Codesociaux
Thèmes abordés
Codesociaux
Thèmes abordés
Liens et frontières
Sylvie Dreyfus-Alphandéry
Manon Bord-Cebron
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La Mission s’adresse à des personnes comme les
décrocheurs, ce public composé de
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l’emploi » : le groupe de femmes a été par la culture », de nombreux ateliers
accueilli une première fois par une visite- et visites ont permis à deux nouveaux
découverte de la BNF. Elles sont reve-
nues pour l’exposition « L’âge d’or des
cartes marines ». La rencontre suivante
groupes de femmes en formation de
découvrir la BNF.
Par ailleurs ce financement a permis que
Introduction
fut consacrée à des « enquêtes mé- se développe la formidable aventure de
tiers » : conservateur de bibliothèque, cette année : proposer à un des groupes
bien sûr mais aussi infirmière, manuten- d’écrire le scénario d’un film de fiction
tionnaire. Elles ont rencontré les sala- qu’elles ont joué, tourné et réalisé. « Je ne veux pas que ma maison
riés de la BNF qui ont répondu à leurs
questions. Le groupe a déjeuné deux fois Ce projet leur a permis d’améliorer soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées
aux restaurants d’entreprise réservés au leurs compétences linguistiques, de mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les
personnel de la BNF et a pu ainsi obser- prendre confiance en elles et d’expéri-
ver ce qu’est un restaurant d’entreprise, menter le fait qu’elles pouvaient réaliser cultures de tous les pays. »
s’imaginer être salariée d’une entreprise des actions qu’elles n’avaient même pas
qui dispose d’un tel lieu ou y travailler… imaginées. Il n’a jamais été question de
leur apprendre à faire un film mais le fait Gandhi
Enfin, un atelier a été conçu pour elles d’avoir occupé des postes techniques,
autour de l’histoire de l’écriture et leur artistiques a permis d’ouvrir le champ
a permis de contempler des manuscrits des possibles, de s’autoriser à penser
anciens avec les premières traces d’écri- d’autres projets.
tures : la professionnelle qui animait cet Ce film a été projeté au cinéma le
L’objectif de ce livret est de proposer aux formateurs, médiateurs, en
atelier avait réuni des manuscrits en te- Louxor en présence des femmes, de contact avec les populations qui viennent d’ailleurs, un outil de réflexion
nant compte des origines géographiques leurs invités, d’autres groupes, de nos et de mutualisation de pratiques, qui permettent d’accueillir dignement en
des personnes du groupe, l’émotion financeurs et a fait l’objet d’un DVD. France les personnes étrangères ou immigrées possédant des codes et des
n’en fut que plus grande ! cadres de référence différents des nôtres.
Par ailleurs, dans le cadre de ce par-
Au-delà de toute la richesse et la diver- tenariat, est né le projet de la BNF et
sité des thématiques abordées, (accès à d’ADAGE de concevoir un livret qui Depuis les débuts de l’humanité, hommes et femmes, en vivant en société
la culture, élargissement des choix pro- expliquerait en quoi la connaissance ont inventé une multitude de codes qui témoignent de leur mode de vivre
fessionnels, travail sur les codes sociaux, des codes sociaux est importante pour ensemble, de leurs questions sur le monde, des règles qu’ils se donnent
notamment pendant les repas…), les accéder à une mobilité sociale et ou à pour vivre en paix en adoptant des normes communes.
femmes ont particulièrement témoigné l’emploi. Un choix de textes écrits par
de la valorisation qu’elles ont ressenti. les femmes accueillies en insertion et
L’une d’elles a peut-être le mieux résu- produits dans le cadre d’ateliers d’écri- Aujourd’hui la mondialisation des échanges, la circulation accélérée des hu-
mé ce qu’elles voulaient dire : « la BNF, ture mis en place par ADAGE accom- mains à travers le monde, invitent à réfléchir à la façon dont se confrontent
c’est pour les chercheurs ou les gens pagne les réflexions et les outils qui sont les codes de sociétés aux traditions et aux modes de vie très différents,
importants et nous avons été reçues évoqués dans ce livre. à inventer des outils qui permettent de mieux accueillir ces personnes
comme si nous étions importantes ».
Mieux encore, une des femmes a pu dire
d’horizons sociaux et culturels divers.
son envie de travailler dans un musée, un
espace culturel en tant que surveillante Nous espérons que ce livret, et les quelques réflexions et outils qu’il pro-
et a été embauchée, suite à un stage pose, permettra une ouverture à la culture de l’autre, donnant toute sa
pratique au musée Guimet. place à l’échange interculturel, à la reconnaissance mutuelle des histoires
Grâce à la BNF qui a initié avec le soutien
individuelles et collectives de tous ceux qui viennent d’ailleurs et désirent
du FEI le projet « Sortir de l’isolement construire leur vie en France, de tous ceux qui ne se sentent pas légitimes
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car ils sont fragilisés socialement, de tous ceux qui peinent à construire
un parcours de vie qui leur donne confiance en eux-mêmes et en l’avenir.
Pour les formateurs, les médiateurs et tous ceux que la transmission in-
téresse, venir à la BNF, s’approprier ses collections, participer avec les
publics qu’ils accompagnent, à des ateliers de médiation qui mettent en
perspective le savoir avec les questions que pose le présent, permet d’invi-
ter ces publics fragilisés socialement, nouveaux venus dans notre pays
à construire une relation active à la culture en se donnant l’autorisation
d’être eux-mêmes acteurs de culture.
Cet ouvrage est conçu en trois parties. Nous espérons qu’il contribuera à
nourrir de concert, une réflexion et des modes de relation entre médiateurs
et publics qui favorisent la rencontre, la découverte et l’attention à l’autre.
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Cette approche permet de construire une relation d’altérité avec les publics Nous les remercions tous vivement d’avoir donné de leurs temps pour
concernés. C’est ce que nous développons dans la deuxième partie, qui répondre à nos questions.
propose des outils pratiques à destination de formateurs ou de médiateurs.
En effet le respect de l’autre, de sa culture, de son mode de vie, de son Merci également à Alain Caillé et Pierre Alphandéry qui nous ont accom-
habitus constitue l’essentiel de ce qui se joue dans la relation que le mé- pagnées dans le cheminement de cette réflexion sur les codes sociaux.
diateur construit avec son public. Les chapitres composant cette deuxième
partie s’articulent autour de réflexions sur la posture du formateur, de Nous remercions également l’ensemble des associations dont nous avons
sa pratique de médiation et d’accompagnement du public accueilli. Le cité en exemple des outils de médiation, d’avoir alimenté cet ouvrage,
quatrième chapitre donne des exemples d’outils pratiques et apporte des grâce à leur pratique professionnelle et à leur savoir-faire. Enfin, toute
réflexions destinées à enrichir les échanges interculturels. Le cinquième notre reconnaissance va à l’association ADAGE, son équipe, sans qui nous
chapitre soulève des questionnements sur les représentations de chacun n’aurions pu mener ce travail : Sandra Gidon, Marie-Christine Kauffman,
et apporte des éléments pour les traiter. Le sixième chapitre propose Christophe Guichet, Marianne Bousquet, Nadia Laberche, Martine Le-
quelques clés pour aborder les sujets qui dérangent, devant lesquels le grand, ainsi qu’à Danushika, Jayaseeli, Judith, Hanane, Lilia, Lilian, Natalia,
formateur est parfois démuni. Nishanty, Rosa, Shaista, Yasmina, femmes accueillies par ADAGE dont les
écrits ont contribué à introduire dans ce guide, le regard de l’autre, sans qui
La troisième partie, en présentant « Quelques pistes pour aller plus loin » aucune relation n’est possible…
invite à cheminer avec la réflexion de chercheurs, de philosophes qui ont
réfléchi à ce que pourrait être un monde commun dans lequel personne
de se sentirait exclu ou rejeté, un monde métissé et ouvert, un monde sans
peur de l’autre.
Nous espérons n’avoir pas dénaturé leurs propos, même si leur pensée
est plus complexe, bien sûr, que ce que nous en présentons. Ce livret ne se
veut pas être un guide injonctif, mais s’efforce plutôt d’ouvrir des espaces
de réflexion et de mutualisation de pratiques de médiation culturelle.
Les médiateurs, formateurs, accompagnateurs suivants ont également été
interrogés et ont accepté de transmettre une part de leurs expériences :
Marion Aguilar, Julie Bellamy, Lavinia Boteanu, Emmanuelle Daill, Frédéric
Dufour, Nicole Fernandez-Ferrer, Blandine Forzy, Dominique Gaillot, Chris-
tophe Guichet, Marie-Christine Kauffman, Marion Mabille, Imane M., Cha-
hinaz Ouziala, Valérie Skirka, Perrine Terrier, Sylvie Turpo, Claire Verdier, et
Vincent Ydé.
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Codes, représentations
et échanges entre les cultures
Comment vivre ensemble ?
COMMENT La naissance
vivre ensemble ? de la sociologie
Que sont les codes sociaux et en quoi les modes d’approche que les sociologues
comprendre leur fonctionnement et les anthropologues mettent en œuvre
permet de mieux appréhender en analysant le fonctionnement des sociétés
comment se construisent humaines sont au cœur des questions
les relations entre les individus ? qui se posent lorsque l’on s’interroge
Existe -t-il des valeurs que partagent sur la façon dont les sociétés
toutes les sociétés humaines ? et les groupes sociaux usent de codes sociaux
Autant de questions que se sont posées et de règles communes pour vivre ensemble
les penseurs qui inventent, à la fin
du xixe siècle, une toute nouvelle La sociologie naît au XIX e siècle, dans un monde bouleversé par la révo-
discipline : la sociologie. lution industrielle, qui, en Europe, verra la société se transformer, en
Cette discipline ne naît pas à cette l’espace de quelques dizaines d’années, plus que jamais. Précédée par la
époque par hasard, elle naît Révolution française, qui remet en cause l’ordre politique immuable et
dans un monde traversé consacre l’émergence du citoyen (en lieu et place du sujet qui depuis
par des changements économiques des siècles acceptait qu’un ordre divin régisse l’organisation sociale, en la
personne du roi consacré par Dieu), la société française évolue très vite :
et sociaux très brutaux.
auparavant, qui naissait paysan le demeurait à vie, la place de chacun dans
la société était assignée une fois pour toutes.
Avec l’arrivée de la production industrielle, tout s’accélère. L’exode rural
massif attire toujours plus de personnes dans les usines qui sont alors
en plein essor, les progrès des transports raccourcissent les distances, la
presse et les moyens de communication se développent, le monde occi-
dental devient de plus en plus complexe. Émile Durkheim, sociologue
français, 1858-1917.
© Leemage
Comment le comprendre et le décrypter ? C’est ce à quoi va s’atteler la
toute nouvelle discipline du savoir qu’est la sociologie. En ce sens, le déve-
loppement de la sociologie est totalement lié à l’idée de modernité et de
société en mouvement. Se pose alors la question de savoir ce qui tient la
société cohérente, alors qu’elle ne cesse de se transformer.
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Comment vivre ensemble ?
» Au début
Lilia
« Au début il n’y avait ni le métro ni le bus, ni mairie
Le travail du sociologue invite donc à questionner les croyances, les
idées reçues sur la société, il permet d’appréhender une réalité en exa-
minant en quoi les phénomènes sociaux ont des conséquences sur la vie
ni magasins, ni CAF ni les marchés, ni l’Assurance-
des personnes qui composent la société qu’ils observent. En ce sens les
maladie ni les logements sociaux ni médecins.
sociologues accompagnent les changements sociaux et donnent des clés
Au début il y avait seulement des difficultés et maintenant
pour comprendre la complexité du monde qui nous entoure. C’est dans
je connais tous ces endroits. »
la tension entre tradition et changement que se développent les sociétés
humaines.
