Géométrie Affine et Projective en Mathématiques
Géométrie Affine et Projective en Mathématiques
4M001
GÉOMÉTRIE AFFINE
ET PROJECTIVE
Patrick Polo
Patrick Polo
Université P. & M. Curie
Institut de Mathématiques de Jussieu (UMR 7586 du CNRS)
URL : [Link]
E-mél : [Link]@[Link]
CHAPITRE 1
(1)
Ceci est le chap. 1 du polycopié 2015-16. En 2016-17, certains numéros ne seront pas traités en
cours, afin de dégager du temps pour parler de l’algèbre extérieure d’un espace vectoriel et, si possible, des
variétés grassmanniennes. Plutôt que de supprimer des numéros, on indiquera en tête (ou fin) de chapitre
les numéros qui n’ont pas été traités. Leur présence dans le polycopié peut donc être considéré comme des
compléments de cours.
Ainsi, les numéros 1.8, 1.9 et 1.12 à 1.15 n’ont pas été traités (mais ils le seront peut-être en TD). Le
numéro 3.4 ne sera pas traité.
1. Actions de groupes
Rappels 1.0. — On rappelle qu’un groupe est un ensemble non vide G muni d’une « loi de
composition » G ⇥ G ! G, (g, h) 7! gh, qui vérifie les trois propriétés suivantes :
(1) (Associativité) Pour tout x, y, z 2 G, (xy)z = x(yz).
(2) (Neutre) Il existe un élément e de G tel que eg = g = ge pour tout g 2 G. Cet élément est
appelé l’élément neutre de G. Il est unique (car si e0 est aussi élément neutre, alors e0 = ee0 = e).
(3) (Inverse) Pour tout g 2 G, il existe un élément g 0 2 G tel que gg 0 = e = g 0 g. Cet élément
est appelé l’inverse de g et est noté g 1 . Il est unique, car si h est un autre inverse, alors h =
h(gg 0 ) = (hg)g 0 = g 0 .
Si de plus la loi de composition vérifie gh = hg pour tout g, h 2 G, on dit que G est un groupe
commutatif ou abélien. Dans ce cas, la loi est souvent notée + et le neutre est noté 0. Par exemple,
(Z, +) est un groupe abélien, de même que (Z/nZ, +).
qui est un 3-cycle et est notée (123). Mais (23)(12) est le 3-cycle (132), égal à c 1.
(1)
Version du 4 octobre 2016 : une coquille corrigée dans la démo de 7.2.
2 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
(3)
Mais attention, en anglais gH est un right coset.
(4)
En anglais normal.
(5)
Faisant varier h, ceci donne gHg 1 ⇢ H. Appliquant ceci à g 1
on a aussi g 1
Hg ⇢ H d’où H =
g(g 1 Hg)g 1 ⇢ gHg 1 , d’où gHg 1 = H.
1. ACTIONS DE GROUPES 5
Exemple 1.11. — Dans R3 muni du produit scalaire standard, soit C le cube de centre 0 dont
les sommets sont les huits points (±1, ±1, ±1) et soit G le groupe des isométries directes(7) de R3
qui laissent C stable. Soit I le centre de la face supérieure, i.e. I = (0, 0, 1) et soit H le stabilisateur
de I dans G. On voit que H est le groupe isomorphe à Z/4Z engendré par la rotation d’axe orienté
par e3 et d’angle ⇡/4.
D’autre part, on se convainc facilement que la G-orbite de I est formée des centres des six faces
de C, donc est de cardinal 6. D’après le point (i) de la proposition précédente, on en déduit que
|G| = 24.
Proposition 1.12 (Formule des classes). — Soit G un groupe fini opérant sur un en-
semble fini X et soit x1 , . . . , xn un système de représentants des orbites. Pour tout i, notons
P |G|
Gi le stabilisateur dans G de xi . Alors |X| = ni=1 .
|Gi |
P
Démonstration. — X est la réunion disjointe des orbites Oi donc |X| = ni=1 |Oi |. D’autre
part, pour tout i on a |Oi | = |G|/|Gi |.
Donnons deux applications (disons en vue de l’Agrégation). Soit p un nombre premier.
Rappel. — Soient G un groupe et g 2 G. On dit que g est d’ordre fini s’il existe un entier n > 0
tel que g n = e ; dans ce cas, notant d le plus petit tel entier, on dit que G est d’ordre d. Alors,
tout n > 0 tel que g n = e est un multiple de d : en e↵et, par division euclidienne on a n = dq + r
avec 0 r < d, d’où e = g n = g dq g r = g r et comme r < d ceci entraı̂ne r = 0. Par conséquent, si
p est un nombre premier et si g p = e alors g = e ou bien g est d’ordre p.
et comme p divise |G| il divise aussi |X| et donc m. Or m > 0 car x0 = (e, . . . , e) est un
point fixe. Donc m est un multiple non nul de p, donc il existe au moins p 1 points fixes
distincts de x0 .
Définitions 1.14. — 1) Le centre Z(G) d’un groupe G est l’ensemble des éléments de G qui
commutent à tout les autres, i.e.
Z(G) = {z 2 G | 8g 2 G, zg = gz}.
On vérifie facilement que c’est un sous-groupe distingué de G (exercice).
2) Un p-groupe fini est un groupe fini dont le cardinal est une puissance de p.
De plus, chaque Gi est un sous-groupe de G distinct de G donc de cardinal pmi avec 0 mi < n,
donc pN /|Gi | = pn mi est divisible par p.
Donc, d’après (†), |Z(G)| est divisible par p, donc Z(G) est non trivial (i.e. n’est pas égal à
{e}).
Terminons cette section avec les produits semi-directs de groupes. Même si cette notion ne
figure plus explicitement au programme de l’Agrégation, elle est utile pour décrire la structure de certains
groupes, dont le groupe affine et celui des homothéties-translations (voir plus loin) et le groupe symétrique
S4 (en lien avec le birapport).
(8)
Gi s’appelle le centralisateur de xi et se note CG (xi ).
(9)
Tout h 2 H s’écrit aussi de façon unique gn0 , avec g 2 G et n0 2 N , puisque ng = g(g 1
ng).
(10)
On laisse au lecteur le soin de vérifier que ceci est bien une loi de groupe.
8 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
Dans le cas particulier où l’action de G sur N est triviale (11) le groupe obtenu est noté
N ⇥ G et appelé le produit direct de N et G : c’est l’ensemble produit N ⇥ G muni de la
loi de groupe (n, g) · (n0 , g 0 ) = (nn0 , gg 0 ).
(3) Dans la situation de (1), lorsque N et G sont des sous-groupes d’un groupe H dans
lequel N est distingué, l’action ' est la conjugaison : '(g)(n) = gng 1 . En fait, la situation
(2) n’est pas plus générale que (1), car posant H = N o' G et notant eN (resp. eG ) l’élément
neutre de N (resp. G), le groupe N (resp. G) s’identifie au sous-groupe {(n, eG ) | n 2 N }
(resp. {(eN , g) | g 2 G}) de H, et alors pour tout n 2 N et g 2 G on a :
1
gng = (eN , g)(n, eG )(eN , g 1 ) = (eN , g)(n, g 1 ) = ('(g)(n), eG ) = '(g)(n),
i.e. l’action donnée ' de G sur N devient dans H = N o' G l’action par conjugaison de G
sur le sous-groupe distingué N .
(4) Si H = N o G, alors le groupe quotient H/N est isomorphe à G. (Exercice !)
2. Sous-espaces affines
Commençons par les exemples suivants.
Exemple 2.1 (Droites affines dans R2 ). — Soit u = (u1 , u2 ) 2 R2 un vecteur non nul
et soit A = (x0 , y0 ) un « point » de R2 . La droite affine passant par A et de vecteur directeur
u est
D = {A + tu | t 2 R};
!
c’est l’ensemble des « points » B = (x, y) tels que le vecteur AB = (x x0 , y y0 ) soit
colinéaire à u. Une équation de D est donnée par
x x0 u1
0= = (x x0 )u2 (y y0 )u1 , i.e. u2 x u1 y = u 2 x 0 u1 y 0 .
y y0 u2
Une telle droite affine apparaı̂t par exemple en analyse : si f : I ! R une fonction dérivable,
où I est un intervalle ouvert de R, et si x0 2 I et f (x0 ) = y0 , la tangente au graphe f de
f en x0 (i.e. au point (x0 , y0 )) est la droite affine d’équation y y0 = f 0 (x0 )(x x0 ). Elle
passe par A = (x0 , y0 ) et a pour vecteur directeur le vecteur u = (1, f 0 (x0 )).
Plus généralement, dans un cours de fonctions de plusieurs variables, vous avez peut-être vu
que si F : U ! R est une application di↵érentiable, où U est un ouvert de R2 , si C désigne la
courbe d’équation F (x, y) = 0 et si p = (x0 , y0 ) est un point de C en lequel les dérivées partielles
@F @F
↵= (p) et = (p) ne sont pas toutes les deux nulles, alors la tangente à C en p est la
@x @y
droite affine d’équation
(y y0 ) + ↵(x x0 ) = 0.
Dans le cas précédent, prenant U = I ⇥R et F (x, y) = y f (x), on retrouve comme cas particulier
la tangente à f au point p = (x0 , f (x0 )). Exercice : déterminer la tangente au cercle d’équation
x2 + y 2 = 1 au point p = (1, 0).
(11)
Si G est un groupe et X un ensemble, l’action triviale de G sur X est donnée par g · x = x pour tout
g 2 G et x 2 X.
2. SOUS-ESPACES AFFINES 9
(12)
Pour abréger on écrira souvent « sea » pour « sous-espace affine ».
10 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
Exemple 2.5 (Systèmes linéaires). — Considérons une matrice A 2 Mp,n (k), un vecteur fixé
Y 2 k p et le système linéaire d’inconnue X 2 k n donné par AX = Y (c’est un système linéaire
de p équations à n inconnues, avec second membre Y ). Soit S l’ensemble des solutions de ce
système.
Si S 6= ? (i.e. si Y 2 Im(A)) alors S est un sous-espace affine de k n de direction le sev
Ker(A) (= l’ensemble des solutions du système homogène AX = 0). En e↵et, si X0 est une
solution arbitraire, on sait que S = X0 + Ker(A).
Exemple 2.6 (sea défini par des équations). — Considérons l’exemple « géométri-
que » suivant : soit E un k-ev, soient f1 , . . . , fr des formes linéaires sur E et c1 , . . . , cr 2 k.
On suppose que le sous-ensemble
F = {p 2 E | f1 (p) = c1 , . . . , fr (p) = cr }
est non vide. Alors c’est un sea de E de direction le sev suivant :
r
\
F = {u 2 E | f1 (u) = 0, . . . , fr (u) = 0} = Ker(fi ).
i=1
@
@
@
@
@
(0,1)@@
@
@
@
@
(0,0) (1,0)@@
@ D
@
@
@
Donnons encore un exemple, plus élaboré (Agrég.) Dans ce qui suit, EDL signifie Équation Di↵érentielle
Linéaire.
3. ESPACES AFFINES ET REPÈRES 11
Exemple 2.7 (EDL avec second membre). — Soient I un intervalle ouvert de R, y : I ! R une
fonction continue, et a 2 R. On considère l’EDL avec second membre :
On sait que l’ensemble des solutions de l’équation homogène (i.e. sans second membre) est le R-ev F de
dimension 1 formé des fonctions t 7! eat , pour 2 R. On peut résoudre l’équation (⇤) par la méthode
« de variation de la constante », i.e. on cherche x(t) sous la forme (t)eat ; on obtient alors que
0 0
(t)eat = y(t) i.e. (t) = e at
y(t).
Rt
Fixant un point t0 2 I, on obtient que (t) = c + t0
e as
y(s)ds, avec c 2 R arbitraire. Posant
Z t
x0 (t) = eat e as
y(s)ds
t0
on obtient que l’ensemble des solutions de (⇤) est F = {x0 (t) + ceat | c 2 R} = x0 + F . Notant E le R-ev
des fonctions I ! R de classe C 1 , on voit donc que F est le sea de E de direction F passant par x0 .
!
(2) Pour tout A 2 E , l’application A : E ! E, B 7! AB est bijective.
On notera ! u 7! A + !u la bijection inverse, c.-à-d., pour tout A 2 E et !
u 2 E, A + ! u
! !
désigne l’unique B 2 E tel que AB = u .
(ii) On s’est donné une action à droite E ⇥ E ! E , (A, !u ) 7! A + !
u qui est libre et
transitive.(13)
Vocabulaire : les éléments de E sont appelés « points », ceux de E sont appelés « vecteurs ».
Si E est de dimension finie n, ce que nous supposerons par la suite, on pose dim E = dim E. Si
dim E = 1, resp. 2, on dira que E est une droite affine, resp. un plan affine.
Notation : pour abréger, on dira : « (E , E) est un espace affine ».
(13)
Ici, E est considéré juste comme un groupe abélien.
12 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
Remarque 3.3. — Supposons donnée vérifiant la relation de Chasles. Alors, pour montrer (2), il suffit
de montrer qu’il existe A0 2 E tel que A0 est bijective. En e↵et, supposons que ce soit le cas et soit A
! ! !
un autre point, arbitraire mais fixé. Alors, pour B variant dans E , on a A (B) = AB = A0 B A0 A =
!
A0 (B) u0 , où l’on a posé u0 = A0 A. Ceci montre que A : E ! E est la composée de A0 et de
l’application E ! E, u 7! u u0 . Or cette dernière est bijective, car elle admet comme réciproque
l’application E ! E, v 7! v + u0 . Comme on a supposé A0 bijective, il en résulte que A l’est aussi.
(14)
Avant de donner un exemple non trivial d’espace affine, démontrons l’équivalence entre (i) et (ii).
Elle est formée de « points », chacun d’épaisseur nulle, et si l’on se donne deux points
A, B de D, le segment [A, B] possède une certaine « longueur » AB. Le rapport de deux
longueurs est un nombre réel ; plus précisément, si l’on fixe un segment orienté [O, I],
d’origine O et d’extrémité I 6= O, pris comme « segment unité » alors à tout point B de D
on peut associer le réel " OB/OI, où " = +1 si B est dans la demi-droite fermée de sommet
O contenant I, et " = 1 sinon. On pose les deux axiomes suivants, qui sont conformes à
l’intuition physique de mesure des longueurs.
(14)
Pour alléger l’écriture, un élément arbitraire de E (resp. le vecteur nul) sera noté u (resp. 0) au lieu de
! !
u (resp. 0 ).
(15)
Cet exemple a pour but d’expliquer la raison d’être de la définition 3.1, mais ne prétend pas être de
lecture facile. Le lecteur qui voudra bien accepter 3.1 comme point de départ de la théorie peut en omettre
la lecture.
3. ESPACES AFFINES ET REPÈRES 13
xB xA = xD xC .
Ceci est clairement une relation d’équivalence. De plus, il résulte des formules de chan-
gement de repère données plus haut que cette relation d’équivalence ne dépend pas du
!
choix du repère R0 . La classe d’équivalence du bipoint (A, B) sera notée AB et appelée un
vecteur ; on la représente par une flèche allant de A vers B :
!
AB -
D
A B
! !
Le vecteur AA est noté 0 et appelé vecteur nul. Alors deux vecteurs sont égaux ssi ils
sont tous deux nuls ou bien si les flèches correspondantes ont la même longueur 6= 0 et le
même sens.
!
On voit de plus que pour tout point A et tout vecteur BC, il existe un unique point D
! !
tel que AD = BC : ceci équivaut à la condition xD xA = xC xB (qui, encore une fois,
ne dépend pas du repère R0 ). L’ensemble V des vecteurs est donc en bijection avec D via
!
A 7! OA, et l’on a des applications
! ! ! ! ! ! ! !
R⇥V ! V, ( , OA) 7! ·OA = OA , V ⇥V ! V, (OA, OB) 7! OA+OB = OC,
où A (resp. C) est le point d’abscisse xA (resp. xA + xB ) dans le repère R0 . D’une part,
ceci munit V d’une structure de R-espace vectoriel de dimension 1, engendré par le vecteur
!
OI : la vérification des axiomes découle immédiatement des propriétés de l’addition et la
multiplication dans R. D’autre part, ces applications ne dépendent pas, en fait, du choix
de R0 , donc la structure de R-ev sur V ainsi obtenue est « canonique ».
!
Enfin, il résulte de la construction que l’application D ⇥ D ! V , (A, B) 7! AB vérifie
les conditions (1) et (2) de 3.1 (i). Donc la « droite affine réelle » D est bien un espace affine
de direction V .
(16)
et aussi de sens si t < 0.
14 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
Ayant fait tout ce travail (non trivial !), on voit alors que les axiomes 1 et 2 sont des
conséquences de la structure d’espace affine, et lui sont donc équivalents. Ceci justifie de
définir la droite affine réelle D :
comme un espace affine sous le R-ev V (de dimension 1) des vecteurs « flèches » :
p !
2u !
u- (⇡/2)! u
-
!
0
(À la di↵érence de R, qui possède 1 comme générateur canonique, V n’a pas de générateur canonique.)
De même, en se basant sur l’intuition physique donnée par une feuille de papier ou un
tableau noir, tous deux supposés de largeur et hauteur infinies, on peut définir le « plan
affine réel » en se donnant :
(1) Un ensemble non vide P, formé de points.
(2) Une famille de parties de P, appelées les droites.
(3) Un certain nombre d’axiomes, plusieurs choix étant possibles pour arriver au même
résultat. Par exemple, pour tout triplet (O, I, J) de points non alignés, une bijection entre
P et R2 , ces bijections étant soumises à des conditions de compatibilité comme plus haut.
Ou bien, des axiomes plus géométriques : l’axiome que toute « droite » est une droite affine
réelle, des axiomes d’incidence et un axiome assurant la validité du théorème de Thalès.
Dans ce cas aussi, en partant d’axiomes géométriques suggérés par l’intuition physique, on
arrive à montrer (avec pas mal de travail !) que le plan affine réel P est un espace affine
au sens de 3.1 sous le R-ev (de dimension 2) des vecteurs « flèches » ci-dessous :
! !
v u +!
v
⌘3
⌘
⌘
⌘
⌘
⌘
⌘
⌘
⌘ -!
u
!
0
la somme de deux vecteurs non colinéaires étant définie par la règle du parallélogramme.
Ceci étant obtenu, on voit alors que les axiomes de départ découlent facilement de la
structure affine, donc lui sont équivalents, et que finalement, la définition 3.1 est la plus
commode en pratique.
et (2) est vérifiée car pour tout x fixé dans E, l’application y 7! y x est une bijection de E sur lui-même
(sa réciproque étant l’application u 7! x + u).
b) Pour tout sev F de E et tout p 2 E, on laisse au lecteur le soin de vérifier que le sea
F = p + F défini dans la section 2 est bien un espace affine de direction F . (Ce qui justifie
la terminologie employée dans la section 2.) Ceci est généralisé dans la proposition suivante.
(17) ! ! !
Ceci est une propriété du (n + 1)-uplet lui-même, car pour tout j fixé on a Aj Ai = A0 Ai A0 Aj
! ! !
donc l’espace vectoriel Vect(Aj Ai | i = 0, . . . , n} engendré par les Aj Ai est le même que Vect(A0 Ai | i =
0, . . . , n}.
16 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
! ! !
et comme OM = OO0 + O0 M on obtient
n
! X
X = OM = (ti + yi )ei = T + P X 0
i=1
(18)
qui est le cas où (E 0 , E 0 ) = (E , E) et f est l’identité, mais où les repères R 0 et R peuvent être di↵érents.
4. APPLICATIONS AFFINES : DÉFINITION, EXEMPLES, TH. DE THALÈS 17
Donnons maintenant quelques propriétés générales (et utiles) des applications affines.
1 ! 1
est commutatif, et ceci montre que f est affine de partie linéaire ( f ) (cf. la preuve de
4.1).
(ii) Réciproquement, si f est donnée par la formule ci-dessus, alors f est affine et A est
!
la matrice de f dans les bases B (au départ) et C (à l’arrivée).
0 1 0 1
y1 b01 x1
B .. C ! ! ! B .. C
Démonstration. — (i) En e↵et, on a @ . A = f (O)f (P ) = f (OP ) = A @ . A.
yn b0n xm
0
(ii) Notons : E ! E l’application définie par f (O + u) = f (O) + (u) et notons X,
resp. Z, le vecteur colonne représentant u dans la base B (resp. (u) dans la base C ). La
formule donnée entraı̂ne que Z = AX : ceci montre que est linéaire, donc f est affine et
! !
= f , et que MatC ,B ( f ) = A.
Remarques 4.7. — (1) On dit que deux espaces affines (E , E) et (E 0 , E 0 ) sont isomorphes s’il existe une
!
application affine bijective f : E ! E 0 . Dans ce cas, f est un isomorphisme de E sur E 0 , donc si E est de
dimension finie n, il en est de même de E 0 .
(2) Exercice. Soit (E , E) un espace affine de dimension n et R = (O, B) un repère de E . Montrer que
l’application f : E ! k n , p 7! (x1 , . . . , xn ), où (x1 , . . . , xn ) sont les coordonnées de p dans R, est affine et
bijective.
!
Proposition 4.9. — Soit h : E ! E une application affine telle que h = idE avec
6= 1. Alors h possède un unique point fixe A, et si 6= 0 alors h = h(A, ).
Avant d’introduire d’autres exemples : les projections et, si car(k) 6= 2, les symétries,
démontrons la proposition suivante.
(19)
On dit aussi : « parallèlement à G ».
20 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
!
(ii) Supposons car(k) 6= 2. Alors, pour tout M 2 E , on pose s(M ) = M + 2M p(M ). L’applica-
tion s : M 7! s(M ) est affine, de partie linéaire la symétrie par rapport à F de direction G. On
dit que s est la symétrie par rapport à F de direction G. (19)
p(M )
F
! !
p(M )s(M )=M p(M )
s(M )
Théorème 5.6. — Soient (E , E) un espace affine, GA(E ) son groupe affine et T le sous-
groupe des translations.
(i) L’ensemble G des translations et des homothéties forme un groupe (non commutatif ),
appelé le groupes des homothéties et translations et noté HT(E ).
(ii) T en est un sous-groupe distingué et le quotient HT(E )/T est isomorphe au groupe
des homothéties de E, lui-même isomorphe au groupe multiplicatif k ⇥ .
6. BARYCENTRES 23
Démonstration. — (i), (ii) et (iii) sont laissés en exercice. Prouvons (iv). Soient f 2 GA(E )
et h 2 HT(E ). Si h = tu on sait déjà que f tu f 1 = t! f (u)
. Donc on peut supposer que
h = h(A, ) avec 6= 1. Notant L(·) la partie linéaire, comme L(h) = idE est dans le
centre de GL(E), on a L(f h f 1 ) = L(f ) ( idE ) L(f ) 1 = idE .
Donc, d’après la proposition 4.9, f h f 1 est une homothétie de rapport et de centre
B à déterminer. Or on voit que f (A) est laissé fixe, donc c’est le centre B cherché.
A posteriori (i.e. connaissant le résultat), on peut aussi faire le calcul suivant : pour tout
u 2 E on a
! !
(f h f 1 )(f (A) + u) = (f h) A + ( f ) 1 (u) = f A + ( f ) 1 (u) = f (A) + u
1
et ceci montre que f h f = h(f (A), ).
6. Barycentres
On fixe un k-espace vectoriel E et un espace affine E de direction E.
ce point G ne dépend pas en fait du point O choisi, i.e. pour tout I 2 E , on aura
n
! X !
(⇤) IG = i IAi .
i=1
Ce point G est appelé « barycentre des points pondérés (Ai , i) » et l’on écrira :
G= 1 A1 + ··· + n An .
Remarquons encore qu’en prenant I = G dans (⇤), le point G est caractérisé par l’égalité
Pn ! !
i=1 i GAi = 0 .
(21)
En sous-entendant qu’on remplace chaque i par i /S pour avoir une somme égale à 1.
24 CHAPITRE 1. ACTIONS DE GROUPES, ESPACES ET APPLICATIONS AFFINES
!
Démonstration. — (1) Fixons un point O 2 E et définissons G par l’égalité OG =
Pn ! 0
i=1 i OAi . Alors, pour tout point O on a, d’après la relation de Chasles :
n
X n n n
0
! X 0
! ! X
0
! X ! ! ! !
i O Ai = i (O O + OAi ) = ( i )O O + i OAi = O0 O + OG = O0 G.
i=1 i=1
|i=1
{z } i=1
=1
! P !
Ceci montre que O0 G = ni=1 i O0 Ai pour tout O0 2 E , et G est bien sûr unique, car cette
égalité pour un O0 fixé suffit à déterminer G.
P
(10 ) Posons S = ni=1 i . On voit que (10 ) se ramène au cas (1) en remplaçant chaque
0 0 0 0
i par i = i /S, car alors la somme des i vaut 1 donc G = 1 A1 + · · · + n An est bien
défini et pour tout point O, on a
n n
! X i ! ! X !
OG = OAi i.e. ( 1 + ··· + n ) OG = i OAi .
i=1
S i=1
P !
(2) Fixons un point O 2 E et posons !
u = ni=1 i OAi . Alors, pour tout point O0 on a,
d’après la relation de Chasles :
n
X n n n
! X ! ! X ! X !
