Bécassine Mobilisée
Bécassine Mobilisée
BÉCASSINE
MOBILISÉE
Je reprends au
jourd’hui le récit
de mes aventures.
Je reprends aussi mon stylo. Ja ... à le lâcher que quand il ne
mais il n’a si mal marché; un marchera plus du tout. Et en
■porte-plume de deux sous serait bien plus core!... Pour l’instant, il s’amuse à cra Vers la fin de l’été dernier, mon jeune maître, le lieute
commode ; mais comme cet outil de stylo m’a cher son encre sur mon papier et sur mes nant Bertrand de Grand-Air, a dit qu’il était tout à fait
coûté les yeux de la tête, je ne me déci doigts. Le temps de lécher tout ça, et je guéri de ses blessures et qu’il allait de mander
derai... commence. à repartir au front. Il a dit ça pendant le dé jeu-
" ner, au moment où je ser 'vais le
premier plat...
Mais j’ai
... qui était regardé
une tête de veau. Mme Thé
D? émotion, j’ai rèse,la femme du J’ai renfoncé mes lar
failli -la laisser lieutenant, et mes et mon mouchoir, j’ai repris ma
tomber, la tête de veau, sur celle du lieu Mme la marquise de tête de veau et j’ai fini de servir le
tenant. Je fai rattrapée bien juste à Grand-Air, sa tante, chez qui, pour lors, déjeuner. Je dois avouer que je l’ai —
temps; j’ai posé le plat sur le buffet nous étions tous installés. Elles ne pleu servi tout de travers, même qu’à la fin, le lieutenant m’ayant
et j’ai commencé à pleurnicher dans raient pas. De les voir si demandé le bocal de cerises à l’eau-de-
" mon mouchoir. courageuses, ça m’a fait vie,
honte de l’être si peu...
Que je devenais
de plus en plus
bête; que c’était
malheureux de
prendrel’argent
de notre mai-
tresse,' qui n’en
a pas plus qu’il ne
faut, pour lui rendre
si peu de services...
Là, j’ai raconté etc.,etc. Jecroisque
... je lui ai apporté celui des j’aurais repiqué une
cornichons. Il a ri et il m’a dit :< ce qui venait de se
passer à la vieille crise de larmes si
« J’espère que sur le front le mon ami Zidore n’é
ravitaillement sera mieux fait. » Maria, la cuisinière. Elle m’a regardée avec un air de mé
tait pas entré à ce
Comme j’étais toute décontenancée, je me suis pris comme je n’en aurais pas en regardant un chien,
et elle a bougonné des choses qui m’ont fait de la peine: moment-là.
sauvée à la cuisine.
2 QUESTIONS DE TAXI
Quelques
jours
après,
... de notre maîtresse M. Bertrand a
Zidore a dit je ne sais ... et je crois qu’elle m’aime qui n’a pas beaucoup d’ar reçu son ordre
plus quelle plaisanterie qui nous a fait rire toutes bien au fond, tout en m’attrapant gent et à qui je ne suis pas de départ. Il a été
les deux. Nous nous sommes donné une poignée à l’heure et à la course. Tout de utile, je me suis promis d’en content en le lisant,
de main en signe de réconciliation. Avec Maria, même, le soir, au moment où je toucher un mot à madame. parce qu’il était nommé à son
c’est dix fois par jour que nous nous fâchons et fais mes réflexions (c’est en me Comme je manque de mé ancien régiment. M me Thérèse,
nous réconcilions. Elle est grognon, mais pas déshabillant, avant ma prière), moire, j’ai noté ma résolu quoique bien émue de penser
méchante... j’ai repensé à ce qu’elle tion sur un bout de papier, que son mari allait être •
avait dit... avec le fameux stylo, qui de nouveau en
a encore craché, na danger,...
turellement !
Je ne vous dirai pas grand’chose des adieux à la ... qui encourageait celles
Enfin, on est arrivé sans gare. Depuis tant d’années que dure cette maudite qui restaient. Grâce à un employé supé
accident sérieux: tout juste deux voitures qu’on guerre, qui donc n’a pas conduit quelqu’un qu’il aime rieur que connaissait Mme la marquise,
a accrochées et un trottoir sur lequel on est bien et qui part pour se battre ? Cette fois-là, comme nous avons pu passer sur le quai. Au dé
monté. C’est des choses sans gravité à quoi on toujours, ç’a été celui qui allait se battre... part, nous avons remué nos mouchoirs et
est habitué avec les taxis du jour d’aujourd’hui. nous sommes restées à regarder...
C’était' visible
qu’elle était con
tente que j’aie
abordé ce sujet, et
qu’elle était dispo
sée à le continuer.
Mais, à ce moment,
le taxi s’est ar Il a fourgonné je ne sais quoi dans son moteur. Quand c’est pas le chauffeur qui refuse
rêté; le chauffeur J’étais descendue aussi, je le regardais : c’est utile de de marcher, c’est le moteur. Au bout d’un quart
nous a dit : « C’est s’instruire de ces mécaniques-là, vu que maintenant, d’heure, Madame s’est impatientée; elle a payé;
- une panne, ne vous inquiétez pas, à peu près chaque fois qu’on prend un taxi, on a une nous sommes parties à pied, et, tout en marchant,
j’en ai pour deux minutes. » panne. nous avons causé.
4 « OH ! I,A LA !... OH ! LA LA ! »
«... Je n’aurai
« plus qu’une
« seule installa- o — Taisez-vous donc, a fait Ma
C’est Madame qui a renoué la conversation. « tion, très sim- . te dame ; j’ai horreur de me donner enspec-
« Bécassine, qu’elle m’a dit, non seulement j’ai « pie, très modeste, à Versailles. » _ En enten
« loué Roses-sur-Loire, mais, comme je suis à fin de « tacle. » Elle a marché un peu en silence,
dant ça, je n’ai pas pu m’empêcher de crier : « Alors, avec moi bien penaude à côté d’elle, et
« bail pour mon appartement de Paris, je vais le « c’est vrai que Madame est ruinée ? » et je l’ai crié si
« quitter :il est trop grand et trop cher.. puis elle a repris : « Non, je ne suis pas
fort que les passants se sont retournés. « ruinée, gênée seulement et obligée de me
« restreindre...
Et l’étonnement
que j’avais eu la
Et puis je vois une belle grille, veille en entendant pai-
vraiment du travail soigné, et une ler dépare, me reprend
maison de concierge tout ce qu’il y a en plus fort. Je n’en revenais pas que
... au bout de mes étonne d’élégant, qu’il y a bien des châteaux Madame, qui changeait de local pour
Il m’a répondu : « C’est comme ça se diminuer, puisse avoir un parc de
« à tous les trains, dans les deux sens ; ments. Nous arrivons, nous mar de mon pays qui paraîtrait des bico
chons dix minutes par (des ques à côté. « L’entrée du parc, me cette importance. Tout ébaubie,
a c’est à croire que, chaque jour, tous
« les soldats de Paris vont à Ver- rues bien larges, bien droites, et « dit Maria. — C’est cossu, que je je m’étais arrêtée devant un bassin...
« sailles, pendant que tous les soldats avec de jolies boutiques. lui réponds. »
« de Versailles viennent à Paris. » Et
ça m’a surprise encore
lus, mais je n’étais pas..
