Rapport Final Compresse-Centrales
Rapport Final Compresse-Centrales
I Introduction 7
III.A Etat des lieux concernant l’impact des ouvrages hydroélectriques sur
l’environnement 24
1. Liste synthétique des types d’impacts issus de l’implantation d’un barrage 25
2. Mesures correctives et compensatoires 39
-5-
Table des matières
VI Conclusion 153
Bibliographie 155
Glossaire 163
-6-
Chapitre I : Introduction
I Introduction
Les barrages sont nombreux dans les Pyrénées. Le plus souvent construits entre 1930 et 1960,
ils ont profondément modifié les règles de vie des vallées. Ils ont été l'occasion de créer des routes,
une activité nouvelle, modifier des itinéraires. Ils sont souvent un but ou un point de départ de
randonnées estivales ou hivernales. L'énergie hydroélectrique, qui en est tirée, est une énergie
renouvelable. Elle est aussi considérée comme une énergie propre, bien qu'elle fasse parfois l'objet
de contestations environnementales, soit en raison de son emprise foncière, soit plus récemment
sur son bilan carbone.
L'hydroélectricité est la 2ème source d'énergie mondiale (environ 3000 TWh1 produits en 2005 ce
qui correspond à 16% de la production totale d'énergie). De plus, elle a la particularité d'être
présente sur tous les continents et d'y être répartie de façon homogène. La France arrive en
troisième position en Europe derrière la Norvège et la Suède dont les gisements sont très
importants ; ce qui illustre le fort niveau d’équipement français.
Figure I-1 Pays producteurs d’énergie hydroélectrique (représenté selon la part de la production).
1
TWh = Téra (1012) watt heure
-7-
Chapitre I : Introduction
Aujourd’hui la plupart des cours d’eau en Ariège ont été aménagés pour différents usages liés
aux activités anthropiques : hydroélectricité, protection contre les inondations des zones urbaines
et agricoles etc. La question des impacts des aménagements et des usages des cours d’eau sur
l’écosystème aquatique est donc explicitement posée. En effet, aménager une rivière signifie
modifier en profondeur les paramètres morphologiques et hydrologiques qui lui sont propres. Au-
delà, c’est toute la vie aquatique liée à l’écosystème qui est perturbée de façon plus ou moins
irréversible surtout dans un contexte de changement global. De plus, face à la demande toujours
croissante en énergie, les demandes de construction de centrales et microcentrales sont de plus en
plus nombreuses. Il est donc nécessaire aujourd’hui de fournir aux décideurs des outils performants
pour évaluer de façon objective l’ensemble des projets soumis à évaluation. Il est donc ici question
de faire l’état des lieux sur la situation de l’Ariège en terme d’hydroélectricité, ainsi que de fournir
une grille d’évaluation pour les futurs ouvrages basée sur une méthodologie performante et à partir
de données chiffrées qui se veulent objectives.
Cette étude synthétise et cartographie tout d’abord les différents aménagements et l’état
écologique des rivières du Salat et de l’Ariège en amont de Foix, d’autre part fait un diagnostic
hydrologique et morphologique des rivières aménagées. Avec le développement des systèmes
d’information géographique (SIG), des modèles numériques de terrain (MNT) et des logiciels
informatiques de calcul, de véritables outils de gestion des cours d’eau sont mis au point et ont été
intégrés dans la grille d’évaluation proposée.
-8-
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
L’énergie hydraulique est une des énergies renouvelables les plus difficiles à développer aujourd’hui
en France. Les enjeux environnementaux en terme de protection des cours d’eau limitent les
perspectives d’ouverture de nouveaux sites. De nombreux cours d’eau sont classés, excluant tout
nouvel aménagement. Certaines opérations récentes exploitent l’énergie de l’eau déjà canalisée :
réseaux d’adduction ou d’irrigation (encore faut-il que le potentiel en terme de puissance soit là). Il
faut tenir compte également des droits de propriétés de l’eau et des berges. Il est à noter qu’un
groupe de travail interministériel étudie la simplification de ces procédures.
-9-
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Les barrages permettent de capter l'énergie du cycle de l'eau. Ils transforment l'écoulement de l'eau
en énergie électrique. Cet écoulement à la surface de la Terre représente un potentiel énergétique
considérable.
Les avantages de l'hydroélectricité sont présentés comme ceci : longévité des ouvrages, modicité
d'entretien, souplesse de fonctionnement (association favorable avec d'autres énergies
intermittentes), possibilité d'associer la production à d'autres usages (écrêtement ou laminage des
crues, soutien des étiages (lorsque le cours d'eau est à son plus bas niveau, vers la fin de l'été),
alimentation urbaine...), source nationale ou locale, renouvelable et propre. Il semble cependant
que certains de ces avantages sont discutables et ne contrebalancent pas les inconvénients.
En France, du fait de nos montagnes et de notre climat tempéré, les barrages constituent l'essentiel
de nos sources d'énergies renouvelables. L'équipement des grands sites aménageables est presque
achevé. La capacité de production atteint au total 25 GW en 2000 et cette même année les
barrages ont produit 72.5 TWh d'électricité. La part de l'hydraulique dans la production totale
d'électricité se réduit depuis. L'eau retenue par ces barrages constitue un stock d'énergie électrique
qui peut à tout moment être injectée dans le réseau EDF. Les barrages sont donc très
complémentaires des autres énergies intermittentes ou peu adaptables. Par exemple, la
complémentarité avec l'énergie nucléaire est indiscutable lors des pics de consommation au cœur
de l'hiver.
- 10 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
base très peu coûteuse. Elles sont typiques des aménagements réalisés sur les fleuves importants
comme le Rhône et le Rhin.
-les "lacs" (ou réservoirs), dont la constante de vidage est supérieure à 200 heures. Les centrales-
lacs correspondent aux ouvrages présentant les réservoirs les plus importants. Ceux-ci permettent
un stockage saisonnier de l'eau, et une modulation de la production pour passer les pics de charge
de consommation électrique : l'été pour les pays où la pointe de consommation est déterminée par
la climatisation, l'hiver pour ceux où elle est déterminée par le chauffage. Ces centrales sont
typiques des aménagements réalisés en moyenne et haute montagne.
- 11 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Figure II-1 Exemple de la production d’électricité durant une semaine en automne 2003.
(Ministère de l’économie et des finances et de l’industrie, RET, 2006).
Le terme "centrale hydraulique" recouvre une très large gamme de types et tailles d'installations.
Depuis les très petites turbines installées sur l'arrivée d'eau potable des chalets de montagne,
permettant l'autonomie électrique, jusqu'aux très grands barrages qui ont nécessité de noyer des
vallées entières.
Les centrales hydrauliques sont classées en deux familles : celle de la grande hydraulique et
celle de la petite hydraulique. La petite hydraulique est elle-même divisée en plusieurs types de
centrales, la pico et la micro-hydraulique. Ce classement est réalisé en fonction de la puissance
fournie par les centrales (Tableau II-1).
- 12 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
1. Grande hydraulique
L’énergie hydraulique est utilisée depuis des siècles pour produire de l’énergie mécanique.
L’hydroélectricité commence à se développer dans les années 1880 (invention en France de la
turbine en 1827) et les turbines électriques ont quasi complètement remplacé les usages
mécaniques à la fin du XIXe siècle en Europe. Le développement des réseaux et la recherche
d’économies d’échelle aboutissent au développement de la grande hydraulique dès les années 30 au
détriment des petites installations. Aujourd’hui, le développement des grands barrages se fait
essentiellement en Asie et Amérique du Sud et soulève de nombreuses questions d’environnement
et de respect des populations. Dans le cas de la grande hydraulique, ceux-ci sont liés soit à
l'énorme énergie potentielle accumulée derrière les barrages de haute chute.
Les points les plus sensibles des grands barrages sont :
-L'appui du barrage sur la fondation naturelle
-Le risque de glissement de terrain dans le lac de retenue, notamment en cas de séisme.
-Le risque de dégradation progressive du barrage lui-même provoqué par des infiltrations d'eau,
ou par le vieillissement des matériaux constitutifs.
-Dans le cas des barrages en terre, ou de berges des canaux d'amenée, le risque d’érosion
interne et d'apparition de renards, capables de dégénérer rapidement en rupture de l'ouvrage.
Les conséquences d'une rupture de barrage (ou de canal) pourraient être dramatiques pour les
installations et les populations qui se trouvent en aval. Aussi, des précautions très importantes
doivent être prises pour assurer la surveillance des points sensibles (surveillance géologique des
terrains, détection d'infiltrations d'eau, visites périodiques des ouvrages par des experts), et des
plans d'urgence préparés pour assurer dans les meilleures conditions l'évacuation des populations
concernées en cas d'alerte.
Les grands ouvrages hydrauliques sont réalisés là où c'est possible, et ne sont pas nécessairement à
proximité des lieux de consommation électrique. De nombreux cas de figure sont possibles:
Insertion dans un réseau important très haute tension (THT) :En Europe occidentale,
et notamment en France, les distances entre les zones de montagne et les lieux de consommation
sont certes importantes, mais le réseau THT a progressivement été renforcé et la production
hydraulique est écoulée directement dans ce réseau.
- 13 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Le potentiel hydraulique techniquement réalisable dans le monde est considérable. Encore faut‑il
que l'électricité produite ait des clients, et qu'elle puisse leur être amenée à un coût compétitif
avec les autres formes d'énergie. On est donc amené à distinguer le "techniquement faisable" de
l'"économiquement faisable" dans les conditions actuelles. On observe un écart important entre ce
qui est techniquement faisable et ce qui l'est économiquement. Cet écart peut être dû soit aux
inconvénients de tel ou tel aménagement, au coût trop élevé d'un ouvrage, à l'absence de clients à
proximité, ou aux difficultés de financement, quelles qu'en soient les raisons (instabilité politique
de la région, politique des institutions financières, etc.)
2. La petite hydraulique
Aucune définition officielle n’a été établie pour les petits ouvrages. On considère alors que les
ouvrages inférieurs à 10 mètres de haut sont des petits barrages.
- 14 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Figure II-2 Tableau des catégories de petites centrales, (Ministère de l’économie et des
finances et de l’industrie, RET, 2006).
Remarque:
• Certaines instances internationales mettent la limite des micro-centrales à 300 kW, d'autres à
1 MW ;
• Certaines sources définissent des "mini-centrales" entre 500 kW et 2'000 kW ;
• Aux États-Unis on parle de "Petite Hydraulique" jusqu'à 30 MW.
Il n’existe pas de définition universelle du terme « petite centrale hydroélectrique ». Selon les
définitions locales, ce terme peut couvrir des capacités nominales de quelques kilowatts à 50
mégawatts ou plus. Toutefois, la puissance installée n’est pas toujours un bon indicateur de la taille
d’un projet. Une « petite centrale » hydroélectrique à basse chute est loin d’être petite, car en
général les projets à basse chute ont besoin d’un volume d’eau beaucoup plus important et de plus
grosses turbines que des projets à haute chute.
- 15 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
- Les états membres prennent les mesures nécessaires pour faire en sorte que les opérateurs de
systèmes de transport et de distribution présents sur le territoire garantissent le transport et la
distribution de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables.
Plus récemment, l’arrêté du 15 décembre 2009 relatif à la programmation pluriannuelle des
investissements de production d’électricité a fixé comme objectif, concernant la production la
production hydroélectrique en France métropolitaine, d'accroître l'énergie produite en moyenne sur
une année de 3 TWh et d'augmenter la puissance installée de 3 000 MW au 31 décembre 2020.
1. a) Objectifs Nationaux
Les enjeux liés à l’hydroélectricité doivent s’apprécier au regard des principaux objectifs de la
politique énergétique française. Ceux-ci sont désormais énoncés par la loi de programme du 13
juillet 2005. Dans ce contexte, l’hydroélectricité, fait aujourd’hui partie d’une composante
incontournable de part : (i) une politique de développement des énergies renouvelables, (ii) de
renforcement de la sécurité d’approvisionnement en développant les énergies nationales et (iii) de
lutte contre l’effet de serre. A ce titre, elle constitue une énergie du développement durable.
(Rapport Dambrine, 2006), puisque l’hydraulique est une filière de production d’électricité qui
n’émet pas de gaz à effet de serre. Pour fixer les idées, si les 70 TWh de production française
annuelle moyenne d’électricité d’origine hydraulique étaient produits à partir de centrales à
charbon, cela conduirait à un surcroît d’émissions de gaz à effet de serre de compris entre 55 et 70
millions de tonnes équivalent CO2 par an. Ce chiffre est à rapprocher des émissions totales de gaz à
effet de serre en France qui sont de l’ordre de 560 millions de tonnes équivalent CO2. Autrement
dit, le potentiel hydroélectrique français permet, dans les conditions actuelles de déduire de 10 à
12 % les émissions nationales de gaz à effet de serre. L’objectif inscrit dans la loi de division par 4,
d’ici 2050, des émissions de gaz à effet de serre, confère donc une importance toute particulière à
l’hydroélectricité.
Par ailleurs, en application de la directive « Sources d’énergies renouvelables (SER) » n°
2001/77/CE du 27 septembre 2001, la France s’est engagée à atteindre un objectif de 21 % pour la
part d’électricité d’origine renouvelable dans la consommation française en 2010, contre 14 % en
2004. Loin d’être acquis, cet objectif supposera non seulement une forte mobilisation de nouvelles
sources d’électricité d’origine renouvelable, mais également de maintenir ou d’augmenter la
production d’hydroélectricité.
De plus, suite à la loi de 2005 fixant les orientations de la politique énergétique française (loi
POPE2), la valorisation de l’eau pour le développement de la production d’électricité d’origine
renouvelable a été inscrite dans le Code de l’Environnement. Ce travail fait suite au rapport de
2
Loi de programmation de la politique énergétique française, loi n°2005-781 du 13 juillet 2005
- 16 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Figure II-3 Selon l’ADEME, la petite hydraulique devrait produire 4 à 5 TWh supplémentaires
pour respecter la directive européenne sur l’électricité renouvelable. L’objectif, à l’horizon
2010, est d’installer 1 000 MW de PCH, dont 200 à 300 MW en rénovant et optimisant les
ouvrages existants.
- 17 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Européennes :
Loi sur l’eau du 3 janvier 1992
La loi se fixe un objectif de gestion équilibrée de la ressource en eau et introduit la préservation
des écosystèmes, la protection contre les pollutions et la restauration de la qualité au même niveau
que le développement de la ressource, sa valorisation économique et sa répartition entre les
usages. La loi sur l’eau s’est adaptée à la jurisprudence et précise que les fondés en titre sont
considérés au même titre que les ouvrages autorisés, ce qui permet de leur imposer des
prescriptions par voie d’arrêter complémentaire de manière à préserver les intérêts visés par la loi
et notamment le respect des équilibres biologiques.
- 18 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
Nationales :
On observe, au cours des dernières décennies, une évolution du contexte législatif en France (Figure
II-4).
Loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique.
Cette loi précise que « Nul ne peut disposer de l'énergie des marées, des lacs et des cours d'eau,
quel que soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l'Etat. » (Article 1). Elle
définit 3 différents régimes d’exploitation des centrales hydroélectriques :
-L’autorisation : ce régime est accordé par arrêté préfectoral, pour les puissances inférieures à
4500 kW (500 kW avant la loi de 1980). Le délai maximal pour une autorisation est fixé à 75 ans
avec possibilité de renouvellement. On observe actuellement que ce délai est plutôt ramené à 30
ans, ce qui permet d’obliger le pétitionnaire à se mettre en conformité avec la nouvelle
réglementation.
-La concession : ce régime est accordé aux chutes dont la puissance maximale brute (PMB) est
supérieure ou égale à 4500 kW. Elle est octroyée par décret en conseil d’Etat pour les PMB
supérieures à 100 MW et par arrêté préfectoral pour les PMB3 comprises entre 4,5 et 100 MW.
-Les installations fondées en titre et les chutes de moins de 150 kW. Les installations
justifiant d’un droit fondé en titre et celles qui étaient autorisées avant le 16 octobre 1919 dont la
PMB est inférieure à 150 kW peuvent être exploitées conformément à leur titre d’origine, sans
modification ou limitation de durée.
Loi sur la protection de la nature de 1976
La loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, modifiée par la loi du 2 février 1995,
est aujourd'hui intégrée pour partie avec ses décrets d'application dans le Code de l’environnement.
Elle pose les bases de la protection de la nature en France, en donnant les moyens de protéger les
espèces et les milieux. Elle fixe les différents statuts de protection, et prévoit les peines
consécutives aux infractions. Enfin, elle interdit l'introduction dans le milieu naturel d'espèces non
indigènes.
- 19 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
- 20 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
_ La possibilité d'accroître de 20% la puissance installée des centrales existantes avec le même titre
sur simple déclaration ;
_ La mise en oeuvre d'une procédure simplifiée pour la délivrance de l'autorisation de turbinage des
débits réservés ;
_ Cette simplification s'applique également pour l'exploitation de l'énergie hydraulique des ouvrages
construits initialement aux seules fins de régulation hydraulique.
1. c) Situation régionale
A l’échelle locale le bassin Adour-Garonne, est déjà très équipé en installations hydroélectriques du
fait de son relief, puisqu’il fournit 15 TWh/an, soit 25 % du productible national et 32 % de la
capacité installée en puissance (8000 MW) sur 20 % du territoire. Les très grandes installations
concentrent 80 % des capacités. Pour le reste, compte tenu du fort taux d’équipement du bassin, 55
% de ce potentiel se situe sur des cours d’eau très protégés en 2007 (niveau de protection : cours
d’eau réservés) et ne sont donc pas mobilisables juridiquement. Les 45 % restants représentent
6TWh de potentiel qu’il n’est donc pas interdit de mobiliser dans le bassin Adour-Garonne. Parmi
ces 6TWh, on trouve des cours d’eau ne faisant l’objet d’aucune protection spécifique
réglementaire (normalement mobilisable), ce qui représente 17 % du productible et 22 % de la
puissance actuels du bassin Adour-Garonne, soit 37 % des objectifs nationaux 2015 de la PPI.
(Eaucéa, 2007). L’inventaire des projets portés par les principaux opérateurs hydroélectriques,
totalisent 6,6 TWh, dont 1/3 environ situé en dehors des zones de protection maximale, soit 2,1
TWh mobilisables.
Les rivières Ariège et Salat s’inscrivent dans le site d’intérêt communautaire FR 7301822 « Garonne,
Ariège, Hers, Salat, Pique et Neste », constitué du réseau hydrographique de la Garonne et de ses
principaux affluents en Midi-Pyrénées.
Ce site a été retenu de par le grand intérêt de son réseau hydrographique pour les poissons
migrateurs (zones de frayères potentielles et réelles pour le saumon atlantique qui fait l’objet
d’alevinages réguliers et dont les adultes peuvent atteindre Foix sur l’Ariège, Carbonne sur la
Garonne, suite aux équipements en échelles à poissons des barrages sur le cours aval, Document de
synthèse NATURA 2000 – Site FR7301822 – « Rivière Ariège »). Les espèces listées dans la directive
et présentes sur le site FR 7301822 sont :
- 21 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
- pour les mammifères : la Barbastelle, le Desman des Pyrénées, le Grand Murin, le Grand
Rhinolophe, la Loutre d’Europe, le Minioptère de Schreibers, le Petit Murin, le Petit Rhinolophe, le
Rhinolophe Euryale, le Vespertilion de Bechstein, le Vespertilion à oreilles échancrées,
- pour les amphibiens et reptiles : la Cistude d’Europe,
- pour les poissons : le Barbeau méridional, la Bouvière, le Chabot, la Grande Alose, la Lamproie de
Planer, la Lamproie marine, le Saumon atlantique et le Toxostome,
- pour les invertébrés : la Cordulie à corps fin, l’Ecrevisse à pieds blancs, le Grand Capricorne et le
Lucane cerf-volant.
3
Directive cadre européenne sur l’eau, n° 2000/60/CE du 23 octobre 2000
4
Loi sur l’eau et les milieux aquatiques, loi n° 2006-1772 du 30 décembre 2006
- 22 -
Chapitre II : L’énergie hydroélectrique : définitions, contexte et attentes
2) Faire un état des lieux, un diagnostic des connaissances concernant les impacts des ouvrages,
3) Evaluer les impacts hydrologique, écologique et économique de l’hydroélectricité sur le
territoire du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (avec les données à disposition),
4) Etablir une grille de lecture pour l’instruction des dossiers de futurs projets.
Cette étude est restreinte aux bassins versants du Salat et de l’Ariège en amont de Foix.
- 23 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Le SDAGE prend en compte les orientations de la politique énergétique nationale définie par la
loi de programme du 19 juillet 2005, notamment celles visant le développement de la production
hydroélectrique. Ce développement doit rester compatible avec les objectifs de la DCE et les
prescriptions de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006. La production
d’énergie hydroélectrique, par la création de barrages de retenue, de dérivations et par la
modification du régime des eaux (débits réservés, fonctionnement par éclusées), perturbe le
fonctionnement naturel des milieux aquatiques. D’autres aménagements hydrauliques peuvent avoir
certains effets comparables, notamment des barrages de soutien d’étiage. La nature et la gravité
des impacts liés aux aménagements hydroélectriques dépendent de la nature et des modalités
d’exploitation des aménagements, des caractéristiques hydromorphologiques et biologiques des
cours d’eau et de la nature ou de l’intensité des autres usages qui s’y exercent.
Les barrages sont source de polémiques, car ces grands travaux ont une incidence très marquée
sur le paysage, l’espace social humain et les écosystèmes qu’ils investissent. Voici une synthèse de
ce qui est noté dans la bibliographie comme principales conséquences des barrages sur
l’environnement :
- 24 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Dans la majorité des cas, la tête de bassin versant fournit plus de 75% de la charge de fond des
cours d’eau (Church, 2002). L’implantation de centrales hydroélectriques lorsqu’elles ne sont pas
équipées de rampes à sédiments interrompent le transfert de sédiments (Sherrard et Reskine, 1991
; Vericat et Batalla, 2006). A l’échelle mondiale, plus de 50 % des flux sédimentaires des bassins
régulés sont piégés par des barrages (Vörösmarty et al., 2003). Les plus gros ouvrages vont jusqu'à
piéger 99 % de la charge totale ce qui n’est pas le cas des petites infrastructures. La perte de pente
provoque une décantation de la charge transportée dans le bief amont, jusqu’à son comblement en
l’absence de chasses. Dans bien des cas, ce problème pourrait être résolu par une manoeuvre
adaptée des vannes. Les quantités de sédiments accumulés dans les biefs sont parfois telles que
l’ouverture est impossible sans une préparation préalable (curage par aspiration par exemple).
- 25 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
disponibles (Phillips et al., 2005). Les ajustements morphologiques peuvent également affecter les
deltas aux embouchures des fleuves, les affluents. Les ajustements morphologiques affectent à la
fois les profils verticaux et latéraux des lits fluviaux. La mobilité verticale dépend des conditions
d’écoulement, si elles restent assez fortes pour maintenir une capacité de transport on observe des
processus d’érosion et d’incision, dans le cas contraire on observe un exhaussement du lit du cours
d’eau. Wolman, 1967 suggère que la fluctuation des réponses des chenaux est liée à l’amplitude des
modifications des écoulements. Ainsi il montre que si le rapport entre les débits avant et après
régulation est égal ou excède 0.9, les cours d’eau connaissent une incision. En revanche si ce
rapport est inférieur à 0.75 alors les lits s’exhaussent. Les réponses sont cependant variables sur un
même cours d’eau selon les secteurs, mais aussi en fonction de la résistance du chenal. L’incision
des cours d’eau est particulièrement développée lorsque les ouvrages sont trop petits pour jouer un
rôle sur l’écrêtage des crues, mais suffisamment conséquents pour piéger les sédiments, les
capacités de transport du cours d’eau sont maintenues mais les apports de sédiments sont
considérablement réduits.
