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Les Gorilles : Mythes et Réalités

Ce document décrit les gorilles, leur histoire et leur classification. Il présente les différentes espèces de gorilles et détaille leur anatomie et leurs dimensions. Leur systématique reste toutefois incertaine et pose encore des questions aux scientifiques.

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Les Gorilles : Mythes et Réalités

Ce document décrit les gorilles, leur histoire et leur classification. Il présente les différentes espèces de gorilles et détaille leur anatomie et leurs dimensions. Leur systématique reste toutefois incertaine et pose encore des questions aux scientifiques.

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LES GORILLES

par

L. LAVAUDEN
Conservateur des Eaux et Forêts
C'hnr�de mission en Afrique centrale

1 E Gorille a toujours causé une émo­ vivaient avec elles. Du resle, mor­
� tion profonde, et a été l'objet de dan t et grif fant sans relâche, ces soi­
bien des légendes. Tour à tour mons­ disant femmes s auvages ne purent .

tre féroce ou patriarche débonnaire, être conservées vivantes. On fui.


les tra it és d'histoire naturelle, les obligé de les tuer, et leurs peaux fu­
livres de voyage les plus connus, les rent accrochées pendant trois siècles,
rapports officiels, même, émettent à dit o n, dans un des temples de Car­
-

son sujet les opinions les plus incer­ thage. Qu'avait exactement v u Han­
taines, et parfois les plus contradic­ non ? S'agissait-il bien de Gorilles '!
toires. La grande presse illustrée s'est On n'en est pas très sûr. Le regre t. tt�
intéressée à cet animal, et a publié Maurice Delafosse a fait remarquer
des documentaires du plus haut inté­ que, dans certains dialectes de l'Afri­
rêt, mais aussi, regrettons-le, des que occidentale, gori'i se traduirait
récits fantaisistes et des anecdotes encore, littéralement, par : ce sont
invraisemblables. des hommes. Hannon, d'ailleurs, ne
Qu'il soit permis à un na turaliste, parait pas avoir dépassé le gol fe cfo
qui a vu et observé le Gorille en li­ Guinée, vers le Sud. Et il est vrai­
berté, dans son propre domaine, de semblable que la montagne, nommi·P
rétablir la vérité. Celle-ci, comme par lui le Char des Dieux, et qui mar­
t o ujours en matière d'histoire natu­ qua Je terme de son voyage, n'est.
relle, est assez belle et assez passion­ autre que le mo nt Cameroun. Dans
nante pour n'avoir pas besoin d'orne­ ces conditions, il est évidemment pos­
ment'\. sible qu'il ait re n c o nt r é des Gorill1�s :
mais il est plus probable IJU'il s'[Link].
de Chimpanzés.
La nuit s e fait pendant deux millP
Le m o t Gorille nous v i en t directe­ ans, sur les grands singes de l' Afriq111·
ment de l'an t iquit é. Hannon, l'ami­ équatoriale. En 1625, se u lem ent, <lm1x
ral carthaginois, avait, au cours de voyageurs, Batte) et Jobson, parlent.
son fameux périple, rencontré des d'un grand singe qu'ils nomment.
femmes sauvages, velues, qu'il avait, Pongo. On ne sait trop s'il s'agit. du
d'après ses interprètes, nommées go­ Gorille ou du Chimpanzé. Buffon,
rillas. Il ne put capturer aucun des comme cela lui arrive parfois, a em­
mâles, bien moins nombreux, qui brouillé complètement. la question,
>

-
.

>

Croqui� de l'a11te1tr d'nprh nature.


