Chapitre2 : Perturbations qui peuvent affectés un sol
1. Perturbations vs stress : définitions
Dans le domaine de la pédologie et de l'écologie, la régression et la dégradation sont des processus
d'évolution associés à une perte d'équilibre d'un sol antérieurement stable. Ce type d'érosion des
sols commence généralement avec la destruction du couvert végétal,
Peut être ainsi considéré comme perturbation tout événement bref et brutal ayant une magnitude
minimale de mortalité (relativement à la dimension de l’écosystème!! = biomasse disponible)
On distingue souvent la régression et la dégradation des sols, qui peuvent se combiner.
La régression d'un sol est essentiellement due à l'érosion. Elle correspond à un phénomène de
rajeunissement d'un sol (retour vers l'état opposé au stade climacique).
La dégradation d'un sol résulte souvent d'une combinaison de facteurs, incluant éventuellement la
régression, qui conduisent le sol vers une évolution différente de l'évolution naturelle liée au climat et
à la végétation locale. Elle est généralement directement liée à l'action de l'homme via par exemple :
le remplacement de la végétation primitive diversifiée (dite climacique) par une végétation
secondaire (monoculture dans le pire des cas), qui modifie l'humus et la formation du sol ;
une diminution des taux de matière organique induite par une surexploitation du sol (non retour,
ou retour insuffisant de la matière exportée), son lessivage ;
la destruction de l'humus et des complexes argilo-humiques insolubles par le labour qui enfouit et
détruit les couches supérieures vivantes du sol, ou par un travail excessif (trop intensif ou trop
fréquent) du sol ;
l'acidification, la salinisation et éventuellement la désertification qui peuvent être induits ou
exacerbés par les changements climatiques, mais aussi par l'irrigation et le drainage ;
l'érosion (hydrique et/ou éolienne) ;
pollution par des métaux lourds ou des substances biocides (pesticides ou autres polluants) qui
tueraient les organismes essentiels pour entretenir la cohésion et capillarité du sol
(champignons, vers de terre, etc.) ;
la compaction (tassement du sol) et leur asphyxie.
Mesure : Le tassement peut être évalué par des mesures physiques (dont densité et résistivité
électrique du sol), mais il faudrait idéalement pouvoir comparer chaque paramètre à un sol
identique non tassé ou non dégradé, ce qui n'est pas toujours possible.
Types de perturbations
Perturbation diffuse = changement très localisé (patchs) mais distribué sur des larges surfaces
Perturbation ponctuelle = changement agrégé en patch plus large (mortalité individuelle)
A petite échelle, les perturbations diffuses sont composées de perturbations ponctuelles.
A macro-échelle, les perturbations ponctuelles peuvent devenir des perturbations diffuses
Perturbation de classe I : perturbation de magnitude relativement faible, spatialement restreinte (patch)
et favorisant la régénération (chablis)
Perturbation de classe II : perturbation de forte magnitude, affectant des surfaces importantes et
déclenchant les successions secondaires
Perturbations endogènes : internes au système mais reposent fréquemment sur un déclencheur externe
(chablis d’un arbre mort)
Perturbations exogènes : externes au système mais fréquemment sensibles aux conditions internes
(chablis engendré par un ouragan)
Perturbations directes : mortalité, libération de ressources
Perturbations indirectes : ne tue pas les individus mais altère les ressources pouvant engendrer
indirectement une perte de biomasse
Perturbations biotiques : organismes endémique ou épidémique
Perturbations abiotiques : par le climat
Les processus qui affectent les fonctions écosystémiques sans une influence abrupte et directe sur la
structure de l’écosystème sont des stress.
2. Érosion hydrique
L'érosion hydrique provoquée par des chutes de pluie très intenses a lieu sur des terrains en pente non
protégés contre les phénomènes climatiques. On distingue deux processus d'érosion hydrique:
1. La destruction ou désintégration d'agrégats assez importants qui reforment de plus petites particules,
souvent accompagnée de la décomposition des particules suivant leur taille.