La modification du taux de sinuosité est également montrée (dans le cas de rivières à méandres).
Par exemple la diminution de la variabilité des largeurs ou de la mobilité en plan pouvaient être la
première réponse d’un chenal à la construction d’un ouvrage (Richard et al., 2005).
D’autres facteurs internes ou externes au chenal, ont potentiellement la capacité d’orienter ou
influencer l’ajustement morphologique des cours d’eau. Ces facteurs sont la nature des sédiments,
la présence ou absence de végétation, la géologie du bassin versant, la géométrie du chenal et la
taille de l’ouvrage, le nombre d’ouvrages… Ainsi une même modification des débits liquides/solides
peut entraîner différents ajustements (Figure III-1).
- 26 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Figure III-1 Evolution du lit d’un cours d’eau après la construction d’un barrage (d’après
Petts et Gurnell, 2005).
- 27 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
cas les poissons peuvent même être retardés et ce qui peut les empêcher d’accomplir leur cycle de
reproduction. Enfin, ces variations de température des eaux des cours d’eau sont susceptibles de
provoquer des chocs thermiques, notamment si les ouvrages fonctionnent par éclusés d’eau froide
durant les étiages estivaux (Bravard et Petts, 1993). Ainsi, en 1976, des mortalités d’ombres ont été
enregistrées sur l’Ain du fait des lâchers biquotidiens d’eau hypolimniques froides. Cependant, dans
des contextes fortement aménagés et pollués comme le bassin de la Seine, les barrages de
navigation jouent un rôle indéniable sur la ré-oxudation de l’eau et ont donc un effet positif sur les
populations piscicoles en leur servant de refuge ; De plus, en accélérant parfois les vitesses
d’écoulement, ces barrages compensent localement l’absence d’habitats lotiques et permettent le
maintien de certaines espèces sensibles dans les secteurs navigués (Boêt et al., 1998).
- 28 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Dans le cas A, le changement est rapide et facilité par la reprise de croissance rapide de la
végétation ligneuse à partir de bois flotté (souvent des arbres entiers) que par la croissance des
propagules présentes dans les sédiments fins déposés dans les zones de retour d’eau, ou dans les
zones abritées par les dépôts ligneux. Le développement de la végétation joue un rôle important en
influençant les modèles de sédimentation et d’érosion pendant la métamorphose fluviale.
Dans le cas B, le bois flotté est mort et son seul impact est de favoriser les dépôts de sédiments
contribuant au développement des propagules abritées par les accumulations de bois.
Dans le cas C, le développement de la végétation est limité à quelques graines dispersées et à des
fragments de végétation capables de reprendre leur croissance. Les modifications dans le chenal
sont dominées par les processus géomorphologiques.
Dans le cas D, les changements dans le chenal liés à une réduction des débits liquides sont très lents
et connaissent de faibles ajustements, les dimensions du chenal avant régulation, relique de l’état
antérieur, sont maintenues.
- 29 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Les crues sont le facteur qui conditionne la forme et la nature des berges. Le passage de la
végétation à bois tendre, dite pionnière, à celle à bois dur, terminale, se fait de manière naturelle.
Problème lors de la raréfaction des crues due à l’activité anthropique les peuplements à bois dur
(frêne, chêne ormes) envahissent le centre du lit où ils peuvent évincer les espèces à bois tendre
(Saules et Peupliers Noirs) qui ne peuvent plus se développer à l’ombre de ceux-ci. Telles les Forêts
galeries à saules blancs : 44.13 / 91E0 (1)* qui sont un Habitat prioritaire (Salicion albae). Les
travaux hydrauliques modifiant le régime des inondations peuvent entraîner ou accélérer l’évolution
vers une forêt à bois dur. Il sera également important de s’assurer de la pertinence des
aménagements lourds réalisés (enrochements, barrages, seuils…) et d’éviter les travaux qui
comportent des risques de modification du régime des eaux, du sol et des inondations. De plus en
l’absence de crues, la végétation perd peu à peu son caractère inféodé à l’eau et devient
d’avantage terrestre. En résulte une perte de diversité. Il est donc important de conserver au
maximum le rythme naturel des crues.
- 30 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Dans de nombreux écosystèmes terrestres et d’eaux intérieures, les activités humaines ont
provoqué la fragmentation des habitats. Les zones d’habitat réduites qui en résultent ne peuvent
subvenir qu’aux besoins de populations d’espèces plus petites, qui deviennent par conséquent plus
susceptibles de s’éteindre au niveau local. Les forêts et les systèmes fluviaux constituent deux
systèmes dont le niveau de fragmentation, élevé dans les deux cas, est relativement facile à
évaluer.
Dans les systèmes fluviaux, par exemple, les réservoirs influent de manière non négligeable sur le
flux de l’eau, sur sa qualité et sur sa biodiversité, en particulier pour les espèces migratrices. Parmi
les effets négatifs des barrages sur les écosystèmes figurent la destruction d’écosystèmes terrestres
par inondation, les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que de profonds changements au niveau
des espèces aquatiques. Une étude des effets imputables aux barrages a été menée au niveau
mondial et s’est penchée sur 60% des rivières de la planète pour en évaluer les éventuelles
fragmentations et modifications du ruissellement (Figure III-4).
Selon cette étude, plus de la moitié des grands systèmes fluviaux analysés sont affectés par la
présence de barrages et plus d’un tiers par la fragmentation des rivières et la régularisation de leur
débit. Seul 12 % des systèmes fluviaux étudiés ne sont pas touchés.
Lors de l’implantation d’une centrale hydroélectrique avec retenue la zone occupée par le réservoir
est submergée : la faune et la flore qui vivaient dans ce secteur se retrouvent donc anéantie par ce
- 31 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
changement d’habitat. Par ailleurs, lorsqu’il existe des personnes vivant dans ces secteurs, elles
devront quitter les lieux et être expropriées.
Leur intensité dépend du type d’aménagement, des modalités de gestion, des opérations de
maintenance et d’entretien, de la hauteur de chute, du marnage et du rapport entre le débit
d’équipement et le module :
• La création d’un plan d’eau, à l’amont du barrage, entraîne la suppression de l’habitat initial de
la rivière au profit d’un écosystème de type « lac » ;
• Dans les secteurs influencés par l’activité hydroélectrique, les biocénoses sont affaiblies et
déstabilisées avec une perte de productivité biologique ;
• Dans les secteurs sous influence des éclusées une instabilité des biocénoses, des échouages et des
piégeages d’alevins, des exondations d’habitat peuvent apparaître ;
• Les obstacles édifiés dans le lit des cours d’eau entravent le brassage génétique ;
• Lors de la dévalaison, une fraction des effectifs dévalants transite par les turbines ; le taux de
mortalité dépend de la taille du poisson et du type de turbine ;
• La présence des grands aménagements entraîne une forte artificialisation des débits ; les
perturbations sur le milieu sont donc importantes.
Un aménagement modeste « apparaît » moins pénalisant mais le cumul de petits aménagements
peut aboutir à l’interruption de la continuité écologique en raison de l’efficacité partielle des
dispositifs de franchissement.
- 32 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Il est donc indéniable que la création d’un plan d’eau à l’amont d’un barrage provoque un dépôt
de sédiment et un envasement (Duband, 1995 et Remini et al., 1997). En effet, les rivières
(affluents des retenues) transportent d’importantes quantités de sédiments qui alimentent en
alluvions les plaines des basses vallées. L’importance de ce transport varie énormément selon la
morphologie du bassin versant, et selon le régime des débits de la rivière car il dépend de la saison
et de la variabilité interrannuelle des apports. Les cours d’eau transportent des matériaux grossiers
(graviers, galets) et des sédiments fins (sable, argile) ; le mécanisme d’alluvionnement des retenues
est fonction du type de retenue. Les sédiments grossiers sont le plus souvent transportés par
charriage sur le fond, et ayant une vitesse de chute importante ils se déposent en queue de
retenue. Le transport des sédiments fins est plus compliqué à appréhender selon que l’écoulement
amont est torrentiel donc susceptible d’engendrer un courant de densité et de transporter les vases
jusqu’au pied du barrage, ou, que l’écoulement est fluvial avec une dispersion des vases dans toute
la retenue. Les courants de densité sont les principales causes d’envasement des grandes retenues.
La principale difficulté, dans l’étude des modifications du transport sédimentaire, est l’appréciation
des apports en matériaux solides à l’amont de la retenue, car il n’existe pas de relation directe
entre le débit du cours d’eau et le flux de matières en suspension. Seule l’accumulation de données
par retour d’expérience et la réalisation de modèles de sédimentation (Carlos et al., 1995), peuvent
permettre d’améliorer les méthodes d’exploitation des retenues face à cette situation
d’envasement. Liés à la sédimentation des particules en suspension dans l’eau, certains éléments
chimiques se retrouvent ainsi piégés (Poirel et al., 1993 et Rofes et al., 1991). Ces éléments
- 33 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
chimiques, parfois toxiques pour le milieu (métaux lourds, pesticides), proviennent des re-
dépositions atmosphériques et des nombreux flux polluants d’origine industrielle ou agricole situés
en amont sur le bassin versant. Les concentrations mesurées lors des épisodes de vidanges sont
certes élevées, mais restent bien souvent en deçà des concentrations susceptibles de provoquer des
effets à court terme sur les populations vivant au sein du cours d’eau en aval. Ces polluants sont
donc transférés à l’occasion de la vidange après avoir été temporairement stockés dans la retenue.
La gestion de ces pollutions doit donc se faire en termes de charge globale pour les écosystèmes en
s’intéressant aux éventuels effets chroniques sur les communautés vivantes.
- 34 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
-Lors de la dernière phase, que l'on peut appeler la stabilisation écologique, les
peuplements de poissons se sont équilibré par le développement d'espèces spécialisées (prédateurs
ichtyophages, végétariens) qui entraient en compétition avec les espèces omnivores.
Une des conséquences de cet effet de filtre imposé aux peuplements par la mise en place du lac est
l'absence dans le réservoir d'un certain nombre d'espèces présentes dans la rivière.
- 35 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
puisque les processus de photosynthèse ne peuvent pas intervenir significativement dans le bilan en
oxygène dissous durant la vidange.
Une étude de Rofes et al., (1991), montre également la relation entre les MES et le taux d’oxygène
dissous, mais cette fois exprimé comme un déficit d’oxygène. Lors de cette étude les mesures sont
effectuées au niveau de deux stations (1 et 2) correspondant à des temps de transit respectifs de 40
et 110 minutes depuis le barrage. A l’issue de la période de mesures, les graphiques réalisés (Figure
III-5) montrent que le déficit en oxygène dissous est plus important après un transit de 110 minutes
qu’après un transit de 40 minutes, tout en restant proportionnel à la concentration de MES.
D’autres types de substances proviennent de la décomposition de la matière vivante ou sont des
composés fortement réducteurs issus de rejets industriels. La remise en suspension de telles
substances lors des vidanges se traduira par une forte demande en oxygène et le relargage
d’ammoniaque, dont la forme non ionisée NH3 est très toxique notamment pour les poissons (Poirel
et al., 1993). L’équilibre de dissociation de NH4+ est fortement influencé par l’acidité du milieu, il
convient donc de tenir compte à la fois de la concentration d’azote ammoniacal et du pH pour
connaître la toxicité de ce composé. Un pH acide favorise la protonation de NH3 en NH4+,
l’acidification du milieu au moment du passage du culot sédimendaire est donc un facteur de nature
à limiter la toxicité du rejet.
Figure III-5 Relation entre le déficit en oxygène dissous et le taux de MES à la station 1 et 2
(Rofes et al., 1991).
Les vidanges décennales sont l’occasion de contrôles et de travaux d’entretien visant à assurer la
pérennité et la sécurité de l’ouvrage. De plus, des chasses et transparences en fortes eaux sont
effectuées régulièrement dans le but de faire transiter les sédiments et regagner de la capacité de
stockage. Celles-ci engendrent pour le milieu naturel des pollutions de type accidentel plus ou
moins importantes selon les types d’ouvrage, leur environnement et la gestion de la vidange
(Cravero et al, 1989 ; Poirel et al, 1993).
- 36 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Poirel et al (1993) ont étudié les principaux effets des vidanges suite à une soixantaine de
retours d’expériences. Ils déterminent 5 phases dans la vidange et y associent des risques
spécifiques pour les différents paramètres physico-chimiques :
l’abaissement du plan jusqu’à une cote minimum d’exploitation sans risque particulier.
L’ouverture de la vanne de fond se traduisant par un changement de composition de
l’eau par l’entrainement des sédiments situés immédiatement devant celle-ci. On
observe un pic de matières en suspension (MES) ainsi qu’une baisse en O2 dissous, une
acidification des eaux et un relargage des composés chimiques avec une température
plus froide. Si les paramètres chimiques se propagent faiblement vers l’aval, le pic de
MES se transfère quelquefois en s’amplifiant car l’augmentation de débit dans un
tronçon court-circuité provoque le nettoyage des berges.
Abaissement du plan d’eau de durée très variable présentant des risques faibles
correspondant soit à des crues, soit à un mélange d’eau de surface et de fond
lorsqu’une thermocline était établie. En queue de retenue, des sédiments sont remis en
suspension, consomment l’O2 dissous et relarguent différents composés. Ce bouchon
vaseux constitue une barrière physico-chimiques difficilement franchissable par les
poissons. Il avance au fur et à mesure de la baisse du plan d’eau jusqu’à arriver dans la
vanne de fond.
Le passage du culot correspondant au moment où la retenue est pratiquement vide et
où la rivière recreuse son lit dans les sédiments. C’est la phase de risque maximum avec
apport d’eau interstitielle venant du ressuyage des vases, caractérisée par
l’entrainement de sédiments, l’effondrement de talus et le relargage de composés
chimiques. La durée de cette phase est relativement brève. Lors du passage du culot,
les MES augmentent de façon très importante et soudaine. Elles consomment l’O2
dissous et relarguent différents polluants dont l’azote ammoniacal et les métaux
(Bouchard et al, 1986). On assiste également à un pic de conductivité et une baisse du
pH. Cette phase correspond généralement à l’arrivée des poissons du lac dans la vanne
de fond et aux conditions les plus sévères pour l’environnement.
La phase d’à sec, de durée très variables selon les travaux, se caractérise par un risque
lié aux crues.
Les sédiments transités induisent, lors du passage du culot et à l’ouverture de la vanne de fond,
de fortes teneurs à l’aval en MES, consomment de l’O2 dissous et relarguent différents polluants
comme l’azote ammoniacal et des métaux. Ces teneurs élevées en MES et surtout le déficit en O2
dissous sont à l’origine de la grande majorité des problèmes rencontrés lors des vidanges,
notamment pour la faune benthique de l’aval et la faune piscicole de la retenue. Poirel et al (1993)
montrent que le manque d’O2 dissous (moins de 2mg/l) est plus souvent à l’origine des problèmes
environnementaux que les fortes concentration en MES (plus de 30g/l). Ainsi, lors du passage du
culot, 20% des vidanges engendrent plus de 30g/l de MES, et 30% des vidanges présentent des
minimums d’O2 dissous à moins de 2mg/l. En étudiant les effets cumulés, c’est environ 40% des
vidanges qui induiraient des dégradations importantes de la qualité des eaux à court terme et à
- 37 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
l’aval immédiat du barrage. Le transfert du déficit en O2 dissous dépend du caractère plus ou moins
consommateur des sédiments, qui peut aller de 0 à 5 mg/L d’O2 dissous pour 1 g/l de sédiment, des
capacités de réoxygénation du milieu, fonction de la pente du cours d’eau, des seuils, des cascades,
et du temps de brassage du mélange eau-sédiment. Généralement, après une demi-heure de temps
de transfert, les phénomènes de réoxygénation deviennent supérieurs aux phénomènes de
consommation d’oxygène ce qui limite l’impact dans l’espace. Pour les MES, le transfert se fait de
façon différente avec les fractions fines du sédiment qui voyagent dans la masse d’eau et les
fractions plus grossières qui se déplacent par une succession de dépôt et de reprise en comblant
progressivement les zones de faible vitesse. Cela se traduit par un étalement du pic et un
abattement du flux total, notamment pour les rivières présentant des successions de seuils. La
présence en aval d’un autre barrage a pour effet de complètement amortir le pic de MES (Poirel et
al., 1993).
Afin de limiter l’impact des vidanges des barrages, la procédure LIVRE (Limitation de l’Impact
des Vidanges de Retenues sur l’Environnement) d’aide à la décision a été mise en place (Cardinal,
1988). Elle est articulée autour de 4 étapes :
définition des objectifs sur le plan environnemental, définition des mesures
préliminaires avant la vidange permettant de préciser les risques réels, définition des
mesures correctrices permettant de diminuer les impacts de la vidange.
Définition d’un protocole de gestion du plan d’eau et d’un protocole de suivi de la
qualité des eaux en temps réel tenant compte des objectifs et de l’évaluation des
risques.
Adaptation du protocole de gestion en cours de vidange avec prise en compte des aléas.
Collecte, archivage des informations, évaluation des impacts de la vidange et
organisation du retour d’expérience.
Cette procédure prévient les impacts et tend à les faire diminuer. Cependant, elle ne les
empêche pas et des impacts notables sur le biotope ont été reconnus lors des vidanges et
transparences des barrages de Garrabet et de Castillon lors de la dernière décennie.
- 38 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Charente,…), ou à des fins énergétiques (moulins,…). Ils sont pour la plupart équipés aujourd’hui de
micro-centrales électriques (on en compte environ 600). Ces obstacles, grands ou petits, ont
souvent rompu les équilibres biologiques des cours d’eau, notamment la circulation des poissons
migrateurs (Garonne, Dordogne, Lot, Adour, Gaves, Tarn,…), mais aussi la circulation des matériaux
constituant le lit des rivières. Le régime des eaux est notablement perturbé sur de nombreuses
rivières de faible, moyenne ou grande importance. Il en est de même pour la présence de grandes
retenues de stockage et de nombreuses prises d’eau, de même que la création de dérivations
laissent un grand nombre de tronçons de rivières sous débits réservés. Certains de ces tronçons sont
soumis par ailleurs à de fréquentes éclusées, ce qui contribue à renforcer l’impact négatif de
l’exploitation hydraulique sur les milieux aquatiques.
Plusieurs adaptations existent pour limiter l’impact des centrales hydroélectriques sur l’état
écologique des cours d’eau :
->Pour éviter d’assécher les frayères dans le lit mineur et maintenir un débit minimum
biologique l’été et l’automne, le maintien d'un débit minimum à l’aval immédiat des centrales.
->Pour limiter le risque environnemental fort de noyer les cordons rivulaires (pièges potentiels
pour les poissons), limitation des débits maximums turbinés de printemps. Cette disposition de seuil
maximum de débit au printemps est d’autant plus importante que le milieu est sensible, c’est à dire
en pleine période d’émergence des salmonidés. Ce moment, variable suivant les années, devra être
étudié.
->Pour limiter l’impact des baisses de débits sur les populations de poissons et les invertébrés,
une troisième mesure concerne les gradients à la baisse de débit.
Pour tenter de rendre écologique ces ouvrages sur les cours d’eau accueillant des espèces piscicoles
migratrices, le législateur a établi une obligation d’assurer la circulation des poissons migrateurs à
- 39 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
la montée des cours d’eau ainsi qu’à la dévalaison. Cela se concrétise par la construction de
dispositifs de franchissement du barrage (appelés « passes à poissons »), permettant normalement à
toutes les espèces migratrices présentes dans le cours d’eau de se déplacer librement vers l’aval ou
vers l’amont, afin de rejoindre les zones de croissance des adultes et les zones de frayères.
Les structures qui permettent aux poissons de franchir les barrages sont de deux types :
- 40 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
L'énergie hydraulique est caractérisée par des investissements élevés, mais des coûts de
fonctionnement très faibles, car le "combustible" est gratuit et l'entretien réduit. Les dépenses
d'investissements dépendent très fortement des caractéristiques de l'aménagement, et des
dépenses annexes liées aux problèmes sociaux et environnementaux. Il est de ce fait pratiquement
impossible de donner des chiffres normatifs.
A titre d’exemple, on peut considérer qu’un coût d’investissement de 1000 $ par kW installé
correspond à un site favorable. Le coût d’investissement d’une centrale complète utilisant une
turbine à gaz à cycle combiné est d’environ 300 $ par kW installé auxquels il faut ajouter le prix du
gaz, soit entre 20$ et 30$ par MWH produit. Une fois amortis, les aménagements hydrauliques
procurent une rente très importante, compte tenu de leurs très faibles coûts d'exploitation.
1. La fiscalité
En ce qui concerne la fiscalité, il convient tout d’abord de définir les termes taxe et redevance. La
taxe est une contrepartie monétaire d’un service rendu par une personne publique. La redevance
est un paiement devant avoir lieu de manière régulière, en échange d’un droit d’usage d’un service.
Il existe quatre types de contributions applicables à une centrale hydroélectrique :
- les taxes locales : taxe professionnelle et taxe foncière sur les propriétés bâties, perçues
au profit de la commune d’implantation de l’équipement.
- les redevances qui s’appliquent si la centrale hydroélectrique est concédée, perçues au
profit de l’Etat et dans une moindre mesure du département et de la commune.
- 41 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
- la redevance pour prise d’eau sur le domaine public fluvial, au profit de la commune s’il
s’agit du domaine public communal.
- les redevances à caractère environnemental perçues au profit de l’agence de l’eau5.
La taxe foncière sur les propriétés bâties : La taxe foncière est un impôt local dû
tous les ans par le propriétaire d'un bien immobilier. Le propriétaire est également soumis à la taxe
foncière sur les propriétés bâties. La base d’imposition pour les ouvrages hydroélectriques
correspond à 50% de la valeur locative cadastrale.
5
Voir annexe 8 sur les agences de l’eau.
- 42 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
- une redevance fixe fondée sur un indice de l’électricité à haute tension, perçue au profit
de l’Etat. Cette redevance est d’un montant faible.
- une redevance proportionnelle au nombre de kWh produits par la centrale génératrice,
répartie à raison de 2/3 pour l’Etat, 1/6 pour le département et 1/6 pour les communes.
- une redevance sur le chiffre d’affaire perçue au profit de l’Etat, introduite par la loi
n°2006-1771 de finances rectificative pour 2006, qui peut aller jusqu’à 25% du chiffre d’affaire,
mais ne s’applique que lors du renouvellement de la concession (à partir du 1er janvier 2007).
La redevance pour prise d’eau sur le domaine public des collectivités : En outre,
selon l’article L2125-7 du même code, les titulaires d'autorisations de prise d'eau sur le domaine
public fluvial appartenant ou confié en gestion à une collectivité territoriale sont assujettis à payer
une redevance perçue au profit de celle-ci. Elle est établie par délibération de l'assemblée
délibérante de la collectivité. En vertu de l’article 16 du Décret n°2005-992 du 16 août 2005,
lorsque les autorisations de prises d'eau concernent un ouvrage hydroélectrique autorisé en
application de la loi du 16 octobre 1919 relative à l'utilisation de l'énergie hydraulique, cette
redevance est égale au produit de la puissance maximale brute autorisée de la chute par un taux de
base ne pouvant dépasser 18,3 € par kW. La collectivité peut prévoir des abattements particuliers
dans le cas de prises d'eau destinées à un usage agricole ou industriel ou à des usages d'intérêt
public. Ces deux redevances (pour occupation du domaine public et pour prise d’eau) sont
cumulables, sous réserve de ne pas dépasser un montant égal à 3 % du chiffre d'affaires annuel
procuré par l'ouvrage l'année précédant l'année d'imposition.
