Support 04
Support 04
B. Le contrôle de conventionnalité................................................................................................................................................................................... p. 5
C. Le contrôle de légalité..................................................................................................................................................................................................p. 6
Section 2. Les conflits entre normes de même nature : l'application de la loi dans le temps.............................p. 8
§1. La durée de validité des lois......................................................................................................................................................... p. 8
A. L'entrée en vigueur des lois.........................................................................................................................................................................................p. 8
1. La promulgation...................................................................................................................................................................................................................................................p. 8
2. La publication...................................................................................................................................................................................................................................................... p. 9
2. Les effets futurs des situations juridiques en cours de réalisation : le principe de l’application immédiate de la loi nouvelle..........................................................................p. 14
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Remarque
RAPPEL : Le droit français du contrat, du régime général et de la preuve des obligations a fait l'objet
d'une importante réforme avec l'ordonnance du 10 février 2016 . Dans cette leçon les articles du
Code civil qui portent la mention "nouv." (ex. art. 1353 nouv. du C. civ.) font référence aux articles
postérieurs à la réforme, tels qu'ils figurent dans les codes d'une édition postérieure à 2016.
Deux types de conflits peuvent se présenter : d’abord, les conflits entre règles de différentes natures. Ce
problème se résout grâce au principe de hiérarchie des normes (Section 1).
Il peut également arriver qu’un conflit naisse à l’occasion de la succession dans le temps de plusieurs règles
de même nature. Ce type de conflits peut être résolu grâce aux règles d'application de la loi dans le temps
(Section 2).
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• Règlements autonomes
• Règlements pris pour l'exécution des lois
• Ordonnances non ratifiées
REGLEMENTS • Décrets (présidentiels, ministériels)
• Arrêtés (ministériels, préfectoraux,
municipaux)
• Circulaires
AUTRES ACTES ADMINISTRATIFS • Directives
• Actes administratifs individuels
Cette pyramide des normes est parfois appelée pyramide de Kelsen : Hans Kelsen était un juriste austro-
ème
américain du début du XX siècle (Prague 1881- Californie 1973) qui a systématisé un principe de
classement des normes. Selon lui, « l’ordre juridique n’est pas un système de normes juridiques placées toutes
au même rang, mais un édifice à plusieurs étages superposés, une pyramide ou hiérarchie formée (pour ainsi
dire) d’un certain nombre d’étages ou couches de normes juridiques. »
Chaque norme est créée conformément aux règles posées par la norme qui lui est directement supérieure,
elle-même étant conforme à la norme supérieure, et ainsi de suite jusqu'à la Constitution (qui fait office de
norme suprême) cette hiérarchie permet - en théorie du moins - d'assurer la cohérence du système juridique.
Elle autorise en tout cas, que des contrôles soient effectués pour vérifier la conformité des normes inférieures
aux normes supérieures. La possibilité d'un tel contrôle permet de fonder la légitimité de la norme, qui acquiert
sa force obligatoire du seul fait de sa conformité supposée à la norme supérieure.
Remarque
1. Il n’existe pas de contrôle systématique : il faut toujours qu’une juridiction soit saisie pour que le contrôle
s’effectue. Actuellement, plusieurs normes sont en vigueur qui contredisent des règles supérieures, car
elles n'ont pas fait l'objet d'un contrôle spécifique.
2. Deux types de contrôles sont envisageables : un contrôle a priori, qui intervient avant l'entrée en vigueur
de la norme ; un contrôle a posteriori, qui permet d'écarter une norme déjà entrée en vigueur.
3. La sanction n’est pas unique : tantôt le texte non conforme sera annulé, tantôt son application sera
simplement écartée dans le cas d’espèce.
A. Le contrôle de constitutionnalité
Le contrôle de constitutionnalité consiste à vérifier la conformité d'un texte par rapport à la Constitution
et aux normes assimilées (bloc de constitutionnalité).
Il est susceptible de concerner aussi bien les traités internationaux que les lois.
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La supériorité de la Constitution sur les traités internationaux a été longuement discutée, avant d'être
affirmée en 1998 par le Conseil d'Etat (arrêt Sarran et Levacher,CE, 30 octobre 1998, D. 2000 p. 152, note
Aubin) et en 2000 par la Cour de cassation (arrêt Fraisse, Ass. plén. 2 juillet 2000, D. 2000, p. 865, note B.
Mathieu et M. Verpeaux).
