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SPORT ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

Prof. Dr Jean-Loup Chappelet,


IDHEAP Institut de hautes études en administration publique
Swiss Graduate School of Public Administration, Lausanne
[Link]@[Link]

D’un passe-temps réservé à quelques amateurs éclairés, le sport est devenu au vingtième
siècle un phénomène social de masse concernant des milliards de personnes dans le
monde entier. Dans les pays développés, le sport est désormais un secteur économique à
part entière représentant environ 2% du PIB. Le défi est aujourd’hui de faire du sport
un facteur du développement économique des pays moins développés.

L’événement est attendu par toute la planète. Début juin 2010, la 19e Coupe du monde de
football commencera dans le stade « Soccer City » de Johannesburg en Afrique du Sud. Pour
la première fois depuis ses débuts, la plus grande manifestation sportive mondiale avec les
Jeux olympiques d’été se déroulera en Afrique.

Plusieurs centaines de millions de dollars auront été dépensés pour organiser cet événement.
Beaucoup se demandent si cet argent n’aurait pas mieux été investi ailleurs, mais les
organisateurs annoncent déjà des retombées économiques faramineuses et la création de
nombreux emplois durant les années de préparation. Les retombées médiatiques sont encore
plus évidentes. Pendant plus d’un mois, en juin et juillet 2006, tous les médias vont se
concentrer sur l’Afrique du Sud. Des milliers de journalistes vont commenter les matchs, mais
aussi visiter les onze villes organisatrices et parler du pays et de ses habitants. Ces reportages
inciteront des touristes à visiter la région longtemps après l’événement et des entreprises à s’y
établir plutôt qu’ailleurs, en particulier si l’événement est bien organisé démontrant ainsi les
capacités globales d’accueil de l’Afrique du Sud. Et cela aura des conséquences à long terme
pour tous les secteurs économiques du pays.

Cet exemple peut certes être contesté quant à son opportunité par rapport aux priorités de
développement d’un pays. N’existe-t-il pas d’autres urgences ? (On se souvient du graffiti
peint sur un stade de la Coupe du monde 1986 au Mexique : No queremos goles, queremos
frijoles (Nous ne voulons pas des buts mais des haricots)). On voit bien néanmoins, à l’ère de
la mondialisation, le potentiel qu’offrent les manifestations sportives pour catalyser un
développement économique durable. L’Afrique du Sud a d’ailleurs récemment adopté une
politique publique systématique d’organisation d’événements sportifs internationaux, y
compris les Jeux olympiques. Des puissances économiques montantes comme, à l’époque, le
Japon (Tokyo 1964), la Corée (Séoul 1988) et, aujourd’hui, la Chine (Pékin 2008) ont fait de
même.

Tous les jeunes Africains, en fait tous les jeunes de tous les continents, seront rivés devant les
retransmissions télévisées de la Coupe du monde en Afrique du Sud (s’ils peuvent y avoir
accès) et s’identifieront inévitablement avec les stars du moment. Une fois les matchs
terminés, ils taperont dans un ballon avec leurs copains sur des terrains de fortune. Et un
certain nombre d’entre eux se mettra à pratiquer le football et d’autres sports dans des clubs
locaux avec l’espoir de participer, un jour, au plus haut niveau national ou international, et
peut être marquer un but pour leur pays dans une future Coupe du monde.

Enclencher la dynamique « événements – pratiques - équipements »

Les grands événements sportifs n’auraient en eux-mêmes qu’un intérêt économique limité et
éphémère s’ils ne permettaient pas d’encourager la pratique sportive de masse. C’est cette
pratique qui entraîne le développement du marché des équipements sportifs au sens large, des
chaussures de sport de chacun aux installations collectives spécifiques à diverses disciplines.
« Pour que dix soit capables de prouesses étonnantes, il faut que cent fassent du sport de façon
intensive et que mille pratiquent la culture physique », affirmait déjà Pierre de Coubertin en
rénovant les Jeux olympiques. « Pour vendre des millions de T-shirts et de paires de baskets,
il faut que des dizaines de millions de gens fassent du sport et lui attribuent une image
positive », pourraient ajouter aujourd’hui les fabricants d’articles de sport.

Cette dynamique économiquement vertueuse fonctionne dans les pays développés. La


pratique sportive est elle-même devenue un marché au travers d’organisations associatives ou
privées offrant toutes sortes de services, de la leçon de sport dans un club à des abonnements
de remise en forme dans des centres de fitness. Il existe également un marché du spectacle
sportif au travers des droits de retransmissions et de commercialisations des grands
événements, ainsi que de la vente de billets. Ces marchés de la pratique, de l’équipement et de
l’événementiel sportif interagissent pour engendrer un secteur économique à part entière non
négligeable et en pleine croissance. Le sport est devenu à la fois un bien de consommation et
un consommateur de biens. Il créé des richesses économiques et des emplois, en plus de ses
bienfaits sur la santé et l’éducation de ceux qui le pratiquent.