Les redevances des agences de l’eau
Les installations hydroélectriques, qu’elles soient concédées ou autorisées, sont soumises aux
redevances perçues au profit des agences de l’eau (article 84 de la loi n° 2006-1772 du 30 décembre
2006 sur l’eau et les milieux aquatiques). Ces redevances ont été rénovées par la loi sur l’eau du 30
décembre 2006. Cette loi répond aux objectifs de la directive cadre européenne sur l’eau. Elle
propose des outils nouveaux et efficaces pour assurer la protection du milieu aquatique, et prévoit
notamment à compter du 1er Janvier 2008, la perception de redevances :
- 43 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
La redevance pour stockage d’eau en période d’étiage : Cette redevance est due
par toute personne qui procède au stockage de tout ou partie du volume écoulé d’un cours d’eau en
période d’étiage, sous réserve que la capacité de l’installation soit supérieure à un million de m3.
elle a vocation à pénaliser les gestionnaires qui stockent de l’eau dans leur réservoir en période
d’étiage au moment où les autres usages et les milieux aquatiques en ont le plus besoin.
Redevance = assiette * taux
Elle est assise sur le volume d’eau stocké pendant l’étiage. Ce volume correspond à la différence
entre le volume stocké en fin de période et celui stocké en début de période. Le taux de la
redevance est fixé par chaque agence de l’eau dans la limite maximale de 0,01€ par m3. Cette
redevance est perçue par l’agence de l’eau du bassin concerné.
La redevance pour obstacle sur les cours d’eau : Cette redevance est due par tout
propriétaire d’un ouvrage qui constitue un obstacle continu entre les deux rives d’un cours d’eau, à
l’exception des ouvrages :
- faisant partie d’installations hydroélectriques ; les ouvrages hydroélectriques en sont donc
exonérés.
6
En l’absence de la connaissance de ce volume, la formule suivante sera appliquée : V= 367 E/H r , avec E=
énergie électrique produite (kWh), H = hauteur de chute brute , r = rendement global de l’installation.
7
Les installations qui ne fonctionnent pas au fil de l’eau sont celles dont le titre administratif autorise le
fonctionnement par éclusées.
- 44 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
8
La dénivellation est la différence de cote entre les lignes d’eau amont et aval de l’ouvrage. La côte amont
correspond au niveau maximal de remplissage de la retenue. La cote aval est le niveau moyen du cours d’eau au
plus près de la retenue.
9
Voir annexe 9 sur les AAPPMA.
10
Voir annexe 10 sur l’arrêté du 1er Mars 2007 fixant les conditions d’achat d’électricité produite par des
installations utilisant l’énergie hydraulique des lacs, cours d’eau et mers.
- 45 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
2. Evaluation économique
L’appréciation des impacts d’un projet sur l’environnement socio- économique est un élément
déterminant pour l’élaboration d’un projet hydroélectrique. L’évaluation monétaire, directe ou
indirecte, des bénéfices et des dommages environnementaux fait partie intégrante du processus
décisionnel pour tout projet. L’évaluation économique des biens environnementaux va bien au-delà
de la simple production d’un chiffre représentant la valeur du bien évalué, puisqu’elle est aussi un
intéressant outil d’appui à la décision :
- l’ordre de grandeur des bénéfices engendrés par la protection de l’environnement,
alimente de nombreux débats et réflexions autour de l’environnement et permet ainsi de mettre en
lumière l’importance relative des différents services générés par l’environnement.
- l’évaluation économique, en particulier quand elle se base sur des enquêtes auprès
d’acteurs et/ou de citoyens, permet également d’appréhender les perceptions, compréhensions et
connaissances des enjeux clefs de la gestion de l’environnement.
En effet, tout projet va entraîner des externalités, c'est-à-dire lorsqu’une activité induit des
coûts (externalités négatives) ou des bénéfices (externalités positives) pour un autre agent qui n’est
pas impliqué. PIGOU en donne une définition plus précise : « l’essence du phénomène est qu’une
personne A en même temps qu’elle fournit à une autre personne B un service déterminé pour lequel
elle reçoit un paiement, procure par la même occasion des avantages ou des inconvénients d’une
nature telle qu’un paiement ne puisse être imposé à ceux qui en bénéficient, ni une compensation
prélevée au profit de ceux qui en souffrent. »
Il convient alors à la société d’internaliser une externalité négative, c'est-à-dire de prendre en
compte dans ses calculs d’opportunité, les coûts associés à la dépollution ou à la dégradation de
l’environnement. L’utilisation de cette notion pour analyser les problèmes d’environnement a été
amenée par PIGOU, qui proposait leur correction par des taxes visant à amener le coût privé,
supporté par l’agent qui fait le choix, au niveau du coût social supporté, du fait de ce choix, par
l’ensemble des agents. Cela nous donne l’équation suivante: CS = CP + EE .
Avec CS : coût social
CP : coût privé
EE : externalité environnementale
- 46 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
On suppose une activité de production quelconque. A l’équilibre, une quantité Q sera produite pour
un prix P. On suppose l’existence d’une externalité, donc le prix P ne reflète pas la totalité des
coûts engendrés par la production. Par conséquent, le coût privé de production doit être augmenté
des éléments du coût social, ce qui se traduit par un glissement de la courbe d’offre de S à S’, c'est-
à-dire par le passage du coût marginal privé au coût marginal social. L’internalisation de cette
externalité engendre un nouveau prix P’, plus élevé que P et d’une quantité produite moindre. En
résumé, l’externalité est l’écart entre le coût social et le coût privé.
Un projet de production d’hydroélectricité entraîne des impacts sur l'environnement et représente
un coût social ou collectif. Le plus souvent, cet impact échappe au calcul économique, son coût est
externalisé. Il n’existe pas de reconnaissance économique (établissement d’un prix et d’un marché,
paiement, rémunération) des fonctions écologiques et des services environnementaux rendus par les
écosystèmes. Ces services sont les avantages que nous tirons de la nature gratuitement
(purification de l’eau, régulation du climat…).
Toute forme de vie s’intègre dans un écosystème, ce dernier étant composé d’un ensemble d’êtres
vivants (biote) et de leur milieu non biologique. La vie humaine ne serait pas possible sans la
purification de l'eau et de l'air, le cycle des nutriments et le maintien de la biodiversité ; la nature
fournit gratuitement ces services écosystémiques. Ces services sont de nature économique, car ils
possèdent une valeur économique : ils offrent des bénéfices aux êtres humains. Ces biens publics11
n'ont généralement pas de marché ou de prix. Leur disparition n'est donc pas prise en compte par
11
Voir annexe 15 sur les biens publics.
- 47 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
notre système économique actuel. Les écosystèmes naturels et cultivés apportent des produits et
des services aux sociétés humaines, ils ont une forte valeur écologique mais aussi économique et
socioculturelle. Le premier article (Costanza et al, 1997) conclut que la biosphère rapporte à
l’Homme 33 trillions de dollars par ans. Ces services écosystémiques sont divisés en quatre
catégories :
- les services d’approvisionnement qui permettent la production de biens marchands
valorisés par les circuits économiques (matières premières : bois, eau ; minerais…) Ils peuvent être
retranscrits grâce à la quantité de biens issus des écosystèmes.
- les services culturels qui permettent la fourniture de biens et services dans le domaine
social (promenades, randonnées…) On peut les quantifier via la fréquentation.
- les services de régulation tels que le piégeage de carbone ou l’épuration des eaux. Leur
comptabilisation se fait à travers des modèles basés sur des observations et sur de la prédiction.
- les services de soutien. Ils sont la condition du maintien des conditions favorables à la vie
sur Terre, avec notamment les cycles biogéochimiques12 des éléments (nutritifs ou non). Ils
contribuent notamment à l'entretien des équilibres écologiques locaux et globaux, à la stabilité de
la production d'oxygène atmosphérique et du climat global, à la formation et la stabilité des sols, au
cycle entretenu des éléments et à l'offre d'habitat pour toutes les espèces.
12
Un cycle biogéochimique est le processus de transport et de transformation cyclique d'un élément ou composé
chimique entre les grands réservoirs que sont la géosphère, l'atmosphère, l'hydrosphère, dans lesquels se retrouve
la biosphère. Par exemple le cycle de l’eau, de l’oxygène, du carbone, de l’azote…
- 48 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Il convient alors de valoriser les dommages infligés par les activités humaines pour pouvoir
internaliser les coûts environnementaux. L’évaluation de la rentabilité socio-économique d’un
projet vise à apprécier l’intérêt qu’il présente à la fois pour l’investisseur, mais aussi pour
l’ensemble de la collectivité. Les dommages sont les pertes encourues par les agents économiques
comme conséquences directes d’une dégradation donnée (observée ou potentielle) de la qualité de
l’environnement. Ces pertes sont exprimées à travers deux étapes :
- d’abord des effets qualitatifs et quantitatifs physiques, c'est-à-dire non monétaires.
- puis en monnaie afin de permettre une estimation globale et des comparaisons entre des
situations alternatives.
Les dommages monétaires correspondant à un effet donné sont les sommes d’argent nécessaires
pour apporter une compensation aux agents économiques qui ont subi un préjudice. Ils se
décomposent en deux catégories:
- les pertes financières : modification du niveau de dépenses résultant des modifications
dans la qualité de l’environnement. Ces coûts permettent de s’adapter à la dégradation mais pas
nécessairement de la neutraliser intégralement. Dans le cas de l’hydroélectricité, les pertes
financières peuvent être dues à la diminution de la production électrique.
- pertes d’aménités: à caractère immatériel (diminution de services non marchands tels que
la santé, le plaisir, le confort...) et résiduel (différence entre le dommage monétaire total et les
pertes financières comptabilisées). En ce qui concerne l’hydroélectricité, cela peut être
l’impossibilité de pratiquer une activité sur un cours d’eau aménagé, ou de pêcher.
La notion de Valeur Economique Totale (VET) fournit une mesure globale de la valeur économique
de tout actif environnemental. Elle se décompose en valeur d’usage et en valeur de non-usage. Les
valeurs d’usage se composent des valeurs d’usage direct et indirect et de la valeur d’option ; ce
sont des valeurs anthropocentriques instrumentales13. Les valeurs de non-usage intégrent la valeur
de legs et la valeur d’existence ; ce sont des valeurs anthropocentriques intrinsèques14. Les
différents types de valeur d’un actif naturel :
- Valeur économique totale : somme de tous les types de valeur d’usage et de non-usage
d’un bien ou d’un service.
- Valeur d’usage : valeur retirée de l’utilisation d’un bien ou d’un service. Elle correspond à
l’utilisation effective (par exemple la pêche), envisagée (pêche prévue dans l’avenir) ou possible
du bien en question.
- Valeur d’option : valeur accordée par des personnes à la possibilité de pouvoir bénéficier
d’un bien dans le futur, même si elles ne l’utilisent pas actuellement.
- Valeur de non-usage : valeur qui n’est pas associée à un usage réel, ou même à la
possibilité d’utiliser un bien ou un service. Valeur relative à la satisfaction de savoir qu’un actif ou
un état de fait désirable existe. Les personnes veulent préserver un bien qu’ils n’utilisent pas
13
La valeur anthropocentrique instrumentale correspond à ce que l’on entend par « valeur économique totale
d’usage et de non-usage ».
14
La valeur anthropocentrique intrinsèque correspond au fait que les ressources naturelles ont une valeur en soi
mais cette forme de valeur reste anthropocentrique car c’est l’être humain qui l’accorde aux éléments naturels.
- 49 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
effectivement, qu’ils n’envisagent pas d’utiliser ou qu’il est impossible d’utiliser. Ces valeurs sont
souvent liées aux notions, de justice, ou de respect de la Nature et permettent de justifier la
protection d’espèces ou de sites naturels connus.
- Valeur de legs : valeur accordée au fait de savoir que les générations futures pourront
bénéficier du bien étudié.
- Valeur altruiste : valeur reflétant le souci de rendre le bien concerné accessible à d’autres
personnes de la génération du moment.
- Valeur patrimoniale : valeur reflétant le souci d’assurer à la prochaine génération et aux
générations suivantes la possibilité d’utiliser le bien en question.
- Valeur d’existence : valeur accordée par des personnes au fait de savoir qu’un bien existe,
même si elles ne le verront ou ne l’utiliseront jamais, par exemple pour le desman des Pyrénées ou
l’euprocte des Pyrénées. Les motivations peuvent varier et inclure un intérêt pour le bien lui-même
ou un souci de protection conduisant à se sentir responsable du bien lui-même.
Figure III-8 Valeur économique totale d’un bien naturel (Barrière, 2009)
Les usages de l’eau se différencient selon qu’elle est employée comme agent (de transport,
d’échange de matière ou d’énergie), ou comme milieu ou espace (de vie, d’activité, de protection).
Les premiers requièrent surtout un flux d’eau, les seconds un volume. La ressource eau permet de
nombreux usages, qui parfois sont incompatibles. Alors apparaît un conflit d’usage autour de la
ressource. On différencie les utilisations captrices, qui détournent l’eau du milieu naturel et les
utilisations in situ qui ne détournent pas l’eau du milieu naturel mais qui utilisent sur place certains
potentiels fonctionnels de l’eau.
- 50 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
15
Voir annexe 16 sur les pièces du dossier de demande d’autorisation.
- 51 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
On constate donc que suivant le taux d’actualisation retenu, ainsi qu’en fonction de la puissance de
l’installation, le coût du kW est compris dans une fourchette allant de 1 207 € à 2 599 €. Le coût
16
Etude de l’Ademe mars 2003.
17
Etude de l’Ademe mars 2003.
- 52 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Ces coûts directs d’exploitation représentent, en moyenne, selon le type d’installation, entre 10 et
30 % des recettes brutes. Le coût du kWh hydroélectrique est constitué à 75% de charges
d’investissement (capital initial et intérêts), ce qui en fait une filière de production électrique à
base de coûts fixes. Afin de donner un exemple concret, j’ai interviewé le propriétaire18 d’un seuil
sur la commune de Prat Bonrepaux. C’est une installation de basse chute (3,40 m) avec une digue
de 150 m. Cet aménagement a été exploité à nouveau dans les années 1960 et il est placé sous un
régime fondé en titre. La production annuelle se situe en moyenne aux alentours de 1 800 000 kW.
La production horaire est de 370 kW maximum et de 150 kW en période d’étiage. En moyenne, la
production est de 1 800 000 kW, elle peut aller jusqu’à 2 200 000 kW pour les très bonnes années,
et être de 1 400 000 kW les années de sécheresse. La première partie de l’installation a été rénovée
et remise en route en 1961, pour une puissance de 250 kW, et la seconde partie date de 1979-1980
avec une puissance de 150 kW. Sur cet aménagement, le propriétaire a aménagé une passe à
poissons en 1988, mais pas de passe à kayak, car les kayakistes sautent le seuil qui n’est que d’un
mètre de hauteur. Un salarié à mi-temps est employé sur la centrale, et ce à l’année.
Quand l’installation a été mise en route, les coûts d’investissement étaient les suivants :
18
Je remercie M. COUZINET François, propriétaire du Moulin de Bonrepaux, dans la commune de Prat
Bonrepaux, pour ses renseignements et son implication.
- 53 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
339 016,39 €19 (229 865 francs 1960) pour la première partie de l’installation datant de 1960 (250
kW).
175 318,58 €20 (452 225 francs 1980) pour seconde partie de l’installation datant de 1980 (150
kW).
En ce qui concerne les dépenses de fonctionnement annuelles :
DEPENSES RECETTES
Salarié (coût annuel): Rachat d’électricité par EDF :
Salaire net : 9 660 € Recettes hors taxes : 120 367 €
URSAFF : 3 461 €
ASSEDIC : 518 €
Régime complémentaire CGIS : 716 €
Formation professionnelle : 69 €
Taxe d’apprentissage : 85 €
Médecine du travail : 83,60 €
Total : 14 592,60 € Total : 120 367 €
Taxes et redevances (coût annuel) :
Taxe professionnelle : 794 €
Redevances à l’Agence de l’eau : 400 €
Total : 1 194 €
Cotisations diverses :
Assurances : 7 893 €
Syndicat : 645 €
Total : 8 538 €
Frais comptables :
Frais comptables : 5 252 €
Total : 5 252 €
Frais de contrôle :
APAVE21 : 352 €
Contrôle thermographique : 179 €
Total : 531 €
Frais divers :
Entretien, pièces … : 7 500 €
Total : 7 500 €
TOTAL : 37 607,60 € TOTAL : 120 367 €
Tableau III-4 : Dépense de fonctionnement annuel
19
1FF 1960 = 1,47485€ 2008. INSEE http://www.insee.fr
20
1FF 1980 = 0,38768€ 2008. INSEE http://www.insee.fr
21
Organisme d’inspection, assistance et contrôle technique, qualité et formation.
- 54 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Aux dires du propriétaire, les frais d’entretien divers se situent entre 5 000 et 10 000 €, donc en
moyenne 7 500 €. Au regard de ce tableau, on constate que le chiffre d’affaires de l’aménagement
est de 120 367 € et le bénéfice de 82 759 ,40 €. On peut donc conclure que la production
d’électricité via un aménagement hydraulique génère un chiffre d’affaires intéressant. De plus, ce
type d’installation ne paye pas d’impôt particulier, mise à part la taxe professionnelle. Elle est
considérée comme une SARL (Société A Responsabilité Limitée) avec un régime fiscal en société
collective, c'est-à-dire que chaque associé est directement imposé sur ses propres revenus. Après
avoir énoncé les coûts directs liés à la production d’hydroélectricité, il convient de parler des coûts
externes, du moins des méthodes de prise en compte de ces coûts.
- 55 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
thermiques classiques sont sollicitées. Les niveaux d'émissions relatifs à chacun des modes de
production possibles sont récapitulés dans les tableaux suivants.
Emission de CO2
Charbon 915
Fioul 676
Gaz/Cycle combiné 404
Cogénération gaz 230 à 38022
Unité d’incinération des ordures ménagères 860 à 1548
Nucléaire 0
Eolien 0
Hydraulique 0
Tableau III-5 Émissions de CO2 des centrales électriques (en gCO2/kWh) Source : Ademe
22
Les émissions de la cogénération gaz dépendent des techniques (turbines ou moteurs) et des rendements.
- 56 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
La production hydroélectrique de 1000 kWh représente par rapport à la même quantité d’électricité
produite par une centrale à fuel, une économie de 0,220 tep et évite l’émission de 690 kg de CO2.
Cependant, selon Bernard ROUSSEAU23, « les émissions de CO2 évitées par le développement de
l'hydroélectricité sont minimes par rapport à la dégradation des milieux causée par un tel
développement. Les coûts que la dégradation des cours d'eau engendre sur les autres usages (pêche,
tourisme, eau potable…) ne sont pas compensés par la production d'électricité ».
23
Bernard ROUSSEAU, responsable du réseau eau de France Nature Environnement (FNE),
http://www.actu-environnement.com/ae/news/developpement_hydroelectricite_6317.php4
- 57 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
- 58 -
Chapitre III : Synthèse bibliographique des impacts environnementaux et économiques des
ouvrages hydroélectriques
Tableau III-9 Calcul de la perte énergétique due au relèvement du débit réservé (Source : Test
sur la confirmation des MEFM)
La monétarisation est réalisée par la multiplication du coût du kWh du tableau des coûts unitaires
des pertes de production selon les différents types de production avec les pertes de production.
Dans le cas où la mesure de restauration consiste en un relèvement du débit de base des éclusées,
alors le relèvement du débit de base au niveau de l’usine, dès lors que ce débit peut être turbiné,
ne génère pas une perte nette de production mais plutôt une perte d’énergie de pointe et
modulable. En effet, les volumes supplémentaires utilisés pour relever le débit de base ne sont plus
valorisés en période de pointe mais utilisés en production de base. Une augmentation du débit de
base conduit à une baisse du coefficient d’amplitude de l’éclusée.
Le problème est qu’en cas de perte de productible hydroélectrique, la production d’électricité doit
être assurée par d’autres moyens. Se pose alors la question des émissions de CO2 et du bilan
carbone de chaque type de production.
- 59 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
1. Aspects réglementaires
Les aspects environnementaux sont aujourd’hui une donnée essentielle pour la réussite d’un projet.
Dans un premier temps, il est indispensable de connaître les enjeux environnementaux forts
existants sur un bassin, ce sera donc la première phase de la grille de lecture pour l’instruction d’un
dossier.
Différents aspects sont à prendre en compte, par exemple:
- la situation du cours d’eau au regard de la loi du 29 juin 1984 modifiée, dite «loi pêche» : rivière
réservée, rivière classée,
- la présence de mesures de protection du milieu naturel fortes sur le cours d’eau : arrêté de
protection de biotope, site Natura 2000, réserve naturelle, etc,
- la proximité de l’habitat avec les équipements de production (nuisances phoniques),
- l’insertion du projet dans un site et un paysage sensible : parc naturel régional, site inscrit ou
classé, espace soumis à une directive paysagère, etc.
De plus, un certain nombre de directives et d’arrêtés fixent les espèces protégées et les habitats à
protéger. -Par exemple, il existe un classement au titre des espèces protégées avec une protection
intégrale de l’esturgeon européen (par arrêté du 25/01/1982) et des autres espèces migratrices à
l’exception de l’anguille (par arrêté du 8/12/1988).
- 60 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
-La Directive Habitats-Faune-Flore (21/05/1992), elle protège toutes les espèces piscicoles
(migratrices et non migratrices) pour lesquelles les habitats doivent être protégés.
-Le saumon et les aloses sont également des espèces d’intérêt communautaire dont le prélèvement
dans la nature et l’exploitation sont susceptibles de faire l’objet de mesures de gestion.
-La convention de Berne (19/09/1979) porte sur la conservation de la vie sauvage et du milieu
naturel en Europe toutes les espèces pisciaires.
-La convention de Bonn (23/06/1979) a pour objectif la conservation à l’échelle mondiale des
espèces migratrices appartenant à la faune sauvage comme par exemple l’esturgeon (Acipenser
sturio). Dans notre cas d’étude, le bassin de la Garonne accueille l’ensemble des espèces
migratrices : l’anguille européenne, l’alose feinte, la grande alose, la lamproie marine, la lamproie
de rivière, le saumon atlantique, la truite de mer et l’esturgeon européen. Toutes les espèces
migratrices sont classées vulnérables sur la liste rouge des espèces menacées (Keith et al., 1992)
sauf l’esturgeon, considéré comme ‘en danger’ au niveau national ; ceci reflète la situation au vu
de l’expertise scientifique. De plus, ce bassin bénéficie depuis 1984 d’un programme de
restauration consacré aux poissons grands migrateurs. La loi ‘pêche’ (n°84-512 du 29/06/1984)
relative à la pêche en eau douce et aux ressources piscicoles; codifiée dans le livre deuxième du
Code de l’Environnement, a affirmé l’intérêt général de la préservation des milieux aquatiques et
de la protection du patrimoine piscicole. La loi n°92-3 du 3/01/1992 – dite Loi sur l’eau – a introduit
le principe d’une gestion équilibrée de la ressource en eau. L’Ariège et le Salat, cours d’eau majeur
de la région d’étude, bénéficient de plusieurs réglementations favorables aux espèces migratrices :
1. a) Un exemple: l’Ariège :
Certains cours d’eau à forte valeur patrimoniale sont donc classés « réservés », ce qui signifie qu’ils
sont alors protégés de toute nouvelle construction, et que les ouvrages préexistants ne peuvent
augmenter la hauteur de chute du barrage (article 2 de la loi du 16 octobre 1919 relative à
l’utilisation de l’énergie hydroélectrique). Dans le cas de l’Ariège, elle a été notée « Rivière
réservée » en application de l’article 2 de la loi du 16/12/1919 modifiée et relative aux économies
d’énergie, par les décrets du 28/07/87 sur la partie aval et du 25/04/89 sur la partie amont. La
rivière est réservée de la confluence avec la Garonne jusqu’à l’aval du pont CD 820 (commune d’Ax-
les- Thermes), à l’exception du secteur intermédiaire entre Foix (pont du chemin de fer reliant
Toulouse à la Tour de Carol) et Le Vernet-Hameau de La Fargue (09). Sur les cours d’eau (ou
sections de cours d'eau) réservés, aucune autorisation ou concession ne sera donnée pour de
nouvelles entreprises hydrauliques. Pour les entreprises existantes, une concession ou une
autorisation pourra être accordée sous réserve que la hauteur du barrage ne soit pas modifiée.
