Dissertation : « pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner
la vie à pleine mains, et s’en mettre jusqu’au coudes. C’est facile de dire non
même si on doit mourir. Il n’y a qu’à ne pas bouger et attendre. » Jean
Anouilh
« La vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue avec ses pieds,
un outil qu’on tient dans nos mains, ». Effectivement, « dire oui » à la vie,
c’est affirmer notre existence en traçant un chemin unique qui permet de
créer, d’innover, de se dépasser et de se connaitre soi-même en intégrant
forces et faiblesses dans notre périple infini. Créon le roi dans le roman
Antigone de Jean Anouilh affirme à la fille d’Œdipe que « pour dire oui, il faut
suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleine mains, et s’en
mettre jusqu’au coudes. C’est facile de dire non même si on doit mourir. Il n’y
a qu’à ne pas bouger et attendre. » De tels propos mettent en évidence
l’acceptation de la vie dans toute sa globalité et faire preuve de dynamisme.
Comment donc dire oui à ceux qui nous heurte moralement et physiquement
et comment vivre intensément la vie ?
Nous répondrons à cette problématique en convoquant les Contemplations
de Victor Hugo, le Gai Savoir de Nietzsche et la Supplication et Svetlana
Alexievitch. Nous mettrons tout d’abord en évidence l’importance de
conférer une valeur esthétique à la vie. Nous allons préciser qu’il faudrait
vivre intensément la vie. Nous verrons enfin qu’il faudrait s’adapter par la
force de nos représentations morales au monde.
Dire oui à la vie présuppose de prendre acte au caractère tragique de
l’existence et de la réinterpréter dans l’ordre de l’esthétique : « je serai ainsi
l’un de ceux qui embellissent les choses ».Grace à une transformation
effectuée par le regard, « le beau »,peut apparaitre comme ce qui permet de
ne pas s’épuiser à faire la guerre au laid ».Sur ce point, le philosophe de
l’existence convient d’intégrer le malheur au tableau quitte à le rendre
présentable .savoir gouter à une telle merveille nous indique comment dire
oui à l’ensemble de la voir il ne s’agit pas de dire oui à la vie du bout des
lèvres, presque à regret ,il faut adhérer à un oui qui nous précède qui est le
cœur même de la vie, c’est un mouvement par laquelle les choses reviennent
éternellement .Conférer donc une valeur esthétique au tragique est la
condition pour aimer la vie et donc de déployer la force régénératrice de la
vie ,il s’agit donc de voir les choses en grand par-delà les inéluctables
accidents ponctuels , afin d’affirmer : « je veux même en tout n’être plus
qu’un homme qui dit oui ! » Aux yeux de Victor Hugo, la vie après la mort de
sa chère et tendre fille Léopoldine est devenue insupportable sans
préoccupations, les horizons se sont assombris. Pourtant « terrassé par le
sort » et « les ténèbres ou l’on dort », il a repris sa raison et « la conscience »
en lui « ne baissera pas le front »et il a compris qu’il faudrait dire oui à la vie
dans toute sa splendeur et accepter sa fatalité de perdre un être cher, le
poète reprend son combat et se tourne vers un avenir chaleureux et beau. Il
sait donc pertinemment qu’on doit franchir au cours de votre existence « les
périls, les épreuves et les revers ». Peut-être ce sont ces difficultés qui font le
charme de la vie en elle-même. Ainsi dans La Supplication, un chasseur
raconte qu’un ancien étudiant devenu vagabond expliquait à qui voulait bien
l’entendre que « Tchernobyl était destiné à faire naitre des philosophes » ceci
révèle la transformation des terribles désastres causés par les catastrophes
en une beauté créative et charmante qu’est la philosophie en d’autre terme
la capacité à percevoir et à appréhender la vie avec une vision esthétique et
naitre des êtres confrontés à des épreuves insupportables et une force
sublimatrice. Faire apparaitre la beauté ou le caractère sublime dans chaque
vie correspond à un engagement esthétique.