0
i O Ai =
0
i (O O + OAi ) = (
0
i )O O + i OAi =!
u.
i=1 i=1
|i=1
{z } i=1
=0
Exemple 6.3 (Médianes d’un triangle). — Par exemple, soient A, B, C trois points
non alignés du plan affine réel et soit G leur isobarycentre, appelé le « centre de gravité
du triangle ABC » ; on a donc :
! ! ! !
(⇤) 0 = GA + GB + GC.
D’autre part, notons A0 le milieu du segment [B, C] et définissons de même B 0 et C 0 . Alors
! ! !
A0 est l’isobarycentre de B et C donc pour tout point P on a 2P A0 = P B + P C. Appliquant
ceci à P = G, on déduit de (⇤) que :
! ! ! !
GA = GB + GC = 2GA0 .
!
Ceci montre que le point G appartient au segment [AA0 ] et que le vecteur GA est deux
!
fois plus long (et de sens contraire) que le vecteur GA0 . On a le même résultat pour [BB 0 ]
et [CC 0 ]. Ceci montre que les médianes du triangle, i.e. les droites (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ),
sont concourantes et que G est situé sur chaque segment [AA0 ], etc. aux deux-tiers de la
longueur, en partant du sommet.
(22)
On dit aussi centre d’inertie, notamment en physique.
6. BARYCENTRES 25
Remarque 6.4. — Dans l’exemple précédent, l’hypothèse que car(k) soit distincte de 2 et 3 est essentielle.
En e↵et, si car(k) = 2 et A 6= B, le milieu du segment [A, B] n’existe pas : il n’existe aucun point M tel
! ! ! ! ! ! !
que M A + M B = 0 car comme 1 + 1 = 0, le vecteur M A + M B est indépendant de M et égale AB 6= 0 .
Si car(k) = 3, les milieux A0 , B 0 , C 0 existent, mais les médianes (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) ne sont pas
concourantes ; en fait elles sont parallèles ! (cf. [Du, 3.8]). En e↵et, prenons A comme origine et les vecteurs
! !
e1 = AB et e2 = AC comme base de E (supposé de dimension 2), de sorte que B et C ont pour coordonnées
(1, 0) et (0, 1). Alors C 0 a pour coordonnées (1/2, 0) = (2, 0) (car 22 ⌘ 1 mod. 3). De même, B 0 et A0 ont
✓ ◆
! 2
pour coordonnées (0, 2) et (2, 2). Tenant compte de l’égalité 1 ⌘ 2 mod. 3, on a donc : AA0 = ,
2
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
! 1 2 ! 2 2
BB 0 = = et CC 00 = = .
2 2 1 2
Remarque 6.5. — Dans l’exemple précédent, on a vu que G est le barycentre de (A, 1) et de (A0 , 2),
où A0 est le milieu de [B, C], i.e. le barycentre de (B, 1) et (C, 1). Ceci est généralisé dans la proposition
suivante, qui facilite dans certains cas le calcul du barycentre.
et ceci montre que f (G) est le barycentre (dans E 0 ) des points pondérés (f (Ai ), i ).
Théorème 7.1 (de Pappus). — (23) Dans un plan affine P, soient D, D 0 deux droites
distinctes et A, B, C (resp. A0 , B 0 , C 0 ) trois points distincts situés sur D (resp. D 0 ) et dis-
tincts de l’éventuel point de concours de D et D 0 . On suppose que (AB 0 ) est parallèle à
(BA0 ) et que (BC 0 ) est parallèle à (CB 0 ). Alors (AC 0 ) est parallèle à (CA0 ).
⇤
⇤
⇤
⇤
C ⇤⇤
⇤
⇤ ⇤
@ ⇤ ⇤
@ B⇤⇤ ⇤
@ ⇤
@ @⇤ ⇤
A@ ⇤@ ⇤
@ ⇤ @ ⇤
@⇤ ⇤ @ ⇤
@ ⇤
⇤@ @ ⇤
D ⇤ @ @ ⇤
⇤
⇤ @
⇤ @ @⇤
⇤ @ ⇤ @
⇤ @ ⇤ @
⇤ @⇤ @
D0 ⇤ 0 ⇤@ 0@
⇤ C ⇤ 0@ A @
⇤ ⇤B
⇤ ⇤ @ @
⇤ ⇤
(23)
Pappus d’Alexandrie, mathématicien grec du IVème siècle (dates approximatives : 290-350).
7. SUPPLÉMENT : THÉORÈMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 27
C C0
@ @
@ @
@ @ 0
B B
A A0
Si (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) se coupent en un point O, le triangle A0 B 0 C 0 est l’image de
ABC par une homothétie de centre O et de rapport , et la figure est di↵érente selon le
signe de :
C0 C0
⌘
⌘ @ @
A
⌘ @ A@
C⌘ @ A @
⌘ C A@ @
⌘ @ @
⌘ @ @ A@ @
⌘
⌘ @ @ A @ @ B0
>0 Q
O Q B B0 O B
Q
Q A
Q
A QQ
Q
Q
A0 A0
C
A C
A @
A @
A @ A0
A B0 H
A B 0 A0 @HHO @
<0 A !! @ HH @
A!!! @ HH @
!!A C0 HH@
!!! O A HH
@
! H
@
!!! A A B
! A
0
A B C
7. SUPPLÉMENT : THÉORÈMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 29
En complément du polycopié 2013-2014 d’Ilia Itenberg, on pourra aussi consulter les polycopiés
faits par les enseignants précédents :
[Be] Daniel Bertrand, Algèbre et géométrie, Cours de M1 à l’UPMC 2009-2013, disponible sur
la page de l’auteur : [Link]/e [Link]
[Ne] Jan Nekovar, Algèbre et géométrie, Cours de M1 à l’UPMC 2005-2009, disponible sur la
page de l’auteur : [Link]/e [Link]
⇤ Et pour les (futurs) agrégatifs, qui ont besoin de références avec un No. d’ISBN, citons les
ouvrages suivants :
[Au] Michèle Audin, Géométrie, EDP Sciences, 2006.
[Bo] Pascal Boyer, Algèbre et géométries, Calvage & Mounet, 2015.
[LF] Jacqueline Lelong-Ferrand, Les fondements de la géométrie, P.U.F., 1985.
[Ta] Patrice Tauvel, Géométrie, Dunod, 2005.
[Ti] Claude Tisseron, Géométries affine, projective et euclidienne, Hermann, 1988.
CHAPITRE 2
(1)
Dans tout ce chapitre, k désigne un corps.
Démonstration. — (i) Il faut vérifier des égalités de fonctions : 1·f = f , ·(µ·f ) = ( µ)·f ,
( + µ) · f = · f + µ · f , etc. Elles découlent de ce que, pour tout x 2 X, on a les égalités
correspondantes dans E :
1 · f (x) = f (x), · (µ · f (x)) = ( µ) · f (x), ( + µ) · f (x) = · f (x) + µ · f (x),
etc., qui découlent de la structure de k-ev de E.
(ii) L’application qui à u 2 E associe fu est linéaire et injective, donc c’est un isomor-
phisme de E sur le sev des applications constantes.
(1)
Version du 4 oct. 2016, avec R, Q, P renommés A1 , B1 , C1 dans le th. de Desargues 14.3.
32 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
(⇤⇤) Eb = E kfA0 .
On peut alors définir une forme linéaire sur Eb, de noyau E, en posant (x) = 0 si x 2 E
et (fA0 ) = 1. Alors
H = {x 2 Eb | (x) = 1}
!
est un sous-espace affine de Eb de direction E. Comme pour tout A 2 E on a fA = fA0 + A0 A,
on a donc
!
H = fA0 + E = {fA0 + A0 A | A 2 E } = {fA | A 2 E },
donc l’application A 7! fA est une bijection de E sur H . Remarquons au passage que ne
dépend pas du choix de A0 , puisque (fA ) = 1 pour tout A 2 E , et que pour A1 , . . . , An 2 E
et 1 , . . . , n 2 k on a :
Xn n
X
( i fAi ) = i.
i=1 i=1
Pn b
Ainsi, un élément arbitraire x = i=1 i fAi de E appartient à H si et seulement si
Pn
i=1 i = 1, et dans ce cas on a x = fG , où G est le barycentre des points pondérés
(Ai , i ) (vérifier cette assertion !).
Enfin la bijection E ! H , A 7! fA est affine, de partie linéaire idE , car d’après (†) pour
tout A, B 2 E on a :
! !
(‡) fA fB = fB fA = AB.
Via cette bijection affine, on peut donc identifier E à l’hyperplan H de Eb. Ceci prouve le
théorème.(2)
Faisons enfin la remarque générale suivante. Si E est un hyperplan d’un espace vectoriel
W , défini par une forme linéaire (i.e. E = Ker( )), alors W est la réunion disjointe de
E et de son complémentaire W = {w 2 W | (w) 6= 0}, et tout w 2 W s’écrit de façon
unique w = x, avec (x) = 1 et 2 k. En e↵et, ces conditions entraı̂nent que (w) =
et donc x = (w) 1 w. Ceci montre que si l’on pose H = {x 2 W | (x) = 1} alors, en
tant qu’ensemble, W est la réunion de E et de l’ensemble des couples ( , x), où 2 k ⇤ et
x2H.
Ceci permet de voir « géométriquement » Eb comme la réunion de E et des droites époin-
tées k ⇥ fA = { fA | 2 k ⇥ } = {( , A) | 2 k ⇥ } pour A parcourant E :
(2)
Par ailleurs, on peut montrer (exercice !) qu’en tant que sev de A (E , E), Eb est formé des applications
!
affines f : E ! E dont la partie linéaire est un multiple de idE ; de plus on a f = (f ) idE .
8. PLONGEMENT VECTORIEL D’UN ESPACE AFFINE 33
(5/3, A)
E =1
(1/2, A)
!
0
E =0
2ème démonstration. — On peut définir Eb, en tant qu’ensemble, comme la réunion de E et des couples
( , A), pour 2 k ⇥ et A 2 E , et l’on identifie un point A 2 E avec le couple (1, A). La multiplication par
un scalaire µ 6= 0 est définie de façon évidente : µ · ( , A) = (µ , A) et si u 2 E alors µ · u est l’élément µu
de E. De même, si u, v 2 E leur somme est l’élément u + v de E. On pose ( , A) + u = ( , A + 1 u) et :
8
> µ
< + µ, A+ B si + µ 6= 0,
( , A) + (µ, B) = +µ +µ
>
:µ AB!
si = µ.
On peut alors vérifier directement que les axiomes d’espace vectoriel sont vérifiés, puis que l’application
définie par (u) = 0 et ( , A) = est une forme linéaire de noyau E ; alors E s’identifie à l’hyperplan
affine formé des x 2 Eb tels que (x) = 1. Les détails de la vérification sont laissés en exercice.
Notation 8.3. — Tout point de E peut être considéré comme un « vecteur » de Eb. Pour
distinguer les deux notions, il est utile d’introduire la notation suivante. En tant qu’espace
! = y x) ; notons O le vecteur
vectoriel, Eb est de façon naturelle un espace affine (avec xy
! !
nul 0 de Eb et pour tout « point » M 2 Eb, notons OM le vecteur correspondant.
Exemple 8.5. — Illustrons ceci lorsque (E , E) est un plan affine sur R et que les points
!
A0 , A1 , A2 sont distincts et alignés. Alors F est la droite vectorielle RA0 A1 ⇢ E et, dans
! !
le dessin ci-dessous, Fb est le plan « vertical » engendré par A0 A1 et OA0 :
Fb
A0 A1 A2 F
6
!
A0-
A1 F
O
Démonstration. — Le point (a) découle de la Prop. 8.4. D’autre part, si M est un élément
! P !
de Eb, l’écriture OM = ni=0 i OAi signifie, avec les notations du théorème 8.2, que M =
Pn Pn
i=0 i f A i
; comme est linéaire et vaut 1 sur chaque f A i
, on a donc (M ) = i=0 i . Le
point (b) en découle.
Prouvons (c). Soit M 2 E et soient ( 0 , . . . , n ) ses coordonnées barycentriques dans R.
! P ! P
Alors pour tout P 2 E , on a P M = ni=0 i P Ai et, comme ni=0 i = 1, on a donc :
n
X n n n
! ! ! ! X ! X ! ! X !
OM = OP + P M = i OP + i P Ai = i (OP + P Ai ) = i OAi .
i=0 i=0 i=0 i=0
Théorème 9.4 (de Ménélaüs). — (4) Dans le plan P, soient A, B, C trois points non
alignés, qui forment donc un repère, d’où des coordonnées barycentriques. Soit A0 un point
de la droite (BC), ses coordonnées barycentriques sont donc de la forme (0, x, x0 ). De même,
soient B 0 2 (CA), de coordonnées (y 0 , 0, y) (5) et C 0 2 (AB) de coordonnées (z, z 0 , 0). Alors
les points A0 , B 0 et C 0 sont alignés ssi xyz + x0 y 0 z 0 = 0.
A
A
A C (0, 0, 1)
A
A
A
A
A
aa A
aa A
aa A
aa 0 0
B (y , 0, y)
aa A
aa A
aa A
aa A
0 aa
A C aa A B (0, 1, 0)
(1, 0, 0) 0
(z, z , 0) a aa A
aaA
a
A a
A0 A aa
(0, x, x0 )AA
A
(3)
Pour une autre démonstration, n’utilisant pas le plongement vectoriel, voir [Be, Prop. I.2.3].
(4)
Mathématicien grec qui vécut autour de l’an 100.
(5)
Pour que le résultat final soit « joli », i.e. xyz + x0 y 0 z 0 = 0, on utilise l’ordre « cyclique » ABCA.
36 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
Théorème 9.5 (de Céva). — (6) Mêmes hypothèses et notations que dans le théorème
de Ménélaüs. Alors les droites (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont concourantes ou parallèles ssi
xyz = x0 y 0 z 0 .
Démonstration. — On note R le repère (A, B, C) et l’on se place dans l’espace vectoriel
V = P,c muni des coordonnées ( , µ, ⌫) dans la base R.
b La démonstration se fait en quatre
étapes. Notons P la direction de P.
(i) Remarquons d’abord que toute droite affine D de P est l’intersection du plan vectoriel
⇧ qu’elle engendre dans V , et de P. Or ⇧ est défini dans V par l’annulation d’une forme
linéaire f ( , µ, ⌫) = a + bµ + c⌫, laquelle est unique à multiplication par un scalaire non
nul près. Donc D est définie dans P par « l’équation en les coordonnées barycentriques »
a + bµ + c⌫ = 0. De plus, ⇧ \ P est la droite vectorielle D qui est la direction de D (voir
la figure dans l’exemple 8.5).
(ii) Soient maintenant dans P trois droites affines distinctes D1 , D2 , D3 , soient ⇧1 , ⇧2 , ⇧3
les plans vectoriels associés, et soient fi ( , µ, ⌫) = ai + bi µ + ci ⌫ une forme linéaire définis-
sant ⇧i . Comme D1 6= D2 alors ⇧1 6= ⇧2 donc ⇧1 \ ⇧2 est une droite vectorielle , et donc
le sous-espace W = ⇧1 \ ⇧2 \ ⇧3 est égal soit à (si ⇢ ⇧3 ), soit à {0} (si 6⇢ ⇧3 ).
⇤
De plus, comme ⇧i = Ker(fi ) est l’orthogonal dans V de la droite kfi ⇢ V , alors W est
l’orthogonal dans V du sous-espace Vect(f1 , f2 , f3 ) de V ⇤ et donc on a :
(⇤) W = () W 6= {0} () f1 , f2 , f3 sont liées.
(6)
Giovanni Ceva, mathématicien italien (1647-734). Son nom est souvent francisé en : « Jean (de) Céva »,
probablement pour le distinguer de son frère Tommaso (jésuite et mathématicien, qui eut pour élève le
géomètre (et jésuite aussi) Giovanni Saccheri). Source : [Link]
10. COMPLÉTÉ PROJECTIF D’UNE DROITE OU D’UN PLAN AFFINE 37
Exercice 9.7. — Soient A, B, C trois points non alignés d’un plan affine réel, s, t 2 ]0, 1[,
! !
C 0 = A + s AB et A0 = B + t BC. Soit I le point de concours de (AA0 ) et (CC 0 ) et B 0 le
point de concours de (BI) et (CA).
(i) Quelle est la condition sur s, t pour que B 0 soit le milieu de [C, A] ?
(ii) On suppose s = 1/3 et t = 1/4. Déterminer le réel tel que B 0 = (1 )C + A.
(iii) Même question lorsque s = 1/3 et t = 3/4.
D A =1
A
A
A
D A
A
(b) Choisissons des coordonnées (x, y) sur V telles que D (resp. D) soit donnée par
l’équation y = 1 (resp. y = 0).(7) Alors les droites vectorielles de V sont :
(i) Pour 2 k, la droite D d’équation x = y (engendrée par e2 + e1 ), qui coupe D
en le point ( , 1).
(ii) La droite D = ke1 , d’équation y = 0.
Pour cela, on choisit une forme linéaire non colinéaire à notre , alors ( , ) est une base de V ⇤ , duale
(7)
d’une unique base B = (e1 , e2 ) de V et donc les formes linéaires « coordonnées dans cette base » sont
( , ).
38 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
D0
A '$
y Db D1
A6
Da
B D (y=1)
A A=(0,1)
A B=(1,1)
A
&%A -x
D=D1 AO
Définition 10.1. — (a) On note P(V ) l’ensemble des droites vectorielles de V , et l’on
dit que P(V ) est une droite projective.
10.2. Complété projectif d’un plan affine. — Soit P un plan affine, de direction
P . Alors V = P c est un k-espace vectoriel de dimension 3 qui contient comme hyperplan
affine P = {v 2 V | (v) = 1}. Notons P(V ) = P(P) b l’ensemble des droites vectorielles de
V . On dit que c’est un plan projectif, et que c’est le complété (ou plongement) projectif
de P.
Comme ensemble, P(P)b est la réunion des points de P, qui correspondent aux droites
c
vectorielles de P non contenues dans P , et des points de P(P ), qui correspondent aux
droites vectorielles de P .(8)
(8)
C’est pour cette raison que, dans la figure suivante, on a noté par des lettres minuscules les droites
b
vectorielles d0 , d1 , d2 , d, : elles correspondent à des « points » de P(P).
10. COMPLÉTÉ PROJECTIF D’UNE DROITE OU D’UN PLAN AFFINE 39
d1 d2
d0 ⇤
A ⇤
A ⇤
% ⇤ ⌦
A ⇤
A % ⇤ ⌦
A % ⇤ ⌦
A % ⇤ ⌦
A % A2 ⇤ ⌦
A % ⇤ ⌦
A% D0 ⌦
%A ⌦
% A ⌦
% A ⌦
% A ⌦
% A0A A1 ⌦
% D ⌦
% ⌦
% ⌦
% ⌦
P% % ⌦
⌦
A ⇤
A ⇤
A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A ⇤
⌧ A⇤
⌧ O d
⌧
⌧
⌧
⌧
P ⌧⌧
Les points de P(P ) forment ce qu’on appelle la « droite (projective) à l’infini », qu’on
notera D1 . Dans P(P),b chaque droite affine D est « complétée » en lui adjoignant son
« point à l’infini », qui est le point de P(P ) correspondant à la direction de D ; on obtient
b
ainsi la droite projective P(D). (9)
De plus, deux droites parallèles ont le même point à
l’infini : par exemple, dans la figure, D et D 0 ont d pour point à l’infini, tandis que la droite
(A1 A2 ) et sa parallèle passant par A0 ont toutes deux comme point à l’infini. On voit
ainsi que :
(i) Dans P, soient D1 , D2 deux droites affines distinctes, alors dans P(P) b les droites
b b
projectives P(D1 ) et P(D2 ) se coupent en un unique point x, et x appartient à P (resp. à
la droite à l’infini D1 ) si et seulement si D1 et D2 sont concourantes (resp. parallèles). (Ceci
suffit déjà à justifier l’étude des espaces projectifs et de la « géométrie projective ».)
(ii) De plus, pour toute droite affine D de P, la droite projective P(D) b coupe D1 en
un unique point, qui est le point à l’infini de D. Donc, en appelant « droites » de P(P) b
les droites P(D) b ainsi que la droite D1 , on obtient que :
b
« dans P(P) deux droites distinctes se coupent en un unique point »,
ce qui est une situation « plus agréable » que dans le plan affine. De plus, on verra plus
bas que, en fait, D1 ne joue pas un rôle particulier et peut être remplacée par n’importe
b
quelle droite de P(P).
Remarque 10.2. — Lorsque k = R le plan projectif réel P2 (R) = P(R3 ) est muni d’une structure de
variété C 1 compacte mais attention, il ne s’identifie pas à la sphère S 2 = {(x, y, z) 2 R3 | x2 +y 2 +z 2 = 1}.
2
On peut essayer de se le représenter comme la demi-sphère supérieure : S+ = {(x, y, z) 2 S 2 | z 0} en
identifiant deux à deux les points diamétralement opposés (x, y, 0) et ( x, y, 0). En e↵et, chaque droite
vectorielle non contenue dans le plan horizontal z = 0 coupe la demi-sphère en un unique point, pour
lequel z > 0. D’autre part, chaque droite vectorielle horizontale coupe le cercle horizontal S 1 = {(x, y, 0) 2
R3 | x2 + y 2 = 1} en deux points diamétralement opposés, qu’il faut donc identifier. On peut montrer que
P2 (R) est une surface compacte non orientable (i.e. elle a une seule face au lieu de deux, comme un ruban
de Möbius) et donc n’est pas homéomorphe à une surface contenue dans R3 . Mais ceci n’empêche pas de
faire de la géométrie projective !
Définition 11.1. — L’espace projectif de V , noté P(V ), est l’ensemble des droites vec-
torielles de V . On dit que c’est un espace projectif de dimension n = dim(V ) 1. (10) Si
V = k n+1 , on le note aussi Pn (k).
En particulier, si dim(V ) = 1 alors P(V ) est un point. Si dim(V ) = 2 (resp. 3), on dit
que P(V ) est une droite projective (resp. un plan projectif).
Terminologie. Si V est le plongement vectoriel Eb d’un espace affine E de dimension n,
alors P(Eb) est noté P(E
b ) et appelé le complété (ou plongement) projectif de E .
Définition 11.3 (Sous-espaces projectifs de P(V )). — Soit W un sev non nul de V .
Alors P(W ) est un sous-ensemble de P(V ) (en e↵et, les droites vectorielles de V contenues dans
W sont exactement les droites vectorielles de W ). On dira que c’est un sous-espace projectif de
P(V ), de dimension dim(W ) 1. (11) En particulier, si dim(W ) = 2 on dit que P(W ) est une
droite (projective) de P(V ), et si dim(W ) = dim(V ) 1 on dit que P(W ) est un hyperplan
(projectif) de P(V ).
Terminologie. Si V est le plongement vectoriel Eb d’un espace affine E de dimension n,
alors E est un hyperplan de Eb donc P(E) est un hyperplan de P(E b ) = P(Eb). On dit que
b ) s’identifie à la réunion disjointe de E et de P(E).
c’est l’hyperplan à l’infini car P(E
(10)
Par convention, P({0}) = ?.
(11)
Si W = {0}, alors P(W ) est l’ensemble vide ?, auquel on peut attribuer la dimension 1.
11. ESPACES PROJECTIFS, COORDONNÉES HOMOGÈNES, OUVERTS AFFINES 41
b
On a vu au §10.2 que, si P est un plan affine, alors le plan projectif P(P) c a la propriété
= P(P)
suivante : deux droites projectives distinctes se coupent en un unique point. On va voir que ceci est vrai
dans tout plan projectif. Plus généralement, on a la :
Proposition 11.5. — Soient E, F deux sev non nuls de V . Posons p = dim P(E) et
q = dim P(F ).
(i) On a P(E) \ P(F ) = P(E \ F ) ; ceci est non vide ssi E \ F 6= {0}.
(ii) Si p + q n = dim P(V ) alors P(E) \ P(F ) est non vide et est de dimension
p + q n.
(iii) Par ailleurs, on a : P(E) ⇢ P(F ) , E ⇢ F et donc : P(E) = P(F ) , E = F .
(iv) Si H est un hyperplan de V et si D est une droite projective non contenue dans
P(H), alors D \ P(H) est formé d’un seul point.
Démonstration. — P(E) \ P(F ) est formé des droites vectorielles de V contenues dans E
et dans F , i.e. contenues dans E \ F . La 1ère assertion de (i) en découle, et la 2ème est
claire.
(ii) On sait que dim(E \ F ) + dim(E + F ) = dim(E) + dim(F ) = p + 1 + q + 1 = p + q + 2,
et comme dim(E + F ) dim(V ) = n + 1 on a donc :
dim(E \ F ) p+q+2 (n + 1) = p + q + 1 n.
Sous l’hypothèse p+q n, ceci est 1, donc E \F est non nul, de dimension p+q n+1,
donc P(E) \ P(F ) est de dimension p + q n.
(iii) Il est clair que si E ⇢ F alors P(E) ⇢ P(F ). Réciproquement, si P(E) ⇢ P(F ), alors
pour tout v non nul dans E, la droite kv est contenue dans F , d’où v 2 F et donc E ⇢ F .
Ceci prouve la 1ère assertion de (iii), et la 2ème en découle.
(iv) On a D = P(W ) pour un certain plan vectoriel W de V (uniquement déterminé, d’après
(iii)),
non contenu dans H. Alors = W \ H est une droite vectorielle de H et donc
D \ P(H) = P( ) est le point de P(H) correspondant à .