Toujours pour l’exemple du cas de l’Ariège, elle est classée en application de l’article L.432-6 du
code de l’environnement qui fait obligation de réaliser des dispositifs de franchissement pour le
poisson sur des cours d’eau dont les listes sont fixées par décret, qui peut être complété par la
parution d’un arrêté ministériel fixant la liste des espèces migratrices. Par décret du 20/06/1989 et
arrêté ministériel du 21/08/1989 fixant la liste des espèces migratrices, l’Ariège est classée :
- 61 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- de la confluence avec la Garonne jusqu’à l’aval du barrage de Labarre (Foix), avec liste d’espèces
(la truite fario, la truite de mer et le saumon atlantique).
- sur la Haute-Ariège (du barrage de Labarre à la confluence avec la Lauze), la liste d’espèces n’a
pas encore été publiée.
Les arrêtés préfectoraux de protection de biotope sur la partie aval de l’Ariège jusqu’à Labarre (du
17/10/1989 dans le département de la Haute-Garonne) pour la grande alose, le saumon atlantique
et la truite de mer ; du 30/10/1991 modifié le 02/03/94 et du 29/08/1988 modifié le 02/07/1990
dans le département de l’Ariège pour le saumon atlantique et la truite de mer. Il n’y a pas d’arrêtés
de protection des biotopes en amont du barrage de Labarre. Le décret interministériel 94-157 du
16/02/1994 a défini les principes de base de la gestion des poissons migrateurs et a créé les
COGEPOMI (COmité de GEstion des POissons MIgrateurs). Ce décret fixe un cadre unique et
cohérent de gestion des poissons migrateurs de part et d’autre de la salure des eaux jusqu’à la
limite transversale de la mer « le plan de gestion des poissons migrateurs ». Ces plans, établis par
période quinquennale, définissent les mesures utiles à la reproduction, au développement, à la
conservation et à la circulation des poissons migrateurs.
De façon à permettre une meilleure visualisation régionale des enjeux environnementaux sur
chaque bassin versant, il est réalisé une fiche par bassin localisant les tronçons soumis à la
réglementation (l’ensemble des fiches est fourni dans un document annexe) (Figure IV-3 et Figure
IV-4). On note que les drains principaux du Salat et de l’Ariège, sont les axes migrateurs
amphihalins. De plus la plus part des cours c’eau et de leur affluents sur le territoire du PNR sont
des cours d’eau remarquables en très bon état (Figure IV-1).
- 62 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 63 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
L’enjeu de préservation des secteurs encore relativement peu impactés est important pour le bassin
Adour-Garonne. Une majorité d’entre eux est localisée dans des secteurs qui n’ont pas été mobilisés
pour la production d’hydroélectricité. Dans le cadre de l’élaboration du SDAGE, des cours d’eau ou
tronçons de cours d’eau remarquables ont été identifiés (cours d’eau en très bon état, réservoirs
biologiques et cours d’eau à migrateurs amphihalins). Ces cours d’eau ou tronçons de cours d’eau,
répartis en majorité sur les têtes de bassin, correspondent à un linéaire de 16 750 km. Ils sont en
très bon état écologique et doivent être impérativement préservés de toute perturbation qui
viendrait déstabiliser leur fonctionnement hydromorphologique et les écosystèmes rares qu’ils
abritent.
Figure IV-2 Cours d’eau réservés et classés en Ariège et localisation des sous bassins versants
(du Salat et de l’Ariège)
La Loi sur l’eau et les milieux aquatiques LEMA a introduit un article L214-17 dans le Code de
l’environnement qui engage à la refonte complète des classements juridiques des cours d’eau en
vue de préserver ou restaurer la continuité écoloqique. Ces classements devraient, selon les textes,
intervenir au plus tard pour 2014 mais leur échéancier prévisionnel a été avancé à fin 2011 afin
qu’ils puissent :
- contribuer à l’élaboration des schémas régionaux de cohérence écologique (trame
verte et bleue) à élaborer d’ici fin 2012,
- permettre à la France de tenir ses engagements vis-à-vis de l’Europe au regard du
plan national anguille
- 64 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-3 Exemple de carte représentant les tronçons de cours d’eau (CE) du Salat soumis à
une réglementation.
Liste des aménagements:
Moulins 2
Usines 10
Centrales hydroélectriques 3
Barrages 12
Forges -
Pisciculture -
Scieri e -
Seuils -
Prises -
Sorties -
Figure IV-4 Liste des ouvrages déjà en place sur la rivière du Salat.
- 65 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-5 Carte du modèle numérique de terrain (MNT 100m) de la région Midi Pyrénées et
spécifiquement du département de l’Ariège (09). Sur le MNT est positionné l’ensemble des 33
bassins versants de l’étude.
- 66 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Dans le cadre de cette étude, 33 bassins sont étudiés et donc positionné sur le MNT de la région. Les
33 bassins versants de l’étude peuvent se diviser en deux catégories
->les bassins versants intégrateurs (à l’échelle de notre étude), qui sont les bassins du Salat et de
l’Ariège
->les sous bassins collecteurs d’eau pour ces grands bassins (correspond à l’ensemble des autres
bassins qui sont affluents soit du Salat ou de l’Ariège).
A partir de la grille des points d’altitude (MNT 100m) il est envisageable d’associer une altitude en
tout point du réseau hydrographique décrit dans la base de donnée BD Carthage. Cette option
permet de calculer la pente du cours d’eau et donc d’en déduire une chute potentiellement
exploitable (Figure IV-6). Il ressort que de nombreux bassins versants présentent des pentes fortes
supérieures à 6% ou bien moyennes à faibles comprises entre 0.5 et 6 %. Seul les deux grands bassins
du Salat et de l’Ariège ont des pentes moyennes très faibles entre 0 et 0.5 %. Les rivières
torrentielles sont caractérisées par leur pente (Bernard, 1925 ; Degoutte, 2006), ainsi on distingue :
-pente inférieure à 1.5% : rivière ;
-pente entre 1.5 et 6% : rivière torrentielle ;
-pente supérieure à 6% : torrent ;
Ainsi on peut dire que dans le cas du département de l’Ariège, la plupart des petits cours d’eau
affluents des deux cours d’eau principaux sont des rivières torrentielles et torrents susceptibles de
permettre l’aménagement d’une micro-centrale électrique. La pente est donc un caractère
important à prendre en compte pour l’établissement d’une centrale hydroélectrique.
Figure IV-6 Carte présentant une évaluation des pentes de la BD Carthage avec les prises
d’eau hydroélectriques superposées et proposées par Eaucea (2007).
- 67 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 68 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
qualifier la qualité des sites recherchés. Les sites favorables identifiés lors de l’inventaire du
potentiel font ensuite l’objet d’études plus détaillées qui pourront déboucher sur la réalisation d’un
projet. Le choix du volume de retenue et de la puissance de la centrale résulte d’analyses
économiques prenant en compte les caractéristiques propres du site et les besoins du réseau à
desservir. L’optimisation du projet prend aussi en compte les critères environnementaux tels que
ceux dictés par les banques de développement comme la Banque Mondiale. Par exemple, il pourra
être préférable de limiter la hauteur du barrage afin de restreindre l’impact de la retenue sur
l’environnement et d’éviter des conséquences néfastes pour les populations.
Toujours dans le cas des barrages réservoirs on sera amené à étudier la qualité de l’eau dans la
retenue. Si les études concluent à une stratification de la retenue on pourra être amené à proposer
une prise d’eau à prises multiples étagées de façon à pouvoir contrôler la qualité de l’eau relâchée
à l’aval. L’impact sur la vie piscicole est également un point majeur à considérer. Des ouvrages de
franchissement pourront être proposés tels que passes ou ascenseurs à poissons, exutoires de
dévalaison. Les aménagements hydroélectriques comprennent quatre types d’ouvrages:
-Barrages et évacuateurs de crues (grands barrages ou simple seuils) ;
-Prises d’eau (associés éventuellement à des décanteurs) ;
-Chemins d’eau (canaux, galeries, cheminées, conduites) ;
-Centrales (abritant les turbines et l’équipement de production) ;
Ces ouvrages seront forts différents selon que l’aménagement appartient à la catégorie des hautes
chutes, des moyennes chutes ou des basses chutes. L’importance du barrage dépendra donc du type
de centrale :
-Centrale au fil de l’eau : seuil de faible hauteur permettant l’entonnement dans la prise d’eau.
-Centrale d’éclusées: barrage modeste (temps de remplissage de la retenue inférieur à un mois).
-Centrale de retenue: grand barrage réservoir avec retenue saisonnière ou interannuelle.
Les grands barrages sont de différents types selon les conditions géologiques du site et les
matériaux de construction disponibles à proximité. Ils peuvent être en terre, en enrochement ou en
béton (béton conventionnel ou béton compacté au rouleau). La conception et les calculs sont basés
sur des normes internationales telles que les Eurocodes et les recommandations du Comité
International des Grands Barrages. Compte tenu des risques liés à une rupture, la conception des
grands barrages inclut des systèmes d’auscultation permanents qui permettent d’alerter les
exploitants en cas de dérives irréversibles de certains paramètres (mouvements, fuites, etc..) et de
programmer les interventions de maintenance.
Dans le cas l’Ariège, l’essentiel des dossiers soumis à avis aujourd’hui sont de petites centrales
hydroélectriques (micro voir pico centrales). L’étude va donc surtout essayer d’analyser les effets
de ce type d’aménagement sur l’état hydro-écologique des rivières.
Dans le cas de petits aménagements, l’impact sur l’environnement est fortement en lien avec la
perturbation du régime hydrologique du cours d’eau. La diminution du débit après ouvrage
provoque: ennoiement de zone habituellement exondées, la modification du transport
- 69 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 70 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-8 Inventaire et géoréférencement des ouvrages existants sur la zone d’étude
- 71 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Des inventaires de l’état hydroélectrique des cours d’eau ont déjà été réalisés par le passé,
notamment les rapports (Podeur, 2006 ; Eaucea, 2007) qui proposent des cartes localisant
l’implantation des centrales, des enjeux environnementaux (Figure IV-10), ainsi que du productible
hydroélectrique théorique du bassin Adour Garonne (Figure IV-9). A partir de ces cartes, la première
information nécessaire pour juger de la pertinence de l’établissement d’un nouveau projet de
centrale hydroélectrique est disponible, c’est le potentiel hydroélectrique. En effet, le nombre de
stations de mesure de débit étant très limité, il est nécessaire de s’appuyer sur des études déjà
réalisées pour avoir une information du potentiel hydroélectrique en différents points du bassin.
- 72 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 73 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 74 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-12 Carte de la densité d’aménagements représentés par bassin versant sur le PNR.
La densité d’aménagement moyenne est de 1 ouvrage pour 2.4 km de cours d’eau, soit une
densité de 0.49 aménagement/Km. Il apparaît que le Lez est le bassin le plus fortement aménagé
avec une densité de 1.84 a/Km, en revanche les bassins de l’Arbas, du Baup, du Nert, de l’Isard, du
Riberot et le Bessine sont les moins aménagés avec une densité d’aménagement inférieure à 0.17
a/Km. Enfin, le Baup est le moins aménagé avec une densité de 0.11 aménagement/Km. Cette carte
synthétique localisant les bassins les plus fortement aménagés permet la distinction de deux zones
caractéristiques. D’un part, à l’Est de la zone, les bassins sont peu aménagés (en quantité) mais
avec des barrages de grandes retenues et de grandes tailles. D’autre part, à l’Ouest de la zone, les
bassins présentent une multiplicité de petits ouvrages (à l’image du Lez). La zone se sépare donc
avec de la grande hydraulique à l’Est sur l’ensemble du bassin de l’Ariège et de la petite
hydraulique sur l’ensemble du bassin du Salat et ces affluents.
Pour chaque bassin, il est également intéressant de calculer la longueur de cours d’eau court-
circuité (Km), caractérisant le linéaire de cours d’eau contenu entre une prise et une sortie d’eau
(Figure IV-13). Le bassin versant du Saurat est celui présentant la plus forte longueur de cours d’eau
court-circuité. Pour les petits bassins, la longueur de cours d’eau court-circuité est assez faible avec
- 75 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
moins de 2 km court-circuité en moyenne. Pour les grands bassins (comme le Lez, le Salat, l’Ariège)
la longueur court-circuitée est plus longue allant jusqu'à 15 km. Ces cartes sont un premier outil de
diagnostic important à consulter lors de la mise en place d’un nouvel ouvrage.
- 76 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
écoulement d’eau et une dénivellation du terrain. La mesure de la hauteur de chute est facile à
déterminer pour un géomètre au moyen d’un théodolite. Dans notre cas, l’étude morphologique de
chacun des 33 bassins versants est menée de façon à identifier les zones de fortes dénivelées et les
zones de sensibilité du profil (Cf. Profil en long).
Une fois la pente estimée, il est important de prendre en compte le positionnement des ouvrages
déjà construits.
Nous allons prendre l’exemple de la construction d’un nouvel avec une hauteur de retenue comprise
entre 2 et 3 m, soit pour une microcentrale. Prenons l’exemple de la réalisation d’un nouvel
ouvrage sur le bassin versant du Garbet. Lorsqu’on consulte la carte des pentes et la localisation des
aménagements (consultation des fiches synthétiques fournies en annexe), on constate que ce bassin
versant présente un drain principal caractérisé par des tronçons dont la pente moyenne varie de
l’amont vers l’aval. De plus, c’est un bassin assez aménagé puisqu’il présente 4 barrages, 5 prises et
sorties d’eau, 2 centrales et enfin 1 forge (Figure IV-15). On veut estimer la distance qu’il faut pour
réajuster la ligne d’eau du fait de la hauteur du barrage ; caractérisant ainsi l’impact sur le niveau
d’eau de la rivière. Nous prenons l’exemple d’une retenue moyenne de hauteur comprise entre 2-
3m sur un cours d’eau comme le Garbet présentant des variations de sa pente moyenne.
Sur le drain principal du Garbet on trouve trois classes de pente :
-entre 0.5 et 1.5 %
-entre 1.5 et 6 %
-> 6 %
Pour chacune de ces trois classes, on peut calculer un point limite amont d’impact de cet ouvrage
d’après la relation simple suivante (Figure IV-14):
Ainsi pour une pente comprise entre 0.5 et 1.5 %, on trouve pour un barrage de 2 m une distance
d’impact comprise entre 76 et 400 m. En revanche pour une retenue de 3 m, on obtient une
distance d’impact comprise entre 114 et 600 m.
Limite d’impact de la
construction de l’ouvrage
Niveau d’eau =D
α Barrage ou retenue de hauteur
comprise entre 2-3m =H
Profil du drain principal
H
Soit Tan (α)=
D
Figure IV-14 Méthode utilisée pour le calcul du point limite d’impact de l’installation d’un
nouvel ouvrage sur un tronçon hydrologique.
- 77 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Comme nous l’avons vu, il est important de préserver la continuité écologique, il semble donc que
la superposition de nombreux ouvrages sur un tronçon hydrographique est un facteur de
perturbation majeur. Il semble donc judicieux avant toute construction d’ouvrage:
1) d’identifier le bassin versant d’intérêt ;
2) d’identifier le tronçon à aménager et évaluer sa pente moyenne ;
3) de localiser les aménagements déjà en place;
Figure IV-15 Bassin versant du Garbet, localisation de ses aménagements et des pentes
moyenne calculées sur le drain principal
Nous conseillons donc de ne pas construire d’ouvrage si la zone d’impact va influer sur un ouvrage
existant. Le réseau de tronçons hydrographiques de la zone d’étude (BV du Salat et de l’Ariège en
amont de Foix) correspond à un linéaire de cours d’eau de 674.84 km au total. Ces tronçons ont des
pentes variables qui peuvent être classées en trois catégories (Tableau IV-1):
Catégories de pente Linéaire de cours d’eau
Entre 0 et .0.5% 114.84 km
Entre 0.5 et 1.5 % 72.1 km
Entre 1.5 et 6 % 384.60 km
>6 % 103.29 km
Tableau IV-1 Variation de la pente.
Sur la zone d’étude, il existe 4 catégories de pente : 0 et 0.5 % ; 0.5 -1.5% ; 1.5 -6 % et > 6%.
Pour chacune des catégories, il est possible de calculer la zone d’influence pour des ouvrages de 3m
de retenue (Tableau IV-2).
- 78 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Une fois la taille de la zone de sensibilité calculée, il est possible de réaliser des zones « tampons »,
ces zones sont définies par des anneaux autours des entités tracées à une distance spécifiée. Ici
pour chaque ouvrage déjà construit nous réalisons le tracé de la zone tampon à une distance
correspondant à la limite maximum de la zone de sensibilité calculée plus haut (Figure IV-17). Ainsi
- 79 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
il est donc recommandé de ne pas construire de nouveaux barrages dans cette zone de sensibilité
déjà en place.
Figure IV-17 Calcul des zones de sensibilité en lien avec les ouvrages déjà en place.
S’il on reprend le cas du Garbet, on constate que ce bassin présente effectivement des zones non
soumises à l’influence des autres ouvrages (Figure IV-18) ce qui permet de juger de la recevabilité
de la demande de construction. L’implantation devra se situer en dehors de la zone d’influence des
barrages et des retenues déjà en place.
- 80 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Autre impact du cumul des ouvrages visibles, dépend de la hauteur de chute cumulée sur
l’ensemble du bassin versant. En effet, la hauteur de chute des aménagements est un paramètre à
prendre en compte puisqu’un des impacts environnementaux majeur est la rupture provoquée par
les aménagements de la continuité écologique. Ainsi une étude similaire menée en Loire-Bretagne
met en évidence l’effet cumulé des ouvrages sur la mobilité des poissons. Il apparaît que la hauteur
de chute cumulée par de nombreux ouvrages sur un même cours d’eau provoque un fractionnement
de l’écosystème d’autant plus important que le rapport avec la dénivellation naturelle est élevé. En
effet, ces hauteurs de chute cumulées représentent:
• Un obstacle pour toutes espèces : pente à franchir à la verticale;
• Une perte d’habitat et de diversité : ennoiement des radiers, uniformisation, colmatage des
fonds;
• Une altération de la ressource en eau : temps de séjours en retenue, échauffement,
évaporation, processus d’eutrophisation;
Pour notre étude, nous avons choisi l’exemple du bassin de la Bouigane pour le calcul des hauteurs
de chute cumulées par les barrages par rapport à la dénivelée naturelle du cours d’eau (Figure
IV-19).
- 81 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
1000
750 Z1
∆Z: Dénivelée -> ∆Z: 229 m
Altitudes (m)
500 Z2
250
0
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Distance (km)
Figure IV-19 Calcul sur le profil en long de la Bouigane de la dénivelée naturelle du cours
d’eau.
On constate que la dénivelée naturelle du cours d’eau est de 229 m, ce qui représente un pente
global du bassin de 15.45 %.
Sur ce cours d’eau, il est réalisé un inventaire de l’ensemble des ouvrages mis en place :
Les barrages : Puretin (1.75 m), Nortier (2.61 m), de Roques (2.22m), Valat (2.88
m), Bordes (2.76), Daffis (2.03 m), Conde (1.19 m), Appma (2.76 m) ;
Les moulins: de Lane (1.70 m), de Saubens (1.51 m), d’Augistrou (1.19 m), Caussade
(1.56 m), Buscarech (2.0 m) ;
Au total on mesure 13.99 % de chutes cumulées. Le rapport de ces chutes artificielles par rapport à
la dénivelé naturelle est de 6.10 %. Ce rapport est un paramètre important à calculer lors de la mise
en place d’un nouvel ouvrage, puisqu’il donne une idée de l’importance de la perturbation déjà
enregistrée par le cours d’eau.
Du fait du contexte morphologique de l’Ariège (montagneux), des auteurs suisses ont estimé en
contexte alpin qu’une hauteur de chute cumulée de 5 % sur un cours d’eau correspond à une forte
pression déjà exercée sur le fonctionnement naturel du cours d’eau (Pfaundler et al, 2007).
- 82 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
D’après les directives définies dans le SDAGE, il est important d’évaluer un « état
hydromorphologique » à l’image de ce qui est effectué pour l’état chimique et l’état écologique. En
fait, l’hydromorphologie est un facteur permettant de maintenir l’état « écologique » des cours
d’eau. Le milieu physique est porteur du biotope et forme avec lui la biocénose. Ne pas modifier la
morphologie du paysage permet de maintenir le fonctionnement hydrologique naturel et donc
permet le maintien du bon état écologique.
Afin de réaliser un diagnostic complet de l’état hydromorphologique des bassins versants, une
étude géomorphologique est tout d’abord menée. L’étude géomorphologique permet de fournir des
éléments pour caractériser et pour estimer les effets (positifs ou négatifs) des mesures ou des
aménagements qui pourraient être effectués. L’objectif final est de lier cette notion à celle
d’habitats qui, eux-mêmes, sont étroitement liés à la biologie.
La géomorphologie (= morphologie, morphométrie) appliquée à l’hydrologie a été initiée par
Horton R.E et Strahler A.E et a ensuite été enrichie par de nombreux paramètres décrivant les
formes des bassins et le réseau hydrographique. L’analyse de la géomorphologie d’un bassin passe
par extraction de différents paramètres. D’un part, des valeurs quantitatives représentatives de
l’ensemble du bassin et d’autre part des courbes qualitatives caractérisant l’état de maturité du
bassin.
1. Le profil en long
Le profil en long des cours d’eau sert à identifier les points ou zones de ruptures. Ces points sont
susceptibles d’être sensibles à l’érosion ou à accrétion des sédiments du fait de l’existence de la
rupture qui peut être de différentes natures :
-Changement de la lithologie,
-Liée à la structure (présence de failles, de blocs soulevés…),
-Apport d’eau supplémentaire provenant d’un affluant secondaire,
-Variations glacioeustatiques,
-Modifications anthropiques du territoire.
Lorsque le profil est dit en équilibre, cela traduit un bilan érosion–dépôt considéré comme nul
(Hack, 1973). Rechercher les perturbations ou ruptures sur ces profils permet de localiser les points
de sensibilité et les profils pas encore en équilibre pouvant être plus sensibles à l’implantation de
nombreux ouvrages.
- 83 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Les profils longitudinaux des cours d’eau résultent de l’interaction entre l’incision fluviale, la
tectonique et la lithologie (Brocard, 2003 ; Lague, 2001 ; Sklar et Dietrich, 1998 ; Snyder et al.,
2000 ; Kirby et Whipple, 2001). Selon les modèles d’évolution des profils longitudinaux, plus une
rivière est ancienne, plus son profil est concave et proche de l’équilibre dynamique, mais la
concavité dépend aussi de l’évolution du débit, de la charge et de la taille des alluvions, de l’amont
vers l’aval (Davis, 1899 ; Hack, 1957, 1973 ; Snow et Slingerland, 1987 ; Burbank et Pinter, 1999).
