 > 0,1 Significatif

175
Nous constatons que tous les R2 sont supérieurs à 0.1pour toutes les variables latentes
endogènes26et attestent donc de la significativité de notre modèle (cf. tableau 38).

2.2.2 Coefficient Q2 de Stone-Geisser

Le coefficient Q2 de Stone-Geisser, appelé aussi indice de redondance en validation croisée


(Tenenhaus et al., 2005), permet d’évaluer la qualité de chaque équation structurelle. Il s’agit,
selon Fernandes (2012), d’«un test de R2 en validation croisée entre les variables manifestes
d’une variable latente endogène et toutes les variables manifestes associées aux variables
latentes expliquant la variable latente endogène, en utilisant le modèle structurel estimé». Si
Q2 est positif, alors le modèle présente une validité prédictive. S’il est négatif, on constate
l’absence de validité prédictive (Tenenhaus, 1999). Comme le souligne Croutsche (2002), on
peut considérer que ce coefficient est acceptable lorsqu’il est supérieur à 0.

Examinons à présent les coefficients Q2. Comme l’illustre le tableau 39, les indices de
redondance en validation croisée obtenus à partir du logiciel SmartPLS (v.3.2.7) indiquent des
valeurs satisfaisantes. En effet, l’analyse des valeurs des Q2 pour tous les construits27 montre
que les Q2 sont tous positifs ce qui nous amène à conclure que notre modèle présente une validité
prédictive.

Tableau 39 – Indices de redondance en validation croisée

Q² (=1-
SSO SSE
SSE/SSO)
Capital social 218,000 207,489 0,048
DTD 981,000 768,575 0,217
Durabilité 218,000 170,744 0,217
Gouvernance 218,000 187,261 0,141
Innovation sociale 109,000 109,000
Territoire 327,000 275,756 0,157

2.2.3 Indice d’ajustement GOF (Goodness-of-fit)

26
Le R2 n’est calculé que pour les variables latentes endogènes. Pour les variables latentes exogènes (Innovation
sociale dans notre cas) le R2 est nul et la procédure de bootstrapping ne donne aucune valeur pour ce type de
variable.
27
Le Q2 n’est calculé que pour les variables latentes endogènes. Pour les variables latentes exogènes (Innovation
sociale dans notre cas) le Q2 est nul et la procédure de blindfolding ne donne aucune valeur pour ce type de variable.

176
Comme souligné plus haut, l’indice d’ajustement GOF est un indice de validation globale du
modèle PLS. Des niveaux de GOF de 0.10, 0.25 et 0.36 ont été considérés par Wetzels et al.
(2009) comme étant respectivement faible, moyen et fort.

Tableau 40 – Goodness of Fit

Moyenne Variance moyenne Moyenne


Construit R2 Indice GOF
R2 extraite (AVE)28 AVE
Territoire 0,483 -
Gouvernance 0,236 -
Capital social 0,123 0,347 - 0,547 0,436
Durabilité 0,448 -
DTD 0,445 0,547

Le GOF que nous obtenons est de 0,436 ce qui, en se référant aux valeurs énoncées par Wetzels
(Ibid.), indique une qualité globale forte du modèle (cf. tableau 40).

3 Test des hypothèses et discussion des résultats

Cette section est consacrée aux tests des hypothèses de la recherche et à la discussion des
résultats obtenus.

3.1 Test des hypothèses de la recherche

Selon Henseler et al. (2009), les chercheurs utilisant l’approche PLS devraient d’abord évaluer
les effets directs et effectuer par la suite des analyses additionnelles incluant des effets
médiateurs et modérateurs. Nous adoptons cette démarche en analysant dans un premier temps
la validation de l’hypothèse portant sur la relation directe(H1), puis dans un deuxième temps
les hypothèses de médiation (H2, H3, H4, H5).

Les hypothèses développées dans le chapitre 2 ont permis d’anticiper les relations entre les
variables documentées dans la littérature. Ces hypothèses et leurs effets attendus ont été
synthétisés dans le tableau suivant :

Tableau 41 – Prédictions des effets attendus des hypothèses retenues

28
La variance moyenne extraite (AVE) n’est calculée que pour les construits réflectifs. Pour les construits
formatifs (territoire, gouvernance, capital social et durabilité dans notre cas) et la procédure de bootstrapping ne
donne aucune valeur pour ce type de construit.

177
Hypothèse Effet
attendu

H1 L’innovation sociale influence positivement le développement territorial durable. +


H2 Le territoire médiatise la relation entre l’innovation sociale et le développement +
territorial durable.

h2-1 L’innovation sociale est positivement associée au territoire. +

h2-2 Le territoire est positivement associé au développement territorial durable. +

H3 La gouvernance intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation +


sociale et le développement territorial durable.

h3-1 L’innovation sociale est positivement associée à la gouvernance. +


h3-2 La gouvernance est positivement associée au développement territorial durable. +
H4 Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation +
sociale et le développement territorial durable.

h4-1 L’innovation sociale est positivement associée au capital social. +


h4-2 Le capital social est positivement associé au développement territorial durable. +

H5 La durabilité intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation +


sociale et le développement territorial durable.

h5-1 L’innovation sociale est positivement associée à la durabilité. +

h5-2 La durabilité est positivement associée au développement territorial durable. +

La série des tableaux suivants illustre les résultats du test des hypothèses. Nous avons utilisé la
méthode de ré-échantillonnage (bootstrapping) qui permet de stabiliser les estimations des
coefficients β et de calculer l’erreur permettant ainsi de déterminer la significativité de ces
coefficients. En suivant les conseils de Chin (1998), nous avons opté pour 500 ré-
échantillonnages.

3.1.1 Test de l’hypothèse portant sur la relation directe entre les variables

Hypothèse 1 : relation directe entre l’innovation sociale et le développement territorial durable

Selon notre première hypothèse, l’innovation sociale serait positivement associée au


développement territorial durable. L’état de validation de cette hypothèse est présenté dans le
tableau ci-dessous :

178
Tableau 42 – Validation de l’hypothèse H1

Statut de
Relation de causalité Coefficient
T-value P-value validation de
(signe de l’hypothèse) β
l’hypothèse

Innovation sociale DTD (+) 0,564 3,454 0,001 H1validée

L’analyse du tableau 41 nous permet de constater que l’innovation sociale est fortement et
positivement corrélée au développement territorial durable (β = 0,564 significatif à p ˂ 0,05).

3.1.2 Test de l’effet médiateur (Hypothèse H2 à H5)

Bien qu’ils résultent toujours de variables intermédiaires (ou intervenantes) qui interviennent
entre une variable indépendante et une variable dépendante, les influences médiatrices doivent
être distinguées des influences modératrices (El Akremi et Roussel, 2005).

Si la variable modératrice spécifie quand et sous quelles conditions une relation entre deux
variables a-t-elle lieu, une variable médiatrice spécifie comment et selon quel mécanisme une
variable indépendante influence-t-elle une variable dépendante (Ibid.). La variable médiatrice
permet d’expliquer comment s’opère la relation entre la variable indépendante et la variable
dépendante, en décomposant cette relation en effet direct et en effet indirect médiatisé
(Mackinnon et al., 1995).

Pour clarifier la différence entre les effets médiateurs et modérateurs (cf. figure suivant),
Ambler a utilisé une métaphore ayant trait à la plomberie :

«La tuyauterie originale permet un passage direct (c) de l’eau entre X (variable
indépendante) et Y (variable dépendante). Si l’introduction d’une nouvelle
tuyauterie génère le passage de l’eau par un point M en deux chemins (a) et (b) et
plus par (c), M et alors médiatrice. Enfin si M fonctionne comme une valve qui
régule le flux d’eau entre X et Y, alors M est considérée comme une variable
modératrice» (Ambler, 1998).

Figure 15 – Effet des variables médiatrices et modératrices

179
X Y

Modèle 1 : Effet médiateur de M

M b
a

X Y

c


Modèle 1 : Effet modérateur de M

X Y

+
/-

_
Source : Adapté d’El Akremi et Roussel, 2005.

Baron et Kenny (1986), distinguent deux types de médiation : la médiation parfaite et la


médiation partielle. Une variable médiatrice complète est une variable qui transfère totalement
l’effet de la variable explicative sur la variable à expliquer (Akremi et Roussel, op.cit.). En ce
sens (cf. figure 15), l’effet direct (c’) s’annule complètement avec l’introduction de la variable
médiatrice M dans le modèle. Une médiation parfaite ou pure signifie l’existence d’une seule
variable intermédiaire dominante (Ibid.).

Or, dans notre cas comme dans d’autres domaines, il y a souvent plusieurs variables qui
interviennent en même temps pour expliquer comment et pourquoi une variable explique une
autre. La médiation partielle est donc plus fréquente (Baron et Kenny, 1986 ; Mackinnon et al.,
1995). Dans ce cas, l’inclusion d’une variable médiatrice M dans le modèle réduit la relation
(c) entre X et Y, sans pour autant l’annuler totalement. Si la médiation est partielle, l’influence

180
(c’) doit être inférieure à l’influence initiale (c) obtenue en l’absence de la variable médiatrice
(MacKinnon et al., 1995).

Baron et Kenny (1986) et Kenny et al. (1998) recommandent quatre tests pour évaluer l’effet
médiateur d’une variable M dans la relation entre la variable explicative X et la variable a
expliquer Y (cf. figure 15) :

− Etape 1. Montrer que le lien entre la variable X et la variable Y est significatif afin de
s’assurer de l’existence d’un effet à médiatiser. Dans la régression de Y sur X, le
coefficient (c) doit être donc significatif (Test de Student   ; p = 0,05) ;
− Etape 2. Montrer que la variable X a un effet significatif sur la variable M supposée
comme une variable X dans une analyse de régression de M sur X. Le coefficient (a)
doit être significatif ;
− Etape 3. S’assurer que le lien entre la variable M et la variable Y est significatif. Il s’agit
de faire une régression de Y sur à la fois M et X. En contrôlant X, le coefficient (b) entre
M et Y doit rester significatif ;
− Etape 4. Pour établir l’existence d’une médiation complète par M, le coefficient (c’)
liant X et Y devient nul, en contrôlant X. Il s’agit de vérifier que c’=0 en présence de
M, autrement la médiation est partielle.

Figure 16 – Modèle de Baron et Kenny pour l’analyse des variables médiatrices

181
Etape 1 : Régression de Y sur X

(c) significatif
X Y

Etape 2 : Régression de M sur X

(a) significatif
X M

Etape 3 : Régression de Y sur M et X

(a) significatif (b) significatif


X M Y

(c’)

Etape 4 : Vérifier c’ = 0 ou c’ < c ; vérifier a*b*c > 0 ; calculer a*b/c ; réaliser le test de Sobel

Source : El Akremi et Roussel, 2005.

Dans le même ordre d’idées, Lacroux (2010) recommande une analyse en cinq étapes pour
affirmer l’existence d’un effet de médiation de la variable M sur le lien entre la variable
indépendante et la variable dépendante.

Etape Test associé

− Effectuer une régression de Y sur X Le coefficient de régression (c) doit être significatif
− Effectuer une régression de M sur X Le coefficient de régression (a) doit être significatif

− Effectuer une régression multiple de Y sur Le coefficient de régression (b) doit être significatif
M et X
− Vérifier que le lien entre X et Y devient nul Le coefficient de régression (c’) de Y sur X doit devenir
(médiation totale) ou faible (médiation
non significatif en présence de M
partielle)

− Estimer l’ampleur et la signification de L’effet médiateur est partiel à partir du moment où le


l’effet médiateur coefficient (c’) demeure significatif.

Hypothèse 2 : Relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial


durable à travers l’utilisation du territoire.
182
En posant cette hypothèse, nous avons cherché à mesurer l’effet du construit «territoire» en tant
que variable médiatrice de la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial
durable (Hypothèse H2). Pour mesurer la médiation nous avons comparé le modèle étudié à un
deuxième modèle d’effet direct (sans le territoire). Les comparaisons entre les deux modèles en
termes de coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :

Tableau 43 – Analyse de l’effet médiateur du territoire

Régressions Coefficients T-value P-value Décision


(signe de l’hypothèse) β

Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 -
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
0,695 6,898 0,000 h2-1 validée
Innovation sociale Territoire (+)
Effet de M sur Y
0,481 3,329 0,001 h2-2 validée
Territoire DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
0,334 2,635 0,009 Remplie
Innovation sociale + Territoire DTD (+)

c > c’ : l’effet médiateur est établi


Effet médiateur H2 validée
(c’) est significatif : la médiation est partielle.

Comme souligné plus haut, on parle de médiation complète lorsque la variable explicative
(l’innovation sociale) n’affecte plus la variable expliquée (le développement territorial durable)
après l’introduction de la variable médiatrice (il s’agit ici du territoire). La médiation partielle
a lieu lorsque la relation entre la variable expliquée et la variable explicative est fortement
réduite après l’introduction de la variable médiatrice.

Après analyse du tableau 43, nous constatons que l’effet positif de l’innovation sociale sur le
développement territorial durable est fortement réduit lorsqu’on introduit le construit
«territoire». Ce résultat est intéressant dans la mesure où il suggère qu’une utilisation accrue
des territoires contribuerait à une amélioration importante des effets de l’innovation sociale sur
le développement territorial durable.

Plus précisément, l’importance du construit «territoire» dans le modèle se mesure par la


variation du coefficient β. Ainsi, nous constatons une diminution du β de 40,78% après
l’introduction de la variable médiatrice «territoire». Cette forte variation atteste donc de
l’importance d’utiliser les territoires lorsqu’on met en œuvre des projets socialement innovants.

183
En plus de la variation des coefficients β, nous pouvons calculer l’impact que le construit
«territoire» a sur le modèle structurel. Ceci consiste à déterminer la valeur de l’effet taille f2
(Cohen, 1988). Nous obtenons un effet taille moyen (f2 = 0,184) selon les critères29 de Cohen
(1988). Ainsi, l’inclusion du construit «territoire» dans le modèle augmente le pouvoir prédictif
de ce dernier de façon importante ce qui confirme l’importance de l’utilisation des territoires
lors de la conception et la mise en œuvre des projets socialement innovants.

Hypothèse 3 : Relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial


durable à travers l’utilisation de la gouvernance.

L’hypothèse 3 mesure l’effet médiateur de la gouvernance dans la relation entre l’innovation


sociale et le développement territorial durable. Selon cette hypothèse, la gouvernance médiatise
positivement la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième modèle
d’effet direct (sans la gouvernance). Les comparaisons entre les deux modèles en termes de
coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :

Tableau 44 – Analyse de l’effet médiateur de la gouvernance

Régressions Coefficients T-value P-value Décision


(signe de l’hypothèse) β

29
Des niveaux de f2 de 0.02 à 0.15, 0.15 à 0.35 et plus de 0.35 ont été considérés par Cohen (1988) comme étant
respectivement faible, moyen et fort.

