Impact de l'Innovation Sociale à Rabat
Impact de l'Innovation Sociale à Rabat
ET SOCIALES
MARRAKECH
Jury :
Mr. Mustapha ZIKY Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Marrakech Président
Mme Fatima ARIB Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Marrakech Directrice de thèse
Mr. Brahim DINAR Professeur de l’Enseignement Supérieur, FSJES - Settat Membre et rapporteur
A ma fille, Hanae….
Si je me suis autant investi dans cette thèse de doctorat, c’est un peu pour toi. Parce que je crois
que le chercheur devrait également avoir comme objectif de tenter d’améliorer la société,
société dont tu fais indéniablement partie.
REMERCIEMENTS
Merci tout d’abord au Professeur Fatima ARIB, ma directrice de thèse qui m’a donné
l’opportunité de réaliser ce travail et qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faciliter sa
réalisation. Je la remercie de tout cœur pour sa rigueur, ses conseils éclairés et son soutien
inconditionnel.
J’exprime également toute ma gratitude aux membres du jury : Professeur Mustapha ZIKY,
Professeur Brahim DINAR, Professeur Omar ESSARDI, Professeur Driss OMERANI et Mme
Bouchra TAOUFIK, qui ont accepté de consacrer leur temps précieux à l’évaluation de ce
travail de recherche.
Un grand merci à tous les membres du laboratoire INREDD pour leurs remarques, leurs
critiques constructives et le temps qu’ils ont toujours bien voulu consacrer à l’évaluation des
divers états d’avancement de cette thèse.
Un travail de recherche, même d’ordre théorique, ne peut manquer de se nourrir des nombreuses
expériences de recherche sur le terrain. Que les responsables des communes de la région de
Rabat-Salé-Kénitra, de l’Agence de Développement Social, de l’Office de Développement de
la Coopération, de l’Entraide Nationale, de l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et
des Compétences et des associations trouvent ici l’expression de ma gratitude. Enfin, que tous
ceux qui ont contribué à cette recherche soient remerciés, et plus particulièrement toutes les
personnes qui, dans les collectivités territoriales, les institutions publiques et les associations
que j’ai contactées, ont bien voulu, en répondant à mes questions, m’aider à aller plus loin.
Merci à toute ma famille, à ma mère, à mon père, à mes sœurs Hafida et Khadija ainsi qu’à mes
frères Abdellatif et Soufiane qui ont toujours cru en moi. Sans leur aide, je n’aurais jamais pu
mener à terme ce travail. Merci à ma fille, Hanae, qui a été le témoin de tous ces efforts. Tu es
ma source de bonheur.
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE ................................................................................................................................. 1
Chapitre 1 : Cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable 106
Chapitre 2 : Etude empirique de l’effet des projets sociaux sur le développement territorial durable dans la région
de Rabat-Salé-Kénitra ................................................................................................................................... 150
De nombreux travaux traitent du développement. Pour les uns et les autres, la définition donnée
à la notion «développement» n’est pas forcément la même, tant le terme est polysémique. Dès
le début des années 1950, un effort collaboratif de conceptualisation a néanmoins permis d’en
expliciter partiellement les différentes dimensions.
Globalement, si l’on dresse un état des lieux de la littérature sur la question, deux directions
s’imposent : la première relève de la remise en question du rôle de l’Etat et du marché en
matière d’allocation des ressources. La nouvelle économie institutionnelle est le fer de lance de
cette direction de recherche en montrant qu’il existe plusieurs modes de coordination, et pas un
seul, qui donnent corps aux transactions économiques. C’est pour cela que toute la littérature
s’est organisée autour de la nécessité du renforcement institutionnel dans le domaine du
développement.
La deuxième direction concerne les nouvelles réflexions pour intégrer les valeurs dans l’analyse
économique (Assidon, 2002). Ainsi, Sen (2000) montre que l’économie du développement a
favorisé dans le passé l’accumulation des biens et services plutôt que les droits et les capacités
des individus. Ce qu’essaye d’introduire la perspective du développement humain.
Par ailleurs, la prise de conscience, d’une part, de l’impact des activités humaines sur
l’environnement et, d’autre part, de l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace
a permis l’intégration de nouvelles variables dans l’analyse du processus de développement.
Dans ce cadre, l’apparition du concept de développement territorial durable, mais avant lui ceux
de développement territorial et de développement durable, ravive ce débat complexe et confus
qui structure les réflexions sur le développement.
En s’appuyant à la fois sur des travaux traitant du développement durable et sur ceux portant
sur le développement territorial, plusieurs auteurs (Serva, Andion et Lévesque, 2006 ;
Rochman, 2008 ; Proulx, 2006) ont suggéré d’hybrider les concepts de développement durable
1
et de développement territorial afin de proposer une conception plus large et plus intégrée,
qualifiée de développement territorial durable.
− L’intégration des différentes questions soulevées dans le cadre des réflexions sur le
développement (préservation de l’environnement, équité sociale, diversité culturelle,
viabilité économique) ;
− La satisfaction des besoins humains fondamentaux concomitamment aux capacités de
régénération du capital naturel exploité;
− La transversalité, contrairement à la logique sectorielle, permettant un décloisonnement
des initiatives de développement;
− L’implication, la participation et la contribution des acteurs locaux ;
− La gestion territoriale décentralisée.
L’approche devrait donc aboutir à la mise en place des espaces d’intégration et de dialogue
entre collectivités territoriales, société civile, et organismes publics concernés dans le but de
faciliter et garantir la prise en considération des dynamiques et particularités locales. Au fond,
2
il s’agit de mettre en avant la place que joue le territoire (en tant que construit d’acteurs1) dans
la structuration de dynamiques collectives et dans l’élaboration de politiques de développement.
A ce titre Klein affirme que le territoire est une « donne importante de la structuration des
sociétés et de la production des liens sociaux » (Klein, 2008, p : 316).
En effet, au sein d’un territoire donné, une multitude d’acteurs invente de nouvelles solutions,
met en place de nouvelles actions de développement pour résoudre des problèmes communs.
De ces initiatives émergent un certain nombre de « territoires construits ». Le niveau de
durabilité de ces territoires est fonction de la capacité et de la disposition des acteurs concernés
à ne pas se limiter à des considérations d’ordre économique en développant des projets intégrant
les catégories sociales les plus démunies et visant la préservation du capital naturel.
Le rôle fondamental des acteurs des territoires dans le processus de développement est donc
primordial. En effet, comme l’affirment Cazella (2006) et Franco (2004), la participation et la
contribution des acteurs locaux est la condition sine qua non et une pierre angulaire du
développement territorial durable. En outre, il est nécessaire, pour que les principes de ce
dernier soient mis en œuvre, qu’ils soient appropriés par les acteurs locaux (Serva, Andion et
Lévesque, 2006). Les acteurs locaux (y compris les populations) ont donc un rôle central à jouer
dans le processus de développement territorial durable. Cela nous conduit à envisager le concept
de gouvernance.
«sa nature et les formes qu’elle peut revêtir conditionnent à la fois la régulation
sociale (la vie quotidienne) au niveau des territoires et la capacité des acteurs
territoriaux à se mobiliser et à concevoir des projets. La gouvernance conditionne
enfin la capacité des acteurs locaux à concevoir un projet de territoire, sans lequel
il est impensable de passer des actions isolées à un véritable processus de
développement et à fortiori de développement territorial durable. Or, cette capacité
[…] est largement conditionnée par le niveau de capital social dont dispose ces
acteurs».
La gouvernance et le capital social influencent donc l’aptitude des acteurs locaux à se mobiliser
et à mettre en place des projets de développement. Or, cette aptitude dépend de la capacité
d’absorption des acteurs locaux à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances
1
« Le territoire est avant tout un construit d’acteurs en vue de résoudre un problème productif » (Pecqueur, 2000,
cité par Jean, 2008, p : 296).
3
susceptibles de générer des initiatives prometteuses. Ceci impose la reconnaissance d’une autre
dimension, celle de l’innovation.
Depuis les travaux précurseurs de Schumpeter (1935), l’analyse territoriale a mis en évidence
le rôle de l’innovation dans les processus territoriaux. Les approches territoriales d’innovation
(Milieu innovateur, District industriel, Systèmes régionaux d’innovation, etc.), explorées par
plusieurs auteurs (notamment Moulaert et Sekia, 2003), confirment ce constat. Néanmoins,
cette littérature est marquée par deux limites principales (Hillier et al., 2004) :
Dans le même ordre d’idées, certains auteurs expliquent que l’accroissement des activités
marchandes s’accompagne généralement d’une « polarisation sociale concomitante » laissant
une partie de la population hors champ de l’économie et du développement. Or, le
développement est indissociable de l’augmentation du bien-être général et de la perception d’un
sentiment de justice par les populations concernées. Nous retrouvons ici les travaux précurseurs
de Rawls (1972), notamment sur le concept de justice, selon lesquels, pour être juste, une
transformation ou une évolution d’une société donnée doit nécessairement rendre meilleures
les conditions des plus démunis.
Ainsi, une croissance des activités marchandes qui s’accompagne d’une détérioration de la
situation des plus défavorisés pose un problème de justice et de développement. Il est donc
pertinent d’élargir la relation entre innovation et développement dans ce sens, « en partant non
4
pas d’une analyse par le marché, qui implique une offre (innovation dans la production) et une
demande (consommation des produits innovants), mais par les besoins et leur satisfaction »
(Hillier et al., 2004, p : 138). En effet, la logique marchande se limite aux mécanismes du
marché et n’intègre que partiellement la population. Il est donc nécessaire d’adopter une
approche qui prend en compte les besoins exclus par le marché.
Dit autrement, si les relations marchandes font partie de la dynamique du développement, sans
la résumer, il est judicieux de s’appuyer sur un autre référentiel. « La notion de besoin apparait
comme un fondement théorique qui répond à cette vision élargie du développement » (Hillier
et al., 2004, p : 139). Au-delà de la subjectivité inhérente à cette notion de « besoin », nous
retiendrons les besoins sociaux de base, à savoir l’éducation, la santé, le logement, la culture,
la démocratie, etc. Un besoin social serait donc partagé par tous les individus d’une même
société ou communauté (Besançon, 2013). Il faut en conséquence saisir les mécanismes
permettant de révéler ces besoins.
Or, une partie de ces besoins n’est pas satisfaite par le marché, et relève « soit de la solidarité
assurée par l’Etat, ou alors d’organisations plus souples, impliquant l’Etat, des acteurs privés
et la société civile, qui tentent de répondre à ces besoins par des mécanismes de solidarité et
de réciprocité au niveau local » (Hillier et al., 2004, p : 139). Ainsi, l’approche par les besoins
sociaux montre l’importance de la construction des coalitions d’acteurs (publics, privés,
associatifs) pour prendre en charge ces besoins. Dans cette perspective, le concept d’innovation
sociale est pertinent puisqu’il inclut l’innovation dans les rapports sociaux et dans la résolution
des besoins sociaux.
En effet, l’innovation sociale est conçue comme l’interaction entre deux dynamiques (Cameron
et al., 2007) : d’une part, celle de la résolution des problèmes sociaux et, d’autre part, celle de
l’innovation dans les rapports sociaux (la gouvernance par exemple) indispensable au succès
de la première dynamique (Moulaert et Sekia, 2003 ; Hillier et al., 2004 ; Moulaert et
Nussbaumer, 2014).
5
La problématique de la thèse questionne le lien entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable à deux niveaux :
M1
Territoire
Développement
territorial
Innovation M2 durable
sociale
Gouvernance
Y
X
M3
Capital social
M4
Durabilité
6
Hypothèse 1 : Il y a une relation positive directe entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable.
Hypothèse 4 : Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Par ailleurs, pour rendre compte des effets médiateurs, nous avons formulé plusieurs sous-
hypothèses relatives à chaque médiation (cf. tableau 5). Ces hypothèses et question de recherche
ne forment pas une liste exhaustive des interrogations qui ont guidé l’élaboration de cette thèse,
mais elles constituent des éléments structurant sa problématique et permettant de mener à bien
ses principaux objectifs.
Compte tenu du très grand nombre d’initiatives et de l’absence d’une base de données régionale,
une étude exhaustive n’était pas envisageable. De même un choix a dû être opéré parmi les
nombreux acteurs pour effectuer les enquêtes. En dépit de ce souci de représentativité, il est
impossible d’interroger un nombre d’acteurs suffisant pour pouvoir prétendre à une
représentativité statistique. De plus, nous n’avons rencontré que peu de représentants de la
sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein des dispositifs de
gouvernance locale comme des diverses coalitions de projets sociaux.
Rappelons que les acteurs interrogés dans le cadre de cette enquête ont été caractérisés en regard
de leur contribution dans la réalisation des projets sociaux (innovants) mis en œuvre dans la
région de Rabat-Salé-Kénitra (Maroc).
Méthodologie de la recherche
7
Les données de cette étude ont été collectées dans le cadre d’une enquête par questionnaire
auprès de trois catégories d’acteurs territoriaux2œuvrant dans la région de Rabat-Salé-Kénitra,
à savoir les collectivités territoriales, les organismes publics concernés et les associations. Ces
trois catégories d’acteurs ont été identifiées dans le cadre de notre étude qualitative exploratoire
réalisée en 2015 sur un projet socialement innovant, la coopérative de gestion des déchets
«Attawafouk».
Pour analyser nos résultats, nous avons utilisé la modélisation structurelle selon la méthode PLS
(Partial Least Squares). Fernandes (2012), distinguent deux approches de modélisation par
équations structurelles : les méthodes basées sur la covariance, représentées entre autres par
LISREL, et les méthodes basées sur la variance dont l’approche PLS et la plus représentative
de ces techniques (Bucumi-Sommer et al., 2010).
Fernandes (2012), affirme que l’approche PLS est particulièrement adaptée pour l’analyse de
petits échantillons et lorsque l’analyse est exploratoire. En outre, cette technique est
recommandée lorsque la théorie est plus approximative et les mesures sont moins développées
(Ibid.).
Le modèle conceptuel retenu dans le cadre de cette recherche (cf. figure 1) se prête parfaitement
à la méthode des équations structurelles (méthode PLS) puisqu’il propose d’aborder le lien entre
l’innovation sociale (variable indépendante) et le développement territorial durable (variable
dépendante) à partir de plusieurs variables latentes reliées entre elles. Ensuite, le lien entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable a été peu exploré. Par ailleurs, nous
disposons d’un petit échantillon (n = 109) qui ne permet pas d’utiliser les modèles d’équations
structurelles basées sur la covariance.
Pour la mise en pratique des analyses de régression PLS, nous avons choisi d’utiliser le logiciel
SmartPLS (v.3.2.7), en raison, comme l’écrit Lacroux (2010), de la facilité d’emploi de son
interface et de la possibilité d’éditer des graphes des modèles estimés.
Structuration de la thèse
2
Selon Gumuchian et Pecqueur (2007), les acteurs sont ceux qui, par leur implication et par leurs actions,
constituent le territoire. Ce dernier est entendu ici comme un construit d’acteurs (cf. chapitre 1, section 3).
8
La thèse est organisée en deux parties, chacune structurée en deux chapitres, constituant
chacune une étape de la démonstration :
Le premier chapitre se donne comme objectif de présenter les évolutions théoriques qui ont
affecté l’économie du développement. Pour ce faire, nous procédons comme suit. Après avoir
survolé les théories de développement traditionnelles, nous mettons en avant les apports et les
limites des approches environnementales et territoriales, qui constituent une phase
supplémentaire dans l’intelligibilité du phénomène de développement. Enfin, nous reviendrons
sur les principales composantes du développement territorial durable à savoir :
− Le rôle et la place des acteurs locaux et leurs systèmes d’actions dans le processus de
développement territorial durable. Ceci nous amènera à nous intéresser à la gouvernance
et au capital social.
− L’importance du concept de territoire à la fois comme dimension du développement
territorial durable mais également comme acteur de développement.
− L’intégration de la dimension environnementale.
Le deuxième chapitre situe notre problématique dans le cadre de la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Après avoir distingué l’innovation sociale de
l’innovation technologique, nous présentons deux conceptions de l’innovation sociale, chacune
basée sur différentes approches. Ensuite, nous abordons la pertinence du concept de la capacité
d’absorption des connaissances pour l’analyse du processus de l’innovation sociale au niveau
organisationnel. Enfin, nous examinons le lien entre innovation sociale et développement
territorial durable. Ces développements nous permettent de formuler nos hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel est retenu.
Une fois ce cadre conceptuel posé, le chapitre III a pour vocation de présenter l’approche
méthodologique retenue. Il s’agit tout d’abord de présenter les caractéristiques (administratives,
démographiques et socio-économiques) ainsi que les défis de développement relatifs à notre
région d’étude. Ensuite, nous exposons les données relatives à notre échantillon et la méthode
d’analyse que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Enfin, nous
abordons les mesures opérationnelles de notre variable dépendante, le développement territorial
durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles de
l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été associées.
9
Le chapitre IV nous permet enfin d’évaluer notre modèle de recherche. Il est structuré en trois
sections. Dans la première section, nous présentons les résultats des traitements descriptifs des
variables. Il y est notamment question de présenter le portrait des acteurs interrogés ainsi que
les analyses descriptives associées au potentiel et aux réalisations d’innovation sociale. La
deuxième section de ce chapitre est consacrée, quant à elle, à la présentation des résultats des
tests du modèle de recherche. La troisième et dernière section concerne la discussion des
résultats ainsi que les impacts de ces résultats sur les hypothèses de recherche.
10
PARTIE 1
CADRE THEORIQUE D’ANALYSE DE LA RELATION ENTRE
L’INNOVATION SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE
11
La première partie de ce travail a pour objectif de synthétiser l’ensemble des connaissances déjà
acquises sur le thème du développement territorial durable et sa relation avec l’innovation
sociale.
CHAPITRE 1
12
FONDEMENTS THEORIQUES DU DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE
Comme nous l’avons souligné plus haut, de nombreux travaux traitent du développement. Pour
les uns et les autres, la définition donnée à la notion «développement» n’est pas forcément la
même, tant le terme est polysémique. Dès le début des années 1950, un effort collaboratif de
conceptualisation a néanmoins permis d’en expliciter partiellement les différentes dimensions.
Selon Hugon (2007), l’histoire de l’économie du développement peut être structurée en quatre
grandes étapes3 :
Ce premier chapitre se donne comme objectif de présenter les évolutions théoriques qui ont
affecté l’économie du développement. Pour ce faire, nous procédons comme suit. Après avoir
abordé les théories de développement traditionnelles, nous mettons en exergue les apports et
les limites des approches environnementales et territoriales, qui constituent une phase
supplémentaire dans la compréhension du phénomène de développement. Enfin, nous
analysons les principales dimensions formant le concept du développement territorial durable.
3
La périodisation effectuée par Hugon est liée aux grands événements de l’époque, tels que la décolonisation,
années 1960, la crise de la dette des années1980, la chute du mur de Berlin 1989, mais également aux histoires
spécifiques des pays du Tiers Monde, avec notamment la distinction entre les pays émergents et les pays pris dans
les trappes à pauvreté (pour une synthèse cf. Hugon, 2007).
13
1970, la théorie néoclassique du développement qui s’impose sur les ruines des deux travaux
précédents, et enfin, la théorie institutionnaliste.
Il est généralement admis que les années d’après-guerre ont conduit à la conceptualisation de
l’économie du développement. Sur la scène internationale, les mouvements de décolonisation
débutent en Asie et en Afrique ; le FMI et la Banque mondiale voient le jour ; les Nations Unies
traitent des questions de l’industrialisation des pays en voie de développement et de la maîtrise
des prix des matières premières (Hugon, 2007) ; la CEPAL (Commission économique pour
l’Amérique latine) met en avant l’intégration régionale et les stratégies de substitutions aux
importations.
En fait, le développementalisme qui s’est développé après la seconde guerre mondiale puisait
ses racines dans l’histoire économique des pays industrialisés. De ce fait, les approches de
développement se fondaient sur deux hypothèses principales (Assidon, 2002) : la croissance
économique est conditionnée par l’accroissement des activités industrielles, et le volontarisme
ou l’intervention de l’Etat dans le processus d’allocation de ressources, «appelé à corriger les
lois du marché qui avaient jusque-là distribué inégalement l’industrie à l’échelle de la planète»
(Assidon, 2002, p : 11).
Pendant les vingt premières années de son existence, l’économie du développement s’est
démarquée de la pensée néoclassique en renouant avec la tradition de l’économie politique
classique et en explorant les possibilités ouvertes par la théorie keynésienne sur l’activisme
étatique (Ibid.). Ainsi, les idées qui dominent le paysage économique de l’époque donnent un
rôle prépondérant à l’Etat dans la réalisation de la croissance.
Plusieurs travaux soulignent que la théorie du décollage fait référence à la théorie élaborée par
Walt Rostow en 1969 qui renvoie aux étapes de la croissance économique pour caractériser
l’évolution des sociétés vers le développement économique (Rist, 1996 ; Assidon, 2002 ;
Hugon, 2006 ; Park, 2006 ; Otando et Uzunidis, 2011). Ces étapes sont : la société
traditionnelle, la réalisation des conditions nécessaires au décollage (take-off), le décollage, la
maturité et la consommation de masse.
Au fond, la théorie de décollage est caractérisée par des idées évolutionnistes qui ont structuré
le commencement des réflexions économiques, le développement y est conçu comme une
évolution linéaire vers une finalité, soit la consommation de masse, dernière étape du
14
développement (Tremblay, 1999). On y retrouve aussi l’esprit uniformisant du développement
qui stipule que tous les pays doivent emprunter les mêmes chemins pour réaliser le
développement (Ibid.).
De ce point de vue, pour les adeptes de la théorie du décollage économique, il est nécessaire,
pour se mettre sur le chemin du développement, de rompre avec le cercle vicieux du sous-
développement et de faire un effort lourd de financement jusqu'à ce que l’épargne intérieure
arrive à un niveau qui permette que la croissance s’installe (Otando et Uzunidis, 2011).
On retrouve ici les idées d’un certain nombre d’auteurs, tels que Rostow, Rosenstein-Rodan et
Gerschenkron, avec des concepts tels que les «seuils de croissance», le « décollage » (take-off),
le « grand rush » ou «spurt», etc., qui servent de fondements à la théorie dite de la «forte
poussée» (big push). Selon la théorie de la forte poussée (big push), les pays sous-développés
sont bloqués dans une trappe à pauvreté. Seul un effort constant en termes d’investissements
pourrait permettre à leur économie de se défaire de cet équilibre de sous-emploi.
Rosenstein-Rodan s’oppose sur ce thème à Hirschman (1964), qui est adepte plutôt d’une
« croissance déséquilibrée ». En effet, Hirschman consacrait ses travaux à combattre la théorie
de la croissance équilibrée ou le groupe de théories qui gravitent autour de cette idée :
15
« Ceux qui mettent l’accent sur l’importance de la croissance équilibrée ont
apporté une importante contribution, en ce qu’ils ont reconnu que les divers
investissements et activités économiques dépendent l’un de l’autre. Mais ils ont tiré
de cette intuition la conclusion trop simple que ces activités interdépendantes
devraient être mises en place toutes ensemble » (Hirschman, 1964, p : 11, in
Lhomme, 1966).
Pour Hirschman (1964) la croissance serait une séquence de déséquilibres, qui se propage dans
l’ensemble de l’économie. En effet, il souligne que des déséquilibres sont capables d’amener
au développement. Bien entendu, il ne faut pas les laisser au hasard : il convient de faire un
choix entre eux et plus précisément de les choisir en fonction de l’efficacité qu’on en attend
(Lhomme, 1966). Ils seront « calculés » et les fonctions de l’Etat à cet égard consistent à servir
tour à tour de moteur et de frein (Ibid.).
Dit autrement, Hirschman (1964) insiste sur l’existence des effets de complémentarité et des
effets de liaison. En amont de l’industrie créée nait une demande intermédiaire, et en aval, une
demande de même nature s’il s’agit d’une industrie fournissant des biens à d’autres branches.
L’Etat maximise ces effets, qui se cumulent, s’il choisit d’appuyer une industrie située vers
l’amont (Assidon, 2002). Il convient donc de créer des « foyers d’industrialisation » et le rôle
de l’Etat devrait se limiter à rectifier le cours spontané de l’industrialisation (Ibid.).
Il appert dans toute ces conceptions (croissance équilibrée / croissance déséquilibrée) que la
question du développement a été associée à l’élaboration des théories de la croissance. Si
l’économie du développement a fécondé la réflexion des théoriciens de la croissance, de son
côté, la théorie de la croissance affecte les réflexions sur le développement en donnant à celle-
ci sa dimension la plus étroite, celle d’un changement quantitatif.
Pour certains auteurs, la frontière entre les modèles de croissance et les modèles de
développement est difficile à tracer et, de toute façon, les seconds empruntent aux premiers
leurs hypothèses majeures. Il est néanmoins nécessaire de définir des critères qui permettent de
16
distinguer les seconds des premiers. D’après Assidon (2002), pour les modèles de la première
période, on peut obtenir deux critères : 1) le changement sectoriel, dans la transition avec
l’articulation agriculture-industrie ; 2) l’optique d’une croissance volontaire, avec ses choix ex
ante, qui servent de fondements aux stratégies d’industrialisation.
Revenons à la question du rôle de l’Etat, soulevée plus haut. Il y a lieu de faire la distinction
entre «les économistes libéraux anglo-saxons qui limitent le rôle de l’Etat à une allocation
optimale des ressources dans une économie ouverte et les hétérodoxes européens qui sont plutôt
pour un interventionnisme étatique accru dans un secteur industriel protégé» (Casadella, Liu
et Uzunidis, 2015, p : 13).
En effet, l’idée primordiale des hétérodoxes est que les pays sous-développés devaient
privilégier « un investissement public volontariste sélectif » (Petiteville, 1998) au profit des
industries jugées les plus stratégiques en termes de retombées économiques. Ce qui a donné
lieu à une multitude de théories : effets d’entrainement (Hirschman, 1974), pôles de croissance
(Perroux, 1959), industries industrialisantes (De Bernis, 1971).
Toutefois, malgré tout ce qui différencie ces théories, elles gravitent autour d’une idée
principale : « le volontarisme développementaliste des élites étatiques dans le Tiers monde
paraissait alors à la fois évident et propre à résoudre sans problème politique aucun la question
du développement socio-économique » (Petiteville, 1998,15). En effet, ces théoriciens se fient
complètement à l’Etat et ne manifestaient aucun doute à son égard. De ce fait, la question de
l’époque n’était pas de savoir si l’Etat était efficace ou pas (Otando et Uzunidis, 2011).
Seul le Suédois Myrdal (1957 in Casadella et al., 2015), dans la communauté des économistes
du développement, soulevait la question de la nature des Etats du Tiers monde comme frein
éventuel au développement. En effet, l’auteur met en avant les caractéristiques d’un Etat soit
trop faible pour mettre en œuvre des politiques de développement efficientes, soit totalitaire ou
trop corrompu pour instaurer des politiques aptes à redistribuer la richesse (Ibid.).
Toutefois, cette sonnette d’alarme contre ce qu’il convient d’appeler le comportement politique
des dirigeants en place, a été rendu peu visible par le « sophisme économiciste » (Polanyi, 2007)
qui rejetait hors du champ économique toutes ces questions de nature politique. Ainsi, le
processus de développement inachevé dans les pays en voie de développement s’est transformé
en économie de rente, et l’appropriation de cette rente par les élites politiques de ces pays – ce
qui représente déjà un écart majeur des théories économiques du développement (Otando,
17
2008). En plus, souvent le développement et ses objectifs étaient perçus comme capables de
compromettre la situation rentière de l’élite en place (Ibid.).
Au demeurant, ces modèles basés sur la théorie de Rostow, n’étaient pas exemptes de critiques:
l’ambigüité de la périodisation proposée, le manque de précision concernant les conditions
susceptibles d’amorcer le décollage, une confiance aveugle dans les capacités d’un Etat
centralisé et efficace (Bienaymé, 2006). Autant de limites qui réduisent le pouvoir explicatif de
ces théories.
Selon Alonso (2001), en 1949, l’ONU avait publié une étude soulignant une détérioration, entre
1876-1880 et 1936-1938, de l’ordre de 40% des prix des produits primaires relativement à ceux
des produits industriels au niveau mondial. L’étude démontrait que la spécialisation
internationale avait servi le seul profit des producteurs industriels. Cette révélation statistique
avait fini par réduire à rien les démonstrations des théories du libre-échange.
S’appuyant sur ce constat, des économistes parlaient d’une tendance séculaire à la dégradation
des termes de l’échange des produits primaires (Alonso, 2001). Les nombreux travaux publiés
depuis sur cette question se sont orientés dans deux directions (Assidon, 2002): la validation
statistique de la tendance en longue durée, et la recherche de facteurs explicatifs à cette dernière.
C’est dans ce contexte qu’a vu le jour la théorie de la dégradation des termes de l’échange. «Le
préjudice que leur causait leur participation au commerce international suggérait aux auteurs
de dénoncer ce qui leur paraissait une croissance appauvrissante» (Bienaymé, 2006, p : 338).
Ce qui a donné naissance aux thèses de la dépendance dont le raisonnement se focalise sur
l’idée d’un héritage structurel de domination extérieure. Ce courant a été désigné sous le nom
de l’école de la CEPAL.
18
En effet, les économistes de la CEPAL pensent que le principal obstacle à la croissance des
pays de l’Amérique latine réside dans leur insertion défavorable dans l’économie internationale
et que la spécialisation primaire de ces pays a produit plusieurs blocages :
Dans le même registre, Furtado (1967) souligne l’instrumentalisation de l’Etat des pays sous-
développés par les grandes firmes avantagées des pays occidentaux. Il écrit à cet effet :
«[…], ceux qui possèdent le pouvoir sont comme obsédés par la logique
économiciste la plus stricte, qui leur est dictée par les intérêts des groupes
privilégiés et des entreprises transnationales, parler de développement comme une
manière de retrouver le génie créatif de notre culture et comme la réalisation de
nos potentialités humaines, peut paraitre simplement utopique» (Otando et
Uzunidis, 2011, p : 15).
Si la théorie du décollage a nourri, pendant des décennies, de grands espoirs dans le domaine
du développement, inversement la théorie de la dépendance, appelée aussi théorie du centre et
de la périphérie, a mis en évidence les phénomènes d’accumulation des pays du Nord au
détriment des pays du Sud. Dans ce sens, plusieurs auteurs (notamment Samir Amin, André
Gunder Frank, Pierre Jalée, etc.) ont érigé des concepts tels que l’échange inégal et la division
internationale pour mettre en lumière la spirale de la dépendance économique dans laquelle sont
aspirés les pays en voie de développement dans leurs relations avec les pays développés.
19
Par ailleurs, la théorie de la dépendance touche à la fois aux dimensions interne et externe de
l’exploitation des sociétés qu’elle analyse, i.e. il ne s’agit pas simplement de montrer les
mécanismes de l’exploitation capitaliste des pays en voie de développement par des sociétés
transnationales et multinationales, mais aussi de révéler que les économies nationales des pays
sous-développés sert de base et de relais à l’exploitation capitaliste et monopolistique par des
firmes multinationales (Tremblay, 1999). En ce sens, Rist affirme qu’il s’agit :
L’approche de la dépendance a été pendant des décennies la réponse des auteurs des pays sous-
développés ainsi que des théoriciens d’inspiration marxiste à la logique d’accumulation
capitaliste mondiale. Cependant, écrit Tremblay (1999), cette théorie a fait l’objet de
nombreuses critiques, notamment parce qu’elle ne remettait pas en question l’esprit
économiciste du système capitaliste basé sur la croissance continue de l’économie. De plus,
ajoute-elle, le concept de dépendance d’une société par rapport à une autre est de plus en plus
difficile à prouver, dans une économie mondiale comme celle qui s’est développée à l’échelle
planétaire, ou l’ensemble des sociétés sont interconnectées.
Malgré ces critiques, la thèse de la dépendance se trouve encore au centre de plusieurs travaux
qui tentent d’expliquer la situation de l’économie-monde. Notamment, les travaux de
Wallerstein, qui se réfèrent à cette idée de régions-centres qui exploitent la périphérie.
Wallerstein (cité par Tremblay, 1999) insiste aussi sur l’importance des régions semi-
périphériques pour le système de l’accumulation mondiale. Dans le même esprit, Tellier (1996)
affirme que les concepts de centre et de périphérie sont mis de l’avant par de nombreux auteurs
(Wallerstein, Braudel, Hohenberg et Lees) et qui constituent les premiers éléments pour
expliquer la réalité des « corridors historiques du développement ».
Dans le cheminement de ces réflexions, la prise en compte des aspects structurels dans l’analyse
des économies du Sud semble d’une grande importance. En effet, comme le soulignent Otando
et Uzunidis (2011), le sous-développement n’est pas conçu comme un fait naturel mais comme
un fait historique lié au manque d’articulation des structures productives et à des situations de
dominations entretenues par l’économie mondiale.
20
Dans ce contexte, les promoteurs de la théorie de la dépendance ont proposé un ensemble de
recommandations afin de rompre le cercle vicieux du sous-développement. C’est ainsi qu’ont
vu le jour des réflexions proposant de remplacer les importations par des productions locales.
Il s’agissait des stratégies de substitutions aux importations. Mettre l’accent sur le marché
intérieur et une intervention de l’Etat permettraient de renverser la situation d’inégalité du
développement entre le centre et la périphérie (Otando et Uzunidis, 2011). Toutefois, la
stagnation des pays qui ont mis en œuvre des stratégies de substitution aux importations
(notamment les pays d’Amérique latine) a été la cause des premières critiques (Otando, 2008).
En effet, ces théories, malgré la pertinence de leur approche qui met l’accent sur l’analyse des
structures, présentent quelques limites (Otando, 2008) : le rôle joué par l’Etat dans la
rectification des irrégularités du marché et dans l’élaboration des politiques publiques est
central. En outre, le comportement de l’élite a été ignoré ou relégué au second plan. De ce fait,
ces conceptions sont loin d’être cohérentes. Les travaux de Samir Amin (1973 cité par Otando
et Uzunidis, 2011) occultent totalement le rôle du politique. Ce dernier est vu comme un jouet
entre les mains des firmes capitalistes des pays du centre. Et donc, l’Etat, dans ce cadre, est
considéré comme une entité fantoche.
En outre, Furtado (cité par Casadella et al., 2015) en faisant jouer un rôle prépondérant à l’Etat
demeure conscient du risque de la perversion des stratégies de développement dans un contexte
de prolifération des coups d’Etat. Et donc, l’installation d’une nouvelle classe dirigeante
motivée par la recherche des intérêts individuels. Ce qui amène aux réflexions de Stiglitz pour
qui la répartition des richesses dans certains pays en voie de développement n’est pas
déterminée par le couple égalité-efficacité : «Elle n’est pas définie en vertu des principes de la
justice sociale ; elle résulte de la force brute. La richesse donne du pouvoir, et ce pouvoir
permet à la classe dominante de garder la richesse» (Stiglitz, 2003, p : 198).
21
pays sous-développés vers le marché mondial, mais aussi à la crise de la dette d’autre part
(Diop, 2016). «De telles crises allaient saper les structures économiques et sociales des pays
du Tiers-Monde » (Diop, 2016, p : 161).
Ces évènements ont réorienté, en conséquence, les priorités. Ainsi, émerge la nécessité de
l’équilibre qui élimine la dimension temporelle du changement (Assidon, 2002). Dit autrement,
l’observation des équilibres macroéconomiques passait devant les théories et stratégies de
développement. De ce fait, « la pluralité des théories d’appui se rétrécit au profit de la théorie
néoclassique de l’équilibre ou de ses variantes keynésiennes » (Assidon, 2002, p : 11).
Toutefois, une question reste entière : pourquoi certains pays sous-développés ont-ils atteint des
résultats remarquables après la décolonisation alors que d’autres ont stagné, voire régressé?
(FMI, 2006). Dans ce cadre, le début des années 1980 a vu s’installer un consentement sur les
causes du sous-développement. Les dissemblances des politiques économiques y jouent un rôle
majeur (Otando et Uzunidis, 2011).
C’est dans ce contexte que les organismes financiers internationaux sont intervenus à la fin des
années 1970 dans l’objectif de remettre en ligne droite la situation économique des pays du
Tiers-Monde. D’importantes corrections étaient faites afin de limiter ou rectifier les
déséquilibres macroéconomiques constatés dans ces pays. En effet, les institutions
internationales se sont appliquées à recommander aux pays en voie de développement une série
de politiques économiques que l’on appelle communément les politiques d’ajustement
structurel (PAS), prônant la mise en place d’une politique macro-économique saine, la
libéralisation des marchés internes, la réduction des dépenses de l’Etat et l’intégration dans
l’économie mondiale, etc. (Casadella et al.,2015).
Il appert que la survenance de la crise de la dette des années 1980 était à l’origine de la
conception et la mise œuvre du «Consensus de Washington» en 1989. Ce consensus va
constituer le cadre de référence sur lequel la Banque mondiale et le FMI vont s’appuyer pour
imposer leur propre modèle de développement aux pays sous-développés, notamment ceux de
l’Afrique. Ce modèle de développement est résolument d’inspiration ultralibérale (Diop, 2016).
De ce fait, les particularités des pays sous-développés qui ont fécondé les premières réflexions
sur l’économie de développement, lancées par les structuralistes, semblent avoir été occultées
de la conception des institutions internationales (Otando et Uzunidis, 2011). Ainsi, les
mécanismes du marché, dans un cadre de libre intégration des économies nationales dans
22
l’économie mondiale, sont donc susceptibles d’assurer aux pays sous-développés d’emprunter
le chemin de la prospérité et du rattrapage (Ibid.).
Or, les politiques d’ajustement structurel n’ont pas pour objet de favoriser le développement de
dynamiques économiques internes (Otando et Uzunidis, 2011). C’est aux gouvernements des
pays soumis aux programmes d’ajustement de s’en soucier. En réalité, «l’objectif n’est pas la
réduction de la dette mais que les intérêts de la dette continuent à être payés, et de préférence
à des taux encore plus élevés» (Amin, 2012). Le rôle du programme d’ajustement structurel est
de garantir le remboursement des échéances de la dette.
Globalement, le bilan de ces politiques reste contrasté. En fait, l’évaluation de ces programmes
élaborés par les techniciens de la Banque mondiale dans dix-neuf pays fait ressortir les résultats
suivants entre 1980 et 1986 : ils ont un effet positif faible sur la croissance et les exportations,
ils n’ont pas favorisé l’entrée des capitaux privés étrangers, donc un impact négatif sur
l’investissement (Assidon, 2002).
Sur le plan social, les coûts des programmes d’ajustement structurel ont été constatés
rapidement et aucun secteur d’activité n’a été préservé (Bougoignie et Genné, 1990 in Diop,
2016) :
− Dans le domaine de l’éducation, on assiste, dans plusieurs pays, à une diminution des
budgets qui se traduit par la baisse de salles de classe, du personnel enseignant, des
internats et des fournitures scolaires ;
− Dans le domaine de la santé, on enregistre, une diminution du rythme de la construction
des hôpitaux, un manque des médicaments et un gel des recrutements de personnels de
santé ;
− En termes d’emploi, la fermeture de plusieurs structures publiques, les départs
volontaires à la retraite des fonctionnaires pour réduire les effectifs de la fonction
publique et par conséquent la masse salariale.
Il est intéressant de noter qu’il est largement reconnu, y compris par les institutions
internationales, que les programmes d’ajustement structurel avaient des résultats désastreux. En
effet, ils ont généré plus de pauvreté dans les pays qui en ont fait l’objet. Ce qui a amené les
institutions internationales à mettre la question de la pauvreté à l’ordre du jour des priorités.
Robert MacNamara, président de la Banque mondiale, exprime clairement cette crainte dans un
discours prononcé en septembre 1972 :
23
«Lorsque les privilégiés sont peu nombreux et les désespérément pauvres la
majorité et lorsque l’écart se creuse sans cesse davantage, ce n’est pas qu’une
question de temps avant qu’un choix décisif ne s’impose entre le cout politique
d’une réforme et le risque politique d’une révolution. C’est la raison pour laquelle
les politiques d’éradication de la pauvreté dans les pays sous-développés
s’imposent non seulement par principe, mais par prudence. La justice sociale n’est
pas principalement un impératif moral, elle est un impératif politique.» (Diop,
2016, p : 175).
Ainsi, le thème de la pauvreté est réactivé. La Banque mondiale lui consacre son rapport 2000-
2001 (Attacking poverty). L’un des objectifs majeurs est de promouvoir des institutions « pro-
pauvres » (objectif d’empowerment) qui favorise l’autonomie des plus démunis. Sous ce volet,
ce rapport s’inspire totalement des réflexions d’Amartya Sens sur les capabilities.