Souvent sur un continuum amont–aval, le long du profil, alternent ruptures de pentes (knickpoints)
(avec accélération des eaux) et zones de dépôt d’alluvions (avec rétention des eaux). Une pente
abrupte favorise et accélère l'écoulement superficiel, tandis qu'une pente douce donne à l'eau le
temps de s'infiltrer dans le sol.
En somme, le profil longitudinal des cours d'eau est fondamental dans la géomorphologie fluviale
et l'hydrologie, reflétant et déterminant la pente, les gradients d'énergie et les changements
d'élévation. Il est donc intéressant afin de contraindre les modalités d’écoulement de l’eau de
surface de représenter les profils en long de chaque bassin.
Nous avons réalisé les profils en long des rivières situées sur le bassin versant du Salat et de
l’Ariège en amont de Foix. Le but est l’identification de petites ruptures ou de knickzones sur le
profil, puis la détermination de leurs causes. La forme du profil (concave, convexe ou rectiligne)
nous renseigne également sur l’état d’évolution du bassin par rapport aux processus d’érosion. En
effet, classiquement, un profil en équilibre est considéré comme étant un état stable juste capable
de transporter des sédiments (sans aggradation ou sans dégradation) : le débit augmente en aval, le
gradient nécessaire pour transporter les sédiments diminue. A l’inverse, un profil convexe, quant à
lui, est interprété comme un état de déséquilibre, où la rivière est en cours d’incision (Goldrick and
Bishop, 2007).
L’analyse des profils des 33 rivières situées sur l’ensemble de la zone montre 8 profils d’équilibre
sur de petits affluents situés soit en plateau, soit en piémont (Figure IV-20). De plus pour chaque
knickzone (point d’inflexion du relief) une cause a été proposée (géologie, structurale, confluence,
anthropique) et schématisé avec un code couleur.
Le profil en long des cours d’eau présente sur la plupart des cours d’eau une grande stabilité
naturelle à l’échelle humaine (siècle). Au-delà des fluctuations cycliques observées au gré des crues
(mobilité des bancs, des seuils, des mouilles, « respiration du lit »), et en l’absence de
perturbations d’origine humaine, on constate en général qu’il n’y a pas de variation mesurable des
pentes d’un cours d’eau et de son profil en long à l’échelle du siècle. Cela ne signifie pas que tous
les cours d’eau ont atteint leur équilibre. Mais les évolutions sont suffisamment lentes pour que l’on
puisse admettre, en première approximation, qu’il y a continuité du transport solide comme
hypothèse de travail lors du diagnostic morphologique. Il est pour cela important de ne pas localiser
tout nouvel ouvrage sur un point de rupture, en effet cela est susceptible de l’aggraver et de
- 84 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
?
?
?
Auréole de
métamorphisme Passage des Gneiss de
Riete au
->terrain métamorphisé
-> Gneiss de Peyregrand
Ruptures
Origine géologique
Origine structurale
Origine Anthropique
Les profils présentent peu d’inflexions du relief. En moyenne on identifie une rupture majeure
souvent d’origine lithologique (changement de structure géologique).(Figure IV-21, Figure IV-22 et
Figure IV-23). Certains profils sont concaves témoignant notamment du faite que les Pyrénées se
soulèvent par réajustement isostatique de 6 mm par an caractérisant un « réglage » des profils
(d’après le Service Géologique de Catalogne).
- 85 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
+ BARRAGE
- 86 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Confluence et
présence d’un
barrage
? ?
Passage desmoraines
fluvioglaciares au
migmatites
Passage : du calcaire
crétacé à une
intrusion granitique
- 87 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
barrage
Confluence associée à un
aménagement (prise et
sortie d’eau)
Lac du Gnioure et
barrage en aval
- 88 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Afin d’associer un sens « pratique » aux profils en long, les différentes sections des profils en
long sont ajustées par des droites. Ainsi, il a été calculé les pentes de chacun des segments de
droite des différentes sections. En théorie, les pentes inférieures à 1.5% caractérisent les rivières
(régime subcritique), pour les pentes comprises entre 1.5 et 6% ce sont des rivières torrentielles, et
pour des pentes supérieures à 6% il s’agit de torrents.
Dans le cas de l’implantation d’un nouvel ouvrage, il sera donc nécessaire de consulter les fiches
par bassin versant de façon à consulter le profil en long et donc à s’informer des ruptures existantes
et de la forme du profil.
->profil concave : état instable, aggradation des sédiments au niveau des la rupture centrale
(lorsqu’on ajuste des droites);
->profil convexe : état instable, dégradation en aval après la rupture centrale ;
->profil en équilibre : état stable juste capable de transporter des sédiments (sans aggradation
ou sans dégradation)
On sait que le régime d’écoulement est nettement différent suivant ces catégories et par
exemple avec des pentes comprises entre 6 et 10% la présence de la phase solide perturbe
fortement l’écoulement liquide. Au delà de 10% on ne peut plus considérer que le fluide ait un
comportement newtonien.
Selon la position des ruptures du profil en long et le gradient, il est possible de classer les cours
d’eau en trois catégories :
-Altitude basse de la rupture et pente inférieure à 10%,
-Altitude moyenne de la rupture avec de fortes pentes,
-Altitude haute de la rupture où la pente est de nouveau beaucoup moins élevée.
Tous les profils vont se ranger dans l’une de ces trois catégories (Tableau IV-3). Les ruptures
entre ces trois catégories sont variables. Pour la première, elle est située pour la plus basse à
l’altitude de 561m (Sios) et pour la plus élevée à 1015m (Ribérot). La deuxième rupture est tout
aussi variable allant de 988m (ruisseau de Najar) à 2001m (ruisseau de Siscar). En moyenne, la
première rupture est vers 700m, la seconde vers 1650m. Aucune raison géologique et notamment
lithologique ne peut être invoquée pour expliquer ces ruptures. En revanche, elle est
morphologique et semble traduire l’effet de la dernière glaciation (Würm) responsable du modelé
observé et qui donc n’a pas été encore réajusté. Les ruptures comme les pentes d’ailleurs sont
différentes entre le bassin de l’Ariège, celui du Vicdessos ou celui du Salat. De même suivant que
les cours d’eau ont un tracé en moyenne parallèle ou perpendiculaire au relief les valeurs sont
différentes (Tableau IV-3).
- 89 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 90 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
En résumé, la plupart des cours d’eau ne sont pas en équilibre, en raison de la surrection
eustatique et la plupart des positions des ruptures sont en lien avec la morphologie glaciaire. Ils
sont dans le domaine érosif et l’apport de sédiments est très important. Cependant le gradient
montre des ruptures importantes passant de rivières torrentielles à torrents. Ceci a pour
conséquence que toute rupture du profil, par un aménagement par exemple, vers une diminution de
pente aura pour résultat l’apparition de dépôts, grossiers lorsque les pentes sont fortes, avec des
sédiments fins lorsque les pentes seront plus faibles.
2. Intégrale hypsométrique
Les courbes et intégrales hypsométriques correspondent à la relation aire-altitude d’un bassin
versant c'est-à-dire à la façon dont le relief est distribué sur le bassin. Elles représentent la
quantité de surface située à une altitude donnée. La forme de la courbe et la valeur de son
intégrale sont des éléments appréciables en géomorphologie car ils présentent des variations
importantes selon la phase de développement du réseau hydrographique et la structure géologique.
L’état de maturation du bassin versant dépend de la nature du substrat et du développement du
réseau.
Dans notre cas la valeur de cette intégrale nous permet de caractériser la réactivité du bassin
versant à un épisode pluvieux ou à un lâcher et donne une première information quant à la
pertinence de l’implantation d’un ouvrage avec stockage sur un bassin. Dans le cadre d'un
aménagement au fil de l'eau (cad sans stockage), l’intégrale hypsométrique reste un paramètre
descriptif du comportement de la rivière et n'illustre pas les perturbations de l'ouvrage sans
stockage.
Lorsqu’un bassin versant a une courbe hypsométrique d’allure convexe et une valeur d’intégrale
hypsométrique forte, alors c’est un bassin fortement inertiel, le temps de concentration des eaux
sera long et donc la réponse du bassin également. Pour ces bassins l’implantation d’un barrage de
retenue avec des lâchers et des vidanges fréquentes va modifier le rythme « naturel » de
fonctionnement de l’hydrosystème et donc aura des effets négatifs sur l’écosystème associé.
Enfin, dans le cas d’un bassin versant où la convexité de la courbe est la plus forte et la valeur de
l’intégrale est la plus faible, le bassin est peu inertiel, il aura donc un temps de réponse plus rapide
pour lequel l’implantation d’un barrage ne modifiera pas radicalement le fonctionnement naturel
(Figure IV-24).
- 91 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Afin de pouvoir là encore visualiser l’ensemble des résultats pour les 33 bassins de la zone étudiée,
la cartographie de la valeur de intégrale hypsométrique est réalisée (Figure IV-25).
L’intégrale hypsométrique (Ih) traduit l’inertie du système. Les courbes hypsométriques et les
intégrales hypsométriques des bassins de l’Aston, du Siguer, du Val d’arques, de l’Urets et de la
Bessine, présentent les valeurs les plus fortes et sont situés au niveau des plus fortes altitudes et
sur l’amont des grands bassins du Salat et de l’Ariège. Ce sont des bassins versants fortement
inertiels et donc sensibles aux crues artificielles des barrages. La cartographie des intégrales
hypsométriques sur l’ensemble des 33 bassins montre une dissection décroissante du sud au nord
(Figure IV-25). En effet, les intégrales hypsométriques est de 0.6 % dans le bassin de l’Urets, là où le
volume érodé est le plus important, à 0.25 % dans celui de l’Arbas, où l’érosion est plus limitée.
- 92 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
L’analyse des valeurs d’intégrales hypsométriques permet la localisation des bassins les plus
inertiels et donc non appropriés à l’implantation de barrages de grande hydraulique. De plus,
l’instabilité de ces profils et leur forte sensibilité à l’érosion sont des facteurs susceptibles d’être
aggravés par l’implantation de nouveaux ouvrages.
3. La densité de drainage
La densité de drainage correspond à la distribution des drains sur le bassin, c'est-à-dire la
densité du chevelu du réseau hydrographique. Ainsi la densité est égale à la longueur totale des
drains divisée par l’aire drainée. Les facteurs qui contrôlent sa valeur sont le climat (les zones
humides tendent à avoir des valeurs de densité de drainage plus faibles), l’occupation des sols, la
lithologie (un sol meuble aura une forte densité car il a une plus faible résistance à l’érosion), le
modelé du paysage (réseau sera fortement développé pour les reliefs matures et inversement pour
les reliefs jeunes (Hauchard, 2001; Laignel, 2003; Rinaldo et al., 1993; Rodriguez-Iturbe, 1993).
La densité de drainage augmente avec l’énergie du relief (définie comme le rapport entre la
dénivellation du bassin et la longueur du cours d’eau principal). Elle est également en relation avec
la lithologie (les densités sont comprises entre 2 et 5 sur des roches imperméables et peuvent
s’abaisser à des valeurs proches de 0 en milieu karstique). La ramification du réseau enregistre
l’incision du bassin et conditionne « l’efficacité géomorphologique » et la réponse hydrologique des
cours d’eau (une forte ramification s’accompagne de fortes valeurs de pointes de crues pour des
durées relativement courtes).
Donc, les variations de la densité de drainage sont reliées à la pente, à la nature lithologique des
bassins ainsi qu’à l’utilisation des sols par les hommes qui conditionne le ruissellement et la
cohésion des sols.
Dans notre cas l’utilisation de l’indice de densité de drainage va servir à identifier les temps de
concentration des eaux par les collecteurs secondaires (par opposition au drain principal). Ainsi un
bassin présentant une forte densité de drainage présentera un chevelu important et donc un temps
de concentration des eaux rapides. Dans ce cas l’implantation d’un ouvrage sur le bassin va
provoquer des crues (vidanges, lachures, éclusées) correspondant au régime naturel du cours d’eau
et ne vas pas perturber son fonctionnement.
- 93 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-26 Cartographie de la densité de drainage par bassin versant sur l’ensemble de la
région d’étude.
De la même façon que pour l’intégrale hypsométrique, la carte des densités de drainage permet
d’avoir une vision régionale de cet indice. On constate que l’Ariège et le Salat ne sont pas les
bassins les plus fortement drainés. En effet, le Siscar et Bessine présentent tous deux les plus fortes
valeurs de densité de drainage soit entre 9.76 et 24.48. Ces très fortes valeurs ne sont pas liées à la
nature géologique de la zone puisque l’ensemble des bassins versants de l’étude se trouvent sur des
terrains éruptifs et plutoniques des Pyrénées ainsi que des terrains d’origine métamorphique. C’est
seulement plus au Nord, au niveau de région de Foix, qu’apparaissent des bancs calcaires et
marneux avant d’arriver aux grès et sable au niveau de Varilhes. Pour ces bassins le temps de
concentration des eaux est le plus rapide, ils seront donc moins perturbés par la mise en place
d’une centrale hydroélectrique de type barrage que les bassins de l’Arbas et du Baup pour lesquels
les valeurs sont faibles ; leur chevelu étant donc peu dense et le temps de concentration des eaux
- 94 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
jusqu’au collecteur principal sera plus long. Pour ces derniers bassins, il sera donc plutôt conseillé
d’utiliser des ouvrages de petite hydraulique ne perturbant que très peu l’hydrologie (sauf sur les
tronçons court-circuités).
1. a) Données disponibles
Une des premières mesures à réaliser avant la construction d’un nouvel ouvrage est de connaître les
stations de jaugeage à proximité du site envisagé. Ces stations sont répertoriées dans la base de
données HYDRO; elles sont également connues des services administratifs compétents : DDAF, DDE,
DIREN, etc.
Dans le cadre de cette étude, les données sont celles mises à disposition par les organismes
d’Etat concernés par les différents axes de réflexion :
o DREAL Midi-Pyrénées pour les données hydrométriques,
o Météo France pour les données météorologiques,
o ONEMA pour les données piscicoles,
o SPEMA pour les ouvrages hydrauliques,
o Agence de l’Eau Adour-Garonne et Conseil Général de l’Ariège pour les ouvrages
hydroélectriques.
- 95 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-28 Périodes de mesure de débit pour chacune des 11 stations de jaugeage.
- 96 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 97 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
60000
1e+05
50000
4e+05
8e+04
40000
3e+05
Débit journalier
Débit journalier
Débit journalier
6e+04
30000
2e+05
4e+04
20000
1e+05
2e+04
10000
0e+00
0e+00
0
1970 1980 1990 2000 1920 1940 1960 1980 2000 1920 1930 1940 1950 1960
30000
10000
20000
Débit journalier
Débit journalier
Débit journalier
5000
5000 10000
0
0
1970 1975 1980 1985 1970 1980 1990 2000 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980
4e+05
50000
150000
3e+05
Débit journalier
Débit journalier
Débit journalier
100000
2e+05
30000
50000
1e+05
10000
0e+00
0
1970 1980 1990 2000 2010 1970 1980 1990 2000 2010 1940 1960 1980 2000
5e+05
8e+05
4e+05
Débit journalier
Débit journalier
6e+05
3e+05
4e+05
2e+05
2e+05
1e+05
0e+00
0e+00
1920 1940 1960 1980 2000 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010
Figure IV-29 : Courbes des débits journaliers et débits moyens mensuels des stations
hydrométriques de la DIREN utilisés dans cette étude.
- 98 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 99 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
ces fluctuations interannuelles du débit. Ou bien d’autre part, c’est l’impact du contrôle et de la
régulation des débits par les ouvrages hydroélectriques (notamment par les barrages avec retenue).
Arac à Soulan Ariège à Foix Ariège à Hospitalet
150000
12000
30000
10000
25000
100000
8000
20000
Module mensuel (m3/s)
6000
15000
50000
4000
10000
2000
5000
0
0
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
10000
10000
5000
8000
8000
4000
Module mensuel (m3/s)
6000
6000
3000
4000
4000
2000
2000
2000
1000
0
0
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
50000
20000
40000
30000
15000
Module mensuel (m3/s)
30000
20000
10000
20000
10000
5000
10000
0
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
80000
100000
60000
40000
50000
20000
0
Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec Jan Feb Mar Apr May Jun Jul Aug Sep Oct Nov Dec
- 100 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 101 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
60000
1e+05
50000
4e+05
8e+04
40000
3e+05
6e+04
Débit m3/s
Débit m3/s
Débit m3/s
30000
2e+05
4e+04
20000
1e+05
2e+04
10000
0e+00
0e+00
0
0 10 20 30 40 0 20 40 60 80 100 0 10 20 30 40
35000
15000
60000
30000
50000
25000
10000
40000
20000
Débit m3/s
Débit m3/s
Débit m3/s
30000
15000
20000
5000
10000
10000
5000
0
0
5 10 15 0 10 20 30 40 0 5 10 15 20 25 30 35
4e+05
60000
50000
150000
3e+05
40000
Débit m3/s
Débit m3/s
Débit m3/s
100000
2e+05
30000
20000
50000
1e+05
10000
0e+00
0
0 10 20 30 0 10 20 30 40 0 20 40 60 80
5e+05
8e+05
4e+05
6e+05
Débit m3/s
Débit m3/s
3e+05
4e+05
2e+05
2e+05
1e+05
0e+00
0e+00
0 20 40 60 80 0 5 10 15 20 25 30 35
Figure IV-31 : Débit annuel maximum (rouge), moyen (noir) et minimum (gris)
L’étude de la relation pluie-débit offre des informations importantes sur l’établissement des
régimes hydrologiques. Les intercorrélations pluie-débit permettent une approximation de
l’hydrogramme unitaire ou de la réponse impulsionnelle du système pour le pas de temps considéré,
- 102 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 103 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 104 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
NAO4
3
2 +
indice NAO
1
0
-1
-2
-3 a) -
-4
1943 1957 1971 1984 1998
TEMPS (a)
L’indice Nao présente deux types de phases : positives et négatives. Lors des phases positives, on
observe une anomalie de fortes pressions au niveau de l’anticyclone des Açores au centre de
l’Europe et faibles pressions au niveau des hautes altitudes de la dépression d’Islande. Cela
provoque un déplacement du rail de dépression vers le nord. La différence de pression accrue
aboutit aux hivers chauds et humides (avec plus de précipitations) en Europe du nord, en Islande et
en Scandinavie et des hivers secs et froid au Sud de la France, au nord du Canada et Groenland
(Hurrell 1995, Higuchi et al. 1999, Labat et al. 2005, Labat 2006, Tong et al. 2006). Dans ce cas, les
Etats-Unis orientaux éprouvent également des conditions d'hiver doux et humides. A l’inverse lors
de phases négatives de la NAO, la dépression d’Islande est plus forte et l’anticyclone des Açores est
plus faible, en conséquence la différence de pressions est moins importante. Le rail de dépression
circule à de plus basses latitudes (au niveau de la méditerrannée). Cela provoque des hivers plus
secs en Europe du Nord et en Amérique du Nord mais des hivers humides et avec de la neige dans
les régions méditerranéennes et Afrique du Nord (Perreault et al. 1999, Marshall et al. 2001).
- 105 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Ainsi il est intéressant de comparer les fluctuations de cet indice climatique avec les variations
de débits des stations hydrométriques à disposition. Dans le cas de l’Ariège, on constate que la
simple comparaison de valeurs annuelles permet déjà d’identifier les liens existant entre
fluctuations climatiques et variabilité hydrologique. En effet, par exemple dans les années 1940, on
observe une forte diminution du débit (Figure IV-36), or cette forte diminution correspond a une
phase de NAO positive traduisant une diminution des régimes de précipitation et donc
consécutivement une diminution des débits des rivières sur les régions du Sud de la France.
Cependant, dans les années 1940, presque aucun ouvrage n’était en place sur l’Ariège, cette forte
diminution du débit n’est donc pas imputable aux effets anthropiques. Par contre, entre 1960 et
1980, on observe une forte augmentation des débits correspondant à une phase de NAO négative, là
encore il existe un fort contrôle de la variabilité hydrologique par les fluctuations climatiques. De
même, entre 1980 et 2009, on observe une forte diminution des débits en lien avec une phase de
NAO positive. Ainsi, il est montré que les plus grandes modifications des régimes hydrologiques sont
en lien avec les fluctuations climatiques. Il est donc important de prendre en compte cette forte
variabilité climatique pour la mise en place de nouveaux aménagements (valeur du débit réservé,
limite de prélèvements d’eau…).
4
0
-2
-4
Figure IV-36 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Foix et des
valeurs de l’indice NAO.
0
-2
-4
Débit
Time (yr)
Figure IV-37 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Hospitalet (1920-
1960) et des valeurs de l’indice NAO.
- 106 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
4
2
Q (m3/s)
0
-2
-4
Time (yr)
Figure IV-38 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Hospitalet (1969-
1985) et des valeurs de l’indice NAO.
De la même façon l’analyse des courbes de débit segmentées permet de mettre en évidence
certaines ruptures dans le fonctionnement hydrologique. On observe en particulier une rupture dans
les années 1940 caractérisant la forte sécheresse visible à la fois sur les débits minimums et
moyens. De la même façon, une rupture est observée dans les années 1980, sur les débits
maximums, correspondant là encore à des fluctuations climatiques.
Afin de mieux contraindre l’évolution temporelle (du long au court terme) de la variabilité
hydrologique, nous utilisons la transformée en ondelettes continues afin de pouvoir distinguer les
éventuelles périodicités, ruptures et discontinuités temporelles susceptibles d’affecter dans les
séries de débit et de précipitations, signaux probablement très instationnaires. Renard (2006)
souligne l’importance de ces nouvelles méthodes déterministes (analyses en ondelettes et
cohérence) pour caractériser l’instationnarité des signaux hydrométéorologiques. La réalisation des
spectres en ondelettes continues des chroniques de précipitations et de débits permet de
déterminer l’organisation et la structure des signaux (Labat 2006, Massei et al. 2007). Les spectres
en ondelettes sont réalisés sur des signaux débarrassés de leur tendance, et montrent la distribution
de la puissance du signal au cours de la période d'étude.
- 107 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
La comparaison avec les précipitations permet une première approche de la relation pluie-débit,
essentiellement sur les échelles de temps longues (annuelle à pluriannuelle), pour vérifier la
contribution du forçage externe, et par différence, d’un éventuel forçage interne aux bassins, de la
variabilité hydrologique.
Les signaux de l’ensemble des séries de débit présentent dans l’ensemble une structure
spectrale similaire. Nous retrouvons les bandes correspondant au cycle hydrologique (6 mois et 1
an), et deux bandes interannuelles: 2-3 ans et 5-7 ans. Les bandes interannuelles sont également
présentes dans les précipitations et correspondent à des oscillations climatiques connues pour être
présentes dans l’indice climatique NAO. La bande de fréquence correspondant au cycle
hydrologique est très bien marquée notamment pour les stations de l’Aston à Riète et de l’Artigue à
Auzat. Or ces stations sont des séries de débit reconstituées, il semble donc que ces séries
n’expriment pas de fluctuations climatiques.
La bande de fréquence correspondant au cycle hydrologique est moins bien marquée pour les
séries de débit correspondant à de petits bassins. Ces petits bassins sont donc moins affectés par
l’alternance saisonnière, qui en outre s’exprime avec une intensité variable en fonction des bassins.
Pour les bandes de fréquences interannuelles, on note des discontinuités remarquables comme
celles observées pour l’Ariège à Foix et le Salat à Roquefort en 1940, 1970 et 1980.
