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Codesociaux

Ce document décrit les activités de la Mission de diversification des publics de la Bibliothèque nationale de France (BNF) qui vise à faire découvrir aux publics les plus variés les collections et expositions de la bibliothèque, notamment aux personnes en situation d'isolement social. Il présente également l'association ADAGE et son partenariat avec la BNF pour accompagner des femmes en difficulté sociale.

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Thèmes abordés

  • éducation au choix,
  • engagement communautaire,
  • réseaux de solidarité,
  • développement personnel,
  • bénévolat,
  • représentations culturelles,
  • réseaux sociaux,
  • égalité des genres,
  • partenariats associatifs,
  • codes sociaux
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Codesociaux

Ce document décrit les activités de la Mission de diversification des publics de la Bibliothèque nationale de France (BNF) qui vise à faire découvrir aux publics les plus variés les collections et expositions de la bibliothèque, notamment aux personnes en situation d'isolement social. Il présente également l'association ADAGE et son partenariat avec la BNF pour accompagner des femmes en difficulté sociale.

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  • éducation au choix,
  • engagement communautaire,
  • réseaux de solidarité,
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  • réseaux sociaux,
  • égalité des genres,
  • partenariats associatifs,
  • codes sociaux

CODES SOCIAUX,

Liens et frontières
Sylvie Dreyfus-Alphandéry
Manon Bord-Cebron

Un livret proposé par la BNF dans le cadre du projet


« Sortir de l’isolement social par la culture »
soutenu par le Fonds européen d’intégration,
en partenariat avec l’association ADAGE

1
La Mission s’adresse à des personnes comme les
décrocheurs, ce public composé de

de diversification jeunes qui n’ont pas trouvé leur place


à l’école, les personnes non-qualifiées

des publics de la BNF en recherche d’emploi, celles qui sont


en situation d’illettrisme, les usagers des
centres sociaux, les personnes âgées iso-
La Bibliothèque nationale de France lées, les étrangers fragilisés socialement,
(BNF) développe depuis plusieurs an- en apprentissage du français, etc.
nées des projets visant à faire découvrir
aux publics les plus variés les collections C’est dans ce cadre, qu’en partenariat
et les expositions de la bibliothèque. Le avec l’association ADAGE, la BNF a pré-
projet « Sortir de l’isolement social par senté au Fonds européen d’intégration
la culture » a été porté par la Mission (FEI) le projet « Sortir de l’isolement so-
de diversification des publics de la BNF. cial par la culture ». Ce fonds est géré, en
Cette mission s’attache à écouter la France, par les équipes de la Direction
demande de publics qui spontanément, de l’accueil et de l’accompagnement des
n’auraient pas l’idée de fréquenter la étrangers et de la nationalité (DAAEN).
BNF et ses collections.
La Mission de diversification des publics
Dans ce cadre, sont menées de nom- partage avec bon nombre d’associations
breuses actions vers les publics en dif- les mêmes valeurs, quant à l’accueil des
ficultés sociales, qui ne s’autorisent pas publics fragilisés, souvent venus d’ail-
à fréquenter les lieux de culture, pour leurs : le respect des personnes, le désir
les accompagner dans la découverte des de leur faire comprendre les codes qui
collections de la Bibliothèque, en organi- régissent la société française en respec-
sant des ateliers d’histoire, des présen- tant leurs propres valeurs, l’importance
tations thématiques de collections, des de l’accès à la culture comme facteur
projections audiovisuelles à la demande, d’émancipation et de confiance en soi.
des rencontres avec les métiers de S’il est une question d’ordre culturel, c’est
la bibliothèque… Ainsi la Mission de bien la question des représentations du
diversification des publics de la Bnf est monde différentes, qu’expriment ces pu-
en contact avec un réseau de plus de blics. Comment y répondre, en respec-
900 structures sociales, professionnelles tant leurs postures, leurs modes d’être,
et associatives avec qui elle correspond tout en transmettant aux personnes, les
régulièrement grâce à son blog (BNF codes de la société française, qui eux-
pour tous : http://blog.bnf.fr/diversifica- mêmes sont multiples et complexes ?
tion_publics/?page_id=581).
Ces questions traversent la pratique de
Ouvrir ainsi les portes de la Bibliothèque nombre d’associations ou services so-
et construire avec tous, quels que soient ciaux, confrontés à des publics qui arri-
l’origine, l’âge ou le milieu social, un vent en France et vivent avec d’autres
monde partagé grâce à la culture et à grilles d’interprétation du monde. Ces
la connaissance, est le fil qui guide les structures, qu’elles soient composées de
actions de la Mission de diversification professionnels de l’action sociale ou de
des publics de la BNF. bénévoles, interviennent, entre autres,
ISBN : 978-2-9532000-4-1 La Mission de diversification des publics dans le domaine de la lutte contre l’anal-
© ADAGE/BNF, 2014
3
phabétisme, le soutien scolaire, l’ensei-
gnement du français aux étrangers, le
leurs et dont le projet est de trouver
leur place dans la société française. L’association ADAGE L’accès à l’emploi et surtout son maintien
se sont complexifiés depuis quelques
domaine de l’insertion professionnelle. années : il ne suffit plus de réussir un
Les collections patrimoniales de la BNF, ADAGE (Association d’Accompagne- entretien d’embauche et savoir effectuer
Depuis deux ans, la BNF accueille régu- témoignant de la richesse passée et pré- ment Global contre l’Exclusion) est une correctement les tâches demandées, il
lièrement des femmes accompagnées sente des cultures du monde, accom- association dont l’objet est l’accompa- faut aussi développer des compétences
par l’association ADAGE, les convie à pagnent ces réflexions et invitent à réflé- gnement des femmes en grande difficul- sociales fortes pour être intégrée et
découvrir la Bibliothèque, ses métiers, chir à l’importance des représentations té sociale vers l’insertion sociale et pro- maintenue dans une équipe. Dans ce
ses collections. et sur la force des images qui parlent fessionnelle par une démarche globale. contexte, nous avons développé des
Les formateurs d’ADAGE, comme particulièrement à des publics qui ne Située dans un quartier politique de la actions de communication verbale et
l’ensemble des médiateurs et de bon maîtrisent pas forcément parfaitement la ville du 18 e arrondissement, l’associa- non-verbale — qui comportent notam-
nombre de travailleurs sociaux, ap- langue française. L’intégral des entretiens tion décline cette mission en proposant ment des revues de presse pour savoir
prochent cette question de transmis- menés avec les chercheurs interrogés différents types d’actions collectives ou comment parler de n’importe quel sujet
sion des codes en permanence avec sera consultable prochainement sur le individuelles. ADAGE travaille avec les dans le monde du travail — des ate-
leurs publics. Ils ont exprimé le besoin blog « BNF pour tous ». femmes autour du projet professionnel liers d’écriture, et aussi des ateliers de
de passer d’une connaissance empirique avec une méthode pédagogique cana- connaissance de l’environnement socio-
de cette question, née de leur expé- Nous espérons que ce livret invitera dienne (l’ADVP) qui pose le postulat professionnel qui comprennent des sor-
rience de terrain à une compréhension les formateurs et les médiateurs, qu’ils que seules les personnes peuvent déci- ties culturelles, cinéma, musées, biblio-
théorique plus approfondie de la ques- soient professionnels ou bénévoles, à der de ce qui est bon pour elles. L’Acti- thèques… Et des moments conviviaux
tion des codes sociaux abordée par la oser s’aventurer dans la pensée des vation du Développement Vocationnel dans des cafés après ces sorties.
sociologie et les sciences humaines, afin chercheurs que nous remercions beau- et Personnel dite aussi « Éducation au
de saisir la façon dont se nouent les coup d’avoir accepté de se lancer avec choix », peut être appliquée avec tout Notre positionnement est d’expliquer
confrontations entre valeurs, systèmes nous dans cette aventure intellectuelle type de public maîtrisant l’écriture (au aux femmes que leurs futurs collègues
de pensée et représentations du monde. quelque peu risquée : tenter de faire moins dans leur langue maternelle). auront probablement des échanges
C’est ainsi qu’est né le projet de réaliser que se rencontrent des pratiques et des autour d’un film, d’un musée… qu’elles
un livret qui interrogerait ce que sont les approches théoriques autour d’une des À ADAGE, nous travaillons avec cette peuvent se voir proposer d’aller au ci-
codes sociaux et s’efforcerait de propo- questions qui, sans doute, fait le plus sens même méthode dans le cadre de nos néma ou dans un café… Et que si elles
ser des pistes de réflexion, à partir de aujourd’hui : comment vivre ensemble, actions collectives ou individuelles autant n’y sont jamais allées, il sera compliqué
la façon dont les sciences humaines ont comment « faire société » ? pour des femmes en précarité que pour d’échanger, d’accepter, de se sentir inté-
abordé cette question, question qui sous- des salariés en bilan de compétence ou grée dans l’équipe.
tend également celle de la place de l’autre. pour des jeunes étudiants.
Dans ce cadre, nous avons engagé en
Pour ce faire, la BNF, forte de la richesse Deux axes de travail sont développés : la 2012 un partenariat extrêmement riche
de ses collections, de ses relations pri- connaissance de soi en termes de valeurs avec la BNF : au-delà de l’accès de nos
vilégiées avec les chercheurs, a mené et centres d’intérêt et la connaissance de publics à ce lieu (ces lieux puisque nous
des entretiens avec des sociologues, l’environnement ; cette dernière permet sommes accueillies aussi bien sur le site
des anthropologues, des psychologues d’élargir les choix professionnels et de « Richelieu » que sur celui du 13 e arron-
cliniciens, des ethno-psychiatres, des his- comprendre les impacts des modes dissement), nous avons noué un travail
toriennes, des spécialistes de la média- d’organisation des entreprises sur notre de réflexion extrêmement motivant
tion interculturelle. Ce livret modeste vie personnelle. La synthèse de ces deux pour l’équipe pédagogique sur la ques-
esquisse des pistes de réflexion et pro- axes et une méthodologie de prise de tion des codes sociaux, de leurs impacts
pose également, grâce aux rencontres décisions amènent les personnes à ef- dans le cadre de l’insertion socioprofes-
et échanges avec des professionnels de fectuer un choix par elles-mêmes.Toutes sionnelle.
la formation et de la médiation, un cer- nos actions permettent aux femmes d’ef-
tain nombre d’outils qui permettent de fectuer des stages pratiques en entre- Nous avons centré ce partenariat au-
s’adresser aux publics en formation ou prise afin de valider leur projet ou déve- tour d’une de nos actions linguistiques
en apprentissage qui sont venus d’ail- lopper une expérience professionnelle. à visée professionnelle « un pas vers

4 5
l’emploi » : le groupe de femmes a été par la culture », de nombreux ateliers
accueilli une première fois par une visite- et visites ont permis à deux nouveaux
découverte de la BNF. Elles sont reve-
nues pour l’exposition « L’âge d’or des
cartes marines ». La rencontre suivante
groupes de femmes en formation de
découvrir la BNF.
Par ailleurs ce financement a permis que
Introduction
fut consacrée à des « enquêtes mé- se développe la formidable aventure de
tiers » : conservateur de bibliothèque, cette année : proposer à un des groupes
bien sûr mais aussi infirmière, manuten- d’écrire le scénario d’un film de fiction
tionnaire. Elles ont rencontré les sala- qu’elles ont joué, tourné et réalisé. « Je ne veux pas que ma maison
riés de la BNF qui ont répondu à leurs
questions. Le groupe a déjeuné deux fois Ce projet leur a permis d’améliorer soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées
aux restaurants d’entreprise réservés au leurs compétences linguistiques, de mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les
personnel de la BNF et a pu ainsi obser- prendre confiance en elles et d’expéri-
ver ce qu’est un restaurant d’entreprise, menter le fait qu’elles pouvaient réaliser cultures de tous les pays. »
s’imaginer être salariée d’une entreprise des actions qu’elles n’avaient même pas
qui dispose d’un tel lieu ou y travailler… imaginées. Il n’a jamais été question de
leur apprendre à faire un film mais le fait Gandhi
Enfin, un atelier a été conçu pour elles d’avoir occupé des postes techniques,
autour de l’histoire de l’écriture et leur artistiques a permis d’ouvrir le champ
a permis de contempler des manuscrits des possibles, de s’autoriser à penser
anciens avec les premières traces d’écri- d’autres projets.
tures : la professionnelle qui animait cet Ce film a été projeté au cinéma le
L’objectif de ce livret est de proposer aux formateurs, médiateurs, en
atelier avait réuni des manuscrits en te- Louxor en présence des femmes, de contact avec les populations qui viennent d’ailleurs, un outil de réflexion
nant compte des origines géographiques leurs invités, d’autres groupes, de nos et de mutualisation de pratiques, qui permettent d’accueillir dignement en
des personnes du groupe, l’émotion financeurs et a fait l’objet d’un DVD. France les personnes étrangères ou immigrées possédant des codes et des
n’en fut que plus grande ! cadres de référence différents des nôtres.
Par ailleurs, dans le cadre de ce par-
Au-delà de toute la richesse et la diver- tenariat, est né le projet de la BNF et

sité des thématiques abordées, (accès à d’ADAGE de concevoir un livret qui Depuis les débuts de l’humanité, hommes et femmes, en vivant en société
la culture, élargissement des choix pro- expliquerait en quoi la connaissance ont inventé une multitude de codes qui témoignent de leur mode de vivre
fessionnels, travail sur les codes sociaux, des codes sociaux est importante pour ensemble, de leurs questions sur le monde, des règles qu’ils se donnent
notamment pendant les repas…), les accéder à une mobilité sociale et ou à pour vivre en paix en adoptant des normes communes.
femmes ont particulièrement témoigné l’emploi. Un choix de textes écrits par
de la valorisation qu’elles ont ressenti. les femmes accueillies en insertion et
L’une d’elles a peut-être le mieux résu- produits dans le cadre d’ateliers d’écri- Aujourd’hui la mondialisation des échanges, la circulation accélérée des hu-
mé ce qu’elles voulaient dire : « la BNF, ture mis en place par ADAGE accom- mains à travers le monde, invitent à réfléchir à la façon dont se confrontent
c’est pour les chercheurs ou les gens pagne les réflexions et les outils qui sont les codes de sociétés aux traditions et aux modes de vie très différents,
importants et nous avons été reçues évoqués dans ce livre. à inventer des outils qui permettent de mieux accueillir ces personnes
comme si nous étions importantes ».
Mieux encore, une des femmes a pu dire
d’horizons sociaux et culturels divers.
son envie de travailler dans un musée, un
espace culturel en tant que surveillante Nous espérons que ce livret, et les quelques réflexions et outils qu’il pro-
et a été embauchée, suite à un stage pose, permettra une ouverture à la culture de l’autre, donnant toute sa
pratique au musée Guimet. place à l’échange interculturel, à la reconnaissance mutuelle des histoires
Grâce à la BNF qui a initié avec le soutien
individuelles et collectives de tous ceux qui viennent d’ailleurs et désirent
du FEI le projet « Sortir de l’isolement construire leur vie en France, de tous ceux qui ne se sentent pas légitimes

6 7
car ils sont fragilisés socialement, de tous ceux qui peinent à construire
un parcours de vie qui leur donne confiance en eux-mêmes et en l’avenir.

La BNF, en proposant ce livret, invite médiateurs et formateurs à utiliser


largement ses collections, sur ses différents sites ou en ligne, ainsi que ses
services de médiation culturelle.

Pour les formateurs, les médiateurs et tous ceux que la transmission in-
téresse, venir à la BNF, s’approprier ses collections, participer avec les
publics qu’ils accompagnent, à des ateliers de médiation qui mettent en
perspective le savoir avec les questions que pose le présent, permet d’invi-
ter ces publics fragilisés socialement, nouveaux venus dans notre pays
à construire une relation active à la culture en se donnant l’autorisation
d’être eux-mêmes acteurs de culture.

En leur renvoyant une image positive de leurs pays ou de leur continent,


en leur faisant découvrir la culture française et européenne, à travers ses
collections, qu’elles soient écrites, orales, iconographiques, musicales, audio-
visuelles, la BNF contribue ainsi à construire une culture partagée, acces-
sible à tous quels que soient leur origine, âge, condition sociale…

Cet ouvrage est conçu en trois parties. Nous espérons qu’il contribuera à
nourrir de concert, une réflexion et des modes de relation entre médiateurs
et publics qui favorisent la rencontre, la découverte et l’attention à l’autre.

Dans la première partie, nous nous efforcerons d’approcher et de faire


comprendre ce que sont les codes sociaux et en quoi ils s’inscrivent dans
la trajectoire individuelle de toute personne qui vit en société.
Le premier chapitre explique en quoi les codes sociaux régissent le fonc-
tionnement de toute société humaine. En quoi ils intègrent et différen-
cient à la fois. Le deuxième chapitre propose un cheminement à travers
quelques exemples de codes sociaux et leurs modes d’expression mul-
tiples dans différentes cultures en choisissant les codes qui sont les plus
souvent en jeu dans les relations que les médiateurs construisent avec
leur public. Enfin, le troisième chapitre souligne en quoi le développement
de la mondialisation et des échanges multiculturels sont des opportunités
formidables qui permettent de confronter la diversité et la complexité des
codes sociaux de la société française avec ceux, tout aussi riches et com-
© Pascal Lafay/BNF
plexes, des personnes accueillies.

9
Cette approche permet de construire une relation d’altérité avec les publics Nous les remercions tous vivement d’avoir donné de leurs temps pour
concernés. C’est ce que nous développons dans la deuxième partie, qui répondre à nos questions.
propose des outils pratiques à destination de formateurs ou de médiateurs.
En effet le respect de l’autre, de sa culture, de son mode de vie, de son Merci également à Alain Caillé et Pierre Alphandéry qui nous ont accom-
habitus constitue l’essentiel de ce qui se joue dans la relation que le mé- pagnées dans le cheminement de cette réflexion sur les codes sociaux.
diateur construit avec son public. Les chapitres composant cette deuxième
partie s’articulent autour de réflexions sur la posture du formateur, de Nous remercions également l’ensemble des associations dont nous avons
sa pratique de médiation et d’accompagnement du public accueilli. Le cité en exemple des outils de médiation, d’avoir alimenté cet ouvrage,
quatrième chapitre donne des exemples d’outils pratiques et apporte des grâce à leur pratique professionnelle et à leur savoir-faire. Enfin, toute
réflexions destinées à enrichir les échanges interculturels. Le cinquième notre reconnaissance va à l’association ADAGE, son équipe, sans qui nous
chapitre soulève des questionnements sur les représentations de chacun n’aurions pu mener ce travail : Sandra Gidon, Marie-Christine Kauffman,
et apporte des éléments pour les traiter. Le sixième chapitre propose Christophe Guichet, Marianne Bousquet, Nadia Laberche, Martine Le-
quelques clés pour aborder les sujets qui dérangent, devant lesquels le grand, ainsi qu’à Danushika, Jayaseeli, Judith, Hanane, Lilia, Lilian, Natalia,
formateur est parfois démuni. Nishanty, Rosa, Shaista, Yasmina, femmes accueillies par ADAGE dont les
écrits ont contribué à introduire dans ce guide, le regard de l’autre, sans qui
La troisième partie, en présentant « Quelques pistes pour aller plus loin » aucune relation n’est possible…
invite à cheminer avec la réflexion de chercheurs, de philosophes qui ont
réfléchi à ce que pourrait être un monde commun dans lequel personne
de se sentirait exclu ou rejeté, un monde métissé et ouvert, un monde sans
peur de l’autre.

Nous n’aurions pu mener cette réflexion à son terme sans la contribution


active des chercheurs, qu’ils soient anthropologues, historiens, psychiatres,
psychologues ou sociologues, suivants : Danièle Alexandre-Bidon, Élisabeth
Collard, Vincent de Gaulejac, Perrine Mane, Bruno Maresca, Marie-Rose
Moro, Serge Paugam, Monique Pinçon-Charlot, Dominique Rolland, Agnès
Sandras et Fabien Truong.

Nous espérons n’avoir pas dénaturé leurs propos, même si leur pensée
est plus complexe, bien sûr, que ce que nous en présentons. Ce livret ne se
veut pas être un guide injonctif, mais s’efforce plutôt d’ouvrir des espaces
de réflexion et de mutualisation de pratiques de médiation culturelle.
Les médiateurs, formateurs, accompagnateurs suivants ont également été
interrogés et ont accepté de transmettre une part de leurs expériences :
Marion Aguilar, Julie Bellamy, Lavinia Boteanu, Emmanuelle Daill, Frédéric
Dufour, Nicole Fernandez-Ferrer, Blandine Forzy, Dominique Gaillot, Chris-
tophe Guichet, Marie-Christine Kauffman, Marion Mabille, Imane M., Cha-
hinaz Ouziala, Valérie Skirka, Perrine Terrier, Sylvie Turpo, Claire Verdier, et
Vincent Ydé.

10 11
Codes, représentations
et échanges entre les cultures
Comment vivre ensemble ?

COMMENT La naissance
vivre ensemble ? de la sociologie
Que sont les codes sociaux et en quoi les modes d’approche que les sociologues
comprendre leur fonctionnement et les anthropologues mettent en œuvre
permet de mieux appréhender en analysant le fonctionnement des sociétés
comment se construisent humaines sont au cœur des questions
les relations entre les individus ? qui se posent lorsque l’on s’interroge
Existe -t-il des valeurs que partagent sur la façon dont les sociétés
toutes les sociétés humaines ? et les groupes sociaux usent de codes sociaux
Autant de questions que se sont posées et de règles communes pour vivre ensemble
les penseurs qui inventent, à la fin
du xixe siècle, une toute nouvelle La sociologie naît au XIX e siècle, dans un monde bouleversé par la révo-
discipline : la sociologie. lution industrielle, qui, en Europe, verra la société se transformer, en
Cette discipline ne naît pas à cette l’espace de quelques dizaines d’années, plus que jamais. Précédée par la
époque par hasard, elle naît Révolution française, qui remet en cause l’ordre politique immuable et
dans un monde traversé consacre l’émergence du citoyen (en lieu et place du sujet qui depuis
par des changements économiques des siècles acceptait qu’un ordre divin régisse l’organisation sociale, en la
personne du roi consacré par Dieu), la société française évolue très vite :
et sociaux très brutaux.
auparavant, qui naissait paysan le demeurait à vie, la place de chacun dans
la société était assignée une fois pour toutes.
Avec l’arrivée de la production industrielle, tout s’accélère. L’exode rural
massif attire toujours plus de personnes dans les usines qui sont alors
en plein essor, les progrès des transports raccourcissent les distances, la
presse et les moyens de communication se développent, le monde occi-
dental devient de plus en plus complexe. Émile Durkheim, sociologue
français, 1858-1917.
© Leemage
Comment le comprendre et le décrypter ? C’est ce à quoi va s’atteler la
toute nouvelle discipline du savoir qu’est la sociologie. En ce sens, le déve-
loppement de la sociologie est totalement lié à l’idée de modernité et de
société en mouvement. Se pose alors la question de savoir ce qui tient la
société cohérente, alors qu’elle ne cesse de se transformer.

Deux penseurs vont donner à la sociologie ses lettres de noblesse et


vont faire vivre cette discipline comme une discipline du savoir à part
entière, le Français Émile Durkheim et l’Allemand Max Weber.

Né en France, en 1858, Durkheim étudie tout d’abord la philosophie.


