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Thèmes abordés

  • Soin des enfants,
  • Justice sociale,
  • Environnement sûr,
  • Économie,
  • Éducation,
  • Collaboration,
  • Engagement moral,
  • Vulnérabilité,
  • Participation des enfants,
  • Droits de l'enfant
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  • Soin des enfants,
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Présentation

LE SOIN ET LA PROTECTION
DES PLUS PETITS ET DES SANS DÉFENSE

BULLETIN UISG NUMÉRO 174, 2021

PRÉSENTATION 2

LA CONVENTION DE L’ONU SUR LES DROITS DE L’ENFANT


ET SES IMPLICATIONS POUR LES ŒUVRES
DES INSTITUTS RELIGIEUX 4
Claudia Giampietro

PASSER DU PLACEMENT DES ENFANTS EN INSTITUTIONS


À LEUR PRISE EN CHARGE PAR LES FAMILLES 18
Sr. Niluka Perera, SGS

LE FLÉAU DES ABUS DES SŒURS.


L’ENGAGEMENT DES INSTITUTS À LA TRANSPARENCE,
AUX MESURES APPROPRIÉES, À LA COMPASSION 22
Sr. Tiziana Merletti, SFP
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

PASSAGE DE RELAI ENTRE LES COMMUNAUTÉS MÈRES


ET LES JEUNES RÉGIONS DE MISSION:
LES DÉFIS DU CHANGEMENT STRUCTUREL DANS
LES INSTITUTS RELIGIEUX AYANT UNE ACTIVITÉ MISSIONNAIRE 32
Dr. Myriam Wijlens

LA VIE À L’UISG 43

STAFF UISG 48

1
Présentation
PRESENTATION

L’UISG poursuit son engagement en faveur de la protection des mineurs et


des adultes vulnérables. Comme en 2020, le Bureau UISG pour la Protection
continue à organiser cette année une série de webinaires en collaboration avec la
Commission Pontificale pour la Protection des Mineurs, le Centre pour la
Protection de l’Enfance (Université Grégorienne), l’Union des Supérieurs Généraux
(USG) et Telefono Azzurro. Ces webinaires sont spécialement réservés aux
Supérieures Générales et à leurs déléguées et délégués.
Les informations et les documents relatifs à ces évènements sont disponibles
sur le site internet de l’UISG : [Link]
Le 2 octobre 2020 a également été lancé officiellement le Bureau Catholic
Care for Children International (CCCI). Sa coordinatrice, Sr Niluka Perera, a
proposé plusieurs webinaires importants pour expliquer la portée de la vision de
CCCI et les implications de l’adoption de la Protection continue.
Comme le Pape François nous le rappelle, la question de la protection des
mineurs et des adultes vulnérables est une question qui concerne la vie consacrée
et toute l’Église :
La protection des mineurs et des personnes vulnérables fait partie intégrante
du message évangélique que l’Église et tous ses membres sont appelés à répandre
dans le monde. Le Christ lui-même en effet nous a confié le soin et la protection
des plus petits et des sans défense : « Celui qui accueille un enfant comme celui-
ci en mon nom, il m’accueille, moi. » (Mt 18,5). Par conséquent nous avons tous
le devoir d’accueillir avec générosité les mineurs et les personnes vulnérables et
de créer pour eux un environnement sûr, en respectant en priorité leurs intérêts.
Cela demande une conversion continuelle et profonde, où la sainteté personnelle
et l’engagement moral peuvent concourir à promouvoir la crédibilité de l’annonce
évangélique et à renouveler la mission éducative de l’Église. (Lettre apostolique
du Pape François en forme de Motu Proprio sur la protection des mineurs et des
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

personnes vulnérables, 26 mars 2019).

Claudia Giampietro
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant et ses implications pour les
œuvres des Instituts religieux
Aujourd’hui les enfants constituent plus d’un tiers de la population mondiale, et
très nombreux sont ceux qui vivent dans une extrême pauvreté, dans des lieux où
l’on n’est pas en mesure de voir l’obligation ni l’opportunité d’investir dans leur
futur. Ce que nous nous demandons concrètement, ensemble, est : Que peuvent
faire les Instituts religieux féminins pour élaborer des lignes directrices pour la
protection des mineurs, qui tiennent compte des principes fondamentaux promus
par la Convention sur les droits de l’enfance?
2
Présentation

Sr. Niluka Perera, SGS


Passer du placement des enfants en institutions à leur prise en charge par les
familles
L’Union Internationale des Supérieures Générales (UISG) a officiellement lancé
Catholic Care for Children International (CCCI) le 2 octobre 2020, exprimant
ainsi son engagement à promouvoir le mouvement de réforme du soin des enfants,
et à y participer. La vision de CCCI est un monde où chaque enfant grandira dans
la sécurité et l’affection d’une famille ou d’un milieu semblable à une famille.

Sr. Tiziana Merletti, SFP


Le fléau des abus des sœurs. L’engagement des Instituts à la transparence, aux
mesures appropriées, à la compassion
Nous pouvons être reconnaissantes à l’Esprit parce qu’il nous a appelées à mener
ces actions graves à un moment favorable, dans lequel toute l’Église est invitée à
se penser davantage en clé synodale, à marcher ensemble, à unir ses ressources,
à ne pas nous juger les uns les autres si quelque chose de ce genre arrive parmi
nous. Je repense souvent à ce que me disait une Supérieure générale il y a déjà
longtemps : « Nous avons tendance à penser que cela ne nous arrivera jamais, mais
ces cas sont plus fréquents que ce que nous sommes disposées à admettre ». On
n’improvise pas l’accompagnement d’une sœur qui s’est trouvée victime d’un
abus, et encore moins d’une sœur qui s’en est rendue l’auteur. Et pourtant toutes
les deux ont besoin d’être écoutées, soutenues, impliquées dans un processus de
guérison. Le temps, les énergies et aussi les ressources économiques que l’Institut
doit y employer sont bénis, parce que l’on prend soin d’un bien supérieur.

Dr. Myriam Wijlens


Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission :
Les défis du changement structurel dans les Instituts religieux ayant une activité
missionnaire
Un très grand nombre d’Instituts religieux internationaux ayant leurs maisons
généralices en Europe et dans d’autres parties du monde occidental connaissent un
bouleversement sans précédent : le vieillissement des Sœurs, des Pères, des
Frères, conduit à d’immenses changements non seulement en Europe ou dans les
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

pays industrialisés, mais aussi dans d’autres parties du monde. Ces changements
touchent, tout d’abord, le domaine du gouvernement interne, qui ne peut plus être
exercé par les membres européens mais qui passera à des membres provenant de
parties du monde généralement désignées comme les Pays du Sud.
.

3
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
LA CONVENTION DE L’ONU SUR LES
DROITS DE L’ENFANT ET SES
Claudia Giampietro

IMPLICATIONS POUR LES ŒUVRES DES


INSTITUTS RELIGIEUX

Claudia Giampietro

Claudia Giampietro est responsable de projet au Bureau pour la Protection des


Personnes de l’Union Internationale des Supérieures Générales (UISG). Elle a
obtenu un baccalauréat en Médiation linguistique et Communication
internationale à l’Institut Universitaire SSML San Domenico (Rome) et une
licence en droit canonique à l’Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin. Elle
est membre ordinaire du Coordinamento Teologhe Italiane (CTI), activement
engagée dans le dialogue interreligieux, et elle a participé au programme de
formation KAICIID International Fellowship 2018 pour lequel elle a conduit un
projet destiné à promouvoir le dialogue interculturel et interreligieux entre les
jeunes sœurs responsables de la formation dans leurs congrégations respectives.
Elle étudie actuellement de nouveaux parcours de facilitation et d’intégration
pour fournir des ressources utiles aux religieuses travaillant avec les migrants
et les réfugiés.
Nous reportons ci-dessous le texte intégral de la présentation donnée dans le
cadre de l’Atelier organisé par l’Union Internationale des Supérieures Générales
(UISG) sur le thème « La protection des mineurs et des adultes vulnérables. La
réponse du droit propre des Instituts religieux » les 6-7 novembre 2019.

Original en Italien

Les documents sur la protection des mineurs au niveau international


UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

La protection des mineurs dans le droit international est un thème d’étude


appartenant au passé récent, qui a progressivement gagné l’attention des États,
notamment à travers les déclarations suivantes :
1 ) La déclaration de Genève de 1924 – Elle présente cinq articles où sont
explicités les devoirs de l’humanité envers l’enfant « en dehors de toute considération
de race, de nationalité, de croyance ». Il s’agit d’un point de départ, de la
reconnaissance des droits fondamentaux à recevoir des biens matériels et spirituels,
à la protection là où n’existent pas les conditions propices à une vie digne, à
l’éducation au partage des talents.
2 ) La Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948 – Elle ne
contient qu’une référence à la protection des mineurs, à l’art. 25, § 2, qui statue:
4 « La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même

Claudia Giampietro
protection sociale ».
3 ) La Déclaration des droits de l’enfant de 1959, aussi appelée Déclaration
de New York – Elle comporte dix principes, qui expriment les droits reportés ci-
dessous :
i. Droit à ne pas être discriminé/e
ii. Droit à bénéficier d’une protection spéciale
iii. Droit à un nom et à une nationalité
iv. Droit à une alimentation, à un logement et à des soins médicaux appropriés
v . Droit à recevoir de l’aide s’il est « physiquement, mentalement ou socialement
désavantagé »
vi. Droit à l’amour et à la compréhension
[Link] à l’éducation, dont la responsabilité incombe en priorité aux parents et
ensuite à la société et aux pouvoirs publics
[Link] à recevoir « protection et secours »
ix. Droit à « être protégé contre toute forme de négligence, de cruauté et
d’exploitation »
x . Droit à être protégé contre toute forme de discrimination
4 ) La Convention universelle relative aux droits de l’enfant de 1989 – Elle
est composée de 54 articles et divisée en trois parties. La première partie contient
41 articles où est tout d’abord donnée la signification du terme « enfant », à savoir
« tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus
tôt en vertu de la législation qui lui est applicable » (art.1). Sont ensuite détaillés
les droits fondamentaux de liberté religieuse, idéologique, sociale et sexuelle de
l’enfant. Le droit du mineur à l’autodétermination, en tenant compte de son degré
de maturité, est reconnu. En outre, la Convention détermine les cas où est rendue
indispensable l’intervention des États (art. 19, 20), et les mesures à prendre pour
s’assurer que « l’intérêt supérieur de l’enfant est la considération primordiale » en
matière d’adoption (art. 21). De plus, les États doivent intervenir pour garantir les
mesures appropriées à l’enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié (art. 22),
ou encore pour garantir la dignité des « enfants mentalement ou physiquement
handicapés » (art. 23).
L’accès aux services médicaux et de rééducation est également un droit du
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

mineur reconnu à l’art. 24 de la Convention. Parmi les autres droits réglementés,


notons le droit à l’éducation (at. 28, 29), à la vie culturelle, religieuse et linguistique
qui lui est propre (art. 32), au repos et aux loisirs (art. 31), à la protection contre
l’exploitation des mineurs (art. 32) ou contre l’usage illicite de stupéfiants et de
substances psychotropes (art. 33), et aussi contre toutes les formes d’exploitation
sexuelle et de violence sexuelle (art. 34). Un autre article fondamental concerne
l’engagement des États parties « à respecter et à faire respecter les règles du droit
humanitaire international qui leur sont applicables en cas de conflit armé et dont
la protection s’étend aux enfants » (art. 38). Il est également de la responsabilité
des États de « faciliter la réadaptation physique et psychologique et la réinsertion
sociale de tout enfant victime de toute forme de négligence, d’exploitation ou de
sévices, de torture ou de toute autre forme de peines ou traitements cruels,
5
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

inhumains ou dégradants, ou de conflit armé » (art. 39). Notons aussi l’art. 40, qui
reconnait « à tout enfant suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale
le droit à un traitement qui soit de nature à favoriser son sens de la dignité et de
la valeur personnelle ». De plus, l’enfant doit recevoir un traitement qui tienne
compte de son âge et qui lui permette de renforcer son respect pour les droits de
l’homme et les libertés fondamentales d’autrui, pour faciliter sa réintégration dans
la société.
La deuxième partie de la Convention concerne la mise en œuvre de mesures
destinées à contrôler que les États parties s’engagent activement à appliquer ce qui
a été décidé, à travers l’institution d’un Comité des droits de l’enfant qui s’acquitte
de différentes fonctions – définies aux articles 43 et 44. La coopération internationale
dans le domaine visé par la Convention est encouragée (art. 45).
La troisième partie, qui comprend les articles 46-54, considère quant à elle la
ratification et l’adhésion de chaque État, ainsi que la détermination de l’entrée en
vigueur (art. 49) et les procédures pour les amendements (art. 50). Elle illustre en
outre la fonction du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies en ce
qui concerne la Convention (art. 53).
De plus, la Convention contient trois Protocoles facultatifs sur la vente des
enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des
enfants. Les États qui ratifient la Convention et les Protocoles facultatifs s’engagent
à respecter ce qui y est établi. Les États ayant ratifié la Convention sont au nombre
de cent-quatre-vingt-seize.
Il existe d’autres traités importants postérieurs à cette Convention qui est
l’objet de mon intervention : la Convention sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination à l’égard des femmes (1979) – qu’il est essentiel de mentionner
pour ce qui concerne les droits des petites filles – et la Convention relative aux
droits des personnes handicapées (2006).

La sauvegarde des principes fondamentaux dans les lignes directrices des


Instituts religieux féminins.
Un film sorti récemment, Capharnaüm (2018), raconte l’histoire de Zain, un
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

enfant de douze ans qui vit dans une famille libanaise, dans des conditions
misérables. Dans la scène d’ouverture, Zain se trouve avec ses parents dans un
tribunal de Beyrouth, où il est détenu pour avoir tenté de se suicider. Il convoque
lui-même ses parents pour les accuser de l’avoir mis au monde. Zain refuse le droit
fondamental à la vie, dans un monde où il est constamment victime d’abus,
perpétrés en premier lieu par ses parents.
Aujourd’hui les enfants constituent plus d’un tiers de la population mondiale,
et très nombreux sont ceux qui vivent dans une extrême pauvreté, dans des lieux
où l’on n’est pas en mesure de voir l’obligation ni l’opportunité d’investir dans leur
futur 1 . Ce que nous nous demandons concrètement, ensemble, est : Que peuvent
faire les Instituts religieux féminins pour élaborer des lignes directrices pour la
protection des mineurs, qui tiennent compte des principes fondamentaux promus
6
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

par la Convention sur les droits de l’enfance ?

Claudia Giampietro
Il faut tout d’abord clarifier l’identité de l’enfant telle que la présente la
Convention : l’art.1 stipule qu’« Au sens de la présente Convention, un enfant
s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est
atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». Ce qui est établi
est sans aucun doute valable également pour les adolescents jusqu’à l’âge de 18
ans, qui jouissent de tous les droits énumérés dans la Convention. La vulnérabilité
n’est pas déterminée par les seuls critères de l’âge et de la dépendance de parents
ou de tuteurs, puisqu’il existe différentes formes de discrimination à son désavantage
qui peuvent de présenter en même temps dans la vie de l’enfant : la pauvreté,
l’inégalité de genre, le handicap, l’appartenance à des minorités ou à des
groupes désavantagés 2 .
Pour mieux comprendre les différentes étapes de l’enfance, on peut se référer
à la lifecycle approach, une approche fondée sur le cycle de la vie qui permet de
distinguer trois phases : l’âge maternel et les premières années (de l’état prénatal
à l’âge de cinq ans), l’âge scolaire (de six à douze ans) et l’adolescence (de treize
à dix-neuf ans). Chacune de ces phases est caractérisée par des préoccupations
liées à la tranche d’âge concernée et, lorsque l’on traite les problématiques
concernant les enfants et les communautés dont ils font partie, il est souhaitable
de considérer la whole child approach, c’est-à-dire une perspective globale. Il
faut en tenir compte lorsque l’on conçoit des plans d’action et que l’on détermine
des lignes directrices. On pourra ainsi adopter une perspective fondée sur les
droits humanitaires, sur un langage en mesure de refléter l’attention aux
marginalisés et aux exclus (petites filles, enfants appartenant à des minorités,
qui présentent des handicaps, mineurs non accompagnés et autres). Il est clair que
nous ne pouvons pas fournir de liste exhaustive, puisque cela dépend beaucoup du
contexte où l’on exerce des apostolats déterminés (par exemple dans des écoles
ou des foyers). En outre, il faut des figures professionnelles en mesure de garantir
que les enfants soient consultés et que les décisions prises tiennent compte de leur
avis. Les lignes directrices doivent être rédigées de manière à ne pas être porteuses
de discrimination légale, mais dans un langage qui exprime l’inclusion et le
protagonisme des groupes qui sont souvent laissés aux marges de la société.
Les leaders religieux exercent un rôle de grande responsabilité, en tant que
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

personnes-clé directement intéressées, pour assurer que les droits des enfants
soient respectés 3 . Les principes-clé qui animent la Convention sont :
1 . La non-discrimination (art.2)
2 . L’intérêt supérieur de l’enfant (art.3)
3 . Le droit à la vie, à la survie et au développement (art.6)
4 . L’écoute des opinions des mineurs (art.12)
Les droits reconnus dans la Convention sont universels, indivisibles,
interdépendants et on ne peut y déroger. Pour favoriser la mise en œuvre des lignes
directrices déterminées par les Instituts, on pourrait envisager la création d’un
organisme qui reproduise in loco le travail effectué par le Comité sur les
droits de l’enfance – contrôler que ce qui est établi dans les lignes directrices soit
7
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