Les spectres en ondelettes associés des précipitations (Figure IV-40 ,Figure IV-41 ,Figure IV-42)
montrent tout d’abord logiquement une forte puissance pour les très hautes fréquences
- 108 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
correspondant aux évènements rapides, moins marquée dans les débits en raison d’un filtrage de
ces évènements par les bassins versants (tous les évènements pluvieux ne produisant pas de crues).
Les bandes de fréquence 1 an, 2-3 ans et 5-7 ans sont également observées. Le cycle hydrologique
présente une alternance saisonnière très marquée dans les précipitations mais la bande 6 mois n’est
pas visible puisqu’elle correspond à la composante nivale.
Les bassins semblent donc enregistrer parfaitement les variations climatiques basse-fréquence
puisque les mêmes structures, discontinuées ou ruptures sont observées dans les deux types de
signaux. Ces résultats sont en accord avec ce qui a déjà été montré précédemment, la comparaison
avec les valeurs mensuelles de NAO montrait un fort contrôle de la variabilité climatique sur les
débits des petits bassins.
Il semble donc qu’en plus d’une contrainte anthropique déjà présente, l’influence climatique et les
changements climatiques s’enregistrent très bien dans les séries de débit des rivières. L’étude des
perturbations enregistrées par les cours d’eau doit donc toujours passer par l’étude préalable de la
modification de la variabilité climatique de façon à ne pas les confondre avec les effets liés à la
construction d’ouvrages hydroélectriques.
Figure IV-40 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de
précipitations à Hospitalet et de débit de l’Ariège à Mérens et Hospitalet.
- 109 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-41 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de
précipitations et de débit du Salat et de l’Arac.
- 110 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-42 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de
précipitations et de débit de l’Ariège à Foix.
- 111 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
rencontrerait au fil du temps quelques difficultés, mais surtout il abaisserait le débit moyen avec de
nombreuses incidences écologiques en aval.
La régulation naturelle du bassin versant d’un cours d’eau est assurée par le volume retenu et
différé au niveau des eaux souterraines et par la neige. Les eaux stockées en périodes hivernales et
printanières vont alors assurer le débit d’étiage. Il faut y ajouter les réservoirs construits par
l’homme qui remplissent exactement la même fonction.
L’établissement du volume de régulation, du volume stocké saisonnièrement sur le bassin versant
et des pourcentages va permettre de comparer les différents cours d’eau et leur évolution d’amont
en aval. Quel que soit le cours d’eau envisagé, les volumes de régulation sont bien supérieurs aux
volumes des différents réservoirs, donc il n’y a aucune incidence sur le débit moyen (Tableau IV-6,
Tableau IV-7). En revanche, l’existence de réservoirs aura un effet régulateur en atténuant les forts
débits au profit des débits d’étiage comme l’a montré le travail d’Agosta (2007) (Figure IV-43).
- 112 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 113 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 114 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Figure IV-44 Analyse R/S des débits journaliers (H=coefficient de Hurst ; compris entre 0.6 et
0.7 pour des cours d’eau non ou peu perturbés)
L’analyse spectrale (Figure IV-45) permet de compléter cette approche afin de déceler des
changements éventuels dans la répartition naturelle des débits. La représentation bi-logarithmique
du spectre des débits journaliers permet d’observer la puissance du signal selon les différents
niveaux d’échelles (fréquence). Là encore, pour des cours d’eau non-perturbés, la pente du spectre
doit approcher –1.5. C’est le cas de la plupart des cours d’eau, notamment l’Arac reconnu pour sa
grande préservation face aux ouvrages hydroélectriques. Cependant, c’est le cas également de
l’Ariège à la station de Foix qui n’est pas un exemple de rivière non-aménagée. Ceci s’explique par
l’aspect intégrateur de cette station qui concentre un grand nombre d’aménagements en amont. Il
est notable d’observer également concernant l’aspect intégrateur des cours d’eau, la différence
- 115 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
entre le Lez à Bordes, qui présente un ajustement à –2.3, signifiant des conditions de débit
s’approchant d’un bruit déterministe, c’est-à-dire fortement contrôlé par des activités
hydroélectriques, et le Lez à Engomer, qui présentent un ajustement à –1.9, s’éloignant ainsi des
conditions déterministes pour se rapprocher de conditions naturelles. Ceci illustre l’amortissement
rapide des perturbations engendrées dans ce cas là.
- 116 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
les envoyer sur la centrale d’Aston. De sorte que tout le cours d’eau de l’Ariège depuis la centrale
de Mérens jusqu’à la confluence avec l’Aston se trouve en débit réservé avec de plus les apports de
l’Oriège fortement contrôlée elle aussi par les activités hydroélectriques. Cette partie de la zone
d’étude est la plus impactée par les activités hydroélectriques. Cependant, plus en aval, sur la
station de Foix, cette perturbation ne semble plus apparaître. Nous allons donc employer une autre
technique d’analyse du signal afin d’étudier le degré de complexité des phénomènes étudiés et
l’hétérogénéité des chroniques de débit : c’est l’approche multifractale.
- 117 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 118 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
140
120
1924-1925
100
Débit m3/s
80
Fréquences anthropiques,
60 Fréquences de turbinage
40
20
0
01/10/1924 20/12/1924 10/03/1925 29/05/1925 17/08/1925
140 temps 60
120 1989-1990 50
100
40
Débit m3/s
Débit m3/s
80
30
60
20
40
20 10
0 0
01/10/1989 20/12/1989 10/03/1990 29/05/1990 17/08/1990 29/10/89 12/11/89 26/11/89 10/12/89 24/12/89 7/1/90 21/1/90
temps temps
Figure IV-47 Comparaison des hydrogrammes de débit journalier à Foix avant et après les
aménagements et spectres associés (apparition de fréquences anthropiques dues au turbinage
sur le spectre bleu par rapport au spectre rouge obtenu sur les données de 1924-1925)
- 119 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
En effet, l’impact des lâchers, vidanges et autres transparences effectués par les barrages n’ont
qu’un effet limité en terme quantitatif par rapport au débit naturel des cours d’eau. Les volumes
lâchés ne représentent pas plus de 10% du débit moyen et sont compris dans la variabilité
hydrologique naturelle de sorte que ces lâchers et vidanges n’engendrent pas de phénomènes
extrêmes en termes de débit maximum. De plus, ces lâchers n’engendrent aucune modification dans
la date de survenue des crues et étiages annuels. En effet les Figure IV-48 et Figure IV-49 ne
montrent aucune rupture dans la répartition temporelle des évènements extrêmes annuels.
- 120 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Cependant, nous devons prendre en compte plus de paramètres hydrologiques que les seuls
minimum et maximum annuels pour observer les modifications éventuelles engendrées par les
ouvrages hydroélectriques. Pour ce faire, nous allons comparer les hydrogrammes avant et après les
aménagements et associer aux éventuels changements les impacts écologiques attendus.
- 121 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
- 122 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Afin de réaliser un diagnostic exact de l’état hydrologique des cours d’eau sur la zone d’étude,
nous réalisons le calcul de ces 33 paramètres sur toutes stations, pour celles pour lesquelles nous
disposons de suffisamment de recul (c'est-à-dire un enregistrement antérieur à la construction
d’ouvrages hydroélectrique sur le cours d’eau) nous réalisons une analyse près et post impacts. On
utilise donc les stations de l’Ariège à Foix, Salat à Roquefort et les stations de Merens et Hospitalet
(caractérisant respectivement l’effet pré et post impacts des ouvrages) pour l’analyse de
l’hydrogramme et des paramètres hydrologique altérés. (L’ensemble des résultats pour toutes les
séries de débit sont intégrés à la grille de lecture, ici seul trois exemples sont développés).
Pour la série du Salat à Roquefort (Figure IV-50), on constate les évènements extrêmes (étiages et
crues) sont les principaux paramètres affectés, à la fois quantitativement (amplitude) et
qualitativement (variabilité temporelle). L’analyse des paramètres de l’hydrogramme avant et
après 1940 (date de mise en place des premiers ouvrages donne les résultats suivants :
-diminution du nombre de crues importantes
-légère augmentation du nombre de petites crues
-Pas de modification de la durée des crues importantes
-Pas de modification de la durée de petites crues
-Diminution du taux d’accroissement du débit
-Pas de modification du débit moyen
-Augmentation du débit de base
- 123 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Si l’on observe le graphique montrant l’altération de 33 paramètres (Figure IV-51), on constate que
les paramètres les plus altérés sont les paramètres de taux, fréquence, durée.
- 124 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Dans la majorité des cas étudiés, les débits minimums de 1 à 90 jours augmentent
significativement après la construction d’ouvrages hydroélectriques, alors que les débits maximaux
de 1 à 7 sont considérablement réduits (diminution de 50 % du débit journalier maximum annuel).
Pour le cas du Salat à Roquefort, les débits minimum et maximum ne sont pas affectés,
cependant on observe une réduction de la fréquence des crues de grande amplitude après
régulation, de même qu’une légère augmentation de la fréquence des petites crues (Figure IV-51).
De plus on observe également la réduction du débit moyen journalier. Si les débits extrêmes sont
affectés quantitativement, ils le sont aussi qualitativement particulièrement dans le cas de
fonctionnement par éclusées, ou les ouvrages électriques s’adaptent à une demande énergétique
réglée sur différents pas de temps (Bravard et Petts, 1993). En effet, il a été observé une
augmentation de la variabilité des hydrogrammes sur l’ensemble des USA, notamment significative
pour les débits moyens journaliers. A l’échelle quotidienne, les besoins hydroélectriques entraînent
une variabilité importante des débits diurnes et nocturnes. Par exemple, il est observé pour
certains grands barrages des variations de hauteurs d’eau d’environ 0.6 m au moment des pics de
consommation (Sear, 1995). Dans certains cas l’ampleur de ces variations peut être atténuée par
des ouvrages de compensation comme sur le Haut Rhône, en aval du barrage de Génissiat, qui
commande le fonctionnement d’une chaîne d’éclusées (Bravard et Petts, 1993).
- 125 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Nous avons réalisé le même travail sur les séries de l’Ariège à Foix et à Hospitalet. Dans le cas de
l’Ariège à Foix (Figure IV-52), on constate une augmentation du nombre et de la fréquence des
grandes crues ainsi que du nombre de petites crues. En revanche, la durée des petites crues est en
baisse ainsi que le taux d’accroissement des débits.
- 126 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Lorsqu’on généralise le calcul des 33 paramètres, on observe que les paramètres les plus altérés
sont tous d’abord les paramètres en lien avec la durée et la fréquence des pulsations de crues ainsi
que le paramètre d’amplitude des crues (caractérisé par les moyennes mensuelles) (Figure IV-53).
Or dans le cas du Salat à Roquefort, il est apparut que les paramètres les plus altérés sont les
paramètres de durée et de fréquence des crues mais également les paramètres relatif à la
périodicité des crues. Or ces paramètres de périodicité ne sont pas altérés dans le cas de l’Ariège à
Foix. Or, la station de Foix est très globalisante puisqu’elle correspond à une aire drainée très
importante et est donc intégratrice des fluctuations hydrologiques naturelles ou anthropiques
existantes sur le bassin. Afin de comparer ces résultats avec une station correspond à un plus petit
bassin versant, nous choisissons de réaliser le même travail sur la station de l’Ariège à Merens et
Hospitalet. La série de d’Hospitalet représentant la partie pré-impact et la série de Merens la série
post-impact.
Dans le cas de l’Ariège à Merens et Hospipalet, on constate que la durée des crues est en
diminution, ainsi que le nombre de petites crues. Le nombre de crues importantes et le taux
d’accroissement des débits sont quant à eux en augmentation (Figure IV-54). En ce qui concerne les
fréquences de crues et le niveau de base, on constate qu’ils restent stables. En représentant le
bilan d’altération de tous les paramètres, on constate que de nombreux paramètres sont très
fortement altérés (Figure IV-55). On peut attribuer cette forte altération des paramètres de
l’hydrogramme à la mise en place d’un grand barrage sur ce bassin. Tous les indicateurs ne varient
pas de la même façon traduisant une modification remarquable de la variabilité hydrologique en
- 127 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
lien avec l’installation d’une centrale hydroélectrique et deux prises d’eau en aval de la station
d’Hospitalet.
- 128 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Pour faire le lien avec l’écosystème associé au bassin versant, Richter et al., (1996) ont donc
associé un certain nombre de modifications environnementales à l’évolution ou l’altération des
paramètres hydrologiques extraits précédemment par des études réalisées sur différents bassins et
dans différents contexte (Figure IV-56). On peut donc en fonction des caractéristiques modifiées de
l’hydrogramme, estimer les impacts de la construction d’un ouvrage. Par exemple, la construction
d’un ouvrage modifiant considérablement les maxima et minima de débit pourrons avoir de forts
effets sur la circulation des poissons et par exemple lors des migrations. Il conviendra donc de
fortement contraindre la construction d’ouvrages sur les axes migrateurs amphihalins par rapport à
ces variables.
- 129 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Fréquence et Nombre et durée des petites crues Fréquence et amplitude du stress hydrique modifiées et
durée des Nombre et durée des crues exceptionnelles modification du transport sédimentaire-> modification de
pulsations fortes l’écosystème, avec réduction de la surface mouillée, les paramètres
et faibles “ hauteur vitesse ” qui conditionnent l’habitat et le fonctionnement
des frayères;
Taux et Moyenne de toutes les différences positives pour Difficultés de maintien de la ripisylve,des abris de berge, le
fréquences des plusieurs jours consécutifs transport solide, la circulation des poissons…
variations de Moyenne de toutes les différences négatives pour
débit plusieurs jours consécutifs
Nombre d’inversion
Nous disposons également pour quelques stations des variations des hauteurs d’eau. Notamment
nous disposons des variations de hauteur pour le Salat à Roquefort sur une période allant de 1988 à
2008 (Figure IV-57).
4000
3000
h (m)
2000
H (cm)
1000
0
- 130 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
Lorsqu’on analyse les statistiques de cette chronique de façon à quantifier l’amplitude des
variations des hauteurs d’eau, on constate que la hauteur minimale annuelle est de 210 cm (ce qui
est très peu et tend à diminuer, d’autre part, la hauteur maximum est de 4180 cm qui lui aussi tend
à diminuer au cours des années. Soit en moyenne la hauteur d’eau au niveau de Roquefort pour le
Salat est de 677 cm.
L’impact de la diminution du débit jusqu'à des valeurs de débit réservé a de forts impacts sur le
biotope et porte principalement sur:
-la réduction de la surface mouillée visible ici sur la coupe transversale, en effet les paramètres “
hauteur/vitesse ” conditionnent l’habitat et le fonctionnement des frayères.
-le régime thermique, le maintien de la ripisylve, des abris de berge, le transport solide, la
circulation des poissons…
L’altération du fonctionnement des frayères peut être consécutive à des phénomènes de colmatage
du substrat, à la discontinuité du transit de transport solide mais également à des hauteurs d’eau
inadaptées à la fraie et à des vitesses de courant trop faibles pour assurer un écoulement
interstitiel suffisant du substrat. Cependant, il semble que la qualité de l’eau est rarement altérée
par l’usage hydroélectrique excepté dans le cas de retenues modifiant les processus
d’autoépuration.
En somme, les variations du niveau d’eau pour le Salat, par exemple, présentent de fortes
amplitudes, or de part la morphologie locale (zone où les versants sont très incisés) (Figure IV-57), il
est important de prendre en compte l’effet des modifications des hauteurs d’eau et des périodes de
ces variations artificielles sur la réduction de la surface mouillée et les effets sur les berges.
- 131 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
450
400 Salat
350
Altitude (m)
300
Maximum hauteur d’eau
250 Minimum hauteur d’eau
200
150
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500
320
310 Salat
300
Altitude (m)
290
280
Maximum hauteur d’eau
270
Minimum hauteur d’eau
260
250
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500
Figure IV-58 Profil transversale du Salat avec les variations d’amplitude des hauteurs d’eau.
L’analyse des variations des hauteurs d’eau permet, si l’on prend le cas du bassin du Salat, de
constater l’apparition de fluctuations contrôlées par l’homme (variations périodiques mensuelles
des hauteurs d’eau) caractérisant probablement les effets des lâchures des barrages. Par contre les
crues importantes et non contrôlées par l’homme restent fortement marquées et facilement
identifiables (Figure IV-59). Ainsi, il semble que la modulation des variations des hauteurs d’eau en
fonction de la demande en hydroélectricité est un facteur de risque de perturbation de l’état
écologique. En effet, comme nous l’avons vu, la variation des hauteurs d’eau qui ne sont pas
naturelles engendrent des modifications des cycles hydro-écologiques susceptibles de perturber
l’écosystème.
- 132 -
Chapitre IV : Proposition d’outils et de méthodes pour l’analyse de projets hydroélectriques
2500
2000
Hauteur d'eau (cm)
1500
1000
500
0
28/05/2005 05/09/2005 14/12/2005 24/03/2006 02/07/2006
Temps (a)
Figure IV-59 Zoom sur les variations de la hauteur d’eau du Salat à Roquefort.
- 133 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
De façon générale, à l’échelle du bassin Adour- Garonne, la qualité biologique des rivières est
généralement mauvaise, mis à part quelques secteurs tels que la Charente, la Dordogne, les
Pyrénées, les secteurs amont du Lot et du Tarn. Cette mauvaise qualité est due en partie à des rejets
- 134 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
polluants : industrie du cuir à Grauhlet, Castres, papeteries sur l’Adour (Midouze, Retjon) et le Salat,
industrie textile à Lavelanet ..., et en partie à la dégradation physique du milieu : colmatage des fonds
par érosion (rivières de Gascogne), conséquences de l’extraction ancienne des granulats (Garonne
aval et Ariège), réduction excessive des débits d’étiage (Aveyron, Adour).
Cinq stations ont pu être utilisées pour cartographier l’état des rivières sur le territoire du PNR
depuis 1999 (Figure V-3 et Tableau II-1) :
Coordonnées
NOM COMMUNES X Y
Pont du Diable Mercus-Garrabet 543026.00 1767189
Taurignan Caumont 498410.00 1782510
Saint-Girons Saint-Girons 502140.00 1776544
PalÚtÞs Saint-Girons 503688.00 1775500
Roquefort Roquefort-sur-Garonne 488469.00 1796078
Labarthe-Inard Montespan 478072.00 1789131
Tableau V-1 Liste des stations IBGN situées sur les rivières du PNR.
On constate que depuis 1999, l’IBGN est globalement fort, traduisant un bon état écologique
« global » des cours d’eau ariégeois, allant sur le Salat entre 13 et 17 et seulement de 10 sur
l’Ariège. L’IBGN sur l’Ariège va augmenter avec le temps pour atteindre 15 en 2005. On constate
également que la station IBGN située à l’embouchure du Lez dans le Salat, présente des valeurs
d’IBGN qui diminuent entre 2000 et 2003. C’est la seule station située sur le Salat dont la valeur
d’IBGN diminue pour cette période. Ce sont donc les apports d’eaux du Lez, dont l’état écologique
est moins bon qui diminue les valeurs d’indice que le Salat. On constate également qu’entre 1999 à
2001, les valeurs de l’indice IBGN de la station de l’Ariège à Foix diminuent, or on sait que durant
cette période a eu lieu les transparences du barrage de Garrabet. La diminution de la valeur de ces
indices est peut être provoquée par ces transparences provoquant une dégradation considérable des
valeurs d’IBGN notamment lors du passage du culot de sédiments. De plus ces transparences sont
également à l’origine de contamination des sédiments par dégradation des conditions du milieu
aqueux et accumulation de contaminants.
- 135 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
1999->2000 2000->2001
15
16
17
17
15 14
13
15 10 16
10
13
Diminution
Augmentation
2001->2002 2002->2003
Stable
16
16
15
16
15 16
10
12
14
16
15 15
2003->2004 2004->2005
Figure V-3 Cartographie de l’évolution des IBGN de 1999 à 2004 sur les 5 stations disponibles
localisées sur le PNR.
- 136 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
Figure V-4 Exemples de Diatomées des eaux de bonne qualité. (Le trait présent à côté de
chaque Diatomée représente 1 µm).
L’Indice Biologique Diatomées ou IBD est calculé sur la base de la détermination des Diatomées
(algues brunes unicellulaires microscopiques fixées, Illustration 3). Cet indice reflète la qualité
générale de l’eau d’une rivière plus particulièrement vis-à-vis des matières organiques et des
nutriments (azote et phosphore).
L’Indice Biologique Diatomées ou IBD est applicable à la partie continentale d’un cours d’eau
naturel ou aménagé, à l’exception des zones naturellement salées. Il est établi par point de
mesures. L’échantillonnage est réalisé en fonction des conditions hydrologiques et de la nature des
substrats. La mise en évidence des altérations chimiques est facilitée dans les situations extrêmes,
au moment des basses eaux (débit minimal, température maximale) ou en période critique (rejets,
activités humaines saisonnières ...).
- 137 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
A l’échelle du bassin Adour-Garonne, la majorité des points de mesures sont de qualité médiocre.
Les secteurs présentant les meilleures qualités pour les diatomées restent les secteurs amont des
bassins hydrographiques, notamment ceux de la Corrèze et de la Vézère ou de la Garonne. A
l’opposé, les secteurs les plus dégradés se limitent aux cours d’eau recevant une pollution
importante, généralement d’origine industrielle comme l’Adour en aval de Dax. Dans le cas, du
département de l’Ariège, il y a peu de points de mesure actuellement réalisés. Dans ce cas, le
diagnostic de l’état des cours d’eau doit être pris avec prudence.
Pour notre étude une seule station IBD est disponible sur le territoire du PNR, c’est la station au
Pont du Diable sur l’Ariège. Deux notes sont disponibles en 1994 et 2003 (Figure V-6).
Année IBD
1994 15
2003 19
L’indice poisson rivière (IPR) a été élaboré dans le cadre d’un programme scientifique national,
achevé en 2001, qui a réuni scientifiques et experts techniques. L’objectif était de mettre au point
un outil d’évaluation de la qualité des cours d’eau basé sur les peuplements de poissons, qui
réponde à la directive cadre sur l’eau et soit applicable sur l’ensemble du territoire. Au niveau
français, l’IPR a été identifié comme l’un des éléments intervenant dans la définition provisoire du
bon état écologique DCE (seuil du bon état correspondant à la limite définie dans le cadre de la
norme AFNOR). L’IPR consiste globalement à mesurer l’écart entre le peuplement observé sur une
station donnée à partir d’un échantillonnage par pêche électrique, et le peuplement attendu en
situation de référence, c’est-à-dire dans des conditions pas ou très peu modifiées par l’homme.
L’évaluation du niveau d’altération des peuplements de poissons se base sur différentes
caractéristiques des peuplements (ou métriques) sensibles à l’intensité des perturbations
anthropiques et qui rendent compte notamment de la composition taxonomique, de la structure
trophique et de l’abondance des espèces
Le principe de cet indice est d’évaluer la différence entre la structure du peuplement de
poissons échantillonnés et celle d’un peuplement de référence, attendu en absence de toute
perturbation. Le calcul de l’indice poisson fournit une note à partir de laquelle une grille de
- 138 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
classification à 5 niveaux est développée. Il permet d’évaluer la qualité écologique des cours d’eau
d’après l’étude de leur peuplement piscicole. La valeur de l’IPR correspond à la somme des scores
obtenus par les 7 métriques. Sa valeur est de 0 lorsque le peuplement évalué est en tous points
conforme au peuplement attendu en situation de référence. Elle devient d’autant plus élevée que
les caractéristiques du peuplement échantillonné s’éloignent de celles du peuplement de référence
(Ferreira et al. 2007 ; Pont et al., 2007 ; Roset et al., 2007).
