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Compatibilité Électromagnétique - Introduction

Ce document introduit le sujet de la compatibilité électromagnétique. Il décrit comment l'énergie électromagnétique peut interférer avec les systèmes électroniques et électriques de manière non intentionnelle, pouvant causer des perturbations ou pannes. Le document contient plusieurs sections analysant les différents types de couplages électromagnétiques.

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Compatibilité Électromagnétique - Introduction

Ce document introduit le sujet de la compatibilité électromagnétique. Il décrit comment l'énergie électromagnétique peut interférer avec les systèmes électroniques et électriques de manière non intentionnelle, pouvant causer des perturbations ou pannes. Le document contient plusieurs sections analysant les différents types de couplages électromagnétiques.

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Compatibilité électromagnétique

Introduction
par Francis CHAUVET
Professeur d’Université
Institut Universitaire de Technologie de Toulouse et Laboratoire d’Automatique
et d’Analyse des Systèmes (LAAS) du CNRS

1. Sources de perturbations électromagnétiques ............................... E 3 750 - 3


2. Organismes de réglementation. Exemples de normes .................. — 5
3. Schématisation d’un problème d’interférence
électromagnétique................................................................................... — 6
4. Différents types de signaux d’interférence électromagnétique — 6
5. Couplage électromagnétique. Classification ................................... — 7
5.1 Couplage par conduction............................................................................ — 7
5.1.1 Couplage par conduction directe ...................................................... — 7
5.1.2 Couplage par impédance commune................................................. — 7
5.2 Couplage par champ ................................................................................... — 8
5.2.1 Couplage en champ proche............................................................... — 8
5.2.2 Couplage en champ lointain.............................................................. — 8
5.2.3 Remarques .......................................................................................... — 8
5.3 Couplage par boucle de masse .................................................................. — 8
6. Difficultés de résolution des problèmes d’IEM ............................... — 9
6.1 Problème d’identification............................................................................ — 9
6.2 Problèmes de non-idéalité des composants et de non-localisation
des champs .................................................................................................. — 9
6.3 Interactions entre les techniques de réduction d’IEM et le circuit
de mise à la masse ...................................................................................... — 10
7. Problèmes de susceptibilité et problèmes d’émissions
de parasites ............................................................................................... — 10
8. Stratégie de développement d’un produit........................................ — 10
9. Analyse des différents mécanismes de couplage
électromagnétique................................................................................... — 11
9.1 Couplage par impédance commune.......................................................... — 11
9.1.1 Description fondamentale.................................................................. — 11
9.1.2 Méthodes de connexions de mise à la masse ................................. — 11
9.1.3 Influences des inductances propres : capacités de découplage..... — 12
9.1.4 Analyse des transitoires d’alimentation avec le modèle
des lignes de transmission ................................................................ — 13
9.2 Couplage capacitif ou couplage par induction électrique........................ — 13
9.2.1 Généralités .......................................................................................... — 13
9.2.2 Caractéristiques fondamentales des couplages capacitifs ............. — 14
9 - 1993

9.3 Couplage par induction magnétique ......................................................... — 15


9.3.1 Généralités : loi de Faraday ............................................................... — 15
9.3.2 Couplage magnétique entre deux lignes simples ........................... — 16
9.3.3 Couplage magnétique dans un conducteur blindé.......................... — 17
9.4 Couplage par boucle de masse .................................................................. — 18
9.5 Couplage entre une onde électromagnétique plane et uniforme
E 3 750

et une ligne de transmission ...................................................................... — 19


10. Annexe : inductances et capacités linéiques de lignes
de transmission simples ........................................................................ — 20
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. E 3 750

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Électronique E 3 750 − 1
COMPATIBILITÉ ÉLECTROMAGNÉTIQUE ____________________________________________________________________________________________________

de rares exceptions près, les systèmes électriques et/ ou électroniques


A (systèmes E/E) ne travaillent pas de manière isolée. De l’énergie électro-
magnétique (EM) peut franchir non intentionnellement leurs frontières soit pour
y pénétrer, soit pour s’en échapper. La figure A schématise cette situation.
Précisons que nous appelons système, l’assemblage d’au moins deux
sous-systèmes, quels que soient leurs degrés de complexité. Un système peut
être complexe et géographiquement dispersé, complexe mais localisé,
composé d’un ou plusieurs équipements électriques ou armoires électroniques
ou bacs à cartes de circuits imprimés. Au niveau le plus élémentaire, un sys-
tème peut être constitué par une seule carte de circuit imprimé ou bien un seul
circuit électronique intégré ou à couches minces.
L’énergie électromagnétique qui est captée non intentionnellement par un
système électrique et/ou électronique peut entraîner une perturbation dans le
fonctionnement de celui-ci. Cette perturbation peut aller du simple désagrément,
comme le crépitement dans un récepteur radio ou l’image rayée sur un écran
de télévision, à la perte de fonctionnalité momentanée ou permanente d’un
système. Lorsqu’un transfert d’énergie EM non intentionnel provoque de tels
effets, on dit qu’il se produit une interférence électromagnétique (IEM). Les
interférences électromagnétiques ont provoqué par le passé de nombreux
accidents. Parmi les plus spectaculaires, on peut citer la mise hors service du
destroyer britannique HMS Sheffield par un missile Exocet, en 1982, durant le
conflit entre la Grande-Bretagne et l’Argentine à propos des îles Falkland. À cause
de phénomènes d’IEM, le système de détection antimissile du navire et son
système de communication par satellite avec la Grande-Bretagne ne pouvaient
opérer en même temps ; c’est au cours d’une de ces communications que
l’Argentine a lancé le missile Exocet qui mit le navire hors combat. On peut aussi
citer les accidents survenus aux hélicoptères Sikorsky de la série UH-60 Black
Hawk, alors qu’ils volaient à proximité d’émetteurs micro-ondes de forte
puissance tels que les radars des navires de guerre.
Un système électrique et / ou électronique pouvant devenir « victime » de
l’environnement électromagnétique dans lequel il opère, il est donc essentiel
de se préoccuper, lors de sa conception, d’une part des agressions
électromagnétiques qu’il pourra avoir à subir durant son utilisation, et d’autre
part de sa capacité à leur résister. Les autorités militaires, pour le bon dérou-
lement de leurs missions, ainsi que les fabricants d’appareillages E/E et les
équipementiers, pour leur bonne renommée et la satisfaction de leurs clients,
ont été amenés à se préoccuper de la susceptibilité de leurs matériels ou produits
aux perturbations EM. Ils ont ainsi été conduits à élaborer leurs propres normes
de susceptibilité ou d’immunité aux perturbations EM.
Parallèlement, en tant qu’émetteur non intentionnel d’énergie EM, un
système E/E constitue, pour les autres systèmes E/E qui fonctionnent en même
temps que lui, une source de parasites (ou de bruit). Afin de protéger leurs
moyens de télécommunications, les autorités des différents pays ont été
amenées à établir une réglementation concernant les niveaux limites d’émissions
parasites des équipements E/ E civils ou militaires.

Figure A – Système électrique et/ou électronique

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Il existe donc des problèmes de « cohabitation » entre les systèmes


électriques et/ou électroniques. La compatibilité électromagnétique (CEM) est
la discipline qui a pour objet d’étudier ces problèmes de cohabitation. Sa voca-
tion consiste à :
— étudier les transferts d’énergie non intentionnels entre systèmes électriques
et/ou électroniques ;
— mettre au point les procédés permettant d’éliminer les problèmes
d’interférences électromagnétiques et de satisfaire à la réglementation en
vigueur en la matière ;
— développer les techniques de fabrication, permettant d’accroître l’immunité
de ces systèmes aux parasites électromagnétiques et de réduire leur niveau
d’émission électromagnétique parasite.
Avec l’accroissement continuel de la concentration des systèmes E/ E, avec
l’augmentation permanente de leur vitesse de fonctionnement qui se traduit par
une plus large et plus dense utilisation du spectre de fréquence, avec enfin leur
miniaturisation de plus en plus poussée qui accroît leur sensibilité aux parasites
électromagnétiques, l’importance des problèmes de cohabitation des équipe-
ments E/E et/ou de pollution électromagnétique ne cesse de croître.
On dira qu’un système électrique et/ou électronique, ou une partie de celui-ci,
est électromagnétiquement compatible si, dans un environnement
électromagnétique spécifié, il est apte à fonctionner de manière conforme à
l’usage pour lequel il a été conçu et si pour les autres systèmes E/ E il ne constitue
pas une source de perturbations EM supérieure à la limite autorisée.

1. Sources de perturbations l’on constatera que la fréquence ou la bande de fréquence que


celui-ci sélectionne coïncide avec une fréquence ou une bande de
électromagnétiques fréquence du spectre de cette source de bruit. De même, connaissant
le spectre de fréquence d’une perturbation se propageant sur un
circuit électrique, on pourra déterminer si son caractère ondulatoire
peut être ignoré ou non – et donc utiliser ou non la théorie des circuits
Outre le bruit, phénomène aléatoire, dû à la nature corpusculaire
électriques à constantes localisées – après avoir comparé la longueur
de l’électricité, on peut distinguer deux grandes catégories de
d’onde des fréquences significatives les plus élevées du spectre de
sources de perturbations EM : les sources de perturbations d’origine
la source de bruit aux dimensions physiques du circuit ; le critère
naturelle et les sources de perturbations qui proviennent de l’activité
qui est généralement adopté pour pouvoir ignorer le caractère
humaine. La figure 1 illustre l’environnement EM d’un système E/E.
ondulatoire d’un signal est le suivant : la longueur  de la ligne doit
Parmi les sources de perturbations d’origine naturelle, on peut être inférieure ou égale à λ min /10, λ min représentant la longueur
citer : la foudre qui correspond à une décharge électrostatique d’onde de la composante fréquentielle significative la plus élevée
(DES) entre nuages ou entre nuage et terre, le bruit cosmique et le du spectre de la source de bruit. Pareillement la connaissance du
bruit solaire. Parmi les sources de perturbations qui découlent de spectre de fréquence d’une source de bruit, et notamment de sa
l’activité humaine, on peut distinguer trois catégories : partie haute fréquence, est importante lorsqu’on considère les
— la première est constituée par des sources de rayonnement EM problèmes de rayonnement. En effet, que ce soit en émission ou
volontairement créées par l’homme : émetteurs radio, TV ou radar, en réception, l’efficacité d’une antenne augmentant avec la
fours micro-ondes, etc ; fréquence, tout bout de fil de connexion, ou toute boucle de circuit,
— la deuxième regroupe des sources de perturbations méritera d’être considéré comme une antenne, si ses dimensions
involontaires qui proviennent de l’utilisation de l’électricité : lignes sont comparables à la longueur d’onde.
de transport d’énergie, éclairage fluorescent, soudure à l’arc, Parmi les différentes sources de bruit EM, les sources de bruit
moteurs électriques, système d’allumage de moteur automobile et, périodiques dans le temps caractérisées par une forme d’onde
de manière plus générale, les ouvertures et fermetures de contacts trapézoïdale sont particulièrement fréquentes en électronique. La
électromécaniques ou statiques. Ainsi que nous allons le voir, figure 2 représente une telle forme d’onde.
celles-ci génèrent des parasites d’autant plus nombreux que les
vitesses de variation des courants (di/dt ) ou des tensions (dv/dt ) Ainsi que le montre cette figure, les caractéristiques temporelles
qu’elles entraînent, sont élevées ; de ces ondes sont leur amplitude A, leur période T ou leur pulsa-
— la troisième catégorie comprend les décharges électrostatiques tion angulaire ω 0 = 1/2πT, τ leur largeur d’impulsion définie à
(DES) qui impliquent le corps humain ou des matériaux que l’homme mi-hauteur, leur rapport cyclique δ = τ /T, et leurs temps de
a mis en mouvement. commutations τ r pour celui de montée et τd pour celui de des-
cente. Ces ondes sont développables en série de Fourier,
Comme tout signal déterministe, une source de bruit EM peut être c’est-à-dire décomposables en une somme infinie de termes sinu-
caractérisée soit dans le domaine temporel par sa forme d’onde, soit soïdaux ayant pour pulsations les multiples entiers successifs de
dans le domaine fréquentiel par son spectre de fréquence. La ω0 .
caractérisation d’une source de bruit EM sous forme spectrale est
intéressante en CEM à plus d’un titre. En effet, connaissant le spectre
de fréquence d’une source de bruit, on pourra craindre l’apparition
d’une IEM entre elle et un récepteur de télécommunications, lorsque

