Université Claude Bernard - Lyon 1 Semestre de printemps 2022-2023
UE de calcul différentiel, courbes et surfaces
Contrôle partiel: Correction
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Exercice 1. (6 points) Soit f : R2 → R donnée par f (0, y) = 0 et f (x, y) = xy 2 si x 6= 0.
1. Donner la définition de la différentiabilité de f en (0, 0).
2. Montrer que f admet une dérivée directionnelle au point (0, 0) suivant tout vecteur de R2 mais
que f n’est pas différentiable en ce point.
Correction. Question 1. La fonction f est dite différentiable en (0, 0) s’il existe une application linéaire
L : R2 → R telle que pour tout (x, y) ∈ R2 ,
f (x, y) = f (0, 0) + L(x, y) + o (k(x, y)k).
k(x,y)k→0
Cette dernière condition est équivalente à
|f (x, y) − f (0, 0) − L(x, y)|
lim = 0.
k(x,y)k→0 k(x, y)k
(x,y)6=0
Question 2. Soit u = (a, b) ∈ R2 . Calculons la dérivée directionnelle de f dans la direction u en (0, 0).
Si a = 0, on trouve
∂f f (tu) − f (0, 0) 1
(0, 0) = lim = lim (0 − 0) = 0.
∂u t→0 t t→0 t
t>0 t>0
Sinon, on a :
t3 b3 b3 b3
∂f f (tu) − f (0, 0) 1
(0, 0) = lim = lim −0 = lim = = f (u).
∂u t→0 t t→0 t t2 a2 t→0 a2 a2
t>0 t>0 t>0
Dans tous les cas, la dérivée directionnelle de f dans la direction u en (0, 0) n’est autre que f (u).
Si f était différentiable en (0, 0), par un résultat du cours, elle serait continue. Pourtant, en définissant
pour n ∈ N∗ un := ( n13 , n12 ), la suite (un ) tend vers 0 quand n → +∞, alors que
1 3
n2
lim f (un ) = lim = lim 1 = 1 6= 0 = f (0, 0).
1 3
n→+∞ n→+∞
n→+∞
n 2
La fonction f n’est donc pas continue en (0, 0), et elle ne peut donc pas être différentiable en (0, 0).
Un autre argument possible pour nier la différentiabilité de f serait que si elle était différentiable les
dérivées directionnelles devraient dépendre de manière linéaire de u, ce qui n’est pas le cas parce qu’elles
valent f (u) et f n’est pas linéaire.
Exercice 2. (6 points) Soit E := C 0 ([0, 1]; R) l’ensemble des fonctions continues sur le segment [0, 1], à
valeurs réelles. On munit E de la norme définie pour tout f ∈ E par
kf k∞ := sup |f (t)|.
t∈[0,1]
Enfin, on définit
F : E→R
Z 1
f 7→ sin(f (t))dt.
0
1
1. Montrer que F est différentiable en tout point de E, et que pour tous f et h dans E, la différentielle
de F en f appliquée à h vaut
Z 1
DF (f )(h) = cos(f (t))h(t)dt.
0
Indication : On pourra utiliser sans preuve le fait que pour tous réels a et b,
1
| sin(b) − sin(a) − cos(a)(b − a)| ≤ (b − a)2 .
2
2. En quels points de E cette différentielle est-elle nulle ?
R1 R1
Correction. Question 1. Il faut provuer que l’on a 0 sin(f (t) + h(t))dt − 0 cos(f (t))h(t)dt = o(||h||∞ ).
Or, en suivant l’indication appliquée à a = f (t) + h(t) et b = f (t) et en intégrant sur [0, 1] on a bien
Z 1 Z 1 Z 1
1 1
sin(f (t) + h(t))dt − cos(f (t))h(t)dt ≤ |h(t)|2 dt ≤ ||h||2∞ .
0 0 2 0 2
Puisque ||h||2∞ = o(||h||∞ ) le résultat est prouvé.