184
Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 Remplie
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
0,486 5,308 0,000 h3-1 validée
Innovation sociale Gouvernance (+)
Effet de M sur Y
0,192 2,322 0,021 h3-2 validée
Gouvernance DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
Innovation sociale + Gouvernance DTD 0,094 2,036 0,042 Remplie
(+)

c > c’ : l’effet médiateur est établi


Effet médiateur H3 validée
(c’) est significatif : la médiation est partielle.

Les estimations des coefficients β sont de l’ordre de 0,564 (significatif à p ˂0,05) pour la
relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable, et de 0,094
(significatif à p ˂0,05) pour la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial
durable avec la médiation de la gouvernance. On peut donc conclure à l’existence d’un effet
médiateur partiel. Pour tester la force de l’effet médiateur, nous examinons la statistique f2.
Nous avons un f2 de 0.040, donc un effet faible.

Au vu de ces résultats, nous pouvons donc conclure que la gouvernance médiatise positivement
et de façon significative l’impact de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable.

Hypothèse 4 : Relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial


durable par la voie du capital social.

L’hypothèse 4 mesure le rôle médiateur du capital social dans la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Selon cette hypothèse, le capital social médiatise
positivement la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Egalement, pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième
modèle d’effet direct (sans le capital social). Les comparaisons entre les deux modèles en
termes de coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :

Tableau 45 – Analyse du rôle médiateur du capital social

Régressions Coefficients T-value P-value Décision


(signe de l’hypothèse) β

185
Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 Remplie
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
Innovation sociale Capital social (+) 0,351 3,449 0,001 h4-1 validée

Effet de M sur Y
0,346 4,557 0,000 h4-2 validée
Capital social DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
0,121 2,813 0,005 Remplie
Innovation sociale + Capital social DTD (+)

c > c’ : l’effet médiateur est établi


Effet médiateur H4 validée
(c’) est significatif : la médiation est partielle.

En effet, le capital social et l’innovation sociale sont associés positivement et de manière


significative (β = 0,351 significatif à p ˂ 0.05). De même, il existe une relation positive et
significative (β = 0,346 significatif à p ˂ 0.05). Par ailleurs, nous constatons que le coefficient
β = 0,564 et supérieur à β = 0,121 pour la relation entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable avec le capital social comme variable médiatrice. Au vu de cette réduction et
de la significativité des coefficients β, nous pouvons conclure à l’existence d’un effet médiateur.
Pour tester la force de cet effet, nous examinons le f 2. Nous avons un f2 de 0.152, donc un effet
moyen selon les critères de Cohen (1988).

Au vu de tous ces résultats, nous pouvons donc conclure que le capital social médiatise
positivement et de manière significative l’effet de l’innovation sociale sur le développement
territorial durable.

Hypothèse 5 : Relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial


durable par la voie de la durabilité.

L’hypothèse 5 mesure l’effet médiateur de la durabilité dans la relation entre l’innovation


sociale et le développement territorial durable. Selon cette hypothèse, la durabilité médiatise
positivement la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième modèle
d’effet direct (sans la durabilité). Les comparaisons entre les deux modèles en termes de
coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :

Tableau 46 – Analyse du rôle médiateur de la durabilité

186
Régressions Coefficients T-value P-value Décision
(signe de l’hypothèse) β

Effet de X sur Y
Innovation sociale DTD (+) 0,564 3,454 0,001 Remplie

Effet de X sur M
0,669 8,997 0,000 h5-1 validée
Innovation sociale Durabilité (+)
Effet de M sur Y
Durabilité DTD (+) 0,022 0,165 0,869 h5-1 rejetée

L’effet de X et M sur Y
0,015 0,162 0,871 NS
Innovation sociale + Durabilité DTD (+)

Effet médiateur l’effet médiateur n’est pas établi H5rejetée

L’analyse du tableau 46 nous permet de constater que l’innovation sociale et la durabilité sont
positivement corrélées et de manière fortement significative (β = 0,669 significatif à p ˂ 0.05).
En revanche, les résultats indiquent une relation positive, mais non significative (β = 0,022 ; T
= 0,165) entre la durabilité et le développement territorial durable. De même, bien que le
coefficient β (0,015) soit positif, il n’est pas significatif pour la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable en présence de la durabilité. Au vu de ces
résultats, nous ne pouvons pas conclure à l’existence d’un effet médiateur de la durabilité dans
la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Le tableau 47 illustre l’impact des résultats obtenus sur les hypothèses de recherche énoncées
dans le chapitre 2 de cette thèse.

187
Tableau 47 – Impact des résultats empiriques sur les hypothèses de recherche

Statut de
Hypothèse Effet attendu validation de
l’hypothèse
H1 L’innovation sociale influence positivement le développement territorial durable. + Confirmée

H2 Le territoire médiatise la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. + Confirmée

h2-1 L’innovation sociale est positivement associée au territoire. + Confirmée

h2-2 Le territoire est positivement associé au développement territorial durable. + Confirmée


La gouvernance intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation sociale et le développement
H3 + Confirmée
territorial durable.
h3-1 L’innovation sociale est positivement associée à la gouvernance. + Confirmée
h3-2 La gouvernance est positivement associée au développement territorial durable. + Confirmée
Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation sociale et le développement
H4 + Confirmée
territorial durable.
h4-1 L’innovation sociale est positivement associée au capital social. + Confirmée
h4-2 Le capital social est positivement associé au développement territorial durable. + Confirmée
La durabilité intervient comme variable médiatrice dans la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial
H5 + Rejetée
durable.
h5-1 L’innovation sociale est positivement associée à la durabilité. + Confirmée
h5-2 La durabilité est positivement associée au développement territorial durable. + Rejetée

188
3.2 Discussion des résultats

La première hypothèse (H1) relative à l’effet de l’innovation sociale sur le développement


territorial durable a été confirmée. En effet, l’analyse du tableau 11 a permis de constater que
l’innovation sociale est fortement et positivement associée au développement territorial
durable. Ces résultats corroborent donc les résultats des travaux cités lors de la formulation de
nos hypothèses de recherche (Cloutier, 2003 ; Hilier et al., 2004; Bouchard, M. 2006 ; Cameron
et al., 2007 ; Fontan, 2008 ; Bellemare et Klein, 2011; Richez-Battesti, 2011 ; Besançon et
Chochoy, 2013; Klein, 2014 ; Moulaert F. et Nussbaumer J., 2014 ; Unceta et al., 2016).

− Rôle médiateur du territoire

En ce qui a trait au rôle médiateur du territoire dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable, l’hypothèse (H2) a été confirmée. Ces résultats confirment
l’importance de l’utilisation des territoires (en tant que construit d’acteurs) lors de la conception
et la mise en œuvre des projets socialement innovants. Les deux hypothèses (h2-1 et h2-2)
relatives à la médiation du territoire dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable ont été vérifiées.

Ces résultats confirment, d’une part, les travaux de nombreux auteurs (notamment Fontan,
2008 ; Bellemare et Klein, 2011) qui mettent en évidence le lien entre innovation sociale et
territoire ; et ceux qui présentent le territoire comme acteur du développement territorial et
durable (Aydalot, 1985 ; Pecqueur, 2000 ; Pecqueur, 2005 ; Pecqueur, 2006 ; Pecqueur, 2010 ;
Rochman, 2008), d’autre part.

En effet, les différents projets socialement innovants mis en œuvre dans la région de Rabat-
Salé-Kénitra se sont, dans une large mesure, appuyés sur le territoire, le concevant comme un
acteur à part entière. Ils ont ainsi valorisé les ressources et savoir-faire locaux, ce qui a permis
la valorisation et le renforcement de l’identité territoriale et favorisé l’apparition de formes
d’organisation spécifiques et de nouvelles formes de gouvernance locale.

Cependant, il est difficile de considérer que les projets socialement innovants, menés dans la
région de notre étude, soient réellement transversaux. En effet, nous avons pu constater que les
promoteurs du développement (notamment les pouvoirs publics) ne jouent que faiblement le
rôle d’articulateurs entre les différentes initiatives qu’ils soutiennent. Les financements sont en

189
effet attribués de manière isolée pour des initiatives données correspondant pourtant à un même
objectif de développement territorial et non à un objectif spécifique.

Il en résulte des redondances et des déperditions des énergies et des ressources, qui font que
certains domaines, pourtant considérés comme déterminants dans la lutte contre la pauvreté, ne
soient pas traités de la même façon voire complètement occultés. Les exemples illustrant les
cas où une même action de développement est menée par des acteurs différents, sans aucune
concertation ni articulation des différentes initiatives entre elles, sont nombreux dans la région
de Rabat-Salé-Kénitra. Le manque d’articulation ne se manifeste pas uniquement à l’échelle
des territoires mais intervient également dans l’absence de correspondance entre les
préoccupations locales et globales.

L’absence de transversalité et le caractère encore largement sectoriel des projets socialement


innovants constituent donc un frein majeur à la mise en œuvre d’un véritable processus de
développement territorial durable. Nous avons remarqué qu’il y a une confusion de la part des
acteurs locaux entre le niveau territorial auquel est conçue l’action ou l’initiative et la nature
territoriale et transversale de cette initiative. Ce n’est pas parce qu’une action est conçue à
l’échelle du territoire qu’elle est forcément territoriale. Elle ne prend pas nécessairement en
compte toutes les composantes du développement ou tous les acteurs constitutifs du territoire.

L’absence de transversalité est aussi liée à la logique sectorielle des projets socialement
innovants et à la composition trop restreinte des coalitions elles-mêmes. Les initiatives ont en
effet du mal à sortir du domaine de l’action sociale et s’insèrent encore majoritairement dans
ce cadre. C’est globalement un résultat, presque mécanique, de la nature des orientations et des
savoir-faire des principaux acteurs locaux. Il est en effet peu objectif d’attendre d’un acteur,
surtout si ce n’est pas sa vocation d’origine, qu’il soit en mesure de concevoir et de mettre en
œuvre des projets touchant tous les secteurs de l’économie locale et à plus forte raison toutes
les franges de la société.

C’est donc au niveau de la transversalité que se situent les plus grands défis à relever et que les
pistes d’amélioration sont à rechercher. Toutefois, la situation commence à évoluer
positivement au sens où cette préoccupation, jusque-là occultée des projets et actions de
développement, pose désormais question.

− Rôle médiateur de la gouvernance

190
Pour l’effet médiateur de la gouvernance dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable, les hypothèses (H3, h3-1 et h3-2) ont été confirmées. Nos
résultats affirment, ainsi, que la gouvernance médiatise positivement et de façon significative
l’impact de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Ces résultats tendent
à corroborer à la fois les affirmations de certains chercheurs selon lesquelles l’innovation
sociale impacte positivement la gouvernance (Richez-Battesti, 2008, 2011) et celles présentant
une relation positive entre la gouvernance et le développement et à fortiori le développement
territorial durable (Gonçalves Cunha, 2000 ; Bourdin, 2004 ; Rochman, 2008).

Comme nous l’avons souligné au chapitre 1, la gouvernance prend corps dans des coalitions
d’acteurs divers (publics, privés, associatifs, populations locales) agissant en synergie pour la
réalisation d’objectifs communs (dont la résolution des problèmes et la mobilisation des
ressources). Leur engagement, leur capacité de mobilisation et le succès de nombreux projets
ont renforcé le rapprochement et la collaboration entre les membres des coalitions. La
multiplication des aides financières ou matérielles à certaines initiatives entraine de plus en plus
leur institutionnalisation même si cette dernière reste marginale par rapport à l’ensemble des
initiatives. Les nouvelles formes d’organisation développées pour ces initiatives bénéficient de
plus en plus d’un appui et d’une reconnaissance de l’Etat.

La collaboration croissante entre L’Etat et la société civile se manifeste également lors de la


conception des projets socialement innovants et de leur mise en œuvre. Force est de constater
que les revendications de la société civile expliquent en partie le lancement des réflexions sur
le développement territorial. Ainsi, la société civile contribue dorénavant à la conception et à
la mise en œuvre des initiatives de développement associées aux politiques publiques.

Ces interactions sont très positives dans la mesure où elles favorisent l’émergence et
l’affirmation des territoires, mais également la création d’espace de communication et de
dialogue entre les acteurs locaux. Ces espaces sont de véritables «pépinières» de construction
collective de nouvelles solutions et de nouvelles formes de gouvernance locale. Cela témoigne
de l’émergence d’une gouvernance territoriale au sens où ces nouvelles formes de gouvernances
locales reflètent «la recherche de dénominateurs communs entre les différentes coalitions de
projets se mobilisant sur le territoire» (Rochman, 2008, p : 399).

Toutefois, ces nouvelles orientations en matière d’élaboration et de mise en œuvre des projets
sociaux présentent encore de grandes lacunes. En premier lieu, les tentatives d’inclusion de la
société civile ne résultent pas uniquement d’une approche positive visant à renforcer le rôle et

191
l’implication des populations et des acteurs locaux, elles occultent un processus de
désengagement de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des politiques sociales.

Or, dans une logique de développement territorial durable : «l’action publique doit pouvoir
intervenir à l’échelle territoriale, dans une perspective de projet […]. L’existence d’un Etat
présent et actif est une nécessité pour permettre l’action décentralisée» (Pecqueur, 2005). Dans
ce sens, l’Etat se doit, concomitamment à la mise en œuvre des instances locales, «d’assurer
au moins trois fonctions : la redistribution, la médiation et la coordination» (Pecqueur, 2005).
D’après nos observations, l’Etat n’assure que partiellement ces fonctions. En effet, les
interactions entre l’Etat et ses partenaires de la société civile demeurent encore verticales et
relèvent davantage du contrôle que de l’échange.

Par ailleurs, le degré d’implication des populations et des acteurs locaux dans les projets
socialement innovants est fluctuant, et le manque de mobilisation fragilise souvent ces
coalitions de projets. En effet, dans notre région d’étude, la participation des acteurs locaux aux
réunions de préparation et de conception des projets sociaux est variable, et souvent certains
acteurs ne sont présents qu’au moment d’aborder les financements.

Ces limites, en plus du caractère partiel et sectoriel des coalitions de projet, entravent le dialogue
et entrainent des évitements voire des conflits entre acteurs locaux. Cela favorise, en
conséquence, le chevauchement et la multiplication de projets ponctuels et rend plus
compliquée l’émergence d’objectifs communs susceptibles de servir de base à un
développement territorial durable.

− Rôle médiateur du capital social

Concernant l’hypothèse 4 qui mesure le rôle médiateur du capital social dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable. Nos résultats indiquent que le
capital social médiatise positivement et de manière significative l’effet de l’innovation sociale
sur le développement territorial durable. En suivant cette logique, nous pourrions dire qu’un
plus grand niveau de capital social entraine une amélioration du niveau de développement
territorial durable. Ces relations positives corroborent donc les travaux portant sur le lien entre
l’innovation sociale et le capital social (Klein, 2008 ; Howaldt et Schwarz, 2010 ; Persais,
2013), d’une part ; et le ceux mettant en avant le rôle positif du capital social dans le
développement de manière générale (Abromovay, 1998 ; Bowles et Gintis, 2002 ; Grootaert et
Van Bastelaer, 2002 ; Dasgupta, 2010 ; Perret et Abrika, 2016 ; Rochman, 2008).

