TRAVAUX DIRIGÉS DE DROIT PÉNAL GÉNÉRAL
Licence en droit 2ème année, DU criminologie
Année 2023-2024
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CM : Benjamin FIORINI
TD : Dimmy ALTIMO, Alexandra POINSIGNON, Tom SEON
SÉANCE 2 :
LE PRINCIPE D’INTERPRÉTATION STRICTE
DE LA LOI PÉNALE
I – Applications rigides du principe
1) Viol – Objet introduite dans la bouche (non) : Crim. 21 fév. 2007, Bull. crim. n° 61, Dr.
pén. 2007, n° 68 ; RPDP 2007, p. 394, obs. Fournier ; RSC 2007, p. 301, obs. Mayaud
2) Atteinte sexuelle – Nécessité d’un contact sexuel (oui) : Crim. 7 sept 2016, Bull. crim. n°
234, pourvoi n° 15-83287
3) Empoisonnement – Volonté de tuer (oui) : Crim. 2 juill. 1998, Bull. crim. n° 211 ; JCP G 1998,
10132, note Rassat ; D. 1998, note Pradel
II – Applications souples du principe
4) Violence purement psychologique (oui) : Crim. 18 mars 2008, Bull. crim. n° 65, n° 07-86075
5) Pédopornographie – dessin animé (oui) : Crim. 12 sept. 2007, pourvoi n° 06-86763
6) Agression sexuelle – dévoilement de la poitrine (oui) : Crim. 19 sept. 2006, n° 06-80514
III – Exercices
- Effectuer une fiche pour chaque arrêt de la fiche ;
- Disserter sur ce sujet : « La loi pénale est-elle réellement interprétée strictement ? »
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1) Viol – Objet introduite dans la bouche (non) : Crim. 21 fév. 2007, Bull. crim. n° 61, Dr.
pén. 2007, n° 68 ; RPDP 2007, p. 394, obs. Fournier ; RSC 2007, p. 301, obs. Mayaud
CASSATION sur le pourvoi formé par le procureur général près la cour d'appel de Poitiers,
contre l'arrêt de la chambre de l'instruction de ladite cour d'appel, en date du 24 octobre
2006, qui a renvoyé Jean-Luc X... devant la cour d'assises de la Vienne sous l'accusation de
viols aggravés et délits connexes ;
[…] Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 111-4 et 222-23 du code
pénal :
Vu lesdits articles ;
Attendu que, selon le second de ces textes, pour constituer un viol, l'acte commis sur la
personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise doit consister en un acte de
pénétration sexuelle ;
Attendu que, pour renvoyer Jean-Luc X... devant la cour d'assises sous l'accusation de viols,
l'arrêt attaqué énonce que trois jeunes patientes de ce médecin généraliste ont été
contraintes, à l'occasion de consultations à son cabinet, d'introduire dans leur bouche un objet
de forme phallique recouvert d'un préservatif et de lui faire accomplir des mouvements de
va-et-vient ; que les juges ajoutent que "l'introduction sous la contrainte d'un objet dans un
organe qui n'est pas sexuel par nature est constitutif d'un viol lorsque les faits ont été commis
dans un contexte sexuel et que l'auteur a exprimé la volonté d'accomplir un acte sexuel" ;
Mais attendu qu'en prononçant ainsi, alors que, pour être constitutive d'un viol, la fellation
implique une pénétration par l'organe sexuel masculin de l'auteur et non par un objet le
représentant, la chambre de l'instruction a méconnu les textes susvisés et le principe ci-dessus
rappelé ;
D'où il suit que la cassation est encourue ;
Par ces motifs :
CASSE et ANNULE […]
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2) Atteinte sexuelle – Nécessité d’un contact sexuel (oui) : Crim. 7 sept 2016, Bull. crim. n°
234, pourvoi n° 15-83287
Statuant sur les pourvois formés par :
