Eclitrage
Eclitrage
Guide pratique
de l’éclairage
5e édition
Index 285
Dans cet ouvrage, nous utilisons le terme de photographie au sens étymologique « écrire
avec la lumière », c’est-à-dire qu’il englobe tous les procédés d’obtention des images
qu’elles soient fixes (la photo) ou animées (le cinéma et la vidéo), que leur support d’en-
registrement soit argentique ou numérique. Cependant, comme pour tous les aspects de la
réalisation, les considérations esthétiques, techniques et pratiques sont intimement liées et
ne peuvent être envisagées que dans leur ensemble. Il va de soi que les notions théoriques
ne servent à rien sans le « talent », mais ce dernier ne saurait s’exprimer pleinement sans
une connaissance suffisante des équipements et de leurs possibilités.
Un aspect fondamental de l’éclairage, c’est qu’il ne s’applique pas directement : les
images sont enregistrées sur des supports différents que nous appellerons de manière
générale des caméras (quelles soient film, numérique ou pour l’image fixe) et ces diffé-
rentes caméras ne réagissent pas comme notre œil et notre pensée. En d’autres termes, les
images de la réalité que l’on « voit » ne sont pas identiques à celles qui sont effectivement
enregistrées sur le film, sur disque dur ou carte Flash ou tout autre support de stockage
des informations. Lors de la présentation publique, en projection ou en lecture, elles sont
soumises à des conditions variables en fonction de l’environnement et des équipements
utilisés. Il y a donc une certaine « transposition » à effectuer entre la prise de vues et les
images « finales » pour que celles-ci traduisent fidèlement, non pas la réalité, mais les
intentions du réalisateur. Ces facteurs prennent en compte différents aspects techniques,
tels que le niveau d’éclairement, le contraste entre la lumière et l’ombre, la température de
couleur, etc. Chacun d’entre eux a une influence décisive sur l’image, en contribuant ainsi
© Dunod. Toute reproduction non autorisée est un délit.
à l’évocation d’un « certain climat », dans le dessein de « raconter une histoire », de relater
des événements, de représenter des êtres et des choses, de faire partager des émotions.
Cet ouvrage permet également d’aborder et de comprendre les récentes évolutions de
la technologie en matière de lumière ainsi que celles des médias, lesquelles influencent
profondément les méthodes de tournage et les conditions de production. La LED a fait
une apparition forte dans l’éclairage et a entraîné avec elle toute une remise en cause
(des moyens de mesures de la colorimétrie à l’évolution des plateaux). On la retrouve
donc présente dans la plupart des champs d’applications, que ce soit l’éclairage public, le
monde du spectacle et celui des médias. Ces changements sont profonds mais le parc de
projecteurs traditionnels reste encore à l’heure d’aujourd’hui, un élément clé du travail de
lumière et qui plus est, il risque de nous réserver, encore de belles surprises.
La lumière est produite par des sources naturelles (soleil, éclairs d’orage, éruptions vol-
caniques) ou artificielles, parmi lesquelles des sources à incandescence, des sources à
décharge (HMI, tubes fluorescents, par exemple) et des sources à luminescence (diodes,
écrans plasma, tubes cathodiques).
(1 nm = 10–9 m) et par sa fréquence d’oscillation par seconde (f) (1 Hz = 1 cycle/s), que l’on
exprime plus commodément en térahertz (THz) (1 THz = 1012 Hz) et bien sûr, en fonction
de la vitesse (c) de propagation des ondes électromagnétiques dans le vide. Cette constante
universelle vaut 299 792,5 km/s (arrondi pour les calculs à 3 × 108 m/s). Les relations sont :
Longueur d’onde : λ = c / f
Fréquence : f = c / λ
Les radiations perceptibles par l’œil humain sont celles dont la fréquence est comprise
entre 789 THz (à la frontière du domaine UV) et 385 THz (début du domaine IR), qui
correspondent, respectivement, aux longueurs d’onde λ = 380 nm et λ = 780 nm.
