ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE
CINQUANTE-SIXIEME ASSEMBLEE MONDIALE DE LA SANTE A56/27
Point 14.18 de l’ordre du jour provisoire 24 avril 2003
Conférence internationale d’Alma-Ata sur les soins
de santé primaires : vingt-cinquième anniversaire
Rapport du Secrétariat
INTRODUCTION
1. Les soins de santé primaires sont devenus un concept de base pour l’OMS à la suite de la
Déclaration d’Alma-Ata (1978), qui devait donner naissance à l’objectif de la santé pour tous.
L’Assemblée mondiale de la Santé a renouvelé son engagement en faveur d’une amélioration globale
de la santé, en particulier pour les populations les plus défavorisées, dans la résolution WHA51.7
(1998), dans laquelle les Etats Membres ont affirmé qu’ils entendaient rendre accessibles les éléments
essentiels des soins de santé primaires tels qu’ils sont définis dans la Déclaration d’Alma-Ata et dans
la politique de la santé pour tous au XXIe siècle.1
2. Depuis la Déclaration d’Alma-Ata, la situation sanitaire a considérablement changé au niveau
des pays. Des modifications majeures sont intervenues en ce qui concerne le tableau de morbidité, les
profils démographiques, l’exposition aux risques majeurs et l’environnement socio-économique. On a
également observé des tendances à l’adoption de modèles de soins plus intégrés et à un pluralisme
accru dans le financement et l’organisation des systèmes de santé. Les gouvernements continuent à
réfléchir à leur rôle et leurs responsabilités au regard de la santé de la population et de l’organisation et
de la prestation des soins de santé, modifiant ainsi le contexte de l’élaboration et de la mise en oeuvre
de la politique de santé.
3. Les concepts élaborés lors de la Conférence internationale sur les soins de santé primaires
(Alma-Ata, 1978) continuent d’infléchir des aspects essentiels de la politique internationale de santé,
qui s’est inspirée ces dernières années d’idées nouvelles. Les recommandations de la Commission
Macroéconomie et Santé soulignent l’importance qu’il y a à investir dans la santé pour améliorer le
développement économique, ainsi que la nécessité d’une action sanitaire et communautaire
intersectorielle pour faire bouger les choses.2 Les objectifs de développement approuvés au niveau
international, y compris ceux qui figurent dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies,
Action 21 et le plan pour la mise en oeuvre des conclusions du Sommet mondial pour le
développement durable (Johannesburg, Afrique du Sud, 2002), exigent un renforcement des services
de santé pour tous comme étape décisive en vue d’améliorer la santé, surtout dans les pays les plus
pauvres.
1
Document A51/5.
2
Macroéconomie et santé : investir dans la santé pour le développement économique. Genève, Organisation
mondiale de la Santé, 2001.
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4. Ces dernières années, des politiques, des stratégies, des instruments et des outils nouveaux pour
financer les soins de santé, en améliorer le rapport coût/efficacité et les évaluer ont été mis au point
aux niveaux national et international, dont beaucoup contribuent directement au renforcement des
soins de santé primaires.
LES SOINS DE SANTE PRIMAIRES AU XXIe SIECLE
5. Il convient d’étudier en quoi les soins de santé primaires peuvent contribuer à résoudre les
problèmes de santé au XXIe siècle.1 Les premières conclusions montrent qu’il existe un véritable
engagement, à tous les niveaux dans les pays, en faveur des principes des soins de santé primaires.
Certains Etats Membres ont manifesté cet engagement en élaborant des politiques spécifiques dans ce
domaine et en en garantissant la mise en oeuvre, en définissant des orientations aux niveaux national
et local et en dégageant des ressources appropriées. De nombreux pays considèrent encore les soins de
santé primaires comme un élément essentiel de la politique sanitaire et comme un cadre pour la
fourniture des soins de santé, et sont en train de réexaminer ce modèle pour l’adapter à toute une série
de problèmes sanitaires et sociaux différents.
6. L’équité en matière de santé demeure un objectif important pour les systèmes de santé et la
prestation des services de santé. Le Rapport sur la santé dans le monde, 2000 considère que les buts
des systèmes de santé sont non seulement d’améliorer le niveau de santé de la population et le niveau
de réactivité des systèmes de santé par rapport aux attentes légitimes de la population, mais également
l’égalité de cette réactivité dans la population et l’équité des contributions financières. Ces derniers
éléments sont pris en compte dans l’action que déploie l’OMS pour développer les capacités des pays
en vue de renforcer l’élément sanitaire des stratégies de réduction de la pauvreté et d’élaborer et de
mettre en oeuvre des politiques de santé favorables aux pauvres.