- Le procureur général près la cour d'appel de Nancy,
- M. Philippe X...,
contre l'arrêt de ladite cour d'appel, chambre correctionnelle, en date du 6 mai 2015, qui,
pour atteintes sexuelles aggravées, a condamné le second, à six mois d'emprisonnement avec
sursis, l'a dispensé de l'inscription de cette condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire,
et a prononcé sur les intérêts civils ;
[…] Vu les mémoires produits en demande et en défense ;
Sur le moyen unique de cassation proposé pour M. X..., pris de la violation des articles 6 et 7
de la Convention européenne des droits de l'homme, 227-25, 227-26 du code pénal, 591 et
593 du code de procédure pénale, défaut et contradictions de motifs, manque de base légale
;
" en ce que l'arrêt attaqué a déclaré M. X... coupable d'atteinte sexuelle sur un mineur de 15
ans par une personne ayant autorité sur la victime, l'a condamné à une peine
d'emprisonnement de six mois avec sursis, a constaté l'inscription de M. X... au FIJAIS et a
prononcé sur les intérêts civils ;
[…]alors qu'une atteinte sexuelle suppose un contact physique de nature sexuelle ; que la cour
d'appel s'est bornée à relever que Nina Y... reprochait à M. X... de s'être « masturbé devant
elle » et que M. X... avait reconnu devant la mère de la jeune fille « s'être ‘'touché''» devant
Nina, qu'il résulte de ces énonciations qu'aucun contact physique de nature sexuelle n'est
intervenu entre M. X... et Nina Y..., qu'en se fondant, néanmoins, sur ces éléments pour en
déduire une atteinte sexuelle, la cour d'appel a privé sa décision de base légale ;
[…]Vu les articles 227-25 et 227-26 du code pénal ;
Attendu qu'il se déduit du premier de ces textes que, pour être constitué, le délit d'atteinte
sexuelle, même aggravé par l'une des circonstances énumérées au second, suppose
l'existence d'un contact corporel entre l'auteur et la victime ;
Attendu qu'après avoir constaté la prescription de l'action publique concernant des faits
d'attouchements reprochés à M. X..., l'arrêt attaqué le déclare coupable d'atteinte sexuelle
sans violence, contrainte, menace ni surprise sur sa belle-fille, Nina Y..., mineure de quinze
ans, par personne ayant autorité, en relevant que la victime a expliqué que, presque
quotidiennement, son beau-père exhibait devant elle ses parties génitales et se masturbait ;
que les juges ajoutent que le prévenu a reconnu auprès de la mère de la mineure ces
agissements tout en leur déniant toute connotation sexuelle ;
Mais attendu qu'en statuant par des motifs qui n'établissent pas que le prévenu ait eu un
contact corporel avec Nina Y..., seul de nature à caractériser une atteinte sexuelle, la cour
d'appel, qui devait alors rechercher si les agissements qu'elle retenait étaient susceptibles
d'une autre qualification pénale, n'a pas donné de base légale à sa décision ;
Par ces motifs […] CASSE et ANNULE
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3) Empoisonnement – Volonté de tuer (oui) : Crim. 2 juill. 1998, Bull. crim. n° 211 ; JCP G
1998, 10132, note Rassat ; D. 1998, note Pradel
CASSATION sur le pourvoi formé par :
- X...,
contre l'arrêt de la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, en date du 17
décembre 1997, qui l'a renvoyé devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes pour
empoisonnement.