192
La multiplication des projets socialement innovants a permis donc, d’une part, l’accumulation
de diverses formes de savoir et de compétences (managériales, techniques, organisationnelles,
etc.) et, d’autre part, l’instauration d’un climat de confiance propice au dialogue entre les
acteurs locaux et au renforcement de leur identité collective.

Toutefois, ces résultats ne doivent pas nous faire oublier les difficultés qui demeurent encore
en suspens. En effet, malgré les efforts entrepris, le manque de formation30 et même simplement
l’accès à l’éducation est encore la réalité dominante dans notre région d’étude. En dépit de leurs
avancées en termes de développement dans les territoires où ils ont été mis en œuvre, les projets
socialement innovants n’ont qu’une portée partielle, ils n’atteignent en effet qu’une infime
proportion de la population de notre territoire de référence.

Cela pourrait s’expliquer essentiellement par la nature ponctuelle, sectorielle et non coordonnée
des initiatives socialement innovantes, conjuguée au manque de compétence et de qualification
des promoteurs de développement, aussi bien à l’échelle locale (associations, communes)
qu’institutionnel (ADS, EN, etc.). En effet, il n’existe pas de formation spécifique pour ces
nouvelles approches alternatives, ni de formation spécifique à la conduite d’un projet de
développement territorial et durable.

Par ailleurs, l’héritage culturel qui continue d’influencer fortement les mentalités freine
l’implication de populations locales dans le processus de développement. En effet, la nature
assistentialiste et clientéliste des politiques de développement explique en partie le manque
d’assiduité et d’engagement des populations pour certains projets. En conséquence, même
lorsque les promoteurs de développement inscrivent leurs actions dans une logique territoriale
et durable, l’implication et la participation des populations locales ne sont pas pour autant
garanties.

− Rôle médiateur de la durabilité

Enfin, l’hypothèse 5 sous-tendant la relation indirecte entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable par l’intermédiaire de la durabilité, est rejetée. Seule
l’hypothèse (h4-1) relative à l’influence positive de l’innovation sociale sur la durabilité a été
vérifiée. Pour la relation positive entre la durabilité et le développement territorial durable,
l’hypothèse (h4-2) a été rejetée. Ce résultat est assez étonnant surtout lorsqu’on se réfère à la

La vérification de la significativité de l’indicateur «capacité d’absorption de la connaissance» affiche une valeur


30

non significative (cf. Section 2, Chapitre 2, Partie 2).

193
littérature (académique ou autre) portant sur la nécessité de prendre en compte la dimension
« environnement » lors de la conception des projets/programmes, et lorsqu’on analyse les
conclusions des travaux portant sur la relation entre l’innovation sociale et le développement
durable (Moulaert et Parra, 2011 ; Richez-Battesti et al., 2012).

Cette absence d’effet médiateur de la durabilité explique les difficultés que rencontrent encore
les promoteurs de développement à traiter de façon co-évolutive31 la relation homme/nature.
En effet, les projets socialement innovants s’inspirant des principes de développement durable
demeurent encore trop marginaux et/ou ne prennent pas suffisamment en compte les impacts
sur le long terme. De plus, le manque d’ampleur (en nombre de participants et de bénéficiaires)
de ces projets, et leur difficile insertion économique dans les marchés (même locaux) limitent
leur impact à un niveau très micro (quelques familles ou communautés).

Par ailleurs, si certaines initiatives (tel le cas de la coopérative de gestion des déchets
«Attawafouk») ont permis de valoriser des ressources locales jusqu’alors dévalorisées dans le
cadre d’activités alternatives, ces initiatives demeurent assez marginales et les ressources en
question restent peu exploitées. Il en résulte de ces résultats que la question environnementale
en général, et la préservation des ressources naturelles en particulier, est encore davantage
perçue comme une contrainte que comme une opportunité.

Dans les sections précédentes, nous avons décrit le profil des acteurs interrogés selon leurs
attributs socioprofessionnels (catégorie, lieu d’activité, taille, genre, etc.). Nous avons, par la
suite, procédé à d’autres analyses descriptives décrivant le potentiel et les réalisations
d’innovation sociale. Ces analyses ont établi des différences entre les acteurs en ce qui a trait à
leurs connaissances antérieures, leur effort d’acquisition des connaissances, leurs coopérations,
leurs sources de financement, leurs méthodes de suivi et d’évaluation, l’impact organisationnel
et sectoriel de leurs projets, etc. Nous avons également procédé à des évaluations de notre
modèle global (modèle de mesure et modèle structurel), lesquelles nous ont permis, d’une part,
de présenter l’impact sur nos hypothèses de recherche et de discuter les résultats obtenus,
d’autre part.

Conclusion de la deuxième partie

31
Cf. chapitre 1, section 2.

194
La première partie de ce travail de recherche avait abouti à l’élaboration d’un cadre conceptuel
de l’effet médiatisé de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Cette
deuxième partie nous a permis de mettre en œuvre le cadre conceptuel par l’opérationnalisation
des variables et par le test des hypothèses.

Dans le chapitre I, nous avons, dans un premier temps, présenté les diverses caractéristiques
(administratives, démographiques et socio-économiques) de notre région d’étude. Cette analyse
nous a conduits à mettre en évidence un certain nombre de particularités spécifiques à notre
territoire d’étude ainsi que les principaux défis qui lui sont posés. Ensuite, nous avons exposé
les données relatives à notre échantillon ainsi que l’approche méthodologique que nous avons
choisie pour tester nos hypothèses de recherche.

Le chapitre II est consacré à la présentation et la discussion des résultats des tests des hypothèses
de la recherche. D’une manière très synthétique, il faut retenir que l’innovation sociale est
fortement et positivement associée au développement territorial durable. Les résultats du test
des hypothèses nous ont également permis de montrer les rôles médiateurs du territoire, de la
gouvernance et du capital social dans la relation entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable.

La conclusion générale de cette recherche présentera les principales contributions théoriques et


méthodologiques de ce travail de recherche. Nous présenterons également les limites et les
perspectives de recherche afin de l’améliorer et le compléter.

CONCLUSION GENERALE

195
Cette thèse avait comme objectif principal de mesurer l’effet des projets socialement innovants
sur le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Dans une
perspective territoriale, nous avons testé un modèle PLS mettant en relation médiatisée
l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Les premières analyses, qui étaient descriptives, ont permis de dégager un portrait général des
projets socialement innovants mis en œuvre dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Pour ce qui
est de l’analyse des tests de médiation, il en ressort:

Concernant le rôle médiateur du territoire dans la relation entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable, l’hypothèse (H2) a été confirmée. Ces résultats confirment
l’importance de l’utilisation des territoires (en tant que construit d’acteurs) lors de la conception
et la mise en œuvre des projets socialement innovants. Dit autrement, les différents projets
sociaux mis en œuvre dans la région de Rabat-Salé-Kénitra se sont, dans une large mesure,
appuyés sur le territoire, le concevant comme un acteur à part entière.

Cependant, le manque de transversalité, le caractère encore largement sectoriel des projets


sociaux et la composition trop restreinte des coalitions constituent un obstacle persistant à la
mise en œuvre d’un véritable processus de développement territorial durable. Comme nous
l’avons souligné précédemment, c’est globalement un résultat presque mécanique de la nature
des orientations et des savoir-faire des principaux acteurs locaux. Il est en effet peu objectif
d’attendre d’un acteur, surtout si ce n’est pas sa vocation d’origine, qu’il soit en mesure de
concevoir et de mettre en œuvre des projets touchant tous les secteurs de l’économie locale et
à plus forte raison toutes les franges de la société.

Par ailleurs, l’absence de participation du secteur privé fragilise également de nombreux projets
sociaux. En effet, rares sont les cas ou des entreprises ont participé, matériellement ou
financièrement, a la mise en œuvre des projets. Quelques cas existent (par exemple le cas de la
coopérative Attawafouk), mais l’action de ces entreprises n’était pas coordonnée aux actions
menées en parallèle par d’autres promoteurs du développement (institutions publiques,
associations, etc.), d’où un risque de doublon.

De plus, le manque d’interaction avec le secteur privé est pénalisant car il prive les porteurs de
projets de l’accès à de nombreux réseaux socio-économiques et techniques. Cette séparation est
le résultat d’une conception persistante encore chez certains promoteurs du développement,
essentiellement dans la sphère associative, conception qui oppose la logique marchande à la

196
logique sociale. Ces acteurs demeurent réticents aux interactions directes avec le monde de
l’entreprise.

D’autre part, l’émiettement des ressources et le caractère ponctuel des projets sociaux traduisent
également l’absence d’une stratégie globale correspondant à un projet de territoire. Ce ne sont
pas tant le nombre et la taille qui sont en cause dans ce cas, mais le manque de lien entre les
actions. En effet, sans un solide travail de coordination, il existe peu de chances que
s’établissent des synergies entre les différentes initiatives et, sans synergies il est peu probable
voire impossible qu’émerge de véritable dynamiques de développement territorial durable.

Pour l’effet médiateur de la gouvernance dans la relation entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable, l’hypothèse (H3) a été confirmée. Nos résultats affirment,
ainsi, que la gouvernance médiatise positivement et de façon significative l’impact de
l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Cela témoigne de l’émergence
d’une gouvernance territoriale dans la mesure où ces nouvelles formes de gouvernances locales
reflètent «la recherche de dénominateurs communs entre les différentes coalitions de projets se
mobilisant sur le territoire» (Rochman, 2008, p : 399).

Toutefois, cette nouvelle orientation en matière d’élaboration et de mise en œuvre des projets
sociaux présentent encore de grandes lacunes. En premier lieu, les tentatives d’intégration de la
société civile ne résultent pas uniquement d’une approche positive visant à renforcer le rôle et
l’implication des populations et des acteurs locaux, elles occultent un processus de
désengagement de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des politiques sociales.

Par ailleurs, le degré d’implication des populations et des acteurs locaux dans les projets
socialement innovants est fluctuant, et le manque de mobilisation fragilise souvent ces
coalitions de projets. En effet, dans notre région d’étude, la participation des acteurs locaux aux
réunions de préparation et de conception des projets sociaux est variable, et souvent certains
acteurs ne sont présents qu’au moment d’aborder les financements.

Ces limites, en plus du caractère partiel et sectoriel des coalitions de projet, entravent le dialogue
et entrainent des évitements voire des conflits entre acteurs locaux. Cela favorise, en
conséquence, le chevauchement et la multiplication de projets ponctuels et rend plus
compliquée l’émergence d’objectifs communs susceptibles de servir de base à un
développement territorial durable.

197
En ce qui a trait à l’hypothèse 4 qui rend compte du rôle médiateur du capital social dans la
relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. Nos résultats
indiquent que le capital social médiatise positivement et de manière significative l’effet de
l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Dit autrement, la multiplication
des projets socialement innovants a permis donc, d’une part, l’accumulation de diverses formes
de savoir et de compétences (managériales, techniques, organisationnelles, etc.) et, d’autre part,
l’instauration d’un climat de confiance propice au dialogue entre les acteurs locaux et au
renforcement de leur identité collective.

Toutefois, ces résultats ne doivent pas nous faire oublier les difficultés qui demeurent encore
en suspens. En effet, malgré les efforts entrepris, le manque de formation32 et même simplement
l’accès à l’éducation est encore la réalité dominante dans notre région d’étude. En dépit de leurs
avancées en termes de développement dans les territoires où ils ont été mis en œuvre, les projets
socialement innovants n’ont qu’une portée partielle, ils n’atteignent en effet qu’une infime
proportion de la population de notre territoire de référence.

Enfin, l’hypothèse 5 sous-tendant la relation indirecte entre l’innovation sociale et le


développement territorial durable par la médiation de la durabilité, a été rejetée. Cette absence
d’effet médiateur de la durabilité explique les difficultés que rencontrent encore les promoteurs
de développement à traiter de façon co-évolutive33 la relation homme/nature. En effet, les
projets socialement innovants s’inspirant des principes de développement durable demeurent
encore trop marginaux et/ou ne prennent pas suffisamment en compte les impacts sur le long
terme. De plus, le manque d’ampleur (en nombre de participants et de bénéficiaires) de ces
projets, et leur difficile insertion économique dans les marchés (même locaux) limitent leur
impact à un niveau très micro (quelques familles ou communautés).

D’autre part, il est très rare qu’une évaluation et un suivi du projet soit assurés postérieurement
à sa mise en œuvre. En conséquence, lorsqu’un projet connait des difficultés, il est fréquemment
abandonné et ces difficultés ne seront (éventuellement) pas prises en compte que dans le cadre
des projets suivants. Ceci conduit parfois à l’abandon de projets qui auraient pu être sauvés
grâce à une évaluation ou un diagnostic (rétroactif) et freine le processus de capitalisation des
expériences. Lorsque ces évaluations existent, elles sont le plus souvent réalisées par les

32
La vérification de la significativité de l’indicateur «capacité d’absorption de la connaissance» affiche une valeur
non significative (cf. Section 2, Chapitre 2, Partie 2).
33
Cf. chapitre 1, section 2.

198
bailleurs de fonds du projet, et s’apparentent davantage à un contrôle de gestion, limité aux
seuls aspects administratif et financier, qu’à un bilan de projet analysant l’ensemble des
processus et des impacts induits par la mise en œuvre du projet.

Il reste par ailleurs difficile de trouver un équilibre entre les approches éco-centrées et anthropo-
centrées de développement. L’approche co-évolutive des relations homme/nature est encore
marginale et la plupart des projets ont tendance à négliger soit la dimension environnementale
soit la dimension sociale du développement. Malgré les quelques points positifs cités plus haut,
et qui sont plus des ferments d’évolution que des avancées effectives, il en résulte de cette
dichotomie que la question environnementale en général, et la préservation des ressources
naturelles en particulier, est encore davantage perçue comme une contrainte que comme une
opportunité.

Principales contributions de la recherche

Sur le plan théorique, nous avons retenu un modèle causal impliquant des médiations pour
mieux comprendre comment l’innovation sociale influence le développement territorial
durable. Ce cadre offre, selon nous, une perspective permettant de mettre en évidence des
processus médiateurs. L’identification des processus médiateurs a des implications aussi bien
pour la recherche fondamentale que pour la recherche appliquée. D’une part, les processus
médiateurs nous donnent des indications sur la façon dont un phénomène économique se
produit. Certes, il est intéressant de démontrer qu’une variable donnée exerce une certaine
influence. Mais si l’on veut comprendre cette influence, si l’on veut la mettre en relation avec
d’autres variables ou phénomènes, ou si l’on veut l’intégrer dans un cadre théorique plus large,
il est nécessaire de comprendre les mécanismes générateurs ou les moyens par lesquels cette
influence se produit.