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L’équation :
+∞
x ( t ) = C0 + ∑ 2 C n cos ( n ω 0 t + ϕ n )
n=1

représente la forme unilatérale (n entier  1) d’un tel


développement ; C0 = A τ /T représente la valeur de la composante
moyenne et 2 |Cn | l’amplitude de l’harmonique de rang n. Dans le
cas d’un signal périodique trapézoïdal caractérisé par des temps de
montée et de descente égaux (τr = τd ), l’amplitude de l’harmonique
de rang n est donnée par la formule :

τ sin ( n π τ / T ) sin ( n π τ r / T )
2 C n = 2A ------
- ------------------------------------- -------------------------------------
T n πτ / T n π τr / T

Le spectre de fréquence d’une fonction périodique est la


représentation graphique de l’amplitude des différents harmoniques
en fonction de la fréquence. Contrairement au spectre de fréquence
d’une fonction périodique qui est un spectre discontinu ou de raies,
le spectre de fréquence d’une impulsion isolée est un spectre
continu. La courbe continue, obtenue en reliant successivement le
sommet des différentes raies, constitue l’enveloppe du spectre
considéré. L’enveloppe de l’onde trapézoïdale choisie, qui comporte
dans son expression mathématique le produit de deux fonctions du
type sin x /x, est caractérisée graphiquement, en échelle linéaire, par
une succession d’arches d’amplitude décroissante qui passent par
zéro pour des valeurs de la fréquence égales à f = k / τ et f = k ′/ τ r Figure 1 – Environnement électromagnétique d’un équipement
où k et k ′ valent successivement 1, 2, 3, etc. électrique
Il est courant en CEM de représenter graphiquement un spectre
de fréquence en échelle logarithmique. Dans une telle représenta-
tion, on constate que l’enveloppe du spectre de fréquence de
l’onde trapézoïdale considérée (τr = τd ) possède une courbe
asymptotique particulièrement facile à mémoriser. Ainsi que le
montre la figure 3, cette majorante de l’enveloppe spectrale est
caractérisée par trois asymptotes : une asymptote horizontale
d’ordonnée 2A τ /T, deux asymptotes qui chutent respectivement à
20 et 40 décibels par décade, et des fréquences de cassure qui
sont : f1 = 1/π τ et f2 = 1/π τ r . Précisons que dans la représentation
asymptotique d’un spectre de fréquence, la première fréquence qui
possède une signification physique est celle qui correspond à la
fréquence fondamentale f = f0 = 1/T ; on peut aisément montrer
que l’amplitude de cette composante, dans cette représentation est Figure 2 – Signal périodique de forme d’onde trapézoïdale
égale à :
2
----- A ≈ 0,64 A
π
On remarque que le spectre de fréquence d’une impulsion,
périodique ou isolée, est d’autant plus large que la fréquence de
cassure f 2 est élevée, ou que le temps de commutation τ r est court.
Dans les systèmes numériques rapides, où des perturbations à
temps de commutation très court peuvent se propager sur des
lignes de transmission qui ne sont pas nécessairement terminées
sur leur impédance caractéristique, se pose fréquemment la ques-
tion de savoir si les lignes d’interconnexion doivent être
considérées comme des lignes longues – c’est-à-dire sujettes à des
phénomènes de propagation – ou bien courtes – c’est-à-dire à
constantes localisées. Le critère suivant permet d’apporter une
réponse rapide à cette question : en désignant par τd le temps de
propagation d’un signal sur la ligne, si τ r est supérieur à 2 τd , la
réflexion du signal à l’entrée de la ligne n’a pour effet que de
dégrader le temps de commutation du signal la ligne peut être
considérée comme courte.
Figure 3 – Enveloppe spectrale d’un signal périodique trapézoïdal

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2. Organismes Le tableau 2 et la figure 5 donnent, pour ces mêmes appareils,


les valeurs que ne doivent pas dépasser leurs perturbations
de réglementation. conduites. Les perturbations conduites par le cordon « secteur »
d’un appareil méritent une attention particulière. En effet, ces per-
Exemples de normes turbations vont aller se propager sur le réseau d’alimentation, qui,
étant de grande dimension, va pouvoir les rayonner efficacement,
même en basse fréquence. Afin d’obtenir sur les perturbations
Afin de favoriser le développement du commerce international, conduites par le cordon secteur d’un appareil des indications indé-
il est apparu nécessaire d’harmoniser les spécifications requises en pendantes de son lieu d’utilisation, ou pour pouvoir effectuer des
matière de CEM dans les différents pays. comparaisons sur les perturbations conduites d’appareils équiva-
■ Au niveau des pays de la Communauté Économique Européenne lents, il est nécessaire d’effectuer les mesures de perturbations
(CEE), la réglementation en CEM est élaborée par les différents conduites en présentant à l’appareil une impédance secteur qui
Comités techniques (TC) du Comité Européen de Normalisation en soit toujours la même. Afin d’atteindre cet objectif un réseau nor-
Électrotechnique (CENELEC), comité internationalement désigné par malisé, connu sous le nom de réseau de stabilisation
ce nom. Des travaux du CENELEC a résulté la Directive européenne d’impédances de lignes (RSIL), est intercalé entre l’appareil et le
no 89 / 336 / CEE qui fixe, c’est-à-dire impose, dans tous les états secteur alternatif. Ce réseau transforme par la même occasion les
membres de la Communauté, les dispositions légales en matière de perturbations conduites en tension ; cela explique pourquoi les
CEM. À de très rares exceptions (moteurs de véhicules, dispositifs seuils de perturbations conduites à ne pas dépasser sont donnés
médicaux implantables), cette directive stipule que tous les appareils en tension. Les indications fournies par le voltmètre qui sert à
électriques susceptibles de créer des perturbations électro- mesurer ces perturbations dépendent de la valeur de la constante
magnétiques, ou dont le fonctionnement est susceptible d’être de temps du détecteur que l’appareil utilise ; les suffixes QP
affecté par ces perturbations, ne peuvent être commercialisés dans (ou AV) du tableau 2 et de la figure 5 correspondent à des valeurs
les pays de la CEE que s’ils sont conformes à ses spécifications. Par normalisées de la constante de temps du détecteur : QP (Quasi
rapport à ce qui se fait en dehors de la CEE, cette directive est inno- Peak ) se rapporte à une détection quasi-crête et AV (Average )
vante car, pour la première fois, apparaît pour les appareils signifie détection de valeur moyenne.
commerciaux une législation en matière de susceptibilité
électro magnétique. Cette directive est entrée en application le
28 octobre 1992. Toutefois, une période de transition de quatre ans
a été prévue pour permettre aux fabricants d’équipements
électriques de s’adapter et au CENELEC d’élaborer tous les
documents. La liste des normes européennes en matière de CEM se
trouve en [Doc. E 3 750].
■ Au plan international, la Commission Électrotechnique Internatio-
nale (CEI) a créé un comité spécial, le Comité International Spécial
des Perturbations Radioéléctriques (CISPR), en vue de formuler les
normes CEM ; CISPR (prononcer « cisper ») est la désignation inter-
nationale de ce comité. Les publications du CISPR sont généralement
utilisées par les différents pays, comme documents de base pour
l’établissement de leurs propres normes. Précisons qu’aux
États-Unis, la réglementation CEM, relative aux produits
commerciaux, est définie par la Federal Communication
Commission (FCC).
Afin de présenter les traits caractéristiques des normes CEM,
considérons la norme EN 55022 qui concerne une catégorie Figure 4 – Limites d’émissions rayonnées des appareils numériques
importante d’appareils électriques, les appareils de traitement de de classe B, à 10 m (d’après norme EN 55022)
l’information ; c’est dans cette catégorie d’appareils que se classent
les circuits électroniques numériques, qui sont des générateurs de
parasites EM d’autant plus importants que leurs fronts de
commutation sont raides. Cette norme distingue deux classes
d’appareils : les appareils de classe A qui sont destinés à être utilisés
en milieux industriel, commercial et d’affaires, et les appareils de
classe B qui sont destinés à être utilisés en zone dite résidentielle,
zone qui n’exclut pas la présence de commerces, d’industries ou
d’établissements d’affaires. Les niveaux des perturbations
rayonnées que ne doivent pas dépasser les équipements de classe A
et de classe B sont respectivement définis à des distances de la
source de 30 et 10 m. Ces niveaux limites sont respectivement
représentés dans le tableau 1 et sur la figure 4 ; (dBµV/m signifie
que le champ électrique a été exprimé en décibel en prenant comme
valeur de référence un champ de 1 µV/m). (0)

Tableau 1 – Limites d’émissions rayonnées des appareils


numériques de classe A (d’après norme EN 55022)
Fréquence Champ électrique
(MHz) (µV/m) (dBµV/m)
Figure 5 – Limites d’émissions conduites des appareils numériques
30 à 200 31,6 30 de classe B, à 10 m (d’après norme EN 55022)
230 à 1 000 70,8 37
(0)