Dans cette perspective, « la pauvreté est appréhendée comme une privation des capacités
élémentaires, et non, selon la norme habituelle, comme une faiblesse des revenus » (Sen, 2000,
p : 123). Cette définition ne remet pas en cause l’idée évidente qu’«un revenu faible constitue
bien une des causes essentielles de la pauvreté, pour la raison, au moins, que l’absence des
ressources est la principale source de privation des capacités d’un individu» (Sen, 2000, p :
123).
En réalité, un revenu inadéquat prédispose à une vie de pauvreté. Mais, toute une série
d’arguments pèsent, selon Sen, en faveur de la première définition. En voici trois :
Contrairement à l’approche qui met l’accent sur les déterminants de l’offre alimentaire, la
théorie des famines de Sen (1981 in Assidon, 2002) souligne les déterminants de la demande
alimentaire des individus et des différents groupes sociaux. Le volume de cette dernière ne
dépend pas seulement d’une contrainte budgétaire, comme le veut l’analyse traditionnelle ; pour
Sen, a faim celui qui n’a rien ou pas assez à échanger, que ce soit son travail, de l’argent, la
terre ou tout autre droit qu’il peut négocier sur le marché ou faire valoir pour obtenir des
aliments.
Une autre implication de cette approche se trouve dans la définition et dans la mesure du
développement : l’approche de Sen sert en effet de fondement à l’IDH du PNUD (Programme
des Nations unies pour le développement), qui permet une appréciation plus qualitative que la
seule donnée PIB. Pour le mesurer, on utilise trois dimensions relatives aux conditions de vie
des populations : l’espérance de vie à la naissance, l’accès à l’éducation via les taux
d’alphabétisation des adultes, ainsi que le taux de scolarisation dans le primaire, le secondaire
et le supérieur, et le PIB par habitant mesuré en parité de pouvoir d’achat.
Bien que la philosophie de l’IDH s’inscrive dans une logique de potentiel, Charles et Pironne
(2011) affirment que l’objectif est loin d’être atteint : les trois piliers de l’indice, niveau de vie,
longévité et éducation, sont eux-mêmes des mesures de résultat. Vivre longtemps n’implique
pas forcément plus de capabilités, soulignent les auteurs qui illustrent cette hypothèse par le cas
des malades incurables tenus en vie par des machines et des traitements médicaux spécifiques.
Pour les auteurs, ces pratiques influencent, certes, l’espérance de vie mais ne prend pas en
compte l’idée ou l’état d’un vieillissement qui permet de rester pleinement actifs. Le même
25
raisonnement, ajoutent les auteurs, peut être élargi aux systèmes éducatifs : la présence des
élèves sur les bancs des écoles ne dit absolument rien sur la qualité des enseignements et des
apprentissages, sans oublier le cas des systèmes éducatifs dans des régimes dictatoriaux ou
l’école est parfois utilisée comme instrument de propagande de masse (Ibid.).
Malgré ces limites, l’argumentaire fourni par Sen en faveur de l’explication du développement
comme un «processus d’expansion des libertés dont jouissent les individus» (Sen, 2000, p : 13)
reste un support important.
Tout compte fait, la Banque mondiale reconnait son tort et admet, à partir du début de la
décennie 1990, les effets négatifs des PAS sur les groupes les plus démunis, qui n’avaient plus
accès à certains services sociaux de base (Diop, 2016).En conséquence, la Banque adopte le
programme intitulé «dimensions sociales de l’ajustement» (DSA), avec pour objectif
l’élimination des impacts négatifs des programmes d’ajustement sur les populations démunies
que sont les femmes, les enfants et les vieillards par la satisfaction de leurs besoins essentiels
et, globalement, par leur insertion dans l’activité économique (Ibid.).
Ainsi, les dimensions sociales, humaines et écologiques deviennent une composante nouvelle
dans l’appareillage conceptuel des organismes financiers internationaux. A ce titre, James
Wolfensohn, président de la Banque mondiale, écrit : «nous ne pouvons adopter un système
dans lequel les aspects macro-économiques et financiers sont traités sans tenir compte des
aspects naturels, sociaux et humains et vice versa» (Naim, 2000, p : 20).
De plus, la Banque mondiale accorde une place prépondérante à l’insertion des populations
dans le processus de développement en faisant participer les futurs bénéficiaires à la conception,
à la mise en œuvre et à l’évaluation des programmes. Dans cette perspective, la Banque
mondiale recommande une synergie entre les différentes parties prenantes (gouvernants,
prestataires et bénéficiaires) (Diop, 2016).
A cet effet, la Banque mondiale insiste sur le renforcement juridique et institutionnel des
organisations non gouvernementales (ONG), des organisations communautaires de base (OCB)
et des organisations locales de pauvres capables d’éliminer la pauvreté par la formation et
l’encadrement des populations (Ibid.). Au demeurant, ces structures de la société civile joueront
le rôle de relais pour les organismes financiers internationaux dans leur lutte contre la pauvreté.
Par ailleurs, les échecs des programmes d’ajustement structurel sont analysés par la Banque
Mondiale comme une absence de capacités institutionnelles dans la majorité des pays sous-
26
développés, elle redirige et focalise donc ses actions sur « la bonne gouvernance » (Casadella
et al., 2015). De fait, il ne s’agit pas uniquement de se préoccuper des actions et programmes à
mettre en œuvre, il s’agit également de s’intéresser aux institutions qui développent et mettent
en pratique ces programmes.
Au fil de l’eau, la question des institutions fait irruption dans le débat sur le développement.
Sous cet angle, le rapport de la Banque mondiale de 1991(in Otando et Uzunidis, 2016) est
révélateur de ces nouvelles directions. Y est abordé le concept de la «bonne gouvernance».
Ainsi, les mauvais résultats de certains pays sont associés à la mauvaise la qualité de leurs
institutions. Ce faisant, l’insuffisance institutionnelle observée dans les pays sous-développés
est mis en évidence pour expliquer le manque de performance. En substance, le développement
n’est pas uniquement influencé par la dotation en facteurs. La dimension institutionnelle en
explique une partie.
En effet, les années 1980 ont été caractérisées par l’intérêt croissant porté, de la part de la
Banque mondiale et du FMI, aux institutions publiques des Etats (Assidon, 2002 ; Otando,
2008 ; Otando et Uzunidis, 2011). Ainsi ces derniers, et notamment les pays d’Afrique et
27
d’Amérique latine, ont été contraints d’entamer des réformes majeurs des dispositions
juridiques qui régissent l’exercice du pouvoir politique (Otando, 2008). En un mot, de suivre
les principes de «bonne gouvernance».
Le concept de gouvernance n’est pas nouveau. Son émergence remonte à l’antiquité grecque
(Joumard, 2009), celui de bonne gouvernance est d’apparition récente et serait, selon Diop
(2016), le lot des institutions de Bretton Woods, des Nations Unies et des agences de
développement. Son émergence sur le plan international a été encouragée par les programmes
de lutte contre la pauvreté initiés par la Banque mondiale (Hubbard, 1999 ; Joumard, 2009 ;
Diop, 2016).
La notion rend compte selon les uns et les autres de différentes réalités, tantôt convergentes,
tantôt opposées. Au sens le plus large, le terme de gouvernance désigne « les modalités
d’organisation et d’exercice du pouvoir lorsque est en jeu une action collective » (Rebérioux
et Coutrot, 2005, p : 2).
Dit autrement, la notion est un lieu de débat entre les réflexions qui mettent l’accent autant sur
la raison d’être des entreprises, sur leur fonctionnement que sur les objectifs qu’elles cherchent
à atteindre. Dans ce sens, le terme soulève deux types de questions (Rebérioux et Coutrot, 2005)
: dans quel(s) intérêt(s) doit-on diriger l’entreprise? Quels dispositifs de contrôle et de décision
doit-on adopter ?
A cet égard, deux approches s’affrontent. D’une part, les partisans de la valeur actionnariale
(shareholder value) défendent une conception de l’entreprise au service exclusif de ses
actionnaires. Les tenants d’une entreprise d’«ayants-droits» (stakeholder value) proposent au
contraire d’étendre la responsabilité des dirigeants à un cercle plus au moins vaste de parties
prenantes (Rebérioux, 2003).
28
Dans le monde de l’administration publique, la gouvernance est conçue comme une réforme
incontournable de l’Etat afin de rendre plus efficace et efficient son fonctionnement et ses
actions, d’instaurer de nouvelles formes de coopération avec le secteur privé, de nouveaux
dispositifs de management public dans une logique de résultat au travers des critères de
performance (Stoker, 1998).
Concernant l’aide aux pays sous-développés, la gouvernance, telle qu’elle est promue par les
organismes financiers internationaux que sont notamment la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international, sous-tend une nouvelle conception de l’aide à destination de ces pays
en responsabilisant davantage la société civile et en réduisant le rôle des structures publiques
nationales dans la gestion des prêts et l’implémentation des actions et programmes
internationaux de développement (Jouve, 2007).
Cette confiance dans la société civile, ajoute-t-il, qui se manifeste dans sa capacitation, son
contrôle sur les décisions et les ressources devrait, être concomitante à des ajustements
institutionnels (lutte contre la corruption, démocratisation, libéralisation des services). Elle
pourrait aussi avoir comme finalité de faire prendre en charge le développement social et
économique et les besoins essentiels des groupes les plus démunis, en lieu et place de
l’administration locale (Ibid.).
Dans ce contexte, la bonne gouvernance est définie par la Banque mondiale comme «la capacité
de l’Etat à fournir les institutions qui favorisent la croissance et la réduction de la pauvreté»
(BM, 1992, P : 134).En ce sens, c’est une hypothèse de l’économie institutionnelle pour laquelle
la gouvernance est le cadre institutionnel qui permet une plus grande maitrise des coûts de
transactions. Ainsi, écrit Otando (2008), le regain d’intérêt pour les institutions correspond à la
prise de conscience que l’Etat joue un rôle prépondérant dans la dynamique de l’économie et
donc le bon fonctionnement des marchés.
De toute évidence, le concept de bonne gouvernance est aujourd’hui omniprésent, il est, dit-on,
à la mode (Gaudin, 2002).Klibi exprime cette tendance en ces termes :
29
Au fond, l’adoption du concept de bonne gouvernance par les institutions internationales nous
permet de montrer une certaine évolution du statut de l’Etat dans la théorie économique du
développement (Assidon, 2002 ; Otando, 2008 ; Uzunidis et Otando, 2011). Dans cette
perspective, Petiteville soutient l’idée que : « Le mythe de l’Etat développeur dans les années
soixante-dix furent le produit d’un économisme théoriciste qui intégrait le facteur étatique sous
une forme assez généralement imposée pour elle-même » (Petiteville, 1998, p : 16).
Tout compte fait et malgré les ambigüités qu’elle renferme, la bonne gouvernance demeure un
concept clé qui nous permet d’attirer l’attention sur des défaillances des économies des pays en
voie de développement. L’objectif poursuivi est clair : « réformer l’Etat en profondeur afin de
permettre au marché de fonctionner sans entrave » (Uzunidis et Otando, 2011, p : 23).
Dans cette optique, la promotion des pratiques de bonne gouvernance dans ces pays est
incontournable. L’absence de gouvernance dont souffrent les pays sous-développés, explique,
en partie, l’insuccès des politiques économiques qui ont été mises en place. C’est ce qui a fait
dire à Otando (2008) que tant que demeurent des pratiques de mal gouvernance, toute aspiration
de voir se mettre en œuvre une vraie dynamique de développement se basant sur l’innovation
et la créativité reste un souhait irréalisable.
Au final, cette exploration des différentes théories du développement nous révèle deux avenues
majeures qui se sont formées au cours de la dernière période quant à l’économie du
développement (Assidon, 2002 ; Hugon, 2007 ; Otando, 2008, Otando et Uzunidis, 2011) : la
première relève de la remise en cause du rôle du marché et de l’Etat dans l’allocation optimale
des ressources. La nouvelle économie institutionnelle est le « dada » de cette avenue de
recherche en montrant qu’il existe plusieurs modes de coordination, et pas un seul, qui donnent
corps aux transactions économiques. C’est pour cela que toute la littérature mettait l’action sur
la nécessité du renforcement institutionnel dans le domaine du développement.
La deuxième avenue concerne les nouvelles réflexions pour intégrer les valeurs dans l’analyse
économique (Assidon, 2002). Ainsi, Sen (2000) montre que l’économie du développement a
favorisé dans le passé l’accumulation des biens et services disponibles plutôt que les droits et
les capacités des individus. Ce qu’essaye d’introduire la perspective du développement humain.
Par ailleurs, la prise de conscience, d’une part, de l’impact des activités humaines sur
l’environnement et, d’autre part, de l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace
a permis l’intégration de nouvelles variables dans l’étude des problèmes de développement. En
30
effet, les approches environnementale et territoriale du développement constituent une autre
phase dans la complexification des réflexions sur le développement. Ces deux tendances feront
l’objet de la section suivante.
L’objectif de cette section est de délimiter les contours du concept de développement territorial
durable. Pour ce faire, nous abordons les approches théoriques qui le sous-tendent, en particulier
les approches du développement territorial et du développement durable. Ensuite, nous
identifions les principales dimensions le composant.
Les réflexions sur les liens entre environnement et développement émergent dans les débats
scientifiques à la fin des années 1960 et ont été structurées par trois avenues qui interagissent
les unes avec les autres : les travaux des grandes organisations internationales et en particulier
de l’Organisation des Nations Unies, les réflexions théoriques sur la dimension écologique du
développement et l’institutionnalisation du mouvement environnementaliste (Rochman, 2008).
Ainsi, l’année 1972 a vu apparaître les premières réflexions remises au Club de Rome, sous un
rapport intitulé «The Limits to Growth». C’est un point de vue global et systémique, adopté par
Meadows et son équipe du Massachusetts Institute of Technology. Développement et
environnement doivent être abordés comme un seul et même problème (Meadows et al., 1972).
Meadows et ses co-auteurs concluent :
31
Au-delà, de la thèse de la «croissance zéro» qui a laissé une grande impression et fait l’objet
de controverses, au sein même du Club de Rome, c’est le défis de la redistribution des richesses
au niveau mondial qui est soulevée (Vivien, 2005). Pour y faire face, la croissance doit
continuer dans les pays sous-développés, provisoirement, tandis qu’elle doit interrompre sa
marche dans les pays du Nord, afin de sortir le tiers monde de la trappe à pauvreté dans laquelle
il se trouve (Bairoch, 1971).
La première conférence des Nations unies sur l’homme et son milieu a eu lieu en juin 1972 à
Stockholm, sous le thème : «Une seule terre !». C’est la vulnérabilité de la planète et
l’interdépendance des phénomènes qui s’y déroulent qui sont en question. A cette époque
marquée par les images des premiers pas de l’homme sur la lune, c’est la métaphore du
«vaisseau spatial Terre» qui est utilisée par Ward et Dubos (1972 in Damian, 2015). Ces
auteurs remarquent, d’une part, le déséquilibre entre la dynamique de la technosphère, i.e. le
système mondial d’innovations techniques, d’investissements et d’échanges commerciaux, et
celle de la biosphère et, d’autre part, la mauvaise répartition de la prospérité.
Autre la déclaration finale, la décision est prise de créer un organe spécifique au sein de l’ONU
en charge des questions d’environnement. Le Programme des Nations unies pour
l’environnement (PNUE) voit le jour dans le brouillard des réflexions sur l’environnement, avec
Strong à sa tête. Pendant ce temps, remarque Deléage (1993), on assiste à une mobilisation très
importante des ONG. Au slogan «Une seul Terre», répond l’appel des ONG : «Un seul peuple».
Une année après cette conférence, Strong va lancer le terme d’«écodéveloppement», qui
promeut l’utilisation rationnelle de ressources naturelles et met en avant dans ce domaine les
savoir-faire des paysans des pays développés. L’expression va être reprise et développée au
Symposium PNUE/CNUCED qui s’est tenu à Cocoyoc en 1974 (Ibid.). Sa déclaration finale
s’interroge sur les limites internes des besoins humains et les limites externes relatives aux
ressources naturelles :
«Nous croyons à la possibilité d’établir des modes de vie et des systèmes nouveaux
plus justes, moins arrogants dans leurs exigences matérielles, plus respectueux de
l’environnement de la planète entière. La voie ne passe ni par l’attente désespérée
d’un désastre, ni par la croyance optimiste en une succession de prouesses
techniques. Elle passe par une évaluation attentive et dépassionnée des limites
externes, par une recherche collective de la manière de respecter les limites
internes des droits fondamentaux de l’homme. Elle passe par l’édification de
structures sociales pour exprimer ces droits et par un patient travail d’invention
32
des techniques et des modes de développement qui mettent en valeur et protègent
notre patrimoine planétaire» (PNUD, 1981, p : 119).
Deux ans plus tard, Sachs (1974) dans un texte intitulé «Environnement et styles de
développement» reprit le terme d’écodéveloppement et l’idée de la gestion prudente des
ressources naturelles. Il s’agit d’une «voie moyenne, à égale distance des propositions extrêmes
des malthusiens» (Sachs, 1974 : 14). Dit autrement, Sachs propose une approche plus globale
impliquant la conception de nouvelles modalités pour le développement et dépassant ainsi les
débats portant sur la croissance (croissance vs décroissance).
Jusqu’à la fin des années 1970, le PNUE fera de l’écodéveloppement un des objectifs privilégiés
de sa stratégie (Vivien, 2005). Selon ce dernier, le terme occupe aussi une place centrale dans
le troisième rapport du Club de Rome coordonné par Tinbergen, un spécialiste des questions de
développement qui a reçu en 1969 le premier prix de sciences économiques en mémoire
d’Alfred Nobel. Ce document, ajoute-t-il, mettant l’accent sur les relations pays développés /
pays sous-développés coïncide avec les objectifs de l’Assemblée des Nations unies qui a appelé
en 1974 à l’établissement d’un nouvel ordre économique mondial, plus humain et plus
équitable.
En 1987, la CMED publie son rapport intitulé «Notre avenir à tous», ou les liens entre
environnement et développement sont considérés de concert :
33
Ce qui amène à chercher une solution, laquelle n’est autre que la conceptualisation du
développement durable (DD). La définition du DD la plus documentée est celle qui figure dans
le rapport «Notre avenir à tous» : «Un développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs» (CMED, 1987, p :
51).
Une première dimension porte sur la durée du développement. L’accent est, ensuite, mis sur
l’équité sociale, à établir entre les générations et à l’intérieur des générations. Une troisième
dimension à prendre en considération porte sur le respect des systèmes naturels qui nous font
vivre. Cela constitue ce que l’on désigne communément les trois composantes du
développement durable.
Ainsi, Le DD est conçu depuis son émergence comme une approche susceptible d’aborder et
traiter de concert des questions primordiales auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés :
l’idée de la finalité de la croissance et d’une hybridation entre l’économique, le social et
l’environnemental; la question temporelle et la relation entre le court terme et le long terme, et
entre les générations actuelles et à venir; enfin, celle, de l’articulation entre les enjeux locaux
et globaux (Theys, 2002 ; Angeon et al., 2006; Laganier et al., 2002 ; Coppin, 2000).
Malgré que le DD soit reconnu tant dans les politiques nationales qu’internationales, malgré les
nombreux travaux théoriques et empiriques portant sur la question, le concept suscite la
méfiance, en particulier chez les auteurs en sciences humaines (Gagnon, 2008). Il n’y a pas
consensus sur sa pertinence. Qualifié parfois d’utopique, parfois de solution à la crise de
l’environnement et du développement (Claval, Touraine in Gagnon, 2008), le DD reste un
concept dont l’utilité est controversée.
Force est de constater qu’il existe plus de 80 définitions du DD, sans compter les interprétations
et la dizaine de définitions comprises dans le rapport «Notre avenir à tous» lui-même (Mebratu,
1998). Cela rend compte de sa complexité. Comme le mentionne Jacobs (1999 in Connelly,
2007), le désaccord sur le DD n’est pas tant d’ordre sémantique, mais plutôt d’ordre politique :
ce serait donc un concept controversé surtout quant à ses usages et applications (Gagnon, 2008).
34
2.2 Approche territoriale
Les réflexions territoriales sur le développement sont apparues dans les années 70 (Campagne
et Pecqueur, 2014). D’abord, le développement local était perçu comme «une alternative aux
grandes opérations de planification» (Rochman, 2008, p : 37), ensuite, comme «une réponse
émergente à la mondialisation» (Campagne et Pecqueur, 2014), voire, enfin, comme une
approche de développement alternative visant l’amélioration de l’efficacité des politiques
publiques en intégrant les acteurs locaux (Angeon et Callois, 2005).
Ces réflexions ont été par la suite fécondées par d’autres approches, dont on peut identifier trois
types de travaux. L’approche française du milieu innovateur (Aydalot, 1985), met en évidence
le rôle du potentiel institutionnel endogène pour les entreprises innovantes. Dans le même ordre
d’idées, les approches du district industriel et de systèmes productifs locaux, qui tentent de
mettre en avant la pertinence de la coopération et le partenariat dans le processus d’innovation
(Becattini, 1987 in Moulaert et Nussbaumer, 2014). Un troisième type de travaux concerne les
nouveaux espaces industriels, développés par l’Ecole californienne de la géographie
économique (Moulaert et Nussbaumer, 2014).
Selon Rochman, ces modèles territoriaux ont au moins trois attributs communs :
35
− Elles encouragent l’esprit d’entreprise collectif, dans la mesure où «l’entrepreneur
effectue une médiation entre les fonctions sociales, administratives et politiques de la
production, liées au travail de différents groupes locaux dans des filières productives
inscrites à des échelles supérieures» (Rochman, 2008, p : 38).
Au milieu des années 1980, ces modèles refont surface sous le terme «développement
territorial», en particulier, grâce aux travaux des chercheurs de l’école de Grenoble (notamment
Courlet et Pecqueur, 1992), mais également avec l’aide de certains travaux en lien avec la
sociologie économique (Fontan et al, 2003) et la géographie socioéconomique (Benko et
Lipietz, 2000). En conséquence, les adjectifs «local» et «territorial» sont utilisés confusément
pour qualifier ces approches ; toutefois, l’expression «développement territorial» reste
davantage employée dans les travaux qui traduisent mieux le rôle du territoire dans le processus
de développement.
De son coté, Aydalot (1985) souligne que les limites de l’approche fonctionnelle classique du
développement ont été à l’origine du modèle de développement territorial, proposé au début
des années 1970. Pour lui, l’émergence de cette nouvelle conception de développement est due
aux travaux de John Friedmann et de Clyde Weaver, à l’influence des rapports du Club de
Rome, aux réflexions de la Fondation suédoise Dag Hammarskjöld (l’idée d’un autre
développement), à la proposition d’Ignacy Sachs (le concept d’écodéveloppement) et à la
genèse de la pensée environnementaliste. Le développement territorial traduit selon Aydalot
une révolution intellectuelle qui :
Dans le même ordre d’idées, Jean (2015) souligne que la notion de développement territorial
marque une rupture radicale avec la logique de développement régional et il ne se base pas
encore sur une construction théorique stabilisée. Il provient de l’hybridation des concepts de
développement et de territoire qui sont deux phénomènes que la littérature a grande peine à
rende intelligibles. En ce sens, le territoire ne se réduit pas à son échelle, mais il se définit par
son mode d’organisation et par la façon dont les acteurs, le composant, s’y coordonnent (Jean,
36
2015). De fait, «Le territoire est avant tout un construit d’acteurs en vue de résoudre un
problème productif» (Pecqueur, 2000)4.
Il peut donc se définir comme «l’augmentation de la capacité des acteurs à maitriser les
dynamiques d’évolution qui les concernent» (Lardon et al. in jean, 2015, p : 296). Loin de la
recherche de l’intérêt inhérent à chaque acteur, il s’agit d’une construction collective du
développement en termes de réalisation et de potentialités sans aggraver les inégalités
régionales. Dans cette logique, le territoire est conçu comme le résultat du développement dans
la mesure où il offre, en plus de la satisfaction des besoins sociaux, un cadre de vie équilibré et
durable, mais toujours partiel.
Les idées de local, de proximité et de territoire sont la pierre angulaire de l’approche, c’est de
fait au niveau local et grâce à la proximité à la fois géographique et organisationnelle (Talbot
et Kirat, 2005) voire institutionnelle (similitude cognitive des individus) (Angeon et Callois,
2005) que se met en place certaine synergie encourageant la conception de projets et d’actions
prometteurs et qui donnent au développement sa dimension endogène (Rochman, 2008). Enfin,
la transversalité (contrairement à la logique sectorielle), permettant le décloisonnement des
initiatives de développement, l’implication, la participation et la contribution des acteurs locaux
au processus de développement (Rochman, 2008).
En définitive, l’approche territoriale propose bien plus qu’un simple épisode dans le processus
de conceptualisation du développement. Il s’agit d’une rupture profonde avec les approches de
développement citées précédemment au sens où les projets de développement sont conçus
localement et en concertation avec les acteurs concernés. De plus, il entre en résonance avec
les travaux portant sur le développement durable. Dés lors, on peut avancer au sens de Jean
(2008) que le développement territorial est une conception globale du développement se basant
4
Nous reviendrons plus en détail sur le concept de territoire dans la section suivante.
37
sur une conjugaison des possibilités économiques, des limites environnementales et de l’équité
sociale.
Par ailleurs, si les approches environnementales et territoriales s’inscrivent bien dans une
logique critique des anciens modèles de développement et offrent des avenues de recherche
pour penser et instaurer un nouveau modèle de développement, elles comportent néanmoins des
limites, qui ont favorisé les réflexions actuelles sur un mode de développement qui soit à la fois
territorial et durable.
38
Nous allons, dans la section suivante, regarder les différentes composantes du DTD.
3.1 Durabilité
Dans le sillage de ces réflexions, plusieurs auteurs constatent que la difficulté réside dans la
définition de la durabilité et de ses dimensions (Vivien, 2005 ; Moulaert et Parra, 2011).Une
majorité des travaux suggère le recours au développement durable comme ligne directrice pour
la gestion et la gouvernance des systèmes écologiques (Moulaert et Parra, 2011). Toutefois,
dans la réalité, des déséquilibres persistent entre les trois composantes de la durabilité. De plus,
les conséquences de leurs relations réciproques complexes demeurent inexplorées et les
démarches de mise en œuvre d’une gouvernance appropriée se heurtent aux problèmes de
relations de pouvoir entre les acteurs (Norgaard, 2010).
Pour Moulaert et Parra (2011), la principale raison de cette limite analytique est la nature
éphémère de la notion de durabilité sociale. En effet, cette dernière est souvent réduite aux
questions d’équité et de justice sociale sans se soucier de «la nature active de l’action collective
et de l’institutionnalisation de la justice environnementale, ou encore sans reconnaitre son rôle
central dans les rapports sociaux des systèmes socio-écologiques» (Moulaert et Parra, 2011, p :
2). En fait, les auteurs défendent une conception de la durabilité centrée sur la durabilité des
rapports sociaux, permettant de jeter des ponts avec la gouvernance du développement durable.
Dans le même ordre d’idées, Rochman (2008) affirme que la durabilité du développement d’un
territoire donné se construit essentiellement sur la base d’un dispositif permettant la liaison
entre les systèmes écologiques et les systèmes sociaux, en prenant en considération les
spécificités et les limites de chaque système. Il s’agit, donc, « davantage d’une articulation que
d’un équilibre dans la mesure où il n’existe pas qu’une seule forme de relation garantissant la
39
durabilité des deux systèmes, soit leur capacité de reproduction et de coévolution vertueuse»
(Rochman, 2008, p : 55).
Toujours selon Vivien (2009), c’est la thèse de Solow qui représente, en effet, l’essentiel de la
réponse du courant néoclassique à la question du développement durable. Cette dernière réduit
la question de durabilité à la non-décroissance dans le temps du bien-être individuel. Pour que
le bien-être des générations à venir, conçu comme l’addition des quantités des bien-être
individuels, soit de même quantité que celui des générations actuelles, il faut leur transférer des
capacités en termes d’innovation et de production de biens et de services leur permettant de
subvenir à leur propres besoins (Ibid.).
Ainsi, selon Solow (1992), une sorte d’échange devrait s’opérer dans le temps, la génération
actuelle exploite le «capital naturel» et, en contrepartie, transmet aux générations à venir plus
de capacités d’innovation et de production sous forme de biens d’équipements, de
connaissances et de compétences.
Cependant, la limite provient du fait que, globalement, les rapports à l’environnement sont
extérieurs au marché, donc ne sont pas régulés par le système des prix : «l’allocation de biens
et de services environnementaux se fait souvent à travers des échanges involontaires ou sans
contrepartie monétaire, ce qui fausse les calculs et chois optimaux des consommateurs et des
producteurs» (Vivien, 2005, p : 77).
En somme, pour les partisans de la durabilité faible, le bien-être des générations (présente et
future) est fonction d’une croissance économique durable qui respecte les limites
environnementales, mais considère les services rendus par la nature sous l’angle strict du calcul
économique.
40
De ce fait, les services rendus par la nature sont assimilés à « un capital spécifique, le capital
naturel, mais qui n’a d’autre spécificité que sa provenance» (Rotillon, 2007) et les différents
types de capitaux, que sont le capital physique, humain et naturel, sont remplaçables notamment
grâce au progrès technologique. Ainsi, cette approche ne fait que pérenniser le modèle
traditionnel de développement et met l’accent davantage sur les conséquences des
problématiques environnementales plutôt que sur leurs causes (Rochman, 2008).
«La thermodynamique nous enseigne ainsi que nous ne créons pas l’énergie, nous
ne faisons que la transformer par le biais de procéder techniques. Il y a donc une
asymétrie entre les biens créés par l’industrie et les biens naturels, lesquels ne sont
pas reproductibles.» (Vivien, 2005, p : 80).
Cette vision et celle promue par le club de Rome (Meadows et al., 1972) ne sont pas si éloignées
sur le plan conceptuel et s’accordent sur un point essentiel, soit la restriction de la croissance
économique. Ainsi, la vision de la soutenabilité forte est marquée par la nécessité de maintenir
et de transférer, continuellement, une quantité de «capital naturel critique», dont les
générations à venir ne sauraient vivre sans (Vivien, 2005). Si la croissance est nécessaire, elle
ne doit pas se faire au détriment de l’environnement.
Pour ce faire, les économistes écologiques font trois propositions fondamentales conçues
comme des règles minimales de prudence (Vivien, 2005) :
41
− Premièrement, le taux d’utilisation du capital naturel renouvelable doit correspondre au
taux de régénération de ce capital ;
− Deuxièmement, le taux d’émission des déchets doit être égal à la capacité de prise en
charge et de recyclage des milieux dans lesquels ils sont rejetés ;
− Enfin, l’utilisation du capital naturel non renouvelable doit être égale à son
remplacement par des ressources renouvelables.
Enfin, une troisième famille de travaux met en avant une approche co-évolutive des relations
société-nature qui entre en résonnance avec les travaux portant sur le développement territorial
durable. Dans ce registre, l’opposition nature/société est abandonnée pour une approche plus
harmonieuse entre l’homme et son milieu (Rochman, 2008). Il s’agit des adaptations
interactives continuelles entre le milieu naturel et la société (Opschoor et Van der Straaten,
1993).
Ces travaux rappellent l’approche co-évolutive proposée par Norgaard (1984). Dans ce qu’il
nomme le développement «co-évolutionnaire», Norgaard met en avant la relation possible entre
les visions économique et écologique. Au fond, sa thèse consiste à démontrer qu’il existe des
avantages à articuler différentes conceptions en même temps: «Through a linkage, each
discipline enriches the other because of their differences. Neither discipline must abandon its
past. Eventually, however, new emphases and approaches arise because of the enrichment
[…]» (Norgaard, 1984, p : 166).
De son côté Rochman (2008) soulignent, dans ce sens, que les milieux de l’écosphère modifiés
et transformés par l’homme suite à ses activités comptent autant que les milieux non concernés
par l’artificialisation (Rochman, 2008). De ce fait, l’approche co-évolutive dépasse la
dichotomie superficielle entre le naturel et l’artificialisé en explorant des formules socialement
utiles et écologiquement prudentes pour valoriser les ressources naturelles (Ibid.).
Ainsi, l’approche co-évolutive stipule une conception plus globale, plus intégrée du
développement au sens où l’objectif est d’explorer de nouvelles initiatives de développement
qui pourraient concilier la préservation de l’environnement et la satisfaction des besoins
42
humains. Cette logique souligne l’importance des dynamiques d’intégration entre l’Homme et
la nature par la médiation d’une coévolution des valeurs, des connaissances, de la technique et
de la nature (Norgaard, 2010).
Dans le même ordre d’idées, Rochman (2008) affirme qu’une désarticulation entre le local et
le global en ce qui concerne la protection de l’environnement pourrait se manifester par des
projets et des actions descendantes, expulsant les acteurs locaux de la prise de décision
(approche écocentrée). A l’opposé, la concentration sur des préoccupations locales ou
ponctuelles amènerait à ne pas se soucier des dimensions environnementales (approche
anthropo centrée) et sociales.
Cela implique de fixer les objectifs à atteindre en matière de développement durable et de les
décliner sous forme d’initiatives socialement innovantes coïncidant avec la réalité locale. En
d’autres mots, il s’agit d’articuler la durabilité et le local, c’est-à-dire « l’action collective des
acteurs territorialisés et le territoire en tant qu’acteur» (Rochman, 2008, p : 62).
Dans cette perspective, les acteurs locaux, les populations locales ont un rôle central à jouer
dans le processus de développement territorial durable. L’analyse de leurs systèmes
d’organisation et de leur capacité à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances
susceptibles de générer des initiatives prometteuses est donc pertinente pour la compréhension
du processus de développement territorial durable. Ceci nous amènera, dans un deuxième
temps, à envisager le concept de gouvernance.
En effet, l’analyse de la notion de gouvernance est pertinente pour rendre intelligible le concept
du développement car sa nature et les formes qu’elle pourrait prendre influencent à la fois la
capacité des acteurs locaux à se mobiliser et à développer des initiatives et, par ricochet, leur
capacité à penser un projet de territoire, sans lequel il est inconcevable de passer des initiatives
isolées à un véritable processus de développement et à plus forte raison de développement
territorial durable.
3.2 Gouvernance
43
Comme nous l’avons souligné précédemment (cf. section 1), plusieurs travaux présentent la
gouvernance comme une condition indispensable au développement (Assidon, 2002 ; Jouve,
2007 ; Hugon, 2007 ; Otando, 2008 ; Otando et Uzunidis, 2011 ; etc.). Par conséquent, la
gouvernance peut être envisagée comme une composante commune entre le développement
territorial et le développement durable.
Dans cet ordre d’idées, Gonçalves Cunha (2000) avance que les politiques publiques
territoriales ne peuvent être conçues et appliquées sans la participation des acteurs publics et
privés. Cette participation doit inclure le maximum possible de strates (économiques, sociales,
politiques et culturelles), constitutives des configurations territoriales, ce qui pose la question
de la nature de la gouvernance de ces territoires et des projets qui y sont menés.
Dans ce sens, la notion de gouvernance territoriale se distingue de celle mise en avant par les
économistes institutionnalistes (cf. section 1) par le fait qu’elle transcende la seule échelle de la
firme et s’intéresse aux liens entre l’ensemble des parties prenantes qui contribuent à la
production dans un territoire donné (Leloup et al., 2005). A ce sujet, Leloup et ses co-auteurs
affirment que :
Toujours selon Leloup et al. (2005), la question de gouvernance territoriale renvoie ainsi à celle
du développement local et s’inscrit, d’une part, dans le cadre de l’inclusion des acteurs locaux
(privé, public et associatif) et des populations locales dans les dynamiques de développement
qui les concernent ; d’autre part, dans leur capacité à se mobiliser et à se prendre en charge.
Le territoire parait, ainsi, comme la solution incontournable puisque c’est à ce niveau que doit
s’engager l’action publique. La gouvernance entre, dans ce sens, en résonance avec la notion
44
«d’optimum dimensionnel» (Offner, 2006), ce qui signifie que l’action publique doit choisir la
bonne échelle territoriale pour mener son action.
Tout bien considéré, la gouvernance est donc une capacité des territoires à instaurer un système
d’organisation performant et légitime et dont le fonctionnement doit respecter, selon Rochman
(2008) trois principes :
Or, pour que la mise en place de la gouvernance soit possible, il est nécessaire de construire et
de faire durer des coalitions entre les différents acteurs ce qui implique une médiation. La
question qui se pose alors est de savoir quel acteur est susceptible de faire cette médiation. Pour
Pecqueur, l’Etat n’est pas toujours le plus approprié dans la mesure où l’action ne se situe pas
au niveau d’un système productif national, mais «se cristallise dans des formes de
regroupement ad hoc d’acteurs qui s’appellent des territoires» (Pecqueur, 2005, p : 315).
A l’opposé, une décentralisation dans le sens d’un désengagement total de l’Etat n’apparait pas
non plus appropriée car l’Etat doit et devrait jouer un rôle dans l’instauration de la gouvernance
d’un territoire donné. Selon Pecqueur, «l’action publique doit pouvoir intervenir à l’échelle
territoriale, dans une perspective de projet» (Pecqueur, 2005, p :315) et pour ce faire,
«l’existence d’un Etat présent et actif est nécessaire pour permettre l’action décentralisée»
(Pecqueur, 2005, p :315).
Toujours selon Pecqueur (2005), retient trois fonctions que chaque État doit accomplir
parallèlement au développement des instances locales : la redistribution, la médiation et la
coordination. La redistribution parce que tout n’est pas équitablement doté ; la médiation
concernera à la fois les organisations internationales, les collectivités territoriales et les acteurs
locaux ; enfin, la coordination, verticale qui provient des collectivités territoriales, et
horizontale entre initiatives et acteurs territoriaux.
La gouvernance territoriale prend donc corps dans des coalitions d’acteurs divers (publics,
privés, associatifs…) agissant en synergie pour la réalisation d’objectifs communs (dont la
45
résolution des problèmes et la mobilisation des ressources). La gouvernance se situe donc au
niveau de l’action. En effet, la gouvernance est conçue comme «l’art de monter des projets qui
produisent un équilibre dynamique contenant les différents milieux en cohabitation sur un
espace donné» (Granier, 1999).
De son côté, Bernardy mentionne que ce système de gouvernance, dans une perspective de
développement territorial durable, possède deux fonctions essentielles : la reproduction et le
pilotage. Plus précisément :
«Le système de gouvernance doit donc assurer à la fois une veille des opportunités,
permettant de conserver la diversité de la capacité d’initiative du territoire et une
intégration de ces opportunités et de ces initiatives à un objectif commun de
reproduction (durabilité) d’une part et de pilotage (compétitivité) d’autre part, du
territoire» (Bernardy, 2001).
46
La gouvernance du vivre ensemble renvoie donc au territoire qui constitue le niveau le plus
approprié pour instaurer un ordre. Or, ce vivre ensemble n’a de sens que s’il concerne un
territoire réellement partagé et qui correspond aux différentes facettes de la vie quotidienne :
«Vouloir établir un ordre territorial sur des territoires dont l’importance historique
ou la réalité administrative sont fortes mais qui ne correspond à rien pour
l’organisation de la vie quotidienne présente, constitue une erreur» (Bourdin,
2004).
Les acteurs de la coalition doivent donc prendre en compte, lors de la constitution de cette
dernière, la composition de la société locale sans oublier ceux qui se trouvent sur le territoire
concerné et qui, sans être nécessairement hors du lien social, échappent à la société locale
(Rochman, 2008). Cela implique que le territoire tout comme la coalition sur laquelle repose la
gouvernance territoriale ne sont pas à confondre avec la société locale dans son ensemble.
La gouvernance du projet, quant à elle, mobilise également, mais différemment que celle de
vivre ensemble. En contradiction avec la précédente, la coalition de projet n’a pas besoin d’être
représentative, mais doit au contraire entre capable de s’imposer face à des logiques
concurrentes (Bourdin, 2004). En effet, pour mettre en place et faire aboutir un projet il ne suffit
pas, comme dans la configuration précédente, de faire coopérer des acteurs n’ayant pas des
intérêts et des objectifs en commun : «une coalition de projet ne peut exister sans objectifs
communs et sans une convergence minimale des intérêts» (Rochman, 2008, p : 74).
En somme, comme nous l’avons souligné plus haut, l’analyse de la notion de gouvernance est
pertinente pour rendre intelligible le concept du développement car sa nature et les formes
qu’elle pourrait prendre influencent à la fois la capacité des acteurs locaux à se mobiliser et à
développer des initiatives et, par ricochet, leur capacité à penser un projet de territoire, sans
47
lequel il est inconcevable de passer des initiatives isolées à un véritable processus de
développement et à plus forte raison de développement territorial durable.