Max Weber, économiste
À ses yeux, les êtres humains sont faits pour vivre en société. Il pense que
politique et sociologue,
c’est notre vie sociale qui nous rend réellement humains — d’où l’impor- 1864-1920.
tance de l’observer et de la décrire, c’est ainsi que naît le terme de socio- © Akg-images

15
Comment vivre ensemble ?

logie : l’étude de la société. Le rôle du sociologue est d’étudier les faits


sociaux, à savoir les faits portant sur des groupes de personnes et non
sur des personnes isolées. Pour Durkheim, les normes produites par une
société donnée sont extrêmement structurantes pour les individus et
signent leur sentiment d’appartenance à la société dans laquelle ils vivent. Les outils
Max Weber, naît en Allemagne en 1864. Il souligne que la vie en société
du sociologue
se caractérise simultanément par des conflits et de la cohésion. Selon lui, La pratique de l’enquête
la société s’organise en fonction de règles collectives qu’il s’agira d’obser-
est l’un des outils méthodologiques
ver, de décrire. La société assigne à l’individu des rôles bien précis qui
désignent sa place dans la société. Ainsi pour lui, l’influence du protestan- le plus important du travail de sociologue.
tisme sur le comportement des individus est très importante dans les pays Les enquêtes pratiquées par les sociologues
anglo-saxons et facilite le développement du capitalisme naissant car il permettent de recueillir des trajets de vie
valorise la reconnaissance du travail, de la discipline et de l’épargne, toutes et de comprendre, à partir de ce qu’expriment les
démarches qui accompagnent l’expansion de ce mode de production. personnes interrogées, comment
leurs trajectoires individuelles s’inscrivent
La sociologie est née en Europe mais son développement spectacu- dans des parcours sociaux plus larges
laire s’est effectué aux États-Unis. Le premier département de socio-
logie américain est né à l’université de Chicago en 1892. Il a accueilli les Charles Wright Mills, dans son livre L’Imagination sociologique, opère une
sociologues les plus éminents du début du XX e siècle, dont les travaux distinction entre les « épreuves personnelles de milieu » et les « enjeux
sont connus sous le nom de l’École de Chicago. Les préoccupations de collectifs de structure sociale. ». Les épreuves affectent l’individu : il sent
ces sociologues étaient fortement influencées par l’observation de la peser une menace sur les valeurs qui sont importantes pour lui et qui
population vivant dans le quartier, situé au sud de Chicago, dans lequel se pèsent sur le déroulement de sa vie. Les enjeux soulèvent des questions
trouvait le centre de recherches. qui dépassent l’individu et sa possibilité d’agir seul. Charles Wright Mills
prend l’exemple du chômage : dans une ville de 100 000 habitants, si un
Ce quartier était fréquenté par une population d’immigrés pauvres, venus seul homme est au chômage, il traverse une épreuve personnelle ; pour
de divers pays du monde, donc très cosmopolite. Les professeurs de l’aider à retrouver du travail, il faut tenir compte de son caractère et des
l’école de Chicago invitaient leurs étudiants à s’immerger dans la réalité occasions qui peuvent se présenter. Mais dans un pays de 50 000 millions
sociale de la ville, ils insistaient sur l’importance des recherches de ter- de salariés, si 15 millions de personnes sont au chômage, on a affaire à un
rain et leur enseignaient la pratique de « l’observation participative ». enjeu, ce n’est pas du hasard ou de la seule mobilisation individuelle de
Autrement dit, ils leur demandaient d’interagir sur le milieu social et les chaque chômeur que naîtra la solution.
personnes avec qui ils entraient en contact pour les questionner et com- « L’énoncé correct du problème réclame, au même titre que ses solu-
prendre leurs motivations et leurs modes de vie. tions possibles, l’examen préalable des institutions économico-politiques
de la société, et non plus des seules situations et des caractères propres
à une diaspora d’individus », écrit Charles Wright Mills.

» Au début
Lilia
« Au début il n’y avait ni le métro ni le bus, ni mairie
Le travail du sociologue invite donc à questionner les croyances, les
idées reçues sur la société, il permet d’appréhender une réalité en exa-
minant en quoi les phénomènes sociaux ont des conséquences sur la vie
ni magasins, ni CAF ni les marchés, ni l’Assurance-
des personnes qui composent la société qu’ils observent. En ce sens les
maladie ni les logements sociaux ni médecins.
sociologues accompagnent les changements sociaux et donnent des clés
Au début il y avait seulement des difficultés et maintenant
pour comprendre la complexité du monde qui nous entoure. C’est dans
je connais tous ces endroits. »
la tension entre tradition et changement que se développent les sociétés
humaines.

Les sociologues nous l’apprennent : toute société, qu’elle se soit dévelop-


pée au Néolithique, au XVI e siècle — au moment des grandes découvertes

16 17
Comment vivre ensemble ?

Le point de vue
des historiens
Les historiens, pour leur part, font de l’observation
de l’évolution des codes sociaux à travers le temps
Gardiennes de troupeaux. l’un de leurs objets d’étude principaux
Époque Bovidé.
Fresque Tassili N’Ajjer,
Algérie près de Djanet. Au Moyen Âge,
© Michel Hans une personne respectable
doit manger assise
ou aujourd’hui, a besoin de règles communes pour fonctionner. Il n’existe à une table, les mains
pas de société humaine sans règles, sans normes sociales : les comporte- posées sur la nappe.
ments humains ne sont pas spontanés, ils s’inscrivent dans des normes qui Il faut saisir d’une seule
font consensus pour une majorité d’individus appartenant à la société en main, entre le pouce
question. La norme s’impose à tous, c’est un pilier fondateur de la société et l’index, les bouchées
dans laquelle on vit. Le droit exprime un ensemble de normes. servies sur un tranchoir
individuel.
Alors que les sociologues emploient le concept de norme, la notion S’il est indécent de lever
de code social n’existe pas comme concept sociologique, selon Bruno le coude pour boire,
Maresca. Il serait intéressant d’ailleurs de s’interroger pourquoi ce terme il est permis
de « codes sociaux » qui parle à tous, a été peu questionné d’une façon de le mettre sur la table.
théorique, alors qu’il est souvent évoqué, à travers des exemples concrets Sur cette miniature,
différents : en butinant sur internet, Bruno Maresca cite l’exemple du alors que le seigneur
« Club Med », qui cassait vraiment les barrières et les codes sociaux, se tient noblement,
« tout le monde se tutoyait et un médecin pouvait sympathiser avec un les serviteurs sont affalés
plombier. » Il évoque également la situation des femmes et jeunes filles par terre, mangent
au Kurdistan, en soulignant à leur propos que « des codes sociaux très avec les deux mains
sévères sont utilisés pour nier leurs droits fondamentaux ». et boivent au tonnelet.
Livre de la chasse,
Ainsi des sens extrêmement divers sont donnés à la notion de code Gaston Phébus, XVe s.
BNF – dept. des Manuscrits
social, alors que la notion de norme sociale, qui constitue le socle de la ré- Les historiennes Perrine Mane et Danièle Alexandre-Bidon évoquent
flexion d’Émile Durkheim puis de la tradition sociologique est beaucoup pour nous quelques traits caractéristiques de la société du Moyen Âge.
plus définie. A priori le code social est un ensemble de règles implicites Les règles de vie sont très codifiées et clairement exprimées dans des
ou explicites imposant des usages de comportement qui sont d’emblée manuels de contenance qui s’inspirent de l’ordre monastique et ont été
assez concrets et très identifiables par tous. Par exemple, dans les années adaptés ensuite à la vie laïque sociale. Les codes sociaux s’apparentent à
1950, quelqu’un serait venu travailler dans un ministère, avec une chemise l’étiquette ; l’étiquette de la cour, bien sûr, dont les règles se diffusent dans
rose et un foulard multicolore autour du cou, aurait d’emblée été jugé toute la société.
comme ne respectant pas le code du costume sombre et de la cravate…
Ces manuels s’adressent à l’éducation des gentilshommes et pas au
monde paysan qui constitue pourtant 90% de la population. À partir de la
seconde moitié du XVI e siècle, ces ouvrages se diffuseront plus largement

18 19
Comment vivre ensemble ?

dans la société grâce à l’invention de l’imprimerie. Dans le manuel concer-


nant la façon de se tenir à table, il n’y a pas moins de 54 choses à faire et
ne pas faire ! Le service de table est très réglementé : la manière dont on
se sert, l’ordonnancement des mets, la manière de présenter les plats, de
s’agenouiller devant le seigneur, pour présenter un plat… Par exemple,
jusqu’au XIV e siècle, autour de la nappe qui est faite d’un tissu blanc, se
Normes
trouve une longère. C’est un tissu qui court, comme une grande écharpe et consensus
posée au bord de la table, c’est le torchon sur lequel tout le monde
s’essuie car il n’y a pas de serviettes. Le rapport au corps est également Tout milieu professionnel,
très codifié : on doit marcher lentement, d’un pas régulier. Les femmes toute classe sociale, possède ses propres codes.
ne doivent pas rire. Il faut garder les yeux baissés. Une femme mariée est Derrière ces codes sociaux se nichent des valeurs
obligatoirement voilée et ne doit pas montrer ses cheveux longs. Une qui réfèrent à des normes faisant consensus
veuve doit dissimuler son menton et son front. dans une société donnée

La société du Moyen Âge est une société d’ordre, chacun doit rester Derrière les codes sociaux se nichent des valeurs, les valeurs sont une
à sa place. Une norme sociale s’impose : on n’a pas le droit de paraître déclinaison de la norme. Bruno Maresca prend l’exemple de la famille :
trop riche, si l’on est un bourgeois. Il faut ressembler à son milieu social. c’est une norme, qui existe dans la majeure partie des sociétés mais
« Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée » dit le proverbe. On chaque individu a une marge pour se positionner par rapport à la famille,
n’a pas le droit de paraître ce que l’on n’est pas, c’est la règle fondamen- il va considérer que le mariage est une valeur qu’il faut défendre ou il
tale : à cette époque, le « bling-bling » aurait été vraisemblablement très adhérera plutôt à la valeur de l’union libre. La valeur est une façon de
déconsidéré… Il faudra attendre le XV e siècle pour voir ces codes évoluer décliner la norme en différentes options possibles.
peu à peu, et qu’une certaine mobilité se fasse un chemin dans les us et
coutumes : le développement des villes et la naissance de l’urbanité ou La justice, quant à elle, est fondée sur la norme du bien et du mal : le droit
l’art de vivre dans les villes, mot décliné du latin urbs, la ville, contribuera applique, met en œuvre la norme du bien et du mal, mais dans le système
lentement à faire bouger les ordres. social, il n’y a pas de valeur absolue : le social ne produit pas d’absolu, le
social produit des structures qui sont organisées autour de piliers qui font
Les codes sociaux ont certes changé aujourd’hui par rapport au Moyen consensus. Durkheim, précise Bruno Maresca, considère que la norme
Âge, mais toute société, tout milieu social, tout milieu professionnel pos- s’impose à tout le monde : la norme est une chose à laquelle les gens ont
sède les siens. Les lieux publics ont également leurs propres codes. Serge a priori envie d’adhérer. Quand on utilise le mot « valeur », on envisage
Paugam évoque le code du silence, code implicite et partagé par les alors qu’il y ait plusieurs options possibles.
usagers des bibliothèques. La pratique de l’étude dans de grandes biblio-
thèques comme la Bibliothèque publique d’information (BPI) ou la BNF Pour certains, codes et valeurs cheminent ensemble. Ainsi au dire de l’his-
reste dominante. Savoir se concentrer en restant assis des heures pour torienne Agnès Sandras, parmi les classes bourgeoises aisées, les codes
étudier est une norme partagée par la grande majorité des lecteurs de sociaux s’apparentent à la défense de valeurs que les membres de ces
ces bibliothèques. classes ne savent pas expliciter — telles que la richesse ou la reproduc-
tion sociale dans les mêmes milieux. Dans d’autres milieux sociaux, plus

»
ouverts, la confrontation des idées, les échanges intellectuels sont recon-
le monologue de Mona nus et encouragés. Dans ce cas, la pratique de la discussion devient une
Nishanty valeur en soi.
Elle est très belle, Mona Lisa. Son visage est très joli et
calme. Elle est très positive. Elle reste au musée. Elle a Codes sociaux et classes sociales
une pose superbe. Le nez est long et très beau. Elle pose. Monique Pinçon-Charlot s’est attachée, avec son mari Michel Pinçon, à
Elle a des yeux calmes. Elle pose, très belle, les cheveux comprendre le mode de fonctionnement des classes très aisées de la so-
longs. Elle est célèbre, Mona Lisa, tout le monde la connaît. ciété. Pour ces chercheurs « tout change pour que rien ne change » : les
Je regarde les yeux des gens. classes très aisées se savent les plus nanties économiquement parlant et
s’emploient à étendre cette domination économique à toutes les sphères
de la société, en imposant leurs valeurs comme des valeurs universelles

20 21
Comment vivre ensemble ?

que l’on ne peut interroger. Ces classes possèdent la capacité de faire pas-
ser leurs intérêts particuliers pour de l’intérêt général. Ainsi pour les Pin-
çon-Charlot, la fonction des codes sociaux est, pour les riches, d’exercer,
outre la domination économique, une domination symbolique qui impose
un ordre qu’il est impossible de transformer car les classes modestes ont
intériorisé que rien ne peut changer, l’ordre dominant étant immuable.

Codes sociaux et genre


Pour Nicole Fernandez, outre les rapports entre les classes, les codes
sociaux régissent également les rapports entre les genres. À cet égard
le rapport au corps des hommes et des femmes est très différent : par
exemple, dans les transports en commun, les hommes écartent les
jambes, occupent un espace beaucoup plus important que les femmes
qui gardent les membres inférieurs serrés et repliés sur eux-mêmes.
Il serait intéressant de détailler des manifestations plus explicites de
comportements différents entre les hommes et les femmes, comme,
par exemple, la capacité pour les uns — les hommes, à prendre sans
problème des responsabilités ou des positions de pouvoir, alors que les
autres — les femmes, resteront plus traditionnellement dans l’ombre et
interrogeront, avant de se mettre en avant, leurs capacités propres et leur
savoir-faire… Derrière ces comportements, se cachent des rapports aux
codes d’éducation différents, pour les uns et les autres : on apprend au
petit garçon à oser, à se mettre en avant, on conseillera aux petites filles
de rester discrètes même si bien sûr et heureusement, lentement mais
sûrement, ces prescriptions évoluent aujourd’hui.

Les codes sociaux intègrent et différencient


Selon Élisabeth Collard, enseignante et médiatrice interculturelle, les
codes sociaux sont l’expression des valeurs d’une société, déclinées de
façon individuelle et collective. Elle prend comme exemple la valeur de
respect, qui se traduit dans de nombreuses sociétés par le respect dû aux
anciens. Pour une personne, le respect dû à une personne âgée se tra-
duira par une façon de saluer ou une marque de déférence particulière
vis-à-vis de cet aîné. Maîtriser un code social commun, inscrit la personne
dans un groupe social particulier, qui lui permet de se situer dans le temps
et dans la durée. Ainsi, les codes sociaux protègent les individus car ils les
socialisent dans un groupe. De fait, les codes sociaux intègrent et diffé-
rencient à la fois.
Vendues autrefois par des colporteurs, les images d’Épinal doivent leur nom
à Jean-Charles Pellerin, premier imprimeur à éditer en série ce type d’image, et habitant
à Épinal. Les années 1850 à 1870 constituent l’âge d’or de l’imagerie populaire.
Dans cette illustration, on retrouve une satire implicite des mouvements féministes de l’époque
avec des commentaires, inimaginables à l’époque ! tels que : « Les hommes balayeront
et feront le ménage », « Les femmes feront des affaires
et s’occuperont de politique ».
Les Réformes du ménage, Images d’Épinal de la Maison Pellerin, 1850.
BNF - dpt. Estampes et photographie
22 23
Comment vivre ensemble ?

« Je me situe entre Bourdieu, Sartre et Freud » dit-il. Freud, en travaillant


sur l’idéal du moi, constate que les mécanismes psychiques de l’individu
ne se réduisent pas à des mécanismes sociaux : l’histoire familiale est très
importante dans la construction d’un individu. L’idéal du moi est au croise-
La force de
l’habitus
ment d’une construction personnelle et d’idéaux collectifs, portés par le
milieu social d’appartenance. Sartre, quant à lui pense que, quelle que soit
la fabrication sociale et psychique d’une personne, cette dernière dispose
d’une marge de liberté pour construire sa vie. « L’important n’est pas ce
Chacun intériorise, à son insu le plus souvent,
qu’on a fait de l’Homme mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui » dit-il.
les codes sociaux de sa classe sociale, Il pose la question du sujet : qu’est-ce que « je » fait de ce qu’on a fait de moi.
qui contribueront à construire
ce que Pierre Bourdieu appellera l’habitus Vincent de Gaulejac a approfondi ce que Bourdieu appelait la socio-ana-
lyse : il a mis en application l’idée qu’il est important que les sociologues
Tout individu manie des codes, souvent, sans le savoir explicitement. ne transmettent pas seulement de la théorie mais également, à tous ceux
Le sociologue, Pierre Bourdieu créera le concept d’habitus pour expli- qui le désirent, des outils méthodologiques pour comprendre comment
quer la façon dont laquelle, malgré elle, sans en avoir conscience et ce, l’individu est fabriqué et ce que cela produit dans les rapports sociaux.
d’une manière très forte, une personne est rattachée à sa classe sociale
et serait « programmée » par cet habitus ; ainsi chacun intériorise, à son Il a ainsi développé la sociologie clinique, qui invite des personnes à tra-
insu, les codes sociaux et les manières d’agir, de penser, de percevoir vailler sur elles-mêmes, à se construire comme sujet, afin de comprendre
de son milieu social. L’essentiel des travaux de Pierre Bourdieu porte comment l’histoire et les codes sociaux sont agissants en eux, comment
sur ce déterminisme social qui, pour les personnes de milieux modestes, ils intériorisent les codes de la culture légitime de leur milieu. Il a inventé
conditionnera l’ensemble de leur trajectoire sociale et professionnelle. Le une méthodologie qu’il nomme « roman familial et trajectoire sociale »
sociologue Bernard Lahire reconnaît, quant à lui, à chacun la possibilité en constituant des groupes d’implication et de recherche dans lesquels il
d’une « dissonance culturelle » qui lui permet de s’autonomiser vis-à-vis invite des personnes à revenir sur leur histoire familiale et leur trajectoire
de cet habitus et de disposer donc d’une latitude d’action qui lui permet sociale pour mieux comprendre leurs rapports aux valeurs, à l’espace, au
de construire sa vie comme il l’entend. travail, à l’argent, à l’amour…. Ce faisant, ces personnes réfléchissent à la
façon dont elles ont incorporé leur habitus et analysent les difficultés dans

» Le discours de Rose Zehner


d’après une photo de Willy Ronis « Grève
aux usines Javel-Citroën, 1938 »
lesquelles cela les met. Ainsi, dit Vincent de Gaulejac, il faut considérer les
codes sociaux, non seulement comme une traduction de la nature sociale
de la société, mais également analyser la façon dont ces codes intera-
Danushika gissent avec l’histoire subjective et personnelle de chacun.
Réveillez-vous !
Je suis là pour vous dire : on a toutes l’énergie, Ne pas réduire les individus à leur origine sociale
allez faire des choses pour les femmes. Fabien Truong, quant à lui, analyse les parcours sociaux en termes de
Vous aussi voulez la liberté. trajectoire. Ancien professeur dans un lycée de banlieue parisienne, il s’est
Vous ne pouvez pas rester comme ça. efforcé d’éviter d’avoir une idée toute faite sur ses élèves et a remarqué
Il faut crier. que souvent, il se trompait quand il risquait des hypothèses sur leur deve-
Il faut gagner dans la vie. nir. C’est ainsi qu’il a commencé à raisonner en termes de trajectoire, en
Que désirez-vous ? évitant de ranger ses élèves en catégories présupposées. Il a observé
Vous voulez rester ? quelles étaient les étapes par lesquelles passaient des élèves venus de mi-
Allez, non, on y va. lieux très défavorisés qui souhaitaient poursuivre des études supérieures.
Aidez-nous pour gagner la vie ! Pour ces élèves, comme pour toute personne qui passerait d’un milieu
social à un autre, la première étape consiste à déconstruire certains codes
Accompagner les individus pour les aider à reconstruire sociaux, pour en intégrer d’autres. S’autoriser, par exemple, à épouser des
leur trajectoire sociale pratiques sociales peu usuelles dans son milieu d’origine, comme se don-
Vincent de Gaulejac pense que la relation entre un individu et son mi- ner le droit de se sentir légitime en visitant un musée ou en séjournant
lieu est plus complexe que la simple appartenance à une classe sociale longtemps dans une bibliothèque pour y étudier.

