0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
82 vues5 pages

La Nature

Ce document traite de différentes approches scientifiques de la nature, notamment le mécanisme, le vitalisme et la nécessité de repenser la relation entre l'humain et l'environnement de manière durable.

Transféré par

Dziri Rachid
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
82 vues5 pages

La Nature

Ce document traite de différentes approches scientifiques de la nature, notamment le mécanisme, le vitalisme et la nécessité de repenser la relation entre l'humain et l'environnement de manière durable.

Transféré par

Dziri Rachid
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Chapitre 10 - La nature

2
L’approche scientifique
1. L’expérience
 La nature qu’étudie le scientifique est une nature restreinte, dont les
phénomènes ont été convoqués par le scientifique, c’est-à-dire qu’ils ne
sont plus spontanés mais provoqués dans un dispositif qui favorise leur
mesure.

 Cette nature en laboratoire est un modèle épuré de la réalité. Il s’agit déjà


d’une construction à partir de laquelle un dialogue est possible entre des
phénomènes simplifiés et une rationalité à construire : « La nature
éveille notre curiosité, nous lui posons des questions nouvelles auxquelles
la nature réplique en suggérant de nouvelles idées et ainsi de suite indéfi-
niment », déclare ainsi Bergson.

2. Construire ou découvrir les lois naturelles ?


 Notre raison scientifique construit-elle les lois de la nature ou force-t-elle
la nature à nous livrer ses lois ?

 Cournot considère que l’effort du scientifique est de percer le secret de la


nature. Dans cette conception, la nature est elle-même organisée suivant
des lois rationnelles, elle est une mathesis universalis, et l’homme pro-
duit un effort pour comprendre un ordre universel présent et totalement
accessible à la raison. Cette idée de la convergence entre l’esprit hu-
main et la structure du monde est également la thèse d’Einstein.

 Inversement, Kant considère que l’entendement prescrit ses lois à la


nature. La raison puise en elle les structures de compréhension qu’elle
espère trouver dans son objet. Michel Foucault montre également que
notre approche de la nature dépend des transformations des procédures
scientifiques et qu’elle évolue historiquement.
3. Le vivant est-il réductible à des procédures physico-chi-
miques ?
 Le corps naturel organisé possède une complexité d’organisa-
tion. Leibniz affirme pour l'illustrer : « les machines de la nature, c’est-à-
dire les corps vivants, sont encore machines dans leurs moindres parties,
jusqu’à l’infini. C’est ce qui fait la différence entre la Nature et l’Art,
c’est-à-dire entre l’art divin et le nôtre ». L’approche scientifique du vi-
vant repose donc, soit sur des conceptions différentes de la particularité
naturelle, soit sur sa négation.

 Le mécanisme :
o On a souvent rapproché le fonctionnement de l’être vivant et celui
de la machine, selon le modèle de l’automate ou de l’« animal ma-
chine ». C’est ce que l’on appelle le mécanisme. Descartes pro-
pose ainsi d’appliquer les règles de la physique aux corps naturels
organisés (celui de l’homme comme celui de l’animal). En ce sens,
étudier un être vivant, c’est interroger les rouages d'un corps,
expliquer sa chaleur, mettre en évidence son organisation et ses ac-
tions.
o On pourrait alors comprendre le corps d’un animal sur le modèle
d’un automate ou d’une machine dans la mesure où les lois de la
physique et de la mécanique suffisent à comprendre à la fois la
formation et le fonctionnement de l’organisme. Descartes utilise
ainsi au début du Traité de l’homme une comparaison entre
l’homme et une « machine de terre» dont les différents éléments
sont comparables à une horloge ou à une fontaine.

 Le vitalisme :
o Au mécanisme s’oppose le vitalisme. Pour les partisans du vita-
lisme (Aristote, Bergson) on ne peut pas réduire le vivant à des
règles ou à des lois physiques ou mécaniques, car le vivant relève
d’un autre ordre de réalité.
o Le vivant possède une spécificité telle que pour le comprendre, il
faut en quelque sorte accorder une exception au statut de la vie.
La matière vivante serait ainsi animée d’un principe vital, une
force qui l’anime.

 Le vivant semble exclure toute règle générale, car il est par essence mar-
qué d’une originalité irréductible, d’où la question du respect que l’on
doit au vivant. La bioéthique, les lois régissant la recherche expérimen-
tale sur les embryons humains (Loi n° 2013-715 du 6 août 2013) ou en-
core les comités d’éthique sont des indicateurs très nets de la façon
dont le vivant est aujourd’hui considéré comme un objet.