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Comment vivre ensemble ?
Le point de vue
des historiens
Les historiens, pour leur part, font de l’observation
de l’évolution des codes sociaux à travers le temps
Gardiennes de troupeaux. l’un de leurs objets d’étude principaux
Époque Bovidé.
Fresque Tassili N’Ajjer,
Algérie près de Djanet. Au Moyen Âge,
© Michel Hans une personne respectable
doit manger assise
ou aujourd’hui, a besoin de règles communes pour fonctionner. Il n’existe à une table, les mains
pas de société humaine sans règles, sans normes sociales : les comporte- posées sur la nappe.
ments humains ne sont pas spontanés, ils s’inscrivent dans des normes qui Il faut saisir d’une seule
font consensus pour une majorité d’individus appartenant à la société en main, entre le pouce
question. La norme s’impose à tous, c’est un pilier fondateur de la société et l’index, les bouchées
dans laquelle on vit. Le droit exprime un ensemble de normes. servies sur un tranchoir
individuel.
Alors que les sociologues emploient le concept de norme, la notion S’il est indécent de lever
de code social n’existe pas comme concept sociologique, selon Bruno le coude pour boire,
Maresca. Il serait intéressant d’ailleurs de s’interroger pourquoi ce terme il est permis
de « codes sociaux » qui parle à tous, a été peu questionné d’une façon de le mettre sur la table.
théorique, alors qu’il est souvent évoqué, à travers des exemples concrets Sur cette miniature,
différents : en butinant sur internet, Bruno Maresca cite l’exemple du alors que le seigneur
« Club Med », qui cassait vraiment les barrières et les codes sociaux, se tient noblement,
« tout le monde se tutoyait et un médecin pouvait sympathiser avec un les serviteurs sont affalés
plombier. » Il évoque également la situation des femmes et jeunes filles par terre, mangent
au Kurdistan, en soulignant à leur propos que « des codes sociaux très avec les deux mains
sévères sont utilisés pour nier leurs droits fondamentaux ». et boivent au tonnelet.
Livre de la chasse,
Ainsi des sens extrêmement divers sont donnés à la notion de code Gaston Phébus, XVe s.
BNF – dept. des Manuscrits
social, alors que la notion de norme sociale, qui constitue le socle de la ré- Les historiennes Perrine Mane et Danièle Alexandre-Bidon évoquent
flexion d’Émile Durkheim puis de la tradition sociologique est beaucoup pour nous quelques traits caractéristiques de la société du Moyen Âge.
plus définie. A priori le code social est un ensemble de règles implicites Les règles de vie sont très codifiées et clairement exprimées dans des
ou explicites imposant des usages de comportement qui sont d’emblée manuels de contenance qui s’inspirent de l’ordre monastique et ont été
assez concrets et très identifiables par tous. Par exemple, dans les années adaptés ensuite à la vie laïque sociale. Les codes sociaux s’apparentent à
1950, quelqu’un serait venu travailler dans un ministère, avec une chemise l’étiquette ; l’étiquette de la cour, bien sûr, dont les règles se diffusent dans
rose et un foulard multicolore autour du cou, aurait d’emblée été jugé toute la société.
comme ne respectant pas le code du costume sombre et de la cravate…
Ces manuels s’adressent à l’éducation des gentilshommes et pas au
monde paysan qui constitue pourtant 90% de la population. À partir de la
seconde moitié du XVI e siècle, ces ouvrages se diffuseront plus largement
18 19
Comment vivre ensemble ?
La société du Moyen Âge est une société d’ordre, chacun doit rester Derrière les codes sociaux se nichent des valeurs, les valeurs sont une
à sa place. Une norme sociale s’impose : on n’a pas le droit de paraître déclinaison de la norme. Bruno Maresca prend l’exemple de la famille :
trop riche, si l’on est un bourgeois. Il faut ressembler à son milieu social. c’est une norme, qui existe dans la majeure partie des sociétés mais
« Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée » dit le proverbe. On chaque individu a une marge pour se positionner par rapport à la famille,
n’a pas le droit de paraître ce que l’on n’est pas, c’est la règle fondamen- il va considérer que le mariage est une valeur qu’il faut défendre ou il
tale : à cette époque, le « bling-bling » aurait été vraisemblablement très adhérera plutôt à la valeur de l’union libre. La valeur est une façon de
déconsidéré… Il faudra attendre le XV e siècle pour voir ces codes évoluer décliner la norme en différentes options possibles.
peu à peu, et qu’une certaine mobilité se fasse un chemin dans les us et
coutumes : le développement des villes et la naissance de l’urbanité ou La justice, quant à elle, est fondée sur la norme du bien et du mal : le droit
l’art de vivre dans les villes, mot décliné du latin urbs, la ville, contribuera applique, met en œuvre la norme du bien et du mal, mais dans le système
lentement à faire bouger les ordres. social, il n’y a pas de valeur absolue : le social ne produit pas d’absolu, le
social produit des structures qui sont organisées autour de piliers qui font
Les codes sociaux ont certes changé aujourd’hui par rapport au Moyen consensus. Durkheim, précise Bruno Maresca, considère que la norme
Âge, mais toute société, tout milieu social, tout milieu professionnel pos- s’impose à tout le monde : la norme est une chose à laquelle les gens ont
sède les siens. Les lieux publics ont également leurs propres codes. Serge a priori envie d’adhérer. Quand on utilise le mot « valeur », on envisage
Paugam évoque le code du silence, code implicite et partagé par les alors qu’il y ait plusieurs options possibles.
usagers des bibliothèques. La pratique de l’étude dans de grandes biblio-
thèques comme la Bibliothèque publique d’information (BPI) ou la BNF Pour certains, codes et valeurs cheminent ensemble. Ainsi au dire de l’his-
reste dominante. Savoir se concentrer en restant assis des heures pour torienne Agnès Sandras, parmi les classes bourgeoises aisées, les codes
étudier est une norme partagée par la grande majorité des lecteurs de sociaux s’apparentent à la défense de valeurs que les membres de ces
ces bibliothèques. classes ne savent pas expliciter — telles que la richesse ou la reproduc-
tion sociale dans les mêmes milieux. Dans d’autres milieux sociaux, plus
»
ouverts, la confrontation des idées, les échanges intellectuels sont recon-
le monologue de Mona nus et encouragés. Dans ce cas, la pratique de la discussion devient une
Nishanty valeur en soi.
Elle est très belle, Mona Lisa. Son visage est très joli et
calme. Elle est très positive. Elle reste au musée. Elle a Codes sociaux et classes sociales
une pose superbe. Le nez est long et très beau. Elle pose. Monique Pinçon-Charlot s’est attachée, avec son mari Michel Pinçon, à
Elle a des yeux calmes. Elle pose, très belle, les cheveux comprendre le mode de fonctionnement des classes très aisées de la so-
longs. Elle est célèbre, Mona Lisa, tout le monde la connaît. ciété. Pour ces chercheurs « tout change pour que rien ne change » : les
Je regarde les yeux des gens. classes très aisées se savent les plus nanties économiquement parlant et
s’emploient à étendre cette domination économique à toutes les sphères
de la société, en imposant leurs valeurs comme des valeurs universelles
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Comment vivre ensemble ?
que l’on ne peut interroger. Ces classes possèdent la capacité de faire pas-
ser leurs intérêts particuliers pour de l’intérêt général. Ainsi pour les Pin-
çon-Charlot, la fonction des codes sociaux est, pour les riches, d’exercer,
outre la domination économique, une domination symbolique qui impose
un ordre qu’il est impossible de transformer car les classes modestes ont
intériorisé que rien ne peut changer, l’ordre dominant étant immuable.
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Comment vivre ensemble ?
codes sociaux
grandi, la culture, la langue, la religion. Toutes ces premières affiliations les cheveux revenait
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Voyage à travers les codes et les représentations
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Voyage à travers les codes et les représentations
» Choses
Choses sans valeur
Shaista
par la Mort dans une Danse
macabre, thème courant
dans l’art des XVe
et XVIe siècles, marqués par
« Quand quelqu’un dit des gros mots.
la peste et les guerres.
Quand les personnes crient sans raison.
Danse Macabre, XVIe s.
Dans le bus les gens ne laissent pas la place BNF - dpt des Manuscrits
pour les personnes âgées.
Les gens passent sans faire la queue.
Les personnes ne savent pas les émotions des autres.
Sans valeur, ne pas respecter la loi, La couleur est également un luxe au Moyen Âge, et cela, à cause des
soi-même et les autres. teintures. Les couleurs sont également très codifiées : les femmes portent
Les enfants ne respectent pas les profs ni les parents. des robes rouges le jour de leur mariage. Le vert ne se porte que le jour
Celui qui ne respecte pas les autres. » de la tradition des arbres de mai, du 30 avril au 1er mai. On ne sait pas
encore fabriquer du noir, donc lors d’un deuil, il convient de porter du
bleu foncé. Les enluminures que l’on voit avec des couleurs éclatantes
représentent exclusivement des nobles. Les bourgeois sont habillés beau-
coup plus modestement avec des vêtements de couleur sombre.
Ainsi du Moyen Âge à l’Ancien régime, l’habillement est très codifié et
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Voyage à travers les codes et les représentations
langue
que s’entament des réflexions à leur propos
La
En France, selon Marie-Rose Moro, Rire, ne pas rire, telle est la question
la représentation de la langue est très unique. Il existe un texte important de l’historien Jacques
Dès 1539, l’ordonnance de Villers-Cotterêts, Legoff à ce sujet, qui rappelle en quoi, en tant
que phénomène social, le rire a une histoire.
édictée par François ier, établit le français
L’historien Jacques Legoff a été amené à s’inté-
comme langue officielle, comme langue de
resser au rire, après avoir découvert un petit
l’administration et du droit écrit opuscule La littérature européenne et le Moyen
Âge latin, dans lequel on s’est posé la question
Très tôt, le français est venu s’opposer aux langues régionales et pour- suivante, surtout dans les milieux ecclésias-
tant, il suffit d’entendre quelqu’un parler pour savoir d’où il vient : les tiques : « Jésus a-t-il ri une seule fois dans sa vie
manières de parler, les accents, la façon de placer sa voix, sont de grands terrestre ? ». Par ailleurs, au Moyen Âge circule
marqueurs d’identité qui reposent sur des codes implicites : Agnès San- la proposition d’Aristote qui expliquait que « Le
dras nous confiait adapter son ton de voix au milieu dans lequel elle rire est le propre de l’homme ».
se trouve et pourtant elle parle toujours la même langue, le français.
« On voit donc qu’autour du rire s’est noué ce
La langue est un code incontestable, mais les langues sont des catégories qu’on peut appeler un grand débat, et qui va loin,
totalement construites. En français, il existe un mot pour dire tristesse, car si Jésus n’a pas ri une seule fois dans sa vie hu-
alors qu’en bambara il en existe dix ! En français, pour exprimer la notion maine, lui qui est le grand modèle humain, dont
d’être, on utilise un seul mot ; en espagnol, il y en a deux, ser et estar, qui de plus en plus on proposera l’imitation, le rire
correspondent à une structure totalement différente. Pour les Espagnols, devient étranger à l’homme, à l’homme chrétien
ser et estar ne représentent pas du tout le même rapport au monde. en tout cas. Inversement, si l’on dit que le rire est
le propre de l’homme, il est certain que l’homme
La France est le pays qui fait le moins de place aux langues maternelles riant se trouvera mieux exprimer sa nature », nous dit Jacques Le Goff. La gamme du rire
des migrants, on a l’idée que la langue est une et indivisible, comme la par le mime
Il n’empêche, nous expliquent Danièle Alexandre-Bidon et Perrine Mane, Georges Wague,
République. Pourtant, pense Marie-Rose Moro, on devrait laisser plus de qu’au Moyen Âge, le rire est proscrit pour les femmes. Document sur l’activité
place à l’expression de la langue maternelle car c’est la langue de la trans- de Farina dans les années
mission ; cela n’empêche pas, poursuit–elle, d’encourager les enfants à Ainsi autour du rire, se trouvent des obligations et des interdits, qui 1910-1911 - Clément Vautel
aider leurs parents dans l’apprentissage du français. C’est le destin de perdurent dans les sociétés contemporaines. Chaque groupe humain
(1875-1954).