Par ailleurs, les processus médiateurs nous renseignent sur les interventions à effectuer. Par
exemple, si l’influence de la capacité d’absorption des connaissances sur l’innovation est
médiatisée par l’effort d’acquisition de la connaissance, il conviendra d’envisager une
intervention qui vise à modifier cet effort d’acquisition. En revanche, si cette influence est
médiatisée par les connaissances antérieures, l’intervention appropriée sera radicalement
différente. L’analyse des variables médiatrices est alors le meilleur moyen de mettre en œuvre
une intervention qui produira l’influence désirée (Brauer, 2000).

199
Sur le plan méthodologique, l’utilisation de la méthode PLS s’est révélée bien adaptée à la
problématique de cette recherche. Elle nous a permis d’évaluer la qualité d’un modèle
exploratoire, intégrant des construits formatifs, un construit réflectif et des variables
médiatrices, le tout sur un échantillon relativement petit (n = 109). Cette configuration est
relativement courante dans les études quantitatives traitant des relations à variables latentes qui
représentent des phénomènes indirectement observables, ce qui plaide pour un usage plus
fréquent de l’approche PLS dans l’estimation des modèles d’équations structurelles.

Enfin, cette recherche a porté sur la question de développement qui est la question la plus
débattue, actuellement, au Maroc et qui est sensible à une multitude de facteurs sociaux,
économiques, culturels, institutionnels voire environnementaux. Cette recherche pourrait aider
les gestionnaires et les promoteurs de ce domaine à comprendre la nécessité de l’articulation
entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.

Limites et perspectives de la recherche

Malgré ces apports, notre recherche présente des limites. La première limite que nous tenons à
signaler concerne la nature de l’échantillon que nous avons retenu pour tester nos hypothèses
de recherche. Cet échantillon, mentionné dans le chapitre 1 (Partie 2), est constitué de trois
catégories d’acteurs territoriaux œuvrant dans la région la région de Rabat-Salé-Kénitra. Ces
catégories ont été recensées grâce à leur implication dans les projets sociaux. Nos divers
contacts et interventions que nous avons faits nous n’ont permis d’identifier que partiellement
cette population, particulièrement difficile (notamment la catégorie « associations »), étant
donné l’absence d’une base de données régionale. De plus, nous n’avons rencontré que peu de
représentants de la sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein
des coalitions de projets sociaux comme des diverses formes de gouvernance locale. Une étude
exhaustive n’était donc pas envisageable.

De ce fait, les projets sociaux interrogés dans le cadre de cette enquête présentaient un profil
spécifique qui n’est pas généralisable à tous les projets sociaux mis en œuvre dans la région de
Rabat-Salé-Kénitra. Les futures recherches pourraient considérer cette limite en établissant des
critères de recherche permettant de joindre une population plus élargie qui, elle, serait
susceptible de représenter le profil de ces acteurs.

La deuxième limite que nous nous devons de mentionner a trait à l’opérationnalisation de la


dimension de la capacité d’absorption des connaissances. Les résultats n’ont fait ressortir aucun

200
lien significatif reliant cette dimension à l’innovation sociale. Cependant, nous croyons que ce
résultat ne signifie pas nécessairement que les acteurs interrogés n’ont pas de capacité
d’absorption des connaissances. Au contraire, nous pensons que l’existence de projets sociaux
innovants est expliquée en partie par la capacité des acteurs interrogés à identifier, à acquérir,
à transformer et à exploiter la connaissance. Ce résultat contraire à nos attentes pourrait
s’expliquer par le fait que l’opérationnalisation, telle que définie, de cette dimension ne reflète
pas correctement sa nature réelle, qui probablement sous-tend d’autres items que ceux que nous
avons retenu.

La troisième limite à laquelle nous avons fait face concerne le nombre d’observations à partir
desquelles nous avons complété nos analyses statistiques. Ce nombre (n = 109) ne nous
permettait pas de tester l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable et ce à partir des méthodes des équations structurelles de type LISREL. Nous avons
ainsi opté pour la méthode des équations structurelles PLS.

La quatrième limite de notre recherche renvoie aux limites inhérentes à la méthode PLS elle-
même (Sosik et al., 2009) : le fait que cette approche soit basée sur une maximisation du pouvoir
explicatif des variables indépendantes et ne tient pas compte des erreurs de mesure rend
approximatif le jugement sur la qualité d’ajustement d’un modèle aux données empiriques, et
à la comparaison entre modèles, «il est relativement difficile de comparer la qualité de plusieurs
modèles concurrents, en raison de l’absence d’indices d’ajustement» (Lacroux, 2010, 21).

Par ailleurs, l’utilisation de construits formatifs dans notre modèle présente une limite
supplémentaire. En effet, la mesure des construits formatifs n’a pas fait l’objet d’un consensus
que celui qui existe pour les construits réflectifs. En ce sens, deux problèmes demeurent en
suspens. Premièrement, la validité convergente et discriminante des construits formatifs reste
un sujet de controverse : il y a un réel désaccord sur la pertinence, voire la nécessité des
procédures de validation (Bagozzi, 1994 ; Mc Kenzie et al., 2005 ; Rossiter, 2005).
Deuxièmement, l’utilisation de construits formatifs comme variables endogènes dans un
modèle pose un problème insoluble : Wiley (2005) écrit par exemple qu’il n’existe aucune
technique plausible permettant de modéliser l’effet d’une variable quelconque sur un construit
formatif, car celui-ci devrait, ajoute l’auteur, dépendre exclusivement de la combinaison de ses
indicateurs.

Le dernier point que nous souhaitons proposer en tant que piste de recherche, concerne l’usage
de la méthode PLS dans le cadre de modèles d’équations structurelles constitue une nouvelle

201
approche dans les travaux portant sur l’innovation sociale et le développement territorial
durable. Malgré ses limites, elle ouvre donc de réelles perspectives de recherche, car les
modèles élaborés dans le cadre de ces travaux possèdent des caractéristiques s’ajustant bien
avec l’usage de cette méthode. Il nous semble indispensable aujourd’hui de poursuivre dans le
domaine de développement le chantier ouvert par cette recherche.

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ANNEXES

223
Annexe 1 – Questionnaire

Renseignements sur l’organisation

1) Nom de l’organisation

Le terme «organisation» réfère, selon le cas, à : Collectivité territoriale, Organisation à but non lucratif,
Organisme public (Agence, Etablissement, Département, etc.).

……………………………………………………………………………………………………………

2) Secteur d’activité

Une seule réponse possible

Action caritative et humanitaire


Action sociale
Association professionnelle
Culture, Sport et Loisirs
Collectivité territoriale
Education, Formation, Insertion
Défense droits et causes
Economie, développement
Entreprise sociale
Environnement
Logement
Microfinance
Santé
Autre

3) Ville

……………………………………………………………………………………………………………...

4) Date de création

……………………………………………………………………………………………………………...

5) Portée géographique de l’action

Une seule réponse possible

Locale
Provinciale
Régionale
Nationale

224
Renseignements sur la personne enquêtée

6) Nom et prénom

……………………………………………………………………………………………………………...

7) Qualité
Une seule réponse possible

Conseillère / Conseiller
Cadre / Chargé(e) de mission
Chef de département /Division
Culture, Sport et Loisirs
Déléguée / Délégué
Directrice / Directeur
Gérante / Gérant
Membre (Conseil, Bureau, etc.)
Président(e) / Vice-président(e)
Secrétaire / Secrétaire adjoint(e)
Autre

Partie 1 - Potentiel d'innovation sociale

8) Veuillez indiquer le nombre de vos employés / membres :


Une seule réponse possible

Moins de 10
Entre 10 et 49
Entre 50 et 250
Plus de 250

9) Veuillez donner une estimation du pourcentage des femmes dans l'effectif total :
Une seule réponse possible

10 %
20 %
30 %
40 %
50 %
60 %
70 %
80 %
90 %
100 %

225
10) Veuillez donner une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau
d’éducation :
Une seule réponse possible par ligne

Moins de 20% 20% à 39% 40% à 59% 60% à 79% 80% à 100%
Niveau
primaire
Niveau
secondaire
Niveau
supérieur

11) Durant les cinq dernières années, votre organisation faisait-elle partie d'un réseau?
Par réseau nous entendons un regroupement formel d’institutions sous forme d’union d’associations ou
fédération.

OUI
NON

12) Au cours des cinq dernières années, de 2013 à 2017, votre organisation a-t-elle réalisé les
activités suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent


Formation du personnel

Analyse des besoins sociaux de


la population relevant de son
territoire

Recherche de solutions
innovantes aux besoins sociaux

Mise en place d’un espace


d’échange d’idées ou de
construction collective de
solutions

13) Durant les cinq dernières années, à quelle fréquence votre organisation a-t-elle effectué les
activités suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

226
Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent

Recevoir des fonds de sources


différentes (public, privé, ONG,
etc.)

Echanger et partager des


expériences avec d’autres
acteurs
du territoire
Développer des activités
communes avec d’autres acteurs
du territoire

14) Au cours des cinq dernières années, votre organisation a-t-elle développé des
projets/programmes sociaux ?

Par projet social nous entendons un ensemble d’actions co-construites et mises en œuvre ou pouvant être
mises en œuvre pour atténuer ou résoudre un problème collectif qui affecte un groupe social particulier
ou toute une communauté.
Une seule réponse possible.

OUI
NON

Si vous avez coché « Non », veuillez passer à la dernière question

Partie 2 - Réalisations d'innovation sociale

15) Quelles sources d’idées vous ont été utiles pour le développement de ces projets sociaux ?
Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent


Source interne (idée émanant
d’un collaborateur)
Participation à des réseaux
sociaux

Appel à projets, partenariat

Contacts avec la population


locale (expression des besoins)

Idées issues d'organisations ou de


communautés d'autres pays

227
16) Qui a développé ces projets sociaux ?
Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent

Votre organisation uniquement


Votre organisation
conjointement avec d’autres
organisations
Votre organisation en adaptant
ou modifiant des projets
développés par d’autres
organisations
D’autres organisations

17) Veuillez donner une estimation du pourcentage des fonds obtenus pour le financement de vos
projets sociaux, selon la source de financement :
(Exemple: F. publics 60%, F. externes 30%, F. propres 10%)
Une seule réponse possible par ligne.

Moins de 20% 20% à 39% 40% à 59% 60% à 79% 80% à 100%
Fonds publics
Fonds (privés)
Fonds propres

18) Veuillez préciser le degré d’implication de la population cible :


Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent

La population cible a été


informée du projet
La population cible a été
impliquée dans la prise de
décision et a participé
activement à la conception, à la
mise en œuvre et à l’évaluation
du projet
La population cible a créé de
nouvelles structures grâce au
projet

228
19) Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à vos projets sociaux?
Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent


Diagnostic antérieur

Evaluation du processus
Evaluation des produits /
résultats
Evaluation de l’impact (effets de
l’intervention)
Evaluation de la durabilité du
projet (Prise en compte des
préoccupations
environnementales)

20) Dans quelle mesure les projets sociaux, développés au cours des cinq dernières années, ont-ils
apporté les améliorations suivantes?
Une seule réponse possible par ligne.

Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent

Capacité organisationnelle à
identifier et analyser des besoins
sociaux
Aptitudes managériales et
techniques à monter et réaliser
des projets sociaux
Capacité organisationnelle à
coopérer avec d'autres acteurs
Compétence organisationnelle à
suivre et évaluer des projets
sociaux

Capacité organisationnelle à
mobiliser des ressources

21) Indiquez si les résultats de vos projets sociaux ont été reproduits dans une communauté autre
que la population cible du projet initial (période 2013-2017) :
Une seule réponse possible par ligne.

OUI
NON

229
22) Veuillez préciser la portée de l'impact sectoriel de vos projets sociaux développés durant la
période 2013-2017 :
Plusieurs réponses possibles.

Culture, Sport et Loisirs


Education et formation
Emploi
Protection de l'environnement
Droits, liberté et égalité

Habitat et cadre de vie

Mobilité et accessibilité
Santé et accès aux soins
Infrastructures de base (eau,
électricité et assainissement)

23) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Nos projets sociaux permettent
de satisfaire des besoins non
satisfaits par l’Etat ou le marché
Par le biais de nos projets
sociaux, nous améliorons la
capacité d’accès aux ressources
des plus démunis et favorisons-
la solidarité et la cohésion au
sein du territoire
Par nos projets sociaux,
nous contribuons à combattre
les problèmes de précarité au
sein du territoire
Par nos projets sociaux,
nous offrons une réponse
aux challenges du
développement durable

230
24) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Votre organisation tient ses
promesses et ses engagements
vis-à-vis des acteurs du
territoire
Les partenariats mis en place
avec les acteurs du territoire
sont basés sur la confiance et le
principe de réciprocité
En cas de difficulté majeure,
vous pouvez compter sur la
solidarité des autres acteurs du
territoire

L’avenir de votre organisation


est lié à celui des autres acteurs
du territoire

25) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Les projets sociaux
développés par votre
organisation s’inscrivent dans le
cadre d’un projet global du
territoire
Les projets sociaux sont
approuvés par une entité de
gouvernance territoriale

Les résultats obtenus sont


évalués par une entité de
gouvernance territoriale

231
Partie 3 - Organisation non innovante au cours des cinq dernières années

26) Parmi les raisons suivantes, lesquelles expliquent l’absence de projets sociaux au sein de votre
organisation de 2013 à 2017 ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.

Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Aucun besoin de développer
des projets sociaux en raison
d’une faible pression sur votre
territoire (faible demande
sociale)
Absence d’idées

Vous avez envisagé de


développer des projets sociaux,
mais les obstacles étaient trop
importants (Manque de
financement, manque de
compétences, absence de
partenaires, etc.)