Gorille attaquant (I\:iou, Congo belge).
LES GORILLES 397

en mélangeant les sources d'infor­ rilles de l'Ouest du Congo, qui des­


mations les plus diverses. Il semble cendent jusqu'à Sibiti (4o S.) et
toutefois que l'homme des bois, ap­ remontent jusqu'à Yaoundé (Came­
pelé l' 1 ngénu par divers auteurs du roun) à 4° N. A l'intérieur, on les
xvme siècle, doive cette dénomina­ rencontre jus11ue dans la régio n
tion à une corruption d'Engé-ena, d'Ouesso.
transcription ancienne du nom que
donnent au Gorille les nègres du
Gabon, et dont certains naturalistes
modernes ont fait gina, qui fut quel­
que temps le nom spécifique du
Gorille de l'Ouest.
C'est seulement en 1847 qu'un
missionnaire anglais, le Dr Savage,
examinant des crânes recueillis par
les indigènes du Gabon, diagnostiqua
une nouvelle espèce de singe, qu'Owen
décrivit sous le nom de Troglodytes
yorilla. Quelques années après, en
1852, un médecin de marine, le
Dr Franquet, envoya au Muséum
d'Histoire naturelle, à Paris, un su­
perbe mâle, conservé tout entier
dans un tonneau de tafia. Ce spéci­
men fut étudié par Isidore Geoffroy­
Saint-Hilaire, qui reconnut qu'on de­
vait distinguer génériquement le Go­
rille du Chimpanzé, et lui donna le
nom de Gorilla gina.
Plus tard, un Américain d'origine
française, du Chaillu, qui avait beau­ Cli<hé Mer/il (Yaqutull).

coup voyagé en Afrique équato­ Vieux Gorille mûle.


(G. casta11eicep.Y). Cameroun.
riale, publia sur le Gorille de nom­
breux renseignements, où, malheu­
reusement, la fantaisie et l'imagi­
nation ont une part trop impor­
tante. Y a-l-il plusieurs cspècPs de Go­
Le Gorille, connu d'abord unique­ rilles '?La q uest i o n peut évidem­
ment du Gabon, f ut retrouvé au ment être discutée, suivant le sens
Cameroun par les Allemands, et en­ et la valeur plus ou moins dogma­
fin au Congo belge, jusque dans les tique que chaque naturaliste attache
montagnes des grands lacs, qui ont au mot espèce. l\lais il n'esl pas dou­
été récemment comprises dans le teux qu'il y ait plusieurs formes natu­
Parc national Albert. relles de Gorilles. Les mieux définies
En somme, il habite la plus grande sont le Gorille du Gabon, l!Ui est la
partie de la forêt équatoriale actuelle, forme type (Gorilla gorilla), dont on
sur la rive gauche du Congo. Une peut voir de bons spécimens à l'en­
deuxième zone comprend les Go- trée des galeries de zoologie du �lu-
3�8 LA TERRE ET LA VIE