2. Les petites particules peuvent être arrachées ou déplacées par l'eau qui coule ou ruisselle sur la
surface.
L'impact des gouttes ou de l'eau qui ruisselle lorsque la vitesse d'écoulement dépasse un certain
minimum, détache les particules de sol de la surface. La taille et l'impact des gouttes sont des facteurs
importants dans ce processus de destruction et d'arrachement (éclaboussement). L'énergie cinétique
des gouttes qui tombent est généralement utilisée comme paramètre pour déterminer le pouvoir érosif
des pluies. Cette énergie cinétique peut être très élevée dans les régions humides ou semi-arides. En
Afrique, par exemple, elle peut être deux à six fois plus importante que dans les zones tempérées. Les
particules de sol très fines qui sont détachées de la surface par l'impact des gouttes peuvent obstruer
les pores de la couche supérieure du sol et réduire considérablement le taux d'infiltration (battance).
Cette obstruction augmente les risques d'érosion et de ruissellement en surface. Les sols limoneux sont
particulièrement touchés par ce phénomène.
Même des pentes légères (1-2%) ou des dépressions peuvent provoquer des ruissellements en surface
dont le débit est très rapide et causer des dégâts par érosion. En général, on distingue trois types
d'érosion hydrique:
1. L'érosion par lame: une couche du sol est déplacée uniformément de la superficie totale. Ce type
d'érosion n'est pas visible immédiatement mais cause néanmoins des dégâts considérables.
2. L'érosion en rigoles: l'écoulement d'eau commence très vite à se concentrer dans les petites
dépressions (par exemple, traces de pneus) et entraîne les particules de sol au fond des rigoles, parfois
même au fond de la couche labourée. Les rigoles peuvent normalement être récupérées par le
nivellement mais les dégâts sont considérables. Si l'érosion en rigoles se répète trop souvent, la couche
supérieure d'un champ peut être déplacée en quelques années ou saisons.
3. L'érosion par ravinement: ce type d'érosion est une forme extrême d'érosion en rigoles. Des
concentrations d'eau importantes prennent des chemins préférentiels d'écoulement impraticables pour
les équipements agricoles, entraînant la formation de ravines irrécupérables par le labour. Au pire, les
ravines peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur, rendant la terre inutilisable.
Les dégâts provoqués par l'érosion:
- Diminution de la fertilité du sol à cause du déplacement de la couche superficielle qui contient les
éléments nutritifs, la matière organique, et des microorganismes du sol.
- Déplacement des graines, jeunes pousses ou plantes ou recouvrement des jeunes plants causant des
plaques dénudées et une réduction des rendements.
- Des coûts de production plus élevés s'il est nécessaire de ressemer (comme souvent dans les régions
à haut risque d'érosion). Des coûts supplémentaires doivent être ajoutés pour le labour, les engrais
(substances favorisant l'émergence), les graines et l'opération de ressemage.
- Des dépôts de sédiments dans les vallées, les cours d'eau et les réservoirs.
Les mesures à prendre pour réduire ou éviter l'érosion hydrique consistent à:
Réduire l'impact des gouttes sur la surface du sol
Empêcher la décomposition et la destruction des agrégats
Augmenter le taux d'infiltration de l'eau dans le sol
Réduire la vitesse d'écoulement de l'eau ruisselant sur la surface.
3. Érosion éolienne
Dans le cas de l'érosion éolienne, le vent est une force qui agit sur la surface du sol. L'effet du vent sur
la surface dépend des caractéristiques et de l'état du sol dans la couche superficielle. Généralement,
l'érosion éolienne se passe dans des conditions de vents qui soufflent sur une surface de sol sèche
composée de structure sableuse ou sablo-limoneuse. Les zones tropicales semi-arides y sont
particulièrement sensibles. Pendant la saison sèche, l'effet de surpâturage induit la disparition d'une
grande proportion de la couverture végétale, laissant des surfaces importantes non protégées et dont la
structure se détériore. Comme c'est le cas pour l'érosion hydrique, la couche la plus riche en éléments
nutritifs est érodée, ce qui provoque une diminution de la fertilité du sol. Au Sahel, durant
l'établissement des cultures, des vents violents accompagnant les orages et précédant la pluie
provoquent des flux de sable importants sur sol sec. Au cours de ce phénomène, les jeunes plantes sont
attaquées ou recouvertes par les particules de sable, ce qui entraîne des pertes importantes pour les
cultures.
