Réussir Vie et Gestion Agricole
Réussir Vie et Gestion Agricole
2e éditi
R a y m o n d L e v all o i s , R ol a n d L e v all o i s
Remerciements
Remerciements
et transfert d’entreprise au Groupe ProConseil (Québec) pour
leurs commentaires à propos de la section concernant la résis-
tance aux changements (chapitre 10).
Deux auteurs
à la fois proches et éloignés,
mais complémentaires
XII
Réussir sa vie d’agriculteur et la gestion de son exploitation
Préface
Préface
Guide de gestion de l’entreprise agricole, rédigé en 2010 à l’inten-
tion des agriculteurs et conseillers du Québec, a fait l’objet en
2014 d’une version adaptée au contexte français (deuxième édi-
tion en 2020). Son frère, Roland Levallois, expert-comptable
auprès d’agriculteurs dans l’ouest de la France, avait participé à
cette version. Dans ce nouvel ouvrage, nous retrouvons leur pas-
sion pour la gestion de nos exploitations agricoles à taille
humaine. Ils savent nous communiquer, avec une pédagogie
remarquable, cette flamme et ce sens de l’écoute. Ils rassurent les
agriculteurs en leur préconisant un comportement adapté à
chaque étape de leur vie ; ils n’hésitent pas à aborder des concepts
comptables complexes tels que la gestion des comptes courants
d’associé, la valeur ajoutée, la holding…
Dans cette deuxième édition, les deux auteurs ont eu à cœur, dès
le premier chapitre, d’aller au-delà d’une simple actualisation des
concepts développés en 2016. Ainsi, ils insistent sur les différents
métiers que tout agriculteur doit savoir pratiquer, aimer,
maîtriser.
Dans le chapitre suivant, ils définissent la posture que l’agricul-
teur doit adopter face à son conseiller pour s’approprier le conseil,
sans se résigner à le recevoir passivement.
Dans le chapitre cinq, les deux auteurs alertent sur la question
cruciale des financements à obtenir et sur l’intérêt et les dangers
d’une solution sociétaire à bien adapter.
Le chapitre dix a été enrichi d’une réflexion sur l’inévitable résis-
tance au changement à prendre en compte et sur la nécessité
d’une formation permanente de l’agriculteur moderne.
Le chapitre seize fait un point actualisé sur de nouvelles préconi-
sations pour une meilleure gestion des risques. La survie d’une
exploitation tient souvent à l’anticipation de ces risques avec un
agriculteur qui pilote et un conseiller qui l’assiste comme dans un
rallye. Ces risques sont devenus de plus en plus nombreux et leurs
conséquences de plus en plus graves selon les productions. Sans
être exhaustif, il en est ainsi des risques de santé et d’équilibre des
membres de la famille, des aléas climatiques de plus en plus pré-
occupants, des risques sanitaires des troupeaux, des variations
des cours en amont ou en aval, des risques sur les bâtiments,
installations et matériels de plus en plus sophistiqués, sans oublier
les dispositions réglementaires nationales ou internationales de
XIV
plus en plus contraignantes…
Ces mises en garde devant ces nouveaux risques amplifiés depuis
2016 date de la première édition vont être très utiles pour l’agri-
Réussir sa vie d’agriculteur et la gestion de son exploitation
Introduction
qu’agriculteur, si mon conseiller ou ma conseillère me donne un
conseil (créer une société par exemple) tout simplement « parce
que c’est mieux » ou « parce que j’économise de l’argent » sans
plus d’explications par rapport aux conséquences sur mon
exploitation ou sur ma vie, je n’applique pas ces conseils tant que
je n’ai pas plus de détails et tant que je ne comprends pas claire-
ment de quoi il s’agit. Cette façon de concevoir le conseil est
particulièrement importante pour ce qui concerne les choix juri-
diques et les décisions d’orientation de l’exploitation.