LA COUR,
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 301 ancien, 121-3 et 221-5
nouveaux du Code pénal, de l'article 111-3 du même Code et du principe de la légalité des
délits et des peines, de l'article 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 593 du Code de procédure pénale, défaut
de motifs, manque de base légale :
" en ce que l'arrêt attaqué a renvoyé X... devant la cour d'assises du chef d'empoisonnement
;
" aux motifs que X..., conscient d'être porteur du virus du SIDA, a, délibérément, contaminé
Y..., en lui faisant accepter des relations sexuelles non protégées et alors qu'il savait qu'elle
était saine audit virus ; qu'en l'état de la science médicale, cette maladie est incurable ; que
l'intention d'empoisonner se caractérise par le fait de vouloir transmettre des substances
mortifères en connaissance de cause ;
" alors, d'une part, que l'élément matériel du crime d'empoisonnement consiste dans
l'administration d'une substance de nature à entraîner la mort ; que la constatation qu'une
maladie est "incurable" ne signifie pas nécessairement que la maladie est inéluctablement
mortelle ;
" alors, d'autre part, que l'administration d'une substance mortelle suppose que le caractère
mortifère de la substance administrée soit certain et dépourvu de tout aléa ; que X... faisait
valoir que la substance administrée au cours de relations sexuelles n'était pas le virus du SIDA,
mais le sperme, la transmission du virus restant à l'état de risque et la contamination n'étant
pas assurée, même si elle était possible ; qu'en s'abstenant de s'expliquer sur ce point de
nature à exclure la qualification d'empoisonnement, faute d'administration d'une substance
nécessairement mortifère, la chambre d'accusation a privé sa décision de toute base légale ;
" alors, de surcroît, que l'élément intentionnel du crime d'empoisonnement suppose non
seulement l'intention d'administrer une substance mortifère, mais l'intention de tuer ;
qu'ainsi, la chambre d'accusation a, directement, méconnu les textes d'incrimination en se
contentant expressément de l'intention de transmettre des substances mortifères ;
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" alors, enfin, et en tout état de cause, que ne caractérise pas l'empoisonnement l'arrêt qui se
borne à constater qu'une personne se sachant porteur du virus du SIDA a eu des relations
sexuelles non protégées avec une personne saine, un tel comportement, quel que soit son
caractère risqué et éventuellement pervers n'étant pas de nature à caractériser le caractère
nécessaire mortifère du sperme, ni le caractère automatique du processus de contamination,
et l'arrêt ne caractérisant pas davantage la connaissance qu'aurait eue l'auteur de ce caractère
mortifère du sperme ou du caractère inéluctable de la contamination " ;
Vu les articles 301 ancien et 221-5 du Code pénal, 214 et 593 du Code de procédure pénale ;
Attendu que les chambres d'accusation ne peuvent prononcer une mise en accusation devant
la cour d'assises que si les faits dont elles sont saisies réunissent tous les éléments constitutifs
de l'infraction reprochée ; que l'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur
absence ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué que Y... aurait engagé avec X... une relation
sentimentale, puis accepté d'avoir des rapports sexuels protégés ; qu'elle se serait soumise, à
la demande de X..., à un examen sanguin ayant démontré qu'elle était indemne du virus de
l'immunodéficience humaine (VIH), mais qu'il se serait refusé à faire de même en lui certifiant
qu'il n'était pas séropositif, alors qu'il était soigné pour cette maladie depuis plusieurs années
; qu'ils auraient eu alors des rapports sexuels non protégés, à la suite desquels un nouvel
examen sanguin aurait révélé que Y... était atteinte du virus ;
Attendu que, pour renvoyer X... devant la cour d'assises sous l'accusation d'empoisonnement,
la chambre d'accusation retient que, connaissant le mode de transmission du VIH, " virus
d'une maladie mortelle ", il aurait délibérément contaminé Y... ; qu'elle énonce, d'une part,
que l'intention d'empoisonner se caractérise par le fait de vouloir transmettre des substances
