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Lettre n°19
LE REGNE SOCIAL
DU CHRIST-ROI
PIE XI : QUAS PRIMAS
INTRODUCTION célébrer chaque année, dans tout l’univers,
le dernier dimanche d’octobre ».
Le dogme du Règne social de Notre
Seigneur Jésus-Christ est certainement un POURQUOI NOTRE
des plus importants de l’enseignement Ca- SEIGNEUR EST-IL ROI ?
tholique ; mais il est aujourd’hui certaine-
ment un des plus rejetés.
Notre Seigneur Jésus-Christ est le
Cette doctrine est pourtant plus Roi de l’univers tout entier, et la Sainte
vraie et plus nécessaire que jamais. Elle Écriture est là pour nous le prouver.
soutient tous les autres dogmes de la Foi
Catholique. Quand la Sainte Famille reçut les
Rois Mages le 6 janvier, le jour de l’Épi-
Monseigneur Lefebvre nous en par- phanie, ils donnèrent à l’Enfant Jésus trois
lait très souvent ; vers la fin de sa vie, dons symboliques : l’encens, symbole de la
presque tous ses sermons abordaient ce su- prière : Notre Seigneur est Dieu ; la
jet. myrrhe, utilisée pour embaumer les morts :
Notre Seigneur est Homme ; l’or, symbole
La Royauté de notre Divin Sau- de Son pouvoir royal : Notre Seigneur est
veur a toujours été reconnue et prêchée Roi. Les Mages virent donc un Enfant
dans l’Église, mais fut formellement éta- nouveau-né, mais reconnurent en Lui un
blie comme dogme de Foi Catholique le Dieu, un Homme et un Roi.
11 décembre 1925, par le Pape Pie XI
avec son encyclique « Quas Primas ». De plus, pendant la Passion du Sei-
gneur, le gouverneur romain Pilate Lui de-
Par cet acte solennel du magistère, manda : « Êtes-Vous le Roi des juifs ? » ;
le Pape instituait la fête du Christ-Roi : Jésus répondit très clairement : « Vous
« En vertu de notre autorité aposto- l’avez dit, Je suis Roi ».
lique, Nous instituons la fête de Notre Sei-
gneur Jésus, Christ-Roi, fête qu’il faudra Le Pape Pie XI explique dans
« Quas Primas » que Notre Seigneur est
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Roi d’abord par nature, par droit natu- sentiments qui nous enflamment aux plus
rel, parce qu’étant Dieu, Il est Créateur nobles actions ».
du monde entier : « Son Royaume est
fondé sur l’union hypostatique. De là il suit « Enfin, Il est reconnu comme Roi
que, non seulement Il doit être adoré des cœurs, à cause de Sa charité qui sur-
comme Dieu par les anges et les hommes, passe toute appréciation, et de Sa bienfai-
mais encore que ceux-ci doivent obéir avec sante douceur qui attire les âmes ».
soumission à la puissance du Christ. Au « Notre Seigneur Roi est aussi le
seul titre de l’union hypostatique, le Législateur à qui tous doivent obéissance ;
Christ a plein pouvoir sur toutes les Il a le pouvoir Judiciaire qui Lui fut attri-
créatures ». bué par Son Père, et le pouvoir Exécutif
Puisque tous les hommes ont été puisque tous doivent obéir à Son comman-
créés par le Christ, tous, même les non- dement ».
Catholiques, sont tenus de reconnaître Sa
Royauté et Sa Divinité : « Le Seigneur Nous retrouvons le même enseigne-
Dieu Lui donnera le trône de David Son ment dans Saint Thomas d’Aquin : « Dieu
Père ; Il régnera éternellement sur la mai- est en toutes choses par Sa Puissance en
son de Jacob, et Son règne n’aura pas de tant que tout Lui est soumis, par sa Pré-
fin » (Luc, I, 32-33). « Il faut qu’Il règne sence car Il voit tout, par Son Essence en
jusqu'à à ce qu’Il ait mis tous Ses ennemis tant qu’Il est la cause de l’être de toutes
sous Ses pieds » (I Cor, 1-25). choses » (Ia, Q8, a3). Puisque tout homme,
même non-Catholique, existe par la Puis-
Notre Seigneur est aussi Roi par sance, la Présence et l’Essence de Dieu, il
droit acquis de conquête ; en tant que s’ensuit que tous sont obligés de le recon-
notre Rédempteur, Il est mort sur la Croix naître comme leur Roi !