effectivement respecté. Chaque Institut pourrait confier à son conseil général le


soin de choisir des membres experts en droit canonique, en psychologie, en
sciences de l’éducation, pour constituer une commission qui examine le progrès
effectif de la mise en œuvre des lignes directrices. On soumettrait à cette
commission des rapports – idéalement, tous les ans – concernant les mesures
adoptées pour suivre les lignes directrices, et elle devrait ensuite publier des
observations sans caractère contraignant mais qui seraient utiles pour promouvoir
un climat de dialogue et de coopération.
Dans le cas où les conditions nécessaires à la mise en œuvre de ce plan
d’action ne seraient pas réunies, on pourrait penser à un travail inter-congrégation.
Le travail de l’Institut prévoirait tout d’abord la recherche des fonds à
allouer à la réalisation de ce projet et l’organisation de cours ou d’ateliers afin
d’informer les membres de l’Institut. Une action efficace de coordination entre le
gouvernement central et les gouvernements locaux est indispensable pour garantir
le succès de l’entreprise. La dimension internationale de ce parcours de promotion
des droits de l’enfant fait office de rappel pour que les Instituts religieux féminins
changent de vitesse et passent à l’action.
L’une des premières étapes, avant de se consacrer à la rédaction de lignes
directrices, est l’analyse des droits de l’enfant dans le contexte du Pays où
l’on se trouve, de façon à identifier les obstacles susceptibles d’empêcher les
enfants et les familles de vivre dans un milieu où il leur soit possible de jouir de
leurs droits. Quelles sont les lois et les stratégies en vigueur à ce sujet ?
Un temps de recherche et d’étude est nécessaire pour poser les bases de la
future programmation. Pour déterminer et formuler les lignes directrices, il faut
se demander si les principes fondamentaux que nous avons mentionnés sont inclus
dans le plan initial, ou si ce que l’on s’apprête à écrire servira à remédier aux
problématiques identifiées. Une phase d’observation et d’évaluation sera ensuite
indispensable pour comprendre si les objectifs ont été atteints.
Pour lancer la phase d’étude, il faut déterminer les sources primaires,
c’est-à-dire les données statistiques (par exemple les systèmes informatiques de
gestion des données sanitaires, de l’instruction, les statistiques de catastrophes ou
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

d’urgences nationales). Les sources secondaires peuvent être identifiées dans les
données démographiques, dans les enquêtes sur l’exploitation des mineurs, et dans
les résultats de sondages élaborés ad hoc par les commissions constituées par les
Instituts, à travers des plateformes de sondage en ligne ou autres instruments
semblables. Il est indispensable d’avoir recours à des groupes de discussion,
d’étude et de consultation avec des enfants/adolescents, des jeunes, des femmes,
des communautés et des groupes désavantagés comme des minorités ethniques et
des enfants porteurs de handicaps. On pourrait penser à la rédaction annuelle de
rapports sur les différentes œuvres et sur les apostolats exercés par les religieuses,
afin de pouvoir rassembler les informations essentielles à insérer dans les lignes
directrices.
Il faut analyser les causes de l’exclusion sociale et de la discrimination pour
8
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

savoir quelles sont les bonnes pratiques à mettre en place au niveau de l’Institut.

Claudia Giampietro
Il s’agit d’une analyse de la vulnérabilité, qui comprend les éléments suivants :
1 . Étudier les causes des obstacles à la réalisation des droits des mineurs
2 . Considérer les rôles et les relations qui existent entre les personnes ayant des
droits et des devoirs dans des cas spécifiques
3 . Comprendre pourquoi l’Institut et ses membres peinent à respecter, protéger
et réaliser les droits des enfants, et bien connaitre le milieu où sont exercés
les différents apostolats.
L’Union Européenne et l’UNICEF ont publié un guide très utile pour comprendre
comment mieux intégrer les droits des enfants dans la coopération au développement.
Il présente une série de questions dont l’Institut pourrait se servir pour conduire
l’analyse de vulnérabilité mentionnée ci-dessus 4 .

Garantir la participation des enfants


Le droit à la participation fait partie des droits fondamentaux exprimés par
la Convention des droits de l’enfant, et c’est certainement un défi notoire que de
le comprendre, comme d’en permettre la réalisation dans la société d’aujourd’hui.
Malheureusement, on ne peut affirmer que la majeure partie des enfants du monde
jouissent pleinement de ce droit.
On doit consulter les enfants avant de prendre des décisions concernant
l’emploi de ressources à leur bénéfice, ils ont le droit d’accéder aux informations
sanitaires de base et ils doivent être mis en condition de pouvoir développer leurs
talents à travers l’accès à l’instruction. On court parfois le risque de penser que
seuls les adultes doivent décider pour les enfants, et d’ignorer que leur opinion est
essentielle à leur développement personnel. Leur participation sert à garantir la
protection contre l’abus, en tant qu’elle remet en cause une attitude passive
négative et dangereuse, qui les réduit au silence.
Une prise en compte adéquate du droit de participation permet de poser les
bases d’une société juste et respectueuse de l’autre. On assiste dans certains pays
à la diffusion de nouveaux phénomènes culturels qui anéantissent complètement ce
droit ; c’est le cas de la cancel culture aux États-Unis, qui a fait la une des
journaux surtout après avoir été évoquée par Barak Obama lors du récent sommet
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

de la Fondation Obama. Il s’agit d’« effacer » de la vie réelle un individu qui


exprime une opinion différente, ou que l’on veut punir parce qu’il a fait ou dit
quelque chose de répréhensible dans le passé – qui le stigmatise pour toujours.
Exactement comme on le ferait sur les médias sociaux, on bloque la personne de
façon à ce qu’elle n’ait plus aucune visibilité et qu’elle ne puisse plus avoir aucun
type de participation ni d’interaction avec le monde qui l’entoure. C’est une mode
qui se répand beaucoup parmi les adolescents américains, et comme l’explique l’un
d’eux dans un article publié dans le New York Time : « Pour ce qui est de la cancel
culture, c’est une manière de retirer à quelqu’un son pouvoir et de mettre un
individu au défi parce qu’il pose problème dans une situation donnée » 5 .
En général, les raisons pour lesquelles les enfants sont privés du droit de
participation résident dans la conviction erronée qu’ils n’ont pas les compétences
9
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

nécessaires, alors qu’au contraire – lorsqu’elles sont sollicitées selon le thème à


travers des moyens significatifs comme le photos, les poésies, le théâtre – elles
peuvent soutenir leur participation. On tend à penser qu’un enfant n’a pas de
responsabilité, ou que lui reconnaitre ce droit signifie le priver de son enfance ou
le conduire à un manque de respect envers ses parents.
La participation des enfants doit être transparente et informée, volontaire,
respectueuse de leurs points de vue, adaptée à leurs capacités, inclusive, défendue
par des adultes bien formés, exempte de risques, et responsable. Il est important
de fournir des informations et de garantir qu’elles arrivent à destination, de
préparer toujours plus de membres des Instituts religieux à suivre des cours qui
permettent d’interagir avec ceux qui sont porteurs de handicaps – étude du Braille
et de la Langue des Signes.
Les initiatives que les Instituts religieux peuvent prendre dans ce sens sont :
1 . Promouvoir des codes déontologiques professionnels, pour respecter la vie
privée des enfants.
2 . Établir des procédures à travers lesquelles il soit possible pour les enfants
de signaler des cas de maltraitance.
3 . Étudier de quelle manière les enfants porteurs de handicaps ou appartenant
à des minorités ethniques ou à des groupes indigènes pourront signaler les
cas de maltraitance.

Protéger les enfants de la violence, de la maltraitance et de l’exploitation


Vu le thème de notre rencontre, il convient de partir d’une lecture plus
attentive de l’art. 34 de la Convention, pour comprendre comment protéger les
enfants de la violence, de la maltraitance et de l’exploitation :
« Les États parties s’engagent à protéger l’enfant contre toutes les formes
d’exploitation sexuelle et de violence sexuelle. À cette fin, les États prennent en
particulier toutes les mesures appropriées sur les plans national, bilatéral et
multilatéral pour empêcher :
a) Que des enfants ne soient incités ou contraints à se livrer à une activité
sexuelle illégale ;
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

b) Que des enfants ne soient exploités à des fins de prostitution ou autres


pratiques sexuelles illégales ;
c) Que des enfants ne soient exploités aux fins de la production de spectacles
ou de matériel de caractère pornographique ».
Nous le savons bien, il existe différentes formes d’exploitation et d’abus
comme la prostitution, le tourisme sexuel, la pornographie. Le concept n’est pas
directement défini dans la Convention elle-même, mais on peut considérer la
législation qui a été ensuite produite au niveau national 6 . L’art. 34 doit être lu en
lien avec l’art.35 – qui concerne l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants à
quelque fin que ce soit et sous quelque forme que ce soit – et les articles qui
regardent le droit des enfants à être protégés contre toute forme de violence
(art.19), leur réadaptation physique et psychologique et leur réinsertion sociale
10 (art. 39).
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

Les nombreux développements multilatéraux et régionaux ont conduit à

Claudia Giampietro
l’élaboration de lignes directrices qui fournissent des normes en matière de
protection des mineurs contre la violence, l’abus et l’exploitation. Un exemple que
je voudrais porter à votre attention est celui de la Charte africaine des droits et du
bien-être de l’enfant, adoptée le 11/07/1990 et entrée en vigueur le 29/11/1999.
Elle est plus développée, et elle offre des dispositions plus larges que la Convention
sur les droits de l’enfant. Alors que la Convention interdit que les enfants soient
incités ou contraints à se livrer à une activité sexuelle illégale (art. 34), la Charte
africaine 7 déclare à l’art. 27 : « Les États parties à la présente Charte s’engagent
à protéger l’enfant contre toute forme d’exploitation ou de mauvais traitements
sexuels ». Une autre différence est que la Convention demande aux États d’empêcher
que des enfants ne soient exploités aux fins de la production de spectacles ou de
matériel de caractère pornographique (art. 34), alors que la Charte africaine
utilise le terme « activités pornographiques ».
On pourrait continuer avec une étude et une comparaison plus approfondies
pour démontrer que les normes sont nombreuses, mais ce qui est nécessaire est
sans aucun doute de les mettre en pratique.
La procédure de rédaction de l’article 34 de la Convention laisse supposer que
les États penchaient davantage vers la question de l’exploitation sexuelle que vers
celle de la maltraitance sexuelle 8 . On peut dire que les termes sont utilisés souvent
en lien les uns avec les autres et presque de façon interchangeable. Les définitions
qui éclaircissent ce que l’on entend par vente d’enfant, prostitution d’enfant et
pornographie mettant en scène des enfants sont ensuite précisées dans le Protocole
facultatif, à l’art. 2 :
« Aux fins du présent Protocole: a) On entend par vente d’enfants tout acte
ou toute transaction en vertu desquels un enfant es remis par toute personne ou de
tout groupe de personnes à une autre personne ou un autre groupe contre
rémunération ou tout autre avantage ; b) On entend par prostitution des enfants le
fait d’utiliser un enfant aux fins d’activités sexuelles contre rémunération ou toute
autre forme d’avantage ; c) On entend par pornographie mettant en scène des
enfants toute représentation, par quelque moyen que ce soit, d’un enfant s’adonnant
à des activités sexuelles explicites, réelles ou simulées, ou toute représentation des
organes sexuels d’un enfant, à des fins principalement sexuelles ».
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

Pour les Instituts religieux féminins aussi, il est essentiel de se conformer à


ce qui est déterminé dans l’art. 8 du Protocole pour la protection des droits et des
intérêts des enfants victimes des pratiques proscrites, surtout en soutenant les
victimes, en favorisant l’expression de leurs besoins et de leurs préoccupations,
en leur fournissant des services d’assistance, en faisant tout ce qui est possible
pour les protéger. Ce qui est déterminé au niveau international doit être adapté au
droit propre de l’Institut.
Nous pourrions affirmer qu’il est indispensable de faire figurer les éléments
suivants dans les lignes directrices :
1 . Protection des mineurs de moins de dix-huit ans contre l’exploitation
sexuelle, indépendamment du consentement
11
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

2 . Utilisation de mesures disciplinaires, y compris de directives et de plans


d’action, de programmes, de formation du personnel, de protection, de
réadaptation et de réintégration avec la participation de la communauté et de
l’enfant
3 . Pénalisation des auteurs de la maltraitance, et non des victimes
4 . Engagement à avoir de meilleures informations à sa disposition, à travers la
rec herche
5 . Formation de praticiennes du droit, compétentes et en mesure d’intervenir
dans ces situations
6 . Coopération entre le gouvernement central et les gouvernements locaux
7 . Acquérir une vision holistique de tous les instruments à sa disposition pour
garantir la protection des mineurs
8 . Débloquer des fonds pour les projets à entreprendre, un élément dont peut
bénéficier toute la société.
En vue de rédiger des lignes directrices, il faut établir une stratégie d’action
qui prenne en considération les éléments suivants :
1 . Quels seront les effets à long terme ? Alors que les conditions socioculturelles
et politiques évoluent rapidement, les droits des enfants ne peuvent être
modifiés trop fréquemment.
2 . L’efficacité des dispositions. Il faut se demander si l’on est réellement en
train agir en faveur d’une protection et d’une tutelle effective des enfants.
3 . Évaluer un budget, réfléchir à la manière dont les lignes directrices peuvent
répondre aux exigences des mineurs dans les pays où l’on se trouve.
4 . Établir des groupes de travail au sein des Instituts, où l’on puisse réfléchir
ensemble sur les suggestions à envoyer à la Commission qui s’apprête à
élaborer les lignes directrices, de manière à les formuler dans un langage
juridique adapté.
5 . Être attentifs à la Communication et à l’évolution des phénomènes d’exploitation
sexuelle des mineurs en réseau. « Tous les jours la chronique rapporte le
drame de l’expansion croissante d’épisodes de violence impliquant à
différents titres des victimes de moins de dix-huit ans et qui, souvent,
incluent des comportements passibles de sanctions pénales : pédophilie,
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

prostitution, délits graves dont l’amplification au niveau planétaire a été


notoirement favorisée par l’évolution des moyens de communication, à
travers le système Internet. Il s’agit de phénomènes qui ont acquis des
connotations et des potentialités préjudiciables encore plus alarmantes,
considérant, justement, la capacité du sujet-actif – parfois inséré dans une
véritable organisation – à dépasser bien trop facilement les frontières des
États nationaux, grâce à l’utilisation de techniques et d’instruments toujours
plus sophistiqués. Il est vrai que la pédophilie a des origines anciennes, mais
il est tout aussi clair que le phénomène revêt aujourd’hui des connotations
d’une gravité inédite, précisément en conséquence de son exploitation
commerciale à grande échelle rendue possible par le Réseau. Celui-ci, même
s’il n’a pas « inventé » la pédophilie, a néanmoins permis sa diffusion
12
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

potentiellement illimitée, notamment en rendant possible, à travers une

Claudia Giampietro
accessibilité immédiate et généralisée, une dimension organisée et une
connexion entre les pédophiles du monde entier. Les « chat lines » représentent
le secteur d’Internet où se manifestent les risques les plus élevés pour le
mineur. Et de fait, de tels instruments de communication, bien qu’ils
requièrent la médiation d’un ordinateur, permettent cependant un échange
extrêmement intime entre les interlocuteurs, en éliminant certains « gaps »
- informations personnelles, différences culturelles – qui normalement
limitent le rapport entre l’adulte et le mineur. Un autre aspect sous-évalué
concerne le danger pour le mineur d’entrer en contact direct avec le matériel
pédopornographique, ce qui peut arriver en navigant sur Internet ou en
recherchant des sites, mais aussi en recevant des courriels indésirables. Les
agresseurs potentiels tirent parti, en effet, de tous les espaces disponibles
pour attirer leurs victimes : chat room, forum et newsgroup. Au niveau des
techniques de persuasion, une pratique psychologique très utilisée est le
“grooming”, terme qui indique la manipulation d’un enfant, dans le but que
l’abus soit exercé sous le contrôle direct de l’agresseur. En substance,
l’auteur du fait « soigne » (grooms) la victime, en la conduisant progressivement
à dépasser ses résistances, à travers des système de suggestion psychologique.
Le grooming est utilisé aussi dans la phase qui suit l’abus, pour conditionner
le mineur et le convaincre de ne pas révéler la violence subie. La plupart du
temps, l’adulte agresseur ment sur son âge, il peut créer de faux profils où
il utilise des photos volées sur la toile, il déclare fréquemment être un grand
adolescent……… Au fur et à mesure de ses contacts quotidiens avec la
victime sur la toile, le groomer peut en arriver à introduire très progressivement
le thème sexuel, en cherchant dans un premier temps à inciter le mineur à
raconter des détails de sa vie sentimentale et en feignant d’être attentif et
intéressé à tous ses problèmes et à ses doutes. Il est ensuite courant que les
conversations soient de plus en plus centrées sur les thèmes sexuels et sur les
détails précis de la vie « amoureuse » de l’enfant/de l’adolescent. Chaque
agresseur en ligne choisit un moment spécifique pour demander au mineur
de garder secrets les contenus de leurs contacts et celui-ci coïncide souvent
avec le moment où l’agresseur estime avoir amené la discussion à quelque
chose « d’intéressant » pour lui. L’agresseur se montre toujours très disponible
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

pour répondre à toutes les questions de nature sexuelle posées par le mineur,
et fait continuellement remarquer la nature affectueuse et positive de cet
échange d’informations. De nombreux pédophiles cherchent à pousser le
mineur à effectuer des actes sexuels comme la masturbation, en orientant la
fantaisie du mineur et en en manipulant son imaginaire sexuel naissant. Il
n’est pas rare, en effet – grâce notamment aux possibilités offertes par des
services comme Facetime, Skype etc. de réaliser des sessions de vidéo-chat
simultanées sur les smartphones – que l’adulte propose des actes d’autoérotisme,
commettant ainsi quelque chose qui ressemble à un abus « indirect », par
l’intermédiaire du moyen informatique (smartphone, ordinateur, console de
jeu connectée à internet, etc.) Le point de départ de ce type d’interaction
sexuelle est en général une demande de photographier des parties nues de
13
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

l’anatomie, d’abord neutres (épaules, corps en maillot de bain, pieds etc.)