Corollaire 11.6. — (i) Dans un plan projectif, deux droites projectives distinctes D et
D0 se coupent en un unique point.
(ii) Dans un espace projectif P(V ) de dimension 3 (i.e. dim(V ) = 4), soient P un plan
projectif et D une droite projective non contenue dans P. Alors P et D se coupent en un
unique point.
Pour faire de la géométrie dans le plan projectif (cf. la section 14 sur les théorèmes de Pappus et de
Desargues), on aura besoin de la notion de « droite projective engendrée par deux points distincts » et de
celle de « points alignés » dans P(V ). Pour cela, on a besoin de la :
(iii) Soient N 2 et p1 , . . . , pN des points de P(V ), pas tous égaux. On dit qu’ils sont
alignés si le sous-espace projectif qu’ils engendrent est une droite projective.
Démonstration. — Il n’y a que la première phrase de (i) à démontrer. Mais c’est clair, car
si X est contenu dans un sous-espace projectif P(W ) alors W contient les x donc contient
E, d’où P(E) ⇢ P(W ).
11.2. Ouverts affines. — On appellera plus bas « ouverts affines » de P(V ) certains es-
b ). Pour justifier la terminologie
paces affines, analogues de l’espace affine E plongé dans P(E
« ouverts », commençons par la définition suivante.
(12)
On peut vérifier (nous n’en aurons pas besoin) que les V (F ) forment les fermés d’une certaine topologie
sur Pn (k), appelée la topologie de Zariski. De plus, si k est le corps K = R ou C alors Kn+1 est muni d’une
topologie canonique, ainsi que le quotient Pn (K) = (Kn+1 {0})/K⇥ , et comme les fonctions polynomiales
(homogènes) F = Kn+1 ! K sont continues, on obtient que les V (F1 , . . . , FN ) sont aussi des fermés pour
cette topologie.
11. ESPACES PROJECTIFS, COORDONNÉES HOMOGÈNES, OUVERTS AFFINES 43
Définition 11.10 (Hyperplans de P(V )). — (i) Pour toute f 2 V ⇤ non nulle, son
lieu des zéros V (f ) = {[v] 2 P(V ) | f (v) = 0} est appelé un hyperplan de P(V ). Notant H
l’hyperplan Ker(f ) ⇢ V , on voit que V (f ) n’est autre que l’ensemble des droites vectorielles
contenues dans H, c.-à-d. le sous-espace projectif P(H) ⇢ P(V ).
(ii) Plus généralement, pour f1 , . . . , fr 2 V ⇤ , le lieu des zéros V (f1 , . . . , fr ) est bien défini
T
et s’identifie au sous-espace projectif P(W ), où W = ri=1 Ker(fi ). (13)
Rappel 11.11. — Si F est un sev de V , son orthogonal dans V ⇤ est :
F 0 = {v 2 V | f (v) = 0 pour tout f 2 F }.
On a dim(F 0 ) = dim(V ) dim(F ). En particulier, si F = H est un hyperplan de V alors
H 0 est une droite vectorielle de V ⇤ .
Explications 11.12. — Afin « d’expliquer » les propositions 11.13 et 11.15 qui vont
suivre, résumons ici le but poursuivi dans la suite de cette section. On a vu au §10.2
b
que le complété projectif P(P) d’un plan affine (P, P ), obtenu en ajoutant à P la droite
projective P(P ), a de meilleures propriétés d’incidence que P (i.e. deux droites distinctes
se coupent en un unique point). On verra plus loin que pour certains énoncés de géométrie
affine dans P, il est avantageux de démontrer d’abord un énoncé analogue dans P(P), b
puis d’en déduire le résultat « en revenant » dans P.
Ceci se généralise en dimension quelconque : si V = Eb est le plongement vectoriel d’un
espace affine (E , E), alors E est le complémentaire dans P(V ) de « l’hyperplan à l’infini »
P(E). Mais il y a bien plus que cela : on va voir que pour tout hyperplan projectif P(H)
de P(V ), l’ouvert complémentaire U = P(V ) P(H) est muni d’une structure naturelle
d’espace affine de dimension n, et si l’on part d’un énoncé affine dans E que l’on transforme
en énoncé projectif dans P(V ), alors en se plaçant dans l’espace affine U , on peut obtenir de
nouveaux théorèmes affines (voir les théorèmes de Pappus et de Desargues dans la section
suivante).
Définition et proposition 11.13 (Les « ouverts » affines U = P(V ) P(H))
Soient H un hyperplan de V et U = P(V ) P(H). Fixons un générateur f de H 0 ,
i.e. une forme linéaire f telle que Ker(f ) = H, et soit H l’hyperplan affine de V d’équation
f (x) = 1.
Alors l’application H ! U , x 7! [x] est une bijection. Via cette bijection U est muni
d’une structure d’espace affine de direction H, définie par [x] + u = [x + u].
Démonstration. — Tout [v] 2 U admet un unique représentant v tel que f (v) = 1. En
e↵et, si w est un représentant quelconque, alors v = f (w) 1 w vérifie f (v) = 1, et pour tout
représentant v 0 = µv on a f (v 0 ) = µ, donc f (v 0 ) = 1 , µ = 1. On a donc une bijection
x 7! [x] de H sur U . De plus, d’après 2.6, H est un espace affine de direction H. Via la
bijection précédente, ceci munit U d’une structure d’espace affine de direction H.
Remarque 11.14. — Ce qui précède devient très simple si on l’écrit en coordonnées
homogènes. Soit H un hyperplan de V . On peut trouver des coordonnées homogènes
[x0 , . . . , xn ] telles que H soit donné par l’annulation d’une des coordonnées, disons par
l’équation x0 = 0. En e↵et, soit f0 une forme linéaire telle que Ker(f0 ) = H ; complétons-la
en une base (f0 , . . . , fn ) de V ⇤ . C’est la base duale d’une unique base B = (e0 , . . . , en ) de
(13)
On rappelle que si W = {0} alors P(W ) = ?.
44 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
V et, notant (x0 , . . . , xn ) les coordonnées dans cette base et [x0 , . . . , xn ] les coordonnées
homogènes correspondantes sur P(V ), chaque forme linéaire coordonnée e⇤i = xi n’est autre
que fi et donc H est bien donné par l’équation x0 = 0. Alors l’ouvert U0 = P(V ) P(H)
s’identifie à l’hyperplan affine H = {[1, x1 , . . . , xn ] 2 P(V )} = e0 + H.
Comme U = P(V ) P(H) a une structure d’espace affine, on peut parler de ses sous-
espaces affines. Ils sont décrits explicitement par la proposition suivante.
Lemme 11.16. — Soit H un hyperplan de V et soit E = Hom(V /H, H) l’espace vectoriel des
applications linéaires de V /H dans H. Alors :
(i) Le choix d’un générateur f de H 0 = (V /H)⇤ définit un isomorphisme d’espaces vectoriels
⇠
f : H ! E.
(ii) Plus précisément, pour tout u 2 H et v 2 V , on a : f (u)(v) = f (v)u (où v désigne
l’image de v dans V /H).
Démonstration. — (i) En e↵et, V /H étant de dimension 1, si l’on en fixe un générateur e alors
E = Hom(ke, H) s’identifie à H via l’isomorphisme ✓ 7! ✓(e). Or, le choix d’un générateur f de
H 0 = (V /H)⇤ définit un générateur e de V /H, à savoir l’unique élément e tel que f (e) = 1.
(ii) Fixons f et e comme ci-dessus. Pour tout u 2 H on a, par définition, f (u)(µe) = µu
pour tout µ 2 k. D’autre part, pour v 2 V , posons v = µv e. Alors µv = f (v) = f (v) et donc
(14)
f (u)(v) = f (v)u.
Ceci montre que, via la bijection pf , l’action + de E sur U correspond à l’action naturelle de H
sur Hf . Comme celle-ci est simplement transitive, on en déduit qu’il en est de même de l’action + .
Ceci achève de prouver que (U, E) est un espace affine. Mais alors, (⇤⇤) nous dit que la bijection
(14)
Tout ceci devient plus clair si l’on connaı̂t les produits tensoriels (cf. le cours 4M002) : Hom(V /H, H)
s’identifie au produit tensoriel (V /H)⇤ ⌦ H = H 0 ⌦ H, et comme dim(H 0 ) = 1 tout élément est de la forme
f ⌦ u, avec f 2 H 0 et u 2 H. Pour tout 2 k ⇥ , f ⌦ u = f ⌦ u correspond à l’application v 7! f (v)u,
qui est f (u) aussi bien que f ( u).
46 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
p : Hf ! U est affine, de partie linéaire f ; c’est donc un isomorphisme entre les espaces affines
(Hf , H) et (U, E).
Démonstration. — (i) Posant pi = [vi ], soit W le sev de V engendré par les droites kvi .
Supposons dim(W ) = 2. Soit H un hyperplan de V ne contenant pas H, alors W \ H
est une droite vectorielle D. D’après la Prop. 11.15, U \ P(W ) est une droite affine D de
direction D. De plus, P(W ) \ P(H) = P(W \ H) = P(D) = {d}, où d est le point de P(H)
qui correspond à la droite D. Comme les pi sont deux à deux distincts, au plus l’un d’entre
eux peut être égal à d, et l’on est donc dans l’une des situations (a) ou (b).
(ii) Réciproquement, soit H un hyperplan de V tel qu’on soit dans la situation (a) ou
(b). D’après la Prop. 11.15, il existe un unique plan vectoriel W de V , non contenu dans H,
tel que D = U \ P(W ).(15) . De plus, la direction de D est la droite vectorielle D = W \ H.
On a donc P(W ) \ P(H) = P(W \ H) = {d}, où d est le point de P(H) qui correspond
à D. Donc, dans chacun des cas (a) et (b), les pi sont contenus dans la droite projective
b
P(D) = P(W ).
(15)
Explicitement, comme p1 = [v1 ] et p2 = [v2 ] sont distincts et contenus dans D, alors W = Vect(v1 , v2 ).
12. REPÈRES PROJECTIFS, HOMOGRAPHIES ET COORDONNÉES HOMOGÈNES 47
Montrer que pour tout hyperplan H ne contenant pas W , tous les pi sauf au plus deux
sont dans l’ouvert affine U = P(V ) P(H) et y engendrent un plan affine P. Décrire les
trois situations possibles selon le nombre de pi contenus dans P(H).
f (x0 + y) = 0 x0 + yy = x0 +y (x0 + y)
Définition 12.3 (Repères projectifs). — (i) On dit qu’un (n + 2)-uplet (p0 , . . . , pn+1 )
de points de P(V ) est un repère projectif si n + 1 quelconques d’entre eux sont projec-
tivement indépendants. On notera RP(V ) l’ensemble des repères projectifs de P(V ).
(ii) Si B = (e0 , . . . , en ) est une base de V , on appellera « repère (projectif) standard »
associé à B le repère (p0 , . . . , pn+1 ) où pi = [ei ] pour i = 0, . . . , n et pn+1 = [e0 + · · · + en ].
Terminologie 12.4. — Lorsque V = k n+1 , on désigne P(k n+1 ) par Pn (k). Comme k n+1
est muni de la base canonique (e0 , . . . , en ), alors Pn (k) est muni des coordonnées ho-
mogènes « canoniques » [x0 , . . . , xn ] et du repère projectif « canonique » (p0 , . . . , pn+1 ) =
([e0 ], . . . , [en ], [e0 + · · · + en ]).
Définition 12.5 (Homographies de P(V )). — Pour tout v 2 V {0}, on note [v] son
image dans P(V ) (i.e. la droite engendrée par v). Alors l’action de G = GL(V ) sur V induit
une action de G sur P(V ), donnée par : g · [v] = [gv] pour tout v 2 V {0} et g 2 G.
Alors, un élément g de G agit trivialement sur P(V ) si et seulement si g laisse stable
chaque droite de V . D’après le lemme 12.1, ceci est le cas ssi g appartient au sous-groupe
des homothéties H = { idV | 2 k ⇥ }.
48 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
Par conséquent, le « groupe des automorphismes de P(V ) » (i.e. des bijections de P(V )
induites par un élément de GL(V )) est PGL(V ) = GL(V )/H. Ses éléments sont appelés
homographies de P(V ).(16)
Notation. Pour tout g 2 GL(V ) on notera g son image dans PGL(V ).
On a besoin d’étendre cette définition au cas de deux k-ev E et F de même dimension.
Définition 12.6. — (i) Soient E, F deux k-espaces vectoriels de même dimension n + 1.
Notons Isom(E, F ) l’ensemble des isomorphismes (i.e. applications linéaires bijectives) de E
sur F . Il est muni d’une action du groupe multiplicatif k ⇥ , définie pour tout 2 Isom(E, F )
et 2 k ⇥ par : · = ( idE ) = ( idF ) .
1
Soient 2 Isom(E, F ) et = 2 Isom(F, E) l’isomorphisme réciproque. Alors
transforme toute droite de E en une droite de F , donc induit une application P(E) ! P(F ),
D 7! (D), qu’on notera P( ) ou simplement . Cette application est bijective, car elle
admet pour réciproque l’application : P(F ) ! P(E). Notant Bij P(E), P(F ) l’ensemble
des bijections de P(E) sur P(F ), on obtient donc une application :
Isom(E, F ) ! Bij P(E), P(F ) , 7! .
Les bijections : P(E) ! P(F ) ainsi obtenues s’appellent des homographies de P(E)
sur P(F ), et l’ensemble de ces homographies sera noté Homog P(E), P(F ) . Si F = E, il
s’identifie à PGL(E), d’après ce qu’on a vu plus haut.
(ii) Notons que l’application 7! « respecte la composition des applications », i.e. si
✓ 2 Isom(F, V ) on a ✓ =✓ . (En particulier, l’application GL(E) ! PGL(E), 7! est un
morphisme de groupes.)
ax + b
(16)
Lorsque V = k 2 , on verra que c’est le groupe des « homographies » x 7! .
cx + d
12. REPÈRES PROJECTIFS, HOMOGRAPHIES ET COORDONNÉES HOMOGÈNES 49
Définition 12.8. — Soient X, Y deux ensembles munis d’une action d’un groupe G. Une
application f : X ! Y est dite G-équivariante si f (gx) = gf (x) pour tout x 2 X et g 2 G.
(2) Soient A, A0 deux points distincts et soit (D1 , D2 ) (resp. (D01 , D02 )) un couple de
droites distinctes, sécantes en A (resp. en A0 ). Si elles sont en perspective depuis un point
O (i.e. si D1 et D01 sont en perspective depuis O, ainsi que D2 et D02 ), alors le point de
concours A = D1 \ D2 correspond par cette bijection au point de concours A0 = D01 \ D02
et donc AOA0 sont alignés. Réciproquement, pour tout point O de (AA0 ) distinct de A et
A0 , les couples de droites (D1 , D2 ) et (D01 , D02 ) sont en perspective depuis O :
⇧
@ ⇧T0
AR @
⇧
A ⇧ @ D01
A ⇧ @ 0
HH Q A ⇧ @S ⌘
⌘
HH A ⇧ ⌘@ ⇠⇠⇠
D2 HH A ⇧ ⌘⌘
⇠
@
⇠ ⇠⇠⇠ P 0
Q HH A ⇧ ⌘⇠⇠⇠ @
Q
Q ⇠ ⇠ ⇧H⇠
HA⇠
⌘ @
A QQ ⇠ ⌘ @
⇠ ⇠⇠⇠ ⌘O ⇧ A HH A0 @
H
P⇠⇠⇠⇠⇠ QQ ⌘⌘ ⇧⇧ A HH @
⇠⇠ ⌘ A HH
⌘ SQQ ⇧ A H D02
D1 Q⇧ A Q0
TQ ⇧ Q A
⇧ A
A 0
AR
A
(17)
Girard Desargues (1591-1661) mathématicien et architecte français. Jean-Victor Poncelet, mathémati-
cien (et capitaine d’artillerie, puis général) français, 1788-1867.
13. PERSPECTIVITÉS ET PROJECTIONS CENTRALES 51
(3) Soient A, B, C, A0 , B 0 , C 0 six points de P en position générale (i.e. trois d’entre eux ne
sont jamais alignés). Les droites (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont alors deux à deux distinctes.
Si les trois paires de droites (AB), (A0 B 0 ) , (AC), (A0 C 0 ) et (BC), (B 0 C 0 ) sont en
perspective depuis un point O alors, d’après (2) ci-dessus, O appartient à (AA0 ), (BB 0 ) et
(CC 0 ), donc (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont concourantes en O.
Réciproquement, on peut montrer que si (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont concourantes, leur
point de concours O n’appartient à aucune des droites (AB), (AC), (CA), (A0 B 0 ), etc. et
donc (AB) resp. (BC) resp. CA est en perspective depuis O avec (A0 B 0 ) resp. (B 0 C 0 )
resp. (C 0 A0 ) :
⇤
⇤ ◆
⇤◆
⇤ ◆⇤ B 0
⇤ ◆⇤
C ⇤Q ◆ ⇤
A ⇤ Q ◆ ⇤
A ⇤ Q 0 ◆ ⇤
AA ⇤ Q A◆ ⇤
Q
A ⇤ OQ C ⇤
A ⇤ Q C ⇤
Q C ⇤
BA⇤A⇤ Q
Q C ⇤
⇤ A Q C ⇤
Q
⇤ A QC⇤ C 0
⇤ A ⇤C
⇤ A ⇤ C
⇤ A ⇤ C
Dans ce cas, au lieu de dire que « les deux triplets de droites (AB), (BC), (CA) et
(A0 B 0 ), (B 0 C 0 ), (C 0 A0 ) sont en perspective », on dira plus brièvement que : « les deux
triangles (ABC) et (A0 B 0 C 0 ) » sont en perspective. La condition précédente se récrit donc :
(18)
« perspectivity » dans [Co, 1.6 et 4.22].
52 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
D0
D D1 D2 Dn 1 A0
C ⇧ E
C ⇧ E
cC ⇧ E
c ⌘
AC c ⇧ E ⌘ 0
C c @ B1 ⇧ E ⌘ B
C c ⇧ E ⌘
c @ ⌘
B C O1 c @ " ⇧" E ⌘ On
C c @ "" ⇧⇧ E ⌘⌘
C c "
Bn 1 ⌘ E
C c "@ ··· ⌘
c " O2@ ⇧ ⌘ EE
C "
c @ ⇧
C " c ⇧ E
C A1 ⇧@@ E
C ⇧ E An 1
C ⇧ E
C ⇧ E
C ⇧ E
C ⇧ E
Tout ceci pose un certain nombre de questions. Une projectivité de D sur D0 est-elle une
homographie ? Obtient-on ainsi toutes les homographies de D sur D0 ? Si oui, est-ce que
les perspectivités sont des homographies particulières ?
Remarque. — On verra au paragraphe suivant que toute projectivité est une homographie. La
construction ci-dessous montrera alors que toute homographie est une projectivité : Pour deux
droites distinctes D et D0 et trois points distincts A, B, C (resp. A0 , B 0 , C 0 ) sur D (resp. D0 ), on
peut construire une projectivité entre D et D0 , composée de seulement deux perspectivités, qui
envoie A, B, C sur A0 , B 0 , C 0 respectivement :
C D
B
C A
PC
C ⇤@A
C ⇤ A@
C ⇤ A @
C ⇤ A @
C ⇤ BA @
C⇤ 1A @
P1 ⇤C A1 A C@ D1
1
⇤ C A @
⇤ C A @
⇤ C A @
⇤ C A @
⇤ C A @
P 0⇤ A0 B0A C 0@ D0
⇤ A @
⇤ A @
En e↵et, notons B1 (resp. C1 ) le point d’intersection des droites (AB 0 ) et (A0 B) (resp. (AC 0 )
et (A0 C)), puis notons A1 le point d’intersection de (AA0 ) avec la droite D1 = (B1 C1 ). Alors
la perspectivité de centre A0 transforme A, B, C en A1 , B1 , C1 , puis ceux-ci sont transformés en
A0 , B 0 , C 0 par la perspectivité de centre A.
(19)
Noter que cette application n’est pas définie au point O.
13. PERSPECTIVITÉS ET PROJECTIONS CENTRALES 53
(20)
Noter que ⇡ n’est pas définie en les points de P(E).
(21)
C.-à-d. pour tout sev F 0 de V de même dimension que F et tel que F 0 \ E = {0}.
(22)
On dit aussi homologie, mais nous préférons conserver la terminologie « perspectivité ».
54 CHAPITRE 2. ESPACES PROJECTIFS
Théorème 14.1 (de Pappus « projectif »). — Dans un plan projectif P(V ), soient
D, D 0 deux droites distinctes et P1 , P2 , P3 (resp. Q1 , Q2 , Q3 ) trois points distincts situés
sur D (resp. D 0 ) et distincts du point de concours de D et D 0 . On note R3 le point de
concours des droites (P1 Q2 ) et (P2 Q1 ) et l’on définit de même R2 et R1 , cf. la figure ci-
dessous :
P1 P2 P3
b
@b @ !!
@ bb @ !!!
@ b @ !!
@ bb @ !!!
@ b
b @ !!
@ b @ !!!
@ b @!!!
b
@ b !@
R3 @ b ! !
b ! @
b!
@
!!! R
b
b
@
@ @
!! b
2
! !
@ b @
! b
! @ b R@
!! b 1
! @ b @
! @ b
!! b @
!! @ b @
b @
!!! @ b
b@
! @ b
!! @ b
@
Q1 Q2 Q3
Démonstration. — (1) Remarquons d’abord que les points A1 , B1 , C1 sont bien définis, car
les droites (AB) et (A0 B 0 ) sont distinctes, ainsi que (AC) et (A0 C 0 ) d’une part, et (BC)
et (B 0 C 0 ) d’autre part. En e↵et, comme (AA0 ) 6= (BB 0 ), les points ABA0 B 0 ne sont pas
alignés donc (AB) et (A0 B 0 ) se coupent en un unique point C1 , et de même pour B1 et A1 .
(2) Remarquons de plus que A1 , B1 , C1 sont deux à deux distincts. En e↵et, supposons
par exemple que A1 = C1 et notons provisoirement M ce point. Comme B 6= B 0 alors M
ne peut être simultanément égal à B et à B 0 . Supposons par exemple M 6= B. Alors la
droite (BM ) = (BC1 ) = (BA1 ) contient A (car ABC1 sont alignés) et aussi C (car BCA1
sont alignés). Donc A, B, C sont alignés, contradiction. Ceci montre que A1 , B1 , C1 sont
bien deux à deux distincts.
(3) Montrons que la droite (B1 C1 ) ne contient aucun des points A, B, C, A0 , B 0 , C 0 . En
e↵et, si A 2 (B1 C1 ) alors, comme par c) A est distinct de B1 et C1 , la droite (AC1 ) = (AB1 )
égale (AB) et (AC), donc A, B, C sont alignés, contradiction. Et si B 2 (B1 C1 ), alors
(B1 C1 ) égale (BC1 ) donc contient A, contredisant ce qui précède. On montre de même que
(B1 C1 ) ne peut contenir ni C, ni A0 , B 0 , C 0 .
(4) Démontrons maintenant l’équivalence annoncée.
(i) Supposons A1 , B1 , C1 alignés et prenons cette droite comme droite à l’infini D1 . Alors
dans le plan affine P = P(V ) D1 , les droites affines (AB) et (A0 B 0 ) sont parallèles, de
(23)
Cette hypothèse est généralement omise dans la littérature ; si elle n’est pas vérifiée le théorème reste
vrai mais la figure obtenue est di↵érente, voir le chap. 3.
14. THÉORÈMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 57
même que (AC) et (A0 C 0 ) d’une part, et (BC) et (B 0 C 0 ) d’autre part. Donc, d’après le
théorème de Desargues affine, les droites affines (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont concourantes
ou parallèles, donc les droites projectives correspondantes sont concourantes.
(ii) Réciproquement, supposons les droites (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) concourantes. Prenons
la droite (B1 C1 ) comme droite à l’infini D1 . Alors dans le plan affine P = P(V ) D1 ,
les droites affines (AB) et (A0 B 0 ) sont parallèles, ainsi (AC) et (A0 C 0 ) (car B1 et C1 sont
sur la droite à l’infini) et les droites affines (AA0 ), (BB 0 ) et (CC 0 ) sont concourantes ou
parallèles. Donc, d’après le théorème de Desargues affine, les droites affines (BC) et (B 0 C 0 )
sont parallèles, donc les droites projectives correspondantes se coupent sur la droite à l’infini
D1 , donc A1 2 D1 = (B1 C1 ) et donc A1 , B1 , C1 sont alignés.
Remarque. — Dans la figure précédente, le point O n’appartient pas à la droite (A1 B1 C1 ),
mais il peut y appartenir, comme sur la figure suivante :
! !
⇢
B0
!
!
! !! ⇢⇢
!
!!! ⇢
!
! !!
! ⇢
!
!⇠⇠! ⇢
B1XX
HHXX C!!!!
0 !
⇠ ⇢
!
⇠X
!H X⇠⇠
X
X
B
⇠⇠!H⇠ XXXX XX ⇢⇠
⇠
A1 ! C H ⇠ ⇠
⇢
⇠ ⇠A⇠⇠
⇠H ⇢
⇢A0
⇠ ⇠
O⇠ ⇢
⇢
⇢
⇢
⇢
⇢
C1 ⇢
(1)
Erratum au chap. 1 : supprimer la 1ère phrase de la section 7. Les théorèmes de Pappus et
Desargues et leurs duaux ont été traités en cours comme illustration de la dualité projective et sont au
programme de l’examen.