séum d'Histoire naturelle, à Paris ; aux naturalistes de demain beaucoup


le Gorille du Cameroun (Gorilla cas­ d'énigmes à déchiffrer.
laneiceps) que nous représentons ici, L'anatomie du Gorille est sensi­
et qui porte une tache marron clair blement mieux connue que. sa systé­
sur le sommet de la tête ; enfin le matique. Elle a été étudiée déjà an­
Gorille du Kivu (Gorilla beringei), ciennement, d'après le spécimen du
forme de montagne géante, à longs Dr Franquet, et aussi d'après d'au­
poils noirs, dont on peut voir un tres spécimens amenés vivants, et
excellent représentant au Muséum, morts peu a près leur arrivée en
dans la Galerie du Duc d'Orléans. Europe.
On ne sait trop ce qu'il faut penser Nous dirons simplement ici que le
des Gorilles de l'intérieur du Gabon crâne du vieux mâle porte une crête
(région d'Ouesso), non plus que de occipitale très développée, formant
celui de l'Ituri et du Manyéma, dé­ comme un cimier, lui faisant parfois
crit assez récemment par Schwartz paraître la tête pointue ; que ses crocs
sous le nom de G. rex-pygmaeo­ sont vraiment énormes ; enfin que le
rum. pied du Gorille possède un véritable
Enfin, qu'est exactement l'An­ talon, ce qui lui facilite la station
thropoïde signalé dans l'ouest du debout, dont il use d'ailleurs, fort
Congo belge et qui présenterait des peu, comme nous le verrons tout à
caractères intermédiaires entre le l'heure.
Gorille et le Chimpanzé ? On ne peut, Quelles sont les dimensions maxi­
à cet égard, que se poser la question. ma atteintes par les Gorilles ? La
Les spécimens font encore défaut, taille est, en général, la première
et, en matière d'Anthropoïdes, sur­ chose dont on parle, la première
tout, il faut se garder de juger question que pose un profane. Or, il
autrement que sur pièces. Les An­ faut bien dire qu'en matière de
thropoïdes africains laissent encore Gorilles, la taille - telle qu'on la
c o nço i t p o u r un
homme, - est une
notion purement fac­
tice. Le Gorille, en
effel, ne se lient ja­
mais debout. Tout au
plus se dresse-t-il à
demi, les jambes tou­
jours fléchies. Pour
mesurer sa taille, il
faut qu'il soit mort.
Dans ces conditions,
les jambes en exten­
sion, il peut attein­
dre, du sommet de
la tête au talon, des
dimensions considé­
rables : on a mesuré

Pied d'un Gorille comparé au pied d'un Nègre.


(M. G. Babault) un
D'après une photographie. Gorille de 1 m. 90.
LEt; GORILLES 399

ClicM Mtrfil (Yaountü).


Famille de Gorilles (Cameroun).

On en a mesuré un autre de 2 m. 06. romaine est difficile à transporter ;


Nous avons entendu parler de chiffres et Dieu sait si le sujet à peser est
plus élevés, mais sans aucune préci­ lourd et encombrant 1 Néanmoins,
sion. Ils nous semblent, à dire vrai, des quelques données que l'on pos­
peu probables. sède sur les Gorilles du Kivu, on peut
L'envergure, bras étendus, est véri­ conclure que les plus grands mâles
tablement colossale. Elle peut at­ peuvent atteindre le poids énorme de
teindre 3 mètres ; les bras du Gorille 250 k ilogrammes. La plupart des
sont, du reste, d'une puissance diffi­ Gorilles sont, du reste, dans un état
cile à mesurer : le biceps de certains remarquable d'obésité, chose qui ne
mâles dépasse 0 m. 45. Le regretté plaide guère en faveur de l'état de
Akeley a comparé, dans un de ses nature.
travaux, les mensurations d'un Go­
rille à celles du boxeur Jack Demp­
sey : la comparaison peut faire ré­
fléchir 1 Le tour de poitrine de Demp­ C'est sm· les mœurs du Gorille que
sey était de 1 m. 05. Celui du Gorille l'imagination - noire ou blanche -
d'Akeley était de 1 m. 55. s'est donné libre carrière. Tantôt
Terminons enfin par le poids. La c'est un bras énorme pendant d'un
plupart des Gorilles tués n'ont pas arbre qui enlève et étouffe le voya­
été pesés. Cela se comprend, la chose geur sur un sentier de la forêt ; tan­
étant particulièrement malaisée dans tôt on affirme que le Gorille chasse le
la forêt équatoriale, ou même une Lion de son repaire pour s'en ernpa-
400 LA TERRE ET LA VIE