Comment une telle dynamique peut-elle être enclenchée dans les pays les moins développés?
Une étude réalisée en 1995 par l’UNESCO sur la situation du sport dans les pays les moins
avancés d’Afrique (une des très rares études disponibles en la matière) montre, en effet, des
taux de pratiques sportives très bas, dus notamment à la très faible présence de l’éducation
physique et du sport (EPS) à l’école, à une pénurie de maître d’EPS et d’entraîneurs, ainsi
qu’à un manque flagrant d’équipements sportifs, notamment pour les sports qui nécessitent
des installations sophistiquées. Cette situation résulte bien évidemment de dépenses
gouvernementales insuffisantes en la matière, couplées à une explosion démographique qui
fait encore baisser les ratios de disponibilité par habitant de ces ressources humaines et
matérielles indispensables.

Des projets financés par des organisations d’aide au développement pour pallier à ces
déficiences gouvernementales en matière de formations et d’équipements sportifs peuvent
permettre d’augmenter la pratique populaire et ainsi, à terme, être profitables au
développement économique des régions et pays aidés. De plus en plus d’exemples peuvent
être cités à l’appui de cette thèse.

• En Afrique, en particulier en Centrafrique, Congo, Ghana, Guinée Bissau, Lesotho,


Mozambique, Sao Tomé et Zambie, la Fondation Olympafrica, qui est financée
notamment par le Comité international olympique et la société Daimler Chrysler, a
construit des installations sportives rudimentaires et fournit des équipements de base
pour favoriser la pratique sportive, notamment en athlétisme. Chacune de ces
implantations est un foyer d’activités économiques locales, notamment au travers des
emplois créés.

• Dans les Caraïbes, en particulier dans l’île de St.-Kitts, le projet STRONG soutenu
depuis six ans par l’association Commonwealth Games Canada vise à motiver les
adolescents à rester dans le système scolaire au travers de cours d’EPS, de langues et
d’informatique afin de développer leur employabilité et leur permettre d’obtenir des
stages dans des entreprises locales. Il est prévu d’étendre ce projet à d’autres îles de la
région.

• En Afghanistan, en Asie du Sud, en Bolivie et dans d’autres pays, les projets menés
par l’ONG française Sport sans frontières ont pour objectifs de garantir l’accès à la
pratique sportive pour tous et un développement économique local.

• Depuis une vingtaine d’années, des fédérations sportives internationales comme la


FIBA (Basket-ball), la FIFA (football) et la FIVB (Volley-ball) ont financé
l’aménagement de terrains de jeux et donné des équipements pour pratiquer leur sport.
Bien que l’objectif premier soit la promotion de leur discipline, ces projets ont eu aussi
des retombées économiques intéressantes pour les villes qui en ont bénéficié.

• Dans les pays développés européens, des régions rurales ou montagnardes ont été
relancées économiquement grâce au développement d’activités physiques et sportives
de pleine nature, souvent associées à des activités culturelles ou sociales
particulièrement prisées par une nouvelle catégorie de touristes. Ces activités et les
aménagements des espaces naturels qu’elles nécessitent ont été créatrices de plus
value économique.

Facteurs de succès

Il n’y a eu que très peu d’évaluations des impacts économiques des projets sportifs dans les
pays les moins développés. Dans les pays du Nord, des analyses macro-économiques de la
taille du secteur sportif ont été conduites, notamment sous l’égide de l’Union européenne. De
nombreuses études d’impact d’événements sportifs ont aussi été réalisées, souvent avant leur
tenue, par les partisans ou les opposants afin de convaincre leurs troupes. Des études
économiques indépendantes ont été menées en Amérique du Nord pour déterminer si les
équipes professionnelles et leurs installations sportives avaient un impact économique sur la
région qui les accueille. Elles ont presque toutes montré que ce n’était pas le cas.

Il convient donc d’être prudent sur les effets économiques directs attendus de projets sportifs.
En fait, pour avoir une évaluation valable, il faut prendre en compte l’ensemble de leurs
impacts économiques, sociaux et environnementaux. Ce qui manque le plus, y compris dans
les pays développés, ce sont des études ex-post et des analyses coûts–bénéfices qui
permettraient d’informer les autorités publiques et les donateurs sur l’utilité et la durabilité
des subventions et des dons dans le domaine sportif.