Une autre dimension de cet ouvrage est l’importance accordée à
la gestion financière de l’exploitation agricole1. En effet il est dif-
ficile d’être heureux en tant qu’agriculteur si son exploitation est
en difficulté financière. Nous proposons les éléments essentiels
qui permettent à l’agriculteur de prendre les meilleures décisions
en tenant compte de ce qu’il veut vraiment faire avec son exploi-
tation en dehors des « modes » ou des « tendances » observées
ou « édictées » par des « spécialistes ». Pour être vraiment auto-
nome, il faut être en bonne situation financière. Mais ce que nous
proposons n’est pas axé sur le profit maximum mais sur une
1 Pour une information plus approfondie sur ce thème un livre a été publié en 2020 : Guide pratique
de gestion de l’entreprise agricole, 2e édition, Raymond Levallois et Roland Levallois, Éditions France
Agricole.
bonne santé financière. Rechercher le profit maximum est un
choix personnel mais garder la santé financière de son exploita-
tion saine est une « obligation » en vue d’une vie équilibrée et
stable à long terme, qui permet de réaliser des projets sans trop de
risques et de stress.
Enfin nous parlons de « réussir ». Il s’agit d’un terme qui peut être
interprété de différentes façons. On entend dire que tel GAEC est
un exemple de réussite car il vient d’installer trois robots de traite.
Ou encore, en discutant avec un agriculteur qui n’a rien investi
depuis trois ou quatre ans, il nous dit qu’il est content d’avoir
« réussi » à rembourser ses dettes et ses emprunts et qu’il ne s’est
pas senti aussi bien dans sa vie d’agriculteur depuis longtemps.
Ces deux exemples démontrent que la réussite est propre à chaque
personne. Chacun a ses critères, chacun a ses aspirations. C’est à
chacun de définir ce qu’il veut faire avec son exploitation, avec sa
vie d’agriculteur et, à partir de là, il prendra les bonnes décisions
pour lui, ce qui lui permettra de s’acheminer vers « sa réussite ».
C’est en ce sens que nous avons rédigé cet ouvrage.
XVI
Réussir sa vie d’agriculteur et la gestion de son exploitation
Sommaire
Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . V
Deux auteurs à la fois proches et éloignés,
mais complémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VII
Note aux lectrices et aux lecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . IX
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XI
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XIII
Sommaire
des conseillers, techniciens et administratifs . . . . . . . . . . . . . . 8
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Chapitre 2 : Le régime de croisière
ou l’atteinte de l’équilibre . . . . . . . . . . . 11
L’équilibre sur le plan financier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
L’équilibre sur le plan technique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
L’équilibre sur le plan humain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Mes conseillers et moi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Chapitre 3 : La croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Est-ce qu’aujourd’hui l’exploitation que je gère
fonctionne bien ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Pour quelles raisons suis-je tenté d’agrandir
mon exploitation ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Chapitre 4 : L’association . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Pourquoi m’associer ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Quelques réflexions sur l’association . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Chapitre 5 : Départ à la retraite . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
À partir de quand faut-il se préparer à la retraite ? . . . . . . . 37
Quels biens vais-je vendre ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Combien vaut mon exploitation ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
À qui je cède mon exploitation ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Est-ce que je m’engage dans une transmission progressive ? . 43
Quelle sera ma vie quand je serai à la retraite ? . . . . . . . . . . 46
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Conclusion de la première clé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Chapitre 7 : Entreprise individuelle apportée
en société . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Bilan de mon exploitation avant la société . . . . . . . . . . . . . . 60
Bilan de mon exploitation après apport à une société
et conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Différences entre exploitation individuelle et société . . . . . . 63
Cession de mon exploitation en société :
cession de parts sociales ou cession de biens ? . . . . . . . . . . . 64
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Chapitre 8 : Réflexions sur les comptes
courants des exploitants
dans une société . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
La logique des comptes courants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Un exemple de comptes courants dans une société
avec un couple et un troisième associé . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Chapitre 9 : Réflexions sur la mise en place
d’une holding pour réduire
les prélèvements fiscaux et sociaux . 73
Un cas type . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Situation sans création d’une holding . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Situation avec la création d’une holding . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Mise en contexte et relativisation de l’avantage financier
de la holding . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Conclusion de la deuxième clé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Sommaire
En agriculture, quelle valeur ajoutée ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Mesure de l’efficacité économique
de ma gestion technique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
La valeur ajoutée est le résultat de la façon
dont je gère mon exploitation chaque jour.