7. Les organisations non gouvernementales ont toujours joué un rôle actif dans la fourniture des
soins de santé primaires. Elles participent de plus en plus au financement de ces soins, ce qui ajoute
une nouvelle dimension à l’élaboration des politiques de santé et à l’organisation et à la prestation des
services. Cela représente à la fois de nouveaux enjeux et de nouvelles possibilités pour l’Etat dans son
rôle d’administration générale du secteur de la santé.
8. Dans les Etats Membres où la mise en oeuvre des soins de santé primaires est incomplète ou
n’apporte pas les résultats escomptés, les problèmes sont attribués à l’absence de directives pratiques,
à une lacune au niveau de la direction et à un manque d’engagement politique, à des ressources
insuffisantes ou aux attentes irréalistes suscitées par ce modèle de soins. Le fait que les soins de santé
primaires n’atteignent pas toujours la population cible, c’est-à-dire les populations pauvres et autres
groupes défavorisés, s’explique également par un certain nombre d’autres facteurs politiques et
socio-économiques complexes.
9. Dans les pays développés et à revenu moyen, où la plus grande partie de la population a accès
aux services de santé, les soins de santé primaires s’efforcent avant tout de dispenser les bons services
au bon niveau. Dans les pays à faible revenu, qui ont encore d’importants problèmes à résoudre, les
soins de santé primaires sont souvent utilisés comme stratégie d’ensemble à la fois pour développer les
services et pour améliorer l’accès à ceux-ci. L’une des principales caractéristiques de tout modèle local
efficace de soins de santé primaires à l’avenir sera sa capacité d’adaptation à une situation en
1
A global review of primary health care: emerging messages. Document WHO/MNC/OSD/03.01 (en préparation).
2
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évolution rapide, sa réactivité aux besoins définis localement et l’existence de ressources stables et
suffisantes. Une base de connaissances à l’appui de l’élaboration d’une politique de soins de santé
primaires aux niveaux national et local devra être constituée grâce à une meilleure évaluation.
RESUME DE LA SITUATION PAR REGION
10. Dans la Région africaine, la plupart des réformes de soins de santé ont débouché sur des cadres
d’orientation fondés sur le concept de soins de santé primaires, même si la mise en oeuvre a pu revêtir
des formes différentes. En général, la collaboration multisectorielle est restée limitée. Les contraintes
financières ont également conditionné le degré de soutien technique apporté au personnel à la
périphérie et à la mise en place des systèmes d’orientation-recours et de communication. Bien que les
indicateurs de résultats concernant certains programmes de lutte contre la maladie aient été améliorés,
l’impact sur l’équité, l’accès aux soins et la situation sanitaire est limité. Des efforts sont faits dans
certains pays pour accroître la participation de la communauté rurale et le sentiment d’appropriation.
Le renforcement de l’échelon du district demeure une stratégie complémentaire pour développer les
soins de santé primaires et améliorer par là même l’accès des plus pauvres à ces services.
11. Au cours des dernières décennies, la plupart des pays de la Région des Amériques ont adopté
l’objectif de la santé pour tous à travers les soins de santé primaires. Les soins de santé primaires qui,
dans certains pays, existaient avant la Déclaration d’Alma-Ata, ont alors pris la forme d’un
« mouvement » qui a débouché sur l’adoption de politiques sociales importantes dans toute la Région.
Bien qu’interprété et mis en oeuvre de différentes façons par différents pays, ce mouvement a
contribué à améliorer l’accès aux services essentiels tels que la vaccination, les services de santé
maternelle et infantile, l’approvisionnement en eau et l’assainissement de base. Les soins de santé
primaires ont également contribué à accroître la participation sociale, à faire intervenir de nouveaux
acteurs tels que les agents de santé communautaires, à intégrer les services offerts par les différents
secteurs et à étendre les services de proximité.