232
Annexe 2 – Path Coefficients

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 0,346
DTD
Durabilité 0,022
Gouvernance 0,192
Innovation sociale 0,351 0,564 0,669 0,486 0,695
Territoire 0,481

Annexe 3 – Specific Indirect Effects

Specific Indirect Effects


Innovation sociale -> Capital social -> DTD 0,121
Innovation sociale -> Durabilité -> DTD 0,015
Innovation sociale -> Gouvernance -> DTD 0,094
Innovation sociale -> Territoire -> DTD 0,334

Annexe 4 –Total Effects

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 0,346
DTD
Durabilité 0,022
Gouvernance 0,192
Innovation sociale 0,351 0,564 0,669 0,486 0,695
Territoire 0,481

233
Annexe 5 – Outer Loadings

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor -0,036
Capacité 0,636
Confiance 0,823
Coopération 0,721
Créat_Nouv_Stru 0,938
Culture, Sport et Loisirs 0,880
Diffusion -0,423
Droits, liberté et égalité 0,856
Education et formation 0,500
Emploi 0,478
Eval_ Dur 0,267
Finalité 0,990
Habitat et cadre de vie 0,782
Implication 0,929
Infrastructures de base 0,790
Mobilité et accessibilité 0,630
Protection de l'environnement 0,835
Réseautage 0,560
Santé 0,779
Transversalité_1 0,897
Transversalité_2 0,323
Transversalité_3 0,444

234
Annexe 6 – Outer Weights

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor -0,145
Capacité 0,410
Confiance 0,748
Coopération 0,407
Créat_Nouv_Stru 0,898
Culture, Sport et Loisirs 0,194
Diffusion -0,232
Droits, liberté et égalité 0,191
Education et formation 0,115
Emploi 0,088
Eval_ Dur 0,223
Finalité 1,005
Habitat et cadre de vie 0,155
Implication 0,761
Infrastructures de base 0,161
Mobilité et accessibilité 0,120
Protection de l'environnement 0,159
Réseautage 0,219
Santé 0,141
Transversalité_1 0,851
Transversalité_2 0,362
Transversalité_3 0,271

Annexe 7 – Latent Variable Correlations

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 1,000 0,546 0,361 0,580 0,359 0,399
DTD 0,546 1,000 0,424 0,464 0,239 0,495
Durabilité 0,361 0,424 1,000 0,449 0,656 0,735
Gouvernance 0,580 0,464 0,449 1,000 0,466 0,444
Innovation sociale 0,359 0,239 0,656 0,466 1,000 0,707
Territoire 0,399 0,495 0,735 0,444 0,707 1,000

235
Annexe 8 – R Square

R Square R Square Adjusted


Capital social 0,123 0,114
DTD 0,445 0,418
Durabilité 0,448 0,443
Gouvernance 0,236 0,228
Territoire 0,483 0,479

Annexe 9 – f Square

Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire


Capital social 0,152
DTD
Durabilité 0,015
Gouvernance 0,040
Innovation sociale 0,148 0,110 0,755 0,278 0,998
Territoire 0,184

Annexe 10 – Construct Reliability and Validity

Cronbach's Composite Average Variance


rho_A
Alpha Reliability Extracted (AVE)
Capital social 1,000
DTD 0,890 0,915 0,913 0,547
Durabilité 1,000
Gouvernance 1,000
Innovation sociale 1,000
Territoire 1,000

Annexe 11 – Fornell-Larcker Criterion

Capital social DTD Durabilité Gouvernance Innovation


sociale
DTD 0,546 0,740

Durabilité 0,361 0,424

Gouvernance 0,580 0,464 0,449

Innovation sociale 0,359 0,239 0,656 0,466

Territoire 0,399 0,495 0,735 0,444 0,707

236
Annexe 12 – Cross Loadings

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor 0,074 -0,085 -0,101 0,152 -0,036 -0,083
Capacité 0,636 0,382 0,023 0,588 0,177 0,125
Confiance 0,823 0,432 0,442 0,340 0,323 0,438
Coopération 0,361 0,329 0,401 0,721 0,342 0,338
Créat_Nouv_Stru 0,320 0,301 0,938 0,403 0,678 0,693
Culture, Sport et Loisirs 0,542 0,880 0,445 0,437 0,233 0,446
Diffusion -0,164 -0,441 -0,423 -0,105 -0,108 -0,294
Droits, liberté et égalité 0,524 0,856 0,432 0,482 0,253 0,443
Education et formation 0,419 0,500 0,212 0,392 0,341 0,316
Emploi 0,276 0,478 0,278 0,264 0,338 0,322
Eval_ Dur 0,160 0,231 0,267 0,280 0,099 0,200
Finalité 0,367 0,226 0,638 0,486 0,990 0,691
Habitat et cadre de vie 0,380 0,782 0,279 0,290 0,070 0,348
Implication 0,569 0,435 0,376 0,929 0,430 0,402
Infrastructures de base 0,389 0,790 0,248 0,313 0,049 0,352
Mobilité et accessibilité 0,260 0,630 0,255 0,181 0,133 0,369
Protection de l'environnement 0,425 0,835 0,270 0,367 0,106 0,332
Réseautage 0,560 0,305 0,097 0,385 0,203 0,093
Santé 0,342 0,779 0,352 0,310 0,181 0,365
Transversalité_1 0,380 0,315 0,710 0,497 0,724 0,897
Transversalité_2 0,069 -0,328 -0,245 0,144 -0,110 -0,323
Transversalité_3 0,372 0,398 0,155 0,269 0,189 0,444

237
Annexe 13 – Outer VIF Values

VIF
Cap_Absor 1,012
Capacité 1,629
Confiance 1,018
Coopération 1,206
Créat_Nouv_Stru 1,030
Culture, Sport et Loisirs 3,761
Diffusion 1,064
Droits, liberté et égalité 3,722
Education et formation 5,526
Emploi 5,576
Eval_ Dur 1,033
Finalité 1,012
Habitat et cadre de vie 7,895
Implication 1,206
Infrastructures de base 8,232
Mobilité et accessibilité 1,917
Protection de l'environnement 6,018
Réseautage 1,627
Santé 3,710
Transversalité_1 1,051
Transversalité_2 1,002
Transversalité_3 1,051

Annexe 14 – Inner VIF Values

Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire


Capital social 1,565
DTD
Durabilité 2,416
Gouvernance 1,740
Innovation sociale 1,000 2,260 1,000 1,000 1,000
Territoire 2,758

238
Annexe 15 – Inner Model

Innovation
Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire
sociale
Capital social 1,000
DTD
Durabilité 1,000
Gouvernance 1,000
Innovation sociale 1,000 1,000 1,000 1,000 1,000
Territoire 1,000

Annexe 16 – Outer Model

Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor 1,000
Capacité 1,000
Confiance 1,000
Coopération 1,000
Créat_Nouv_Stru 1,000
Culture, Sport et Loisirs -1,000
Diffusion 1,000
Droits, liberté et égalité -1,000
Education et formation -1,000
Emploi -1,000
Eval_ Dur 1,000
Finalité 1,000
Habitat et cadre de vie -1,000
Implication 1,000
Infrastructures de base -1,000
Mobilité et accessibilité -1,000
Protection de
-1,000
l'environnement
Réseautage 1,000
Santé -1,000
Transversalité_1 1,000
Transversalité_2 1,000
Transversalité_3 1,000

239
Annexe 17 – Outer Weights (Mean, STDEV, T-Values, P-Values)

Standard
Original Sample T Statistics
Deviation P Values
Sample (O) Mean (M) (|O/STDEV|)
(STDEV)
Cap_Absor -> Innovation sociale -0,145 -0,145 0,145 0,995 0,320
Capacité -> Capital social 0,410 0,403 0,188 2,184 0,029
Confiance -> Capital social 0,748 0,737 0,105 7,138 0,000
Coopération -> Gouvernance 0,407 0,398 0,167 2,441 0,015
Créat_Nouv_Stru -> Durabilité 0,898 0,862 0,207 4,333 0,000
Culture, Sport et Loisirs <- DTD 0,194 0,194 0,015 12,675 0,000
Diffusion -> Durabilité -0,232 -0,219 0,170 1,359 0,175
Droits, liberté et égalité <- DTD 0,191 0,190 0,015 12,945 0,000
Education et formation <- DTD 0,115 0,113 0,028 4,078 0,000
Emploi <- DTD 0,088 0,090 0,026 3,334 0,001
Eval_ Dur -> Durabilité 0,223 0,222 0,109 2,050 0,041
Finalité -> Innovation sociale 1,005 0,990 0,083 12,173 0,000
Habitat et cadre de vie <- DTD 0,155 0,153 0,017 8,922 0,000
Implication -> Gouvernance 0,761 0,759 0,124 6,112 0,000
Infrastructures de base <- DTD 0,161 0,159 0,016 9,989 0,000
Mobilité et accessibilité <- DTD 0,120 0,122 0,022 5,364 0,000
Protection de l'environnement <- DTD 0,159 0,160 0,018 8,937 0,000
Réseautage -> Capital social 0,219 0,210 0,212 1,037 0,300
Santé <- DTD 0,141 0,142 0,015 9,491 0,000
Transversalité_1 -> Territoire 0,851 0,830 0,092 9,260 0,000
Transversalité_2 -> Territoire -0,362 -0,367 0,100 3,616 0,000
Transversalité_3 -> Territoire 0,271 0,272 0,085 3,192 0,002

240
Annexe 18 – Construct Crossvalidated Redundancy (Total)

SSO SSE Q² (=1-SSE/SSO)


Capital social 218,000 207,489 0,048
DTD 981,000 768,575 0,217
Durabilité 218,000 170,744 0,217
Gouvernance 218,000 187,261 0,141
Innovation sociale 109,000 109,000
Territoire 327,000 275,756 0,157

Annexe 19 – Indicator Crossvalidated Redundancy (Total)

SSO SSE Q² (=1-SSE/SSO)


Capacité 109,000 106,721 0,021
Confiance 109,000 100,768 0,076
Coopération 109,000 98,727 0,094
Créat_Nouv_Stru 109,000 60,790 0,442
Culture, Sport et Loisirs 109,000 71,368 0,345
Droits, liberté et égalité 109,000 72,051 0,339
Education et formation 109,000 94,170 0,136
Emploi 109,000 100,814 0,075
Eval_ Dur 109,000 109,954 -0,009
Finalité 109,000 109,000
Habitat et cadre de vie 109,000 83,621 0,233
Implication 109,000 88,534 0,188
Infrastructures de base 109,000 81,781 0,250
Mobilité et accessibilité 109,000 92,750 0,149
Protection de l'environnement 109,000 82,102 0,247
Santé 109,000 89,917 0,175
Transversalité_1 109,000 58,013 0,468
Transversalité_2 109,000 111,372 -0,022
Transversalité_3 109,000 106,371 0,024

241
Annexe 20 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu urbain)

Décomposition de la pauvreté par source de Distribution des formes de la pauvreté

Taux de pauvreté multidimensionnelle(en%), 2014

Taux de pauvreté multidimensionnelle(en%), 2004


privation (en%) 2014 2014(en %)

Intensité de privation des pauvres (en%),2014

Intensité de privation des pauvres (en%),2004

Pauvreté multidimensionnelle uniquement


Noyau dur de
Conditions de vie
la pauvreté :

Pauvreté monétaire uniquement


IPM (en%),2014

IPM (en%),2004

Accès à l’ eau, à l’ électricité et à

Cumul des pauvretés monétaire et


Taux de
Région pauvreté globale

Conditions de logement
Education

multidimensionnelle
2014(en%)

l’ assainissement
Santé
Tanger-Tetouan-Al Hoceima 2,5 0,9 36,1 11,2 4,4 39,6 62,2 24,7 8,3 4,9 0,9 2,3 0,1 3,3

Oriental 3,0 1,1 36,4 11,1 4,4 40,1 60,7 23,2 10,0 6,1 2,6 2,6 0,4 5,5

Fès-Meknès 2,3 0,8 36,2 10,2 4,1 39,9 63,6 22,1 9,3 5,0 1,6 2,0 0,3 3,9

Rabat-Salé-Kénitra 1,8 0,7 36,4 9,0 3,6 40,0 58,1 23,2 13,3 5,4 1,5 1,6 0,1 3,3

Béni Mellal-Khénifra 2,6 1,0 36,7 11,0 4,5 41,0 57,8 20,8 13,8 7,6 3,6 2,3 0,3 6,2

Grand Casablanca-Settat 1,3 0,5 36,0 6,5 2,5 39,0 58,5 28,0 9,9 3,7 1,6 1,2 0,1 2,9

Marrakech-Safi 2,1 0,8 36,3 9,8 3,9 40,1 59,8 25,9 8,9 5,4 0,9 2,0 0,1 3,0

Draa-Tafilalet 2,0 0,7 37,3 8,8 3,6 40,6 55,0 22,1 12,1 10,8 4,5 1,7 0,3 6,5

Souss-Massa 2,1 0,7 36,0 9,2 3,6 39,3 64,0 22,9 8,6 4,5 2,6 1,9 0,1 4,6

Guelmim-Oued Noun 1,9 0,7 36,2 8,3 3,2 39,0 59,6 27,3 7,7 5,4 4,9 1,7 0,2 6,8

Laayoune-Sakia Al Hamra 1,3 0,5 35,4 8,2 3,2 39,6 62,5 29,1 6,4 2,1 1,6 1,3 0,0 2,9

Dakhla-Oued Eddahab 2,0 0,7 35,0 13,6 5,4 39,8 66,5 18,4 9,3 5,8 0,3 2,0 0,0 2,4
Source : HCP, 2018.

242
Annexe 21 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu rural)

Décomposition de la pauvreté par source de Distribution des formes de la pauvreté 2014(en

Taux de pauvreté multidimensionnelle(en%), 2004


Taux de pauvreté multidimensionnelle(en%), 2014
privation (en%) 2014 %)

Intensité de privation des pauvres (en%),2014

Intensité de privation des pauvres (en%),2004

Pauvreté multidimensionnelle uniquement


Noyau dur de la
Conditions de vie
pauvreté :

Pauvreté monétaire uniquement


IPM (en%),2014

IPM (en%),2004

Accès à l’ eau, à l’ électricité et à

Cumul des pauvretés monétaire et


Taux de pauvreté
Région globale

Conditions de logement
Education

multidimensionnelle
2014(en%)

l’ assainissement
Santé
Tanger-Tetouan-Al Hoceima 20,1 8,2 40,7 51,7 23,3 45,0 56,6 8,0 21,9 13,5 2,7 17,9 2,2 22,9

Oriental 21,8 9,8 44,7 42,2 19,2 45,5 51,1 6,8 25,5 16,7 5,5 17,8 4,0 27,3

Fès-Meknès 20,9 8,6 41,2 45,1 20,2 44,8 51,7 7,5 24,2 16,6 7,2 17,9 3,0 28,0

Rabat-Salé-Kénitra 15,9 6,4 40,3 46,2 20,8 45,1 59,1 8,8 20,0 12,1 6,6 13,0 2,8 22,4

Béni Mellal-Khénifra 23,9 10,3 43,2 47,6 21,7 45,7 47,3 7,8 25,6 19,3 7,6 17,4 6,5 31,5

Grand Casablanca-Settat 12,1 4,8 39,3 41,3 18,5 44,8 64,7 11,5 16,5 7,3 3,3 10,3 1,8 15,4

Marrakech-Safi 18,2 7,4 40,8 50,7 22,8 44,8 57,3 9,4 18,0 15,2 4,5 15,6 2,6 22,7

Draa-Tafilalet 14,1 6,0 42,5 32,7 14,5 44,4 48,9 11,6 18,1 21,4 14,1 8,6 5,5 28,1

Souss-Massa 13,7 5,6 40,4 36,3 15,7 43,4 53,1 10,9 18,7 17,3 6,9 10,9 2,8 20,6

Guelmim-Oued Noun 14,2 5,7 40,6 38,3 17,0 44,4 53,0 10,0 20,2 16,8 4,8 11,9 2,0 18,7

Laayoune-Sakia Al Hamra 11,9 4,6 38,7 19,6 8,6 43,9 55,2 7,3 25,4 12,1 1,8 11,5 0,4 13,7

Dakhla-Oued Eddahab 18,7 6,6 35,2 47,7 21,1 44,1 47,9 0,7 33,9 17,4 0,3 18,7 0,2 19,2
Source : HCP, 2018.