24 25
Comment vivre ensemble ?

disait-on, et également pour respecter un code


vestimentaire et physique, propre à l’institution
scolaire. Or la tradition de ce pays voulait que
les garçons gardent les cheveux longs. C’était

Déconstruire les codes


le symbole de la piété familiale, du lien avec le
père, le grand-père, les ancêtres…Un écrivain
raconte que son père, mandarin, voulait l’en-
qui semblent « aller de soi » … voyer à l’école mais que pour lui la question de
pour comprendre d’autres codes que les siens couper les cheveux à son fils était terrible. Son
père lui a finalement coupé les cheveux, puis est
Cette position, invite l’enseignant à adopter une posture que le socio- allé sur l’autel des ancêtres en larmes en disant
logue Erving Goffman qualifie d’interactionniste ; Il s’agit de considérer « voilà, je vous offre la chevelure de mon fils,
que le code social se construit à travers les relations avec les autres et parce qu’on n’a pas le choix ».
à travers le regard que les uns portent sur les autres. Si l’on envisage les
codes sociaux sous cet angle, ils sont beaucoup plus dynamiques, car ils Dans ce cas, ce ne sont pas les codes qui sont contradictoires, ce sont La coiffure de Dagobert
s’incluent dans un processus de relations dans lequel les personnes inte- les valeurs qui les commandent qui vont entrer en contradiction. C’est le a été interprétée
ragissent les unes avec les autres. Ceci évite de stigmatiser une catégorie rapport entre le code, les valeurs et c’est donc l’identité de la personne de manières diverses
de population qui ne maîtriserait pas les « bons » codes sociaux, par qui se joue entre les valeurs et leur manifestation dans le code. depuis la découverte
exemple le silence, dans un musée. Les codes sociaux posent également la question de ce qui change, de ce de cette monnaie au milieu
qui bouge et de ce qui demeure permanent. Dans des sociétés tradition- du XIXe siècle : on y a vu
Cette posture invite à la déconstruction de ce que l’on considère comme nelles et même en France, si l’on va en province dans une zone rurale, un casque avec cimier,
« allant de soi ». En déconstruisant ce que l’on tient pour naturel et légi- en province, on n’aura pas du tout les mêmes sensations, les mêmes et même des animaux
time, on réfléchit sur les processus de construction et d’intégration des impressions de mouvement, d’accélération et d’évolution que dans une marins. Il s’agirait en fait
codes sociaux et, en tant qu’enseignant, formateur ou médiateur, on ne se grande ville. d’une longue tresse de
situe pas en extériorité vis-à-vis de cette question, mais l’on questionne le cheveux partant du sommet
processus d’interaction qui se joue dans la relation avec son interlocuteur, Marie-Rose Moro, ethno-psychiatre pour enfants et adolescents et psy- du crâne et fixée par
élève, personnes en formation, en visite dans un lieu culturel, en appren- chanalyste, insiste sur l’importance des représentations collectives pour un ruban perlé en plusieurs
tissage du français… définir les modalités d’échanges entre les sociétés et les individus. Pour endroits jusqu’à la nuque.
elle, la subjectivité d’une personne s’inscrit dans des structures collectives À l’époque mérovingienne,
qui se modifient et se transforment en permanence. Ces affiliations se les rois portaient les cheveux
déclinent sur différents niveaux : l’appartenance au territoire où l’on a longs : se faire couper

codes sociaux
grandi, la culture, la langue, la religion. Toutes ces premières affiliations les cheveux revenait

Les anthropologiques et géographiques sont inscrites dans une histoire qui va


définir les codes de référence des individus. Après, on peut s’approprier
à perdre le droit de régner,
et d’ailleurs c’était ce que
intègrent et rejettent à la fois d’autres codes en voyageant, en se métissant. Donc les codes sont à la l’on faisait habituellement
fois très structurants et très mobiles, pas seulement d’une génération à aux rois ou aux héritiers
Les codes sociaux sont en même temps l’autre, mais dans un parcours de vie. Apprendre à décrypter les codes vaincus que l’on souhaitait
très structurants et très mobiles d’une personne qui s’adresse à vous, en tant que thérapeute ou en tant écarter. Les rois n’étaient
que médiateur est indispensable pour qui accompagne des personnes pas les seuls à porter
Pour Dominique Rolland, ethnologue, lorsqu’on est à cheval sur plusieurs venues de sociétés fonctionnant avec d’autres codes. les cheveux longs :
cultures, souvent une culture devient dominante, et l’autre demeure do- l’aristocratie militaire toute
minée, notamment dans des pays qui furent colonisés. Un individu peut Nous allons maintenant proposer un parcours à travers les codes que entière et même certains
alors être tiraillé entre des injonctions contradictoires. Ainsi les codes chercheurs et médiateurs ont les plus fréquemment cités, et montrer clercs le faisaient.
sociaux intègrent et rejettent à la fois. comment ils s’expriment parfois de façon différente, voire opposée, ce Solidus de Dagobert I er
qui peut entraîner des erreurs d’interprétation ou des malentendus entre frappé à Limoges, or, 6,14g.
BNF – dept. Monnaies,
Elle donne l’exemple de l’obligation de se couper les cheveux dans les des personnes venues de sociétés multiples. médailles et antiques
écoles en Indochine, pendant la colonisation, pour des raisons d’hygiène

26 27
Voyage à travers les codes et les représentations

VOYAGE Les codes de politesse


à travers les codes Ces codes sociaux sont à la fois
explicitement décrits dans de nombreux écrits,
et les représentations des traités de contenance du Moyen Âge
jusqu’aux nombreux livres de bonnes manières
Il n’existe pas de codes sociaux du xix e siècle, en passant par le très célèbre
en général : les codes sociaux « Bonheur de séduire, l’art de réussir »
se déclinent en fonction des situations de la baronne Nadine de Rothschild, paru chez
et des sphères dans lesquelles Hachette en 1991, souvent réédité et devenu
évoluent les individus. « Bonheur de séduire, l’art de réussir,
Dresser une typologie exhaustive le savoir-vivre au xxie siècle »
des codes sociaux n’aurait pas de sens,
car une telle typologie n’existe pas. Les éditions Hachette,
Serge Paugam précise que toute personne en 1856, lancent
suit un processus de socialisation précis « La Bibliothèque rose
qui la conduit à utiliser des codes illustrée » dont l’auteur
qu’elle pense naturels, emblématique
alors qu’ils sont totalement appris deviendra très vite
et ce, souvent, depuis le plus jeune âge. la Comtesse de Ségur.
Ces comportements sont tellement Louis Maurice Boutet
de Monvel se rattache
intériorisés que souvent,
à ce courant moralisateur.
l’on s’étonne que d’autres personnes,
Ce manuel recommande
n’appartenant pas au même milieu aux enfants d’être polis,
social, ou venant d’ailleurs, avec les grandes
ne les possèdent pas. personnes comme
avec leurs semblables.
Notre parti-pris a été le suivant : Le XIXe siècle verra fleurir
évoquer des codes que les médiateurs les manuels de politesse,
manient dans la relation et pour les adultes comme
les formations qu’ils développent pour les enfants.

avec leurs publics,


ainsi que ceux qui ont été Couples d’enfants, La Civilité puérile et honnête…
de L’oncle Eugène, ill. Louis-Maurice Boutet de Monvel,
les plus fréquemment évoqués 1887. BNF - dpt. Histoire, philosophie, sciences de l’homme
par les chercheurs
que nous avons interrogés. Ces codes explicitement décrits sont tout à fait relatifs : les façons de se
tenir à table sont particulièrement éclairantes de par leur diversité : Bruno
Maresca explique qu’on apprend aux enfants de France à garder les mains
sur la table, mais pas les coudes, alors qu’en Angleterre, il est poli de mettre
les mains sous la table ! Dans certaines sociétés, on mange avec des cou-

29
Voyage à travers les codes et les représentations

teaux et des fourchettes, alors que dans d’autres, on partage un plat en


commun, en utilisant ses mains. Parfois il est poli de terminer son assiette,
dans d’autres sociétés ce sera la manifestation d’une grande impolitesse…

De nombreux codes, sont en revanche totalement implicites, et peuvent


occasionner de nombreux malentendus car ils ne sont pas les mêmes
L’ habillement
dans toutes les sociétés. Quelques exemples le montrent : Nombreux sont les codes sociaux du Moyen Âge
autour de l’habillement, expliquent
– manier le tu et le vous, en France, n’est pas simple pour des personnes
Perrine Mane et Danièle Alexandre-Bidon.
qui viennent de pays où il n’existe qu’une formule linguistique ;
– dire oui, dire non : dans certaines sociétés, on peut dire non sans
L’une des dépenses les plus importantes
que cela soit perçu comme impoli. Dans les sociétés japonaises, on ne dans le milieu seigneurial et noble est celle qui
dit jamais non mais on emploie des modes de locution qui le signifient. concerne le vêtement; avoir un drap écarlate ou
Encore faut-il arriver à le décrypter ; un drap de laine coûte alors une fortune
– dire « bonjour », « merci », ne va pas de soi : ne pas le dire du tout
peut être perçu comme impoli, le répéter à de multiples reprises peut en La coutume de revêtir
étonner certains ; pour son mariage une robe
– regarder dans les yeux est très mal perçu dans certaines sociétés afri- blanche, symbole de virginité,
caines : les enfants, lorsqu’ils sont réprimandés par un adulte, ne doivent- s’est répandue en Europe
pas les regarder dans les yeux ; néanmoins, à l’école française, on appren- au XIXe siècle sous l’influence
dra aux élèves à regarder l’enseignant dans les yeux. De même, lorsque de l’Église. Au Moyen Âge,
l’on passe un entretien d’embauche, il est recommandé de ne pas baisser l’usage est de simplement
les yeux mais de regarder franchement l’interlocuteur à qui on s’adresse. porter sa plus belle robe,
quelle qu’en soit la couleur.
Que d’injonctions contradictoires pour des personnes venues d’autres Celle-ci est le plus souvent
cultures et confrontées à la nôtre… rouge, car c’est alors
la teinte la plus résistante.
Sur cette miniature,
la mariée est entraînée

» Choses
Choses sans valeur
Shaista
par la Mort dans une Danse
macabre, thème courant
dans l’art des XVe
et XVIe siècles, marqués par
« Quand quelqu’un dit des gros mots.
la peste et les guerres.
Quand les personnes crient sans raison.
Danse Macabre, XVIe s.
Dans le bus les gens ne laissent pas la place BNF - dpt des Manuscrits
pour les personnes âgées.
Les gens passent sans faire la queue.
Les personnes ne savent pas les émotions des autres.
Sans valeur, ne pas respecter la loi, La couleur est également un luxe au Moyen Âge, et cela, à cause des
soi-même et les autres. teintures. Les couleurs sont également très codifiées : les femmes portent
Les enfants ne respectent pas les profs ni les parents. des robes rouges le jour de leur mariage. Le vert ne se porte que le jour
Celui qui ne respecte pas les autres. » de la tradition des arbres de mai, du 30 avril au 1er mai. On ne sait pas
encore fabriquer du noir, donc lors d’un deuil, il convient de porter du
bleu foncé. Les enluminures que l’on voit avec des couleurs éclatantes
représentent exclusivement des nobles. Les bourgeois sont habillés beau-
coup plus modestement avec des vêtements de couleur sombre.
Ainsi du Moyen Âge à l’Ancien régime, l’habillement est très codifié et

30 31
Voyage à travers les codes et les représentations

renvoie à des positions sociales précises et bien identifiées. Mais le vête-


ment sera aussi la marque d’une société en changement : pendant la
Révolution française, on trouve de nombreuses gravures qui montrent
comment s’habillaient les sans-culottes et les sujets devenus citoyens. La
réaction à la Révolution s’incarnera dans les modes d’habillement pré-
cieux des « Incroyables » et des « Merveilleuses ». Les codes de
Mais les codes sociaux autour de l’habillement sont peut-être ceux qui
permettent très manifestement de se situer dans la norme ou au contraire
comportement
de la contester. De tout temps, la jeunesse, entre autre s’identifie par des De nombreux codes sont immatériels
façons particulières de se vêtir : des robes violettes et des sabots portés et relèvent des comportements, de façons d’être,
par les jeunes filles des années soixante-dix aux pantalons qui tombent de se tenir ou de réagir à des situations données.
au milieu des fesses des jeunes d’aujourd’hui…. Voici quelques exemples qui mériteraient, bien sûr,
d’être plus développés mais qui peuvent permettre

langue
que s’entament des réflexions à leur propos
La
En France, selon Marie-Rose Moro, Rire, ne pas rire, telle est la question
la représentation de la langue est très unique. Il existe un texte important de l’historien Jacques
Dès 1539, l’ordonnance de Villers-Cotterêts, Legoff à ce sujet, qui rappelle en quoi, en tant
que phénomène social, le rire a une histoire.
édictée par François ier, établit le français
L’historien Jacques Legoff a été amené à s’inté-
comme langue officielle, comme langue de
resser au rire, après avoir découvert un petit
l’administration et du droit écrit opuscule La littérature européenne et le Moyen
Âge latin, dans lequel on s’est posé la question
Très tôt, le français est venu s’opposer aux langues régionales et pour- suivante, surtout dans les milieux ecclésias-
tant, il suffit d’entendre quelqu’un parler pour savoir d’où il vient : les tiques : « Jésus a-t-il ri une seule fois dans sa vie
manières de parler, les accents, la façon de placer sa voix, sont de grands terrestre ? ». Par ailleurs, au Moyen Âge circule
marqueurs d’identité qui reposent sur des codes implicites : Agnès San- la proposition d’Aristote qui expliquait que « Le
dras nous confiait adapter son ton de voix au milieu dans lequel elle rire est le propre de l’homme ».
se trouve et pourtant elle parle toujours la même langue, le français.
« On voit donc qu’autour du rire s’est noué ce
La langue est un code incontestable, mais les langues sont des catégories qu’on peut appeler un grand débat, et qui va loin,
totalement construites. En français, il existe un mot pour dire tristesse, car si Jésus n’a pas ri une seule fois dans sa vie hu-
alors qu’en bambara il en existe dix ! En français, pour exprimer la notion maine, lui qui est le grand modèle humain, dont
d’être, on utilise un seul mot ; en espagnol, il y en a deux, ser et estar, qui de plus en plus on proposera l’imitation, le rire
correspondent à une structure totalement différente. Pour les Espagnols, devient étranger à l’homme, à l’homme chrétien
ser et estar ne représentent pas du tout le même rapport au monde. en tout cas. Inversement, si l’on dit que le rire est
le propre de l’homme, il est certain que l’homme
La France est le pays qui fait le moins de place aux langues maternelles riant se trouvera mieux exprimer sa nature », nous dit Jacques Le Goff. La gamme du rire
des migrants, on a l’idée que la langue est une et indivisible, comme la par le mime
Il n’empêche, nous expliquent Danièle Alexandre-Bidon et Perrine Mane, Georges Wague,
République. Pourtant, pense Marie-Rose Moro, on devrait laisser plus de qu’au Moyen Âge, le rire est proscrit pour les femmes. Document sur l’activité
place à l’expression de la langue maternelle car c’est la langue de la trans- de Farina dans les années
mission ; cela n’empêche pas, poursuit–elle, d’encourager les enfants à Ainsi autour du rire, se trouvent des obligations et des interdits, qui 1910-1911 - Clément Vautel
aider leurs parents dans l’apprentissage du français. C’est le destin de perdurent dans les sociétés contemporaines. Chaque groupe humain
(1875-1954).
Fonds Maurice Farina / BNF
l’enfant de migrant d’apprendre des choses qui viennent de l’extérieur de semble avoir ses propres codifications du rire, qui ont à voir avec l’expres- - dpt. des Manuscrits
la famille à ses parents. sion des émotions.
32 33
Voyage à travers les codes et les représentations

À ce propos, Agnès Sandras évoque une anecdote qui donne à réfléchir : Chronos et Kaïros, deux rapports au temps différents
à son avis, les enfants venus de cultures différentes sont souvent très dési- Le rapport au temps des sociétés humaines est un code social qui s’ex-
reux d’intégrer les codes sociaux de la société d’accueil. Elle se souvient prime de façon fort différente de par le monde. Les Grecs utilisaient
de la gêne d’un de ses élèves d’origine turque, quand la mère de ce der- deuxtermes pour définir le temps :
nier a embrassé chaleureusement Agnès pour la remercier de s’occuper Chronos, le temps programmé, le temps linaire, le temps répétitif, les
de son fils, ce dernier est devenu tout rouge, a tiré sa mère par la manche heures, les jours, les nuits, les saisons…
et lui a dit « On n’embrasse pas les profs ! ». Kairos, c’est l’occasion, l’événement imprévu qui vient déprogrammer ce
qui est organisé et planifié à l’avance. Ce peut être un événement histo-
Avoir la bonne distance rique comme la chute du mur de Berlin, un événement personnel qui
Apprendre à avoir la bonne distance avec la personne avec qui on parle empêche d’arriver à l’heure au travail ou à un rendez-vous de dentiste.
n’a rien d’évident. Nous n’avons pas la même posture envers quelqu’un
qui est plus âgé que nous et quelqu’un de notre âge. Des situations dif- Il est clair que les sociétés occidentales sont plus structurées pour res-
férentes, entraînent des façons de se tenir qui se déclinent selon des pecter le Chronos, alors que les sociétés du Sud pencheront plus vers
modalités différentes. Tendre la main, embrasser, saluer seulement par le Kairos, même si ces différences ne sont pas irréductibles bien sûr, et
une expression verbale ? Autant de codes implicites qui dénotent une dépendent d’abord des individus. Pour l’exprimer autrement, il existe une
connaissance de l’environnement social dans lequel on se trouve et qui grande différence entre demain pour un français et Mañana pour un
ne va pas de soi. latino-américain qui peut vouloir dire, demain, bientôt, un de ces jours….

Autant de codes qui ne s’apprennent pas mais qui s’acquièrent dès le Ainsi la question du retard semble secondaire pour certains et très im-
plus jeune âge, entre autre par l’observation du milieu dans lequel on se portante pour d’autres, encore faut-il comprendre pourquoi et comment
trouve. Autant de codes qui peuvent être source de malentendus si on cela s’inscrit dans des relations au temps différentes.
ne les maîtrise pas… Autant « d’Évidences invisibles », titre d’un livre dans
lequel son auteure, Raymonde Carroll constate la fréquence des malen-
tendus interculturels entre Français et Américains et combien ils peuvent
être lourds de conséquences.

La relation au bruit et au silence


» Le trajet
Natalia
« 7.30, je sors de chez moi avec mon petit Romain.
Fabien Truong note que la relation au bruit est un code social qui s’ex- Je ferme la porte. On descend par l’escalier. Dans la rue
prime différemment selon les élèves. Cette question est éminemment c’est presque la nuit. On prend le bus n° 60 jusqu’à Jules
culturelle : pour qui a fait des études et a été habitué à se concentrer, le Joffrin. Tout le monde se dépêche. On prend la ligne 12
silence est une valeur importante. Pour certains en revanche, le silence de métro jusqu’à Notre-Dame de Lorette… on monte,
peut être oppressant, et le bruit a aussi une dimension d’évacuation, éva- beaucoup de monde, on marche à pied jusqu’au collège
cuer le malaise de se sentir dans un lieu intimidant comme un musée ou Paul Gauguin. Je parle avec le professeur de Romain, elle
une bibliothèque. Faire du bruit car on ne se sent pas vraiment à sa place, rit beaucoup. Après je reviens chez moi parce que j’ai
renvoie également à la différence entre l’oralité et l’écrit : on fait silence oublié mon sac.Tout le monde très pressé. Quand j’arrive
pour arriver à se concentrer pour écrire, mais l’expression orale est un chez moi, quelqu’un appelle, mais moi je ne réponds pas
mode d’expression tout aussi légitime qui peut stimuler la réflexion autre- parce que je suis très pressée. Je prends mon sac, je sors
ment. « Un jour, on comprendra peut-être que si on laisse les élèves faire de chez moi, et je prends la direction d’Adage. Je cours, je
un peu de bruit dans les musées, ils iront peut-être plus facilement vers suis très contente, parce que la météo est bonne.
les œuvres » souligne Fabien Truong.
Je me dis : dépêche, Natasha, dépêche, Natasha, dépêche,
Serge Paugam ajoute que la norme du silence, n’est pas universelle dans tu es en retard. »
les lieux sacrés. Contrairement à ce qui se pratique en France, en Russie,
dans les églises orthodoxes, lors des cérémonies, les gens parlent et se
promènent. Le silence n’est donc pas une valeur en soi, plus légitime que
le bruit. Là encore, il est conseillé de déconstruire les évidences…
34 35
Voyage à travers les codes et les représentations

Codes culturels et « entre-soi »


Une soirée à l’Opéra est remplie de codes implicites qui dénotent de la
permanence d’un entre-soi pratiqué par les spectateurs qui vont écouter
« Don Juan » ou « Rigoletto » : ne pas applaudir à la fin de chaque mor-
ceau, savoir quand il convient de le faire, ne pas chanter en même temps
que les interprètes (contrairement à ce qui se pratique en Italie) savoir
après combien de bis on est invité à se lever pour partir… Autant de
codes qui sont transmis à leur insu à des spectateurs qui ont baigné dans
la culture de la musique classique. Autant de codes qui excluent ceux qui
ne les connaissent pas.

L’entre-soi pour les classes très riches est une seconde nature, selon Mo-
nique Pinçon-Charlot.Cet entre-soi correspond à une volonté de trans-
mettre à la génération suivante les fortunes colossales que ces classes
possèdent, et de préserver des modes de vie qui favorisent la reproduc-
tion des privilèges. Ainsi, on n’instruit pas les enfants de ces castes très
riches, on les éduque pour qu’ils reproduisent le savoir vivre ensemble, le
savoir-vivre entre eux.

Ceci dit, tous les milieux sociaux produisent de l’entre-soi : lorsque des
conscrits se retrouvaient et évoquaient leurs années passées à l’armée, ils
construisaient à leur insu un entre-soi qui ne portait pas à conséquence.
En revanche, quand des élèves déclenchent des opérations de bizutage
pour s’inscrire dans une tradition bien établie par leurs pairs plus âgés, ils
reproduisent un entre-soi parfois dévastateur.

Passer d’un code à l’autre n’est pas facile. Vincent de Gaulejac a travaillé
sur les histoires de transfuge de classe et sur l’histoire de personnes ayant
changé de position sociale. Il cite l’exemple d’un couple issu d’un milieu
paysan. Madame est devenue infirmière et Monsieur est ingénieur chez
IBM, il s’agit donc d’une très belle réussite. Ce couple habite Grenoble.
Pendant 10 ans ils n’ont pas accepté d’invitation à dîner car ils ne savaient
pas comment la rendre, ils ne savaient pas comment faire pour inviter
des gens. Évidemment en refusant les invitations, ils ne pouvaient pas
apprendre et se trouvaient donc dans une situation d’isolement social car
chez eux, on n’avait jamais invité personne à la maison…
La timidité recouvre souvent l’intériorisation du fait qu’on est mal à l’aise
avec l’autre. C’est une réaction défensive contre ce malaise ressenti dans
le rapport à l’autre. La timidité n’exprime pas seulement un ressenti indi-
viduel, elle dénote souvent un mal être social qui traduit la difficulté de se
retrouver dans un milieu dont on ne connaît pas les codes.

L’aisance sociale et culturelle se trouve chez les personnes qui ont la


capacité de circuler dans des sociétés ou des groupes qui ont des codes
Photographie de mode, concert dans un salon -
sociaux différents. Aujourd’hui, la mondialisation des échanges a fait adve- Madeleine Vrament-Carven (1909-…. ?), Costumes civils
nir une société mondiale multi-culturelle. Il convient donc maintenant de français des origines à nos jours. Femmes - Séeberger frères,
préciser le sens à donner à la notion de culture. photographes. BNF - dpt. Estampes et photographie

36 37
Vivre dans un monde où circulent les cultures

VIVRE Culture
dans un monde et culture générale
où circulent les cultures Le terme latin « cultura » définit l’action
de cultiver la terre, au sens premier, et celle
de cultiver l’esprit, au sens figuré.
Le monde a toujours été multi-
Cicéron fut le premier des penseurs à appliquer
culturel, ce qui change aujourd’hui,
le mot « cultura » à l’être humain, « Un champ,
c’est l’ accélération
si fertile soit-il, ne peut être productif
de la rencontre entre les cultures
sans culture » disait-il
et la cohabitation de cultures
qui doivent apprendre La culture consiste dans l’instauration d’un ensemble de règles qui orga-
à se fréquenter et à se reconnaître. nisent les échanges entre les hommes et séparent durablement les socié-
Il est d’autant plus urgent tés humaines de l’état naturel, explique Claude Lévi-Strauss.
de comprendre comment existent
dans chaque culture, Pour l’UNESCO, « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui
des dimensions universelles être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et maté-
et des dimensions particulières, riels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe
autrement dit, de réfléchir social ». Autrement dit, elle ne fait pas référence seulement aux arts, aux
lettres, aux sciences, elle englobe également les modes de vie, les sys-
à ce qui distingue
tèmes de valeurs, les traditions, les croyances. Par ailleurs, la diversité est
et à ce qui rassemble. inhérente à l’idée même de culture, elle est donc constitutive des cultures.

Aux dires d’Élisabeth Collard, « la culture est pourvoyeuse de sens sur les
mystères qui nous entourent. Elle est comme un puits de réponses dans
lequel chaque personne recherche un moyen de s’expliquer le monde.
La culture est donc un ensemble de codes, de croyances, de représenta-
tions, autour desquels se retrouvent un certain nombre de personnes ».
Mais la culture renvoie également à un processus individuel que chaque
personne élabore, parfois à son insu, et qui lui permet de s’approprier une
certaine vision du monde. La culture évolue autant que les personnes qui
la portent. Ainsi elle est à la fois collective et individuelle.

Mais les personnes ne peuvent être enfermées dans des catégories ou


des cultures. Leur identité, oserons-nous employer ce mot controversé,
dépend autant de la culture dont elles sont originaires que de leur par-
cours propre, constitué d’influences, d’échanges, d’appropriations, de re-
jets et de particularismes…C’est ainsi qu’il n’existe pas une identité fixée
une fois pour toutes, dans un rapport figé à un passé idéalisé, mais des
identités en devenir qui se nourrissent autant du passé que des échanges
multiculturels du présent.