À chaque longueur d’onde du spectre visible correspond une sensation visuelle de « cou-
leur » différente. Cependant, les lumières monochromatiques (formées d’une seule lon-
gueur d’onde) n’existent pas réellement dans la nature (les lumières que l’on dit monochro-
matiques ne sont en effet jamais définies avec une seule longueur d’onde car elles possèdent
également une longueur d’onde dans l’infra-rouge, que l’on nomme doublet). On peut
cependant isoler les longueurs d’onde soit par étalement d’un spectre (spectrographie), soit
en les engendrant par effet laser, soit encore en les extrayant de la lumière blanche à l’aide
d’un filtre interférentiel à bande passante très étroite (technique que l’on utilise encore avec
les thermocolorimètres pour analyser la couleur d’une source, cf. § 1.6.1).
Si, à notre échelle, la lumière se propage en ligne droite, c’est en réalité une suite de vibra-
tions sinusoïdales : ces vibrations sont transversales, c’est-à-dire perpendiculaires à leur
sens de propagation. Dans le cas d’un projecteur, la propagation est multi directionnelle.
Il est cependant des cas où l’onde n’oscille que dans un seul plan de l’espace : elle est dite
polarisée. La polarisation peut être naturelle (réflexion de la lumière sur une surface non
métallique) ou provoquée par son passage à travers un filtre polariseur [cf. Fig. 1.1].
Figure 1.1 — Ondes formées à la surface d’un liquide : la longueur d’onde (λ)
d’une vaguelette est la distance séparant deux ventres (crêtes) ou deux nœuds (fonds).
On obtient des vibrations transversales – comme celles de la lumière – en jetant une pierre
dans l’eau : les molécules du liquide sont alors animées d’un mouvement oscillatoire. À
la surface de l’eau se forment des rides circulaires concentriques. La crête de chaque ride
est le ventre, le fond est le nœud : la distance séparant deux nœuds (ou deux ventres) suc-
cessifs est la longueur d’onde, symbolisée par la lettre grecque lambda (λ). Un bouchon
posé à la surface de l’eau suit les oscillations de la masse liquide en se soulevant sur la
crête de la vague et en s’enfonçant dans le creux, mais sans changer de place. On voit que
l’énergie cinétique développée par la pénétration de la pierre dans l’eau est transportée
par les ondes, mais que la masse liquide ne fait qu’osciller perpendiculairement à leur sens
de propagation [cf. Fig. 1.2].
L’action de la lumière sur la matière – à l’échelle atomique – fut expliquée en 1905 par
Albert Einstein : en appliquant les principes établis par Max Planck à propos du rayon-
nement du corps noir [cf. § 1.5.1], il posa l’équation simple permettant de calculer l’éner-
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orange
ultraviolet violet bleu vert jaune rouge infrarouge
Figure 1.4 — Le spectre visible. Répartition des radiations en fonction de leur longueur d’onde.
r=1m 1 m2
Figure 1.5 — Éléments de base de la photomé-
trie. Une source d’intensité 1 candela placée
au centre d’une sphère de rayon r = 1 m, pro-
duit sur la calotte sphérique de surface 1 m2
– délimitée par un angle solide de 1 stéradian
(sr) – un éclairement de 1 lux (lx), soit 1 lumen
par mètre carré (lm/m2).
Source
d'intensité
1 cd (= 1 lm/sr)
Angle solide de
1 sr (stéradian)
L’intensité lumineuse (d’une lampe ou d’un projecteur) varie dans les diverses directions :
on peut la représenter par un diagramme polaire [cf. Fig. 1.6].
0° 0°
70° 70°
10° 0° 10°
1.2.3 Éclairement
L’unité est le lux (lx). L’éclairement (E) indique le flux lumineux (lm) reçu par une surface
d’un mètre carré. Connaissant l’intensité lumineuse I (cd) et la distance (d) d’un luminaire
à la surface éclairée, on peut calculer l’éclairement en divisant l’intensité lumineuse I par
le carré de la distance d (en mètres) [cf. Fig. 1.8] :
I(cd)
E (lx) =
d 2 (m)
Lorsque la surface n’est pas perpendiculaire à l’axe de la source, l’éclairement diminue en
raison du cosinus de l’angle α que fait la surface avec la direction de la source [cf. Fig. 1.7] :
I(cd)
E (lx) = ⋅ cos α
d 2 (m)
5
Figure 1.7 — L’éclairement
décroît en raison inverse
du carré de la distance.
