CHAPITRE 1.
MERS ET OCÉANS : VECTEURS ESSENTIELS DE LA MONDIALISATION, ENTRE
APPROPRIATION, PROTECTION ET LIBERTÉ DE CIRCULATION
Les mers et océans occupent plus de 70 % de la surface du globe. Aujourd'hui, dans un contexte de
mondialisation, ils acquièrent une importance croissante tant comme espaces d'échanges que pour
fournir des ressources. En effet, à partir des années 1950, avec l'explosion du commerce, les activités
liées à la mer se sont multipliées, en particulier le transport maritime. Aujourd'hui plus de 90 % des
marchandises transitent par cette voie. Les Grandes routes maritimes et les zones d'exploitation des
ressources, font apparaître des réseaux et des hubs qui relient des pôles majeurs de la mondialisation,
et inversement des territoires à la marge des échanges mondiaux. En quoi les mers et océans jouent-ils
un rôle clé dans la mondialisation ?
Etude Golfe arabo-persique p.24
Le golfe Arabo-Persique est un espace maritime riche en hydrocarbures. Ceux-ci sont massivement
exportés via une multitude de routes maritimes et terrestres qui témoignent de la réalisation
d’aménagements conséquents dans la région, afin que celle-ci soit au cœur de la mondialisation et du
commerce mondial. Une partie de la consommation mondiale en pétrole dépend de cette région, qui est
également un point stratégique du commerce mondial. Ces enjeux favorisent l’essor des rivalités dans
une région déjà instable à l’échelle régionale et longtemps convoitée par les pays riches occidentaux.
L’ingérence américaine fragilise le golfe Arabo-Persique dont la gouvernance serait simplifiée si elle
n’était assurée que par les États qui bordent l’espace maritime.
Etude Mer de Chine p.30
En mer de Chine méridionale, la Chine revendique tout l’espace maritime en vertu de prétendus « droits
historiques ». Ses prétentions sont en conflit avec celles des pays d’Asie du SudEst. Soit sur la
délimitation des zones économiques exclusives (ZEE), soit autour d’îles et de récifs occupés par les uns
ou les autres et composant les deux grands archipels qui s’y trouvent : les Paracels à l’Ouest (îles de
l’Ouest pour les Chinois) et les Spratleys au Sud (îles du Sud pour le Chinois). Le premier (les Paracels) est
occupé dans son intégralité par les Chinois mais revendiqué par le Vietnam. Le second archipel (les
Spratleys) est devenu un enjeu géopolitique majeur, car les Chinois n’occupent jusqu’à présent qu’une
fraction des innombrables récifs et îlots qui le constituent – les plus grandes îles étant tenues par les
Philippines, Taïwan et le Vietnam.
A connaitre Carte p.44 (passages stratégiques + routes commerciales)
A. Mers et océans : espaces moteurs de la mondialisation
1. Une exploitation industrielle et mondialisée des ressources maritimes
Les ressources énergétiques sont nombreuses :
Les hydrocarbures offshore (liquides et gazeux)
• L'exploitation des gisements marins de pétrole et de gaz Offshore répond à une triple logique :
- La maitrise de technologies permettant de pratiquer des forages en mer.
- Les conséquences de la guerre du Kippour (1973) avec le quadruplement du prix du brut et la
révolution iranienne de 1979 (35 $ le baril) expliquent la mise en exploitation des gisements océaniques
jusqu’alors non rentables, ex : en mer du Nord et en Alaska.
- A partir de 1974, les États-Unis n’étant plus autosuffisants en pétrole et en gaz, et augmentent les
recherches offshores.
• Le transport du pétrole se fait par pipelines et/ou par tankers. Le gaz par des navires gaziers qui
transportent le gaz, sous la forme de gaz propane liquéfié (GPL), ou de gaz naturel liquéfié (GNL)
Des ressources énergétiques renouvelables
• L’éolien marin.
• la houle ou les différentiels de température entre eaux de surfaces et eaux profondes.
Ressources minérales
• métaux, terres rares, nodules polymétalliques (encore largement inexploitées du fait de conditions
naturelles extrêmement difficiles).
Des ressources halieutiques et biochimiques
• Les océans constituent la plus grande réserve et la plus grande masse biologique mondiale.
Les ressources halieutiques nourrissent un milliard d’hommes dans le monde et fournissent du travail à
des dizaines de millions d’actifs.
La surpêche met en danger le renouvellement de la ressource halieutique, on a de plus en plus recours à
l'aquaculture (élevage de crustacées, des poissons, de coquillages, d’algues).
Des ressources paysagères et culturelles
Le tourisme balnéaire (mer des Caraïbes ex République dominicaine, Cuba..., mer Méditerranée ex
France, Espagne, Italie... et dans l’Océan Indien ex Seychelles, Maldives, Thaïlande... en Océanie ex
Australie, Nouvelle-Zélande...)
• Le tourisme de croisière connaît une croissance forte (La mer des Caraïbes, mer Méditerranée et
nouvellement en mer du Nord et dans la mer de Chine.
2. Des flux maritimes de marchandises considérables
• La mondialisation permet l'intensification des échanges à travers le monde et l'accélération des flux. La
maritimisation de l’économie s'accélère depuis les années 1970.
• Les mers et les océans offrent de nombreux avantages pour le transport des marchandises : liberté de
circulation entre les différentes parties du globe, faiblesse des coûts, fiabilité et régularité du transport
maritime.
• La maritimisation de l’économie s’est accompagnée d’une révolution du transport maritime : les mers
et océans sont parcourus par des navires toujours plus gros, plus rapides et plus spécialisés. Les porte-
conteneurs sont devenus le symbole de cette révolution.
•Les routes Est-Ouest, Asie orientale-Europe, transpacifique et transatlantique, supportent les volumes
les plus importants car elles relient les trois pôles principaux de l’économie mondiale qui concentrent
85% du commerce mondial.
•À l’échelle mondiale, trois grandes routes maritimes relient l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie
pacifique en traversant les trois plus grands océans : Océan Pacifique (le plus fréquenté au monde),
Océan Atlantique et Océan Indien.
+ détroits et façades maritimes p.42 paragraphe B + C
3. Les mers et océans, supports de flux d’informations, touristiques et migratoires
• A partir du XIXe siècle, la modernisation des communications a recours aux mers et aux océans pour
faire passer des réseaux de câbles sous-marins.
• Près de 90% des flux immatériels circulent sur 380 câbles en fibre optique posés au fond des mers et
des océans. Ces câbles relient les pays les plus développés, appelés la « Triade élargie » (Amérique du
Nord, Europe, Asie pacifique) aux pays émergents. Ils relient entre eux les data centers stockant les
données des grands sites, comme les GAFAM.
• Les capitaux circulent sous la forme de virements bancaires effectués sur Internet. Ils circulent donc
virtuellement sous les océans entre les trois pôles majeurs de la mondialisation (Amérique du Nord,
Europe et Asie Pacifique).
• Les espaces maritimes sont difficiles à surveiller. C'est pourquoi ils favorisent également la
mondialisation des activités illégales comme la création de paradis fiscaux (Caraïbes, Océanie).
• Les flux humains circulent aussi sur les mers, comme les flux migratoires. Les flux illégaux (clandestins,
drogues...) sont aussi favorisés.
• Des flux touristiques circulent aussi sur les mers et les océans, comme les croisières.