Question 2. La différentielle sera nulle seulement pour les fonctions f qui sont des constantes c telles
que cos(c) = 0 (donc c = π2 + kπ pur k ∈ Z. Il est clair que pour ces fonctions la différentielle est
nulle, puisque cos(f (t)) = 0 pour tout t ∈ [0, 1]. Pour montrer la réciproque, on montre d’abord que si
la différenteille s’annule alors cos(f (t)) = 0 pour tout t ∈ [0, 1]. Prenons donc une fonction f telle que
R1 R1 2
0 cos(f (t))h(t)dt = 0 pour toute fonction continue h. En prenant h = cos(f ) on trouve 0 cos (f (t))dt =
2 2 π
0. Comme cos (f (t)) ≥ 0, on déduit cos (f (t)) = 0. On a donc f (t) ∈ { 2 + kπ : k ∈ Z} pour tout
t. Cela n’implique pas en général que f est contante (elle pourrait prendre différentes valeurs dans cet
ensemble) mais comme f est une fonction continue elle doit être constante, parce que si elle prenait deux
valeurs différentes dans cet ensemble elle devrait également prendre toutes les valeurs intermédiaires, ce
qui est absurde.
Exercice 3. (6 points) Soit
f: R2 → R
(x, y) 7→ exy (xy − 1) + y(y − 4).
1. Montrer que f admet un unique point critique.
2. Ce point est-il un point d’extremum local ?
3. Est-il un point d’extremum global ? (On pourra commencer par tracer le tableau des variations
des fonctions z 7→ ez (z − 1) et y 7→ y(y − 4).)
Correction. Question 1. La fonction f est de classe C ∞ . Pour tout (x, y) ∈ R2 , on a
∂x f (x, y) = yexy (xy − 1) + yexy = xy 2 exy ,
∂y f (x, y) = xexy (xy − 1) + xexy + 2y − 4 = x2 yexy + 2y − 4.
En conséquence, le point (x, y) ∈ R2 est un point critique de f si et seulement si c’est une solution du
système (
xy 2 exy = 0,
x2 yexy + 2y − 4 = 0.
2
Soit donc (x, y) un point critique de f , c’est à dire une solution de ce système. Par la première équation,
comme l’exponentielle ne s’annule pas, on a nécessairement
xy 2 = 0,
et donc x = 0 ou y = 0. Mais si y = 0, la deuxième équation donne −4 = 0, ce qui est impossible. On
a donc x = 0, et par la deuxième équation, y = 2. Réciproquement, on vérifie que le point (0, 2) est
solution de notre système. On a bien démontré que f admet un unique point critique : le point (0, 2).
Question 2. Commençons par calculer la hessienne de f . En dérivant à nouveau les dérivées partielles
de f , on trouve que la hessienne de f en (x, y) ∈ R2 est :
2 xy
y e + xy 3 exy 2xyexy + x2 y 2 exy
Hf (x, y) = .
2xyexy + x2 y 2 exy x2 exy + x3 yexy + 2
En (x, y) = (0, 2), on obtient donc
4 0
Hf (0, 2) = .
0 2
Cette matrice est visiblement définie positive. Par un résultat du cours, (0, 2) est un point de minimum
local de f .
Question 3. Soit a : z ∈ R 7→ ez (z − 1) et b : y ∈ R 7→ y(y − 4). Ces fonctions sont de classe C ∞ , et pour
tout z ∈ R et y ∈ R,
a0 (z) = zez , b0 (y) = 2y − 4.
La dérivée de a s’annule en 0, et est négative pour les z négatifs et positive pour les z positifs. La dérivée
de b s’annule pour y = 2, et est négative pour les y ≤ 2 et positive pour les y ≥ 2. Un calcul rapide de
limites nous permet d’obtenir les tableaux de variations suivant :
z −∞ 0 +∞
0 +∞
a(z)
−1
y −∞ 2 +∞
+∞ +∞
b(y)
−4
Il apparaı̂t donc que le minimum global de a est −1 et que le minimum global de b est −4. On en déduit
que pour tout (x, y) ∈ R2 ,
f (x, y) = a(xy) + b(y) ≥ −1 + (−4) = −5.