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Tableau 2 – Limites d’émissions conduites des appareils 4. Différents types


numériques de classe A (d’après norme EN 55022)
de signaux d’interférence
Fréquence Tension électromagnétique
QP (AV) QP (AV)
(MHz)
(µV) (dBµV)
Les perturbations électromagnétiques peuvent être classées
0,15 à 0,5 8 912,5 (1 995) 79 (66) suivant leur mode de propagation en deux catégories : les
0,5 à 30 4 467 (1 000) 73 (60) perturbations conduites et les perturbations rayonnées (§ 2). Les
signaux électriques d’interférence électromagnétique sont classés,
eux, suivant la manière dont ils interviennent sur la voie de
transmission du signal utile. On distingue les signaux d’interférence
3. Schématisation de mode différentiel et les signaux d’interférence de mode commun.
Pour montrer comment peuvent apparaître ces deux types de
d’un problème d’interférence signaux et quelles sont leurs particularités, considérons la figure 7,
qui représente une interconnexion bifilaire entre un transducteur et
électromagnétique un récepteur. Imaginons qu’un champ magnétique extérieur,
homogène et variable dans le temps, d’induction b ( t ) , agisse sur
Quelle que soit la complexité du système électrique et / ou ce système. En vertu de la loi de Faraday, il apparaît, dans les deux
électronique considéré, toute situation d’interférence électro- boucles que cette ligne de transmission définit, des sources de
magnétique (IEM) fait intervenir, ainsi que le représente la figure 6, tension induites dont les valeurs sont proportionnelles à la vitesse
trois éléments différents : une source d’émission de parasites, un de variation du flux d’induction magnétique ϕ qui les traversent :
récepteur et un mécanisme de couplage par lequel la source réagit v (t ) = – dϕ /dt
sur le fonctionnement du récepteur.
Ces deux sources de tension représentées sur la figure 7 agissent
Lorsque ces trois éléments ont été identifiés – mais parfois c’est de manière différente sur la voie de transmission du signal utile. La
justement là que se situe le cœur du problème – c’est une évidence première v1 (t ) modifie la valeur du potentiel d’une borne d’entrée
de dire que, pour résoudre un problème d’IEM, il faut pouvoir agir du récepteur par rapport à l’autre et constitue le signal de mode
au niveau de la source pour l’éliminer ou la diminuer, et/ou au différentiel : un signal de mode différentiel se comporte comme une
niveau du mécanisme de couplage pour le supprimer ou le réduire, source de tension en série avec la source qui délivre le signal utile.
et/ou au niveau du récepteur pour le désensibiliser. La meilleure De ce fait, à moins d’être éliminé, un signal parasite de mode
façon de résoudre un problème d’IEM consiste à supprimer la différentiel est amplifié par le récepteur, exactement de la même
source de bruit. Cela n’est pas toujours possible, notamment dans façon que le signal utile. L’autre source v2 (t ) provoque, par rapport
le cas d’une IEM intersystème où la source de bruit est générale- à une référence de potentiel extérieure, une variation simultanée du
ment soit inaccessible, soit éloignée. Désensibiliser le récepteur est potentiel des deux bornes d’entrée du récepteur et représente le
généralement difficile ; cela nécessite d’avoir recours à des codes signal de mode commun.
correcteurs d’erreurs. Il n’y a que dans une IEM intrasystème que
le concepteur d’un produit a la possibilité d’agir sur les trois
composantes du problème. Le choix d’agir à tel ou tel niveau
dépend de la commodité de mise en œuvre de la solution envisa-
gée et/ou de son prix de revient.

Figure 6 – Décomposition d’un problème d’interférence


électromagnétique

Figure 7 – Perturbations de mode différentiel et de mode commun

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Au point de vue courants, le signal de mode commun


provoque, sur les deux fils d’amenée du signal utile, la circulation 5. Couplage
de courants de même sens, tandis que le signal de mode différen-
tiel entraîne sur ces deux fils la circulation de courants de sens
électromagnétique.
opposés. Classification
À partir des tensions v 1 et v 2 des deux fils de la ligne d’amenée
du signal utile, et des courants i 1 et i 2 qui y circulent, les signaux
de mode différentiel et de mode commun, en tensions et en courants, 5.1 Couplage par conduction
se définissent grâce aux paires d’équations suivantes :
5.1.1 Couplage par conduction directe
v MD i MC
v 1 = v MC + ------------ i1 = ----------- + i MD Un couplage par conduction directe se produit lorsqu’un
2 2
conducteur appartenant à un récepteur véhicule un courant
v MD i MC
v 2 = v MC – ------------ i2 = ----------- – i MD électrique qui provient directement d’une source de bruit. Dès lors
2 2 qu’un courant circule dans un conducteur relié à un récepteur, ce
courant trouve toujours un trajet qui lui permet d’y pénétrer. Une
La figure 8 illustre cette décomposition mathématique. fois à l’intérieur, il s’y répartit en obéissant aux lois classiques de
Le signal de mode commun se convertissant par l’intermédiaire l’analyse des circuits électriques ; de cette manière, ses effets
d’impédances parasites Z p situées entre la ligne et la référence de peuvent être calculés.
potentiel extérieure en un signal d’erreur de mode différentiel, son
influence doit être éliminée ou réduite. Plusieurs méthodes
peuvent être utilisées pour réduire l’influence du signal de mode 5.1.2 Couplage par impédance commune
commun. Parmi elles, on peut citer l’utilisation d’un récepteur à
structure dite différentielle, l’utilisation de ligne de transmission à Un couplage par impédance commune apparaît lorsque les
structure symétrique ou équilibrée, l’ouverture de la boucle de courants électriques de deux systèmes distincts empruntent un
masse par l’utilisation d’un transformateur d’isolation ou d’un dis- même trajet dont l’impédance ne peut être négligée. La figure 9 qui
positif d’isolation optique. L’aptitude d’une structure différentielle à représente deux circuits partageant une même portion de
réduire ou rejeter l’influence des signaux de mode commun est conducteur de masse, illustre un tel couplage. À travers l’impédance
caractérisée par la valeur de son taux de réjection τ RMC ; celui-ci de ce conducteur commun, le courant de retour d’un circuit provoque
est défini par l’expression : une variation du potentiel de référence de l’autre ; cette variation
v MD erreur de tension peut apparaître en totalité dans l’expression du signal
τ RMC = --------------------------- de sortie vs ou bien se traduire par l’apparition d’un signal de mode
v MC commun.
où v MD erreur représente le signal d’erreur de mode différentiel Ainsi que nous le verrons dans le paragraphe 9, les couplages
par impédance commune peuvent apparaître non seulement dans
équivalent à l’influence du signal de mode commun.
les connexions de retour à la masse, mais aussi dans le réseau qui
distribue l’énergie électrique (alternative ou continue) aux divers
constituants du système. Lorsque l’impédance commune est
traversée par des courants qui possèdent des variations di/dt
importantes, ce n’est pas le terme résistif de l’impédance
commune qui provoque les effets perturbateurs les plus impor-
tants, mais son terme inductif. Pour réduire et/ou éliminer les cou-
plages par impédance commune, il faut, soit diminuer la valeur de
l’impédance commune, soit adopter un autre routage des
connexions.

Figure 8 – Visualisation des signaux de mode commun


et de mode différentiel

Figure 9 – Couplage par impédance commune

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5.2 Couplage par champ à quelle distance celle-ci est située, et quelles sont les longueurs
d’onde des radiations qu’elle émet. Précisons que la distinction entre
zone de champ proche et zone de champ lointain ne présente pas
5.2.1 Couplage en champ proche la même spécificité lorsqu’on a affaire à des rayonnements électro-
magnétiques d’antennes intentionnelles ; avec celles-ci, comme il
Ainsi qu’on l’apprend en électromagnétisme, les caractéristiques
s’agit de transmettre de l’énergie EM, le récepteur est supposé être
du champ électromagnétique rayonné par une source de radiations
dans la zone de champ lointain de l’émetteur.
varient en fonction de la distance qui sépare la source de radiations
du lieu où le champ est observé. Près de la source, le champ
électromagnétique rayonné dépend essentiellement des caractéris-
tiques de la source : les termes les plus grands des composantes 5.3 Couplage par boucle de masse
électriques et magnétiques du champ EM varient en 1/r 3 et 1/r 2.
Cette région est appelée la zone de rayonnement en champ proche
À proprement parler, les couplages par boucle de masse ne
ou zone d’induction. Dans cette région, les champs e et h peuvent
constituent pas une catégorie de couplage fondamentalement
être considérés séparément. Suivant la composante du champ EM
différente des précédentes. La particularité d’une boucle de masse
qui entraîne les effets les plus grands, on parle de couplage par induc-
est d’apparaître dans des situations tout à fait ordinaires. Comme
tion électrique ou de couplage par induction magnétique. Un
le montre les figures 11, une boucle de masse apparaît lorsque deux
couplage par champ électrique traduit l’existence de lignes de flux
systèmes interconnectés par une ligne de transmission sont chacun
d’induction électrique qui partent de la source de perturbation pour
mis à la masse. Cette mise à la masse peut être directe (figure 11a ),
aboutir sur le récepteur victime ; un tel couplage se modélise par
ou bien s’effectuer par capacité parasite (figure 11b ).
une capacité dite parasite. Un couplage par champ d’induction
magnétique correspond à un récepteur qui est traversé par des lignes
de flux d’induction magnétique générées par une source de
perturbation ; un tel couplage se représente par une inductance
mutuelle. Le terme diaphonie (crosstalk dans la terminologie
anglo-saxonne) est aussi couramment utilisé pour désigner les
couplages dans cette zone.
Pour des sources rayonnantes de très petites dimensions par
rapport à la longueur d’onde λ0 de la radiation émise, la zone de
champ proche s’étend, à partir de la source, jusqu’à une distance
d’environ λ 0 /2π. Pour des structures rayonnantes telles que celles
que l’on rencontre dans les problèmes de CEM, une valeur plus
réaliste pour la limite de cette zone consiste à choisir la plus grande
valeur des deux distances suivantes : 3 λ 0 et 2D 2 / λ 0 , D représentant
la plus grande dimension géométrique de la source rayonnante ;
3 λ 0 est généralement utilisé pour des antennes filaires et 2D 2 / λ 0
pour des antennes à surfaces rayonnantes.