puis clairement sexuelles, jusqu’à en arriver à exiger des images et de brèves
vidéos d’actions sexuelles suggérées-imposées à la victime par le pédophile.
La demande adressée à un mineur de réaliser des images de nudité peut
constituer un délit de “pornographie sur mineur” (art.600 ter c.p.), délit
sanctionné par des peines très sévères, avéré à chaque fois que le mineur est
poussé à « représenter ses organes sexuels » ou à « être impliqué dans des
activités sexuelles explicites réelles ou simulées ». La réalisation d’activités
d’autoérotisme en sessions de vidéo-chat lors desquelles l’agresseur produit
des actes sexuels et en même temps incite la victime à en produire devant sa
vidéo caméra, peut constituer différents cas de délits qui vont de la
corruption de mineur (art. 609quinquies c.p.) à la violence sexuelle (art.
609bis c.p.) à la prostitution de mineur (art. 600bis c.p.), dès lors que le
criminel ne ferait que promettre « une compensation ou un autre avantage »,
même modestes, pour l’accomplissement de ces activités sexuelles, comme
par exemple l’achat d’une recharge téléphonique. 9 »
Un phénomène très inquiétant est celui de la diffusion mondiale de “bandes
dessinées”, de “dessins animés” et autre matériel semblable, qui ont comme
protagonistes des mineurs engagés dans des actes sexuels : elle est hautement anti-
éducative et « dangereuse », car elle risque d’alimenter une culture de normalité
de l’abus sexuel sur le mineur. Il est très vraisemblable que le droit pénal attaché
à ces conduites constitue un frein déterminant à la diffusion de ce phénomène
criminel. Dans ce contexte s’insère le phénomène de la « sollicitation de mineurs »,
conduite qui est entrée dans le droit pénal avec la Loi n. 172 de 2012 ratifiant la
Convention de Lanzarote sur la « protection des enfants contre l’exploitation et les
abus sexuels » à travers l’introduction de l’ art. 609 undecies c.p. qui sanctionne
tous les actes destinés à « solliciter » un jeune de moins de 16 ans, afin de le
pousser à commettre un des délits indiqués dans la disposition, en particulier :
actes sexuels avec un mineur, violence sexuelle, prostitution de mineur, production,
diffusion, divulgation et cession de matériel pédopornographique.

Les critères à adopter sont :


UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

a ) La pertinence – il est impératif de se demander si ce que l’on veut établir


dans les lignes directrices est en accord avec ce qui est statué par la
Convention des droits de l’enfance et respecte aussi d’autres documents
essentiels, comme par exemple la Convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux
droits des personnes handicapées. Les dispositions nationales en la matière
doivent également être respectées par les lignes directrices, en traitant les
problématiques qui font obstacle à la pleine réalisation des droits des
enfants, sans oublier de donner un espace à leur voix.
b) L’efficacité – établir des systèmes d’évaluation et de suivi des résultats que
l’on prévoit d’atteindre, qui doivent refléter les principes fondamentaux
établis par la Convention.
14
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

c ) L’efficience – examiner de quelle manière les ressource économiques sont

Claudia Giampietro
à la base d’un processus en mesure de produire des bénéfices à court et long
terme (fonds, expérience, temps).
d) Viabilité – étudier de quelle manière l’Institut peut répondre positivement,
en promouvant un changement effectif dans la réalisation des droits des
enfants.
e ) Impact – prévoir quels impacts primaires et secondaires pourront dériver de
nouvelles lignes directrices en la matière.
f ) Écouter les voix – et imaginer qui se trouve derrière les voix – des
jeunes qui racontent leurs expériences par rapport au temps libre, à
l’école et à l’information avant et après l’avènement de l’ère numérique 10 .
Une étude multinationale, menée en Italie et dans d’autres pays participants 11
sur ce qui conduit à la violence envers les enfants, fait apparaitre deux concepts
liés entre eux. En premier lieu, pour comprendre la violence qui frappe les enfants,
il faut une approche holistique, qui tienne compte du genre et de l’âge. Cette
attention à la nature dynamique de l’âge et à l’importance des différences de genres
permet de mieux analyser la signification des relations de pouvoir dans la vie des
enfants, ainsi que l’importance des relations fondamentales pour déterminer les
facteurs de risque et de protection pour les enfants. En second lieu, la reconnaissance
de normes et de modèles de comportement enracinés dans le temps représente une
étape fondamentale qui doit être abordée à travers la conjonction d’une approche
descendante (politique et lois sociales) et ascendante (travailler avec les enfants,
les familles, les enseignants, et les communautés). Nous reportons ici quelques-
unes des principales tendances qui ressortent de la recherche de Ernacchi, Fabris,
Zelano. Studio multi-paese sui drivers della violenza all’infanzia. Rapporto
Italia. Istituto degli Innocenti, Firenze, 2016, effectuée à partir de ce qui a été
écrit sur le sujet. Au niveau structurel, les inégalités dérivant du statut socio-
économique, la discrimination fondée sur l’ethnie et sur la base du statut migratoire
émergent comme facteurs potentiels, tout comme l’existence de structures
enracinées et reliées à la criminalité organisée et à la persistance de l’exploitation
sexuelle commerciale. Au niveau communautaire, les enfants qui vivent dans des
familles caractérisées par l’isolement social ont une probabilité cinq fois supérieure
d’être victimes de maltraitance (Bianchi e Moretti, 2006 12 ). Les stéréotypes
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

dominants sur le machisme augmentent le risque de punitions corporelles sévères


dans le cadre domestique et de harcèlement à l’école. Au niveau individuel et
interpersonnel, la violence assistée, les expériences antérieures d’agression (sexuelle)
et les milieux familiaux conflictuels sont des facteurs de risque pour la violence e
la maltraitance. Par exemple les enfants qui ont été témoins de violence ou qui ont
subi des agressions dans le passé ont une probabilité bien plus grande de subir ou
d’exercer la violence dans le futur. (Istat, 2015, Dipartimento Giustizia, 2012). De
plus, les enfants qui souffrent d’agressions physiques ou sexuelles ou qui sont
négligés à la maison courent davantage le risque d’être impliqués dans des
expériences de harcèlement à l’école, qu’ils en soient les victimes ou les auteurs.
Parmi les autres facteurs de risque pour la victimisation et le harcèlement, notons

15
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant
Claudia Giampietro

la fragilité psychologique des parents, les problèmes de santé des parents, le


manque d’instruction et les faibles revenus des parents. En ce qui concerne les
différences de genre, la tendance la plus évidente qui ressort est que les petites
filles et les jeunes filles ont une probabilité beaucoup plus grande d’être victimes
de violence sexuelle, alors que la très grande majorité des auteurs de violence
sexuelle (qu’ils soient adultes ou mineurs) sont de sexe masculin. Les adolescentes,
en particulier les jeunes filles d’origine étrangère victimes de la traite, ont une
probabilité plus grande de tomber sous la coupe d’organisations et de personnes
impliquées dans l’exploitation sexuelle. En même temps, les garçons ont davantage
de probabilité d’être victimes de violence physique, y compris de punitions
corporelles. Les stéréotypes de genre qui conduisent à l’inégalité de genre
apparaissent dès les premières années de la vie et sont transmises aussi bien par
la famille que par le système éducatif. Au niveau de l’âge, la tranche la plus
vulnérable au harcèlement et à la violence sexuelle est celle des 7-12 ans. Si l’on
regarde par ailleurs les plus grands problèmes liés au système de rassemblement
des données, l’étude conduite a mis en évidence les aspects suivants : a) rareté des
enquêtes sur la prévalence du phénomène (la plus grande partie des recherches
sont de caractère rétrospectif) et manque de données ventilées par genres ; b)
insuffisance de données par rapport au lieu où s’est exercée la violence ; c)
insuffisance de données prenant en considération la nationalité et l’ethnie des
sujets impliqués. Pour davantage de recommandations sur le développement du
système de protection de l’enfance en relation à la prévention et au contrôle de la
violence contre les enfants, voir les documents publiés par le Unicef Office of
Research and University of Edinburgh: “Research to Policy Brief: Using Evidence
to Inform Violence Prevention in Italy” (2016) et “Understanding the Drivers of
Violence Affecting Children in Italy” (2016).

Points de départ identifiés par les Religieuses ayant participé à l’Atelier


À la fin de l’exposé, les religieuses présentes ont fait ressortir les points
suivants comme étant à travailler :
- Être conscientes : se former et s’informer
- Définir qui sont le mineur et l’adulte vulnérable
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

- Analyser et étudier dans chaque contexte quels sont les droits à risque
- Identifier la victime et l’auteur de l’agression
- Puiser dans son charisme pour définir les principes fondamentaux
- Développer une attitude d’écoute du mineur et réintroduire cette attitude à
l’école, avec les parents, dans tous les milieux où le mineur peut se trouver
- Collaborer au niveau général et local avec des experts en la matière
- Créer un milieu où l’on s’occupe des mineurs, en favorisant leur participation
dans le processus de décision et la connaissance de leurs droits
- Empêcher toute forme de violence
- Créer et adopter des lignes directrices pour la protection des mineurs qui
promeuvent leurs droits et puissent empêcher toute sorte de discrimination
- Construire des réseaux et instituer des commissions d’évaluation
- Établir des moyens de dénonciation et des espaces sûrs pour s’exprimer
16
La convention de l’ONU sur les droits de l’enfant

- Connaitre le mécanisme du grooming dans le domaine de la Communication

Claudia Giampietro
- Connaitre les documents publiés au niveau local et international et sensibiliser
les Congrégations à ce thème
- Comprendre comment pouvoir travailler sur ce thème au sein de cultures
différentes, face à des conditions sociales et économiques différentes.

1
« Les enfants représentent plus d’un tiers d ela population mondiale. En 2010 il y avait 2,2 milliards
d’enfants : si la tendance démographique actuelle persiste, il seront 2 milliards de plus en 2025 et
la proportion vivant dans les pays les plus pauvres du monde continuera à s’accroitre. » EU-UNICEF
Child Rights Toolkit: Integrating Child Rights in Development Cooperation, 2014, p.3
2
Ces catégories sont examinées dans EU-UNICEF Child Rights Toolkit, p.7.
3
« Les responsables religieux peuvent jouer un rôle important pour assurer que soient mieux réalisés
les droits des enfants. En tant que membres respectés et influents des sociétés et des communautés,
ils peuvent animer des actions en faveur de la survie, du développement, de la protection, de la
protection des enfants, ainsi que lutter contre les pratiques, les habitudes et les normes qui
discriminent contre ces droits ou qui leur portent atteinte ». Ibid, pag. 12.
4
EU-UNICEF Child Rights Toolkit: Integrating Child Rights in Development Cooperation, 2014, Pag. 31
– 38.
5
Tales From the Teenage Cancel Culture [Link]
[Link]?searchResultPosition=1 (consulté le 2/11/2019).
6
En Italie la référence principale est sans aucun doute la Loi n.66 du 15 février 1996 (« Normes contre
la violence sexuelle ») qui non seulement a transformé le délit d’agression sexuelle de délit contre
la « moralité publique et les bonnes mœurs » en un délit contre la personne, mais qui a aussi introduit
les délits de violence sexuelle (art. 609 bis du code pénal), d’actes sexuels contre mineurs (art. 609
quater du code pénal), de corruption de mineur (art. 609 quinquies du code pénal) et de violence
sexuelle en groupe (609octies du code pénal). En particulier, l’art. 609 bis spécifie qui est l’agresseur
: « Toute personne qui par la violence, la menace ou un abus d’autorité en contraint une autre à
commettre ou subir des actes sexuels » ; et il ajoute que la gravité augmente si l’agresseur profite
des conditions d’infériorité physique ou psychique de la personne offensée au moment des faits,
ou trompe la personne offensée en se substituant à une autre personne ».
[Link] (consulté le 2/11/2019).
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

7
African Charter on the Rights and Welfare of the Child,
[Link]
(consulté le 2/11/2019).
8
“The drafting process of Article 34 of the CRC suggests that States were leaning more to the question
of the sexual exploitation than the question of the sexual abuse of children”. A Commentary on the
United Nations Convention on the Rights of the Child, Article 34 – Sexual Exploitation and Sexual
Abuse of Children, Vitit Muntarbhorn, Martinus Nijhoff Publishers, Leiden-Boston, 2007, pag. 23.
9
h t t p s : / / w w w . g a r a n t e i n f a n z i a . o r g / s i t e s / d e f a u l t / f i l e s /
la_tutela_dei_minorenni_nel_mondo_della_comunicazione.pdf (consulté le 2/11/2019).
10
[Link] (consulté le 2/11/2019).
11
Nous reportons en synthèse ce que l’on trouve au lien suivant : [Link]
sites/default/files/rapporto_ita_1_0.pdf (consulté le 2/11/2019).
12
Bianchi, D., Moretti, E. (a cura di), (2006), Vite in bilico: indagine retrospettiva su maltrattamenti e abusi
in età infantile, Firenze, Istituto degli Innocenti
17
Passer du placement des enfants en institutions à leur prise en charge par les familles
PASSER DU PLACEMENT DES ENFANTS
EN INSTITUTIONS À LEUR PRISE EN
Sr. Niluka Perera, SGS

CHARGE PAR LES FAMILLES

Sr. Niluka Perera, SGS

Sr. Niluka Perera est Coordinatrice de Catholic Care for Children International
(CCCI). Elle appartient à la Congrégation du Bon Pasteur. Elle est titulaire
d’un Baccalauréat et d’un Master d’Assistance Sociale.
Sr Niluka a exercé différents apostolats dans sa province : Centre pour le
Développement de l’Enfant, assistance aux mères célibataires, autonomisation
des ouvrières dans la Zone de Libre-échange, coordination du centre de
réhabilitation pour adolescents. Elle a aussi été coordinatrice de projets
communautaires de protection de l’enfance, et Responsable du Développement
des Missions (MDO) pour Good Shepherd Sri Lanka.
Elle a également travaillé quelques années en tant que Coordinatrice de Good
Shepherd Justice Peace office du Sri Lanka, représentant Good Shepherd Justice
Peace auprès de la Conférence des Religieuses Supérieures Majeures. Pendant
cette période elle représentait Good Shepherd et son réseau auprès des autorités
civiles, des ONG, et des organisations confessionnelles. De 2010 à 2019 elle fut
membre de l’équipe de base de Asia Pacific Justice Peace (APJP), et coordinatrice
du réseau Asia Pacific Justice Peace.
En tant que membre des réseaux du Mouvement des Religieuses contre la Traite
des Êtres Humains, AMRAT et Talitha Kum, elle lutta avec d’autres
congrégations contre la traite de femmes et d’enfants.
Depuis janvier 2020 Sr Nikula réside à Rome où l’Union Internationale des
Supérieures Générales (UISG) lui a confié le rôle de Coordinatrice de Catholic
Care for Children International (CCCI).
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

Original en Anglais

L’Union Internationale des Supérieures Générales (UISG) a officiellement


lancé Catholic Care for Children International (CCCI) le 2 octobre 2020,
exprimant ainsi son engagement à promouvoir le mouvement de réforme du soin
des enfants, et à y participer. La vision de CCCI est un monde où chaque enfant
grandira dans la sécurité et l’affection d’une famille ou d’un milieu semblable à une
famille. L’inauguration rassembla 314 participants de 48 pays représentant
18
Passer du placement des enfants en institutions à leur prise en charge par les familles

Sr. Niluka Perera, SGS


presque toutes les régions du monde. L’évènement fut transmis en streaming sur
la chaine YouTube de l’UISG, et suivi par 340 personnes.
Lors de la prière d’ouverture, très significative, tous les participants ont été
invités à se remémorer leurs expériences avec des enfants. Sr Jolanta Kafka, RMI,
présidente de l’UISG, a officiellement souhaité la bienvenue à tous les participants
et insisté sur l’importance de la journée. Elle a rappelé que la vie religieuse, animée
par l’exemple de Jésus, a toujours été sensible aux besoins de l’Église et de la
société. Mus par la compassion, les religieux prennent soin des personnes
présentant différentes formes de vulnérabilité. Elle a ajouté que chacun de nous a
été enfant dans le passé, et que si nous sommes ici aujourd’hui, c’est grâce à la
providentielle sollicitude de Dieu, à l’attention et à l’affection de nos familles, et
à notre formation qui a posé les fondements de notre croissance. Elle a invité tous
les participants à travailler de manière à assurer à chaque enfant la possibilité de
grandir dans un contexte semblable.
Sr Patricia Murray, IBVM, secrétaire exécutive de l’UISG, a expliqué ce qui
avait inspiré l’UISG à se joindre à l’initiative de la réforme du système. Elle a insisté
sur l’histoire : comment dans de nombreuses parties du monde les Églises
chrétiennes se sont occupées des orphelins, souvent à la demande des gouvernements
et de l’Église catholique. Cette responsabilité incomba principalement aux ordres
religieux féminins mais aussi à certaines congrégations masculines. Elle a fait
remarquer que les religieuses doivent être aux premières lignes du changement et
que leurs actions d’aujourd’hui seront jugées selon les critères en vigueur dans 30
ou 40 ans. Elle a également précisé que les enfants sont généralement placés dans
les orphelinats à cause de la pauvreté de leurs parents qui ne parviennent pas à les
nourrir ni à payer leur éducation scolaire : « Je me demande pourquoi nous
continuons à appeler certaines institutions ‘orphelinats’, alors que ce sont en
réalité des pensionnats pour enfants pauvres. Pourquoi ne nous attaquons-nous
pas aux causes, pour chercher de nouvelles manières de soutenir les familles, afin
que leurs enfants puissent rester à la maison ? Pouvons-nous les aider à sortir de
la pauvreté en micro finançant de petits projets qui restaurent la dignité et
l’indépendance des personnes ? » Elle a souligné qu’en lançant CCCI, l’UISG
souscrit à l’obligation de travailler ensemble pour réaliser le rêve que tous les
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

enfants aient une famille.


