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Salix poursuit son cours
e plus difficile dans une publication n’ est pas tant
de lancer le premier numéro que de poursuivre son
cours. Salix, Dieu merci, franchit aujourd' hui son
deuxidme pas.
Fidéle a U esprit défini au départ par notre Directeur de
Rédaction, Henri Baranger, le deuxiéme numéro rassemble avant
tout des articles consacrés @ la Chevalerie spirituelle.
Sublimation de cet archétype traditionnel que représente le
couple “Homme-Cheval ; la Chevalerie Spirituelle est a ta fois une
source d' inspiration, une méthode d'ascése et d'action et une érape
décisive dans la réalisation individuelle puis collective, qui parache-
ve la concrétisation d' un Ordre initiatique.
Dans ce réve éveillé et intensément vécu que constitue la vie ini-
tiatique, l'inspiration chevaleresque apporte des éléments détermi-
nants de cohérence, de cohésion et de dynamisme. A 'inverse de la
vanité sacrilége des constructeurs de la Tour de Babel, notre vision
de ’élan vers le ciel n'est pas celle du défi parodiant '@uvre du
Créateur mais effort persévérant du vivant conscient sur le vivant
subconscient, du futur Chevalier sur le futur destrier en vue de
s’élever au-dessus de la condition humaine.
La lente maturation de la Chevalerie Spirituelle ne se réduit pas
a “la conquéte du Cheval par U homme" mais vise @ la construction
d'un couple idéal en yue de action au service de U Absolu. Une telle
‘maturation ne peut étre que progressive et mene de “I'humble école
du Cavalier” @ la rencontre au-dela du Royaume des Formes entre
Georges, le combattant Terrestre, et Michel, l'Archistratége Céleste.
Tel est le sens profond qui se dégage de l'ensemble de deuxiéme
numéro de Salix par dela ta diversité des articles publiés et @ la dis-
tance qui sépare en apparence la figure tragique du Chevalier de
Diirer et le “demi-solde” non moins tragique de la Chevalerie
campé par Miguel Cervantes. a
ve
Michel Garder27
37
57
Sommaire
La Chevalerie du Graal Alain Munier
Conférence prononeée
au colloque de Maffliers 1988
Sources traditionnelles de I'Ecossisme Bernard Guillemain
La Divine Comédie - Le Saint Empire
Conférence prononeée au collogue de Lyon 1984
Le Chevalier, la Mort et le Diable ou Gérard Rool
le Chevalier de l'esprit de Diirer
Conférence prononcée
‘au colloque de Mafiliers 1988
Don Quichotte ou le réve brisé Jean-Bemard Levy
Conférence prononeée
au collogue de Maflies 1988
Compte rendu de lecture Gildas RouvilloisLa Chevalerie du Graal
Alain Munier
Fantastique témoin d’une tradition qui se perd dans 1a nuit des
temps, le conte du Graal est pour nous d’une importance capitale.
L’on y reconnait tour & tour des influences Indo-Européennes trés
anciennes, Celtiques, Germaniques, Nordiques, Persanes ou
Indiennes, mais aussi la marque des religions Chrétienne, Islamique
et Juive. La Iégende du Graal a rassemblé tout ce que I’Occident et le
Proche Orient médiéval avaient de meilleur et de plus profond. Nous
sommes non seulement en présence d'un véritable monument sur le
plan purement symbolique, mais nous avons aussi devant nos yeux la
description détaillée d’une démarche active vers le Divin, La voie qui
nous est présentée est réservée aux seuls Chevaliers de la Table
Ronde. C'est une voie difficile, pleine d’embiiches, de luttes et
d’épreuves. Seul un petit nombre parmi les Chevaliers seront admis &
entreprendre la Quéte et une infime minorité de héros, élus d’entre les
élus, pourra contempler le Graal. La Quéte en elle-méme n’a rien
arbitraire, tout y est codifié et décrit avec la plus grande minutie.
Depuis la premigre épreuve jusqu’a son achévement, nous assistons
au déroulement d’un rite. Quelle est la signification et la portée de ce
rite ? C’est ce que nous allons tenter d’éclaircir ici. Nous aborderons
rapidement le probleme des sources, avant de passer & la chronologic
mythique du Graal. Puis nous parlerons du lieu et des acteurs du
drame avant d’examiner le symbolisme de la Quéte, et de tenter d’en
extraire la portée métaphysique. Enfin, nous terminerons par la notion
d’Empire.I. Sources
Passons rapidement en revue les différentes sources formant la
base littéraire sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Le plus
ancien ouvrage semble étre Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes
écrit vers 1180, mais inachevé, suivi quelques années plus tard de
Lhistoire du Graal de Robert de Boron et enfin du Parzival de
Wolfram von Eschenbach, daté de 1200 environ. Les auteurs de ces
trois romans attribuent les sources de leur récit, le premier au conte
du Graal dont lui fut donné le livre, le second & “un grand livre qu'il
ne put lire et o sont écrits les grands mystéres du Graal”, et Ie troi-
sitme & un certain Kyot de Provence, qui & son tour aurait trouvé la
Iégende dans des textes paiens, déchiffrés par Iui grace & sa connais-
sance de caractéres magiques. Les trois auteurs se présentent donc
comme les révélateurs d’un courant souterrain préexistant depuis des
temps immémoriaux. Cette période du Moyen Age correspond & un
bouillonnement intense, puisque c’est le temps des croisades, le
temps des Templiers, & la fois période de lutte et d’affrontement entre
V'Orient et l’Occident, mais aussi effort de synthése métaphysique
avec Saint Thomas, sur un héritage chrétien, islamique et aristotéli-
cien. Le méme bouillonnement a lieu également dans le monde
musulman avec une apogée de l’esprit chevaleresque et I’influence de
mystiques comme Ibn Arabi.