Or, cette capacité dépend de l’aptitude des acteurs locaux à prendre part à leur propre processus
de développement, elle-même largement conditionnée par le niveau de capital social dont
dispose ces acteurs.
De nombreux travaux mettent en avant le lien existant entre capital social et développement
(Abromovay, 1998 ; Bowles et Gintis, 2002 ; Grootaert et Van Bastelaer, 2002 ; Dasgupta,
2010 ; Perret et Abrika, 2016). Sur ce sujet, Abromovay soutient la thèse selon laquelle il existe
une convergence entre «les présupposés sous-tendant la notion de capital social et ceux
conditionnant la formation du développement territorial» (Abromovay (1998).
Décrivant le lien entre capital social et développement économique, Dasgupta, de son côté,
conceptualise le capital social comme «des réseaux entre les personnes dont les membres
développent et maintiennent la confiance entre eux pour tenir leurs promesses à travers
l’application mutuelle des accords» (Dasgupta, 2010, p : 50) et affirme que, s’il est
correctement géré, le capital social maintient et améliore la confiance. A l’opposé, s’il est mal
géré, il peut freiner le développement.
48
Par ailleurs, le capital social est composé par les réseaux sociaux qui «sont par essence les
différents chemins existant entre les individus et les groupes» (Franco, 2004). Les réseaux
sociaux sont importants dans l’accumulation du capital social mais également dans la
construction et la structuration des territoires, leur analyse est donc fondamentale pour la
compréhension du processus de développement territorial durable.
Or, ces réseaux sociaux sont eux-mêmes largement conditionnés par le niveau de confiance
existant entre les individus et les groupes les composant. En effet, Fukuyama souligne :
«qu’une des leçons les plus importantes que l’on peut retenir de la vie économique
est que le bien-être d’une nation, aussi bien que sa capacité compétitive, sont
conditionnées par une unique et subtile caractéristique culturelle : le niveau de
confiance inhérent à la société en question» (Fukuyama, 1996, in Rochman, 2008,
p : 81).
Pour Putnam (1999), «le capital social est une capacité sociale dont l’émergence est due à la
prévalence du facteur confiance dans une société donnée ou dans une de ses parties». C’est
également ce que l’on retient des propos de Dasgupta (2010) lorsqu’il explique que la condition
pour le progrès économique est le développement de la confiance entre les personnes.
Enfin, le capital social est enfin une capacité. Sen (2000), définit le développement comme
l’augmentation de la capacité des individus à faire des choix, c'est-à-dire de choisir le mode de
vie que l’on a raison de souhaiter. Cette capacité qui pourrait, selon lui, être augmentée par «les
relations d’interdépendance (avec le marché comme des services publics) et du capital social,
qui confèrent aux personnes la capacité de s’aider eux-mêmes et d’aider les autres».
Le capital social constitue donc une capacité, qui, selon Franco, se compose d’un ensemble «de
savoirs très précis sur les modes de fonctionnement et de transformation de la nature, sur les
modalités d’existence collective permettant l’existence et la reproduction sociale, la
construction de la cohabitation et les processus de résolution des conflits» (Franco, 2004).
Ces savoirs peuvent, d’après Rochman (2008) être qualifiés de compétences, dans la mesure où
ceux-ci correspondent à une capacité d’agir, et mobilisent différents types de connaissances. Ce
qui différencie, ajoute-t-elle, une compétence d’une connaissance, c’est qu’elle est inscrite dans
l’action et donc mobilise toujours une composante procédurale, difficilement codifiable et en
partie tacite.
49
Cette exploration nous a permis de mettre en évidence le rôle central des acteurs dans la
compréhension et la mise en œuvre du processus de développement. En effet, les acteurs et
leurs systèmes d’action déterminent la nature de la gouvernance locale. Or, nous avons
également pu constater que les diverses formes de gouvernance (gouvernance de vivre
ensemble, gouvernance de projet) affectent les processus de structuration des territoires et de
leur projet de société. Nous avons enfin pu illustrer la nécessité, pour les acteurs locaux de
disposer d’un capital social suffisant pour leur permettre de participer à leur propre processus
de développement.
3.4 Territoire
«l’idée qu’il pourrait y avoir des niveaux d’agrégation intermédiaires des acteurs,
par affinités, par sentiment partagé d’appartenance ou par regroupement en vue
de trouver une solution à un problème jugé commun (la mésoéconomie) est
difficilement concevable par la théorie économique standard. Pourtant, un tel
phénomène de construction d’entités spatiales incomplètes, provisoires mais
cohérentes s’affirme et ces entités s’imposent à l’observateur, du fait même de la
globalisation, comme des unités pertinentes de l’action économique» (Pecqueur,
2010, p : 56-57).
C’est dans cette logique qu’il faut entendre l’émergence du territoire. Bien que le territoire est
devenu un jalon important dans la réflexion et les stratégies portant sur le développement, le
concept de territoire n’est pas encore stabilisé, il recouvre des définitions «qui vont du très large
territoire éthologique que les animaux délimitent vis-à-vis de leurs semblables jusqu’au
territoire de pouvoir, qui est l’étendue d’exercice du pouvoir» (Landel et Pecqueur, 2016, p :
7).
50
comme synthèse. Cela montre sa complexité. De ce fait, tous les auteurs ne s’accordent pas ni
sur la définition du territoire ni sur son rôle.
Pour les uns, le territoire n’est qu’un réceptacle de l’action, nécessaire en tant que ressource,
mais n’a aucune influence sur les différentes dynamiques sociales qui structurent les sociétés et
l’action collective pour lesquels il ne sert que de support physique (Klein, 2008). Pour d’autres,
le territoire joue un rôle primordial dans ces processus, au même titre que les institutions qui
participent à la régulation de la société, comme l’éducation ou la justice (Bouchard et al., 2007).
Pour Klein (2008), le territoire n’est pas qu’un cadre de vie, mais il n’est pas non plus une
institution. En fait sa thèse est qu’il est un «cadre instituant», qui favorise l’émergence de
l’action collective, de l’apprentissage et de l’innovation sociale.
Globalement, si l’on dresse un état des lieux de la littérature sur la question, trois lectures
s’imposent (Landel et Pecqueur, 2016) :
− Tout d’abord, la dynamique compte davantage que le territoire. Ce qui importe dans
l’observation du phénomène, c’est la coalition d’acteurs en vue de résoudre un problème
commun ;
− Ensuite, la dynamique observée relève d’un espace géographique donné. «On est
confronté à une apparente contradiction dans la forme des territoires : à la fois, les
dynamiques d’acteurs sont ancrées territorialement, mais les territoires sont des objets
mobiles, dans la mesure où les acteurs se déplacent dans de vastes migrations internes
quotidiennes. Cette contradiction accentue, selon les auteurs, le malaise des
collectivités territoriales qui confondent souvent leur espace (territoire donné) avec le
territoire qui se constitue à l’occasion d’un problème collectif à résoudre (territoire
construit)» (Landel et Pecqueur, 2016, p : 6);
− Enfin, la dynamique est «problem solving». Plus précisément, le territoire est
directement lié au problème à résoudre qui en constitue la raison d’être. Cela implique,
selon les auteurs, des territoires à la fois provisoires et incomplets. On ne peut donc,
ajoutent-ils, engager une véritable analyse tant sont ouverts et partiels les regroupements
d’acteurs.
Or, ces distinctions peuvent être dangereuses si elles conduisent à penser que les trois
acceptions s’intéressent à des réalités différentes. Boiffin en a d’ailleurs conscience puisqu’il
écrit :
51
«Le territoire est un espace d’interaction entre activités et groupes sociaux, et ce
sont ces interactions qui lui confèrent son identité et qui le différencient par rapport
à d’autres espaces […] la notion de territoire dans son acception la plus complète
englobe à la fois les ressources, le cadre de vie, les activités, les acteurs, leurs
interrelations, la conscience qu’ils ont d’appartenir à une même entité de
développement, enfin les projets qui conçoivent et mettent en œuvre collectivement
pour assurer cette dynamique» (Boiffin 2007 in Jean, 2008, p : 286).
C’est ce qui a fait dire à Klein (2008) que le territoire intervient comme composante médiatrice
dans la relation entre société et espace. Pour bien saisir le rôle que l’auteur fait jouer au
territoire, il utilise une métaphore. Pour lui, le territoire est à la société ce que la scène est à la
pièce du théâtre. Une pièce de théâtre ne peut être jouée sur n’importe quelle scène, et si on
change la scène, on ne joue plus la même pièce.
L’une des premières caractéristiques du territoire est l’endogénéité. En effet, cette dernière est
associée au territoire au sens où celui-ci est le produit d’une relation entre une société donnée
et son espace de vie. Cette hypothèse est confirmée, entre autres, par Pages et Pelissier pour qui
:
«Le territoire est une médiation concrétisée sous la forme d’une relation
triangulaire entre un individu, une communauté et un espace délimité réel ou
symbolique. Cette relation triangulaire, bien fondée sur la construction patiente
d’une mémoire collective et sur la sédimentation du sens n’est ni immuable ni
intangible ni éternelle : elle est l’objet de reconfiguration et de recomposition lente
et historiquement identifiables» (Pages et Pelissier, 2000).
Le territoire se construit au regard de l’histoire des populations qui y vivent, il est de ce fait lié
aux notions d’identité, d’histoire et de mémoire collective. En effet, selon Pourtier:
«Le territoire va de pair avec l’identité collective. […] Territoire et mémoire sont
unis par d’étroites et nécessaires relations dialectiques, l’un et l’une se nourrissant
de l’autre. Fruit de l’histoire, le territoire produit à son tour de l’histoire.
Territoire, pouvoir, mémoire forment un trièdre dans lequel s’inscrivent les
dynamiques sociales selon des trajectoires spécifiques» (Pourtier, 2005, p : 44).
Dans la même veine, Aydalot (1985) affirme que c’est de l’expérience, et donc de la mémoire
et de l’histoire associés à un lieu, que provient la créativité, qui selon lui est la pierre angulaire
52
du développement territorial. Même son de cloche chez Fustier (1999 in Pecqueur, 2001) qui
défend l’idée selon laquelle la proximité identitaire est un facteur affectant la créativité qui peut
favoriser la différenciation de l’offre productive.
Dans cet ordre d’idées, la contribution de Sabourin et Teixeira (2002) fait apparaitre une autre
dimension associée au territoire, celle de l’action collective et donc, de façon implicite, de
l’implication des populations locales dans le processus de développement.
C’est donc par leur organisation et leur mobilisation que les acteurs du territoire peuvent en
modifier les caractéristiques et par effet d’action-rétroaction influencer le processus de
développement (Ibid.). Ainsi, le « répertoire d’actions collectives » s’élargit et des nouvelles
formes d’action sont mises en pratique, ce qui augmente leur capacité de réussir leur projet
(Klein, 2008). C’est ce qu’on appelle la « capacité sociale » ou la « capacité institutionnelle »
(Tardif, 2007).
Selon Jambes (2000), l’objectif n’est alors pas seulement de délimiter un territoire, mais de
saisir la complexité de la relation société-espace, d’identifier les facteurs derrière l’émergence
des territoires et d’essayer de comprendre comment se perpétuent ou disparaissent ces derniers.
Ainsi, ajoute-t-il, on serait en mesure de calculer un «effet territoire» en estimant ses effets sur
les modes de vie, les formes d’organisation comme sur les processus de développement.
De plus, la délimitation du territoire affecte la cohérence des actions menées dans le cadre de
politiques territoriales : «si le territoire délimité par les instances publiques comme cadre de
leur action ne correspond pas à celui que définissent les dynamiques locales (économiques,
53
sociales, identitaires…), la pertinence et l’efficacité de cette action risquent d’être
compromises» (Rochman, 2008, p : 87).
La délimitation d’un territoire, même en cohérence avec les dynamiques locales, est une
condition nécessaire mais non suffisante pour déclencher, à elle seule, un processus de
développement territorial durable. En effet comme l’écrit Hassenteufel (in Wachter et al.,
2000), les nouveaux territoires institués ne peuvent pas prétendre garantir, à eux seuls, la
transversalité entre les politiques sectorielles. En effet, l’important n’est de délimiter des
territoires pour l’action mais, comme le souligne encore Hassenteufel:
Ainsi, la délimitation des territoires est, certes, une composante importante en matière de
conception et d’élaboration de stratégies de développement territorial durable, mais elle n’est
pas suffisante pour assurer la transversalité du projet ou de l’action.
Par ailleurs, Gumuchian et Pecqueur (2007) affirment que les acteurs sont ceux qui, par leur
implication et par leurs actions, constituent le territoire. Le territoire est donc un construit
d’acteurs. Pourtant, les territoires ont aussi un support physique, ils excluent, de ce fait,
l’habitant non constitutif du territoire et incluent des acteurs situés hors du substrat physique.
Ainsi, «seuls les acteurs constitutifs du territoire et donc du problème de coordination jugé
commun, participent de ce territoire. […] Dans tous les cas, la société locale n’est que relative,
partielle» (Gumuchian et Pecqueur, 2007).
Force est de constater que le caractère partiel du territoire pose la question de son identité, de
sa cohérence, voire de sa légitimité. Pourtant, la construction du territoire est basée sur une
logique de discrimination et de construction d’un «dedans» par rapport à un «dehors» (Leloup
et al.,2005). Logique elle-même basée sur diverses formes de proximité (géographiques,
organisationnelles, culturelles…) qui sont à la base des limites d’un territoire donné, lesquelles
sont en continuelle évolution.
Dans le même ordre d’idée, Gumuchian et Pecqueur (2007) avancent que la cohérence et le
développement d’un territoire donné nécessitent la mise en place d’une organisation, qui rend
54
possible l’émergence de formes particulières de gouvernance dite «gouvernance territoriale».
On retrouve ici le lien entre territoire, organisation et gouvernance déjà souligné précédemment.
On peut se demander sur quelle(s) base(s) se réalise cette forme particulière de coordination,
issue de la création de groupes d’acteurs ? Pour Bourdin (2004), c’est l’appartenance associée
à des objectifs communs qui motive ces regroupements d’acteurs et donc l’émergence de
territoire. Le sentiment d’appartenance des différents acteurs à un territoire, leur territoire,
constitue d’ailleurs l’une des bases de la distinction effectué par Pecqueur (2005) entre territoire
donné et territoire construit5.
Selon Rochman (2008), les objectifs communs qui motivent les regroupements d’acteurs et la
construction de territoire sont généralement associés à la recherche de solution pour créer de la
cohésion sociale, améliorer les conditions d’existence ou initier un processus de développement
et donc à l’identification d’un ou plusieurs problèmes communs, y compris celui de la survie.
Ces éléments, ajoute-t-elle, renvoient d’ailleurs à deux aspects récurrents du territoire : le
territoire problème et le territoire projet qui sont également associés à la question de la
gouvernance.
Leloup, Moyart et Pecqueur avancent une troisième motivation à la constitution des coalitions
d’acteurs qui forment la gouvernance territoriale : l’appropriation et la mobilisation des
ressources. Pour eux, «les coalitions d’acteurs ne se construisent pas seulement par
l’identification d’un problème commun mais aussi à travers la métamorphose des ressources,
c'est-à-dire la transformation et l’appropriation par les acteurs des ressources non valorisées
du territoire» (Leloup et al., 2005, p : 326).
5
Selon Rochman (2008), le territoire donné est défini comme une portion d’espace (souvent un découpage
administratif) construit apriori, dans ce cas l’analyse de sa genèse et de son processus de construction sont donc
superflus. Le territoire construit étant le résultat d’un processus de mobilisation des acteurs locaux et de
l’émergence d’un sentiment d’appartenance. Le territoire construit est défini (identifié) a posteriori.
55
Le dernier aspect associé à la notion de territoire porte sur l’existence d’un projet de territoire,
perçu comme une politique et des projets relevant d’une démarche de développement territorial.
Ce projet de territoire rappelle ce que Bernoux (2005) conçoit comme «un autre projet de
société», c’est-à-dire un idéal collectif formé d’objectifs communs et intégrant un ensemble de
valeurs dans lesquelles se reconnaissent les individus à titre individuel et collectif.
En définitive, ces réflexions nous ont permis, certes, de mettre en évidence l’importance et le
rôle du territoire dans le processus de développement. Toutefois, le territoire ne peut et ne doit
pas être vu comme la solution miracle au «mal-développement». A ce sujet, Bourdin affirme
que :
«Une région ou une commune sont des territoires d’appartenance auxquels sont
associés des objectifs collectifs pour certaines de leurs habitants ou acteurs, mais
d’autres, qui ont strictement les mêmes droits et la même légitimité, n’y voient
qu’un contexte et ne partagent ni l’appartenance ni les objectifs collectifs»
(Bourdin, 2004).
Force est de constater avec Rochman (2008) que le «territoire idéal» n’existe pas, aucun
territoire ne garantit à lui seul la transversalité de l’action, pas plus que sa pertinence. Le fait
que l’action soit orchestrée par des acteurs territoriaux ne garantit pas sa transversalité et
n’exclue en rien le morcellement de cette action (Ibid.). Le procès permanent fait à la
décentralisation en raison de sa capacité à réactiver les égoïsmes locaux le rappelle chaque jour
(Hassenteufel et Rasmussen, 2000).
Elément clé du concept de développement territorial durable et pouvant être à la fois acteur,
outil et objet des politiques de développement, le territoire représente malgré ses limites la base
sur laquelle repose plusieurs projets et programmes de développement (gouvernementaux ou
non).
56
Pour conclure cette section, nous résumerons ici les principales composantes du development
territorial durable telles qu’elles ressortent de la littérature présentée ci-dessous.
Territoire Durabilité
Développement
territorial
durable
La présentation des théories qui ont marqué l’évolution de l’économie du développement, nous
a permis d’introduire deux concepts centraux : le développement territorial et le développement
durable. Tout en montrant que ces deux concepts comportent des limites qui leur sont propres,
nous avons mis en évidence l’idée d’une possible complémentarité entre eux. Nous avons
ensuite exposé les différents points de convergence entre le développement territorial et le
développement durable, convergence plaidant en faveur d’une hybridation des deux approches.
Cette exploration théorique nous a donc permis de définir le développement territorial durable
comme une hybridation et une reconstruction du développement durable et du développement
territorial.
Par ailleurs, les analyses historiques des trajectoires de développement montrent des trajectoires
différentes d’un territoire à un autre (e.g. Banat et Ferguéne, 2009). Il n y a donc pas unicité des
57
trajectoires de développement des territoires. Cela implique, à l’échelle de chaque territoire
ayant des caractéristiques et des enjeux spécifiques, des stratégies et des actions adaptées.
Le développement territorial durable implique précisément que chaque territoire doit construire,
par une démarche interne, son propre modèle particulier de développement. «Car ce qui a réussi
sur un territoire donné à un moment donné peut fort bien ne pas réussir dans un autre
territoire» (Jean, 2008). La non-reproductibilité des modèles de développement impose la
reconnaissance d’une autre dimension, celle de l’innovation.
Cette dimension fera l’objet du chapitre suivant. Nous analyserons particulièrement les
principales approches de l’innovation sociale en vue de cerner les éléments qui pourraient
plaider en faveur d’un lien possible entre cette dernière et les dimensions du développement
territorial durable.
58
CHAPITRE 2
INNOVATION SOCIALE ET DEVELOPPEMENT TERRITORIAL
DURABLE : CADRE CONCEPTUEL ET HYPOTHESES DE LA
RECHERCHE
Nous proposons ici d’opérer en trois temps. Après avoir distingué l’innovation sociale de
l’innovation technologique, nous présentons deux conceptions de l’innovation sociale, chacune
basée sur différentes approches. Ensuite, nous abordons la pertinence du concept de la capacité
d’absorption des connaissances pour l’analyse du processus de l’innovation sociale au niveau
organisationnel. Enfin, nous analysons le lien entre innovation sociale et développement
territorial durable. Ces développements nous permettront de formuler nos hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel sera retenu.
59
1.1 De l’innovation technologique à l’innovation sociale
Au sens large, quelle que soit sa nature, « une innovation est un changement qui répond à un
besoin d’amélioration» (Conseil de la Science et de le Technologie du Québec, 2000). En outre,
l’innovation peut être technologique, sociale et environnementale, elle peut émerger dans tous
les secteurs (public, privé, associatif) et intervenir dans tous les domaines : santé,
communication, action sociale, habitat, mobilité, etc.
Cependant, l’innovation a toujours été caractérisée par une vision technologiste: «l’étroite
proximité qui existe entre innovation et technologie est telle que l’on précise rarement
nommément qu’il s’agit d’innovation technologique » (Dandurand, 2005, p : 378). C’est la
raison pour laquelle les stratégies de développement sont principalement axées sur l’innovation
technologique (Hillier et al., 2004).
Le contexte d’émergence est, donc, une composante qui pourrait conditionner la nature de
l’innovation. En effet, comme l’écrivent (Besançon et Chochoy, 2013), l’innovation
technologique comme l’innovation sociale prennent place en réaction à des pressions
différentes : la pression du marché, de la concurrence, notamment pour la première, et une
pression sociale et politique pour la deuxième. Ace titre le CST affirme que:
«Le marché ne joue pas dans l’innovation sociale le même rôle prédominant que
dans l’innovation technologique. Bien que certaines innovations sociales puissent
être commercialisées (des services de formation sur mesure, par exemple), c’est
loin d’être toujours le cas. Et ce sont d’autres facteurs économiques, sociaux,
culturels ou politiques qui exercent une pression à l’innovation» (CST, 2000, p :
7).
En outre, l’innovation sociale entretient une relation différente au changement. Selon Durance
(2011), le changement relatif à l’innovation technologique résulte de l’acceptation de la
60
nouveauté technique. L’acceptation se fait alors dans une logique descendante relative à la
commercialisation du produit sur le marché, réduisant ainsi les possibilités d’action sur celui-
ci.
L’innovation sociale implique, quant à elle, une logique inversée. Il s’agit principalement d’un
processus ascendant, où l’appropriation devient une condition de l’émergence de l’innovation
(Besançon et Chochoy, 2013). «le renversement de la forme traditionnellement admise pour
mettre en avant les individus eux-mêmes» (Durance, 2011, p : 8). De ce fait, l’innovation sociale
entraine un changement de position, du marché vers la communauté ou la société (Richez-
Battesti et al., 2012).
Un autre point de dissemblance entre les deux formes d’innovation est la diffusion. En effet, la
diffusion de l’innovation est «un élément intrinsèque et essentiel du processus» (CST, 2000, p :
9). Pour l’innovation technologique, le marché joue un rôle prépondérant : «un produit
commercial innovateur est celui qui s’impose sur le marché» (CST, 2000, p : 9). La diffusion
de l’innovation technologique passe donc par sa commercialisation et sa mise sur le marché.
Ce dernier joue, en quelque sorte, « le rôle d’une procédure d’évaluation de la diffusion de
l’innovation » (Besançon et Chochoy, 2013, p : 15).
S’agissant de l’innovation sociale, «une pratique sociale est adoptée par des organisations»
(CST, 2000, p : 9) ou par la communauté destinatrice (par exemple sous forme de service)
(Besançon et Chochoy, 2013). En effet, le processus d’adoption prend une forme particulière
dans le cas de l’innovation sociale. A ce titre Richez-Battesti souligne que :
Néanmoins, ces dissemblances ne doivent pas rendre invisible le lien ou l’articulation possible
entre technologie et innovation sociale. Les liens sont plutôt complexes unissant les deux
61
formes d’innovation, qui vont même jusqu’à coexister de façon très imbriquée. Ainsi,
technologie peut s’appuyer sur une innovation sociale et inversement, une innovation sociale
peut servir comme appui à une innovation technologique. L’une et peuvent être intimement
liées et la frontière entre les deux n’est pas clairement tranchée. De son côté, Dandurand (2005)
souligne que même si une forme de séparation demeure entre innovation sociale et innovation
technologique, elles présentent toutefois, de par leur processus, des similitudes à plus d’un titre.
Nous reprendrons ici, le tableau proposé par Besançon et Chochoy (2013) qui synthétise les
éléments de continuité et de rupture entre l’innovation technologique et l’innovation sociale :
Ruptures
Etapes Continuités
Innovation
Innovation sociale
technologique
Diffusion par la
Diffusion La diffusion comme commercialisation, le
élément majeur de la marché est une procédure Traduction par les acteurs
définition d’évaluation de la
diffusion
Dans la partie suivante, nous abordons les principales conceptions de l’innovation sociale en
vue de cerner les composantes qui peuvent être constitutives de son processus.
62
1.2 Innovation sociale : deux lectures théoriques
Le terme « innovation sociale », bien qu’utilisé de façon croissante, ne réfère pas à une réalité
robuste et claire dont on peut facilement cerner les frontières. Le terme demeure, ainsi, ambigu
car il recouvre diverses acceptions selon les approches théoriques des personnes qui
l’emploient. Selon le RQIS6, une innovation sociale est :
Dans la même ligne, Cloutier (2003) ajoute que le processus d’innovation sociale est une
composante importante au même titre que la finalité. Dit autrement, la façon dont les solutions
sont conçues et mises en application et aussi déterminante pour dire s’il s’agit ou non d’une
innovation sociale que la nouveauté de la solution et ses objectifs.
Afin de clarifier davantage ce concept, nous analyserons dans les paragraphes qui suivent deux
conceptions de l’innovation sociale, chacune basée sur différentes approches.
6
Réseau Québécois en innovation sociale.
63
Figure 3 – Principales approches de l’innovation sociale
64
Dans cette perspective, l’innovation sociale est abordée comme un « levier d’évolution et
d’amélioration de notre modèle social et économique » (Euro group consulting, 2011, p : 7).Les
arguments avancés dans ce sens sont nombreux : faire face à la raréfaction budgétaire, s’inspirer
des pratiques issues du secteur privé, être à l’écoute des besoins des usagers, etc., objectifs qui
s’accordent avec les travaux sur le «New Public Management7» (Guyon et Besançon, 2013.).
L’innovation dans ce dessin est mise en avant car conçue comme la capacité des acteurs privés
et ceux de la société civile à panser les maux et les imperfections de l’action publique classique,
voire de la remplacer.
Cette approche porte sur l’entrepreneuriat social. Apparu à la fin des années 1980, le concept
d’entrepreneuriat social est d’origine anglo-saxonne (Guyon et Besançon, 2013). En ce sens
Seghers et Allemand affirment que :
« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le concept n’est donc pas né dans
la tête de militants sociaux, d’opposants à l’économie de marché ou de marxistes
pur jus. C’est bien dans les cercles patronaux et les plus grandes écoles de gestion
qu’il fait son apparition » (Seghers et Allemand, 2007, p : 10).
Deux écoles de l’entrepreneuriat social peuvent être distinguées, toutes deux américaines : celle
de l’innovation sociale et celle des recettes marchandes (Dees et Anderson, 2006 ; Defourny et
Nyssens, 2010 ; Richez-Battesti et al., 2012).
Dans cette conception l’accent est porté sur l’individu et sur la finalité de son action, la
satisfaction d’un besoin ou la résolution d’un problème social, ainsi que sur la portée de ses
effets. Selon Ashoka8, un entrepreneur social est :
7
Le New Public Management, courant apparu au début des années 1980, a pour objectif une réforme globale de
l’action publique. La méthode consiste en «l’introduction d’une forme de concurrence entre les services
administratifs afin de bénéficier des bienfaits supposés de celle-ci, utilisation des mécanismes de marché comme
mode de régulation interne, délégation maximale et encouragement à la gestion participative, redéfinition du
bénéficiaire ou de l’usager comme client, conduite des administrations publiques au regard de missions
stratégiques» (Piqueux, 2010, p : 6). Il s’agit globalement d’une transposition de méthodes de gestion du secteur
privé vers le secteur public.
8
Voir à ce sujet : http://france.ashoka.org/lentrepreneuriat-social
65
L’innovation sociale recherchée serait donc le fait d’un individu, héroïque et visionnaire, avec
des qualités hors du commun (Seghers et Allemand, 2007). « La personnalisation de
l’innovation sociale qui s’exprime ainsi, traduit le choix de privilégier l’individu sur
l’organisation » (Richez-Battesti et al., 2012, p : 20). Toutefois, si les caractéristiques
individuelles de l’entrepreneur social et ses motivations sont mises en avant, le processus
(composante collective) de l’innovation demeure ambigu.
Dans ce contexte, l’entrepreneuriat social pourrait tout aussi bien émerger au sein d’une
organisation non lucrative, on parlera alors d’entreprise sociale, qu’au sein d’une entreprise
dont la finalité première n’est pas sociale, on parlera alors de social business (Muarice-
Demourioux, 2012). Dans le premier cas de figure, la composante sociale reste dominante,
tandis que dans le second, elle est subordonnée à la dimension économique. Cette frontière s’est
ensuite atténuée :
L’école des recettes marchandes, tout comme l’école de l’innovation sociale, met l’accent sur
la fonction entrepreneuriale. Selon Guyon et Besançon (2013), l’école de l’innovation sociale
insiste sur les caractéristiques de l’innovation et de l’entrepreneur qui la mise en œuvre ; l’école
des recettes marchandes s’intéresse plutôt aux moyens financiers nécessaires pour développer
l’innovation sociale, conçue comme réponse à un besoin social.
En somme, les deux approches, amélioration des politiques publiques et entrepreneuriat social,
se révèlent deux voies d’accès différentes à l’innovation sociale, mais complémentaires. En
effet, l’innovation sociale est ici conçue comme une réponse à des besoins sociaux pour lesquels
l’action publique se révèle inefficace. Cette réponse est mise en place par un entrepreneur
social, financée soit classiquement pour l’activité marchande, soit par des aides privés ou
publiques pour les initiatives dont le financement ne peut être assuré par les seules activités
(Guyon et Besançon, 2013).
66
− Le fait de placer plus haut le rôle de l’entrepreneur individuel se fera aux dépens d’autres
formes d’initiatives collectives, et porteuses de pratiques démocratiques ;
− La logique philanthropique, qui sous prétexte de combattre la pauvreté et l’exclusion
étoufferait certaines questions telles que la lutte contre les inégalités, et risquerait de
créer un lien de dépendance entre entrepreneurs et donateurs d’une part et bénéficiaires
d’autres part ;
− Le recours au marché suscite de nombreuses questions ; en effet cette conception sous-
tend une logique de distinction entre ce qui relève de l’économique d’une part, et ce qui
relève du social d’autre part, distinguant les organisations ayant une finalité économique
des autres ayant une finalité sociale (Guérin et Servet, 2005 ; Maurice-Demourioux,
2012) ;
− Cette référence continuelle au marché a également pour conséquence le transfert de
méthodes managériales propres au secteur privé capitaliste à l’ensemble des
organisations ; dans cette perspective, les organisations à but non lucratif seront
amenées, progressivement, à se convertir en organisations dites classiques, dont elles
respecteront les principes de gestion et de rentabilité, mais avec une composante sociale.
Cette proximité du secteur privé ferait en sorte qu’elles deviennent efficaces
économiquement au détriment de leurs composantes politiques (Laville, 2010).
67
− Une activité continue de production de bien et/ou de service ;
− Une part importante d’autonomie (autonomie de gestion) ;
− Un degré significatif de prise de risque économique ;
− Une part minimum d’emploi rémunéré.
Toujours selon Defourny (2004), les indicateurs liés à la dimension sociale sont les suivants :
La composante sociale renvoie donc à la façon dont l’action est mise en œuvre, comme un
processus ascendant, basé sur des pratiques démocratiques, qui répond à une finalité sociale
(Guyon et Besançon, 2013). Par ailleurs, la non lucrativité, définie comme une
redistribution limitée afin d’éviter un comportement de maximisation du profit (Defourny,
2004), demeure une dimension essentielle de la définition. Cette logique entrepreneuriale est
davantage marquée par une double dimension collective et démocratique, absente dans le
modèle anglo-saxonne, plus individualiste et philanthropique (Guyon et Besançon, 2013).
− Approche institutionnaliste
Comme le font remarquer Guyon et Besançon (2013), l’approche institutionnaliste, quant à elle,
a d’abord été mise au point par les chercheurs du CRISES9. Elle a ensuite été introduite en
France par des chercheurs de l’IFRESI10, avant d’être finalisée dans de nombreux travaux en
lien avec l’économie sociale et solidaire. Elle s’accorde avec l’approche de l’entreprise sociale
présentée précédemment, en mettant en avant la dimension collective du processus de
l’innovation sociale.
9
Centre de Recherche sur les Innovations Sociale.
10
Institut Fédératif de Recherche sur les Economies et les Sociétés Industrielles.
68
bien défini, une solution qui a trouvé preneur au sein d’une institution, d’une
organisation ou d’une communauté et qui produit un bénéfice mesurable pour la
collectivité et non seulement pour certains individus. La portée d’une innovation
sociale est transformatrice et systémique. Elle constitue, dans sa créativité
inhérente, une rupture avec l’existant » (RQIS11 cité par Dancause, 2014, p : 3).
Comme l’écrivent Besancon et Chochoy (2013), cette définition met en avant, la nouveauté et
la finalité (la résolution d’un problème social) de l’innovation sociale, d’une part. D’autre part,
elle souligne la volonté de transformation sociale, l’aspiration au changement, et pouvant être
à la base de l’action mise en œuvre par les acteurs sociaux, présentant conséquemment un aspect
politique plus évident que dans les conceptions précédentes. Il convient à ce niveau de
distinguer la transformation sociale du changement social. En effet, le changement social se
produit dans la continuité, tandis que la transformation sociale désigne une mutation marquant
la discontinuité (Lévesque, 2007).
Par ailleurs, cette conception porte sur le processus collectif ascendant (bottom-up) se formant
à partir de l’inclusion des différents acteurs à la réponse au problème commun, produisant ainsi
l’environnement d’«système d’innovation localisé, au sens d’organisation de coopérations
entre acteurs sur un territoire donné» (Richez-Battesti et al., 2012).
Un autre élément sur lequel l’approche institutionnaliste et les autres approches de l’innovation
sociale semblent se distinguer est la nature novatrice de la solution. Le terme de nouveauté est
dépassé ici par celle de changement. En effet, plusieurs travaux se référant à l’approche
institutionnaliste conçoivent le changement comme une «discontinuité par rapport aux
pratiques habituellement mises en œuvre dans un milieu donné» (Cloutier, 2003, p : 8). Le
changement n’implique pas forcément la nouveauté. En effet, l’innovation sociale «tire son
caractère novateur de la rupture avec les pratiques existantes dans un contexte donné (il peut
s’agir de pratiques existant ailleurs). Il s’agit, comme chez Chambon, David et Devevey (1982),
d’une solution hors normes compte tenu du problème en question» (Cloutier, 2003, p : 8).
Par ailleurs, la notion de finalité est remplacée par celle de processus. Plutôt que d’apprécier
l’innovation sociale au regard des besoins auxquels elle répond, il s’agit de la caractériser en
fonction de la manière dont cette réponse a été définie et construite par l’ensemble des acteurs
concernés, pour la qualifier de socialement innovante (Guyon et Besançon, 2013).
11
Réseau Québécois en innovation sociale.
69
Force est de constater que la finalité de l’innovation, telle qu’elle a été conceptualisée dans la
littérature économique, est d’améliorer la compétitivité afin de faire face à la concurrence par
les prix ; d’où l’importance pour toute organisation (entreprise ou territoire) d’être innovant.
L’innovation sociale abordée dans la première conception s’inscrit dans la continuité de ces
développements, qu’elle soit vue comme le moyen d’augmenter la performance d’une
entreprise, d’améliorer l’attractivité d’un territoire, de limiter les externalités négatives ou
d’assurer la durabilité du développement économique (Ibid.).
Cependant, cette transformation ou ce changement n’est pas automatique. Elle repose sur
l’aptitude des acteurs à prendre part au processus du développement qui les concerne, laquelle
est souvent conditionnée par leur dotation en certaines capacités pour lesquelles on utilise
couramment le terme de «capacité d’absorption des connaissances». Ce concept fera l’objet de
la section suivante.
Cet avantage se réalise, entre autres, par l’amélioration des aptitudes des individus et/ou des
organisations à repérer, à assimiler et à exploiter les connaissances externes susceptibles de
générer des innovations prometteuses (Cohen et Levinthal, 1990 ; Daghfous, 2004). Ces
aptitudes sont qualifiées dans les travaux précurseurs de Cohen et Levinthal (1989 ; 1990) par
le concept de la capacité d’absorption des connaissances (CAC). Plusieurs travaux, depuis, ont
mis en évidence la pertinence de ce concept pour analyser plusieurs phénomènes tels que
70
l’innovation (Fosfuri et Tribo, 2006 ; Mei et Nei, 2007), le transfert interorganisationnel (Gupta
et Govindarajan, 2000), l’apprentissage organisationnel (Graeme, Massy et al., 2003).
Dans une perspective d’innovation sociale, le développement des capacités d’absorption des
acteurs locaux devient un préalable incontournable dans l’apparition de l’innovation. La suite
de cette section sera organisée de la façon suivante : Tout d’abord, les définitions du concept
de la CAC et ses dimensions seront abordés. Ensuite, l’évolution du concept de la CAC sera
présentée, tant sur le plan théorique qu’empirique.
La première, celle développée par Kim (1998), porte sur les habilités qui permettent de résoudre
un problème donné : «La capacité d’absorption requiert une capacité d’apprentissage et le
développement des habilités(ou compétences)pour la résolution de problèmes». La deuxième
définition, celle de Zahra et George, souligne la caractéristique multidimensionnelle de la CAC
et met en avant sa dimension dynamique : «La capacité d’absorption réfère à l’ensemble des
routines organisationnelles et des processus par lesquels les organisations acquièrent,
assimilent, transforment et exploitent les connaissances pour produire une capacité
organisationnelle dynamique» (Zahra et George, 2002).
Force est de constater que cette dernière définition fait l’objet de controverses à cause de son
omission de la première dimension de la capacité d’absorption, e.g. reconnaitre la valeur des
connaissances, telle qu’explicité dans le modèle originel de Cohen et Levinthal (1990). Afin de
cerner la nature multidimensionnelle du concept de la capacité d’absorption, nous présenterons,
dans les paragraphes suivants, toutes les dimensions du concept, telles que suggérées par la
littérature.
Selon Cohen et Levinthal (1990), les sources externes des connaissances sont primordiales pour
le processus d’innovation. En effet, la capacité d’absorption est conditionnée par la capacité des
71
individus et/ou des organisations à reconnaitre la valeur d’une information extérieure (Cohen
et Levinthal, 1990 ; Van Den Bosch, Volberda et al., 1999 ; Tsai, 2001 ; Todorova et Durisin,
2007).
Toujours selon Cohen et Levinthal (1990), cette première composante de la CAC est fortement
associée aux connaissances antérieures. Sans ces connaissances antérieures, les individus et/ou
les organisations ne pourraient pas reconnaitre et mesurer la valeur de l’information pertinente,
et conséquemment, absorber celle qui serait porteuse de valeur pour l’organisation (Ziam,
2010).
− Acquérir la connaissance
Pour Zahra et George (2002), l’acquisition est conçue comme la capacité de l’organisation à
identifier et à acquérir toute connaissance extérieure qui est nécessaire à ses opérations.
L’acquisition est conditionnée par plusieurs variables : les investissements antérieurs, les
connaissances antérieures, l’intensité, la vitesse et la direction des connaissances choisies
(Zahra et George, 2002 ; Daghfous, 2004). A ce titre Ziam affirme que :
Dit autrement, plus nos connaissances antérieures s’écartent des connaissances que l’on cherche
à acquérir, plus est difficile d’utiliser ces connaissances de façon optimale.
− Assimiler la connaissance
L’assimilation, quant à elle, «réfère aux routines et processus organisationnels qui permettent
d’analyser, d’interpréter et de comprendre les connaissances provenant d’une source externe»
(Zahra et George, 2002). Le manque d’assimilation des connaissances est de plus en plus
considéré comme un obstacle à l’innovation (Tsai, 2001 ; Caloghirou, Kastelli et al., 2004), et
à l’apprentissage interorganisationnel (Gupta et Govindarajan, 2000 ; Lane, Salk et al., 2001).
− Transformer la connaissance
Toujours selon Zahra et George, la transformation est définie comme la compétence d’une
organisation à développer et à élaborer les routines qui favorisent la conjugaison la combinaison
72
des connaissances existantes et les connaissances nouvellement acquises et assimilées (Zahra
et George, 2002). Les deux dimensions de la transformation sont l’internalisation et la
conversion des connaissances (Ibid.).
− Exploiter la connaissance
Par ailleurs, Zahra et George (2002) présentent une configuration de la CAC selon deux
dimensions : la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée. La
première dimension, la capacité d’absorption potentielle, concerne la capacité de l’organisation
à acquérir et à assimiler les connaissances extérieures (Ziam, 2010). La deuxième, la capacité
d’absorption réalisée, réfère à la capacité de l’organisation à transformer et à exploiter les
connaissances (Ibid.).