243
Annexe 22 – Cartographie de la pauvreté provinciale 2004-2014

Décomposition de la pauvreté par source de Distribution des formes de la pauvreté 2014

Intensité de privation des pauvres

Intensité de privation des pauvres


privation (en%) 2014 (en %)

multidimensionnelle(en%), 2004
multidimensionnelle(en%), 2014
Noyau dur de la

Pauvreté monétaire uniquement

Pauvreté multidimensionnelle
Conditions de vie

Taux de pauvreté

Taux de pauvreté
IPM (en%),2014

IPM (en%),2004
pauvreté :

(en%),2014

(en%),2004
Taux de
Province

Conditions de logement
pauvreté

Cumul des pauvretés

multidimensionnelle
uniquement
l’ assainissement
Education

Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
globale

Santé

monétaire et
2014(en%)

Ensemble
Kénitra 8,3 3,2 38,5 32,6 44,8 14,6 68,7 10,5 13,8 7,0 3,5 6,8 1,4 11,8
Khémisset 13,2 5,5 41,7 36,4 45,9 16,7 50,1 7,9 27,7 14,3 3,1 11,5 1,7 16,3
Rabat 0,9 0,3 35,5 5,1 37,9 1,9 51,8 28,6 16,9 2,8 0,7 0,8 0,0 1,5
Salé 2,4 0,9 37,9 10,6 41,5 4,4 57,5 19,1 17,2 6,3 1,3 2,1 0,2 3,6
Sidi Kacem 9,0 3,5 39,2 28,4 42,6 12,1 57,4 12,7 15,9 13,9 7,0 7,3 1,8 16,0
Sidi Slimane 9,6 3,9 40,5 28,1 42,8 12,0 58,9 10,0 16,9 14,3 7,7 7,3 2,3 17,3
Skhirate- Témara 2,1 0,8 37,4 16,1 41,5 6,7 56,4 21,2 16,8 5,7 1,4 2,0 0,1 3,5
Urbain
Kénitra 2,4 0,9 36,2 12,4 5,0 40,4 63,4 21,1 10,4 5,1 1,2 2,2 0,1 3,6
Khémisset 3,2 1,2 37,5 11,3 4,7 41,3 53,4 20,0 17,3 9,2 2,1 2,7 0,4 5,2
Rabat 0,9 0,3 35,5 5,1 1,9 37,9 51,8 28,6 16,9 2,8 0,7 0,8 0,0 1,5
Salé 1,4 0,5 35,7 7,7 3,0 39,4 57,3 27,5 12,1 3,0 1,2 1,3 0,1 2,6
Sidi Kacem 2,4 0,9 36,1 10,9 4,4 40,2 63,8 19,7 10,1 6,4 4,1 2,1 0,3 6,4
Sidi Slimane 2,9 1,1 37,6 13,7 5,7 41,6 59,8 17,2 14,0 9,0 5,8 2,2 0,6 8,7
Skhirate- Témara 1,6 0,6 36,5 11,4 4,6 40,2 55,5 25,2 14,8 4,4 1,3 1,5 0,1 2,9
Rural
Kénitra 16,1 6,3 38,9 54,8 25,1 45,9 69,7 8,6 14,4 7,4 6,6 12,9 3,2 22,6
Khémisset 24,0 10,1 42,3 54,6 25,4 46,6 49,6 6,4 29,0 15,0 4,2 20,9 3,1 28,2
Salé 15,1 6,2 40,8 51,7 23,7 45,9 57,6 9,4 23,0 10,0 2,7 13,0 2,1 17,8
Sidi Kacem 12,2 4,8 39,5 36,0 15,5 42,9 56,9 12,1 16,4 14,6 8,4 9,7 2,5 20,6
Sidi Slimane 14,2 5,8 40,9 36,9 15,9 43,1 58,7 9,0 17,3 14,9 9,1 10,7 3,5 23,3
Skhirate- Témara 6,6 2,6 39,4 31,7 13,6 43,0 58,1 12,7 20,8 8,4 2,1 5,9 0,6 8,6
Source : HCP, 2018.

244
Annexe 23 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Kénitra)
Distribution des formes de la pauvreté

multidimensionnelle (en%),
Décomposition de la pauvreté par source de

multidimensionnelle (en%),

multidimensionnelle (en%),
Intensité de privation des

Intensité de privation des


privation (en%) 2014 (en %) en 2014

pauvres (en%), 2004


multidimensionnelle

pauvres (en%),2014
Indice de pauvreté

Indice de pauvreté
Taux de pauvreté

Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de

multidimensionnelle
Condition de vie

Pauvreté monétaire
(en%),2014
la pauvreté Taux de

en 2004

uniquement
uniquement
2014

2004

Accès à l’ eau, à

l’ assainissemen

multidimensionn
pauvreté

l’ électricité et à
Education

Pauvreté
Condition de

monétaire et
Santé
globale

Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014

elle
t
Kénitra (M) 1,5 0,5 36,1 10,7 4,3 40,0 58,58 25,46 11,09 4,87 0,9 1,4 0,1 2,4
Mehdya (M) 1,6 0,6 36,0 13,1 5,3 40,5 64,84 26,79 6,36 2,01 0,9 1,6 0,0 2,5
Souk El Arbaa (M) 4,9 1,8 35,5 10,3 4,0 38,7 71,92 18,47 6,25 3,35 3,0 4,6 0,4 7,9
Ameur Seflia 26,5 11,3 42,8 54,5 25,2 46,2 51,90 4,68 25,84 17,58 7,8 17,9 8,6 34,3
Haddada 23,9 10,1 42,2 71,9 34,3 47,7 64,43 6,57 20,24 8,76 7,3 17,8 6,1 31,2
OuledSlama 8,4 3,3 39,5 36,3 16,0 44,2 61,95 9,46 17,15 11,45 5,3 7,4 1,0 13,7
Sidi Taibi 10,2 4,1 40,0 43,0 18,6 43,2 70,42 5,62 16,10 7,86 3,7 8,2 2,0 13,8
Sidi Taibi (AC) 5,3 2,0 37,5 31,3 13,7 43,7 59,97 16,12 14,79 9,12 1,0 5,2 0,1 6,3
Ben Mansour 20,5 7,5 36,4 63,9 29,6 46,3 85,17 6,80 5,41 2,62 3,3 18,3 2,3 23,9
Mnasra 10,3 3,9 37,5 56,0 25,9 46,3 72,02 13,51 8,87 5,60 7,6 8,4 1,9 17,9
Mograne 12,0 4,6 38,1 37,9 16,2 42,7 62,12 8,68 14,26 14,94 15,5 8,1 3,8 27,4
Sidi Mohamed Ben Mansour 17,4 6,6 37,9 62,8 29,2 46,5 71,20 15,45 10,16 3,19 6,2 13,3 3,7 23,2
Arbaoua 11,7 4,5 38,6 49,4 22,2 44,9 64,69 12,60 16,29 6,42 4,1 10,6 1,1 15,8
Arbaoua (AC) 2,9 1,0 36,2 4,4 1,8 40,9 55,92 32,40 8,19 3,48 0,9 2,7 0,2 3,8
Beni Malek 16,2 6,3 39,3 50,4 23,2 46,1 69,46 6,75 15,93 7,87 10,2 12,1 4,0 26,4
Kariat Ben Aouda 10,8 4,2 39,3 50,1 21,9 43,8 60,42 12,64 16,41 10,54 7,2 8,8 2,0 18,0
Oued El Makhazine 25,5 10,2 39,8 54,2 23,6 43,5 51,36 5,13 22,37 21,15 3,6 22,9 2,7 29,1
Bahhara Ouled Ayad 19,5 7,5 38,3 74,4 35,0 47,0 78,22 6,75 11,74 3,29 7,5 14,8 4,6 27,0
Sidi Allal Tazi 9,0 3,5 38,3 32,8 13,5 41,1 66,10 13,27 13,27 7,36 4,1 8,1 0,9 13,1
Sidi Allal Tazi (AC) 2,9 1,0 35,9 15,6 6,2 40,0 66,70 4,65 17,04 11,62 6,1 2,7 0,1 9,0
Sidi Mohamed Lahmar 18,2 6,9 37,7 68,2 32,6 47,8 77,47 7,20 11,15 4,17 6,1 15,1 3,2 24,4
Souk Tlet El Gharb 12,5 4,9 39,1 34,8 15,0 43,2 69,35 10,81 14,13 5,72 1,7 10,9 1,6 14,3
Chouafaa 15,9 6,2 39,3 63,9 30,8 48,2 72,10 11,49 13,09 3,32 3,6 14,1 1,8 19,5
LallaMimouna 10,8 4,1 37,8 51,1 23,1 45,1 68,46 17,29 10,97 3,29 7,7 9,0 1,8 18,5
LallaMimouna (AC) 5,1 1,9 36,6 29,0 12,2 42,0 69,46 16,95 10,35 3,24 1,4 4,9 0,2 6,4
Moulay Bousselham 16,5 6,1 36,8 58,3 26,5 45,5 80,02 10,05 8,04 1,89 4,7 14,5 2,1 21,2
Moulay Bousselham (AC) 5,5 1,9 35,2 24,8 9,7 38,9 78,22 11,34 7,87 2,57 0,4 5,4 0,1 5,9
Sidi Boubker El Haj 17,7 7,2 40,9 58,7 26,4 44,9 66,38 8,06 20,23 5,32 8,3 13,0 4,7 25,9
Source : HCP, 2018.

245
Annexe 24 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Khémisset)

Intensité de privation des pauvres

Intensité de privation des pauvres


multidimensionnelle (en%), 2014

multidimensionnelle (en%),2014
Décomposition de la pauvreté par source de privation (en%) Distribution des formes de la pauvreté

multidimensionnelle (en%), en
multidimensionnelle (en%),
2014 (en %) en 2014

Indice de pauvreté

Indice de pauvreté
Taux de pauvreté

Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de la
Condition de vie

multidimensionnelle
(en%), 2004

Pauvreté monétaire
(en%),2014
pauvreté
Province

Taux de

2004

2004

uniquement

uniquement

multidimensionnel
l’ assainissement
Accès à l’ eau, à
Education

l’ électricité et à
pauvreté globale

Pauvreté
Condition de
Santé

monétaire et
Cumul des
(en%), 2014

pauvretés
logement

le
Khémisset Khémisset (M) 2,8 1,0 37,1 11,4 4,7 41,1 52,10 19,82 19,10 8,98 1,9 2,5 0,3 4,7
Khémisset Rommani (M) 1,9 0,7 36,9 7,1 2,9 41,4 52,82 25,54 13,06 8,58 2,5 1,8 0,1 4,4
Khémisset Tiflet (M) 2,8 1,0 37,2 13,2 5,7 42,8 58,02 21,90 13,59 6,49 1,5 2,5 0,3 4,3
Khémisset Sidi Allal El Bahraoui (M) 3,2 1,2 38,0 14,5 6,2 42,5 53,68 15,31 22,20 8,81 1,8 2,4 0,7 4,9
Khémisset Ait Mimoune 25,8 10,2 39,5 46,4 20,6 44,4 53,12 4,95 34,23 7,69 4,2 23,8 2,0 30,0
Khémisset Ait Ouribel 14,5 5,8 40,1 47,9 22,7 47,5 49,65 9,21 30,01 11,12 1,4 14,2 0,3 15,9
Khémisset Ait Siberne 19,3 8,0 41,5 50,5 21,5 42,6 49,57 11,33 24,73 14,38 7,5 17,6 1,7 26,8
Khémisset Ait Yadine 28,5 12,0 42,1 69,9 33,1 47,4 50,60 9,19 24,80 15,41 4,6 25,5 3,0 33,1
Khémisset Ait Yadine (AC) 10,2 4,1 40,0 35,7 15,9 44,4 51,25 9,78 24,09 14,89 2,8 9,3 0,9 13,0
Khémisset El Ganzra 28,5 11,9 41,9 63,2 29,3 46,4 52,51 6,71 26,47 14,32 4,1 25,1 3,4 32,6
Khémisset MajmaaTolba 21,1 8,8 41,8 43,8 19,7 45,1 47,29 5,08 31,65 15,99 2,6 19,5 1,5 23,6
Khémisset Sfassif 24,8 10,2 41,0 54,7 24,6 45,0 57,49 6,89 22,06 13,56 2,9 22,4 2,4 27,7
Khémisset Sidi Allal Lamsadder 11,9 4,8 40,4 46,6 21,0 45,0 50,41 11,61 26,75 11,23 2,3 11,4 0,5 14,2
Khémisset Sidi El Rhandour 9,7 3,8 38,8 37,1 16,2 43,6 50,06 8,35 26,02 15,56 2,9 9,3 0,4 12,6
Khémisset Ait Ichou 44,4 19,5 43,9 54,4 23,4 43,1 39,41 7,50 28,65 24,43 3,9 42,2 2,3 48,3
Khémisset Ait Ikkou 40,3 17,1 42,3 66,4 31,1 46,9 45,71 4,61 34,58 15,11 4,6 34,9 5,4 44,9
Khémisset Bouqachmir 51,8 23,6 45,5 69,2 33,8 48,8 46,31 3,64 29,92 20,14 1,8 47,9 3,9 53,6
Khémisset Houderrane 14,4 5,8 40,2 36,9 15,5 42,2 48,92 10,01 27,09 13,99 1,0 13,5 0,9 15,4
Khémisset Maaziz 23,0 10,2 44,5 53,0 25,7 48,4 43,16 6,34 29,67 20,83 1,9 21,0 2,0 24,9
Khémisset Maaziz (AC) 5,4 2,1 38,2 16,4 6,7 41,0 51,34 19,33 14,83 14,50 1,9 4,6 0,7 7,3
Khémisset Oulmes 42,9 19,5 45,4 63,3 31,2 49,4 49,80 2,06 32,57 15,57 2,4 39,4 3,5 45,3
Khémisset Oulmes (AC) 2,1 0,8 36,5 11,3 4,5 40,1 66,19 22,52 6,79 4,50 4,3 1,7 0,4 6,4
Khémisset Tiddas 32,1 14,1 43,8 58,6 27,1 46,3 47,77 4,03 29,77 18,43 3,9 28,3 3,8 36,1
Khémisset Tiddas (AC) 5,4 2,2 39,9 14,9 6,0 40,3 43,92 27,31 15,95 12,82 5,6 3,6 1,7 10,8
Khémisset Ain Sbit 27,5 12,1 44,1 56,5 27,7 49,0 49,12 6,13 29,00 15,74 4,9 19,0 8,5 32,4
Khémisset Brachoua 17,3 7,0 40,3 44,8 20,4 45,6 47,45 10,25 28,45 13,85 3,2 15,1 2,2 20,5
Khémisset Ezzhiliga 20,7 8,6 41,8 64,5 29,9 46,3 54,55 7,30 28,86 9,29 4,0 18,2 2,5 24,6
Khémisset Ezzhiliga (AC) 9,8 3,7 37,8 22,6 10,0 44,1 41,74 30,00 16,63 11,63 10,7 6,9 2,6 20,2
Khémisset Jemaat Moul Blad 40,4 17,2 42,5 62,4 28,5 45,7 42,27 5,98 33,82 17,93 2,9 33,8 6,6 43,3
Khémisset Laghoualem 25,8 10,9 42,4 66,8 32,4 48,6 55,25 4,74 29,07 10,94 3,9 21,7 4,1 29,7
Khémisset Marchouch 8,3 3,3 39,4 45,7 20,4 44,7 52,15 10,58 25,89 11,39 8,2 7,5 0,8 16,6
Khémisset My Driss Aghbal 27,3 11,7 42,8 61,8 29,8 48,1 43,35 10,11 30,55 16,00 8,8 22,4 4,9 36,0
Khémisset Ain Johra-Sidi Boukhalkhal 30,4 12,7 41,6 71,1 33,9 47,7 48,93 6,20 30,70 14,17 7,3 25,5 4,9 37,7
Khémisset Ait Belkacem 15,8 6,3 40,0 46,3 20,3 43,9 53,39 8,56 29,72 8,33 3,6 14,5 1,3 19,3
Khémisset Ait Bouyahya El Hajjama 6,2 2,4 37,8 29,9 13,4 45,0 57,44 9,34 22,68 10,55 1,6 6,1 0,2 7,9
Khémisset Ait Malek 24,1 10,2 42,3 57,5 27,0 47,0 48,83 4,82 28,91 17,44 8,5 21,6 2,5 32,6
Khémisset Khemis Sidi Yahya 8,5 3,3 39,5 38,8 16,7 43,1 50,80 16,41 24,54 8,25 3,1 7,3 1,1 11,5
Khémisset M'qamTolba 24,2 10,5 43,3 63,2 30,2 47,7 51,81 4,61 25,79 17,79 3,7 20,4 3,8 27,9
Khémisset Sidi Abderrazak 22,9 10,1 44,1 56,9 26,9 47,3 48,48 6,69 26,75 18,08 2,7 20,0 2,8 25,6
Khémisset Ait Ali ou Lahcen 29,6 12,9 43,4 67,1 33,9 50,6 51,23 3,94 27,31 17,51 10,4 21,9 7,7 40,0