rer ; tantôt enfin, on lui prête un faire, la 1111iL, des in c ursi ons dans les
goû t particulier pour les fe m me s c ha m p s avoisinant la fo rê t , si ces
noires. Rien de t out cela n'est vrai. champs portent des récoltes suscep­
Le Gorille mâle ne grimpe jamais sur ti bl es de l'intéresser : canne à sucre,
les arbres (sans d ou te à cause de son par ex emple . Il arrive aus si que les
poids énorme) ; le Lion n' h a bite ban ane raies n'aient pas à se trouver
jamais la forêt équatoriale, d'où le bien de s on voisina g e.
Gorille ne sort pas, s'aventurant seu­ Tout e fois , la nourriture principale
lement de temps à autre sur les des Gorilles est cons tituée par les
lisières ; les deux ani maux ne se ren­ j eunes pousses de bambous , et par
contrent donc jamais. Enfin, aucun les C éler is sauvages (Anlhriscus) dont
enlèvement de femmes par les Go­ ils é pluc hent les ti ge s avec gr and
rilles n'a jamais été sérieusement soin. Il est à re marquer qu'ils ne
c o nstat é , et ce ux qui ont Hé allégués touchent jamais aux Peucedam1111,
1! taien t destinés à excuser une fugue qui abondent à côtt� des Céleris, et
ou un enlèvement purement humain. sont, b otani q uemen t, très voisin s de
Ainsi, du reste, en Afri que central e , ceux-ci.
b e a uco up de meurtres sont mis sur Pour atteindre les pousses de bam­
le compte de la Panthèr e. bous qui s'in s è rent entre deux nœuds
L es Gorilles , en principe, v ivent en élevés, les Gorilles courbent , d'une
fam i lle ; un mâle, le chef de la mai­ seule main (des in dig ènes l'ont vu),
son ; une, par foi s deu x, très rarement et b ri s ent sans diff icul t é , des bam­
trois femelles, et qu e l ques j e une s . bous de la grosseur du bras. II faut
Les vieux mâles, comme cela se pro­ avoi r vu ces bambous, pour se rendre
duit chez tous les anima u x , sont co mpt e de la force invraisemblable
soli tair es . Ils p eu vent alors devenir néce ssitée par cette opér a tion , banale
méchants ou qu in t eux ; c'est à ces pour un Gorille adulte. Un homme
s olitaires qu' i l faut attribuer les vi g oureux, en y met tan t les deux bras
meurtres de nèg res isolés, rencontrés et le genou, ne saurai t y parvenir.
par eux. Les victimes sont littérale­ Cette facilité e st tout à fait démons­
ment déchirées en morceaux. trative de la pui ssan c e des Gorilles ;
De s ras semblements i mport ant s de et il faut avouer qu'el le vous laisse
G ori l l es , com prenant parfo is une que lque peu rêveur . ..
vingtaine d'individus, ont été t rès Le Gorille peut vivre de 50 à
authentiquement c on s tat és . On n'est 60 ans. L e s Pygmées, q ui connais­
pas fixé sur la nature ou sur le but de sent pour ainsi dire individuellemr nt
scrnhlablcs réunion s d'animaux qui tous les Gorilles de leurs forêts, sont
n 'ont pas l'habitude de vivre en très affirmatifs sur ce point. Un Go­
troupes. rille mâle n'est véritablement adulte
Le Gorille n'est pas nocturn e. Il qu ' à 20 o u 25 ans.
cherche sa nourriture pen d an t le Le Gorille marche toujours à quatre
jour, et i l dort la nu it, sur un lit de pattes. II s'app u i e en g énéral sur le
feuilles grossièrement rassemblées, dos de la deuxième phalang e des
mais à peine moins bien fait que le lit doigts ; plus rarement pose-t-il ses
<les Pygmées qui habitent les mêmes doigts à plat sur le sol. II lui arri ve
parages. de se dres ser à demi, surgissant ainsi
Tou tefois , bien que le Gorille ne au-dessus du tapis de verdure des
:;oit pas no c tu rne , il lui arr i ve de clairières, pou r voir ce qui se passe
LES GORILLES 401

autour de lui ; il se dresse aussi à


demi quand il est au repos, en famillr,
et qu 'il joue. Son talon, nous l'avons Sur ce sujet aussi, on a raconté bien
vu, lui facilite cette posture . des légendes. La féroci té du Goril le
Le vieux mâle ne grimpe jamais a été ex altée par beaucoup de voya­
sur les arbres. Par contre, on y voi t geurs. Certains coloni au x , qui pren­
fréquemment les femelles et les j eu­ nent volontiers le co ntre-pied. des
nes. Dans ce cas, le mâle reste au pied idées reçues, et qui, ne sortant ja-

Clichi :&Ier/il (YMundé).