2
8 CÉSAR
» nw vcxj.1 v. » je
voyais déjà avec mon tonneau
Ça l’a remise en _ __ sous le bras, comme s’est repré ... Elle a ajouté :« Il
train de bavarder.« Une place, qu’elle a dit; senté sur les images d’autrefois. « y a des bureaux où on s’ins-
« vous voulez une place.Quelle place ? Une place Mais j’ai fait réflexion que ça ... qu on faisait appel aux femmes « crit.. J’en connais un pas loin
« de bonne ? — Non, pas une place en maison, n’était pas possible puisque je pour remplacer dans beaucoup d’em « de Versailles. Si vous voulez, je
« une place en fabrique ou dans une adminis- ne voulais pas quitter Madame. plois les hommes qui sont à la guerre, « vous y conduirai. «Avecla per
« tration. — Il y a mieux que ça à faire, made- Alors, Julie m’a dit qu’il ne et elle m’a emmenée voir une affiche mission de Madame,on a convenu
« moiselle Bécassine : il faut vous mobiliser. » s’agissait pas de ça,... où c’était expliqué en belles phrases... d’y aller le lendemain.
IO AU BUREAU DES MOBILISATIONS FÉMININES
Le lendemain, donc, Julie m’a menée ... il y avait eu moins de demandes; j’avais donc
au bureau des mobilisations féminines. chance d’y obtenir plus vite une place. Elle m’a con Je suis entrée, et j’ai vu une pièce sans per
Pendant le trajet, elle m’a expliqué que duite à la porte du bureau et elle m’a quittée, proba sonne dedans, avec un guichet fermé. C’est bête,
j’aurais pu aussi bien me faire inscrire blement pour aller bavarder quelque part, en me don mais un guichet fermé ça m’intimide toujours.
à Versailles, mais que dans le pays où nant rendez-vous dans la rue de la Gare. J’ai marché en faisant du bruit exprès, j’ai toussé,
nous allions, qui n’est pas si conséquent... personne ne s’est montré.
Alors, je me suis décidée à frapper, J’ai pas eu plutôt lâché que j’allais filer sans de
doucement d’abord, puis de toute ma cette phrase, pas bien polie, mander mon reste, une
force. Rien n’a bougé; pourtant j’en faut l’avouer, que j’ai com petite porte à côté du ... comme d’un malade qui a de la peine à
tendais quelqu’un de l’autre côté. Ma mencé de m’en repentir, en guichet s’est ouverte ; parler. J’ai passé la porte, je me suis trouvée dans
foi, la moutarde m’a monté au nez ; faisant réflexion que le quel une voix m’a dit d’en le vrai bureau. Celui qui m’avait parlé y était seul.
j’ai crié : a C’est-y aujourd’hui ou de- qu’un qui était derrière le gui trer bien vite pour ne Malgré la chaleur, il était tout emmitouflé. Il avait
« main que vous vous décide- chet, c’était quelqu’un du pas faire de courant des cheveux et une barbe blond filasse, comme dé
« rez à ouvrir votre boîte ? ». gouvernement, et que parler d’air, et j’ai été rassurée teints, et sa figure était presque de la même
sans politesse à quelqu’un du parce que la voix était couleur.
gouvernement, c’est grave. J’ai douce, douce, toute fai
eu envie de m’ensauver... ble même...
Maintenant, je vais vous noter notre conver-5*' - «... Pensez donc, je suis seul toute la jour- « ... je ne mangeais plus, je ne dormais
sation en mettant ça comme dans les pièces de ’« née ; jamais il ne vient personne, et je n’ai « plus, je ne faisais qu’inscrire. Quelle
comédie ; ça sera plus clair et ça ira plus vite : « rien à faire; je m’ennuie atrocement. Quelle « existence ! Mais maintenant que toutes
,« existence ! — Moi. Ça ne marche donc pas « celles qui voulaient être inscrites le sont, il ne
« Moi. Monsieur, je viens pour m’inscrire comme « vient plus personne. Vous êtes la première depuis
« mobilisée. — Lui. Nous verrons cela tout à /« les mobilisations ? — Lui. Ça a marché
« très fort, au début. Il est venu du monde, en « deux mois. Deux mois sans voir personne ! Quelle
i l’heure;, mademoiselle, mais asseyez-vous ;
« causons un peu ; ça me fera du bien de causer. « flot, en foule ; je ne pouvais pas suffire... « existence!
PHARMACIE ET POÉSIE il
« ..r£lle' est parfaite pour le « Moi. Merci, avec la pâte, j’ai ma suffisance.
« rhume. — Moi. Je ne suis pas enrhumée. — Mais, à ce que je vois, vous êtes pharmacien ? « (Il prend des papiers sur sa table.) « Voici
« Lui. Moi non plus, mais nous pouvons l’être. — Lui. Je suis poète. Être poète et passer sa vie c ma dernière œuvre. J’y travaillais quand
« Prenez. —Moi. Vous êtes bien honnête ; j’en dans un bureau d’inscription où on n’inscrit pas, « vous avez frappé. J’étais en pleine inspira-
« prends pour ne pas vous désobliger. — Lui. quelle existence ! « tion. C’est pour cela que je vous ai fait atten
« Prenez aussi ce sirop dé- te dre. Excusez-moi. Voulez-vous que je vous
« puratif. Coupé d’eau, « lise ma dernière œuvre ?
« c’est délicieux. Si vous
« préférez quelques pilule..
« laxatives...
v Et je vous lis
aussi l’avant-der
nier poème. (H re
déclame.)
Que faut-il pour
[avoir teint
[rose et
[langue
[nette ? —• «... Mais décidément vous êtes
« ... Voici mon dernier Simplement du sirop de « dans la pharmacie. — Lui. Dansla poé-
« Moi. Ça me fera plaisir et honneur poème. (Il déclame.) [pomme de reinette. « sie pharmaceutique. Je vais vous dire
mais je dois vous dire que je ne m’y con O jeune fille pâle, pour pren « Eh bien, mademoiselle, « comment l’existence—quelle existence.
nais pas. Je ne suis pas dans la poésie; je dre bonne mine, qu’en dites-vous ? — Moi. « —m’a contraint de m’y plonger. Repre-
suis dans la cuisine. — Lui. Tant mieux, A bsorbe de Deschiens la « J’aime ça, c’est facile à « nez un peu de pâte, charitable visiteuse,
Molière lisait ses vers à sa cuisinière... [douce Hémoglobine. comprendre et pas long... « et écoutez ma lamentable histoire. »
12 HISTOIRE DU POÈTE
Quand l’employé m’a offert de me Il a commencé : « Je m’appelle Bile (Alcide-Désiré). « Je fus aussi un poupon vigoureux. Deux
raconter son histoire, j’ai regardé la pen « Ma venue au monde fut une grande joie pour ma « nourrices suffisaient à peine à calmer mon
dule. J’ai vu qu’avec toutes ces conver «famille qui avait longtemps attendu un enfant. « appétit; parfois on y ajoutait un biberon,
sations le train que je comptais prendre « De là le second de mes prénoms : Désiré. Je fus un « avec lequel je jonglais. Jongler à six mois !
était manqué. Le suivant était dans une « C’est pour cela qu’on joignit à Désiré le
heure ; alors j’ai dit au monsieur : « Allez-y « poupon fêté et choyé...
« prénom d’Alcide qui est, vous le savez sans
« de l’histoire. » « doute, un de ceux d’Hercule.
« Maintenant, c’est une J’étais émue de voir « On n’a encore mobilisé que jusqu’au 721.