39
Vivre dans un monde où circulent les cultures

Par ailleurs, il y a une différence entre la culture prise comme un tout et


la culture générale qui représente la somme de connaissances qu’un indi-
vidu dit cultivé possède. En allemand, il existe deux termes qui renvoient
à ces deux conceptions de la culture : Kultur définit l’identité culturelle
globale d’un peuple ou d’une société, qui correspond à une somme de
valeurs reliées à une histoire, à des traditions. Bildung définit la culture
Le don
générale que possède une personne. La Bildung comporte par ailleurs, Un dénominateur commun
une dimension d’élaboration et de construction individuelle. à toutes les cultures
Toutes les sociétés, des plus développées aux plus traditionnelles, pos- la culture est ce qui structure en profondeur
sèdent une ou parfois plusieurs cultures… Autrement dit une femme les sociétés humaines, qui ne sont pas seulement régies
illettrée du Centre Afrique est reliée à la culture de la société à laquelle par les échanges économiques
elle appartient, tout comme un membre de l’Académie française… Ceci
n’empêche pas de penser que l’illettrisme est un fléau qu’il faut combattre, C’est ce qu’a particulièrement bien éclairé
et que l’Académie française est un monde très ritualisé, absolument Marcel Mauss, considéré comme un des pères
impénétrable pour la majorité des personnes qui habitent en France. de l’anthropologie française, qui a réfléchi à
La culture ne se réduit donc pas à l’expression des artistes, des créa- la façon dont s’organisent en profondeur les
teurs, des écrivains, et à la connaissance de leurs œuvres, même si c’est sociétés humaines. « L’échange est bien autre
l’approche qui définit le périmètre d’action du ministère de la Culture. chose qu’un phénomène économique » disait-il.
« Il trouve sa valeur profonde dans le fait qu’il

» Questionnaire de Proust
Lilian
« Le principal trait de mon caractère : la loyauté
instaure du social. C’est bien autre chose que
de l’utile qui circule… Il s’agit de quelque chose
de bien moins prosaïque que nos ventes et nos
achats, que nos louages de services ou que nos
La qualité que je préfère chez les hommes : le respect
jeux de bourse ».
La qualité que je préfère chez les femmes : la générosité
Mon principal défaut : calme tout le temps
Ce penseur philosophe, anthropologue et
Ma principale qualité : générosité
sociologue à la fois, a beaucoup réfléchi sur
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : l’ambition
l’importance du don, qui, pensait-il, existe dans
Mon occupation préférée : me promener avec ma fille
toutes les sociétés, depuis les débuts de l’hu-
Mon rêve de bonheur : mon bonheur c’est pour trouver Le timbre « En faveur du don du sang »
manité et comporte trois phases : l’obligation
un bon travail a été dessiné par René Dessirier
de donner, l’obligation de recevoir et l’obligation
Quel serait mon plus grand malheur : perdre mon père et a été émis en 1988, un an après
de rendre.
À part moi-même qui voudrais-je être : un bébé le lancement de « l’Année du bénévolat ».
Où aimerais-je vivre : au paradis Le don du sang est gratuit.
Toutes les sociétés humaines, qu’elles soient
Mon héros ou mon héroïne préféré(e) : Mandela Une « Journée mondiale du donneur
traditionnelles ou contemporaines, sont struc-
Le don de la nature que j’aimerais avoir : docteur de sang » est organisée le 14 juin,
turées par le don, et ce, quel que soit le système
L’état présent de mon esprit : fatigué chaque année depuis 2005, sous l’égide
économique dominant. Autrement dit l’échange
La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : parler » de l’Organisation mondiale de la santé57.
dans nos sociétés, régies par le capitalisme do-
La Fédération Française pour le don
minant, ne peut se réduire à une stricte logique
de sang bénévole regroupe 750  000
Le patrimoine culturel est à la fois matériel et immatériel, la diversité économique, mais comprendrait de multiples
adhérents et 2 750 associations.
culturelle est un élément déterminant de ce patrimoine, comme le définit manifestations de don.
10 000 dons de sang sont nécessaires
l’UNESCO : « Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en
chaque jour en France.
génération, est recréé en permanence par les groupes et communautés en Le bénévolat, exercé dans de multiples asso-
©René Dessirier ©La Poste
fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire ciations, en France, est un exemple parmi tant
et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à d’autres de la présence importante du don dans
promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ». notre société.

40 41
Vivre dans un monde où circulent les cultures

de l’extrême-droite, à la droite traditionnelle en passant par la gauche ou


l’extrême-gauche », dit-il.
Les rencontres entre les cultures font évidemment bouger les codes

Rencontres sociaux. Élisabeth Collard cite le cas d’amis qui se sont mariés pendant
leurs études, il est français, elle est colombienne. Lorsqu’elle arrive dans la
famille de son mari, son rire et sa joie de vivre transforment les attitudes
entre cultures et codes sociaux de cette famille quelque peu guindée : des comportements, comme rire
à table, qui étaient tabous, se sont frayé un chemin, dans cette famille où
Aujourd’hui la mondialisation fait se rencontrer le rire et la joie partagée n’étaient pas de mise.
les cultures comme jamais auparavant,
pour le meilleur, l’immense possibilité L’unité et la diversité sont indissociables pour permettre aux sociétés
de confrontation et d’échanges entre les peuples, modernes d’exister sans conflit. Ce qui nous rassemble nous permet de
et pour le pire : se multiplient aujourd’hui coexister ensemble et ce qui nous différencie permet aux individus d’ex-
les manifestations nombreuses de repli sur soi, primer leur singularité, leur particularité.
d’intégrismes de tous ordres, Ainsi, comme le dit Edgar Morin, « Les humains doivent se reconnaître
qu’ils soient religieux ou, parfois aussi, laïcs. dans leur humanité commune, en même temps que reconnaître leur di-
versité tant individuelle que culturelle.
Intégrismes car ils légitiment un système de valeurs
normatif, excluant la pensée de l’autre, excluant

»
parfois l’autre, tout simplement
Au « début »
Entendre des partis extrémistes se réclamer de la laïcité pour exclure Judith
les populations, par exemple de confession musulmane, est contraire à « Au début il n’y avait ni ma mamma ni mes sœurs ni mes
cette valeur fondamentale de la République française. amis ni la liberté pour sortir ni mes plats préférés ni la
De fait, la pluri-appartenance est devenue la norme alors qu’auparavant plage ni un bon « ceviche » ni notre maison ni la crise
c’était l’exception : on ne peut plus classer les gens aussi facilement, que économique ni la musique latine.
ce soit par catégorie socioprofessionnelle, que ce soit par modes de Au début il y avait seulement la joie, avec ma mère, ma
consommation, que ce soit par pratiques culturelles ou sportives ou par famille, mes voisins et mon quartier. »
style vestimentaire. Qui aurait eu l’idée de porter un jean pour aller au
bureau dans les années 1950 ? C’était réservé aux fermiers américains ou
à la jeunesse en révolte. Rappelons la très belle interprétation de l’acteur
James Dean, dans le film « La Fureur de vivre ». Aujourd’hui, le jean est Tradition
porté par de nombreuses classes sociales, selon des codes subtils qu’il
conviendrait sans doute de décrypter.
orale ou écrite :
des rapports différents au savoir
Les références idéologiques se sont transformées également en France.
Aujourd’hui, une pluralité de mécanismes et de composantes se met en Ceci dit, les brassages entre les cultures mettent en jeu des différences
branle pour définir les opinions d’une personne. Vincent de Gaulejac plus fondamentales comme le rapport au savoir. Pour Marie-Rose Moro,
explique que, dans ses séminaires « Roman familial et trajectoires idéo- le rapport au savoir est un code : comment on apprend ? Qu’est-ce qu’on
logiques », les composantes sont liées à la position familiale, à la position apprend ? Pourquoi on apprend ? En France et dans les sociétés occiden-
sociale, à la religion, à des influences extérieures au cercle familial, mais tales, le rapport au savoir est lié d’abord à l’importance de l’écrit, parce
surtout à ce qu’en font les gens individuellement. « Ainsi, auparavant, on qu’il y a quelque chose d’écrit qui fixe le savoir, dit-elle.
voyait des familles catholiques bourgeoises, de droite qui retransmettaient Le rapport au savoir est lié aussi à la représentation que l’on a des en-
les mêmes valeurs pendant des générations, et des familles ouvrières fants et des adultes. Aujourd’hui, dans la société française, les enfants sont
communistes dans lesquelles fonctionnait également une transmission des individus à part entière, comme les adultes, ils s’adressent à eux, les
de génération en génération. Aujourd’hui dans une même fratrie, vous regardent dans les yeux, leur posent des questions sur tout. C’est une
pouvez avoir des gens qui se situent dans toutes les familles politiques appropriation active du savoir.

42 43
Vivre dans un monde où circulent les cultures

Unité
et diversité
Se rencontrer à travers des pratiques
culturelles menées en commun

Apprentissage de la lecture : Dans d’autres sociétés, non occidentales, les anthropologues expliquent
méthode syllabique
que le rapport au savoir se construit selon un modèle différent, il se
illustrée ; premier livret -
René Jolly. Paris, F. Nathan construit dans la durée et selon sa classe d’âge. L’enfant est différent de
éditeur, 1930 / BNF, l’adulte, explique Marie-Rose Moro : « il n’a pas encore accès au savoir ; donc Ecole de cuisine
à Madrid : préparation
dpt. Littérature et art il va mûrir en ayant des interactions différentes avec sa classe d’âge, avec un
et présentation
savoir qui est beaucoup plus oral.(…) C’est une sorte de mûrissement qui, des gâteaux et friandises,
pour nous, a l’air passif, mais qui ne l’est pas. On se prépare, et donc nous Contreras y Vilaseca
acceptons que les enfants aient une temporalité différente de la nôtre. (Agence de presse),
diff. par l’agence Mondial,
D’ailleurs, les parents qui ont ce type de rapport au savoir, par exemple
Paris, 1933.
en Afrique de l’Ouest, et qui vivent en France, ne comprennent pas quand BNF, dpt. Estampes
on leur dit que leur enfant a un problème parce qu’il ne sait pas lire à Noël. et photographie
Ce n’est pas parce qu’ils démissionnent – quand je lis ça, encore au-
jourd’hui, ça me fait bondir – simplement, ils n’ont pas le même rapport Le 2 novembre 2001, quelques semaines après les événements du
au savoir. Ils ne s’inquiètent pas, et ils ont raison, parce que nous, notre 11 septembre, la Conférence générale de l’Unesco portait sur la diversité
rapport au savoir, très actif, est un rapport qui est finalement très nor- culturelle. En s’appuyant sur cette tragique actualité, l’UNESCO réaffir-
matif et qui, d’un certain point de vue, ne correspond pas, à ce que nous, mait la nécessité du dialogue interculturel, facteur de paix et de recon-
pédopsychiatres, nous décrivons du développement de l’enfant. Quand naissance mutuelle.
on m’envoie des enfants qui ne savent pas lire à Noël, j’explique que la
plupart du temps, ces enfants n’ont pas de problèmes, ils sont dans une Pour que ces déclarations ne restent pas lettre morte, rien ne vaut
temporalité différente ». les pratiques communes. Partager des pratiques culturelles, que ce soit
en faisant de la musique, de la cuisine ou en suivant un atelier d’écriture
Dans des sociétés de tradition orale, ou qui restent encore fortement permet de faire bouger les représentations que chacun a des codes de
marquées historiquement par la tradition orale, même si elles sont deve- l’autre, de construire des codes communs, un langage commun et donc
nues écrites, on s’approprie le savoir parce qu’on est prêt, on n’a pas posé des valeurs communes, autour de ce qui fait sens pour tous, explique
de questions aux adultes, mais on est prêt à rentrer dans un savoir plus Vincent de Gaulejac. Il prend l’exemple de la cuisine : « Pour faire de bons
abstrait, prêt à apprendre à lire. plats, il faut utiliser des ustensiles précis mais aussi de bons produits. On ne
peut pas faire une omelette dans n’importe quelle poêle. Le bel ouvrage
ne peut se faire qu’avec de belles manières et de bons outils, au sens
artisanal du terme, au sens des artisans, des compagnons, des maîtres ».

Tout comme les multiples outils nécessaires pour réaliser une recette
unanimement appréciée, les habitudes culturelles de chacun s’incarnent

44 45
en valeurs qui peuvent être reconnues par tous.
Ainsi, les codes sociaux sont comme les langues : mieux vaut en maîtriser
plusieurs, ou au moins savoir qu’ils existent, qu’ils sont différents des siens,
et également porteurs de valeurs.

Reconnaître la légitimité de la différence est essentielle. Dans la relation


qui se construit avec les publics venus d’ailleurs, cette prise en compte de
la valeur de l’expérience singulière, de la culture de l’autre est au cœur
Aborder les codes sociaux
de la pratique de la médiation que nous allons évoquer dans cette
deuxième partie. avec les publics

» La photo imaginaire
Shaista
Cette photo est dans le centre de formation.
Je la vois tous les jours.
C’est la photo d’une femme orientale,
elle s’appelle Aïsha,
on croirait qu’elle est marocaine,
elle est habillée d’une très belle robe
et d’une très bonne couleur. Cette deuxième partie se propose d’apporter des éléments pratiques
À côté de son dessin un collier de croix, pour mieux appréhender la relation à l’autre.
il exprime sa religion. Elle vise à soulever des questionnements, à faire émerger
La femme est très jolie et jeune. des réflexions personnelles sur la transmission des codes sociaux
Dans un grand cadre. et les échanges interculturels.
J’entends sa culture. Des clés de compréhension et des suggestions d’outils
Elle sent bon.
seront proposés.
Tu es là, Shaista, et tu aimes bien
son prénom Aïsha
et sa robe de couleur.
En toi-même tu penses :
« Je pourrais dessiner cette photo ».

46
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur

QUESTIONNER Co-construire
sa relation à l’autre : réflexions un cadre commun
sur la posture du formateur Pour permettre une relation de confiance
unissant les formateurs
Les fonctions d’accompagnement et les personnes qu’ils accompagnent,
des publics vers l’emploi, l’autonomie des fondations doivent être solidement installées.
sociale, l’apprentissage de la langue, etc., Et ce, quelle que soit la durée du parcours commun,
de quelques heures à quelques mois

?
impliquent de l’accompagnateur un travail
sur les taches qui lui incombent
Poser d’emblée un cadre commun permettra à
mais également sur sa posture. chacun d’exprimer ses attentes et ses besoins
Il ne s’agit pas seulement à soi, mais aussi de verbaliser ses objectifs.
de transmettre une liste de codes sociaux La co-construction d’un tel cadre peut d’ores
indispensables pour vivre ensemble et déjà servir à expliciter un certain nombre
dans une société donnée, de codes (par exemple éteindre son téléphone
mais de co-construire un lieu de parole portable, ne pas manger en cours, ne pas quit-
où chacun se sentira en droit ter la salle, etc.).
de poser des questions, de suggérer Pour que ce cadre soit cohérent et efficace, cer-
des idées, d’expliquer des points de vue. tains éléments sont indispensables.

Le cadre sera co-construit : puisqu’il engage


« Ce n’est pas la France toutes les personnes participant à l’atelier, cha-
vs. Ailleurs » cun doit pouvoir y contribuer. La parole sera
« Ce que j’essaie de transmettre, que ce soit à donnée à tous les participants qui définiront
un public de formateurs ou à des personnes en quels sont leurs objectifs et les conditions qui
formation linguistique, c’est justement de travailler leur permettront de les atteindre. Prioriser les
sur sa place et sa posture. Sans doute, cela fait appel règles et expliquer celles qui sont plus ou moins
à différents codes, mais ce qui est central dans ce
négociables, permettra d’engager la discussion
que j’essaie d’apporter aux personnes que je forme,
c’est d’avoir une écoute active de l’autre. Bien qu’il
et de définir un cadre commun.
soit anecdotique, le point de départ est le support
(cela peut être un fait de société par exemple). Le cadre sera immuable : si l’une des règles
Puis on élargit, on questionne, on demande ce qui n’est pas respectée, le cadre perdra toute crédi- Les codes sociaux dans
les étonne, ce qu’ils reconnaissent, on demande bilité dans la mesure où chaque élément pourra les lieux publics :
si c’est la même chose pour eux. Attention on être négocié. Par conséquent, il est important le téléphone portable.
ne demande pas si c’est la même chose « chez de se questionner sur le sens des règles et sur
eux », ce n’est pas la France vs. Ailleurs. On est leur pertinence.
toujours l’étranger de l’autre. On est différents,
et c’est important de se rendre compte que
l’autre va réagir différemment, donc on en parle. »
Le cadre sera appliqué par tous, à commencer
Emmanuelle Daill, par le formateur, l’accompagnateur : si je ne res-
formatrice de formateurs indépendante. pecte pas le cadre, comment puis-je exiger des
autres qu’ils le respectent ?

49
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur

Les règles du cadre seront définies clairement : donner des éléments


factuels permettra une meilleure compréhension des règles. « Respecter

Établir
les horaires » ne sera pas suffisamment explicite, nous lui préférerons par
exemple : « L’atelier débute à 9h, l’arrivée ne pourra se faire au-delà ».

Les objectifs seront expliqués : pour comprendre les visées et les consé- une relation de reconnaissance mutuelle
quences de chaque règle du cadre, une discussion doit s’engager autour
de chaque notion abordée. Le cadre doit faire sens pour les personnes Le point de départ d’une reconnaissance
qui devront le respecter. Expliciter les règles permettra de mieux les com- mutuelle est la responsabilisation de chacun :
prendre, garantissant ainsi un peu plus leur respect. de soi et de l’autre. En permettant
au public accompagné d’être responsable
Le cadre sera affiché : il sera visible en permanence et chacun pourra s’y de ses actes, le formateur lui permettra
référer, à tout moment, en cas de besoin. d’acquérir une certaine autonomie

Pour cela, le formateur ou l’accompagnateur tâchera dans sa pratique


OUTIL : ADAGE, RÈGLEMENT INTÉRIEUR quotidienne, d’inciter à faire plutôt que de faire à la place de. L’accompa-
gnateur tient un rôle de médiateur entre la société ou les institutions, et
À chaque début de formation, Marie-Christine Kauffman, formatrice au sein de l’association ADAGE,
consacre un temps à l’explication du règlement intérieur de l’association.
leurs usagers, en établissant des passerelles entre ceux-ci. En aucun cas
il n’agit à la place des usagers, des publics qu’il accompagne, mais il leur
« Dans le règlement intérieur, il y a énormément de thèmes qui peuvent donner lieu à permet d’agir et renforce ainsi leur accès à l’autonomie.
des discussions sur les codes sociaux. Le travail réalisé ensemble sur ce document permet
de poser les règles de vie communes à ADAGE : on parle de l’utilisation du téléphone
portable, des horaires, de ce que signifie « être à l’heure » mais aussi de la nécessité
d’enlever son manteau, de ne pas écouter de la musique pendant la formation… On « Inviter les publics à être observateurs de
aborde également les obligations et les sanctions qui s’imposent aux stagiaires, par exemple la société »
l’interdiction de fumer dans les locaux ou encore d’adresser des insultes. On échange sur « En tant que formateur auprès de migrants, nous ne sommes ni des ambassadeurs
l’importance d’avoir des lois et de les respecter, des sanctions, de la discrimination… Enfin, de la langue, ni des ambassadeurs du pays d’accueil. La chance que l’on a avec un
le lien est fait avec le monde du travail qui attend les stagiaires. Qu’est-ce qu’un règlement public migrant, contrairement aux apprenants à l’étranger, c’est que les personnes
intérieur dans le monde du travail ? Est-il obligatoire ? À partir de combien de salariés ? vivent dans la société française et je pense que notre rôle c’est aussi leur donner
Où le trouver dans l’entreprise ? etc. On parle aussi de la nécessité de travailler ensemble les moyens d’apprendre par eux-mêmes, d’être observateurs, d’être toujours
dans une équipe, même si on ne s’est pas choisis, d’accepter l’autre avec ses différences dans l’observation pour justement comprendre ces codes parce qu’on ne pourra
(aimer/se faire aimer). jamais tous les aborder. C’est tellement subjectif, il est difficile d’en dresser une
Le règlement est lu, commenté et réfléchi ensemble. C’est un document de travail liste, mais notre posture est d’inviter les personnes à être observatrices de la
linguistique notamment sur le vocabulaire juridique « obligations et sanctions » qui se société dans laquelle elles vivent. […] Le danger ça pourrait être l’acculturation
retrouvent dans d’autres contextes. C’est plus largement un document de compréhension en n’enseignant qu’avec des « en France, c’est comme ça », et en ne prenant pas
/ appropriation des lois auxquelles nous sommes soumis et donc d’intégration. C’est enfin en compte le vécu et tout le bagage qu’ont les personnes en amont. Ça serait les
un document contractuel, d’engagements réciproques, signé conjointement par la stagiaire infantiliser ou les blesser que de faire l’impasse sur ce vécu. »
et ADAGE et dont chacune des parties garde un exemplaire. Valérie Skirka, formatrice de formateurs indépendante.
Cela permet d’évoquer la valeur de la signature : nous sommes dans une société de droit
écrit. À partir du moment où l’on a signé un document, on est engagé. On recommande
aussi de faire attention à ne rien signer si les stagiaires n’ont pas compris ou n’ont pas lu le Le rôle de l’accompagnateur est justement d’expliciter des codes pour
document qui leur est soumis. On a toujours le droit de prendre le temps de comprendre aider à mieux comprendre et se sentir à l’aise dans une société donnée.
lorsque l’on signe quelque chose car cela signifie que l’on est engagé. » Et puis enfin, Pour qu’une personne se sente légitime dans une institution, la responsa-
l’importance de classer et conserver les documents. » biliser en la préparant à la situation lui permettra de mieux se l’approprier.
Marie-Christine Kauffman, formatrice à l’association ADAGE. Pour cela, il ne suffit pas uniquement de présenter des codes sociaux
mais de les pratiquer au quotidien, dans des mises en situation réelles.

50 51
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur

Faire confiance à l’autre, le considérer comme une personne capable d’agir Le formateur ou l’animateur n’est pas le seul à détenir un savoir que
lui permettra de gagner en assurance et de rééquilibrer la relation entre les autres ignorent. De par leurs diverses expériences migratoires, fami-
le formateur et l’apprenant. liales, professionnelles ou autres, les personnes accompagnées disposent
également de compétences et de connaissances – parfois peu connues
Le formateur pourra également inciter le public qu’il accompagne à de la personne qui les accompagne, qui méritent d’être prises en compte
se positionner en observateur de son environnement. Plus il tentera et valorisées. L’espace de parole proposé aux participants des ateliers
d’éveiller cette curiosité chez ses interlocuteurs, plus ils parviendront à devrait leur permettre de les exprimer. Les thèmes abordés lors d’ateliers,
agir seuls dans les différents espaces sociaux. Le public pourra progressi- de formations ou de sorties, seront alors enrichis par les expériences de
vement apprendre à identifier les codes sociaux, les reconnaître puis les chacun, et ainsi le contenu gagnera en interactivité.
connaître et les maîtriser. Solliciter les savoirs et les savoir-faire de chaque participant permettra à
l’accompagnateur d’aborder des notions plus ou moins complexes mais
Pour que la relation entre les accompagnateurs et les publics qu’ils ac- également de gérer des situations d’incompréhension ou de conflit.
compagnent soit équilibrée, l’établissement d’une confiance réciproque Lorsque le formateur se retrouve face à une situation pour laquelle il n’a
est assurément indispensable. pas les compétences ou les connaissances pour s’en sortir, il doit être en
Faire confiance à l’autre induit de la part du formateur une certaine mesure de s’appuyer sur le groupe pour faire émerger des solutions.
curiosité pour la personne qu’il accompagnera dans son parcours. Reconnaître qu’il ne sait pas ou n’est pas capable de répondre à une
En offrant un espace de parole libre aux participants, il permettra à cha- question, lui permettra de prendre le recul nécessaire pour aborder la
cun (y compris à lui-même) de s’enrichir des expériences des autres, et situation. S’adresser au « groupe-ressource » permettra de rendre les
aux participants de se sentir en confiance. personnes accompagnées actives.