15. Définitions
Rappels 15.1 (sur la dualité). — Soit V un k-espace vectoriel de dimension finie.
(1) Si F est un sev de V ⇤ , son orthogonal dans V est :
On rappelle que :
(i) dim(F 0 ) = dim(V ) dim(F ).
(ii) Si (f1 , . . . , fr ) est une famille génératrice de F (par exemple une base), alors F 0 =
T
{v 2 V | fi (v) = 0 pour i = 1, . . . , r} = ri=1 Ker(fi ).
On a :
(i) dim(W 0 ) = dim(V ) dim(W ).
(ii) Si (v1 , . . . , vr ) est une famille génératrice de W (par exemple une base), alors W 0 =
{f 2 V ⇤ | f (vi ) = 0 pour i = 1, . . . , r}.
(1)
Version du 4 octobre 2016.
60 CHAPITRE 3. DUALITÉ PROJECTIVE ET CONSÉQUENCES
Démonstration. — Pour (1)–(4), voir par exemple [Po, §§1.3, 1.7, 3.5]. Prouvons (5).
D’abord, l’inclusion F 0 ⇢ E 0 est évidente. Posons W = E1 + · · · + En . Comme Ei ⇢ W ,
alors W 0 est contenu dans chaque Ei0 donc dans leur intersection.
Réciproquement, si un élément y appartient à E10 \ · · · \ Er0 alors il est orthogonal à
toute somme x1 + · · · + xn , où xi 2 Ei , donc y 2 W 0 . Ceci prouve la 1ère égalité. La 2ème
se déduit de la 1ère appliquée aux Ei0 , en utilisant (3).
Dans la suite, on suppose que dim(V ) = n + 1 est 3, i.e. que dim P(V ) = n est 2.
Notations 15.4. — (1) Notons S (V ) l’ensemble des sev E de V . Plus précisément, pour
r = 0, 1, . . . , n + 1, notons Sr (V ) l’ensemble des sev de V de dimension r.
(2) Pour l’énoncé de la dualité projective (cf. ci-dessous), il est commode de s’autoriser
à considérer P({0}) = ? comme un sous-espace projectif de P(V ), et de décréter qu’il est
de dimension 1.
(3) Alors, pour d = 1, 0, . . . , n 1, n, notons Sd (P(V )) l’ensemble des sous-espaces
projectifs de P(V ) de dimension d, i.e.
Sd (P(V )) = {P(E) | E 2 Sd+1 (V )}.
et notons S (P(V )) l’ensemble de tous les sous-espaces projectifs P(E), pour E 2 S (V ).
Remarquons que S0 (P(V )) n’est autre que l’ensemble des points de P(V ), que S1 (P(V ))
On dit aussi « faisceau d’hyperplans », mais nous préférons la terminologie « pinceau », qui est celle
(2)
est l’ensemble des droites de P(V ) et que Sn 1 (P(V )) est l’ensemble des hyperplans de
P(V ).
Terminologie 15.7. — Plaçons-nous dans un plan projectif P(V ). Si D est une droite
de P(V ) et d le point correspondant de P(V ⇤ ), on dit que d est « le point dual de la droite
D ». De même, si p est un point de P(V ) et la droite correspondante de P(V ⇤ ), on dit
que est « la droite duale du point p ».
Exemple 15.8. — Si ABC est un triangle dans P(V ) (i.e. si les points A, B, C de P(V )
sont non alignés), on notera a 2 P(V ⇤ ) le point « dual » de la droite (BC), et b (resp. c) le
point « dual » de la droite (CA) (resp. (AB)). Alors, comme (BC) et (CA) se coupent en
C, la droite (ab) est duale du point C, et de même (bc) est duale de A et (ca) de B.
@ @
@ A @
c@ As b
@
c s @ s
@b
@ s sC
s @
P(V ) B@ P(V ⇤ )
@
B a @C a@
@ @
@ @
62 CHAPITRE 3. DUALITÉ PROJECTIVE ET CONSÉQUENCES
K
(2) La configuration duale est appelée un quadrilatère complet : c’est la donnée de quatre droites dis-
tinctes dont trois ne sont jamais concourantes, appelées les côtés du quadrilatère ; elles se coupent deux à
deux en 42 = 6 points distincts, appelés les sommets. Deux sommets sont dits opposés si la droite qui les
joint n’est pas un côté, elle est alors appelée une diagonale. On obtient ainsi trois diagonales (en pointillés
sur le dessin ci-dessous).
s
⌅
⌅
s ⌅
L ⌅
L ⌅
L ⌅
L s⌅
⌅L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
⌅ L
s ⌅s Ls
⌅ L
Remarque : si la caractéristique de k est 6= 2, il résulte du lemme ci-dessous que les trois points diagonaux
d’un quadrangle complet ne sont pas alignés et, dualement, que les trois diagonales d’un quadrilatère
complet ne sont pas concourantes.
Lemme 15.10. — Soit (P, Q, R, S) un quadrangle complet du plan projectif P. On suppose que car(k) 6=
2. Alors les points diagonaux I, J, K ne sont pas alignés. (3)
Démonstration. — Les points P, Q, R, S définissent un repère projectif dans lequel leurs coordonnées ho-
mogènes sont [1, 0, 0], [0, 1, 0], [0, 0, 1] et [1, 1, 1]. Alors la droite (P Q) (resp. (RS)) a pour équation z = 0
(resp. x = y), donc K = [1, 1, 0]. On obtient de même que J = [0, 1, 1] et I = [1, 0, 1]. Comme car(k) 6= 2,
0 1
0 1 1
on a dét @1 0 1A = 2 6= 0 donc I, J, K ne sont pas alignés.
1 1 0
(3)
A fortiori, ils sont deux à deux distincts.
16. LE THÉORÈME DE CÉVA COMME DUAL DU THÉORÈME DE MÉNÉLAÜS 63
@
@s s
@ B ⇤ = [0 : 1 : 0]
A
@ C⇤ = [0 : 0 : 1]
@
@
@
@s A⇤ = [1 : 0 : 0]
@
@
@
@
@
@
B
@ C
0 b c0
a0 0 c
a b0 0
est nul (ceci était la démonstration du th. de Ménélaüs). Or ce déterminant vaut abc a0 b0 c0 .
On obtient ainsi que le théorème de Céva est le « dual projectif » du théorème de Ménélaüs
(et réciproquement).
Théorème 17.1 (de Pappus dual). — Dans un plan projectif, soient I, I 0 deux points
distincts et D1 , D2 , D3 (resp. D01 , D02 , D03 ) trois droites distinctes passant par I (resp. I 0 )
et distinctes de la droite (II 0 ). Notons Q1 (resp. R1 ) le point de concours de D2 et D03
(resp. D02 et D3 ) et définissons de même Q2 , R2 , Q3 et R3 . Alors les droites (Q1 R1 ), (Q2 R2 )
et (Q3 R3 ) sont concourantes.
D03 D02
D1 C ⌘ 0
⌘ D1
C ⌘
D3 ⌘
D2 ACC ⌘0
⌘ I
AC ⌘
⌘
AC ⌘
IA
C R ⌘⌘
As
@ CA ⌘3⌘
@ C⌘
@ ⌘ C A
⌘
s ⌘ Q3 CCs A
A
R@
2@⌘
⌘ A
⌘ @ C
As
⌘ @ A
⌘ C
@s C
@ C AQ1
Cs
A
O @@ Q A
C 2
C@
R1 s C @
C @
C @
C
Par contre, on va voir que le théorème de Desargues est « auto-dual ». Même si cela
ne fournit pas un nouveau théorème, cette « autodualité » du théorème de Desargues est
intéressante. Plaçons-nous dans un plan projectif P(V ). Commençons par rappeler les hy-
pothèses du théorème de Desargues.
17. DUALITÉ ET THÉORÈMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 65
obtient dix points et dix droites deux à deux distincts. Le point O peut appartenir ou pas à
la droite D : voir les deux figures ci-dessous.
b) Cas dégénéré : O est égal à l’un des points A, B, C, A0 , B 0 , C 0 , disons A. Alors on
a trois égalités de points : A = O, B 0 = C1 et C 0 = B1 , et trois égalités de droites :
(BB 0 ) = (AB), (CC 0 ) = (AC) et D = (B 0 C 0 ). Si O 62 D, on obtient ainsi 7 points et
7 droites deux à deux distincts. Si O 2 D, on obtient deux égalités de points (resp. de
droites) en plus, par exemple A = B 0 et C = A1 (resp. (A0 A) = (A0 B 0 ) et (C 0 C) = D),
d’où seulement 5 points et 5 droites.
Avant de commencer la démonstration, donnons deux figures correspondant au cas « non
dégénéré » ; dans la première on a O 62 D et dans la seconde O 2 D :
HH
H@
H@H@
HH
A@ HH B0
@ H @
@ HHC O @C 0
@ HH @ 0
B@ HH @A
@ HH @
@ HH @
@ HH @
@ H
@H
HH D
A1 @
C1 B@
1
@ @ HH
@ @ H
D !!
⇢
B0
!
!!!! ⇢⇢
!
!
!! ⇢
!
!!!! ⇢
!
!
!⇠⇠ ⇢
B1XX
HHXXC!!!!
0 !
⇠ ⇢
!
⇠X
!H X⇠⇠
X
X
B
!H
⇠⇠⇠ XX
XXXX ⇢⇠
⇠
A1 ! C H ⇠ ⇠
⇢
⇠ ⇠A⇠⇠
⇠H ⇢
⇢A0
⇠⇠
O⇠ ⇢
⇢
⇢
⇢
⇢
⇢
C1 ⇢
Démonstration. — Par dualité, on a les équivalences (i) , (iii) et (ii) , (iv). De plus, si
l’on a montré l’implication (ii) ) (i) et si (i) est vérifié alors (iii) l’est aussi et donc, par
l’implication précédente appliquée dans P(V ⇤ ), (iv) est vérifié et donc (ii) est vérifié. Donc
il suffit d’établir que (ii) ) (i), en tenant compte des cas dégénérés.
Supposons donc (AA0 ), (BB 0 ), (CC 0 ) concourantes en un point O. Alors, dans P(V ⇤ ), les
points a1 , b1 , c1 appartiennent à la droite ⌦ duale de O. Distinguons les cas suivants.
(1) O appartient à une des 6 droites (AB), (BC), (CA), (A0 B 0 ), (B 0 C 0 ), (C 0 A0 ), par
exemple à (AB). Si O était distinct de A et de B, alors la droite (AB) serait égale
à (OA) = (A0 A) et à (OB) = (B 0 B) donc on aurait (A0 A) = (B 0 B) contrairement à
l’hypothèse. Ceci montre que O = A ou B. Supposons par exemple O = A.
17. DUALITÉ ET THÉORÈMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 67
En e↵et, (A0 A) est distincte de (BAB 0 ) (resp. (CAC 0 )) car sinon on aurait (A0 A) = (BB 0 )
(resp. (A0 A) = (CC 0 )), et elle est distincte de (BC) car A, B, C sont non alignés.
De plus, D = (B 0 C 0 ) est distincte de (BC) par hypothèse, et elle est distincte de (A0 A)
et (A0 B 0 ) car A0 , B 0 , C 0 sont non alignés. Donc les seules égalités de droites possibles sont
l’égalité de D avec (CAC 0 ) ou (BAB 0 ), et l’égalité de (A0 A) avec (A0 B 0 ) ou (A0 C 0 ).
Si D = (CC 0 ) alors B 0 appartient à (CC 0 ) \ (BB 0 ) donc B 0 = O = A, et C appartient à
(BC) et à (CC 0 ) = (B 0 C 0 ) donc C = A1 . On obtient donc la configuration suivante de 5
points et 5 droites :
Q D
Q
Q
Q A 0
Q
Q C 0 =B1
Q
Q
Q
@ Q
Q
@ Q
@ Q O=A=B 0 =C1
Q
B@ Q
@ Q
Q
@ C=A1 Q
@
@
@
@
@
@
Q D
HQ
HQ
HQHH
A 0
QH
QH C 0 =B1
QH
Q HH
Q H
@ Q H
Q H
@ Q HH
O=A Q B 0 =C1
@ Q HH
B@ Q HH
@ Q HH
Q
@ Q H
C@
@
@ A1
@
@
@
Ceci achève l’analyse du cas où l’une des 6 droites (AB), (BC), (CA), (A0 B 0 ), (B 0 C 0 ), (C 0 A0 )
contient O.
(2) Considérons maintenant le cas où aucune de ces 6 droites ne contient O. Alors, par
dualité, la droite ⌦ de P(V ⇤ ) ne contient aucun des points c, a, b, c0 , a0 , b0 .
Dans ce cas, on peut appliquer la démonstration donnée au chap. 3, i.e. prenons ⌦ comme
droite à l’infini dans P(V ⇤ ). Alors les 6 points a, b, c, a0 , b0 , c0 sont dans le plan affine P =
P(V ⇤ ) ⌦ et les droites (ab) et (a0 b0 ) sont parallèles, ainsi que (bc) et (b0 c0 ) et (ca) et (c0 a0 ).
Ceci implique que les 6 points a, b, c, a0 , b0 , c0 sont distincts : en e↵et, si on avait par exemple
a = b0 , alors les droites parallèles (ab) et (a0 b0 ) seraient égales, et l’on aurait (aa0 ) = (aa0 )
contrairement à l’hypothèse. On est donc sous les hypothèses du théorème de Desargues
affine 7.2. Par conséquent, les droites (aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) sont concourantes en un point d
et donc, par dualité, les points A1 , B1 , C1 de P(V ) appartiennent à la droite D duale de d.
Ceci termine déjà la preuve de l’implication (ii) ) (i).
De plus, la démonstration du théorème 7.2 montre que les droites (aa0 ), (bb0 ), (cc0 ) sont
soit concourantes en un point d 2 P qui est distinct des six points,(5) soit parallèles, et en
ce cas elles ne sont parallèles à aucune des droites (ab), (bc), (ca), donc coupent la droite
à l’infini ⌦ en un point d qui est distinct de a1 , b1 , c1 . On obtient donc que les dix points
a, b, c, a0 , b0 , c0 , a1 , b1 , c1 , d de P(V ⇤ ) sont distincts, et donc les dix droites correspondantes
de P(V ) sont distinctes.
Comme ceci est exclusif du cas dégénéré traité en (1), on obtient ainsi, en tenant compte
de la dualité, les deux situations a) et b) du théorème.
! !
(5)
car aa0 = (1 )ad, etc.
CHAPITRE 4
BIRAPPORT
(1)
Dans tout ce chapitre, k désigne un corps.
Notation 18.1. — L’espace projectif P1 (k) est l’ensemble des coordonnées homogènes
[x, y], où (x, y) 6= (0, 0) et [x, y] = [ x, y] pour tout 2 k ⇥ . En particulier, si y 6= 0, on a
[x, y] = [x/y, 1].
On identifie tout élément x de k avec le point [x, 1] de P1 (k). D’autre part, on note 1
l’unique point de P1 (k) pour lequel y = 0, i.e. 1 = [1, 0] (= [t, 0] pour tout t 2 k ⇥ ). On
obtient ainsi : (2)
(†) P1 (k) = k t {1} = [x, 1] | x 2 k t [1, 0] .
(1)
Version du 18 oct. 2016.
(2)
Le symbole t désigne une réunion disjointe.
70 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
(ii) On a :
✓ ◆
0 a b a
(2 ) ·1= .
c d c
a ax + b
Si k = R ou C muni de sa valeur absolue, est la limite du rapport lorsque |x|
c cx + d
0
tend vers +1. Pour un corps quelconque k, (2 ) s’obtient en revenant à (1) appliqué à
1 = [1, 0].
Proposition 18.4. — (i) GL2 (k) agit transitivement sur RP(k 2 ) et le stabilisateur de
chaque repère est le sous-groupe H des homothéties.
(ii) Par conséquent, PGL2 (k) = GL2 (k)/H agit de façon libre et transitive sur RP(k 2 ).
(3)
Voir 12.3 pour la définition lorsque dim(V ) = n + 1.
18. BIRAPPORT POUR L’AGRÉGATION 71
Remarque 18.6. — Si (p0 , p1 , p2 ) = (1, 0, 1), i.e. si [x1 , y1 ] = [1, 0], [x2 , y2 ] = [0, 1] et
[x3 , y3 ] = [1, 1], alors pour tout p4 = [x4 , y4 ] on a :
x4 y4
[1, 0, 1, p4 ] = , = p4 .
1 1
Rappel 18.7. — On rappelle que GL2 (k) est engendré par les matrices
✓ ◆ ✓ ◆ ✓ ◆
0 1 1 ↵ µ 0
S= , U (↵) = , H(µ) = , pour ↵ 2 k, µ 2 k ⇥ ,
1 0 0 1 0 1
qui correspondent respectivement aux homographies x 7! 1/x, x 7! x + ↵, et x ✓ 7! µx.◆En
1 0
e↵et, en conjuguant U (↵) resp. H(µ) par S on obtient aussi les matrices U 0 (↵) = et
↵ 1
✓ ◆
1 0
H 0 (µ) = et l’on sait que toute matrice A 2 GL2 (k) peut être ramenée à la matrice
0 µ
identité I2 par des opérations élémentaires, i.e. multiplication par une matrice d’un des
types précédents.
Lemme 18.8. — Le birapport est invariant par l’action de GL2 (k), i.e. on a :
⇥ ⇤
g(p1 ), g(p2 ), g(p3 ), g(p4 ) = [p1 , p2 , p3 , p4 ]
pour tout (p1 , p2 , p3 , p4 ) 2 RP(k 2 ) ⇥ P1 (k) et g 2 GL2 (k).
Théorème 18.9. — Deux éléments (p1 , p2 , p3 , p4 ) et (q1 , q2 , q3 , q4 ) de RP(k 2 )⇥P1 (k) sont
conjugués (de façon unique) par l’action de PGL2 (k) ssi [p1 , . . . , p4 ] = [q1 , . . . , q4 ].
Démonstration. — S’il existe g 2 PGL2 (k) tel que qi = g(pi ) pour i = 1, . . . , 4 alors
[q1 , . . . , q4 ] = [p1 , . . . , p4 ] d’après le lemme précédent.
Réciproquement, supposons [q1 , . . . , q4 ] = [p1 , . . . , p4 ]. D’après la proposition 18.4, il
existe g, h 2 PGL2 (k) (uniques) envoyant respectivement (p1 , p2 , p3 ) et (q1 , q2 , q3 ) sur
(1, 0, 1). On a donc h 1 g(pi ) = qi pour i = 1, 2, 3 (et h 1 g est l’unique homographie
ayant cette propriété).
D’autre part, d’après 18.6 et 18.8, on a :
g(p4 ) = [1, 0, 1, g(p4 )] = [p1 , . . . , p4 ] = [q1 , . . . , q4 ] = [1, 0, 1, h(q4 )] = h(q4 ),
d’où aussi h 1 g(p4 ) = q4 .
(4)
Voir plus loin (19.2) pour une autre démonstration.
72 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
D’autre part, on veut que g(e1 +e2 ) = µe1 + e2 soit colinéaire à ae1 +be2 , ce qui équivaut
à bµ = a . Posant ⌫ = /b = µ/a, on a donc = b⌫ et µ = a⌫, d’où :
✓ ◆ ✓ ◆
0 a⌫ 0 a
g= =⌫ .
b⌫ 0 b 0
Il en résulte que h = g est l’unique homographie échangeant A et D et envoyant B sur E.
Comme h2 = id, on a donc aussi h(E) = B, d’où (i). La proposition est démontrée.
1
Enfin, comme c = (12)(23), c = (23)(12) et (13) = (12)(23)(12) on obtient :
1 1 t
Rc (t) = , Rc 1 (t) = 1 , R(13) (t) = .
1 t t t 1
Ceci prouve (i) et (ii).
Enfin, tout 2 S4 s’écrit de façon unique = v⇡( ) avec v 2 V4 . Alors, pour tout
! 2 Q⇥ on a, d’après (i) et 18.12 ou 18.14 :
[ · !] = [v⇡( ) · !] = [⇡( ) · !] = R⇡( ) ([!]).
Ceci prouve (iii).
Remarque 18.16. — Comme P1 (F2 ) n’a que trois éléments : 0, 1, 1, il découle de la démonstration
précédente que PGL2 (F2 ) ' S3 .
On décrit plus bas les di↵érents cas, en supposant pour simplifier que car(k) > 3. (On
laisse aux lecteurs intéressés la discussion des cas particuliers en caractéristique 2 ou 3.)
(5)
Il y a de nombreuses autres caractérisations géométriques des divisions harmoniques, voir les TD.
76 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
(6)
On utilise que car(k) 6= 3 pour dire que les polynômes X 2 ± X + 1 sont irréductibles ; si car(k) = 3 ils
sont égaux respectivement à (X ⌥ 1)2 .
(7)
L’auteur aurait envie de dire simplement « équiharmonique », mais « équianharmonique », bien que
difficile à prononcer, est la terminologie standard.
(8)
Dans le cas général, il faut supposer que le corps k contient une racine primitive 6-ème de l’unité, donc
on ne peut pas prendre k = R. Mais on pourrait prendre le corps Q[X]/(X 2 X + 1).
19. (n + 1)-RAPPORT DE n + 3 POINTS DANS P(V ), OÙ dim(V ) = n + 1 77
est une orbite sous G. En e↵et, pour toute homographie h : Pn (k) ! P(V ) fixée, on a :
Homog Pn (k), P(V ) = {gh | g 2 G} et donc ✓(↵) est la G-orbite du point (h(R0 ), h(↵))
de X. De plus, par définition de , on a (h(R0 ), h(↵)) = h 1 h(↵) = ↵, d’où (✓(↵)) = ↵.
Donc ✓ est une application Pn (k) ! X/G telle que ( ✓)(↵) = ↵ pour tout ↵ 2 Pn (k).
D’autre part, soient (R, q) 2 X, O sa G-orbite, h l’unique homographie Pn (k) ! P(V )
telle que h(R0 ) = R, et ↵ = h 1 (q). Par définition, on a (O) = (R, q) = ↵ et donc
(R, q) = (h(R0 ), h(↵)) appartient à ✓(↵), d’où O = ✓( (O)). Ceci montre que ✓ et sont
des bijections réciproques l’une de l’autre, ce qui prouve (ii).
(9)
Cette terminologie est due à l’auteur, donc n’est peut-être pas standard.
78 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
(iii) Choisissons arbitrairement des vecteurs v0 , . . . , vn+2 tels que [vi ] = qi pour tout i.
Alors C = (v0 , . . . , vn ) est une base de V donc on peut écrire de façon unique
(⇤) vn+1 = 0 v0 + ··· + n vn , vn+2 = µ0 v0 + · · · + µn vn
et l’on a i 6= 0 pour tout i puisque R = (q0 , . . . , qn+1 ) est un repère de V . Pour tout
i = 0, . . . , n, notons fi : V ! k la forme linéaire définie par fi (u) = détC (v0 , . . . , u, . . . , vn ),
où u se trouve à la i-ème place (à la place de vi ). Alors il résulte de (⇤) et des propriétés
du déterminant que l’on a :
(⇤⇤) fi (vn+1 ) = i, fi (vn+2 ) = µi .
Soit g l’application linéaire V ! k n+1 envoyant i vi sur ei pour i = 0, . . . , n ; alors
g(vn+1 ) = e0 + · · · + en donc l’homographie h : P(V ) ! Pn (k) définie par g envoie R sur
P
R0 , d’où (x) = h(qn+2 ) = [g(vn+2 )]. De plus, comme vn+2 = ni=0 µi vi , on a :
n
X n
X µi
g(vn+2 ) = µi g(vi ) = ei
i=0 i=0 i
Enfin, si on remplace C par une base arbitraire B de V , on a détB (·) = détB (C ) détC (·),
donc le numérateur et le dénominateur dans la formule ci-dessus sont tous deux multipliés
par le scalaire détB (C ) 6= 0 donc le quotient est inchangé. Ceci prouve la formule (?).
Corollaire 19.2. — Soient P(V ) et P(V 0 ) deux espaces projectifs de même dimension n
et soit f : P(V ) ! P(V 0 ) une homographie. Alors « f préserve le (n+1)-rapport », i.e. pour
tout (q0 , . . . , qn+2 ) 2 X(V ) = RP(V ) ⇥ P(V ), on a :
[f (q0 ), . . . , f (qn+2 )] = [q0 , . . . , qn+2 ].
Démonstration. — Notons R0 le repère standard de Pn (k) et soit (q0 , . . . , qn+2 ) = (R, qn+2 )
un élément de X(V ).
D’après 12.7 (iv), R 0 = f (R) est un repère projectif de P(V 0 ) ; soit h0 l’unique homo-
graphie P(V 0 ) ! Pn (k) telle que h0 (R 0 ) = R0 . Alors h = h0 f est l’unique homographie
P(V ) ! Pn (k) telle que h(R) = R0 . Donc, par définition du (n + 1)-rapport dans P(V 0 ) et
P(V ), on a :
[f (q0 ), . . . , f (qn+1 ), f (qn+2 )] = h0 f (qn+2 ) = (h0 f )(qn+2 ) = [q0 , . . . , qn+1 , qn+2 ].