Suivent une collection de romans qui constituent le Lancelot-
Graal avec pour titres: Le roman de Lancelot, L’histoire du Saint-
Graal, et L'histoire de Merlin, datés d’environ 1225. A ceci il faut
ajouter les Mabinogions, groupe de textes médiévaux Gallois d’oi est
tirée en particulier la Iégende de Peredur qui fait partie des contes
arthuriens (15).
Si nous ajoutons a ces textes anciens, La mort d’ Arthur de
Mallory qui date de 1485, nous aurons un inventaire suffisant d’un
courant littéraire qui est passé rapidement d’une popularité subite a
un oubli presque total.
Au cours de ce travail, nous nous appuierons également sur un
petit nombre d'auteurs récents dont les plus remarquables sont
Guénon, Evola et Dominique Visieux. Enfin une mention toute parti-
culigre est réservée & l'ouvrage exceptionnel de J.-P. Ponsoye
L'Islam et le Graal, auquel de larges extraits seront empruntés.IL. Chronologie mythique
Avant d’aborder Ia signification du mythe proprement dit, il est
bon de rappeler britvement I’histoire mythique du Graal.
La coupe du Graal aurait été taillée par les Anges dans une éme-
raude tombée du front de Lucifer lors de sa chute. Avant sa chute
Lucifer avait pour nom Hakathriel, I’ Ange de la couronne (de Kether).
Adam fut ensuite le détenteur du Graal jusqu’a ce qu'il le perdit & son
tour, lorsqu’il dat fuir du Paradis. Seth obtint ensuite la permission de
rentrer dans le Paradis pour retrouver le Vase. C'est a ce titre qu’il
porte son nom et représente la stabilité et le fondement correspondant
a la restauration de l’Ordre Primordial (3). Le Paradis est habitation
a’Hénoch, la Terre des Saints dont le sommet touche la sphére lunaire.
Tl ne peut done pas étre soumis au changement, ni étre atteint par le
déluge et reste dans son essence le point de communication entre la
terre et les cieux. Cependant la chute d’Adam I’a rendu inaccessible et
il reste perdu pour l'ensemble de I"humanité. Ltobscuration du centre
spirituel, qui devient de plus en plus voilé, correspond ainsi a la perte
de la Tradition Primordiale. L’histoire du Graal se confond ensuite
avec histoire mythique chrétienne. Le Graal, aprés avoir servi &
recueillir le sang du Christ, fut transporté en Grande Bretagne par
Joseph d’Arimathie et Nicod@me. Le dernier fils de Joseph fonde
enfin avec la fille de Nascien (descendant du Roi Salomon), la dynas-
tie des rois pécheurs. Le roi Mordrain voulant contempler le Graal, fut
blessé par un Ange qui lui perga les deux cuisses de sa lance. II prit
alors le nom de roi Méhaigné, le roi blessé, qui ne pourra guérir que
lorsque viendra le Meilleur Chevalier du Monde (3).
III. Le lieu et les acteurs du drame
lest temps maintenant de planter le décor et d’introduire les per-
sonnages.
1. Le chateau d*Arthur et la Citadelle Aventureuse
Ily a deux chateaux dans la Quéte, le Chateau du Roi Arthur et la
Citadelle Aventureuse.
C'est du chateau d’Arthur que partent tous les chevaliers. C’est
9Vorigine absolue de toute la Quéte. II est le centre du perpétuel mou-
vement de rotation. Il est "Axe du Monde, le centre de I’étre. Mais il
est aussi le licu ot fut érigée la Table Ronde, construite par Arthur sur
les plans de Merlin, ot chaque chevalier peut s’asseoir sans préséance,
et destinge a recevoir le Graal retrouvé. Cette Table est circulaire et
Tappelle un zodiaque dont les douze positions sont occupées par les
douze personages principaux du conte, Ces douze chevaliers sont les
dicux de l’Olympe, les Apétres du Christ, les douze pairs de
Charlemagne, mais ils représentent avant tout les rayons divins
émanant du centre figuré par le Roi lui-méme, et c’est pourquoi sont
Gcrits en lettres de feu les noms de ceux des chevaliers qui pourront
entreprendre la Quéte. Quant au Sige Périlleux dans lequel nul ne
peut s’asseoir s'il n'est le meilleur chevalier du monde, il est placé & la
droite du Roi et done virtuellement au centre de la Table comme terme
de la Quéte.