L'équation utilisée dans le cadre de l'érosion éolienne est la suivante:
E = f (I, K, C, L, V)
avec E perte potentielle du sol en fonction des plus importants facteurs qui contribuent à l'érosion:
I: érodabilité du sol
K: rugosité de la surface du sol par billons
C: facteur climatique
L: distance couverte par le vent sur le champ dénudé
V: couverture végétale équivalente
Durant le processus d'érosion éolienne, trois modes de transport des particules peuvent être identifiés:
le déplacement
par roulement à la surface du sol (particules de 1 à 2 mm de diamètre),
par saltation (de 0,1 à 1 mm) ou
en suspension dans l'atmosphère (inférieures à 0,1 mm).
La plupart du matériel érodé est transporté entre 0 et 0,3 m au-dessus de la surface du sol par saltation.
Les dégâts provoqués par l'érosion surviennent principalement lors de la saltation à cause de l'abrasion
et du recouvrement des jeunes plantes. La saltation peut être mesurée en utilisant les capteurs BSNE
développés à Big Spring, Texas. Ces capteurs récoltent les particules de sable déplacées par les
tempêtes et intègrent le flux de particules dans le temps. Comme la vitesse du vent diminue de façon
logarithmique en fonction de la hauteur, zéro m/s près de la surface du sol, le flux de particules
diminue également fortement, de manière non linéaire, en fonction de la hauteur au-dessus du sol. Une
batterie de capteurs BSNE disposée verticalement permet d'intégrer le flux et donc la masse totale de
particules déplacée. Les mesures de protection contre l'érosion éolienne font appel à des dispositifs qui
réduisent la vitesse du vent à la surface du sol.
Parmi ces mesures, on peut citer le billonnage, qui augmente la rugosité de la surface du sol, K,
l'utilisation des résidus de culture (paramètre V), la culture alternée et l'implantation de brise vents
(paramètre L), ou encore le labour, qui améliore la structure de certains sols en formant des agrégats
(I). L'érodabilité du sol est également réduite en cas d'encroûtement.
Toutefois, parmi les facteurs susceptibles d'influencer l'érosion éolienne, les facteurs K et V sont
probablement les plus faciles à manipuler par les agriculteurs de la région. Par exemple, le billonnage
des sols (le facteur K) sensibles à l'érosion peut réduire les pertes de sol de 85% (Fryrear, 1984). Le
billonnage sera d'autant plus efficace si les billons sont orientés perpendiculairement à la direction du
vent érosif dominant. Les billons et les mottes se décomposent après un certain temps,
particulièrement sur sols sableux pauvres en argile et en limon. Si on a peu ou pas du tout de résidus,
comme c'est souvent le cas au Sahel, un billonnage répété devient la dernière mesure de protection
possible au cours de périodes de vents violents, sous conditions sèches. Ce type de travail du sol est
connu comme "le travail du sol d'urgence" (Fryrear et Skidmore, 1985).
Le facteur V est influencé par la présence de résidus de culture sur le sol. Les quantités de résidus
nécessaires pour assurer un certain degré de protection contre l'érosion dépendent du type de culture.
De plus, les résidus sur pied sont plus efficaces que les résidus étendus sur la surface du sol. En
recouvrant 20% de la surface du sol avec des résidus de culture (l'équivalent de 600 kg/ha de tiges de
maïs), les pertes de sol peuvent être réduites de 57% (Fryrear, 1985).