L'organe compétent pour exercer ce contrôle est le Conseil constitutionnel. On a vu que, en vertu de
l'article 54 de la Constitution, si le Conseil constitutionnel estime qu'un engagement international comporte
une clause contraire à la Constitution, l'autorisation de ratifier le traité ne peut intervenir qu'après révision de
la Constitution.
Exemple
Ainsi, la loi constitutionnelle du 4 février 2008 a modifié le titre XV de la Constitution, pour permettre la
ratification du Traité de Lisbonne sur le fonctionnement de l'Union Européenne.
ème
Deux types de contrôles peuvent être opérés : le premier, mis en place avec la V République, intervient a
priori ; le second, issu d'une loi constitutionnelle de 2008, intervient a posteriori
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fondamentaux ex : principe selon lequel le juge judiciaire est gardien des libertés individuelles (art. 66 de la
Const.).
ère
Le justiciable pourra soulever cette inconstitutionnalité à tous les stades de la procédure (de la 1 instance à
la Cassation). Le juge saisi (administratif ou judiciaire) devra alors surseoir à statuer, et envoyer la question
prioritaire de constitutionnalité à la juridiction suprême de son ordre (Conseil d'Etat ou Cour de cassation)
laquelle ne transmettra la QPC au Conseil constitutionnel qu'à la triple condition :
• que la loi critiquée soit applicable au litige ;
• que le Conseil constitutionnel ne se soit pas déjà prononcé sur la question ;
• que la question soit "sérieuse" c'est-à-dire qu'elle ne soit pas complètement fantaisiste ou animée par
la seule volonté de gagner du temps (ou dit alors que la demande est dilatoire).
Si le Conseil constitutionnel estime que la loi n'est pas conforme, alors celle-ci sera abrogée.
La Question prioritaire de constitutionnalité ouvre aux citoyens la possibilité historique de participer au contrôle
de conformité des lois à la Constitution. Elle permet d'obtenir l'abrogation de textes qui n'ont pas fait l'objet
d'un contrôle de constitutionnalité a priori. Elle augmente encore le rôle du Conseil constitutionnel, qui se voit
institué comme le gardien permanent de la hiérarchie des normes.
B. Le contrôle de conventionnalité
Le contrôle de conventionnalité consiste à vérifier la conformité des lois aux conventions et traités
internationaux.
Si l'on a rarement dénié le principe d'une supériorité des traités sur les lois internes, la question s'est posée de
savoir quel organe ou juridiction était en pratique compétent pour effectuer le contrôle de conventionnalité
d'une loi, et éventuellement écarter la loi contraire à un traité international.
La question est particulièrement cruciale dans le cas où la loi est postérieure à la norme internationale
en question : en effet, dans la situation inverse, on admet assez facilement que la norme supérieure a
automatiquement abrogé la loi antérieure qui lui était contraire : lex posterior priori derogat. Le conflit se règle
alors sans difficulté.
En 1975, le Conseil constitutionnel a décliné sa compétence sur ce point (à l'occasion de l'examen de la loi
sur l'IVG du 15 janvier 1975). Restait à connaitre la position des ordres judiciaire et administratif à ce sujet.
Cette question a donné lieu à une fameuse divergence entre le Conseil d'Etat et la Cour de cassation :
• Par une décision déjà citée Société des Cafés Jacques Vabre (Cass. mixte, 24 mai 1975), la Cour de
cassation a accepté de faire prévaloir le traité international sur une loi postérieure contraire.
• Le Conseil d'Etat a longtemps refusé d'effectuer un tel contrôle, en estimant notamment que le juge
administratif ne pouvait se permettre d'écarter une loi sans violer le principe de séparation des pouvoirs
législatif et judiciaire, ni empiéter sur les prérogatives du Conseil constitutionnel.
Il a fallu attendre l'arrêt Nicolo du 20 octobre 1989pour que le Conseil d'Etat vienne à modifier sa
jurisprudence : désormais, le juge administratif, comme le juge judiciaire, doit écarter des débats la loi
contraire aux traités internationaux, même si la loi lui est postérieure.
Remarque
Le juge ordinaire ne peut pas abroger la loi contraire aux engagements internationaux de la France. Il ne peut
qu'écarter cette loi du litige qui lui est soumis.