Mais une quéte initiatique ne se déroule pas seulement dans un
liew sacré, elle se déroule aussi dans un temps sacré. C’est pourquoi il
est dit au commencement de la Quéte qu’une trés belle Demoiselle
entra cheval dans la salle, & la veille de Ia Pentecéte, vers heure de
none, alors que les chevaliers se mettaient A table. La référence du
temps ct du lieu propices, nécessaires pour entreprendre la Quéte, n'est
qu'une indication d’une chose facile & comprendre. En effet, la plupart
des rituels, qu’ils soient d’ordre religieux, initiatique, magique ou
autre, requiérent @ la fois une délimitation de l"espace et du temps et
celle-ci se concrétise par une cérémonie d’ouverture et de fermeture.
La Quéte est la fois la recherche du Paradis perdu et la restauration
du sens de I’éternité qui lui est associé. On retrouve ainsi A un autre
niveau, la notion de festin rituélique ayant lieu une fois I’an et qui
traduit 'emprise du temps cyclique sur le monde manifesté. I! n'est
pas inutile de rappeler que l’une des épreuves du chevalier pendant la
Quéte consiste & briser un anneau & I’aide de son épée. Autour de la
Table Ronde doit également avoir lieu un banguet d'une autre nature,
mais jamais commencé car Arthur et sa cour attendent qu'une
Aventure se soit produite pour le célébrer. Le festin annoncé est un
festin de Vie et ne peut avoir lieu que si la divinité est sacrifiée,
démembrée et offerte en nourriture a ceux qui doivent consommer les
fruits de la Vie. C’est un banquet Eucharistique prenant place & la fin
de la Quéte, et c'est pourquoi, sur les conseils de Merlin, les cheva-
liers regoivent-ils mission du Roi de reconquérir le Graal. Ainsi dans
10sa finalité, le temps cyclique mythique doit-il étre remplacé par le
‘Temps sacré, c’est-A-dire le sens de I'éternité.
Le chateau du Graal est la Citadelle Aventureuse, le Mont
Salvage, Mont du Sauveur, symbole de la Montagne Cosmique qui
n’apparait qu’a ceux qui ne cherchent pas. Ce chateau n’est pas vrai~
ment différent du chateau d’ Arthur et c'est pourquoi il est tres difficile
A trouver. Il est en fait le méme chateau sur un plan différent, de méme
que le Roi Pécheur et le Roi Arthur ne font qu’un sous des modalités
différentes. L'acc’s de ce chateau est gardé par une puissance qui fou-
droie, mais au chevalier qualifié il apporte lumiere et révélation, nour-
riture Eucharistique, et enfin guérison et victoire. Ainsi, pendant la
Quéte Terrestre, Lancelot libére-t-il le chateau de la Douloureuse
Garde et fait-il s’échapper les puissances infernales avant de voir le
cimetidre se transformer en verger et de quitter le chateau devenu
Joyeuse Garde. A la fin de sa Quéte Céleste, il n’arrive & la porte du
chateau du Graal que grace @ un réve, ce qui suffit pour indiquer que
tout se déroule sur un plan spirituel, et que les lieux dont il est ques-
tion sont des lieux de l"ame.
2. Les personages
Les principaux personages ne peuvent pas étre dissociés car ils
symbolisent en fait différents états de I'Gtre pendant la Quéte. Seuls le
Roi Arthur et Merlin émergent de cette liste car ils ressortissent au
plan des principes divins, et traduisent tous deux des aspects complé-
mentaires de l’étre au terme de la Quéte dont la longue errance repré-
sente une initiation royale et dont |’étape ultérieure de contemplation
immobile représente initiation sacerdotale. Arthur est né de union
illégitime de Uther, seigneur des ténébres et de Ygerne, épouse du sei-
gneur de Tintagell, mais c’est Merlin qui favorise leur rencontre. C'est
encore & Merlin qu’Arthur est confié seize ans plus tard lorsque Uther
meurt sans descendance. L’épreuve de 1"épée est essentiellement pour
‘Arthur un acte de Vérité, un acte de jugement divin. Sil devient Roi
cest parce qu’il est capable d’extraire I’épée du rocher magique. Ce
rocher figure la Pierre Cachée, le centre de I"étre, doit I’on doit tirer
Varme de la connaissance. Merlin est l’arbitre des combats dont
Arthur est le héros, car si Arthur est I'6tre total ayant pouvoir sur son
royaume, Merlin est l’autorité spirituelle et sacerdotale.