mortifères en connaissance de cause, quel que soit le mode de transmission " et, d'autre part,
que " le fait d'inciter sa partenaire à ne plus se protéger, lors des rapports sexuels alors qu'il
avait connaissance qu'elle n'était pas porteuse du virus, suffit à caractériser l'intention
homicide ;
Mais attendu qu'en l'état de ces motifs, pour partie contradictoires, alors que la seule
connaissance du pouvoir mortel de la substance administrée ne suffit pas à caractériser
l'intention homicide, la chambre d'accusation n'a pas donné de base légale à sa décision ;
Par ces motifs :
CASSE ET ANNULE,
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4) Violence purement psychologique (oui) : Crim. 18 mars 2008, Bull. crim. n° 65, n° 07-86075
Statuant sur le pourvoi formé par :
- X... Willy,
contre l'arrêt de cour d'appel de RENNES, 3e chambre, en date du 17 juillet 2007, qui, pour
violences avec arme, a prononcé l'annulation de son permis de conduire ;
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 222-13 du code pénal, 591
et 593 du code de procédure pénale ;
"en ce que la cour d'appel a déclaré Willy X... coupable de violences volontaires avec arme
n'ayant pas entraîné d'incapacité de travail personnelle ;
"aux motifs qu'il est constant et établi par l'enquête et les débats, qu'après avoir doublé et
suivi la conductrice du véhicule, qui lui avait adressé un geste, Willy X..., a stoppé son
véhicule et en est descendu avec une barre de fer à la main avec laquelle il a frappé d'un
coup l'arrière du véhicule de Sonia Y..., qui était momentanément arrêté par la circulation ;
que ces faits, que le prévenu reconnaît et qui sont corroborés par les déclarations des
passagers du véhicule de Sonia Y..., constituent un acte de violence avec arme envers la
personne de Sonia Y..., qui ayant pris peur, est repartie rapidement dès que le véhicule qui la
précédait a dégagé le passage ; que c'est donc à tort que le tribunal a disqualifié les
poursuites en dégradation volontaire alors que le geste du prévenu était d'abord destiné à
intimider et à faire peur à la conductrice ;
"alors que, en l'absence de tout contact matériel avec le corps de la victime, le délit de
violences volontaires n'est constitué que si les actes ou le comportement du prévenu ont
causé à celle-ci une atteinte effective à son intégrité physique ou psychique caractérisée par
un choc émotif ou une perturbation psychologique ; qu'en se bornant à relever que le geste
du prévenu était d'abord destiné à intimider et à faire peur à la conductrice qui, ayant pris
peur, est repartie rapidement dès que le véhicule qui la précédait a dégagé le passage, pour
déclarer Willy X... coupable du délit de violences volontaires, sans constater que l'unique
coup de barre de fer porté par le prévenu sur le coffre arrière du véhicule de Sonia Y... avait
causé une atteinte effective à son intégrité physique ou psychique caractérisée par un choc
émotif ou une perturbation psychologique, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa
décision" ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure que Willy X... a été
poursuivi pour violences n'ayant entraîné aucune incapacité de travail, avec usage ou
menace d'une arme, sur la personne de Sonia Y... ; que le tribunal, requalifiant les faits, l'a
condamné pour dégradation ou détérioration grave de bien appartenant à autrui ;
Attendu que, pour infirmer le jugement de ce chef et déclarer le prévenu coupable de
violences aggravées, l'arrêt, statuant sur les appels du prévenu et du ministère public,
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retient que Willy X..., qui circulait en automobile, prétextant qu'une jeune conductrice lui
aurait fait un geste injurieux, l'a poursuivie, dépassée et contrainte à s'arrêter ; qu'il est alors
descendu de son véhicule avec une barre de fer à la main et qu'il en a frappé l'arrière du
véhicule de la victime ; que celle-ci, effrayée, est repartie dès qu'elle a pu ; que les juges
ajoutent que le geste du prévenu était destiné à intimider et à faire peur à la conductrice ;
Attendu qu'en cet état, la cour d'appel a justifié sa décision ;