Les décisions Jacques Vabre et Nicolo ont marqué la fin de la suprématie inconditionnelle du droit interne,
et ouvert en faveur du droit international une brèche considérable dans le droit positif. Elles ont ainsi permis
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l'introduction pleine et entière du droit de l'UE et de la Convention européenne des droits de l'homme en droit
français.
Des principes fondamentaux comme le droit à un procès équitable porté par l'art. 6 de la Conv. EDH, ont ainsi
pu modifier profondément la procédure devant les tribunaux nationaux des deux ordres.
C. Le contrôle de légalité
- Le contrôle de légalité consiste à apprécier la conformité des règlements par rapport aux lois.
Ce contrôle est en principe dévolu aux juridictions administratives, saisies d'un recours en annulation pour
excès de pouvoir (qui conduit à l'annulation de l'acte illégal), ou d'une exception d'illégalité (qui tend à faire
écarter, à l'occasion d'un litige particulier, l'application d'un acte illégal).
- Une exception est un moyen de défense soulevé à l'occasion d'un procès. L'exception d'illégalité est un
moyen de défense par lequel un justiciable invoque la non-conformité à la loi d'un règlement qui lui est opposé.
EXCEPTIONS :
• Les règlements autonomes n'étant pas subordonnés aux lois, le Conseil d'Etat se contente de vérifier
leur conformité aux règles constitutionnelles et internationales, ainsi qu'aux principes généraux du droit.
• Par exception, les juridictions judiciaires peuvent être saisies d'une exception d'illégalité qui les
conduira à écarter un règlement déclaré illégal. Leur pouvoir est toutefois modulé en fonction de la nature
de la juridiction :
• Ainsi une juridiction répressive peut toujours refuser de prononcer une peine qui serait fondée
sur un règlement illégal (art. 111-5 du Code pénal).
• Les juridictions civiles ne sont pour leur part admises à apprécier la légalité d'un règlement que si
celui-ci porte atteinte à une liberté individuelle, à l'inviolabilité du domicile, ou au droit de propriété.
Dans les autres hypothèses, le juge civil peut uniquement interroger la juridiction administrative,
par voie de question préjudicielle.
TRAITÉS
CONSTITUTION LOIS
INTERNATIONAUX
Type de contrôle
: contrôle de
constitutionnalité.
TRAITÉS
Pas de contrôle. Pas de contrôle.
INTERNATIONAUX Organe compétent
: Conseil
constitutionnel (art.
54 de la Const.).
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Type de contrôle
Type de contrôle
: contrôle de
: contrôle de
conventionnalité.
constitutionnalité.
Organes
Organe compétent
compétents :
: Conseil
juridictions
LOIS constitutionnel, soit Pas de contrôle.
judiciaires (arrêt
par un recours a
Jacques Vabre :
priori
Cass. mixte, 24
(art. 61 de la Const.
mai 1975) et
soit par une QPC a
administratives
posteriori (art. 61-1
(arrêt Nicolo : CE,
de la Const.).
20 oct. 1989).
Type de contrôle
: pas de contrôle
si le règlement est
conforme à la loi Type de contrôle
Type de contrôle :
(Théorie de la loi- : contrôle de
contrôle de légalité.
écran). conventionnalité.
RÈGLEMENTS
Exception :
Organe compétent
règlements Organe compétent
: juge administratif.
autonomes. : juge administratif.
Organe compétent
: juge administratif.
Ainsi, les normes de droit écrit sont-elles organisées selon un ordre hiérarchique qui leur impose d'être
conformes aux normes qui leurs sont supérieures. Le respect de cet ordre fonde leur légitimité, et est
susceptible d'être contrôlé par différents organes, selon des règles variables. C'est à ce prix que sont assurées,
autant que faire se peut, l'articulation entre les normes de nature différentes, et la cohérence du droit objectif
français.
D'autres règles permettent de régler les conflits survenants entre normes de même nature.
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Section 2. Les conflits entre normes
de même nature : l'application de la loi
dans le temps
Comme toute règle de droit, la loi n’est pas perpétuelle. Elle est l’expression des besoins du groupe social et,
le groupe évoluant, la loi change. Ainsi les lois se succèdent-elles, et la succession des lois dans le temps pose
le problème délicat de savoir quelle est la loi applicable à une situation juridique donnée : faut-il appliquer
la loi en vigueur au moment de la création de la situation juridique, ou celle en vigueur au moment
où la difficulté surgit ?