Elle est donc difficile à modifier. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Ce niveau de valeur ajoutée risque de se reproduire
année après année . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Réflexions sur la résistance au changement ? . . . . . . . . . . . . 89
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Chapitre 11 : Ne pas me tromper
lors de mes grandes décisions :
gestion stratégique . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Décisions rares avec des conséquences lourdes
et à long terme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Se poser les bonnes questions pour éviter de me tromper . . 97
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Chapitre 12 : Bien gérer mes investissements . . . . 104
Investir en fonction de l’impact sur la rentabilité
de mon exploitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
Établir un plan d’investissement pour mon exploitation . 109
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
Chapitre 13 : Bien financer mes investissements . 115
Pratiquer un minimum d’autofinancement . . . . . . . . . . . . . 115
Respecter la durée maximale de mes emprunts . . . . . . . . . 117
Que faire pour diminuer mes annuités ? . . . . . . . . . . . . . . . 121
Si les remboursements sont trop élevés . . . . . . . . . . . . . . . . 122
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
Conclusion de la troisième clé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
Sommaire
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
Chapitre 18 : Savoir ce qui se passe dans
mon exploitation avec peu
de chiffres : mon tableau de bord . . 195
Quelle est ma situation financière ?
Réponse au niveau du bilan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
Est-ce que le fonctionnement de mon exploitation génère
assez de revenu ? Réponse au niveau du compte
de résultat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
Proposition d’un tableau de bord centré sur l’essentiel . . . 198
Dans le cas où les résultats de mon exploitation
ne me satisfont pas : proposition d’une grille
de recherche de solution(s) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
Conclusion de la cinquième clé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
Réussir toutes
les étapes de sa vie 1
professionnelle
CLÉ
R
éussir ma vie d’agriculteur ou d’agricultrice représente
tout un défi, un beau défi ! En effet, le métier d’agriculteur
est un métier passionnant mais très exigeant. Sur le plan
purement professionnel il y a le fait de travailler « avec du
vivant », avec tous les aspects positifs que cela représente mais
aussi tous les risques (maladies, météo…), tout en étant « chef
d’entreprise », donc responsable de toutes les décisions à prendre
chaque jour, qui font que ce métier est un peu particulier.
D’autre part, le fait de faire évoluer son exploitation selon ses
besoins et sa vision de l’agriculture est à la source de satisfactions
très importantes, ce qu’on ne trouve pas dans de nombreux autres
métiers. Ces particularités ont comme conséquence que la vie
privée et la vie professionnelle sont souvent très interreliées chez 3
les agriculteurs (comme souvent chez les chefs d’entreprise). On
ne peut pas ignorer cet aspect lorsqu’on décide de devenir
1 L’installation
Pour l’essentiel
Devenir agriculteur représente une décision majeure qui nécessite d’avoir
la passion du métier car il est très exigeant (compétences multiples :
gestion des animaux, des cultures, du matériel, des finances, etc.) et très
prenant.
C’est une décision majeure car si j’investis dans une exploitation, ce n’est
pas pour faire un essai afin de voir si j’aime ça, c’est pour une longue
durée, toute la vie professionnelle le plus souvent.
Et devenir agriculteur c’est devenir responsable d’une entreprise, prendre
toutes les décisions, tous les jours, et en assumer les conséquences, gar-
der le contrôle de l’entreprise quoi qu’il arrive (et il en arrive des choses !).
C’est le cas dans toute entreprise, mais peut-être encore plus en agricul-
ture à cause du travail avec du matériel vivant (maladies, météo…), des
imprévus liés aux marchés (volatilité des prix en particulier).
Ainsi, je dois comprendre les calculs faits par les conseillers lors de mon
projet d’installation car c’est moi qui devrai assumer les conséquences
des décisions prises. Il n’est pas question d’arranger les chiffres pour que
ça passe, il faut être réaliste ! Dans ce contexte, il est essentiel de monter
un projet qui me laisse une bonne marge de sécurité.
4 Et si tout cela me fait peur, il serait probablement plus sage que je ne
devienne pas agriculteur car la peur, l’inquiétude et le stress sont très
inconfortables et épuisants.