le Vendredi Saint pour nous racheter,
payant notre Rédemption par l’effusion de REPONSES A QUELQUES
Son propre Sang : « Vous avez été affran-
chis de la vaine manière de vivre, non par OBJECTIONS
des choses périssables, mais par un Sang
précieux, celui de l’Agneau sans défaut et 1- Notre Seigneur nous a dit que Son
sans tache, le Sang du Christ » (I Pierre, 1- Royaume n’était pas de ce monde ; Il
18). Nous ne nous appartenons donc plus, ne se préoccupe donc que de choses
car le Christ nous a rachetés d’un grand spirituelles, et Son Royaume n’est que
prix : nos corps mêmes sont les membres spirituel. Il est Roi au Ciel et n’a pas
du Christ. besoin d’être reconnu comme tel sur la
terre.
« Ainsi, Notre Seigneur doit être
reconnu par tous comme Roi de nos in- Réponse 1 : « Ce serait une grave erreur
telligences, parce qu’il est nécessaire aux de dire que le Christ n’a aucune autorité
hommes de puiser près de Lui la vérité en matières civiles, car, en vertu de
et de la recevoir avec soumission ». l’empire absolu qu’Il a reçu de Son Père
sur toutes les créatures, toutes les choses
« Il est aussi Roi des volontés hu- sont soumises à Sa Puissance ».
maines, parce que non seulement à la sain-
teté de la Volonté Divine répondent en Lui 2- La plupart des hommes ont rejeté de
une intégrité et une obéissance absolument leur vie Notre Seigneur Jésus-Christ et
parfaites de la volonté humaine, mais c’est Sa sainte Loi. Le Règne social du
encore Son impulsion, ce sont Ses inspira- Christ était peut-être possible dans une
tions, qui suggèrent à notre libre arbitre les société Catholique, mais c’est un rêve
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impossible à réaliser dans la société des enfants de Dieu ou l’esclavage du dé-
laïque actuelle. Soyons réalistes ! mon : « Celui qui n’est pas avec Moi est
contre Moi ».
Réponse 2 : « L’espoir d’une paix durable
entre les peuples ne brillera jamais tant que CONSEQUENCES
les individus et les états s’obstineront à re-
jeter l’autorité de notre Sauveur. Pour aider DOCTRINALES
à rétablir solidement la paix, il n’y a pas de
moyen plus efficace que la restauration du 1- Condamnation de la liberté de
règne de Notre Seigneur ». conscience.
« La royauté de notre Rédemp-
teur ne s’étend pas seulement aux na- Si Dieu est le Roi de nos intelli-
tions Catholiques, ou seulement à ceux gences, de nos volontés et de nos cœurs, Il
qui, purifiés par le saint baptême, ap- doit diriger les facultés de notre âme.
partiennent de droit à l’Église, mais elle L’homme n’a donc pas d’abord des
embrasse aussi tous les hommes n’ayant droits, mais des devoirs à remplir par
pas la foi chrétienne, de sorte qu’en rapport à Dieu. Il ne peut faire ce qu’il
toute vérité l’universalité du genre hu- veut, mais doit se soumettre à la volonté
main soit soumise à la puissance de Jé- Divine exprimée par la loi naturelle et le
sus-Christ ». Décalogue. Il ne peut penser comme il
« En cette matière, il ne faut pas veut, ni décider par lui-même ce qui est
distinguer entre les individus et les sociétés vrai ou faux : il ne peut suivre sa
domestiques et civiles, puisque les conscience mais doit suivre la conscience
hommes réunis en société ne sont pas Divine !
moins sous la puissance du Christ que Si l’homme accepte la « liberté de
les particuliers ». conscience », le péché n’existe plus, car
tout individu peut subjectivement créer sa
« Que les chefs des nations ne re- propre loi et ses propres commandements.
fusent donc pas de rendre par eux-mêmes Une mère pourrait alors dire : « Dieu a dit
et par le peuple, à la puissance du Christ, de ne pas tuer, mais ma conscience me dit
leurs hommages publics de respect et que l’avortement est bon et acceptable
d’obéissance s’ils veulent, en sauvegardant dans mon cas ; je tue donc mon bébé ».