5.2.2 Couplage en champ lointain


Figure 10 – Variation de l’impédance d’onde
Au-delà de la zone de rayonnement en champ proche s’étend la en fonction de la distance et de la longueur de la source d’émission
zone de rayonnement dite en champ lointain. Dans cette zone, les
caractéristiques du champ EM rayonné ne dépendent que des
propriétés du milieu dans lequel le champ se propage :
— l’impédance d’onde Z W , qui représente la valeur du
rapport |E| /|H|, est égale à l’impédance caractéristique Z 0 du milieu ;
dans l’air, en espace libre, celle-ci est égale à 120 π soit 377 Ω ;
— les composantes e et h du champ EM sont en phase dans
le temps, perpendiculaires entre elles dans l’espace, et perpendicu-
laires aussi à la direction de propagation ; leurs amplitudes varient
en fonction de la distance en 1/r ;
— pour des sources rayonnantes de petites dimensions et/ou très
éloignées, l’onde EM est plane.
Dans cette zone, on dit que l’on a affaire à un couplage par champ
électromagnétique ou par onde plane ; il faut employer les équations
de Maxwell pour calculer l’amplitude des perturbations électro-
magnétiques, ce qui signifie que les composantes du champ EM ne
peuvent y être séparées. La figure 10 représente, en fonction de la
distance r de la source, les variations de l’impédance d’onde des
dipôles électriques et magnétiques élémentaires.

5.2.3 Remarques

Pour étudier les couplages par « champ », les méthodes de


raisonnement à utiliser étant différentes suivant que l’on se trouve
en zone de champ proche ou bien de champ lointain, il est fonda- Figure 11 – Couplage par boucle de masse
mental d’avoir identifié la source de perturbation, afin de connaître

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Lors d’un couplage par boucle de masse, il apparaît une définir de stratégie pour résoudre le problème auquel on est
différence de potentiel entre les références de potentiel des deux confronté. On peut dire que, dès qu’un problème d’IEM est identifié,
systèmes. Cette différence de potentiel entre les deux références il peut être considéré comme pratiquement résolu.
peut avoir deux origines :
— la circulation dans le plan de masse d’un courant i G , externe
aux deux systèmes ➀ ; 6.2 Problèmes de non-idéalité
— la présence d’un champ d’induction magnétique externe
 ( t ) = B 0 exp ( j ω t ) traversant la boucle de masse ➁ . Dans le
des composants et de non-localisation
premier cas, la circulation du courant i G à travers la résistance RG
des champs
de la masse crée une différence de potentiel V G = R G I G ; dans le En compatibilité électromagnétique, on ne peut se permettre
deuxième cas, le champ d’induction magnétique b ( t ) entraîne, d’ignorer la résistance des conducteurs électriques, pas plus qu’on
d’après la loi de Faraday (e = – d ϕ /dt ), l’apparition d’une tension vG ne peut considérer que les champs électriques ou magnétiques sont
exclusivement confinés dans les condensateurs ou les inductances.
dont la valeur complexe temporelle est :
Il s’ensuit notamment que toutes les liaisons électriques sont non
 G ( t ) = j ω B 0 A cos θ exp ( j ω t ) seulement résistives mais aussi inductives et capacitives, et qu’un
plan de masse, en raison des courants qui y circulent, ne peut être
θ représentant l’angle d’incidence du champ sur la boucle, A l’aire théoriquement une équipotentielle. Il s’ensuit encore que les
de celle-ci et ϕ le flux d’induction magnétique la traversant. condensateurs, ne serait-ce qu’en raison de leurs connexions,
Ainsi que le montre la figure 11a, les couplages par boucle de possèdent une inductance ; que les résistances et les inductances
masse font apparaître des signaux parasites de mode commun. Au ont une capacité, ce qui entraîne chez ces dernières, l’existence d’une
niveau interconnexion d’équipements, des boucles de masse de fréquence de résonance propre. Dans le même ordre d’idée, on peut
grande surface peuvent apparaître lorsque les équipements sont encore ajouter que le moindre bout de fil et la moindre boucle se
éloignés et qu’ils sont alimentés en énergie par le réseau secteur. comportent comme des antennes non conventionnelles ; il s’ensuit
En effet les règles de sécurité électriques imposant que les masses que leurs effets sont difficiles à calculer, car les hypothèses effec-
métalliques de ces équipements soient réunies à la terre, des tuées dans le cadre de la théorie des antennes classiques ne leur
boucles de masse de très grande surface peuvent apparaître ; des sont pas en général applicables. Tout cela crée, chez le non-spécia-
phénomènes basse fréquence, notamment à 50 Hz, peuvent s’y liste, une énorme difficulté à appréhender les problèmes qui se
développer. Ainsi que nous le verrons dans le paragraphe 9, les posent en compatibilité électromagnétique.
couplages par boucle de masse sont difficiles à maîtriser en basse
fréquence.

6. Difficultés de résolution
des problèmes d’IEM
Ainsi que le montre la figure 12, les techniques permettant de
résoudre les problèmes d’interférences magnétiques sont parfaite-
ment connues, et toujours les mêmes, quel que soit le niveau de
complexité du système électrique et / ou électronique considéré.
Chacun sait, en effet, que, pour lutter contre les couplages par
impédance commune, il faut effectuer des routages de connexion
(de masse ou autre) convenables, qu’il faut étudier soigneusement
le trajet de retour des courants si l’on veut mettre en place des
découplages efficaces et qu’il faut utiliser des filtres (sur le secteur
en particulier) pour remédier aux couplages par conduction. On sait
aussi que, pour combattre les effets des couplages par champ, à
quelque catégorie qu’ils appartiennent, il faut utiliser des blindages Figure 12 – Diagramme de synthèse des perturbations
et/ou éloigner le récepteur victime de la source de bruit. électromagnétiques
Cependant, bien que les méthodes de prévention ou de réduc-
tion des perturbations électromagnétiques soient parfaitement
connues, les problèmes d’interférences électromagnétiques n’en
restent pas moins difficiles à résoudre, et cela à cause d’un certain
nombre de difficultés.

6.1 Problème d’identification


À la base de tout problème d’IEM se pose souvent un difficile
problème d’identification du genre : quelle est ou quelle peut être
la source de perturbations, quel est ou quel sera le mécanisme de
couplage électromagnétique ? Généralement, il ne s’agit pas là de
questions triviales. Faute de connaître la source de bruit, on ne peut
savoir si l’on a affaire à un couplage en champ proche ou en champ
lointain, et donc déterminer la méthode d’analyse à utiliser. De
même, faute de connaître le mécanisme de couplage, on ne peut Figure 13 – Interactions entre les techniques de limitation
et le circuit de mise à la masse

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6.3 Interactions entre les techniques 8. Stratégie de développement


de réduction d’IEM et le circuit
de mise à la masse d’un produit
Une autre difficulté peut surgir lorsqu’on met en place une L’expérience montre qu’attendre qu’un produit soit complètement
technique particulière de réduction d’interférence électro- développé pour vérifier qu’il est conforme à la réglementation en
magnétique car, ainsi que le décrit la figure 13, les techniques de vigueur en compatibilité électromagnétique n’est pas une bonne
réduction d’IEM ne sont pas totalement indépendantes entre elles. stratégie de développement. L’expérience nous rappelle sans cesse
En effet, lorsque l’on met en place un blindage, un découplage, cette vérité, connue chez les Anglo-Saxons sous le nom de loi de
ou bien un filtrage, il est nécessaire d’effectuer de nouvelles Murphy, qui dit que : « If anything can go wrong, it will » (si quelque
connexions de mise à la masse, ce qui modifie la topologie du cir- chose peut aller de travers, ça ira forcément de travers). Aussi, afin
cuit de masse. Une modification du circuit de masse peut entraîner d’éviter plus tard d’éventuelles difficultés, la meilleure stratégie de
une variation du trajet de retour des courants et provoquer à son développement d’un produit consiste à prendre en compte les
tour l’apparition de nouveaux couplages par boucle de masse problèmes de CEM dès les premières étapes de sa conception. Ainsi,
et/ou de nouvelles émissions rayonnées, d’où de nouvelles diffi- lors de la phase de conception, un problème de rayonnement pourra
cultés. C’est pour cette raison que l’on entend souvent dire, à pro- être facilement évité et/ou aisément résolu par un routage adéquat
pos du découplage, que « le mieux est parfois ennemi du bien ». des connexions et/ou une implantation convenable des éléments ;
plus tard, la résolution de ce même problème de rayonnement
pourra nécessiter l’utilisation d’un blindage ou bien une autre
implantation de ses composants ou de ses connecteurs, voire une
7. Problèmes de susceptibilité remise en cause fondamentale de la présentation du produit. La
figure 15 illustre l’évolution du nombre de solutions possibles pour
et problèmes d’émissions résoudre un problème de CEM au fur et à mesure que se développe
le produit, en même temps que leur coût correspondant. En
de parasites conclusion, en CEM comme partout ailleurs, « mieux vaut prévenir
que guérir ».
En mode rayonné, les problèmes d’émission et de susceptibilité
d’un équipement ne sont pas indépendants. En effet, on démontre
en électromagnétisme que la fonction de transfert entre deux
structures rayonnantes, l’une émettrice et l’autre réceptrice, est la
même quelle que soit celle que l’on considère comme émettrice ou
réceptrice. Ce théorème, connu sous le nom de théorème de
réciprocité, et schématisé par la figure 14, montre que, si par
exemple on considère l’antenne ➀ comme émettrice et l’antenne ➁
comme réceptrice, la fonction de transfert correspondante V 21 / I 1
est égale à celle que l’on obtient en inversant les rôles des deux
antennes. Ce théorème montre que les techniques qui visent à
diminuer la susceptibilité d’un équipement aux parasites rayonnés
permettent en même temps de réduire le niveau des perturbations
rayonnées qu’il émet.