Exemple
Un contrat de bail est conclu en 2005, pour une durée de 5 ans. Une loi intervient en 2006, qui interdit les
baux d’une durée supérieure à 3 ans. Faut-il appliquer la loi de 2006, et réduire la durée du bail, ou laisser le
contrat sous l’empire de la loi antérieure, qui autorise les baux de plus longue durée ?
De même qu’il y a des conflits de lois dans l’espace, ce qui est réglé par le droit international privé, il existe
des conflits de lois dans le temps.
Avant d’examiner cette question, il faut connaître les règles qui déterminent la durée de vie des lois.
Il ne suffit pas qu’une loi soit adoptée pour qu’elle acquiert force obligatoire, c’est-à-dire qu’elle soit applicable
par tous dans l’ensemble du territoire. Il faut encore que certaines formalités soient respectées : à la
promulgation fait suite la publication.
1. La promulgation
Remarque
La promulgation n'est applicable qu'aux lois entendues au sens formel, c'est-à-dire aux normes adoptées
par le Parlement en application de l'article 34 de la Constitution.
La promulgation est l’acte par lequel le Président de la République donne l'ordre aux autorités publiques
d'observer et de faire observer cette loi.
C’est le premier acte d’exécution de la loi. On dit que la promulgation donne à la loi sa force exécutoire.
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Exemple
Laloi n° 2009-669 du 12 juin 2009"favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet", dite Loi
Hadopi, a été promulguée le 12 juin 2009.
Le numéro de la loi nous indique que ce fut la 669ème loi à être promulguée en 2009.
2. La publication
Nemo legem ignorare censetur : nul n'est censé ignorer la loi, et l'on ne peut prétendre échapper à l'application
d'une règle en prétendant qu'on ignorait son existence.
Mais pour que l’on puisse exiger des gens qu’ils respectent la loi, encore faut-il les mettre en mesure de
connaître l’existence du texte. C’est le rôle de la publication.
Cette publication se fait généralement dans le Journal Officiel de la République française (JO).
Seuls certains arrêtés de portée limitée peuvent être publiés par simple voie d’affichage.
Exemple
Un arrêté municipal pourra être affiché à la Mairie.
Remarque
Depuis 2004, une version électronique du Journal officiel existe, parallèlement à la version papier. Elle est
accessible immédiatement et gratuitement à tous.
Effet de la publication : la publication donne à la loi sa force obligatoire. Mais il faut toutefois un certain
délai avant que la loi ne soit effectivement obligatoire. Il faut attendre son entrée en vigueur.
• Avant la réforme de 2004, on s'assurait que toute la population était bien en mesure de s'informer des
nouvelles lois, en décidant que celles-ci entraient en vigueur un jour franc après sa publication à Paris,
et un jour franc après l’arrivée du JO au chef-lieu d’arrondissement dans les autres départements.
Un jour franc = un jour entier de zéro heure à minuit (sans compter le jour de départ).
Exemple
A Paris, une loi publiée au JO du 25 septembre entre en vigueur le 26 septembre à minuit.
• Mais la réforme de 2004 a pris acte des nouvelles facilités de communication, et notamment de
l'accès possible au JO via internet.
Désormais, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de la publication.
er
Art. 1 du Code civil : « Les lois (...) entrent en vigueur à la date qu'ils fixent où, à défaut, le lendemain
de leur publication ».EXCEPTIONS :
1. Il en va autrement lorsque l'exécution de la loi est subordonnée à l'adoption de normes
règlementaires ultérieures.
Exemple
Décret d'application, qui vient préciser les modalités d'application de la loi.
L'entrée en vigueur de la loi est alors reportée à l'entrée en vigueur dudit décret.
2. La plupart des lois complexes prévoient leur propre date d'entrée en vigueur, pour permettre une
période d'adaptation.
Exemple
er
Laloi n° 2004-439 du 26 mai 2004portant réforme du divorce est entrée en vigueur le 1 janvier
2005.
3. A titre exceptionnel, les lois urgentes peuvent entrer en vigueur dès leur publication.
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B. La disparition de la force obligatoire des lois
La loi est en principe perpétuelle, mais elle peut cesser d'être applicable en raison d'une abrogation.
En droit français, on estime que l’autorité qui est chargée de créer le droit peut anéantir ce qu’elle a fait,
pour éventuellement le remplacer par une règle nouvelle. Les actes du Parlement seront donc abrogés par le
Parlement, et les actes du gouvernement, par le gouvernement (ou par toute autorité supérieure, conformément
aux principes de hiérarchie des normes).