Madame Amy Goldman, Présidente de la Fondation GHR, a expliqué à
l’assemblée son espérance et son intérêt pour la réforme des institutions, puisque
la Fondation travaille en lien avec les religieux du monde entier pour concrétiser
leur vision. Elle a rappelé que l’initiative Children in Families de GHR soutient les
interventions de protection de l’enfance qui aident les familles, répondent aux
besoins des enfants sans cadre familial et continuent à chercher des approches
innovatrices. Elle a fait valoir que les Instituts religieux, qui apportent des
solutions à de nombreux problèmes à l’échelle mondiale, sont bien placés pour
réaliser les meilleurs résultats en faveur des enfants vulnérables et des enfants
vivants hors du foyer familial. Selon elle, le fait de travailler avec l’UISG conduira
19
Passer du placement des enfants en institutions à leur prise en charge par les familles
Sr. Niluka Perera, SGS

à des changements significatifs qui réduiront le recours aux institutions et


encourageront les prises en charge dans les familles et les communautés, ce qui
constituera un bénéfice à long terme pour tous les enfants.
Le Cardinal Kevin Farrell, Préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la
Vie, a envoyé ses salutations et sa bénédiction. Voici ce qu’il nous a dit : « Les
petits dont vous vous occupez sont particulièrement vulnérables, souvent marqués
dès leur jeune âge par de profondes blessures physiques, émotionnelles et
relationnelles ». Le Cardinal a ajouté : « Dans les orphelinats, comme dans
d’autres institutions, ils ont souffert d’être séparés de leurs parents et ils ont été
privés du lien physique, moral et spirituel avec ceux qui leur ont donné la vie ; pour
cette raison, ils se trouvent dans un état de fragilité et de besoin tout particuliers ».
L’invitée principale était Madame Janestic Twikirize, maitre de Conférences
à la Faculté de travail social et d’administration sociale à l’Université Makerere, en
Ouganda. Dans son intervention, elle indiqua les tendances mondiales dans la
réforme des institutions, au niveau de la prise en charge des enfants, de son
contexte historique et culturel, des enfants en institutions, des bénéfices de la
présence dans les familles, des risques associés aux institutions, et de la réforme
du système. Cette remarquable présentation a été d’autant plus appréciée par les
participants que Mme Janestic a partagé son expérience personnelle, ce qui ajoutait
beaucoup de force à ses propos, surtout par rapport aux risques associés au
placement en institution, démontrant l’urgence de trouver une famille sûre et
protectrice pour tous les enfants.
Remarquable aussi fut la présentation des débuts de Catholic Care for
Children à l’origine de Catholic care for Children International (CCCI). En
racontant l’histoire du mouvement CCC, Madame Kathleen Mahoney, de la
Fondation GHR, souligna le leadership, le service, et le témoignage spirituel des
religieuses du monde entier et leur immense contribution au bien commun. Elle
rendit également hommage à l’admirable leadership des religieuses en Ouganda, au
Kenya et en Zambie qui ont su lire les signes des temps et donné naissance au
mouvement CCC. Un documentaire de 15 minutes sur CCC fut ensuite projeté,
illustrant les débuts du mouvement en Ouganda, au Kenya et en Zambie et montrant
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

comment les conférences religieuses de ces trois pays se sont organisées pour
cheminer ensemble afin de concrétiser leur vision de donner une famille à tous les
enfants.
À la fin de la vidéo Sr Niluka Perera, RGS, coordinatrice de CCCI, a expliqué
ce qu’est CCCI, précisant que la vision de CCCI est un monde où chaque enfant
puisse grandir en sécurité et entouré d’affection dans une famille ou dans un milieu
semblable à une famille. De plus, CCCI veut aider les Instituts religieux à lire les
signes des temps et à changer leur manière de s’occuper des enfants, en réduisant
le recours au placement en institutions et en promouvant le soin des enfants dans
les familles et les communautés. Elle ajouta que CCCI a pour objectif de travailler
au niveau mondial pour tourner les cœurs et les esprits des religieuses vers la
20
Passer du placement des enfants en institutions à leur prise en charge par les familles

Sr. Niluka Perera, SGS


réforme institutionnelle à travers une formation et des stages d’apprentissage. Elle
fit part de son espérance de construire des réseaux CCC en Asie et en Afrique à
travers les conférences religieuses ou les congrégations qui souhaitent passer du
placement en institutions à la prise en charge par les familles ou les communautés.
Un autre membre de l’équipe de l’UISG, Mme Claudia Giampietro, présenta
brièvement le rôle du Bureau de l’UISG pour la protection de l’Enfance et le réseau
de collaboration avec plusieurs entités, dont CCCI.
L’évènement de lancement se conclut avec l’engagement de l’UISG et du
CCCI à commencer à cheminer afin que les religieuses et religieux deviennent les
champions de la réforme du système.

UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

21
Le fléau des abus des sœurs
LE FLÉAU DES ABUS DES SŒURS.
L’ENGAGEMENT DES INSTITUTS À LA
Sr. Tiziana Merletti, SFP

TRANSPARENCE, AUX MESURES


APPROPRIÉES, À LA COMPASSION

Sr. Tiziana Merletti, SFP

Sr Tiziana Merletti est Soeur Franciscaine des Pauvres depuis 1986. Elle a
obtenu une maitrise de Droit en 1984 à l’Université G. D’Annunzio de Teramo
et un doctorat en Droit Canonique en 1992 à l’Université du Latran à Rome. Elle
a été Ministre de sa Congrégation de 2004 à 2013, le siège se trouvant à New
York.. Elle est membre du Conseil des Canonistes à l’UISG et elle donne des
conseils de droit canonique, au service de la vie religieuse féminine, avec une
attention particulière à une nouvelle culture de prévention des abus.
Ce texte a été présenté lors de l’Atelier de Droit Canonique de l’UISG des 6-7
novembre 2019 à Rome.

Original en italien

Quelques considérations initiales


Lorsque l’on aborde le thème des abus sexuels des sœurs, on ne touche
certainement pas à un sujet susceptible de capturer l’attention des média. Notre
devoir de consacrées est d’assumer ensemble la responsabilité d’ouvrir les yeux,
de ne pas détourner la face, sur une réalité qui est principalement le fruit d’une
culture malade.
Le Pape François a décidé de faire ce qu’il fallait. Avec beaucoup de
détermination et de lumière il a entrepris un nouveau parcours et il demande à toute
l’Église d’affronter le problème avec davantage de transparence, de condamner et
dénoncer avec davantage de courage, d’écouter les victimes avec davantage de
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

compassion, de réparer les préjudices avec davantage de justice, et aussi de


prévenir certains délits et de soigner les blessures provoquées par les abus de
pouvoir et de conscience, avec davantage de prophétie dans nos milieux. Oui,
parce que lorsque nous parlons d’abus sexuels, il ne s’agit pas fondamentalement
de pulsions sexuelles satisfaites contre la volonté d’une autre personne. Nous
avons plutôt affaire à des abus de pouvoir, qui s’expriment à travers les privilèges,
l’arrogance, la subalternité, la domination sur les personnes, le contrôle et la
manipulation des consciences, la privation de liberté, la distorsion de la réalité. Et
pour affronter ces fléaux, les programmes de réhabilitation ne suffisent pas, même
s’ils restent nécessaires et jamais assez nombreux pour la personne qui est
« tombée » – il faut des actions plus globales et radicales pour changer la mentalité
de « l’intouchable au-dessus de tout soupçon ».
22
Le fléau des abus des sœurs

Sr. Tiziana Merletti, SFP


Nos Instituts religieux aussi ont été appelés à promouvoir plus profondément
la culture de la responsabilité, du compte-rendu et de la transparence en opposition
à une culture du silence et du secret. L’UISG s’est engagée dans cette direction
à travers une déclaration claire et forte 1 :
« L’abus sous toutes ses formes – sexuelle, verbale, émotionnelle, ou tout
usage inapproprié du pouvoir dans une relation, portent atteinte à la dignité et au
sain développement de la victime ». Nous nous engageons à travailler avec les
Autorités civiles et de l’Église, pour aider les victimes d’abus à guérir du passé,
à travers un accompagnement et en réclamant justice. Nous investirons également
dans la prévention des abus en collaborant au niveau de la formation et de la mise
en place de programmes éducatifs, tant pour les enfants que pour les hommes et
les femmes. Nous désirons tisser des liens de solidarité dans ces situations
déshumanisantes et contribuer à une nouvelle création dans le monde entier ».
Je me propose d’offrir ici quelques indications pour la rédaction d’un vade-
mecum qui puisse guider l’action du leadership, dans le cas où il se trouverait face
à une situation de crise. J’ai choisi le vade-mecum comme typologie de document
parce qu’il permet une plus grande souplesse tant dans sa structure que par rapport
à l’obligation d’exécution. Chaque gouvernement général pourra choisir d’adopter
un instrument différent, comme des règlements, qui comportent une observance
ponctuelle et fidèle.

Un schéma possible de vade-mecum


Introduction
Destinataires
Définitions Terminologiques
Principes
Procédures :
A ) Dans le cas où la sœur est l’auteur de l’abus
B ) Dans le cas où la sœur est victime
Conclusion

Introduction
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

Elle sert à décrire comment le charisme de l’Institut s’engage de façon


prophétique à défendre ses membres et à créer une culture de la transparence, de
l’action appropriée et d’un respect compatissant du bien individuel et commun.
Destinataires
Il faut préciser que le vade-mecum s’applique, bien qu’à titres différents,
aux :
a ) membres de l’Institut
b ) novices e postulantes
c ) laïcs qui collaborent avec l’Institut dans des activités destinées à des
mineurs et à des personnes en situation de vulnérabilité.

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Le fléau des abus des sœurs
Sr. Tiziana Merletti, SFP

Définitions terminologiques
Même si l’Institut est présent dans différentes parties du monde, il est bon
d’essayer d’éclaircir la signification des termes utilisés dans le document, quitte
à prévoir les adaptations nécessaires en fonction des différentes cultures et lois
civiles.
- Mineur : toute personne âgée de moins de dix-huit ans ou équiparée comme
telle par la loi.
- Personne en situation de vulnérabilité : toute personne se trouvant dans
un état d’infirmité, de déficience physique ou psychique, ou de privation de
liberté personnelle qui, de fait, limite, même occasionnellement, sa capacité
de compréhension ou de volonté, ou en tout cas de résistance à l’offense.
Au sens strict : personne ayant habituellement un usage imparfait de la
raison.
- Acte sexuel : tout acte corporel impliquant le domaine sexuel, qui va du
domaine génital aux zones érogènes.
- Abus : c’est le comportement sur une personne non consentante, parce que
privée de sa libre autodétermination.
Sa compréhension devra être vérifiée en fonction du contexte culturel, civil
et pénal dans lequel œuvre l’Institut.
Les délits à caractère sexuel passibles de sanctions pénales sont variés. Voici
quelques exemples d’abus sexuels :
- le viol, même si l’auteur en est le partenaire ou le mari ;
- tout contact sexuel non désiré ;
- l’exposition non souhaitée d’un corps nu, l’exhibitionnisme et le voyeurisme;
- l’agression sexuelle sur mineur ;
- l’inceste ;
- le harcèlement sexuel ;
- les actes sexuels sur des patients/clients ou des employés perpétrés par des
thérapeutes, médecins, dentistes, chefs, collègues ou autres figures
professionnelles.
Tous ces comportements présentent de toute façon une ou plusieurs des
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

caractéristiques suivantes :
- l’une des personnes participant à l’acte sexuel est non consentante ;
- le consentement est obtenu par l’utilisation de la force physique, de la
contrainte, de mensonges ou de menaces ;
- la victime est incapable de comprendre ;
- la victime n’est pas complètement consciente (par utilisation volontaire ou
involontaire d’alcool et/ou de drogues) ;
- la victime est endormie ou inconsciente.
L’un des éléments les plus critiques est le consentement. En effet, si l’accord
de l’une des parties est forcé, contraint ou obtenu sous la pression, on ne peut
considérer qu’il s’agit d’un consentement parce qu’il n’est pas donné librement.
La violence sexuelle survient dans le monde entier et elle est présente dans
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Le fléau des abus des sœurs

Sr. Tiziana Merletti, SFP


tous les groupes sociaux, économiques, ethniques, religieux, et d’âges. De plus,
les hommes aussi bien que les femmes peuvent être victimes de violences
sexuelles.
Violence physique : déploiement d’énergie physique dans le but de faire plier
la volonté ou de vaincre la résistance du sujet envers lequel elle est exercée.
Violence psychique sous différentes formes : menace, présentation d’un mal
injuste futur dont la vérification dépend de l’agent ; abus d’autorité instrumentalisée
pour obtenir le consentement à l’acte sexuel.
Abus de condition d’infériorité psycho-physique : La situation dans laquelle
un sujet, abusant des conditions physiques ou psychiques de la victime, l’incite à
accomplir l’acte sexuel.
Dans cette hypothèse l’auteur instrumentalise à ses fins l’infériorité de l’autre
personne.
Le Pape François, dans sa lettre apostolique sous forme de “motu proprio”
Vos estis lux mundi (7 mai 2019) 2 spécifie que les normes s’appliquent aux :
a) délits commis par des clercs contre le sixième commandement du Décalogue
consistant à :
1 . contraindre quelqu’un, avec violence ou menace ou par abus d’autorité,
à accomplir ou subir des actes sexuels ;
2 . accomplir des actes sexuels avec un mineur ou avec une personne
vulnérable ;
3 . produire, exhiber, détenir ou distribuer, même par voie informatique, du
matériel pédopornographique, ainsi que recruter ou inciter un mineur ou
une personne vulnérable à participer à des exhibitions pornographiques ;
NB : la discipline canonique se réfère aux clercs et aux membres clercs
des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique. Le canon
1395 prévoit deux hypothèses de délit : la première, au §1, concerne le
concubinat et le fait de persister avec scandale dans une autre faute
extérieure contre le sixième commandement du Décalogue ; la seconde
au §2 concerne le delictum contra sextum “occasionnel”, si le délit a été
commis par violence ou avec menaces ou publiquement, ou bien avec un
mineur de moins de 18 ans. En ce qui concerne les religieuses, le can.695
prévoit pour elles une application du can. 1395, avec cependant la grande
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

différence qu’il ne s’agit pas de « délit », mais de « conduite » contre le


sixième commandement du Décalogue. La conséquence est que dans le
cas d’une sœur auteur d’abus, l’Institut pourra procéder par voie
administrative avec un renvoi, tandis que restent présumablement confiées
au tribunal diocésain l’éventuelle enquête préliminaire (can.1717) et la
décision de procéder ou non par voie extrajudiciaire ou judiciaire.
b) comportements dont se rendent auteurs les sujets dont il est question à
l’article 6 (y compris les Modérateurs suprêmes de droit pontifical) consistant
en des actions ou omissions directes visant à interférer ou éluder des
enquêtes civiles ou des enquêtes canoniques, administratives ou pénales
ouvertes à l’encontre d’un clerc ou d’un religieux pour des délits mentionnés
à la lettre a) de ce même paragraphe.
25
Le fléau des abus des sœurs
Sr. Tiziana Merletti, SFP

Principes
Il est bon d’indiquer dans cette partie les principes qui guident les mesures
appropriées que l’Institut s’engage à prendre, que ce soit dans le cas où l’un de
ses membres serait victime d’un abus, ou dans le cas où l’un de ses membres serait
accusé d’agression sexuelle. Nous expliquer à nous-mêmes que nous sommes
animées par des valeurs, et non par la contrainte extérieure, nous redonne une
dignité, des motivations fortes et un accueil humble mais courageux du changement.
Voici quelques exemples :
- Créer dans l’Institut une culture de la transparence et du respect des droits
des membres
- Activer des mesures préventives comme :
- Soigner la formation initiale et continue des membres
- Donner des indications claires sur les comportements à adopter avec les
mineurs et les personnes en situation de vulnérabilité. En particulier, ces
dernières doivent être identifiées au sein du service spécifique ;
- Créer des organes internes de vigilance : il faudra spécifier leur composition,
la nature de leur action, et leur rapport avec les figures de gouvernement
de l’Institut.
- Spécifier les conditions à exiger du personnel, religieux et laïc, impliqué
dans le travail avec ces personnes, à travers des Codes de conduite à faire
signer au moment de la signature d’un contrat de travail ou au début d’un
rapport de bénévolat.
- Responsabilité de la Supérieure majeure par rapport à :
- la sœur : qu’elle soit victime ou actrice, elle doit être accompagnée sur
son chemin de soin et de guérison, qui passe aussi par la décision sur la
manière de procéder (possible dénonciation / confession du délit)
- la communauté locale : dans l’accompagnement de la sœur en difficulté,
pour affronter les dynamiques internes et le scandale (qu’il soit public ou
non)
- l’entourage : surtout si la nouvelle est de notoriété publique
- la province / l’ensemble de l’Institut : en veillant aux communications
internes, en étant attentives au droit à la bonne réputation de la sœur, mais
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

en même temps en essayant d’éviter que les nouvelles soient apprises à


travers les journaux de façon déformée
- l’agresseur et son contexte : en contactant ses supérieurs directs, dans
le cas où il s’agit d’un clerc ou d’un religieux
- la victime de l’abus commis par une sœur : en offrant aide, soutien et
compréhension
- les lois canoniques et civiles : elles doivent être étudiées avec l’aide de de
personnes compétentes.