La démarche adoptée pour l’établissement de l’indice a été la suivante :
-Elaboration, en utilisant un jeu de données de 650 points de mesures "témoins", d’un référentiel
permettant de décrire la structure du peuplement "théorique" d’un site pour une situation
environnementale donnée ;
-Découpage du peuplement "théorique" en "métriques fonctionnelles" prenant en compte la
présence et l’abondance des espèces. On entend par "métriques fonctionnelles" un ensemble
d’informations chiffrées sur les caractéristiques des différentes espèces en présence et relatives à
leur diversité, leur habitat préférentiel, leur sensibilité aux perturbations, leur régime alimentaire
et leur abondance dans le milieu ;
-Validation des différentes métriques sélectionnées sur un jeu de données indépendant de points de
mesures "témoins" ;
-Test de la réponse de chacun des paramètres aux perturbations à l’aide d’un jeu de points de
mesures "perturbés", pour finalement élaborer l’indice poissons. L’écart observé entre l’échantillon
attendu et l’échantillon réellement prélevé exprime l’état de dégradation du peuplement (Reyjolet
al., 2007 ; Schmutz et al., 2007).
L’indice obtenu à partir de l’analyse des peuplements de poissons, fondé sur des critères
écologiques vérifiés, semble répondre efficacement à un large spectre de perturbations, tant de la
qualité de l’eau que de la qualité de l’habitat. Le système de notation est basé sur les
caractéristiques représentatives du peuplement observé : sa diversité (nombre d’espèces
présentes), sa densité et les caractéristiques écologiques des différentes espèces qui le composent
(régime alimentaire, sensibilité, etc.).
Du peuplement intact au peuplement fortement perturbé, voire à l’absence totale de poisson, on
distingue (Figure V-7):
-La très bonne qualité, comparable à la meilleure situation attendue sur un site n’ayant subi
aucune perturbation. Toutes les espèces typiques du milieu sont représentées y compris les espèces
les plus intolérantes. La répartition des régimes alimentaires au sein des différentes espèces est
équilibrée.
- 139 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
-La bonne qualité, pour laquelle le nombre d’espèces est généralement légèrement inférieur à
celui attendu, du fait de la disparition des formes les plus intolérantes. Quelques espèces ont une
abondance réduite. La répartition des régimes alimentaires montre des signes de déséquilibre.
-La qualité passable, avec un peuplement qui a perdu ses espèces intolérantes et qui montre des
signes d’instabilité : abondance excessive d’espèces généralistes, répartition des régimes
alimentaires déséquilibrée.
-La mauvaise qualité, avec un peuplement dominé par les espèces tolérantes et/ou omnivores. Peu
d’espèces consommatrices de poissons et/ou d’invertébrés. Richesse spécifique du peuplement
faible. Abondance généralement réduite.
-La très mauvaise qualité, avec peu d’espèces présentes, pour la plupart tolérantes. Abondance
réduite (moins de 5 individus pour 100m2) ou échantillonnage sans capture de poisson, stade de
dégradation ultime.
A l’échelle du bassin Adour-Garonne, dans l’ensemble les peuplements en zone de montagne sont
bons, en dépit de certaines perturbations dues aux aménagements hydroélectriques. Plus à l’aval,
les qualités, souvent passables ou mauvaises, résultent des médiocres conditions de milieu, liées le
plus souvent aux activités humaines : réduction des débits consécutifs surtout aux prélèvements
agricoles, qualité de l’eau dégradée par un réchauffement exagéré, des matières en suspension
excessives et les rejets, milieu perturbé par des successions de barrages et de biefs aménagés. Sur
la carte du bassin (Figure V-8 et Figure V-9 ), on observe que les stations classées comme «
excellentes » se trouvent majoritairement dans les têtes de bassin, essentiellement dans les
Pyrénées. La dégradation des peuplements se manifeste de façon importante dans les Coteaux
Aquitains et les Tables Calcaires, deux hydro-écorégions où se concentre l’activité agricole intensive
du bassin.
- 140 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
Figure V-8 Qualité des peuplements piscicoles sur les stations RHP du bassin Adour-Garonne
en 2004.
(+) : l’état fonctionnel du peuplement piscicole est, par expertise, meilleur que celui annoncé
par l’IPR, (-) : l’état fonctionnel du peuplement piscicole est, par expertise, moins bon que
celui annoncé par l’IPR.
- 141 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
Figure V-9 Zoom sur la carte de qualité des peuplements piscicoles sur les stations situées en
Ariège et sur le territoire du PNR.
A l’échelle des bassins versants de la zone d’étude, il existe des données permettant le calcul des
IPR et des informations concernant le peuplement piscicole des rivières de l’étude. Les données de
peuplement sont disponibles pour les stations suivantes : l’Arac à Biert, l’Ariège à Savignac, le Lez à
Sentein, le Salat à Caumont et le Vicdessos à Auzat et Niaux.
- 142 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
60.0 70.0
60.0
50.0
50.0
40.0
40.0
30.0
30.0
20.0
20.0
10.0
10.0
0.0 0.0
1994 1995
1996 1997 Truite 1995 1996 Vairon
1998 1999 1997 1998
2000 2001 Chabot 1999 2000
2001 2002 Chabot
2002 2003
2004 2003
2004
densité piscicole sur l'Ariège à Savignac (pour 100m2 ) densité piscicole sur le Vicdessos à Niaux (pour 100m2 )
90.0
80.0
70
70.0
60
60.0
50
50.0
40
40.0
30 30.0
20 20.0
10 10.0
Truite
Vairon
0 0.0
Loche
1996
1997
Loche franche
1998
Vandoise
1996 1997
1999
2000
1998 1999
2001
Lamproie
2002
2000 2001
2003
Chabot
2004
Perche
2002
2003
2004
densité piscicole sur l'Arac à Biert (pour 100m 2) densité piscicole sur le Salat à Caumont (pour 100m2)
18.0
16.0
14.0
12.0
10.0
8.0
6.0
4.0
2.0
0.0
1995 1996
1997 1998
1999
2000 Truite
2001
2002
2003
2004
Figure V-10 Données de synthèse des peuplements piscicoles pour 5 cours d’eau de l’étude
pour le période de (1994-2004).
Pour les cours d’eau du Vicdessos, de l’Arac, du Lez et de l’Ariège on note une forte densité de
truites. Seul le Salat présente une biodiversité plus importante avec la présence de perche,
- 143 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
lamproie, vandoise, loche, vairon. Dans le cas du Lez, on note la présence d’une forte densité de
truites uniquement.
Depuis les années 2000 les IPR sont globalement en hausse avec des IPR de bonne qualité, voire
même de qualité excellente pour l’Arac et le Garbet. On peut donc dire qu’aucun des bassins
versants semble « préservé » des modifications anthropiques et climatiques. On constate également
que les stations du lez à Sentein et Vicdessos à Niaux ont des IPR de qualité médiocre. Cependant il
serait également intéressant de comparer également les valeurs des IPR avec la carte de
localisation des stations d’épuration (STEP) pouvant également être à l’origine d’une chute de la
valeur de cet indice.
Pour toutes les stations on observe un maintien des espèces sensibles comme la truite, le chabot.
Cependant, on constate que certaines stations présentent une faible biodiversité, c’est l’exemple
du Lez à Sentein et de l’Ariège à Savignac. Seul la station du Salat à Caumont présente l’apparition
d’espèces plus tolérante au détriment des espèces sensibles comme la truite. Il existe également
une contrainte liée à la température puisque la plupart de salmonidés sont sensibles aux
températures supérieures à 12°C.
On constate également que malgré la forte présence de tronçons court-circuités, la station de
l’Ariège à Savignac présente une forte densité de truites, on peut alors se poser la question de la
nature de ces peuplements (artificiel ?) ou ces espèces n’ont pas subies l’influence de
l’implantation de barrages hydroélectriques. Cette question soulève un autre point qui est la limite
d’utilisation des indices IPR. En effet, comme les IBGN et IBD, les IPR ne caractérisent pas la
structure des peuplements mais vont juste fournir une information sur la présence/absence, ce qui
ne permet pas de savoir s’il existe un impact des barrages sur les tailles, types des poissons (jeune,
adultes…). La bibliographie nous a permis de constater que l’indice IPR est en cours d’amélioration
avec la mise en place d’un indice IPR+. Cet indice est mis au point par le cemagref et l’Onema, son
intercalibration européenne est en cours et intègrera:
- optimisation des techniques statistiques,
- choix de variables non anthropisées pour définir le modèle de référence,
- métriques fonctionnelles reliées aux pressions,
- métriques basées sur les classes de taille
- métriques évaluant les altérations de connectivité à l’échelle des bassins
Enfin, ce travail se réalise également en collaboration avec le Centre de Recherche de la Nature,
des Forêts et du Bois (CRNFB) de Wallonie (Belgique) et les services de l’Environnement du
Luxembourg, intéressés au développement du nouvel indice. Une collaboration est également
établie avec le Service Etudes et Recherches d’EDF qui met à disposition les séries de données dont
ils disposent.
Cependant, les Pyrénées et la région ariégeoise présentent une grande variété de paysages et de
milieux naturels, liée à son hétérogénéité climatique. La mosaïque d’habitats naturels qu’elles
renferment (pelouses sèches, prairies humides, lacs et cours d’eau, milieux forestiers (chênaie à
l’étage collinaire, hêtraie sapinière à l’étage montagnard, pins à crochets à l’étage subalpin…),
- 144 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
milieux rupestres, grottes…) est une immense source de biodiversité. Quelques espèces sont
endémiques aux Pyrénées, comme le desman et l’euprocte des Pyrénées. Ces espèces ne sont pas
prises en compte dans le calcul des indices que l’on vient de citer. Des études en cours (plan
d’action desman) seraint donc à intégrer à la grille de lecture pour estimer l’impact des
aménagements hydroélectriques sur cette faune et cette flore locales caractéristiques (Figure
V-11).
Photo P. Cadiran
- 145 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
21 21 21
classe 3 classe 3
classe 3
qualité médiocre qualité médiocre
qualité médiocre
15.73
14.78 Couflens
14 13.05 14 14
12.53 12.41 classe 2 classe 2
classe 2 Caumont
11.41 qualité bonne
qualité bonne qualité bonne
9.84 10.05
9.68
8.22
7.75 7.39 6.99
7 7 7
5.34
classe 1 4.51
classe 1 classe 1
qualité excellente
qualité excellente qualité excellente
0 0 0
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
21 21
classe 3 21 classe 3
18.30
17.53 17.55 qualité médiocre classe 3 17.05 qualité médiocre
qualité médiocre 15.76
19.17
14 14 12.81
classe 2 18.30 12.04 classe 2
11.38
qualité bonne classe 2 qualité bonne
qualité bonne
8.77 8.45
7.96
7.36
7 7
classe 1 classe 1
qualité excellente classe 1
qualité excellente
qualité excellente
0 0
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 14 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
2005 2006 2007 2008 2009 2010
21 21
21 19.54
19.54
classe 3 18.84
18.84 classe 3
qualité médiocre qualité médiocre
15.06
15.06 14.87
14.87
14 14
14
classe 2 classe 2
qualité bonne qualité bonne
8.58
7 5.76 5.99 77
5.47
4.76 classe 1 classe 1
4.17
qualité excellente qualité excellente
0 00
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2001
2001 2002
2002 2003
2003 2004
2004 2005
2005 2006
2006 2007
2007 2008
2008 2009
2009 2010
2010
Figure V-12 Evolution temporelle des IPR pour chaque station de mesure.
- 146 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
03
01 02
04 06
05
07
08
Figure V-13 Localisation spatiale et temporelle de l’évolution des indices qualité poissons (IPR)
- 147 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
Si l’on reprend la définition officielle «le débit réservé a été conçu dès la loi de 1919 pour
préserver le milieu aquatique : c’est le débit minimal restant dans le lit naturel de la rivière entre
la prise d’eau et la restitution des eaux en aval de la centrale, garantissant en permanence la vie,
la circulation et la reproduction des espèces vivant dans ces eaux. La LEMA a réformé les
dispositions relatives au débit réservé fixé auparavant au L.432-5 en instaurant l’article L.214-18.
Elle s’appuie sur les mêmes dispositions générales. Le débit minimal ne doit pas être inférieur au
10ème du module (ou au débit amont si celui-ci est inférieur) en règle générale. La LEMA facilite la
procédure d’abaissement au 20ème du module pour les cours d’eau dont le débit est supérieur à
80m3/s et pour les ouvrages qui contribuent à la production électrique en période de « pointe »
fixés par décret. D’autres valeurs sont toutefois possibles pour des cours d’eau dont le
fonctionnement est atypique et pour lesquels les conditions de fixation des débits réservés
précédemment citées ne sont pas pertinentes. Le « régime réservé » permet une modulation à
l’année des débits en respectant en moyenne le débit minimal, sans jamais passer en dessous de la
moitié de ce débit. Cette réforme s’applique à l’existant dès renouvellement du titre d’exploitation
et au plus tard au 1er janvier 2014.
Telle que formulée cette définition du débit réservé, sauf pour les quotas, reste extrêmement
imprécise, aucun critère objectif du point de vue écologique n’est mentionné. De plus les études et
les modèles auxquels il est fait appel dans la littérature pour en constater les effets, font référence
essentiellement à la population piscicole. Même du point de vue hydraulique, il est fait appel au
module interannuel, sans que soit précisé sur combien d’années il doit être calculé, aucune mention
n’est faite de la variabilité des modules. En outre, cette définition suppose que, à long terme, le
régime des cours d’eau soit stationnaire, c’est à dire que toutes les propriétés statistiques (moment
de 1er ordre : moyenne, moment de 2ième ordre : variance), soient constantes dans le temps, sans
qu’aucun test ne soit préconisé pour le vérifier. Or, toutes les analyses montrent que cette
stationnarité est loin d’être respectée.
Pour déterminer le débit minimal à laisser dans le cours d’eau pour garantir, selon la loi, “ en
permanence, la vie, la circulation et la reproduction des espèces qui peuplent les eaux au moment
de l’installation de l’ouvrage ”, trois types de méthodes existent :
- les approches hydrologiques s’appuient sur les valeurs qualifiant l’étiage, sans grande
mobilisation des connaissances sur le fonctionnement des écosystèmes ; dans la “ méthode de
Tennant ”, les débits sont calculés en pourcentage du module moyen interannuel ; 1/10ème du
module est considéré comme un minimum minimorum, 30 % comme une valeur acceptable ;
- les approches de géométrie hydraulique tiennent compte de la morphologie des cours d’eau ;
le principe consiste soit à préserver une partie du lit mouillé, soit à ménager une certaine hauteur
minimum dans le lit du cours d’eau ;
- les méthodes des microhabitats, développées initialement aux Etats-Unis “ Instream Flow
Incremental Methodology ”, associent un modèle hydraulique et un modèle biologique.
- 148 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
L’approche retenue varie d’un pays à l’autre, les méthodes hydrologiques apparaissant plutôt
comme les premières développées historiquement et permettant, aujourd’hui, une première
évaluation. Les méthodes “ microhabitat ” sont adoptées ou en cours d’adaptation dans de
nombreux pays. Des éléments de comparaison internationale rassemblés, il ressort que le 1/10ème
du module apparaît souvent comme un seuil de référence, qualifié souvent de strict minimum,
assurant plutôt la survie que l’équilibre écologique.
L’objectif est d’évaluer la sensibilité de l’impact du manque d’eau sur le milieu à la valeur du
débit réservé. Cet impact doit évidemment s’apprécier sur l’ensemble des compartiments du
milieu, et en particulier sur la température, sur l’oxygène dissous, sur la qualité physico-chimique
de l’eau, sur les aspects biologiques (eutrophisation, invertébrés, populations piscicoles),
sédimentaires et morphodynamiques. Les méthodes existantes pour analyser ces différents
compartiments – modèles thermiques, modèles d’oxygène et de biomasse, etc…- ont leurs limites et
ne peuvent répondre à toutes les questions. Elles peuvent conduire à demander un
approfondissement scientifique sur certains aspects jugés importants au cas par cas. Cependant, sur
un nombre important d’aménagements se situant plutôt à l’amont des cours d’eau (zones de
piémont, petit cours d’eau de pente moyenne), l’abondance d’habitats piscicoles est apparu comme
le paramètre le plus sensible au débit. La méthode dite des microhabitats est souvent la plus utile
pour ce type de site, mais elle ne peut remplacer les analyses précédentes : elle ne fait que les
compléter lorsque le cas d’étude s’y prête.
Le débit d’étiage reste l’élément objectif et indiscutable qui peut permettre d’évaluer
l’évolution naturelle d’un cours d’eau en basses eaux et qui, en théorie et en l’absence d’étude
d’impact précise, peut servir de base pour avoir un avis sur son comportement écologique. Ce débit
devrait être sur le plan hydraulique la référence. Pour le calculer on prendra la définition des
hydrologues pour lequel la valeur du débit est minimum sur au moins 5 jours consécutifs.
Nous avons souhaité comparer la valeur du débit d’étiage annuel, à laquelle l’écosystème
aquatique est soumis naturellement et s’est adapté, à celle du débit réservé fixé par la loi (1/10 du
module interannuel). Sur le même graphique est porté également le débit d’étiage interannuel et le
débit réservé calculé année par année (1/10 du module annuel). Le Tableau V-2 fournit les débits
d’étiage interannuel (il correspond à la valeur moyenne, calculée sur toute la chronique, du débit
minimal annuel pendant 5 jours consécutifs) le débit réservé (correspondant au 1/10ème du module)
et le rapport débit d’étiage sur module interannuel.
- 149 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
débit d’étiage moyen, débit d’étiage annuel, débit réservé, 1/10ème débit moyen annuel
Figure V-14 Part du débit réservé (rouge) par rapport au débit d’étiage naturel (bleu).
On constate que de façon générale, la part du débit réservé est toujours bien inférieure au débit
d’étiage, ce qui représente une forte perturbation pour les écosystèmes. Ainsi l’adaptation de ces
écosystèmes à ces conditions non naturelles engendre de fortes vulnérabilités des zones soumises
aux débits réservés soit les tronçons court-circuités et les zones soumises aux éclusées.
En règle générale le débit d’étiage est toujours supérieur au débit réservé théorique (sauf pour
certaines sources karstiques). Même en prenant en compte la non stationnarité, il apparaît que du
point de vue hydraulique la valeur du débit réservé préconisé est mal adaptée au régime naturel du
cours d’eau. Si on veut garder des conditions naturelles, le 1/5 du module serait nettement plus
correct, ce qui représente le double du débit actuellement retenu. On constate également que si,
- 150 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
parfois, l’étiage est exceptionnel, en règle général, ce n’est jamais plusieurs années successives,
alors que la faiblesse du débit réservé par rapport au débit d’étiage moyen est permanente.
Figure V-15 : Evolution annuelle du débit d’étiage (Qmin5j en bleu) et du débit réservé
(rouge). Les traits noirs représentent l’étiage moyen et le débit réservé réglementaire (1/10ème
du module interannuel), respectivement en haut et en bas.
- 151 -
Chapitre V : Etat écologique des cours d’eau
- 152 -
Conclusion
VI Conclusion
Dans un premier temps, le principal travail fut de réaliser un diagnostic de l’état des pressions
déjà en place dans le milieu : calcul des densités d’aménagements, longueur de tronçons court-
circuités par bassin versant. On constate qu’aucun bassin n’est préservé, les aménagement sont
nombreux et les longueurs des cours d’eau court-circuités peuvent atteindre jusqu'à 13 km sur
l’Ariège.
Une fois l’étude de la réglementation réalisée pour chaque bassin versant, l’étude a visé à
identifier des indices pertinents permettant l’instruction des dossiers de demande d’implantation
de nouveaux ouvrages hydroélectriques. La finalité de l’étude permettant la construction d’une
grille de lecture visant à simplifier, automatiser, l’instruction objective des dossiers de demande
d’implantation d’ouvrages. Tout d’abord la distinction entre les effets liés à la mise en place
d’ouvrages de grande et de petite hydraulique est soulignée. En effet, une différence majeure est a
prendre en compte : le fait que les centrales dites au fil de l’eau ne vont pas avoir d’effets sur le
débit des rivières, seul les tronçons court-circuités seront soumis à des débits réservés. Pour ces
petites centrales d’autres effets et impacts ont été relevés et utilisés pour la construction de la
grille de lecture.
Dans cette étude, le postulat de départ était l’utilisation des données hydrologiques et
morphologiques pour déterminer l’état du cours d’eau. En effet, le milieu physique étant porteur
de l’écosystème associé, sa modification va provoquer des perturbations des cycles naturels qui ont
lieu dans ce milieu. Il a été montré que trois paramètres importants du fonctionnement
hydrologique ne doivent pas être brutalement modifié si l’on implante un ouvrage de façon à ne pas
perturber l’écosystème. Ces paramètres sont : l’amplitude, la fréquence et les fluctuations
saisonnières. En effet ces trois éléments conditionnent le développement et la croissance de tout
l’écosystème. L’écosystème va lui supporter les fluctuations naturelles des valeurs extrêmes mais
ne supportera pas des périodes de stress plus importantes. Une étude menée aux Etats-Unis a
montré par différentes expériences (dans différents contextes et climats) que chaque altération des
paramètres hydrologiques avait un impact sur l’écologie. Ces impacts sont synthétisés dans un
tableau faisant le lien entre altération d’un paramètre spécifique et influence sur l’écologie.
De la même façon, la caractérisation de la forme du bassin et de sa morphologie permet
également de connaître « les limites » concernant les contraintes à appliquer à un bassin versant.
Par exemple, il est montré que l’estimation des temps de réponse et temps de concentration des
eaux au sein d’un bassin est fonction de la morphologie du paysage c'est-à-dire de l’organisation du
réseau hydrographique dans le relief. Là encore des indices intéressants sont à prendre en compte
s’il on ne veut pas modifier le fonctionnement naturel de l’hydrosystème (et donc par retro-
contrôle l’écosystème associé).
Enfin pour les petites centrales hydroélectriques, les effets de cumuls sur le bassin sont pris en
compte. La fragmentation des écosystèmes est l’un des plus importants effets réalisés par le cumul
d’obstacles. Par exemple, les poissons pourront plus difficilement passer successivement plusieurs
- 153 -
Conclusion
barrages. Dans ce cas, deux indices sont à calculer, c’est la hauteur de chûtes cumulées et les zones
d’influence de chaque ouvrage.
En ce qui concerne les effets sur les communautés biologiques, les données et les indices à
disposition sont limités en nombre mais également en terme d’interprétation. En effet, la lecture
des études récente met en avant les limites de l’utilisation des indices actuels (IBGN, IBD, IPR)
puisqu’ils ne permettent pas la caractérisation de la structure de peuplements. Cependant, le
Cemagref, l’Onema, agence de l’eau, DREAL et d’autres organismes sont actuellement à la
recherche d’améliorations à donner à ces indices.
La grille de lecture construite durant cette étude est bien évidemment modulable et modifiable,
soit a ajoutant des informations non encore à disposition (plan d’action Desman, nouveaux IBGN et
IPR).
Aucune statistique classique ne donne de réponse claire quant à l’implantation de nouvelles
centrales hydroélectriques et des impacts de ces centrales sur l’état écologique des bassins
versants. Il est donc important de trouver de nouvelles approches visant à coupler différents types
d’information basées sur des concepts différents pour juger de la pertinence de l’implantation d’un
nouvel ouvrage.
- 154 -
Bibliographie
Bibliographie
Agosta C, 2007. Naturalisation des débits et modélisation hydrologique sur des sous-bassins versant
de la Garonne à Lamagistère. Rapport Master 2, Université Pierre et Marie Curie, 51p.