1. Il peut il y avoir une abrogation expresse, c’est-à-dire une loi nouvelle est adoptée, qui prévoit dans
l'un de ses articles l'abrogation de la loi ancienne.
Exemple
Par exemple, l'art. 39 de laloi du 23 juin 2006sur la réforme des successions a expressément abrogé
la loi du 20 novembre 1940 confiant à l'administration la gestion des successions non réclamées.
2. Il peut également y avoir abrogation tacite : lorsqu’une loi nouvelle vient contredire la loi ancienne, on
considère que la loi ancienne est automatiquement abrogée, sans qu’il soit besoin d’un texte exprès.
L'incompatibilité doit nécessairement se régler en faveur de la loi nouvelle, puisqu'elle exprime la volonté
la plus récente du législateur. Dans ce cas c'est le juge qui constatera l'abrogation => La loi nouvelle
chasse l’ancienne (au moins à l'égard des dispositions contradictoires).
EXCEPTIONS : le mécanisme de l'abrogation tacite ne fonctionnera pas en cas de conflit entre une
règle générale et une règle spéciale. Il faut savoir en effet que les lois n’ont pas toujours la même
portée : il existe des règles spéciales, qui ne s’appliquent qu’à une partie des situations visées par la
règle générale.
• Si la loi nouvelle est spéciale, on considère qu’elle crée une exception à la loi générale
ancienne, qui ne sera pas abrogée tacitement.
Exemple
La loi ancienne dispose que les animaux n’ont pas le droit de divaguer dans la rue.
Si une loi nouvelle prévoit que les tigres peuvent divaguer dans la rue, cette loi est spéciale par
rapport à la précédente, et elle crée une exception à la loi ancienne, sans pour autant l’abroger.
Ce principe s’exprime dans la règle specialia generalibus derogant : les dispositions spéciales
dérogent aux dispositions générales.
• Si la loi nouvelle est générale, la règle est plus douteuse, et le conflit se règlera au cas par cas,
en se référant à l'intention du législateur, qui a peut-être voulu abroger la loi spéciale ancienne.
3. Outre l’abrogation expresse et l’abrogation tacite, la loi peut également subir une abrogation par
désuétude, lorsque la loi est devenue tellement éloignée de la réalité qu’elle cesse d’être appliquée.
C’est le cas notamment des lois dont l’objet a disparu.
Exemple
Hypothèse d’une loi règlementant la circulation des voitures à cheval, ou l’allumage des becs de gaz.
4. Il peut encore arriver qu’une coutume vienne contredire une loi et la remplacer peu à peu.
Exemple
C'est un usage qui a restitué au Code le nom de Code civil, le décret de 1852 qui lui avait conféré le
nom de Code Napoléon n'ayant jamais été abrogé (v. infra, leçon n° 5)
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A. Principes de résolution
L’hypothèse est la suivante : une loi en vigueur est abrogée par une loi nouvelle. Certaines situations
juridiques nées sous l’empire de la loi ancienne vont se poursuivre après l’entrée en vigueur de la loi nouvelle.
Quels faits, quels actes seront alors régis respectivement par la loi ancienne et par la loi nouvelle ?
Exemple
Quelle fut l’influence de la loi du 18 mai 1816, supprimant le droit au divorce, sur le sort des gens qui s’étaient
mariés avant cette date, donc à une époque où le divorce était autorisé ? Conservaient-ils le droit de divorcer
même après la nouvelle loi, ou perdaient-ils un droit qui leur était pourtant acquis au jour de leur mariage ?
Certaines lois règlent elles-mêmes leur domaine d’application dans le temps. La loi nouvelle contient alors ce
qu’on appelle des dispositions transitoires.
Exemple
la loi du 5 juillet 1985sur les accidents de la circulation, prévoyait dans son article 47 que la loi s’appliquera
même aux accidents survenus dans les trois années précédant la publication de la loi, dès lors que le litige
n’avait pas été définitivement tranché par les juridictions.
En dehors de ces cas particuliers, la solution des conflits de loi dans le temps est donnée par l’article 2 du
Code civil , qui énonce :« La loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif ».
On voit immédiatement se dégager de cet article deux idées fondamentales :
1. « La loi n’a pas d’effet rétroactif » : elle ne s’applique pas aux situations qui se sont entièrement réalisées
avant sa date d’entrée en vigueur.