73
Acquérir
Capacité d'absorption
potentielle
Assimiler
Capacité d'absorption
Transformer
Capacité d'absorption
réalisée
Exploiter
Source : Réalisée par l’auteur à partir des travaux de Cohen et Levinthal (1990) et de Zahra et George (2002).
Cette sous-section est consacrée aux travaux qui ont contribué à la construction et à la
consolidation des fondements théoriques et empiriques du concept de la CAC.
Selon Ziam (2010), Cohen et Levinthal sont les premiers auteurs à avoir conceptualisé la
capacité d’absorption et l’avoir appliquée à l’échelle de l’organisation. En effet, dans leurs
premiers travaux sur la question, Cohen et Levinthal (1990) ont mis en avant plusieurs
dimensions du concept. Premièrement, le lien entre les sources externes de connaissance et
l’innovation : «The ability to exploit external knowledge is thus a critical component of
innovative capabilities» (Cohen et Levinthal, 1990).
Ensuite, ils mettent en avant le rôle des individus, et particulièrement, l’influence de leurs
connaissances antérieures sur leur capacité d’absorption. Enfin, Cohen et Levinthal (1990)
soulignent la nature cumulative de la capacité d’absorption. Selon eux, cette dimension
cumulative explique pourquoi les organisations qui ont un degré important de capacité
d’absorption profitent mieux des opportunités technologiques qui se présentent à elles.
ACAP
Par régime d’appropriabilité, il faut entende l’effort d’acquisition engagé par l’organisation pour saisir les
12
opportunités technologiques.
74
Sources Innovation
externe
Connaissances Reconnaitre Assimiler Appliquer Performance
antérieures la valeur
Régime
d’appropriabilité
Par ailleurs, le modèle de Zahra et George (2002) présente, globalement, deux extensions par
rapport au modèle originel de Cohen et Levinthal (1990). Tout d’abord, l’influence des
activateurs sur la capacité d’absorption. Ces activateurs sont, selon les auteurs, des facteurs qui
vont favoriser ou freiner l’organisation à répondre à des stimulus spécifiques, qu’ils soient
internes ou externes. Ces activateurs vont augmenter les efforts de l’organisation dans sa
recherche d'informations susceptibles de lui apporter une plus-value (Ziam, 2010). Ensuite,
l’introduction des mécanismes sociaux d’intégration comme une variable médiatisant la
relation entre la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée et ayant
de ce fait une influence positive sur le ratio d’efficience.
75
Figure 6 – Modèle de Zahra et George (2002)
Avantage
• Source de ACAP
compétitif
connaissance PACAP RACAP
• Complémentarité
Acquisition Transformation • Innovation
Assimilation Exploitation • Performance
• Expérience • Flexibilité
Un autre élément objet de la critique des auteurs à l’égard du modèle de Zahra et George (2002)
concerne l’effet des mécanismes d’intégration sur la capacité d’absorption. En effet, le modèle
de Zahra et George présente les mécanismes d’intégration comme une variable susceptible de
diminuer l’écart entre la capacité d’absorption potentielle et la capacité d’absorption réalisée et
améliorer ainsi l’efficience de l’utilisation des connaissances.
Cependant, selon Todorova et Durisin (2007), la différenciation entre les deux dimensions,
capacité d’absorption potentielle et capacité d’absorption réalisée, ne permet pas d’apprécier
76
l’efficience du moment que les individus peuvent réaliser l’acquisition d’une connaissance sans
forcément parvenir à l’exploiter. En outre, les mécanismes d’intégration affecteraient
l’ensemble du processus d’absorption et pas seulement le pont entre la capacité d’absorption
potentielle et la capacité d’absorption réalisée.
Enfin, dernière critique adressée par les auteurs aux modèles précédents (Cohen et Levinthal,
Zahra et George) concerne la négligence de la dimension de « pouvoir ». Le pouvoir influence
en effet le processus d’absorption et, notamment, l’identification et l’exploitation des
connaissances (Ziam, 2010).
Régime
d’appropriabilité
Avantage
Source de Assimiler compétitif
connaissances
Modifier Acquérir Exploiter
• Innovation
Connaissances Transformer • Performance
antérieures • Flexibilité
ACAP
Le tableau suivant synthétise les principaux travaux théoriques sur le concept de la CAC :
77
Cohen et Levinthal Zahra et George Todorova et Durisin
CAC/Modèle
1990 2002 2007
− Sources de
− Sources de
− Sources externes connaissances
Antécédents de la connaissances
− Connaissances − Complémentarité
CAC − Connaissances
antérieures − Expérience
antérieures
− Identification
− Identification − Acquisition (reconnaitre la
(reconnaitre la − Assimilation valeur)
Dimensions valeur) − Transformation − Assimilation
− Assimilation − Exploitation − Transformation
− Application − Exploitation
Sur le plan empirique, plusieurs travaux ont fait appel au concept de la CAC pour expliquer
plusieurs phénomènes : l’innovation et la performance des firmes (Cohen et Levinthal, 1990 ;
Lane, Salk et al., 2001 ; Tsai, 2001) ; le transfert interorganisationnel (Gupta et Govindarajan,
2000 ; Lenox et King, 2004) ; le transfert intraorganisationnel (Szulanski, 1996 ; Szulanski,
2000) ; l’apprentissage organisationnel (Linsu, 1998 ).
Or, l’analyse des composantes de la CAC, par Ziam (2010), permet de constater que plusieurs
travaux empiriques n’ont pas traité systématiquement la capacité d’absorption à partir de ses
dimensions traditionnelles (c’est-à-dire, reconnaitre la valeur, acquérir, assimiler, transformer
et exploiter).
78
Dans le même ordre d’idées, les travaux de Szulanski (1996, 2000) affirment que les difficultés
que rencontrent les individus à reconnaitre la valeur d’une connaissance (e.g. les bonnes
pratiques) constituent un frein à son transfert. Pour cet auteur, la CAC des individus reflète leur
capacité à reconnaitre la valeur des connaissances ainsi que leur capacité à les appliquer.
− Acquérir la connaissance
Plusieurs travaux conçoivent l’acquisition des connaissances externes comme la première étape
du processus à travers lequel une organisation va innover (Caloghirou, Kastelli et al., 2004 ;
Tsai, 2006) ou encore va être plus à même de réagir à son environnement (Liao, Welsch et al.,
2003).
Pour apprécier l’influence de la CAC sur la performance des activités innovantes, Caloghirou
et al. (2004) se réfèrent à deux dimensions : les connaissances antérieures appréciées à partir
du niveau d’éducation des répondants, et l’effort d’acquisition des connaissances externes
mesuré par les investissements en RD et la formation du personnel. Les résultats montrent que
ces deux variables ont un effet significatif sur l’innovation.
− Assimiler la connaissance
Si l’on croit Ziam (2010) seule l’étude de Lane et al. (2001), avait utilisé l’assimilation en tant
que dimension explicative. Les résultats de ce travail montrent que la capacité de l’organisation
à assimiler les connaissances dans le cadre des échanges entre une entreprise mère et sa filiale
repose, d’une part sur des éléments structurels tels que la flexibilité et l’adaptabilité, et, d’autre
part, sur le soutien de l’entreprise mère.
− Transformer la connaissance
Comme nous l’avons indiqué plus haut, la transformation de la connaissance est définie comme
«la capacité d’une organisation à développer et à raffiner les routines qui facilitent la
combinaison des connaissances existantes et les connaissances nouvellement acquises et
assimilées» (Zahra et George, 2002). Pour apprécier la CAC des firmes technologiques, Lin et
al. (2002), utilisent trois dimensions : la capacité d’adaptation des technologies, la capacité de
production et la capacité d’application des technologies.
− Exploiter la connaissance
Selon Ziam (2010), l’exploitation des connaissances concerne l’utilisation et à l’application des
connaissances dans les activités courantes. Comparativement aux autres dimensions de la
79
capacité d’absorption, l’exploitation a été largement documentée (Lin, Tan et al., 2002 ; Shih-
Wei, 2005 ; Tsai, 2006). Pour analyser l’innovation dans les services d’Internet, Tsai (2006)
mis en place un modèle appréciant la CAC selon quatre dimensions : l’acquisition, le transfert,
le renouvellement et l’application des connaissances. Ses résultats affirment que l’exploitation
des connaissances appréciée par l’application a une influence significative sur la performance
des organisations à l’innovation.
Tableau 3 – Synthèse des principaux travaux empiriques sur la capacité d’absorption des
connaissances
− Connaissances
Identifier ou reconnaitre antérieures George et al. (2001) ;
− Dépenses RD
la valeur − Investissements Szulanski (2000)
antérieurs
− Adapter
Transformer ND Lin (2002)
− Produire
Lin (2002) ; Tsai
(2006) ; George et al.
Exploiter − Appliquer − Nombre de brevets
(2001) ; Szulanski
(2000)
Source : Ziam, 2010.
− La satisfaction des besoins humains non encore satisfaits par l’Etat ou le marché. Il
s’agit principalement des besoins de base (dimension contenu ou finalité de
l’innovation sociale) (Bodin et Hamdouch, 2005) ;
− Les changements dans les rapports sociaux, notamment en ce qui concerne les
mécanismes de gouvernance, qui devraient permettre la satisfaction des besoins de base,
80
nais aussi l’amélioration de l’implication des plus démunis dans le processus de prise
de décision (dimension processus de l’innovation sociale).
Au terme de cette revue, deux dimensions de l’innovation sociale ont été retenues:
Innovation
sociale
− L’innovation sociale est un processus duquel émerge une nouvelle approche, pratique,
ou intervention, ou encore, un nouveau produit /service mis au point pour améliorer une
situation ou résoudre un problème social ;
− Ce processus est conditionné par certaines pratiques, dont la mise en œuvre dépend du
niveau de la capacité d’absorption des acteurs ; la diffusion de ces pratiques pourrait
être porteuse de changement en termes de développement territorial durable.
C’est cette dernière affirmation que nous développerons dans la section suivante.
81
3.1 Des modèles territoriaux d’innovation à l’innovation sociale
Comme nous l’avons souligné précédemment, depuis les travaux précurseurs de Schumpeter
(1935), l’analyse territoriale a mis en évidence le rôle de l’innovation dans les dynamiques
territoriales. Les modèles territoriaux d’innovation (Milieu innovateur, District industriel,
Systèmes régionaux d’innovation, etc.), explorés par plusieurs auteurs (notamment Moulaert et
Sekia, 2003), confirment ce constat.
Selon Moulaert et Nussbaumer (2014), la majorité des modèles territoriaux d’innovation (MTI)
mettent en avant la relation entre les instituions et l’amélioration de la compétitivité des régions
et des localités. Cependant, aucune de ces conceptions ne fait référence aux composantes non
économiques de la dynamique territoriale qui n’est pas totalement axée sur la logique du
marché. En effet, les promoteurs des MTI défendent l’idée strictement économique selon
laquelle l’amélioration de la qualité de vie des populations coïncide avec la prospérité générée
par une croissance économique plus élevée. Dans ces approches simplifiées, il n’y a pas de
distinction entre le développement et la croissance.
82
Les positions de ces modèles par rapport à l’innovation13 peuvent être synthétisées dans le
tableau suivant :
Le modèle de la région apprenante n’a pas été inclus dans le tableau, car plusieurs auteurs considèrent ce modèle
13
comme une synthèse des caractéristiques des autres modèles territoriaux d’innovation.
83
Tableau 4 – Conceptions de l’innovation dans les modèles territoriaux d’innovation
14
Systèmes nationaux d’innovation.
84
Source : Moulaert et Nussbaumer (2014).
85
Dans le même ordre d’idées, Klein (2014) propose une typologie de ces initiatives innovantes
dans le domaine du développement local selon au moins quatre approches : productive,
technologique, politique et solidaire.
Cette approche défend l’hypothèse qu’il existe un lien entre proximité spatiale, innovation et
dynamisme local. Toutefois, ce lien n’est pas automatique, pour innover, la proximité spatiale
doit être conjuguée avec d’autres formes de proximité de type relationnel (Grossetti, 2003 ;
Laville et Nyssens, 2005). En outre, plusieurs travaux soulignent que les systèmes productifs
locaux ne peuvent être analysés séparément des autres composantes de la société locale et sans
tenir compte de leur flux avec les réseaux qui tissent l’économie nationale voire internationale
(May, 1986 ; Markusen, 1996).
Inspirée par la notion de système national d’innovation, l’approche des systèmes régionaux
d’innovation se positionne davantage sur la nature collaborative des processus de l’innovation.
Cette collaboration crée de la connaissance et favorise l’apprentissage et la valorisation des
86
ressources locales (Holbrook et Wolfe, 2002). En ce sens, «plus la gouvernance est flexible,
plus les systèmes régionaux pourraient être innovateurs et performants» (Klein, 2014, p : 119).
Malgré le fait que l’approche de système régional d’innovation met l’accent davantage sur la
gouvernance et celle de milieux innovateurs porte sur les liens entre les acteurs (économiques)
locaux, ces deux conceptions mettent l’entreprise et l’innovation technologique au centre de
leur préoccupation. Or, plusieurs travaux ont affirmé que l’innovation technologique,
nécessaire certes, n’est pas une solution suffisante pour hisser la qualité et les conditions de vie
des populations (Hiernaux-Nicolas, 1999).
La troisième approche, politique, met l’accent sur la question du pouvoir. Plus précisément, le
rôle du pouvoir, à l’échelle locale, dans l’aptitude des acteurs locaux à trouver de nouvelles
solutions dans le cadre de la globalisation (Stone, 1989). Selon Logan et Molotch (1987), cette
conception émane d’une vision de l’économie politique construite en étudiant les milieux
urbains nord-américains. L’objectif des travaux qui s’en rattachent est d’analyser les
reconfigurations urbaines en réponse à la crise économique des grandes villes industrielles.
La notion centrale de cette conception est celle de «coalition», vue comme l’ensemble des
réseaux formels et informels mises en place entre les acteurs publics et privés d’un territoire
donné (Stone, 1989). La coalition est, donc, un construit d’acteurs susceptibles de mobiliser des
ressources internes et externes. Ainsi, «les orientations et l’efficacité des restructurations mises
en place dans les sociétés locales dépendent du type et de la durée de la coalition entre les
acteurs socioéconomiques qui les réalisent» (Klein, 2014, p : 120).
Pertinente parce qu’elle pose la question du pouvoir, cette approche présente toutefois quelques
limites. D’abord, le fait de ne pas prendre en compte les dimensions nationales et internationales
du pouvoir politique (Deitrick, 1999). Ensuite, l’approche promeut une vision corporatiste et
élitiste du développement local (Ibid.), ce qui a fait que plusieurs travaux ont souligné le besoin
de coalitions plus inclusives.
87
L’approche solidaire, quant à elle, elle constitue la trame des travaux qui posent l’échelle locale
comme un cadre générateur de liens sociaux et d’actions collectives (Denieuil, 1997). Selon
cette conception, «le sentiment d’appartenance territoriale crée des espaces communautaires,
adaptés à la société moderne, diversifiés et insérés de diverses façon dans la société globale.
Les mouvements sociaux se reterritorialisent, déployant des actions à partir de problématiques
locales» (Klein, 2014, p : 120).
En effet, la référence au local, assure une convergence minimale des intérêts et amène de ce fait
les acteurs locaux à mettre en œuvre des actions collectives. Au fond, cette conception s’inscrit
dans un dessin plus global, celui de la réconciliation entre l’économie et la société (Lévesque,
2008) et reçoit, conséquemment, plusieurs appellations selon les pays (économie sociale,
économie solidaire, économie communautaire, économie populaire, etc.).
Dans une perspective d’innovation sociale, ces approches sectorielles sont insuffisantes. Elles
doivent être conjuguées. C’est ce que tente de véhiculer l’approche du développement territorial
durable, que nous avons présenté dans le chapitre 1. Cette approche prône, en effet, la mise en
relation des actions économiques, sociales et environnementales ainsi que des formes de
gouvernance territoriale, alternatives aux démarches descendantes classiques, s’inscrivant dans
le cadre de l’implication progressive des acteurs locaux (privés, publics, associatifs) dans les
dynamiques de développement qui les concernent.
«un changement dans la vision des objectifs de développement avec comme finalité
la configuration de nouveaux espaces d’autonomie ou peuvent s’affirmer des
solidarités locales, des formes actives d’identité qui donnent aux citoyens,
organisés localement, un plus grand pouvoir de participation dans la prise de
décisions» (Fontan et al., 2003).
Plusieurs formules et approches sont généralement exprimées, mais une constante se dégage
clairement : le rôle que l’on attribue à l’acteur local dans les actions de développement
(Arocena, 2001 ; Gumuchian, et al., 2003 ; Drewe et al., 2008). C’est l’acteur local qui définit
les projets et qui précise d’une façon ascendante le type d’aide dont il a besoin de la part de
l’acteur public. L’Etat est considéré non plus comme l’unique acteur du développement, mais
comme un partenaire. Le traitement centralisé du développement est remplacé par la
coopération et le partenariat ou convergent les intérêts de l’Etat et ceux des acteurs locaux.
88
On retrouve ici le raisonnement qui sous-tend l’approche du développement local. Impulsée,
dès les années 1980, sous la lumière de plusieurs travaux qui remettaient en cause l’action de
l’Etat en matière de développement (Stohr et Taylor, 1981) et d’autres qui démontraient
l’existence de configurations territoriales dans lesquelles des modalités locales de régulation et
d’innovation jouaient un rôle déterminant (Aydalot, 1985 ; Benko et Lipietz, 2000). Le point
commun à tous les expériences observées était la collaboration qui substituait aux relations de
conflit et de confrontation. Se mettait ainsi en évidence une nouvelle vision du territoire.
Le territoire parait, ainsi, comme la solution incontournable puisque c’est à ce niveau que doit
s’engager l’action publique. Dit autrement, le local est devenu l’échelle adéquate d’intervention
territoriale des acteurs (Public, privé et associatif) dans une perspective d’innovation. La mise
en œuvre et l’application de ce raisonnement constituent également des défis de taille. Comment
faire émerger un environnement qui permettrait aux acteurs locaux, en particulier dans les
milieux démunis, de générer des initiatives innovantes et d’amorcer ainsi un processus qui
renforce leurs capacités à mobiliser des ressources et à devenir plus dynamique ?
L’objectif est clair. En mobilisant le concept d’innovation sociale, l’analyse locale et régionale
et à fortiori territoriale pourrait s’enrichir en intégrant des dimensions sociales, culturelles,
institutionnelles et environnementales. Il s’agit donc non seulement d’une critique de la
conception économico-technologiste du développement, mais plutôt d’une intention de
présenter un modèle conceptuel permettant d’élargir l’approche du développement territorial.
89
Du point de vue du développement, l’innovation sociale acquiert un double sens. Premièrement,
elle met l’accent sur la satisfaction des besoins humains de base. C’est la conception mis en
avant par les adeptes de l’économie sociale et solidaire (Laville, 2010). Les besoins humains
fondamentaux sont beaucoup plus larges que les besoins en emplois et en revenus, et ils ne sont
pas totalement reconnus par les stratégies de croissance basées sur l’économie du marché.
Par ailleurs, la réponse aux besoins humains par les mécanismes du marché est fortement
corrélée à la distribution de la richesse et des revenus. «Plus l’économie de marché sera
égalitaire, mieux fonctionnera le mécanisme du marché comme mécanisme d’allocation des
ressources pour la satisfaction des besoins fondamentaux» (Moulaert et Nussbaumer, 2014, p :
88).
90
expérimentations locales et les réseaux globaux d’autre part» (Klein, 2014, p :
134).
Il est donc primordial que les initiatives innovantes locales soient mises en réseaux de façon à
inspirer de nouvelles coalitions interterritoriales. De nouvelles configurations territoriales
doivent permettre à la société de se reconstruire collectivement et de se donner un nouveau
modèle de développement qui soit aussi bien territorial que durable.
Dans cette sous-section sera présenté le cadre conceptuel ainsi que les hypothèses retenues dans
cette recherche. Celles-ci découlent des différentes perspectives théoriques sur le concept
d’innovation sociale et ses associations avec les dimensions du DTD. En effet, notre revue du
traitement du lien entre l’innovation sociale et le DTD dans la littérature a mis en évidence une
relation indirecte entre l’innovation sociale et le développement territorial durable par la
médiation de quatre variables, à savoir le territoire, la gouvernance, le capital social et la
durabilité.
La figure ci-dessous, illustre les variables retenues dans notre cadre conceptuel.
91
Figure 9 – Cadre conceptuel avec médiations
M1
Territoire
Développement
territorial
Innovation
Capacité M2 durable
sociale
d’absorption
X Gouvernance Y
M3
Capital social
Finalité
M4
Durabilité
92
Comme nous l’avons souligné plus haut, notre modèle conceptuel mis en relation médiatisée
l’innovation sociale et le développement territorial durable. Par conséquent, nous posons les
hypothèses suivantes :
Nous traiterons tout d’abord de la relation existante entre innovation sociale et territoire. Nous
faisons notre la question soulevée par Fontan (2008) : quel rôle joue l’innovation sociale dans
la construction des territoires ?
Comme nous l’avons explicité précédemment (cf. chapitre 1), le territoire apparait comme un
espace à la fois « donné » et « construit ». Cette double caractéristique fait en sorte que l’état
territorial est en continuelle mutation. « Le développement mis en scène dans un territoire tend
à la fois à modifier la façon dont les populations tissent leur rapport au territoire, tout en étant
influencé par la nature même des composantes présentes sur ce dernier » (Fontan, 2008). De
nos jours, le paradoxe de cette double caractéristique représente la clé du développement local.
«Son caractère novateur ou hors norme et par l’objectif général qu’elle poursuit,
soit celui de favoriser le mieux-être des individus et des collectivités. Elle se
caractérise tout autant par un processus de mise en œuvre impliquant une
coopération entre une diversité d’acteurs que par les résultats obtenus, immatériels
ou tangibles» (Cloutier, 2003, p : 4).
Situer l’innovation sociale à l’échelle locale revient à mettre en avant le caractère particulier et
transformateur de l’acte d’innover. «La contagion fait vague en se diffusant d’une personne à
une autre, d’un groupe de personnes à un autre, d’une organisation à une autre. Chaque unité
d’émergence représente alors un lieu réfléchi, voulu ou subi d’incubation de la transformation»
(Fontan, 2008). Le local devient ainsi la pierre angulaire de la création de la nouveauté et sa
diffusion.
93
En effet, le processus d’innovation sociale prend toujours place sur une échelle locale. Il le fait,
selon Fontan, au sein de «laboratoires sociaux structurés à partir d’actions collectives, de
systèmes organisationnels et de systèmes institutionnels» (Fontan, 2008):
Dès lors, à partir d’une action collective (locale) pourrait naitre une action organisée, laquelle
pourrait éventuellement se traduire par une « action d’institutionnalisation » d’un projet de
développement du territoire. Ainsi, le processus d’innovation sociale influence la structuration
du développement d’un territoire donné. Par conséquent, nous posons les hypothèses suivantes :
Comme nous l’avons souligné dans le premier chapitre, la gouvernance est intimement liée à la
problématique du territoire. Le territoire en tant que construit d’acteur, se constitue autour d’un
minimum de convergence et d’arbitrage entre les intérêts des différents acteurs concernés, or la
gouvernance repose elle aussi sur la base de compromis entre ces intérêts divergents (Rochman,
2008 ; Richez-Battesti, 2008, 2011).
15
Le territoire en tant que construit d’acteurs.
94
De plus, comme l’écrit Gonçalves Cunha (2000), les politiques publiques à caractère territorial
ne pourraient être conçues et mises en œuvre sans la participation des acteurs publics et privés.
Cette participation doit intégrer le maximum possible de segments (économiques, sociaux,
politiques et culturels), constitutifs des construits territoriaux, ce qui pose la question de la
nature de la gouvernance de ces construits (territoires) et des projets qui y sont développés.
« Les modèles et projets de développement territorial dépend d’une ingénierie politique
promouvant une gouvernance ou un pacte impliquant la plus grande diversité d’acteurs
possibles» (Gonçalves Cunha, 2000).
Dans cette perspective, la notion de gouvernance territoriale se différencie de celle prônée par
les économistes institutionnalistes (cf. chapitre 1) par le fait qu’elle transcende la seule échelle
de l’entreprise et se focalise sur les liens entre les différents acteurs qui participent à la
production dans un territoire donné. A ce sujet, Leloup et ses co-auteurs affirment que :
Toujours selon Leloup et al. (2005), la question de gouvernance territoriale tend vers les travaux
sur le développement local et concerne l’implication progressive des acteurs locaux (privés,
publics, associatifs) dans les dynamiques de développement qui les concernent. Dans ce dessin,
la gouvernance fait référence à la fois au mode d’interactions entre les différents acteurs locaux
(privés, publics, associatifs) et à la façon dont ces différents acteurs s’organisent pour faire
fonctionner leur coalition.
La gouvernance territoriale prend donc forme dans des coalitions d’acteurs divers (publics,
privés, associatifs…) travaillant en synergie pour la réalisation d’objectifs communs (dont la
résolution des problèmes et la mobilisation des ressources). La gouvernance se situe donc au
niveau de l’action. En effet, la gouvernance est conçue comme «l’art de monter des projets qui
produisent un équilibre dynamique contenant les différents milieux en cohabitation sur un
espace donné» (Granier, 1999).
De son côté, Bernardy souligne que la gouvernance, dans une perspective de développement
territorial durable, possède deux fonctions essentielles : la reproduction et le pilotage. Plus
précisément :
95
«Le système de gouvernance doit donc assurer à la fois une veille des opportunités,
permettant de conserver la diversité de la capacité d’initiative du territoire et une
intégration de ces opportunités et de ces initiatives à un objectif commun de
reproduction (durabilité) d’une part et de pilotage (compétitivité) d’autre part, du
territoire» (Bernardy, 2001).
Toujours selon Bernardy (2001), la reproduction est liée à la notion de durabilité (réduite à sa
dimension temporelle), elle concerne l’établissement d’un ordre, basé sur la coopération
d’acteurs dont les intérêts sont différents voire divergents, à l’échelle d’un territoire. Le
pilotage, quant à lui, est lié à la notion de compétitivité qui suppose une capacité d’initiative et
d’innovation. L’innovation étant elle-même souvent liée à la figure du projet auquel elle
«s’adapte bien mieux qu’aux politiques publiques» (Bourdin, 2004).
Ainsi, le projet (entendu ici comme innovation sociale) est conditionné par la construction et la
durée de la coalition qui le sous-tend, laquelle est conditionnée à son tour par le projet. Cela
suppose «une représentation fortement partagée du mouvement et de l’avenir. Elle s’exprime
nécessairement dans un récit, qui est d’ailleurs une reconstruction permanente» (Bourdin,
2004).
Par ailleurs, l’innovation sociale est conçue comme l’interaction entre deux
dynamiques (Cameron et al., 2007) : d’une part, celle de la résolution des problèmes sociaux
et, d’autre part, celle de l’innovation dans les rapports sociaux (la gouvernance par exemple)
indispensable au succès de la première dynamique (Moulaert et Sekia, 2003 ; Hillier et al.,
2004 ; Moulaert et Nussbaumer, 2005).
En nous basant sur les travaux de ces différents auteurs, nous formulons l’hypothèse suivante :
Le capital social est défini comme «l’ensemble des ressources actuelles et potentielles qui sont
liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées
d’interconnaissance ou d’inter-reconnaissance» (Bourdieu, 1980). Pour l’auteur, le capital
96
social possède deux caractéristiques : d’une part, les relations sociales permettant aux acteurs
d’avoir accès aux ressources dont ils ont besoin ; d’autre part, la portée et la qualité de ces
ressources. De son côté, Colmen (1998) met l’accent sur la nature intangible du capital social.
Alors que le capital économique est caractérisé par un chiffre sur un compte bancaire et le
capital humain par des habilités intellectuelles, le capital social est associé à la structure de leurs
relations.
Nahapiet et Ghoshal (1998) proposent une reconfiguration du capital social en trois critères :
structurel, relationnel et cognitif. La dimension structurelle réfère aux structures de connexion
entre acteurs. Elle désigne, selon Persais (2013), les relations directes et indirectes entre les
différents acteurs qui composent un réseau donné. La position d’un acteur au sein du réseau est
primordiale puisqu’elle lui donne un accès privilégié à l’information.
La dimension relationnelle réfère à l’intensité des liens entre acteurs (Granovetter, 1985).
Comme le soulignent Carolis et Saparito (2006), les relations solides sont liées à une grande
confiance entre les acteurs ; elles permettent les flux d’informations précises et le transfert de
connaissances tacites. En effet, la confiance joue un rôle central puisqu’elle conditionne la
durabilité des liens en réduisant le risque d’opportunisme des acteurs (Persais, 2013).
La dimension cognitive, quant à elle, porte sur «les représentations, les interprétations et les
systèmes de croyances partagées» (Nahapiet et Ghoshal, 1998) qui permettent aux membres du
réseau de donner du sens à l’information (Augoustinos et Walker, 1995). Cette dernière
composante permettrait de partager une même vision au sein du réseau, non seulement comme
référent pour les acteurs, mais aussi un cadre d’interprétation de ce qui s’y fait (Coleman, 1998).
La mise en avant du lien entre capital social et innovation n’est pas récente. Dans leurs travaux
consacrés aux réseaux intra-firmes, Tsai et Ghoshal (1998) démontrent comment le capital
social affecte la combinaison et l’échange de ressources entre les acteurs qui, à leur tour,
influencent la création de valeur par l’intermédiaire du développement de nouveaux produits.
Plus récemment, Molina-Morales et al. (2010) analysent la relation entre les réseaux sociaux et
les innovations des membres de ces réseaux. Leurs résultats concluent à l’existence d’une
relation positive entre (1) l’affiliation à un district, l’implication dans des institutions locales,
le capital social et (2) l’innovation.
97
«la dimension processuelle des innovations sociales concerne la construction
sociale de nouvelles réalités, la création et la structuration d’institutions, autant
que le changement comportemental et la capacité des acteurs à se mettre en ordre
de marche dans un collectif spécifique pour avoir les compétences cognitives,
relationnelles et organisationnelles requises» (Howaldt et Schwarz, 2010).
Dans cette perspective, l’innovation sociale ne peut être valorisée lorsqu’elle émane d’un acteur
agissant seul. L’invention n’est transformée en innovation sociale que si la nouveauté est
socialement acceptée (Howaldt et Schwarz, 2010). L’inscription collective permet sa diffusion
et, conséquemment, son institutionnalisation (Persais, 2013). Tant vis-à-vis des populations
cibles que des acteurs permettant leur diffusion, les innovations sociales participent d’une
démarche collective (Ibid.). L’appui d’un réseau en matière d’innovation sociale s’avère donc
central puisqu’il est un des supports du processus d’institutionnalisation (Howaldt et Schwarz,
2010).
Hypothèse 4 : Le capital social intervient comme variable médiatrice dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable.
De nos jours, il est totalement admis qu’il existe une relation positive entre innovation
technologique et développement durable, conçue principalement d’un point de vue
environnemental (Faucheux et Nicolaï, 1998 ; Valenduc, Warrant, 2001). Or, ce lien est
affaiblit par la position ambivalente de la technologie, présentée à la fois comme source du
problème (innovations polluantes) et comme solution (technologie réparatrice, dépolluante).
98
En effet, si les travaux sur l’innovation technologique mettent en évidence une évolution vers
des technologies plus respectueuses de l’environnement, il faut s’interroger sur leur influence
totale sur l’environnement (Galiegue, 2012). «Améliorer l’efficacité du système productif dans
l’utilisation de ses ressources n’aboutit pas toujours à réduire leur demande : c’est l’effet
rebond16» (Ibid.). D’autres travaux démontrent l’éventualité d’un découplage,
croissance/pression sur l’environnement, qui n’est possible qu’à :
Dans cette perspective, l’approche co-évolutive (cf. chapitre 1) semble mieux adaptée à la mise
en œuvre d’un développement territorial (le territoire étant un construit social) et durable. Elle
prône une approche plus large du développement dans la mesure où l’objectif est de chercher
de nouvelles façons de faire qui concilient la préservation de l’environnement et la satisfaction
des besoins humains de base.
Face à ces défis, l’innovation sociale est mise en évidence comme solution prometteuse à
explorer et à confirmer (Richez-Battesti et al., 2012). En effet, l’innovation sociale réside dans
la capacité des acteurs locaux à mettre en place de nouvelles formes d’organisations pour
s’adapter à l’évolution de leur environnement. Nous émettons donc l’hypothèse suivante :
Par ailleurs, pour rendre compte des effets médiateurs, nous avons formulé plusieurs sous-
hypothèses relatives à chaque médiation. Le tableau suivant résume l’ensemble des hypothèses
retenues dans le cadre de notre recherche :
Hypothèse
L’effet rebond peut concerner tous les produits et activités dès lors que l’augmentation de leur efficience entraine
16
celle de leur utilisation. Voir à ce sujet : X. Galiegue, « Le regard de l’économiste : portée et limite de l’innovation
environnementale », Vie & sciences de l’entreprise, 2012/2 N° 191-192, p. 47.
99
Il y a une relation positive directe entre l’innovation sociale et le développement territorial
H1
durable
La figure ci-dessous, illustre les variables et les hypothèses retenues dans notre cadre
conceptuel.
100
Figure 10 – Cadre conceptuel de l’effet de l’innovation sociale sur le développement territorial durable
M1
h2-1 Territoire
h2-2 Développement
Innovation H2 territorial
M2
Capacité sociale durable
d’absorption h3-1 h3-2
H3
X Gouvernance Y
H4
h4-1 h4-2
M3
H5
h5-2
Capital social
Finalité h5-1
M4
Durabilité
H1
101
Dans les pages précédentes, nous avons présenté une revue détaillée sur le concept d’innovation
sociale et ses liens avec notre variable dépendante, le développement territorial durable. Ce
faisant, nous avons, dans un premier temps, dégagé les principales avenues théoriques sur ce
concept et ses dimensions ; ensuite, nous avons mis en évidence son influence sur les
composantes du développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments, un cadre conceptuel a été retenu au terme de cette revue. Ce
cadre, s’inscrivant dans les plus récents développements théoriques, comporte deux construits
latents. L’innovation sociale forme le premier construit et représente la variable indépendante
(explicative). Elle comporte deux dimensions visant à mesurer respectivement le processus
(capacité d’absorption) et la résolution du problème social (finalité). Le développement
territorial durable forme le deuxième groupe de variables et représente la variable dépendante
(expliquée). Elle comporte quatre composantes (territoire, gouvernance, capital social et
durabilité) médiatisant l’effet de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
L’ensemble de ces éléments, ont abouti également à la formulation de cinq hypothèses relatives
à l’influence de l’innovation sociale sur les composantes du développement territorial durable.
Pour la vérification de ces hypothèses, une approche méthodologique a été privilégiée, et ce
conformément aux objectifs de notre recherche.
Dans le chapitre suivant, il sera notamment question de présenter les données relatives à notre
échantillon ainsi que l’approche méthodologique qui a été choisie pour vérifier nos hypothèses
de recherche.
102
Conclusion de la première partie
La deuxième avenue concerne les nouvelles propositions pour introduire les préoccupations
environnementales et territoriales dans l’analyse économique. Ce qu’essaye d’intégrer la
perspective du développement territorial durable. Cette exploration théorique nous a donc
permis de définir le développement territorial durable comme une hybridation et une
reconstruction du développement durable et du développement territorial.
Le deuxième chapitre situe notre problématique dans le cadre de la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Après avoir présenté une revue détaillée sur le
concept d’innovation sociale et ses différentes approches, nous avons mis en évidence
l’existence d’une relation médiatisée entre l’innovation sociale et le développement territorial
durable. L’ensemble de ces éléments, ont abouti à la formulation de plusieurs hypothèses
relatives à l’effet médiatisé de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Un
cadre conceptuel a été retenu au terme de cette revue.
La partie suivante s’articule en deux temps. Le premier chapitre sera consacré à l’approche
méthodologique qui a été choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Le deuxième
concerne le test des hypothèses, la présentation et la discussion des résultats de la recherche.
103
PARTIE 2
VERIFICATION EMPIRIQUE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION
SOCIALE ET LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE
104
La deuxième partie de cette thèse est consacrée à l’approche méthodologique qui a été choisie
pour vérifier nos hypothèses ainsi que la présentation et la discussion des résultats de la
recherche.
Le premier chapitre est d’ordre méthodologique. Après avoir présenté les diverses
caractéristiques administratives, démographiques et socio-économiques de notre région
d’étude, nous mettons en évidence les principaux défis de développement qui lui sont posés.
Ensuite, nous exposerons les données relatives à notre échantillon et l’approche
méthodologique que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses de recherche. Enfin, nous
aborderons les mesures opérationnelles de notre variable dépendante, le développement
territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles
de l’ensemble des variables médiatrices.
CHAPITRE 1
105
CADRE OPERATOIRE DE L’INFLUENCE DE L’INNOVATION SOCIALE
SUR LE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE
Dans les chapitres précédents, nous avons présenté une revue détaillée sur les concepts de
développement territorial durable et de l’innovation sociale ainsi que les dimensions qui leur
sont associées. Ce faisant, nous avons dégagé les principales avenues théoriques sur ces
concepts ainsi que leurs définitions conceptuelles. Cette revue nous a également permis de
mettre en évidence l’influence de l’innovation sociale sur les composantes du développement
territorial durable. Ces développements ont abouti à la formulation de plusieurs hypothèses de
recherche relatives à l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable.
De l’ensemble de ces éléments un cadre conceptuel a été retenu. Pour la vérification de ce
modèle conceptuel, une approche méthodologique a été privilégiée, et ce conformément aux
objectifs de notre recherche.
Nous proposons ici d’opérer en trois temps, nous présenterons tout d’abord les caractéristiques
(administratives, démographiques et socio-économiques) ainsi que les défis de développement
relatifs à notre région d’étude (section 1). Ensuite, nous exposerons les données relatives à notre
échantillon et l’approche méthodologique que nous avons choisie pour vérifier nos hypothèses
de recherche (section 2). Enfin, nous aborderons les mesures opérationnelles de notre variable
dépendante, le développement territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi
que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été
associées (section 3).
Notre région d’étude est l’une des douze régions du Royaume du Maroc, créées par le nouveau
découpage territorial de 2015. Produit de la fusion des deux anciennes régions Rabat-Salé-
Zemmour-Zaer et Gharb-Cherarda-Béni-Hssein, elle se situe dans le Nord-Ouest du Royaume,
limitée au Nord par la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, à l’Est par la région de Fès-
Mèknes, au Sud par la région de Beni Mellal-Khénifra et la région de Casablanca-Settat et à
l’Ouest par l’océan atlantique (cf. carte 1).
17
Voir à ce sujet le Décret n° 2.15.10 du 20 février 2015, fixant le nombre des Régions, leurs noms, leurs chefs-
lieux et les préfectures et provinces les composant, publié au Bulletin Officiel n° 6340 du 05 mars 2015, disponible
sur : http://www.pncl.gov.ma/fr/News/Alaune/Pages/Nouveau-d%C3%A9coupage-r%C3%A9gional-du-
Royaume-.aspx
18
cf. URL : http://www.pncl.gov.ma/fr/LesCollectivit%C3%A9sterritoriales/Pages/default.aspx
107
Carte 1 – Régions du Maroc
La région couvre une superficie de 17.570 km2, soit 2,5 % de la superficie totale du pays,
répartie en trois préfectures (Rabat, Salé et Skhirate-Témara) et quatre provinces (Kénitra,
Khémisset, Sidi Kacem et Sidi Slimane). Avec 114 communes dont 23 urbaines et 91 rurales,
elle détient 7,6 % de l’ensemble des communes à l’échelle nationale (DGCL19, 2015). Le Chef-
lieu de la région est la préfecture de Rabat.
19
Direction Générale des Collectivités Locales.
108
Carte 2 – Provinces et préfectures de la région de Rabat-Salé-Kénitra
Sur le plan démographique, la région de Rabat-Salé-Kénitra compte 4 580 866 habitants, soit
13,5 % de la population totale du pays (HCP, 2014). Elle se situe au deuxième rang à l’échelle
nationale après la région de Casablanca-Settat. La population de la région est passée de 4,023
millions d’habitants en 2004 à 4,580 millions d’habitants en 2014, soit un taux d’augmentation
annuelle moyenne de 1,31 %, légèrement au-dessus de celui enregistré au niveau national, qui
est de 1,25 % (Ibid.). La région se situe au 6eme rang des régions marocaines en termes de
croissance démographique. Cependant, ce taux moyen régional cache d’importantes inégalités
entre les villes de la région.