Fonds Maurice Farina / BNF
l’enfant de migrant d’apprendre des choses qui viennent de l’extérieur de semble avoir ses propres codifications du rire, qui ont à voir avec l’expres- - dpt. des Manuscrits
la famille à ses parents. sion des émotions.
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Voyage à travers les codes et les représentations
À ce propos, Agnès Sandras évoque une anecdote qui donne à réfléchir : Chronos et Kaïros, deux rapports au temps différents
à son avis, les enfants venus de cultures différentes sont souvent très dési- Le rapport au temps des sociétés humaines est un code social qui s’ex-
reux d’intégrer les codes sociaux de la société d’accueil. Elle se souvient prime de façon fort différente de par le monde. Les Grecs utilisaient
de la gêne d’un de ses élèves d’origine turque, quand la mère de ce der- deuxtermes pour définir le temps :
nier a embrassé chaleureusement Agnès pour la remercier de s’occuper Chronos, le temps programmé, le temps linaire, le temps répétitif, les
de son fils, ce dernier est devenu tout rouge, a tiré sa mère par la manche heures, les jours, les nuits, les saisons…
et lui a dit « On n’embrasse pas les profs ! ». Kairos, c’est l’occasion, l’événement imprévu qui vient déprogrammer ce
qui est organisé et planifié à l’avance. Ce peut être un événement histo-
Avoir la bonne distance rique comme la chute du mur de Berlin, un événement personnel qui
Apprendre à avoir la bonne distance avec la personne avec qui on parle empêche d’arriver à l’heure au travail ou à un rendez-vous de dentiste.
n’a rien d’évident. Nous n’avons pas la même posture envers quelqu’un
qui est plus âgé que nous et quelqu’un de notre âge. Des situations dif- Il est clair que les sociétés occidentales sont plus structurées pour res-
férentes, entraînent des façons de se tenir qui se déclinent selon des pecter le Chronos, alors que les sociétés du Sud pencheront plus vers
modalités différentes. Tendre la main, embrasser, saluer seulement par le Kairos, même si ces différences ne sont pas irréductibles bien sûr, et
une expression verbale ? Autant de codes implicites qui dénotent une dépendent d’abord des individus. Pour l’exprimer autrement, il existe une
connaissance de l’environnement social dans lequel on se trouve et qui grande différence entre demain pour un français et Mañana pour un
ne va pas de soi. latino-américain qui peut vouloir dire, demain, bientôt, un de ces jours….
Autant de codes qui ne s’apprennent pas mais qui s’acquièrent dès le Ainsi la question du retard semble secondaire pour certains et très im-
plus jeune âge, entre autre par l’observation du milieu dans lequel on se portante pour d’autres, encore faut-il comprendre pourquoi et comment
trouve. Autant de codes qui peuvent être source de malentendus si on cela s’inscrit dans des relations au temps différentes.
ne les maîtrise pas… Autant « d’Évidences invisibles », titre d’un livre dans
lequel son auteure, Raymonde Carroll constate la fréquence des malen-
tendus interculturels entre Français et Américains et combien ils peuvent
être lourds de conséquences.
L’entre-soi pour les classes très riches est une seconde nature, selon Mo-
nique Pinçon-Charlot.Cet entre-soi correspond à une volonté de trans-
mettre à la génération suivante les fortunes colossales que ces classes
possèdent, et de préserver des modes de vie qui favorisent la reproduc-
tion des privilèges. Ainsi, on n’instruit pas les enfants de ces castes très
riches, on les éduque pour qu’ils reproduisent le savoir vivre ensemble, le
savoir-vivre entre eux.
Ceci dit, tous les milieux sociaux produisent de l’entre-soi : lorsque des
conscrits se retrouvaient et évoquaient leurs années passées à l’armée, ils
construisaient à leur insu un entre-soi qui ne portait pas à conséquence.
En revanche, quand des élèves déclenchent des opérations de bizutage
pour s’inscrire dans une tradition bien établie par leurs pairs plus âgés, ils
reproduisent un entre-soi parfois dévastateur.
Passer d’un code à l’autre n’est pas facile. Vincent de Gaulejac a travaillé
sur les histoires de transfuge de classe et sur l’histoire de personnes ayant
changé de position sociale. Il cite l’exemple d’un couple issu d’un milieu
paysan. Madame est devenue infirmière et Monsieur est ingénieur chez
IBM, il s’agit donc d’une très belle réussite. Ce couple habite Grenoble.
Pendant 10 ans ils n’ont pas accepté d’invitation à dîner car ils ne savaient
pas comment la rendre, ils ne savaient pas comment faire pour inviter
des gens. Évidemment en refusant les invitations, ils ne pouvaient pas
apprendre et se trouvaient donc dans une situation d’isolement social car
chez eux, on n’avait jamais invité personne à la maison…
La timidité recouvre souvent l’intériorisation du fait qu’on est mal à l’aise
avec l’autre. C’est une réaction défensive contre ce malaise ressenti dans
le rapport à l’autre. La timidité n’exprime pas seulement un ressenti indi-
viduel, elle dénote souvent un mal être social qui traduit la difficulté de se
retrouver dans un milieu dont on ne connaît pas les codes.
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Vivre dans un monde où circulent les cultures
VIVRE Culture
dans un monde et culture générale
où circulent les cultures Le terme latin « cultura » définit l’action
de cultiver la terre, au sens premier, et celle
de cultiver l’esprit, au sens figuré.
Le monde a toujours été multi-
Cicéron fut le premier des penseurs à appliquer
culturel, ce qui change aujourd’hui,
le mot « cultura » à l’être humain, « Un champ,
c’est l’ accélération
si fertile soit-il, ne peut être productif
de la rencontre entre les cultures
sans culture » disait-il
et la cohabitation de cultures
qui doivent apprendre La culture consiste dans l’instauration d’un ensemble de règles qui orga-
à se fréquenter et à se reconnaître. nisent les échanges entre les hommes et séparent durablement les socié-
Il est d’autant plus urgent tés humaines de l’état naturel, explique Claude Lévi-Strauss.
de comprendre comment existent
dans chaque culture, Pour l’UNESCO, « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui
des dimensions universelles être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et maté-
et des dimensions particulières, riels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe
autrement dit, de réfléchir social ». Autrement dit, elle ne fait pas référence seulement aux arts, aux
lettres, aux sciences, elle englobe également les modes de vie, les sys-
à ce qui distingue
tèmes de valeurs, les traditions, les croyances. Par ailleurs, la diversité est
et à ce qui rassemble. inhérente à l’idée même de culture, elle est donc constitutive des cultures.
Aux dires d’Élisabeth Collard, « la culture est pourvoyeuse de sens sur les
mystères qui nous entourent. Elle est comme un puits de réponses dans
lequel chaque personne recherche un moyen de s’expliquer le monde.
La culture est donc un ensemble de codes, de croyances, de représenta-
tions, autour desquels se retrouvent un certain nombre de personnes ».
Mais la culture renvoie également à un processus individuel que chaque
personne élabore, parfois à son insu, et qui lui permet de s’approprier une
certaine vision du monde. La culture évolue autant que les personnes qui
la portent. Ainsi elle est à la fois collective et individuelle.
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Vivre dans un monde où circulent les cultures
» Questionnaire de Proust
Lilian
« Le principal trait de mon caractère : la loyauté
instaure du social. C’est bien autre chose que
de l’utile qui circule… Il s’agit de quelque chose
de bien moins prosaïque que nos ventes et nos
achats, que nos louages de services ou que nos
La qualité que je préfère chez les hommes : le respect
jeux de bourse ».
La qualité que je préfère chez les femmes : la générosité
Mon principal défaut : calme tout le temps
Ce penseur philosophe, anthropologue et
Ma principale qualité : générosité
sociologue à la fois, a beaucoup réfléchi sur
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : l’ambition
l’importance du don, qui, pensait-il, existe dans
Mon occupation préférée : me promener avec ma fille
toutes les sociétés, depuis les débuts de l’hu-
Mon rêve de bonheur : mon bonheur c’est pour trouver Le timbre « En faveur du don du sang »
manité et comporte trois phases : l’obligation
un bon travail a été dessiné par René Dessirier
de donner, l’obligation de recevoir et l’obligation
Quel serait mon plus grand malheur : perdre mon père et a été émis en 1988, un an après
de rendre.
À part moi-même qui voudrais-je être : un bébé le lancement de « l’Année du bénévolat ».
Où aimerais-je vivre : au paradis Le don du sang est gratuit.
Toutes les sociétés humaines, qu’elles soient
Mon héros ou mon héroïne préféré(e) : Mandela Une « Journée mondiale du donneur
traditionnelles ou contemporaines, sont struc-
Le don de la nature que j’aimerais avoir : docteur de sang » est organisée le 14 juin,
turées par le don, et ce, quel que soit le système
L’état présent de mon esprit : fatigué chaque année depuis 2005, sous l’égide
économique dominant. Autrement dit l’échange
La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : parler » de l’Organisation mondiale de la santé57.
dans nos sociétés, régies par le capitalisme do-
La Fédération Française pour le don
minant, ne peut se réduire à une stricte logique
de sang bénévole regroupe 750 000
Le patrimoine culturel est à la fois matériel et immatériel, la diversité économique, mais comprendrait de multiples
adhérents et 2 750 associations.
culturelle est un élément déterminant de ce patrimoine, comme le définit manifestations de don.
10 000 dons de sang sont nécessaires
l’UNESCO : « Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en
chaque jour en France.
génération, est recréé en permanence par les groupes et communautés en Le bénévolat, exercé dans de multiples asso-
©René Dessirier ©La Poste
fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire ciations, en France, est un exemple parmi tant
et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à d’autres de la présence importante du don dans
promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ». notre société.
40 41
Vivre dans un monde où circulent les cultures
Rencontres sociaux. Élisabeth Collard cite le cas d’amis qui se sont mariés pendant
leurs études, il est français, elle est colombienne. Lorsqu’elle arrive dans la
famille de son mari, son rire et sa joie de vivre transforment les attitudes
entre cultures et codes sociaux de cette famille quelque peu guindée : des comportements, comme rire
à table, qui étaient tabous, se sont frayé un chemin, dans cette famille où
Aujourd’hui la mondialisation fait se rencontrer le rire et la joie partagée n’étaient pas de mise.
les cultures comme jamais auparavant,
pour le meilleur, l’immense possibilité L’unité et la diversité sont indissociables pour permettre aux sociétés
de confrontation et d’échanges entre les peuples, modernes d’exister sans conflit. Ce qui nous rassemble nous permet de
et pour le pire : se multiplient aujourd’hui coexister ensemble et ce qui nous différencie permet aux individus d’ex-
les manifestations nombreuses de repli sur soi, primer leur singularité, leur particularité.
d’intégrismes de tous ordres, Ainsi, comme le dit Edgar Morin, « Les humains doivent se reconnaître
qu’ils soient religieux ou, parfois aussi, laïcs. dans leur humanité commune, en même temps que reconnaître leur di-
versité tant individuelle que culturelle.