Exemple
Ainsi, les époux qui ont divorcé avant la loi du 18 mai 1816 qui supprimait le divorce n’ont pas vu leur
situation remise en cause. La situation juridique était consommée, la loi ne pouvait revenir dessus. «
Le passé n’est plus en son pouvoir » disait Portalis.
2. « La loi ne dispose que pour l’avenir » : elle s’appliquera aux situations nées postérieurement à sa
date d’entrée en vigueur.
Exemple
Les époux mariés après l’entrée en vigueur de la loi du 18 mai 1816, n’ont plus pu divorcer.
Ces règles sont assez faciles à appliquer pour les situations entièrement révolues avant la loi nouvelle, ou qui
au contraire naissent après la loi nouvelle.
La question est plus délicate à régler lorsque la situation juridique examinée se développe dans le temps,
en naissant sous la loi ancienne et se poursuivant sous la loi nouvelle.
Exemple
Les époux mariés en 1880, sous l’empire de la loi de 1816 qui interdisait le divorce, ont-ils pu par la suite
bénéficier de la loi du 27 juillet 1884 qui rétablissait la possibilité de divorcer ?
De même, est-ce qu’un contrat de bail conclu en 1970 pour une durée de 10 ans est soumis aux dispositions
d’une loi qui interviendrait en 1974 et qui impose une nouvelle taxe sur les loyers ?
La réponse à ces questions demande de distinguer certaines situations.
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Concrètement, il s'agira de savoir quels sont les éléments de la situation juridique en cours qui sont
susceptibles d'être modifiés par la loi nouvelle : s'agit-il des conditions de constitution de la situation, ou
des effets de cette situation ? Concernant les effets, s'agit-il des effets passés (survenus avant l'entrée en
vigueur de la loi), ou des effets futurs ?
Exemple
Si la loi dispose que l'âge minimum pour se marier va passer de 18 ans à 21 ans, ce sont les conditions
du mariage qui sont concernées.
Si l'objet de la loi est de rendre obligatoire pour tous les salariés en CDI le passage d'un examen
ophtalmologique annuel, ce sont les effets du contrat de travail qui sont visés.
Remarque
Cette distinction était cependant difficile d'application : que décider par exemple pour l'application de la
loi de 1912, qui autorisait, sous condition, l'action en recherche de paternité ? Devait-on considérer que les
pères naturels avaient, avant cette loi, acquis le droit de ne pas voir leur paternité recherchée ? Pouvaient-ils
en conséquence se soustraire à la loi nouvelle ? La réponse à ce genre de question apparaissait davantage
comme un choix politique, que comme une véritable question juridique. La "théorie des droits acquis" laissait
en outre accroire que le droit objectif pouvait être mis en échec par un droit subjectif, alors que celui-ci procède
de celui-là (v. infra, leçon n° 6). Elle avait enfin l'inconvénient de laisser survivre la loi ancienne tant que les
situations qu'elle avait vu naitre n'étaient pas épuisées, chacun vivant sous l'empire de la loi de sa génération.
Or l'idée d'un système juridique organisé par strates n'est pas conforme aux principes égalitaires républicains,
ni à l'idée selon laquelle la loi nouvelle est forcément "meilleure" que la loi ancienne.
• La théorie moderne, développée par le Doyen Roubier, préférait raisonner à partir du concept de
situation juridique en cours, en s'attachant à identifier la situation susceptible d'être effectivement
modifiée par la loi nouvelle. Ainsi, la loi sur le divorce atteint-elle l'état d'époux, la loi sur les baux
modifie l'état de propriétaire et de locataire, la loi de 1912 remet en cause l'état de père naturel ... L'idée
de Roubier est que la loi développe ses effets dans le temps : alors qu'elle ne peut pas remettre en
question les conditions dans lesquelles se sont constituées ces situations, ni leurs effets intervenus avant
son entrée en vigueur (mettant ainsi en œuvre le principe de rétroactivité) elle s'applique en revanche
immédiatement aux effets futurs de la situation (principe d'application immédiate).
• La jurisprudence a combiné ces différentes théories, avec une nette préférence pour la théorie du
Doyen Roubier.
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a) Les conditions de création des situations juridiques en cours
- La règle de non-rétroactivité portée par l'article 2 du Code civil implique que les conditions de création d’une
situation juridique ne peuvent pas être remises en cause par la loi nouvelle, si cette création est antérieure
à la loi nouvelle.