1. Source ponctuelle 4
2. Distance D1
3
3. Distance D2
4. Éclairement au centre (E1)
2
5. Éclairement au centre (E2).
1
Exemple [Fig. 1.8] : soit une source de 40 000 cd placée à 5 m d’une surface inclinée à 45°.
L’éclairement reçu par la surface est :
40 000
E (lx) = ⋅ cos 45° (soit 0,707) = 1 130 lx
52
L’éclairement en lux est la valeur généralement utilisée pour caractériser un éclairage
(dans ce cas perpendiculairement à la source et à une distance précisée), ainsi que la
sensibilité relative d’un système vidéo ou cinéma. On dira, par exemple, qu’il faut (avec
un sujet moyen) régler le diaphragme à f/4 pour un éclairement de 1 000 lx (sensibilité
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Source
1.2.4 Luminance
La luminance visuelle (L) est le quotient de l’intensité lumineuse d’une surface, par l’aire
apparente de cette surface, pour un observateur lointain. En termes plus simples, c’est « la
brillance » d’une surface réfléchissante éclairée, telle qu’elle est vue par l’œil ou l’objectif
de la caméra. Son unité légale est le candela par mètre carré (cd/m2). Avec une caméra
cinéma ou vidéo, c’est le seul paramètre significatif pour la détermination de l’exposition,
c’est-à-dire l’ouverture du diaphragme en fonction de la sensibilité du système. La lumi-
nance varie selon deux facteurs : l’éclairement E (lx) sur une zone déterminée de la scène
et le facteur de réflexion (r) de cette surface.
Le facteur de réflexion est le quotient du flux réfléchi par le flux incident :
flux réfléchi
r=
flux incident
r a toujours une valeur inférieure à 1 (ou à 100 % si on l’exprime en pourcentage), car
aucune substance ne réfléchit 100 % de la lumière qu’elle reçoit. C’est ici qu’intervient la
notion extrêmement importante de « facteur de réflexion moyen ». C’est celui d’une sur-
face grise qui, quel que soit son éclairement, paraît à nos yeux exactement intermédiaire
entre le blanc et le noir. Puisqu’il s’agit d’un jugement subjectif, la charte grise de réfé-
rence (Kodak gris moyen) n’a pas un facteur r = 0,5 (ou 50 %) (celle-ci paraîtrait presque
blanche) mais son facteur de réflexion est r = 0,18 (ou 18 %). Connaissant l’éclairement E
(en lux) de telle zone du sujet vue par l’objectif, la relation suivante permet de calculer sa
luminance L :
L (cd/m2) = 1/π × r × E [1/π = 0,318]
• Exercice – Calculons la luminance du même sujet éclairé sous une incidence de 45°
(comme au § 1.2.3) soit par un projecteur, soit par le soleil moyen [cf. Tab. 1.3] :
• Sous le projecteur (1 130 lx) : L = 0,318 × 0,18 × 1 130 = 65 cd/m2
• Sous le soleil moyen (48 000 lx) : L = 0,318 × 0,18 × 48 000 = 2 750 cd/m2.
Nous voyons que, toutes autres conditions étant égales, le même sujet moyen est 42 fois
(2 750/65) plus lumineux au soleil que sous un projecteur de studio. Cela équivaudrait (la
sensibilité globale du système restant constante) à fermer le diaphragme de 5,5 divisions
(– 5,5 IL) environ. On comprend mieux pourquoi, en extérieur par beau temps, une
caméra vidéo broadcast requiert l’insertion d’un filtre gris neutre et aussi pourquoi on a
besoin de luminaires HMI très puissants pour réduire le contraste d’une scène tournée en
plein soleil (ou, inversement, pour augmenter le contraste d’une scène platement éclairée
par un ciel couvert). Les cinéastes savent que l’utilisation du film négatif type tungstène
(3 200 K) en extérieur par beau temps (5 500 K) requiert l’emploi du filtre convertis-
seur 85B, mais également d’un filtre densité neutre 0,6 ou 0,9, permettant d’opérer à une
ouverture de diaphragme « raisonnable ».