« Je ne suis pas celui qui sait » Le formateur


sur son piédestal,
« Je ne me présente jamais comme celui qui sait. Lorsque nous visitons avec nos une posture à éviter
publics des musées ou des expositions en rapport avec la culture et l’histoire « les publics
musulmane, voire la création du Coran, si j’emploie un mot en langue arabe, ont des connaissances
je m’excuse auprès des personnes présentes pour ma prononciation et leur que le formateur n’a pas »
demande de me corriger, c’est une astuce personnelle, un moyen de les faire « Il y a un moment où le formateur n’est plus
participer. Elles me reprennent, si besoin est, et de ce fait participent à l’échange compétent, il n’a pas les compétences sur tout.
des « savoirs ». Être en présence d’une personne ouverte à leur culture, à leur Et pour que le partenariat se passe bien, il faut
histoire, permet l’établissement d’une sorte de confiance propice aux échanges que chacun se rende compte de ce que l’autre
interactifs. Nous ne menons pas nos visites d’une façon professorale avec un état peut apporter. Dans la mise en pratique, les
de « maître à élèves ». publics sont très actifs.
J’aime leur raconter de belles histoires issues du patrimoine littéraire arabo- Je me souviens un jour d’un formateur qui
musulman, de façon à faire découvrir à certains la richesse et la diversité d’une était très fâché parce qu’on le faisait travailler
pensée propre à leur pays. Dans tous les mythes et légendes on trouve une sur la CAF [Caisse d’Allocations Familiales] et
« morale » qui transcende les origines géographiques. Lorsque j’emmène un il disait « de toute façon, la CAF, je n’y connais
groupe visiter le département des antiquités orientales du Louvre, je raconte rien, les dames de mon groupe connaissent
l’histoire de Gilgamesh « le grand roi qui ne voulait pas mourir ». Ce roi demi-dieu mieux que moi ». C’est possible. Il est possible
qui se croit tout permis, qui opprime son peuple et dont les dieux, à la requête de qu’on aborde des choses pour lesquelles les
celui-ci, envoient un être fruste mais pur lui tenir tête, un être qui va gagner son publics ont des connaissances que le formateur
respect et par là même lui inculquer celui des autres, des faibles, en lui montrant n’a pas. Les formateurs par exemple ne
les devoirs, la responsabilité qui incombent à celui qui détient force et pouvoir. fréquentent pas régulièrement la Préfecture,
Je suis toujours ému de voir les réactions des publics que j’accompagne, demandes la CAF ou la PMI [Protection Maternelle et
d’ouvrages, de titres de référence, qui en découlent (poésie de l’arabe classique, Infantile], alors que les publics, oui. »
légendes, etc.), une sorte d’émerveillement et de soif, d’élan vers le monde… » Blandine Forzy, coordinatrice des projets du RADYA.
Frédéric Dufour, référent culturel au Secours populaire Français.

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Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur

Construire comprendre aux personnes qu’il accompagne


qu’elles peuvent faire le choix de s’approprier
une relation interactive ou non des codes.
Le formateur fournira des informations sur les
Dans sa manière d’aborder les codes sociaux, potentielles conséquences résultant du respect,
le formateur ne se pensera pas uniquement ou inversement, de la transgression des codes.
transmetteur de codes sociaux, Par conséquent, les éléments qu’il utilisera se-
ront purement factuels et dénués de jugement.
mais également décodeur et receveur.
En partant du postulat qu’il n’y a pas une seule
Les rappels à la loi ou à l’Histoire pourront per-
vérité, mais différentes manières de voir, mettre à l’accompagnateur de s’appuyer sur des
de faire, de comprendre, le groupe faits concrets pour expliquer des codes admis
pourra intervenir pour co-construire par la société. En effet, le contexte légal et histo-
le contenu de l’accompagnement rique influence très certainement les mutations
des sociétés.
En ayant une « assise » stable avec leur identité culturelle, les parti-
cipants pourront mieux appréhender les codes sociaux auxquels ils Présenter la fête nationale
seront initiés. Si nous prenons l’exemple de la transmission de la langue d’un pays permet d’aborder les codes sociaux.
maternelle, de nombreuses études ont démontré qu’il était important En France, le 14 juillet peut être associé à un défilé militaire,
un feu d’artifice ou encore au « bal des pompiers ».
que les parents migrants la transmettent à leurs enfants scolarisés en Dans certains pays anciennement colonisés,
France : mieux l’enfant est structuré dans sa langue maternelle, mieux il la fête nationale est avant tout la fête de l’indépendance.
sera structuré dans sa langue d’apprentissage, en l’occurrence le français. Il est intéressant de questionner les représentations
C’est pourquoi il ne faut pas perdre de vue l’intérêt de valoriser tout ce des fêtes nationales ainsi que les manières de les célébrer.
que les personnes accompagnées sont et ont acquis, et s’en servir pour
enrichir le groupe. Le formateur ne cherchera pas à annihiler leur identité
culturelle ni leur personnalité, mais à leur proposer d’ajouter ces codes à
ceux qu’ils possèdent déjà ; de plus, il saura lui-même où se positionner. OUTIL : UTILISER LES ÉLÉMENTS DU QUOTIDIEN
Chistophe Guichet, comédien et formateur au sein de l’association ADAGE, utilise différents outils de la vie
Le rôle du formateur n’est pas d’asséner des vérités (d’autant plus quotidienne et du monde environnant, pour aborder les codes sociaux. Il peut introduire le thème des jours
lorsqu’il s’agit d’éléments aussi implicites et subjectifs que les codes sociaux), fériés, des fêtes religieuses, des vacances scolaires, etc., via un travail autour du calendrier. Si l’on choisit
la Toussaint par exemple, chacun peut évoquer sa façon de faire le deuil, de fêter les morts, de se recueillir.
mais d’apporter des éclairages sur des questionnements qu’il aura suscités.
On peut également aborder la laïcité à travers les fêtes religieuses. Christophe Guichet invite également
Il offrira des clés de compréhension sur la société et permettra de faire les stagiaires de l’association à observer le monde qui les entoure simplement en se promenant dans leur
quartier. Il utilise le monde environnant pour éveiller leur curiosité et soulever des interrogations.
« Je crois que les codes sociaux permettent aussi de tout faire pour que la personne qui
« Ils nous apportent autant s’inscrit dans la société européenne ou la société française puisse être aussi concernée par
que nous » le monde qui l’entoure et non pas étrangère au monde dans lequel elle vit, de ne pas être
« D’une certaine façon, notre travail impose une certaine discipline dans le exclusivement et nécessairement préoccupée par ses propres difficultés, à savoir avoir un
groupe. Il n’y a pas un aspect de maître à élève, mais de respect mutuel. Il y a la travail et un toit, que la vie c’est aussi autre chose, c’est ce qui nous entoure. Lorsque je
posture de quelqu’un qui a des choses à partager à des gens qui ont des choses à commence une formation avec un groupe, je travaille sur les dates fériées du calendrier, ce
apprendre, donc il y a un échange de regards, il y a une présentation de postures qui me permet d’aborder vraiment la société française dans ses grandes lignes. […] Puis
en face à face qui fait qu’il y a forcément la position du corps et la disponibilité du on sort se promener dans le quartier, on observe les immeubles haussmanniens, on
regard qui font passer un code qui consiste à codifier une relation de quelqu’un s’arrête dans les cafés pour expliquer ce qu’est la licence IV, etc. Ce n’est pas rien : ce sont
qui écoute à quelqu’un qui parle. Et les rôles s’intervertissent : nous rencontrons des femmes qui sortent dans la rue avec un homme. On rigole, on s’arrête dans des cafés.
des personnes qui nous apprennent autant de choses que nous leur apprenons. » Outre l’explication de la loi, comme par exemple l’interdiction de vendre de l’alcool aux
Julie Bellamy, Marion Mabille & Sylvie Turpo, médiatrices culturelles à la BNF. mineurs, il y a plein de choses qui m’échappent qui se jouent… »
Christophe Guichet, comédien et formateur à l’association ADAGE

54 55
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions

SE CONFRONTER Les stéréotypes


à la différence, réflexions Les stéréotypes sont des croyances partagées,
appliquées à un groupe de personnes en raison
sur des incompréhensions de certaines caractéristiques communes.
Dans un environnement multiculturel
Dans toute relation, chacun se fabrique comme celui dans lequel évoluent
une image tout à fait personnelle les formateurs, les médiateurs,
de la personne qui se trouve face à lui. des stéréotypes peuvent faire surface.
Tout l’enjeu de la relation entre Afin d’assurer une certaine cohésion
l’accompagnateur et la personne accompagnée dans le groupe et de prévenir les tensions
est de parvenir à prendre conscience ou les conflits basés sur ces stéréotypes,
de ces représentations que l’on se fait il est essentiel de les expliciter, de prouver
de l’autre, et de tenter de les dépasser qu’ils sont fondés sur des croyances
pour ne pas enfermer l’autre et non sur des vérités générales
dans des catégories.

« Les façons
de faire ne sont pas
les mêmes partout »
« Tout comme les bénévoles ont leurs
représentations, les apprenants qui arrivent en
cours ont les leurs et pour eux, c’est comme
ça que ça marche. Ils pensent que les codes
de leur pays sont transposables en France. Par
expérience on sait que non mais on se fait quand
même encore avoir par moments. Il y a des
questionnements du type « Il m’est arrivé ça,
et je n’ai pas compris, peut-on m’expliquer ? »
plutôt que « Comment ça marche ? ». Par
exemple « j’ai fait la queue à la CAF et on ne
m’a pas pris. Je n’ai pas compris. » La personne
ne savait pas qu’elle devait prendre un ticket,
qu’elle devait prendre un rendez-vous, qu’elle
n’avait pas suivi la procédure, ou qu’elle avait
dit quelque chose qu’il ne fallait pas dire.
Quand quelqu’un arrive à l’accueil et dit « Tu Réfléchir à sa perception individuelle permet de prendre de la distance
me fais le papier », ça ne passe pas. Il faut dire par rapport à l’idée préconçue que l’on a de l’autre.
bonjour, s’il te plaît, vouvoyer etc. Les façons Si les représentations sont inconscientes, le fait de les repérer et de les
de faire ne sont pas les mêmes partout. » mettre à distance permet de ne plus catégoriser l’autre, de ne plus l’en-
Claire Verdier, Formatrice et formatrice fermer dans l’image que l’on se fait de lui au risque de le stigmatiser.
de formateurs au CEFIL.
57
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions

Outil : Faire tomber les stéréotypes en classe de FLE


Emmanuelle Daill, formatrice et formatrice de formateurs indépendante, propose une activité à utiliser
en groupe dans une classe de FLE (Français Langue Étrangère), destinée à faire émerger des stéréotypes,
permettant de confronter les points de vue et d’échanger sur ces idées fondées sur des préjugés. Une relation de pouvoirs parfois
« Voici une idée intéressante à tester dans un groupe pour travailler sur la perception que
l’on a de l’autre et lutter contre les stéréotypes. Je peux faire intervenir cela dans un cours asymétrique
de FLE par exemple. Il faut que le groupe soit constitué d’une vingtaine de personnes. Au Dans la relation établie entre l’accompagnateur
début, les participants se mettent par deux et doivent, à partir de leur expérience, de
et les personnes accompagnées,
leur perception, dresser une liste de cinq caractéristiques sur les Français, « les Français
sont… ». Après, chaque binôme se regroupe avec un autre binôme, donc à quatre, ils il est important de se questionner sur les positions
mettent en commun leur liste et doivent trouver un consensus sur cinq caractéristiques. de chacun dans le groupe. Bien souvent,
Ensuite, les groupes s’agrandissent petit à petit et on compare à chaque fois les listes de du fait de son rôle de « sachant », le formateur est
caractéristiques. À la fin, on se retrouve tous, et je leur demande de comparer avec la d’ores et déjà dans une position « haute »
première liste. On se rend compte de la perception. La perception qu’à deux, on était par rapport à celle de « l’apprenant »,
assez rapidement d’accord sur les cinq caractéristiques communes, et finalement ce ne la personne qu’il accompagne, qui se trouve,
sont pas les mêmes que les autres, qu’il faut discuter, échanger, se mettre d’accord. Cette elle, dans une position « basse »
simple activité permet de relativiser les points de vue et de se dire « peut-être que je
me trompe finalement, peut-être que c’est juste ma perception des choses ». Et après je Cette hiérarchie peut mettre en place un rapport de force implicite.
leur demande de faire la même chose avec ce que l’on dit des personnes originaires de Afin que chacun trouve sa place dans le groupe et se sente légitime, il est
leur pays et on compare avec les autres, on échange, on compare les perceptions et on se important de rétablir un rapport de pouvoir symétrique dans la relation.
demande à quoi ça sert de parler comme ça. » De plus, les représentations des rôles de chacun peuvent fortement va-
Emmanuelle Daill, formatrice et formatrice de formateurs indépendante. rier d’une culture à une autre, d’un individu à un autre.

« Il y a, dans nos rapports,


« T’es quoi ? » une inégalité de statut »
« Quand je suis arrivée en France, il y a six ans, on me posait toujours la « Lorsque je démarre avec un groupe de stagiaires, je commence
question « t’es quoi ? ». On ne me demandait même pas « t’es de quelle souvent par un travail autour du calendrier, qui me permet d’aborder
origine ? » et ça me faisait mal de répondre. J’avais envie de dire « je suis l’organisation de la société française, les jours fériés. J’aborde toujours
une femme, j’ai trente ans et voilà, je suis roumaine ! » Ensuite, il y avait les dates qui concernent les droits des femmes et permettent de
tous les clichés sur la Roumanie qui tombaient avec… Ça faisait mal. constater que ce que notre pays dit des droits de l’homme n’a pas
J’ai eu un mouvement de rejet à un moment donné. J’ai choisi d’étudier toujours été en avance par rapport à d’autres et d’initier de nombreux
la phonétique en espérant pouvoir enlever un peu mon accent, jusqu’à débats autour de sujets de société : relations hommes/femmes,
ce que je comprenne que ce n’était pas ça le problème. J’avais tendance égalité professionnelle, droit à disposer de son corps : contraception,
même à ne pas faire de plats roumains et à dire que ça ou ça était avortement…
bon alors que non. Je me suis remise à faire des plats roumains, je L’objectif n’est pas de donner une standardisation de la communication
suis roumaine, tant pis je suis comme ça et ils n’ont qu’à dire ce qu’ils mais des clés de décryptage qui permettent de faire le choix d’adopter
veulent. Donc, ça me paraît important de dire aux personnes migrantes ou de transgresser les codes en vigueur, dans la société, dans le monde
qu’on a dans nos ateliers de français à visée professionnelle qu’on peut du travail. Les femmes que nous suivons ont une telle représentation de
faire quelque chose en France sans forcément passer pour un Français la société riche et soi-disant supérieure, dans laquelle nous évoluons,
ou tellement se franciser, il faut juste être soi-même. » qu’elles ne s’autorisent pas à dire, à rêver, à être…
Lavinia Boteanu, responsable des ateliers de français à visée professionnelle 50% de mon travail est déjà accompli du fait que je suis un homme face
dans l’association Autremonde. à un groupe de femmes et que nous soyons dans un rapport d’égalité. »
Christophe Guichet, comédien et formateur à l’association ADAGE.

58 59
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions

Dans une démarche d’apprentissage par exemple, la vision du « profes- de chacun et ainsi prendre de la distance par rapport aux nôtres. Discuter
seur » et celle de « l’élève » sur leurs rôles, comportements et devoirs les traductions permet de lever certains implicites, notamment sur des
l’un envers l’autre, peut être très différente selon les environnements notions abstraites.
culturels de chacun. Remettre en question ou non l’autorité de l’ensei-
gnant, se permettre de le contredire, prendre la parole s’il ne la donne
pas, etc., sont autant de situations liées aux codes sociaux qu’il est impor-
tant d’anticiper et d’expliciter.
Le rétablissement d’une relation symétrique ne pourra se faire que si
chaque culture est appréhendée sur un pied d’égalité. Par conséquent, le
formateur doit avoir conscience qu’il n’a pas uniquement pour objectif
d’intégrer les participants à la société française par une adhésion com-
plète aux valeurs et aux codes de la France. Il pourra tout à fait insis- Les expressions imagées
ter, auprès des participants, sur l’importance de conserver leur identité sont représentatives
culturelle tout en s’appropriant de nouveaux codes qui leur permettront des différentes perceptions
d’être à l’aise dans la société d’accueil. du monde. Ce sont
des implicites qui ne vont
pas de soi. Elles peuvent
être le support d’échanges

L’influence de la langue sur les intéressants avec les publics.

représentations
Ici, l’expression « Tomber
dans les pommes ».

Si les représentations que l’on a de l’autre,


qu’elles soient fondées ou non, « Ce n’est pas en leur expliquant
sont des manifestations naturelles, que la France est un pays laïc
les repérer et prendre du recul qu’ils vont l’intégrer »
par rapport à celles-ci est central « La religion était un sujet duquel on pouvait parler, contrairement à
dans la démarche interculturelle engagée dans certaines associations. On prenait en compte le fait qu’on avait
par le formateur ou le médiateur un public musulman en face de nous et qu’il y avait des choses qu’il ne
comprendrait pas du tout.
La langue est l’un des « décodeurs » de représentations culturelles. Si on prend l’exemple de la laïcité, ça ne veut rien dire pour eux [public
Elle permet de faire ressortir des réalités culturelles et aide la personne à de mineurs isolés afghans], c’est une chose inimaginable, une notion
comprendre la perception de l’autre, parfois très différente de la sienne. qu’ils ne se représentent même pas. Ils ont toujours vécu dans un
Si l’on cherche à traduire des mots ou des concepts, on s’aperçoit que environnement où tout est lié, la religion est partout, alors si on se met
notre perception du monde et la langue sont très liées. Le mot français à dire qu’il faut séparer, ils n’arrivent pas à comprendre. Ce n’est pas
« école » est issu du latin schola (lui-même issu du grec skholé) Il signifie en leur expliquant que la France est laïque qu’ils vont l’intégrer. C’est
« lieu d’étude ». L’étymologie du mot varie en fonction des langues et dia- pour cela qu’on faisait attention d’y aller petit à petit, par exemple, ils
lectes, et influence la perception que l’on en a. Ainsi, selon la langue, il se n’étaient pas sanctionnés s’ils n’allaient pas en cours le vendredi mais
traduira soit par « lieu où l’on échange », « lieu où l’on joue » ou encore on leur expliquait que ce serait souvent sûrement impossible lorsqu’ils
« personne qui transmet le savoir ». Par conséquent, le mot en lui-même travailleraient, qu’on ne leur donnerait pas l’autorisation de quitter le
influence certainement la vision que l’on a de ce concept. À l’intérieur travail sous prétexte que c’est l’heure d’aller à la mosquée. On leur
d’un groupe polyglotte, il est intéressant de faire traduire mot-à-mot la disait que les cours étaient obligatoires mais on ne sanctionnait pas.
notion abordée, cela permet de comprendre la perception de chacun et Je pense que ce sont des choses sur lesquelles ils seraient montés au
lever certains implicites. La langue est un code implicite qui structure nos créneau, parce qu’ils n’étaient pas encore prêts à comprendre ça… »
programmations mentales. Voilà pourquoi comparer des langues, traduire Imane M., éducatrice spécialisée à la Croix Rouge.
des mots en langue étrangère permet de réfléchir sur les représentations

60 61
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions

valeurs, croyances, etc., savoir quelle importance on y attache, comment


Outil : Comparons nos expressions on le définit, permet de formuler les représentations de chacun d’une
L’association Décider, dans laquelle intervient Vincent Ydé, a mené notion abstraite. Si les mots et les expressions sont fortement liés à notre
une réflexion sur les expressions imagées utilisées en français. perception du monde et permettent de faire émerger des codes sociaux,
Les habitants du quartier de la Grande Borne, un quartier les couleurs peuvent également être utilisées comme support pour abor-
de Grigny (Essonne), ont réalisé des films pour les expliquer. der les codes sociaux.
« Une maman du quartier n’avait pas compris une expression
utilisée par l’enseignante de son fils : « être rouge comme une En fonction de l’Histoire, des traditions et des rites, etc., les couleurs ont
tomate ». Elle ne connaissait pas cette formule et pensait qu’il pour chacun des significations symboliques fortes, et souvent variables
s’agissait d’une réflexion négative sur son enfant. Elle a posé d’une culture à une autre.
la question à l’association, et Décider a alors constaté que les
nombreuses expressions imagées qui émaillent notre langue ne
sont pas connues de tous : tomber dans les pommes, compter pour des
prunes, avoir un cœur d’artichaut, ce ne sont pas vos oignons, les carottes Le décentrement
sont cuites… Ces expressions sont présentes dans le français du
quotidien. Décider a donc collecté, dans un premier temps, des
expressions autour des fruits et légumes, puis des animaux et
culturel
du corps humain, pour les transformer en des jeux. En jouant à La démarche interculturelle est un processus
plusieurs autour des ces expressions, l’association a noté que ces qui tend à mieux comprendre la culture
expressions existaient aussi sous d’autres formes dans d’autres de l’autre, pour la reconnaître. Elle s’inscrit
langues. Décider organise régulièrement des rencontres avec les dans une réflexion tout à fait personnelle
parents dans les écoles maternelles sur ce thème des expressions et propre à chaque individu (accompagnateur
imagées. À chaque fois, de nouvelles expressions sortent. comme personne accompagnée)

Une série de films courts, réalisés par des habitants du quartier, Les codes pour se saluer
sert de support aux rencontres. L’échange qui suit la projection sont variables d’une situation
est toujours riche, et fait ressortir que certaines expressions à une autre, d’une personne
imagées existent dans beaucoup de langues. Par exemple, on ne à une autre, en fonction
va pas employer « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », des habitudes et
mais « vendre le poisson avant de l’avoir pêché ». Cela permet, des préférences de chacun.
avant tout, de mieux comprendre les expressions en français
qui sont courantes et que l’on retrouve aussi, par exemple, dans
les contes pour enfants. « Quand on ne les maîtrise pas, on se
sent un peu en décalage », nous ont dit de nombreux habitants.

L’association Décider dispose de deux films, tournés avec des


habitants de la Grande Borne, autour des expressions avec des
fruits et légumes et des animaux, et réalisés à partir de dialogues
de la vie quotidienne et de jeux. Chaque film est composé de trois
parties : une première partie où les dialogues sont uniquement
composés d’expressions, puis la même scène sans les expressions,
Lesetcodes
enfinsociaux sont implicites
une troisième partie et nécessitent
avec d’être explicités
les expressions pour
expliquées.
êtreÀ compris et éventuellement adoptés. Or, il ne suffit
chaque présentation, les participants sont invités à échanger pas de traduire
ou sur
de formuler le codedepour
les expressions qu’il
leurs soit admis
langues par les
d’origine qui personnes
ont à peu prèsaccom-
pagnées par les
le même sens. » formateurs ou les médiateurs. Avant de le pratiquer au
quotidien, le code doit faire sens pour le public accueilli. Se questionner
Vincent Ydé, directeur de l’association Décider
et questionner les autres sur la façon de nommer tels ou tels concepts,

62 63
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions

Avant d’exiger cette démarche chez son interlocuteur, l’accompagnateur mer par le biais de son cadre de référence culturel permettra à la fois de
pourra d’abord passer par une réflexion personnelle qui lui permettra mettre en perspectives nos certitudes mais aussi de prendre conscience
de « se décentrer », c’est-à-dire prendre le recul nécessaire pour mieux de la diversité des perceptions à l’intérieur du groupe constitué.
comprendre les enjeux du message qu’il tentera de transmettre.
Questionner son ressenti : pour ne pas « se braquer » si l’on est confron-
Ne pas chercher à connaître toutes les cultures : au vu de la diversité té à un obstacle, un propos qui peut paraître violent, une situation conflic-
culturelle à laquelle sont confrontés les formateurs, il serait vain de cher- tuelle, ou autre, l’une des solutions est de questionner ses émotions et
cher à connaître les particularités culturelles de chaque personne accom- ses sentiments. Réfléchir à ces choses sur lesquelles nous avons du mal
pagnée. Il s’agit plutôt, pour le formateur, le médiateur, d’engager une à poser des mots, se poser la question de ce qui nous touche profon-
démarche interculturelle, d’apprendre à connaître l’Autre, sans oublier dément dans cette situation, permettra de prendre le recul nécessaire,
de savoir où il se situe. S’il est pourtant enrichissant de s’intéresser à de « se décentrer » pour ne pas porter du jugement sur l’Autre ou ses
l’Autre, sa personnalité, ses habitudes, ses traditions, etc., on aurait tort de propos et le blesser.
« l’enfermer » dans sa culture, c’est-à-dire de cantonner son rôle à celui Le formateur qui s’inscrit dans une démarche interculturelle sera à même
d’un « ambassadeur » de son pays, de sa région, de sa ville d’origine. de développer les capacités d’empathie et d’écoute, indispensables pour
mieux faire passer les codes qu’il voudra expliquer et transmettre.