Qu'en effet, le délit de violences est constitué, même sans atteinte physique de la victime,
par tout acte de nature à impressionner vivement celle-ci et à lui causer un choc émotif ;
D'où il suit que le moyen doit être écarté ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE le pourvoi ;
Statuant sur le pourvoi formé par :
5) Pédopornographie – dessin animé (oui) : Crim. 12 sept. 2007, pourvoi n° 06-86763
Vu le mémoire produit commun aux demandeurs ;
Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation des articles 6 1, 6 2, 7, 10 de la
Convention européenne des droits de l'homme, 1er de la loi du 29 juillet 1881, 111-3, 111-4
et 227-23 du code pénal, préliminaire, 591 et 593 du code de procédure pénale ;
"en ce que la cour d'appel a confirmé le jugement rendu par le tribunal de grande instance de
Cambrai du 5 juillet 2005 ayant déclaré les prévenus coupables du délit prévu à l'article 227-
23 du code pénal pour la diffusion de la vidéo cassette "Twin Angels - le retour des bêtes
célestes - Vol. 3" ;
"aux motifs qu'il "résulte des travaux préparatoires à l'entrée en vigueur de l'article 17 de la
loi n° 98-468 du 17 juin 1998, modifiant l'article 227-23 du code pénal, que le législateur
entendait bien réprimer la diffusion de représentations de mineurs à caractère
pornographique, y compris des images qui, sans être pornographiques, tendent, par leur
présentation, à inciter des personnes à commettre le délit d'atteinte sexuelle sur un mineur
sans violence ; qu'ainsi, l'objet du délit, qui, auparavant, était défini comme l'image d'un
mineur, c'est-à-dire la représentation picturale, photographique ou cinématographique d'un
enfant, est étendu à toute représentation d'un mineur ; qu'il peut donc s'agir d'images non
réelles représentant un mineur imaginaire, c'est-à-dire des dessins, ou même des images
résultant de la transformation d'une image réelle ; qu'en l'espèce, le personnage représenté
sur la vidéocassette "Twin Angels - le retour des bêtes célestes - Vol. 3" présente
incontestablement les caractéristiques d'un jeune enfant, compte tenu, notamment, de sa
petite taille par rapport aux personnages adultes qui l'entourent, l'absence de signes
morphologiques laissant supposer qu'il pourrait s'agir d'un adulte et des traits de son visage
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le faisant au surplus apparaître comme un très jeune enfant ; que les explications fournies au
cours de l'enquête et à l'audience sur le code graphique des personnages des mangas japonais
sont inopérantes en l'espèce, la cassette étant diffusée en France auprès d'un public pas
nécessairement averti du fait que le personnage concerné, le prince Onimaro, serait un SD
(super déformé) ; que la comparaison, développée dans les conclusions de la défense de
Cédric X... avec d'autres bandes dessinées mettant en scène des personnages d'apparence
juvénile, tels que des schtroumpfs utilisés dans des pastiches pornographiques de la célèbre
bande dessinée pour enfants, ne saurait davantage être retenue, ces petits personnages ne
présentant aucunement les caractéristiques morphologiques d'un jeune enfant ; que, de
même, la mention "interdit au moins de 18 ans" sur la jaquette de ce film vidéo ne suffit pas
à exonérer les auteurs de sa commercialisation et de sa diffusion de leur responsabilité pénale,
dans la mesure où le délit est constitué, dès lors que le personnage mis en scène, réel, virtuel
ou imaginaire, présente les traits d'un mineur, ou sa représentation, dans une situation
pornographique ; qu'en l'espèce, cette situation pornographique est incontestable, puisque
le personnage ayant les traits d'un jeune enfant est représenté comme ayant des relations
sexuelles avec des femmes adultes ; que l'explication fournie à l'audience par Cédric X... sur
l'histoire du personnage imaginaire représentée sur la cassette "Twin Angels vol. 3" ne
constitue pas davantage une preuve de ce que ledit personnage serait d'âge majeur, puisque,
quelle que soit l'explication fournie au volume 2 sur le rôle de ce personnage et son
apparence, la représentation qui en est faite est bien celle d'un jeune enfant et tombe, de ce
fait, sous le coup de la loi pénale".