Intégrismes car ils légitiment un système de valeurs
normatif, excluant la pensée de l’autre, excluant
»
parfois l’autre, tout simplement
Au « début »
Entendre des partis extrémistes se réclamer de la laïcité pour exclure Judith
les populations, par exemple de confession musulmane, est contraire à « Au début il n’y avait ni ma mamma ni mes sœurs ni mes
cette valeur fondamentale de la République française. amis ni la liberté pour sortir ni mes plats préférés ni la
De fait, la pluri-appartenance est devenue la norme alors qu’auparavant plage ni un bon « ceviche » ni notre maison ni la crise
c’était l’exception : on ne peut plus classer les gens aussi facilement, que économique ni la musique latine.
ce soit par catégorie socioprofessionnelle, que ce soit par modes de Au début il y avait seulement la joie, avec ma mère, ma
consommation, que ce soit par pratiques culturelles ou sportives ou par famille, mes voisins et mon quartier. »
style vestimentaire. Qui aurait eu l’idée de porter un jean pour aller au
bureau dans les années 1950 ? C’était réservé aux fermiers américains ou
à la jeunesse en révolte. Rappelons la très belle interprétation de l’acteur
James Dean, dans le film « La Fureur de vivre ». Aujourd’hui, le jean est Tradition
porté par de nombreuses classes sociales, selon des codes subtils qu’il
conviendrait sans doute de décrypter.
orale ou écrite :
des rapports différents au savoir
Les références idéologiques se sont transformées également en France.
Aujourd’hui, une pluralité de mécanismes et de composantes se met en Ceci dit, les brassages entre les cultures mettent en jeu des différences
branle pour définir les opinions d’une personne. Vincent de Gaulejac plus fondamentales comme le rapport au savoir. Pour Marie-Rose Moro,
explique que, dans ses séminaires « Roman familial et trajectoires idéo- le rapport au savoir est un code : comment on apprend ? Qu’est-ce qu’on
logiques », les composantes sont liées à la position familiale, à la position apprend ? Pourquoi on apprend ? En France et dans les sociétés occiden-
sociale, à la religion, à des influences extérieures au cercle familial, mais tales, le rapport au savoir est lié d’abord à l’importance de l’écrit, parce
surtout à ce qu’en font les gens individuellement. « Ainsi, auparavant, on qu’il y a quelque chose d’écrit qui fixe le savoir, dit-elle.
voyait des familles catholiques bourgeoises, de droite qui retransmettaient Le rapport au savoir est lié aussi à la représentation que l’on a des en-
les mêmes valeurs pendant des générations, et des familles ouvrières fants et des adultes. Aujourd’hui, dans la société française, les enfants sont
communistes dans lesquelles fonctionnait également une transmission des individus à part entière, comme les adultes, ils s’adressent à eux, les
de génération en génération. Aujourd’hui dans une même fratrie, vous regardent dans les yeux, leur posent des questions sur tout. C’est une
pouvez avoir des gens qui se situent dans toutes les familles politiques appropriation active du savoir.
42 43
Vivre dans un monde où circulent les cultures
Unité
et diversité
Se rencontrer à travers des pratiques
culturelles menées en commun
Apprentissage de la lecture : Dans d’autres sociétés, non occidentales, les anthropologues expliquent
méthode syllabique
que le rapport au savoir se construit selon un modèle différent, il se
illustrée ; premier livret -
René Jolly. Paris, F. Nathan construit dans la durée et selon sa classe d’âge. L’enfant est différent de
éditeur, 1930 / BNF, l’adulte, explique Marie-Rose Moro : « il n’a pas encore accès au savoir ; donc Ecole de cuisine
à Madrid : préparation
dpt. Littérature et art il va mûrir en ayant des interactions différentes avec sa classe d’âge, avec un
et présentation
savoir qui est beaucoup plus oral.(…) C’est une sorte de mûrissement qui, des gâteaux et friandises,
pour nous, a l’air passif, mais qui ne l’est pas. On se prépare, et donc nous Contreras y Vilaseca
acceptons que les enfants aient une temporalité différente de la nôtre. (Agence de presse),
diff. par l’agence Mondial,
D’ailleurs, les parents qui ont ce type de rapport au savoir, par exemple
Paris, 1933.
en Afrique de l’Ouest, et qui vivent en France, ne comprennent pas quand BNF, dpt. Estampes
on leur dit que leur enfant a un problème parce qu’il ne sait pas lire à Noël. et photographie
Ce n’est pas parce qu’ils démissionnent – quand je lis ça, encore au-
jourd’hui, ça me fait bondir – simplement, ils n’ont pas le même rapport Le 2 novembre 2001, quelques semaines après les événements du
au savoir. Ils ne s’inquiètent pas, et ils ont raison, parce que nous, notre 11 septembre, la Conférence générale de l’Unesco portait sur la diversité
rapport au savoir, très actif, est un rapport qui est finalement très nor- culturelle. En s’appuyant sur cette tragique actualité, l’UNESCO réaffir-
matif et qui, d’un certain point de vue, ne correspond pas, à ce que nous, mait la nécessité du dialogue interculturel, facteur de paix et de recon-
pédopsychiatres, nous décrivons du développement de l’enfant. Quand naissance mutuelle.
on m’envoie des enfants qui ne savent pas lire à Noël, j’explique que la
plupart du temps, ces enfants n’ont pas de problèmes, ils sont dans une Pour que ces déclarations ne restent pas lettre morte, rien ne vaut
temporalité différente ». les pratiques communes. Partager des pratiques culturelles, que ce soit
en faisant de la musique, de la cuisine ou en suivant un atelier d’écriture
Dans des sociétés de tradition orale, ou qui restent encore fortement permet de faire bouger les représentations que chacun a des codes de
marquées historiquement par la tradition orale, même si elles sont deve- l’autre, de construire des codes communs, un langage commun et donc
nues écrites, on s’approprie le savoir parce qu’on est prêt, on n’a pas posé des valeurs communes, autour de ce qui fait sens pour tous, explique
de questions aux adultes, mais on est prêt à rentrer dans un savoir plus Vincent de Gaulejac. Il prend l’exemple de la cuisine : « Pour faire de bons
abstrait, prêt à apprendre à lire. plats, il faut utiliser des ustensiles précis mais aussi de bons produits. On ne
peut pas faire une omelette dans n’importe quelle poêle. Le bel ouvrage
ne peut se faire qu’avec de belles manières et de bons outils, au sens
artisanal du terme, au sens des artisans, des compagnons, des maîtres ».
Tout comme les multiples outils nécessaires pour réaliser une recette
unanimement appréciée, les habitudes culturelles de chacun s’incarnent
44 45
en valeurs qui peuvent être reconnues par tous.
Ainsi, les codes sociaux sont comme les langues : mieux vaut en maîtriser
plusieurs, ou au moins savoir qu’ils existent, qu’ils sont différents des siens,
et également porteurs de valeurs.
» La photo imaginaire
Shaista
Cette photo est dans le centre de formation.
Je la vois tous les jours.
C’est la photo d’une femme orientale,
elle s’appelle Aïsha,
on croirait qu’elle est marocaine,
elle est habillée d’une très belle robe
et d’une très bonne couleur. Cette deuxième partie se propose d’apporter des éléments pratiques
À côté de son dessin un collier de croix, pour mieux appréhender la relation à l’autre.
il exprime sa religion. Elle vise à soulever des questionnements, à faire émerger
La femme est très jolie et jeune. des réflexions personnelles sur la transmission des codes sociaux
Dans un grand cadre. et les échanges interculturels.
J’entends sa culture. Des clés de compréhension et des suggestions d’outils
Elle sent bon.
seront proposés.
Tu es là, Shaista, et tu aimes bien
son prénom Aïsha
et sa robe de couleur.
En toi-même tu penses :
« Je pourrais dessiner cette photo ».
46
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur
QUESTIONNER Co-construire
sa relation à l’autre : réflexions un cadre commun
sur la posture du formateur Pour permettre une relation de confiance
unissant les formateurs
Les fonctions d’accompagnement et les personnes qu’ils accompagnent,
des publics vers l’emploi, l’autonomie des fondations doivent être solidement installées.
sociale, l’apprentissage de la langue, etc., Et ce, quelle que soit la durée du parcours commun,
de quelques heures à quelques mois
?
impliquent de l’accompagnateur un travail
sur les taches qui lui incombent
Poser d’emblée un cadre commun permettra à
mais également sur sa posture. chacun d’exprimer ses attentes et ses besoins
Il ne s’agit pas seulement à soi, mais aussi de verbaliser ses objectifs.
de transmettre une liste de codes sociaux La co-construction d’un tel cadre peut d’ores
indispensables pour vivre ensemble et déjà servir à expliciter un certain nombre
dans une société donnée, de codes (par exemple éteindre son téléphone
mais de co-construire un lieu de parole portable, ne pas manger en cours, ne pas quit-
où chacun se sentira en droit ter la salle, etc.).
de poser des questions, de suggérer Pour que ce cadre soit cohérent et efficace, cer-
des idées, d’expliquer des points de vue. tains éléments sont indispensables.
49
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur
Établir
les horaires » ne sera pas suffisamment explicite, nous lui préférerons par
exemple : « L’atelier débute à 9h, l’arrivée ne pourra se faire au-delà ».
Les objectifs seront expliqués : pour comprendre les visées et les consé- une relation de reconnaissance mutuelle
quences de chaque règle du cadre, une discussion doit s’engager autour
de chaque notion abordée. Le cadre doit faire sens pour les personnes Le point de départ d’une reconnaissance
qui devront le respecter. Expliciter les règles permettra de mieux les com- mutuelle est la responsabilisation de chacun :
prendre, garantissant ainsi un peu plus leur respect. de soi et de l’autre. En permettant
au public accompagné d’être responsable
Le cadre sera affiché : il sera visible en permanence et chacun pourra s’y de ses actes, le formateur lui permettra
référer, à tout moment, en cas de besoin. d’acquérir une certaine autonomie
50 51
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur
Faire confiance à l’autre, le considérer comme une personne capable d’agir Le formateur ou l’animateur n’est pas le seul à détenir un savoir que
lui permettra de gagner en assurance et de rééquilibrer la relation entre les autres ignorent. De par leurs diverses expériences migratoires, fami-
le formateur et l’apprenant. liales, professionnelles ou autres, les personnes accompagnées disposent
également de compétences et de connaissances – parfois peu connues
Le formateur pourra également inciter le public qu’il accompagne à de la personne qui les accompagne, qui méritent d’être prises en compte
se positionner en observateur de son environnement. Plus il tentera et valorisées. L’espace de parole proposé aux participants des ateliers
d’éveiller cette curiosité chez ses interlocuteurs, plus ils parviendront à devrait leur permettre de les exprimer. Les thèmes abordés lors d’ateliers,
agir seuls dans les différents espaces sociaux. Le public pourra progressi- de formations ou de sorties, seront alors enrichis par les expériences de
vement apprendre à identifier les codes sociaux, les reconnaître puis les chacun, et ainsi le contenu gagnera en interactivité.
connaître et les maîtriser. Solliciter les savoirs et les savoir-faire de chaque participant permettra à
l’accompagnateur d’aborder des notions plus ou moins complexes mais
Pour que la relation entre les accompagnateurs et les publics qu’ils ac- également de gérer des situations d’incompréhension ou de conflit.
compagnent soit équilibrée, l’établissement d’une confiance réciproque Lorsque le formateur se retrouve face à une situation pour laquelle il n’a
est assurément indispensable. pas les compétences ou les connaissances pour s’en sortir, il doit être en
Faire confiance à l’autre induit de la part du formateur une certaine mesure de s’appuyer sur le groupe pour faire émerger des solutions.
curiosité pour la personne qu’il accompagnera dans son parcours. Reconnaître qu’il ne sait pas ou n’est pas capable de répondre à une
En offrant un espace de parole libre aux participants, il permettra à cha- question, lui permettra de prendre le recul nécessaire pour aborder la
cun (y compris à lui-même) de s’enrichir des expériences des autres, et situation. S’adresser au « groupe-ressource » permettra de rendre les
aux participants de se sentir en confiance. personnes accompagnées actives.