4
Un juste rapport à la nature
1. Nostalgie et illusion
 Devenant incapable d’identifier ce qui dépend du naturel et ce qui dépend
du culturel, l’homme contemporain peut être conduit à vivre un rapport
illusoire à la nature. La nostalgie de la nature perdue, l’idéal du naturel
retrouvé dans l’assiette ou dans le folklore rural, le fantasme de la nature
vierge s’affichent sur nos écrans ou font le succès d’un présumé « retour
à la nature ». Les sociologues Daniel Léger et Bertrand Hervieu in-
diquent que derrière ce fantasme du retour se cache une aspiration
éthique, car le naturel est identifié à ce qui est bon par essence. L’homme
moderne et désorienté cherche donc moins à fuir un monde technique
qu’à redéfinir ce que peut être une vie bonne, préoccupation centrale de
l’éthique.

 L’utopie naturelle n’est pas nouvelle, Thomas More s’en fait le porte-
parole dans la description de la maison des utopiens qui s’ouvre sur un
jardin produisant subsistance, beauté et harmonie. D’autres mythes
contemporains, Tarzan par exemple, alimentent le même espoir de (re-)
devenir naturel. Pourtant, il n’y a là qu’une impossibilité logique que pré-
cise le philosophe et sociologue contemporain Jon Elster. Pour devenir
naturel, il faut s’efforcer de le faire, produire un effort pour changer,
ce qui n’est pas compatible avec la spontanéité du naturel.

2. Un nouveau contrat
 Si le 100% naturel est introuvable et improductible, si le fantasme du re-
tour est un aveu de démission de la raison, et si l’inné et l’acquis
sont enchevêtrés, comment penser notre rapport à la nature ?

 Le XXe siècle déjà, et le XXIe siècle plus encore, prennent conscience


d’un devoir être de la culture dans l’environnement naturel. Il ne
s’agit plus de prétendre que cet environnement est une nature vierge, ni
qu’il est purement une ressource pour la technique et l’exploitation, mais
il s’agit de refonder le contrat tacite d’usage des ressources natu-
relles.

 Michel Serres considère qu’il est temps de fonder un contrat naturel qui
place l’homme en situation de symbiote et non plus de parasite. Le pa-
rasite habite son hôte en lui prélevant des ressources sans partage, jusqu’à
produire son épuisement et sa mort éventuelle. Inversement le symbiote
entre dans une relation de don et de contre-don avec son hôte. Ce mo-
dèle des échanges entre l’homme et son environnement peut produire un
usage de la nature non destructif, au bénéfice mutuel de l'humanité et de
son milieu de vie.

3. Prospecter et respecter
 Etymologiquement, le terme de respect vient du verbe latin respectare qui
signifie « regarder en arrière ». Sous un angle moral, le respect consiste
à maintenir l’intégrité morale d’un être, le considérer comme une fina-
lité et pas comme un outil ou une ressource.

 On voit bien que l’humanité n’a pas développé la culture en respectant


l’environnement, mais en déterminant les potentialités d’un lieu, d’une
ressource, de tels ou tels animaux, pour faire prospérer son environne-
ment technique. En ce sens, Heidegger regrette que la technique « arrai-
sonne » la nature, la force à livrer ce qu’elle ne veut pas fournir. Si le
moulin attend que vent offre sa puissance, la centrale hydrolique organise
les courants et le débit du fleuve pour qu’il soit sommé de livrer sa puis-
sance. On peut conclure que le moulin re-specte ce que la centrale pro-
specte.

 Cependant, constater que la culture prospecte les potentialités naturelles


ne veut pas dire qu’elle doit le faire sans égards pour l’environnement. Il
est possible de penser une exploitation non destructrice qui choisisse de
favoriser la durabilité et la qualité. L’humanité doit repenser son rapport
à la nature face au délabrement des équilibres naturels, mais doit-elle le
faire au nom d’un droit des êtres naturels ou au nom de sa propre sur-
vie et de sa propre qualité de vie ? Il relève de notre responsabilité de pré-
server l'environnement et les ressources de la planète, comme nous y in-
vite le principe de responsabilité défini par Jonas mais le pourrons-
nous sans introduire une dimension sacrée dans la nature ? Les an-
ciennes civilisation le faisaient en vénérant Gaïa, la terre mère, nourri-
cière et première. Notre modernité devra trouver un mode de modifica-
tion de la nature permettant aux générations futures de revenir sur nos
choix d’exploitation en disposant de ressources au moins égales en vo-
lume et en qualité.

 L’exigence sous-jacente à cette visée écologiste est de mettre en balance


les intérêts économiques engagés par l’exploitation des ressources et l’in-
térêt vital des hommes actuels et futurs. S’exprime ainsi la nécessité de
trouver une justice dans nos rapports avec la vie biologique. Aldo
Leopold qui peut être considéré comme l’un des pères de la conscience
environnementale américaine déclarait : « Examinez chaque question en
termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu'en
termes de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste
lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la com-
munauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l'inverse ».

Vous aimerez peut-être aussi