Figure 15 – Degrés de liberté pour résoudre un problème de CEM


et coût de la solution

Figure 14 – Théorème de réciprocité

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9. Analyse des différents 9.1.2 Méthodes de connexions de mise à la masse

mécanismes de couplage On peut classer les différentes méthodes de connexion de mise


à la masse des constituants d’un système, quel que soit le degré
électromagnétique de complexité de celui-ci, en deux grandes catégories : les méthodes
de mise à la masse en un seul point et les méthodes de mise à la
masse en plusieurs points. La méthode de mise à la masse en un
9.1 Couplage par impédance commune seul point se décompose elle-même en deux variétés : la mise à la
masse en un seul point de type série ou chaînée (figure 17a ) et la
9.1.1 Description fondamentale mise à la masse en un seul point de type parallèle ou en étoile
(figure 17b ).
Les couplages par impédance commune représentent une des
Fondamentalement, pour éviter les couplages par impédance
causes les plus fréquentes d’interférence électromagnétique entre
commune, lors des connexions de mise à la masse, la méthode à
constituants d’un système E / E. Un couplage par impédance
utiliser devrait être la méthode de mise à la masse en étoile.
commune (figure 9) apparaît lorsque deux systèmes distincts ont en
Cependant, indépendamment de sa lourdeur de mise en œuvre,
commun une même impédance. Cette impédance, commune aux
qui nécessite autant de connexions de mise à la masse qu’il y a de
deux systèmes, est généralement non intentionnelle ; elle résulte de
constituants à connecter, cette méthode perd de son intérêt au fur
la résistance et de l’inductance associées à toute interconnexion
et à mesure que la fréquence s’élève, à cause des inductances des
électrique. Typiquement, ces interconnexions communes
connexions de mise à la masse. Ces inductances ont une triple
apparaissent lors des réalisations des connexions de mise à la masse
action :
(ou à la terre) ou des connexions d’alimentation en énergie
électrique. Afin de décrire les caractéristiques fondamentales des — elles provoquent une élévation Ldi /dt du potentiel de la
couplages par impédance commune, considérons la figure 16 qui référence de potentiel du sous-système par rapport au potentiel du
représente deux circuits électriques (indices 1 et 2) utilisant le même point de masse du système, d’autant plus importante que les
courants de retour qui les traversent ont des variations di / dt
plan de masse pour le retour de leurs courants respectifs I 1 et I 2 . rapides ;
Désignons par rG la résistance du conducteur commun de masse, — associées aux capacités parasites qui apparaissent entre la
et analysons l’influence du fonctionnement du circuit ➀ sur le connexion de masse et le plan de masse, elles peuvent entrer en
fonctionnement du circuit ➁. Compte tenu de la circulation du résonance et porter alors la référence de potentiel du sous-système
courant I 1 + I 2 dans la résistance rG , les références de potentiel considéré très au-dessus du potentiel du point de masse du sys-
tème (résonance d’un circuit RLC parallèle) ;
de la source et de la charge du circuit ➁, ne sont pas au même — elles peuvent aussi faire apparaître des couplages magné-
potentiel ; entre elles, il apparaît une différence de potentiel tiques entre les diverses connexions de masse.
V N = r G ( I 1 + I 2 ). L’expression de la tension aux bornes de la charge De manière plus précise, la connexion de masse doit être
du circuit ➁ s’écrit : considérée comme une ligne de transmission qui est mise en
court-circuit au point commun de masse. L’impédance de la
V L2 = V S2 – V N = V S2 – r G ( I 1 + I 2 ) connexion de masse vue par le sous-système est donnée par la
formule Z e = j Z c tan β  , qui définit l’expression de l’impédance
Le terme r G I 1 de cette expression représente l’influence du cir- d’entrée d’une ligne de longueur  mise en court-circuit à son
cuit ➀ sur le circuit ➁. En admettant que la résistance rG soit négli- extrémité,  représentant la longueur de la connexion de masse et
Z c l’impédance caractéristique de la ligne. Cette formule montre
geable par rapport aux résistances de charge R L1 et R L2 , ce qui
que l’impédance de la connexion de masse passe en fonction de la
revient à supposer que : I 1 ≈ V S2 / R L1 , l’expression du couplage fréquence par une série alternée de maximums (résonance paral-
s’écrit : lèle) et de minimums (résonance série), qui apparaissent aux fré-
quences pour lesquelles la longueur  correspond à des multiples
rG entiers de quarts de longueur d’onde. La première résonance est
------------ V S1
R L1 une résonance parallèle qui correspond à l’inductance propre de la
connexion de masse et à la capacité équivalente à la capacité para-
Cette analyse montre que, pour réduire ce genre de couplage site du sous-système par rapport au plan de masse en parallèle
entre deux circuits, il faut diminuer la résistance rG du conducteur avec celle de la connexion de masse. Ajoutons enfin que, comme
commun de masse. Chercher à diminuer, de manière significative, les phénomènes de rayonnement commencent à apparaître dès
la résistance rG d’un conducteur commun de masse n’est pas une que la longueur des connexions devient comparable à la longueur
solution réaliste, puisqu’une masse électrique ou un conducteur de d’onde, pour éviter que les connexions de masse se comportent
masse électrique sont censés ne pas avoir de résistance. La solu- comme des antennes non intentionnelles, leurs longueurs doivent
tion pratique consiste donc à réaliser un circuit de mise à la masse être limitées à λ /10 ou λ /20 maximum, λ étant la longueur d’onde
différent. significative la plus courte.
En basse fréquence, compte tenu de sa simplicité de mise en
œuvre et malgré l’importance de ses couplages par impédance
commune, la méthode de connexion de mise à la masse en un seul
point la plus utilisée est la méthode du type série ou chaînée.
En haute fréquence, la méthode de mise à la masse la plus
intéressante est la méthode multipoint (figure 17c ), car elle permet
de réaliser les connexions de mise à la masse les plus courtes et
d’éviter ainsi les phénomènes de rayonnement ; par contre, elle est
à proscrire en basse fréquence car tous les courants de retour
circulent dans le plan de masse, ce qui génère des couplages par
impédance commune.
En pratique, le système de mise à la masse d’un ensemble
électronique est un système hybride où les différents points à
connecter à la masse sont groupés, suivant leur nature, en plusieurs
catégories qui sont reliées séparément au point central de masse.
Figure 16 – Couplage par impédance commune de masse On est amené à distinguer : les masses des circuits électroniques

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Figure 18 – Couplage par impédance commune dans les fils


d’alimentation. Étude de l’effet inductif

Chaque fois que la sortie d’une porte logique change d’état, par
exemple la porte 1, afin de charger les capacités vues par sa sortie,
une impulsion de courant de courte durée ∆i1 est tirée de la source
d’alimentation. Ce phénomène d’impulsion de courant est encore
plus marqué dans les circuits logiques qui possèdent un étage de
sortie du type « totem pole » car, outre l’impulsion de courant
précédente, durant la transition, pendant un court instant, les deux
transistors du totem pole sont simultanément passants, ce qui tend
à faire un court-circuit sur la source d’alimentation.
Pour préciser les ordres de grandeur, prenons l’exemple d’une
connexion d’alimentation caractérisée par une inductance propre de
200 nH (l’inductance propre d’une connexion classique est estimée à
environ 8 nH/cm), et par une résistance R de 80 mΩ ; considérons une
impulsion de courant ∆i1 de 8 mA et de durée ∆t de 4 ns – valeurs tout
à fait classiques. À la borne d’alimentation de la porte logique, il
Figure 17 – Méthodes de mise à la masse apparaît une variation ∆v1 de sa tension d’alimentation v1 égale à :
∆i 1
∆v 1 = – R∆i 1 – L ----------
∆t
analogiques sensibles (électroniques de petits signaux, récepteurs
de lignes), les masses bruyantes (électronique numérique, relais, ∆i 1
moteurs), les masses mécaniques (châssis, blindages), etc. Avec des avec R∆i 1 = 640 µV et L ---------- = 400 mV.
ensembles de cartes de circuits imprimés, il est parfois nécessaire ∆t
de maintenir la séparation des différentes catégories de masse, non On remarque l’effet important de l’inductance propre. Si, en plus,
seulement jusqu’à leur connecteur, mais aussi jusqu’à leur source plusieurs portes sont branchées sur le même fil d’alimentation et
d’alimentation, où toutes les différentes catégories de masse sont commutent en même temps, les amplitudes vont s’ajouter, et le risque
finalement reliées. de voir apparaître des erreurs logiques grandit.
Afin d’éviter l’apparition de ces transitoires sur les fils
9.1.3 Influences des inductances propres : d’alimentation, on place, le plus près possible des bornes de
capacités de découplage connexion d’alimentation du circuit qui commute, des capacités dites
de découplage. Ces capacités de découplage constituent des
réservoirs de charges électriques chargés de suppléer la source
Généralement, dans un couplage par impédance commune, d’alimentation durant le transitoire, puisque l’inductance propre de
lorsque le conducteur impliqué doit véhiculer des courants la connexion d’alimentation empêche celle-ci de tenir son rôle. La
impulsionnels à fronts rapides, comme ceux que l’on rencontre en perte de charge électrique de la capacité de découplage durant la
électronique numérique ou dans les phénomènes de décharges commutation (∆i1 · ∆t ) entraîne aux bornes du circuit qui commute
électrostatiques, les effets liés à l’inductance propre de ce une variation ∆v1 de sa tension d’alimentation égale à :
conducteur sont souvent prépondérants par rapport à ceux crées par
sa résistance. Pour analyser ces effets, au lieu de considérer un ∆i 1 ⋅ ∆t
couplage par impédance commune se manifestant dans les ∆v 1 = ---------------------
-
C
connexions de masse, prenons (figure 18) le cas d’un couplage par
impédance commune apparaissant dans les connexions La valeur de la capacité de découplage se calcule en fonction de
d’alimentation d’un circuit numérique. la variation ∆v1 que l’on tolère (5 % en général). La figure 18b
représente une telle capacité de découplage.

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L’efficacité des capacités de découplage est liée à l’étude du trajet appartiennent à la catégorie des capacités dites mutuelles. La
des courants durant les transitoires. Leur efficacité est d’autant plus figure 20 schématise la signification physique d’une capacité para-
grande que les surfaces des boucles de courant qu’elles définissent site et son modèle équivalent.
avec l’élément qui commute sont plus petites. Il existe dans le
commerce des capacités de découplage spécialement conçues pour
réduire au minimum la surface de cette boucle : les capacités
MICRO/Q de Rogers (cf. Pour en savoir plus [Doc. E 3 750]) ; ces
capacités se placent entre le circuit intégré et la carte de circuit
imprimé et s’enfichent dans les mêmes trous que les bornes de
masse et d’alimentation du circuit intégré. En outre, en plaçant des
perles de ferrites sur les fils d’alimentation, grâce à l’inductance pro-
pre qu’elles apportent, un filtrage supplémentaire des transitoires
résiduels peut être obtenu. Les perles de ferrites offrent, par ailleurs,
un autre avantage : elles ont la propriété d’introduire dans la
connexion où elles sont placées, uniquement en haute fréquence,
une résistance série qui accroît l’effet de filtrage, sans provoquer de
chute de tension en continu car en basse fréquence cette résistance
n’existe pas. En annexe (§ 10), nous avons donné les expressions
de l’inductance propre et de la capacité par unité de longueur de
quelques lignes de transmission classiques.