52 53
Questionner sa relation à l’autre : réflexions sur la posture du formateur
54 55
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions
« Les façons
de faire ne sont pas
les mêmes partout »
« Tout comme les bénévoles ont leurs
représentations, les apprenants qui arrivent en
cours ont les leurs et pour eux, c’est comme
ça que ça marche. Ils pensent que les codes
de leur pays sont transposables en France. Par
expérience on sait que non mais on se fait quand
même encore avoir par moments. Il y a des
questionnements du type « Il m’est arrivé ça,
et je n’ai pas compris, peut-on m’expliquer ? »
plutôt que « Comment ça marche ? ». Par
exemple « j’ai fait la queue à la CAF et on ne
m’a pas pris. Je n’ai pas compris. » La personne
ne savait pas qu’elle devait prendre un ticket,
qu’elle devait prendre un rendez-vous, qu’elle
n’avait pas suivi la procédure, ou qu’elle avait
dit quelque chose qu’il ne fallait pas dire.
Quand quelqu’un arrive à l’accueil et dit « Tu Réfléchir à sa perception individuelle permet de prendre de la distance
me fais le papier », ça ne passe pas. Il faut dire par rapport à l’idée préconçue que l’on a de l’autre.
bonjour, s’il te plaît, vouvoyer etc. Les façons Si les représentations sont inconscientes, le fait de les repérer et de les
de faire ne sont pas les mêmes partout. » mettre à distance permet de ne plus catégoriser l’autre, de ne plus l’en-
Claire Verdier, Formatrice et formatrice fermer dans l’image que l’on se fait de lui au risque de le stigmatiser.
de formateurs au CEFIL.
57
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions
58 59
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions
Dans une démarche d’apprentissage par exemple, la vision du « profes- de chacun et ainsi prendre de la distance par rapport aux nôtres. Discuter
seur » et celle de « l’élève » sur leurs rôles, comportements et devoirs les traductions permet de lever certains implicites, notamment sur des
l’un envers l’autre, peut être très différente selon les environnements notions abstraites.
culturels de chacun. Remettre en question ou non l’autorité de l’ensei-
gnant, se permettre de le contredire, prendre la parole s’il ne la donne
pas, etc., sont autant de situations liées aux codes sociaux qu’il est impor-
tant d’anticiper et d’expliciter.
Le rétablissement d’une relation symétrique ne pourra se faire que si
chaque culture est appréhendée sur un pied d’égalité. Par conséquent, le
formateur doit avoir conscience qu’il n’a pas uniquement pour objectif
d’intégrer les participants à la société française par une adhésion com-
plète aux valeurs et aux codes de la France. Il pourra tout à fait insis- Les expressions imagées
ter, auprès des participants, sur l’importance de conserver leur identité sont représentatives
culturelle tout en s’appropriant de nouveaux codes qui leur permettront des différentes perceptions
d’être à l’aise dans la société d’accueil. du monde. Ce sont
des implicites qui ne vont
pas de soi. Elles peuvent
être le support d’échanges
représentations
Ici, l’expression « Tomber
dans les pommes ».
60 61
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions
Une série de films courts, réalisés par des habitants du quartier, Les codes pour se saluer
sert de support aux rencontres. L’échange qui suit la projection sont variables d’une situation
est toujours riche, et fait ressortir que certaines expressions à une autre, d’une personne
imagées existent dans beaucoup de langues. Par exemple, on ne à une autre, en fonction
va pas employer « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », des habitudes et
mais « vendre le poisson avant de l’avoir pêché ». Cela permet, des préférences de chacun.
avant tout, de mieux comprendre les expressions en français
qui sont courantes et que l’on retrouve aussi, par exemple, dans
les contes pour enfants. « Quand on ne les maîtrise pas, on se
sent un peu en décalage », nous ont dit de nombreux habitants.
62 63
Se confronter à la différence : réflexions sur des incompréhensions
Avant d’exiger cette démarche chez son interlocuteur, l’accompagnateur mer par le biais de son cadre de référence culturel permettra à la fois de
pourra d’abord passer par une réflexion personnelle qui lui permettra mettre en perspectives nos certitudes mais aussi de prendre conscience
de « se décentrer », c’est-à-dire prendre le recul nécessaire pour mieux de la diversité des perceptions à l’intérieur du groupe constitué.
comprendre les enjeux du message qu’il tentera de transmettre.
Questionner son ressenti : pour ne pas « se braquer » si l’on est confron-
Ne pas chercher à connaître toutes les cultures : au vu de la diversité té à un obstacle, un propos qui peut paraître violent, une situation conflic-
culturelle à laquelle sont confrontés les formateurs, il serait vain de cher- tuelle, ou autre, l’une des solutions est de questionner ses émotions et
cher à connaître les particularités culturelles de chaque personne accom- ses sentiments. Réfléchir à ces choses sur lesquelles nous avons du mal
pagnée. Il s’agit plutôt, pour le formateur, le médiateur, d’engager une à poser des mots, se poser la question de ce qui nous touche profon-
démarche interculturelle, d’apprendre à connaître l’Autre, sans oublier dément dans cette situation, permettra de prendre le recul nécessaire,
de savoir où il se situe. S’il est pourtant enrichissant de s’intéresser à de « se décentrer » pour ne pas porter du jugement sur l’Autre ou ses
l’Autre, sa personnalité, ses habitudes, ses traditions, etc., on aurait tort de propos et le blesser.
« l’enfermer » dans sa culture, c’est-à-dire de cantonner son rôle à celui Le formateur qui s’inscrit dans une démarche interculturelle sera à même
d’un « ambassadeur » de son pays, de sa région, de sa ville d’origine. de développer les capacités d’empathie et d’écoute, indispensables pour
mieux faire passer les codes qu’il voudra expliquer et transmettre.
» Hanane
Couleurs
« J’aime bien la
Outil : « Les couleurs et leur signification »
Perrine Terrier de l’association Savoirs pour réussir Paris a animé un atelier
qui permet à tous d’échanger sur des thématiques culturelles qui sont
couleur violet parce
le point de départ aux discussions.
que c’est une couleur
« Nous avons mis en place un atelier « Merveilles du monde »
magnifique. consacré à des thématiques ayant trait à la culture. C’est le
Si il n’y avait pas le moment où nous pouvons aborder les choses de front ; la plupart « Ils me font découvrir ce qui va de soi
violet, il n’y aurait du temps, les éléments culturels sont instillés par-ci, par-là. sur ma propre culture »
pas de myrtilles… » Une fois, une discussion est venue spontanément d’une des
« L’interculturel m’a toujours intéressée et je l’intègre parce que la grande
jeunes de l’atelier. On a travaillé sur les couleurs, le symbolisme
richesse que nous apportent les étrangers, à nous, formateurs immergés
des couleurs dans les différentes cultures. C’était une jeune
dans notre culture, c’est un regard neuf sur notre culture. Et je trouve
femme qui avait été scolarisée en partie en France mais qui avait
assez formidable de la redécouvrir avec eux ; ils me font redécouvrir
grandi au Bangladesh, elle avait parlé du rouge comme la couleur
par leur discours ce qui va de soi sur ma propre culture et que j’ai
du bonheur et un autre jeune lui avait répondu que le rouge
complètement intériorisé, comme un enfant qui a ce même étonnement.
n’était pas la couleur du bonheur puisqu’elle était la couleur de la
Rien ne va de soi dans l’acquisition des codes socio-culturels. Chez les
violence. Ça avait été très intéressant comme point de départ. »
enfants, c’est la même chose, ils découvrent pourquoi il faut intégrer la
Perrine Terrier, responsable adjointe politesse. Avec les migrants, c’est intéressant parce qu’ils ont des regards
de l’association Savoirs pour Réussir Paris.
d’adultes donc leurs questions sont encore plus intéressantes. Ils ont ce
regard neuf porté sur notre culture et là, la grande richesse pour un
bénévole ce serait de pouvoir profiter de ce regard nouveau sur notre
Ne pas porter un regard sur la culture de l’autre en transposant son culture. »
Marion Aguilar, coordinatrice pédagogique au centre social ENS Espace Torcy
propre cadre de référence culturel : les éléments constitutifs de la culture
d’un individu sont tellement inconscients et ancrés qu’il faut être attentif
à la manière dont on souhaite transmettre des codes. Il peut s’avérer
difficile de se mettre à la place de l’autre pour aborder certains sujets,
déceler des incompréhensions, etc., mais les traiter en utilisant son propre
cadre de référence, sans se questionner sur celui de l’autre, peut parfois
créer des sentiments de mal-être, de jugement, de dévalorisation, etc.
chez celui-ci. Offrir l’opportunité à la personne accompagnée de s’expri-
64 65
Traiter les sujets « sensibles »
à l’existence de sujets « tabous », C’est justement parce que les choses nous paraissent évidentes, admises revêtir des significations
mais bien à la multiplicité par tous, qu’il est parfois difficile de repérer certains codes implicites. différentes voire opposées.
Ces énoncés devront alerter les personnes accompagnant les publics, sur Pour certaines personnes,
des manières de les traiter.
la pertinence de leurs propos et leur compréhension par des tiers. En regarder quelqu’un
effet, on ne peut jamais être certain que ce qui est évident pour soi, l’est dans les yeux
également pour l’autre. Pour vérifier que son propos est suffisamment sera un signe de respect,
clair pour être compris par tous, le formateur pourra reformuler ses pro- de reconnaissance.
« Tenter d’éveiller le pos et inviter ses interlocuteurs à faire la même chose. Pour d’autres, il pourra s’agir
sens critique » d’un manque de respect,
«On arrive à parler, on n’arrive pas toujours d’une provocation.
à convaincre, et d’ailleurs ce n’est pas le but.
Simplement, on essaie au moins d’ébranler les
idées reçues, ce n’est déjà pas mal. Mon objectif
c’est de tenter d’éveiller le sens critique mais
je suis parfois démunie face à cela, parce que je
ne sais pas forcément comment m’y prendre.»
Perrine Terrier, responsable adjointe de l’association
Savoirs pour Réussir Paris.
67
Traiter les sujets « sensibles »
Faire appel intervenir une association sur les mutilations sexuelles. » Il y en a qui
savent faire, moi, je ne sais pas intervenir là-dessus, ce n’est pas mon
travail, je ne suis pas assez informée. Je n’ai pas l’art et la manière de
à des partenaires extérieurs le dire et pour le coup, ça va être trop personnel et l’affectif ne peut
pas rentrer en jeu. Donc, on va prendre un partenaire et travailler là-
Afin de favoriser la libre-expression, dessus. Dès que le sujet n’est pas maîtrisé, qu’on n’est pas à l’aise – je
de permettre à chacun d’exprimer sa pensée le dis souvent aux bénévoles, on n’est pas là pour se mettre en danger,
et d’être en confiance dans le groupe, on est là pour faire passer quelque chose et non pas pour attaquer des
tous les sujets pourront être abordés sujets qui peuvent être difficiles pour nous – dès que ça nous heurte
par l’accompagnateur et les publics. un peu trop, il ne faut pas rentrer dedans. Comme on est face à des
Cependant, si l’accompagnateur situations très différentes, il y a toujours un moment où la situation
ressent la nécessité de passer le relai nous renvoie à notre propre vécu, nous questionne, nous perturbe, et
lorsqu’il n’est pas suffisamment informé là, il faut se protéger et donc passer le relai. »
Claire Verdier, formatrice et formatrice de formateurs au CEFIL
ou formé sur un sujet, il est indispensable
qu’il fasse appel à des partenaires extérieurs,
des experts ou toute autre personne
mieux armée que lui.