Proposition 19.3. — Soient P(V ) et P(V 0 ) deux espaces projectifs de même dimension n et soit f :
P(V ) ! P(V 0 ) une application bijective. Les conditions suivantes sont équivalentes :
19. (n + 1)-RAPPORT DE n + 3 POINTS DANS P(V ), OÙ dim(V ) = n + 1 79
(i) Il existe un repère projectif R = (q0 , . . . , qn+1 ) de P(V ) tel que (f (q0 ), . . . , f (qn+1 )) soit un repère
projectif R 0 de P(V 0 ), et pour tout x 2 P(V ) on a :
(ii) L’assertion précédente est vérifiée pour tout repère projectif R de P(V ).
(iii) f est une homographie.
On peut résumer ceci en disant que : « f est une homographie ssi elle préserve le (n + 1)-rapport ».
Démonstration. — On a déjà vu (iii) ) (ii) et (ii) ) (i) est évident. Supposons (i) vérifié. Soit h (resp. h0 )
l’unique homographie de P(V ) (resp. P(V 0 )) sur Pn (k) telle h(R) (resp. h0 (R 0 )) égale R0 . Par définition
du (n + 1)-rapport dans P(V 0 ) et P(V ), on a :
À la lumière de ce qui précède, revenons sur le birapport. Soit D = P(W ) une droite
projective (i.e. dim(W ) = 2). Dans ce cas, trois points p1 , p2 , p3 de D forment un repère
projectif ssi ils sont deux à deux distincts. Soit B = (e0 , e1 ) une base de W et notons [x, y]
les coordonnées homogènes correspondantes.
La définition 19.1 du birapport permet de déterminer sans calcul les birapports « per-
mutés » [·] ⌧ pour ⌧ = (12) ou (23) puis, par composition, pour tout ⌧ 2 S3 (cf. 18.15) :
1
[p2 , p1 , p3 , q] = et [p1 , p3 , p2 , q] = 1
80 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
(10)
(avec 1/0 = 1 et 1/1 = 0 et 1 1 = 1). Par conséquent, on a l’hexagone suivant :
[p1 , p2 , p3 , q] =
(12) (23)
v
1 (
[p2 , p1 , p3 , q] = [p1 , p3 , p2 , q] = 1
(23) (12)
✏ ✏
1 1
[p2 , p3 , p1 , q] = 1 [p3 , p1 , p2 , q] =
1
(12) (23)
' w
[p3 , p2 , p1 , q] =
1
Démonstration. — Soit h : D ! P1 l’unique homographie envoyant le triplet (p1 , p2 , p3 )
sur le triplet standard (1, 0, 1), alors h(q) = .
D’autre part, h envoie le triplet (p2 , p1 , p3 ) sur le triplet (0, 1, 1) ; pour mettre celui-ci
« dans le bon ordre », il faut composer avec l’homographie qui échange 0 et 1 et fixe
1. Celle-ci est donnée par ([x, y]) = [y, x], i.e. échange 0 = [0, 1] et 1 = [1, 0] et, pour
tout t 2 k ⇤ , on a :
⇥1 ⇤ 1
(t) = ([t, 1]) = [1, t] = , 1 = .
t t
Ainsi, h envoie (p2 , p1 , p3 ) sur (1, 0, 1) et donc [p2 , p1 , p3 , q] = (h(q)) = ( ). Ceci
prouve la première égalité (y compris les cas particuliers 1/0 = (0) = 1 et 1/1 = (1) = 0).
La deuxième s’obtient de façon analogue : h envoie (p1 , p3 , p2 ) sur le triplet (1, 1, 0) ; pour
mettre celui-ci « dans le bon ordre », il faut composer avec l’homographie ⌧ qui échange 0
et 1 et fixe 1. Celle-ci est donnée par ⌧ ([x, y]) = [y x, y], i.e. ⌧ (1) = 1 et, pour tout
t 2 k, on a :
⌧ (t) = ⌧ ([t, 1]) = [1 t, 1] = 1 t.
Ainsi, ⌧ h envoie (p1 , p3 , p2 ) sur (1, 0, 1) et donc [p1 , p3 , p2 , q] = ⌧ (h(q)) = ⌧ ( ). Ceci
prouve la seconde égalité (y compris le cas particulier 1 1 = ⌧ (1) = 1).
Enfin, comme les transpositions (12) et (23) engendrent S3 , l’hexagone s’obtient en pro-
cédant de façon répétée à des échanges des places 1, 2 ou 2, 3.
(ii) Plus précisément, c’est le birapport des quatre points i de la droite projective ⇢
P(V ⇤ ) correspondant au pinceau des droites passant par I.
D3 D2 D1
@ A
@ A
@ A
D4 H @ A
HH @ A
HH @AA
@ D
HH@A
HH I
P(V ) @
AH P(V ⇤ )
A HH
@
A@ Hp 4 1 2 3 4
A @ HHH
p3 A @ HH
p2 A @
A @
p1 A @ [p1 , p2 , p3 , p4 ] = [ 1 , 2 , 3 , 4 ]
A @
A @
Plus généralement, on a la :
``` P(W )
```
``
@A
A@
A @
A @ D
A @
A @ ⇠⇠⇠⇠
s ⇠
⇠⇠ ⇠
A @
⇠⇠s A p3 @
P(V ) A⇠⇠ @ P(V ⇤ )
⇠s
⇠ p2 1 2 3 0
⇠⇠⇠ p1 A @
⇠⇠s
A @
A @
⇠⇠⇠⇠⇠ p0 A@ @ [p0 , p1 , p2 , p3 ] = [ 0 , 1 , 2 , 3 ]
⇠⇠ A@ @
A A @ @
A A @ @
``` ``` A`` A @ ``
``` ``` ``` ``` @
`` `` ``` A ```
@
H0 H1 H2 H3
82 CHAPITRE 4. BIRAPPORT
(11)
Et, d’après la Prop. 11.15, la direction de chaque Hi est Hpi \ E = W .
b 1 ), P(H
Et ce scalaire est le birapport des hyperplans projectifs H1 = P(E), P(H
(12) b 2 ), P(H
b 3 ) de P(E
b )=
P(V ), qui appartiennent au pinceau de centre P(W ), où W ⇢ E est la direction commune des Hi .
CHAPITRE 5
Les passages en petits caractères 23.8 et 23.12 n’ont pas été traités en cours et peuvent être omis.
Exemple 21.2. — Soit A = k[X1 , . . . , Xr ] l’algèbre des polynômes sur k en r variables ; pour
tout r-uplet a = (a1 , . . . , ar ) 2 Nr on note X a le monôme X1a1 · · · Xrar . Alors la multiplication
m : A⇥A ! A est définie par X a ·X b = X a+b et la condition que m soit k-bilinéaire. C’est-à-dire,
P P
pour P = a2Nr ↵a X a et Q = b2Nr b X b arbitraires, on a :
X X
P · Q = m(P, Q) = ↵a b m(X a , X b ) = ↵a b X a+b .
a,b2Nr a,b2Nr
(1)
Version du 26/10/2016.
84 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(3) Dans ce cas, on dit que l’application Q : V ! k, x 7! Q(x) = (x, x) est la forme
quadratique définie par . Pour tout 2 k et x, y 2 V , on a Q( x) = 2 Q(x) et :
Q(x + y) = (x + y, x + y) = (x, x) + (x, y) + (y, x) + (y, y)
(†) = Q(x) + Q(y) + 2 (x, y).
Donc est déterminée par Q, i.e. :
1
(⇤) (x, y) = Q(x + y) Q(x) Q(y)
2
et, si Q est donnée, on dit que est la forme polaire de Q.
(4) En remplaçant y par y dans la formule (†), on obtient Q(x y) = Q(x) + Q(y)
2 (x, y) d’où la formule également utile :
1
(⇤⇤) (x, y) = Q(x + y) Q(x y) .
4
Remarque. — Pour vérifier qu’une application : V ⇥ V ! k est une forme bilinéaire symétrique, il
suffit de voir que (x, y) = (y, x) et que est linéaire en la première variable, car ces deux conditions
entraı̂nent alors la linéarité en la deuxième variable.
Démonstration. — Seul les points (v) et (vii) nécessitent une démonstration. Donnons-en
deux pour (v). Écrivons C = (f1 , . . . , fn ) et posons B = MatC ( ).
P
1ère démonstration. Écrivons fi = nr=1 pri er pour tout i. Alors
n
X n
X n
X
bij = (fi , fj ) = pri psj (er , es ) = pri psj ars = (t P )ir ars psj = (t P AP )ij .
r,s=1 r,s=1 r,s=1
Définition 21.5 (importante). — Soit une fbs sur V ; notons ✓ l’application linéaire
V ! V ⇤ , x 7! ( , x). C’est-à-dire :
(i) Pour tout x 2 V , ✓(x) est l’application V ! k, y 7! (y, x). La linéarité de en
la première variable signifie que y 7! (y, x) est une forme linéaire sur V , donc on a bien
✓(x) 2 V ⇤ .
(2)
On verra plus bas qu’on peut trouver une base C dans laquelle la matrice de est diagonale ; alors le
rang est le nombre de coefficients diagonaux non nuls.
86 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(ii) La linéarité de en la deuxième variable entraı̂ne alors que ✓ est linéaire i.e. que
✓( x + x0 ) = ✓(x) + ✓(x0 ) (égalité de formes linéaires) ; en e↵et, pour tout y 2 V on a :
✓( x + x0 )(y) = (y, x + x0 ) = (y, x) + (y, x0 ) = ✓(x)(y) + ✓(x0 )(y).
Proposition 21.6. — Soient B une base de V , B ⇤ la base duale de V ⇤ et A = MatB ( ).
Alors A est la matrice de ✓ dans les bases B (au départ) et B ⇤ (et l’arrivée), notée
MatB⇤ ,B (✓).
Démonstration. — Écrivons B = (e1 , . . . , en ) et B ⇤ = (e⇤1 , . . . , e⇤n ). Pour tout f 2 V ⇤ ,
P
son écriture f = ni=1 ci e⇤i est donnée par ci = f (ei ). Pour f = ✓(ej ) on a : ✓(ej )(ei ) =
P
(ei , ej ) = aij et donc ✓(ej ) = ni=1 aij e⇤i . Ceci montre que MatB⇤ ,B (✓) = A.
⇠
Corollaire 21.7. — (ou Q) est non dégénérée ssi ✓ est un isomorphisme V ! V ⇤ .
Dans le cas contraire, on dit que Q est dégénérée et son noyau N (Q) égale Ker(✓).
Définition 21.8 (Orthogonalité). — Soit une fbs sur V .
(i) On dit que deux vecteurs x, y 2 V sont orthogonaux (pour ) si (x, y) = 0.
Plus généralement, on dit que deux sous-ensembles X, Y de V sont orthogonaux si l’on a
(x, y) = 0 pour tout x 2 X et y 2 Y . On notera X?Y pour signifier que X et Y sont
orthogonaux.
(ii) Pour tout sous-ensemble Y de V , son orthogonal (relativement à ), noté Y ? , est :
(?) Y ? = {x 2 V | (x, y) = 0, 8y 2 Y }.
Remarquons au passage que V ? = N ( ).
(iii) Y ? est un sous-espace vectoriel de V (même si Y n’en est pas un) ; de plus, on
a les propriétés suivantes :
(??) Y ⇢ Z =) Z ? ⇢ Y ? et Y ? = Vect(Y )?
en particulier, si Y est un sous-espace vectoriel F de V et si (f1 , . . . , fp ) est une famille
génératrice de F , alors
F ? = {f1 , . . . , fp }? = {x 2 V | (x, fi ) = 0, 8i = 1, . . . , p}.
Théorème 21.9 (Orthogonalité pour non dégénérée). — Soit une fbs non dé-
générée sur V et soit F un sev de V .
21. RAPPELS SUR LES FORMES QUADRATIQUES 87
Remarque 21.12. — Attention ! Même si est non dégénérée, F ne l’est pas nécessairement. Par
exemple, soit la forme polaire de la forme quadratique Q(x1 x2 ) = x1 x2 sur R2 , elle est non dégéné-
rée mais sa restriction à chaque droite isotrope D1 = Re1 ou D2 = Re2 est nulle, donc dégénérée.
88 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
Démonstration. — (i) Procédons par récurrence sur n = dim(V ). Il n’y a rien à montrer
si n = 0 ou si = 0. On peut donc supposer n 1, le résultat établi pour n 1 et 6= 0.
Alors la forme quadratique Q est non nulle (cf. 21.3 (⇤)), donc il existe e1 2 V tel que
Q(e1 ) 6= 0. Posons F = ke1 ; comme (e1 , e1 ) 6= 0, alors F \ F ? = {0} et donc, d’après le
théorème 21.9, on a V = F F ? .
Par hypothèse de récurrence, il existe une base (e2 , . . . , en ) de F ? telle que (ei , ej ) = 0
pour i 6= j. Alors (e1 , e2 , . . . , en ) est une base de V orthogonale pour . Ceci prouve (i).
(ii) est clair, car le rang de est le rang de la matrice A = MatB ( ), qui est diagonale
de coefficients diagonaux c1 , . . . , cn .
Enfin, (iii) découle du point (vii) de 21.4. On peut aussi le redémontrer comme suit :
Fixons un indice i > r ; comme la base B est orthogonale et comme (ei , ei ) = 0, alors
ei est orthogonal à tous les éléments de B donc appartient à N (Q). Ceci montre que
Pn
Vect(er+1 , . . . , en ) ⇢ N (Q). Réciproquement, si un élément v = j=1 aj ej appartient à
N (Q) alors, pour i = 1, . . . , r, l’égalité 0 = (ei , v) = ai ci donne ai = 0 (car ci 6= 0), donc
v 2 Vect(er+1 , . . . , en ).
(3)
Il suffit en fait que tout élément de k possède une racine carrée dans k, cf. la démonstration.
21. RAPPELS SUR LES FORMES QUADRATIQUES 89
r = p + q = p0 + q 0
Notons P+ le sous-espace de V engendré par les vecteurs ei tels que Q(ei ) 0. Ces vecteurs sont au
P
nombre de n q, donc dim P+ = n q. Soit x un élément arbitraire de P+ , écrivons x = i2I xi ei , avec
I = {1, . . . , p} [ {r + 1, . . . , n} ; alors, d’après (?), on obtient
p
X
(1) Q(x) = x2i Q(ei ) 0.
i=1
D’autre part, soit P 0 le sous-espace de V engendré par les vecteurs fj tels que Q(fj ) < 0. Ces vecteurs sont
Pp0 +q0
au nombre de q 0 , donc dim P 0 = q 0 . Soit y un élément non nul de P 0 , on peut écrire y = j=p0 +1 yj fj ,
avec au moins l’un des yj non nul (car y 6= 0). Alors, d’après (?) à nouveau, on obtient
0
pX +q 0
(2) Q(y) = yj2 Q(fj ) < 0.
j=p0 +1
d’où q q 0 . Échangeant les rôles des bases B et C , on obtient de même q 0 q, d’où q = q 0 , puis
p = r q = r q 0 = p0 . Ceci prouve (i).
Prouvons (iii). Soit B = (e1 , . . . , en ) comme ci-dessus ; pour i = 1, . . . , p + q, notons ci la racine carrée
de |Q(ei )| et remplaçons ei par ci 1 ei ; on obtient ainsi une base orthogonale ayant la propriété désirée.
90 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
Remarquons tout de suite que, pour un point p = [x] de Pn (k), le point x de k n+1 n’est
défini qu’à homothétie près donc on ne peut pas parler de la valeur de Q en p, mais comme
Q est un polynôme homogène de degré 2 alors Q( x) = 2 Q(x) pour tout 2 k ⇥ , donc le
fait que Q(x) soit nul ne dépend que de p, ce qui justifie la définition de V (Q). Lorsque
n = 2, on dit « conique » au lieu de quadrique.
Même si l’on ne s’intéressera dans la suite qu’aux quadriques (et surtout aux coniques),
nous donnons ci-dessous des définitions générales, en guise d’introduction à la géométrie
algébrique.
(4)
On suppose P non constant car V (P ) = k n si P = 0, tandis que V (P ) = ? si P est une constante 6= 0.
(5)
On note V pour « Variété » ; d’autres auteurs notent Z(P ) pour « Zéros ».
22. QUADRIQUES ET CONIQUES PROJECTIVES, THÉORÈME DE PASCAL 91
est une « honnête » hyperbole, et le fait que VR (P1 ) = ? signifie simplement que cette
hyperbole « complexe » n’a pas de « points réels ». On verra bien d’autres exemples de la
sorte dans la suite.
Toutefois, nous ne voulons pas imposer à k d’être algébriquement clos, car précisément on
veut pouvoir étudier des courbes algébriques dans R2 telles que cercles, ellipses, hyperboles
et paraboles...
(6)
Par contre, on ne peut pas parler de la « valeur » de P au point [x].
92 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
Remarque. — Attention ! Il ne faut pas confondre le cône isotrope C(Q) = {x 2 V | Q(x) = 0} avec le
sev N (Q) = {x 2 V | 8y 2 V, (x, y) = 0}. On a toujours N (Q) ⇢ C(Q) mais l’inclusion est en général
stricte : dans les deux exemples précédents Q est non dégénérée donc N (Q) = {0}, tandis que C(Q) est
un cône 6= {0}.
Exemple 22.7 (important). — Décrivons tout d’abord les quadriques d’une droite pro-
jective D = P(E), où dim(E) = 2. Soit Q une forme quadratique sur E et soient B =
(e0 , e1 ) une base de E orthogonale pour Q et (x0 , x1 ) les coordonnées correspondantes.
Quitte à échanger e0 et e1 on peut supposer que = Q(e0 ) est 6= 0 ; alors en rempla-
çant Q par 1 Q (ce qui ne change pas la quadrique) on se ramène au cas où Q(e0 ) = 1, d’où
Q(x0 , x1 ) = x20 x21 , pour un certain 2 k. Distinguons les cas suivants :
(i) = 0, d’où Q(x0 , x1 ) = x20 . Dans ce cas, V (Q) est formée d’un point « double »,
i.e. c’est le point p = [0, 1] de D « compté deux fois ».
(ii) 6= 0. Soit ↵ une racine carrée de dans le corps algébriquement clos k, alors
Q(x0 , x1 ) = (x0 ↵x1 )(x0 + ↵x1 ). Donc V (Q) est formée des deux points distincts [↵, 1] et
[ ↵, 1]. Ces deux points sont dans P(E) ssi ↵ 2 k ; sinon, notant k 0 l’extension quadratique
k[↵] = k[T ]/(T 2 ) de k, ils sont dans P1 (k 0 ).(7)
Plus précisément, ils sont dans P(Ek0 ), où Ek0 désigne le k 0 -espace vectoriel déduit de E par extension
(7)
a) QE = 0 et D ⇢ V (Q).
b) QE est non dégénérée. Alors D \ V (Q) est formée de deux points distincts p 6= q
(éventuellement à coordonnées dans une extension quadratique de k).
c) QE est de rang 1. Alors D \ V (Q) est formée d’un seul point p.
Démonstration. — On a QE = 0 ssi V (QE ) = D, et ceci équivaut à D ⇢ V (Q). Supposons
donc QE 6= 0. Soit (e0 , e1 ) une base orthogonale de E. Comme dans l’exemple précédent,
on se ramène au cas où Q(e0 ) = 1 et l’on pose alors Q(e1 ) = . Sous ces conditions, on a
D \ V (Q) = {[xe0 + ye1 ] | x2 + y 2 = 0}
où (x, y) 6= (0, 0).
Supposons QE non dégénérée, i.e. 6= 0. Notons ↵ une racine carrée de (éventuellement
dans une extension quadratique k 0 de k). Alors D \ V (Q) est formée des deux points
distincts p = [↵e0 + e1 ] et q = [ ↵e0 + e1 ].
Enfin, supposons QE de rang 1, i.e. = 0. Dans ce cas, D \ V (Q) est formée du « point
double » p = [e1 ] (défini par l’équation x2 = 0).
Corollaire 22.9. — Soit C = V (Q) une quadrique de P(V ). Si C contient trois points
d’une droite D alors C contient D.
Démonstration. — Ceci découle de la proposition précédente.
Avant d’énoncer le théorème sur la conique passant par cinq points donnés (22.12) et
celui de Pascal (22.14), qui nous intéresseront principalement dans le cas non dégénéré, on
a besoin d’énoncer quelques résultats qui nous permettront de traiter le cas dégénéré.
Proposition 22.10. — Soit C = V (Q) une conique d’un plan projectif P(V ). Supposons
que C contienne une droite D.
(i) Alors C est dégénérée.
(ii) Plus précisément, si l’on choisit des coordonnées homogènes [x, y, z] telles que D ait
pour équation Z = 0, alors Q = ZL(X, Y, Z) pour une certaine forme linéaire L.
(iii) Si L n’est pas multiple de Z, alors Q est de rang 2 et C est la réunion de D et de
la droite D0 d’équation L = 0. Sinon, Q = Z 2 est de rang 1 et dans ce cas on dit que C
est la « droite double » D.
Démonstration. — Soit la forme polaire de Q. Écrivons D = P(E), où E est un sev de V
de dimension 2. Par hypothèse, la restriction de Q à E est nulle, donc pour tout x, y 2 E
on a :
1
(x, y) = Q(x + y) Q(x) Q(y) = 0.
2
Soient (e1 , e2 ) une base de E, complétons-la en une base B = (e1 , e2 , e3 ) de V et notons
(x, y, z) les coordonnées dans cette base. Alors A = MatB ( ) est de la forme suivante :
0 1
0 0 a
@0 0 b A
a b c
où a = (e1 , e3 ), b = (e2 , e3 ) et c = Q(e3 ) ne sont pas tous nuls (car Q est supposée non
nulle). Alors on a
Q(X, Y, Z) = cZ 2 + 2Z(aX + bY ) = Z(2aX + 2bY + cZ),
94 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
ce qui donne (ii) avec L(X, Y, Z) = (2aX + 2bY + cZ). De plus, on voit que A est de rang
2 (car ses colonnes 1 et 2 sont liées), d’où (i).
Enfin, on voit que A est de rang 1 ssi a = 0 = b, ce qui correspond au cas où L est
multiple de Z. Le point (iii) en découle.
Démonstration. — Distinguons deux cas. (1) Supposons que trois points soient alignés sur
une droite D, par exemple p1 , p2 , p3 . Si une conique C contient les pi alors, d’après 22.9 et
22.10, elle contient D donc elle est dégénérée et est la réunion de D et d’une seconde droite
D0 . Alors, comme p4 et p5 ne sont pas sur D ils doivent être sur D0 et donc D0 = (p4 p5 ).
Ceci montre que, dans ce cas, D [ D0 est l’unique conique contenant les pi .
(2) Supposons maintenant que trois des pi ne sont jamais alignés. Alors (p1 , p3 , p5 , p2 ) (8)
forment un repère projectif et dans ce repère ils ont pour coordonnées homogènes respec-
tives : [1, 0, 0], [0, 1, 0], [0, 0, 1], et [1, 1, 1]. De même, p4 = [a, b, c] avec a, b, c tous non nuls et
deux à deux distincts (car si on avait, par exemple, c = 0 (resp. a = b) alors p1 , p3 , p4 (resp. p5 , p2 , p4 )
seraient alignés).
Soit Q(X, Y, Z) = ↵X 2 + Y 2 + Z 2 + uY Z + vZX + wXY une forme quadratique
arbitraire. Elle s’annule en p1 (resp. p3 , resp. p5 ) ssi ↵ = 0 (resp. = 0, resp. = 0), et
l’annulation en p2 et p4 équivaut aux deux équations linéaires en u, v, w suivantes :
u+v+w =0 et bc u + ca v + ab w = 0.
b c a
On en déduit w = u v puis b(c a) u + a(b c) v = 0, d’où v = u, puis
a b c
u ⇣ ⌘ c a b
w= u v= a(b c) b(a c) = u.
a(b c) a b c
Ceci détermine de façon unique Q, à homothétie près, i.e. en prenant u = a(b c) on
obtient que
Q(X, Y, Z) = a(b c)Y Z + b(c a)ZX + c(a b)XY
est l’équation de l’unique conique qui passe par le repère standard [1, 0, 0], [0, 1, 0], [0, 0, 1],
[1, 1, 1] et par le point [a, b, c]. (Celle-ci est non dégénérée d’après la remarque 22.11.)
(8)
Ce choix de numérotation est lié à la démonstration du théorème de Pascal 22.14 qui va suivre.
22. QUADRIQUES ET CONIQUES PROJECTIVES, THÉORÈME DE PASCAL 95
Théorème 22.14. — Soient A, B, C, D, E, F six points d’un plan projectif, dont trois ne
sont jamais alignés.
(i) (Théorème de Pascal) (10) Si ces points appartiennent à une même conique C
(nécessairement non dégénérée) alors, pour toute numérotation p1 , . . . , p6 , les points de concours
des trois paires de côtés opposés sont alignés.
(ii) Réciproquement, si pour une numérotation p1 , . . . , p6 les points de concours des trois
paires de côtés opposés sont alignés, alors il existe une unique conique C passant par
A, B, C, D, E, F .
(9)
En particulier, ces six points sont deux à deux distincts.
(10)
Blaise Pascal, mathématicien et philosophe français (1623-1662), qui fut l’élève de Desargues.