Exemple
Un contrat conclu verbalement en 1975 ne peut pas être annulé par une loi de 1976 qui exige que le contrat
soit conclu par écrit. Le contrat était valable au jour de sa conclusion, il reste valable en vertu du principe
de non-rétroactivité.
- Inversement, une loi nouvelle ne peut pas valider rétroactivement des actes qui étaient nuls sous l’empire
de la loi ancienne.
Exemple
La loi de 1965 qui autorise la femme à conclure des contrats sans le consentement de son mari n’a pas pu
rendre valables les actes que des femmes avaient passés seule avant l'entrée en vigueur de la loi. Ces actes
restent nuls, même après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi.
Exemple
Les loyers déjà perçus avant l’entrée en vigueur de la loi nouvelle instaurant une taxe sur les loyers ne sont
pas soumis à la taxe.
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• Elle ne s’impose pas au législateur en matière civile : la loi peut contredire la loi. Certaines lois sont
donc expressément rétroactives.
.
1- Les lois civiles expressément rétroactives, i.e. les lois qui comprennent une disposition spéciale
prévoyant que la loi s’appliquera aux situations juridiques nées avant son entrée en vigueur.
Exemple
Le décret du 17 nivôse an II, par lequel la Convention annulait toutes les donations faites depuis le 14 juillet
1789, a profondément perturbé la société, et c'est le souvenir de cette perturbation qui a conduit à l'adoption
de l'article 2 du Code civil.
Plus récemment, laloi du 3 janvier 1972, réformant le droit de la filiation, a validé rétroactivement les actes de
reconnaissance d'enfants adultérins souscrits avant son entrée en vigueur.
2- Les lois pénales plus douces, qui suppriment une incrimination ou adoucissent une peine, s’appliquent aux
infractions commises avant leur entrée en vigueur, si elles n’ont pas été définitivement jugées. On considère
en effet que si la loi nouvelle adoucit la peine, c'est que le législateur a estimé que la sanction ancienne était
excessive. L'idéal de justice et d'humanité impose qu'on en fasse bénéficier les délinquants.
On parle de la rétroactivité in mitius de la loi pénale : la loi nouvelle rétroagit automatiquement, dans la
mesure où elle est plus douce que l’ancienne.
Exemple
Laloi du 9 octobre 1981abolissant la peine de mort a été appliquée aux crimes commis antérieurement à la
loi : les peines de mort prononcées ont été commuées en peine de réclusion criminelle à perpétuité.
Remarque
Par mesure d'humanité la rétroactivité in mitius de la loi abolissant la peine de mort a été appliquée à tous,
même lorsque la condamnation à mort avait déjà été prononcée par une décision devenue définitive.
3- Les lois interprétatives : les lois interprétatives sont ainsi désignées parce qu'elles viennent préciser le sens
obscur ou ambigu d’un texte antérieur. On considère que la loi interprétative vient s’intégrer à la loi ancienne
qu’elle interprète. Le juge appliquera la loi ancienne, éclairée par la loi interprétative, à des faits accomplis sous
l'empire de la loi ancienne. La loi interprétative rétroagit donc au jour de l’entrée en vigueur de la loi ancienne.
Exemple
Une loi de 1987 sur les loyers est peu claire sur son champ d'application. Une loi de 1989 vient préciser que
la loi de 1987 concerne aussi bien les baux d'habitation que les baux commerciaux. Tous les contrats en
cours seront concernés par cette interprétation, même ceux qui ont été conclus en 1988, avant l'entrée en
vigueur de la loi interprétative.
Le principe est donc que, à trois exceptions près, la loi ne remet pas en cause les conditions ni les
effets passés des situations juridiques en cours à la date de son entrée en vigueur. C'est ce que l'on
exprime lorsqu'on énonce que la loi n'est pas rétroactive.
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Le deuxième principe fondamental contenu dans l’article 2 du Code civil est le principe de l’application
immédiate de la loi nouvelle.
- Ce principe implique que les effets futurs des situations en cours seront soumis à la loi nouvelle dès l’entrée
en vigueur de celle-ci.
Exemple
Les actes passés après 1965 par une femme sans le consentement de son mari sont valables, même si le
mariage date d’avant 1965.