Faire appel à des partenaires extérieurs professionnels permettra d’inter-
Les formateurs, les autres accompagnateurs, ou bien la structure qui venir sur des questions techniques, de fournir des informations pratiques
accueille les publics, peuvent solliciter des associations, des institutions, aux participants.
ou tout autre partenaire public ou privé, à partager leurs savoirs et à Une autre forme de partenariat pourra être privilégiée dans certains cas,
fournir des informations plus précises sur les thématiques abordées. Les il s’agit de faire intervenir des « anciens », des personnes-relais qui ont
domaines peuvent être divers et variés : accès aux soins, accès aux droits, fréquenté la structure dans laquelle les accompagnateurs interviennent et
accès à l’emploi, usage des espaces sociaux, activités artistiques, etc. qui ont acquis des savoir-faire qu’ils peuvent transmettre.
68 69
Traiter les sujets « sensibles »
70 71
» Rosa
La France
vue de mon pays
Pour connaître les limites de son action et savoir quel type de codes
sociaux transmettre, l’accompagnateur ne devra pas perdre de vue les
circonstances et les objectifs qui le lient au public (formateur face à une
personne qui apprend le français, face à un parent qui se questionne sur la
« D’après mon époux parentalité, face à un parent d’élève qui s’interroge sur l’école, médiateur
la France est un pays culturel lors d’une sortie organisée, etc.) Le formateur pourra se ques-
riche qui a beaucoup
de travail
et où les personnes
tionner sur la pertinence du code qu’il souhaite aborder, notamment en
se demandant si le public sera amené à l’utiliser et à quel moment. Les Quelques pistes
codes sociaux ne peuvent pas être abordés sortis d’un contexte ; ainsi,
sont très gentilles.
C’est un pays
une personne qui sera chargée d’accompagner un public vers l’emploi, tâ-
chera d’expliquer au public, les codes de l’entreprise (serrer la main, codes
pour aller plus loin
où les femmes vestimentaires requis, etc.) L’important sera de rattacher les codes à des
et les hommes sont à objectifs qui permettront à la personne de ne pas se sentir en difficulté.
égalité,
où il y a la priorité Les codes sociaux étant difficilement utilisables comme point de départ
pour les enfants. à une discussion, ils nécessitent d’être contextualisés pour être abordés.
C’est un pays Des éléments de la vie courante peuvent permettre de les pratiquer au
où il y a beaucoup quotidien. Utiliser des supports visuels (affiches, films, photos, etc.), lire la
de respect, beaucoup presse gratuite (souvent accessible à tout type de publics), préparer et
d’éducation. Il disait vivre les sorties culturelles, extérieures, voici autant de mises en situation
aussi que c’est un joli pratiques qui font appel aux codes sociaux.
pays, que l’architec- Afin que les codes traités soient adaptés aux besoins des publics, les
ture c’est quelque Nous espérons l’avoir fait entendre :
accompagnateurs veilleront à utiliser tous ces éléments du quotidien, que
chose d’admirable, où point de relation à l’autre possible sans respect, écoute
pourront se réapproprier les personnes accompagnées.
il y a beaucoup et reconnaissance de l’autre. Philosophes et penseurs
de lieux touristiques, ont longuement interrogé la question de la relation à l’autre,
qu’il y a la tour Eiffel, Idée : Le photo-langage aussi bien en tant qu’individu, qu’en tant que société. L’objet de ce chapitre
que c’est magnifique, Valérie Skirka, formatrice et formatrice de formateurs indépendante propose est de proposer plusieurs pistes de réflexion,
et que la Seine le photo-langage comme point de départ pour aborder les codes sociaux. qui demanderont, bien sûr, à être approfondies
traverse Paris. Le photo-langage consiste à présenter une sélection de photos, d’images et pour qui veut appréhender ces questions
Que les hommes de demander aux participants d’en sélectionner une en réponse
à une question posée. Par exemple : « Que représente l’apprentissage
qui font partie des questions centrales abordées par l’ensemble
sont grands
d’une langue ? » Les participants pourraient choisir parmi des photos des sciences humaines.
et que les personnes
ont les yeux bleus. figurant la liberté (le ciel par exemple), la contrainte (une prison), l’amour
(un cœur), l’argent, etc. La discussion s’engage ensuite à partir de ce support.
Il disait aussi
que les femmes « Je n’aborde par les codes sociaux de manière « frontale »
ne sont pas grosses, mais toujours à partir d’un support pédagogique source de
qu’elles ont un corps questionnement comme le photo-langage par exemple. J’ai été
de jeunes filles. co-auteure du manuel Bagages, ces questions de codes sociaux se
Et aussi qu’il y a sont souvent posées. La mixité à l’école par exemple : je sais qu’il
du fromage y a une photo sur laquelle les filles et les garçons sont mélangés,
qui sent fort. » et ça, en commençant par la description d’un point de vue
purement linguistique, on peut ensuite aborder la mixité. L’idée
est de partir du vécu des personnes, de leurs interrogations,
de leurs incompréhensions, de leur étonnement sur la société
d’accueil, et d’en faire ensuite un objet d’apprentissage ».
Valérie Skirka, Formatrice et formatrice de formateurs, indépendante
72
Quelques pistes pour aller plus loin
L’empathie Manuscrits
L’altérité
au débordement de la raison et des domaines connus, en construisant
en alternative l’imaginaire, la révolte, l’utopie. C’est donc la catégorie de
l’autre qui porte en elle la libre circulation de la pensée. Philosopher,
ou la reconnaissance de l’autre comme l’ont dit encore Deleuze ou Foucault, c’est toujours « penser
autrement ».
dans sa différence
« Altérité » vient du latin, « alter» , autre. Penser
En philosophie, l’altérité est le caractère, autrement le développement
la qualité de ce qui est autre.
C’est aussi la reconnaissance de l’autre
des sociétés
dans sa différence, qu’elle soit physique, Claude Levi-Strauss nous invite
ethnique, sociale, culturelle ou religieuse à décentrer le regard de l’Occident
sur le développement des sociétés
L’altérité se différencie de la tolérance car elle implique la compréhen- en abandonnant les critères rationalistes
sion des particularités de chacun, la capacité d’ouverture aux différentes et ethnocentristes qui hiérarchisent
cultures, l’acceptation de la réalité du métissage entre ces dernières. Le les cultures selon le progrès technique
philosophe Emmanuel Levinas a construit l’essentiel de l’organisation de
et scientifique, en jugeant comme primitives
sa pensée autour de la question du rapport à autrui. Sans doute est-ce lui
qui a contribué à faire de l’altérité une question centrale de la philosophie.
des sociétés dont le développement
ne correspond pas aux normes
Aux yeux d’Emmanuel Levinas, la tâche de la philosophie n’est pas de que l’Occident s’est fixées
constituer une théorie de la connaissance, ou une théorie politique, mais
Famille iroquoise,
bien de comprendre le sens de la relation à autrui, comme originaire et
États-Unis. Costumes
fondatrice. L’essentiel est de se rendre capable de respecter l’altérité, car et mœurs tome 1
chaque être humain a une responsabilité à l’égard d’autrui. (1787) - graveur
L’artiste au miroir, Emmanuel Levinas se réclamait d’une philosophie de l’éthique qui invitait à Jacques Grasset
autoportrait. de Saint-Sauveur / BNF,
considérer l’autre dans sa dimension morale. Autrui est d’abord un visage.
Ph. De Torbechet, XIXe s. dpt. Estampes
BNF – dpt Estanpes Quand nous regardons une personne, disait-il, on ne voit pas seulement et photographie
et photographie ses yeux, mais nous sommes transportés dans un au-delà qui nous révèle
l’idée d’infini que nous ne pouvons trouver en nous-même. Rien n’est
plus étrange, ni plus étranger que l’autre. Il est l’inconnaissable. L’injonction
éthique trouve sa source première dans le fait qu’autrui nous regarde
et que nous regardons autrui. Le visage oblige, commande : il exige ré-
ponse, aide, sollicitude. Bref, il implique la responsabilité à l’égard d’autrui.
Le visage de la personne rencontrée n’est pas seulement considéré de
façon physique, mais invite également à percevoir, au-delà de ses propres
repaires, des horizons inconnus, et ouvre des chemins au-delà de soi-
même. « Lorsque je suis confronté au visage, il me met en question. Parler de sociétés sans Histoire part du principe qu’il existerait une scan-
Je suis destitué, traumatisé, violenté. L’éthique, c’est ce qui provoque un sion du temps figée comme une norme universelle que certaines sociétés
dérangement dans le sujet », disait-il. appliqueraient et d’autres pas. Pour réagir à ce regard réducteur, l’his-
Déjà, Jean-Jacques Rousseau formulait ainsi cette responsabilité de cha- torienne Catherine Coquery-Vidrovitch a écrit une Histoire de l’Afrique
cun vis-à-vis de son semblable en disant « Pour étudier l’homme, il faut qui montre combien ce continent a participé à l’Histoire du monde, au
apprendre à porter sa vue plus loin ». même titre que l’Europe ou l’Amérique.
76 77
Quelques pistes pour aller plus loin
Est-ce pour autant que la question de l’étranger est réglée ? Le sociologue Les processus sociaux à l’œuvre dans
Georg Simmel invite à réfléchir au statut de l’étranger qui vient un jour
et qui reste le lendemain, contrairement au vagabond qui vient et repart
le lendemain. Ce sociologue réfléchit à la notion de proximité et de dis-
les migrations
tance. Tout comme une personne pauvre, les sociétés se situent vis-à-vis Abdelmalek Sayad est l’un des sociologues qui a
d’un étranger dans une position qui implique à la fois une extériorité et pensé en précurseur la question de l’émigration.
un face à face. Dans une relation, la distance signifie que le proche est Disciple de Pierre Bourdieu, ce sociologue
lointain, tandis que l’étrangeté signifie que le lointain est proche. s’est attaché à observer tout d’abord
la destruction de la société paysanne algérienne
L’étranger apparaît alors comme la figure emblématique de la moderni- du fait de la transformation de la propriété
té car il n’est pas celui qui appartient à une autre culture, il est au cœur voulue par la colonisation,
même de la société. En faisant intrinsèquement partie de la société, les et du fait de l’émigration en ville
étrangers mais aussi les pauvres, les exclus, peuvent entraîner de la part
qu’a entraînée la paupérisation
des « inclus » qui cohabitent avec eux des réactions de répulsion, de
distanciation, d’autant qu’ils sont là, qu’ils ne sont pas en dehors de notre
des petits agriculteurs traditionnels
société.
Avant la colonisation, depuis des millénaires,
Il n’est à voir que la façon de continuer à appeler « immigrés » ou « issus l’économie de l’Algérie, comme celle de nom-
de l’immigration » de jeunes français, comme s’ils se situaient en dehors breux pays colonisés, repose sur les principes
de la société française : le racisme moderne se développe quand les bar- d’indivisibilité et d’inaliénabilité de la terre.
rières culturelles et sociales se réduisent, quand les ressemblances entre La terre n’appartenait jamais à un seul individu,
les jeunes d’origine immigrée et les jeunes Français de souche augmen- c’était la tribu, cadre de l’organisation sociale qui
tent, et renvoient ainsi à une situation commune vécue : l’exclusion, le en était la gardienne. La colonisation, en intro-
chômage, la déqualification, souligne François Dubet. duisant la culture intensive, en réquisitionnant
les terres, brise l’organisation traditionnelle de
la société, entraîne l’exode rural. La déstruc-
turation de la société paysanne est à l’œuvre.
Immigrés dans leur propre pays, les paysans sans
terre, deviennent des émigrés dans « le pays
d’accueil », lorsqu’au lendemain de la guerre,
la France métropolitaine a besoin de main
d’œuvre pour reconstruire le pays. Dès lors, les
Biskra,
émigrations/immigrations sont l’objet de négo-
rue dans la vieille ville.
ciations entre états : accueillis lorsque le besoin Topographie de l’Afrique
de main-d’œuvre se fait sentir, rejetés lorsque tome 4 : Algérie
l’économie du pays d’accueil n’a plus besoin de (XXe siècle) / BNF, dpt.