96 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
a u aw
Alors P1 , P2 , P3 sont alignés ssi le déterminant b v cv est nul, or on voit qu’il vaut :
b u cw
⇠
vw a(c b) + wu b(a c) + uv c(b a) = Q(u, v, w).
Ceci montre (ii), et aussi (i) puisque la numérotation p1 , . . . , p6 a été choisie arbitrairement.
p5
B p3
p1 B ⇥
A
@ B ⇥
B ⇥
⇢⇡
A@ B ⇥
A @ B⇥
PA @ BQ
A @ ⇥⇥ B
R
A @⇥ B
p4 A ⇥ @B
A ⇥ @B
A⇥ p6
p2
On voit donc qu’en passant aux coniques projectives, on fait disparaı̂tre la distinction
entre les trois sortes de coniques affines réelles non dégénérées (ellipses, hyperboles, para-
boles).
Terminons cette section en introduisant les notions de plan hyperbolique et de sev tota-
lement isotrope. Soient V un k-ev de dimension n 2, Q une forme quadratique sur V ,
sa forme polaire et N (Q) son noyau.
Lemme 22.16. — Soit E un sev de V et QE la restriction de Q à E.
(i) Alors QE est non dégénérée ssi E \ E ? = {0}. Dans ce cas, on a :
(ii) V = E E ? et : (iii) QE ? est non dégénérée.
Démonstration. — On a N (QE ) = {x 2 E | 8y 2 E, (x, y) = 0} = E \ E ? d’où (i).
Alors (ii) découle de 21.9 (ii).
Prouvons (iii). Soit B1 (resp. B2 ) une base de E (resp. E ? ) et A1 (resp. A2 ) la matrice
de QE✓(resp. Q◆E ? ) dans cette base. Alors B = B1 [B2 est une base de V et MatB (Q) égale
A1 0
A= , d’où dét(A) = dét(A1 ) dét(A2 ). Ceci est non nul (car Q est non dégénérée),
0 A2
d’où dét(A2 ) 6= 0 donc QE ? est non dégénérée.
Proposition 22.17. — Soit e1 2 V un vecteur isotrope tel que e1 62 N (Q). Alors :
(i) Il existe un vecteur isotrope e2 tel que (e1 , e2 ) = 1.
(ii) Soient E = Vect(e ✓ 1 , e2◆
) et QE la restriction de Q à E. Alors (e1 , e2 ) est une base de
0 1
E et Mat(e1 ,e2 ) (QE ) = donc QE est non dégénérée.
1 0
(iii) Par conséquent, V = E E ? .
Démonstration. — Comme e1 62 N (Q) il existe v 2 V tel que = (e1 , v) soit 6= 0.
1
Remplaçant v par v, on se ramène au cas où (e1 , v) = 1. Soit c = Q(v). Si c = 0 on
peut prendre e2 = v. Sinon, comme
Q(v + µe1 ) = Q(v) + 2µ (v, e1 ) = c + 2µ,
alors e2 = v (c/2)e1 vérifie Q(e2 ) = 0 et (e2 , e1 ) = 1. Alors e2 n’est pas colinéaire à
e1 , donc (e1 , e2 ) forme une base du sev E et la matrice de QE est comme indiqué. Ceci
montre que QE est non dégénérée. Ceci prouve (i) et (ii). Alors (iii) découle du lemme
précédent.
Définition 22.18. — Un sev E de dimension 2 de V est un plan hyperbolique s’il
possède une base (e1 , e2 ) comme ci-dessus. La proposition précédente démontre donc que
tout vecteur isotrope v 62 N (Q) appartient à au moins un plan hyperbolique.
Définition 22.19. — Un sev F de V est dit totalement isotrope si QF = 0, c.-à-d. si
(x, y) = 0 pour tout x, y 2 F .
Lemme 22.20. — Supposons Q non dégénérée. Alors, si F est un sev totalement isotrope
de dimension p, on a 2p n = dim(V ).
Démonstration. — Soit (f1 , . . . , fp ) une base de F . Comme Q est non dégénérée, l’appli-
cation ✓ : V ! V ⇤ est un isomorphisme, donc la famille ✓(f1 ), . . . , ✓(fp ) est libre. On
peut donc la compléter en une base C de V ⇤ . Soit (g1 , . . . , gn ) la base de V dont C est la
98 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
alors le cône isotrope C(Q) contient les deux sous-espaces de dimension p totalement iso-
tropes F1 = Vect(e1 , e3 , . . . , e2p 1 ) et F2 = Vect(e2 , e4 , . . . e2p ). Et donc la quadrique projec-
tive V (Q) = {[x1 , . . . , x2p ] 2 P2p 1 (k) | Q(x) = 0} contient les deux sous-espaces projectifs
P(F1 ) et P(F2 ), chacun de dimension p 1.
Ceci est un cas particulier de la définition d’hyperplan tangent en un point lisse (voir
plus bas) d’une hypersurface affine ou projective, que nous donnons plus bas après quelques
« rappels » sur les dérivées partielles et la di↵érentielle d’un polynôme.
P P
c.-à-d., pour P = a2Nr ↵a X a et Q = b2Nr bX
b
arbitraires, on a :
0 1
X XB X C
a+b
P ·Q= ↵a bX = @ ↵a b A X c .
a,b2Nr c2Nr a,b2Nr
a+b=c
Pour tout a 2 Nr , on pose |a| = a1 + · · · + ar et l’on dit que le monôme X a est de degré
P
total |a|. Si P = a2Nr ↵a X a est non nul, on appelle degré de P et l’on note deg(P ) le
plus grand des entiers |a| pour a tel que ↵a 6= 0 (il n’y a qu’un nombre fini de tels a).
Par exemple, le polynôme en 3 variables P = XY Z + 3Y 2 Z 2 + 27X 3 Y + Y 4 + 11Y 2 Z 3 2 Q[X, Y, Z] est
de degré 5.
La définition précédente reste valable en remplaçant k par n’importe quel anneau commu-
tatif A. On obtient ainsi l’anneau A[X1 , . . . , Xr ] des polynômes en r variables à coefficients
dans A.
Revenons à notre corps k et, pour tout i = 1, . . . , r, notons Ri l’anneau des polynômes
bi , . . . , Xr , où le b sur le Xi signifie que cette variable
sur k en les (r 1) variables X1 , . . . , X
a été omise. On a alors :
(⇤) bi , . . . , Xn ][Xi ] = Ri [Xi ],
k[X1 , . . . , Xn ] = k[X1 , . . . , X
i.e. tout élément P de k[X1 , . . . , Xn ] s’écrit de façon unique comme une somme finie P =
P s
s2N As Xi , où les As sont dans Ri et sont nuls sauf un nombre fini d’entre eux. Si P 6= 0
et si d est le plus grand entier tel que As 6= 0, on dit que P est de degré d en Xi et l’on
pose degXi (P ) = d. Ceci est bien sûr inférieur ou égal au degré total deg(P ) de P .
Ainsi, dans l’exemple précédent, on a :
P = (27X 3 Y + Y 4 ) + (XY ) Z + 3Y 2 Z 2 + 11Y 2 Z 3 2 k[X, Y ][Z] et degZ (P ) = 3,
3 2 3 2 4
= (XZ + 27X ) Y + (3Z + 11Z ) Y + Y 2 k[X, Z][Y ] et degY (P ) = 4,
= (3Y 2 Z 2 + 11Y 2 Z 3 + Y 4 ) + (Y Z) X + 27Y X 3 2 k[Y, Z][X] et degX (P ) = 3.
Démonstration. — (i) est immédiat et laissé au lecteur. Pour prouver (ii) on observe que,
pour Q fixé, les deux applications P 7! D(P Q) et P 7! D(P )Q + P D(Q) sont A-linéaires,
donc pour montrer qu’elles coı̈ncident il suffit de le faire lorsque P est un monôme X p ,
c.-à-d. il suffit de montrer que D(X p Q) = D(X p )Q + X p D(Q) pour tout Q 2 A[X].
Mais à nouveau, X p étant fixé, les deux applications Q 7! D(X p Q) et Q 7! D(X p )Q +
X p D(Q) sont A-linéaires, donc pour montrer qu’elles coı̈ncident il suffit de le faire lorsque
100 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(11)
En fait, ce qui suit est valable pour n’importe quel anneau commutatif k.
(12)
Dans la suite, on notera simplement @i P (a) au lieu de (@i P )(a).
23. HYPERPLANS TANGENTS À UNE HYPERSURFACE AFFINE OU PROJECTIVE 101
Démonstration. — Traitons d’abord le cas d’une translation. Soit F 2 R[X], où R est un anneau commu-
tatif, et soit r 2 R. Faisons le changement de variable Y = X r, i.e. X = Y + r. Alors F (X) = F (a + Y )
s’écrit comme un polynôme en Y , qu’on notera Q(Y ) et qui est déterminé par l’égalité Q(Y ) = F (a + Y ).
Montrons que :
(⇤) (@Y Q)(Y ) = (@X P )(Y + a).
Pd
En écrivant F = i=0 ↵i X , on se ramène à vérifier cette égalité lorsque F est un monôme X p , auquel
i
cas Q(Y ) = (Y + a)p . Alors, d’après la formule 23.3 (iii), on a (@Y Q)(Y ) = p(Y + a)p 1 = (@X F )(Y + a),
ce qui prouve (⇤).
Revenons à notre polynôme P 2 k[X1 , . . . , Xn ] et faisons le changement de variables Yi = Xi ai , de
sorte que a est le point défini par Yi (a) = 0 pour i = 1, . . . , n. On dit alors que le système de coordonnées
affines (Y1 , . . . , Yn ) est centré en a. Alors P (X1 , . . . , Xn ) = P (a1 + Y1 , . . . , an + Yn ) s’écrit comme un
polynôme en les Yi , qu’on notera Q(Y1 , . . . , Yn ) et qui est déterminé par l’égalité
Q(Y1 , . . . , Yn ) = P (a1 + Y1 , . . . , an + Yn ).
Fixons un indice i et considérons le 1er (resp. 2ème) membre comme un polynôme en Yi (resp. Xi ) à
coefficients dans l’anneau R = k[Y1 , . . . , Ybi , . . . , Yn ]. Alors, d’après (⇤) on a
(@Yi Q)(Y1 , . . . , Yn ) = (@Xi P )(a1 + Y1 , . . . , an + Yn )
et donc (@Yi Q)(0) = (@Xi P )(a) pour tout i. On voit donc que a est lisse dans les coordonnées Xi ssi il l’est
dans les coordonnées Yi , et dans ce cas en utilisant les coordonnées Yi l’hyperplan tangent est défini par :
n
X n
X
Ty=0 V (P ) = y = (y1 , . . . , yn ) | (@Yi Q)(0) yi = 0 = x = a + y | (@Xi P )(a)(xi ai ) = 0
i=1 i=1
Montrons enfin que la décomposition (?) ne dépend que du point choisi comme « centre des coordonnées »
(i.e. comme origine de l’espace affine E = k n ), et non du choix des coordonnées elles-mêmes (i.e. du choix
d’une base de l’espace vectoriel E = k n ).
Notons B la base canonique de k n et soient C une autre base, B = MatB (C ) la matrice de passage, et
(Y10 , . . . , Yn0 )
les coordonnées dans la base C . Alors on a la formule de changement de coordonnées
0 1 0 01
Y1 Y1
B .. C B .. C
@ . A=B@ . A
Yn Yn0
102 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(i) On dit que a est un point lisse de V (P ) si les dérivées partielles @i P , pour i =
0, . . . , n, ne s’annulent pas toutes au point a. Dans le cas contraire, on dit que a est un
point singulier de V (P ).
(ii) Si a est un point lisse de V (P ), l’hyperplan tangent à V (P ) au point a, noté
P
Ta V (P ) est l’hyperplan de Pn (k) d’équation ni=0 @i P (a) xi = 0, i.e. :
n
X
Ta V (P ) = [x] = [x0 , x1 , . . . , xn ] 2 P (k) | n
xi @i P (a) = 0 .
i=0
Pn
Remarquons qu’il passe bien par le point a, car on a i=0 ai @i P (a) = d · P (a) = 0, d’après
la formule d’Euler.
Le lien avec la définition dans le cas affine est donné par la proposition qui suit. Soit
a = [a0 , . . . , an ] 2 V (P ). Fixons un indice i0 tel que ai0 6= 0. Pour alléger la notation,
prenons i0 = 0 i.e. plaçons-nous dans le cas où a = [1, a1 , . . . , an ] appartient à l’espace
affine E complémentaire de l’hyperplan projectif H1 donné par l’équation x0 = 0. Comme
d’habitude, identifions E à l’hyperplan affine H = {(1, x1 , . . . , xn )} de k n+1 , et identifions
H à k n via (1, x1 , . . . , xn ) $ (x1 , . . . , xn ). Notons f 2 k[X1 , . . . , Xn ] le polynôme défini
par :
f (X1 , . . . , Xn ) = P (1, X1 . . . , Xn )
et notons b a = (a1 , . . . , an ) le point de k n correspondant à a 2 E . Alors, pour tout
i = 1, . . . , n, on a @i f (X1 , . . . , Xn ) = @i P (1, X1 . . . , Xn ) et donc, en particulier, @i f (b
a) =
@i P (a).
Proposition 23.11. — Avec les notations précédentes, on a :
(i) a est un point lisse de V (P ) ssi b
a est un point lisse de V (f ). Dans ce cas, on a :
(ii) Ta V (P ) \ E = Tba V (f ).
23. HYPERPLANS TANGENTS À UNE HYPERSURFACE AFFINE OU PROJECTIVE 103
ce qui est impossible. Donc il existe au moins un indice i 1 tel que @i P (a) = @i f (b
a) soit
non nul, donc b
a est un point lisse de V (f ). Ceci prouve (i).
Dans ce cas, Ta V (P ) \ E s’identifie à l’ensemble des points (x1 , . . . , xn ) de k n tels que
n
X n
X
(†) 0 = @0 P (a) + xi @i P (a) = @0 P (a) + xi @i f (b
a).
i=1 i=1
Pn Pn
Or, d’après la formule d’Euler, on a @0 P (a) = i=1 ai @i P (a) = i=1 ai @i f (b
a) et donc
l’égalité (†) se récrit en :
X n
0= (xi ai ) @i f (b
a)
i=1
Corollaire 23.12. — Soit P(V ) un espace projectif de dimension n. Soient [x0 , . . . , xn ] un système de
coordonnées homogènes, P 2 k[X0 , . . . , Xn ] un polynôme homogène de degré d 1 et V l’hypersurface
définie par P , i.e. :
V = [x0 , . . . , xn ] 2 P(V ) | P (x0 , . . . , xn ) = 0 .
(13)
Ceci est un cas particulier de la correspondance bijective entre sous-espaces affines de E = Pn (k) H1
et sous-espaces projectifs de Pn (k) non contenus dans H1 , cf. Prop. 11.15.
(14)
On pourrait démontrer directement l’indépendance des coordonnées dans le cas projectif, mais il est
plus rapide d’utiliser le travail déjà fait dans le cas affine.
104 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(ii) Un point p 2 V est lisse relativement aux coordonnées xi ssi il l’est relativement aux coordonnées yi et
dans ce cas, notant respectivement ai et bi ses coordonnées, on a :
n
X
Tp V = [x0 , . . . , xn ] 2 P(V ) | xi @Xi P (a0 , . . . , an ) = 0
i=0
Xn
= [y0 , . . . , yn ] 2 P(V ) | yi @Yi Q(b0 , . . . , bn ) = 0 .
i=0
Démonstration. — Soient B et C les bases de k n+1 (uniques à homothétie près) correspondant aux
coordonnées homogènes xi et yi . Notons aij , resp. a0ij , les coefficients de la matrice A = MatB (C ),
Pn
resp. A 1 = MatC (B). Alors on a xi = i=0 aij yj pour tout i = 0, . . . , n. Faisons le changement de
variables
Xn
8i = 0, . . . , n, Xi = aij Yj
i=0
Pn
(qui équivaut à Yi = i=0 a0ij Xj pour tout i). Alors il existe un unique polynôme Q 2 k[Y0 , . . . , Yn ] tel
que P (X0 , . . . , Xn ) = Q(Y0 , . . . , Yn ), et Q est homogène de degré d.
Si l’on remplace les bases B et C par des bases homothétiques µB et ⌫C alors A est changée en A,
où = µ 1 ⌫, et Q est changé en d Q. L’assertion (i) en découle.
Le point (ii) découle de la proposition 23.11 combinée à l’indépendance des coordonnées dans le cas
affine établie dans la proposition 23.8.
ce qui montre que dv Q est la forme linéaire 2 (v, ). En particulier, le point 0 = (0, . . . , 0)
est toujours un point singulier du cône isotrope C(Q), mais c’est le seul si Q est non
dégénérée. On a donc démontré la :
Proposition 23.13. — Soient Q une forme quadratique sur V , sa forme polaire, N (Q)
son noyau, C(Q) son cône isotrope et V (Q) ⇢ P(V ) la quadrique associée.
(i) Pour tout v 2 V , la di↵érentielle dv Q est la forme linéaire 2 (v, ). Par conséquent :
(ii) Si v 6= 0, alors v (resp. [v]) est un point singulier de C(Q) (resp. de V (Q)) ssi
v 2 N (Q).
(iii) Si v 2 C(Q) N (Q) alors Tv C(Q) = (kv)? et T[v] V (Q) = P (kv)? .
De plus, comme expliqué en 22.1, si le corps de base est R on peut être amené à considérer
des points de C(Q) ou V (Q) « à valeurs dans C ». Introduisons donc la notion d’extension
du corps de base :
23. HYPERPLANS TANGENTS À UNE HYPERSURFACE AFFINE OU PROJECTIVE 105
Si C = (f1 , . . . , fn ) est une autre base de V et si P = (pij )1i,jn est la matrice de passage alors la matrice
exprimant CK = (f1 ⌦1, . . . , fn ⌦1) dans la base BK n’est autre que P , qui appartient à GLn (k) ⇢ GLn (K)
donc est inversible. Par conséquent, CK est une autre base de K n .
Ceci nous conduit à noter VK le K-espace vectoriel ainsi défini. On dira que c’est le
K-espace vectoriel déduit de V par extension des scalaires de k à K.(15)
Ceci nous sera utile dans la situation suivante. Reprenons les notations précédentes : Q
une forme quadratique de rang r 1 sur V , B = (e1 , . . . , en ) une base de V telle que
P P
Q(x) = ri=1 ci xi pour tout x = ni=1 xi ei , avec les ci 6= 0, de sorte que N (Q) est le sev
donné par les équations xj = 0 pour j > r. Pour tout corps K contenant k, Q se prolonge
en une forme quadratique QK sur VK , définie par
(⇤) QK (x1 e1 + · · · + xn en ) = c1 x21 + · · · + cr x2r , 8(x1 , . . . , xn ) 2 K n
et l’on pose
CK (Q) = {x1 e1 + · · · + xn en 2 VK | QK (x1 , . . . , xn ) = 0}.
VK (Q) = {[x1 e1 + · · · + xn en ] 2 P(VK ) | QK (x1 , . . . , xn ) = 0}.
D’après ce qui précède, CK (Q) et VK (Q) ne dépendent que de V , Q et K, et pas du choix
de la base B.
De plus, CK (Q) ⇢ VK et VK (Q) ⇢ P(VK ) sont, respectivement, le cône isotrope et la
quadrique projective associés à la forme quadratique QK sur VK . La formule (⇤), combinée
à la proposition précédente appliquée sur le corps K, montre alors que pour tout v 6= 0
dans VK , v (resp. [v]) est un point singulier de CK (Q) (resp. VK (Q)) ssi xj (v) = 0 pour
j > r, i.e. ssi v appartient au sous-espace N (Q)K = N (QK ) de VK . En particulier, si Q est
non dégénérée (i.e. si r = n), il en est de même de QK . On obtient donc la :
(15)
On peut définir VK de façon canonique comme le produit tensoriel V ⌦k K, sans avoir à choisir une
base de V , cf. le cours 4M002.
106 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
On peut maintenant revenir sur l’intersection d’une droite et d’une quadrique (lemme
23.17), en tenant compte des conditions de tangence :
Proposition 23.17. — Soient Q une forme quadratique non nulle sur V et E un sev de
V de dimension 2. Dans P(V ), considérons l’intersection de V (Q) et de la droite projective
D = P(E). On a l’une des trois alternatives suivantes :
a) QE = 0 et D ⇢ V (Q).
b) QE est non dégénérée. Alors D \ V (Q) est formée de deux points distincts p 6= q
(éventuellement à coordonnées dans une extension quadratique de k) qui sont des points
lisses de V (Q). De plus, D n’est pas tangente à V (Q) en ces points.
c) QE est de rang 1. Alors D\V (Q) est formée d’un seul point p (à coordonnées dans k)
et si p est un point lisse de V (Q) alors D est contenue dans l’hyperplan tangent Tp V (Q).
Notons ↵ une racine carrée de (éventuellement dans une extension quadratique de k).
On voit alors que D \ V (Q) est formée des deux points p = [↵, 1, 0, . . . , 0] et q =
[ ↵, 1, 0, . . . , 0]. De plus, dp Q = 2↵X0 2 X1 est une forme linéaire non nulle, donc p
est un point lisse de V (Q), et l’hyperplan tangent Tp V (Q) a pour équation ↵x0 = x1
donc coupe la droite D en le point [ , ↵, 0, . . . , 0], donc D 6⇢ Tp V (Q), i.e. D n’est pas
tangente à V (Q) en p. Et de même pour q. Ceci règle le cas de l’alternative (b).
Supposons enfin QE de rang 1, i.e. = 0. Dans ce cas, D \ V (Q) est formée de l’unique
point p = [e1 ]. D’après la proposition 23.13, p = [e1 ] est un point singulier de V (Q) ssi
e1 2 N (Q), et sinon on a Tp V (Q) = P (ke1 )? . Comme e0 et e1 sont orthogonaux à e1 , on
a bien E ⇢ (ke1 )? d’où D ⇢ Tp V (Q). Ceci achève la démonstration de la proposition.
24. POLARITÉ ET THÉORÈME DE BRIANCHON 107
Lemme 24.2. — Soient B une base de V , B ⇤ la base duale de V ⇤ . Notons A = MatB (Q).
(i) On a MatB⇤ (Q⇤ ) = A 1 .
(ii) Par conséquent, pour tout 2 k ⇥ , on a ( Q)⇤ = 1 Q⇤ .
(i) L’homographie ✓ : P(V ) ! P(V ⇤ ), [v] 7! [✓(v)] induit une bijection de V (Q) sur la
quadrique V (Q⇤ ) ⇢ P(V ⇤ ).
(ii) Pour tout point p de V (Q), le point ✓(p) de V (Q⇤ ) correspond à l’hyperplan tangent
en p à V (Q).
Démonstration. — (i) découle de la définition de Q⇤ . Prouvons (ii). Soit p = [v] un point
de V (Q). D’une part, le point ✓(p) = [✓(v)] de V (Q⇤ ) ⇢ P(V ⇤ ) correspond, via la dualité
entre P(V ⇤ ) et P(V ), à l’hyperplan :
P ✓(v)0 = {[w] 2 P(V ) | 0 = ✓(v)(w) = (v, w)} = P (kv)? .
D’autre part, d’après la Prop. 23.13, on a Tp V (Q) = P (kv)? , d’où la proposition.
En particulier, si P(V ) est un plan projectif, alors pour tout point p de la conique V (Q),
la droite tangente à V (Q) en p correspond au point ✓(p) de la conique V (Q⇤ ). On obtient
alors l’énoncé dual du théorème de Pascal :
Théorème 24.5. — Dans le plan projectif, soient D1 , . . . , D6 six droites distinctes, dont
trois ne sont jamais concourantes. Notons p12 le point de concours de D1 et D2 , et défi-
nissons de même p23 , p34 , etc.
(i) (Théorème de Brianchon) (16) Si ces droites sont tangentes à une même conique
non dégénérée C , alors les trois droites (p12 p45 ), (p23 p56 ) et (p34 p61 ) sont concourantes. (Et
bien sûr ceci est vrai pour tout choix de numérotation des six droites, cf. figure plus bas).
(ii) Réciproquement, si ces trois droites sont concourantes, alors D1 , . . . , D6 sont tan-
gentes à une unique conique non dégénérée C .
Démonstration. — Soit fi 2 V ⇤ une équation (unique à homothétie près) de Di et soit qi
le point [fi ] de P(V ⇤ ). Alors trois des qi ne sont jamais alignés. De plus, la droite (q1 q2 )
(resp. (q2 q3 ), etc.) est la duale du point p12 (resp. p34 , etc.).
Notons E, F, G les points de concours des « paires de côtés opposés » (q1 q2 ), (q4 , q5 ) ,
etc. Comme on l’a vu dans la définition 22.13, ces trois points sont distincts. D’autre part,
ils sont duaux des droites (p12 p45 ), (p23 p56 ) et (p34 p56 ) ; celles-ci sont donc deux à deux
distinctes.
(i) Supposons que D1 , . . . , D6 soient tangentes à une même conique non dégénérée C =
V (Q). Alors, d’après la proposition 24.4, les points q1 , . . . , q6 de P(V ⇤ ) appartiennent à la
conique non dégénérée V (Q⇤ ) donc, d’après le théorème de Pascal appliqué dans P(V ⇤ ),
les points E, F, G sont alignés et donc les trois droites de l’énoncé sont concourantes.