WLEtymologiquement, Arthur est 1’Ours, symbole polaire, qui apres sa
mort pourra monter au ciel sous la forme de la Grande Ourse. Mais le
Roi est aussi Roi Pécheur, blessé aux deux cuisses par la lance d’un
ange, et représente a ce titre l’entité non encore réintégrée qui attend
d’étre délivrée par le Meilleur Chevalier du Monde, Il est impossible
de ne pas faire le rapprochement entre cette blessure du Roi Pécheur et
la blessure a la hanche tegue par Jacob au cours du combat avec
Vrange. Le lieu du combat s'appellait Phanuel, la Vision Divine, et cor-
respond a l’endroit ot fut érigé l’autel 4 Bethel, la maison de Dieu
(12). De méme qu’Adam, né de 1a vierge Adamah, la Terre
Primordiale, aprés l'intervention du démon Nahash, Merlin est lui
aussi né d'un démon et d'une vierge; il posséde la science infuse et la
connaissance des choses passées et futures (3). Le Roi Arthur est insé-
parable de la Reine Gueniévre qui représente Ia Dame par excellence
C’est-A-dire I’ame immortelle du Roi, De son cété Merlin est épris de
Viviane qui incarne la Nature en tant que puissance d’illusion
Le chevalier et sa dame, qui sont eux aussi inséparables, représen-
tent l'un |'ame individuelle et parfois également le mental et la
volonté, et l'autre le soi immortel, I’Esprit Immanent. C’est la raison
pour laquelle la dame est pour le chevalier & la fois l’objet de la quéte,
mais aussi I'autorité spirituelle qui veille sur lui. Elle se confond
parfois avec le Graal (seule une vierge porte le Graal). Elle ne peut
€tre approchée par tous, et le chevalier doit subir des épreuves et se
détacher de toute entrave individuelle avant de partir & sa recherche
dans un chateau inaccessible. Parfois 1a dame se revét d'une seconde
nature et devient la femme serpent, sirtne ou Belle Endormie, tradui-
sant ainsi la double nature du Soi selon qu’il est enfoui ou révélé, et
refléte l'opposition du Ciel et de la Terre. Le processus de réintégra-
tion constitue dans cette perspective la réunion de la Dame et du
Chevalier dans un rapport higrarchique, c’est-a-dire l'union des deux
natures, terme des Petits Mysttres.
Les trois chevaliers principaux dont il est fait mention dans les
textes sont Lancelot, Perceval et Galaad. Chacun de ces personnages
yerra finalement le Graal, mais l'approchera 4 un niveau différent,
Vhistoire des deux premiers est trés semblable quant au fond et a la
forme, consistant en :
+ une faute ou un égarement,
+ suivis d'une expiation et dune révélation,
* pour s’achever en une purification.
12Mais alors que Lancelot ne pourra contempler le Graal que de
loin, Perceval, lui, pourra l'approcher de plus prés, ce qui indique une
différence dans le niveau de réalisation spirituelle. Galaad n’aura pas
besoin des stades préliminaires de la Quéte car il est né pur, et sera le
seul & pouvoir dépasser I’étape d’initiation chevaleresque ou royale
pour atteindre 1a réalisation totale avant de disparaitre du monde des
vivants.
Les autres chevaliers mentionnés dans le conte représentent divers
traits de caractéres et personnifient les tendances souvent mauvaises
que devra combattre Je Meilleur Chevalier du Monde pour parvenir au
terme de la Quéte. Ainsi Gauvain, neveu du Roi, symbolise les vertus
humaines qui devront elles aussi disparaitre. Keu le Sénéchal est
esprit critique qui paralyse I’étre dans ses élans, Sagrémor le déréglé
est impétueux et imprudent. Les trois neveux du Roi, Gahériet,
Guerrehés et Agravain, fréres de Gauvain, sont les tendances supé:
rieures, intermédiaires et inférieures : elles seront combattues.
Mordret, frere adultérin d’Arthur, est ’antithése du roi et disparaitra
avec celui-ci dans le combat final (3).
TV. La Quéte Initiatique
Le but de Ia Quéte sur le plan symbolique consiste a “voir les spi-
rituelles choses”, c’est-d-dire & voir le sens caché ou le sens intéricur.
Mais cette vision intérieure n’est vraiment universelle que s’il y a iden-
tité avec l'Ordre Universel. Il s‘agit donc de faire coincider l"ame indi-
viduelle avec I’ame immortelle ou Esprit, afin comme Ie dit Evola de
construire une Ame qui se tienne debout et ne tombe pas, Le lieu privi-
légié od pourra s’établir cette coincidence est précisément le monde
intermédiaire (4).