109
Graphe 1 – Répartition de la population selon les provinces et préfectures (2014)
Khémisset
12%
Rabat
Sidi Kacem 13%
11%
Salé
Sidi Slimane 21%
7%
Kénitra
Skhirate- 23%
Témara
13%
110
La croissance démographique de la population urbaine de la région de Rabat-Salé-Kénitra est
expliquée, en plus de la fécondité naturelle, par l’extension urbaine des grandes villes, par la
création de nouveaux espaces urbains et aussi par la migration des populations rurales vers les
villes. La ville de Skhirate-Témara a enregistré le taux de croissance le plus élevé : 3,9 %, suivie
de la ville de Kénitra avec 1,96 %, de la ville de Salé (1,78 %) et de la ville de Sidi-Kacem
(0,89 %) alors que la ville de Khémisset enregistre le faible taux de 0,38 %. La ville de Rabat,
quant à elle, affiche un taux négatif (-0,83 %).
111
d’urbanisation les plus importants avec respectivement 100 %, 93 % et 90 %. L’axe Rabat-
Salé-Skhirate-Témara concentre à lui seul près de 63 % de la population urbaine de la région.
La structure productive de notre région d’étude se caractérise par l’importance des activités
tertiaires (services marchands et non marchands) (cf. graphe 2) ; elles représentent, à elles
seules, 60 % de la valeur ajoutée brute de la région. Les activités secondaires (industrie, mines,
distribution d’’électricité-eau et bâtiment et travaux publics) et primaires (agriculture et pêche)
contribuent respectivement pour 14 % et 15 % au PIB de la région en 2015.
112
Graphe 2 – Structure du PIB de la région par secteur d’activité (2015)
I-S/Pt Primaire
11% 14%
Secondaire
15%
Tertiaire
60%
Si l’on se réfère au tableau 7, on s’aperçoit que le taux de chômage dans la région est passé de
10 % à 10,8 % entre 2015 et 2016. Par milieu de résidence, ce taux est passé de 13,8 % à 14,2
% en milieu urbain et de 3,5 % à 4,9 % en milieu rural. L’état du marché du travail se caractérise
par la baisse du taux d’activité. Ce dernier a reculé de 46,4 % à 45,1 % entre 2015 et 2016 et a
baissé de 41 % à 40,1 en milieu urbain et de 59,8 % à 57,5 % en milieu rural. L’emploi des
jeunes en général et des jeunes diplômés en particulier reste pour les autorités régionales l’une
des problématiques majeures à traiter.
113
Tableau 7 – Evolution des taux d’activité et de chômage selon les régions et le milieu de résidence (2015-2016)
2015 2016
Région Taux d’activité (en %) Taux de chômage (en %) Taux d’activité (en %) Taux de chômage (en %)
Total Urbain Rural Total Urbain Rural Total Urbain Rural Total Urbain Rural
Tanger–Tétouan–Al
46,0 42,5 50,8 10,7 16,3 4,4 45,2 41,4 50,8 9,6 14,2 4,1
Hoceima
L’oriental 45,7 41,8 53,0 15,0 18,3 10,0 45,6 42,4 52,0 15,7 19,1 10,8
Fès–Mèknes 45,8 38,8 56,7 8,6 13,3 3,6 44,9 37,9 55,5 7,6 12,2 2,8
Rabat –Salé–Kénitra 46,4 41,0 59,8 10,0 13,8 3,5 45,1 40,1 57,5 10,8 14,2 4,9
Béni Mellal–Khénifra 44,9 36,2 54,0 6,6 12,8 2,2 43,0 34,3 52,7 7,1 12,4 3,2
Casablanca–Settat 49,9 43,3 68,3 10,0 13,6 3,7 49,0 42,7 66,4 9,3 12,3 3,9
Marrakech–Safi 52,0 44,5 59,0 7,4 14,3 2,5 50,5 42,2 58,7 7,4 14,3 2,6
Daraa–Tafilalet 43,6 33,2 49,1 7,2 16,3 3,9 43,1 34,9 47,4 6,9 16,7 3,3
Souss–Massa 47,3 42,8 52,2 10,1 14,9 5,7 46,6 41,5 52,1 9,0 13,9 4,7
Régions du Sud 42,3 40,1 48,3 16,5 19,5 9,5 41,5 39,5 47,4 15,9 17,9 11,2
114
Les dernières données disponibles de l’enquête de l’emploi du HCP (2013) montrent que la
population active de la région est à majorité rurale, avec un maximum atteint au niveau de la
province de Kénitra (68,6 %) suivie de la province de Khémisset qui enregistre un taux
d’activité de 61,5 %. Les taux de chômage les plus importants concernent les villes de Salé
(12,6 %) et Rabat (11,4 %).
Tableau 8 – Taux de chômage et taux d’activité selon les provinces (ou préfecture)20
En 2014, le classement des régions selon le taux de la pauvreté globale indique que presque la
moitié des régions enregistrent un taux de pauvreté dépassant la moyenne nationale (11,71 %).
La région la plus pauvre est Draa-Tafilalet (20,7 %), suivie de Béni Mellal-Khénifra (19,1 %),
Marrakech-Safi (14,3 %), Fès-Mèknes (13,4 %), L’oriental (13,1). Inversement, les régions les
moins touchées par la pauvreté, sont caractérisées par des taux en deçà de la moyenne nationale,
sont Laayoune-Sakia-Al Hamra (3,2 %), Dakhla-Oued Eddahab (4,2 %), Casablanca-Settat (6,2
%), Rabat-Salé-Kénitra (9,1 %), Guelmim-Oued Noun (10,9 %), Tanger-Tétouan-Al Hoceima
(11,1) et Souss-Massa (11,6 %).
20
Population âgée de 15 et plus.
115
Graphe 3 –Taux de la pauvreté globale par région
20,7
19,1
14,3 14,5
13,1 13,4 13,4
11,1 11,6 11,71 11,3
10,9
9,5 9,5 9,6 10,0
9,1 9,1
8,2
6,2 7,2
6,2 6,1 5,8
4,2 5,7 4,9 5,2 5,1
4,1 4,0 4,5
3,2 3,8 2,6 2,6
1,7
0,4
116
Graphe 4 –Taux de la pauvreté globale selon les provinces
16,0 17,3
16,3
11,8
8,3
6,1 10,1
3,6 8,7
3,5
5,0
1,5 2,1 2,4 4,0 4,8
0,9 1,5 1,5
0,7
24,7
22,8 23,3
16,8
16,3 17,3
16,0
11,8
5,0 5,2
117
La division de la pauvreté multidimensionnelle par type de privation montre les sources à
l’origine de ce fléau. La privation en termes d’éducation explique à elle seule 58,9 % de la
pauvreté à l’échelle de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Quant aux privations en termes d’accès
aux infrastructures sociales de base, elles expliquent 18,7 % de la pauvreté
multidimensionnelle. La santé contribue à hauteur de 11,5 % à la pauvreté multidimensionnelle
régionale. Cette contribution s’élève à 10,8 % pour les conditions d’habitat.
Conditions de logement
Accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement
Santé
Education
En milieu urbain, 58,1 % de la pauvreté multidimensionnelle est due aux déficiences en termes
d’éducation. Les écarts en termes de santé participent à hauteur de 23,2 % à la pauvreté urbaine.
Quant à la pauvreté rurale, elle s’explique principalement par les privations en termes
d’éducation (59,1 %), d’accès aux infrastructures sociales de base (20 %) et de conditions
d’habitation (12,1 %).
118
Graphe 7 – Décomposition de la pauvreté multidimensionnelle par province et par source de
privation (en %)
100% 2,8
7,0 6,3 5,7
14,3 13,9 14,3
90% 16,9
13,8 17,2 16,8
80% 15,9 16,9
10,5 27,7
70%
28,6 19,1 21,2
12,7 10,0
60%
7,9
50%
40%
68,7
30% 57,5 57,4 58,9 56,4
50,1 51,8
20%
10%
0%
Kénitra Khémisset Rabat Salé Sidi Kacem Sidi Slimane Skhirate-
Témara
Conditions de logement
Accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement
Santé
Education
En 2014, les dix communes les plus pauvres de la région de Rabat-Salé-Kénitra, selon
l’approche multidimensionnelle, affichent un taux de pauvreté supérieur à 4 fois la moyenne
régionale. Il s’agit des communes d’El Ganzra (28,5 %), Ait Yadine (28,5 %), Ait Ali Ou
Lahcen (29,6 %), Ain Johra Sidi Boukhalkhal (30,4 %), Tiddas (32,1 %), Ait Ikkou (40,3 %),
Jemaat Moul Blad (40,4 %), Oulmes (42,9 %), Ait Ichou (44,4 %) et Bouqachmir (51,8 %).
Inversement, les quarante-huit communes les moins pauvres enregistrent un taux de pauvreté
inférieur à la moyenne régionale. Il s’agit principalement de Touarga (0,3 %), Hassan (0,6 %),
Agdal Riyad (0,7%), Harhoura (0,8 %), Souissi (0,8 %), El Youssoufia (0,9 %), Hssaine (1 %),
etc.
Nous avons présenté, dans ce qui précède, les diverses caractéristiques (administratives,
démographiques et socio-économiques) de notre région d’étude. Cette analyse nous a conduits
à mettre en évidence un ensemble de particularités spécifiques à notre territoire d’étude ainsi
que les principaux défis qui lui sont posés. Ces défis représentent de véritables enjeux de
119
développement et leur prise en compte doit donc nécessairement être préalable à la conception
de stratégies de développement. L’intégration de ces enjeux spécifiques aux stratégies de
développement constitue l’une des bases des principes du développement territorial durable et
constitue une condition sine qua non du succès des projets de développement.
C’est pourquoi avant d’étudier les projets socialement innovants à proprement parlé, nous
terminerons cette sous-section en présentant brièvement les enjeux spécifiques de notre région
d’étude.
Comme souligné supra, la région RSK compte quelque 4,581 millions habitants (3,199 millions
dans l’urbain et 1,382 millions dans le rural), d’après le recensement de 2014. Elle est ainsi la
deuxième région la plus habitée au Maroc après Casablanca-Settat. C’est une région
globalement urbanisée puisque 69,8 % de sa population s’installe dans des milieux urbains à
cause, en particulier, de l’exode rural et de la création de nouveaux centres urbains, mais aussi
de l’extension des zones urbaines des villes, comme le souligne le diagnostic stratégique de la
région mené dans le cadre de l’élaboration du plan de développement régional. Le nombre de
citadins est passé de 2,589 millions en 2004 à 3,198 millions en 2014, ce qui représente un taux
d’accroissement démographique annuel moyen de 2,1% au cours de la période 2004-2014.
120
beaucoup plus faibles que les autres (51,8%, 32,3% et 40,9%). Le taux de pauvreté globale est
de 3,3 % en milieu rural contre 22,4 % en milieu urbain.
Ces défis représentent de véritables enjeux de développement et leur prise en compte doit
nécessairement être préalable à la conception de stratégies de développement. Plus précisément,
il s’agit de :
A l’instar des autres zones rurales à l’échelle nationale, les communes rurales de la région de
Rabat-Salé-Kénitra sont confrontées aux difficultés de l’hémorragie démographique et aux
conséquences sociales d’une telle évolution qui risquerait de priver ces territoires de leur
population, souvent la plus dynamique, et de les priver, ainsi, définitivement de leur capacité
d’organisation et d’action, ce qui affecterait leurs chances d’initier un processus de
développement. Toutefois, l’exode des populations rurales est une conséquence. Il est lié aux
conditions sociales, économiques et environnementales dont les améliorations respectives
constituent des enjeux de développement à part entière.
121
L’amélioration des conditions de vie des populations de la région devrait donc toucher cinq
dimensions :
Il est apparu que l’organisation et la structure de notre territoire d’étude présente des faiblesses
à deux niveaux :
Une bonne partie de la population est aujourd’hui au chômage dans la région de Rabat-Salé-
Kénitra (le taux de chômage est de 10,8 % en 2016). Or, l’emploi et la croissance économique
contribuent de façon significative à la lutte contre la pauvreté. La promotion d’une croissance
durable ainsi que la création d’un nombre suffisant d’emplois sont d’une importance
primordiale pour la région.
En outre, les activités économiques présentes dans notre région d’étude sont relativement peu
diversifiées au sens où elles sont essentiellement tertiaires (60 % de la structure productive). La
capacité d’absorption de ces activités est limitée ce qui pousse certaine population à l’exode.
Arriver à un niveau adéquat de productivité par la diversification et l’innovation, en se
122
focalisant sur les secteurs à forte valeur ajoutée et à forte intensité de main-d’œuvre, constitue
donc un enjeu majeur pour la région.
− Préserver l’environnement
A ce stade, on peut poser un certain nombre de bases sur lesquelles s’appuie notre analyse. On
retrouve, à travers chacun des enjeux dont il a été question et la façon dont ils sont
interconnectés, les différentes dimensions du développement telles qu’elles sont posées dans la
notion de développement territorial durable et telles que présentées au chapitre 1.
Par ailleurs, il apparait que notre région d’étude présente un écart entre les objectifs contenus
dans les principes du développement territorial durable et sa situation actuelle. Pour que notre
région puisse relever le défi du développement, il est nécessaire :
− Que l’ensemble des enjeux précédemment évoqués soit perçu par les acteurs du
développement ;
− Que ceux-ci soient intégrés de façon transversale aux stratégies de développement
conçues par ses acteurs ;
Dans la mesure où la notion de développement territorial durable permet, comme nous l’avons
démontré dans le chapitre 2, de prendre en compte l’ensemble des dimensions du
développement et de contribuer à la conception et à la mise en œuvre de stratégies de
développement transversales, intégrées, spécifiques et territorialisées ; il est également possible
de supposer que celui-ci constitue un référent adéquat pour l’intégration et la résolution des
enjeux de développement. Nous envisagerons infra (chapitre 2, Partie 2) dans quelle mesure les
enjeux du développement territorial durable, présentés précédemment, ont été perçus et pris en
123
compte au sein des différents projets socialement innovants menés sur notre territoire de
référence.
Les données de cette étude ont été collectées dans le cadre d’une enquête par questionnaire
auprès de trois catégories d’acteurs territoriaux21œuvrant dans la région de Rabat-Salé-Kenitra,
à savoir les collectivités territoriales, les organismes publics concernés et les associations. Ces
trois catégories d’acteurs ont été identifiées dans le cadre de notre étude qualitative exploratoire
réalisée en 2015 sur un projet socialement innovant, la coopérative de gestion des déchets
«Attawafoq».
Ainsi, cette enquête a été réalisée entre janvier 2018 et aout 2018. Aussi, les données recueillies
constituent-elles, à notre connaissance, la première banque de données sur les activités
d’innovation sociale dans la région de Rabat-Salé-Kenitra. Notre population cible se compose
de 385 acteurs (114 collectivités territoriales, 18 organismes publics et 253 associations22).
Le questionnaire utilisé dans le cadre de cette enquête a été documenté à partir de la recension
des différentes perspectives théoriques sur l’innovation sociale et ses liens avec les dimensions
du développement territorial durable (cf. chapitre 1). Les acteurs contactés étaient invités à
répondre sur plusieurs aspects de leurs activités d’innovation sociale (cf. annexe 1), celles-ci en
lien avec :
Compte tenu du très grand nombre d’initiatives et de l’absence d’une base de données régionale,
une étude exhaustive n’était pas envisageable, des choix s’imposaient donc. De même un choix
a dû être opéré parmi les nombreux acteurs pour effectuer les enquêtes. En dépit de cette volonté
21
Selon Gumuchian et Pecqueur (op.cit.), les acteurs sont ceux qui, par leur implication et par leurs actions,
constituent le territoire. Ce dernier est entendu ici comme un construit d’acteurs (cf. chapitre 1, section 2).
22
Liste fournie par le Ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Egalité et du Développement Social.
124
de représentativité, il est impossible d’interroger un nombre d’acteurs suffisant pour pouvoir
prétendre à une représentativité statistique. De plus, nous n’avons rencontré que peu de
représentants de la sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein
des coalitions de projets sociaux comme des diverses formes de gouvernance locale.
Rappelons que les acteurs interrogés dans le cadre de cette enquête ont été caractérisés en regard
de leur contribution dans la réalisation des projets sociaux mis en œuvre dans la région de notre
étude.
L’enquête s’est déroulée entre le 8 janvier 2018 et le 31 juillet 2018. Le questionnaire a été testé
au préalable. Cette étape préparatoire a permis de vérifier le fondement des dimensions traitées
ainsi que la clarté des énoncés pour les personnes interrogées. Le questionnaire a été administré
de la façon suivante :
Collectivités territoriales
Associations
Sur les 193 acteurs qui ont été contactés, 17 acteurs se sont avérés non éligibles (acteurs non
innovants), 24 acteurs ont refusé de participer à l’étude et 35 n’ont pas été joints et ce après
plusieurs tentatives. Finalement, 109 questionnaires valides ont été générés au terme de cette
enquête pour un taux de réponse net de 56,5 % (109/193).
125
Acteurs contactés Nombre de réponses
Non éligibles 17
Total 193
Le modèle conceptuel retenu dans le cadre de cette recherche (cf. chapitre 2) se prête
parfaitement à la méthode des équations structurelles puisqu’il propose d’aborder le lien entre
l’innovation sociale (variable indépendante) et le développement territorial durable (variable
indépendante) à partir de plusieurs construits latents reliés entre eux.
Selon Balambo et Baz, la méthode des équations structurelles est conçue selon «une logique
déductive de démonstration théorique en faisant l’objet de deux types de spécification le
scindant en deux parties» (Balambo et Baz, 2017) comme le schématise la figure suivante :
126
Figure 11– Etapes de la construction du modèle des équations structurelles
Construction théorique
Re-spécification
Identification des indicateurs
Modèle de mesure
Estimation des relations entre
indicateurs et variables latentes
Dans ce cadre, l’approche la plus utilisée est celle basée sur l’analyse de la covariance
(Covariance based structural equation modeling), appelée communément LISREL (LInear
Structural RELations) (Ibid.). Une deuxième méthode employée est celle basée sur l’analyse
des variances, appelée approche PLS (Partial Lest Square) qui «est adaptée à certains modèles
structurels pour lesquels les procédures classiques d’estimation peuvent se révéler délicats à
utiliser» (Lacroux, 2010). Cette méthode était développée par Wold en tant que modélisation
douce (Soft Modeling).
Pour Fernandes (2012), la méthode PLS (Partial Least Squares) appartient à la famille des
modèles des équations structurelles à construits latents. Qualifiés de techniques de deuxième
génération (par comparaison aux méthodes de première génération comme les analyses en
composantes principales ou les analyses multidimensionnelles), les méthodes d’équations
structurelles procurent au chercheur une plus grande flexibilité dans l’interprétation entre
théorie et données (Chin, 1998). Plus précisément, ces approches permettent d’intégrer des
variables latentes, de préciser les liens entre ces construits latents et leurs indicateurs, de
spécifier les liens entre les construits latents eux-mêmes ou encore d’examiner des corrélations
entre variables indépendantes ou indépendantes (Croutsche, 2002).
127
L’approche PLS a été développée pour les analyses exploratoires dans des cas de forte
complexité et d’information théorique faible (Jöreskog et Wold in Fernandes, 2012).A la
différence de l’approche LISREL, la méthode PLS autorise différentes modélisations des
construits-formatifs, réflexifs ou les deux (cf. figure 14). En effet, plusieurs difficultés émergent
lorsqu’il s’agit de tester des construits formatifs à l’aide de techniques basées sur la covariance.
Dans le même ordre d’idée, le choix fait par le chercheur d’établir des relations formatives,
réflexives ou mixtes entre des indicateurs et leurs construits respectifs est primordial. Car, au-
delà des considérations statistiques, c’est bien la fiabilité et la solidité des résultats qui sont en
jeu. Ainsi, une fausse définition du sens de la causalité entre une variable latente et ses
indicateurs amène forcement à des résultats erronés (Crié, 2005, 20).
Le lien entre chaque construit et ses mesures est donc primordial car il reflète la
conceptualisation des construits et donc leur fiabilité. Jarvis et al. (2004) ont ainsi souligné, via
une étude de publications utilisant les techniques d’équations structurelles, que 71% des
construits étaient correctement modélisés. Parmi ceux qui ne l’étaient pas, les résultats de la
recherche conduite font ressortir qu’une mauvaise définition des modèles de mesure (même
d’un seul construit) amènerait à de lourdes conséquences en matière de résultats et, par
conséquent, de conclusion.
Trois liens sont envisageables selon que les mesures soient réflexives, formatives ou les deux.
128
Figure 12 – Modes réflexifs et formatifs
Variable 1 2
latente
(Composant 1) (Composant 2)
Variable
manifeste X11 X12 X13 Y11 Y12 Y13
Chaque variable manifeste reflète La variable latente est générée par ses
sa variable latente propres variables manifestes
Ou jh est un terme aléatoire de moyenne Ou jh est un terme aléatoire de moyenne
non nulle et non corrélé à la variable non nulle et non corrélé aux variables
latentej
manifestes xjh
S’agissant du mode réflexif, écrit Fernandes (2012), les indicateurs sont développés dans la
perspective de mesurer tous le construit latent. Chaque mesure (variable manifeste) reflète son
construit latent et lui est associée par une simple régression. En d’autres termes, la variable
latente existe théoriquement mais reste inobservable. Elle exerce un effet sur les indicateurs,
expliquant leurs inter-corrélations. Les mesures réflexives doivent avoir une cohérence interne
(Ibid.).
En effet, comme le soulignent Jarvis et ses co-auteurs, «la validité du construit reste inchangée
si l’on retire un seul indicateur parce que toutes les facettes d’un construit unidimensionnel
doivent être représentée de manière suffisante dans les indicateurs restants» (Jarvis et al.,
2004). Pour cela, il est obligatoire d’accomplir les critères d’unidimensionnalité des variables
latentes et des corrélations positives des mesures avec leur construit latent (Tenenhaus et al.,
2005).
129
Le lien formatif, quant à lui, suppose que le construit latent est généré par ses propres mesures
(Fernandes, 2012). Le construit latent est donc une équation linéaire avec ses mesures comme
variables indépendantes plus une déviation. Dans cette modélisation, l’ensemble des mesures
peut être multidimensionnel (Ibid.). Toutefois, la construction formative ne doit pas être
employée comme une simple alternative à un problème d’unidimensionnalité d’un construit,
fait remarquer l’auteur
Une construction mixte existe, il s’agit de la technique MIMIC (Fernandes, 2012). C’est une
hybridation des constructions formatives et réflexives. La premier indicateur p1 suit une
construction réflexive alors que les autres (p-p1) suivent une logique formative.
La bonne définition du lien entre les mesures et leur variable latente est donc primordiale à la
bonne conceptualisation du modèle de recherche et à la robustesse des analyses et des résultats.
En effet, « comme le permettent certains logiciels, il ne suffit pas de mettre les flèches dans le
« bon sens », encore faut-il être certain que c’est à bon escient » (Crié, 2005, 24).
Par ailleurs, l’évaluation d’un modèle PLS suppose une analyse à trois niveaux (Hulland,
op.cit.) :
− L’identification de la nature des liens entre les indicateurs et les variables latentes;
− Le test de la fiabilité et de la validité des indicateurs ;
− Enfin, le test du modèle final.
130
L’analyse des deux dernières étapes, passe par l’analyse du modèle de mesure et du modèle
structurel. Le modèle de mesure est celui qui associe les construits latents aux mesures alors
que le modèle structurel associe les construits latents entre eux.
Le modèle de mesure, est évalué au regard des éléments suivants : la fiabilité de cohérence
interne, l’unidimensionnalité des construits, la validité convergente des mesures associées aux
construits et la validité discriminante. Selon (Fernandes, 2012) :
− La fiabilité de cohérence interne peut être appréciée selon deux critères que sont l’Alpha
de Cronbach et la fiabilité composite (Chin, 1998). Ces mesures varient entre 0 et 1. La
mesure qui indique un bon niveau de fiabilité est 0,7 (Tenenhaus et al., 2005) ;
− L’unidimensionnalité d’une variable latente s’apprécie en examinant les mesures issues
de l’analyse en composantes principales : la première mesure doit être supérieure à 1 et
la seconde inférieure à 1 (ou très inférieure à la première). De plus, ajoute-t-il, un
indicateur doit être plus associé avec le construit latent qu’il doit mesurer qu’avec les
autres. La condition d’unidimensionnalité n’est pas obligatoire dans le cadre d’un mode
formatif des construits ;
− La validité convergente des indicateurs, quant à elle, se fonde sur l’analyse des
corrélations (ou loadings) des indicateurs avec leur variable latente respective. Elle n’est
obligatoire dans le cas de variables latentes formatives (Ibid.)23.
− Enfin, la validité discriminante «représente l’étendue avec laquelle les mesures d’un
construit différent des mesures d’un autre construit dans le modèle» (Fernandes, 2012).
Dans le cadre de la méthode PLS, cela veut dire qu’une variable latente doit partager
plus de variance avec ses indicateurs qu’elle n’en partage avec les autres variables
latentes dans le même modèle. Les construits latents peuvent donc être corrélés entre
eux mais ils doivent mesurer des concepts différents. Il est possible donc de les
discriminer. Chin (op.cit.) souligne qu’il est recommandé qu’elle ait une valeur
supérieure ou égale à 0.5.
23
Selon Fernandes, le coefficient de corrélation doit être supérieur à 0.7, ce qui implique qu’il y a plus de variance
partagée entre le construit et sa mesure que d’erreur de variance. Ceci signifie que plus de 50% de la variance dans
la variable observée est du à son construit. Une corrélation inférieure à 0.7 appelle à la vigilance. En effet, elle
peut être le résultat d’un item mal formulé (faible fiabilité), d’un item inapproprié (faible validité du contenu) ou
bien d’un transfert inapproprié d’un item d’un contexte à un autre. En règle générale, les items avec des corrélations
inférieures à 0.4 ou 0.5 doivent être ôtés. Enfin, une corrélation négative peut signifier que la variable manifeste
est inadéquate pour mesurer la variable latente et doit alors être ôtée du modèle. On peut en outre vérifier que
chaque item est plus corrélé avec son construit qu’avec les autres construits du modèle. Voir à ce sujet Fernandes
(2012).
131
Le modèle structurel, est apprécié sur la base de la pertinence prédictive des variables latentes,
c’est-à-dire leur validité nomologique (Fernandes, 2012). Il convient d’examiner les R2
multiples et le coefficient Q2 de Stone-Geisser.
Selon Croutsche (2002), trois niveaux de R2 multiple peuvent être pris en compte. Si le R2 est
supérieur à 0.1, le modèle est significatif. S’il est compris entre 0.05 et 0.1, alors le modèle est
tangent. S’il est inférieur à 0.05, alors le modèle n’est pas significatif. Le R2 permet de
comprendre la contribution de chaque variable explicative à la prévision de la variable
dépendante.
Pour Tenenhaus et al. (2005),la méthode PLS n’a pas pour objectif, à l’inverse d’autres
techniques d’équations structurelles, d’«optimiser une fonction scalaire globale». Ainsi, aucun
indice global de validation du modèle n’existe, comme cela est le cas pour les méthodes
d’équations structurelles basées sur la covariance (ISREL). Malgré cela, Tenenhaus et ses co-
auteurs ont mis en place un indice d’ajustement GOF (Goodness-of-fit) présenté comme une
solution technique à cette limite, dans la mesure où il s’agit d’un indice de validation globale
du modèle PLS.
Globalement, Chin et Newsted (1999) énumèrent cinq raisons principales plaidant pour
l’emploi de cette méthode :
132
− Il est primordial de modéliser, différemment, les relations entre les variables latentes et
leurs indicateurs (formatives et réflexives) ;
− Les critères concernant la distribution normale des données, l’indépendance ou la taille
ne sont pas obligatoires.
Dans le même ordre d’idée, soulignent Chin et al. (2003) qu’à l’ opposé d’autres méthodes
(notamment LISREL), la taille de l’échantillon pour l’emploi de la méthode PLS n’est pas
concernée par le respect de proportions liées au nombre d’indicateurs. Dit autrement, Chin
(1998) suggère la règle suivante pour calculer la taille de l’échantillon selon le modèle de
mesure. Il s’agit de «multiplier par 10 le nombre de variables manifestes ou indicateurs selon
l’une des deux options suivantes :
− Soit la variable latente avec le plus grand nombre d’indicateurs formatifs (c’est-à-dire
la plus grande équation de mesure) ;
− Soit la variable latente dépendant du plus grand nombre de variables latentes
indépendantes (c’est-à-dire la plus grande équation structurelle)» (Chin, 1998).
Ainsi, si le construit latent est formé de huit indicateurs, la taille de l’échantillon devrait donc
être égale à 80. Par ailleurs, Chin et al. (2003) affirment que, au-delà d’un certain seuil,
l’augmentation de la taille de l’échantillon ne produit pas de changements significatifs dans les
résultats. Mais ils précisent que, toutefois, un échantillon faible (une vingtaine d’observations)
ne permet pas d’analyser des variables intermédiaires (modératrices ou médiatrices).
Pour conclure cette sous-section, nous reperdrons ici le tableau proposé par Fernandes (2012.)
qui offre une représentation comparée des deux méthodes PLS et ISREL :
133
Critère PLS LISREL
Modélisation des
Construits formatifs et réflexifs. Construits formatifs et réflexifs.
construits
Indéterminées à un terme d’erreur
Variables latentes Déterminées.
prés.
Test de modèles
Non. Oui.
récursifs
Approche selon les moindres carrés Approche du maximum de
partiels – Succession de régressions vraisemblance – Analyse de
Modèle statistique
simples ou multiples. structures de covariance.
Enfin, les méthodes PLS et LISREL sont généralement considérées comme des techniques
complémentaires, LISREL ayant une finalité confirmatoire (Fernandes, 2012). Ainsi, de par sa
logique exploratoire, la méthode PLS met en évidence des liens théoriques entre les construits
latents, lesquels demandent à être validés par LISREL.
Dans les paragraphes précédents, nous avons présenté les données relatives à notre échantillon
ainsi que l’approche méthodologique que nous avons choisie pour tester nos hypothèses de
recherche. La section suivante, quant à elle, portera sur les mesures opérationnelles des
variables (dépendante et indépendante) retenue dans le cadre de cette recherche.
3. Variables et mesures
134
Notre modèle structurel comporte deux construits latents. L’innovation sociale forme le premier
construit et représente la variable indépendante (explicative). Elle comporte deux dimensions
visant à mesurer respectivement la finalité et le processus. Le développement territorial durable
forme le deuxième groupe de variables et représente la variable dépendante (expliquée). Elle
comporte quatre composantes (territoire, gouvernance, capital social et durabilité) médiatisant
la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Il s’agira, dans cette section, de présenter les mesures opérationnelles de notre variable
dépendante, le développement territorial durable, et indépendante, l’innovation sociale, ainsi
que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables explicatives qui leur ont été
associées.
La nature multidimensionnelle du DTD fait encore l’objet d’un débat (Assidon, 2002 ; Hugon,
2007 ; Ependa, 2008 ; Charles et Pirrone, 2011 ; Jean et al., 2007 ; Fontan, 2008 ; Klein, 2008 ;
Dissart et al., 2011 ; Otando et Uzunidis, 2011). Au lieu de nous inscrire dans l’une ou l’autre
de ces perspectives, nous avons choisi de considérer l’ensemble des dimensions et d’explorer
empiriquement leur dynamique. Cette perspective nous a conduite à opérationnaliser le DTD et
ces dimensions de la façon suivante :
− Territoire
135
La notion de territoire se compose de trois dimensions : l’endogénéité qui contient les notions
de localité et de proximité, la transversalité et la participation des populations (Sabourin et
Teixeira, 2002 ; Gumuchian et Pecqueur, 2007 ; Rochman, 2008).
− Le projet s’inscrit dans le cadre d’un projet territorial ou d’une politique territoriale ;
Cette dernière dimension permet d’analyser les rapports entre les différents projets et entre les
différents éléments au sein d’un même projet. Les dimensions économique, politique, sociale,
culturelle et environnementale permettent d’aborder l’ensemble des aspects du développement
territorial durable (telles que nous les avons définis au chapitre 1), mais elles ne permettent pas
de rendre compte de la cohérence interne des projets ni de la compatibilité des projets entre eux
et de leur articulation les uns avec les autres.
Or, pour garantir la durabilité du développement d’un territoire, il est nécessaire de vérifier que
les projets ne sont pas de nature sectorielle et qu’ils assurent bien l’interaction entre les niveaux
local et global. Il est également indispensable de se poser la question du suivi, c'est-à-dire de
l’évolution, de l’évaluation et de la capitalisation des expériences acquises. Nous avons donc
établi un critère d’évaluation pour évaluer la cohérence interne du projet, sa compatibilité avec
les autres projets (cohérence externe), son caractère intégrateur (incluant la relation
local/global) et son suivi (possibilité d’évolution, évaluation, capitalisation).
Cette sous-dimension a donc été également appréciée à partir de la question suivante : « Dans
quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
− Les projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance territoriale ;
136
− Les résultats obtenus sont évalués par une entité de gouvernance territoriale».
− Gouvernance
Comme nous l’avons vu dans le chapitre 1, la gouvernance est liée à la notion du territoire. Le
territoire en tant que construit d’acteur, repose sur un minimum de convergence entre des
intérêts divergents, or la gouvernance s’établit précisément elle aussi sur la base de compromis
entre ces intérêts divergents (Rochman, 2008). De plus, comme l’écrit Gonçalves Cunha (1988),
les politiques publiques à caractère territorial ne peuvent être formulées et appliquées sans la
participation des acteurs publics et privés. Cette participation doit inclure le maximum possible
de strates (économiques, sociales, politiques et culturelles).
Pour apprécier cette dimension nous avons retenu deux variables : le degré d’implication de la
population cible et la diversité des partenaires.
La première variable a été mesurée en demandant à nos répondants d’indiquer sur une échelle
variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent) le degré d’implication de la population cible :
La question mesurant la diversité des partenaires a été formulée de la façon suivante : «Qui a
développé ces projets sociaux ?
− Capital social
137
− Il est composé des réseaux sociaux dont la régulation dépend du niveau de confiance
existant entre eux et en leur sein;
− Le capital social est une capacité matérialisée par un ensemble de savoirs.
Le capital social est composé par les réseaux sociaux qui «sont par essence les différents
chemins existant entre les individus et les groupes» (Franco, 2004). Les réseaux sociaux sont
fondamentaux dans l’accumulation du capital social mais également dans la construction et la
structuration des territoires, leur analyse est donc fondamentale pour la compréhension des
processus de DTD.
Pour apprécier l’importance des réseaux sociaux, nous avons demandé à nos répondants de
qualifier, sur une échelle variant de 1 (jamais) à 5 (très souvent), à quelle fréquence, au cours
des cinq dernières années, dans le cadre de ses activités, leur organisation a réalisé les activités
suivantes:
La confiance a été mesurée en demandant aux répondants dans quelle mesure ils sont d’accord
ou non avec les affirmations suivantes :
− Votre organisation tient ses promesses et ses engagements vis-à-vis des acteurs du
territoire ;
− Les partenariats mis en place avec les acteurs du territoire sont basés sur la confiance et
le principe de réciprocité ;
138
− En cas de difficulté majeure, vous pouvez compter sur la solidarité des acteurs du
territoire ;
− L’avenir de votre organisation est lié à celui des acteurs du territoire.
L’échelle de fréquence utilisée pour mesurer cette dimension était graduée ainsi : 1 = pas du
tout d’accord, 2 = pas d’accord, 3 = neutre, 4 = d’accord, 5 = tout à fait d’accord.
Enfin, le capital social est une capacité. Cette capacité est, selon Franco, composée, d’un
ensemble «de savoirs très précis sur les modes de fonctionnement et de transformation de la
nature, sur les modalités d’existence collective permettant l’existence et la reproduction
sociale, la construction de la cohabitation et les processus de résolution des conflits» (Franco,
2004). Ces savoirs peuvent être qualifiés de compétences, dans la mesure où ceux-ci
correspondent à une capacité d’agir, et mobilisent différents types de connaissances (Rochman,
op.cit.).
Pour mesurer le renforcement des capacités, Unceta et al. (2016) proposent sept variables
suivants : 1- la diversité des sources d’idées; 2- la diversité des sources de financement ; 3- la
diversité des méthodes d’évaluation ; 4- la diversité de l’impact organisationnel ; 5- la diversité
de l’impact sectoriel.
Ces variables permettent d’apprécier le degré d’acquisition des compétences, par l’acteur local,
par :
139
permet d’apprécier le degré d’acquisition de nouvelles compétences. Plus la diversité
est grande, plus le niveau de cette compétence sera grand.
− La diversité de l’impact sectoriel réfère à la portée de l’impact des innovations sociales
sur les secteurs clés (Sante, éducation, environnement, emploi, etc). Cette variable
permet d’apprécier le degré d’acquisition de la compétence nécessaire pour développer
des innovations dans divers secteurs. Plus la diversité est grande, plus le niveau de cette
compétence sera grand.
140
Tableau 12 – Mesure de la sous-dimension « capacité » du capital social
− Diagnostic antérieur
Diversité des méthodes d’évaluation Q19 - Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à − Evaluation du processus
/ suivi vos projets sociaux? − Evaluation des produits / résultats
− Evaluation de l’impact (effets de l’intervention)
− Evaluation de la durabilité du projet (Prise en compte
des préoccupations environnementales)
Source : Réalisé par l’auteur à partir des travaux d’Unceta et al. (2016).
141
− Durabilité
Dans le tableau 13, sont présentées les mesures opérationnelles de la variable dépendante, le
développement territorial durable, ainsi que les mesures opérationnelles de l’ensemble des
variables explicatives qui lui sont associées.
142
Tableau 13 – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions
143
Tableau 14 (suite) – Opérationnalisation de la variable dépendante et ses dimensions
144
3.2 Variable indépendante : l’innovation sociale (IS)
Comme nous l’avons souligné dans le chapitre 2, on peut approcher l’innovation sociale de
deux façons : la finalité et le processus. Au lieu de nous inscrire dans l’une ou l’autre de ces
perspectives, nous avons choisi de considérer l’ensemble de ces dimensions et d’explorer
empiriquement leur dynamique. Cette perspective nous a conduite à opérationnaliser les
dimensions de l’innovation sociale de la façon suivante :
Conformément à la proposition de Persais (2013), nous avons mesuré cette dimension à partir
de la question suivante : «Au cours des cinq dernières années, votre organisation a-t-elle
développé des projets/programmes sociaux ?».
Mesurée également en demandant aux répondants de qualifier, sur une échelle variant de 1
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle fréquence, ils sont d’accord ou non avec les affirmations
suivantes :
− Nos projets sociaux permettent de satisfaire des besoins non satisfait par l’Etat ou le
marché ;
− Par le biais de nos projets sociaux, nous améliorons la capacité d’accès aux ressources
des plus démunis et favorisons la solidarité et la cohésion au sein du territoire ;
− Par nos projets sociaux, nous contribuons à combattre les problèmes de précarité au sein
du territoire ;
− Par notre offre, nous offrons une réponse aux challenges du développement durable.
145
En effet, la littérature sur la capacité d’absorption des connaissances souligne l’effet des
connaissances de base (ou connaissances antérieures) sur la capacité d’absorption des individus
(Cohen et Levinthal, 1990; Veugelers, 1997; Lane et al., 2006 ; Vinding 2006). Nous avons à
l’instar de ces propositions, mesuré l’influence des connaissances antérieures à partir du niveau
d’études complété par le personnel en posant à nos répondants la question suivante : «Veuillez
estimer en pourcentage la répartition de vos effectifs en fonction de leur niveau de scolarité : 1-
Niveau primaire; 2- Niveau secondaire; 3- Niveau supérieur.»
L’effort d’acquisition des connaissances, quant à lui, a été appréciée en posant à nos répondants
la question suivante : «Au cours de la période 2013-2017, votre organisation a-t-elle réalisé les
activités suivantes :
− Formation du personnel;
− Analyse des besoins sociaux de la population relevant de son territoire;
− Recherche de solutions innovantes aux besoins sociaux;
− Mise en place d’un espace d’échange d’idées ou de construction collective de solutions
».
L’échelle de fréquence utilisée pour mesurer cette question s’échelonne ainsi : 1 = jamais, 2 =
rarement, 3 = parfois, 4 = souvent, 5 = très souvent.
Dans le tableau 12, sont présentées les mesures opérationnelles de la variable indépendante,
l’innovation sociale, ainsi que les mesures opérationnelles de l’ensemble des variables
explicatives qui lui sont associées. Ce tableau sera suivi d’une illustration de notre cadre
opératoire(figure9).