« manie enracinée. Elle a détruit ma santé. ce pauvre homme si malheureux, mais j’ai « vous aurez donc à attendre; mais je vais
« Si vigoureux naguère, je suis devenu l’être regardé de nouveau la pendule... Il ne me « mettre une mention spéciale sur votre fiche ;
« malingre que vous voyez. C’est pourquoi je restait qu’un quart d’heure pour mon train. Alors, « grâce à cela, j’espère que votre tour viendra
« signe mes vers : Alcide D. Bile. Débile, vous j’ai demandé une fois déplus à M. Bile de m’inscrire. « avant la fin de la guerre. » Je l’ai remercié,
« comprenez le jeu de mots. Voilà ma lugubre « Oui, oui, qu’il m’a dit, je ne veux pas abuser de il m’a remercié, il m’a forcée à emporter
J histoire... Quelle existence!... » « votre temps. » Il a écrit un tas de choses sur quelques-unes de ses boîtes et de ses fioles...
son registre. Puis il a ajouté : « Vous
« avez le nu-
nous cionnant
aes poignées 1 Nous étions en retard ; aussi, en arrivant à
de main. « J’avais déjà en Versailles, nous avons pris le tram. « J’y pense, a
comme des amis de dix ans. tendu parler de ce garçon-là ; il est gentil, « fait tout d’un coup Julie, ça vous irait-il de tra-
Dans la rue de la gare, j’ai retrouvé Julie, mais un peu fou. Avec tout ça, vous n’au « vailler dans les tramways ? Il paraît qu’on y de-
occupée à débiter ses histoires aux commères rez pas, avant longtemps, votre emploi « mande des employées. » J’ai accepté. Moi, tout
du pays. Je lui ai raconté ce qui s’était passé de mobilisée. En attendant,il faut chercher me va, pourvu que je ne reste pas plus longtemps
au bureau, elle m’a dit : autre chose. Je m’en occuperai. » à charge à ma chère maîtresse.
14 LE STYLO RÉCALCITRANT
Pour l’énergie
et la décision, i
je ne sais si c’est « Y a rien
\le fait, que Le chef est venu.
Car, ça y est, je tout à fait juste, C’est un . vieux petit
mais ça m’a flattée. Seulement, a j’ai dit. Jamais je ne quitterai
suis engagée. Vous vous rappelez que a le costume démon pays. — C’est monsieur, * tout doux, tout
j’avais décidé de me présenter à l’admi- au moment de signei mon enga gentil, et soigné dans sa mise
gement, tout a failli manquer « ennuyeux, a répondu l’employé.
nistrati >n des tramways. J’y suis allée « Vovn me plaisez, je vous pren- comme une vieille demoiselle. Il
avec Julie et j’ai plu tout de suite à l’em parce que j’ai lu sur le papier tenait à la main cette espèce de
que les employés doivent porter « drais volontiers mais nous avons
ployé qui nous a reçues. Il a dit que j’a a notre règlement, comment ar- bonnet de police qu’on appelle un
vais l’air honnête et puisque j’avais une l’uniforme de la compagnie. calot et que portent les em-
« ranger ça ? Je vais
figure qui annonçait Vcnergie « consulter mon chef > , pioyées de tramway.
et la dé- cision.
Mettez ça survo-
' tre ç* coiffe,
« mon ~ _ enfant, J’ai fait ce qu’il de- ___ — Il m’a permis a'emporter le calot. Madame et Maria
qu ii a oit: nous allons voir si ça tient, mandait. Il a regardé, et il a repris ; « C’est un ont bien ri quand elles m’ont vue aveé cette drôle de
et l’effet que ça produit. Car, il n’y a ■ peu étrange, mais cela peut aller. En temps de coiffure. J’ai appris que le vieux petit nionsîëur *s't
pas à aire, il vous faut un calot; on ne x guerre il ne faut pas se montrer trop formaliste. un ami de madame et que je lui avais été recom
peut pas concevoir une receveuse de « Vous êtes donc engagée: vous commencerez mandée. C’est probablement pour ça qu’il s’est
tramway sans calot. » « votre service lundi. » montré si accommodant.
i6 UNE NUIT TROUBLÉE
J’avais ordre de me trouver à sept « ... si je me mets en retard : tous les tramways
heures devant la gare des Chantiers, le « qui seront arrêtés, et tout Versailles qui me
lundi oùje devais prendre mon service. Y « criera après! » Ça me turlupinait tellement,
arriver si matin me préoccupait, vu que cette idée, que, pendant deux nuits, j’ai à peine Le résultat, c’est que, le dimanche soir, je tombais de
j’ai un sommeil de plomb et que je crai fermé l’œil. fatigue. En dînant avec Maria, je piquais du nez dans
gnais de ne pas me réveiller à temps. « Y mon assiette à chaque bouchée. J’ai fini par lui deman
« en aura du grabuge, que je me disais,... der de me pincer de temps en temps, et ce n’est que
grâce à ça que j’ai pu manger un peu.
Dans l’ap-
part ement,
j’entendais des allées «Qu’est-ce qu’il y a? demande Madame. Quel
et venues, des voix qui « est ce tapage ? » Maria avise les réveille-matin et Enervée comme j’étais, et les idées pas bien nettes,
disaient ; « Ça paraît venir de crie comme une furieuse : « Je le disais bien que je ne pouvais pas trouver le cran d’arrêt ; alors j’ai
« la chambre de Bécassine. » « c’était une manigance de cette toquée. C’est-y tassé mon oreiller sur mes trois tocsins; ça a un peu
Ma porte s’ouvre ; Madame et « permis de réveiller des chrétiens à des heures assourdi le bruit, on a pu à peu près s’entendre, et j’ai
Maria entrent. « pareilles! Faites taire vos instruments au moins. » expliqué ce que j’avais fait et pourquoi.
... j’ai V Vj fait ma toilette Eh bien! ça n a pas suffi. Ce qu’il y a de sûr, c’est que quand je suis
complète, le calot com Ce que c’est ennuyeux, des revenue à moi, j’étais étendue sur la descente
%*- « Bien, bien, a dit Ma- pris; et puis, comme je sentais fois, d’être dormeuse comme de lit et Maria me secouait en disant :
) « dame, ce n’est qu’une que le sommeil me gagnait et je suis! Je ne sais pas bien « Remuez-vous, ce coup-ci; il est la demie
« bonne intention qui a mal tourné. que je ne voulais pas faire du ce qui s’est passé. Probable « de six heures. Dormir ou _
« Maria, allons nous recoucher. Vous, bruit en me promenant dans ma que je me suis endormie sur « veiller, ces jeunesses d’à-
« Bécassine, reposez-vous un peu; chambre, je me suis tenue de un pied, et puis que j’ai « présent, ça fait tout à re- j
« vous avez le temps ; il fait à peine bout sur un seul pied, tantôt perdu l’équilibre sans que ça « brousse-poil. » > r p
« jour. » Mais j’avais trop peur de me l’un, tantôt l’autre. x' x me réveille.
rendormir; je me
•suis levée...
lit puis eue s était manee avec « ché des negres. Des negres,
un ouvrier de son usine. Un mois « la nuit, sur fond de choco- « Le plus beau jour de ma vie ç’a été
après, la guerre éclatait. Son mari, « lat, c’est effrayant; on les II était l’heure de re-
quand mon mari a trouvé un autre emploi, prendre notre service; nous étions sur
réformé, restait chez Guérin où on « voit à peine; on a toujours à Versailles, et que moi, je me suis mise
travaillait jouret nuit ;ilsétaient « peur qu’il en soit tombé un la route, près de la grille d’octroi. Vir
dans les tramways. Je vois des arbres, des ginie m’a dit encore : « Patate, ça n’est
tous les deux de l’équipe de nuit. « dans la cuve au chocolat. plantes. Je sens autre chose que le choco
« Vous ne pouvez pas vous figurer, « Alors, tout ce noir, ça me « pas mon nom ; c’est le père Lemboîté
lat. Tenez, sentez-vous l’odeur de ce tom « qui m’a surnommée comme ça, en plai-
« Bécassine, ce que c’est lugubre « faisait rêver de soleil, bereau qui vient là... C’est du fumier...