9.1.4 Analyse des transitoires d’alimentation


avec le modèle des lignes de transmission
Pour pouvoir effectuer une analyse plus rigoureuse des
transitoires d’alimentation, le fil d’alimentation et son retour doivent
être considérés, ainsi que le schématise la figure 19a, comme une
ligne de transmission ; cela permet de prendre simultanément en
compte l’inductance propre associée au trajet du courant d’alimen-
tation et la capacité qui existe entre les fils d’aller et de retour de
ce courant. Sur un transitoire de courant provoqué par le change-
ment d’état d’une porte, la ligne d’alimentation se comporte comme Figure 19 – Étude des transitoires d’alimentation avec le modèle
une ligne de transmission qui serait court-circuitée au niveau de la des lignes de transmission
source d’alimentation, et qui serait attaquée, au niveau de la porte,
par une source de courant égale au courant ∆ i que celle-ci
consomme. À titre d’exemple, considérons le cas d’une porte logique
qui passe du niveau haut au niveau bas. Compte tenu des phéno-
mènes de propagation sur les lignes de transmission, en même
temps que se produit au niveau de la porte l’impulsion de courant ∆i,
la tension de la ligne varie en ce point de ∆V = – Z C ∆i où Z C = (L /C )1/2
est l’impédance caractéristique de la ligne, L et C représentant
respectivement les inductance et capacité par unité de longueur de
la ligne. Cette perturbation en tension se propage en direction du
court-circuit avec une vitesse u égale à : u = (LC )–1/2. Lorsque la
perturbation atteint le court-circuit, elle est réfléchie en subissant un
changement de polarité. La perturbation réfléchie se propage ensuite
en direction de la source de courant, qu’elle atteint après un intervalle
de temps ∆t = 2  / u postérieur à l’apparition de l’impulsion en
courant I. La figure 19b décrit ce phénomène.
Afin de réduire l’amplitude des phénomènes transitoires sur les
lignes d’alimentation, l’impédance caractéristique de la ligne doit
être rendue la plus petite possible. Dans ce but l’inductance
linéique L de la ligne doit être minimisée, tandis que sa capacité C
doit être augmentée au maximum. Pour réduire l’inductance propre
(formules en paragraphe 10), il faut diminuer la surface de la boucle
formée par les conducteurs d’aller et de retour de la ligne d’alimen-
tation. Pour cela, il faut rapprocher le plus possible ces deux
conducteurs, ce qui augmente en même temps la valeur de la capa-
cité et accroît l’effet recherché.

9.2 Couplage capacitif


ou couplage par induction électrique Figure 20 – Capacité mutuelle

9.2.1 Généralités
Les capacités parasites sont la cause des couplages capacitifs ou
par induction électrique. Une capacité parasite entre deux matériaux
traduit l’existence de lignes de flux électriques qui partent d’un de
ces matériaux pour aboutir sur l’autre ; les capacités parasites

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Les capacités parasites jouent un grand rôle dans les phénomènes


de compatibilité électromagnétique ; la figure 21 représente
quelques situations illustrant leur importance. La figure 21a
explique pourquoi, à cause des capacités parasites, un châssis doit
être connecté à la terre ; la figure 21b montre pourquoi, en raison
des capacités parasites, il est difficile de maintenir l’isolation
électrique d’un système flottant lorsque la fréquence s’élève ; la
figure 21c, plus générale, montre comment, à cause des capacités
parasites, peuvent apparaître et se propager les signaux de mode
commun dans un système constitué de deux équipements
électriques interconnectés et alimentés par le réseau alternatif et,
notamment, comment ceux-ci franchissent le transformateur de
l’alimentation.

9.2.2 Caractéristiques fondamentales


des couplages capacitifs
9.2.2.1 En régime sinusoïdal permanent
Pour présenter les caractéristiques fondamentales des couplages
capacitifs, considérons, figure 22a, le couplage capacitif entre deux
fils de lignes simples ; la ligne ➀ étant la ligne perturbatrice et la
ligne ➁ la ligne victime. Afin de n’avoir à considérer que l’effet de
l’induction électrique, la ligne ➀ n’est pas chargée (I1 = 0), ce qui
élimine l’effet de son induction magnétique. Conformément aux
notations de la figure 22b la tension de bruit V N aux bornes de la
résistance R2 équivalente à RS2 et R 2 en parallèle est reliée à la
tension perturbatrice V S1 par l’intermédiaire de l’expression :

VN j ω R 2 C 12
------------ = --------------------------------------------------------
V S1 1 + j ω R 2 ( C 12 + C 2G )

Les variations du module de cette fonction de transfert en fonc-


tion de la pulsation ω sont représentées sur la figure 22c. En basse
fréquence (ω < [R2 (C12 + C2G)]–1), la tension de bruit varie
proportionnellement à la fréquence, c’est-à-dire croît au rythme de
20 dB/décade. Il s’ensuit, ainsi que le représente la figure 22d,
qu’en basse fréquence un couplage capacitif peut être modélisé
par une source de courant I = j ω C 12 V S1 qui débite sur la ligne
victime. Il en découle que les tensions de bruit aux deux extrémités
du circuit victime sont de même polarité. Nous montrerons dans le Figure 21 – Exemples de couplages capacitifs
paragraphe 9.3 que cela constitue une spécificité des couplages
capacitifs.

Figure 22 – Couplage capacitif entre deux fils de lignes simples

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Ainsi, afin de réduire les couplages par induction électrique, il


faut :
— diminuer C12 , ce qui peut être obtenu en éloignant la ligne
victime de la ligne perturbatrice ou en utilisant des blindages ;
— choisir la résistance de charge équivalente R 2 de la ligne
victime la plus petite possible.
Nous avons indiqué en annexe (§ 10) les expressions des capa-
cités linéiques de quelques lignes de transmission simples.

9.2.2.2 En régime temporel transitoire


L’analyse précédente concernait l’étude des propriétés des
couplages capacitifs en régime sinusoïdal permanent. Or, en
électronique numérique, on est plus particulièrement concerné par
des signaux rectangulaires ou impulsionnels. Une étude des
couplages capacitifs dans le domaine temporel semble plus
appropriée. Pour présenter les propriétés des couplages capacitifs
dans le domaine temporel, considérons, figure 23, le cas d’un signal
électrique de commutation qui varie linéairement dans le temps,
durant ses transitions.
Pour un tel signal de commutation, l’analyse temporelle s’avère
relativement simple. En utilisant la transformée de Laplace et,
compte tenu de la fonction de transfert précédente V N / V S1 , on
peut écrire :
E 1
V S1 ( p ) = ------ -------
- [ 1 – exp ( – pt r ) ]
t r p2
C 12 p
V N ( p ) = ---------------------------- ------------------------------------------------------------
- V (p)
C 12 + C 2G p + [ R 2 ( C 12 + C 2G ) ] –1 S1

ce qui, en repassant dans le domaine temporel, conduit à : Figure 23 – Réponse temporelle d’un couplage capacitif à une source
de perturbation variant linéairement durant ses transitions
 t – tr 

E t
v N ( t ) = ----R 2 C 12  1 – exp – ----
tr  τ   U ( t ) – 1 – exp – -----------
τ  U (t – t r) 

ϕ = Li, L désignant l’inductance propre. L’inductance propre possède
où τ représente la constante de temps égale à R2 (C12 + C2G ) et une signification qui est rattachée à la totalité de la boucle dans
U (t ) la fonction échelon unitaire [U (t ) = 0 pour t < 0 et 1 ailleurs]. laquelle circule le courant et, si l’on associe une inductance linéique
à un fil, il ne faut pas oublier que sa valeur dépend des caractéris-
La tension de bruit v N (t ) est proportionnelle : tiques géométriques de la totalité de la boucle. Nous avons indiqué
— à E /t r qui représente la dérivée temporelle du signal pertur- en annexe (§ 10) les expressions des inductances linéiques de
bateur durant sa transition ; quelques lignes de transmissions ordinaires.
— à C12 la capacité entre fils ; Lorsque des lignes de flux d’un champ magnétique extérieur,
— à la résistance de charge équivalente R 2 du circuit victime. variable dans le temps, traversent une maille d’un circuit
La tension de bruit v N (t ) croît comme [1 – exp (– t / τ )] jusqu’à t = t r électrique, une tension est induite dans cette maille. D’après la loi
où elle atteint sa valeur maximale définie par : de Faraday, cette source de tension induite v N (t ) est égale à :

E vN (t ) = – d ϕ /dt
V max = ------R 2 C 12 [ 1 – exp ( – t r / τ ) ]
tr d ϕ / dt représentant la vitesse de variation du flux d’induction
magnétique ϕ (t ) qui traverse une surface ouverte quelconque
Elle décroît ensuite exponentiellement avec la même constante s’appuyant sur le contour de la maille, le signe « moins » indiquant
de temps τ. que la polarité de la source de tension induite est telle que le courant
électrique qu’elle engendre produit des effets magnétiques qui
s’opposent à ceux qui lui ont donné naissance (loi de Lenz). Le flux
9.3 Couplage par induction magnétique d’induction ϕ est défini par l’intégrale de surface :

9.3.1 Généralités : loi de Faraday ϕ = s


b ⋅ n ds
Lorsqu’un courant électrique circule dans un conducteur, il où n est le vecteur unitaire normal à l’élément de surface ds,
engendre (figure 24) un champ magnétique h dont les lignes de ϕ s’exprime en webers (Wb) et b en Wb/m2.
flux à la différence des lignes de flux électrique sont des lignes
Considérons, figure 25, une boucle plane, d’aire A, traversée par
fermées entourant le conducteur. La direction des lignes de flux est
un champ magnétique uniforme caractérisé par une densité de flux
donnée par la règle du « bonhomme d’Ampère » ou par la « règle
de la main droite ». La densité de flux magnétique ou induction magnétique uniforme b (t ) définie par l’expression complexe :
magnétique b est donnée par b = µ h , le coefficient de propor-  ( t ) = B 0 exp ( j ω t )
tionnalité µ étant la perméabilité magnétique du milieu ; en espace
libre ou dans le vide µ = µ0 = 4π · 10–7 H/m. Le courant i et le flux
d’induction magnétique ϕ qu’il engendre sont reliés par l’expression

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La tension  N ( t ) qui est induite dans cette boucle est : Inversement, pour représenter l’action du circuit ➁ sur le circuit ➀,
un coefficient M21 peut être défini et une tension v N1 (t ) peut être
d

 N ( t ) = --------
dt A
b ⋅ n ds
introduite dans le circuit ➀ pour représenter l’effet du courant i 2 dans
ce circuit ; on montre (théorème de réciprocité) que : M12 = M21 = M.
Il s’ensuit que :
d
= – -------- [ B 0 exp ( j ω t ) cos ( θ )A ]
dt v N2 v N1
M = ------------------- = --------------------
= j ω B 0 A cos ( θ ) exp ( j ω t ) di 1 / dt di 2 / dt

