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Manipulation et pouvoir : Machiavel revisité

Les trois œuvres confirment en partie la thèse de Machiavel selon laquelle la direction des hommes peut nécessiter le recours à la simulation, la dissimulation et au mensonge délibéré pour faire agir les individus et les groupes. Toutefois, de tels moyens du faire croire s'avèrent contre-productifs lorsque ceux à qui on fait croire en sont conscients, et sont destructeurs de la cohésion sociale lorsqu'ils sont utilisés de manière immorale.

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Manipulation et pouvoir : Machiavel revisité

Les trois œuvres confirment en partie la thèse de Machiavel selon laquelle la direction des hommes peut nécessiter le recours à la simulation, la dissimulation et au mensonge délibéré pour faire agir les individus et les groupes. Toutefois, de tels moyens du faire croire s'avèrent contre-productifs lorsque ceux à qui on fait croire en sont conscients, et sont destructeurs de la cohésion sociale lorsqu'ils sont utilisés de manière immorale.

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DISSERTATION 1 FR-PHILO MP *

Dans la vie sociale, les interactions humaines exigent parfois de faire semblant. Pour obtenir
de l’autre ce qu’on désire, on lui fait croire certaines choses. Dans ce sens, un adage ancien attribué
à Nicholas Machiavel, philosophe italien du XVI siècle, semble dire la même chose. « Gouverner
c’est faire croire » cette citation brève, s’apparentant à une maxime, frappe par sa brièveté et par
son efficacité. Cette dimension lapidaire est confirmée par l’usage d’une énonciation générale, du
présent de vérité générale. Le propos de cette assertion résumerait de façon emblématique la
pensée de Machiavel et constitue l’essence de la politique. Selon lui, diriger les hommes, les
conduire à l’échelle publique comme privée, c’est miser sur leur tendance à croire, sur leur crédulité,
en les entretenant dans l’illusion voire en les bernant de façon active. Cela revient à dire que la
direction des conduites des autres exige des moyens détournés pour faire croire à une réalité qui
peut être fausse. Mais, l’usage de moyens trompeurs risque parfois d’être contre-productif et de
donner plutôt des résultats inverses. D’ailleurs, est-il si aisé de manipuler et berner autrui ? Les
moyens pour le faire ne connaissent-ils pas des limites ? Peut-on aussi facilement miser sur la
crédulité ? Gouverner peut-il et doit-il se réduire à « faire croire » ? Autrement dit, fonder la
conduite des hommes sur un régime de croyances, est-ce vraiment les gouverner et diriger dans
la bonne direction ? A partir de ces questions, il serait judicieux de vérifier jusqu’à quel point
diriger les hommes, les conduire, c’est avoir, essentiellement, la capacité de susciter en eux
des croyances. Nous examinerons cette problématique à la lumière des Liaisons dangereuses,
roman épistolaire de Choderlos de Laclos, publié en 1782, de Lorenzaccio, drame romantique
d’Alfred de Musset, paru en 1834 et des deux articles d’Hannah Arendt, « vérité et politique »1967
et « mensonge en politique » 1972, nous montrerons d’abord que le faire croire est nécessaire
pour gouverner. Ensuite, nous nuancerons ce propos en mettant l’accent sur les répercussions
néfastes du faire croire sur le vivre ensemble, ce qui inciterait à repenser la légitimité d’instruments
véridiques dans les interactions humaines.

Les trois œuvres confirment en partie la thèse de Machiavel dans la mesure où pour
conduire l’action des autres, certains personnages usent de ruse, inspirent une fausse
confiance et dissimulent leur identité.
D’abord, pour influencer la conduite de qqn, la ruse s’avère un instrument adéquat. Dans
Les Liaisons dangereuses, on apprend aux lettres 15 et 22, que le vicomte de Valmont a usé
de ruse quand il a découvert que la présidente de Tourvel l’espionnait via son valet. Il a ainsi
tourné en sa faveur cet événement en simulant la piété et la bienfaisance à l’égard des pauvres.
Geste qui a « attendri j’jusqu’aux larmes » la présidente de Tourvel. Pareillement, Lorenzo vole
la cotte de mailles du duc et la jette dans le puits. Il simule ne pas l’avoir vue lorsque le duc le
lui demande. Il ruse ainsi avec son cousin en lui faisant croire qu’un duc a besoin d’autres
choses plutôt que d’une côte de mailles. Hannah ARENDT, de son côté voit que : « la
tromperie, la falsification délibérée et le mensonge pur et simple employés comme moyens
légitimes de parvenir à la réalisation d’objectifs politiques font partie de l’histoire aussi loin qu’on
remonte dans le passé. » Selon elle, la ruse politique est inhérente à l’exercice du pouvoir.