Alastair J. H. Clement, M.S.B., 2008. Tilting of active folds and drainage asymmetry on the
Manawatu anticlines, New Zealand: a preliminary investigation. Earth Surface Processes and
Landforms, 33(11): 1787-1795.
Assani A.A et Petit F. 2004. Impact of hydroelectric power releases on the morphology and
sedimentology of the bed of Warche River (Belgium). Earth Surface Processes and
Landforms, 29: 133-143.
Belliard, J., Boet, P., Allardi, J. 1995. Evolution à long terme du peuplement piscicole du bassin de
la Seine. Bulletin français de la pêche et de la pisciculture. 337-338-339 : 83-91
Bouchard J.P., Cardinal H., Eon J., 1986, Influence des retenues sur le milieu aquatique : les
vidanges de retenues, SHF, XIXème journées de l’hydraulique, Paris, septembre 1986
Brandt S.A. 2000a. Classification of geomorphological effects downstream of dams. Catena, 40:375-
401.
Brandt S.A. 2000b. Prediction of downstream geomrophological changes after dam construction: a
stream power approach. Wtare Ressources Development, 16 (3): 343-367.
Bravard J.P et G.E. Petts. 1993. Interférences avec les interventions humaines. In : Amoros C. et
G.E. Petts (eds), Hydrosystèmes fluviaux, Paris, Masson, Coll. Ecologie, 24 : 233-253.
Cardinal H., 1988, Bilan des recherches et recommandations en matière de vidange des retenues.
Guide, Rapport EDF DER HE-31/88-20.
Carlos R.,1998. Rhythmic ammonium regeneration and flushing in intertidal sediments of the Sado
estuary. Limnol. Oceanogr. 43(5).823-831.
Church M. et Hassan M.A. 1992. Size and distance of travel of unconstrained clasts on a streambed.
Water Resources Research. 28: 299-303.
Cox, R.T., 1994. Analysis of drainage basin symmetry as a rapid technique to identify areas of
possible Quaternary tilt-block tectonics: an example from the Mississippi Embayment. Geol.
Soc. Amer. Bull., 106: 571–581.
Cravero J.M. et Guichon P., 1989, Exploitation des retenues et transport des sédiments, La Houille
Blanche,3-4, 292-295.
Degoutte G., 2006. Diagnostic, aménagement et gestion des rivières, hydraulique et morphologie
fluviales appliquées. Ed. TEC&DOC,Lavoisier, Paris, 395p.
- 155 -
Bibliographie
Gaeuman D., Schmidt J.C., Wilcock P.R. 2005. Complex channel response to changes in stream flow
and sediment supply on the lower Duchesne River, Utah. Géomorphology, 64 :185-206.
Galay V.J. 1983. Causes of river bed degradation. Water Ressources Research, 19 (5): 1057-1090.
Gurnell A.M. et Petts G.E., 2006. Trees as riparian engineers: the Tagliamento River, Italy. Earth
Surface Processes and Landforms, 31, 1558-1574.
Goldrick, G. and Bishop, P., 2007. Regional analysis of bedrock stream long profiles: evaluation of
Hack's SL form, and formulation of an alternative (the DS form). Earth Surface Processes and
Landforms, 32: 649–671.
Gosse P., 1991. Prévision et reconstitution par modélisation numérique des concentrations de
matières en suspension et d’oxygène dissous dans le Blavet à la fin de la vidange décennale
du lac de Guerlédan, Septembre 1985. Hydroécol. Appl. 3, 257-300.
Guarnieri, P. and Pirrotta, C., 2008. The response of drainage basins to the late Quaternary
tectonics in the Sicilian side of the Messina Strait (NE Sicily). Geomorphology, 95(3-4): 260-
273.
Hack, J.T., 1973. Stream-profile analysis and stream-gradient index. Journal. Res. U.S. Geol. Surv.,
1: 421–429.
Hare, P.W. and Gardner, T.W., 1985. Geomorphic indicators of vertical neotectonism along
converging plate margins, Nicoya Peninsula, Costa Rica,. Morisawa, M., and Hack, J.T.,
eds., Tectonic geomorphology: Proceedings of the 15th Geomorphology Symposia Series,
Binghamton, p. 76-104.
Lefebvre J.F., Marty J., Moreau N., Perrachon M., Poch V. 2008. Projet du complexe
hydroélectrique de la romaine. Bureau d’Audiences Publiques sur l’environnement (BAPE).
145 pp.
Lemarchand F., 2005. L'impact des barrages sur l'environnement planétaire. La Recherche, juin
2005, p.12.
Magalligan F.J. et Nislow K.H. 2005. Changes in hydrologic regime by dams. Géomorphology, 71:61-
78.
Pfaundler M. et al. 2007. Méthodes d’analyse et d’appréciations des cours d’eau. Hydrologie –
régime d’écoulement. L’environnement pratique. Projet d’octobre 2007. Office fédéral de
l’environnement, Berne, 104 p.
Philips J.D., Slaterry M.C., Musselman Z.A., 2005. Channel adjustments of the lower trinity river
texas, downstream of Livingston dam. Earth Surface Processes and Landforms, 30: 1419-
1439.
- 156 -
Bibliographie
Poff L.N., Allan J.D., Bain M.B., Prestegaard J.R., Ritcher B.D., Sparks R.E.,Stromberg J.C. 1997a.
The natural flow regime: a paradigm for river conservation and restoration. Bioscience, 47
(11):769-784.
Poirel A., Soyer G., Vindimian E., 1993, Préparation d’une vidange et suivi de la qualité de l’eau,
Journées nationales d’études sur les petits barrages, 2 et 3 février 1993, Bordeaux,
Cemagref éditions, 2-85362-356-4
Poirel A., Vindimian E., Garric J., 1994. Gestion des vidanges de réservoirs, mesures prises pour
préserver l’environnement et retour d’expérience sur une soixantaine de vidanges. 18 ème
congrès des grands Barrages, Commission Internationale des Grands Barrages, Q –ç-R.9.
Durban 1994, 321-349.
Pont D, B. Hugueny, U. Beier, D. Goffaux, A. Melcher, R. Noble , C. Rogers, N. Roset and S. Schmutz
(2006). Assessing river biotic condition at the continental scale: a European approach using
functional metrics and fish assemblages. Journal of Applied Ecology. 43: 70-80.
Pont D. & N. Jepsen (editors) (2007). Intercalibration of methods to evaluate river EQ using fish.
Rapport au Comité ECOSTAT. JRC Scientific and technical Reports. EUR 22878EN-2007. 192
pp.
Pont D., B. Hugueny & C. Rogers (2007). Development of a fish-based index for the assessment of
“river health” in Europe: the European Fish Index (EFI). Fisheries Management and Ecology,
14:427-439.
Pont D., R. B. Hughes, T.R. Whittier & S. Schmutz (2009). A Predictive Index of Biotic Integrity
Model for Aquatic-Vertebrate Assemblages of Western U.S. Streams. Transaction American
Fisheries Society. 138: 292:305.
Power M.D. 1998. Patterns and processes of sediment sirting in gravel-bed rivers. Progress in
Physical Geography, 22 (1):1-32.
Rapport Ministère de l’économie et du développement durable RET, 2006. DIRECTION DES ETUDES
ECONOMIQUES ET DE L’EVALUATION ENVIRONNEMENTALE. Petite Hydroélectricité et
environnement. Rapport du groupe de travail. 93pp.
Remini B., J.M. Avenard et A. Kettab (1997). Évolution dans le temps de l’envasement dans une
retenue de barrage dans laquelle est pratiquée la technique du soutirage. Houil. Blanc., 6,
54-57.
Reyjol Y., B. Hugueny, D. Pont, P.G. Bianco, U. Beier, N. Caiola, F. Casals, I. Cowx, A. Economou,
T. Ferreira, G. Haidvogl, R. Noble, A. de Sostoa, T. Vigneron & T.Virbickas (2007). Patterns
in species richness and endemism of European freshwater fish. Global Ecology and
Biogeography. 16: 65-75.
Richter B.D., Baumgarthnee J., powell J., Braun D.P. 1996. A method for assessing hydrologic
alteration within ecosystems. Conservation Biology, 10 (4): 1163-1174.
Rinaldo, A., Rodriguez-Iturbe, I., Rigon, R., Ijjasz-Vasquez, E. and Bras, R.L., 1993. For earlier
studies linking optimization principles to drainage networks. Phys. Rev. Lett.: 70-822.
- 157 -
Bibliographie
Rodriguez-Iturbe, I., 1993. The Geomorphological Unit Hydrograph. Chapter 3, Channel Network
Hydrology.
Rofes G., Trocherie F., Garat O., Vallon M., Cardinal H. 1991. Caractérisation des
sédiments des retenues pour la prévision des risques écotoxicologiques liés aux
vidanges. Revue des sciences de l'eau / Journal of Water Science. 4-1 : 65-82.
Roset N., G. Grenouillet, D. Goffaux, D. Pont & P. Kestemont (2007). A review of existing
fish assemblage indicators and metrics. Fisheries Management and Ecology,
14:393-405.
Schmutz S., I. Cowx, G. Haidvogl & D. Pont (2007). Fish-based methods for assessing
European running waters: a synthesis. Fisheries Managment and Ecology, 14:369-
380.
Sherard J.J. et Erskine W.D. 1991. Complex response of a sand-bed stream to upstream
impoundment. Regulated Rivers: research and management, 6: 53-70.
Vericat D. et Batalla R.J. 2006. Sediment transport in large impounded river : the lower
Ebro, NE Iberian Peninsula. Geomorphology, 79: 72-92.
Vôrôsmarty C.J., Meybeck B., Sharma K., Green P., Syvitski J.P.M. 2003. Anthropogenic
sediment retention : major global impact from registered river impoundments.
Global Planetary Change, 39:169-190.
Webb B. et Walling D., 1992. Long term water temperature behaviour and trends in a
Devon, UK, river system. Hydrological sciences journal 37 (6) : 567-580.
Williams G.P et Wolman G.P. 1984. Downstream effects of dams on alluvial rivers. USGS
circular 781, 48p.
Wolman M.G. 1967. Two problems involving river channels and their background
observations. Northwest. Univ. Stud. Geogr., 14: 67-107.
Wootton J.T., Parker M.S., Power M.E. 1996. Effects of disturbance on river food webs.
Science, 273:1558-1561.
- 158 -
Liste des figures et tableaux
Figure I-1 Pays producteurs d’énergie hydroélectrique (représenté selon la part de la production). ............. 7
Figure II-1 Exemple de la production d’électricité durant une semaine en automne 2003. ........................ 12
Figure II-2 Tableau des catégories de petites centrales, (Ministère de l’économie et des finances et de
l’industrie, RET, 2006). ....................................................................................................... 15
Figure II-3 Selon l’ADEME, la petite hydraulique devrait produire 4 à 5 TWh supplémentaires pour respecter la
directive européenne sur l’électricité renouvelable. L’objectif, à l’horizon 2010, est d’installer 1 000 MW de
PCH, dont 200 à 300 MW en rénovant et optimisant les ouvrages existants. ......................................... 17
Figure II-4 Schéma de l’évolution du contexte législatif et réglementaire ........................................... 21
Figure II-5 Carte de positionnement du parc naturel régional (PNR) et du réseau hydrographique étudié. ..... 23
Figure III-1 Evolution du lit d’un cours d’eau après la construction d’un barrage (d’après Petts et Gurnell,
2005). ............................................................................................................................ 27
Figure III-2 Trajectoire de la métamorphose fluviale en lien avec la colonisation et la croissance végétale
(d’après Gurnelle et Petts, 2002). .......................................................................................... 28
Figure III-3 Répartition de la ripisylve sur les berges d’un cours d’eau (extraite du DOCOB Ariège et modifiée)
................................................................................................................................... 30
Figure III-4 Fragmentation et modifications du ruissellement en lien avec implantation d’ouvrages
hydroéléctriques dans le monde (CBD (Global Biodiversity Outlook ), 2006). ........................................ 31
Figure III-5 Relation entre le déficit en oxygène dissous et le taux de MES à la station 1 et 2 (Rofes et al.,
1991). ............................................................................................................................ 36
Figure III-6 Coût des externalités (Barrière, 2009)........................................................................ 47
Figure III-7 Les services écosystémiques (Barrière, 2009) ................................................................ 48
Figure III-8 Valeur économique totale d’un bien naturel (Barrière, 2009) ............................................ 50
Figure IV-1 Carte synthétique de la réglementation en cours sur le bassin de l’Ariège............................. 63
Figure IV-2 Cours d’eau réservés et classés en Ariège et localisation des sous bassins versants (du Salat et de
l’Ariège) ......................................................................................................................... 64
Figure IV-3 Exemple de carte représentant les tronçons de cours d’eau (CE) du Salat soumis à une
réglementation. ................................................................................................................ 65
Figure IV-4 Liste des ouvrages déjà en place sur la rivière du Salat. .................................................. 65
Figure IV-5 Carte du modèle numérique de terrain (MNT 100m) de la région Midi Pyrénées et spécifiquement
du département de l’Ariège (09). Sur le MNT est positionné l’ensemble des 33 bassins versants de l’étude. .. 66
Figure IV-6 Carte présentant une évaluation des pentes de la BD Carthage avec les prises d’eau
hydroélectriques superposées et proposées par Eaucea (2007). ........................................................ 67
Figure IV-7 Carte de localisation des stations hydrométriques et pluviométriques.................................. 68
Figure IV-8 Inventaire et géoréférencement des ouvrages existants sur la zone d’étude........................... 71
Figure IV-9 Carte du productible annuel théorique (Mwh) .............................................................. 72
Figure IV-10 Les centrales hydroélectriques et les sites environnementaux spécifiques (Podeur, 2006) ; ....... 73
Figure IV-11 Carte du nombre d’ouvrage par bassin versant. ........................................................... 74
Figure IV-12 Carte de la densité d’aménagements représentés par bassin versant sur le PNR. .................... 75
Figure IV-13 Carte de la longueur de cours d’eau court-circuitée (km). .............................................. 76
Figure IV-14 Méthode utilisée pour le calcul du point limite d’impact de l’installation d’un nouvel ouvrage sur
un tronçon hydrologique. ..................................................................................................... 77
- 159 -
Liste des figures et tableaux
Figure IV-15 Bassin versant du Garbet, localisation de ses aménagements et des pentes moyenne calculées sur
le drain principal............................................................................................................... 78
Figure IV-16 Cartographie des tronçons hydrographiques en fonction de leur pente et localisation des
aménagements déjà en place situés sur ces tronçons. ................................................................... 79
Figure IV-17 Calcul des zones de sensibilité en lien avec les ouvrages déjà en place. .............................. 80
Figure IV-18 Carte de sensibilité sur le bassin versant du Garbet. ..................................................... 81
Figure IV-19 Calcul sur le profil en long de la Bouigane de la dénivelée naturelle du cours d’eau. .............. 82
Figure IV-20 Profils en long équilibré. ...................................................................................... 85
Figure IV-21 Profils en long concave ........................................................................................ 87
Figure IV-22 Profils en long convexe. ....................................................................................... 88
Figure IV-23 Profil en long mixte. ........................................................................................... 88
Figure IV-24 Analyse hypsométrique a) intégrale forte b) intégrale faible. .......................................... 91
Figure IV-25 Carte de la valeur des valeurs d’intégrale hypsométrique. .............................................. 92
Figure IV-26 Cartographie de la densité de drainage par bassin versant sur l’ensemble de la région d’étude. . 94
Figure IV-27 Carte de localisation des stations à disposition (9 stations pluviométriques et 11 stations
hydrométriques) ............................................................................................................... 96
Figure IV-28 Périodes de mesure de débit pour chacune des 11 stations de jaugeage. ............................. 96
Figure IV-29 : Courbes des débits journaliers et débits moyens mensuels des stations hydrométriques de la
DIREN utilisés dans cette étude.............................................................................................. 98
Figure IV-30 Module mensuel interannuel................................................................................ 100
Figure IV-31 : Débit annuel maximum (rouge), moyen (noir) et minimum (gris) ................................... 102
Figure IV-32 Intercorrélation pluie-débit (fenêtre pluriannuelle) .................................................... 103
Figure IV-33 Intercorrélation pluie-débit (fenêtre annuelle) ......................................................... 104
Figure IV-34 Variations mensuelles de l’indice NAO. ................................................................... 105
Figure IV-35 Description des deux phases de la NAO (ref). ............................................................ 105
Figure IV-36 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Foix et des valeurs de l’indice NAO.
................................................................................................................................. 106
Figure IV-37 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Hospitalet (1920-1960) et des
valeurs de l’indice NAO. .................................................................................................... 106
Figure IV-38 Variation des valeurs de débit centrées réduites de l’Ariège à Hospitalet (1969-1985) et des
valeurs de l’indice NAO. .................................................................................................... 107
Figure IV-39 Carte de localisation des stations de débit et de précipitations ...................................... 108
Figure IV-40 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de précipitations à Hospitalet et
de débit de l’Ariège à Mérens et Hospitalet. ............................................................................ 109
Figure IV-41 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de précipitations et de débit du
Salat et de l’Arac. ........................................................................................................... 110
Figure IV-42 L’analyse par des spectres en ondelettes continues des stations de précipitations et de débit de
l’Ariège à Foix. ............................................................................................................... 111
Figure IV-43 Débit à Foix naturalisé (Agosta, 2007) .................................................................... 114
Figure IV-44 Analyse R/S des débits journaliers (H=coefficient de Hurst ; compris entre 0.6 et 0.7 pour des
cours d’eau non ou peu perturbés) ........................................................................................ 115
Figure IV-45 Représentation bi-logarithmique de l’analyse spectrale des débits journaliers .................... 116
Figure IV-46 Analyse multifractale et ajustement des débits journaliers ........................................... 118
- 160 -
Liste des figures et tableaux
Figure IV-47 Comparaison des hydrogrammes de débit journalier à Foix avant et après les aménagements et
spectres associés (apparition de fréquences anthropiques dues au turbinage sur le spectre bleu par rapport au
spectre rouge obtenu sur les données de 1924-1925)................................................................... 119
Figure IV-48 Evolution de la date de l’étiage annuel ................................................................... 120
Figure IV-49 Evolution de la date de la crue annuelle.................................................................. 121
Figure IV-50 Evolution des paramètres de l’hydrogramme pré-impacts (bleu) et post-impacts (rouge) pour la
série de débit du Salat à Roquefort a) Nombre de crues importantes, b) Nombre de petites crues, c) Durée des
crues importantes, d) Durée de petites crues, e) Taux d’accroissement du débit, f) débit moyen, g) débit de
base (Richter et al., 1996).................................................................................................. 124
Figure IV-51 Ensemble des 33 paramètres potentiellement altérés et extraits de l’analyse de la série de débit
du Salat à Roquefort. ....................................................................................................... 125
Figure IV-52 Evolution des paramètres de l’hydrogramme pré-impacts (bleu) et post-impacts (rouge) pour la
série de débit de l’Ariège à Foix a) Nombre de crues importantes, b) Nombre de petites crues, c) Durée des
crues importantes, d) Durée de petites crues, e) Taux d’accroissement du débit, f) Fréquences des crues
importantes, g) Niveau de base............................................................................................ 126
Figure IV-53 Ensemble des 33 paramètres potentiellement altérés et extraits de l’analyse de la série de débit
de l’Ariège à Foix. ........................................................................................................... 127
Figure IV-54 Evolution des paramètres de l’hydrogramme pré-impacts (bleu) et post-impacts (rouge) pour la
série de débit de l’Ariège à Merens-Hospitalet a) Nombre de crues importantes, b) Nombre de petites crues, c)
Durée des crues importantes, d) Durée de petites crues, e) Taux d’accroissement du débit, f) Fréquences des
crues importantes, g) Niveau de base..................................................................................... 128
Figure IV-55 Ensemble des 33 paramètres potentiellement altérés et extraits de l’analyse de la série de débit
de l’Ariège Merens et Hospitalet. ......................................................................................... 129
Figure IV-56 Récapitulatif des 33 paramètres extraits de l’hydrogramme et les influences visibles de leurs
modifications sur l’écosystème (Richter et al., 1996) . ................................................................ 130
Figure IV-57 Variation des hauteurs d’eau Sur le Salat à Roquefort. ................................................ 130
Figure IV-58 Profil transversale du Salat avec les variations d’amplitude des hauteurs d’eau. ................. 132
Figure IV-59 Zoom sur les variations de la hauteur d’eau du Salat à Roquefort. .................................. 133
Figure V-1 Représentation de quelques macro-invertébrés benthiques (Natura, 2000) ........................... 134
Figure V-2 Qualité hydrologique en fonction de l’IBGN. ............................................................... 134
Figure V-3 Cartographie de l’évolution des IBGN de 1999 à 2004 sur les 5 stations disponibles localisées sur le
PNR. ............................................................................................................................ 136
Figure V-4 Exemples de Diatomées des eaux de bonne qualité. (Le trait présent à côté de chaque Diatomée
représente 1 µm)............................................................................................................. 137
Figure V-5 Qualité hydrobiologique en fonction de la note IBD....................................................... 137
Figure V-6 Notes IBD au Pont du Diable sur l’Ariège.................................................................... 138
Figure V-7 Tableau de la qualité hydrobiologique en fonction de l’indice poisson ................................ 139
Figure V-8 Qualité des peuplements piscicoles sur les stations RHP du bassin Adour-Garonne en 2004. ....... 141
Figure V-9 Zoom sur la carte de qualité des peuplements piscicoles sur les stations situées en Ariège et sur le
territoire du PNR............................................................................................................. 142
Figure V-10 Données de synthèse des peuplements piscicoles pour 5 cours d’eau de l’étude pour le période de
(1994-2004). .................................................................................................................. 143
Figure V-11 Espèces endémiques des Pyrénées (Desman et Euprocte) ............................................... 145
Figure V-12 Evolution temporelle des IPR pour chaque station de mesure.......................................... 146
- 161 -
Liste des figures et tableaux
Figure V-13 Localisation spatiale et temporelle de l’évolution des indices qualité poissons (IPR) .............. 147
Figure V-14 Part du débit réservé (rouge) par rapport au débit d’étiage naturel (bleu). ........................ 150
Figure V-15 : Evolution annuelle du débit d’étiage (Qmin5j en bleu) et du débit réservé (rouge). Les traits
noirs représentent l’étiage moyen et le débit réservé réglementaire (1/10ème du module interannuel),
respectivement en haut et en bas. ........................................................................................ 151
- 162 -
Glossaire
Glossaire
Géomorphologie : est une discipline de la géographie physique et des géosciences. Mais son approche de
plus en plus quantitative tend à la classer aujourd'hui dans les sciences physiques de la Terre. Elle décrit les
formes de la surface de la Terre (relief) et explique leur formation et leur évolution, sous l'effet de la
tectonique et de l'érosion.
Hydrométrie : est la branche de la métrologie qui concerne les mesures d'écoulement de l'eau.
Hydrosystème : Système composé de l'eau et des milieux aquatiques associés dans un secteur géographique
délimité, notamment un bassin versant. Le concept d'hydrosystème insiste sur la notion de système et sur son
fonctionnement hydraulique et biologique qui peuvent être modifiés par les actions de l'homme ensemble des
éléments d'eau courante, d'eau stagnante, semi-aquatiques, terrestres, tant superficiels que souterrains et
leurs interactions. Un hydrosystème peut comprendre un ou plusieurs écosystèmes. Voir aussi écosystème et
fonctionnement des hydrosystèmes.
Multifractale : L'analyse multifractale a pour but l’étude de fonctions dont la régularité ponctuelle peut
varier d'un point à un autre. Ces fonctions possèdent un ensemble de singularités que l'on appelle spectre.
Réaliser l'analyse multifractale d'une fonction, c'est déterminer son spectre de singularités.
- 163 -