θ étant l’angle formé par les vecteurs b et n . L’inductance mutuelle M est fonction de la géométrie des boucles
où circulent les courants et de la perméabilité du milieu qui les
Cette expression de la tension induite  N ( t ) montre que l’ampli- environne. M est positif ou négatif suivant que les flux qui résultent
tude d’un couplage magnétique peut être réduite de trois manières de l’inductance propre et de l’inductance mutuelle sont de même
différentes : sens ou de sens contraire. En analyse de circuits électriques, pour
— en diminuant l’aire de la boucle victime A, ce qui peut être préciser le signe de M, on représente un point à côté de l’une des
réalisé en rapprochant l’un de l’autre les fils d’aller et de retour de extrémités de chaque inductance ; si les courants qui circulent dans
la ligne, ou mieux en les torsadant ; les deux boucles pénètrent dans les inductances par l’extrémité qui
— en agissant sur le terme cos θ, c’est-à-dire en orientant est repérée par le point, le coefficient M est considéré positif, il est
convenablement le plan de la boucle par rapport à la direction de négatif dans le cas contraire.
la densité de flux magnétique b (t ) ;
— en diminuant la valeur de B0 , c’est-à-dire en éloignant l’une 9.3.2 Couplage magnétique entre deux lignes simples
de l’autre la boucle victime et la source de bruit qui génère B0 ou
en plaçant un blindage magnétique entre elles.
La figure 26a représente le couplage magnétique entre deux
Les couplages magnétiques peuvent aussi s’analyser en utilisant lignes simples. En régime sinusoïdal permanent, conformément aux
la notion d’inductance mutuelle. Lorsqu’un courant électrique i 1 notations de la figure 26b, le comportement du système peut être
traverse un circuit, il engendre un flux d’induction ϕ1 ; si ϕ12 représenté par la paire d’équations suivante :
représente la fraction de ce flux qui est embrassée par un
deuxième circuit, par définition l’inductance mutuelle M12 est égale V S1 = ( R S1 + R 1 ) I 1 + jL 1 ω I 1 + jM ω I 2
à:
ϕ 12 0 = ( R S2 + R 2 ) I 2 + jL 2 ω I 2 + jM ω I 1
M 12 = ----------
i1

La tension v N2 (t ) induite dans ce deuxième circuit, par le


courant i1 , est :
d ϕ 12 di 1
v N2 ( t ) = -------------- = M 12 ----------
dt dt
soit, en régime sinusoïdal permanent :
V N2 ( j ω ) = jM 12 ω I 1

Figure 24 – Courant électrique et lignes de flux magnétiques


associées

Figure 25 – Tension induite dans une maille : loi de Faraday

Figure 26 – Couplage magnétique entre fils de lignes simples

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Il s’ensuit que la fonction de transfert représentative du couplage


est :
M
j -------- ω
I2 R2
-------- = – -----------------------------
I1 L2
1 + j -------- ω
R2

où R2 = RS2 + R 2 .
Les variations du module de cette fonction de transfert en fonc-
tion de la pulsation sont représentées sur la figure 26c.
Notons que l’expression de la fonction de transfert du couplage
magnétique entre deux lignes simples est de la même forme que
le couplage capacitif entre ces lignes. Cependant, à la différence du
couplage capacitif, où les perturbations en tension qui apparaissent
aux bornes des impédances terminales RS2 et R 2 sont de même
polarité, dans le couplage magnétique, comme on peut s’en rendre
compte en considérant la figure 25, les perturbations en tension aux
bornes de ces impédances sont de polarité opposée. Cette particu-
larité peut être utilisée pour distinguer un couplage capacitif d’un
couplage magnétique.
Dans l’analyse que nous venons de présenter, nous avons ignoré
le couplage capacitif ; or le couplage capacitif existe puisque la ligne
perturbatrice est au potentiel V S1 . On peut obtenir en basse
fréquence le couplage global, en superposant les effets des
couplages capacitifs et magnétiques considérés isolément ;
C. Paul [2] a étudié les conditions de validité d’une telle approche.

9.3.3 Couplage magnétique dans un conducteur


blindé

Un procédé classique pour réduire les couplages entre lignes de


transmission consiste à placer, autour de l’une des lignes, une
enveloppe en matériau conducteur. Cette enveloppe, ou gaine
conductrice, constitue un blindage électrique lorsque l’une de ses Figure 27 – Couplage magnétique avec un câble blindé
extrémités est reliée à la masse (cage de Faraday). Dans le cas où
la source et la charge sont réunies toutes les deux à la masse, cette
gaine en matériau conducteur, non ferromagnétique, peut aussi agir
l’inductance mutuelle entre les deux mailles définies par le blindage
sur les couplages magnétiques à condition d’être réunie à la masse
et son conducteur interne est égale à l’inductance du blindage [1] :
à ses deux extrémités. La figure 27 représente une telle situation.
L’efficacité d’un tel blindage dépend du trajet de retour du courant. M = LS
En effet, une fois que le courant a traversé la charge, il peut revenir La différence qui existe entre une liaison par câble blindé et une
à sa source en passant soit par la gaine de blindage, soit par le plan liaison bifilaire ordinaire, ou à fils torsadés, ou par câble en ruban,
de masse. Pour effectuer l’étude de ce couplage, on a besoin de c’est que pour ces dernières M ≠ LS ; en d’autres termes, pour ces
connaître le schéma équivalent d’une telle interconnexion. liaisons le couplage M entre les inductances du conducteur d’aller
L’interconnexion, à l’aide de deux conducteurs d’une source et et celles du conducteur de retour est différent de la valeur de l’induc-
d’une charge qui sont mises à la masse chacune de leur côté, définit tance LS du conducteur de retour.
deux mailles. La première est constituée par le conducteur d’aller Avec M = LS , l’analyse du circuit représenté sur la figure 27b,
et le plan de masse, la deuxième par le conducteur de retour et le identique au point de vue configuration à celui de la figure 26b,
plan de masse. Chacune de ces mailles est caractérisée par une conduit à :
inductance propre ; soit respectivement L i et LS leurs valeurs. Ces
deux inductances propres sont couplées par une inductance LS
1 + j --------- ω
mutuelle M puisque les lignes de flux magnétique engendrées par IS RG RG
le courant qui circule dans une maille traversent plus ou moins --------- = ----------------------- -------------------------------------------
I1 RG + RS LS
l’autre. Ainsi, le modèle équivalent à une interconnexion entre une 1 + j ----------------------- ω
source et une charge qui sont mises à la masse chacune de leur côté RG + RS
se présente sous la forme de la figure 27b. La répartition du courant
Les variations du module de cette fonction de transfert sont
de retour entre ces deux chemins va être contrôlée par un couplage
représentées sur la figure 27c. On constate qu’en basse fréquence
magnétique.
le courant de retour se repartit suivant les valeurs relatives des résis-
Une propriété remarquable caractérise les interconnexions tances du plan de masse RG et de la gaine de blindage RS et surtout
effectuées avec un câble blindé lorsque le blindage de celui-ci est qu’au-delà de la pulsation (RG + RS) / LS la totalité du courant de
mis à la masse des deux côtés. À condition qu’il n’y ait aucun champ retour passe par le blindage. Il s’ensuit qu’en haute fréquence l’aire
magnétique à l’intérieur du blindage (ce qui est le cas lorsque la A de la maille de transmission du signal étant minimale, les pro-
densité du courant électrique dans le blindage supposé cylindrique blèmes de susceptibilité ou d’émission qui lui sont relatifs seront
est homogène), toutes les lignes de flux magnétique créées par le minimaux : l’efficacité du câble blindé est alors maximale. La fré-
courant qui circule dans le blindage sont embrassées par la boucle quence angulaire RS /LS , appelée fréquence de cassure du câble
définie par le conducteur intérieur et la masse. Il s’ensuit que blindé, est une caractéristique importante d’un câble blindé,

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puisqu’au-dessous de celle-ci, du point de vue blindage magnétique,


le câble blindé commence à perdre de son efficacité (pour le câble
blindé RG22B/U, cette fréquence est de l’ordre de 100 kHz). Cette
analyse montre, en outre, pourquoi les phénomènes de couplage
magnétique sont particulièrement difficiles à résoudre en basse fré-
quence. En effet, en basse fréquence, le courant de retour revenant
à sa source en passant essentiellement par la masse, une maille de
grande surface le concerne ; les phénomènes magnétiques (ϕ = bS ),
qui sont proportionnels à la surface, prennent une grande ampleur
et, comme on n’est généralement pas maître de la valeur de cette
surface, il est difficile de les réduire. Remarquons que la surface de
cette boucle peut atteindre des valeurs considérables lorsque celle-ci
est déterminée par des connexions de mise à la terre (figure 21c ).
La validité de cette analyse (M = LS ) repose sur le fait que la densité
de courant dans la gaine cylindrique est uniforme. Or, au fur et à
mesure que la fréquence s’élève, le courant tend à se concentrer sur
la surface extérieure du conducteur de blindage : phénomène d’effet
de peau. Notre analyse n’est donc valable qu’en basse fréquence :
f < quelques mégahertz. Au-delà (quelques mégahertz < f < quel-
ques dizaines de mégahertz), il faut introduire la notion d’impédance
de transfert d’un câble blindé [5] ; on montre qu’en basse fréquence
l’impédance de transfert d’un câble blindé est égale à la résistance
RS de son blindage.