A) Procédures à prévoir dans le cas où une sœur est accusée d’abus


Lorsque la Supérieure majeure d’un Institut reçoit la confidence d’un mineur
ou d’une personne en situation de vulnérabilité, qui se déclare victime d’abus
26 sexuel de la part d’une sœur, elle a l’obligation de :
Le fléau des abus des sœurs

Sr. Tiziana Merletti, SFP


- écouter la personne avec attention, respect, sans trahir la confiance dont elle
a fait preuve
- impliquer ses parents/tuteurs le plus rapidement possible
- assurer l’assistance psychologique et médicale nécessaire
- mettre par écrit les données utiles relatives à la personne qui signale les faits,
et sa version des faits
- encourager les parents/tuteurs à signaler le fait aux autorités compétentes,
une fois vérifiée la crédibilité de l’accusation
- assurer de toute façon à la partie lésée présumée l’engagement de rechercher
la vérité historique et de prendre les mesures appropriées
- lancer une enquête pour rassembler des preuves sur le bien-fondé des
accusations et l’imputabilité du délit, en garantissant la discrétion dans le
respect de la bonne réputation de toutes les parties impliquées.
Conclusions possibles :
a . Classer l’affaire en présence de preuves insuffisantes, contradictoires ou
qui excluent de façon manifeste l’implication de la sœur accusée. Il faut
établir si la décision de classer revient uniquement à la Supérieure générale
ou à toute Supérieure majeure.
b . Dans le cas où l’on constate le bien-fondé des accusations, la Supérieure
majeure est appelée à :
- rencontrer la sœur (can. 695 § 2), lui faire connaitre l’accusation,
écouter sa version des faits
- lui garantir l’assistance légale canonique, et dans le cas d’une dénonciation
auprès des autorités civiles, également l’assistance légale civile (les
avocats ne doivent de toute façon pas être ceux de l’Institut)
- assurer la sœur de la présomption d’innocence, jusqu’à preuve contraire,
même en présence d’éventuelles mesures restrictives
- lui donner la faculté de se défendre, dans un délai raisonnable
- recueillir tous les actes qu’elle souscrit, en présence d’un « notaire », et
les envoyer à la Supérieure générale à qui revient la décision finale.
Une fois le délit avéré, les solutions prévues par le droit canonique et qui
relèvent du pouvoir propre d’une Supérieure générale sont :
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

- éloignement immédiat de la postulante et de la novice


- renvoi de l’Institut dans le cas d’une professe temporaire ou perpétuelle
(cann. 699-700)
Du point de vue canonique, pour les cas prévus par le can. 1395 §2, c’est-
à-dire les conduites contre le sixième précepte du Décalogue, par violence ou avec
menaces ou publiquement, ou bien avec un mineur de moins de 18 ans, la
Supérieure majeure a la faculté d’adopter des modalités alternatives au renvoi, qui,
selon le can. 695 §1, peuvent suffisamment pourvoir à :
1 . la correction de la religieuse (à attester à travers l’instrument des monitions
canoniques can. 697)
2 . le rétablissement de la justice
3 . la réparation du scandale.
27
Le fléau des abus des sœurs
Sr. Tiziana Merletti, SFP

Contre la décision finale de la Supérieure générale un recours est toujours


possible sous forme de :
a . Demande de révocation ou de modification à adresser à la Supérieure
générale dans les 15 jours qui suivent la prise de connaissance de la décision
b . Recours hiérarchique auprès de la CIVCSVA dans les 15 jours qui suivent
la prise de connaissance de la nouvelle décision / dans les 30 jours qui suivent
l’omission de décision
c . Dans le cas où est engagée une procédure pénale de la part de l’autorité
judiciaire, il faut évaluer l’opportunité de suspendre la procédure canonique
interne, afin d’éviter des superpositions préjudiciables.
Celle-ci sera reprise au terme de la procédure civile, en tenant compte des
conclusions auxquelles elle sera arrivée.

B) Procédure à prévoir dans le cas où une sœur a été victime d’abus


- Encourager les sœurs de la communauté à bien connaitre la “culture” des
lieux où elles travaillent / prêtent leurs services, de façon à ne pas s’exposer
à des malentendus indésirables
- Prêter attention, entre sœurs, à certains signaux indicateurs d’un malaise
important, qui ferait qu’une sœur changerait soudainement de comportement.
- Donner des indications claires sur l’importance de s’adresser aux Supérieures
majeures. Quelques précisions. Si la victime se confie à une sœur, celle-ci
doit savoir que son devoir est de soutenir la sœur dans sa souffrance et de
l’accompagner dans la décision de s’adresser aux supérieures. Si c’est la
supérieure locale qui reçoit la confidence, il faut préciser que celle-ci ne peut
pas décider quant à la plausibilité de l’histoire d’abus qui lui est racontée, et
qu’elle doit trouver la manière d’encourager la sœur à parler à la Supérieure
majeure.
- La Supérieure majeure doit rencontrer la sœur, en lui laissant le choix des
personnes qui peuvent et doivent être présentes.
- Recueillir des preuves du fait. Par exemple il peut être utile de mettre par
écrit le récit circonstancié de ce qui est arrivé, en précisant les modalités,
les horaires, les lieux, les personnes.
- Lorsque l’on le retient opportun et nécessaire, entrer en contact avec une
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

commission d’experts, désormais rendue obligatoire par les nouvelles normes


vaticanes, au moins au niveau des conférences épiscopales, pour avoir un
avis informé et objectif et un soutien adéquat, surtout pour la sœur.
- Se mettre d’accord avec la sœur sur les options possibles :
- engager une poursuite judiciaire
- poursuivre par voie canonique
- ne pas engager de poursuite.
a ) La sœur doit se sentir libre de choisir, surtout parce que ce sera elle qui
portera toute sa vie le poids le plus lourd de la décision qu’elle prendra, quelle
qu’elle soit.
b ) La Supérieure majeure a la responsabilité d’offrir à la sœur tout le soutien
nécessaire, spirituel, moral, psychologique, économique.
c ) En cas de procédure légale, il faut prêter attention à certains facteurs
28
Le fléau des abus des sœurs

Sr. Tiziana Merletti, SFP


fondamentaux :
- Chaque État a ses lois, qu’il est nécessaire de connaitre, en particulier en
termes de prescription du délit
- Le choix de l’avocat pénal doit tenir compte du fait qu’un crime de nature
sexuelle est une discipline particulière pour laquelle il faut une certaine
spécialisation
- La dénonciation doit être faite de manière essentielle, sans mentionner de
détails collatéraux, et en tenant compte de toute façon des normes
prévues par la législation locale
- La motivation doit être soutenue par des raisons fortes et significatives
à la lumière de l’Évangile et de la dimension prophétique du charisme de
l’Institut
- L’impact médiatique peut être très fort : il faut donc être bien préparées,
avec l’aide de spécialistes, pour ne pas être écrasées par la pression des
journalistes
- La famille d’origine sera impliquée d’une manière ou d’une autre, après
avoir entendu l’avis de la sœur elle-même et en tenant compte du contexte
culturel.
- La communauté locale doit être mise au courant et régulièrement informée,
dans le respect de la discrétion. Ce sera à leur niveau que l’impact émotif
aura les plus fortes conséquences.
d ) Dans les cas où l’agresseur est un clerc ou un religieux, il est obligatoire
d’activer la procédure canonique (de façon exclusive ou en concomitance
avec la procédure légale), ce qui permet aux autorités ecclésiastiques de
relever les comportements criminels de leurs membres et d’agir pour les
démettre de leur charge, pour les intégrer dans des programmes de soin et
de réhabilitation, et éventuellement pour les démettre de leur statut de clerc
et/ou de religieux.
- Clerc
Dans le cas où il s’agit d’un clerc, l’autorité compétente à laquelle il faut
s’adresser est l’Ordinaire 3 . Il est de son pouvoir d’engager une enquête
préalable (cf. can. 1717 §1) au cours de laquelle sera rassemblée la
documentation liée au délit, sans que soit mise en danger la bonne réputation
de qui que ce soit. Sur la base du résultat de ces enquêtes, l’Ordinaire peut
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

décider de suivre l’un de ces trois parcours :


- Demander un procès pénal
- Imposer des sanctions administratives
- Classer le cas.
Dans le cas de la recevabilité de la procédure pénale, l’autorité compétente
pour juger la cause est soit le Tribunal ecclésiastique, soit la Congrégation
pour la Doctrine de la foi, dans le cas de délits réservés.
- Religieux
L’autorité compétente est le Supérieur majeur qu’il faut contacter afin qu’il
lance la procédure qui consiste dans les étapes indiquées plus haut, dans le
cas d’une sœur accusée d’abus. En sa qualité d’Ordinaire, il est de son
pouvoir d’activer aussi la procédure judiciaire (cf. can. 1427).
29
Le fléau des abus des sœurs
Sr. Tiziana Merletti, SFP

Le scandale et le silence
Un élément particulièrement important dans le CIC pour les cas d’abus est le
scandale, défini par le Catéchisme de l’Église Catholique au #2284 comme
l’attitude ou le comportement qui portent autrui à faire le mal.
La gravité du scandale se mesure sur la base de différents facteurs. Nous en
citons quelques-uns :
- La personne qui le provoque a une autorité morale qui requiert un style de
vie adapté (cann. 275-277).
- La personne qui le provoque a une autorité juridique, due à sa fonction, d’où
découle l’exercice de certains devoirs.
- La personne qui le subit fait partie de ces petits que Jésus défend clairement
(Mt 18, 6).
- La vie de la communauté est menacée par la mise en discussion des valeurs
essentielles objets de la violation (can. 1741).
Prévenir ou réparer sont des concepts clés associés au scandale, tout comme
l’action (de la part de l’autorité et de l’intéressé) pour le rétablissement de la justice
et l’amendement du coupable. L’Ordinaire peut se servir de différentes modalités
d’intervention (can. 1341) :
- Correction fraternelle
- Réprimande
- Autres moyens dictés par sa sollicitude pastorale
- Procédure judiciaire ou administrative
- Application des peines.
Il est clair que l’on ne peut pas parler de scandale à éviter au “petit troupeau”
comme moyen de dissuasion pour obliger au silence. Au contraire, les nouvelles
normes établies par le Pape François avec Vos estis lux mundi prévoient pour les
clercs et les membres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie
apostolique l’obligation de signalement à l’Ordinaire et la protection des personnes
présentant ce signalement 4 .

Pour conclure, quelques réflexions


UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

Avec cette présentation, nous avons voulu proposer au moins le point de


départ d’une réflexion dans nos Instituts pour comprendre qu’il est nécessaire de
se mettre en chemin et chercher comment formuler de bonnes pratiques sur le
thème de la prévention des abus et sur les comportements à adopter s’ils ont lieu.
Le temps est venu de travailler sur des stratégies réfléchies, concertées et offertes
à nos membres, comme le fruit d’un engagement responsable à nous impliquer,
agir et avancer dans la compassion et la justice.
Nous pouvons être reconnaissantes à l’Esprit parce qu’il nous a appelées à
mener ces actions graves à un moment favorable, dans lequel toute l’Église est
invitée à se penser davantage en clé synodale, à marcher ensemble, à unir ses
ressources, à ne pas nous juger les uns les autres si quelque chose de ce genre
arrive parmi nous. Je repense souvent à ce que me disait une Supérieure générale
30
Le fléau des abus des sœurs

Sr. Tiziana Merletti, SFP


il y a déjà longtemps : « Nous avons tendance à penser que cela ne nous arrivera
jamais, mais ces cas sont plus fréquents que ce que nous sommes disposées à
admettre ». On n’improvise pas l’accompagnement d’une sœur qui s’est trouvée
victime d’un abus, et encore moins d’une sœur qui s’en est rendue l’auteur. Et
pourtant toutes les deux ont besoin d’être écoutées, soutenues, impliquées dans un
processus de guérison. Le temps, les énergies et aussi les ressources économiques
que l’Institut doit y employer sont bénis, parce que l’on prend soin d’un bien
supérieur.
Dans des situations comme celles-ci, il faut être en lien avec les personnes
adéquates. Nous espérons l’être les unes pour les autres, alors que le Pape François
nous rappelle que nous sommes appelées à être « un exemple lumineux de vertu,
d’intégrité et de sainteté » 5

1
[Link]
toutes-sortes/
2
PAPE FRANÇOIS, Vos estis lux mundi, (7 mai 2019), [Link]
fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190507_vos-[Link]. Les
dispositions de la lettre apostolique sont entrées en vigueur le 1er juin 2019 et ont été approuvées
ad experimentum pour trois ans.
3
Can. 1395 - § 1. Le clerc concubin, en dehors du cas dont il s’agit au Ò! can. 1394, et le clerc qui
persiste avec scandale dans une autre faute extérieure contre le sixième commandement du
Décalogue, seront punis de suspense, et si, après monition, ils persistent dans leur délit, d’autres
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

peines pourront être graduellement ajoutées, y compris le renvoi de l’état clérical.


§ 2. Le clerc qui a commis d’une autre façon un délit contre le sixième commandement du Décalogue,
si vraiment le délit a été commis par violence ou avec menaces ou publiquement, ou bien avec un
mineur de moins de seize ans, sera puni de justes peines, y compris, si le cas l’exige, le renvoi de
l’état clérical.
4
PAPE FRANÇOIS, Vos estis lux mundi, Art. 4 – Protection de qui présente le signalement
§1. Le fait d’effectuer un signalement selon l’article 3 ne constitue pas une violation de l’obligation
de confidentialité
§2. Restant sauves les dispositions du canon 1390 CIC et des canons 1452 et 1454 CCEO, tous
préjudices, rétorsions ou discriminations pour le fait d’avoir présenté un signalement sont interdits
et peuvent être assimilés aux comportements dont il est question à l’article 1 §1, lettre b).
§3. Aucune personne qui effectue un signalement ne peut se voir imposer une contrainte au silence
sur le contenu de celui-ci.
5
PAPE FRANÇOIS, Vos estis lux mundi, Incipit.
31
Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
PASSAGE DE RELAI ENTRE LES
Dr. Myriam Wijlens

COMMUNAUTÉS MÈRES ET LES JEUNES


RÉGIONS DE MISSION: LES DÉFIS DU
CHANGEMENT STRUCTUREL DANS LES
INSTITUTS RELIGIEUX AYANT UNE
ACTIVITÉ MISSIONNAIRE

Dr. Myriam Wijlens

Myriam Wijlens (Pays-Bas), a obtenu une licence en théologie à l’Université


Catholique de Nimègue en 1986 et un doctorat en Droit Canonique à l’Université
Saint-Paul d’Ottawa en 1990. Depuis 2005, elle est professeur titulaire de Droit
Canonique à Erfurt en Allemagne. Depuis 2012, elle est également professeur
honoraire de « Droit Canonique et Œcuménisme » à l’Université de Durham en
Angleterre. En 2008, le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des
chrétiens l’a nommée déléguée à la Commission pour la Foi et l’Ordre du Conseil
Mondial des Églises, pour un mandat de six ans, qui a été récemment renouvelé
jusqu’en 2022. Myriam Wijlens est spécialisée en œcuménisme et en droit
canonique. Elle a publié plusieurs livres et environ 90 articles.