12. Plus récemment, certains pays ont entrepris des réformes importantes, dont beaucoup visaient à
élargir ou à améliorer les soins de santé primaires. Néanmoins, la Région est encore confrontée à des
problèmes de taille pour instaurer la santé pour tous. Plusieurs pays, et certains groupes de population
à l’intérieur des pays, n’ont pas bénéficié des progrès accomplis par la Région dans son ensemble, et
les crises politiques, sociales et économiques récentes ont réduit l’accès de nombreux habitants aux
soins de santé. Pour les pays qui n’ont pas encore instauré la couverture universelle par des services
essentiels, il faudra que se manifeste une forte volonté politique, que soient allouées des ressources
suffisantes, que l’on crée des incitations adéquates et que l’on établisse des priorités en ciblant les
services en faveur des groupes les plus vulnérables.
13. Malgré des profils démographiques et des problèmes économiques et sociaux différents, tous les
Etats Membres de la Région de l’Asie du Sud-Est ont fondé leur politique nationale de santé sur
l’approche soins de santé primaires. Cela a permis d’améliorer la couverture et l’accès de la population
aux soins de santé, et donc l’état de santé de la population en général, et a joué un rôle dans le
développement communautaire d’ensemble.
14. La décentralisation des sources de financement et la sous-traitance de l’administration des
services de santé, la concentration de ressources limitées dans des domaines critiques comme la santé
maternelle, la planification familiale, la vaccination, les maladies chroniques et la lutte contre les
maladies endémiques, et de nouveaux partenariats pour le financement des soins de santé primaires
entre les communautés, le secteur privé et les donateurs ont constitué pour les décideurs, les
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responsables de l’élaboration des stratégies et les responsables de l’exécution des programmes de
nouvelles expériences.
15. L’organisation des soins de santé primaires varie considérablement selon les pays de la Région
européenne, témoignant de la diversité des systèmes de santé. Depuis le début des années 80, la
Région s’est clairement prononcée en faveur des soins de santé primaires comme le moyen le plus
important d’atteindre le but de la santé pour tous. En Europe orientale, où les changements politiques
de grande envergure ont eu des répercussions sur les systèmes de soins de santé, l’appui apporté par
les soins de santé primaires est loin d’être négligeable. Dans certains pays, des équipes
multidisciplinaires bien coordonnées de professionnels des soins de santé primaires constituent le
premier point de contact avec le système de santé officiel. Dans d’autres, l’accès aux soins de santé se
fait par l’intermédiaire des médecins généralistes, des spécialistes ou des infirmières, qui tous
travaillent de manière indépendante. Toutefois, la tendance générale est d’intégrer les éléments des
soins de santé en une approche systémique.
16. Les nombreuses réformes mises en oeuvre dans la Région allient souvent plusieurs éléments liés
à la privatisation, à la commercialisation, à la décentralisation et aux sources de financement. Malgré
cette hétérogénéité, la tendance générale qui se dégage dans l’ensemble des systèmes de santé en
Europe est un accroissement progressif de la responsabilité – financière et professionnelle – qui
incombe aux médecins généralistes. L’augmentation des maladies chroniques constitue un enjeu
majeur pour les soins de santé primaires, posant des problèmes en ce qui concerne l’élargissement de
l’accès aux médicaments, et l’offre de systèmes de soins complets qui garantissent la continuité et la
coordination des services.
17. Dans la Région de la Méditerranée orientale, le rôle des soins de santé primaires en tant que
« mouvement » de santé publique a été réaffirmé lors de la Première Conférence sur les soins de santé
primaires dans le monde arabe (Manama, février 2003), qui a réitéré l’engagement des Etats Membres
en faveur des principes d’universalité, de qualité, d’équité, d’efficience et de durabilité.
18. Les pays de la Région ont entrepris un certain nombre d’efforts pour réorganiser les soins de
santé primaires, notamment en se fondant davantage sur une approche au niveau local (systèmes de
santé de district, action ciblée sur les zones d’attraction et les besoins essentiels en matière de
développement), et en renforçant et en utilisant les capacités des districts et des gouvernorats en
matière de planification, de finances et de gestion. Les gouvernements jouent un rôle central en
organisant le financement des soins primaires, en garantissant des normes et des réglementations
appropriées et en mettant en oeuvre la politique, la planification et la recherche. Un effort croissant est
exercé dans la plupart des systèmes nationaux de santé fondés sur les soins de santé primaires en vue
de maîtriser les coûts, d’améliorer la qualité, d’encourager la coopération entre secteur public et
secteur privé, d’avoir recours à toute une gamme de techniques pour promouvoir les économies et
insister sur une gestion de qualité, d’assurer la continuité des soins et d’appliquer des techniques de
gestion telles que les méthodes de résolution des problèmes par les équipes de district, ce qui favorise
la décentralisation de la gestion et la participation de la communauté et des partenaires concernés.