Réussir sa vie d'agriculteur et la gestion de son exploitation
1
Il faut savoir détecter d’un coup d’œil la vache malade au milieu
de toutes les autres, repérer à temps les cultures qui ont besoin
d’un traitement sans en abuser, entretenir et conduire « en dou-
ceur » le matériel. Et la liste est encore longue !
C’est tout un ensemble qui fait que la vie est finalement plus facile
sur l’exploitation et que le résultat est positif à la fin de chaque
exercice comptable.
Le métier d’agriculteur est un tout, ce sont des animaux, des
cultures, du matériel, de l’administratif et quelquefois de la ges-
tion de personnel. Je peux être plus passionné par un élément que
par un autre, mais je ne peux pas négliger celui ou ceux qui ne
m’intéressent pas.
Notons également qu’il n’y a pas un métier d’agriculteur mais
beaucoup de métiers d’agriculteurs qui sont différents en fonc-
tion du type de production. Le métier d’éleveur laitier est très
différent du céréalier ou du viticulteur ou d’éleveur hors sol.
Je m’engage dans le métier d’agriculteur mais aussi dans la pro-
duction qui me passionne. Je ne veux pas m’installer comme éle-
5
veur de porcs alors que c’est la production laitière qui me plaît.
Dans le choix de ma production je dois faire attention aussi au
1
Des études peuvent être faites sur la faisabilité de mon projet,
notamment si je m’installe dans le cadre des aides à l’installation.
Je ne dois pas laisser les techniciens faire ces études sans moi ou
les « pousser » à faire l’étude pour que « ça passe ». Je dois par-
ticiper à ces études et bien comprendre comment elles sont faites
afin de bien savoir quel niveau de risque financier je prends en
m’engageant dans cette aventure.
Au final, l’étude va déterminer quel Excédent Brut d’Exploitation
(EBE) peut raisonnablement dégager mon entreprise, elle va aussi
déterminer les annuités auxquelles je peux faire face avec cet
EBE. Le solde (EBE-Annuités) me permettra de satisfaire mes pré-
lèvements privés (qu’il ne faut quand même pas sous-estimer) et
de me laisser une marge de sécurité.
Cette marge doit être importante. En effet, mes annuités vont
durer au moins 8 ans avant de disparaître. Durant cette période,
mon EBE peut évoluer de façon importante, d’autant plus que les
prix sont de plus en plus variables.
Mes annuités peuvent aussi augmenter. Il n’est pas impossible
que je sois amené à faire des investissements imprévus. Par 7
exemple, un matériel est à remplacer plus vite que prévu. Après
quelques années, je peux me rendre compte que les conditions de
8
Il faut que dès mon installation je travaille dans des conditions
correctes. Avec cette exigence, je peux améliorer année après
année mon autonomie financière.
Réussir sa vie d'agriculteur et la gestion de son exploitation
1
Le jugement des agriculteurs envers ces personnes est divers.
Certains ont d’excellentes relations avec eux, en particulier avec
ceux avec lesquels ils travaillent depuis de nombreuses années et
avec lesquels le courant passe très bien. D’autres ont des juge-
ments sévères, considérant que tous ces conseillers et techniciens
sont privilégiés. Ils ont un salaire assuré à la fin du mois, ils tra-
vaillent 35 heures avec les RTT et les vacances qui vont avec.
Il faut relativiser tout cela. Sans doute, parfois, certains conseil-
lers ou techniciens ont des attitudes qui justifient un tel jugement,
mais dans la majorité des cas, ils font leur travail avec profession-
nalisme et même parfois avec dévouement et solidarité avec les
agriculteurs.
Quand on est agriculteur, on ne les rencontre que pour travailler
sur notre dossier, mais on ne sait pas vraiment quelle est leur vie
professionnelle. On peut pourtant entendre régulièrement ce
genre de réflexion de la part des conseillers et techniciens : « Ah !
ça devient pénible mon métier. Le problème ce ne sont pas nos
adhérents, nos clients, c’est notre hiérarchie avec la pression que
nous subissons. » 9
En effet, ils n’ont pas forcément la vie aussi belle qu’on le pense.
Le problème de hiérarchie, la pression qui les pousse à réaliser un