Le lit du Gorille.

de l'arb r e , pour protéger sa famille en mais, n'ont pas la moindre idée de la


cas d 'alerte. Mais quels pourraient nature équatori a le, ont transformé le
être les ennemis des Gorilles ? A dire Gorille en un patriarche débonnail'e.
vrai, il n'en a pas. li parait céder le D'autres, au con trair e , out cru inté­
pas à !'Eléphant, nomade, et q ui ne ressant de c o nter des histoil'es terr i ­
séjourne jamais au même end roi t , fiantes. J'ai lu dans un rapporlofficicl
alors que le Gorille est tout à fait que, pour permettre à des tirailleurs
sédentai re. La Panthère semble l'évi­ indi gènes de circuler sur un chemin
ter soigneusement. Dans une ren­ infesté de Gori lles , on avnit dû leur
contre entre Gorilleet Panthère , prescrire de porter leur fusil le canon
l'avantage resterait sans conteste bas, et la crosse en l'air. Les Gorilles
uu premier. Les Serpents venimeux auraient interprété correctement celle
n'abondent guère dans la gran d e pos ture pacifique et celte manifesta­
forêt équatoriale, et il faut un ha­ tion de désarmement ... et ils auraient,
sard pour êt re mordu. En fait, le dès lors, laissé les tirailleurs tran­
Gorille n'a qu'un ennemi : c'est qui l les .
l'homme. Je ne crois pas <1u' i l soit nécessaire
402 LA TERRE ET L\ V JE

'
de réfuter sérieusement de sembl ab les moment où l'on s y attend le moins;
bouffonneries. Les récits des voya­ son a tt a q u e succède à un stade de
geurs sont souvent, malheureuse­ tranquillité, à un silence complet: le
ment , tout aussi erronés. Pour l'un, calme précéd ant la temp ête. D'autre
le Gorille ne peut voir un homme sans part., le Gorille n'a/laque jamais qu'en
se jeter sur lui. descendant. Il
Pour d ' a u t r e s arrive toujours
(la plupart) le par le dessus.
Gorille attaque Il a une grande
debout, p a rf ois r é pugn ance à
appuyé sur un attaquer en ter-
bâton. D'autres, . rain plat ; et il
enfin, l'ont vu n'attaquera ja­
attaquer « en le­ mais en remon­
vant son énorme t ant. Enfin, il
poing». Rien de att e n dra tou­
tout cela n'est jours que son
vrai. adversaire - le
La v ér i té, chasseur bl a nc,
c'est que le Go­ surtout, - soit
rille fuit l'hom­ empêtré dans les
me, et que, pour­ l i a n e s o u le s
suivi, il ne fait branches b asses,
tête et n'atta­ pour e s s a y e r,
que qu'à la der­ passez-moi I'er­
nière extrémité. pression, de lui
Dans les régions tomber d e s s u s
où le Gorille a pendant ce
été s ouve nt temps-là. Et ce
chassé, il de­ n'est pas un
\\'ient particuliè­ mince avantage,
rement défiant. d a ns la f orêt
Dans les forêts équatoriale, où
impénét r ables la densité du
qui d o m i n e n t fourré est sé­
Tchibinda, au rieuse, et où
Cliché Mer/il (Yaound!).
Co ngo belge, l 'o n ne p e ut
nous avons pu Jeune Gorille dans un parasolier.
q u 'à
ava nce r
c h a s ser, toute pattes,
quatre
une journée, un grand mâle de Go­ en passant un b ras après l'autre
rille sans pouvoir le voir. Il se tenait Jans le lacis serré des lianes et des
à cour te distance, et nous l'enten­ branches bas ses.
dîmes plusieurs fois gronder ; mais il On a dit souvent que l ' at t aq u e du
ne se laissa jamais apercevoir. Gorille était précédée, et annoncée
Lorsque le Gorille se décide à atta­ par le t am-tam qu'il fait, en se frap­
quer, il a soin de mettre tous les pant la poitrine. Ce n'est pas t ou­
avantages de son côté : surprise, ter­ jours exact. Il est.. certain que ce tam­
rain, milieu. Il attaque en général au tam, qui produit un son assez reten-
LES GORILLES 403