(ii) Réciproquement, supposons que ces trois droites soient concourantes. Alors les points
E, F, G sont alignés et donc, d’après la réciproque du théorème de Pascal (appliquée dans
P(V ⇤ )), il existe une forme quadratique non dégénérée sur V ⇤ , unique à homothétie près,
telle que les points q1 , . . . , q6 appartiennent à la conique V ( ). D’après la remarque 24.1,
il existe une unique forme quadratique non dégénérée Q sur V telle que = Q⇤ , et alors
les droites D1 , . . . , D6 sont tangentes à V (Q) d’après la proposition 24.4. Ceci prouve (ii),
à l’exception de l’assertion d’unicité de C .
Mais si Q0 est une forme quadratique non dégénérée telle que les Di soient tangentes à
V (Q0 ), alors les qi appartiennent à V (Q0⇤ ) et donc il existe µ 2 k ⇥ tel que Q0⇤ = µ , d’où
Q0 = µ 1 Q d’après le lemme 24.2. Ceci achève la démonstration du théorème.
(16)
Charles Julien Brianchon, mathématicien français (1783-1864), contemporain de Poncelet.
24. POLARITÉ ET THÉORÈME DE BRIANCHON 109
⇠
Dans la figure ci-dessous, on a représenté en pointillé les droites (p12 p45 ), etc. et avec des tirets plus
espacés les droites (p012 p45 ), etc. correspondant à une autre numérotation des droites, en l’occurrence
D02 = D3 et D03 = D2 (la droite (p23 p56 ) est la même dans les deux cas).
D2 =D03
p61 S p12 ◆
D1 S ◆p012
S ◆
D5 S ◆
@ S ◆D3 =D02
⇢⇡
@ S ◆
@
p56 S◆p23
@ ◆S
@ ◆ S
@ ◆ S
D6 @ ◆ S
@ ◆ S
@ ◆p34 S
@
p45 D4 p034
◆ S
Terminons cette section avec la proposition suivante. Soit C = V (Q) une conique non
dégénérée du plan projectif P(V ). Pour un point p de C , on a vu que la droite polaire est la
tangente à C en p. Et pour un point p n’appartenant pas à C , sa droite polaire est décrite
comme suit.
Proposition 24.6. — Dans un plan projectif P(V ), soient C = V (Q) une conique non
dégénérée, p un point de P(V ) n’appartenant pas à C et D une droite non tangente à C .
Alors :
(i) D coupe C en deux points distincts q1 et q2 (éventuellement à coordonnées dans une extension
quadratique de k ). Soient T01 et T02 les tangentes à C en ces points. Alors le point de concours
q de T01 et T02 est le pôle de la droite D relativement à la forme quadratique Q.
(ii) De même, par p il passe deux droites distinctes T1 et T2 tangentes à C (qui éven-
tuellement sont des droites de P(Vk0 ), où k 0 est une extension quadratique de k, et qui ont p pour unique
point à coordonnées dans k ).
Notons p1 et p2 leurs points de contact avec C ; alors la droite
= (p1 p2 ) est la polaire du point p relativement à la forme quadratique Q.
⇢ T1
⇢
⇢ S D
...⇢
......................................................
...S
.............. ..........
p.1....⇢ ...........
......... .......
.......
S
.
... ......
⇢ .... .....
S.........q
.... ....
⇢ .... ..
..... 1
⇢ ...... ..
.
S
...
Z
...
⇢ ..... .
.
...
..S
Z ⇢ .
..
Z⇢ .. ..
.. .. S
..
...
Z
.
⇢p
.. ..
S
.. ..
Z
.
.. .
⇢ . .
.
.. .
..
Z ....... S
... .
⇢ ..
...
Z ........ ...
.
S
Z ......... .
..
...
...
S
Z.................. .......
....
S q
.
p2Z................................ .........
.......
.....
T02 Z .............................
.... .........................
S
Z 2 q S
Z
Z
T2 T01S
p1 = [v1 ] et p2 = [v2 ] (éventuellement à coordonnées dans une extension quadratique k0 de k). Alors
on a = (p1 p2 ) et il reste à voir que chacune des droites Ti = (ppi ) est tangente à C en
pi . Or Ti = P(Ei ), où Ei = ku kvi , et comme (u, vi ) = 0 = (vi , vi ) alors Ei ⇢ (kvi )? et
donc la droite P(Ei ) est tangente à C en pi = [vi ], d’après la proposition 23.13 (ou 24.4).
Pour prouver (i), on peut utiliser que la polarité est involutive : soit q le pôle de D, alors
D est la polaire de q. Comme D n’est pas tangente à C alors q 62 C , donc D est donnée à
partir de q par la construction précédente, d’où (i).
On peut aussi raisonner directement, comme suit. On a D = P(E), où E est un sev de V de
dimension 2, alors le pôle de D est le point q = P(E ? ).
Comme D n’est pas tangente à C , alors QE est non dégénérée (cf. la démonstration de (i) : si
N (QE ) contenait un vecteur w 6= 0, on aurait E ⇢ (kw)? et donc D serait tangente à C en [w]). Donc
D \ C est formée de deux points distincts q1 = [v1 ] et q2 = [v2 ] (éventuellement à coordonnées
dans une extension quadratique k 0 de k ). Alors (v1 , v2 ) est une base de E, donc la droite vectorielle
E ? est l’intersection des deux plans vectoriels Hi = (kvi )? , pour i = 1, 2, et donc le pôle q est
l’intersection des deux droites projectives T0i = P(Hi ), qui sont les tangentes à C en q1 et q2 .
25. Vers Bézout : intersection d’une conique avec une courbe de degré d
Dans cette section, on se place dans le plan projectif P2 (k). On suppose que k est contenu
dans un corps algébriquement clos k. (Par exemple k = R ⇢ C.)
Terminologie 25.1. — Pour tout polynôme non nul F 2 k[X, Y, Z] homogène de degré
d 1, la variété des zéros V (F ) = {[x, y, z] 2 P2 (k) | F (x, y, z) = 0} est appelée la courbe
projective plane définie par F .(17)
Comme déjà dit au §13.3, quand on considère une telle courbe, on s’autorise à considérer
aussi les points de V (F ) « à valeurs dans k », i.e. les points de
Vk (F ) = {[x, y, z] 2 P2 (k) | F (x, y, z) = 0}.
X
où l’on a posé T = . Comme k est algébriquement clos, ce polynôme Q(T ), unitaire de
Y
degré d, se factorise en un produit de d termes du 1er degré T ↵i (non nécessairement
distincts), pour i = 1, . . . , d. Ou bien, si l’on préfère, on peut noter 1 , . . . , s les racines
(17)
L’adjectif « plane » signifie « contenu dans un plan ». Il existe dans P3 (k) des courbes projectives
(définies par deux équations homogènes F (x, y, z, t) = 0 = G(x, y, z, t) qui ne sont contenues dans aucun
sous-espace projectif P(W ) de dimension 2, ni même « isomorphes » à une courbe projective plane.
25. VERS BÉZOUT : INTERSECTION D’UNE CONIQUE AVEC UNE COURBE DE DEGRÉ d 111
Ceci prouve (i) lorsque a0 6= 0. Dans le cas général, soit r le plus petit entier 0 tel
1
que ar 6= 0. À nouveau, remplaçant P par ar P , on se ramène au cas où ar = 1. Alors
P (X, Y ) = Y r P1 (X, Y ), où P1 (X, Y ) est un polynôme homogène de degré d r contenant
le terme X d r (avec le coefficient 1). D’après ce qui précède, appliqué à P1 , on a une
factorisation
d r
Y Ys
mj
P1 (X, Y ) = (X ↵i Y ) = (X jY ) ,
i=1 j=1
où dans le terme de droite la somme des mj vaut d r. Il en résulte que
d r
Y s
Y
r r
(?) P (X, Y ) = Y (X ↵i Y ) = Y (X jY ) mj .
i=1 j=1
Ceci achève la preuve de (i). L’assertion (ii) en découle, car (?) montre que Vk (P ) est formé
du point [1, 0], compté r fois, et des points [ j , 1], chacun compté mj fois.
Corollaire 25.3. — Soit F 2 k[X, Y, Z] homogène de degré d 1 et soit D une droite
de P2 (k) dont l’équation L(X, Y, Z) ne divise pas F . Alors :
(i) D \ V (F ) est formé d’au plus d points distincts.
(ii) Si l’on se place sur le corps k, cette intersection est formée d’exactement d points,
comptés avec multiplicités.
Démonstration. — Écrivons L(X, Y, Z) = aX + bY + cZ et supposons par exemple que
c 6= 0. Remplaçant L par c 1 L, on se ramène au cas où c = 1. On peut alors faire la division
euclidienne du polynôme F 2 k[X, Y ][Z] par le polynôme L, unitaire en Z. On obtient :
F (X, Y, Z) = L · Q(X, Y, Z) + R(X, Y ),
où R est de degré 0 en Z, i.e. il ne dépend que de X et Y . C’est aussi le polynôme en X, Y
obtenu en remplaçant Z par aX bY ; en particulier il est nul ou bien homogène de degré
d. L’hypothèse que L ne divise pas F signifie que R 6= 0. On voit alors qu’un point [x, y, z]
de P2 (k) appartient à D \ V (F ) ssi le point [x, y] de P1 (k) vérifie R(x, y) = 0 (et dans ce
cas z = ax by ). Comme R est un polynôme non nul homogène de degré d alors, d’après
le lemme 25.2, Vk (R) est formé d’exactement d points comptés avec multiplicité, donc au
plus d points distincts, et a fortiori Vk (R) contient au plus d points distincts. Ceci prouve
(ii) et (i).
Proposition 25.4. — Soit F 2 k[X, Y, Z] homogène de degré d 2 et soit C = V (Q)
une conique non dégénérée de P2 (k), telle que Vk (Q) ne soit pas contenue dans Vk (F ).
Alors :
(i) C \ V (F ) est formé d’au plus 2d points distincts.
112 CHAPITRE 5. CONIQUES PROJECTIVES (ET AFFINES)
(ii) Si l’on se place sur le corps k, cette intersection est formée d’exactement 2d points,
« comptés avec multiplicités ».
Démonstration. — À nouveau, (i) est une conséquence immédiate de (ii), donc il suffit de
démontrer (ii). Pour simplifier l’écriture, supposons donc k algébriquement clos. Notons
la forme polaire de Q. Comme C = V (Q) n’est pas contenue dans V (F ), il existe un point
p = [v] 2 C n’appartenant pas à V (F ).
Comme Q est non dégénérée alors, d’après la proposition 22.17, il existe un vecteur
isotrope w tel que (v, w) = 1 et alors V est la somme directe du plan hyperbolique
E = Vect(v, w) et de la droite vectorielle D = E ? . Soit u un générateur de D, alors
B = (u, v, w) est une base de V et
0 1
0 0
MatB (Q) = @ 0 0 1A
0 1 0
1
avec 6= 0. Remplaçant simultanément Q et w par Q et ( /2)w, on se ramène au
cas où 0 1
1 0 0
MatB (Q) = @ 0 0 1/2A .
0 1/2 0
Remplaçant alors X, Y, Z par les coordonnées dans la base B, on se ramène au cas où
Q(X, Y, Z) = X 2 + Y Z.
Prenons comme droite à l’infini D1 la droite d’équation z = 0. Elle coupe D en l’unique
point p = [0, 1, 0] qui par hypothèse n’appartient pas à V (F ).
L’intersection V (F ) \ C est donc contenue dans l’intersection de C avec le plan affine
P(V ) D1 , qui est la parabole
C 0 = [x, y, 1] 2 P(V ) | y = x2 = [x, x2 , 1] 2 P(V ) | x 2 k .
On a donc
V (F ) \ C = V (F ) \ C 0 = {x 2 k | F (x, x2 , 1) = 0}.
Comme F ne s’annule pas en p = [0, 1, 0] alors F contient le terme Y d avec un coefficient non
nul, et donc le polynôme P (X) = F (X, X 2 , 1) est de degré exactement 2d. Soient 1 , . . . , r
ses racines distinctes dans k, chacune étant de multiplicité mi , avec m1 + · · · + mr = 2d.
Alors V (F ) \ C est formé des points [ j , j2 , 1], chacun « compté mi fois ».
Définitions 25.5. — (1) On « rappelle » que l’anneau A = k[X, Y, Z] est factoriel, i.e. que tout
P 2 A s’écrit comme produit d’éléments irréductibles, ceci de façon unique à l’ordre des facteurs
⇥
près (et à multiplication près par des éléments inversibles de A, i.e. des éléments de k ).(18) De
plus, on peut montrer que si P est homogène alors tous les facteurs irréductibles de P sont
également homogènes.
(2) Si P = P1m1 · · · Prmr est ainsi factorisé, les Pi étant des polynômes homogènes irréductibles
⇥
tels que Pi 6= Pj pour tout i 6= j et 2 k , alors la variété des zéros Vk (P ) est la réunion
des Vk (Pi ) (chacune étant « comptée mi fois »), et l’on dit que celles-ci sont les composantes
irréductibles de Vk (P ).
(18)
Ceci est vrai pour k[X1 , . . . , Xn ] pour tout corps k, voir par exemple le cours 4M002 ou un cours de
L3 d’arithmétique.
25. VERS BÉZOUT : INTERSECTION D’UNE CONIQUE AVEC UNE COURBE DE DEGRÉ d 113
(3) Conservons les notations de (2) et soit Q 2 k[X, Y, Z] un autre polynôme homogène. On
peut montrer (théorème des zéros de Hilbert) que Vk (Q) contient Vk (Pi ) si et seulement si Pi
divise Q.
(4) On dit que P et Q sont sans facteur commun s’ils n’ont pas de diviseurs communs
⇥
autres que les éléments de k . D’après le point (3), ceci équivaut à dire qu’aucune composante
irréductible de Vk (P ) n’est contenue dans Vk (Q) et vice-versa. On dit alors que Vk (P ) et Vk (Q)
sont sans composante commune. Si Q est irréductible, ceci est le cas ssi Q ne divise pas P .
(5) Si Q 2 k[X, Y, Z] est un polynôme homogène de degré 2, il est irréductible ssi ce n’est pas
le produit de deux formes linéaires, i.e. ssi la forme quadratique Q est non dégénérée. Dans ce
cas, on voit que la condition « Vk (Q) n’est pas contenue dans Vk (F ) » utilisée dans la proposition
25.4 équivaut à dire que Q et F sont sans facteur commun.
On peut alors démontrer (mais ceci demande un peu de travail) le théorème suivant : (19)
(19)
Étienne Bézout, mathématicien français (1730-1783).
CHAPITRE 6
PUISSANCES EXTÉRIEURES ET
GRASSMANNIENNES
Rappel 26.1. — On rappelle que pour tout ensemble X, l’ensemble Applic(X, F ) des
applications X ! F est muni d’une structure d’espace vectoriel : pour f, g : X ! F et
2 k, on définit f + g comme l’application x 7! f (x) + g(x).
Il faut vérifier les axiomes d’espace vectoriel, i.e. vérifier certaines égalités telles que, par exemple,
(f + g) = f + g. Il s’agit d’égalités entre applications X ! F , donc il suffit de vérifier que les deux
membres prennent la même valeur en tout point x 2 X. Ainsi, dans l’exemple précédent, il faut vérifier
que ( (f + g))(x) = (f (x) + g(x)) est égal à ( f + g)(x) = f (x) + g(x) ; or ceci résulte des propriétés
d’espace vectoriel de F , et il en est de même pour toutes les autres vérifications.
Pour tout entier p 1, on note V p le k-espace vectoriel formé des p-uplets (v1 , . . . , vp )
d’éléments de V .
(1)
Version du 16/11/2016.
116 CHAPITRE 6. PUISSANCES EXTÉRIEURES ET GRASSMANNIENNES
Ceci prouve (⇤). Comme le groupe symétrique Sp est engendré par les transpositions (ij),
on en déduit que pour tout 2 Sp on a
1
f (v (1) , . . . , v (p) ) = "( ) = "( ),
où " : Sp ! {±1} est la signature.
(3) On note Altp (V, F ) l’espace vectoriel des applications p-linéaires alternées V p ! F .
Lorsque F = k on le note simplement Altp (V ) ; ses éléments sont appelés des formes
p-linéaires alternées sur V .
Démonstration. — Il est clair que s’il existe i < j tels que vi = vj alors le déterminant
ci-dessus est nul pour tout (f1 , . . . , fp ), puisque les colonnes Ci et Cj de la matrice sont
identiques. De même, pour montrer l’égalité (?), qui est ici une égalité entre applications
V ⇤p ! k, il suffit de vérifier que les deux membres prennent la même valeur sur tout
(f1 , . . . , fp ). Mais ceci résulte à nouveau des propriétés du déterminant.
Désormais, on suppose que dim(V ) = n. Soit B = (e1 , . . . , en ) une base de V et soit
B = (e⇤1 , . . . , e⇤n ) la base duale de V ⇤ .
⇤
Définition 26.5. — Pour tout p 2 N⇤ on pose ⇤p (V ) = Altp (V ⇤ ) et l’on dit que c’est la
puissance extérieure p-ième de V . (2) En particulier, on a ⇤1 (V ) = V ⇤⇤ = V . On pose
aussi ⇤0 (V ) = k.
Notation 26.6. — On note Ip = Ip (n) l’ensemble des p-uplets d’entiers (i1 , . . . , ip ) tels
que 1 i1 < · · · < ip n. Pour tout élément I = (i1 , . . . , ip ) de Ip , on pose
e I = e i1 ^ · · · ^ e ip
et l’on note e⇤I le p-uplet (e⇤i1 , . . . , e⇤ip ).
(2)
Attention, cette définition n’est valable que si dim(V ) < 1, ce qu’on a supposé ici. Pour V de dimension
infinie, il faut définir ⇤p (V ) de façon di↵érente.
26. PUISSANCES EXTÉRIEURES 117
Démonstration. — On a
e⇤j1 (ei1 ) · · · e⇤j1 (eip )
eI (e⇤J ) = .. ..
. .
⇤
ejp (ei1 ) · · · e⇤jp (eip )
donc la 1ère ligne est nulle sauf si j1 est égal à l’un des i` , disons i`1 . De même, la 2ème
ligne est nulle sauf si j2 est égal à l’un des i` , disons i`2 , etc. Donc ce déterminant est nul
sauf si {j1 , . . . , jp } = {i1 , . . . , ip }, et comme ces deux ensembles sont numérotés par ordre
croissant, ceci est le cas ssi j` = i` pour tout ` = 1, . . . , p. Dans ce cas, la matrice est la
matrice identité et son déterminant vaut 1. Ceci prouve la première assertion.
P
Prouvons la seconde. Supposons qu’on ait I2Ip I eI = 0, avec I 2 k, et soit J 2 Ip ;
prenant la valeur en e⇤J on obtient J = 0. Ceci prouve que les eI pour I 2 Ip sont
linéairement indépendants.
Corollaire 26.8. — Soient v1 , . . . , vp 2 V . Alors v1 ^ · · · ^ vp est non nul si et seulement
si (v1 , . . . , vp ) est une famille libre.
Démonstration. — Si la famille est liée, on peut exprimer l’un des vecteurs comme combi-
P
naison linéaire des autres, disons par exemple v1 = pi=2 i vi . Alors, d’après la proposition
26.4 on a
p
X
v1 ^ · · · ^ vp = i vi ^ v2 ^ · · · ^ vp = 0
i=1
(chaque terme de la somme est nul puisqu’il contient deux fois le même vecteur).
Réciproquement, si la famille est libre on peut la compléter en une base (v1 , . . . , vn ) de
V et alors il résulte du lemme précédent que v1 ^ · · · ^ vp est non nul.
Théorème 26.9. — Les vecteurs eI , pour I 2 Ip , forment une base de ⇤p (V ). En parti-
culier, on a dim ⇤p (V ) = np pour p = 0, . . . , n, et ⇤p (V ) = {0} pour p > n.
Démonstration. — Fixons ✓ 2 ⇤p (V ). Soit (f1 , . . . , fp ) un p-uplet arbitraire d’éléments de
V ⇤ ; pour tout i = 1, . . . , p on a
n
X
(†) fi = fi (ej )e⇤j .
j=1
où Ip0 désigne l’ensemble des p-uplets L = (`1 , . . . , `p ) d’éléments de {1, . . . , n} qui sont
deux à deux distincts. De plus, pour un tel p-uplet L, notant r1 < · · · < rp les `i numérotés
par ordre croissant, il existe une unique permutation 2 Sp telle que `j = r (j) pour
j = 1, . . . , p et l’on a donc
✓(e⇤`1 , . . . , e⇤`p ) = "( )✓(e⇤r1 , . . . , e⇤rp ).
On obtient donc que
0 1
X X
✓(f1 , . . . , fp ) = ✓(e⇤r1 , . . . , e⇤rp ) @ "( ) f1 (er (1)
) · · · fp (er (p)
)A .
(r1 ,...,rp )2Ip 2Sp
118 CHAPITRE 6. PUISSANCES EXTÉRIEURES ET GRASSMANNIENNES
Plus concrètement, si (e1 , . . . , ed ) est une base de E et si ✓ = ei1 ^ · · · ^ eip avec 1 i1 <
· · · < ip d, alors ✓ ⇡ p est la forme p-linéaire alternée
f1 (ei1 ) · · · f1 (eip )
V ⇤p
! k, (f1 , . . . , fp ) 7! (ei1 ^ · · · ^ eip )(f1E , . . . , fpE ) = .. ..
. .
fp (ei1 ) · · · fp (eip )
égale à eI = ei1 ^· · ·^eip considéré comme élément de ⇤p (V ). On obtient ainsi la proposition
suivante.
Proposition 26.13. — Soit E un sev de V , de dimension d. Alors pour tout p = 1, . . . , d,
l’application ⇤p (E) ! ⇤p (V ) est injective. En particulier, si p = d alors ⇤d (E) est une
droite vectorielle de ⇤d (V ).
Démonstration. — Soit (e1 , . . . , ed ) une base de E ; complétons-la en une base B =
(e1 , . . . , en ) de V . Posons Ip (d) = {(i1 , . . . , ip ) | 1 i1 < · · · < ip d}. Alors Ip (d) est un
sous-ensemble de Ip (n) et, d’après la remarque précédente, ⇤p (E) s’identifie au sous-espace
de ⇤p (V ) engendré par les eI pour I 2 Ip (d).
Définition 26.14 (Grassmanniennes). — L’ensemble des sous-espaces vectoriels E de
V de dimension d est noté Grd (V ) et appelé la grassmannienne des d-plans dans V .(3)
D’après la proposition précédente, si dim(E) = d alors ⇤d (E) est une droite vectorielle
de ⇤d (V ) donc on peut considérer l’application Grd (V ) ! P(⇤d V ) qui à tout sev E de
dimension d associe le point de P(⇤d (V )) donné par la droite ⇤d ((E)), i.e. le point P(⇤d (E)).
Théorème 26.15. — L’application Grd (V ) ! P(⇤d V ), E 7! P(⇤d (E)) est injective.
Pour la démonstration, on a besoin du lemme suivant.
Lemme 26.16. — Soient v1 , . . . , vd 2 V . Alors l’application ✓ : V ! ⇤d+1 (V ), v 7!
v ^ v1 ^ · · · ^ vd ne dépend que du vecteur v1 ^ · · · ^ vd 2 ⇤d (V ).
Démonstration. — Soit v0 2 V . Pour tout (f0 , . . . , fd ) 2 V ⇤d+1 , ✓(v0 )(f0 , . . . , fd ) égale :
f0 (v0 ) f0 (v1 ) · · · f0 (vd )
d
X
f1 (v0 ) f1 (v1 ) · · · f1 (vd )
.. .. = ( 1)i fi (v0 ) (v1 ^ · · · ^ vd )(f0 , . . . , fi 1 , fi+1 , . . . , fd ),
. . ... i=0
fd (v0 ) fd (v1 ) · · · fd (vd )
où l’égalité ci-dessus est obtenue en développant par rapport à la 1ère colonne. Ceci montre
que ✓ ne dépend que de v1 ^ · · · ^ vd .
Démonstration du théorème. — Soit (e1 , . . . , ed ) une base de E, complétons-la en une base
(e1 , . . . , en ) de V . On va montrer que E est le noyau de l’application ✓ : V ! ⇤d+1 (V )
définie par e1 ^ · · · ^ ed ; ceci prouvera le théorème (car si on remplace ✓ par un multiple
✓ avec 2 k ⇥ , le noyau est inchangé).
Soit v 2 V , écrivons v = a1 e1 + · · · + an en avec ai 2 k. Comme l’application V d+1 !
⇤d+1 (V ), (v0 , . . . , vd ) 7! v0 ^ · · · ^ vd est alternée (donc antisymétrique), on obtient que
✓(ei ) = 0 pour i = 1, . . . , d et que
8i 2 {d + 1, . . . , n}, ✓(ei ) = ei ^ e1 ^ · · · ^ ed = ( 1)d e1 ^ · · · ^ ed ^ ei .
(3)
Pour d = 1, on obtient l’espace projectif P(V ).
120 CHAPITRE 6. PUISSANCES EXTÉRIEURES ET GRASSMANNIENNES
On a donc
n
X
✓(v) = ( 1)d ai e1 ^ · · · ^ ed ^ ei .
i=d+1
Comme les éléments e1 ^ · · · ^ ed ^ ei , pour i > d sont linéairement indépendants dans
⇤d+1 (V ), d’après le lemme 26.7, on en déduit que v 2 Ker(✓) si et seulement ai = 0 pour
i > d, i.e. ssi v 2 F . Ceci prouve le théorème.