Original en Alemand

Contexte
Un très grand nombre d’Instituts religieux internationaux ayant leurs maisons
généralices en Europe et dans d’autres parties du monde occidental connaissent
un bouleversement sans précédent : le vieillissement des Sœurs, des Pères, des
Frères, conduit à d’immenses changements non seulement en Europe ou dans les
pays industrialisés, mais aussi dans d’autres parties du monde. Ces changements
touchent, tout d’abord, le domaine du gouvernement interne, qui ne peut plus être
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

exercé par les membres européens mais qui passera à des membres provenant de
parties du monde généralement désignées comme les Pays du Sud. 1
Deuxièmement, les parties européennes des Instituts assument aussi souvent
la responsabilité économique des provinces des Pays du Sud, tant au niveau de la
vie courante de leurs membres qu’à celui des œuvres de leurs apostolats. Par
exemple, de nombreux Instituts ont une Procure pour les Missions en Allemagne,
qui a déjà besoin de personnel extérieur, puisque le nombre de leurs membres
diminue progressivement. La question n’est pas seulement de savoir qui dirigera
ces bureaux à long terme et qui, par exemple, embauchera le personnel, si le
travail n’est plus effectué par leurs propres Sœurs, du moins pas par les Sœurs
européennes. Les conséquences financières sont peut-être plus importantes, non
seulement en ce qui concerne les Sœurs des Pays du Sud, qui dépendent encore
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission

Dr. Myriam Wijlens


du soutien économique européen, mais aussi, et surtout, pour les œuvres apostoliques
qui s’y trouvent, qui ont pour le moment du mal à subsister sans le soutien des pays
industrialisés.
Pour un Institut religieux, ce déplacement de la vitalité du monde industrialisé
vers les Pays du Sud conduit donc à des questions et des défis dans le domaine de
la gestion et de l’économie. Au cours des dix prochaines années, les conséquences
se feront fortement sentir tant en Europe que dans les Pays du Sud.
Tout ce problème m’est apparu très clairement lorsque je me suis trouvée, il
y a environ trois ans, dans la situation suivante : au cours du même mois, j’ai été
amenée à conseiller trois Instituts religieux différents, ayant tous les trois leurs
Généralats dans le Nord de l’Europe (Bénélux, Allemagne, Autriche, et Suisse).
L’un de ces Instituts est de droit diocésain, mais a néanmoins une structure
internationale ; les deux autres sont de droit pontifical. Leurs Sœurs se trouvant
en Europe vieillissent rapidement et, comme c’est le cas pour un très grand nombre
de communautés, ces Instituts n’auront plus de membres européens pour le
gouvernement à partir d’environ 2025. Les Sœurs seront alors trop âgées pour être
réélues, parce que l’âge atteint à la fin du mandat, c’est-à-dire autour de 2030, est
décisif. En 2030, celles qui sont nées en 1950 auront 80 ans.
Prenons un exemple : un Institut a encore trois Provinces en Europe et une
en Afrique. Les Chapitres provinciaux et le Chapitre général se tiendront tous en
2024. En Europe, l’une des Provinces compte encore 64 sœurs, dont aucune
n’aura moins de 75 ans en 2024, et aucune moins de 80 ans en 2030. La deuxième
Province compte un total de 84 sœurs, dont quatre auront moins de 75 ans en 2024,
et seulement 2 en 2030. Si les deux Provinces européennes devaient fusionner en
2024, cela ferait un total d’environ 150/160 sœurs, dispersées sur trois pays et
parlant deux langues. Si l’on ne regarde que l’âge – sans prendre en compte
d’autres critères nécessaires pour une position de gouvernement – six seulement
seraient disponibles pour une tâche ou une position au Généralat ou dans les
Maisons provinciales. À la fin du mandat, en 2030, seuls deux membres auront
moins de 75 ans, et porteront la responsabilité de 125 Sœurs. Cependant, cet
Institut a 128 Sœurs dans un pays africain : en 2024, la plus âgée n’aura que 66
ans. Les Sœurs africaines n’ont pas de langue commune, et jusqu’à maintenant,
aucune Sœur africaine n’a été élue au Gouvernement général, on ne sait pas
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

vraiment pourquoi.
En Europe, la gestion des œuvres apostoliques a été abandonnée ou est passée
à d’autres. Les œuvres apostoliques et les pensions de retraite des Sœurs d’Afrique
dépendent du soutien financier de l’Europe.
Cette tendance vers un fort vieillissement ne signifie pas que ces Instituts
auront « disparu » en Europe d’ici dix ans : les Sœurs les plus jeunes, qui sont nées
entre 1945 et 1950, auront alors environ 75 ans ou plus, et certaines d’entre elles
vivront certainement en Europe du Nord jusqu’en 2045 ou 2050. Ceci implique
qu’elles ne peuvent plus assurer elles-mêmes le gouvernement, que ce soit au
niveau local, provincial ou général. Il faut donc trouver dans ces régions des
solutions constructives pour les tâches de gouvernement. Cela implique également
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
Dr. Myriam Wijlens

que les Sœurs devront trouver « à l’extérieur » du personnel pour s’occuper


d’elles, car elles ne seront plus en mesure de prendre soin les unes des autres. Mais
s’occuper d’elles ne signifie pas seulement leur garantir un toit. Les Sœurs vivant
en « maison de retraite » continueront à avoir besoin de personnes qui leur
achètent des vêtements, qui parlent aux médecins et aux infirmières et qui le cas
échéant prennent des décisions concernant les soins médicaux ou autorisent le
transfert dans un autre logement, qui s’occupent de leurs funérailles et de leur
héritage, qui gèrent les ressources de l’Institut ou encore qui trouvent le personnel
pour mener ces tâches à bien, etc.
Cependant, l’inventaire montre aussi que les trois Instituts ont tous une
Province ou une région dans le même pays d’Afrique. Ils sont tous les trois
présents dans le secteur de la santé, avec des hôpitaux et des maternités. Ils
soutiennent ces institutions tant financièrement qu’à travers des partenariats avec
les œuvres apostoliques qu’ils gèrent en Europe. De plus, tous les trois ont des
activités dans la même région d’Afrique, presque dans le même voisinage. La
question se pose donc : Que se passera-t-il en Afrique après 2025 ? Non seulement
le gouvernement de l’Institut devra-t-il changer, mais aussi quelles implications
apparaitront-elles au niveau financier ? Comment les Provinces d’Afrique sont-
elles structurées, en termes de gouvernement, et surtout, en termes financiers ?
Dans quelle mesure sont-elles indépendantes et autonomes ? Les différents Instituts
qui existent dans la même région savent-ils à quoi s’attendre ? Y a-t-il une
planification ? Comment est faite la planification là-bas ? Comment les plans sont-
ils établis, ici et là-bas ? Ou aussi, que devrait-on et pourrait-on planifier ?
Il est soudain apparu clairement que certains Instituts d’Europe se « retireront »
de la même région d’Afrique plus ou moins en même temps, et que les Instituts du
Nord de l’Europe ne communiquent pas ou rarement entre eux sur ce sujet, pour
se coordonner d’une manière ou d’une autre. En Afrique, on se doute bien qu’un
changement surviendra, mais les Sœurs n’ont pas nécessairement toute l’information ;
il est de fait possible qu’elles ne se rendent même pas compte qu’un tournant
majeur est imminent vers 2025. Savent-elles vraiment ce qui les attend, et si
rapidement ? Et il n’est pas de moindre importance de se demander de quelle
manière le changement imminent dans les Instituts religieux affectera les œuvres
apostoliques, surtout les soins médicaux des personnes dans la région d’Afrique
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

concernée ?
Au cours de la consultation, les Instituts ont également signalé qu’une
séparation de l’Institut était prévue. Les Sœurs d’Afrique devaient devenir un
nouvel Institut indépendant. Les Sœurs d’Afrique ne voient pas cette proposition
d’un œil très enthousiaste, d’autant qu’elles avaient été les premières à devenir un
Institut diocésain en Afrique ; mais les Sœurs d’Europe du Nord et l’évêque de ce
pays pensent qu’il vaut mieux que cette séparation se fasse, et que c’est même la
meilleure solution.
Cette information ne m’a plus quittée. Dans l’un des Instituts, M. Andreas
Machnik, Directeur de la branche de Pax Bank eG à Cologne, a aussi été sollicité
en tant que conseiller. Il va souvent dans les Pays du Sud pour son travail. Nous
avons échangé nos idées et compris que la distribution des rôles entre la
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission

Dr. Myriam Wijlens


communauté mère vieillissante et les plus jeunes lieux de mission, qui existait
depuis si longtemps, connaissait un bouleversement de taille. Il semblait raisonnable
de considérer si et comment les changements à venir pouvaient être maitrisés pour
toutes les personnes concernées. Nous avons parlé de nos préoccupations, de nos
désirs, de nos idées avec Sr Agnesita Dobler, Secrétaire Générale de la Conférence
Allemande des Supérieurs d’Ordres Religieux (DOK) et décidé de proposer un
séminaire sur le sujet à l’automne 2018. 2 Le but principal était tout d’abord
d’analyser le problème avec les personnes exerçant des tâches de gouvernement
dans les Instituts et ensuite d’étudier ensemble dans quelle direction les réponses
pouvaient et devaient être recherchées. Une chose était claire : l’urgence du
problème, puisque toute la question devra être réglée dans de nombreuses
communautés dans les sept ou dix prochaines années, parce qu’après 2025 le train
sera parti, pour ainsi dire.
Mais il était aussi évident que nous ne pourrions pas donner immédiatement
des réponses claires et imaginer des solutions générales praticables, et même que
ce ne serait peut-être pas raisonnable ; étant donné les positions de départ
différentes des Instituts, il faudrait probablement trouver des solutions personnalisées.
Le but du séminaire était donc plutôt de rassembler tous les défis qui découleraient
de ce changement structurel, en termes légaux, économiques, de personnel et
d’organisation. Le prélude comportait deux interventions : une d’Andeas Machnik 3
pour les aspects financiers, et la mienne du point de vue du Droit canonique.
L’évènement prévoyait aussi un espace d’échange d’expériences et d’exemples
pratiques, où le Père Matthias Maier OFM, Président du Centre de Mission
Franciscaine, a parlé de son expérience. 4
L’évènement permettait donc d’entendre des interventions thématiques qui
donnaient l’impulsion, d’être conseillés collégialement, et de recueillir et discuter
des questions.
À notre surprise, tant de personnes ont exprimé leur intérêt pour ce séminaire
qu’il ne fut pas possible de toutes les inscrire. Il était donc clair que le sujet était
fortement pertinent. La suite de cet article rapporte maintenant mon intervention.
Toutes les personnes actives dans le gouvernement d’un Ordre ou l’ayant été
savent qu’il faut au moins deux sinon trois Chapitres pour des changements
structuraux majeurs. Le premier chapitre prend conscience du problème et
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

comprend ce qui va nécessairement se passer. Le nouveau Gouvernement reçoit


la tâche d’analyser le problème en détail, de discuter les solutions pour le prochain
Chapitre, et d’impliquer l’ensemble de la Congrégation dans le processus de prise
de décision, afin que le Chapitre puisse effectivement décider de comment
continuer. Le Chapitre, qui se tient quatre ou six ans plus tard, prendra une
décision ou donnera une recommandation, et l’on demandera au nouveau Gouvernement
élu de mettre en œuvre cette décision / recommandation avant le troisième
Chapitre. Dans ce contexte, et face à la situation du vieillissement des communautés
de la partie européenne et de la dépendance des jeunes zones de mission décrite
plus haut, il est grand temps de porter un regard global sur les problèmes du futur
de l’Institut et des engagements qu’il a pris.

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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
Dr. Myriam Wijlens

Pour commencer notre réflexion, il nous faut lire et interpréter les signes des
temps, c’est-à-dire poser la question : Que veut Dieu de nous en ce moment ?
Nous ne devons pas y répondre dans l’abstrait, mais l’analyser à la lumière du
charisme de l’Institut, et par rapport aux préoccupations de l’Institut en termes de
personnes et en tant que communauté, en Europe et dans les Pays du Sud. Il faut
aborder la question de ce qu’il faut faire, d’une part à la lumière de nos ressources
humaines et financières, et, d’autre part, au regard de la responsabilité que nous
avons déjà envers d’autres personnes, par exemple celles dont le mode de vie
dépend de nos œuvres apostoliques. Où voit-on des limites, et où voit-on naître de
nouvelles opportunités ? Les réponses à ces questions peuvent souvent ne pas être
les mêmes pour tous les Instituts en tant que tels, ou pour les différentes parties
d’un même Institut. Il faut des réponses adaptées, à cause des différences qui
existent entre les différents lieux et milieux, tant simultanément (synchon) qu’au
cours de l’histoire (diachron). De cette prise de conscience naît le défi de
permettre la diversité tout en découvrant l’unité dans la diversité. Nous allons
maintenant dresser un inventaire, puis formuler les défis.

Inventaire
Un inventaire doit prendre en compte les éléments suivants :
1 . Il faut tout d’abord poser les questions suivantes : le statut de l’Institut est-
il de droit pontifical ou diocésain ? Est-il national ou international ? Ces deux
questions sont de grande importance quand il s’agit de l’autorité compétente,
qui d’une part doit approuver les amendements, et qui a d’autre part un
certain devoir de sollicitude découlant, dans le cas d’instituts de droit
diocésain, du devoir spécial de soin pastoral de l’évêque (cann. 594-595).
Il faut préciser qu’on ne peut pas affirmer simplement que le statut de « droit
diocésain » implique que l’Institut n’a qu’une étendue nationale et que le
« droit pontifical » signifie qu’un institut a encore une portée internationale.
Il y a maintenant quelques Instituts de droit pontifical qui, après avoir
longtemps été présents dans plusieurs pays, ne sont aujourd’hui établis
qu’au niveau national, parce que les autres parties de l’Institut sont déjà
devenues des Instituts autonomes. À l’inverse, il y a aussi un nombre
relativement important d’Instituts de droit diocésain qui sont présents non
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

seulement dans plusieurs pays européens mais aussi dans les Pays du Sud.
Ceci est remarquable parce que cela veut dire que l’évêque diocésain de la
Maison généralice est aussi responsable des parties de l’Institut se trouvant
dans les Pays du Sud, où il ne peut guère agir comme évêque diocésain : il
ne connait pas les conditions et circonstances de première main, et il doit
tenir compte des pouvoirs de l’évêque du diocèse local. Pour le futur, la
question se posera de savoir s’il est pertinent que l’évêque responsable se
trouve en Europe alors que la partie la plus active de l’Institut se situe dans
les Pays du Sud, ou s’il serait plus logique de transférer, par exemple vers
l’Afrique, les quartiers généraux se trouvant actuellement en Europe dans le
diocèse d’origine, ou bien encore s’il serait raisonnable de donner à l’Institut
le statut d’un Institut de droit pontifical, malgré le vieillissement en Europe.
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission

Dr. Myriam Wijlens


2 . Malgré le fort processus de vieillissement qu’ils connaissent en Europe, les
Gouvernements de plusieurs Instituts sont toujours constitués principalement
de membres européens. Les membres non-Européens, surtout provenant
des Pays du Sud, ou bien n’ont pas encore été élus au Gouvernement général,
ou bien sont souvent insuffisamment intégrés. Bien qu’ils aient de l’expérience
de gouvernement au niveau des Provinces, ils ne sont pas encore élus au
Gouvernement général. Les membres concernés ont le sentiment que leurs
capacités ne sont pas reconnues ni valorisées, mais ils osent à peine le dire.
Le fait qu’ils ne sont pas élus provient également souvent d’une raison
structurelle, directement liée au chapitre. Le nombre des capitulantes des
Pays du Sud est souvent faible par rapport à celui des Européennes. Il en est
ainsi parce que le nombre de capitulantes des différentes provinces est
exclusivement déterminé selon la taille des provinces et ne tient pas compte
du fait que le futur de l’Institut réside dans les Pays du Sud. On prétexte
parfois des raisons financières, par exemple « À cause du coût du voyage
en avion, nous n’avons donné qu’à quatre Sœurs la possibilité de venir au
Chapitre », ou bien : « Puisque les premières Provinces européennes soutiennent
financièrement l’ensemble de l’Institut, elles devraient aussi pouvoir prendre
toutes les décisions importantes, même si celles-ci affectent principalement
les Pays du Sud. » Ceci malgré leur âge et par conséquent leur incapacité à
exercer elles-mêmes un apostolat. À la base, ceci peut être lié à la question
du pouvoir et à une certaine méfiance, bien que ce soit exprimé dans un
langage de sollicitude. Ainsi, il arrive que l’on ne reconnaisse pas que les
Sœurs du Sud sont essentielles pour le futur de l’Institut ni qu’elles doivent
non seulement s’occuper de questions comme le noviciat, l’expansion des
œuvres apostoliques etc… mais qu’elles travaillent aussi activement dans
ces domaines et qu’elles sont pratiquement les seules Sœurs de l’Institut
encore en mesure de faire vivre son charisme dans ses œuvres.
De plus, ces Sœurs ne sont pas encore, ou pas encore assez, élues au
Gouvernement général. Il n’est pas rare d’entendre les Sœurs européennes
dire : « Les sœurs d’Afrique ne sont pas encore prêtes ». De l’extérieur,
nous nous demandons parfois : les Sœurs d’Europe ne sont-elles pas encore
prêtes à reconnaitre que les autres ont des capacités ? Il semble parfois
qu’elles ne réussissent pas à voir que les Sœurs provenant d’autres parties
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

du monde puissent exercer le gouvernement différemment, non seulement à


cause de leur origine – ce qui ne signifie pas nécessairement qu’elles
gouvernent moins bien – mais aussi parce qu’elles appartiennent à une autre
génération, complètement différente. Le fait qu’il n’y ait pas eu de nouveaux
membres – ou très peu – dans la partie Nord Européenne ces 35-40 années
(!) implique que les Sœurs européennes d’aujourd’hui ont peu, voire pas
d’expérience pour aborder un changement générationnel de façon constructive.
Le défi n’est pas d’éviter de considérer les différences tout d’abord comme
des différences culturelles, mais plutôt de prendre conscience du danger
d’un colonialisme caché et non avoué.
3 . Certains Instituts sont présents dans le monde entier : ils ont des Provinces
en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Souvent il y a peu,
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
Dr. Myriam Wijlens

ou presque pas de contact entre ces Provinces. Le contact passe principalement


par le biais de la Maison Mère commune ou à travers le Généralat et le
Chapitre général ; mais il n’y a pas, ou très peu de contact direct entre les
Provinces. Il n’est pas rare que les langues et les barrières culturelles soient
des obstacles qui semblent presque impossibles à surmonter. Il en résulte
que les membres des Provinces d’Asie et d’Afrique se connaissent à peine.
Ceci signifie que lorsque l’on envisage de transférer un Généralat d’Europe
vers un autre continent, on ne voit pas clairement où il faut l’installer. De
plus, il faut aussi préciser que dans certains Instituts, des séparations ont
déjà été effectuées, surtout en Asie : les Provinces d’Asie sont constituées
Instituts autonomes – souvent de droit diocésain. L’Europe et l’Afrique
restent donc ensemble dans l’Institution Mère.
4 . Les biens temporels de ces Instituts se trouvent habituellement en Europe,
où ils sont aussi gérés. Ceci est souvent dû à la peur – qui est tout à fait
légitime – de l’inflation ou de l’instabilité dans l’économie, ainsi que de la
corruption dans certaines parties du monde. 5 Mais cela implique que les
œuvres apostoliques en Afrique /Asie (écoles, hôpitaux) dépendent financièrement
de l’Europe. Les Instituts en Europe reçoivent parfois une aide officielle au
développement pour leurs œuvres apostoliques en Afrique / Asie/ Amérique
du Sud. D’un côté, c’est une bonne chose pour soutenir les projets, mais
d’autre part, le danger est que cette aide soit un obstacle à l’autonomie, et
que les deux parties ne communiquent pas sur un pied d’égalité. Si l’on
regarde le futur, quand ce soutien ne peut plus être assuré à cause du
vieillissement en Europe, il faut prendre ce point en considération.
5 . Certains évêques diocésains d’Europe ont établi une fondation ecclésiale /
personne juridique (en accord avec le CIC, can. 115) pour les biens
temporels d’un Institut. De cette manière, les biens de l’Institut sont
transférés vers une fondation par une entité juridique civile, qui est gérée
exclusivement par les membres de l’Institut et a généralement une structure
parallèle avec l’entité juridique ecclésiale. Le seul objectif de la fondation est
parfois de fournir les soins nécessaires aux sœurs européennes dans le pays
où est située la Maison Mère. Cet objectif ne permet donc pas le soutien des
autres parties de l’Institut. Une telle réglementation, même si elle est
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

approuvée par l’évêque, ne serait pas compatible avec le Droit canonique.