» Hanane
Couleurs
« J’aime bien la
Outil : « Les couleurs et leur signification »
Perrine Terrier de l’association Savoirs pour réussir Paris a animé un atelier
qui permet à tous d’échanger sur des thématiques culturelles qui sont
couleur violet parce
le point de départ aux discussions.
que c’est une couleur
« Nous avons mis en place un atelier « Merveilles du monde »
magnifique. consacré à des thématiques ayant trait à la culture. C’est le
Si il n’y avait pas le moment où nous pouvons aborder les choses de front ; la plupart « Ils me font découvrir ce qui va de soi
violet, il n’y aurait du temps, les éléments culturels sont instillés par-ci, par-là. sur ma propre culture »
pas de myrtilles… » Une fois, une discussion est venue spontanément d’une des
« L’interculturel m’a toujours intéressée et je l’intègre parce que la grande
jeunes de l’atelier. On a travaillé sur les couleurs, le symbolisme
richesse que nous apportent les étrangers, à nous, formateurs immergés
des couleurs dans les différentes cultures. C’était une jeune
dans notre culture, c’est un regard neuf sur notre culture. Et je trouve
femme qui avait été scolarisée en partie en France mais qui avait
assez formidable de la redécouvrir avec eux ; ils me font redécouvrir
grandi au Bangladesh, elle avait parlé du rouge comme la couleur
par leur discours ce qui va de soi sur ma propre culture et que j’ai
du bonheur et un autre jeune lui avait répondu que le rouge
complètement intériorisé, comme un enfant qui a ce même étonnement.
n’était pas la couleur du bonheur puisqu’elle était la couleur de la
Rien ne va de soi dans l’acquisition des codes socio-culturels. Chez les
violence. Ça avait été très intéressant comme point de départ. »
enfants, c’est la même chose, ils découvrent pourquoi il faut intégrer la
Perrine Terrier, responsable adjointe politesse. Avec les migrants, c’est intéressant parce qu’ils ont des regards
de l’association Savoirs pour Réussir Paris.
d’adultes donc leurs questions sont encore plus intéressantes. Ils ont ce
regard neuf porté sur notre culture et là, la grande richesse pour un
bénévole ce serait de pouvoir profiter de ce regard nouveau sur notre
Ne pas porter un regard sur la culture de l’autre en transposant son culture. »
Marion Aguilar, coordinatrice pédagogique au centre social ENS Espace Torcy
propre cadre de référence culturel : les éléments constitutifs de la culture
d’un individu sont tellement inconscients et ancrés qu’il faut être attentif
à la manière dont on souhaite transmettre des codes. Il peut s’avérer
difficile de se mettre à la place de l’autre pour aborder certains sujets,
déceler des incompréhensions, etc., mais les traiter en utilisant son propre
cadre de référence, sans se questionner sur celui de l’autre, peut parfois
créer des sentiments de mal-être, de jugement, de dévalorisation, etc.
chez celui-ci. Offrir l’opportunité à la personne accompagnée de s’expri-

64 65
Traiter les sujets « sensibles »

Traiter les sujets


« SENSIBLES » Sortir des
Aborder certains codes sociaux
ou sujets de société évidences
peut parfois s’avérer difficile. Pour développer leurs capacités d’écoute
L’accompagnateur peut et d’empathie, indispensables afin d’aborder
ne pas être à l’aise pour discuter les questions ou les sujets qui leur semblent
de tel ou tel thème, ou bien sensibles, les formateurs devront commencer
ne pas les maîtriser suffisamment par mettre de côté leurs certitudes,
pour être capable de les expliquer ; les choses qui leur paraissent évidentes
il arrive également que le public
soit réticent à l’idée de traiter L’une des façons de « sortir des évidences » sera de se questionner sur Le regard est souvent lié
certains sujets. Cependant, tout ce pour quoi on pourrait se dire « c’est évident », « ça va de soi », à la notion de respect.
nous ne devons pas conclure ou encore « c’est du bon sens ». Cependant, il peut

à l’existence de sujets « tabous », C’est justement parce que les choses nous paraissent évidentes, admises revêtir des significations

mais bien à la multiplicité par tous, qu’il est parfois difficile de repérer certains codes implicites. différentes voire opposées.
Ces énoncés devront alerter les personnes accompagnant les publics, sur Pour certaines personnes,
des manières de les traiter.
la pertinence de leurs propos et leur compréhension par des tiers. En regarder quelqu’un
effet, on ne peut jamais être certain que ce qui est évident pour soi, l’est dans les yeux
également pour l’autre. Pour vérifier que son propos est suffisamment sera un signe de respect,
clair pour être compris par tous, le formateur pourra reformuler ses pro- de reconnaissance.
« Tenter d’éveiller le pos et inviter ses interlocuteurs à faire la même chose. Pour d’autres, il pourra s’agir
sens critique » d’un manque de respect,
«On arrive à parler, on n’arrive pas toujours d’une provocation.
à convaincre, et d’ailleurs ce n’est pas le but.
Simplement, on essaie au moins d’ébranler les
idées reçues, ce n’est déjà pas mal. Mon objectif
c’est de tenter d’éveiller le sens critique mais
je suis parfois démunie face à cela, parce que je
ne sais pas forcément comment m’y prendre.»
Perrine Terrier, responsable adjointe de l’association
Savoirs pour Réussir Paris.

67
Traiter les sujets « sensibles »

« On invite les formateurs à se mettre


eux-mêmes en observation »
Des partenariats ainsi établis peuvent être utiles à la fois aux personnes
accompagnées, mais aussi aux partenaires sollicités. En effet, faire inter-
venir ces partenaires auprès des publics accueillis dans la structure leur
» Jayaseeli
Un objet
de mon sac
permet de recueillir et de mieux comprendre les interrogations et les prend la parole
« Les ASL [Ateliers Sociolinguistiques] sont une méthodologie besoins des usagers, surtout lorsque leur activité première ne leur per- « Je suis la carte
d’apprentissage du français qui est contextualisée, qui est proposée à met pas d’être directement au contact de ce public. de séjour de Jayaseeli.
des publics qui sont repérés pour ne pas utiliser ou ne pas fréquenter Faire appel à des partenaires extérieurs permet également, pour le for- Je suis petite, carrée,
seuls des espaces sociaux du quotidien. Pour que le formateur puisse mateur, d’aborder des sujets sans se laisser submerger par la situation. j’ai de belles couleurs,
se mettre en perspective de concevoir des activités pédagogiques Il ne sert à rien de vouloir libérer la parole à tout prix si le formateur n’est rose, noir,
autour des codes sociaux, il faut qu’il se décentre. C’est pour cela pas à l’aise ou n’est pas certain qu’il ne jugera pas les propos des partici- et bleu, blanc.
qu’on incite beaucoup les formateurs à se mettre eux-mêmes en pants, ce qui risquerait finalement de bloquer la situation. Je suis son identité :
observation. Toutes les évidences qu’on acquiert en vivant ici depuis
nom, prénom,
longtemps ne sont pas des évidences. Tout le travail de l’ASL vis-à-
profession, adresse,
vis des formateurs c’est ça. Pour nous, le vocabulaire de base en ASL
née le, étrangère.
ce sont toutes ces évidences-là, mais ce ne sont pas forcément des
Je suis très impor-
évidences qui sont simplistes.Au contraire, la réalité est complexe et ce « Il y a toujours un moment tante : RF.
n’est pas parce qu’elle est complexe qu’elle n’est pas compréhensible où la situation nous renvoit Je suis utile
pour les personnes débutantes à l’oral ou non-scolarisées. » à notre propre vécu »
Blandine Forzy, coordinatrice des projets du RADYA.
tous les jours,
« Il faut se protéger et passer le relai. Quand j’entends qu’une administrative,
femme va faire exciser sa fille, cela me dérange énormément. Mais pour la vie et
je ne peux pas le dire comme ça, et surtout ce n’est pas mon rôle. le voyage. »
Par contre, c’est le moment où je me dis « bon, il serait temps de faire

Faire appel intervenir une association sur les mutilations sexuelles. » Il y en a qui
savent faire, moi, je ne sais pas intervenir là-dessus, ce n’est pas mon
travail, je ne suis pas assez informée. Je n’ai pas l’art et la manière de
à des partenaires extérieurs le dire et pour le coup, ça va être trop personnel et l’affectif ne peut
pas rentrer en jeu. Donc, on va prendre un partenaire et travailler là-
Afin de favoriser la libre-expression, dessus. Dès que le sujet n’est pas maîtrisé, qu’on n’est pas à l’aise – je
de permettre à chacun d’exprimer sa pensée le dis souvent aux bénévoles, on n’est pas là pour se mettre en danger,
et d’être en confiance dans le groupe, on est là pour faire passer quelque chose et non pas pour attaquer des
tous les sujets pourront être abordés sujets qui peuvent être difficiles pour nous – dès que ça nous heurte
par l’accompagnateur et les publics. un peu trop, il ne faut pas rentrer dedans. Comme on est face à des
Cependant, si l’accompagnateur situations très différentes, il y a toujours un moment où la situation
ressent la nécessité de passer le relai nous renvoie à notre propre vécu, nous questionne, nous perturbe, et
lorsqu’il n’est pas suffisamment informé là, il faut se protéger et donc passer le relai. »
Claire Verdier, formatrice et formatrice de formateurs au CEFIL
ou formé sur un sujet, il est indispensable
qu’il fasse appel à des partenaires extérieurs,
des experts ou toute autre personne
mieux armée que lui.
Faire appel à des partenaires extérieurs professionnels permettra d’inter-
Les formateurs, les autres accompagnateurs, ou bien la structure qui venir sur des questions techniques, de fournir des informations pratiques
accueille les publics, peuvent solliciter des associations, des institutions, aux participants.
ou tout autre partenaire public ou privé, à partager leurs savoirs et à Une autre forme de partenariat pourra être privilégiée dans certains cas,
fournir des informations plus précises sur les thématiques abordées. Les il s’agit de faire intervenir des « anciens », des personnes-relais qui ont
domaines peuvent être divers et variés : accès aux soins, accès aux droits, fréquenté la structure dans laquelle les accompagnateurs interviennent et
accès à l’emploi, usage des espaces sociaux, activités artistiques, etc. qui ont acquis des savoir-faire qu’ils peuvent transmettre.

68 69
Traiter les sujets « sensibles »

créer des rencontres conviviales


Respecter
l’identité culturelle de l’autre
pour échanger
« La fin de chaque session se conclut par un moment convivial où les L’un des risques, pour le formateur, le médiateur,
apprenants de la formation de français à visée professionnelle autour qui souhaite transmettre des codes sociaux,
des métiers de la restauration mettent en pratique leurs savoir-faire en est de tomber dans une volonté d’assimilation
organisant un repas pour 90 personnes environ. Cela leur permet de des valeurs en faisant abstraction
mettre en pratique leurs savoir-faire. C’est également l’occasion pour de l’identité de la personne accompagnée
les apprenants d’autres sessions, les bénévoles et les professionnels de
se rencontrer et d’échanger autour d’un repas. Le but de ces soirées
c’est justement qu’ils se rencontrent tous et puissent parler, et c’est ce Le rôle du formateur est de lui présenter les codes qui lui permettront
qui se passe. » de s’insérer dans la société française, tout en valorisant sa culture. Son
Lavinia Boteanu, responsable des ateliers de français à visée professionnelle dans rôle n’est pas de « franciser » les personnes accompagnées, mais de leur
l’association Autremonde. faire prendre conscience de la richesse que représente le fait de maîtriser
plusieurs codes.
L’accompagnateur ne tentera pas de hiérarchiser les codes, d’expliquer
Faire intervenir une personne tierce pourra permettre de diversifier les lesquels sont les meilleurs, il tâchera de les présenter de manière factuelle,
ateliers. Le fait que le formateur fasse appel à elle pour sa qualité d’« ex- sans aucun jugement de valeur, en fournissant au public les informations
perte » à propos d’un sujet qu’il ne maîtrise pas ou qu’il ne souhaite pas nécessaires sur les enjeux qu’ils représentent. Il offrira à ses interlocuteurs,
aborder, lui permettra de donner le relai et de se sentir moins isolé. la possibilité de choisir entre l’acceptation, l’adaptation ou la transgression
De plus, l’intervenant extérieur, sollicité ponctuellement, aura l’avantage de ces codes sociaux, tout en étant conscients de leur impact.
d’être neutre.

Donner les informations


Neutralité qui permettent de faire des choix
des partenaires « À partir du moment où on discute, où on est dans l’explication, l’information
« Du fait de nos interventions ponctuelles, et non pas dans le jugement, on peut parler de tout. Juste poser des choses et
je pense que nous avons un avantage par après la discussion peut se faire simplement, on échange des points de vue et il n’y
rapport aux enseignants ou aux éducateurs, en a pas un qui essaie de convaincre l’autre que sa solution est la meilleure. Par
peu importe le lieu. C’est que les élèves ou les exemple, quand je suis en train d’expliquer comment fonctionnent les impôts et
adultes ne nous connaissent pas, ils nous voient à quoi sert de les payer, je ne suis pas en train de dire que ce n’est pas bien de ne
pour la première fois. Nous n’avons donc pas pas payer ses impôts. Je peux expliquer à quoi ça sert et la personne va décider de
établi, avec eux, de rapport hiérarchique. » l’orientation. Il faut donner à la personne les informations qui vont lui permettre
Nicole Fernandez-Ferrer, directrice du centre
de faire des choix au niveau comportemental. Les personnes sont adultes.
audiovisuel Simone-de-Beauvoir.
On a eu le cas dans un cours pour des femmes qui vont être aide-ménagères, alors
qu’une des formatrices voyait avec elles, quel sujet de conversation avoir quand
on arrive le matin au domicile d’une personne, juste pour prendre contact, parler
de la pluie et du beau temps etc. et l’une d’elles a dit « oh vous avez grossi ! »,
pour elle c’était un compliment. C’était une mise en situation qui a permis de
faire réagir les autres dans la salle qui lui ont dit qu’elle ne pouvait pas dire cela.
La formatrice a expliqué pourquoi ça ne pouvait pas passer et leur a proposé de
trouver une autre formulation. »
Claire Verdier, Formatrice et formatrice de formateurs au CEFIL

70 71
» Rosa
La France
vue de mon pays
Pour connaître les limites de son action et savoir quel type de codes
sociaux transmettre, l’accompagnateur ne devra pas perdre de vue les
circonstances et les objectifs qui le lient au public (formateur face à une
personne qui apprend le français, face à un parent qui se questionne sur la
« D’après mon époux parentalité, face à un parent d’élève qui s’interroge sur l’école, médiateur
la France est un pays culturel lors d’une sortie organisée, etc.) Le formateur pourra se ques-
riche qui a beaucoup
de travail
et où les personnes
tionner sur la pertinence du code qu’il souhaite aborder, notamment en
se demandant si le public sera amené à l’utiliser et à quel moment. Les Quelques pistes
codes sociaux ne peuvent pas être abordés sortis d’un contexte ; ainsi,
sont très gentilles.
C’est un pays
une personne qui sera chargée d’accompagner un public vers l’emploi, tâ-
chera d’expliquer au public, les codes de l’entreprise (serrer la main, codes
pour aller plus loin
où les femmes vestimentaires requis, etc.) L’important sera de rattacher les codes à des
et les hommes sont à objectifs qui permettront à la personne de ne pas se sentir en difficulté.
égalité,
où il y a la priorité Les codes sociaux étant difficilement utilisables comme point de départ
pour les enfants. à une discussion, ils nécessitent d’être contextualisés pour être abordés.
C’est un pays Des éléments de la vie courante peuvent permettre de les pratiquer au
où il y a beaucoup quotidien. Utiliser des supports visuels (affiches, films, photos, etc.), lire la
de respect, beaucoup presse gratuite (souvent accessible à tout type de publics), préparer et
d’éducation. Il disait vivre les sorties culturelles, extérieures, voici autant de mises en situation
aussi que c’est un joli pratiques qui font appel aux codes sociaux.
pays, que l’architec- Afin que les codes traités soient adaptés aux besoins des publics, les
ture c’est quelque Nous espérons l’avoir fait entendre :
accompagnateurs veilleront à utiliser tous ces éléments du quotidien, que
chose d’admirable, où point de relation à l’autre possible sans respect, écoute
pourront se réapproprier les personnes accompagnées.
il y a beaucoup et reconnaissance de l’autre. Philosophes et penseurs
de lieux touristiques, ont longuement interrogé la question de la relation à l’autre,
qu’il y a la tour Eiffel, Idée : Le photo-langage aussi bien en tant qu’individu, qu’en tant que société. L’objet de ce chapitre
que c’est magnifique, Valérie Skirka, formatrice et formatrice de formateurs indépendante propose est de proposer plusieurs pistes de réflexion,
et que la Seine le photo-langage comme point de départ pour aborder les codes sociaux. qui demanderont, bien sûr, à être approfondies
traverse Paris. Le photo-langage consiste à présenter une sélection de photos, d’images et pour qui veut appréhender ces questions
Que les hommes de demander aux participants d’en sélectionner une en réponse
à une question posée. Par exemple : « Que représente l’apprentissage
qui font partie des questions centrales abordées par l’ensemble
sont grands
d’une langue ? » Les participants pourraient choisir parmi des photos des sciences humaines.
et que les personnes
ont les yeux bleus. figurant la liberté (le ciel par exemple), la contrainte (une prison), l’amour
(un cœur), l’argent, etc. La discussion s’engage ensuite à partir de ce support.
Il disait aussi
que les femmes « Je n’aborde par les codes sociaux de manière « frontale »
ne sont pas grosses, mais toujours à partir d’un support pédagogique source de
qu’elles ont un corps questionnement comme le photo-langage par exemple. J’ai été
de jeunes filles. co-auteure du manuel Bagages, ces questions de codes sociaux se
Et aussi qu’il y a sont souvent posées. La mixité à l’école par exemple : je sais qu’il
du fromage y a une photo sur laquelle les filles et les garçons sont mélangés,
qui sent fort. » et ça, en commençant par la description d’un point de vue
purement linguistique, on peut ensuite aborder la mixité. L’idée
est de partir du vécu des personnes, de leurs interrogations,
de leurs incompréhensions, de leur étonnement sur la société
d’accueil, et d’en faire ensuite un objet d’apprentissage ».
Valérie Skirka, Formatrice et formatrice de formateurs, indépendante

72
Quelques pistes pour aller plus loin

Nezâmi, Makhzan al-asrâr


(Trésor des secrets).
Boukhara (Ouzbékistan)
1538-1546 / BNF, dpt.

L’empathie Manuscrits

un mot qui fait sens


Au-delà de ces postures de reconnaissance et
d’écoute, il est un terme qui mérite
d’être explicité car il fait sens dans la relation
à construire entre les personnes accueillies
et les médiateurs, formateurs,
c’est le concept d’empathie

L’empathie vient du grec et conjugue deux termes « dans, à l’inté-


rieur » et « souffrance, ce qui est éprouvé ». Il signifie la capacité de
comprendre les sentiments et les émotions d’un autre individu, ainsi que
» Yasmina,
Rosa, Lilia,
Danushika
Quatre histoires
ses croyances. Les comprendre mais être capable de les ressentir aussi ;
à quatre
on pourrait le traduire par l’expression « se mettre à la place de ». Le
« Martine c’est
terme d’empathie est inventé au XIXe siècle par un philosophe allemand,
la professeur.
Robert Vischer qui voulait décrire plus avant, l’émotion esthétique que
Avec vous
l’on ressent devant une œuvre d’art. Mais il sera repris, entre autres, par
je me sens à l’aise
la psychiatrie et la psychanalyse : il s’agit de la capacité de partager et de
avec mon crayon,
comprendre les émotions d’autrui, sans confusion entre soi et l’autre.
vous ne m’avez jamais
jugée : pouvoir écrire
Ainsi, Carl Rogers, psychologue humaniste nord-américain s’est inspiré de ne sont pas dues au hasard, elles s’expriment dans les rêves, les lapsus, les ma pensée, exprimer
cette démarche et a développé la méthode de l’Approche Centrée sur la actes manqués… Le rapport à l’inconscient, qu’il soit individuel ou col- mes sentiments
Personne qui met l’accent sur la qualité de la relation entre le thérapeute lectif (pour certains courants) fait partie d’un vaste champ de la connais- qui sont cachés
et son patient. Le thérapeute est capable de comprendre une situation, sance qu’il faudrait développer plus longuement et aborder en observant au fond de moi.
non pas depuis son propre cadre de référence, mais depuis celui de son comment il a été appréhendé par de multiples cultures, aussi bien en Maintenant je suis
patient. Chaque patient est accueilli de façon inconditionnelle, la per- Occident, qu’en Orient ou en Afrique. comme un oiseau,
sonne est acceptée telle qu’elle est : le thérapeute adopte vis-à-vis d’elle, Pour revenir à Carl Rogers, ce dernier pensait, par ailleurs, que toute per- j’écris, tranquille
une attitude chaleureuse et encourageante qui implique de sa part, autant sonne porte en elle la capacité de se comprendre, d’avancer, de savoir in- et aimable.
un savoir-faire qu’un savoir-être. Les résistances des personnes, d’après tuitivement ce qui est important pour son devenir. Il s’est montré un pré- J’écris beaucoup
lui, venaient en grande partie de l’incapacité du thérapeute à écouter curseur en matière de développement d’un processus de formation qui et les écritures
finement ce qui lui était dit, autrement dit, étaient largement dues à la favorise l’autonomie des personnes. Ce processus s’appuie sur la capacité maintenant
responsabilité du thérapeute. à donner aux personnes formées confiance en elles, en leur capacité de je les adore, j’aime
Nous ne développerons pas ici, comment la psychanalyse a approché trouver ce qui est bon pour elles en décidant de leur propre chemine- bien écrire.
la question centrale de la résistance psychique, mais, il serait réducteur ment. En ce sens, il est utile que formateurs et médiateurs connaissent Waouh l’écriture ! »
nous semble-t-il de penser que les humains ne sont guidés que par leur ses travaux.
simple volonté consciente et leur capacité de décider de leur vie d’une
façon raisonnée. L’apport fondamental de la psychanalyse est d’avoir mis Nous l’avons compris, l’acceptation et l’intérêt pour le cheminement de
en lumière la question centrale de l’inconscient et de l’importance des l’autre, de sa façon d’être au monde, de penser, de ressentir, invite à faire
rêves. Questions traitées également dans de nombreuses cultures, ainsi preuve envers les personnes accueillies de reconnaissance des personnes
que de nombreux courants artistiques comme le surréalisme. Ainsi cer- dans leur différence, ce que le philosophe Emmanuel Levinas a défini
taines actions perçues comme involontaires, ou absurdes par les humains comme l’altérité.
74 75
Quelques pistes pour aller plus loin