De plus, le sport en général connaît aujourd’hui des dérives comme le dopage, la violence et
la corruption qui font douter dans les pays du Nord de ses bienfaits socio-économiques. Ces
dérives ne doivent bien sûr pas être exportées vers les pays du Sud. Il convient donc de
s’assurer que les projets sportifs soutenus dans ces pays favorisent un sport S.A.F.E., un sigle
facile à mémoriser et qui résume les qualités requises du sport ainsi promu :

• Soutenable, c’est-à-dire des projets qui évitent la mise en place de structures ne


respectant pas les modèles culturels du cru ou la construction d’installations
inadaptées aux conditions locales. Des projets qui, au contraire, favorisent un
développement régional durable.

• Sans Addiction, c’est-à-dire des projets qui découragent l’utilisation de substances


dangereuses pour l’individu afin d’améliorer la performance. Des projets qui, au
contraire, promeuvent un style de vie hygiénique et sans dépendance.

• Fair, c’est-à-dire des projets qui limitent toute discrimination raciale, sexuelle ou autre
et rejettent toute violence physique ou morale. Des projets qui, au contraire, s’assurent
que le sport pratiqué et promu reste un moyen d’éducation équilibré de la jeunesse.

• Ethique, c’est-à-dire des projets qui rejettent toute forme de corruption et de


comportement criminel. Des projets qui, au contraire, contribuent à une économie
saine et respectant les principes moraux universels.

Ces quatre conditions ont été affirmées pour la première fois lors dans la Déclaration de
Macolin (février 2003).

Questions ouvertes

L’utilisation du sport comme facteur de promotion économique dans les pays moins
développés soulève toutefois quelques questions auxquelles il faut rester attentif.

Tout comme la fuite des cerveaux, ce que l’on peut appeler la « fuite des muscles » menace de
nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Asie qui ne peuvent offrir à
leurs meilleurs athlètes des opportunités économiques en rapport avec leurs talents. Ces
athlètes évoluent souvent en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays du Golfe. Ce
phénomène est bien connu en football et en athlétisme, mais il commence à toucher d’autres
sports. Il est source de pratiques louches, voire illégales. Il mine le développement sportif des
pays touchés. Certains ont proposé la mise en place d’une « taxe Coubertobin » sur les
transferts de tels athlètes et joueurs. A long terme, c’est en développant avec les sponsors et
les médias locaux les marchés du spectacle sportif dans les pays du Sud qu’on pourra arrêter
ce phénomène inquiétant. Quelles mesures peuvent être proposées par la conférence Sport &
Développement pour limiter la fuite des muscles?

Aujourd’hui la plupart des articles de sport sont fabriqués dans les pays les moins développés
où la main d’œuvre est très bon marché et où les conditions de travail sont parfois
inacceptables. De grandes marques ont été soupçonnées de recourir à des enfants pour
fabriquer des ballons, des chaussures ou des vêtements de sport. La Fédération mondiale des
fabricants d’articles de sport a mis en place des programmes de surveillance et de labellisation
à ce sujet. La vigilance des consommateurs des pays développés et la croissance des marchés
locaux d’équipements sportifs devraient permettre de progressivement contrôler ce problème.
Quelles mesures peuvent être proposées par la conférence Sport & Développement pour
éviter la fabrication non éthique d’équipement sportif?
Depuis longtemps, la recherche scientifique a démontré une forte corrélation entre la
performance sportive internationale et le niveau de développement économique national et par
habitant. Des chercheurs ont ainsi pu prédire avec exactitude le nombre de médailles qui
seraient gagnés par les pays participants aux Jeux olympiques. De plus, près des trois-quarts
des nations qui prennent part aux Jeux ou aux grands championnats ne gagnent aucune
médaille. Cet état de fait démotivant pour les sportifs du Sud, leur fans et leurs sponsors
pourrait à terme mettre en danger les grandes rencontres sportives qui sont un ferment
appréciable de coopération internationale. Seule la croissance de la pratique de toutes les
disciplines sportives dans les pays les moins développés permettra, à long terme, de remédier
à cette tendance et ainsi de forger leur identité communautaire, une identité qui a aussi une
valeur économique et sociale. Quelles mesures peuvent être proposées par la conférence
Sport & Développement pour éviter la monopolisation des médailles par les pays les plus
développés?

Le sous-développement sportif des pays du Sud est à la fois un aspect et une conséquence le
leur sous-développement économique. En promouvant de façon durable et saine le sport dans
ces pays, on peut espérer briser cette spirale négative et faire démarrer des activités porteuses
de croissance économique et sociale, sans mettre en danger l’environnement naturel.

C’est le défi que s’est lancée l’Afrique du Sud en organisant la Coupe du Monde de football
2010 et d’autres grands événements sportifs, un défi dont nous serons tous les témoins dans
les années à venir et qui pourra inspirer d’autres pays en développement pour mettre en œuvre
des projets sportifs à retombées économiques.

Références

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© 2005, [Link]@[Link]

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