Or f (0, 2) = −5, donc (0, 2) est un point de minimum global de f .
Exercice 4. (8 points) Soit n ∈ N∗ et g : Rn → Rn une application de classe C 1 telle que pour tout
x ∈ Rn ,
|||Dg(x)|||L(Rn ;Rn ) ≤ k,
où k ∈ [0, 1[. On définit f l’application de Rn dans Rn qui à x ∈ Rn associe f (x) := x + g(x). Le but de
cet exercice est de montrer que f est un difféomorphisme de Rn sur lui-même.
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1. Montrer que g est une application contractante.
2. Montrer que si x et x0 sont deux points de Rn tels que f (x) = f (x0 ), alors
kx0 − xk = kg(x0 ) − g(x)k.
En utilisant la première question, en déduire que f est injective.
3. Montrer que f est surjective. (Étant donné y ∈ Rn , on pourra appliquer le théorème du point fixe
à l’application x 7→ y − g(x).)
4. Pourquoi f est-elle de classe C 1 ? Exprimer sa différentielle en fonction de celle de g. En déduire
que pour tout x ∈ Rn et u ∈ Rn ,
kDf (x)(u)k ≥ (1 − k)kuk.
En déduire que Df (x) est un homéomorphisme linéaire de Rn et conclure.
Correction. Question 1. Une contraction est une application qui est Lipschitzienne de constante stric-
tement plus petite que 1. L’inégalité des accroissement finis nous dit qu’une fonction g : Rn → Rn est
Lipschitzienne de constante au plus supx |||Dg(x)|||L(Rn ;Rn ) si ce sup est fini. Ici ce sup vaut k ∈ (0, 1),
donc la constante de Lipschitz est plus petite que 1.
Question 2.. L’égalité f (x) = f (x0 ) signifie x + g(x) = x0 + g(x0 ) donc x − x0 = g(x0 ) − g(x). En prenant
les normes des deux côtés on trouve
||x − x0 || = ||g(x0 ) − g(x)|| ≤ k||x − x0 ||.
Cela implique (1 − k)||x − x0 || ≤ 0 et, comme k < 1, ||x − x0 || ≤ 0, donc ||x − x0 || = 0 et donc x = x0 .
Comme on a montré que f (x) = f (x0 ) implique x = x0 , la fonction f est injective.
Question 3. Pour la surjectivité de f on fixe y ∈ Rn et on cherche x tel que f (x) = y. Cela signifie
x = y − g(x), donc on cherche bien un point fiwe de la fonction x 7→ y − g(x). La constant de Lipschitz
de cette fonction est la même que celle de g, qui est une contraction, donc cette application est aussi
une contraction. Comme Rn est un espace complet, elle admet donc un (unique) point fixe, c’est-à-dire
une solution de f (x) = y. La fonction f est donc surjective.
Question 4. La fonction f est de classe C 1 parce que l’identité x 7→ x l’est, et g aussi, par hypothèse, et
f est donc la somme de deux fonctions C 1 . On a Df = I − Dg, où I est l’application linéaire identité,
différentielle de l’identité. On a donc
Df (x)(u) = u − Dg(x)(u),
ce qui nous donne
||Df (x)(u)|| = ||u − Dg(x)(u)|| ≥ ||u|| − ||Dg(x)(u)|| ≥ ||u|| − |||Dg(x)|||L(Rn ;Rn ) ||u|| ≥ ||u|| − k||u||,
ce qui est l’inégalité recherchée. Comme k < 1 on trouve ||Df (x)(u)|| > 0 pour tout u 6= 0, donc
l’application linéaire Df (x) est injective pour tout x. S’agissant d’une application linéaire de n dans
Rn elle est aussi surjective, continue, et d’inverse continue, et elle est donc un homéomorphisme. Le
théorème d’inversion locale garantit donc que f est localement un difféomorphisme. Comme f est aussi
injective, le théorème d’inversion globale garantit qu’elle est globalement un difféomorphisme entre son
domaine et son impage. Ici, comme elle est dfinié sur Rn et son image est Rn , elle est un difféomiorphisme
de Rn dans Rn .