Le rapport à l’autre invite également à penser à notre rapport à ce qui est


étranger en nous, à ce qu’on ne connaît pas. C’est en acceptant de regar-
der cet autre en soi qu’on ouvre d’autres possibles, car l’Autre appelle

L’altérité
au débordement de la raison et des domaines connus, en construisant
en alternative l’imaginaire, la révolte, l’utopie. C’est donc la catégorie de
l’autre qui porte en elle la libre circulation de la pensée. Philosopher,
ou la reconnaissance de l’autre comme l’ont dit encore Deleuze ou Foucault, c’est toujours « penser
autrement ».
dans sa différence
« Altérité » vient du latin, « alter» , autre. Penser
En philosophie, l’altérité est le caractère, autrement le développement
la qualité de ce qui est autre.
C’est aussi la reconnaissance de l’autre
des sociétés
dans sa différence, qu’elle soit physique, Claude Levi-Strauss nous invite
ethnique, sociale, culturelle ou religieuse à décentrer le regard de l’Occident
sur le développement des sociétés
L’altérité se différencie de la tolérance car elle implique la compréhen- en abandonnant les critères rationalistes
sion des particularités de chacun, la capacité d’ouverture aux différentes et ethnocentristes qui hiérarchisent
cultures, l’acceptation de la réalité du métissage entre ces dernières. Le les cultures selon le progrès technique
philosophe Emmanuel Levinas a construit l’essentiel de l’organisation de
et scientifique, en jugeant comme primitives
sa pensée autour de la question du rapport à autrui. Sans doute est-ce lui
qui a contribué à faire de l’altérité une question centrale de la philosophie.
des sociétés dont le développement
ne correspond pas aux normes
Aux yeux d’Emmanuel Levinas, la tâche de la philosophie n’est pas de que l’Occident s’est fixées
constituer une théorie de la connaissance, ou une théorie politique, mais
Famille iroquoise,
bien de comprendre le sens de la relation à autrui, comme originaire et
États-Unis. Costumes
fondatrice. L’essentiel est de se rendre capable de respecter l’altérité, car et mœurs tome 1
chaque être humain a une responsabilité à l’égard d’autrui. (1787) - graveur
L’artiste au miroir, Emmanuel Levinas se réclamait d’une philosophie de l’éthique qui invitait à Jacques Grasset
autoportrait. de Saint-Sauveur / BNF,
considérer l’autre dans sa dimension morale. Autrui est d’abord un visage.
Ph. De Torbechet, XIXe s. dpt. Estampes
BNF – dpt Estanpes Quand nous regardons une personne, disait-il, on ne voit pas seulement et photographie
et photographie ses yeux, mais nous sommes transportés dans un au-delà qui nous révèle
l’idée d’infini que nous ne pouvons trouver en nous-même. Rien n’est
plus étrange, ni plus étranger que l’autre. Il est l’inconnaissable. L’injonction
éthique trouve sa source première dans le fait qu’autrui nous regarde
et que nous regardons autrui. Le visage oblige, commande : il exige ré-
ponse, aide, sollicitude. Bref, il implique la responsabilité à l’égard d’autrui.
Le visage de la personne rencontrée n’est pas seulement considéré de
façon physique, mais invite également à percevoir, au-delà de ses propres
repaires, des horizons inconnus, et ouvre des chemins au-delà de soi-
même. « Lorsque je suis confronté au visage, il me met en question. Parler de sociétés sans Histoire part du principe qu’il existerait une scan-
Je suis destitué, traumatisé, violenté. L’éthique, c’est ce qui provoque un sion du temps figée comme une norme universelle que certaines sociétés
dérangement dans le sujet », disait-il. appliqueraient et d’autres pas. Pour réagir à ce regard réducteur, l’his-
Déjà, Jean-Jacques Rousseau formulait ainsi cette responsabilité de cha- torienne Catherine Coquery-Vidrovitch a écrit une Histoire de l’Afrique
cun vis-à-vis de son semblable en disant « Pour étudier l’homme, il faut qui montre combien ce continent a participé à l’Histoire du monde, au
apprendre à porter sa vue plus loin ». même titre que l’Europe ou l’Amérique.

76 77
Quelques pistes pour aller plus loin

Françoise Héritier-Augé, qui a succédé à Claude Levi-Strauss au Col-


lège de France, résume ainsi son héritage : « Nous avons découvert
avec stupéfaction qu’il y avait des mondes qui n’agissaient pas comme
nous. Mais aussi que derrière cette différence apparente, derrière cette
rupture radicale avec notre propre réalité, on pouvait mettre en évidence
des appareils cognitifs communs. Ainsi, nous prenions à la fois conscience
L’autre,
de la différence et de l’universalité. Tel est son principal legs, encore au- un barbare ?
jourd’hui : nous sommes tous très différents, oui, mais nous pouvons nous
À l’origine, le terme « barbare », emprunté
entendre, car nos structures mentales fonctionnent de la même manière ».
en français en 1308 au latin « barbarus »,
Allant au-delà des travaux de Claude Levi-Strauss sur la structure des so- lui-même issu du grec ancien « bárbaros »
ciétés et des alliances, Françoise Héritier-Augé constate que la distinction (« étranger »), était utilisé par les Grecs anciens
entre féminin et masculin est universelle et que « partout, de tout temps et pour désigner les peuples n’appartenant pas
en tout lieu, le masculin est considéré comme supérieur au féminin. » Dans les à leur civilisation, et dont ils ne parvenaient
populations traditionnelles qu’elle visite, elle observe en effet la différence pas à comprendre la langue
sexuée au cœur de tous les systèmes de représentation. Pour en rendre
compte, elle crée un concept : « la valeur différentielle des sexes ». Elle Barbare : pour un Grec
constate partout l’infériorité statutaire des femmes. Pourtant, les femmes de l’Antiquité,
ont un pouvoir bien à elles : elles sont capables de mettre au monde, non le barbare est celui
seulement des filles mais des garçons. Alors que les hommes ne peuvent qui parle une langue
faire ni l’un, ni l’autre. Cette impuissance, constate-t-elle, les hommes l’ont incompréhensible.
transformée en surpuissance. On n’entend que des sons
étranges : « Baaar
Françoise Héritier-Augé a voulu percer les fondements sociaux des Baaaar baaar ».
groupes humains tels qu’on les voit fonctionner dans toutes les socié- Plus tard pour un Romain,
tés. Claude Lévi-Strauss avait mis en évidence le rôle organisateur de la « barbare » qualifie l’homme
prohibition de l’inceste. Mais, pour que des hommes appartenant à des qui vit à l’extérieur
groupes consanguins différents puissent échanger des femmes, il fallait des frontières de l’Empire,
bien que ces hommes en question se reconnaissent le droit de disposer et qui ne partage pas
des corps de leurs filles et de leurs sœurs — et que celles-ci l’admettent. sa culture. Le mot désigne
Vaste question qui a choqué certains courants féministes, qui ont repro- surtout les Germains,
ché à Françoise Héritier-Augé de vouloir figer intellectuellement le statut vus comme violents
inférieur des femmes, ce qu’elle a récusé dans le tome 2 de son livre Mas- et incultes. Cette image
culin/Féminin, en soulignant qu’elle n’était pas résignée à l’inégalité, mais de l’Allemand destructeur
qu’elle voulait en percer le secret. et sauvage est largement
reprise par la propagande
française pendant
la Première guerre mondiale.
Imagerie d’Épinal n°87,
Bárbaros signifiait alors « non grec ». Le terme « barbare » a ensuite La guerre 1914-1915
été utilisé par les Romains pour nommer les peuples qui se trouvent en images : « Le dieu Thor,
à l’extérieur du de leur empire, défini par une frontière, le limes, et qui la plus barbare d’entre
échappaient alors à leur autorité. les plus barbares divinités de
la vieille Germanie » (1915)
/ ill. F. Clasquin / BNF,
Pour les Grecs comme pour les Romains, tout « barbare » peut, en adop- dpt. Estampes
tant leur langue, leurs dieux et leurs mœurs, devenir Grec ou Romain, et et photographie
ce fut le cas non seulement de nombreux individus mais aussi des peuples
entiers, acceptés dans l’Empire. Toutefois, ces termes pouvaient aussi tra-
78 79
Quelques pistes pour aller plus loin

duire la crainte ou le mépris qu’inspire l’étranger, l’envahisseur qui ne se


présente pas en allié, mais en conquérant, voulant imposer ses mœurs et
son pouvoir.

Est-ce pour autant que la question de l’étranger est réglée ? Le sociologue Les processus sociaux à l’œuvre dans
Georg Simmel invite à réfléchir au statut de l’étranger qui vient un jour
et qui reste le lendemain, contrairement au vagabond qui vient et repart
le lendemain. Ce sociologue réfléchit à la notion de proximité et de dis-
les migrations
tance. Tout comme une personne pauvre, les sociétés se situent vis-à-vis Abdelmalek Sayad est l’un des sociologues qui a
d’un étranger dans une position qui implique à la fois une extériorité et pensé en précurseur la question de l’émigration.
un face à face. Dans une relation, la distance signifie que le proche est Disciple de Pierre Bourdieu, ce sociologue
lointain, tandis que l’étrangeté signifie que le lointain est proche. s’est attaché à observer tout d’abord
la destruction de la société paysanne algérienne
L’étranger apparaît alors comme la figure emblématique de la moderni- du fait de la transformation de la propriété
té car il n’est pas celui qui appartient à une autre culture, il est au cœur voulue par la colonisation,
même de la société. En faisant intrinsèquement partie de la société, les et du fait de l’émigration en ville
étrangers mais aussi les pauvres, les exclus, peuvent entraîner de la part
qu’a entraînée la paupérisation
des « inclus » qui cohabitent avec eux des réactions de répulsion, de
distanciation, d’autant qu’ils sont là, qu’ils ne sont pas en dehors de notre
des petits agriculteurs traditionnels
société.
Avant la colonisation, depuis des millénaires,
Il n’est à voir que la façon de continuer à appeler « immigrés » ou « issus l’économie de l’Algérie, comme celle de nom-
de l’immigration » de jeunes français, comme s’ils se situaient en dehors breux pays colonisés, repose sur les principes
de la société française : le racisme moderne se développe quand les bar- d’indivisibilité et d’inaliénabilité de la terre.
rières culturelles et sociales se réduisent, quand les ressemblances entre La terre n’appartenait jamais à un seul individu,
les jeunes d’origine immigrée et les jeunes Français de souche augmen- c’était la tribu, cadre de l’organisation sociale qui
tent, et renvoient ainsi à une situation commune vécue : l’exclusion, le en était la gardienne. La colonisation, en intro-
chômage, la déqualification, souligne François Dubet. duisant la culture intensive, en réquisitionnant
les terres, brise l’organisation traditionnelle de
la société, entraîne l’exode rural. La déstruc-
turation de la société paysanne est à l’œuvre.
Immigrés dans leur propre pays, les paysans sans
terre, deviennent des émigrés dans « le pays
d’accueil », lorsqu’au lendemain de la guerre,
la France métropolitaine a besoin de main
d’œuvre pour reconstruire le pays. Dès lors, les
Biskra,
émigrations/immigrations sont l’objet de négo-
rue dans la vieille ville.
ciations entre états : accueillis lorsque le besoin Topographie de l’Afrique
de main-d’œuvre se fait sentir, rejetés lorsque tome 4 : Algérie
l’économie du pays d’accueil n’a plus besoin de (XXe siècle) / BNF, dpt.
Estampes et photographie
main-d’œuvre.

Ainsi les cultures d’origine sont mises à mal


par le processus migratoire lui-même, intro-
duisant dans les trajets de vie des personnes
concernées des ruptures, des discontinuités, le
sentiment d’être partagé et tiraillé entre leur

80 81
Quelques pistes pour aller plus loin

pays de naissance et leur pays d’accueil : ils ont quitté leur communauté
d’origine, ils vivent à la marge de la société d’accueil, tiraillés entre le désir
de repartir au pays, et la nécessité de séjourner dans le pays d’accueil,

» L’hospitalité
Yasmina, tel que le chantera le grand Slimane Azem : « Rester ou s’en aller …
s’en aller ou rester… ».
Qui est cet(te)
La mondialisation des échanges, l’internationalisation de l’économie, la
inconnu(e) ? crise durable qui s’installe dans les sociétés occidentales, l’émergence un devoir
« Moussa économique des pays dits du Sud, vont transformer les conditions de
est un homme circulation des mouvements de migration dans le monde, en Europe et
Dans le monde antique,
inconnu. en France. Dans les pays émergents, le phénomène d’urbanisation géné- l’hospitalité est un devoir fondamental et sacré.
Alors les quatre, ralisée a entraîné l’exode massif des paysans et travailleurs pauvres vers En Grèce, l’étranger qui demande asile
ils sont copains. des villes tentaculaires dans lesquelles ils trouvent des emplois très peu est toujours accueilli comme un envoyé des dieux,
Moussa il a 65 ans, rémunérés, quand ils ne décident pas d’aller tenter leur chance ailleurs, sinon comme une divinité en personne
il a une famille dans d’autres pays ou d’autres continents. Les réfugiés de l’environnement
au Maroc. sont obligés, malgré eux, de quitter leurs terres, et deviennent hélas une Les poèmes homériques font de fréquentes
Moussa il est retraité, réalité qui ira en se développant. allusions à l’hospitalité. On est tenu de don-
il se retrouve ner un repas à l’hôte, de le faire asseoir devant
avec ses copains Il serait réducteur de simplifier les mouvements migratoires aux travail- le foyer, de lui fournir une couche. À mesure
dans le jardin, au café leurs pauvres et sous-qualifiés ou d’imaginer qu’ils ne se produisent que que le droit public se développe, l’hospi-
pour une partie des pays du Sud vers les pays du Nord. En effet, les phénomènes d’immi- talité entre dans les lois de la cité grecque.
de cartes, il raconte gration des pays dits du Nord vers les pays du Sud vont en grandissant, ou On reçoit les exilés d’une autre ville ; on ac-
sa vie à ses copains, pour le dire autrement, la circulation de personnes des pays industrialisés cueille les étrangers venus pour les fêtes reli-
un homme qui l’aime vers les économies émergentes se développe beaucoup également : un gieuses ou bien les membres d’une colonie qui
bien rit, il aime aussi rapport de la Banque mondiale souligne que les flux migratoires sont de a gardé des liens avec sa métropole d’origine.
se promener. » plus en plus croisés.
La migration traditionnelle du Sud vers le Nord profiterait aussi à ce der- Il serait intéressant de puiser dans toutes les
nier, selon ce rapport. Les étrangers les plus qualifiés concourent signifi- traditions pour comprendre comment s’illustre
cativement au développement de la recherche: ainsi, 26% de ceux qui ont ce devoir d’hospitalité, qui constitue plus que
reçu le prix Nobel aux États-Unis entre 1990 et 2000 sont des immigrés. jamais un « impératif catégorique » disait Em-
Les plus pauvres et les moins qualifiés apportent aux pays industrialisés manuel Kant.
la main-d’œuvre qui commence à leur manquer cruellement, contribuant
ainsi au maintien de leur niveau de production et à leur fiscalité. Rester l’obligé(e) du monde Hospitalité des Barbares
Hannah Arendt se demande, quant à elle, ce qui justifie qu’on se soucie envers les Pélerins.
Histoire des Croisades -
Les mouvements migratoires allant grandissant de par le monde, plus que de l’étranger, de l’accueil, de l’hospitalité, alors que la personne dépla- Paris : Furne, Jouvet et Cie,
jamais les sociétés, et notre société française en particulier, sont invitées cée est la catégorie la plus représentative du XXe siècle. Vision prémoni- 1877. Auteur Joseph-François
à proposer des modes d’accueil et d’intégration qui prennent en compte toire qui concernera encore plus le XXIe siècle… « On reste l’obligé du Michaud, illustrateur
la réalité des différentes cultures et parcours de vie de ceux qui viennent monde, même quand on en a été chassé », disait-elle dans Vies politiques. Gustave Doré / BNF, dpt.
Estampes et photographie
d’ailleurs, comme d’autres sociétés le font, d’ailleurs, envers les Français
qui émigrent dans d’autres pays… Alors que la Déclaration des droits de l’Homme de 1948 affirme : « tout
individu a droit à une nationalité », ce sont les États souverains qui déter-
Sans doute, à ce propos, le moment est venu de revenir sur quelques fon- minent le droit qui va permettre d’accueillir les étrangers. « Dans l’état ac-
damentaux qui nous semblent devoir constituer le fil conducteur d’une tuel du droit en France, écrit Paul Ricœur, est citoyen le national considéré
tradition d’accueil. en tant que titulaire des droits civiques et d’une parcelle de la souverai-
neté nationale. Dès lors qu’aucun principe de droit international n’impose
aux États d’accorder des droits politiques aux étrangers, l’incapacité poli-
tique des étrangers résidant en France reste, pour reprendre une expres-
sion juridique, « une règle absolue qui ne souffre d’aucune exception. »

82 83
Quelques pistes pour aller plus loin

» Rosa
L’âge d’or
(d’après la chanson
Mais, dit Paul Ricœur, on ne peut se contenter de cette dimension
juridique. « Nous ne pouvons avancer dans la compréhension que nous
avons de notre " Chez nous " sans nous faire une représentation quel-
En découvrant la pensée de chercheurs avec qui nous avons cheminé,
en s’initiant à des disciplines peu familières, nous espérons que ce livret
donnera des clés de compréhension de la société aux relais profession-
conque de ce que peut signifier pour l’étranger d’être " chez lui "(…) Nous nels ou bénévoles, qui leurs permettront de mieux accueillir les publics
de Léo Ferré) sommes tous des étrangers pour ceux que nous considérons comme des qu’ils accompagnent.
« Un jour étrangers (…) Tel est le sens de l’épreuve de l’étranger : l’impossibilité de
Nous aurons se soustraire au fait qu’il y a des étrangers et que nous sommes nous- Penser le monde est l’affaire de tous.
des jours mêmes des étrangers pour les autres. »
Des jours durs…
durs… Déclaration
Les réfugiés connaissent la situation la plus tragique car, pour être
des Droits de l’Homme
Nous aurons accueillis et avoir l’autorisation de séjourner durablement sur le terri- et du Citoyen illustrée
des jours toire, ils doivent justifier d’apporter la preuve qui justifie leur demande de (1789) - Dessin Pierre Lélu ;
Des jours plus faciles. refuge. Or, ces personnes viennent de pays d’où les preuves peuvent avoir Gravure Pillot / BNF, dpt.
Nous aurons Estampes et photographie
disparu, parce que les témoins des situations vécues ont disparu, ou parce
la volonté, que ces preuves n’ont jamais été consignées par écrit. D’où la proposi-
La volonté d’affronter tion du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés de faire
Toutes les difficultés en sorte que les États susceptibles d’accueillir, participent eux-mêmes au
Et après, nous aurons travail de la preuve.
l’envie d’oublier.
Alors, un jour, Ainsi, à travers la question des étrangers, qu’ils soient émigrés ou réfugiés,
Nous nous réveille- se pose la question du « droit d’avoir des droits », dans un cadre mondial
rons avec des jours ce qui, pas à pas, commence à être élaboré par la Cour internationale de
meilleurs. Justice, instituée en juin 1945 par la charte des Nations Unies, et dont le
Nous aurons siège est à la Haye (Pays-Bas).
un nouvel espoir Victor Hugo ne disait pas autre chose, dans son roman fondateur Les
Car ce qui a été Misérables : « Le droit commun n’est autre chose que la protection de
notre vieille histoire tous rayonnant sur le droit de chacun. Cette protection de tous sur cha-
Sera caché au fond cun s’appelle Fraternité » écrivait-il en 1862.
de son tiroir
Et tout ça Voyageant à travers le temps, depuis que le monde est monde, la ques-
avec la volonté. tion de l’accueil de l’autre qu’il soit étranger, pauvre, différent, traverse
Nous aurons toutes les sociétés. Hannah Arendt expliquait que la liberté échappe au
une bonne pensée : déraciné. Or disait-elle, pour accéder à la vie en société, à la capacité de
" Je suis contente, se penser en tant qu’humain parmi les humains, il faut un point d’ancrage,
ma vieille histoire, une citoyenneté, une appartenance, ce qu’elle appelait un monde nour-
de t’avoir laissée ricier. Ce monde ne peut se construire sans reconnaissance de la culture
Et à la fin d’avoir de l’autre, sans culture partagée…
trouvé ma liberté. " » De nombreux sociologues pensent que la conscience qu’ont d’elles-
mêmes les personnes qu’ils rencontrent est le matériau essentiel qui leur
permet de décrypter la société ; ils s’appuient, pour mener leurs enquêtes,
sur la connaissance du terrain, du territoire et des publics avec lesquels
médiateurs, formateurs, relais sociaux, sont en contact au quotidien.

À l’inverse, nous vous engageons à refuser la partition entre une pra-


tique de terrain qui serait celle des médiateurs et des formateurs, et une
recherche intellectuelle qui serait l’apanage des seuls sociologues.

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Biographies des intervenants

Biographies des intervenants

Codes, représentations et échanges entre les cultures


Danièle Alexandre-Bidon et Perrine Mane sont historiennes spécialistes de l’époque
médiévale. D.Alexandre-Bidon est ingénieur d’études à l’EHESS, et P. Mane est directrice
de recherche au CNRS. Elles font partie du Groupe d’archéologie médiévale (GAM).

Élisabeth Collard est médiatrice et formatrice interculturelle. Elle est directrice des
études de la filière de Communication Interculturelle à l’INALCO. Elle est spécialisée
en gestion des conflits en contextes interculturels et en faisant appel à une métho-
dologie de médiation.

Vincent de Gaulejac est sociologue clinicien et professeur de sociologie à Paris


Diderot où il a dirigé le Laboratoire de changement social. Membre fondateur du
Réseau international de sociologie clinique, il s’intéresse à la dimension existentielle
des rapports sociaux. Il est l’auteur notamment de La névrose de classe (Hommes
et groupes, 1986), Les sources de la honte (Point, 2009), Qui est « JE » ? (Seuil, 2009).

Bruno Maresca est sociologue, directeur de recherche au CREDOC. Responsable


du département d’évaluation des politiques publiques, il a mené plusieurs enquêtes
sur les pratiques de lecture et la fréquentation des bibliothèques. Il est l’auteur de Les
bibliothèques municipales en France après le tournant internet : attractivité, fréquentation
et devenir (BPI/Centre Pompidou, 2007).

Marie-Rose Moro est psychiatre d’enfants et d’adolescents, psychanalyste, Docteur


en médecine et en sciences humaines et écrivaine. Elle est la chef de file actuelle de
l’ethnopsychanalyse et la psychiatrie transculturelle en France et l’auteure, notam-
ment, d’Aimer ses enfants, ici et ailleurs (Odile Jacob, 2007).

Serge Paugam est sociologue, directeur d’études à l’EHESS, directeur de recherche


au CNRS, responsable de l’Équipe de recherches sur les inégalités sociales (ERIS).
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la pauvreté, la précarité et la solidarité,
notamment Le lien social (PUF, 2009) ainsi que Des pauvres à la bibliothèque. Enquête
au Centre Pompidou en collaboration avec Camila Giorgetti, (PUF, 2013).

Monique Pinçon-Charlot est sociologue, directrice de recherche au CNRS jusqu’en


2007. Elle travaille en collaboration avec son époux, Michel Pinçon, sur les classes
sociales très aisées. Ils sont notamment les auteurs de Grandes fortunes, dynasties
familiales et formes de richesse en France, (petite bibliothèque Payot, 2007), et de La
Violence des riches, chronique d’une immense casse sociale, (La Découverte, 2014).