« de travailler la nuit, et dans « de srrand air, de cam- « santerie de mon amour pour les pom-
« Comme ça sent bon, le fumier! » « mes de terre... le seul
« le chocolat « ¡.agne.
« enco’*e... « légume que je sais re-
« connaître.
« il n aime que son tramway et ses mecam- Le père Lemboîté était cuô bvune humeur : « On e$f
<t ques. C’est un brave homme, mais il ne Il y avait pas mal de voyageurs qui cou
« me comprend pas; vous, je vois que vous raient pour le prendre. « Drôles de gens, a fait « paré, qu’il a crié; j’ai de l’électro dans mon fuy juste;
« Virginie, ils pourraient se promener dans la « ce qu’y faut. Faut ce qu’y faut, pas trop n’en faut!
« me comprenez; vous êtes une paysanne;
« laissez-moi vous embrasser. » On s’est en « campagne et ils prennent le tramway pour « En avant...—En avant la brouette!» a terminé Vir
core embrassées et on s’est hâtées vers le « venir en ville! Drôle de gens! » On est ginie avec un bon rire. Et le tramway a démarré si
tramway. monté tous ensemble. brusquement que j’ai failli dégringoler.
20 CHANTIERS-PORCHEFONTAINE
De voir un ange mignon comme ça, Virginie m’a pris le blondin des bras
Vous savez si j’aime les enfants. Je suis ça m’a positivement remué le cœur. Je
allée à la rencontre de ceux-là. Ils étaient tous pour le faire monter dans le tram et elle m’a dit;
l’ai pris dans mes bras;il regardait le « Il vous a empaumée, comme tout le monde, mais
bien gentils, ie plus petit surtout, un blondin calot perché sur ma coiffe; il gazouil-
de six à sept ans, avec une frimousse de fille, « vous le verrez, votre chérubin, vous le verrez :
lait : « Tu es drôle, tues zentille. » Moi, « c’est un vrai diable. » Sur le moment j’ai pensé
toute rose, toute rieuse, et des yeux bleus de je répétais :« Oh! le chérubin! » et ie
petit Jésus. qu’elle plaisantait ; je ne devais pas tarder à m’aper
£e me lassais pas de l’embrasser. cevoir qu’elle ne disait que la pure vérité.
22 LES FARCES DE CHÉRUBIN
4
24 L'HEURE DES ARBRES
Elle n’a pas été longue à m’en Mais je m’aperçois que . »’«"aKagnsmarey?;
voyer promener; auprès d’elle je vous ai parlé de l’heure des enfants, de celle des
Je ne connaissais pas ce proverbe; mon proverbe n’a eu aucun succès. Je l’ai chan militaires, des ménagères, et pas de l’heure des ar
je l’ai trouvé si joli que je me suis mise à tonné en flânant dans le parc toute la journée du bres. Ça demande une petite explication.
le répéter pour mon plaisir, comme un vrai dimanche, où j’avais congé. Je ne me doutais pas A quelques mètres de notre terminus commence
perroquet. Je l’ai dit d’abord à Maria qui, du mauvais tour que ces cinq mots me joueraient le bois des Gonards. De tout temps, les pauvres gens
ne s’ÿ retrouvant pas dans ses comptes le lendemain, dans mon tramway, à l’heure des sont allés y ramasser du bois mort.
de cuisine, bougonnait qu’elle allait y être arbres.
de dix sous de sa poche.
Le lendemain,
ça a recommencé
pareil. Le mercredi,
ça s’est aggravé. Il
y avait foule, à
monter dans le tram,
rien que des gens dans masqués de nouveau; sans même atten
le genre de mon chemineau, probablement des ca dre que je réclame les places, ils ont crié
marades prévenus par lui; je les ai vus, au moment tous ensemble : « Pas de monnaie... Plaie Mais le soir, j’ai raconté
où, pour passer le marchepied, ils étaient obligés « d'argent n'est pas mortelle. » Je ne suis '’histoire à Maria ; elle m’a dit que de ce train-là
d’écarter leurs branches. pas regardante à l’argent : sur le mo j’allais droit à la ruine, et elle m’a calculé que
ment, j’ai ri; je leur ai donné leurs si ça continuait un jour de plus, je ne pourrais
tickets tout de même. pas, le samedi suivant, payer ma pension à
Madame. Cette idée de manquer à* mes engage
ments avec ma maîtresse...
« Bavarder J c’est
« perdre son tçïnps:
... que s’il les abandonnait pour dix près de la gare, nous nous attablons et nous « faut faire ce qu|on fait,
ans; puis il se tourne vers moi et il me restons tête-à-tête pendant quarante bonnes minutes. « quand je conduis mon tram, je suis à mon
dit : « A la soupe, la receveuse ; v’ià le On pourrait faire de la conversation, sortir, ses idees « uram ; quand je mange, je suis à mon man-
« moment de se remettre de l’électro dans sur les gens et les choses, si le père Lemboite était de « ger; je suis à table pour mâcher, je mâche. »
« le moteur. » C’est sa façon d’annoncer nature causante; il ne l’est pas; il dit : Et il ne s’arrête de mâcher que pour attrap-
l’heure du déjeuner. Nous al per la pa- tronne sur les portions
lons à un petit restaurant- qu’il trou- ve toujours trop pe
traiteur... tites.
... elle a ajouté que c’était honteux de déjeuner II m’a dit en me faisant rasseoir : « C’est
Elle n’a pas la langue dans sa poche, notre tous les jours avec une jeune fille sans lui dire un « vrai, ma pauvre fille, vous ne devez guère
aubergiste; si elle est de bonne humeur, ça va seul mot, que ça n’était pas de la galanterie fran vous amuser avec moi. Faut pas m’en
bien : elle apporte une seconde portion; si elle çaise. J’ai cru qu’il allait se fâcher, et comme je vouloir ; je ne connais que mon tram et
est mal lunée, le père Lemboîté en entend de n’aime pas les disputes, je me levais déjà pour m’en mon électro; je ne sais pas causer. Un
dures. L’autre jour, elle était comme un crin; aller. Mais pas du tout, il a très bien pris l’obser « vieux comme moi, de quoi ça peut-il cau-
alors elle l’a traité de goinfre;... vation. « ser ? — Eh bien, parlez-moi de vous...
LES CONFIDENCES DE LEMBOÎTÉ 27
« ... que j’ai riposté, enhardie de le voir si gentil. ... ce qui m’a rendu toute confuse et « Je le suis dans mon rail, faut suivre mon
« Vous m’avez promis de m’expliquer votre surnom, que j’ai trouvé de la vraie galanterie « rail ; je suis emboîté, voilà. Ça a été comme ça
« et vous ne l’avez pas fait. C’est là-dessus qu’il faut française. Nous sommes sortis sur la « presque toute ma vie. Je n’ai été un peu ne maî-
« causer.—Si ça vous fait plaisir... »11 a réglé son ad place; alors, tout en faisant les cent « tre de mes mouvements qu’à mes débuts, dans
dition, même qu’il a tenu à m’offrir mon déjeuner... pas, il a repris : « Vous voulez savoir « les omnibus, tout jeune. Je
a Dourauoi on m’appelle Lemboîté; « conduisais le cheval de renfort
« Vous n’avez pas connu ça, vous « ... on criait des douceurs à
« êtes trop jeune. Après, j’ai passé co- « ceux qui tiraient bien et des
« cher sur le tram Paris-Versailles. « injures aux fainéants. Mais «... A mes premières pannes, « Regar- dez ces
« Commencement de l’emboîtage et « maintenant, avec la mécano, y « je m’agitais, je me tracassais, « gens autour de nous ; ils mar-
« diminution de la liberté. Y en avait « a pas à se fâcher ni à crier : ça « je remuais la perche, j’exami- « chent, ils s’arrêtent, ils vont à
« encore un peu pourtant : on faisait « marche ou ça ne marche pas ; y « nais le moteur dans tous les « droite, ils vont à gauche, à leur
« claquer son fouet, on soignait ses « a del’électrodans le fil ou y en « sens; maintenant, je ne m’en « plaisir, comme ça leur chante.