"1/ alors que, en imposant comme élément constitutif de l'infraction prévue à l'article 227-23
du code pénal la représentation ou l'image d'une personne dont l'aspect physique est celui
d'un mineur, sauf s'il est établi que cette personne était majeure au jour de la fixation de cette
image, le législateur a subordonné ce délit à la représentation d'une personne humaine dont
la minorité est susceptible de contestation ; qu'ainsi, la cour d'appel ne pouvait étendre
l'application de ce texte à des images représentant un personnage purement imaginaire dont
l'âge est par hypothèse indéterminable ;
"2/ alors qu'en tout état de cause, l'article 227-23 du code pénal permet au prévenu, pour se
dégager de sa responsabilité pénale, d'établir que la personne représentée dont l'aspect
physique est celui d'un mineur était âgée de dix-huit ans au jour de la fixation ou de
l'enregistrement de son image ; que ce moyen de défense est nécessairement inopérant
lorsque l'image ou la représentation reprochée est celle d'un personnage purement
imaginaire dont l'âge est, par nature, indéterminable, la présomption instaurée par le texte
devenant de ce fait irréfragable ; qu'en conséquence, en condamnant les prévenus pour la
diffusion d'une image virtuelle, la cour d'appel a nécessairement méconnu tant le respect de
la présomption d'innocence que le libre exercice des droits de la défense qui supposent que
le prévenu puisse renverser la présomption de culpabilité établie par la loi ;
"3/ alors que, s'agissant d'une oeuvre de l'esprit le droit de toute personne à la liberté
d'expression ne peut faire l'objet de limitations que si elles constituent une mesure nécessaire
et proportionnée à la protection d'un intérêt supérieur ; que l'interdiction prévue et réprimée
par l'article 227-23 du code pénal tend à empêcher la mise en péril des mineurs ; que tel ne
saurait être le cas lorsque l'image incriminée, qui relève d'une publication interdite aux moins
de 18 ans, est purement virtuelle, aucun mineur n'étant ni impliqué dans la réalisation de
cette image, ni susceptible d'être touché par sa diffusion ; qu'en entrant pourtant en voie de
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condamnation quand il n'existait pas de rapport raisonnable de proportionnalité entre les
moyens employés et le but visé par le texte qu'elle prétendait appliquer, la cour d'appel a
nécessairement méconnu tant cette disposition que l'article 1er de la loi du 29 juillet 1881,
ensemble l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme" ;[…]
Attendu que, pour déclarer les prévenus coupables du délit prévu par l'article 227-23 du code
pénal, l'arrêt énonce qu'en application de la loi du 17 juin 1998, qui a étendu l'objet du délit à
toute représentation d'un mineur, les images non réelles représentant un mineur imaginaire,
telles que des dessins ou des images résultant de la transformation d'une image réelle, entrent
dans les prévisions de ce texte ;
Que les juges ajoutent qu'en l'espèce, le personnage représenté sur la vidéo-cassette "Twin
Angels - le retour des bêtes célestes - Vol. 3" présente incontestablement les caractéristiques
d'un jeune enfant, compte-tenu, notamment, de sa petite taille par rapport aux personnages
adultes qui l'entourent, de l'absence de signes morphologiques laissant supposer qu'il
pourrait s'agir d'un adulte et des traits de son visage le faisant au surplus apparaître comme
un très jeune enfant ; que ce personnage a des relations sexuelles avec des femmes adultes ;
Que les juges retiennent que Cédric X... a importé en France le film réalisé au Japon, en
assurant sa traduction et son conditionnement et en le diffusant auprès des revendeurs ; que
Christophe Y..., directeur de production de la société SEE BD, et Catherine Z..., gérante de
ladite société, ont eux-mêmes diffusé ce produit auprès des particuliers ;
Qu'ils relèvent enfin que la simple allégation de leur ignorance de la nature exacte des images
représentées sur la cassette ne suffit pas à les exonérer de leur responsabilité, compte-tenu