19. Dans la Région du Pacifique occidental, les principes des soins de santé primaires ont fait
l’objet dans pratiquement tous les pays de documents de planification stratégique. Il existe une
diversité considérable de modèles de soins de santé primaires, qui témoignent des différences
importantes entre les pays. Les concepts fondamentaux des soins de santé primaires restent
applicables. Il faut insister davantage sur des approches intégrées au niveau local du développement
communautaire, se concentrer sur les besoins des populations défavorisées et marginalisées, élaborer
des politiques et concevoir des interventions qui favorisent le droit à l’accès aux soins, à la justice
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sociale et à l’équité et développer encore la base de connaissances concernant les soins de santé
primaires.
MESURES A PRENDRE PAR L’ASSEMBLEE DE LA SANTE
20. L’Assemblée de la Santé est invitée à examiner le projet de résolution suivant :
La Cinquante-Sixième Assemblée mondiale de la Santé,
Rappelant la Déclaration d’Alma-Ata (1978) et les résolutions WHA30.43, WHA32.30,
WHA33.24 concernant la santé pour tous d’ici l’an 2000, la résolution WHA34.36 adoptant la
stratégie mondiale de la santé pour tous d’ici l’an 2000, la résolution WHA35.23 approuvant le
plan d’action pour la mise en oeuvre de la stratégie, la résolution WHA48.16 sur une nouvelle
stratégie de la santé pour tous, la résolution WHA50.28 : relier la nouvelle stratégie au dixième
programme général de travail, à l’élaboration du budget programme et à l’évaluation, et la
résolution WHA51.7 sur la politique de la santé pour tous au XXIe siècle ;
Constatant les répercussions d’un environnement en mutation sur la mise en oeuvre des
soins de santé primaires dans les pays ;
Reconnaissant les efforts consentis par les pays pour faire des politiques et des
programmes de soins de santé primaires un élément essentiel de leurs systèmes de santé ;
Consciente du dévouement, de l’esprit d’initiative et de l’engagement en faveur de
l’objectif de la santé pour tous dont ont fait preuve les Etats Membres, d’autres organisations du
système des Nations Unies et des organisations non gouvernementales ;
1. PRIE les Etats Membres :
1) de faire en sorte que le développement des soins de santé primaires bénéficie de
ressources suffisantes et contribue à la réduction des inégalités en matière de santé ;
2) de réitérer leur engagement en faveur de l’amélioration à long terme des ressources
humaines à l’appui des soins de santé primaires ;
3) de développer le potentiel des soins de santé primaires afin de faire face à la charge
croissante des affections chroniques grâce à la promotion de la santé, à la prévention des
maladies et à leur prise en charge ;
4) de soutenir la participation active des communautés locales et des associations
bénévoles aux soins de santé primaires ;
5) d’encourager la recherche afin de mettre au point des méthodes efficaces pour
renforcer les soins de santé primaires et relier cette action à l’amélioration générale du
système de santé ;
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2. PRIE le Directeur général :
1) de continuer à prendre en compte les principes des soins de santé primaires dans les
activités de tous les programmes et d’aligner les approches suivies sur les objectifs de
développement de la Déclaration du Millénaire et les recommandations de la Commission
Macroéconomie et Santé ;
2) d’évaluer les différentes approches en matière de soins de santé primaires et de
répertorier et de diffuser les informations sur les meilleures pratiques afin d’améliorer la
mise en oeuvre ;
3) de continuer à développer les capacités dans les pays de façon à relever les
nouveaux défis démographiques, épidémiologiques et socio-économiques ;
4) de continuer à fournir un appui aux pays afin d’améliorer la qualité du personnel de
santé et d’augmenter les effectifs pour accroître l’accès aux services, notamment pour les
pauvres ;
5) d’insister à nouveau sur l’appui à la mise en oeuvre de modèles de soins de santé
primaires mis au point localement, souples et adaptables ;
6) d’organiser une réunion sur les orientations stratégiques futures pour les soins de
santé primaires.
= = =