table » sous un éclairement aussi faible que 25 lux par exemple, on cherche toujours
à opérer sous un éclairement de 10 fois à 50 fois plus puissant. De cette manière, le
gain électronique est optimal (0 dB), le rapport signal/bruit (RSB) en dB est maximal
et le diaphragme est plus fermé. Les conséquences sur la qualité de l’image sont bien
connues : meilleure résolution de l’image (en particulier dans les régions marginales),
absence de bruit et profondeur de champ plus étendue, à distance et focale égales. En
studio cinéma ou vidéo, l’éclairement au niveau des personnages se situe généralement
entre 2 000 et 3 000 lux.
Figure 1.9 — Composantes primaires du système CIE de 1931. Composantes X (pourpre) ; Y (verte) ;
Z (bleu). On remarque que la composante pourpre X présente un second maximum dans le vio-
let-bleu (450 nm) ; cela s’explique par le fait que le pourpre n’est pas une couleur spectrale, mais
la complémentaire du vert, d’où son nom minus green (moins vert). D’autre part, la composante
verte Y reproduit sensiblement la courbe de sensibilité chromatique de l’œil. Ce mélange a été choisi
comme la référence la plus proche de l’œil humain. On appelle ces courbes la fonction de mélange
de l’observateur standard.
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• Deux points de chromaticité éloignés de la même distance ne sont pas vus avec le
même écart de couleur et limitent le nombre de couleurs intermédiaires que l’on peut
différencier.
Mais son grand avantage est de permettre de déterminer sa couleur complémentaire
très rapidement en traçant une droite du point de chromaticité d’une couleur et pas-
sant par le point blanc jusqu’à la limite opposée sur le fer à cheval (donnant ainsi deux
nouvelles coordonnées) et également de mesurer sa saturation, ce qui permet de trou-
ver rapidement une couleur identique, mais avec une saturation différente. La plupart
des nuanciers de gélatines (pour la caméra ou pour les projecteurs) nous donnent les
coordonnées chromatiques xy dans cet espace [cf. Fig. 1.10].
✦✦ CIELUV 1976 et les autres espaces
Afin de permettre le contrôle des couleurs tout au long du processus allant de la prise
de vues à la visualisation des images par le spectateur, le système colorimétrique de
la CIE a fait l’objet de nombreux développements et adaptations. C’est pourquoi un
autre diagramme, dit de chromaticité uniforme (u’, v’), a été défini en 1976. Il a été
conçu pour fournir une perception plus uniforme des différences de couleurs entre
deux points avec la même luminance et il correspond un peu plus à la perception
humaine des couleurs. Les coordonnées chromatiques u et v sont également calculées
à partir des valeurs de tristimulus XYZ. Nous les retrouvons donc dans la lecture des
spectromètres utilisés dans nos métiers.
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La colorimétrie est un domaine en pleine évolution et dont les normes le sont également.
L’industrie utilise d’autres espaces colorimétriques (CIELab, pour ne citer que lui, pour
les couleurs de surface par exemple). Il n’est pas nécessaire de tous les aborder.
Pour ceux que le sujet intéresse, vous pouvez vous référer à l’excellent ouvrage de Jacques
Gaudin sur la colorimétrie appliquée à la vidéo.
« Aucune modélisation cependant ne peut contenir toute la vérité de la vision humaine ;
une modélisation n’est rien d’autre qu’un outil et c’est avant tout son efficacité qui prime
même si une certaine part d’empirisme demeure dans sa conception. »
Jacques Gaudin, Colorimétrie appliquée à la vidéo, 2e édition
400 500 600 700 nm 250 300 350 400 nm 400 500 600 700 nm