« chevaux;.. « a pas. Qu’est-ce que vous vou- « fais plus : j’attends les événe- « Moi, j’ai pas de volonté ni de
« lez que j’y fasse? J’y « ments. Notre métier, ça apprend « fantaisie : je vais tout
« peux rien. « la patience et la philosophie... « droit, je vais dans
Ça n’est pas tout à ... et, chaque fois que ... et je m'amusais Puis, en me tendant son
fait exact de dire que je je passais près d’elle, d’avance de la surprise porte-monnaie, elle a ajouté :
... qu’elle ait un petit coin ne m’occupais pas de elle me disait : « Prenez que Madame allait avoir. « Tenez, payez-vous. » Mais
pour elle toute seule. L’heure Madame. Tout en tou « ma place, Bécassine... Quand j’ai eu fini ma j’ai refusé et j’ai dit : « C’est
de partir est venue, on a dé chant mes sous et en « Combien est-ce? » Je recette, elle m’a appelée, « payé. — Comment, c’est
marré, et pendant quelques distribuant mes tickets, faisais celle qui n’entend et elle m’a dit : « Vous « payé? Je ne vous ai pas
instants je n’ai pas pu m’oc je la guignais de l’œil et pas, mais j’entendais « m’avez oubliée, Bécas- « donné d’argent. — C’est
cuper de Madame, vu que les je riais sous cape, parce très bien... « sine. » « payé tout de même, Ma
affaires sont les affaires, et que qu’elle avait sorti son il dame. » Les voyageurs
j’avais mes places à recevoir. porte-monnaie... s’étaient rapprochés.
... mais au lieu de cesser, le déluge re « ... Je vais tâcher de lui avoir un fiacre. » Des
doublait; Lemboîté et moi, on ruisselait Quoi faire ? Le tram de correspondance n’ar
fiacres, par le temps de malheur où nous vi rivait pas; et puis il ne va pas du côté de Cla
eomme les statues des bassins un jour de vons, on n’en trouve jamais quand on en a be
grandes eaux. A l’arrêt aux Chantiers, j’ai gny, il faudrait changer encore, et le temps; de
soin. J’en ai vu un en tout. Je lui ai crié : ces changements, c’était assez pour que Madame
crié : « Tout le monde descend. » Tout de « Pour Clagny; bon pourboire. » Il a refusé.
suite, j’ai ajouté : « Pas Madame; faut soit transformée en fontaine. Je suis remontée.
Il allait relayer, naturellement, et à l’autre Madame était en train d’arranger son mou
« qu’elle reste à l’abri... bout de la ville, à Grandchamp. choir pour protéger son chapeau.
A
LE TRAMWAY VAGABOND
... et puis nous criaient ¿es sottises Elle m’a demandé « Qu’est-ce que ça signi- Cinq maintes _ après nous
parce qu’on ne stoppait pas. J’allais de Madame, « fie?... Un Chantiers-Porchefontaine pai étions au terminus de Clagny. Notre maison,
qui n’y comprenait rien, à Lemboîté à qui je ré « ici?... » Pendant qu’elle parlait, je manœu est à détffc pas. Justement, l’orage cessait, fl
pétais : « Plus vite. » Malgré ma hâte, il a fallu vrais l’aiguille, je remontais, nous repartions, ne pleuvait plus. J’ai dit : « Madame peut
cependant s’arrêter aux croisements, rue des Tri et elle faisait encore ses questions que nous « descendre; la voilà chez elle. J’ai réparé la
bunaux, puis rue Duplessis. Là, Virgi étions déjà loin. Une fois ces passages-là « bêtise de notre coq. Ni Madame ni sa toi-
nie Patate est arrivée sous son para franchis, ça devenait facile. « lette n’auront de mal. » Elle était tout en
pluie.
5
32 UNE GRAVE AFFAIRE
Ça n’était plus ça du tout quand nous y sommes ... il répétait : « C’est incroyable!
Je connaissais bien l’admi arrivées, Madame et moi. Toutes les figures étaient « Quelle aventure ! En quel temps vi-
nistration des tramways; consternées; tout le monde était en émoi, même le « vons-nous! » Puis, se tournant vers
j’avais eu souvent à y aller pour porter ma gros caissier, un homme si calme! Il avait quitté Madame, il l’a saluée, et il lui a dit :
recette ou pour des affaires de service. son fauteuil à rond de cuir, et, debout, les bras au ciel... « Madame, ce qui nous arrive est
C’était, d’ordinaire, un endroit bien tran « inimaginable. On le verrait au ci-
quille où les employés faisaient leur « néma, on crierait à
besogne paisiblement et sans bruit. « l’invraisemblance. Je
« vais vous raconter... »
le groom qui annonce les visites, a passe. v.e CLteilUC clivi. 1.CUUUA puui IVI-----Ici 111CU.V£U1OV VIV \J1CU1U-
bout d’homme avait, lui aussi, un air d’affole Air. Le nom et le titre lui ont fait de l’impression. Si je n’avais pas été obsé
ment ; il ne voulait pas s’arrêter; je l’ai pris « J’y vais, qu’il a dit, mais je ne sais pas si je dée par la pensée de ma bêtise, j’au
par le bras et, malgré sa résistance, « pourrai vous obtenir ça : rais bien ri de l’air d’importance de
' je l’ai amené à Madame. « M. Ledoux est si occupé... Pierrot. C’est en se redressant dans
« comme nous tous, du reste. » sa livrée trop grande qu’il a annoncé,
Tout étant'
réglé et ter Elle racontait qu’elle voulait ... et nous de
miné, nous avons quitter aussi les tramways parce viendrions très ri
pris congé. Virginie attendait dans l’anti que, moi n’y étant plus, elle ne pourrait plus ches. Peu à peu, elle me décidait ; j’allais dire
chambre. M. Ledoux n’ayant plus besoin parler d’agriculture avec personne; alors il oui ; mais comme nous entrions chez Madame,
de l’interroger, elle est partie avec nous. fallait réunir nos économies, nous associer, Maria m’a remis une lettre qui venait d’arriver
Je ne disais pas grand’ch ose, encore émue prendre ensemble une petite ferme, planter pour moi. Je l’ai ouverte, et, après l’avoir lue,
de tous ces incidents; Virginie, elle, n’ar des pommes de terre, des vitelottes surtout ; j’ai crié : « C’est de M. D. Bile .. Bonne nou-
rêtait pas de causer. et nous serions très heureuses... « velle !... Paraît que je suis mobilisée. »
34 R. A. L. E. P. E. U. P. P. S. T.
Quoique fatiguée aussi, j’ai passé une J’en ai été tirée par Maria. Plus J’ai trouvé Madame installée à tra
mauvaise nuit. Dès que je m’assoupissais, je bougonneuse que jamais, elle m'a vailler. Elle avait sur son secrétaire une
voyais l’R., l’A., l’L., etc., danser autour de fait honte d’être encore au lit. grande feuille de papier avec mes fa
moi, courir sur mon lit, et ça me réveillait en Elle a ajouté que Madame était meux R. A. L. E... etc., écrits dessus,
sursaut; ce n’est que vers le matin que j’ai déjà levée et me demandait. Vous pensez que je n’ai et des mots à côté, tout à fait comme font
pu faire un bon somme. pas été longue à ma toilette. les petites filles quand elles cherchent
les devinettes de la
Semaine de Suzette.