1. Lancelot
Lancelot, fils du Roi Ban, est recueilli par la fée Viviane, figurant
la Nature Universelle, qui l’éduque pour en faire le Meilleur Chevalier
du Monde, Voulant mériter l'amour de la Reine Gueniévre, il part & la
recherche d’aventures, et commence par Ia libération du chateau de la
13Douloureuse Garde. II lui faut pour cela s'emparer des deux clés, et
ouvrir Je coffre situé dans le pilier de la salle interdite. Ce pilier, que
nous verrons plus Join sous d'autres formes n’est rien d’autre qu’une
représentation de I'Axe du Monde, au centre de l’étre, porte d’acces
vers I’éternel, ouvert par les clés des Petits et des Grands Mysttres. Le
danger est grand : les puissances infemnales s’en échappent immédiate-
ment. la Quéte Terrestre se poursuit avec l’épisode de la Citadelle
Aventureuse. Lancelot est introduit dans le chateau du Roi Peles,
Gardien du Graal, Olwen, fille de roi, présente le Graal qui n’est visible
qu’a travers un voile, mais Lancelot n’a d’yeux que pour elle. Aprés le
banquet ot le Graal apporte A chacun sauf Lancelot la nourriture
désirée, Lancelot s’unit 4 Olwen, vierge du Graal, puis il quitte le
chateau, ayant perdu toute espoir d’achever In Quéte, Suivent ses aven-
tures amoureuses avec la Reine Gueniévre... Les années ont passé, le
Siege Périlleux est maintenant occupé par Galaad, fils d’Olwen et de
Lancelot. Celui-ci s'endort un jour devant une chapelle interdite et voit
en songe le Graal soulager un chevalier malade, en lequel il se recon-
nait. A son réveil il cherche & retrouver le Graal et entreprend la Quéte
célestg mais une voix mystérieuse le maudit, Apres s“étre confessé & un
ermite et avoir perdu son cheval tué par un chevalier noir, il prend
place dans la Nef Mystérieuse qui l’emporte & la dérive pendant un
mois avant d’aborder & la Citadelle Aventureuse, Ce voyage dans
l'Ocuf du Monde et |"état de vacuité totale qui en résulte est nécessaire
A la suite de la Quéte, Ceci correspond & la Nuit de I’Anéantissement
od l'individualité a perdu ses attaches avec le monde sensible sans
avoir encore réalisé l’unification (3), Lancelot peut enfin contempler le
Graal, mais il est repoussé par un souffle brilant lorsqu’il tente de
s’approcher. II n’en verra pas plus mais repart comblé.
2. Perceval
Perceval, aprés avoir quitté sa m@re qui meurt de son départ, va A
la cour d*Arthur se faire adouber et réclame pour lui-méme les armes
du Chevalier Vermeil, qu'il va combattre et tuer. Désormais posses
seur dune armure rouge symbole de quéte royale, Perceval délivre Ia
Reine Blanchefleur, personnalisant !’me immortelle, des griffes de
Clamadeu. La seéne suivante met en présence pour la premigre fois
Perceval et le Roi Pécheur & qui il demande son chemin, Celui-ci, de
14sa barque, lui indique qu’il peut passer la nuit dans un chateau tout
proche. La salle carrée oit le Roi Pécheur le regoit est non seulement
une image du monde, mais elle résume également I’enceinte a I'inté-
rieur de laquelle va se dérouler la transformation qui fait passer de
Lancelot & Galaad et dont Perceval est le terme médian. Le Roi
Pécheur lui donne tout d’abord une épée dont il est dit qu’elle n’existe
qu'en trois exemplaires et qu'elle ne peut se briser qu’en un seul cas
‘Arme par excellence du chevalier, elle figure la Connaissance trans-
cendante offerte par le Soi, en la personne de la fille du Roi Pécheur,
Vierge du Graal. En cette occasion Perceval a été plus loin que son
prédécesseur, mais s'il est maintenant en possession de l'arme, cela
nest cependant pas suffisant : il reste & savoir I'utiliser. La scéne qui
suit est tres étrange. Une procession passe formée d'un valet portant
une lance qui saigne, puis de deux valets portant des chandeliers, puis
d’une demoiselle portant un graal en or suivie d'une autre portant un
tailloir en argent. Il est dit plus loin que cette méme lance est plongée
a date fixe dans les blessures du Roi pour le soulager. Elle ne
représente done pas une arme mais une fontaine de vie, et symbolise
de ce fait le canal par Iequel la lumigre Divine s‘épanche sur le
monde. Ce canal est la blessure nécessaire a la manifestation du
monde. La lance représente done aussi I’ Arbre de Vie mais également
le seul point de passage possible vers la transcendance. Cette vision du
Graal sous la forme dune source inépuisable permet de comprendre le
banquet qui suit comme une communion avec le Principe. Cette com-
munion n'est toutefois pas directe et il subsiste encore des voiles
devant les yeux de Perceval. Une trés grande lumitre a envahi la pitee
mais ce n’est pas encore I’jllumination. D'ailleurs Perceval ne se sert
pas de son épée et ne pose pas la question que tout le monde attend.
Son incapacité & poser la question au moment voulu c’est-d-dire dans
instant présent et non pas dans un lendemain hypothétique, montre
qwiil n’a pergu la scéne qui s’est déroulée devant lui que comme un
spectateur. II n’est done pas encore arrivé au stade de "unification.
Quant a la scéne du banquet proprement dite, elle est intéressante &
plus d’un titre et I’on retrouve par exemple un rappel de la blessure du
Roi la fois dans la lance et dans la hanche de cerf dont on dit parfois
qu'elle est servie dans le plateau d'argent, Le cerf est done le symbole
du principe royal sacrifié annuellement pour que renaisse l'année nou-
velle, et n'est rien d’autre que le Roi lui-méme démembré. Sous cet
aspect il représente donc le cycle sans fin des manifestations ne
15pouvant étre rompu que par I’épée dans un retour vers la verticalité,
(Dans le Mabinogion, le héros Péredur, tente en vain de rompre
Tanneau fixé au sol, et voit par deux fois son épée brisée se ressouder
instantanément. Lors de la troisime tentative I’épée reste brisée car il
est dit qu’il ne posséde que les deux tiers de sa force et ne peut donc
pas rompre dans les trois mondes I’anneau de la Vie et de la Fatalité).