du caractère strictement réglementé des films et bandes dessinées à caractère érotique et
pornographique ;
Attendu qu'en l'état de tels motifs, qui caractérisent en tous leurs éléments, tant matériels
qu'intentionnel, les délits retenus, la cour d'appel a justifié sa décision sans méconnaître les
textes conventionnels invoqués ;
D'où il suit que les moyens doivent être écartés ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE les pourvois ;
6) Agression sexuelle – dévoilement de la poitrine (oui) : Crim. 19 sept. 2006, n° 06-80514
Statuant sur les pourvois formés par :
- X... Jean- Louis,
- X... Pierre,
contre l'arrêt de la cour d'appel de BESANCON, chambre correctionnelle, en date du 29
novembre 2005, qui, pour agression sexuelle, les a condamnés, chacun, à 1 000 euros
d'amende, et a prononcé sur les intérêts civils ;
[…] Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation des articles 121-1, 121-3, 222-22 et
222-27 du code pénal, 2, 3, 388, 427, 485, 512, 591 et 593 du code de procédure pénale, 6 de
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la Convention européenne des droits de l'homme, défaut de motifs, manque de base légale ;
"en ce que l'arrêt attaqué a déclaré Pierre X... et Jean-Louis X... coupables d'agression sexuelle
sur la personne de Mireille Y..., épouse Z... ;
"aux motifs qu'au mois d'avril-mai 2001, Pierre X..., salarié de la société Johnson Controls,
située à Conflans-sur-Lanterne, s'était occupé d'organiser la participation de cette entreprise
au Team Work 2001, manifestation devant avoir lieu à Gien en juin suivant ; les salariés avaient
prévu de monter un sketch avec neuf personnes dont Mireille Y..., épouse Z... ;
un samedi d'avril 2001, à l'issue d'une répétition, les organisateurs et les comédiens
décidaient de se réunir au dehors afin de réaliser une photo du groupe ; alors que la photo du
groupe avait été prise, Pierre X..., en accord avec son frère Jean-Louis, ceinturait Mireille Y...,
épouse Z..., et lui baissait son corsage et son bustier, dénudant sa poitrine ; Jean-Louis X... en
profitait pour la photographier dans cet état ; un témoin, Aurore A..., a décrit la scène, Mireille
Y..., épouse Z..., était alors choquée par ce comportement et les invectivait ; les frères X... sont
décrits comme influents dans l'entreprise, des "bringueurs" , personnes obsédées par le sexe,
faisant des avances aux ouvrières, leur parlant de manière dégradante ; les frères X... ont
admis les faits en indiquant avoir voulu plaisanter ; à la suite de cette scène, Mireille Y...,
épouse Z..., a présenté des troubles anxio- dépressifs […] ;
"alors […] que le juge répressif ne peut prononcer une peine sans avoir relevé tous les
éléments constitutifs de l'infraction qu'il réprime ; que le caractère impudique d'un acte ne
suffit pas à justifier la qualification d'agression sexuelle, dès lors que seuls des agissements en
rapport avec l'activité sexuelle sont susceptibles de caractériser une atteinte sexuelle au sens
de l'article 222-22 du code pénal ; que le seul fait, même impudique, de dénuder la poitrine
d'une femme et d'en réaliser une photographie ne saurait, par conséquent, constituer une
atteinte sexuelle ; qu'en décidant le contraire, pour déclarer les prévenus coupables
d'agression sexuelle, la cour d'appel a violé l'article 222-27 du code pénal" ;
[…] Attendu que, pour condamner Pierre et Jean-Louis X... du chef d'agression sexuelle, l'arrêt
énonce que le fait de dénuder la poitrine d'une femme sans son consentement et d'en réaliser
une photographie constitue une agression sexuelle au sens de l'article 222-27 du code pénal,
en ce qu'il s'agit d'un acte impudique sur une personne contre sa volonté et avec violence
physique ;
Attendu qu'en statuant ainsi, et dès lors que les deux prévenus ont agi de manière concertée
et en poursuivant un même dessein, la cour d'appel a fait l'exacte application des textes visés
aux moyens ;
D'où il suit que ceux-ci ne sauraient être accueillis ;
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