.J’aichei ché;
j’ai mis z comme
Madame ' les let-
.... dire- : Réservistes ar- '• tres par écrit, et puis, à côté,
<p.tJïritiq ues, laborieux et je
« ... que suis nqtmnee. Je vas tous les mots commençant
Bécassine-, ce que vous a « pàMrîotes. — yim. Des àr- „ voir^si -nWÂ.^etx4S^l:h4ère sont par R. A... etc., qui me ve
« écrit M. D. Bile est un vrai casse-tête. Je « thritiques, c’est des mala- « encore en état. — m'ar- naient à l’esprit; mais en réu
« crois avoir trouvé le sens des cinq premiè- « des, n’est-ce pas? — Ma- « rétant. Ne vous pressez pas tant; nissant les mots, ça ne signi
« res lettres, mais je ne puis déchiffrer la « dame. Oui c’est synonyme « je ne suis pas absolument certaine fiait jamais rien. Voyant qu’il
« suite. — Moi. Et quoi que Madame a « de rhumatisants. — Moi, me « de ma solution. Cherchez vous- me fallait renoncer à deviner
« trouvé pour les cinq premières? — Madame. « précipitant vers la porte. « même et consultez d’autres per- toute seule, je me suis deman
« Voici : R. A. L. E. P. me semble vouloir... « Alors, c’est à un hôpital... « sonnes. » dé qui je pourrais consulter.
AUTANT DE TÊTES, AUTANT D’AVIS
ne répon
dait pas, je
suis entrée
J’avais hâte de revoir M. D. bien tran-
Bile, pour le remercier de Dans ce bureau, tout comme à ma ... ni par la pensée de parler à quilleme .t dans la partie ré
m’avoir obtenu ma mobilisa première visite, il n’y avait personne, quelqu’un du gouvernement : car servée. Là, personne encore.
tion, et puis pour connaître en et les guichets étaient fermés, mais, moi aussi, comme mobilisée, j’allais Je me suis assise, j’ai regar
fin mon emploi. Aussi, le len cette fois, je ne me suis pas sentie un être, du gouvernement ; cette dé autour de moi, et j’ai re
demain du jour où sa lettre intimidée du tout par les guichets,... idée-là me donnait de la hardiesse. marqué beaucoup de chan
m’était parvenue, je me suis J’ai frappé, et pas de main gements dans cette pièce.
mise en route de bonne heure morte, je vous le garantis...
pour aller à son bureau.
il touche ]
Une pancarte était placée bien presque la mai- son. Mais ça
Tout y était net et brillant.; plus de flacons ni en évidence sur la table à écrire. J’y n’est pas com- mode de
déboîtés de pilules ; par contre, il y avait un peu ai lu : « M. Alcide Bile se promène trouver quelqu’un dans un
partout de ces instruments qu’on voit dans les « dans le bois. Prière d'aller Vy cher- bois. Aussi, après avoir regardé dans deux
salles de gymnastique : des haltères, des « cher. » Je commençais à m’ennuyer ou trois routes sans rien voir, j’ai commencé
bâtons, un gros ballon... d’attendre toute sçiÿ^J’ai fait ce que ^’appeler de toute ma force : a Monsieur
j^mm^âdait îâ 'pjftfiO'afte ; je suis allée « D. Bile... Monsieur D. Bile. » Je cripis
brtiif on marrlianf I
« ... On dit Ralep pour abréger les « ... Nous, on y a renoncé depuis
« — Dites des clous rouillés, fit une voix demère « abréviations, c’est plus commode. Et vous, « longtemps. » Maubec parlait lente
« elle, des clous affreux. » (La voix prononçait « vous êtes probablement lanomméeBécas- ment mais intarissablement. * Sans
¿affreux, sans liaison.) Bécassine se retourna, et vit « sine. Comme vous avez été dans les trams, laisser à Bécassine le temps de placer
un homme grand et de large carrure avec des yeux o le chef compte sur vous pour faire mar- un mot, il reprit en regardant le ciel :
vifs dans une figure placide. Il se présenta : « cher ses clous rouillés. Vous serez maline « Jolie matinée aujourd’hui. Va faire
a Maubec, secrétaire du chef de la Ralep : o si vous y arrivez... « un beau temps, ¿affreux. » Il dis-
Mnrnt lnncnipmpnt
6
40 LE PAUVRE M. TÉNUSE !
nues de sa femme.
Il dut même join
dre à son nom
celui du terrible « femme. » Dans un
colonel et s’appeler M. Ippo-Ténuse, « un vrai nom ... Agénor jugeait avec raison que son mouvement tragi
de géomètre »,disaient en riant ses collègues du lycée. devoir était de continuer à instruire de que, s’adressant au portrait de Gonzalès,
La guerre éclata. Bon patriote, mais n’étant ni son mieux ses élèves. Carmencita en dé elle ajouta :« Vous serez content, colonel;
| d’âge ni de santé à porter les armes, cida autrement. « Zé vous veux oune « il aura Y ouniforme! » Que pouvait faire le pauvre Ippo-
« ouniforme, prononça-t-elle... Ténuse contre ces deux volontés réunies ?
« ... doit avoir des apti*| Or, „ce chef d’une réser-?
« tudes pour la mécanique. r*ve' automobile n’avait
« Nommons ce M. Ippo® pour ainsi dire jamais vu
« Ténuse à la direction dtf d’automobiles : Piton-le -
« la R. A. L. E. P. E? Causse est la plus arriérée ,
« U. P. P. S. T., cette ’ t et Id plus hauf perchée de .
« grande création de mon nos' îK)us-préKjRurjgs. Lè j
Il rédigea et envoya une demanda ... auxquels se mêlaient des sourires. Ainsi, « ministère. » Deux jours plus|biprudent oeS chauf-J
d’emploi. La réponse tardant à venir, elle parvint jusqu’à notre vieille connaissance, après, le professeur rece feurirn’aurait pas osé s’a
Carmencita partit pour Paris. Elle le ministre de l’Utilisation des Aptitudes. vait sa nomination et le venturer dans ses ^Ups
assiégea, avec sa fougue habituelle, « Femme charmante, dit celui-ci à son secré- soir même le ménage pre escarpées et pierreuses.
les bureaux du ministère. Les huis « taire, à la fin de l’auoience. Faisons-lui plaisir. nait le train.
siers les plus inflexibles étaient Un professeur de sciences...
sans force devant ses éclats
de voix...