246
Annexe 25 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Rabat & Salé)

Distribution des formes de la pauvreté

Intensité de privation des pauvres (en%),


Indice de pauvreté multidimensionnelle

Indice de pauvreté multidimensionnelle


Décomposition de la pauvreté par source de

Taux de pauvreté multidimensionnelle

Taux de pauvreté multidimensionnelle


privation (en%) 2014

Intensité de privation des pauvres


(en %) en 2014

Pauvreté monétaire uniquement


Noyau dur de la

Pauvreté multidimensionnelle
Condition de vie
libellé commune

(en%), en 2004
pauvreté

(en%), 2014

(en%), 2004
(en%),2014

(en%),2014
Taux de
Province

2004
pauvreté

Condition de logement

Cumul des pauvretés

multidimensionnelle
uniquement
Education

l’ assainissement
globale

Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
Santé

monétaire et
(en%), 2014

Rabat Agdal Riyad (AR) 0,7 0,2 36,1 4,5 1,8 39,3 47,75 23,56 24,69 4,00 0,2 0,7 0,0 0,9

Rabat El Youssoufia (AR) 0,9 0,3 35,5 4,3 1,6 37,3 58,21 32,65 7,38 1,76 0,9 0,8 0,0 1,8

Rabat Hassan (AR) 0,6 0,2 35,6 4,4 1,7 38,3 51,86 33,92 10,04 4,18 0,3 0,6 0,0 0,9

Rabat Souissi (AR) 0,8 0,3 36,7 8,5 3,3 39,0 51,23 21,41 20,31 7,05 0,4 0,7 0,0 1,2

Rabat Touarga (M) 0,3 0,1 33,8 2,7 0,9 34,1 49,37 49,37 0,00 1,27 1,8 0,3 0,0 2,2

Rabat Yacoub El Mansour (AR) 1,1 0,4 35,2 6,0 2,3 37,6 48,22 25,71 23,67 2,40 0,8 1,0 0,0 1,9

Salé BabLamrissa (AR) 1,3 0,5 35,9 6,8 2,8 40,2 54,51 29,47 11,14 4,89 0,6 1,2 0,1 1,8

Salé Bettana (AR) 1,1 0,4 35,8 7,6 3,1 40,8 52,98 26,18 14,89 5,96 0,8 1,0 0,1 1,9

Salé Hssaine (AR) 1,0 0,4 35,4 6,4 2,5 38,9 58,75 30,94 8,26 2,05 0,7 1,0 0,0 1,7

Salé Layayda (AR) 1,9 0,7 35,5 13,8 5,5 39,8 63,10 29,64 5,16 2,10 2,9 1,7 0,1 4,8

Salé Sidi Bouknadel (M) 3,4 1,3 37,4 24,3 10,6 43,8 65,55 18,63 10,66 5,15 2,8 3,3 0,1 6,2

Salé Tabriquet (AR) 1,6 0,6 35,5 5,9 2,3 38,1 53,27 25,34 19,37 2,01 0,9 1,4 0,1 2,5

Salé Shoul 26,3 11,0 41,8 64,4 29,2 45,3 51,65 6,58 27,97 13,81 3,2 23,0 3,3 29,5

Salé Ameur 10,2 4,1 39,7 45,4 21,2 46,7 64,64 12,77 17,11 5,49 2,4 8,7 1,5 12,6
Source : HCP, 2018.

247
Annexe 26 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Sidi Kacem)

multidimensionnelle (en%),2014
Distribution des formes de la

multidimensionnelle (en%), en
multidimensionnelle (en%),
Décomposition de la pauvreté par source de

multidimensionnelle (en%),
pauvreté

Intensité de privation des

Intensité de privation des


privation (en%) 2014

pauvres (en%), 2004


pauvres (en%),2014
(en %) en 2014

Indice de pauvreté

Indice de pauvreté
Taux de pauvreté

Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de

multidimensionnelle
Condition de vie Taux de

Pauvreté monétaire
Province

la pauvreté

2014

2004

2004
pauvreté

uniquement

uniquement
Accès à l’ eau, à

l’ assainissemen

multidimensionn
l’ électricité et à
Education

Pauvreté
globale

Condition de

monétaire et
Santé

Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014

elle
t
Sidi Kacem Dar Gueddari (M) 2,5 0,9 36,3 8,7 3,4 38,9 69,08 6,20 12,78 11,94 9,7 1,8 0,6 12,2
Sidi Kacem HadKourt (M) 3,7 1,4 39,1 12,9 5,5 42,5 61,49 11,91 18,11 8,49 5,6 3,1 0,5 9,2
Sidi Kacem Jorf El Melha (M) 2,5 0,9 35,9 12,4 4,8 38,6 71,26 19,37 5,39 3,98 2,9 2,3 0,2 5,4
Sidi Kacem Mechraa Bel Ksiri (M) 2,2 0,8 36,1 11,2 4,5 40,3 61,68 19,40 12,85 6,07 2,6 2,0 0,2 4,8
Sidi Kacem Sidi Kacem (M) 2,1 0,8 35,7 10,1 4,1 40,3 60,69 23,84 9,16 6,30 3,4 1,8 0,3 5,5
Sidi Kacem Ain Dfali 12,3 5,0 40,5 33,3 14,0 42,0 53,60 8,02 18,82 19,56 6,0 10,4 1,9 18,3
Sidi Kacem BniOual 9,8 4,0 40,6 41,5 17,7 42,8 56,41 10,40 14,78 18,41 11,7 8,3 1,5 21,5
Sidi Kacem Moulay Abdelkader 27,0 11,4 42,1 49,7 22,0 44,2 45,89 18,10 19,57 16,43 9,5 18,8 8,4 36,6
Sidi Kacem Sidi Ahmed Benaissa 25,7 10,4 40,3 63,7 29,6 46,5 50,56 12,07 16,08 21,29 11,9 21,9 3,8 37,6
Sidi Kacem Sidi Ameur Al Hadi 23,8 9,5 40,0 60,5 27,5 45,4 53,95 7,46 21,88 16,71 10,8 17,6 6,2 34,6
Sidi Kacem Sidi Azzouz 15,9 6,6 41,3 33,6 14,2 42,1 56,76 13,51 16,29 13,43 4,3 13,1 2,8 20,3
Sidi Kacem Al Haouafate 8,5 3,3 38,9 35,1 15,2 43,3 57,81 12,57 19,24 10,38 2,6 7,6 0,8 11,0
Sidi Kacem Nouirate 9,0 3,5 39,0 34,3 14,7 42,8 59,73 16,51 15,16 8,59 6,8 7,6 1,4 15,8
Sidi Kacem Sefsaf 9,6 3,8 39,3 40,3 17,6 43,6 60,08 12,95 17,67 9,30 4,9 7,4 2,2 14,5
Sidi Kacem Khnichet 9,1 3,4 37,9 38,4 16,6 43,3 67,00 9,33 10,88 12,79 11,4 7,0 2,0 20,5
Sidi Kacem Khnichet (AC) 2,6 0,9 36,4 11,9 5,0 42,2 63,77 10,37 13,54 12,33 4,6 2,4 0,1 7,2
Sidi Kacem Lamrabih 14,9 5,7 38,6 40,0 17,1 42,9 50,94 8,79 23,29 16,98 11,7 12,3 2,5 26,6
Sidi Kacem Oulad Nouel 10,0 4,0 40,1 39,7 16,7 42,1 60,16 14,02 10,00 15,82 7,0 8,7 1,3 17,0
Sidi Kacem Sidi M'Hamed Chelh 8,4 3,2 38,7 29,3 12,6 43,0 62,93 18,44 5,39 13,24 14,3 6,1 2,3 22,6
Sidi Kacem Taoughilt 10,0 3,9 39,1 32,0 13,9 43,4 61,34 9,07 17,08 12,51 8,7 7,9 2,1 18,8
Sidi Kacem BabTiouka 16,0 6,3 39,6 36,6 15,5 42,2 56,00 5,53 19,29 19,17 5,4 13,1 2,9 21,4
Sidi Kacem Bir Taleb 7,1 2,7 38,6 31,6 13,0 41,2 61,78 12,75 11,13 14,34 12,1 5,7 1,4 19,2
Sidi Kacem Chbanate 7,6 2,9 38,4 16,2 6,7 41,0 56,11 15,21 15,92 12,76 5,3 6,6 1,0 13,0
Sidi Kacem Selfat 12,3 4,9 40,2 32,7 13,9 42,5 56,75 8,56 17,82 16,87 14,1 8,6 3,8 26,4
Sidi Kacem Tekna 10,6 4,2 39,8 41,0 17,7 43,1 62,16 11,96 10,15 15,73 18,4 7,4 3,3 29,1
Sidi Kacem Zaggota 11,1 4,4 40,0 20,6 8,4 40,8 56,55 18,35 9,54 15,57 4,5 9,6 1,6 15,6
Sidi Kacem Zirara 6,1 2,4 38,7 19,8 8,3 41,9 59,03 5,68 20,42 14,87 5,6 5,2 0,9 11,7
Sidi Kacem Zirara (AC) 3,6 1,3 35,4 12,4 5,0 40,1 67,29 23,20 6,69 2,82 13,5 2,4 1,1 17,1
Sidi Kacem Dar Laaslouji 17,0 6,7 39,6 41,7 18,0 43,1 56,68 8,49 19,30 15,53 11,0 12,9 4,1 27,9
Sidi Kacem Rmilat 8,5 3,2 38,1 27,5 11,1 40,4 59,46 19,87 9,13 11,53 9,9 7,1 1,4 18,4
Sidi Kacem Sidi Al Kamel 10,3 3,8 37,0 29,6 12,3 41,5 65,49 20,08 6,62 7,81 6,6 7,9 2,2 16,7
Source : HCP, 2018.

248
Annexe 27 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Témara &Sidi Slimane)

multidimensionnelle (en%), 2004


Intensité de privation des pauvres

Intensité de privation des pauvres


multidimensionnelle (en%), 2014
Distribution des formes de la pauvreté

multidimensionnelle (en%),2014
Décomposition de la pauvreté par source de

multidimensionnelle (en%), en
privation (en%) 2014 (en %) en 2014
Noyau dur

Indice de pauvreté

Indice de pauvreté
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
libellé commune
Condition de vie de la