Perceval ayant quitté le chateau du Graal sans avoir posé sa question,
il voit un matin un faucon attaquant une oie blanche qui laisse trois
taches rouges sur la neige. Perceval reconnait dans ces taches Ie visage
de Blanchefleur. La quéte est finie pour lui aussi. Son ame immortelle
est toujours lige & son Ame individuelle et prise dans les liens de
existence. Une pucelle I’accuse d’avoir failli et il perd la mémoire de
Dieu pendant cing ans (4).
3. Galaad
Galaad, le troisiéme chevalier, est né d’Olwen, vierge du Graal, et
de Lancelot. Celui-ci, par la naissance de son fils a perdu la possibilité
d'une réalisation totale allant jusqu’a 1'Identité Supréme puisqu’il a
produit un état qui lui est postérieur. Cette potentialité est done trans-
mise & Galaad en qui se résume a la fois une lignée familiale et une
lignée initiatique. I peut donc s'il parvient & la délivrance, délivrer du
méme coup toute sa lignée ancestrale en résorbant en lui méme l’axe
du temps auquel il n’est plus soumis, On dit de Galaad que parvenu &
lage adulte, il fut introduit par un vieillard & robe blanche devant le
Roi Arthur pour occuper le Sige Périlleux. Contrairement aux autres
chevaliers, personne ne lui donne son épée mais il l’extrait lui-méme
d'un perron flottant sur l'eau, rappelant en cela le Roi Arthur. Ensuite
le banquet a lieu ott le Graal apparait, qui distribue de la nouriture &
chacun. La Quéte Céleste a commencé et se déroule cette fois-ci sur
un plan essentiellement spirituel, car si Galaad résume sa propre
lignée ancestrale, il résume aussi une lignée initiatique dont Lancelot
et Perceval constituent le commencement et le développement. Son
amure rouge et son cheval blanc montrent qu’il dispose & la fois du
pouvoir royal et du pouvoir sacerdotal. On peut ainsi I’identifier au
cavalier de I'Apocalypse, chevalier de Ia fin des Temps, mais aussi
chevalier de la fin du Temps car le sens de I’étemité lui a été restitué,
Le conte nous montre ensuite Galaad et ses deux compagnons
16Perceval et Bohort dériver dans une barque dans laquelle est un lit
ayant & son chevet une couronne et au pied de ce lit une épée. La
poignée de I’épée est formée des cOtes de deux animaux fabuleux : la
céte d'un serpent qui lorsqu’on la touche permet de ne plus craindre
les plus fortes chaleurs et la c6te d’un poisson qui permet d’oublier
toute joie et tout deuil, L’épée, arme de la connaissance est ainsi pré-
sentée comme une séparation et un verrou entre les deux monstres ter-
restre et marin que sont le serpent et le poisson, Nahash et Léviathan,
ou encore Tehom et Béhemoth, le Tohu et Bohu de la création, le
chaos et le vide. L’épée est alors la clé du serpent verrouillé, et c'est la
raison pour laquelle le beaudrier est fait des cheveux d'or de la propre
soeur de Perceval, ce qui signifie que la véritable connaissance spiri-
tuelle doit étre issue de I’ame immortelle. Quant au fourreau, il a pour
nom Mémoire du Sang et fut taillé dans un morceau de I’ Arbre de Vie
dont Eve avait pu emporter un rameau aprés la fuite du Paradis, Ce
rameau fut planté, a grandi blanc comme neige, a verdi a la conception
de Cain et d’ Abel et devint rouge comme le sang aprés la mort d’Abel.
On retrouve ainsi le rouge, couleur royale, le blanc, couleur sacerdo-
tale, et Ie vert de I’émeraude du Graal qui constitue de la sorte, & la
fois le lien privilégié et le pont entre les deux pouvoirs. On dit que
Salomon lui-méme tailla les trois parties du lit dans les trois parties de
TArbre de Vie. La fin du conte nous montre le Roi Méhaigné, Roi
Pécheur de Perceval, enfin guéri par la lance qui saigne. Le Roi est
donc pleinement restauré dans sa fonction ce qui marque la fin des
Petits Mystéres et le début des Grands Mystéres, L’initiation sacerdo-
tale de Galaad se déroule ensuite sur un plan auguel nul n’a accés, et
qui le délivre rapidement du monde manifesté (4).
Le conte sous ses diverses formes est done un rituel d’initiation
it le langage et le support sont tirés de I’épopée chevaleresque.
Pour résumer, les quelques idées qui sont & la base de I"interpréta-
tion symbolique sont les suivantes
+ les lieux sont des états spirituels,
+ les temps sont des points de correspondance entre ces mémes
états,
+ les personnages représentent des niveaux de réalisation,
+ les nombres sont les Idées Pythagoriciennes,
+ les aventures sont des points de passage obligés dans la progres-
sion des Petits Mystéres.