... les ferrailles disloquées Dans les moments de prostration qui sui
très ferré sur les théories de la Ralep. Et Carmencita
scientifiques, était incapable vent les scènes avec sa femme, Agénor se re
aussi fut désespérée, mais, mémore toute cette histoire. C’est ce qu’il
d’en saisir les applications pratiques. Il ne com pour une autre cause : parce qu’elle apprit qu’à
prenait et n’aimait que les figures et les calculs vient de taire une fois de plus. Enfin il secoue
la Ralep on ne portait pas d’uniforme. « Pas son engourdissement, se lève d’un air accablé.
de son tableau noir. Aussi eut-il un désespoir « d’ouniforme ! dit-elle, ze souis déshonorée. » En
touchant, quand il se vit chargé de remettre en « Pauvre monsieur ! murmure Maubec à l’o-
maniéré de consolation, elle força son pauvre « reille de Bécassine, c’est ^affreux; mais je le
état et de faire marcher.. époux à s’affubler d’un képi. « vengerai de Gonzalès et de sa colonelle. »
42 LE CLASSEMENT DES DOSSIERS
Âgénor sortit de
Sun faüteuil, s’étira les bras, se passa « ... en partant de la fenêtre. » Bécassine compta douze
... qui lui était habituelle quand il ne se puis compta sept, regarda le titre du volume qu’elle avait
les mai^s sur les yeux, comme fait un trouvait pas sous l’œil de sa terrible moi
homme mal éveillé qui veut chasser pris : c était bien celui désiré. Stupéfaite de voir que le
tié, il demanda : « Jeune fille, auriez-vou- chef se retrouvait si bien dans l’apparent désordre de
un mauvais rêve : « Travaillons ! » « l’extrême obligeance de me donner l’ou-
dit-il; puis il se tourna vers Bécas son bureau, elle dit : « Ça, c’est plus fort que tout ce
sine. et. de la "VOIY trèc rlnnf'n « vrage intitulé : Théorie du mouvement dans « que j’ai vu...
... dans les: autres par « le lire, et encore, quand j’ai le temps.-
ties de la pièce et, une fois de « On en fait des dosssiers. Tençz, comme Quand elle les eut terminés, Maubec écri
pjus, Bécassine se sentit accablée par cette « ça. » Il prit une poignée de circulaires, vit « urgent » sur la moitié environ et les ran
débauche de paperasses. « Quoi que c’est tout ça ? les plaça sous une chemise qu’il ficela gea sur sa table-bureau ; les autres allèrent s’en
« demanda-t-elle. — C’est les circulaires du ministre ; avec soin. Entraînée par son exemple, fouir dans un placard. « Ceux-là, expliqua-t-ilj
« il en vient de dix à vingt par jour. Voilà la dernière Bécassine se mit avec ardeur à confec « ça ne vaut pas la peine de s’en occuper, puis-
« arrivée; elle est numérotée 5.217. tionner des dossiers. « qu’ils ne sont pas urgents. »
LA CORVÉE DE MANIVELLE 43
«— Manœuvre de ma-
« nivelle ! répéta Agé-
« nor d’une voix aussi
A ce moment, la paix du bureau fut « tonnante qu’il le put. Tout le monde de-
«—Et les autres? de- troublée par une nouvelle entrée de la colonelle. « Chef, « hors; vous aussi Bécassine. Et, poursuivit-
« manda Bécassine. — Les autres, eh bien, « cria-t-elle à son mari, vous né serez donc jamais oune « il en hésitant, je... je... je... ferai fusiller
« dans huit jours, ils auront cessé d’être ur- « militaire! Vous avez laissé passer l’heure de la ma- « les retardataires. » Le personnel de la Ra-
'< gents; alors je les mettrai aussi dans le pla « nœuvre de manivelle» Commandez le mouve- lep, composé en tout de cinq personnes...
ce card. » Bécassine, charmée par l’ingéniosité « ment! » ,
de ce procédé, regarda avec admiration Mau- (
bec qui, flatté, se ren- gorgea. 4
...un homme,
qui, du plus loin qu’il
les aperçut, se mit à
sourire à son compa
... elle avait fait ses débuts dans gnon et à elle, avec «Salut, monsieur Dumarteau »,
la culture physique. Tandis qu’elle une expression de fit Maubec. M. Dumarteau accentua encore
Après la seance de manivelle, se frictionnait les reins et exécutait joie extrême. Il ten son sourire, esquissa une révérence dont la
Maubec et Bécassine restèrent à se quelques flexions pour rendre à ses dit vers eux des grâce rappelait le Versailles de Louis XV, et
promener sous les arbres de l’ave bras et à ses jambes leur élasticité mains qui semblaient pria Monsieur et Mademoiselle d’agréer ses
nue. Notre héroïne se sentait pres naturelle, elle vit venir... avides de serrer les humbles hommages.
que aussi ankylosée que le jour où, leurs.
sous la direction de M. Bile,..
celui-ci était devenu le com Aidé de Bécassine, il les placarda Mais Maubec répara rapi ... cette occasion de revoir le si
missaire-priseur de la Ralep. bien en vue sur le mur du bâti dement cette erreur. Bécassine sympathique commissaire-priseur.S’ac-
Peu après le départ de ment. Il y eut une petite discussion se mêla alors aux passants qui coxdant quelques minutes encore de
l’homme au sourire, Maubec entre les deux colleurs parce que s’étaient arrêtés; avec eux, elle récréation, elle regarda le petit groupe
reparut sur l’avenue. Il était Bécassine, distraite par la première lut que la vente serait faite qui, peu à peu, s’était formé devant
porteur de deux grandes affi affiche, qu’elle s’efforçait dç lire, aux enchères, le lendemain, à les affiches. Au premier rang, elle re
ches et de l’attirail nécessaire plaça la seconde la tête en bas. deux heures de relevée, par marqua un ferrailleur, nommé Charri-
pour les coller. M. Dumarteau. Elle se promit gou, qu’elle connaissait...
1 CL V et w V*. V w
située la Ra- ... était un
lep , quand bon client ; il
Charrigou l’a lui répondit
borda : « Par- donc, en épa
« don, echecuge, nouissant enco
« monchieur le re son sourire,
M. Dumarteau déjeunait rapi- z « commichaire, qu’il serait po- .
dement afin de ne pas manquer l’heure fixes pour M. Dumarteau sait que « dit-il, j’ai une combinavjon sitivement ravi de causer avec lui,
la vente. Comme un acteur, avant d’entrer en son sourire est pour beau que, toutefois, étant en retard, ils
« à vous échepliquer. » M. le
scène, répète ses expressions de physionomie, coup dans ses succès de commissaire fut contrarié de causeraient tout en marchant. « CM
M. Dumarteau souriait. Il souriait à la bonne qui commissaire-priseur, aussi cette cause de retard; mais « va, cha va, riposta Charrigou...
le servait, et, quand celle-ci rentrait s’exerce-t-il constamment « Ch'est de D vente qu’il ch agit...
le ferrailleur...
dans sa cuisine, il souriait à sa cô à renforcer et nuancer son
telette. ou à la ca- r/Aiirirn Qnn HpiPllTlPr
7
4« BÉCASSINE REPREND SES MÉMOIRES
« ... qui achète des autos!... Et qu’au lieu ... est sorti de la foule, est venu à moi
« qu’elle est pounie, elle a de l’argent... c’est « ... ou bien, vous, fousillée. » Et elle est partie J’ai reconnu le chemineau que j’avais vu
« oune escándale. » Et puis elle est venue à moi, en gesticulant. Déjà Maubec était près de moi; de déjà. « N’ayez pas peur, ma bonne Bé-
et, roulant les yeux et les r, elle a crié : « Je son air tranquille, il me disait : « Faut pas vous en « cassine, qu’il a fait ; je veille, je tra
« rrrépéte : oune auto marrcherra avant houit « faire, elle est folle! » Et puis, un homme que je ce vaille ; bientôt, vous et vos camarades,
« jours... n’avais pas remarqué jusque-là... « serez débarrassés de cette mégère. » II
s’est éloigné...