9.4 Couplage par boucle de masse

Ainsi que nous l’avons vu (figure 11 p. 8 et § 5.3) une boucle de


masse est créée lorsque deux systèmes interconnectés sont mis à
la masse, chacun de leur côté. Un couplage par boucle de masse
se traduit par l’apparition d’une différence de potentiel entre les réfé-
rences de potentiel de ces deux systèmes. Une telle différence de
potentiel peut résulter soit de la circulation dans le plan de masse
d’un courant iG , externe aux deux systèmes, soit de la présence d’un
champ magnétique externe traversant la boucle de masse. Dans le
premier cas, la circulation du courant iG à travers la résistance RG
de la masse crée une différence de potentiel vG = RG i G ; dans le
deuxième cas, le champ d’induction  ( t ) = B0 exp (jωt ) entraîne,
d’après la loi de Faraday, l’apparition d’une tension induite vG
d’amplitude complexe V G = jωB0 A cos θ, A désignant la surface de
la boucle. La figure 28a représente le circuit équivalent d’une boucle Figure 28 – Couplage par boucle de masse
de masse. La tension v2 qui est indiquée sur cette figure est censée
représenter la contribution de la source de bruit vG à la tension glo-
bale qui apparaît aux bornes de la résistance d’entrée R 2 du la boucle à l’aide d’un transformateur d’isolation ou d’un coupleur
deuxième système. photoélectronique, l’utilisation d’inductances de choc pour signaux
Lorsque l’interconnexion entre les deux systèmes est effectuée par de mode commun (balun ).
un câble blindé (M = LS ) et que la résistance d’entrée R2 du deuxième Au vu de la figure 28a, ou de la relation précédente, il semble qu’il
système est suffisamment grande pour qu’on puisse négliger le n’y ait pas de différences entre les couplages par boucle de masse
courant qu’il consomme, on a : causés par les courants de masse et ceux résultants de champs
magnétiques extérieurs variables dans le temps. Les différences
V = V G – jM ω I S apparaissent lorsque dans la relation précédente on remplace V G
par ses deux expressions. On obtient alors :
VG
I S = ---------------------------- V RG
R S + jL S ω
--------2- = ----------------------------
IG LS
On en déduit l’expression de la transmittance : 1 + j ω ---------
RS
V2 1 V
---------
- = ---------------------------- j ω A cos θ
VG LS -------2- = ----------------------------
1 + j ω -------- - B0 LS
RS 1 + j ω ---------
RS
On constate qu’en deçà de sa fréquence de cassure un câble blindé Les figures 28b et c représentent graphiquement les variations
n’offre aucune protection contre les couplages par boucle de masse. respectives des modules de ces deux fonctions de transfert en
La source parasite vG qui apparaît dans un couplage par boucle fonction de la fréquence angulaire. Outre les méthodes générales
de masse étant un signal parasite de mode commun, les méthodes d’action, qui permettent de réduire l’influence des signaux de mode
qui permettent de combattre les couplages de ce type relèvent des commun, les expressions précédentes indiquent des moyens
méthodes générales de lutte contre les signaux parasites de mode spécifiques pour lutter contre les couplages par boucle de masse
commun ; à savoir : l’utilisation de récepteur à structure différen- en fonction de la cause qui est à leur origine. S’il s’agit d’un couplage
tielle, l’utilisation de ligne de transmission équilibrée, l’ouverture de par boucle de masse ayant pour origine un courant de masse, on

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doit chercher à diminuer RG ; par contre, s’il s’agit d’un couplage


par champ magnétique, on doit chercher à réduire A ou modifier θ ; — la direction de propagation p de l’onde est parallèle à l’axe Oy
évidemment, diminuer R G pour réduire un couplage par boucle de i
et la composante H est parallèle à l’axe Oz (incidence ➀) ;
masse d’origine magnétique reste sans effets, de même que
modifier A ou θ dans le cas d’un couplage par courant de masse. — la direction de propagation p de l’onde est parallèle à l’axe Oz
Il faut donc identifier la cause. i
et la composante H est parallèle à l’axe Oy (incidence ➁) ;
i
— la direction de propagation p et E forment un plan parallèle
9.5 Couplage entre une onde au plan xOz (incidence ➂).
électromagnétique plane et uniforme Afin d’illustrer ce genre de couplage dont l’étude détaillée sort du
et une ligne de transmission cadre de cet article, nous avons représenté, sur la figure 30, le
courant I (  ) qui circule à l’extrémité ( z =  ) d’une ligne de 1 m de
longueur, adaptée à ses deux extrémités, lorsqu’elle est illuminée
Pour aborder l’étude des phénomènes de propagation des sous une incidence du type ➁, l’impédance caractéristique Z C de la
ondes EM, on utilise généralement une onde EM plane et uniforme. ligne étant égale à 635 Ω. Les résultats représentés sur cette figure
ont été obtenus avec le logiciel TDAS-EMC de Matra-Marconi Espace.
Plane signifie qu’en tout point de l’espace les vecteurs champ
électrique et champ magnétique sont situés dans un même plan, Pour plus de détails sur ce type particulier de couplage, le lecteur
et qu’en deux points quelconques ces deux plans sont parallèles. peut se reporter aux ouvrages référencés [5] [8].
Uniforme signifie que, dans un même plan, les champs E et H sont
indépendants de la position du point considéré.
L’étude de l’action d’une onde EM sur une ligne de transmission
dont les dimensions ne sont pas négligeables par rapport à la
longueur d’onde nécessite d’avoir recours aux équations de
Maxwell. En régime sinusoïdal permanent, le système d’équations
décrivant le comportement d’une ligne de transmission « illuminée »
par une onde électromagnétique plane et uniforme se présente sous
des formes différentes suivant la signification physique des courants
et tensions que ces équations utilisent. En désignant par V S la
tension entre fils de ligne qui correspond au champ électrique E S
diffracté par la ligne et par I le courant de mode différentiel, le
comportement d’une ligne aérienne unifilaire, parallèle à un plan de
masse idéal, peut être représenté, conformément aux notations de
la figure 29, par la paire d’équations suivante [5] [8] :

∂ V S(z ) i
----------------------- + Z I ( z ) = E z ( h, z )
∂z
∂ I (z )
------------------ + Y V S ( z ) = 0
∂z
Figure 29 – Illumination d’une ligne de transmission
E i est le champ électrique incident, c’est-à-dire celui qui existe- par une onde EM plane
rait en l’absence de la ligne, mais qui prend en compte les
réflexions provoquées par le plan de masse, le champ électrique
total étant composé du champ électrique incident E i et du champ
électrique diffracté E S par la ligne. Les conditions aux limites qui
sont associées à cette paire d’équations sont :


h
i
V S(0) = – Z 1 I (0) + E x ( x, 0 ) d x
0


h
i
V S() = Z 2 I () + E x ( x,  ) d x
0

La particularité de ce système d’équations c’est que la composante


magnétique du champ électromagnétique n’apparaît pas de manière
explicite ; son influence a néanmoins été prise en compte lors de
l’établissement de ces équations. Il s’ensuit que, dans les cas
d’incidence où il n’y a pas de composante en z du champ électrique
(incidences ➀ et ➁ de la figure 29), le comportement d’une ligne
plane, illuminée par une onde électromagnétique plane, peut être
décrit, sans aucune hypothèse restrictive, par un système
d’équations homogène, les caractéristiques du champ EM
n’intervenant que dans les conditions aux limites, et uniquement par Figure 30 – Courant à l’extrémité d’une ligne de 1 m de long,
les valeurs de la composante E x aux extrémités : E x ( x, 0 ) excitée par la composante E x
i

et E x ( x,  ) .
Ainsi, l’étude du couplage entre une onde électromagnétique
plane et une ligne de transmission plane se ramène à l’étude de trois
cas d’incidence fondamentaux qui sont les cas où :

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10. Annexe : inductances et (0)

capacités linéiques de lignes


de transmission simples

2π ε 0 ε r 2h π ε0 εr D
C ( F / m ) = ------------------- pour --------- >> 1 C ( F / m ) = ---------------------- pour ------ >> 1
 
4h d
 
2D d
ln ------- ln ----------
d d

µ0 µr µ0 µr
   
4h 2D
L ( H / m ) = -------------- ln ------- L ( H / m ) = -------------- ln ----------
2π d π d


2h 2
π ε 0 ε r ln 1 + ---------  D 4h
C 12 ( F / m ) = ----------------------------------------------------------
- pour --------- >> 1
4h 2 d
 
ln -------
d

µ0 µr 2h
 
2
M ( H / m ) = -------------- ln 1 + ---------
4π D
1
ε 0 = ------------- 10 –9 F / m = 8,8 pF / m
36 π
µ 0 = 4π10 –7 H / m

Pour plus d’information sur des formules de résistances,


inductances et capacités élémentaires de lignes de transmission, le
lecteur peut consulter la référence bibliographique [9], ainsi que
l’article Réseaux électriques linéaires à constantes réparties [D 1 100]
du traité Génie électrique.

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P
O
U
Compatibilité électromagnétique R
Introduction E
N

par Francis CHAUVET


Professeur d’Université
S
Institut Universitaire de Technologie de Toulouse et Laboratoire d’Automatique
et d’Analyse des Systèmes (LAAS) du CNRS A
V
O
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m a g n e t i c fi e l d s t o t r a n s m i s s i o n l i n e s
(Couplage des champs électromagnétiques
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numéros spéciaux sur la CEM : no 10, nov. 1991 et
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n 11, déc. 1991. S
2e édition, 142 p., ICT/DWCI-Holland (1987). Actes de symposium
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depuis 1979 (au moins).
9 - 1993
Doc. E 3 750

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est strictement interdite. − © Techniques de l’Ingénieur, traité Électronique Doc. E 3 750 − 1
P COMPATIBILITÉ ÉLECTROMAGNÉTIQUE ____________________________________________________________________________________________________
O
U Normalisation
R Liste des normes Européennes en matière de CEM
(d’après [10])
(0)

Norme IEC
E Norme européenne

prEN 50081-1 (1)


Nature

Norme générique : équipements en zone résidentielle, commerciale et industrie légère


équivalente

Aucune

N prEN 50081-2
EN 55011
Norme générique : équipement en zone industrielle
Appareils industriels, scientifiques et médicaux à fréquence radioélectrique
Aucune
CISPR 11
EN 55013 Récepteurs de radiodiffusion et des appareils associés CISPR 13
Émission EN 55014 Appareils électrodomestiques, outils portatifs et appareils similaires CISPR 14
S EN 55015
EN 55022
Lampes à fluorescence et luminaires
Appareils de traitement de l’information
CISPR 15
CISPR 22
A EN 60555 Perturbations produites dans les réseaux d’alimentation par les appareils électrodomestiques
et analogues
CEI 555

V prEN 50082-1
prEN 50082-2
Norme générique : équipements en zone résidentielle, commerciale et industrie légère
Norme générique : équipement en zone industrielle
Aucune
Aucune

O Immunité
EN 55020
prEN 55101-2
Récepteurs de radiodiffusion et des appareils associés
Appareils de traitement de l’information : décharges électrostatiques (DES)
CISPR 20
Aucune

I prEN 55101-3
prEN 55101-4
Appareils de traitement de l’information : champ radioélectrique rayonné
Appareils de traitement de l’information : transitoires électriques rapides en salves
Aucune
Aucune

R (1)
HD 481 (2)
prEN : désignation provisoire.
Processus industriels, mesure et équipement de commande CEI 801

(2) Pas encore de numéro, en cours d’harmonisation.


On peut se procurer le catalogue et les textes des Normes Nationales Civiles Françaises auprès de l’Union Technique de l’Électricité (UTE).

P
L Constructeurs. Fournisseurs
Rogers Corporation. Circuit Components Division.

U Matra-Marconi Espace. Logiciel TDAS-EMC (Test Data Analysis System


for EMC) : logiciel d’ingénierie système pour la CEM : gestion de données
et simulation.
S
Organismes
CEI Commission Électrotechnique Internationale.
CENELEC Comité Européen de Normalisation en Électrotechnique.
CISPR Comité International Spécial des Perturbations Radioélectriques.
FCC Federal Communication Commission.
UTE Union Technique de l’Électricité.

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