leur autorité, promouvoir et accroître la
prospérité de la patrie ». Le règne social de Notre Seigneur
« Dieu et Jésus-Christ ayant été ex- Jésus-Christ exige donc la condamnation
clus de la législation et des affaires pu- de la liberté de conscience. Cela fut fait de
bliques, et l’autorité ne tirant plus son ori- façon infaillible par le Pape Pie IX, le 8 dé-
gine de Dieu, mais des hommes, il arriva cembre 1864, dans l’encyclique « Quanta
que les bases mêmes de l’autorité furent Cura » qui déclare : « Certains hommes
renversées. Il s’en est suivi un ébranlement ne craignent pas de soutenir cette doc-
de la société toute entière, désormais pri- trine erronée, très pernicieuse à l’Église
vée de défense et de soutien solides. La di- Catholique et au salut des âmes - doc-
gnité royale de Notre Seigneur demande trine que notre prédécesseur Grégoire
que l’État reconnaisse les Commande- XVI qualifiait d’insanité - à savoir que
ments et les principes Catholiques ». ‘la liberté de conscience et de culte est
un droit propre à chaque homme, qui
Si Dieu n’est pas reconnu comme doit être proclamé par la loi, et que les
Roi de notre société, le démon le devien- citoyens ont le droit à l’entière liberté de
dra, avec son cortège d’abominations et de manifester hautement et publiquement
terreurs. Nous devons choisir : la liberté leurs opinions, quelles qu’elles soient’.
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Mais ils ne pensent, ni se rendent séparée de l’état et l’état de
compte qu’il prêchent alors une liberté l’Église ».
de perdition ! » 2- Le Pape Saint Pie X, le 11 février
La fausse doctrine de la liberté de 1906, dans son encyclique « Vehe-
conscience est donc infailliblement menter Nos », déclare : « La thèse qui
condamnée, pour tous les temps, pays et prétend que l’état doit être séparé de
gens, n’en déplaise le Concile Vatican II l’Église est absolument fausse, et une
qui enseigne explicitement le contraire ! erreur très pernicieuse, qui est aussi
une négation évidente de tout l’ordre
2- L’Église Catholique et l’état surnaturel. L’état qui déclare qu’il
doivent être nécessairement ne doit pas reconnaître le culte Ca-
tholique est coupable d’une grande
unis
injustice envers Dieu ; car le Créa-
teur de l’homme est aussi le Fonda-
La royauté sociale de Notre Sei- teur des sociétés humaines, et Il pré-
gneur Jésus-Christ exige la condamnation serve leur existence comme Il pré-
de la fausse doctrine de séparation entre serve la nôtre. Nous Lui devons
l’Église et l’état. L’Église et l’état doivent donc, non seulement un culte privé,
être unis comme l’âme au corps : l’âme mais aussi un culte social et public
dirige le corps comme l’Église doit diri- pour L’honorer ».
ger l’état pour tout ce qui regarde le
règne social du Christ. De même qu’un
corps séparé de son âme est mort, de CONCLUSION
même l’état séparé de l’Église devient
un cadavre. Le Pape Pie XI nous la donne : « Il
faut peut-être attribuer l’état actuel de
Si on acceptait la doctrine de sé- la société à la lenteur et à la timidité des
paration entre l’Église et l’état, il fau- bons qui s’abstiennent de résister, ou ré-
drait en conclure que Dieu et Son Église sistent avec mollesse ; les adversaires de
n’ont alors rien à dire en matière poli- l’Église en retirent nécessairement un
tique, qu’ils n’ont pas à se mêler des lois surcroît de témérité et d’audace. »
et de la moralité publique (même en ce
qui concerne par exemple l’avortement, « Que les fidèles comprennent tous
le divorce, la pornographie, l’homosexu- qu’il leur faut lutter avec courage et tou-
alité…) La vie publique et la vie privée se- jours, sous les drapeaux du Christ-Roi.
raient alors totalement séparées : quelqu’un Que le feu de l’apostolat les embrase,
pourrait penser et agir comme un Catho- qu’ils travaillent à réconcilier avec leur
lique en privé, mais comme un vrai païen Seigneur les âmes éloignées de Lui ou
en public ! ignorantes, et qu’ils s’efforcent de sauve-
Notre Seigneur serait alors rejeté de garder Ses droits ».
notre société comme les Juifs rejetèrent le « Plus les réunions internationales
Messie : « Qu’Il meure, crucifiez-Le, relâ- et les assemblées nationales accablent d’un
chez Barabbas » ! Cela signifierait la mort indigne silence le Nom très doux de notre
spirituelle pour notre pays et tous ses habi- Rédempteur, plus il faut L’acclamer et
tants. faire connaître les droits de la dignité et de
la puissance royales du Christ ».
Voici à ce sujet deux citations du
Magistère de l’Église : Tout dévoué en Notre Seigneur Jé-
1- Pie IX, le 8 décembre 1864, sus-Christ et Sa très Sainte Mère.
condamne dans « le Syllabus » la
proposition 55 : « L’Église doit être Abbé Jean-Luc Lafitte