Le but premier de toute Ia Quéte peut done s'exprimer sous
7diverses formes et en particulier sous celle de la recherche du Paradis,
Perdu ou de la Parole Perdue, et le retour & l'état primordial. Quant au
but ultime, il consiste essentiellement a retrouver l’immortalité
de l’ame.
V. Portée métaphysique
L'analyse des thémes essentiels abordés par le cycle du Graal,
montre qu'il y a répétition d'un petit nombre de catégories qui revien-
nent sans cesse sous une forme symbolisée par des lieux, des person-
nages et des exploits chevaleresques. Il s’agit :
- du théme du centre mystérieux revenant sous divers aspects de
cité aventureuse, de montagne sacrée, de chateau, de pilier, de
Jérusalem eéleste, etc... :
- du théme d'une recherche, d'une épreuve et de la reconquéte
d'un lieu ou dun objet, associée a un cheminement spirituel ;
- enfin du théme d'une succession ou d’une restauration royale
prenant le caractére d'une guérison ou d'une vengeance,
1. Le centre et la pierre
Le théme du centre que I’on retrouve également dans la notion de
pole, de région du centre du monde, de pierre centrale et de fondation,
est représenté sous ses aspects de stabilité (I"ile au milieu des eaux, la
pierre inébranlable) ou d’inaccessibilité (la montagne ou la région
souterraine) (5). C'est sur la Montagne du Salut que I’on trouve des
splendeurs qui n'ont pas leurs pareilles sur la terre. Le Graal y réside &
a garde de chevaliers aussi purs que des anges, Les profanes n’y ont
pas acs... nul ne peut y parvenir sans étre en telle estime auprés du
ciel qu'on le désigne d’En-Haut pour étre admis dans son voisinage.
‘Montsalvage est la Montagne Polaire dont parlent toutes les traditions,
de I’Olympe grec & |’Avallon celtique en passant par la Montagne des
Saints de I'lslam, Montagne Blanche située dans I’lle Verte que l'on
ne peut atteindre ni par terre, ni par mer (4). Le rapprochement du
symbolisme de la Montagne dans la tradition islamique, et de la doc-
18trine mazdéenne de la Terre Transfigurée a été fait par Henry Corbin,
Dans cette doctrine, la montagne Qaf est la mére de toutes Ies mon-
tagnes. Elle entoure et domine I'univers. Vers elle tend le héros, car
elle est l’origine de la voie verticale vers Allah, Prés d’elle sont baties
d’émeraude les deux villes de Jabalsa et de Jabalga a 1’Orient et &
l'Occident. Au-dessus est une troisiéme ville dont les habitants ne
connaissent pas celui que l'on nomme I’Adversaire car ils sont sem-
blables & des anges. Qaf est le centre et l"extrémité du monde, limite
entre le visible et invisible, pivot du milieu intermédiaire entre le
monde terrestre et céleste, monde des Archétypes et des réalités essen-
tielles des étres et des choses d’ici-bas. C’est le Monde du Mod2le, 1a
Terre de la Réalité d’Ibn Arabi, le lieu des théophanies (4). Mais le
philosophe nous dit aussi que cette terre est faite de V'argile dont fut
pétri Adam, la substance méme du Paradis Terrestre, invisible aux
yeux de l'homme déchu, et dont il faut retrouver la présence comme
une Pierre Cachée dans les profondeurs de la terre afin qu’elle puisse
par rectification engendrer le corps de résurrection car il est dit aussi
que le Paradis du gnostique fiddle, e’est son corps méme.,, Le centre
mystérieux auquel doit parvenir le chevalier d’orient comme celui
doccident est ainsi dans son essence, identique 4 la manifestation du
Graal sous sa forme de pierre céleste ou pierre de la lumiére (le Roi
Pécheur éclaire son chemin grace au Graal, et il en émane une telle
clarté comme si mille chandelles brilaient). Le lien de cette pierre
avec son origine est renouvelé une fois par an, le Vendredi Saint, par
une hostie toute blanche apportée par une colombe. La pierre de
lumiére est alors portée sur une étoffe d’émeraude et déposée devant
le Roi sur une table de grenat, Elle représente a la fois la frontigre
entre le monde terrestre et le monde céleste, et la porte d’accés par
laquelle la limite métaphysique peut étre franchie, lorsque les condi-
tions de temps et de lieu sont réunies, et que l'on est devenu aussi pur
que les Anges. Je renvoie a J.P. Ponsoye pour un développement de la
higrarchie des degrés de I’Existence universelle par Ibn Arabt. Il suffit
de rappeler ici que I"Intellect Premier est le principe immédiat de la
manifestation produisant 1'Ame Universelle, son support, puis la
Matigre Primordiale et le Corps Universel. Or ces différents degrés
sont symbolisés également par des oiseaux, des pierres et des cou-
leurs, avec dans I'ordre : I’aigle et la perle blanche, la colombe et
1’émeraude ou parfois I’Hyacinthe rouge, le phénix et enfin le corbeau
et le jais noir. Ainsi le déroulement et la succession des couleurs dans
19Ja scéne de la présentation de la pierre de lumiére suivent-ils exacte-
ment l’ordre d’apparition des principes cosmologiques dans leur série
descendante (4).