lissant, c o rresp on d à une manifesta­ ment, - et man quant l'animal - a


tion de vif mécontentement. Mais le coupé court à une attaque.
Gorille n'atta q ue pas tou j ours quand Mais si le Gorille atta quait à la
il le fait, et il ne le fait pas toujours muelle, et s'il p oss éd ai t la résistance
quand il attaque. de la plus faible des Antilope s, il vau­
Cette at taque est t ou jou rs - fort drait mieux s'abstenir de p énétrer
heureusement - annoncée par ce dans ses domaines, car bien peu re­
qu'on p ourrait appeler le cri de viendrai ent d'une rencontre avec lui.
guerre du Gorille. Cri affreux : mé­ Tel quel, avec son cri d'alerte et sa
l ange de hurlement, de rugissement, faible résistan ce, il res te dé j à suffi­
de gro gn ement ; rau q uement terri­ samment dangereux et suffisamment
fiant, qu'on n'oublie jamais lors­ impressionnant. On ne J'oublie guèr1·
qu'on l'a ent endu une fois, m ai s qui quand on l'a vu. C'est bien , - le
a l ' inappr é c ia ble avanta ge de vous re gret té Bruneau de La b or ie l'a l·eril
avertir et de vous mettre en garde. avant moi - une bête de caul'hc­
Q uan d on l'entend, il faut être pr êt. mar.
Car le Gorille vient tout de suite, à Ce vi la in et t errible animal 1•sl,
quatre pattes, en rasant le sol, et d'ailleurs, justement pro té gé par les
av ec une vitesse pr odigieus e. Un de Gouvernements. L'intérêt scicnlifü.iue
mes noirs a été ainsi at taqué, der­ et peut- être , pour l'avenir, médical,
rière moi, heureusement sans que qui s'att ache à l'espè ce, j us ti fie a m­
l'attaque fût poussée à fond. J 'ai eu plement cette protecti on. L'autorisa­
à peine le temps de me retourner et tion de tuer de vieux mâles p e ut être,
de voir le Gor ille, monstre noir lancé sans in convénients , accordée pour des
à traver s la for êt avec la vites se d'une Musées ou des Institutions sérieuses .
Panthèr e . J'ai eu le t em ps, dis- je, de Cette destruction des vieux mâles
Je voi r ; m ais je n'ai pas eu celui de s erait même, on peut le dire, utile.
tirer. L'allure du Go rille était celle C'est le cas gé n ér al , pour toute la
d'un Ours, bi en plus que celle d'un série ani male, de l'opération connue,
Singe, mais d'un Ours animé d'une p our les Tétras et les Perdrix, s ous le
vitesse extr ao rdi naire , d'un Ours léger, nom d ' Ec o qu cta gc .
si je puis d ire . Du r es te , l'existence ùcs llol·i\I"�
Un r ien s uffit, du reste, à arrê te r le n'est menacée nulle part. EL long­
Gorille. Sa rés istance p hysiolo giq u e t em ps encore, l es natura lis t es c urieux
est faible - tout comme celle de d' étudier le gigan tesque Primate
l'homme. La détonation des armes pou rront aller suivre les traces cl
à feu l'im p ression n e. On cite des cas écouler l'app e l lointain de N'gayui,
où un cou p de fu sil tiré prématur é - le S e i gneur de la Forêt.

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