Il n’est pas rare que des membres du gouvernement diocésain siègent dans le
conseil d’administration de cette nouvelle entité juridique; l’évêque lui-même en
est parfois le président, et il décide seul de qui est admis à siéger au conseil de la
fondation. Quand les membres de l’Ordre – ou une majorité d’entre elles au conseil
– ne sont plus en mesure de gérer les biens, ceux-ci sont aliénés en accord avec
le can. 638 §3.
Il arrive que les statuts de l’entité juridique civile stipulent qu’à la mort de la
dernière Sœur en Europe / dans le pays où est située la Maison Mère, la Province
est abolie, ou bien le Généralat est transféré à l’étranger et le patrimoine passe au
diocèse. Une telle règle est discutable à plusieurs égards. Cette disposition ne
semble pas compatible avec le Droit canonique, puisque le patrimoine devrait être
38 transféré à l’Institution en tant qu’entité juridique supérieure et non à une autre
Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission

Dr. Myriam Wijlens


entité juridique (can.123). L’Institut, quant à lui, n’est pas la plus haute entité
juridique de la fondation, et il est donc essentiel de préciser dans les statuts de la
Fondation que les biens échoient à l’Institut en accord avec le Droit canonique.
L’idée que le diocèse est l’entité juridique supérieure d’un Institut religieux
diocésain est erronée. 6 Même quand un Institut en tant que tel est supprimé, ses
biens temporels ne sont pas automatiquement donnés au diocèse. La décision
concernant les biens temporels de l’Institut supprimé est exclusivement réservée
au Siège Apostolique (can. 584).
Lorsque l’on établit une fondation dont le but est de soutenir uniquement les
membres dans leur propre pays, le problème est que les autres parties de l’Institut
n’ont pas accès aux bien temporels et à la propriété, si l’Institut se divise ou même
si son siège est transféré à l’étranger. Il est par conséquent important d’examiner
très attentivement le but de la fondation.
6 . Les statuts de la fondation stipulent parfois que le diocèse prendra en charge
la retraite des membres en échange du transfert de certains titres de
propriété ou de l’ensemble du patrimoine. Cependant, la signification de
« prendre en charge » n’est pas définie. S’occuper de quelqu’un implique
davantage que de le placer dans une « maison de retraite ». De plus, les
maisons de retraites ont aussi des standards différents.
7 . Les évêques, ainsi que les gouvernements européens, croient parfois que
lorsqu’un Institut se sépare, la partie européenne garde les biens temporels
est n’est pas obligée de partager le patrimoine. On pense qu’une partie
« quitte » l’Institut. Légalement, cependant, il s’agit d’une séparation, pas
d’un abandon. La séparation est comme un divorce : il n’est pas question de
culpabilité, les biens sont séparés, 7 en tenant compte des retraites et des
autres obligations. Ceci va demander de plus en plus d’attention, parce que
la séparation, ou une nouvelle fondation, requiert le consentement du Saint
Siège (cf. can. 579).
8 . Pour de nombreux Instituts, le Vicaire de l’Évêque pour les Religieux est
aussi le Conseiller de l’Institut : il y a là conflit d’intérêt. Les Institutions
doivent en être conscientes.
9 . Parfois, lorsque un Institut diocésain envisage de demander le statut de
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

« droit pontifical », le Gouvernement diocésain lui communique que si cela


se fait, il lui sera impossible de continuer à assurer l’administration des
sacrements ou la disponibilité d’un prêtre. Ce type d’affirmation est perçu
comme une forme d’abus de pouvoir, ou comme une menace. La pression
exercée par le Diocèse peut créer de grosses tensions dans l’Institut, car
toutes les Sœurs ne sont pas en mesure de la supporter de la même manière.

Défis
Les questions discutées jusqu’à maintenant conduisent simultanément à un
certain nombre de questions ouvertes auxquelles il va falloir répondre dans un
future proche. Ces questions peuvent être formulées comme suit :
1 . Dans le cas du vieillissement progressif d’une congrégation, peut-on célébrer
39
Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
Dr. Myriam Wijlens

un Chapitre quand la majorité des membres de l’Institut ne peuvent plus


voyager pour des raisons d’âge ou de visas ? Les Sœurs les plus âgées ne
peuvent pas se rendre dans les Pays du Sud, et les Sœurs plus jeunes des
Pays du Sud ont de plus en plus de difficultés à obtenir un visa pour
participer à un Chapitre. Est-il aventureux d’avancer que, s’il manque les
forces capables de se rendre à un chapitre, ceci pourrait indiquer un manque
de vitalité, et qu’on pourrait peut-être en tirer les conséquences concernant
la participation au Chapitre ? Un bon conseil extérieur pourrait être utile pour
traiter cette question.
2. Comment un Chapitre doit-il être défini et que doit-on y discuter, quand il est
clair que le futur de l’Institut se situe hors de l’Europe, mais que la majorité
des sœurs, âgées de plus de 80 ans, résident encore en Europe ? Quels
modèles peut-on concevoir ?
3. Comment les membres d’autres parties du monde peuvent-ils être préparés
pour des tâches de gouvernement et pour administrer des biens ? Bien que
dans beaucoup d’Instituts le Gouvernement provincial soit déjà entre les
mains de membres locaux, il est également nécessaire d’opérer ce changement
dans le Gouvernement général, puisque à l’horizon 2025 de nombreux
Gouvernements généraux dépendront de Sœurs non-européennes. Il faut
une transition. Afin d’effectuer le changement, un Chapitre peut décider, par
exemple, d’augmenter le nombre de conseillères provenant de la partie non-
européenne. Par exemple, on se trouve face à un défi particulier si la langue
du Généralat est toujours l’allemand, alors que la langue du futur est
clairement l’anglais, le français ou l’espagnol.
4. L’emplacement du Généralat constituera également un défi particulier. Si le
futur de l’Institut se profile sur un autre continent, la question sera de savoir
si le Généralat doit y être transféré. La question des visas nécessaires pour
que les membres du Gouvernement général puissent travailler ensemble ne
facilitera pas la décision. Cependant il ne faut pas que l’Institution Mère
considère automatiquement qu’un Généralat ne doive pas ou ne puisse pas
être relocalisé.
5. Il faut être attentif aux droits et aux devoirs des évêques diocésains, surtout
en ce qui concerne la gestion des biens temporels des Instituts religieux, pas
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

seulement en Europe, mais aussi dans les autres parties du monde.


6. Les Sœurs des Pays du Sud, surtout en Afrique, préfèrent généralement être
indépendantes de l’évêque local afin de mieux se protéger des abus, qu’ils
soient sexuels ou de pouvoir financier. Le Saint Siège est tout à fait
conscient de ce problème. Il est important, par-dessus tout, de sensibiliser
les évêques et les responsables religieux européens à ce problème. Le but est
d’examiner s’il ne serait pas plus raisonnable de donner à l’Institut le statut
de « droit pontifical », plutôt que de séparer l’Institut.
7. Si l’on procède néanmoins à une séparation, la question se pose de savoir
comment assurer le soutien à long terme, surtout en ce qui concerne les
œuvres apostoliques.
8. Nous avons remarqué plus haut que les Sœurs des provinces des différents
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Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission

Dr. Myriam Wijlens


continents se connaissent parfois très peu, parce qu’elles ne sont reliées
entre elles que par l’intermédiaire de la Maison Mère, et qu’elles n’ont pas
de contact direct les unes avec les autres. Cela pose la question de voir
comment renforcer les liens entre les membres des différentes Provinces sur
des continents différents. La question des différences culturelles et ethniques
revêtira alors une grande importance.
9 . Le Gouvernement européen n’est pas toujours prêt à divulguer la situation
financière en Europe aux Provinces des autres continents. On craint que les
membres ne soient pas en mesure de faire face à ces sommes de façon
raisonnable. On répète que le fait de connaitre le montant des réserves
pourrait éveiller des désirs, parce que les Sœurs ne tiendraient pas compte
de certains coûts, par exemple ceux des retraites en Europe. Il est important
que les membres soient progressivement mis au courant de la situation
financière.
Un point crucial concerne le soutien financier des œuvres apostoliques,
précisément à deux niveaux : un niveau interne et un niveau externe. En interne,
la question se pose de savoir comment les œuvres apostoliques qui appartiennent
à l’Institut peuvent être assurées à long terme. Comment différents Instituts
d’Europe œuvrant dans la même région quelque part dans le monde peuvent-ils
travailler en réseau afin que la région en question soit soutenue à long terme, de
telle manière qu’ils puissent assumer la responsabilité de ces œuvres ? Comment
ceci peut-il être imaginé de manière à ce que, si les Européennes se retirent, les
œuvres des autres parties du monde ne cessent pas (brusquement) ? Peut-on
élaborer un plan sur trois ou dix ans ? C’est le cas, par exemple, de trois hôpitaux
d’une grande ville d’Afrique, soutenus par trois Institutions en Europe. Comment
organiser et garantir les soins sanitaires de la région ? Ici, il faudrait développer
un plan, où les gouvernements et les Institutions concernées agiraient ensemble.
Cependant, le soutien des œuvres apostoliques doit aussi être considéré de
l’extérieur. Ceci concerne le revenu en Europe, c’est-à-dire comment ne pas
perdre les bienfaiteurs existants simplement parce qu’un Institut religieux ne peut
plus être actif en Europe, et qu’il n’est plus capable d’attirer des sponsors ni de
maintenir les contacts. D’une certaine manière, ceci signifie créer un réseau pour
les procures missionnaires des différents Instituts religieux afin d’assurer un
revenu, de choisir des projets remplissant les conditions requises, et de vérifier
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

régulièrement la qualité de la mise en œuvre du projet.


10. Enfin, la question se pose de savoir comment les évêques, tant en Europe
que sur les autres continents, peuvent être impliqués et comment la transition
d’une Église européenne à une Église vraiment mondiale peut être effectuée de
façon positive et responsable. On pourrait peut-être être formuler ainsi le mot clé
de ce projet : « assumer une coresponsabilité ».

Un dernier mot
Avec l’élection de Jorge Mario Bergoglio comme Pape François, l’Église est
devenue une Église mondiale : ce n’est pas un Italien, pas un Européen, mais un
Latino-Américain qui a été élu successeur de Pierre. Cet homme d’Amérique Latine
41
Passage de relai entre les Communautés Mères et les jeunes Régions de Mission
Dr. Myriam Wijlens

n’est pas une missionnaire européen ; il est né en Argentine, il y a étudié, il y a


travaillé. Il n’est même pas allé dans l’Université de son Ordre, la Grégorienne à
Rome. Dans tous les sens, la Pape François incarne l’immense déplacement de
l’Europe vers les Pays de Sud. L’Église est devenue une église universelle. Les
Européens doivent accepter cette nouvelle réalité. Avec le vieillissement de
l’Europe, les Instituts religieux sont profondément impliqués dans la transformation
de l’Europe : il faut lire et interpréter les signes des temps et, ensuite, participer
à la formation du processus, en accomplissant à nouveau une tâche prophétique
en tant qu’Instituts religieux. C’est une période passionnante, une période de défis
et de créativité pour les canonistes qui peuvent accompagner ce processus, parce
que la législation ne tient pas encore compte de cette situation. Que tous puissent
être à la hauteur de leur tâche et, dans la confiance en l’action de l’Esprit Saint,
apporter leur contribution. Que tous avancent ensemble sur de nouveau chemins
– Duc in Altum – confiants dans le fait que c’est Dieu lui-même qui conduit.

1
Cet article est dédié au P. Rudoplf Henseler, canoniste et membre de la Congrégation du Très Saint
Sauveur, qui a principalement étudié le droit des Instituts religieux à partir de son expérience de
conseiller canonique auprès de nombreux Instituts religieux, de membres des différents Ordres, et
d’évêques. Par conséquent, son interprétation et son application du droit sont situées dans le
contexte des limites et des possibilités données par la vie elle-même. Ainsi, avec et à travers la
science, le P. Henseler est devenu un pasteur de caractère très particulier, avec le droit et malgré
le droit.
2
Le Séminaire sur L’Activité de la Mission lors d’un Changement Structurel : Problèmes et
Possibilités d’Action dans le Processus de Continuation/Remplacement des Zones de Jeune
Mission des Communautés Mères Vieillissantes s’est tenu les 5-6 novembre 2018, dans la Maison
de Formation des Sœurs de Ste Ursule à Erfurt.
3
Andreas Machnik, “Der Strukturwandel in wirtschaftlicher Sicht,” Ordenskorrespondenz 60 (2019)
23-28. Il réfléchit sur les défis de nature organisationnelle, économique, culturelle, spirituelle, et au
niveau du personnel, et il pose les questions de solutions.
4
Matthias Maier, “Kooperation als Chance: bewährtes erhalten und Neues schaffen,”
Ordenskorrespondenz 60 (2019) 39-43.
5
Malheureusement, les religieuses en particulier déclarent qu’elles subissent parfois des pressions
de la part des évêques, surtout en Afrique, et qu’elles remettent une partie de leurs biens temporels
ou de leurs dons aux évêques ou aux diocèses, bien que ceci soit dénué de tout fondement juridique.
Elles signalent aussi que les évêques prétendent qu’à cause de leur vœu de pauvreté, elle n’ont pas
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

le droit d’être payées pour leurs activités. Mais le vœu de pauvreté n’implique pas que l’on ne doive
pas recevoir d’indemnités correspondant à son activité, mais que l’on partage ce à quoi on a droit
avec les nécessiteux. Ceux qui ne reçoivent rien ne peuvent pas cotiser pour leur retraite. C’est
précisément à cause de ces aspects financiers que les religieuses d’Afrique ont rarement intérêt
à se séparer de l’Institution Mère et à devenir Institut diocésain. Elles ne se sentent pas toujours en
mesure de traiter avec le pouvoir des évêques locaux. C’est surtout le manque de fondement spirituel
et de stabilité financière qui a conduit à la décision prise le 11 mai 2016, qui stipule non seulement
qu’un évêque diocésain doit consulter le Siège apostolique avant d’établir un Institut (can.579), mais
aussi que cette consultation ad valitatem est requise pour que soit valide l’établissement d’un Institut
diocésain. Le Saint Siège a ainsi introduit un droit au consentement ou un nihil obstat. Voir
[Link] (accès:
15.01.2019)
6
Dans certains Instituts, les statuts de l’association enregistrée stipulent que lorsqu’une Province est
abolie, même les clercs de cette Province sont incardinés dans le diocèse. Cette règlementation a
des antécédents historiques, mais il est essentiel qu’elle soit adaptée aujourd’hui.
7
Il faut bien sûr prendre en compte le fait que l’espérance de vie et les retraites sont différentes selon
42 les pays.
La Vie à l’UISG
LA VIE À L’UISG