146
Tableau 15 – Opérationnalisation de la variable indépendante et ses dimensions
Variable Sous variable Mesure Items Question
Mesurée à partir d’une variable binaire : codée «1» si l’organisation a développé des projets sociaux et «0»
Nouveauté autrement. Q 14
Mesurée en demandant à nos répondants de − Nos projets sociaux permettent de satisfaire des besoins
qualifier, sur une échelle variant de 1 non satisfait par l’Etat ou le marché ;
Finalité
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle − Par le biais de nos projets sociaux, nous améliorons la
Résolution du fréquence, ils sont d’accord ou non avec les capacité d’accès aux ressources des plus démunis et
problème social affirmations suivantes : favorisons la solidarité et la cohésion au sein du Q 23
territoire ;
− Par nos projets sociaux, nous contribuons à combattre
les problèmes de précarité au sein du territoire ;
− Par notre offre, nous offrons une réponse aux
challenges du développement durable.
− Niveau primaire, codé «1» si le répondant a complété
ce niveau de scolarité et «0» autrement ;
− Niveau secondaire, codé «1» si le répondant a complété
ce niveau de scolarité et «0» autrement ;
Connaissances Niveau de scolarité − Niveau supérieur, codé «1» si le répondant a complété Q 10
antérieures ce niveau de scolarité et «0» autrement.
Capacité
d’absorption des
connaissances Appréciée en demandant à nos répondants de − Formation du personnel;
qualifier, sur une échelle variant de 1 − Analyse des besoins sociaux de la population relevant
(jamais) à 5 (très souvent), à quelle de son territoire;
Effort d’acquisition des fréquence, au cours des cinq dernières − Recherche de solutions innovantes aux besoins sociaux;
connaissances années, dans le cadre de ses activités, leur − Mise en place d’un espace d’échange d’idées ou de Q 12
organisation a réalisé les activités suivantes: construction collective de solutions.
147
Figure 13 – Schématisation du cadre opératoire de l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial durable
Impact_1
Territoire
(6 items) Impact_2
h2-1
Conn_Ant Eff_Acq_Con h2-2 Impact_3
Implication Coopératio
H2 n Impact_4
Durabilité
(3 items)
149
CHAPITRE 2
ETUDE EMPIRIQUE DE L’EFFET DES PROJETS SOCIAUX SUR LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE DANS LA REGION DE
RABAT-SALE-KENITRA
Le présent chapitre sera structuré en trois sections. Dans la première section, les analyses
descriptives des variables seront présentées. Il y sera notamment question de présenter le
portrait des acteurs interrogés ainsi que les analyses descriptives associées au potentiel et aux
réalisations d’innovation sociale. La deuxième section de ce chapitre sera consacrée, quant à
elle, aux analyses des résultats des tests du modèle de recherche. Enfin, la troisième section
présentera la discussion des résultats et leur impact sur les hypothèses de recherche.
Sur les 109 acteurs interrogés, 64,2 % (n = 70) sont des associations. Avec un pourcentage de
28,4 %, les collectivités territoriales se présentent, quant à elles, comme la deuxième catégorie
d’acteurs interrogés, suivis des organismes publics avec un pourcentage de 7,3 %. Le tableau
15 illustre la distribution des acteurs selon leur catégorie.
150
Tableau 16 – Distribution des acteurs selon la catégorie
Catégorie
Associations 70 64,2
− Lieu d’activité
En ce qui a trait au lieu d’activité, nos résultats révèlent que presque la moitié des acteurs, soit
48,6 % (n = 53) sont installés à Rabat, suivie de Salé (11,9 %), Kénitra (10,1 %), Témara (9,2
%), Khémisset (8,3 %), Sidi Slimane (7,3 %) et Sidi Kacem (4,6 %) (cf. tableau 17).
Lieu d’activité
Rabat 53 48,6
Salé 13 11,9
Kénitra 11 10,1
Témara 10 9,2
Khémisset 9 8,3
Sidi Slimane 8 7,3
Sidi Kacem 5 4,6
Total 109 100
La répartition des acteurs selon la portée géographique de leur action indique que 48,6 % des
actions ont une portée nationale, suivies de celles ayant une portée locale (33 %), une portée
provinciale (10,1 %) et une portée régionale (8,3 %). Les résultats de cette distribution sont
indiqués au tableau 18.
151
Tableau 18 – Distribution des acteurs selon la portée géographique de leur action
Locale 36 33
Provinciale 11 10,1
Régionale 9 8,3
Nationale 53 48,6
− Taille de l’organisation
L’analyse de la répartition de la taille des acteurs présentée au tableau 19 montre que 40,9 %
des acteurs interrogés déclarent avoir un effectif allant de 10 à 49 employés (ou membres), 37,3
% ont une taille de moins de 10 employés (ou membres), 12,7 % un effectif allant de 50 à 250
employés (ou membres) et 9 % un effectif de plus de 250 employés (ou membres).
Taille
Moins de 10 41 37,27
Entre 10 et 49 45 40,91
− Genre
Les résultats montrent que 55 % de nos acteurs déclarent que leur effectif est composé de 40 %
à 59 % de femmes, de 20% à 39% (16,5 %), de 60 % à 79 % (12,8 %), de 80 % à 100 % (11,9
%), tandis que 3,7 % des acteurs interrogés ont moins de 20 % de femmes. Les résultats de cette
distribution sont illustrés dans le tableau 20.
152
Tableau 20 – Distribution des acteurs selon le genre
Genre
En complément du portrait des acteurs interrogés, nous présenterons, dans cette sous-section,
les statistiques descriptives relatives au potentiel d’innovation sociale des acteurs. Ce potentiel
pourrait avoir un impact sur leur capacité d’absorption des connaissances. Il s’agira notamment
d’apprécier les connaissances antérieures et la fréquence de l’effort d’acquisition des
connaissances par nos acteurs. Ces dimensions, comme nous l’avions mentionné lors de notre
revue de la littérature, influencent positivement la capacité d’absorption des connaissances.
− Connaissances antérieures
Pour Cohen et Levinthal (1990), la capacité d’absorption est largement tributaire des
connaissances antérieures. Sana ces dernières, les individus et les organisations ne seraient pas
en mesure de reconnaitre et d’apprécier la valeur des informations pertinentes, et donc,
d’absorber celles qui seraient porteuses de valeur pour l’organisation.
Sur le plan opérationnel, nous avons, à l’instar de plusieurs auteurs comme Vinding (2006),
Caloghirou et al. (2004), Linsu (1998), mesuré l’influence des connaissances antérieures à
partir du niveau d’éducation en posant à nos répondants la question suivante : «Veuillez donner
une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau d’éducation ? : 1-
niveau primaire ; 2- niveau secondaire ; 3- niveau supérieur».
153
(médiane = 5), comparativement à celle obtenue pour le niveau «primaire» et le niveau
«secondaire» (médiane = 1).
Niveau d’éducation : Veuillez donner une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau
d’éducation :
En % de répondants
Médiane
Moins 20% à 40% à 80% à sur une
60% à 79%
de 20% 39% 59% 100% Total
(4) échelle
(1) (2) (3) (5)
de 1-5
Niveau primaire 89,9 2,8 3,7 0,9 2,8 100 1
Niveau secondaire 82,6 11,0 2,8 2,8 0,9 100 1
Niveau supérieur 9,2 0,9 12,8 11,0 66,1 100 5
Comme nous l’avons souligné plus haut (cf. chapitre 2), l’acquisition de la connaissance réfère
à la capacité de l’organisation à identifier et à acquérir les connaissances extérieures qui sont
essentielles à ces opérations (Zahra et George, 2002). De ce point de vue, l’intensité de l’effort
engagé pour l’acquisition des connaissances améliore la qualité des connaissances par le
renouvellement constant d’information potentiellement pertinentes pour l’organisation (Ziam,
2010). Dit autrement, plus nos connaissances antérieures s’éloignent des connaissances que
l’on cherche à acquérir, plus il devient difficile d’exploiter ces connaissances de façon optimale.
Dans notre cas, l’acquisition est influencée par plusieurs facteurs : la formation du personnel,
l’analyse des besoins sociaux, la recherche de solutions innovantes à ces besoins, la mise en
place d’espace d’échange d’idées ou de construction de solutions collectives. Les résultats sur
la distribution de la fréquence des énoncés mesurant l’effort d’acquisition des connaissances
sont illustrés dans le tableau 22. Ces résultats montrent que 34,9 % des acteurs disent analyser,
très souvent, les besoins sociaux de la population relevant de leur territoire, 17,4 % déclarent
avoir recherché de solutions innovantes aux besoins sociaux, 13,8 % estiment avoir mis en place
un espace d’échange d’idées ou de construction collective de solutions et seulement 4,6 %
affirment avoir formé leur personnel.
Si l’on se réfère à la fréquence médiane de chaque activité, telle que présentée dans le tableau
ci-dessous, on constate que les acteurs interrogés acquièrent davantage de connaissances en
154
analysant les besoins sociaux, en recherchant des solutions innovantes à ces besoins sociaux et
en mettant en place des espaces d’échange d’idées ou de construction collective de solutions.
En effet, la médiane pour ces activités est de 4, alors que celle de l’activité «formation du
personnel» est de 3.
Effort d’acquisition des connaissances : Au cours des cinq dernières années, de 2013 à 2017, votre
organisation a-t-elle réalisé les activités suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
Formation du personnel 0,9 47,7 6,4 40,4 4,6 100 3
Analyse des besoins sociaux
de la population relevant de
1,8 7,3 3,7 52,3 34,9 100 4
son
Territoire
Recherche de solutions
innovantes aux besoins 0,9 17,4 4,6 59,6 17,4 100 4
sociaux
Mise en place d’un espace
d’échange d’idées ou de
0,9 27,5 3,7 54,1 13,8 100 4
construction collective de
solutions
Pour compléter le profil d’innovation sociale, nous allons, dans cette dernière sous-section,
présenter les résultats descriptifs sur le portrait des réalisations de l’innovation sociale. Nous y
aborderons successivement, la distribution de la fréquence des sources d’idées, de la
coopération, de l’implication de la population cible, des sources de financement, de méthodes
d’évaluation et de suivi des projets sociaux. Ensuite, Nous examinerons également la
distribution de la fréquence de l’impact organisationnel et sectoriel des projets socialement
innovants. Enfin, nous analyserons la distribution de la fréquence d’autres variables, soit la
résolution du problème social, la diffusion, la confiance et la transversalité.
155
Les résultats sur la distribution de la fréquence des énoncés mesurant la diversité des sources
d’idées sont illustrés dans le tableau 22. Ces résultats montrent que 50,5 % des répondants
désignent le contact avec la population locale (expression des besoins) comme principale source
d’idées, suivi des sources internes (22 %), des appels à projets (12,8 %), de la participation à
des réseaux, des idées issues d’organisations étrangères avec des pourcentages respectifs de
5,5%. La fréquence de la médiane calculée pour chacune des sources montre que le contact
avec la population locale est la source la plus fréquente avec une médiane de 5.
Tableau 23 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la diversité des sources d’idées
Diversité des sources d’idées : Quelles sources d’idées vous ont été utiles pour le développement de ces
projets sociaux ?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
− Degré de coopération
156
Les résultats correspondant à ces questions indiqués au tableau 24 révèlent que 54,1 % des
répondants déclarent avoir coopéré avec d’autres acteurs pour le développement de leurs projets
sociaux.
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
Votre organisation
uniquement 3,7 19,3 5,5 56,9 14,7 100 4
Votre organisation
conjointement
3,7 25,7 6,4 54,1 10,1 100 4
avec d’autres organisations
Votre organisation en
adaptant ou
modifiant des projets 37,6 17,4 34,9 8,3 1,8 100 2
développés
par d’autres organisations
157
Diversité des sources de financement : Veuillez donner une estimation du pourcentage des fonds obtenus
pour le financement de vos projets sociaux, selon la source de financement :
En % de répondants
Médiane
Moins 20% à 40% à 80% à sur une
60% à 79%
de 20% 39% 59% 100% Total
(4) échelle
(1) (2) (3) (5)
de 1-5
Pour mieux cerner le degré d’implication de la population cible par les acteurs interrogés, nous
leur avons demandé de préciser le degré d’implication de la population cible : la population
cible a été seulement informée du projet, la population cible a été impliquée dans la prise de
décision et a participé activement à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation du projet,
la population cible a créé de nouvelles structures grâce au projet. Les résultats correspondant à
ces questions indiqués au tableau 26 révèlent que 66,1 % des répondants disent informer, très
souvent, la population cible du projet, 22,9 % déclarent avoir impliqué la population cible a
toutes les phases du projet (conception, mise en œuvre et évaluation) et seulement 8,3 %
affirment que la population cible a créé une nouvelle structure grâce au projet.
158
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
La population cible a été
seulement informée du projet 7,3 4,6 7,3 14,7 66,1 100 5
159
Diversité de méthodes de suivi et d’évaluation : Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à vos
projets sociaux?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
Diagnostic antérieur
1,8 5,5 4,6 28,4 59,6 100 5
Evaluation du processus
0,9 8,3 3,7 59,6 27,5 100 4
Evaluation des produits /
résultats 0,9 8,3 2,8 58,7 29,4 100 4
Evaluation de la durabilité du
projet (Prise en compte des
2,8 18,3 3,7 63,3 11,9 100 4
préoccupations
environnementales)
− Impact organisationnel
160
Tableau 28 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant l’impact organisationnel
Impact organisationnel : Dans quelle mesure les projets sociaux, développés au cours des cinq dernières
années, ont-ils apporté les améliorations suivantes?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
Capacité organisationnelle à
identifier et analyser des
0,9 10,1 2,8 71,6 14,7 100 4
besoins sociaux
Aptitudes managériales et
techniques à monter et
0,9 20,2 1,8 68,8 8,3 100 4
réaliser des projets sociaux
Capacité organisationnelle à
coopérer avec d'autres acteurs 1,8 8,3 2,8 75,2 11,9 100 4
Compétence organisationnelle
à
suivre et évaluer des projets 0,9 17,4 0,9 69,7 11,0 100 4
sociaux
Capacité organisationnelle à
mobiliser des ressources 1,8 36,7 1,8 50,5 9,2 100 4
L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «finalité» montre que 41,3 %
de nos répondants se disent complètement en accord à l’effet que leurs projets sociaux
permettent de satisfaire des besoins non satisfaits par l’Etat ou le marché, 39,4 % affirment que
leurs projets sociaux améliorent la capacité d’accès aux ressources des plus démunis et
favorisent la solidarité et la cohésion au sein du territoire, 37,6 % disent que leurs projets
sociaux permettent de combattre les problèmes de précarité, et seulement 18,3 % déclarent que
leurs projets sociaux offrent une réponse aux challenges du développement durable (cf. tableau
29).
161
Tableau 29 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la finalité
Finalité : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5
− Confiance
L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «confiance» montre que 60,6 %
de nos répondants sont complètement d’accord pour dire que l’avenir de leur organisation est
lié à celui des autres acteurs du territoire, 47,7 % estiment que leur organisation tient ses
promesses et ses engagements vis-à-vis des autres acteurs du territoire, 9,2 % disent que les
partenariats mis en place avec les acteurs du territoire sont basés sur la confiance et le principe
de réciprocité, tandis que 5,5 % déclarent qu’ils peuvent, en cas de difficulté, compter sur la
solidarité des autres acteurs du territoire (cf. tableau 30).
162
Tableau 30 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant la confiance
Confiance : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5
En cas de difficulté
majeure, vous pouvez
compter sur la solidarité
1,8 5,5 57,8 29,4 5,5 100 3
des autres acteurs du
territoire
L’avenir de votre
organisation est lié à celui
6,4 8,3 11,0 13,8 60,6 100 5
des autres acteurs du
territoire
− Réseautage
L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «réseautage» montre que 61,5
% de nos répondants disent échanger et partager, souvent, des expériences avec d’autres acteurs
du territoire, 55 % disent recevoir des fonds de sources différentes et 49,5 % déclarent avoir
développé des activités communes avec d’autres acteurs du territoire (cf. tableau 31).
163
Tableau 31 – Distribution de fréquences des énoncés mesurant le réseautage
Réseautage : Durant les cinq dernières années, à quelle fréquence votre organisation a-t-elle effectué les
activités suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Très
Jamais Rarement Parfois Souvent sur une
souvent Total
(1) (2) (3) (4) échelle
(5)
de 1-5
− Transversalité
L’analyse de la distribution des énoncés relatifs à la dimension «transversalité» montre que 58,7
% de nos répondants sont d’accord pour dire que les projets sociaux développés par leur
organisation s’inscrivent dans le cadre d’un projet global du territoire, 49,5 % déclarent que
leurs projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance territoriale et 39,4 % disent
que les résultats obtenus sont évalués par une entité de gouvernance territoriale (cf. tableau 32).
164
Transversalité : Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
En % de répondants
Médiane
Pas du Tout à
Pas
tout Neutre D’accord fait sur une
d’accord Total
d’accord d’accord
(3) (4) échelle
(2)
(1) (5)
de 1-5
Dans les paragraphes précédents, nous avons tenté de dégager le portrait le plus exhaustif
possible de l’innovation sociale dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. En ce qui a trait aux
caractéristiques socioprofessionnelles des acteurs, nos résultats montrent que les acteurs
interrogés :
− sont des associations (64,2 %), des collectivités territoriales (28,4 %) et des organismes
publics (7,3 %) ;
− sont installés à Rabat (48,6 %), suivie de Salé (11,9 %), Kénitra (10,1 %), Témara (9,2
%), Khémisset (8,3 %), Sidi Slimane (7,3 %) et Sidi Kacem (4,6 %) ;
− ont une portée d’actions nationale (48,6 %), locale (33 %), provinciale (10,1 %) et
régionale (8,3 %) ;
− ont un effectif allant de 10 à 49 employés/membres (40,9 %), une taille de moins de 10
employés/membres (37,3 %), un effectif allant de 50 à 250 employés/membres (12,7 %)
et un effectif de plus de 250 employés/membres (9 %) ;
− ont un effectif composé de 40 % à 59 % de femmes (55 %), de 20% à 39% (16,5 %), de
60 % à 79 % (12,8 %), de 80 % à 100 % (11,9 %), tandis que 3,7 % des acteurs interrogés
ont moins de 20 % de femmes.
165
− 66,1 % des effectifs ont un niveau d’éducation supérieur, suivi de 2,8 % ayant un niveau
primaire et de 0,9 % ayant complété le niveau secondaire ;
− 34,9 % des acteurs disent analyser, très souvent, les besoins sociaux de la population
relevant de leur territoire, 17,4 % déclarent avoir recherché de solutions innovantes aux
besoins sociaux, 13,8 % estiment avoir mis en place un espace d’échange d’idées ou de
construction collective de solutions et seulement 4,6 % affirment avoir formé leur
personnel ;
En ce qui a trait aux réalisations d’innovation sociale, nos résultats révèlent que :
− 50,5 % des répondants désignent le contact avec la population locale (expression des
besoins) comme principale source d’idées, suivi des sources internes (22 %), des appels
à projets (12,8 %), de la participation à des réseaux, des idées issues d’organisations
étrangères avec des pourcentages respectifs de 5,5% ;
− 54,1 % des répondants déclarent avoir coopéré avec d’autres acteurs pour le
développement de leurs projets sociaux ;
− les sources de financement les plus fréquentes sont : les fonds publics et les fonds
privés ;
− 66,1 % des répondants disent informer, très souvent, la population cible du projet, 22,9
% déclarent avoir impliqué la population cible à toutes les phases du projet (conception,
mise en œuvre et évaluation) et seulement 8,3 % affirment que la population cible a créé
une nouvelle structure grâce au projet.
− 59,6 % des acteurs interrogés affirment appliquer, très souvent, un diagnostic antérieur,
29,4 % disent appliquer une évaluation de résultats, 27,5 % déclarent avoir appliqué une
évaluation de processus, 21,1 % affirment avoir appliqué une évaluation d’impact et
seulement 11,9 % des répondants déclarent avoir appliqué une évaluation tenant compte
de la dimension environnementale ;
− 75,2 % de nos répondants affirment que leurs innovations sociales ont, souvent, un
impact positif sur leurs capacités à coopérer avec d’autres acteurs, suivies des capacités
à identifier et analyser des besoins sociaux (71,6 %), des compétences à suivre et à
évaluer des projets sociaux (69,7 %), des aptitudes managériales et techniques à monter
et à réaliser des projets sociaux (68,8 %) et des capacités à mobiliser des ressources
humaines avec 50,5 % ;
166
− 41,3 % de nos répondants se disent complètement en accord à l’effet que leurs projets
sociaux permettent de satisfaire des besoins non satisfaits par l’Etat ou le marché, 39,4
% affirment que leurs projets sociaux améliorent la capacité d’accès aux ressources des
plus démunis et favorisent la solidarité et la cohésion au sein du territoire, 37,6 % disent
que leurs projets sociaux permettent de combattre les problèmes de précarité, et
seulement 18,3 % déclarent que leurs projets sociaux offrent une réponse aux challenges
du développement durable ;
− 60,6 % de nos répondants sont complètement d’accord pour dire que l’avenir de leur
organisation est lié à celui des autres acteurs du territoire, 47,7 % estiment que leur
organisation tient ses promesses et ses engagements vis-à-vis des autres acteurs du
territoire, 9,2 % disent que les partenariats mis en place avec les acteurs du territoire
sont basés sur la confiance et le principe de réciprocité, tandis que 5,5 % déclarent qu’ils
peuvent, en cas de difficulté, compter sur la solidarité des autres acteurs du territoire ;
− 61,5 % de nos répondants disent échanger et partager, souvent, des expériences avec
d’autres acteurs du territoire, 55 % disent recevoir des fonds de sources différentes et
49,5 % déclarent avoir développé des activités communes avec d’autres acteurs du
territoire ;
− 58,7 % de nos répondants sont d’accord pour dire que les projets sociaux développés
par leur organisation s’inscrivent dans le cadre d’un projet global du territoire, 49,5 %
déclarent que leurs projets sociaux sont approuvés par une entité de gouvernance
territoriale et 39,4 % disent que les résultats obtenus sont évalués par une entité de
gouvernance territoriale.
La section suivante sera consacrée à la présentation et à l’analyse des résultats des tests du
modèle de recherche.
167
Fernandes (2012), affirme que l’approche PLS est particulièrement adaptée pour l’analyse de
petits échantillons et lorsque l’analyse est exploratoire (cf. chapitre 1, Partie 2). En outre, cette
technique est recommandée lorsque la théorie est plus approximative et les mesures sont moins
développées (Ibid.). Comme nous l’avons vu au chapitre 2, les relations entre l’innovation
sociale et les dimensions du développement territorial durable ont été peu explorées. Par
ailleurs, nous disposons d’un petit échantillon qui ne permet pas d’utiliser les modèles
d’équations structurelles basées sur la covariance.
Pour la mise en pratique des analyses de régression PLS, nous avons choisi d’utiliser le logiciel
SmartPLS (v.3.2.7), en raison, comme l’écrit Lacroux (2010), de la facilité d’emploi de son
interface et de la possibilité d’éditer des graphes des modèles estimés.
L’évaluation des modèles PLS se fait en deux étapes (Chin, 1998). La première concerne
l’évaluation du modèle de mesure et la deuxième étape consiste en l’évaluation du modèle
structurel (cf. figure 14).
168
2.1 Evaluation du modèle de mesure
L’évaluation des modèles de mesure varie selon que ses derniers sont des modèles réflectifs ou
des modèles formatifs. Les modèles de mesure dans notre étude sont à la fois réflectifs et
formatifs et doivent de ce fait être évalués distinctement. Nous allons donc employer deux
procédures distinctes.
Le modèle de mesure, appelé aussi modèle externe (ou outer model), est apprécié selon les
critères suivants (Fernandes, 2012) :
La fiabilité de cohérence interne est évaluée par deux critères que sont l’Alpha de Cronbach et
la fiabilité composite (Chin, 1998). Ces coefficients permettent de vérifier si tous les indicateurs
se référent a des notions communes, autrement dit si chaque item présente une cohérence avec
l’ensemble des autres items de l’échelle (Igalens et Roussel, 1998 cité par Lacroux, 2010).Ces
mesures varient entre 0 et 1. Les valeurs souvent considérées comme indiquant un bon niveau
de fiabilité est 0,7 (Tenenhaus et al., 2005).
Alpha de Fiabilité
Construit Critère Résultat Critère Résultat
Cronbach composite
L’analyse du tableau 33 nous permet de constater que les critères requis pour garantir la fiabilité
de cohérence interne sont remplis : l’homogénéité des échelles est suffisante.
Concernant, la validité convergente des mesures, elle repose sur l’examen des corrélations (ou
loading) des indicateurs avec leur variable latente respective. Elle ne s’impose pas dans le cas
de construits formatifs. Selon Fernandes (2012), le coefficient de corrélation doit être supérieur
à 0.7, ce qui suppose que la variable latente partage plus de variation avec ses indicateurs que
d’erreur de variance.
169
Généralement, les items avec des corrélations inférieures à 0.4 ou 0.5 doivent être éliminés.
Enfin, un signe négatif indique que la mesure est inappropriée pour apprécier le construit latent
et devrait donc être enlevée du modèle. On peut en outre vérifier que chaque indicateur est plus
corrélé avec son construit qu’avec les autres variables latentes (Ibid.).
Corrélation Variance
Construit (Outer Critère moyenne Critère
Loadings) extraite (AVE)
DTD
Culture, Sport et Loisirs 0,880 > 0,7
Droits, liberté et égalité 0,856 > 0,7
Education et formation 0,500 > 0,7
Emploi 0,478 > 0,7
Habitat et cadre de vie 0,782 > 0,7 0,547 > 0,5
Infrastructures de base 0,790 > 0,7
Mobilité et accessibilité 0,630 > 0,7
Protection de l'environnement 0,835 > 0,7
Santé 0,779 > 0,7
L’analyse du tableau 34 nous permet de constater que les critères requis pour garantir la validité
convergente des mesures associées aux construits (évaluée par les contributions factorielles et
la variance moyenne extraite) sont remplis.
S’agissant de la validité discriminante, elle représente l’étendue avec laquelle les mesures d’un
construit différent des mesures d’un autre construit dans le modèle (Ibid.). Dans le cadre de la
méthode PLS, cela veut dire qu’une variable latente doit avoir plus de variance avec ses
indicateurs qu’il n’en a avec les autres variables latentes. Les construits peuvent donc être
corrélés entre eux, mais ils doivent apprécier des dimensions différentes.
La validité discriminante peut également être évaluée en vérifiant si les indicateurs mesurant
une variable latente sont plus corrélés à cette variable qu’avec les autres variables latentes du
170
modèle (Lacroux,2010).Les logiciels intégrant la méthode PLS proposent des contributions
croisées (cross-loadings) qui permettent de s’assurer de cette condition.
Si ces tests ne sont pas satisfaisants, alors cela implique que les construits et leurs mesures ne
peuvent pas être discriminés de façon adéquate et qu’il est donc inapproprié de les voir comme
des entités théoriques distinctes et séparées (Fernandes, op.cit).
Les tableaux suivant illustrent les deux tests associés à la validité discriminante :
171
Tableau 35 – Validité discriminante (critère de Fornell and Larcker)
Innovation SQRT
Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire AVE
sociale AVE24
DTD 0,546 1,000 0,424 0,464 0,239 0,495 0,547 0,739
24
Racine carré de la variance moyenne extraite.
172
L’analyse des tableaux 35 et 36 nous permet de constater que les critères requis pour garantir
la validité discriminante (évaluée par l’examen des corrélations entre construits et par les
contributions croisées) sont acceptables.
Selon Lacroux (2010), l’une des principales différences entre les construits formatifs et les
construits réflexifs est que, dans le premier cas, les indicateurs ne sont pas nécessairement
corrélés. Ils ne sont pas supposés co-varier, et même si cela pourrait arriver, il s’agit d’une
exception et non d’une condition (Bollen et Lennox, 1991). Vouloir s’assurer de la fiabilité
d’une variable latente formative en utilisant l’Alpha de Cronbach est un non-sens (Nunnally et
Berstein, 1994 cités par Lacroux, 2010).
Dans le cadre de l’approche PLS, il est toutefois possible d’évaluer la pertinence des construits
formatifs en suivant une démarche en quatre étape (Diamantopoulos et Winklhofer, 2001) :
25
La mesure des variables latentes formatives est en effet fondée sur le principe de la régression multiple : le niveau
de la variable formative dépend de la combinaison des indicateurs. Or, une trop forte corrélation entre ces
indicateurs peut rendre les coefficients de régression instables (Bollen et Lennox, 1991).
173
variable composite est correctement reliée aux autres variables» (Bagozzi, 1994, p :
333). Dit autrement, il s’agit de s’assurer de la validité prédictive ou nomologique de
ladite variable vis-à-vis d’une ou plusieurs variables du modèle de recherche (Lacroux,
2010). Cette étape correspond à la dernière étape de la procédure : le test du modèle
complet.
Gouvernance
Coopération 1,206 0,407 2,441 0,015
Implication 1,206 0,761 6,112 0,000
Territoire
Transversalité_1 1,051 0,851 9,260 0,000
Transversalité_2 1,002 0,362 3,616 0,000
Transversalité_3 1,051 0,271 3,192 0,002
Durabilité
Créat_Nouv_Struc 1,030 0,898 4,333 0,000
Diffusion 1,064 -0,232 1,359 0,175
Eval_Durabilité 1,033 0,223 2,050 0,041
Aucun problème de multicolinéarité n’apparait dans les résultats (cf. tableau 37). Par contre,
nous pouvons constater que, suite à la vérification de la significativité par la procédure de
bootstrap, trois indicateurs (Cap_Absr, Réseautage et Diffusion) affichent des valeurs non
significatives par rapport à leurs variables latentes (t<1,96). Nous choisissons donc de les
retirer.
Au vu de ces tableaux (tableau 33, tableau 34, tableau 35, tableau 36 et tableau 37) nous
constatons donc que nos modèles de mesure remplissent tous les critères exigés pour procéder
à l’évaluation du modèle structurel.
174
2.2 Evaluation du modèle structurel
Le modèle structurel est évalué en fonction de l’importance prédictive des variables latentes
(Fernandes, 2012). Quatre critères permettent d’évaluer le modèle structurel : la valeur du
coefficient de détermination R2 ; les valeurs, le signe et la puissance des coefficients de causalité
β ; la valeur de l’effet taille ;la capacité prédictive du modèle (Q2 de Stone-Geisser).Un autre
critère nous renseigne sur la qualité du modèle global. Il s’agit de l’indice d’ajustement GOF
(Goodness-of-fit). Des niveaux de GOF de 0.10, 0.25 et 0.36 ont été considérés par Wetzels et
al. (2009) comme étant respectivement faible, moyen et fort.
Enfin, une fois ces critères remplis il est important d’évaluer les relations directes et indirectes
entre les variables latentes. Dit autrement, procéder à une analyse des effets médiateurs (Helm
et al., 2009) et des effets modérateurs (Henseler et Fassott, 2009).
Ainsi seront examinés, dans un premier temps, les coefficients de détermination R2, les
coefficients Q2 de Stone-Geisser et l’indice d’ajustement GOF. Les valeurs ainsi que la
significativité des estimations des coefficients β seront donné par la suite. Enfin, l’effet taille
sera calculé lors de l’évaluation des effets médiateurs.
175
Nous constatons que tous les R2 sont supérieurs à 0.1pour toutes les variables latentes
endogènes26et attestent donc de la significativité de notre modèle (cf. tableau 38).
Examinons à présent les coefficients Q2. Comme l’illustre le tableau 39, les indices de
redondance en validation croisée obtenus à partir du logiciel SmartPLS (v.3.2.7) indiquent des
valeurs satisfaisantes. En effet, l’analyse des valeurs des Q2 pour tous les construits27 montre
que les Q2 sont tous positifs ce qui nous amène à conclure que notre modèle présente une validité
prédictive.
Q² (=1-
SSO SSE
SSE/SSO)
Capital social 218,000 207,489 0,048
DTD 981,000 768,575 0,217
Durabilité 218,000 170,744 0,217
Gouvernance 218,000 187,261 0,141
Innovation sociale 109,000 109,000
Territoire 327,000 275,756 0,157
26
Le R2 n’est calculé que pour les variables latentes endogènes. Pour les variables latentes exogènes (Innovation
sociale dans notre cas) le R2 est nul et la procédure de bootstrapping ne donne aucune valeur pour ce type de
variable.
27
Le Q2 n’est calculé que pour les variables latentes endogènes. Pour les variables latentes exogènes (Innovation
sociale dans notre cas) le Q2 est nul et la procédure de blindfolding ne donne aucune valeur pour ce type de variable.
176
Comme souligné plus haut, l’indice d’ajustement GOF est un indice de validation globale du
modèle PLS. Des niveaux de GOF de 0.10, 0.25 et 0.36 ont été considérés par Wetzels et al.
(2009) comme étant respectivement faible, moyen et fort.
Le GOF que nous obtenons est de 0,436 ce qui, en se référant aux valeurs énoncées par Wetzels
(Ibid.), indique une qualité globale forte du modèle (cf. tableau 40).
Cette section est consacrée aux tests des hypothèses de la recherche et à la discussion des
résultats obtenus.
Selon Henseler et al. (2009), les chercheurs utilisant l’approche PLS devraient d’abord évaluer
les effets directs et effectuer par la suite des analyses additionnelles incluant des effets
médiateurs et modérateurs. Nous adoptons cette démarche en analysant dans un premier temps
la validation de l’hypothèse portant sur la relation directe(H1), puis dans un deuxième temps
les hypothèses de médiation (H2, H3, H4, H5).
Les hypothèses développées dans le chapitre 2 ont permis d’anticiper les relations entre les
variables documentées dans la littérature. Ces hypothèses et leurs effets attendus ont été
synthétisés dans le tableau suivant :
28
La variance moyenne extraite (AVE) n’est calculée que pour les construits réflectifs. Pour les construits
formatifs (territoire, gouvernance, capital social et durabilité dans notre cas) et la procédure de bootstrapping ne
donne aucune valeur pour ce type de construit.
177
Hypothèse Effet
attendu
La série des tableaux suivants illustre les résultats du test des hypothèses. Nous avons utilisé la
méthode de ré-échantillonnage (bootstrapping) qui permet de stabiliser les estimations des
coefficients β et de calculer l’erreur permettant ainsi de déterminer la significativité de ces
coefficients. En suivant les conseils de Chin (1998), nous avons opté pour 500 ré-
échantillonnages.
3.1.1 Test de l’hypothèse portant sur la relation directe entre les variables
178
Tableau 42 – Validation de l’hypothèse H1
Statut de
Relation de causalité Coefficient
T-value P-value validation de
(signe de l’hypothèse) β
l’hypothèse
L’analyse du tableau 41 nous permet de constater que l’innovation sociale est fortement et
positivement corrélée au développement territorial durable (β = 0,564 significatif à p ˂ 0,05).
Bien qu’ils résultent toujours de variables intermédiaires (ou intervenantes) qui interviennent
entre une variable indépendante et une variable dépendante, les influences médiatrices doivent
être distinguées des influences modératrices (El Akremi et Roussel, 2005).
Si la variable modératrice spécifie quand et sous quelles conditions une relation entre deux
variables a-t-elle lieu, une variable médiatrice spécifie comment et selon quel mécanisme une
variable indépendante influence-t-elle une variable dépendante (Ibid.). La variable médiatrice
permet d’expliquer comment s’opère la relation entre la variable indépendante et la variable
dépendante, en décomposant cette relation en effet direct et en effet indirect médiatisé
(Mackinnon et al., 1995).
Pour clarifier la différence entre les effets médiateurs et modérateurs (cf. figure suivant),
Ambler a utilisé une métaphore ayant trait à la plomberie :
«La tuyauterie originale permet un passage direct (c) de l’eau entre X (variable
indépendante) et Y (variable dépendante). Si l’introduction d’une nouvelle
tuyauterie génère le passage de l’eau par un point M en deux chemins (a) et (b) et
plus par (c), M et alors médiatrice. Enfin si M fonctionne comme une valve qui
régule le flux d’eau entre X et Y, alors M est considérée comme une variable
modératrice» (Ambler, 1998).
179
X Y
M b
a
X Y
c
’
’
Modèle 1 : Effet modérateur de M
X Y
+
/-
_
Source : Adapté d’El Akremi et Roussel, 2005.
Or, dans notre cas comme dans d’autres domaines, il y a souvent plusieurs variables qui
interviennent en même temps pour expliquer comment et pourquoi une variable explique une
autre. La médiation partielle est donc plus fréquente (Baron et Kenny, 1986 ; Mackinnon et al.,
1995). Dans ce cas, l’inclusion d’une variable médiatrice M dans le modèle réduit la relation
(c) entre X et Y, sans pour autant l’annuler totalement. Si la médiation est partielle, l’influence
180
(c’) doit être inférieure à l’influence initiale (c) obtenue en l’absence de la variable médiatrice
(MacKinnon et al., 1995).
Baron et Kenny (1986) et Kenny et al. (1998) recommandent quatre tests pour évaluer l’effet
médiateur d’une variable M dans la relation entre la variable explicative X et la variable a
expliquer Y (cf. figure 15) :
− Etape 1. Montrer que le lien entre la variable X et la variable Y est significatif afin de
s’assurer de l’existence d’un effet à médiatiser. Dans la régression de Y sur X, le
coefficient (c) doit être donc significatif (Test de Student ; p = 0,05) ;
− Etape 2. Montrer que la variable X a un effet significatif sur la variable M supposée
comme une variable X dans une analyse de régression de M sur X. Le coefficient (a)
doit être significatif ;
− Etape 3. S’assurer que le lien entre la variable M et la variable Y est significatif. Il s’agit
de faire une régression de Y sur à la fois M et X. En contrôlant X, le coefficient (b) entre
M et Y doit rester significatif ;
− Etape 4. Pour établir l’existence d’une médiation complète par M, le coefficient (c’)
liant X et Y devient nul, en contrôlant X. Il s’agit de vérifier que c’=0 en présence de
M, autrement la médiation est partielle.
181
Etape 1 : Régression de Y sur X
(c) significatif
X Y
(a) significatif
X M
(c’)
Etape 4 : Vérifier c’ = 0 ou c’ < c ; vérifier a*b*c > 0 ; calculer a*b/c ; réaliser le test de Sobel
Dans le même ordre d’idées, Lacroux (2010) recommande une analyse en cinq étapes pour
affirmer l’existence d’un effet de médiation de la variable M sur le lien entre la variable
indépendante et la variable dépendante.
− Effectuer une régression de Y sur X Le coefficient de régression (c) doit être significatif
− Effectuer une régression de M sur X Le coefficient de régression (a) doit être significatif
− Effectuer une régression multiple de Y sur Le coefficient de régression (b) doit être significatif
M et X
− Vérifier que le lien entre X et Y devient nul Le coefficient de régression (c’) de Y sur X doit devenir
(médiation totale) ou faible (médiation
non significatif en présence de M
partielle)
Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 -
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
0,695 6,898 0,000 h2-1 validée
Innovation sociale Territoire (+)
Effet de M sur Y
0,481 3,329 0,001 h2-2 validée
Territoire DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
0,334 2,635 0,009 Remplie
Innovation sociale + Territoire DTD (+)
Comme souligné plus haut, on parle de médiation complète lorsque la variable explicative
(l’innovation sociale) n’affecte plus la variable expliquée (le développement territorial durable)
après l’introduction de la variable médiatrice (il s’agit ici du territoire). La médiation partielle
a lieu lorsque la relation entre la variable expliquée et la variable explicative est fortement
réduite après l’introduction de la variable médiatrice.
Après analyse du tableau 43, nous constatons que l’effet positif de l’innovation sociale sur le
développement territorial durable est fortement réduit lorsqu’on introduit le construit
«territoire». Ce résultat est intéressant dans la mesure où il suggère qu’une utilisation accrue
des territoires contribuerait à une amélioration importante des effets de l’innovation sociale sur
le développement territorial durable.
183
En plus de la variation des coefficients β, nous pouvons calculer l’impact que le construit
«territoire» a sur le modèle structurel. Ceci consiste à déterminer la valeur de l’effet taille f2
(Cohen, 1988). Nous obtenons un effet taille moyen (f2 = 0,184) selon les critères29 de Cohen
(1988). Ainsi, l’inclusion du construit «territoire» dans le modèle augmente le pouvoir prédictif
de ce dernier de façon importante ce qui confirme l’importance de l’utilisation des territoires
lors de la conception et la mise en œuvre des projets socialement innovants.
Pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième modèle
d’effet direct (sans la gouvernance). Les comparaisons entre les deux modèles en termes de
coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :
29
Des niveaux de f2 de 0.02 à 0.15, 0.15 à 0.35 et plus de 0.35 ont été considérés par Cohen (1988) comme étant
respectivement faible, moyen et fort.