Définition 26.17 (p-vecteurs purs). — Soit z 2 ⇤p (V ) non nul. On dit que z est un
p-vecteur pur s’il existe v1 , . . . , vp dans V tels que z = v1 ^ · · · ^ vp . Noter qu’alors z est
pur pour tout 2 k ⇥ , puisque z = ( v1 ) ^ · · · ^ vp .
Si z = v1 ^ · · · ^ vp alors (v1 , . . . , vp ) est une famille libre, d’après le corollaire 26.8,
donc est une base du sev E qu’elle engendre, et l’on a ⇤p (E) = kz donc E est entièrement
déterminé par z, d’après le théorème 26.15.
On voit ainsi que l’image de Grp (V ) dans P(⇤p (V )) est formée des classes [z], où z 2
⇤p (V ) est un p-vecteur pur.
Exemples 26.18. — Si d = 1 alors dans ⇤1 (V ) = V tout vecteur non nul est pur.
On verra plus bas qu’il en est de même dans ⇤n 1 (V ). Par contre, ce n’est pas le cas si
2 d n 2 (d’où n 4). En e↵et, prenons n = 4 et soit (e1 , . . . , e4 ) une base de V .
Alors les 2-vecteurs e1 ^ e2 et
e1 ^ e2 + e1 ^ e3 + e1 ^ e4 = e1 ^ (e2 + e3 + e4 )
sont purs. Par contre, on verra plus bas (27.9) que le 2-vecteur w = e1 ^ e2 + e3 ^ e4 n’est
pas pur.
27. Grassmanniennes
On conserve les notations précédentes ; en particulier dim(V ) = n. On a déjà vu que
Gr1 (V ) = P(V ). D’autre part, se donner un hyperplan H de V équivaut à se donner son
orthogonal H 0 ⇢ V ⇤ , qui est une droite vectorielle de V ⇤ . Donc Grn 1 (V ) s’identifie à
P(V ⇤ ).
Le but de cette section est de montrer que pour n 4 et 2 d n 2, la grass-
mannienne Grd (V ) est une sous-variété algébrique de P(⇤ V ) définie par l’annulation de
d
certains polynômes homogènes de degré 2, i.e. c’est une intersection de quadriques. (4)
Dans le lemme 26.16, pour tout v0 2 V on a défini l’élément v0 ^ z de ⇤d+1 (V ) lorsque
z est un d-vecteur pur et montré que pour tout (f0 , . . . , fd ) 2 V ⇤(d+1) on a
d
X
() (v0 ^ z) = ( 1)i fi (v0 ) z(f0 , . . . , fbi , . . . , fd ),
i=0
où z(f0 , . . . , fbi , . . . , fd ) désigne z(f0 , . . . , fi 1 , fi+1 , . . . , fd ). En fait, cette définition est va-
lable pour tout z 2 ⇤d (V ), i.e. on a la proposition suivante.
Proposition 27.1 (Le produit V ⇥ ⇤d (V ) ! ⇤d+1 (V )). — Pour tout v0 2 V et z 2
⇤d (V ), l’application v0 ^ z : V ⇤(d+1) ! k définie par la formule ci-dessus est (d + 1)-linéaire
et alternée ; c’est donc un élément de Altd+1 (V ⇤ ) = ⇤d+1 (V ).
(4)
On verra dans un chapitre ultérieur que Grn 1 (V ) = P(⇤n 1
V ).
27. GRASSMANNIENNES 121
est engendrée par les µz (e⇤h1 , . . . , e⇤hd 1 ) pour 1 h1 < · · · < hd 1 n, où B ⇤ = (e⇤1 , . . . , e⇤n )
désigne la base duale de B.
b) De même, pour tout f 2 V ⇤ , on note ⌫z (f ) l’application
V ⇤(d 1)
! k, (f1 , . . . , fd 1 ) 7! z(f, f1 , . . . , fd 1 ).
Elle est (d 1)-linéaire et alternée, i.e. c’est un élément de ⇤d 1 (V ).
Lemme 27.5. — Soit B = (e1 , . . . , en ) une base de V et B ⇤ = (e⇤1 , . . . , e⇤n ) la base duale
de V ⇤ . Pour tous I = (i1 , . . . , id ) 2 Id (n) et H = (h1 , . . . , hd 1 ) 2 Id 1 (n) on pose eI =
ei1 ^ · · · ^ eid et e⇤H = (e⇤h1 , . . . , e⇤hd 1 ). Alors on a :
(
"(I, i) ei = "(H, i) ei si H = I {i}
µeI (e⇤H ) =
0 sinon.
où l’égalité ci-dessus est obtenue en développant par rapport à la 1ère ligne, puis la 2ème,
etc. jusqu’à la (` 1)-ième. En développant le petit déterminant par rapport à sa 1ère
colonne, on voit qu’il vaut ( 1)d ` f (ei` ), d’où
µeI (e⇤I {i` } ) = ( 1)d ` ei` = "(I, i` )ei` ,
d’où la formule voulue.
avec les ai 2 k non tous nuls. D’après le lemme précédent, pour tout H 2 Id 1 (n) et tout
I 2 Id (r), le vecteur µeI (e⇤H ) est nul ou égal à ±ei avec 1 i r, donc appartient à Sz .
Donc X
µz (e⇤H ) = aI eI (e⇤H )
I2Id (r)
Démonstration. — Les deux conditions sont équivalentes, puisque les µz (e⇤h1 , . . . , e⇤hd 1 )
engendrent Sz d’après la proposition précédente. Prouvons donc (i).
Si z est pur, disons z = v1 ^ · · · ^ vd alors Sz = Vect(v1 , . . . , vd ) et comme vi ^ z = 0 pour
tout i = 1, . . . , d, la condition est bien vérifiée.
Réciproquement, supposons la condition vérifiée et montrons que dim(Sz ) = d. Suppo-
sons dim(Sz ) = q > d et soit (e1 , . . . , eq ) une base de Sz . On peut écrire
X
z= aI eI
I2Id (q)
avec les aI 2 k non tous nuls. Soit I0 2 Id (q) tel que aI0 6= 0. Comme |I| = d < q, il existe
j 2 {1, . . . , q} tel que j 62 I0 . Comme ej 2 Sz et ej ^ eI = 0 si j 2 I, on a :
X X
0 = ej ^ z = aI ej ^ eI = ±aI eI[{j} .
I2Id (q) I2Id (q)
j62I
Comme les eI[{j} 2 ⇤d+1 (V ), pour les I 2 Id (q) tels que j 62 I, sont linéairement indépen-
dants, il en résulte que aI = 0 pour chaque tel I, en particulier aI0 = 0, ce qui est une
contradiction. Ceci montre que dim(Sz ) = d, et donc z est pur d’après le lemme 27.2.
Explicitons les conditions (|) et montrons que ce sont des équations quadratiques en les
coefficients de z dans la base (eI )I2Id (n) . Écrivons
X
z= aI e I .
I2Id (n)
Ceci est un multiple de eJ si et seulement si J = I [ {i} ; dans ce cas on a "(I, i) = "(J, i).
Il en résulte que eJ apparaı̂t dans µz (e⇤H ) ^ z pour chaque I 2 Id (n) tel que I = J {i}
avec i 62 H, donc le coefficient de eJ dans µz (e⇤H ) ^ z est
X
( 1)d "(H, i)"(J, i) aH[{i} aJ {i} .
i2J H
Comme les eJ , pour J 2 Id+1 (n), sont linéairement indépendants dans ⇤d+1 (V ), la nullité
de µz (e⇤H ) ^ z équivaut donc aux équations quadratiques :
X
(H}J) "(H, i)"(J, i) aH[{i} aJ {i} = 0,
i2J H
par les n4 équations suivantes : pour tout h < j < k < ` dans {1, . . . , n}, on a
ahj ak` ahk aj` + ah` ajk = 0.
En particulier, lorsque n = 4, Gr2 (k 4 ) est la quadrique de P(k 6 ) définie par l’équation
a12 a34 a13 a24 + a14 a23 = 0.
Exemple 27.9. — Soit (e1 , . . . , e4 ) la base canonique de k 4 . Le 2-vecteur w = e1 ^e2 +e3 ^
e4 n’est pas pur ; en e↵et, dans ce cas on a a12 = 1 = a34 et apq = 0 pour les autres valeurs
de (p, q), donc l’équation précédente n’est pas vérifiée. D’autre part, d’après le lemme 27.5,
on a
µw (e⇤1 ) = e2 , µw (e⇤2 ) = e1 , µw (e⇤3 ) = e4 , µw (e⇤4 ) = e3
donc, d’après la proposition 27.2, on a Sw = k 4 .
CHAPITRE 7
Notation 28.1. — Pour tout k-ev F , on note Bil(V, W ; F ) l’espace vectoriel des appli-
cations bilinéaires V ⇥ W ! F .
De même, si U est un troisième k-ev, on note Tril(U, V, W ; F ) l’espace vectoriel des
applications trilinéaires U ⇥ V ⇥ W ! F .
Plus généralement, pour des k-ev V1 , . . . , Vp , F , on note Multp (V1 , . . . , Vp ; F ) le k-ev des
applications p-linéaires V1 ⇥ · · · ⇥ Vp ! F . Si V1 = · · · = Vp , on le notera simplement
Multp (V, F ).
Par ailleurs, on note Hom(V, F ) le k-ev des applications linéaires V ! F (aussi noté
parfois L (V, F )). En particulier, Hom(V, k) est l’espace dual V ⇤ .
(1)
Version du 2/12/2016.
128 CHAPITRE 7. PRODUIT TENSORIEL ET APPLICATIONS
Démonstration. — (i) et (ii) : D’après la propriété universelle de (E, ), il existe une unique
application linéaire f : E ! E 0 telle que f = 0 . Et, d’après la propriété universelle de
(E 0 , 0 ), il existe une unique application linéaire g : E 0 ! E telle que g 0
= .
0
(iii) Alors on a g f =g = = idE . Donc d’après l’unicité dans la propriété
universelle de (E, ) on a g f = idE . On obtient de même que f g = idE 0 .
Théorème 28.4. — (i) Le problème universel précédent admet une solution, unique à
isomorphe unique près, notée V ⌦ W et appelée le produit tensoriel de V et W .
(ii) Si V et W sont de dimension finie, on a dim(V ⌦ W ) = dim(V ) dim(W ).
(iii) On a un isomorphisme canonique k ⌦ V = V .
Démonstration. — Soit (ei )i2I (resp. (e0j )j2J ) une base de V (resp. de W ). Pour tout couple
(i, j) 2 I ⇥ J introduisons un symbole t(i, j) et soit E le k-ev de base (t(i, j))(i,j)2I⇥J .
On définit l’application : V ⇥ W ! E en posant (ei , e0j ) = t(i, j) et en l’étendant par
bilinéarité, i.e. tout v 2 V (resp. w 2 W ) s’écrit de manière unique comme une combinaison
linéaire
X X
v= e
i i , w = µj e0j
i2I j2J
avec les i dans k nuls sauf pour un nombre fini d’indices, et de même pour les µj , et l’on
pose
X
(v, w) = i µj t(i, j).
(i,j)2I⇥J
Ceci montre que le couple (E, ) vérifie la propriété universelle. On note alors E = V ⌦ W
et pour tous v 2 V et w 2 W , on note v ⌦ w l’élément (v, w) de V ⌦ W .
(ii) Si V (resp. W ) est de dimension finie p = |I| (resp. q = |J|), alors comme le cardinal
de I ⇥ J est pq, on obtient dim(V ⌦ W ) = |I ⇥ J| = pq = dim(V ) dim(W ).
(iii) L’application k ⇥ V ! V , ( , v) 7! v est bilinéaire donc induit une unique appli-
cation linéaire f : k ⌦ V ! V telle que f ( ⌦ v) = v pour tout 2 k et v 2 V .
D’autre part, l’application : k ⇥ V ! k ⌦ V , ( , v) 7! ⌦ v est bilinéaire donc, en
particulier, l’application ⌧ : V ! k ⌦ V , v 7! 1 ⌦ v est linéaire. Elle vérifie f ⌧ = idV .
De plus, tout élément x de k ⌦ V s’écrit comme une somme finie
n
X
x= i1 ⌦ vi
i=1
Lemme 28.7. — (i) Soient V, W, F des k-ev. Les applications G et D qui à tout b 2
Bil(U, V ; F ) associent respectivement les applications linéaires
G(b) : U ! Hom(V, F ), u 7! b(u, ), D(b) : V ! Hom(U, F ), v 7! b( , v)
i.e. G(b)(u)(v) = b(u, v) = D(b)(v)(u) pour tout u 2 U et v 2 V , sont des isomorphismes
de k-espaces vectoriels. On a donc des isomorphismes canoniques
Hom(U, Hom(V, F )) = Bil(U, V ; F ) = Hom(V, Hom(U, F ))
(ii) Plus généralement, pour des k-ev V1 , . . . , Vp , F , on a des isomorphismes canoniques :
Ceci prouve le point (1). Le point (2) s’obtient en notant que l’on a un isomorphisme
canonique Bil(U, V ; F ) = Bil(V, U ; F ), obtenu en associant à tout application bilinéaire
b : U ⇥ V ! F l’application bilinéaire b0 : V ⇥ U ! F définie par b0 (v, u) = b(u, v).
Notation 28.8. — Comme le produit tensoriel est associatif, on peut omettre les paren-
thèses, i.e. le produit tensoriel (U ⌦ V ) ⌦ W = U ⌦ (V ⌦ W ) sera noté U ⌦ V ⌦ W .
En particulier, pour tout entier p 1, on pose T p (V ) = V ⌦p = V ⌦ · · · ⌦ V (p facteurs).
Pour tous p, q 2 N⇤ on a donc un isomorphisme canonique
⇠
T p (V ) ⌦ T q (V ) ! T p+q (V )
envoyant (v1 ⌦ · · · ⌦ vp ) ⌦ (v10 ⌦ · · · ⌦ vq0 ) sur v1 ⌦ · · · ⌦ vp ⌦ v10 ⌦ · · · ⌦ vq0 .
On pose aussi T 0 (V ) = k. Alors, tenant compte du point (iii) du théorème 28.4, on
obtient pour tous p, q 2 N un isomorphisme canonique
⇠
(?) T p (V ) ⌦ T q (V ) ! T p+q (V ).
En fait, la démonstration du théorème 28.6 prouve le résultat suivant dans le cas où
n = 3, et en procédant par récurrence on obtient le théorème ci-dessous.
Par exemple, l’anneau de polynômes k[X] est la somme directe des k-ev Vn = kX n , tous
de dimension 1, puisque tout polynôme P s’écrit de façon unique
X
P = an X n
n2N
Définition 29.3 (k-ev gradués). — Soit V un k-espace vectoriel. On dit que V est
N-gradué s’il est la somme directe de sous-espaces vectoriels Vn , pour n 2 N, i.e. si
M
V = Vn .
n2N
Dans ce cas, Vn s’appelle la composante homogène de degré n de V . Tout élément non nul
de Vn est appelé un élément homogène de degré n. Il résulte de la définition que tout v 2 V
P
s’écrit de façon unique v = n2N vn avec vn 2 Vn et vn = 0 sauf pour un nombre fini
d’indices ; chaque vn s’appelle la composante homogène de degré n de v.
On définit de même la notion de k-ev Z-gradué. Par exemple,
M M
k[X] = kX n , resp. k[X, X 1 ] = kX n
n2N n2Z
est N-gradué, où An désigne le k-ev des polynômes en X1 , . . . , Xp qui sont homogènes de
degré total n.
Définitions 29.4 (k-algèbres et k-algèbres graduées). — Soit A un k-ev. D’après la
propriété universelle du produit tensoriel, se donner sur A une « multiplication » bilinéaire
m : A ⇥ A ! A équivaut à se donner l’application linéaire µ : A ⌦ A ! A telle que
µ(a ⌦ b) = m(a, b). Dire que m est associative, i.e. que m(a, m(b, c)) = m(m(a, b), c) pour
tous a, b, c 2 A, équivaut à dire que
(⇤) µ(a ⌦ µ(b ⌦ c)) = µ(µ(a ⌦ b) ⌦ c)
pour tous a, b, c 2 A. De plus, comme les deux membres de (⇤) sont trilinéaires, i.e. linéaires
en a, b et c, il suffit de vérifier cette égalité lorsque a, b, c parcourent chacun un système de
générateurs (par exemple une base) de A.
Enfin, dire que A possède un élément unité 1 signifie que µ(1 ⌦ a) = a = µ(a ⌦ 1) pour
tout a 2 A. Et, comme plus haut, il suffit de vérifier cette égalité lorsque a parcourt un
système de générateurs (par exemple une base) de A.
132 CHAPITRE 7. PRODUIT TENSORIEL ET APPLICATIONS
Dans la suite, on ne considérera que des k-algèbres associatives avec élément unité et
pour abréger on écrira souvent « k-algèbre » au lieu de « k-algèbre associative avec unité ».
L
Si de plus A = n2N An est N-graduée, on dit que la multiplication µ : A ⌦ A ! A est
graduée si pour tous p, q 2 N on a µ(Ap ⌦ Aq ) ⇢ Ap+q . Noter que, d’après la proposition
précédente, on a M
A⌦A= Ap ⌦ Aq .
(p,q)2N2
Par conséquent, pour se donner sur A une structure de k-algèbre (associative avec unité)
graduée, il suffit de définir un élément 1 2 A0 et pour tout (p, q) 2 N2 une application
linéaire µp,q : Ap ⌦ Aq ! Ap+q , d’où une application linéaire A ⌦ A ! A, et de vérifier
que pour tous éléments homogènes a, b, c on a l’égalité d’associativité (⇤) ainsi que l’égalité
µ(1 ⌦ a) = a = µ(a ⌦ 1).
L
(i) I est gradué, i.e. n2N In = I.
(ii) Tout élément de I est somme d’éléments homogènes appartenant à I.
(iii) Pour tout x 2 I, chaque composante homogène xn de x appartient à I.
(iv) I est engendré comme idéal par des éléments homogènes.
Démonstration. — La somme des In est directe et contenue dans I ; elle lui est égale ssi la
condition (ii) ou (iii) est vérifiée. Ceci prouve l’équivalence de (i), (ii) et (iii).
Supposons que I soit engendré comme idéal par des éléments x , où chaque x est
homogène de degré d , pour variant dans un ensemble d’indices ⇤. Ceci signifie que I
est engendré comme k-ev par les éléments ax b, pour 2 ⇤ et a, b 2 A. Comme chaque
a (resp. b) est somme de ses composantes homogènes ap (resp. bq ) on obtient que I est
engendré comme k-ev par les éléments homogènes ap x bq , donc (ii) est vérifié.
Enfin, supposons (iii) vérifié et soit (x ) 2⇤ un système quelconque de générateurs de
l’idéal I. Par hypothèse, chaque composante homogène x ,n de x appartient à I, donc I
est a fortiori engendré par les éléments homogènes x ,n , pour 2 ⇤ et n 2 N. Ceci prouve
l’équivalence des quatre conditions.
Montrons qu’ils sont linéairement indépendants. Soit B ⇤ = (e⇤1 , . . . , e⇤n ) la base duale de
V . Pour tout F = (f1 , . . . , fp ) 2 V ⇤p , l’application
⇤
f1 (v1 ) · · · f1 (vp )
p
DF : V ! k, (v1 , . . . , vp ) 7! .. ..
. .
fp (v1 ) · · · fp (vp )
est p-linéaire alternée donc, d’après la propriété universelle 30.4, il existe une unique forme
linéaire gF : ⇤p (V ) ! k telle que
gF (v1 ^ · · · ^ vp ) = DF (v1 , . . . , vp ).
Pour tout J = (j1 , . . . , jp ) 2 Ip (n), appliquons ceci au p-uplet FJ = (e⇤j1 , . . . , e⇤jp ) et notons
gJ la forme linéaire sur ⇤p (V ) correspondante. Pour tous I, J 2 Ip (n), on voit facilement
que la matrice 0 ⇤ 1
ej1 (ei1 ) · · · e⇤j1 (eip )
B .. .. C
@ . . A
e⇤jp (ei1 ) · · · e⇤jp (eip )
a au moins une ligne nulle si J 6= I et est la matrice identité si J = I. Il en résulte que
(
1 si J = I,
(⇤) gJ (eI ) =
0 sinon.
Ceci prouve que les eI , pour I 2 Ip (n), sont linéairement indépendants : en e↵et si l’on a
P
une égalité I2Ip (n) I eI = 0 avec I 2 k, alors en appliquant gJ on trouve J = 0.
Proposition 30.6. — (i) On a une application linéaire canonique ⇤p (V ⇤ ) ! ⇤p (V )⇤ .
(ii) Elle est bijective si V est de dimension finie, donc on a dans ce cas un isomorphisme
canonique ⇤p (V ⇤ ) = ⇤p (V )⇤ .
Démonstration. — Pour tout F = (f1 , . . . , fp ) 2 V ⇤p , notons g(F ) la forme linéaire
⇤p (V ) ! k notée gF dans la démonstration précédente, i.e. pour tout v1 , . . . , vp 2 V :
f1 (v1 ) · · · f1 (vp )
g(F )(v1 ^ · · · ^ vp ) = .. .. .
. .
fp (v1 ) · · · fp (vp )
Il résulte des propriétés du déterminant que l’application V ⇤p ! ⇤p (V )⇤ , F 7! gF est p-
linéaire alternée. Donc, d’après la propriété universelle 30.4, il existe une unique application
linéaire
: ⇤p (V ⇤ ) ! ⇤p (V )⇤
telle que (f1 ^ · · · ^ fp ) = g(f1 , . . . , fp ) pour tous f1 , . . . , fp 2 V ⇤ et donc
f1 (v1 ) · · · f1 (vp )
(†) (f1 ^ · · · ^ fp )(v1 ^ · · · ^ vp ) = .. ..
. .
fp (v1 ) · · · fp (vp )
pour tous f1 , . . . , fp 2 V ⇤ et v1 , . . . , vp 2 V . Ceci prouve (i).
(ii) Supposons V de dimension finie et soit B = (e1 , . . . , en ) une base de V et B ⇤ =
(e⇤1 , . . . , e⇤n ) la base duale de V ⇤ . Pour tous I, J 2 Ip (n) notons eI = ei1 ^ · · · ^ eip et
e⇤J = e⇤j1 ^ · · · ^ e⇤jp . Alors, les eI (resp. e⇤J ) forment une base Bp de ⇤p (V ) (resp. Cp de
31. LE PLONGEMENT Pr (k) ⇥ Ps (k) ⇢ Prs+r+s (k) 137
(iii) Identifions E à Mp,q (k) via le choix de bases de V et W . Alors X est la sous-variété
algébrique de P(Mp,q (k)) définie par les équations polynomiales homogènes de degré 2 :
ai 1 j 1 ai 2 j 2 = ai 1 j 2 ai 2 j 1
pour 1 i1 < i2 p et 1 j1 < j2 q.
Démonstration. — (i) Si on remplace f et w par v et µw, avec , µ 2 k ⇥ , alors ( f ) ⌦
(µw) = µ(f ⌦ w), donc est bien définie. Notons u l’application linéaire (f ⌦ w) : V !
W , v 7! f (v)w. Alors Im(u) = kw et Ker(u) est l’hyperplan Ker(f ) de V . Tous les mutiples
u avec 2 k ⇥ ont même image et même noyau, donc la donnée de [u] détermine la droite
kw de W ainsi que la droite kf de V ⇤ . Ceci montre que est injective.
(ii) On vient de voir que (f ⌦ w) est de rang 1. Réciproquement, soit u : V ! W de
rang 1 et soit w un générateur de Im(u). Alors il existe une application f : V ! k telle
que u(v) = f (v)w pour tout v 2 V et, comme u est linéaire, f l’est aussi, i.e. f 2 V ⇤ . On a
donc u = (f ⌦ w). Ceci montre que l’image X de est l’image dans P(E) du cône épointé
C1⇥ . L’assertion (iii) en découle en tenant compte de la définition précédente.
31. LE PLONGEMENT Pr (k) ⇥ Ps (k) ⇢ Prs+r+s (k) 139
est la matrice A 2 Mpq (k) dont le coefficient d’indice (i, j) est xi yj . Notons enfin que Mpq (k)
est de dimension pq = rs + r + s + 1. On obtient ainsi le :
Corollaire 31.5. — L’application Pr (k) ⇥ Ps (k) ! Prs+r+s (k) qui associe à tout couple
[y1 : · · · : yq ], [x1 : · · · : xp ] l’image dans Prs+r+s (k) de la matrice
0 1
x1 y1 · · · x1 yq
B .. .. C
@ . . A
xp y1 · · · xp yq
est injective. Son image est la sous-variété algébrique de
Prs+r+s (k) = {[A] = [a11 : · · · : apq ] | A 2 Mpq (k), A 6= 0}
définie par les équations homogènes de degré 2 : ai1 j1 ai2 j2 = ai1 j2 ai2 j1 pour 1 i1 < i2 p
et 1 j1 < j2 q.
Le cours a aussi comporté une section 32 sur l’algèbre symétrique S(V ) d’un k-espace
vectoriel V . Cette section n’est pas au programme de l’examen. Elle sera peut-être rédigée
dans une version ultérieure du polycopié.
FIN (à la date du 2/12/2016)