La pierre du Graal, apportée sur terre par des anges n'est pas sans
rappeler la pierre de la Kaaba, apportée par I’Ange Gabriel, et qui est
aussi la Main droite de Dieu sur la terre. Elle a pouvoir de guérison et
c’est elle qui nomme les Imams. Elle est aussi la Pierre de I’ Angle,
pierre angulaire de I’édifice sacré, od angle doit s’entendre comme
l’Angle des Angles, clé de voiite de tout I’édifice. C’est également
l’Arkane des Arkanes représentant la Quintessence, c’est la Pierre
Philosophale, clé et achévement de l’opération secréte de 1’ Art.4,
2. La coupe et le coeur
Le Saint Graal est aussi représenté par la coupe contenant le sang
du Christ, dont I s'est d’abord servi lors de la Céne, et dans laquelle
Joseph d’Arimathie a ensuite recueilli le sang et l'eau s*échappant de
Ja blessure ouverte par le centurion Longin. Cette coupe, taillée par les
anges dans I’émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute,
rappelle la perle frontale de Shiva, troisitme oeil et sens de I’éternité.
Confiée ensuite & Adam, celui-ci dut l’abandonner lorsqu’il fut chassé
du Jardin d’Eden, car tout homme éloigné du Centre du Monde perd la
faculté de contempler les choses sous leur aspect d’étemité. Ainsi,
puisque le coeur s*identifie & 1a coupe et 2 la pierre, peut-on dire
qu’Adam, tant qu’il était au Paradis, vivait vraiment dans le Cceur de
Dieu (1). Dans de nombreuses traditions, la coupe sacrificielle
contient le breuvage d’immortalité, appelé Soma dans les Vedas ou
Ambroisie chez les Grees. C'est par ce breuvage que le sens de I’éter-
nité est restauré. En cette restauration comprenons nous le retour de
I’homme a son état Adamique, ayant atteint la réalisation en lui-méme
de I'Homme Universel. L’Etre est alors parvenu & I'achévement de
I’Guvre, ach’vement représenté par le Soufre Rouge ou le Phénix.
C'est par la vertu de cette Pierre que le Phénix se consume et devient
cendre, mais de ces cendres renait la vie ; c'est grace & cette Pierre que
le Phénix accompli sa mue pour reparaitre ensuite dans tout son éclat,
aussi beau que jamais (4). Sur le plan des principes cosmiques, la des-
cente de la colombe s“apparente ainsi & la descente de la Perle Blanche
sur I’Hyacinthe Rouge selon la formule dune prigre d'Tbn Arabi, ce
20qui signifie que la Matiére Primordiale, poussiére impalpable des
cendres du Phénix consumé, renait en permanence sous I'action de
Mintellect Divin,
3. La lance et le livre
La correspondance entre Ia lance et le livre apparait plus claire-
ment si l'on se rappelle que le Graal est & la fois un vase (grasale)
marqué par un ange ou un livre (gradale) comportant une inscription
faite par le Christ.
La Plume ou le Calame et la Table Gardée représentent en Islam
T'ntellect Premier et l’Ame Universelle. La premiere chose que Dieu
créa est le Calame ; Il créa la Table Gardée et dit au Calame : Ecris!
Celui-ci répondit : Qu’écrirai-je ? Dieu lui dit : Eeris ma science de ma
création jusqu’au jour de la résurrection, Alors le Calame traga ce qui
Jui était ordonné (4). Selon le principe métaphysique de la seience des
lettres, univers est symbolisé par un livre ouvert. Il y a évidemment
un lien étroit entre le Livre du Monde, le Livre de Vie apocalyptique et
I'Arbre de Vie dont les feuilles et les caracttres représentent tous les
tres de Punivers. Les caractéres de ce livre sont écrits simultanément
par Ie Calame Supréme car ces lettres transcendantes sont les essences
étemelles ou les idées divines. Ces lettres transcendantes aprés avoir
été congues par I'Intellect Premier, sont produites par le souffle divin et
descendent pour composer le monde manifesté (1). Selon la Science
des Lettres, le monde a été créé non par la lettre alif (formé dun trait
vertical), mais par la lettre ba (formé dun point surmontant une coupe)
car le monde manifesté n’a pu étre formé qu’a partir de la dualité, Alif
est une lettre polaire rappelant a direction de l'axe divin. Sa pointe
supérieure, qui est Ie secret des secrets se refléte dans le point du ba. Ce
point est l’instrament du commandement divin, centre du cercle qui
délimite I’Existence Universelle (4). Bien que les symboles soient de
nature et de portée différentes, la lance de Longin transpergant le cur
du Christ s‘identifie alors dans son principe & la pointe de l’alif trans-
pergant les degrés et permettant au point du ba de laisser souffler
intellect Premier sur le Monde.