Du Bureau de la Secrétaire Exécutive


Un grand laps de temps s’est écoulé depuis la publication du dernier Bulletin
UISG, à la fin de l’année 2020. En un sens, il est bon de savoir que vous avez
regretté de ne pas voir arriver le Bulletin UISG dans votre boite aux lettres. Nous
espérons que les envois postaux pourront reprendre en septembre, mais pour le
moment nous publions le Bulletin en ligne dans les sept langues habituelles. Le
retard de ce premier Bulletin de 2021 est dû à l’impact de la covid-10 sur les
membres de l’équipe de l’UISG et sur leurs communautés/familles, et à la
règlementation du travail en vigueur en Italie. Malheureusement, comme plusieurs
membres de l’équipe ont contracté le virus, nous avons enduré plusieurs périodes
de quarantaine. De plus, la majorité de l’équipe est en télétravail, et bien que chacun
ait travaillé de façon exceptionnelle chacun dans son domaine, la coordination a été
compliquée, vu la nature de notre tâche.
Beaucoup d’entre vous nous ont écrit pour remercier du merveilleux soutien
apporté en ligne par l’UISG pour aider les responsables et les membres des
congrégations à traverser cette période difficile. Sr Florence de la Villéon, Patrizia
Morgante et Sr Therese Raad, assistées de nombreux autres membres de l’équipe,
ont proposé différents webinaires sur de nombreux thèmes et ont formé des sœurs
du monde entier à l’utilisation de la plateforme Zoom. Nous sommes particulièrement
heureux d’avoir pu offrir un Programme de Formation à l’Interculturalité sur
plusieurs semaines à 140 sœurs, une série de webinaires sur la Tutelle et la
Protection en collaboration avec la Commission Pontificale pour la Protection des
Mineurs, ainsi qu’une importante série intitulée Sisters Empowering Women sur
des thèmes liés à Fratelli Tutti. Ce cycle de webinaires a été traduit en huit langues
et s’est déroulé autour de la synodalité, l’économie, la santé, l’éducation, la paix,
les soins et le plaidoyer (advocacy).
De plus, un nouveau projet a été lancé au cœur de cette pandémie sur le thème
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

Sisters Advocating Worldwide (Des Sœurs pour Plaidoyer dans le Monde). Étant
donné l’impact de la covid-19 sur les plus pauvres, il semble juste que les Sœurs
qui exercent des apostolats aux périphéries puissent parler au nom de ceux qui
souffrent le plus, et avec eux. Enfin, le Bureau JPIC de l’UISG-USG a proposé de
nombreux et importants webinaires et sessions de formation pendant cette
période.
Les congrégations religieuses ont maintenant adopté une manière toute
nouvelle de communiquer entre elles, entre continents, d’une langue à l’autre. Il
s’agit là de l’un des nouveaux domaines de développement, d’un « front de
croissance » dans la vie religieuse pendant cette période difficile. Il faut y ajouter
le sens de solidarité et le soutien croissants qui ont été vécus dans et entre les
43
La Vie à l’UISG

congrégations au fur et à mesure que la covid-19 se diffusait dans les différents


pays et affectait les communautés les unes après les autres. Nous tenons à
exprimer notre reconnaissance envers les nombreuses congrégations, les différentes
Fondations des États-Unis et l’USAID qui ont contribué de façon très significative
au Fonds de Solidarité covid-19 de l’UISG. Ce fonds nous a permis d’aider de
nombreuses congrégations confrontées à des dépenses conséquentes pour le
nettoyage, l’assainissement et les prestations médicales liées à la covid-19 –
d’abord dans les communautés pour les sœurs âgées, puis, de plus en plus, là où
le besoin se faisait sentir dans les congrégations. Des aides ont été distribués sur
tous les continents et nous continuerons à les faire arriver tant que ce Fonds
durera. Prions pour tous nos généreux bienfaiteurs.
Beaucoup d’entre vous ont évoqué, par écrit et oralement, les changements
que cette pandémie a suscités dans la vie religieuse :
- Une acceptation croissante de notre vulnérabilité à différents niveaux
- Une nouvelle compréhension de la vie communautaire et du ministère de la
présence
- Un appel à des niveaux de contemplation et de prière toujours plus profonds
pour accompagner pleinement le monde en ce moment de crise
- La nécessité d’étudier comment la vie religieuse est appelée à être présente
dans ce monde post pandémie.
Les fruits de ce temps de souffrance deviendront plus clairs lorsque nous
entrerons dans une nouvelle phase, où nous espérons que les choses reviendront
à la normale, une phase que nous créerons ensemble à travers notre réflexion sur
l’expérience du confinement et du deuil. Nous avons appris à valoriser certains
aspects de notre vie consacrée que peut-être nous considérions comme allant de
soi, nous avons découvert d’autres aspects que nous devons approfondir, et nous
commençons à réfléchir sur la manière dont la vie religieuse est appelée à répondre
à ce futur qui se dessine.
L’encyclique papale Fratelli Tutti et la réflexion entreprise par 250 Supérieurs
Généraux, hommes et femmes, en mars, avril et mai sur ce document majeur, ont
invité les congrégations à commencer ce chemin d’approfondissement. Au mois
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

de mai le thème de la réunion de trois jours était « Devenir sœurs, devenir frères
– la vie consacrée au service de la fraternité dans un monde blessé ». Les sous-
thèmes indiqués ci-dessous (un par journée) étaient tirés de Fratelli Tutti et ils
sont pour nous tous une invitation à continuer à réfléchir :
- Regarder la face du monde, toucher les fragilités (FT 115)
- La proximité comme culture de la rencontre (FT 216)
- Faire retentir la musique de l’Évangile (FT 277)
Nous avons été invitées en tant que congrégations religieuses à participer au
processus synodal qui commencera bientôt et qui aidera l’Église à se préparer au
Synode sur la Synodalité prévu pour 2023. Notre participation se jouera à
différents niveaux – au sein des diocèses et aussi en tant que congrégations à
travers l’UISG/USG. Vous trouverez davantage d’informations sur le processus
44
La Vie à l’UISG

synodal en visitant le site [Link] en cinq langues. Au début de ce


cheminement souvenons-nous de l’humble ministère de guérison et de miséricorde
de Jésus, et travaillons et prions ensemble et avec d’autres pour créer, selon les
mots du Pape François, une révolution de tendresse qui offrira au monde la
guérison et une vie nouvelle.

Nouvelles

Assemblée Plenière de l’UISG de 2022


Le Conseil Exécutif de l’UISG (Union Internationale des Supérieures Générales)
a mis en place un processus afin de permettre aux Supérieures Générales de
participer en plus grand nombre à l’Assemblée de l’UISG de 2022 qui aura pour
thème :
EMBRASSER LA VULNÉRABILITÉ SUR LE CHEMIN SYNODAL
Tandis que nous espérons que vous pourrez participer nombreuses à l’ASSEMBLÉE
DE MAI À ROME, nous savons que les restrictions de voyage liées à la COVID-
19 pourraient encore toucher certaines parties du monde.
Voici les grandes lignes du PROCESSUS DE L’ASSEMBLÉE
Première phase :
Réunions en ligne le 14 mars et le 4 avril 2022, de 13h à 16h
(Heure de Rome)
Deuxième phase :
Réunion à ROME à l’hôtel Ergife Palace : du 2 au 6 mai 2022.(Le
service de diffusion en continu dans plusieurs langues, sera
disponible pour les principales conférences)
Phase finale :
Réunion en ligne le 11 juillet 2022, de 13h à 16h (Heure de Rome)
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

La chaine YouTube de l’UISG


Nous vous signalons l’adresse de la chaine YouTube de l’UISG : vous pouvez
l’ajouter à vos favoris dans votre moteur de recherche (browser). Vous y
trouverez, classés en listes de lecture (playlists), les enregistrements de tous les
webinaires organisés par l’UISG sur différents thèmes.
Nous vous annonçons que dans le courant du mois de mai seront également
rendues publiques toutes les vidéos du cours Leadership et interculturalité qui
s’est déroulé en ligne en décembre 2020.
Voici l’adresse de la chaine YouTube avec toutes les listes de lecture :
[Link]/c/UISGRome/playlists

45
La Vie à l’UISG

Sisters Empowering Women : un évènement sur Fratelli Tutti du point de vue


des Religieuses
À la fin du mois de mars se déroulera un évènement, composé de plusieurs tables
rondes à thèmes, sur l’Encyclique Fratelli Tutti lue avec les yeux des Religieuses.
Le titre veut souligner que la mission des Religieuses, dans beaucoup d’endroits,
aide les femmes à prendre la parole et à contribuer à la construction de la paix et
de l’amitié sociale dans notre humanité.
Vous trouverez l’enregistrement sur notre chaine YouTube.

Sowing Hope for the Planet #LaudatoSi : l’engagement des Religieuses dans
le monde
« Tout est intimement lié, et les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne
compte de tous les aspects de la crise mondiale » LS 137
La Campagne de l’UISG dédiée à Laudato Si’ bat son plein : plusieurs Congrégations
ont déjà nommé leur « Animatrice Laudato Si’ ». Les animatrices deviennent
membres du réseau des Religieuses pour la Campagne de l’UISG dédiée à Laudato
Si ’ .
Sr Sheila Kinsey, coordinatrice de la Campagne, a été nommée consultante au
Dicastère pour le Développement Humain Intégral, pour le plan de mise en œuvre
de l’Encyclique jusqu’en 2025, année où seront célébrés les 10 ans du document.
De nombreux documents et vidéos et sont à la disposition des Congrégations pour
la formation :
Matériel : [Link]
Vidéos : [Link]
Contact : Sr Sheila Kinsey, coordinatrice de la Campagne,
info@[Link]

Une religieuse sous-secrétaire du Synode des Évêques


Le 6 février dernier le Pape François a nommé un père augustinien et une religieuse
xavière sous-secrétaires du Synode des Évêques: la religieuse est Sr Nathalie
Becquart. C’est la première fois qu’une femme occupe cette position. Nathalie
était auparavant consultante au Secrétariat général du Synode des Évêques et elle
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

a participé activement au Synode sur les Jeunes et à celui sur la Région Pan-
amazonienne.
Elle a rédigé une thèse de Doctorat sur le Thème de la Synodalité au Boston College.
Sr Nathalie a rencontré la presse pour partager ses idées sur cette nouvelle charge
et répondre aux questions des journalistes.
« Je n’aurais jamais imaginé me trouver dans cette mission au Synode. Toute ma
vie a été marquée par des appels spécifiques : avant et après d’entrer dans la vie
religieuse. J’ai reçu de très nombreux messages de félicitations du monde entier.
Ils expriment tous la joie de cette nomination qui n’est pas seulement pour
moi mais qui montre combien a été écouté le désirdes Églises locales et de
nombreux chrétiens de vivre ensemble, femmes et hommes, dans l’Église catholique,
et pas seulement. J’ai reçu de nombreux messages d’amis musulmans et juifs. »
46
La Vie à l’UISG

Pour revoir la conférence de presse :


- En anglais: [Link]
- En français (original): [Link]

Synodalité : une réflexion du Cardinal Joao Braz de Aviz


Le Cardinal Braz, Préfet de la Congrégation pour la Vie Consacrée, a rencontré en
ligne les Déléguées UISG des 36 constellations, pour partager une réflexion sur la
Synodalité, en vue du Synode sur la Synodalité d’octobre 2022.
Vous pouvez réécouter cette réflexion ; elle est disponible en anglais, espagnol,
français et italien (original) : [Link]

Fund Raising pour Religieux et Religieuses


Plusieurs cours sont disponibles en ligne pour former les religieuses et religieux
dans leur Recherche de fonds pour leur mission (Fund Raising)
Nous vous invitons à visiter le site de l’organisation des Pères Clarétins qui
promeuvent ces cours : [Link]

Care for Children [Link] des enfants : nouveau projet UISG


Catholic Care for Children (CCC) est un mouvement conduit par des religieuses
et animé par un fort charisme, dont le but est de garantir que les enfants puissent
grandir en sécurité dans des familles où ils se sentent aimés. Le projet de l’UISG
veut aider les religieuses à vivre le charisme du soin des enfants et des orphelins
de notre société mondiale et moderne.
La coordinatrice du Projet est Sr Niluka Pereira: ccci@[Link]
Pour télécharger la brochure :
italien [Link]
anglais [Link]
français [Link]
espagnol [Link]

Communication UISG : un nouveau site bientôt à votre service


Comme nous vous l’avons déjà annoncé, l’UISG travaille à moderniser son image
UISG - Bulletin Numéro 174, 2021

de marque (branding) pour communiquer de manière plus directe et efficace, à


l’intérieur et à l’extérieur de l’Église.
Le nouveau site internet devrait répondre aux exigences de nos membres et des
sœurs qui le visitent pour chercher des informations ou des nouvelles sur la vie
religieuse féminine.
Nous avons envoyé aux Supérieures Générales deux questions pour nous aider à
donner une priorité aux contenus à insérer. Nous vous les proposons également ci-
dessous ; si vous le souhaitez, vous pouvez envoyer vos réponses à
comunicazione@[Link], avec l’objet ‘New UISG Website’ :
- Que cherchez-vous quand vous visitez notre site [Link] ?
- Quel type de contenu/de nouvelles désirez-vous trouver sur le nouveau site
de l’UISG ?
47
STAFF UISG
SECRETARIAT Sr. Patricia Murray, ibvm [Link]@[Link]
Secrétaire Exécutive 0668.400.236
Rosalia Armillotta [Link]@[Link]
Assistante Secrétaire Exécutive 0668.400.238

FINANCES Aileen Montojo economato@[Link]


Administratrice des Finances 0668.400.212
Sr. Sunitha Luscious, zsc
Assistante Administratrice des Finances
Patrizia Balzerani [Link]@[Link]
Secrétaire Membership 0668.400.249

COMMUNI CA TION Patrizia Morgante comunicazione@[Link]


Responsable Communication 0668.400.234
Sr. Thérèse Raad, sdc comunicazione@[Link]
Bureau de Communication (Volontaire) 0668.400.233
Antonietta Rauti bollettino@[Link]
Coordinatrice Bulletin UISG 0668.400.230

SERVICES Bianca Pandolfi info@[Link]


UISG Information Office
Svetlana Antonova [Link]@[Link]
Assistante Technique des Services Generaux 0668.400.250

PROJETS Sr. Florence de la Villeon, rscj [Link]@[Link]


Coordinatrice Internationale Projet Migrants 0668.400.231

Sr. Gabriella Bottani, smc coordinator@[Link]


Coordinatrice Talitha Kum 0668.400.235
Marilde Iannotta secretariat@[Link]
Talitha Kum Secretariat 0668.400.232
UISG - Bulletin Numéro 163, 2017

Sr. Mayra Cuellar, mb


Talitha Kum Database

Sr. Mary Niluka Perera, sgs ccc@[Link]


Catholic Care for Children International 0668.400.225
Claudia Giampietro sa fegu arding@[Link]
Office for Care and Protection 0668.400.225
Sr. M. Cynthia Reyes, sra [Link]@[Link]
UISG Programme Formation 0668.400.227

Canon Law Council canoniste@[Link]


0668.400.223

48

Common questions

Alimenté par l’IA

International cooperation is crucial in implementing the Convention, as it encourages states to actively apply its principles and collaborate through the Committee on the Rights of the Child, which oversees compliance and fosters cooperation among countries. Additionally, Article 45 explicitly promotes international cooperation for the Convention's objectives .

The Convention mandates the establishment of the Committee on the Rights of the Child, as per articles 43 and 44, to monitor and evaluate the implementation of its principles by state parties. The Committee reviews reports submitted by states and provides recommendations to ensure compliance with the Convention .

The Convention emphasizes that children suspected or accused of criminal offenses should receive treatment that promotes their sense of dignity and self-worth. Article 40 aims to ensure that such treatment considers the child's age and facilitates the child's respect for human rights and the fundamental freedoms of others, ultimately aiding their reintegration into society .

The UN Convention obligates states to protect children from sexual exploitation and abuse by implementing appropriate measures on national, bilateral, and multilateral levels to prevent illegal sexual activities, exploitation for prostitution or other illegal sexual practices, and exploitation in pornography. This is highlighted in Article 34, which works alongside Article 35 regarding child abduction, sale, or trafficking .

The Convention acknowledges the intersection of children's rights with gender and disability by aligning with other international treaties, such as the Convention on the Elimination of Discrimination Against Women and the Convention on the Rights of Persons with Disabilities. This integration ensures that children's rights are protected through a lens that considers gender and disability-specific challenges .

Religious institutions contribute to upholding children's rights by promoting ethical codes respecting children's privacy, establishing procedures for reporting abuse, and training members to interact inclusively, particularly with children with disabilities. They play a significant role in creating safe environments and advocating for children's representation and voice, aligning with the principles of the Convention .

The Convention on the Rights of the Child mandates states to facilitate the physical and psychological rehabilitation and social reintegration of children who are victims of neglect, exploitation, abuse, torture, or cruel treatment, including those impacted by armed conflict. This is outlined in Article 39, emphasizing the need to support children in overcoming their traumatic experiences and rejoining society with dignity .

Centralized governance can lead to disconnect and inefficiency, as local contexts and needs may be overlooked. For religious institutions, central Europe-based governance may not accurately reflect or prioritize the challenges faced in regions like Africa, where child rights issues may differ. Decentralized governance could offer more culturally relevant and effective solutions .

Southern institutions face challenges such as inadequate representation in governance due to structural issues and power imbalances, where European members often dominate decision-making bodies. Financial constraints also limit their participation, hindering their ability to adequately apply the Convention's principles and address local needs .

Religious institutions often have significant influence in underserved regions, making them vital in advocating for children's rights, providing education on reporting abuse, and creating networks for children's protection. Their presence and trust in communities allow them to effectively promote the principles of the Convention, particularly in areas lacking robust governmental frameworks .

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