184
Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 Remplie
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
0,486 5,308 0,000 h3-1 validée
Innovation sociale Gouvernance (+)
Effet de M sur Y
0,192 2,322 0,021 h3-2 validée
Gouvernance DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
Innovation sociale + Gouvernance DTD 0,094 2,036 0,042 Remplie
(+)
Les estimations des coefficients β sont de l’ordre de 0,564 (significatif à p ˂0,05) pour la
relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable, et de 0,094
(significatif à p ˂0,05) pour la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial
durable avec la médiation de la gouvernance. On peut donc conclure à l’existence d’un effet
médiateur partiel. Pour tester la force de l’effet médiateur, nous examinons la statistique f2.
Nous avons un f2 de 0.040, donc un effet faible.
Au vu de ces résultats, nous pouvons donc conclure que la gouvernance médiatise positivement
et de façon significative l’impact de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable.
L’hypothèse 4 mesure le rôle médiateur du capital social dans la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable. Selon cette hypothèse, le capital social médiatise
positivement la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Egalement, pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième
modèle d’effet direct (sans le capital social). Les comparaisons entre les deux modèles en
termes de coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :
185
Effet de X sur Y
0,564 3,454 0,001 Remplie
Innovation sociale DTD (+)
Effet de X sur M
Innovation sociale Capital social (+) 0,351 3,449 0,001 h4-1 validée
Effet de M sur Y
0,346 4,557 0,000 h4-2 validée
Capital social DTD (+)
L’effet de X et M sur Y
0,121 2,813 0,005 Remplie
Innovation sociale + Capital social DTD (+)
Au vu de tous ces résultats, nous pouvons donc conclure que le capital social médiatise
positivement et de manière significative l’effet de l’innovation sociale sur le développement
territorial durable.
Pour mesurer cette médiation nous avons comparé le modèle étudié à un deuxième modèle
d’effet direct (sans la durabilité). Les comparaisons entre les deux modèles en termes de
coefficients β sont présentées dans le tableau suivant :
186
Régressions Coefficients T-value P-value Décision
(signe de l’hypothèse) β
Effet de X sur Y
Innovation sociale DTD (+) 0,564 3,454 0,001 Remplie
Effet de X sur M
0,669 8,997 0,000 h5-1 validée
Innovation sociale Durabilité (+)
Effet de M sur Y
Durabilité DTD (+) 0,022 0,165 0,869 h5-1 rejetée
L’effet de X et M sur Y
0,015 0,162 0,871 NS
Innovation sociale + Durabilité DTD (+)
L’analyse du tableau 46 nous permet de constater que l’innovation sociale et la durabilité sont
positivement corrélées et de manière fortement significative (β = 0,669 significatif à p ˂ 0.05).
En revanche, les résultats indiquent une relation positive, mais non significative (β = 0,022 ; T
= 0,165) entre la durabilité et le développement territorial durable. De même, bien que le
coefficient β (0,015) soit positif, il n’est pas significatif pour la relation entre l’innovation
sociale et le développement territorial durable en présence de la durabilité. Au vu de ces
résultats, nous ne pouvons pas conclure à l’existence d’un effet médiateur de la durabilité dans
la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Le tableau 47 illustre l’impact des résultats obtenus sur les hypothèses de recherche énoncées
dans le chapitre 2 de cette thèse.
187
Tableau 47 – Impact des résultats empiriques sur les hypothèses de recherche
Statut de
Hypothèse Effet attendu validation de
l’hypothèse
H1 L’innovation sociale influence positivement le développement territorial durable. + Confirmée
H2 Le territoire médiatise la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. + Confirmée
188
3.2 Discussion des résultats
En ce qui a trait au rôle médiateur du territoire dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable, l’hypothèse (H2) a été confirmée. Ces résultats confirment
l’importance de l’utilisation des territoires (en tant que construit d’acteurs) lors de la conception
et la mise en œuvre des projets socialement innovants. Les deux hypothèses (h2-1 et h2-2)
relatives à la médiation du territoire dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable ont été vérifiées.
Ces résultats confirment, d’une part, les travaux de nombreux auteurs (notamment Fontan,
2008 ; Bellemare et Klein, 2011) qui mettent en évidence le lien entre innovation sociale et
territoire ; et ceux qui présentent le territoire comme acteur du développement territorial et
durable (Aydalot, 1985 ; Pecqueur, 2000 ; Pecqueur, 2005 ; Pecqueur, 2006 ; Pecqueur, 2010 ;
Rochman, 2008), d’autre part.
En effet, les différents projets socialement innovants mis en œuvre dans la région de Rabat-
Salé-Kénitra se sont, dans une large mesure, appuyés sur le territoire, le concevant comme un
acteur à part entière. Ils ont ainsi valorisé les ressources et savoir-faire locaux, ce qui a permis
la valorisation et le renforcement de l’identité territoriale et favorisé l’apparition de formes
d’organisation spécifiques et de nouvelles formes de gouvernance locale.
Cependant, il est difficile de considérer que les projets socialement innovants, menés dans la
région de notre étude, soient réellement transversaux. En effet, nous avons pu constater que les
promoteurs du développement (notamment les pouvoirs publics) ne jouent que faiblement le
rôle d’articulateurs entre les différentes initiatives qu’ils soutiennent. Les financements sont en
189
effet attribués de manière isolée pour des initiatives données correspondant pourtant à un même
objectif de développement territorial et non à un objectif spécifique.
Il en résulte des redondances et des déperditions des énergies et des ressources, qui font que
certains domaines, pourtant considérés comme déterminants dans la lutte contre la pauvreté, ne
soient pas traités de la même façon voire complètement occultés. Les exemples illustrant les
cas où une même action de développement est menée par des acteurs différents, sans aucune
concertation ni articulation des différentes initiatives entre elles, sont nombreux dans la région
de Rabat-Salé-Kénitra. Le manque d’articulation ne se manifeste pas uniquement à l’échelle
des territoires mais intervient également dans l’absence de correspondance entre les
préoccupations locales et globales.
L’absence de transversalité est aussi liée à la logique sectorielle des projets socialement
innovants et à la composition trop restreinte des coalitions elles-mêmes. Les initiatives ont en
effet du mal à sortir du domaine de l’action sociale et s’insèrent encore majoritairement dans
ce cadre. C’est globalement un résultat, presque mécanique, de la nature des orientations et des
savoir-faire des principaux acteurs locaux. Il est en effet peu objectif d’attendre d’un acteur,
surtout si ce n’est pas sa vocation d’origine, qu’il soit en mesure de concevoir et de mettre en
œuvre des projets touchant tous les secteurs de l’économie locale et à plus forte raison toutes
les franges de la société.
C’est donc au niveau de la transversalité que se situent les plus grands défis à relever et que les
pistes d’amélioration sont à rechercher. Toutefois, la situation commence à évoluer
positivement au sens où cette préoccupation, jusque-là occultée des projets et actions de
développement, pose désormais question.
190
Pour l’effet médiateur de la gouvernance dans la relation entre l’innovation sociale et le
développement territorial durable, les hypothèses (H3, h3-1 et h3-2) ont été confirmées. Nos
résultats affirment, ainsi, que la gouvernance médiatise positivement et de façon significative
l’impact de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Ces résultats tendent
à corroborer à la fois les affirmations de certains chercheurs selon lesquelles l’innovation
sociale impacte positivement la gouvernance (Richez-Battesti, 2008, 2011) et celles présentant
une relation positive entre la gouvernance et le développement et à fortiori le développement
territorial durable (Gonçalves Cunha, 2000 ; Bourdin, 2004 ; Rochman, 2008).
Comme nous l’avons souligné au chapitre 1, la gouvernance prend corps dans des coalitions
d’acteurs divers (publics, privés, associatifs, populations locales) agissant en synergie pour la
réalisation d’objectifs communs (dont la résolution des problèmes et la mobilisation des
ressources). Leur engagement, leur capacité de mobilisation et le succès de nombreux projets
ont renforcé le rapprochement et la collaboration entre les membres des coalitions. La
multiplication des aides financières ou matérielles à certaines initiatives entraine de plus en plus
leur institutionnalisation même si cette dernière reste marginale par rapport à l’ensemble des
initiatives. Les nouvelles formes d’organisation développées pour ces initiatives bénéficient de
plus en plus d’un appui et d’une reconnaissance de l’Etat.
Ces interactions sont très positives dans la mesure où elles favorisent l’émergence et
l’affirmation des territoires, mais également la création d’espace de communication et de
dialogue entre les acteurs locaux. Ces espaces sont de véritables «pépinières» de construction
collective de nouvelles solutions et de nouvelles formes de gouvernance locale. Cela témoigne
de l’émergence d’une gouvernance territoriale au sens où ces nouvelles formes de gouvernances
locales reflètent «la recherche de dénominateurs communs entre les différentes coalitions de
projets se mobilisant sur le territoire» (Rochman, 2008, p : 399).
Toutefois, ces nouvelles orientations en matière d’élaboration et de mise en œuvre des projets
sociaux présentent encore de grandes lacunes. En premier lieu, les tentatives d’inclusion de la
société civile ne résultent pas uniquement d’une approche positive visant à renforcer le rôle et
191
l’implication des populations et des acteurs locaux, elles occultent un processus de
désengagement de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des politiques sociales.
Or, dans une logique de développement territorial durable : «l’action publique doit pouvoir
intervenir à l’échelle territoriale, dans une perspective de projet […]. L’existence d’un Etat
présent et actif est une nécessité pour permettre l’action décentralisée» (Pecqueur, 2005). Dans
ce sens, l’Etat se doit, concomitamment à la mise en œuvre des instances locales, «d’assurer
au moins trois fonctions : la redistribution, la médiation et la coordination» (Pecqueur, 2005).
D’après nos observations, l’Etat n’assure que partiellement ces fonctions. En effet, les
interactions entre l’Etat et ses partenaires de la société civile demeurent encore verticales et
relèvent davantage du contrôle que de l’échange.
Par ailleurs, le degré d’implication des populations et des acteurs locaux dans les projets
socialement innovants est fluctuant, et le manque de mobilisation fragilise souvent ces
coalitions de projets. En effet, dans notre région d’étude, la participation des acteurs locaux aux
réunions de préparation et de conception des projets sociaux est variable, et souvent certains
acteurs ne sont présents qu’au moment d’aborder les financements.
Ces limites, en plus du caractère partiel et sectoriel des coalitions de projet, entravent le dialogue
et entrainent des évitements voire des conflits entre acteurs locaux. Cela favorise, en
conséquence, le chevauchement et la multiplication de projets ponctuels et rend plus
compliquée l’émergence d’objectifs communs susceptibles de servir de base à un
développement territorial durable.
Concernant l’hypothèse 4 qui mesure le rôle médiateur du capital social dans la relation entre
l’innovation sociale et le développement territorial durable. Nos résultats indiquent que le
capital social médiatise positivement et de manière significative l’effet de l’innovation sociale
sur le développement territorial durable. En suivant cette logique, nous pourrions dire qu’un
plus grand niveau de capital social entraine une amélioration du niveau de développement
territorial durable. Ces relations positives corroborent donc les travaux portant sur le lien entre
l’innovation sociale et le capital social (Klein, 2008 ; Howaldt et Schwarz, 2010 ; Persais,
2013), d’une part ; et le ceux mettant en avant le rôle positif du capital social dans le
développement de manière générale (Abromovay, 1998 ; Bowles et Gintis, 2002 ; Grootaert et
Van Bastelaer, 2002 ; Dasgupta, 2010 ; Perret et Abrika, 2016 ; Rochman, 2008).
192
La multiplication des projets socialement innovants a permis donc, d’une part, l’accumulation
de diverses formes de savoir et de compétences (managériales, techniques, organisationnelles,
etc.) et, d’autre part, l’instauration d’un climat de confiance propice au dialogue entre les
acteurs locaux et au renforcement de leur identité collective.
Toutefois, ces résultats ne doivent pas nous faire oublier les difficultés qui demeurent encore
en suspens. En effet, malgré les efforts entrepris, le manque de formation30 et même simplement
l’accès à l’éducation est encore la réalité dominante dans notre région d’étude. En dépit de leurs
avancées en termes de développement dans les territoires où ils ont été mis en œuvre, les projets
socialement innovants n’ont qu’une portée partielle, ils n’atteignent en effet qu’une infime
proportion de la population de notre territoire de référence.
Cela pourrait s’expliquer essentiellement par la nature ponctuelle, sectorielle et non coordonnée
des initiatives socialement innovantes, conjuguée au manque de compétence et de qualification
des promoteurs de développement, aussi bien à l’échelle locale (associations, communes)
qu’institutionnel (ADS, EN, etc.). En effet, il n’existe pas de formation spécifique pour ces
nouvelles approches alternatives, ni de formation spécifique à la conduite d’un projet de
développement territorial et durable.
Par ailleurs, l’héritage culturel qui continue d’influencer fortement les mentalités freine
l’implication de populations locales dans le processus de développement. En effet, la nature
assistentialiste et clientéliste des politiques de développement explique en partie le manque
d’assiduité et d’engagement des populations pour certains projets. En conséquence, même
lorsque les promoteurs de développement inscrivent leurs actions dans une logique territoriale
et durable, l’implication et la participation des populations locales ne sont pas pour autant
garanties.
193
littérature (académique ou autre) portant sur la nécessité de prendre en compte la dimension
« environnement » lors de la conception des projets/programmes, et lorsqu’on analyse les
conclusions des travaux portant sur la relation entre l’innovation sociale et le développement
durable (Moulaert et Parra, 2011 ; Richez-Battesti et al., 2012).
Cette absence d’effet médiateur de la durabilité explique les difficultés que rencontrent encore
les promoteurs de développement à traiter de façon co-évolutive31 la relation homme/nature.
En effet, les projets socialement innovants s’inspirant des principes de développement durable
demeurent encore trop marginaux et/ou ne prennent pas suffisamment en compte les impacts
sur le long terme. De plus, le manque d’ampleur (en nombre de participants et de bénéficiaires)
de ces projets, et leur difficile insertion économique dans les marchés (même locaux) limitent
leur impact à un niveau très micro (quelques familles ou communautés).
Par ailleurs, si certaines initiatives (tel le cas de la coopérative de gestion des déchets
«Attawafouk») ont permis de valoriser des ressources locales jusqu’alors dévalorisées dans le
cadre d’activités alternatives, ces initiatives demeurent assez marginales et les ressources en
question restent peu exploitées. Il en résulte de ces résultats que la question environnementale
en général, et la préservation des ressources naturelles en particulier, est encore davantage
perçue comme une contrainte que comme une opportunité.
Dans les sections précédentes, nous avons décrit le profil des acteurs interrogés selon leurs
attributs socioprofessionnels (catégorie, lieu d’activité, taille, genre, etc.). Nous avons, par la
suite, procédé à d’autres analyses descriptives décrivant le potentiel et les réalisations
d’innovation sociale. Ces analyses ont établi des différences entre les acteurs en ce qui a trait à
leurs connaissances antérieures, leur effort d’acquisition des connaissances, leurs coopérations,
leurs sources de financement, leurs méthodes de suivi et d’évaluation, l’impact organisationnel
et sectoriel de leurs projets, etc. Nous avons également procédé à des évaluations de notre
modèle global (modèle de mesure et modèle structurel), lesquelles nous ont permis, d’une part,
de présenter l’impact sur nos hypothèses de recherche et de discuter les résultats obtenus,
d’autre part.
31
Cf. chapitre 1, section 2.
194
La première partie de ce travail de recherche avait abouti à l’élaboration d’un cadre conceptuel
de l’effet médiatisé de l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Cette
deuxième partie nous a permis de mettre en œuvre le cadre conceptuel par l’opérationnalisation
des variables et par le test des hypothèses.
Dans le chapitre I, nous avons, dans un premier temps, présenté les diverses caractéristiques
(administratives, démographiques et socio-économiques) de notre région d’étude. Cette analyse
nous a conduits à mettre en évidence un certain nombre de particularités spécifiques à notre
territoire d’étude ainsi que les principaux défis qui lui sont posés. Ensuite, nous avons exposé
les données relatives à notre échantillon ainsi que l’approche méthodologique que nous avons
choisie pour tester nos hypothèses de recherche.
Le chapitre II est consacré à la présentation et la discussion des résultats des tests des hypothèses
de la recherche. D’une manière très synthétique, il faut retenir que l’innovation sociale est
fortement et positivement associée au développement territorial durable. Les résultats du test
des hypothèses nous ont également permis de montrer les rôles médiateurs du territoire, de la
gouvernance et du capital social dans la relation entre l’innovation sociale et le développement
territorial durable.
CONCLUSION GENERALE
195
Cette thèse avait comme objectif principal de mesurer l’effet des projets socialement innovants
sur le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Dans une
perspective territoriale, nous avons testé un modèle PLS mettant en relation médiatisée
l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Les premières analyses, qui étaient descriptives, ont permis de dégager un portrait général des
projets socialement innovants mis en œuvre dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Pour ce qui
est de l’analyse des tests de médiation, il en ressort:
Par ailleurs, l’absence de participation du secteur privé fragilise également de nombreux projets
sociaux. En effet, rares sont les cas ou des entreprises ont participé, matériellement ou
financièrement, a la mise en œuvre des projets. Quelques cas existent (par exemple le cas de la
coopérative Attawafouk), mais l’action de ces entreprises n’était pas coordonnée aux actions
menées en parallèle par d’autres promoteurs du développement (institutions publiques,
associations, etc.), d’où un risque de doublon.
De plus, le manque d’interaction avec le secteur privé est pénalisant car il prive les porteurs de
projets de l’accès à de nombreux réseaux socio-économiques et techniques. Cette séparation est
le résultat d’une conception persistante encore chez certains promoteurs du développement,
essentiellement dans la sphère associative, conception qui oppose la logique marchande à la
196
logique sociale. Ces acteurs demeurent réticents aux interactions directes avec le monde de
l’entreprise.
D’autre part, l’émiettement des ressources et le caractère ponctuel des projets sociaux traduisent
également l’absence d’une stratégie globale correspondant à un projet de territoire. Ce ne sont
pas tant le nombre et la taille qui sont en cause dans ce cas, mais le manque de lien entre les
actions. En effet, sans un solide travail de coordination, il existe peu de chances que
s’établissent des synergies entre les différentes initiatives et, sans synergies il est peu probable
voire impossible qu’émerge de véritable dynamiques de développement territorial durable.
Toutefois, cette nouvelle orientation en matière d’élaboration et de mise en œuvre des projets
sociaux présentent encore de grandes lacunes. En premier lieu, les tentatives d’intégration de la
société civile ne résultent pas uniquement d’une approche positive visant à renforcer le rôle et
l’implication des populations et des acteurs locaux, elles occultent un processus de
désengagement de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des politiques sociales.
Par ailleurs, le degré d’implication des populations et des acteurs locaux dans les projets
socialement innovants est fluctuant, et le manque de mobilisation fragilise souvent ces
coalitions de projets. En effet, dans notre région d’étude, la participation des acteurs locaux aux
réunions de préparation et de conception des projets sociaux est variable, et souvent certains
acteurs ne sont présents qu’au moment d’aborder les financements.
Ces limites, en plus du caractère partiel et sectoriel des coalitions de projet, entravent le dialogue
et entrainent des évitements voire des conflits entre acteurs locaux. Cela favorise, en
conséquence, le chevauchement et la multiplication de projets ponctuels et rend plus
compliquée l’émergence d’objectifs communs susceptibles de servir de base à un
développement territorial durable.
197
En ce qui a trait à l’hypothèse 4 qui rend compte du rôle médiateur du capital social dans la
relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. Nos résultats
indiquent que le capital social médiatise positivement et de manière significative l’effet de
l’innovation sociale sur le développement territorial durable. Dit autrement, la multiplication
des projets socialement innovants a permis donc, d’une part, l’accumulation de diverses formes
de savoir et de compétences (managériales, techniques, organisationnelles, etc.) et, d’autre part,
l’instauration d’un climat de confiance propice au dialogue entre les acteurs locaux et au
renforcement de leur identité collective.
Toutefois, ces résultats ne doivent pas nous faire oublier les difficultés qui demeurent encore
en suspens. En effet, malgré les efforts entrepris, le manque de formation32 et même simplement
l’accès à l’éducation est encore la réalité dominante dans notre région d’étude. En dépit de leurs
avancées en termes de développement dans les territoires où ils ont été mis en œuvre, les projets
socialement innovants n’ont qu’une portée partielle, ils n’atteignent en effet qu’une infime
proportion de la population de notre territoire de référence.
D’autre part, il est très rare qu’une évaluation et un suivi du projet soit assurés postérieurement
à sa mise en œuvre. En conséquence, lorsqu’un projet connait des difficultés, il est fréquemment
abandonné et ces difficultés ne seront (éventuellement) pas prises en compte que dans le cadre
des projets suivants. Ceci conduit parfois à l’abandon de projets qui auraient pu être sauvés
grâce à une évaluation ou un diagnostic (rétroactif) et freine le processus de capitalisation des
expériences. Lorsque ces évaluations existent, elles sont le plus souvent réalisées par les
32
La vérification de la significativité de l’indicateur «capacité d’absorption de la connaissance» affiche une valeur
non significative (cf. Section 2, Chapitre 2, Partie 2).
33
Cf. chapitre 1, section 2.
198
bailleurs de fonds du projet, et s’apparentent davantage à un contrôle de gestion, limité aux
seuls aspects administratif et financier, qu’à un bilan de projet analysant l’ensemble des
processus et des impacts induits par la mise en œuvre du projet.
Il reste par ailleurs difficile de trouver un équilibre entre les approches éco-centrées et anthropo-
centrées de développement. L’approche co-évolutive des relations homme/nature est encore
marginale et la plupart des projets ont tendance à négliger soit la dimension environnementale
soit la dimension sociale du développement. Malgré les quelques points positifs cités plus haut,
et qui sont plus des ferments d’évolution que des avancées effectives, il en résulte de cette
dichotomie que la question environnementale en général, et la préservation des ressources
naturelles en particulier, est encore davantage perçue comme une contrainte que comme une
opportunité.
Sur le plan théorique, nous avons retenu un modèle causal impliquant des médiations pour
mieux comprendre comment l’innovation sociale influence le développement territorial
durable. Ce cadre offre, selon nous, une perspective permettant de mettre en évidence des
processus médiateurs. L’identification des processus médiateurs a des implications aussi bien
pour la recherche fondamentale que pour la recherche appliquée. D’une part, les processus
médiateurs nous donnent des indications sur la façon dont un phénomène économique se
produit. Certes, il est intéressant de démontrer qu’une variable donnée exerce une certaine
influence. Mais si l’on veut comprendre cette influence, si l’on veut la mettre en relation avec
d’autres variables ou phénomènes, ou si l’on veut l’intégrer dans un cadre théorique plus large,
il est nécessaire de comprendre les mécanismes générateurs ou les moyens par lesquels cette
influence se produit.
Par ailleurs, les processus médiateurs nous renseignent sur les interventions à effectuer. Par
exemple, si l’influence de la capacité d’absorption des connaissances sur l’innovation est
médiatisée par l’effort d’acquisition de la connaissance, il conviendra d’envisager une
intervention qui vise à modifier cet effort d’acquisition. En revanche, si cette influence est
médiatisée par les connaissances antérieures, l’intervention appropriée sera radicalement
différente. L’analyse des variables médiatrices est alors le meilleur moyen de mettre en œuvre
une intervention qui produira l’influence désirée (Brauer, 2000).
199
Sur le plan méthodologique, l’utilisation de la méthode PLS s’est révélée bien adaptée à la
problématique de cette recherche. Elle nous a permis d’évaluer la qualité d’un modèle
exploratoire, intégrant des construits formatifs, un construit réflectif et des variables
médiatrices, le tout sur un échantillon relativement petit (n = 109). Cette configuration est
relativement courante dans les études quantitatives traitant des relations à variables latentes qui
représentent des phénomènes indirectement observables, ce qui plaide pour un usage plus
fréquent de l’approche PLS dans l’estimation des modèles d’équations structurelles.
Enfin, cette recherche a porté sur la question de développement qui est la question la plus
débattue, actuellement, au Maroc et qui est sensible à une multitude de facteurs sociaux,
économiques, culturels, institutionnels voire environnementaux. Cette recherche pourrait aider
les gestionnaires et les promoteurs de ce domaine à comprendre la nécessité de l’articulation
entre l’innovation sociale et le développement territorial durable.
Malgré ces apports, notre recherche présente des limites. La première limite que nous tenons à
signaler concerne la nature de l’échantillon que nous avons retenu pour tester nos hypothèses
de recherche. Cet échantillon, mentionné dans le chapitre 1 (Partie 2), est constitué de trois
catégories d’acteurs territoriaux œuvrant dans la région la région de Rabat-Salé-Kénitra. Ces
catégories ont été recensées grâce à leur implication dans les projets sociaux. Nos divers
contacts et interventions que nous avons faits nous n’ont permis d’identifier que partiellement
cette population, particulièrement difficile (notamment la catégorie « associations »), étant
donné l’absence d’une base de données régionale. De plus, nous n’avons rencontré que peu de
représentants de la sphère privée, essentiellement en raison de leur faible représentation au sein
des coalitions de projets sociaux comme des diverses formes de gouvernance locale. Une étude
exhaustive n’était donc pas envisageable.
De ce fait, les projets sociaux interrogés dans le cadre de cette enquête présentaient un profil
spécifique qui n’est pas généralisable à tous les projets sociaux mis en œuvre dans la région de
Rabat-Salé-Kénitra. Les futures recherches pourraient considérer cette limite en établissant des
critères de recherche permettant de joindre une population plus élargie qui, elle, serait
susceptible de représenter le profil de ces acteurs.
200
lien significatif reliant cette dimension à l’innovation sociale. Cependant, nous croyons que ce
résultat ne signifie pas nécessairement que les acteurs interrogés n’ont pas de capacité
d’absorption des connaissances. Au contraire, nous pensons que l’existence de projets sociaux
innovants est expliquée en partie par la capacité des acteurs interrogés à identifier, à acquérir,
à transformer et à exploiter la connaissance. Ce résultat contraire à nos attentes pourrait
s’expliquer par le fait que l’opérationnalisation, telle que définie, de cette dimension ne reflète
pas correctement sa nature réelle, qui probablement sous-tend d’autres items que ceux que nous
avons retenu.
La troisième limite à laquelle nous avons fait face concerne le nombre d’observations à partir
desquelles nous avons complété nos analyses statistiques. Ce nombre (n = 109) ne nous
permettait pas de tester l’influence de l’innovation sociale sur le développement territorial
durable et ce à partir des méthodes des équations structurelles de type LISREL. Nous avons
ainsi opté pour la méthode des équations structurelles PLS.
La quatrième limite de notre recherche renvoie aux limites inhérentes à la méthode PLS elle-
même (Sosik et al., 2009) : le fait que cette approche soit basée sur une maximisation du pouvoir
explicatif des variables indépendantes et ne tient pas compte des erreurs de mesure rend
approximatif le jugement sur la qualité d’ajustement d’un modèle aux données empiriques, et
à la comparaison entre modèles, «il est relativement difficile de comparer la qualité de plusieurs
modèles concurrents, en raison de l’absence d’indices d’ajustement» (Lacroux, 2010, 21).
Par ailleurs, l’utilisation de construits formatifs dans notre modèle présente une limite
supplémentaire. En effet, la mesure des construits formatifs n’a pas fait l’objet d’un consensus
que celui qui existe pour les construits réflectifs. En ce sens, deux problèmes demeurent en
suspens. Premièrement, la validité convergente et discriminante des construits formatifs reste
un sujet de controverse : il y a un réel désaccord sur la pertinence, voire la nécessité des
procédures de validation (Bagozzi, 1994 ; Mc Kenzie et al., 2005 ; Rossiter, 2005).
Deuxièmement, l’utilisation de construits formatifs comme variables endogènes dans un
modèle pose un problème insoluble : Wiley (2005) écrit par exemple qu’il n’existe aucune
technique plausible permettant de modéliser l’effet d’une variable quelconque sur un construit
formatif, car celui-ci devrait, ajoute l’auteur, dépendre exclusivement de la combinaison de ses
indicateurs.
Le dernier point que nous souhaitons proposer en tant que piste de recherche, concerne l’usage
de la méthode PLS dans le cadre de modèles d’équations structurelles constitue une nouvelle
201
approche dans les travaux portant sur l’innovation sociale et le développement territorial
durable. Malgré ses limites, elle ouvre donc de réelles perspectives de recherche, car les
modèles élaborés dans le cadre de ces travaux possèdent des caractéristiques s’ajustant bien
avec l’usage de cette méthode. Il nous semble indispensable aujourd’hui de poursuivre dans le
domaine de développement le chantier ouvert par cette recherche.
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222
ANNEXES
223
Annexe 1 – Questionnaire
1) Nom de l’organisation
Le terme «organisation» réfère, selon le cas, à : Collectivité territoriale, Organisation à but non lucratif,
Organisme public (Agence, Etablissement, Département, etc.).
……………………………………………………………………………………………………………
2) Secteur d’activité
3) Ville
……………………………………………………………………………………………………………...
4) Date de création
……………………………………………………………………………………………………………...
Locale
Provinciale
Régionale
Nationale
224
Renseignements sur la personne enquêtée
6) Nom et prénom
……………………………………………………………………………………………………………...
7) Qualité
Une seule réponse possible
Conseillère / Conseiller
Cadre / Chargé(e) de mission
Chef de département /Division
Culture, Sport et Loisirs
Déléguée / Délégué
Directrice / Directeur
Gérante / Gérant
Membre (Conseil, Bureau, etc.)
Président(e) / Vice-président(e)
Secrétaire / Secrétaire adjoint(e)
Autre
Moins de 10
Entre 10 et 49
Entre 50 et 250
Plus de 250
9) Veuillez donner une estimation du pourcentage des femmes dans l'effectif total :
Une seule réponse possible
10 %
20 %
30 %
40 %
50 %
60 %
70 %
80 %
90 %
100 %
225
10) Veuillez donner une estimation du pourcentage de vos effectifs en fonction de leur niveau
d’éducation :
Une seule réponse possible par ligne
Moins de 20% 20% à 39% 40% à 59% 60% à 79% 80% à 100%
Niveau
primaire
Niveau
secondaire
Niveau
supérieur
11) Durant les cinq dernières années, votre organisation faisait-elle partie d'un réseau?
Par réseau nous entendons un regroupement formel d’institutions sous forme d’union d’associations ou
fédération.
OUI
NON
12) Au cours des cinq dernières années, de 2013 à 2017, votre organisation a-t-elle réalisé les
activités suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
Recherche de solutions
innovantes aux besoins sociaux
13) Durant les cinq dernières années, à quelle fréquence votre organisation a-t-elle effectué les
activités suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
226
Jamais Rarement Parfois Souvent Très souvent
14) Au cours des cinq dernières années, votre organisation a-t-elle développé des
projets/programmes sociaux ?
Par projet social nous entendons un ensemble d’actions co-construites et mises en œuvre ou pouvant être
mises en œuvre pour atténuer ou résoudre un problème collectif qui affecte un groupe social particulier
ou toute une communauté.
Une seule réponse possible.
OUI
NON
15) Quelles sources d’idées vous ont été utiles pour le développement de ces projets sociaux ?
Une seule réponse possible par ligne.
227
16) Qui a développé ces projets sociaux ?
Une seule réponse possible par ligne.
17) Veuillez donner une estimation du pourcentage des fonds obtenus pour le financement de vos
projets sociaux, selon la source de financement :
(Exemple: F. publics 60%, F. externes 30%, F. propres 10%)
Une seule réponse possible par ligne.
Moins de 20% 20% à 39% 40% à 59% 60% à 79% 80% à 100%
Fonds publics
Fonds (privés)
Fonds propres
228
19) Appliquez-vous un système de suivi et d’évaluation à vos projets sociaux?
Une seule réponse possible par ligne.
Evaluation du processus
Evaluation des produits /
résultats
Evaluation de l’impact (effets de
l’intervention)
Evaluation de la durabilité du
projet (Prise en compte des
préoccupations
environnementales)
20) Dans quelle mesure les projets sociaux, développés au cours des cinq dernières années, ont-ils
apporté les améliorations suivantes?
Une seule réponse possible par ligne.
Capacité organisationnelle à
identifier et analyser des besoins
sociaux
Aptitudes managériales et
techniques à monter et réaliser
des projets sociaux
Capacité organisationnelle à
coopérer avec d'autres acteurs
Compétence organisationnelle à
suivre et évaluer des projets
sociaux
Capacité organisationnelle à
mobiliser des ressources
21) Indiquez si les résultats de vos projets sociaux ont été reproduits dans une communauté autre
que la population cible du projet initial (période 2013-2017) :
Une seule réponse possible par ligne.
OUI
NON
229
22) Veuillez préciser la portée de l'impact sectoriel de vos projets sociaux développés durant la
période 2013-2017 :
Plusieurs réponses possibles.
Mobilité et accessibilité
Santé et accès aux soins
Infrastructures de base (eau,
électricité et assainissement)
23) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Nos projets sociaux permettent
de satisfaire des besoins non
satisfaits par l’Etat ou le marché
Par le biais de nos projets
sociaux, nous améliorons la
capacité d’accès aux ressources
des plus démunis et favorisons-
la solidarité et la cohésion au
sein du territoire
Par nos projets sociaux,
nous contribuons à combattre
les problèmes de précarité au
sein du territoire
Par nos projets sociaux,
nous offrons une réponse
aux challenges du
développement durable
230
24) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Votre organisation tient ses
promesses et ses engagements
vis-à-vis des acteurs du
territoire
Les partenariats mis en place
avec les acteurs du territoire
sont basés sur la confiance et le
principe de réciprocité
En cas de difficulté majeure,
vous pouvez compter sur la
solidarité des autres acteurs du
territoire
25) Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou non avec les affirmations suivantes ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Les projets sociaux
développés par votre
organisation s’inscrivent dans le
cadre d’un projet global du
territoire
Les projets sociaux sont
approuvés par une entité de
gouvernance territoriale
231
Partie 3 - Organisation non innovante au cours des cinq dernières années
26) Parmi les raisons suivantes, lesquelles expliquent l’absence de projets sociaux au sein de votre
organisation de 2013 à 2017 ?
Le terme «territoire» réfère, selon le cas, à : Commune, province/préfecture ou région.
Une seule réponse possible par ligne.
Pas du
Pas Tout à fait
tout Neutre D’accord
d’accord d’accord
d’accord
Aucun besoin de développer
des projets sociaux en raison
d’une faible pression sur votre
territoire (faible demande
sociale)
Absence d’idées
232
Annexe 2 – Path Coefficients
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 0,346
DTD
Durabilité 0,022
Gouvernance 0,192
Innovation sociale 0,351 0,564 0,669 0,486 0,695
Territoire 0,481
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 0,346
DTD
Durabilité 0,022
Gouvernance 0,192
Innovation sociale 0,351 0,564 0,669 0,486 0,695
Territoire 0,481
233
Annexe 5 – Outer Loadings
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor -0,036
Capacité 0,636
Confiance 0,823
Coopération 0,721
Créat_Nouv_Stru 0,938
Culture, Sport et Loisirs 0,880
Diffusion -0,423
Droits, liberté et égalité 0,856
Education et formation 0,500
Emploi 0,478
Eval_ Dur 0,267
Finalité 0,990
Habitat et cadre de vie 0,782
Implication 0,929
Infrastructures de base 0,790
Mobilité et accessibilité 0,630
Protection de l'environnement 0,835
Réseautage 0,560
Santé 0,779
Transversalité_1 0,897
Transversalité_2 0,323
Transversalité_3 0,444
234
Annexe 6 – Outer Weights
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor -0,145
Capacité 0,410
Confiance 0,748
Coopération 0,407
Créat_Nouv_Stru 0,898
Culture, Sport et Loisirs 0,194
Diffusion -0,232
Droits, liberté et égalité 0,191
Education et formation 0,115
Emploi 0,088
Eval_ Dur 0,223
Finalité 1,005
Habitat et cadre de vie 0,155
Implication 0,761
Infrastructures de base 0,161
Mobilité et accessibilité 0,120
Protection de l'environnement 0,159
Réseautage 0,219
Santé 0,141
Transversalité_1 0,851
Transversalité_2 0,362
Transversalité_3 0,271
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Capital social 1,000 0,546 0,361 0,580 0,359 0,399
DTD 0,546 1,000 0,424 0,464 0,239 0,495
Durabilité 0,361 0,424 1,000 0,449 0,656 0,735
Gouvernance 0,580 0,464 0,449 1,000 0,466 0,444
Innovation sociale 0,359 0,239 0,656 0,466 1,000 0,707
Territoire 0,399 0,495 0,735 0,444 0,707 1,000
235
Annexe 8 – R Square
Annexe 9 – f Square
236
Annexe 12 – Cross Loadings
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor 0,074 -0,085 -0,101 0,152 -0,036 -0,083
Capacité 0,636 0,382 0,023 0,588 0,177 0,125
Confiance 0,823 0,432 0,442 0,340 0,323 0,438
Coopération 0,361 0,329 0,401 0,721 0,342 0,338
Créat_Nouv_Stru 0,320 0,301 0,938 0,403 0,678 0,693
Culture, Sport et Loisirs 0,542 0,880 0,445 0,437 0,233 0,446
Diffusion -0,164 -0,441 -0,423 -0,105 -0,108 -0,294
Droits, liberté et égalité 0,524 0,856 0,432 0,482 0,253 0,443
Education et formation 0,419 0,500 0,212 0,392 0,341 0,316
Emploi 0,276 0,478 0,278 0,264 0,338 0,322
Eval_ Dur 0,160 0,231 0,267 0,280 0,099 0,200
Finalité 0,367 0,226 0,638 0,486 0,990 0,691
Habitat et cadre de vie 0,380 0,782 0,279 0,290 0,070 0,348
Implication 0,569 0,435 0,376 0,929 0,430 0,402
Infrastructures de base 0,389 0,790 0,248 0,313 0,049 0,352
Mobilité et accessibilité 0,260 0,630 0,255 0,181 0,133 0,369
Protection de l'environnement 0,425 0,835 0,270 0,367 0,106 0,332
Réseautage 0,560 0,305 0,097 0,385 0,203 0,093
Santé 0,342 0,779 0,352 0,310 0,181 0,365
Transversalité_1 0,380 0,315 0,710 0,497 0,724 0,897
Transversalité_2 0,069 -0,328 -0,245 0,144 -0,110 -0,323
Transversalité_3 0,372 0,398 0,155 0,269 0,189 0,444
237
Annexe 13 – Outer VIF Values
VIF
Cap_Absor 1,012
Capacité 1,629
Confiance 1,018
Coopération 1,206
Créat_Nouv_Stru 1,030
Culture, Sport et Loisirs 3,761
Diffusion 1,064
Droits, liberté et égalité 3,722
Education et formation 5,526
Emploi 5,576
Eval_ Dur 1,033
Finalité 1,012
Habitat et cadre de vie 7,895
Implication 1,206
Infrastructures de base 8,232
Mobilité et accessibilité 1,917
Protection de l'environnement 6,018
Réseautage 1,627
Santé 3,710
Transversalité_1 1,051
Transversalité_2 1,002
Transversalité_3 1,051
238
Annexe 15 – Inner Model
Innovation
Capital social DTD Durabilité Gouvernance Territoire
sociale
Capital social 1,000
DTD
Durabilité 1,000
Gouvernance 1,000
Innovation sociale 1,000 1,000 1,000 1,000 1,000
Territoire 1,000
Capital Innovation
DTD Durabilité Gouvernance Territoire
social sociale
Cap_Absor 1,000
Capacité 1,000
Confiance 1,000
Coopération 1,000
Créat_Nouv_Stru 1,000
Culture, Sport et Loisirs -1,000
Diffusion 1,000
Droits, liberté et égalité -1,000
Education et formation -1,000
Emploi -1,000
Eval_ Dur 1,000
Finalité 1,000
Habitat et cadre de vie -1,000
Implication 1,000
Infrastructures de base -1,000
Mobilité et accessibilité -1,000
Protection de
-1,000
l'environnement
Réseautage 1,000
Santé -1,000
Transversalité_1 1,000
Transversalité_2 1,000
Transversalité_3 1,000
239
Annexe 17 – Outer Weights (Mean, STDEV, T-Values, P-Values)
Standard
Original Sample T Statistics
Deviation P Values
Sample (O) Mean (M) (|O/STDEV|)
(STDEV)
Cap_Absor -> Innovation sociale -0,145 -0,145 0,145 0,995 0,320
Capacité -> Capital social 0,410 0,403 0,188 2,184 0,029
Confiance -> Capital social 0,748 0,737 0,105 7,138 0,000
Coopération -> Gouvernance 0,407 0,398 0,167 2,441 0,015
Créat_Nouv_Stru -> Durabilité 0,898 0,862 0,207 4,333 0,000
Culture, Sport et Loisirs <- DTD 0,194 0,194 0,015 12,675 0,000
Diffusion -> Durabilité -0,232 -0,219 0,170 1,359 0,175
Droits, liberté et égalité <- DTD 0,191 0,190 0,015 12,945 0,000
Education et formation <- DTD 0,115 0,113 0,028 4,078 0,000
Emploi <- DTD 0,088 0,090 0,026 3,334 0,001
Eval_ Dur -> Durabilité 0,223 0,222 0,109 2,050 0,041
Finalité -> Innovation sociale 1,005 0,990 0,083 12,173 0,000
Habitat et cadre de vie <- DTD 0,155 0,153 0,017 8,922 0,000
Implication -> Gouvernance 0,761 0,759 0,124 6,112 0,000
Infrastructures de base <- DTD 0,161 0,159 0,016 9,989 0,000
Mobilité et accessibilité <- DTD 0,120 0,122 0,022 5,364 0,000
Protection de l'environnement <- DTD 0,159 0,160 0,018 8,937 0,000
Réseautage -> Capital social 0,219 0,210 0,212 1,037 0,300
Santé <- DTD 0,141 0,142 0,015 9,491 0,000
Transversalité_1 -> Territoire 0,851 0,830 0,092 9,260 0,000
Transversalité_2 -> Territoire -0,362 -0,367 0,100 3,616 0,000
Transversalité_3 -> Territoire 0,271 0,272 0,085 3,192 0,002
240
Annexe 18 – Construct Crossvalidated Redundancy (Total)
241
Annexe 20 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu urbain)
IPM (en%),2004
Conditions de logement
Education
multidimensionnelle
2014(en%)
l’ assainissement
Santé
Tanger-Tetouan-Al Hoceima 2,5 0,9 36,1 11,2 4,4 39,6 62,2 24,7 8,3 4,9 0,9 2,3 0,1 3,3
Oriental 3,0 1,1 36,4 11,1 4,4 40,1 60,7 23,2 10,0 6,1 2,6 2,6 0,4 5,5
Fès-Meknès 2,3 0,8 36,2 10,2 4,1 39,9 63,6 22,1 9,3 5,0 1,6 2,0 0,3 3,9
Rabat-Salé-Kénitra 1,8 0,7 36,4 9,0 3,6 40,0 58,1 23,2 13,3 5,4 1,5 1,6 0,1 3,3
Béni Mellal-Khénifra 2,6 1,0 36,7 11,0 4,5 41,0 57,8 20,8 13,8 7,6 3,6 2,3 0,3 6,2
Grand Casablanca-Settat 1,3 0,5 36,0 6,5 2,5 39,0 58,5 28,0 9,9 3,7 1,6 1,2 0,1 2,9
Marrakech-Safi 2,1 0,8 36,3 9,8 3,9 40,1 59,8 25,9 8,9 5,4 0,9 2,0 0,1 3,0
Draa-Tafilalet 2,0 0,7 37,3 8,8 3,6 40,6 55,0 22,1 12,1 10,8 4,5 1,7 0,3 6,5
Souss-Massa 2,1 0,7 36,0 9,2 3,6 39,3 64,0 22,9 8,6 4,5 2,6 1,9 0,1 4,6
Guelmim-Oued Noun 1,9 0,7 36,2 8,3 3,2 39,0 59,6 27,3 7,7 5,4 4,9 1,7 0,2 6,8
Laayoune-Sakia Al Hamra 1,3 0,5 35,4 8,2 3,2 39,6 62,5 29,1 6,4 2,1 1,6 1,3 0,0 2,9
Dakhla-Oued Eddahab 2,0 0,7 35,0 13,6 5,4 39,8 66,5 18,4 9,3 5,8 0,3 2,0 0,0 2,4
Source : HCP, 2018.