multidimensionnelle
(en%), 2004

Pauvreté monétaire
(en%),2014
Taux de
Province

pauvreté

2004
pauvreté

uniquement

uniquement
Education

multidimensionnel
l’ assainissement

Pauvreté
Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
globale

Santé

Condition de

monétaire et
Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014

le
Sidi Slimane Sidi Slimane (M) 2,5 0,9 37,2 11,2 4,6 41,2 59,28 18,59 13,98 8,15 4,0 2,1 0,4 6,5
Sidi Slimane Sidi Yahya El Gharb (M) 3,7 1,4 38,2 19,8 8,4 42,3 60,59 14,92 14,07 10,42 10,2 2,5 1,1 13,9
Sidi Slimane Kceibya 18,1 7,5 41,6 38,1 16,0 41,9 60,23 6,86 17,15 15,76 11,1 12,4 5,6 29,1
Sidi Slimane Sfafaa 17,8 7,0 39,2 48,1 20,8 43,2 62,63 5,70 15,76 15,91 12,2 12,4 5,4 30,0
Sidi Slimane Ameur Chamalia 19,3 7,7 40,1 45,6 18,8 41,2 65,37 9,45 12,38 12,80 15,5 12,7 6,5 34,7
Sidi Slimane Azghar 7,0 2,7 38,9 39,6 17,4 43,9 70,58 13,27 10,63 5,51 5,9 6,3 0,8 12,9
Sidi Slimane Boumaiz 8,4 3,2 38,5 29,4 12,5 42,5 55,55 6,72 22,23 15,51 5,7 7,6 0,8 14,1
Sidi Slimane Dar Bel Amri 19,5 8,7 44,9 35,0 16,3 46,7 52,45 6,83 24,35 16,38 2,3 16,3 3,2 21,8
Sidi Slimane M'saada 14,5 5,7 39,1 37,9 16,3 43,1 59,08 13,70 12,14 15,08 12,0 10,6 4,0 26,5
Sidi Slimane Ouled Ben Hammadi 5,9 2,3 38,6 30,9 13,0 42,2 55,93 16,36 15,52 12,20 2,4 5,6 0,3 8,3
Sidi Slimane OuledH'Cine 10,0 3,9 39,5 32,0 13,3 41,7 55,13 14,94 15,35 14,58 11,4 7,5 2,5 21,4
Skhirate- Témara Ain El Aouda (M) 2,2 0,8 36,0 28,1 11,9 42,5 55,61 22,05 14,11 8,23 4,1 1,9 0,3 6,3
Skhirate- Témara Harhoura (M) 0,8 0,3 39,0 6,0 2,5 41,8 48,65 23,59 22,48 5,28 0,0 0,7 0,0 0,8
Skhirate- Témara Skhirate (M) 2,4 0,9 37,1 16,4 6,7 41,1 57,48 29,14 10,30 3,07 2,6 2,3 0,2 5,0
Skhirate- Témara Témara (M) 1,3 0,5 36,3 9,5 3,7 39,2 53,21 25,94 17,49 3,36 0,4 1,3 0,0 1,7
Skhirate- Témara Ain Attig (M) 2,2 0,8 36,7 19,8 8,1 41,1 57,84 23,69 12,45 6,02 1,9 1,9 0,3 4,1
Skhirate- Témara El Menzeh 5,5 2,1 38,3 24,9 10,7 42,9 53,44 7,24 27,40 11,93 0,6 5,4 0,2 6,2
Skhirate- Témara Oumazza 8,9 3,4 37,9 31,1 13,2 42,6 49,35 9,84 26,92 13,89 10,1 7,7 1,2 19,0
Skhirate- Témara Sidi Yahya Zaer 9,5 3,9 40,8 52,7 24,3 46,1 59,00 14,73 19,42 6,84 1,9 8,3 1,2 11,4
Skhirate- Témara Sidi Yahya Zaer (AC) 3,2 1,2 38,9 40,5 16,6 41,1 55,81 18,65 19,32 6,22 3,4 3,0 0,2 6,6
Skhirate- Témara Tamesna (AC) 1,5 0,5 34,7 36,5 14,8 40,5 66,86 16,40 9,35 7,39 1,7 1,4 0,1 3,2
Skhirate- Témara Mers El Kheir 2,8 1,0 37,5 31,1 13,2 42,3 65,76 14,58 15,37 4,29 1,1 2,8 0,0 3,9
Skhirate- Témara Mers El Kheir (AC) 1,4 0,5 35,2 15,5 6,5 42,0 62,00 31,85 3,18 2,97 3,0 1,2 0,2 4,4
Skhirate- Témara Sabbah 3,7 1,4 37,7 28,5 12,6 44,1 67,00 13,84 13,39 5,77 0,5 3,6 0,2 4,2
Source : HCP, 2018.

249
Annexe 28 – Contribution des régions à la croissance du PIB (en %)

Tanger-Tétouan-Al Hoceima
60,0
Oriental
48,1
50,0
Fès-Meknès
40,0 Rabat-Salé-Kénitra
Béni Mellal-Khénifra
30,0
Casablanca-Settat
20,0 17,0
Marrakech-Safi

10,0 8,0 7,0 Drâa-Tafilalet


5,5 4,5
1,8 3,2 3,6
0,4 1,2 Souss-Massa
0,0
-0,2 Guelmim-Oued Noun
-10,0 Laâyoune-Saguia al Hamra

Source : HCP, 2017.

Annexe 29 – Croissance du PIB par région

Croissance du Produit intérieur brut par région

REGION PIB (en millions de DH) Contribution à la


Croissance
croissance
2014 2015 (%)
(points)
1 Tanger-Tétouan-Al Hoceima 90858 98 007 7,9 0,8
2 Oriental 45705 46 446 1,6 0,1
3 Fès-Meknès 87707 87 610 -0,1 0,0
4 Rabat-Salé-Kénitra 152086 155 438 2,2 0,4
5 Béni Mellal-Khénifra 54060 56 386 4,3 0,3
6 Casablanca-Settat 288873 309 110 7,0 2,2
7 Marrakech-Safi 84000 86 956 3,5 0,3
8 Drâa-Tafilalet 24675 24 827 0,6 0,0
9 Souss-Massa 61364 63 253 3,1 0,2
10 Guelmim-Oued Noun 12132 12 634 4,1 0,1
11 Laâyoune-Saguia al Hamra 13371 14 734 10,2 0,1
12 Dakhla-Oued ed Dahab 9164 10 676 16,5 0,2
Enceintes extraterritoriales 1381 1398 1,2 1,2
Total 925376 967476 4,5 4,5
Source : HCP, 2017.

250
Annexe 30 – PIB par secteur d’activité et par région (en millions de DH)

Primaire Secondaire Tertiaire I-S/Pt


REGION
2014 2015 2014 2015 2014 2015 2014 2015
Tanger-Tétouan-Al
1 9907 11044 29322 30954 41027 44540 10601 12830
Hoceima
2 Oriental 5954 6922 10137 9073 23420 24207 6193 6999
3 Fès-Meknès 17505 17711 18284 17840 41432 41526 10485 12120
4 Rabat-Salé-Kénitra 19547 22083 23230 23269 94705 95819 14604 17142
5 Béni Mellal-Khénifra 9141 11383 19233 19394 20558 20840 5129 5984
6 Casablanca-Settat 12782 17326 103327 115161 145577 151229 27188 34209
7 Marrakech-Safi 12774 16327 18503 17925 42633 42086 10090 11599
8 Drâa-Tafilalet 4112 3991 3741 4067 13655 13817 3168 3577
9 Souss-Massa 11270 12048 13126 13107 30301 31601 6667 7890
10 Guelmim-Oued Noun 1452 1380 1145 1304 8307 8964 1228 1454
Laâyoune-Saguia al
11 1417 1637 4346 4785 8018 8361 -410 156
Hamra
12 Dakhla-Oued ed Dahab 2044 2948 745 916 6651 7067 -275 12
Enceintes extraterritoriales 1381 1398
Total 107905 124799 245138 257795 477665 491456 94668 113971
Source : HCP, 2017.

Annexe 31 – Structure du PIB par secteur d’activité et par région (en %)

Primaire Secondaire Tertiaire I-S/Pt


REGION
2014 2015 2014 2015 2014 2015 2014 2015
Tanger-Tétouan-Al
1 10,9 11,1 32,3 31,2 45,2 44,8 11,7 12,9
Hoceima
2 Oriental 13,0 14,7 22,2 19,2 51,2 51,3 13,6 14,8
3 Fès-Meknès 20,0 19,9 20,8 20,0 47,2 46,6 12,0 13,6
4 Rabat-Salé-Kénitra 12,9 13,9 15,3 14,7 62,3 60,5 9,6 10,8
5 Béni Mellal-Khénifra 16,9 19,8 35,6 33,7 38,0 36,2 9,5 10,4
6 Casablanca-Settat 4,4 5,4 35,8 36,2 50,4 47,6 9,4 10,8
7 Marrakech-Safi 15,2 18,6 22,0 20,4 50,8 47,9 12,0 13,2
8 Drâa-Tafilalet 16,7 15,7 15,2 16,0 55,3 54,3 12,8 14,1
9 Souss-Massa 18,4 18,6 21,4 20,3 49,4 48,9 10,9 12,2
10 Guelmim-Oued Noun 12,0 10,5 9,4 9,9 68,5 68,4 10,1 11,1
11 Laâyoune-Saguia al Hamra 10,6 11,0 32,5 32,0 60,0 56,0 -3,1 1,0
12 Dakhla-Oued ed Dahab 22,3 26,9 8,1 8,4 72,6 64,6 -3,0 0,1
Enceintes extra-territoriales 100,0 100,0
Total 11,7 12,6 26,5 26,1 51,6 49,7 10,2 11,5
Source : HCP, 2017.

251
TABLE DES MATIERES
DEDICACES
REMRCIEMENTS
SOMMAIRE
LISTE DES ABREVIATIONS
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES FIGURES
LISTE DES GRAPHES
LISTE DES CARTES
LISTE DES ANNEXES
INTRODUCTION GENERALE .......................................................................................................1
PARTIE 1 : CADRE THEORIQUE D’ANALYSE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE............................................................................... 11

Introduction de la première partie ................................................................................................. 12


Chapitre 1 : Fondements théoriques du développement territorial durable .......................................... 13
1. Théories traditionnelles du développement ............................................................................ 13
1.1 Théories du décollage ou des étapes de la croissance ...................................................... 14
1.2 Théories de la dépendance ............................................................................................. 18
1.3 Théories néoclassiques du développement...................................................................... 22
1.4 Théorie institutionnaliste................................................................................................ 27
2. Apport des approches environnementale et territoriale ........................................................... 31
2.1 Approche environnementale........................................................................................... 31
2.2 Approche territoriale ...................................................................................................... 35
3. Dimensions du développement territorial durable .................................................................. 39
3.1 Durabilité ...................................................................................................................... 39
3.2 Gouvernance.................................................................................................................. 44
3.3 Capital social ................................................................................................................. 48
3.4 Territoire ....................................................................................................................... 50
Chapitre 2 : Innovation sociale et développement territorial durable : Cadre conceptuel et hypothèses
de la recherche .................................................................................................................................. 60
1. Innovation sociale : Spécificités, approches et dimensions ..................................................... 60
1.1 De l’innovation technologique à l’innovation sociale ..................................................... 60
1.2 Innovation sociale : deux lectures théoriques .................................................................. 64
2. Rôle de la capacité d’absorption des connaissances................................................................ 71
2.1 Capacité d’absorption et ses dimensions......................................................................... 72

252
2.2 Evolution du concept de la capacité d’absorption ........................................................... 75
3. Innovation sociale et développement territorial durable.......................................................... 83
3.1 Des modèles territoriaux d’innovation à l’innovation sociale .......................................... 83
3.2 Cadre conceptuel et hypothèses de la recherche.............................................................. 91
Conclusion de la première partie................................................................................................. 103
PARTIE 2 : VERIFICATION EMPIRIQUE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE ................................................................................... 104

Introduction de la deuxième partie.............................................................................................. 105


Chapitre 1 : Cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable............................................................................................................................................ 106
1. Région de Rabat-Salé-Kénitra : Caractéristiques et enjeux de développement ....................... 106
1.1 Localisation et caractéristiques de notre région d’étude ................................................ 107
1.2 Indicateurs socioéconomiques ...................................................................................... 112
1.3 Enjeux du développement ............................................................................................ 120
2. Stratégie générale de l’étude ................................................................................................. 124
2.1 Données de l’étude ...................................................................................................... 124
2.2 Méthode d’analyse des données ................................................................................... 126
3. Variables et mesures............................................................................................................. 135
3.1 Variable dépendante : le développement territorial durable (DTD) ............................... 135
3.2 Variable indépendante : l’innovation sociale (IS) ......................................................... 145
Chapitre 2 : Etude empirique de l’effet des projets sociaux sur le développement territorial durable dans
la région de Rabat-Salé-Kénitra....................................................................................................... 150
1. Analyses descriptives : portrait de l’innovation sociale ......................................................... 150
1.1 Portrait des acteurs interrogés ...................................................................................... 150
1.2 Potentiel d’innovation sociale ...................................................................................... 153
1.3 Réalisations d’innovation sociale ................................................................................. 155
2. Test du modèle de la receherche ........................................................................................... 167
2.1 Evaluation du modèle de mesure .................................................................................. 169
2.2 Evaluation du modèle structurel ................................................................................... 175
3. Test des hypothèses et discussion des résulttats..................................................................... 177
3.1 Test des hypothéses de la recherche ............................................................................. 177
3.2 Discussion des résultats ............................................................................................... 189
Conclusion de la deuxième partie ............................................................................................... 196
CONCLUSION GENERALE ................................................................................................................. 197
BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................................... 204
ANNEXES ........................................................................................................................................ 224

253
TABLE DES MATIERES ..................................................................................................................... 253

254
RESUME
L’objectif principal de cette thèse est de mesurer l’effet des projets socialement innovants sur
le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Dans une perspective
territoriale, nous avons testé un modèle d’équations structurelles PLS (Partial Least Squares)
mettant en relation médiatisée l’innovation sociale et le développement territorial durable. Les
résultats de l’enquête menée auprès de 109 acteurs territoriaux (collectivités territoriales,
organismes publics concernés et associations) montrent que le territoire, la gouvernance et le
capital social jouent un rôle de médiation partielle dans la relation entre l’innovation sociale et
le développement territorial durable. L’augmentation du pouvoir explicatif du modèle lorsqu’on
y inclut ces variables médiatrices atteste de l’importance pour les acteurs territoriaux de prendre
en compte les dimensions « territoire, gouvernance et capital social » lors de la conception de
leurs projets sociaux afin de mettre en œuvre les interventions qui produiront l’impact désiré.
Cependant, nos résultats n’ont pas conclu à l’existence d’un effet médiateur de la durabilité
dans la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. Cette absence
de médiation explique les difficultés que rencontrent encore les promoteurs de développement
à traiter de façon co-évolutive la relation société/nature. En effet, la plupart des projets ont
tendance à négliger soit la dimension environnementale soit la dimension sociale de la
durabilité. Malgré les quelques points positifs qui sont plus des ferments d’évolution que des
avancées effectives, il en résulte de cette dichotomie que la question environnementale en
général, et la préservation des ressources naturelles en particulier, est encore davantage perçue
comme une contrainte que comme une opportunité.
Mots-clés : Développement territorial durable ; innovation sociale ; territoire ; gouvernance ;
capital social ; durabilité.

ABSTRACT
The main objective of the thesis is to measure the effect of socially innovative projects on
sustainable territorial development in the Rabat-Salé-Kénitra region. We adopted a territorial
perspective and using a structural equation (Partial Least Squares) methodology to test
hypotheses. The results of the survey conducted on 109 territorial actors (local authorities,
concerned public bodies, non-profit organizations) show that the using of territory, governance
and social capital, partially mediates the relationship between social innovation and sustainable
territorial development. The increase in predictive power of the model when constructed
mediators are included shows the importance for territorial actors to analyze the dimensions
related to «territory, governance and social capital» when designing their social projects in order
to implement the interventions that will produce the desired impact. However, the results do
not indicate the existance of a mediating effect of sustainability in relationship between social
innovation and sustainable territorial development. This lack of mediation explains the
difficulties that development promoters still face in dealing with a society/nature relationship
in a co-evolutionary way. Indeed, most projects tend to neglect either the environmental
dimension or the social dimension of sustainability. Despite the few positive points that are
more evolutionary ferments than effective progress, this dichotomy results in a perception of the
environmental issue in general, and the preservation of natural resources in particular, as a
constraint more than as an opportunity.
Keywords: Sustainable territorial development, social innovation, territory, governance, social
capital, sustainability.

255

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