L’homme a toujours chercher à avoir plus d’efficacité sur son
environnement, il est parvenu à féconder différent domaine en se
comportant en explorateur et transformateur de richesses dont il dispose. Ce
désir d’« empoigner la vie à plaine mains » ,le poète Victor Hugo cherche à
l’accomplir et cherche « autre chose » dans ce ciel vaste relevant du mystère
et de l’énigmatique. Grace à sa vision perspicace. S’engager intensément dans
la vie permet à l’homme de lutter contre les souffrances et les aléas de la vie,
aux yeux du philosophe allemand ,les douleurs offrent à ceux qui savent les
supporter « leurs instants suprêmes ».De tels hommes pareils à des guerriers
audacieux ont besoin de « tempêtes »,de « contraintes et d’ « adversité ».Il
vivent « vaillamment » et « intensément » leur vie dans ses conditions , il
faudrait déchirer « ce voile brodé d’or, riche en belle possibilité » enfoui dans
des espaces inaccessibles ou célestes ,notre mission est donc de se servir de
la terre qui cache de grandes mines de trésors. Ainsi, d’après
Mitchourine, « nous ne pouvons pas attendre que la terre nous accorde ses
faveurs, notre tâche est de les lui arracher ». Cet arrachement requiert du
labeur et une intensité inébranlable provenant de chaque individu.
Pour vivre intensément et gaiement sa vie, il faut être artiste de sa vie,
c’est-à-dire jouer avec les formes, les sons, les mots et valoriser la créativité
et l’imagination. Nietzche nous invite dans son aphorisme : « Aux navires » à
prendre la mer pour découvrir les profonds secrets de la vie et construire
quelque chose qui n’existe pas encore, Pour Victor Hugo, la poésie est une
forme de sorcellerie. Les Contemplations est une œuvre d’art qui regroupe les
sentiments de l’être cher, elle se nourrit des souvenirs du poète, elle permet
au poète de surmonter « les revers » de la vie d’y survivre et de trouver une
place parmi les vivants. Elle recèle une intensité régénératrice qui fait naitre
une fleur d’azur à partir des pierres de mort.
La vie est mouvement, agitation, gestation et métamorphose. Même à
l’état d’inertie, elle frissonne, pétille au fond de l’être. L’homme ne doit pas
se contenter d’exister, de se protéger et de freiner son élan vital. Arkadi Filine
est convaincu de la nécessité d’agir car « on ne peut pas vivre tout le temps
dans le pour »de se condamner à l’inaction. L’homme doit franchir « le seuil
de conservation » pour pouvoir d’après Chimanski « accomplir des exploits ».
Parfois, nous devons oser changer le cours des évènements, critiquer ce qui
ne vas pas, le nier pour proposer nos propres représentations morales
existentielles car « quelque chose en nous veut vivre et s’affirmer »
Métamorphoser le monde par la force du regard et renforcer
représentations dans l’esprit est la mission du Stoicien. Il est important à
noter que Nietzsche tient dans le Gai Savoir « Stoiciens et Epicuriens »
comme deux réponses recommandables face aux configurations éventuelles ,
et l’attitude à adopter face à la vie.
La vie contemplative peut nous préparer à la vie active. Si l’aphorisme «
une chose est nécessaire » examine la possibilité de réinterpréter le laid «
sous la forme du sublime »,c’est pour mieux évoquer « le puissant vouloir »
qui permet à l’homme audacieux et créateur à forger ses interprétations et
représentations de la vie tel est le cas du philosophe qui instaure de nouvelles
valeurs .L’objectif est donc « de créer de nouvelles tables de biens qui nous
soient propres ».On pense aussi au liquidateur Arkadi Filine dans La
Supplication, tel l’homme qui n’a pas pu assister à la résurrection de Christ, il
n’a pas pu comprendre Tchernobyl. Cependant quand bien même, il n’aurait
pas été bien diverti, sans doute n’aurait-il pas toujours compris car les
évènements ne sont intelligibles qu’a posteriori, par l’interprétation des
historiens, qui les analysent et ainsi s’adapter aux réformes des divers
évènements vécus lors de la catastrophe.
En guise de conclusion, nous pouvons dire que l’homme cherche à atteindre
des points culminants dont ce qu’il entreprend durant son voyage et vivre
chaque minute intensément et s’adapter grâce à son intelligibilité et à son
esprit créatif et esthétique plutôt que de de se préparer à la fatalité et au
destin fatidique de la mort. L’individu peut trouver la lumière et la jouissance
dans ce qui paraissait comme l’ombre, et peut aussi considérer la lumière
comme étant une consolation nécessaire pour vivre.