- Justification : le principe d’application immédiate est justifié par la nécessité d’assurer l’unité des situations
juridiques : on préfère éviter que cohabitent dans le même temps des situations identiques, mais dont le
régime juridique dépend de leurs dates de création respectives. En outre, la loi nouvelle est censée apporter
un progrès, dont on souhaite qu’il profite à tous.
Toutefois, les impératifs de sécurité juridique justifient une exception importante au principe d’application
immédiate.
- Le principe de liberté contractuelle, et la volonté de sauvegarder la sécurité juridique des parties, justifient
que les contrats en cours restent soumis à la loi sous l’empire de laquelle ils ont été conclus. On leur
appliquera donc la règle de survie de la loi ancienne.
- Justification : le contrat réalise un équilibre entre les intérêts divergents des parties, et cet équilibre dépend
bien souvent du contexte dans lequel le contrat a été conclu : quand les parties se sont engagées, c’était en
fonction d’une législation particulière. Soumettre brutalement ces contrats déjà conclus à la loi nouvelle, ce
serait modifier les bases sur lesquelles les parties se sont engagées, et risquer de rompre l’équilibre du contrat.
Ce serait tromper la confiance légitime des co-contractants.
Exemple
Une loi est publiée, taxant lourdement les loyers des baux d'habitation. Le loueur, engagé contractuellement
pour 3 ans, aurait peut-être demandé un loyer plus élevé s'il avait su que la loi nouvelle allait intervenir et qu'il
allait devoir reverser une partie de ses revenus locatifs. Ou peut-être qu'il aurait renoncé à louer son bien, et
qu'il aurait préféré le prêter à son neveu étudiant...
Pour la Cour de cassation, « Les contrats passés sous l'empire d'une loi ne peuvent recevoir aucune atteinte
d'une loi postérieure » (Cass. civ., 27 mai 1861, S. 1861,1,507).
- EXCEPTIONS : la règle de la survie de la loi ancienne en matière contractuelle n’est toutefois pas absolue,
et il arrive que le législateur, ou même le juge, déclarent une loi nouvelle immédiatement applicable aux
contrats en cours :
1. Le législateur peut le décider dans des dispositions transitoires, prévoyant une dérogation au principe
de survie de la loi ancienne en matière contractuelle.
Exemple
La loi prévoit que les contrats de location en cours seront, à compter de l'entrée en vigueur de la loi et
jusqu'à leur expiration, soumis à une taxe égale à la moitié de celle prévue par la loi nouvelle.
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2. Le juge peut écarter le principe lorsque la disposition est impérative, c'est-à-dire qu’elle exprime
un intérêt social suffisamment important pour qu’elle l'emporte sur la sécurité juridique individuelle des
parties contractantes. Elle sera donc applicable immédiatement et sans distinction à toutes les
situations, qu'elles soient légales ou contractuelles.
Il est difficile de dire a priori quelles sont les lois qui sont ici concernées, car le juge tranche au cas par cas,
mais on peut dire que les grandes réformes sociales sont applicables immédiatement aux contrats en cours :
Exemple
• loi imposant 5 semaines de congés payés / loi portant à 35 heures la semaine de travail / lois fixant le
montant du SMIC... Toutes ces lois sont applicables à tous les contrats de travail, même à ceux conclus
antérieurement à leur entrée en vigueur.
• Idem pour les législations sur la fixation des loyers, qui sont généralement applicables aux contrats
de location en cours.
En conclusion, la résolution d’un problème de conflit de lois dans le temps suppose de se poser plusieurs
questions distinctes :
1. S’il s’agit d’une situation juridique révolue au jour de l’entrée en vigueur de la loi nouvelle, celle-ci n’a
aucune vocation à s’appliquer (principe de non-rétroactivité).
2. S’il s’agit au contraire d’une situation juridique qui nait après l’entrée en vigueur de la loi nouvelle, alors
celle-ci s’applique pleinement (sauf dispositions transitoires).
3. S’il s’agit d’une situation juridique en cours, il faut distinguer :
• les conditions de validité et les effets passés ne sont en principe pas concernés par la loi nouvelle
(principe de non rétroactivité), sauf exceptions (loi expressément rétroactives, rétroactivité in mitius, lois
interprétatives) ;
• les effets futurs sont au contraire soumis à la loi nouvelle (principe d’application immédiate) sauf
s’il est question d’une situation contractuelle, auquel cas le contrat bénéficie de la survie de la loi
ancienne... sauf si la loi nouvelle est impérative...
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