Estampes et photographie
main-d’œuvre.
80 81
Quelques pistes pour aller plus loin
pays de naissance et leur pays d’accueil : ils ont quitté leur communauté
d’origine, ils vivent à la marge de la société d’accueil, tiraillés entre le désir
de repartir au pays, et la nécessité de séjourner dans le pays d’accueil,
» L’hospitalité
Yasmina, tel que le chantera le grand Slimane Azem : « Rester ou s’en aller …
s’en aller ou rester… ».
Qui est cet(te)
La mondialisation des échanges, l’internationalisation de l’économie, la
inconnu(e) ? crise durable qui s’installe dans les sociétés occidentales, l’émergence un devoir
« Moussa économique des pays dits du Sud, vont transformer les conditions de
est un homme circulation des mouvements de migration dans le monde, en Europe et
Dans le monde antique,
inconnu. en France. Dans les pays émergents, le phénomène d’urbanisation géné- l’hospitalité est un devoir fondamental et sacré.
Alors les quatre, ralisée a entraîné l’exode massif des paysans et travailleurs pauvres vers En Grèce, l’étranger qui demande asile
ils sont copains. des villes tentaculaires dans lesquelles ils trouvent des emplois très peu est toujours accueilli comme un envoyé des dieux,
Moussa il a 65 ans, rémunérés, quand ils ne décident pas d’aller tenter leur chance ailleurs, sinon comme une divinité en personne
il a une famille dans d’autres pays ou d’autres continents. Les réfugiés de l’environnement
au Maroc. sont obligés, malgré eux, de quitter leurs terres, et deviennent hélas une Les poèmes homériques font de fréquentes
Moussa il est retraité, réalité qui ira en se développant. allusions à l’hospitalité. On est tenu de don-
il se retrouve ner un repas à l’hôte, de le faire asseoir devant
avec ses copains Il serait réducteur de simplifier les mouvements migratoires aux travail- le foyer, de lui fournir une couche. À mesure
dans le jardin, au café leurs pauvres et sous-qualifiés ou d’imaginer qu’ils ne se produisent que que le droit public se développe, l’hospi-
pour une partie des pays du Sud vers les pays du Nord. En effet, les phénomènes d’immi- talité entre dans les lois de la cité grecque.
de cartes, il raconte gration des pays dits du Nord vers les pays du Sud vont en grandissant, ou On reçoit les exilés d’une autre ville ; on ac-
sa vie à ses copains, pour le dire autrement, la circulation de personnes des pays industrialisés cueille les étrangers venus pour les fêtes reli-
un homme qui l’aime vers les économies émergentes se développe beaucoup également : un gieuses ou bien les membres d’une colonie qui
bien rit, il aime aussi rapport de la Banque mondiale souligne que les flux migratoires sont de a gardé des liens avec sa métropole d’origine.
se promener. » plus en plus croisés.
La migration traditionnelle du Sud vers le Nord profiterait aussi à ce der- Il serait intéressant de puiser dans toutes les
nier, selon ce rapport. Les étrangers les plus qualifiés concourent signifi- traditions pour comprendre comment s’illustre
cativement au développement de la recherche: ainsi, 26% de ceux qui ont ce devoir d’hospitalité, qui constitue plus que
reçu le prix Nobel aux États-Unis entre 1990 et 2000 sont des immigrés. jamais un « impératif catégorique » disait Em-
Les plus pauvres et les moins qualifiés apportent aux pays industrialisés manuel Kant.
la main-d’œuvre qui commence à leur manquer cruellement, contribuant
ainsi au maintien de leur niveau de production et à leur fiscalité. Rester l’obligé(e) du monde Hospitalité des Barbares
Hannah Arendt se demande, quant à elle, ce qui justifie qu’on se soucie envers les Pélerins.
Histoire des Croisades -
Les mouvements migratoires allant grandissant de par le monde, plus que de l’étranger, de l’accueil, de l’hospitalité, alors que la personne dépla- Paris : Furne, Jouvet et Cie,
jamais les sociétés, et notre société française en particulier, sont invitées cée est la catégorie la plus représentative du XXe siècle. Vision prémoni- 1877. Auteur Joseph-François
à proposer des modes d’accueil et d’intégration qui prennent en compte toire qui concernera encore plus le XXIe siècle… « On reste l’obligé du Michaud, illustrateur
la réalité des différentes cultures et parcours de vie de ceux qui viennent monde, même quand on en a été chassé », disait-elle dans Vies politiques. Gustave Doré / BNF, dpt.
Estampes et photographie
d’ailleurs, comme d’autres sociétés le font, d’ailleurs, envers les Français
qui émigrent dans d’autres pays… Alors que la Déclaration des droits de l’Homme de 1948 affirme : « tout
individu a droit à une nationalité », ce sont les États souverains qui déter-
Sans doute, à ce propos, le moment est venu de revenir sur quelques fon- minent le droit qui va permettre d’accueillir les étrangers. « Dans l’état ac-
damentaux qui nous semblent devoir constituer le fil conducteur d’une tuel du droit en France, écrit Paul Ricœur, est citoyen le national considéré
tradition d’accueil. en tant que titulaire des droits civiques et d’une parcelle de la souverai-
neté nationale. Dès lors qu’aucun principe de droit international n’impose
aux États d’accorder des droits politiques aux étrangers, l’incapacité poli-
tique des étrangers résidant en France reste, pour reprendre une expres-
sion juridique, « une règle absolue qui ne souffre d’aucune exception. »
82 83
Quelques pistes pour aller plus loin
» Rosa
L’âge d’or
(d’après la chanson
Mais, dit Paul Ricœur, on ne peut se contenter de cette dimension
juridique. « Nous ne pouvons avancer dans la compréhension que nous
avons de notre " Chez nous " sans nous faire une représentation quel-
En découvrant la pensée de chercheurs avec qui nous avons cheminé,
en s’initiant à des disciplines peu familières, nous espérons que ce livret
donnera des clés de compréhension de la société aux relais profession-
conque de ce que peut signifier pour l’étranger d’être " chez lui "(…) Nous nels ou bénévoles, qui leurs permettront de mieux accueillir les publics
de Léo Ferré) sommes tous des étrangers pour ceux que nous considérons comme des qu’ils accompagnent.
« Un jour étrangers (…) Tel est le sens de l’épreuve de l’étranger : l’impossibilité de
Nous aurons se soustraire au fait qu’il y a des étrangers et que nous sommes nous- Penser le monde est l’affaire de tous.
des jours mêmes des étrangers pour les autres. »
Des jours durs…
durs… Déclaration
Les réfugiés connaissent la situation la plus tragique car, pour être
des Droits de l’Homme
Nous aurons accueillis et avoir l’autorisation de séjourner durablement sur le terri- et du Citoyen illustrée
des jours toire, ils doivent justifier d’apporter la preuve qui justifie leur demande de (1789) - Dessin Pierre Lélu ;
Des jours plus faciles. refuge. Or, ces personnes viennent de pays d’où les preuves peuvent avoir Gravure Pillot / BNF, dpt.
Nous aurons Estampes et photographie
disparu, parce que les témoins des situations vécues ont disparu, ou parce
la volonté, que ces preuves n’ont jamais été consignées par écrit. D’où la proposi-
La volonté d’affronter tion du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés de faire
Toutes les difficultés en sorte que les États susceptibles d’accueillir, participent eux-mêmes au
Et après, nous aurons travail de la preuve.
l’envie d’oublier.
Alors, un jour, Ainsi, à travers la question des étrangers, qu’ils soient émigrés ou réfugiés,
Nous nous réveille- se pose la question du « droit d’avoir des droits », dans un cadre mondial
rons avec des jours ce qui, pas à pas, commence à être élaboré par la Cour internationale de
meilleurs. Justice, instituée en juin 1945 par la charte des Nations Unies, et dont le
Nous aurons siège est à la Haye (Pays-Bas).
un nouvel espoir Victor Hugo ne disait pas autre chose, dans son roman fondateur Les
Car ce qui a été Misérables : « Le droit commun n’est autre chose que la protection de
notre vieille histoire tous rayonnant sur le droit de chacun. Cette protection de tous sur cha-
Sera caché au fond cun s’appelle Fraternité » écrivait-il en 1862.
de son tiroir
Et tout ça Voyageant à travers le temps, depuis que le monde est monde, la ques-
avec la volonté. tion de l’accueil de l’autre qu’il soit étranger, pauvre, différent, traverse
Nous aurons toutes les sociétés. Hannah Arendt expliquait que la liberté échappe au
une bonne pensée : déraciné. Or disait-elle, pour accéder à la vie en société, à la capacité de
" Je suis contente, se penser en tant qu’humain parmi les humains, il faut un point d’ancrage,
ma vieille histoire, une citoyenneté, une appartenance, ce qu’elle appelait un monde nour-
de t’avoir laissée ricier. Ce monde ne peut se construire sans reconnaissance de la culture
Et à la fin d’avoir de l’autre, sans culture partagée…
trouvé ma liberté. " » De nombreux sociologues pensent que la conscience qu’ont d’elles-
mêmes les personnes qu’ils rencontrent est le matériau essentiel qui leur
permet de décrypter la société ; ils s’appuient, pour mener leurs enquêtes,
sur la connaissance du terrain, du territoire et des publics avec lesquels
médiateurs, formateurs, relais sociaux, sont en contact au quotidien.
84 85
Biographies des intervenants
Élisabeth Collard est médiatrice et formatrice interculturelle. Elle est directrice des
études de la filière de Communication Interculturelle à l’INALCO. Elle est spécialisée
en gestion des conflits en contextes interculturels et en faisant appel à une métho-
dologie de médiation.
87
Biographies des intervenants
Dominique Rolland est ethnologue, écrivaine et maître de conférences à l’INALCO. auprès de formateurs pour les sensibiliser à l’égalité fille/garçon et sur les stéréo-
Spécialiste de l’Indochine, ses recherches portent notamment sur la question du types de genre et d’origine sexués dans l’audiovisuel.
métissage et de l’identité culturelle plurielle. Elle est l’auteur de De sang mêlé, chro-
niques du métissage en Indochine (Elytis, 2006). Blandine Forzy travaille dans le secteur de la formation linguistique des adultes mi-
grants depuis 1998. Elle a occupé des fonctions de formatrice, de chargée d’évalua-
Agnès Sandras est conservateur à la Bibliothèque nationale de France et présidente tion, et de coordinatrice pédagogique. Elle est coordinatrice des projets du Réseau
de la Bibliothèque des amis de l’instruction du 3e arrondissement. Elle a également des acteurs de la dynamique des ateliers sociolinguistiques (RADYA), association
été professeure d’histoire-géographie. Chercheuse associée au CNRS (ITEM-Zola), fondée en 2009 dont l’objectif est la promotion des ASL.
elle travaille sur les caricatures d’écrivains (Quand Céard collectionnait Zola, Garnier,
2012), la littérature populaire et les bibliothèques populaires (direction de l’ouvrage Christophe Guichet est acteur de formation, auteur et metteur en scène, il dirige
Des bibliothèques populaires à la lecture publique, Presses de l’ENSSIB, 2014). sa propre compagnie. Il intervient depuis 17 ans dans des stages d’accès à la parole
avec une spécificité sur les codes sociaux, notamment dans le cadre du programme
Fabien Truong est sociologue à l’université Paris VIII et à Sciences Po. Après avoir été « Une grande école, pourquoi pas moi ? » ou au sein de l’association ADAGE.
enseignant en ZEP où il était titulaire sur zone de remplacement en Seine-Saint-De-
nis, il prépare désormais les étudiants au CAPES de SES à Paris VIII. Il est l’auteur de Marie-Christine Kauffmann, ancienne avocate, est désormais formatrice linguistique.