242
Annexe 21 – Cartographie de la pauvreté régionale 2004-2014 (milieu rural)
IPM (en%),2004
Conditions de logement
Education
multidimensionnelle
2014(en%)
l’ assainissement
Santé
Tanger-Tetouan-Al Hoceima 20,1 8,2 40,7 51,7 23,3 45,0 56,6 8,0 21,9 13,5 2,7 17,9 2,2 22,9
Oriental 21,8 9,8 44,7 42,2 19,2 45,5 51,1 6,8 25,5 16,7 5,5 17,8 4,0 27,3
Fès-Meknès 20,9 8,6 41,2 45,1 20,2 44,8 51,7 7,5 24,2 16,6 7,2 17,9 3,0 28,0
Rabat-Salé-Kénitra 15,9 6,4 40,3 46,2 20,8 45,1 59,1 8,8 20,0 12,1 6,6 13,0 2,8 22,4
Béni Mellal-Khénifra 23,9 10,3 43,2 47,6 21,7 45,7 47,3 7,8 25,6 19,3 7,6 17,4 6,5 31,5
Grand Casablanca-Settat 12,1 4,8 39,3 41,3 18,5 44,8 64,7 11,5 16,5 7,3 3,3 10,3 1,8 15,4
Marrakech-Safi 18,2 7,4 40,8 50,7 22,8 44,8 57,3 9,4 18,0 15,2 4,5 15,6 2,6 22,7
Draa-Tafilalet 14,1 6,0 42,5 32,7 14,5 44,4 48,9 11,6 18,1 21,4 14,1 8,6 5,5 28,1
Souss-Massa 13,7 5,6 40,4 36,3 15,7 43,4 53,1 10,9 18,7 17,3 6,9 10,9 2,8 20,6
Guelmim-Oued Noun 14,2 5,7 40,6 38,3 17,0 44,4 53,0 10,0 20,2 16,8 4,8 11,9 2,0 18,7
Laayoune-Sakia Al Hamra 11,9 4,6 38,7 19,6 8,6 43,9 55,2 7,3 25,4 12,1 1,8 11,5 0,4 13,7
Dakhla-Oued Eddahab 18,7 6,6 35,2 47,7 21,1 44,1 47,9 0,7 33,9 17,4 0,3 18,7 0,2 19,2
Source : HCP, 2018.
243
Annexe 22 – Cartographie de la pauvreté provinciale 2004-2014
multidimensionnelle(en%), 2004
multidimensionnelle(en%), 2014
Noyau dur de la
Pauvreté multidimensionnelle
Conditions de vie
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
IPM (en%),2014
IPM (en%),2004
pauvreté :
(en%),2014
(en%),2004
Taux de
Province
Conditions de logement
pauvreté
multidimensionnelle
uniquement
l’ assainissement
Education
Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
globale
Santé
monétaire et
2014(en%)
Ensemble
Kénitra 8,3 3,2 38,5 32,6 44,8 14,6 68,7 10,5 13,8 7,0 3,5 6,8 1,4 11,8
Khémisset 13,2 5,5 41,7 36,4 45,9 16,7 50,1 7,9 27,7 14,3 3,1 11,5 1,7 16,3
Rabat 0,9 0,3 35,5 5,1 37,9 1,9 51,8 28,6 16,9 2,8 0,7 0,8 0,0 1,5
Salé 2,4 0,9 37,9 10,6 41,5 4,4 57,5 19,1 17,2 6,3 1,3 2,1 0,2 3,6
Sidi Kacem 9,0 3,5 39,2 28,4 42,6 12,1 57,4 12,7 15,9 13,9 7,0 7,3 1,8 16,0
Sidi Slimane 9,6 3,9 40,5 28,1 42,8 12,0 58,9 10,0 16,9 14,3 7,7 7,3 2,3 17,3
Skhirate- Témara 2,1 0,8 37,4 16,1 41,5 6,7 56,4 21,2 16,8 5,7 1,4 2,0 0,1 3,5
Urbain
Kénitra 2,4 0,9 36,2 12,4 5,0 40,4 63,4 21,1 10,4 5,1 1,2 2,2 0,1 3,6
Khémisset 3,2 1,2 37,5 11,3 4,7 41,3 53,4 20,0 17,3 9,2 2,1 2,7 0,4 5,2
Rabat 0,9 0,3 35,5 5,1 1,9 37,9 51,8 28,6 16,9 2,8 0,7 0,8 0,0 1,5
Salé 1,4 0,5 35,7 7,7 3,0 39,4 57,3 27,5 12,1 3,0 1,2 1,3 0,1 2,6
Sidi Kacem 2,4 0,9 36,1 10,9 4,4 40,2 63,8 19,7 10,1 6,4 4,1 2,1 0,3 6,4
Sidi Slimane 2,9 1,1 37,6 13,7 5,7 41,6 59,8 17,2 14,0 9,0 5,8 2,2 0,6 8,7
Skhirate- Témara 1,6 0,6 36,5 11,4 4,6 40,2 55,5 25,2 14,8 4,4 1,3 1,5 0,1 2,9
Rural
Kénitra 16,1 6,3 38,9 54,8 25,1 45,9 69,7 8,6 14,4 7,4 6,6 12,9 3,2 22,6
Khémisset 24,0 10,1 42,3 54,6 25,4 46,6 49,6 6,4 29,0 15,0 4,2 20,9 3,1 28,2
Salé 15,1 6,2 40,8 51,7 23,7 45,9 57,6 9,4 23,0 10,0 2,7 13,0 2,1 17,8
Sidi Kacem 12,2 4,8 39,5 36,0 15,5 42,9 56,9 12,1 16,4 14,6 8,4 9,7 2,5 20,6
Sidi Slimane 14,2 5,8 40,9 36,9 15,9 43,1 58,7 9,0 17,3 14,9 9,1 10,7 3,5 23,3
Skhirate- Témara 6,6 2,6 39,4 31,7 13,6 43,0 58,1 12,7 20,8 8,4 2,1 5,9 0,6 8,6
Source : HCP, 2018.
244
Annexe 23 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Kénitra)
Distribution des formes de la pauvreté
multidimensionnelle (en%),
Décomposition de la pauvreté par source de
multidimensionnelle (en%),
multidimensionnelle (en%),
Intensité de privation des
pauvres (en%),2014
Indice de pauvreté
Indice de pauvreté
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de
multidimensionnelle
Condition de vie
Pauvreté monétaire
(en%),2014
la pauvreté Taux de
en 2004
uniquement
uniquement
2014
2004
Accès à l’ eau, à
l’ assainissemen
multidimensionn
pauvreté
l’ électricité et à
Education
Pauvreté
Condition de
monétaire et
Santé
globale
Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014
elle
t
Kénitra (M) 1,5 0,5 36,1 10,7 4,3 40,0 58,58 25,46 11,09 4,87 0,9 1,4 0,1 2,4
Mehdya (M) 1,6 0,6 36,0 13,1 5,3 40,5 64,84 26,79 6,36 2,01 0,9 1,6 0,0 2,5
Souk El Arbaa (M) 4,9 1,8 35,5 10,3 4,0 38,7 71,92 18,47 6,25 3,35 3,0 4,6 0,4 7,9
Ameur Seflia 26,5 11,3 42,8 54,5 25,2 46,2 51,90 4,68 25,84 17,58 7,8 17,9 8,6 34,3
Haddada 23,9 10,1 42,2 71,9 34,3 47,7 64,43 6,57 20,24 8,76 7,3 17,8 6,1 31,2
OuledSlama 8,4 3,3 39,5 36,3 16,0 44,2 61,95 9,46 17,15 11,45 5,3 7,4 1,0 13,7
Sidi Taibi 10,2 4,1 40,0 43,0 18,6 43,2 70,42 5,62 16,10 7,86 3,7 8,2 2,0 13,8
Sidi Taibi (AC) 5,3 2,0 37,5 31,3 13,7 43,7 59,97 16,12 14,79 9,12 1,0 5,2 0,1 6,3
Ben Mansour 20,5 7,5 36,4 63,9 29,6 46,3 85,17 6,80 5,41 2,62 3,3 18,3 2,3 23,9
Mnasra 10,3 3,9 37,5 56,0 25,9 46,3 72,02 13,51 8,87 5,60 7,6 8,4 1,9 17,9
Mograne 12,0 4,6 38,1 37,9 16,2 42,7 62,12 8,68 14,26 14,94 15,5 8,1 3,8 27,4
Sidi Mohamed Ben Mansour 17,4 6,6 37,9 62,8 29,2 46,5 71,20 15,45 10,16 3,19 6,2 13,3 3,7 23,2
Arbaoua 11,7 4,5 38,6 49,4 22,2 44,9 64,69 12,60 16,29 6,42 4,1 10,6 1,1 15,8
Arbaoua (AC) 2,9 1,0 36,2 4,4 1,8 40,9 55,92 32,40 8,19 3,48 0,9 2,7 0,2 3,8
Beni Malek 16,2 6,3 39,3 50,4 23,2 46,1 69,46 6,75 15,93 7,87 10,2 12,1 4,0 26,4
Kariat Ben Aouda 10,8 4,2 39,3 50,1 21,9 43,8 60,42 12,64 16,41 10,54 7,2 8,8 2,0 18,0
Oued El Makhazine 25,5 10,2 39,8 54,2 23,6 43,5 51,36 5,13 22,37 21,15 3,6 22,9 2,7 29,1
Bahhara Ouled Ayad 19,5 7,5 38,3 74,4 35,0 47,0 78,22 6,75 11,74 3,29 7,5 14,8 4,6 27,0
Sidi Allal Tazi 9,0 3,5 38,3 32,8 13,5 41,1 66,10 13,27 13,27 7,36 4,1 8,1 0,9 13,1
Sidi Allal Tazi (AC) 2,9 1,0 35,9 15,6 6,2 40,0 66,70 4,65 17,04 11,62 6,1 2,7 0,1 9,0
Sidi Mohamed Lahmar 18,2 6,9 37,7 68,2 32,6 47,8 77,47 7,20 11,15 4,17 6,1 15,1 3,2 24,4
Souk Tlet El Gharb 12,5 4,9 39,1 34,8 15,0 43,2 69,35 10,81 14,13 5,72 1,7 10,9 1,6 14,3
Chouafaa 15,9 6,2 39,3 63,9 30,8 48,2 72,10 11,49 13,09 3,32 3,6 14,1 1,8 19,5
LallaMimouna 10,8 4,1 37,8 51,1 23,1 45,1 68,46 17,29 10,97 3,29 7,7 9,0 1,8 18,5
LallaMimouna (AC) 5,1 1,9 36,6 29,0 12,2 42,0 69,46 16,95 10,35 3,24 1,4 4,9 0,2 6,4
Moulay Bousselham 16,5 6,1 36,8 58,3 26,5 45,5 80,02 10,05 8,04 1,89 4,7 14,5 2,1 21,2
Moulay Bousselham (AC) 5,5 1,9 35,2 24,8 9,7 38,9 78,22 11,34 7,87 2,57 0,4 5,4 0,1 5,9
Sidi Boubker El Haj 17,7 7,2 40,9 58,7 26,4 44,9 66,38 8,06 20,23 5,32 8,3 13,0 4,7 25,9
Source : HCP, 2018.
245
Annexe 24 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Khémisset)
multidimensionnelle (en%),2014
Décomposition de la pauvreté par source de privation (en%) Distribution des formes de la pauvreté
multidimensionnelle (en%), en
multidimensionnelle (en%),
2014 (en %) en 2014
Indice de pauvreté
Indice de pauvreté
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de la
Condition de vie
multidimensionnelle
(en%), 2004
Pauvreté monétaire
(en%),2014
pauvreté
Province
Taux de
2004
2004
uniquement
uniquement
multidimensionnel
l’ assainissement
Accès à l’ eau, à
Education
l’ électricité et à
pauvreté globale
Pauvreté
Condition de
Santé
monétaire et
Cumul des
(en%), 2014
pauvretés
logement
le
Khémisset Khémisset (M) 2,8 1,0 37,1 11,4 4,7 41,1 52,10 19,82 19,10 8,98 1,9 2,5 0,3 4,7
Khémisset Rommani (M) 1,9 0,7 36,9 7,1 2,9 41,4 52,82 25,54 13,06 8,58 2,5 1,8 0,1 4,4
Khémisset Tiflet (M) 2,8 1,0 37,2 13,2 5,7 42,8 58,02 21,90 13,59 6,49 1,5 2,5 0,3 4,3
Khémisset Sidi Allal El Bahraoui (M) 3,2 1,2 38,0 14,5 6,2 42,5 53,68 15,31 22,20 8,81 1,8 2,4 0,7 4,9
Khémisset Ait Mimoune 25,8 10,2 39,5 46,4 20,6 44,4 53,12 4,95 34,23 7,69 4,2 23,8 2,0 30,0
Khémisset Ait Ouribel 14,5 5,8 40,1 47,9 22,7 47,5 49,65 9,21 30,01 11,12 1,4 14,2 0,3 15,9
Khémisset Ait Siberne 19,3 8,0 41,5 50,5 21,5 42,6 49,57 11,33 24,73 14,38 7,5 17,6 1,7 26,8
Khémisset Ait Yadine 28,5 12,0 42,1 69,9 33,1 47,4 50,60 9,19 24,80 15,41 4,6 25,5 3,0 33,1
Khémisset Ait Yadine (AC) 10,2 4,1 40,0 35,7 15,9 44,4 51,25 9,78 24,09 14,89 2,8 9,3 0,9 13,0
Khémisset El Ganzra 28,5 11,9 41,9 63,2 29,3 46,4 52,51 6,71 26,47 14,32 4,1 25,1 3,4 32,6
Khémisset MajmaaTolba 21,1 8,8 41,8 43,8 19,7 45,1 47,29 5,08 31,65 15,99 2,6 19,5 1,5 23,6
Khémisset Sfassif 24,8 10,2 41,0 54,7 24,6 45,0 57,49 6,89 22,06 13,56 2,9 22,4 2,4 27,7
Khémisset Sidi Allal Lamsadder 11,9 4,8 40,4 46,6 21,0 45,0 50,41 11,61 26,75 11,23 2,3 11,4 0,5 14,2
Khémisset Sidi El Rhandour 9,7 3,8 38,8 37,1 16,2 43,6 50,06 8,35 26,02 15,56 2,9 9,3 0,4 12,6
Khémisset Ait Ichou 44,4 19,5 43,9 54,4 23,4 43,1 39,41 7,50 28,65 24,43 3,9 42,2 2,3 48,3
Khémisset Ait Ikkou 40,3 17,1 42,3 66,4 31,1 46,9 45,71 4,61 34,58 15,11 4,6 34,9 5,4 44,9
Khémisset Bouqachmir 51,8 23,6 45,5 69,2 33,8 48,8 46,31 3,64 29,92 20,14 1,8 47,9 3,9 53,6
Khémisset Houderrane 14,4 5,8 40,2 36,9 15,5 42,2 48,92 10,01 27,09 13,99 1,0 13,5 0,9 15,4
Khémisset Maaziz 23,0 10,2 44,5 53,0 25,7 48,4 43,16 6,34 29,67 20,83 1,9 21,0 2,0 24,9
Khémisset Maaziz (AC) 5,4 2,1 38,2 16,4 6,7 41,0 51,34 19,33 14,83 14,50 1,9 4,6 0,7 7,3
Khémisset Oulmes 42,9 19,5 45,4 63,3 31,2 49,4 49,80 2,06 32,57 15,57 2,4 39,4 3,5 45,3
Khémisset Oulmes (AC) 2,1 0,8 36,5 11,3 4,5 40,1 66,19 22,52 6,79 4,50 4,3 1,7 0,4 6,4
Khémisset Tiddas 32,1 14,1 43,8 58,6 27,1 46,3 47,77 4,03 29,77 18,43 3,9 28,3 3,8 36,1
Khémisset Tiddas (AC) 5,4 2,2 39,9 14,9 6,0 40,3 43,92 27,31 15,95 12,82 5,6 3,6 1,7 10,8
Khémisset Ain Sbit 27,5 12,1 44,1 56,5 27,7 49,0 49,12 6,13 29,00 15,74 4,9 19,0 8,5 32,4
Khémisset Brachoua 17,3 7,0 40,3 44,8 20,4 45,6 47,45 10,25 28,45 13,85 3,2 15,1 2,2 20,5
Khémisset Ezzhiliga 20,7 8,6 41,8 64,5 29,9 46,3 54,55 7,30 28,86 9,29 4,0 18,2 2,5 24,6
Khémisset Ezzhiliga (AC) 9,8 3,7 37,8 22,6 10,0 44,1 41,74 30,00 16,63 11,63 10,7 6,9 2,6 20,2
Khémisset Jemaat Moul Blad 40,4 17,2 42,5 62,4 28,5 45,7 42,27 5,98 33,82 17,93 2,9 33,8 6,6 43,3
Khémisset Laghoualem 25,8 10,9 42,4 66,8 32,4 48,6 55,25 4,74 29,07 10,94 3,9 21,7 4,1 29,7
Khémisset Marchouch 8,3 3,3 39,4 45,7 20,4 44,7 52,15 10,58 25,89 11,39 8,2 7,5 0,8 16,6
Khémisset My Driss Aghbal 27,3 11,7 42,8 61,8 29,8 48,1 43,35 10,11 30,55 16,00 8,8 22,4 4,9 36,0
Khémisset Ain Johra-Sidi Boukhalkhal 30,4 12,7 41,6 71,1 33,9 47,7 48,93 6,20 30,70 14,17 7,3 25,5 4,9 37,7
Khémisset Ait Belkacem 15,8 6,3 40,0 46,3 20,3 43,9 53,39 8,56 29,72 8,33 3,6 14,5 1,3 19,3
Khémisset Ait Bouyahya El Hajjama 6,2 2,4 37,8 29,9 13,4 45,0 57,44 9,34 22,68 10,55 1,6 6,1 0,2 7,9
Khémisset Ait Malek 24,1 10,2 42,3 57,5 27,0 47,0 48,83 4,82 28,91 17,44 8,5 21,6 2,5 32,6
Khémisset Khemis Sidi Yahya 8,5 3,3 39,5 38,8 16,7 43,1 50,80 16,41 24,54 8,25 3,1 7,3 1,1 11,5
Khémisset M'qamTolba 24,2 10,5 43,3 63,2 30,2 47,7 51,81 4,61 25,79 17,79 3,7 20,4 3,8 27,9
Khémisset Sidi Abderrazak 22,9 10,1 44,1 56,9 26,9 47,3 48,48 6,69 26,75 18,08 2,7 20,0 2,8 25,6
Khémisset Ait Ali ou Lahcen 29,6 12,9 43,4 67,1 33,9 50,6 51,23 3,94 27,31 17,51 10,4 21,9 7,7 40,0
246
Annexe 25 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Rabat & Salé)
Pauvreté multidimensionnelle
Condition de vie
libellé commune
(en%), en 2004
pauvreté
(en%), 2014
(en%), 2004
(en%),2014
(en%),2014
Taux de
Province
2004
pauvreté
Condition de logement
multidimensionnelle
uniquement
Education
l’ assainissement
globale
Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
Santé
monétaire et
(en%), 2014
Rabat Agdal Riyad (AR) 0,7 0,2 36,1 4,5 1,8 39,3 47,75 23,56 24,69 4,00 0,2 0,7 0,0 0,9
Rabat El Youssoufia (AR) 0,9 0,3 35,5 4,3 1,6 37,3 58,21 32,65 7,38 1,76 0,9 0,8 0,0 1,8
Rabat Hassan (AR) 0,6 0,2 35,6 4,4 1,7 38,3 51,86 33,92 10,04 4,18 0,3 0,6 0,0 0,9
Rabat Souissi (AR) 0,8 0,3 36,7 8,5 3,3 39,0 51,23 21,41 20,31 7,05 0,4 0,7 0,0 1,2
Rabat Touarga (M) 0,3 0,1 33,8 2,7 0,9 34,1 49,37 49,37 0,00 1,27 1,8 0,3 0,0 2,2
Rabat Yacoub El Mansour (AR) 1,1 0,4 35,2 6,0 2,3 37,6 48,22 25,71 23,67 2,40 0,8 1,0 0,0 1,9
Salé BabLamrissa (AR) 1,3 0,5 35,9 6,8 2,8 40,2 54,51 29,47 11,14 4,89 0,6 1,2 0,1 1,8
Salé Bettana (AR) 1,1 0,4 35,8 7,6 3,1 40,8 52,98 26,18 14,89 5,96 0,8 1,0 0,1 1,9
Salé Hssaine (AR) 1,0 0,4 35,4 6,4 2,5 38,9 58,75 30,94 8,26 2,05 0,7 1,0 0,0 1,7
Salé Layayda (AR) 1,9 0,7 35,5 13,8 5,5 39,8 63,10 29,64 5,16 2,10 2,9 1,7 0,1 4,8
Salé Sidi Bouknadel (M) 3,4 1,3 37,4 24,3 10,6 43,8 65,55 18,63 10,66 5,15 2,8 3,3 0,1 6,2
Salé Tabriquet (AR) 1,6 0,6 35,5 5,9 2,3 38,1 53,27 25,34 19,37 2,01 0,9 1,4 0,1 2,5
Salé Shoul 26,3 11,0 41,8 64,4 29,2 45,3 51,65 6,58 27,97 13,81 3,2 23,0 3,3 29,5
Salé Ameur 10,2 4,1 39,7 45,4 21,2 46,7 64,64 12,77 17,11 5,49 2,4 8,7 1,5 12,6
Source : HCP, 2018.
247
Annexe 26 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Sidi Kacem)
multidimensionnelle (en%),2014
Distribution des formes de la
multidimensionnelle (en%), en
multidimensionnelle (en%),
Décomposition de la pauvreté par source de
multidimensionnelle (en%),
pauvreté
Indice de pauvreté
Indice de pauvreté
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
libellé commune
Noyau dur de
multidimensionnelle
Condition de vie Taux de
Pauvreté monétaire
Province
la pauvreté
2014
2004
2004
pauvreté
uniquement
uniquement
Accès à l’ eau, à
l’ assainissemen
multidimensionn
l’ électricité et à
Education
Pauvreté
globale
Condition de
monétaire et
Santé
Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014
elle
t
Sidi Kacem Dar Gueddari (M) 2,5 0,9 36,3 8,7 3,4 38,9 69,08 6,20 12,78 11,94 9,7 1,8 0,6 12,2
Sidi Kacem HadKourt (M) 3,7 1,4 39,1 12,9 5,5 42,5 61,49 11,91 18,11 8,49 5,6 3,1 0,5 9,2
Sidi Kacem Jorf El Melha (M) 2,5 0,9 35,9 12,4 4,8 38,6 71,26 19,37 5,39 3,98 2,9 2,3 0,2 5,4
Sidi Kacem Mechraa Bel Ksiri (M) 2,2 0,8 36,1 11,2 4,5 40,3 61,68 19,40 12,85 6,07 2,6 2,0 0,2 4,8
Sidi Kacem Sidi Kacem (M) 2,1 0,8 35,7 10,1 4,1 40,3 60,69 23,84 9,16 6,30 3,4 1,8 0,3 5,5
Sidi Kacem Ain Dfali 12,3 5,0 40,5 33,3 14,0 42,0 53,60 8,02 18,82 19,56 6,0 10,4 1,9 18,3
Sidi Kacem BniOual 9,8 4,0 40,6 41,5 17,7 42,8 56,41 10,40 14,78 18,41 11,7 8,3 1,5 21,5
Sidi Kacem Moulay Abdelkader 27,0 11,4 42,1 49,7 22,0 44,2 45,89 18,10 19,57 16,43 9,5 18,8 8,4 36,6
Sidi Kacem Sidi Ahmed Benaissa 25,7 10,4 40,3 63,7 29,6 46,5 50,56 12,07 16,08 21,29 11,9 21,9 3,8 37,6
Sidi Kacem Sidi Ameur Al Hadi 23,8 9,5 40,0 60,5 27,5 45,4 53,95 7,46 21,88 16,71 10,8 17,6 6,2 34,6
Sidi Kacem Sidi Azzouz 15,9 6,6 41,3 33,6 14,2 42,1 56,76 13,51 16,29 13,43 4,3 13,1 2,8 20,3
Sidi Kacem Al Haouafate 8,5 3,3 38,9 35,1 15,2 43,3 57,81 12,57 19,24 10,38 2,6 7,6 0,8 11,0
Sidi Kacem Nouirate 9,0 3,5 39,0 34,3 14,7 42,8 59,73 16,51 15,16 8,59 6,8 7,6 1,4 15,8
Sidi Kacem Sefsaf 9,6 3,8 39,3 40,3 17,6 43,6 60,08 12,95 17,67 9,30 4,9 7,4 2,2 14,5
Sidi Kacem Khnichet 9,1 3,4 37,9 38,4 16,6 43,3 67,00 9,33 10,88 12,79 11,4 7,0 2,0 20,5
Sidi Kacem Khnichet (AC) 2,6 0,9 36,4 11,9 5,0 42,2 63,77 10,37 13,54 12,33 4,6 2,4 0,1 7,2
Sidi Kacem Lamrabih 14,9 5,7 38,6 40,0 17,1 42,9 50,94 8,79 23,29 16,98 11,7 12,3 2,5 26,6
Sidi Kacem Oulad Nouel 10,0 4,0 40,1 39,7 16,7 42,1 60,16 14,02 10,00 15,82 7,0 8,7 1,3 17,0
Sidi Kacem Sidi M'Hamed Chelh 8,4 3,2 38,7 29,3 12,6 43,0 62,93 18,44 5,39 13,24 14,3 6,1 2,3 22,6
Sidi Kacem Taoughilt 10,0 3,9 39,1 32,0 13,9 43,4 61,34 9,07 17,08 12,51 8,7 7,9 2,1 18,8
Sidi Kacem BabTiouka 16,0 6,3 39,6 36,6 15,5 42,2 56,00 5,53 19,29 19,17 5,4 13,1 2,9 21,4
Sidi Kacem Bir Taleb 7,1 2,7 38,6 31,6 13,0 41,2 61,78 12,75 11,13 14,34 12,1 5,7 1,4 19,2
Sidi Kacem Chbanate 7,6 2,9 38,4 16,2 6,7 41,0 56,11 15,21 15,92 12,76 5,3 6,6 1,0 13,0
Sidi Kacem Selfat 12,3 4,9 40,2 32,7 13,9 42,5 56,75 8,56 17,82 16,87 14,1 8,6 3,8 26,4
Sidi Kacem Tekna 10,6 4,2 39,8 41,0 17,7 43,1 62,16 11,96 10,15 15,73 18,4 7,4 3,3 29,1
Sidi Kacem Zaggota 11,1 4,4 40,0 20,6 8,4 40,8 56,55 18,35 9,54 15,57 4,5 9,6 1,6 15,6
Sidi Kacem Zirara 6,1 2,4 38,7 19,8 8,3 41,9 59,03 5,68 20,42 14,87 5,6 5,2 0,9 11,7
Sidi Kacem Zirara (AC) 3,6 1,3 35,4 12,4 5,0 40,1 67,29 23,20 6,69 2,82 13,5 2,4 1,1 17,1
Sidi Kacem Dar Laaslouji 17,0 6,7 39,6 41,7 18,0 43,1 56,68 8,49 19,30 15,53 11,0 12,9 4,1 27,9
Sidi Kacem Rmilat 8,5 3,2 38,1 27,5 11,1 40,4 59,46 19,87 9,13 11,53 9,9 7,1 1,4 18,4
Sidi Kacem Sidi Al Kamel 10,3 3,8 37,0 29,6 12,3 41,5 65,49 20,08 6,62 7,81 6,6 7,9 2,2 16,7
Source : HCP, 2018.
248
Annexe 27 – Cartographie de la pauvreté communale 2004-2014 (Témara &Sidi Slimane)
multidimensionnelle (en%),2014
Décomposition de la pauvreté par source de
multidimensionnelle (en%), en
privation (en%) 2014 (en %) en 2014
Noyau dur
Indice de pauvreté
Indice de pauvreté
Taux de pauvreté
Taux de pauvreté
libellé commune
Condition de vie de la
multidimensionnelle
(en%), 2004
Pauvreté monétaire
(en%),2014
Taux de
Province
pauvreté
2004
pauvreté
uniquement
uniquement
Education
multidimensionnel
l’ assainissement
Pauvreté
Accès à l’ eau, à
l’ électricité et à
globale
Santé
Condition de
monétaire et
Cumul des
pauvretés
logement
(en%), 2014
le
Sidi Slimane Sidi Slimane (M) 2,5 0,9 37,2 11,2 4,6 41,2 59,28 18,59 13,98 8,15 4,0 2,1 0,4 6,5
Sidi Slimane Sidi Yahya El Gharb (M) 3,7 1,4 38,2 19,8 8,4 42,3 60,59 14,92 14,07 10,42 10,2 2,5 1,1 13,9
Sidi Slimane Kceibya 18,1 7,5 41,6 38,1 16,0 41,9 60,23 6,86 17,15 15,76 11,1 12,4 5,6 29,1
Sidi Slimane Sfafaa 17,8 7,0 39,2 48,1 20,8 43,2 62,63 5,70 15,76 15,91 12,2 12,4 5,4 30,0
Sidi Slimane Ameur Chamalia 19,3 7,7 40,1 45,6 18,8 41,2 65,37 9,45 12,38 12,80 15,5 12,7 6,5 34,7
Sidi Slimane Azghar 7,0 2,7 38,9 39,6 17,4 43,9 70,58 13,27 10,63 5,51 5,9 6,3 0,8 12,9
Sidi Slimane Boumaiz 8,4 3,2 38,5 29,4 12,5 42,5 55,55 6,72 22,23 15,51 5,7 7,6 0,8 14,1
Sidi Slimane Dar Bel Amri 19,5 8,7 44,9 35,0 16,3 46,7 52,45 6,83 24,35 16,38 2,3 16,3 3,2 21,8
Sidi Slimane M'saada 14,5 5,7 39,1 37,9 16,3 43,1 59,08 13,70 12,14 15,08 12,0 10,6 4,0 26,5
Sidi Slimane Ouled Ben Hammadi 5,9 2,3 38,6 30,9 13,0 42,2 55,93 16,36 15,52 12,20 2,4 5,6 0,3 8,3
Sidi Slimane OuledH'Cine 10,0 3,9 39,5 32,0 13,3 41,7 55,13 14,94 15,35 14,58 11,4 7,5 2,5 21,4
Skhirate- Témara Ain El Aouda (M) 2,2 0,8 36,0 28,1 11,9 42,5 55,61 22,05 14,11 8,23 4,1 1,9 0,3 6,3
Skhirate- Témara Harhoura (M) 0,8 0,3 39,0 6,0 2,5 41,8 48,65 23,59 22,48 5,28 0,0 0,7 0,0 0,8
Skhirate- Témara Skhirate (M) 2,4 0,9 37,1 16,4 6,7 41,1 57,48 29,14 10,30 3,07 2,6 2,3 0,2 5,0
Skhirate- Témara Témara (M) 1,3 0,5 36,3 9,5 3,7 39,2 53,21 25,94 17,49 3,36 0,4 1,3 0,0 1,7
Skhirate- Témara Ain Attig (M) 2,2 0,8 36,7 19,8 8,1 41,1 57,84 23,69 12,45 6,02 1,9 1,9 0,3 4,1
Skhirate- Témara El Menzeh 5,5 2,1 38,3 24,9 10,7 42,9 53,44 7,24 27,40 11,93 0,6 5,4 0,2 6,2
Skhirate- Témara Oumazza 8,9 3,4 37,9 31,1 13,2 42,6 49,35 9,84 26,92 13,89 10,1 7,7 1,2 19,0
Skhirate- Témara Sidi Yahya Zaer 9,5 3,9 40,8 52,7 24,3 46,1 59,00 14,73 19,42 6,84 1,9 8,3 1,2 11,4
Skhirate- Témara Sidi Yahya Zaer (AC) 3,2 1,2 38,9 40,5 16,6 41,1 55,81 18,65 19,32 6,22 3,4 3,0 0,2 6,6
Skhirate- Témara Tamesna (AC) 1,5 0,5 34,7 36,5 14,8 40,5 66,86 16,40 9,35 7,39 1,7 1,4 0,1 3,2
Skhirate- Témara Mers El Kheir 2,8 1,0 37,5 31,1 13,2 42,3 65,76 14,58 15,37 4,29 1,1 2,8 0,0 3,9
Skhirate- Témara Mers El Kheir (AC) 1,4 0,5 35,2 15,5 6,5 42,0 62,00 31,85 3,18 2,97 3,0 1,2 0,2 4,4
Skhirate- Témara Sabbah 3,7 1,4 37,7 28,5 12,6 44,1 67,00 13,84 13,39 5,77 0,5 3,6 0,2 4,2
Source : HCP, 2018.
249
Annexe 28 – Contribution des régions à la croissance du PIB (en %)
Tanger-Tétouan-Al Hoceima
60,0
Oriental
48,1
50,0
Fès-Meknès
40,0 Rabat-Salé-Kénitra
Béni Mellal-Khénifra
30,0
Casablanca-Settat
20,0 17,0
Marrakech-Safi
250
Annexe 30 – PIB par secteur d’activité et par région (en millions de DH)
251
TABLE DES MATIERES
DEDICACES
REMRCIEMENTS
SOMMAIRE
LISTE DES ABREVIATIONS
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES FIGURES
LISTE DES GRAPHES
LISTE DES CARTES
LISTE DES ANNEXES
INTRODUCTION GENERALE .......................................................................................................1
PARTIE 1 : CADRE THEORIQUE D’ANALYSE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE............................................................................... 11
252
2.2 Evolution du concept de la capacité d’absorption ........................................................... 75
3. Innovation sociale et développement territorial durable.......................................................... 83
3.1 Des modèles territoriaux d’innovation à l’innovation sociale .......................................... 83
3.2 Cadre conceptuel et hypothèses de la recherche.............................................................. 91
Conclusion de la première partie................................................................................................. 103
PARTIE 2 : VERIFICATION EMPIRIQUE DE LA RELATION ENTRE L’INNOVATION SOCIALE ET LE
DEVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE ................................................................................... 104
253
TABLE DES MATIERES ..................................................................................................................... 253
254
RESUME
L’objectif principal de cette thèse est de mesurer l’effet des projets socialement innovants sur
le développement territorial durable dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Dans une perspective
territoriale, nous avons testé un modèle d’équations structurelles PLS (Partial Least Squares)
mettant en relation médiatisée l’innovation sociale et le développement territorial durable. Les
résultats de l’enquête menée auprès de 109 acteurs territoriaux (collectivités territoriales,
organismes publics concernés et associations) montrent que le territoire, la gouvernance et le
capital social jouent un rôle de médiation partielle dans la relation entre l’innovation sociale et
le développement territorial durable. L’augmentation du pouvoir explicatif du modèle lorsqu’on
y inclut ces variables médiatrices atteste de l’importance pour les acteurs territoriaux de prendre
en compte les dimensions « territoire, gouvernance et capital social » lors de la conception de
leurs projets sociaux afin de mettre en œuvre les interventions qui produiront l’impact désiré.
Cependant, nos résultats n’ont pas conclu à l’existence d’un effet médiateur de la durabilité
dans la relation entre l’innovation sociale et le développement territorial durable. Cette absence
de médiation explique les difficultés que rencontrent encore les promoteurs de développement
à traiter de façon co-évolutive la relation société/nature. En effet, la plupart des projets ont
tendance à négliger soit la dimension environnementale soit la dimension sociale de la
durabilité. Malgré les quelques points positifs qui sont plus des ferments d’évolution que des
avancées effectives, il en résulte de cette dichotomie que la question environnementale en
général, et la préservation des ressources naturelles en particulier, est encore davantage perçue
comme une contrainte que comme une opportunité.
Mots-clés : Développement territorial durable ; innovation sociale ; territoire ; gouvernance ;
capital social ; durabilité.
ABSTRACT
The main objective of the thesis is to measure the effect of socially innovative projects on
sustainable territorial development in the Rabat-Salé-Kénitra region. We adopted a territorial
perspective and using a structural equation (Partial Least Squares) methodology to test
hypotheses. The results of the survey conducted on 109 territorial actors (local authorities,
concerned public bodies, non-profit organizations) show that the using of territory, governance
and social capital, partially mediates the relationship between social innovation and sustainable
territorial development. The increase in predictive power of the model when constructed
mediators are included shows the importance for territorial actors to analyze the dimensions
related to «territory, governance and social capital» when designing their social projects in order
to implement the interventions that will produce the desired impact. However, the results do
not indicate the existance of a mediating effect of sustainability in relationship between social
innovation and sustainable territorial development. This lack of mediation explains the
difficulties that development promoters still face in dealing with a society/nature relationship
in a co-evolutionary way. Indeed, most projects tend to neglect either the environmental
dimension or the social dimension of sustainability. Despite the few positive points that are
more evolutionary ferments than effective progress, this dichotomy results in a perception of the
environmental issue in general, and the preservation of natural resources in particular, as a
constraint more than as an opportunity.
Keywords: Sustainable territorial development, social innovation, territory, governance, social
capital, sustainability.
255