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Biographies des intervenants

Dominique Rolland est ethnologue, écrivaine et maître de conférences à l’INALCO. auprès de formateurs pour les sensibiliser à l’égalité fille/garçon et sur les stéréo-
Spécialiste de l’Indochine, ses recherches portent notamment sur la question du types de genre et d’origine sexués dans l’audiovisuel.
métissage et de l’identité culturelle plurielle. Elle est l’auteur de De sang mêlé, chro-
niques du métissage en Indochine (Elytis, 2006). Blandine Forzy travaille dans le secteur de la formation linguistique des adultes mi-
grants depuis 1998. Elle a occupé des fonctions de formatrice, de chargée d’évalua-
Agnès Sandras est conservateur à la Bibliothèque nationale de France et présidente tion, et de coordinatrice pédagogique. Elle est coordinatrice des projets du Réseau
de la Bibliothèque des amis de l’instruction du 3e arrondissement. Elle a également des acteurs de la dynamique des ateliers sociolinguistiques (RADYA), association
été professeure d’histoire-géographie. Chercheuse associée au CNRS (ITEM-Zola), fondée en 2009 dont l’objectif est la promotion des ASL.
elle travaille sur les caricatures d’écrivains (Quand Céard collectionnait Zola, Garnier,
2012), la littérature populaire et les bibliothèques populaires (direction de l’ouvrage Christophe Guichet est acteur de formation, auteur et metteur en scène, il dirige
Des bibliothèques populaires à la lecture publique, Presses de l’ENSSIB, 2014). sa propre compagnie. Il intervient depuis 17 ans dans des stages d’accès à la parole
avec une spécificité sur les codes sociaux, notamment dans le cadre du programme
Fabien Truong est sociologue à l’université Paris VIII et à Sciences Po. Après avoir été « Une grande école, pourquoi pas moi ? » ou au sein de l’association ADAGE.
enseignant en ZEP où il était titulaire sur zone de remplacement en Seine-Saint-De-
nis, il prépare désormais les étudiants au CAPES de SES à Paris VIII. Il est l’auteur de Marie-Christine Kauffmann, ancienne avocate, est désormais formatrice linguistique.
Des capuches et des hommes (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Elle a enseigné le FLE, animé des ASL et s’adresse actuellement à un public migrant
ayant été peu ou pas scolarisé. Elle intervient dans le cadre des Cours pour adultes
de la Ville de Paris ainsi qu’à l’association ADAGE.
Aborder les codes sociaux avec les publics
Imane M. est éducatrice spécialisée auprès de mineurs isolés étrangers dans des
Marion Aguilar est coordinatrice pédagogique au centre social ENS-Espace Torcy institutions comme la Croix-Rouge française ou France terre d’asile. Elle est titulaire
(75018). Elle est également formatrice, experte FLI, formatrice de formateurs au CEFIL d’un master de communication interculturelle, d’une licence de sociologie et d’une
et à ECRIMED, et co-auteure du livre DILF A1.1, 150 activités (CLE International, 2008). licence d’ourdou.
Elle est la formatrice du documentaire «Je veux apprendre la France» de Daniel Bouy.
Valérie Skirka est formatrice et formatrice de formateurs, indépendante. Après avoir
Julie Bellamy, Marion Mabille et Sylvie Turpo sont médiatrices culturelles à la Biblio- travaillé pendant 10 ans auprès de demandeurs d’asile et de réfugiés (formation,
thèque Nationale de France. Bien qu’ayant suivi des parcours différents, elles sont accompagnement social et professionnel…), elle intervient maintenant, entre autres,
toutes animées par les rencontres avec les usagers de la BNF à qui elles trans- sur l’accompagnement à la scolarité des parents migrants et dans les ateliers d’ap-
mettent des connaissances autant qu’elles en reçoivent. prentissage de la langue. Elle est co-auteure de Bagages, manuel de français langue
étrangère et seconde (Aftam/Zellige, 2010).
Lavinia Boteanu est doctorante en linguistique à Sorbonne Nouvelle Paris 3 et res-
ponsable des ateliers de français à visée professionnelle (FVP) au sein de l’association Perrine Terrier est responsable-adjointe de l’association de lutte contre l’illettrisme
Autremonde. Elle coordonne les sessions de français à visée professionnelle orientées Savoirs pour réussir Paris. Après être intervenue auprès de publics variés lorsqu’elle
vers les métiers de la restauration, du bâtiment, du nettoyage et de la grande distribution. était formatrice de français en GRETA, elle travaille maintenant les savoirs fonda-
mentaux avec les jeunes de 16 à 30 ans en situation d’illettrisme.
Emmanuelle Daill est formatrice et formatrice de formateurs, indépendante. Elle
intervient régulièrement auprès des formateurs en Alliance française, dans le monde Claire Verdier est directrice du CEFIL (Centre d’étude, de formation et d’insertion
entier. Elle est notamment co-auteur de la méthode d’apprentissage du français Alter par la langue), organisme de formation cofondé avec M. Aguilar, et chargée de cours
Ego + (CLE International, 2012). à l’Université Paris VIII sur la question de l’enseignement du français aux publics mi-
grants particulièrement non-scolarisés. Elle est co-auteure des livres DILF A1.1, 150
Frédéric Dufour est relai culturel bénévole et référent du secteur culturel à la fédé- activités (CLE International, 2008), Trait d’Union 1 (CLE International, 2004, 2012), et
ration de Paris du Secours populaire français. Son travail est d’accompagner les du Référentiel FLI.
personnes qui relèvent du champ social dans des sorties à vocation culturelle.
Vincent Ydé intervient dans l’association Décider à Grigny, depuis sa création en
Nicole Fernandez-Ferrer dirige le centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir qui a 1999 ; d’abord en tant qu’administrateur bénévole, puis en tant que directeur.
pour objectif de recenser tous les documents audiovisuels sur les droits, les luttes, Les bénévoles de l’association sont les habitants du quartier qui ont un rôle de
l’art et la création des femmes. Elle intervient dans des établissements scolaires ou « facilitateurs » à destinations des autres habitants.

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Présentation équipe-projet

Présentation Équipe-projet
Coordination d’ensemble : Sylvie Dreyfus - Alphandéry (BNF)
Responsables du suivi du projet à la DAAEN pour le FEI : Marie-José Bernardot,
Aissatou Diagne.
Association ADAGE :
Responsable du suivi du projet : Sandra Gidon.
Formation des femmes et accompagnement à la BNF : Marianne Bousquet,
Christophe Guichet, Marie-Christine Kauffman, Nadia Laberche.
Animation de l’atelier d’écriture : Martine Legrand.
Encadrement des femmes pour l’écriture, le tournage et la réalisation du film :
Evelyne Ragot.
Réalisatrices, actrices et équipe technique : Danushika, Jayaseeli, Judith, Hanane, Lilia,
Lilian, Natalia, Nishanty, Rosa, Shaista, Yasmina.
À la BNF :
Recherches documentaires, accueil des femmes dans la salle de la presse :
Céline Gaspard et Amel Taleb.
Ateliers et rencontres :
Atelier thématique autour des codes sociaux : Agnès Sandras.
Atelier « Fabrique-moi un livre » : Julie Bellamy, Cécile Cayol, Marion Mabille,
Sylvie Turpo.
Accueil au département de l’audiovisuel : Danielle Maricar.
Accueil au département des manuscrits : Laure Rioust, et Annie Vernay-Noury.
Rencontres autour des métiers : Isabelle Pastor, Françoise Binois,
Michelle Gastineau, Céline Caubère, Stella Miahnahri, Mohamed Becherif.
Réalisation du livret :
Participation à la conception du livret sur les codes sociaux :
Cristina Ion et Françoise Durand.
Rédaction du livret : Sylvie Dreyfus-Alphandéry et Manon Bord-Cebron.
Coordination de la réalisation du livret : Françoise Tannières.
Coordination de la fabrication du livret : Ridha Tabaï
Recherches iconographiques : Sylvie Soulignac, Sandrine Roiseux, Florence Codine.
Merci à Noémie Boudet, Musée de La Poste.
Suivi administratif et budgétaire :
Jean-Jacques Rousselot, responsable du suivi administratif du projet.
Nathalie Cohin et Isabelle Edet, en charge du suivi budgétaire.
Communication et presse :
Claudine Hermabessière et Lisa Pénisson.
Intervenants extérieurs :
Relecture du livret : Pauline Beauvillier, Clémentine Bord, Denis Bord, Timothée
Bord, Virginie Borel, Claire Cebron de Lisle, Anne-Flore Lepeu, Lucas Lijour,
Clémence Riger, Lucie Rober, Valentina Vagliani.
Graphisme et illustration du livret : Hélène Moreau.

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Sources

Imprimerie : Geers Offset. – D’IRIBARNE, Philippe, La Logique de l’honneur, Seuil, 1989.


– D’IRIBARNE, Philippe, L’Étrangeté française, Seuil, 2006.
Sources – GRAND-CLEMENT, Odile, Civilisation en dialogues, Cle international, 2007.
– HOFSTEDE, Gert ; HOFSTEDE, Gert Jan ; MINKOV Michael, Cultures et organisations,
nos programmations mentales, Pearson, 2010.
– IGLESIS, Thomas ; VERDIER, Claire ; MOTRON, Annie-Claude ; CHARLIAC, Lucile ; DE FERRARI,
Bibliographie Mariela, Trait d’Union 2, Cle International, 2005.
Tous les ouvrages sont consultables à la BNF. – SAUQUET, Michel ; VIELAJUS, Martin, L’intelligence de l’autre, Charles Léopold Mayer, 2007.
– SKIRKA, Valérie ; VARLIK, Mahacen, Bagages, manuel de français langue étrangère et seconde,
AFTAM Coallia, 2010.
Codes, représentations et échanges entre les cultures : – ZARATE, Geneviève, Enseigner une culture étrangère, Hachette, 1986.
– BOURDIEU, Pierre, Ce que parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques, Fayard, 1982.
– Collectif, Jouer !, Revue transculturelle L’autre, vol. 7, n°2, 2006 Quelques pistes pour aller plus loin :
– Collectif, L’enfant et les langues, Revue transculturelle L’autre, vol. 9, n°2, 2008
– CUCHE, Denys, La notion de culture dans les sciences sociales, La découverte, 2010. – ARENDT, Hannah, Vies politiques, Gallimard, 1986 (1974).
– DE GAULEJAC, Vincent, La névrose de classe, Hommes et groupes, 1987. – COQUERY-VIDROVITCH, Catherine, Petite Histoire de l’Afrique : l’Afrique au Sud du Sahara de la
– DE GAULEJAC, Vincent, Les sources de la honte, Desclée de Brouwer, 1996. Préhistoire à nos jours, La découverte, 2010.
– DE GAULEJAC, Vincent, Qui est « Je » ?, Seuil, 2009. – DUBET, François, Sociologie de l’expérience, Seuil, 1995.
– DUPONT, Yves, « Entre arrachement et attachement à la terre », in Chercher, s’engager ?, – HERITIER-AUGE, Françoise, Masculin, Féminin I. La pensée de la différence, Odile Jacob, 1996.
Communications, 94, 2014 – HERITIER-AUGE, Françoise, Masculin, Féminin II. Dissoudre la hiérarchie, Odile Jacob, 2002.
– GOFFMAN, Erving, Les rites d’interaction, Éditions de Minuit, 1974. – LEVI-STRAUSS, Claude, Tristes tropiques, Plon, 1955.
– GOFFMAN, Erving, Stigmates, Les usages sociaux des handicaps, Éditions de Minuit, 1975. – ROGERS, Carl Ransom, L’Approche centrée sur la Personne, Anthologie de textes présentés
– HALL, Edward, La dimension cachée, Seuil, 1978. par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson, Éditions Randin, 2001.
– HALL, Edward, Au-delà de la culture, Seuil, 1979. – TASSADIT, Yacine ; JAMMET, Yves ; DE MONTLIBERT, Christian, Abdelmalek Sayad,
– HALL, Edward, Le langage Silencieux, Seuil, 1984. La découverte de la sociologie en temps de guerre, Cécile Defaut, 2013.
– LE GOFF, Jacques, « Rire au Moyen Âge », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 3, 1989,
– MARESCA, Bruno, Les bibliothèques municipales en France après le tournant internet :
attractivité, fréquentation et devenir. Avec la collaboration de Christophe Evans et Françoise Gaudet.
Paris, Bibliothèque publique d’information/Centre Pompidou, 2007, 283 p., 22 cm.,
Filmographie
coll. Études et recherches. La grande majorité des films sont consultables à la BNF.
– MORO, Marie-Rose, Aimer ses enfants ici et ailleurs. Histoires transculturelles, Odile Jacob, 2007. Pour trouver les références ou les lieux de diffusion des films,
– MORO, Marie-Rose, Enfants de l’immigration, une chance pour l’école, Bayard, 2012. vous pouvez également faire des recherches thématiques sur le site
– PASTOUREAU, Michel ; SIMONNET, Dominique, Le petit livre des couleurs, Panama, 2005. de l’association « Autour du 1er mai » ( http://www.autourdu1ermai.fr/ ).
– PAUGAM, Serge, Le lien social, PUF, 2008
– PAUGAM, Serge ; GIORGETTI, Camila, Des pauvres à la bibliothèque,
Enquête au Centre Pompidou, PUF, 2013. – 3 hommes et un couffin, Coline Serreau, France, 1985, comédie.
– PINÇON, Michel ; PINÇON-CHARLOT, Monique, Voyage en grande bourgeoisie, PUF, 2005 (1997). – Bref, « Épisode 4 : J’ai passé un entretien d’embauche », Kyan Khojandi, Bruno Muschio, France,
– PINÇON, Michel ; PINÇON-CHARLOT, Monique, La violence des riches, La découverte, 2013. 2011, série TV, comédie.
– ROLLAND, Dominique, De sang mêlé, Chronique du métissage en Indochine, Elytis Édition, 2006. – Les Chemins de Mahjouba, Raphaela Layani, France, 2010, documentaire.
– ROLLAND, Dominique, Passeport pour Hué, la Tonkinoise de l’île de Groix, Elytis Édition, 2011. – Dieu seul me voit (Versailles-chantier), Bruno Podalydès, France, 1998, comédie.
– TRUONG, Fabien, Des capuches et des hommes, Buchet-Chastel, 2013. – Un Enfant tout de suite, Chantal Briet, France, 2001, documentaire.
– WRIGHTS MILLS, Charles, L’Imagination sociologique, La Découverte, 2006 (1959) – Une époque formidable, Gérard Jugnot, France, 1991, comédie.
– L’Esquive, Abdellatif Kechiche, France, 2003, comédie dramatique.
– La Fabrique de l’homme occidental, Gérald Caillat, Pierre Legendre, Pierre-Olivier Bardet,
Aborder les codes sociaux avec les publics : France, 1993, documentaire.
– L’Homme à la Gordini, Jean-Christophe Lie, France, 2009, animation.
– ABDALLAH-PRETCEILLE, Martine ;PORCHER,Louis,Éducation et Communication interculturelle,PUF,2001. – Intouchables, Éric Toledano, Olivier Nakache, France, 2011, comédie.
– AGUILAR, Marion ; VERDIER, Claire, DILF A1.1, Cle international, 2008. – J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau, Laurence Petit-Jouvet, France, 2002, documentaire.
– AGUILAR, Marion ; BOUY, Daniel ; VERDIER, Claire, « Je veux apprendre la France » – J’habite le français, Chantal Briet, France, 2007, documentaire.
in Langues et Migrations, Revue Homme et Migrations, n°1288, 2010. – Je veux apprendre la France, Daniel Bouy, France, 2008, documentaire.
– BASTIDE, Roger, Le prochain et le lointain, L’Harmattan, 2001. – Madame la France, ma mère et moi, Samia Chala, France, 2012, documentaire.
– BERTHET, Annie ; DAILL, Emmanuelle ; HUGOT, Catherine ; KIZIRIAN Véronique ; – Ma part du gâteau, Cédric Klapisch, France, 2011, comédie dramatique.
WAENDENDRIES, Monique, Alter Ego + 1 et 2, Hachette, 2012. – Ma petite dignité, Marie Dolez, France, 2001, documentaire.
– CAMILLERI, Carmel ; COHEN-EMERIQUE, Margalit (dir.), Chocs de cultures, concepts et enjeux – Mon oncle, Jacques Tati, Italie, France, 1958, comédie.
pratiques de l’interculturel, L’Harmattan, 1989. – Pain et chocolat, Franco Brusati, Italie, 2002, comédie dramatique.
– Collectif, Guide des bonnes pratiques associatives, Espace Bénévolat, 2010. – Les Petits pas, Agnès Nassery, France, 2009, documentaire.
– Collectif, Le guide du bénévole pour l’alphabétisation, Espace Bénévolat, 2011. – Pretty Woman, Garry Marshall, États-Unis, 1990, comédie, romance.
– Collectif, À la recherche de nouveaux bénévoles, Espace Bénévolat, 2012. – La règle du jeu, Jean Renoir, France, 1939, comédie dramatique.
– Collectif, Accompagnement à la scolarité, le guide pratique du bénévole, Espace Bénévolat, 2014. – Les Règles du jeu, Claudine Bories, Patrice Chagnard, France, 2014, documentaire.

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Table des matières
– Ressources humaines, Laurent Cantet, France, Grande-Bretagne, 2000, comédie dramatique.
– Les roses noires, Hélène Milano, France, 2011, documentaire. La mission de diversification des publics de la BNF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
– Les vacances de Monsieur Hulot, Jacques Tati, France, 1953, comédie. L’association ADAGE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
– La vie est un long fleuve tranquille, Étienne Chatiliez, France, 1988, comédie. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
– La vieille dame indigne, René Allio, France, 1965, comédie dramatique.
– Les visiteurs, Jean-Marie Poiré, France, 1993, comédie. Codes, représentations et échanges entre les cultures 13
– Votre enfant m’intéresse, Jean-Michel Carré, France, 1981, documentaire. Comment vivre ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
– Welcome, Philippe Lioret, France, 2009, drame.
La naissance de la sociologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
– Working on it, Karin Michaski, Sabina Baumann, Allemagne, Suisse, 2008, documentaire.
Les outils du sociologue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Le point de vue des historiens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Webliographie Normes et consensus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La force de l’habitus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
21
24
– Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme : http://www.anlci.gouv.fr/ Déconstruire les codes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
– Autour du 1er mai : http://www.autourdu1ermai.fr/ Les codes sociaux intègrent et rejettent à la fois. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
– ASL Web : http://www.aslweb.fr/s/accueil/ Voyage à travers les codes et les représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
– Bibliothèque nationale de France : http://www.bnf.fr/fr/acc/x.accueil.html Les codes de politesse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
– Blog BNF pour tous : http://blog.bnf.fr/diversification_publics/
– CLP, Guide descriptif, Actions socialisantes à composantes langagières, 2004,
L’habillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
http://www.aslweb.fr/static/documents/generiques/Guide1.pdf La langue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
– Programme AlphaB : http://www.programmealphab.org/ Les codes de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
– Projet Migrapass, Autremonde : http://site.autremonde.org/spip.php?article458 Vivre dans un monde où circulent les cultures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
– Questions en partage, « Autrui et son visage, l’approche d’Emmanuel Levinas » :
Culture et culture générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
http://www.questionsenpartage.com/autrui-et-son-visage-lapproche-demmanuel-l%C3%A9vinas
– Réseau Alpha : http://www.reseau-alpha.org/
Le don : un dénominateur commun à toutes les cultures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Rencontres entre cultures et codes sociaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Tradition orale ou écrite : Unité et diversité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

Aborder les codes sociaux avec les publics 47


Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur . . . . . . . . . 48
Co-construire un cadre commun. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Établir une relation de reconnaissance mutuelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Construire une relation interactive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Se confronter à la différence, réflexions sur des incompréhensions . . . . . . . . . . . . . . . 56
Les stéréotypes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
Une relation de pouvoirs parfois asymétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
L’influence de la langue sur les représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Le décentrement culturel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Traiter les sujets « sensibles » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Sortir des évidences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Faire appel à des partenaires extérieurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Respecter l’identité culturelle de l’autre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

Quelques pistes pour aller plus loin 73


L’empathie, un mot qui fait sens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
L’altérité ou la reconnaissance de l’autre dans sa différence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Penser autrement le développement des sociétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
L’autre, un barbare ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Les processus sociaux à l’œuvre dans les migrations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
L’Hospitalité, un devoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

Biographies des intervenants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87


Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
Filmographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
94 Webliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Typographie : Copperplate et Gill sans
Photogravure : APS Chromostyle, Tours
Achevé d’imprimer en août 2014
sur les presses de Geers Offset à Gand
sur papier Magnosatin 135 g
issu de forêts gérées durablement.

Dépôt légal : septembre 2014


Imprimé en Belgique

Common questions

Alimenté par l’IA

Organizations face the challenge of respecting the diverse worldviews of newcomers while transmitting the complex and multifaceted social codes of French society. This delicate balance involves understanding and bridging different world interpretations that newcomers bring with them. The practice of social workers and volunteers is significantly impacted as they must continuously engage with their target groups to address these challenges, moving from empirical knowledge to a deeper theoretical understanding of social codes as explored by sociology and social sciences .

Challenges include confronting deeply held beliefs and preconceptions that may not be based on factual truths, which can create tension or conflict within diverse groups. Educators need to raise awareness of these stereotypes and provide clear explanations that transcend cultural assumptions, fostering an environment where open dialogue and mutual understanding can occur .

Social codes integrate individuals by situating them within a particular social group, providing a sense of belonging and protection. Conversely, they also differentiate individuals by establishing boundaries and expectations that distinguish between various social and cultural identities. Codes represent the collective values of a society and allow individuals to locate themselves temporally and contextually within it .

Cultural codes influence gender relations by dictating expected behaviors and roles, often leading to discrepancies in how men and women interact and are perceived socially. For instance, societal norms may encourage men to occupy more physical space and assume leadership roles, while women are socialized towards modesty and supporting roles, reflecting deeper educational and relational expectations that are slowly evolving .

The project supports development by immersing participants in viable cultural activities, such as writing and producing a fictional film, which help improve their linguistic skills and self-confidence. By engaging in creative roles, they expand their future possibilities and challenge preconceived limitations, thereby empowering participants to envision and pursue new projects .

Goffman's interactionist approach views social codes as constructs of interactions and relational perceptions between individuals, highlighting their dynamic nature. For educators, this implies that teaching about these codes involves understanding and engaging with the process by which students learn and apply social norms within their interactions, rather than simply imparting static rules .

The partnership enhances integration by providing women participants with access to cultural and social experiences, such as visiting the BNF, participating in thematic exhibitions, and engaging in occupational inquiries. These activities help demystify and familiarize the participants with French cultural codes and professional environments, thus increasing their confidence and social capital, which are crucial for professional integration .

The project fosters a sense of belonging and empowerment by involving participants in creative activities like film production, which affirm their abilities and talents. By engaging in these culturally enriching experiences, participants are regarded as important contributors, thus reinforcing their self-esteem and integration within the cultural fabric of the society .

Educators can present cultural codes factually and avoid imposing a hierarchy by encouraging discussion and awareness of various cultural norms without judgment. This approach allows participants to understand different codes and decide independently how to navigate them, therefore maintaining respect for their cultural identities while providing the necessary information to make informed choices .

Social codes historically served to maintain order and structure within societies, exemplified by the rigid class structures and behavioral expectations observed during the Middle Ages. Contemporary societies, however, show a greater diversity of codes influenced by globalization and cultural exchanges. Whereas historical codes were immutable, today's codes are more dynamic, interacting through relationships and evolving with societal changes .

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