Des capuches et des hommes (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Elle a enseigné le FLE, animé des ASL et s’adresse actuellement à un public migrant
ayant été peu ou pas scolarisé. Elle intervient dans le cadre des Cours pour adultes
de la Ville de Paris ainsi qu’à l’association ADAGE.
Aborder les codes sociaux avec les publics
Imane M. est éducatrice spécialisée auprès de mineurs isolés étrangers dans des
Marion Aguilar est coordinatrice pédagogique au centre social ENS-Espace Torcy institutions comme la Croix-Rouge française ou France terre d’asile. Elle est titulaire
(75018). Elle est également formatrice, experte FLI, formatrice de formateurs au CEFIL d’un master de communication interculturelle, d’une licence de sociologie et d’une
et à ECRIMED, et co-auteure du livre DILF A1.1, 150 activités (CLE International, 2008). licence d’ourdou.
Elle est la formatrice du documentaire «Je veux apprendre la France» de Daniel Bouy.
Valérie Skirka est formatrice et formatrice de formateurs, indépendante. Après avoir
Julie Bellamy, Marion Mabille et Sylvie Turpo sont médiatrices culturelles à la Biblio- travaillé pendant 10 ans auprès de demandeurs d’asile et de réfugiés (formation,
thèque Nationale de France. Bien qu’ayant suivi des parcours différents, elles sont accompagnement social et professionnel…), elle intervient maintenant, entre autres,
toutes animées par les rencontres avec les usagers de la BNF à qui elles trans- sur l’accompagnement à la scolarité des parents migrants et dans les ateliers d’ap-
mettent des connaissances autant qu’elles en reçoivent. prentissage de la langue. Elle est co-auteure de Bagages, manuel de français langue
étrangère et seconde (Aftam/Zellige, 2010).
Lavinia Boteanu est doctorante en linguistique à Sorbonne Nouvelle Paris 3 et res-
ponsable des ateliers de français à visée professionnelle (FVP) au sein de l’association Perrine Terrier est responsable-adjointe de l’association de lutte contre l’illettrisme
Autremonde. Elle coordonne les sessions de français à visée professionnelle orientées Savoirs pour réussir Paris. Après être intervenue auprès de publics variés lorsqu’elle
vers les métiers de la restauration, du bâtiment, du nettoyage et de la grande distribution. était formatrice de français en GRETA, elle travaille maintenant les savoirs fonda-
mentaux avec les jeunes de 16 à 30 ans en situation d’illettrisme.
Emmanuelle Daill est formatrice et formatrice de formateurs, indépendante. Elle
intervient régulièrement auprès des formateurs en Alliance française, dans le monde Claire Verdier est directrice du CEFIL (Centre d’étude, de formation et d’insertion
entier. Elle est notamment co-auteur de la méthode d’apprentissage du français Alter par la langue), organisme de formation cofondé avec M. Aguilar, et chargée de cours
Ego + (CLE International, 2012). à l’Université Paris VIII sur la question de l’enseignement du français aux publics mi-
grants particulièrement non-scolarisés. Elle est co-auteure des livres DILF A1.1, 150
Frédéric Dufour est relai culturel bénévole et référent du secteur culturel à la fédé- activités (CLE International, 2008), Trait d’Union 1 (CLE International, 2004, 2012), et
ration de Paris du Secours populaire français. Son travail est d’accompagner les du Référentiel FLI.
personnes qui relèvent du champ social dans des sorties à vocation culturelle.
Vincent Ydé intervient dans l’association Décider à Grigny, depuis sa création en
Nicole Fernandez-Ferrer dirige le centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir qui a 1999 ; d’abord en tant qu’administrateur bénévole, puis en tant que directeur.
pour objectif de recenser tous les documents audiovisuels sur les droits, les luttes, Les bénévoles de l’association sont les habitants du quartier qui ont un rôle de
l’art et la création des femmes. Elle intervient dans des établissements scolaires ou « facilitateurs » à destinations des autres habitants.
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Présentation équipe-projet
Présentation Équipe-projet
Coordination d’ensemble : Sylvie Dreyfus - Alphandéry (BNF)
Responsables du suivi du projet à la DAAEN pour le FEI : Marie-José Bernardot,
Aissatou Diagne.
Association ADAGE :
Responsable du suivi du projet : Sandra Gidon.
Formation des femmes et accompagnement à la BNF : Marianne Bousquet,
Christophe Guichet, Marie-Christine Kauffman, Nadia Laberche.
Animation de l’atelier d’écriture : Martine Legrand.
Encadrement des femmes pour l’écriture, le tournage et la réalisation du film :
Evelyne Ragot.
Réalisatrices, actrices et équipe technique : Danushika, Jayaseeli, Judith, Hanane, Lilia,
Lilian, Natalia, Nishanty, Rosa, Shaista, Yasmina.
À la BNF :
Recherches documentaires, accueil des femmes dans la salle de la presse :
Céline Gaspard et Amel Taleb.
Ateliers et rencontres :
Atelier thématique autour des codes sociaux : Agnès Sandras.
Atelier « Fabrique-moi un livre » : Julie Bellamy, Cécile Cayol, Marion Mabille,
Sylvie Turpo.
Accueil au département de l’audiovisuel : Danielle Maricar.
Accueil au département des manuscrits : Laure Rioust, et Annie Vernay-Noury.
Rencontres autour des métiers : Isabelle Pastor, Françoise Binois,
Michelle Gastineau, Céline Caubère, Stella Miahnahri, Mohamed Becherif.
Réalisation du livret :
Participation à la conception du livret sur les codes sociaux :
Cristina Ion et Françoise Durand.
Rédaction du livret : Sylvie Dreyfus-Alphandéry et Manon Bord-Cebron.
Coordination de la réalisation du livret : Françoise Tannières.
Coordination de la fabrication du livret : Ridha Tabaï
Recherches iconographiques : Sylvie Soulignac, Sandrine Roiseux, Florence Codine.
Merci à Noémie Boudet, Musée de La Poste.
Suivi administratif et budgétaire :
Jean-Jacques Rousselot, responsable du suivi administratif du projet.
Nathalie Cohin et Isabelle Edet, en charge du suivi budgétaire.
Communication et presse :
Claudine Hermabessière et Lisa Pénisson.
Intervenants extérieurs :
Relecture du livret : Pauline Beauvillier, Clémentine Bord, Denis Bord, Timothée
Bord, Virginie Borel, Claire Cebron de Lisle, Anne-Flore Lepeu, Lucas Lijour,
Clémence Riger, Lucie Rober, Valentina Vagliani.
Graphisme et illustration du livret : Hélène Moreau.
91
Sources
92 93
Table des matières
– Ressources humaines, Laurent Cantet, France, Grande-Bretagne, 2000, comédie dramatique.
– Les roses noires, Hélène Milano, France, 2011, documentaire. La mission de diversification des publics de la BNF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
– Les vacances de Monsieur Hulot, Jacques Tati, France, 1953, comédie. L’association ADAGE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
– La vie est un long fleuve tranquille, Étienne Chatiliez, France, 1988, comédie. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
– La vieille dame indigne, René Allio, France, 1965, comédie dramatique.
– Les visiteurs, Jean-Marie Poiré, France, 1993, comédie. Codes, représentations et échanges entre les cultures 13
– Votre enfant m’intéresse, Jean-Michel Carré, France, 1981, documentaire. Comment vivre ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
– Welcome, Philippe Lioret, France, 2009, drame.
La naissance de la sociologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
– Working on it, Karin Michaski, Sabina Baumann, Allemagne, Suisse, 2008, documentaire.
Les outils du sociologue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Le point de vue des historiens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Webliographie Normes et consensus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La force de l’habitus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
21
24
– Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme : http://www.anlci.gouv.fr/ Déconstruire les codes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
– Autour du 1er mai : http://www.autourdu1ermai.fr/ Les codes sociaux intègrent et rejettent à la fois. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
– ASL Web : http://www.aslweb.fr/s/accueil/ Voyage à travers les codes et les représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
– Bibliothèque nationale de France : http://www.bnf.fr/fr/acc/x.accueil.html Les codes de politesse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
– Blog BNF pour tous : http://blog.bnf.fr/diversification_publics/
– CLP, Guide descriptif, Actions socialisantes à composantes langagières, 2004,
L’habillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
http://www.aslweb.fr/static/documents/generiques/Guide1.pdf La langue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
– Programme AlphaB : http://www.programmealphab.org/ Les codes de comportement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
– Projet Migrapass, Autremonde : http://site.autremonde.org/spip.php?article458 Vivre dans un monde où circulent les cultures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
– Questions en partage, « Autrui et son visage, l’approche d’Emmanuel Levinas » :
Culture et culture générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
http://www.questionsenpartage.com/autrui-et-son-visage-lapproche-demmanuel-l%C3%A9vinas
– Réseau Alpha : http://www.reseau-alpha.org/
Le don : un dénominateur commun à toutes les cultures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Rencontres entre cultures et codes sociaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Tradition orale ou écrite : Unité et diversité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Organizations face the challenge of respecting the diverse worldviews of newcomers while transmitting the complex and multifaceted social codes of French society. This delicate balance involves understanding and bridging different world interpretations that newcomers bring with them. The practice of social workers and volunteers is significantly impacted as they must continuously engage with their target groups to address these challenges, moving from empirical knowledge to a deeper theoretical understanding of social codes as explored by sociology and social sciences .
Challenges include confronting deeply held beliefs and preconceptions that may not be based on factual truths, which can create tension or conflict within diverse groups. Educators need to raise awareness of these stereotypes and provide clear explanations that transcend cultural assumptions, fostering an environment where open dialogue and mutual understanding can occur .
Social codes integrate individuals by situating them within a particular social group, providing a sense of belonging and protection. Conversely, they also differentiate individuals by establishing boundaries and expectations that distinguish between various social and cultural identities. Codes represent the collective values of a society and allow individuals to locate themselves temporally and contextually within it .
Cultural codes influence gender relations by dictating expected behaviors and roles, often leading to discrepancies in how men and women interact and are perceived socially. For instance, societal norms may encourage men to occupy more physical space and assume leadership roles, while women are socialized towards modesty and supporting roles, reflecting deeper educational and relational expectations that are slowly evolving .
The project supports development by immersing participants in viable cultural activities, such as writing and producing a fictional film, which help improve their linguistic skills and self-confidence. By engaging in creative roles, they expand their future possibilities and challenge preconceived limitations, thereby empowering participants to envision and pursue new projects .
Goffman's interactionist approach views social codes as constructs of interactions and relational perceptions between individuals, highlighting their dynamic nature. For educators, this implies that teaching about these codes involves understanding and engaging with the process by which students learn and apply social norms within their interactions, rather than simply imparting static rules .
The partnership enhances integration by providing women participants with access to cultural and social experiences, such as visiting the BNF, participating in thematic exhibitions, and engaging in occupational inquiries. These activities help demystify and familiarize the participants with French cultural codes and professional environments, thus increasing their confidence and social capital, which are crucial for professional integration .
The project fosters a sense of belonging and empowerment by involving participants in creative activities like film production, which affirm their abilities and talents. By engaging in these culturally enriching experiences, participants are regarded as important contributors, thus reinforcing their self-esteem and integration within the cultural fabric of the society .
Educators can present cultural codes factually and avoid imposing a hierarchy by encouraging discussion and awareness of various cultural norms without judgment. This approach allows participants to understand different codes and decide independently how to navigate them, therefore maintaining respect for their cultural identities while providing the necessary information to make informed choices .
Social codes historically served to maintain order and structure within societies, exemplified by the rigid class structures and behavioral expectations observed during the Middle Ages. Contemporary societies, however, show a greater diversity of codes influenced by globalization and cultural exchanges. Whereas historical codes were immutable, today's codes are more dynamic, interacting through relationships and evolving with societal changes .