... une brave fille parce qu’une ... j’ai levé la Et puis j’ai commencé de ré
auto marche ou ne marche pas. main, ce qui est la forme des ser fléchir aux moyens de tenir mon
... en m’adressant, Comme à la rencontre Sauf en ce qui concerne les Bo ments solennels dans la famille
précédente, un signe de discrétion. Ses serment. Quand je réfléchis, ce
ches, on n’est plus au temps des Labomez, d’où que je suis issue qui n’est pas tous les jours, ça
paroles et celles de Maubec m’ont fait Huns et des Iroquois. Au lieu de et native, seule et unique des
plaisir. C’est pas que j’avais peur : j’ai me prend du temps et ça me
me faire peur, la menace de cette cendante. J’ai dit : « Foi de Bè fatigue énormément. Alors il faut
beau être simple et peut-être un peu bor méchante femme m’a mise en co te cassine, je ferai marcher une
née, je sais bien qu’on ne fusille pas.. me mettre à mon aise. D’abord
lère; alors j’ai craché par terre... « auto ! » je me suis assise ;
5° BÉCASSINE RÉFLÉCHIT
'1“'' j
effarée. C’était
Maubec qui me « — Fai-
secouait. Il m’a c tes excuse,
Je ne sais pas dit : « C’est Aaf- « m’sieuiviau-
Puis, je me suis pris la tête dans combien de temps « freux ce que « bec, je dor-.
les mains, et je me suis appuyé je suis restée ainsi, « vous m’avez fait « mais pas: *
les coudes sur une petite auto perdue dans mes réflexions, m’y donnant « peur. J’avais « mes nuits sont
arrivée, le matin même, une de toute ma force, si bien que j’étais « beau vous appeler, vous étiez « bonnes ; j’ai jamais de somno-
auto moins rouillée que les quasiment aveugle et sourde. Je suis « comme une estatue. Je vous ai « lence entre mes repas, preuve
autres, d’assez bon aspect même, revenue au sentiment des choses parce « cru évanouie. Vous dormiez ? » « d’une conscience tranquille et
du moins pour une auto que quel qu’un me secouait par le bras. « d’un estomac conséquent. Je
de la Ralep. « réfléchissais au moyen de faire
« marcher la petite auto, sur
« ... l’admi-
« nistration
« pouvait nous
« faire trotter à
« Perpignan, et elle _ Nous avons attendu, pour notre
« ne nous envoie qu’à Billancourt : course, le jour de congé de Lemboîté, « Ça y est, me v’ià feignant, me ... il a commencé de bou
« faut pas raconter qu’elle compli- et, un beau matin, nous sommes allés « v’ià rentier. » Il s’était mis à la gonner : « C’est de l’ouvrage
« que les choses. » J’ai trouvé qu’il prendre le tramway, tous les trois : place près de la plate-forme avant, « loupé, du travail d’appren
lui, Maubec et moi. Lemboîté était et, par habitude, il surveillait la ti tie. » Elle avait bien l’air
avait bien raison, vu que, moi, je
ne suis jamais pour les réclama tout étonné et un peu gêné d’être manœuvre. Et puis, comme il y a eu d’une apprentie, en effet, no
tions et les critiques, qui sont si dans un tramway sans y avoir rien à des départs trop brusques et des tre conductrice,bien gentille,
gnes de mauvais cœur. faire. Il disait : ____ montées où la voiture peinait faute mais toute jeune et timide.
d’avoir pris son élan à la descente,..
« Ça vous
« fait ... j’ai demandé à mes
... J’ai rendu
b « mal ? a de- i compagnons de regarder
« le copeau mandé Mau dans mon œil, de tâcher
«'et je me ferais couder les mains plutôt ... plus de poussisr que de bons mor bec J’ai répondu : « PasTrop; c’est de voir ce qui y était
« que de prendre rien d’autre, même ça ceaux. Juste au moment que je prononçais « pas grave ; y a pas à s’en occuper. » entré, de me dire si c’était
« ne vaudrait-il que le centième d’un ces paroles, il y a eu un coup de vent qui Mais aussitôt, il m’est venu une ré une poussière ou un char
« centième de centime. » Je causais ainsi, a soulevé un petit nuage de poussière; flexion affolante; j’ai crié « Mais si, bon. Ils ont regardé.
adossée à un gros tas de charbon, où j’ai senti que quelque chose m’entrait sous « qu’il faut s’en occuper! Peut-être que Lemboîté a dit : « J’ai
il y avait, comme dans tous les charbons la paupière, je me suis mise à me frotter « si que c’est grave. » Alors, tirant « pas mes lunettes, je ne
dv jour d’aujourd’hui,... et me tamponner l’œil. mes paupières avec mes doigts... « vois rien. »
LE CHARBON DANS L’ŒIL 57
« prie, monsieur Lemboîté. » Lemboîté a tourné, pas Le chef a ajouté : « Une voiture de
longtemps, tout juste un demi-tour, qu’il a fini par un Elle criait : « Bravo, l’auto! Bravo le senor
« la Ralep qui marche! Je croyais bien « Lemboîté ! » Elle a même crié : « Bravo Bécas-
coup sec du poignet. Ça a suffi ; le moteur s’est mis à « que, de ma vie, je ne verrais cela! » On
ronfler. J’ai crié : « Ça marche; » les autres ont répété : « sine! » Et ça a commencé de me réconcilier
sentait qu’il était content,mais sa femme avec elle. J’ai fait réflexion, qu’au fond, ça
<Ça marche.» l’était plus que lui encore. Elle trépignait n’était peut-être pas une méchante femme, mair
de joie; elle faisait des sauts, des bras seulement une femme emportée...
ai parlé plu
sieurs fois Il a ajouté : « Nous
déjà. J’au ... aussi des pressen c: aurons sans doute à eau- ... ça m’énerve, ça me
rais dû être timents. Il a salué « ser confidentiellement. » coupe l’appétit, ça me trouble
surprise de très correctement Carmencita et le chef; il leur a J’ai compris que Maubec le sommeil. Et il n’y avait
voir un individu si mal mis in dit : « Je suis désolé d’avoir a remplir auprès de et moi étions de trop. Je qu’à voir l’air de la colonelle
tervenir dans cette affaire. Eh « vous une mission qui vous sera pénible », et j’ai été me suis empressée de sortir pour deviner qu’elle n’allait
bien ! pas du tout, je l’atten frappée du contraste de ses paroles et de ses ma avec mon collègue, et j’en pas précisément raconter des
dais presque : je n’ai pas seu nières, qui étaient de quelqu’un du grand monde, étais bien contente, parce douceurs au chemineau mys
lement du flair, j’ai souvent... avec ses habits de galvaudeux. que les scènes violentes... térieux.
6o LE REPENTIR DE CARMENCITA
... d’oceu-
... qu’il avait en vue un pations, et
'* C’est pour cela que vous me voyez Je l’étais aussi. A ce moment, emploi pour moi; l’autre, qu’il était plein mes pressentiments me garantis
.< dans ce costume peu reluisant... Mes Maria est venue m’appeler d’idées et que, venant en permission sent que j’aurai encore bien des
« fonctions sont passionnantes, et vous parce que le facteur apportait dans quelques jours, il me les dirait à histoires, bien des aventures à
« pouvez m’y aider. » Puisse tournant ven, pour moi deux lettres sur les ce moment. Alors je suis rentrée dans le vous raconter. Nous allons nous
madame, il a dit : « Consentez, chère amie, quelles il y avait écrit : très salon, j’ai demandé à M. Proey-Minans séparer pour quelque temps, mes
« à ce que Bécassine devienne ma secré- pressé. Je les ai lues. C’étaient un petit délai pour me décider. Ce que bonnes petites chéries, mais je
« taire : elle a du flair ; le flair c’est tout, les réponses de M. Bile et de je ferai, je ne le sais pas encore, mais je ne vous dis pas adieu, je vous
« dans la police. ? Madame était hésitante. Zidore. Ils me disaient, l’un... suis sûre de ne pas manquer. dis au revoir.
TABLE DES MATIERES