M MHAOURI 1
DISSERTATION 1 FR-PHILO MP *

Ensuite, les protagonistes de nos œuvres cherchent à gagner la confiance d’autrui pour
mieux le manipuler. Dans le roman épistolaire de Laclos, à la Lettre II, la marquise fait croire au
vicomte qu’il est « honoré » d’avoir été choisi comme missionnaire qui doit accomplir sa
vengeance contre le comte de Gercourt. Même son de cloche dans le drame romantique,
Lorenzaccio : le héros éponyme évoque la nécessité de gagner la confiance de celui qu’on
cherche à tromper. On peut ainsi lire à l’Acte III, scène 3, « Pour plaire à mon cousin, il fallait
arriver à lui, porté par les larmes des familles ; pour devenir son ami, et acquérir sa confiance, il
fallait baiser sur ses lèvres épaisses tous les restes de ses orgies. » De même, H ARENDT montre
que « la célèbre crise de confiance envers le gouvernement… a soudain pris des proportions
énormes. » Les décideurs américains ont perdu la confiance de l’opinion publique suite au
scandale du « Pentagone papers. » Or, la confiance est nécessaire entre gouvernant et
gouverné dans une démocratie comme les USA.
Enfin, les manipulateurs qui ont recours à la dissimulation, font croire à une identité qui
n’est pas la leur. Musset montre dans Lorenzaccio comment Lorenzo porte le masque de la
lâcheté et de la débauche. Ce « ruffian », cet être apathique et sans énergie, simule
l’évanouissement à la vue d’une épée, « chancelle, s’appuie sur la balustrade et glisse à terre
tout d’un coup », ce qui pousse Alexandre à croire à l’authenticité de l’action en
s’exclamant « la seule vue d’une épée fait se trouver mal Lorenzetta » qu’il invite à
rentrer « chez sa mère. » Cette démonstration de faiblesse a poussé le duc à y croire. Seul le
Cardinal Cibo est resté sceptique. Lorenzo réussit ainsi à duper son cousin, le tyran Alexandre
de Médicis. Dans une perspective similaire, Arendt estime que les responsables politiques
dissimulent la vérité de faits délibérément afin de garder une image favorable auprès du peuple. Mais
la découverte des mensonges a désillusionné ce dernier. Ainsi écrit-elle « Le fait que les documents
du Pentagone posent surtout le problème des dissimulations, des contre-vérités et du rôle du
mensonge délibéré ».
Il semble ainsi que les auteurs abondent partiellement dans le sens de la thèse de Machiavel.
Certains passages des œuvres montrent que le faire croire permet de guider les comportements
individuels et collectifs . ……………………………………………………………………………………………………………………

En définitive, il convient de rappeler que les trois auteurs ont confirmé en partie les propos de
Machiavel, et ce dans la mesure où la direction de la conduite des hommes exige parfois le faire croire. La
simulation, la dissimulation et le mensonge délibéré permettent de faire agir des individus et des groupes
dans certaines situations .Toutefois, ces instruments du faire croire s’avèrent être contre productifs quand
ceux à qui on fait croire en sont conscients. En réalité, les moyens du faire croire quand ils sont immoraux
sont destructeurs de la cohérence sociale. Ils font régner le faux et le simulacre. Ils font triompher l’égoïsme
et le cynisme donnant ainsi au vivre ensemble des allures d’une comédie, lui ôtant toute authenticité. D’où
la légitimité de moyens plus véridiques, plus transparents dans les relations humaines afin d’éviter le
simulacre et l’hypocrisie. Shakespeare n’avait-il pas raison quand il faisait dire à l’un de ses
personnages « Le monde entier est une scène, hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs, chacun
fait ses entrées, chacun fait ses sorties, et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôle. »

M MHAOURI 2

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