ORCHESTRE ET CHŒUR
DU THEATRE DE
LA SCALA DE MILAN
RICCARDO CHAILLY | DIRECTION
ALBERTO MALAZZI | CHEF DE CHŒUR
12 SEPTEMBRE 2023
Photo © Alexis Armanet
2 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Sinfonia, « Gli arredi festivi », « Va’, pensiero, sull’ali dorate », extraits de Nabucco
« Gerusalem », « O Signore, dal tetto natìo », extraits de I Lombardi alla prima Crociata
Prélude, « Si ridesti il Leon di Castiglia », extraits d’Ernani
Ballet final (acte III, tableau 2), « Spuntato ecco il dì d’esultanza », extraits de Don Carlo
Entracte
Prélude, « Che faceste? Dite su!... S’allontanarono! »,
« Patria oppressa! Il dolce nome », extraits de Macbeth
Prélude, « Vedi le fosche notturne spoglie », extraits d’Il Trovatore
Sinfonia, « Nella guerra è la follia », extraits de La Forza del destino
« Gloria all’Egitto, ad Iside », extrait d’Aida
Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
Riccardo Chailly | direction
Alberto Malazzi | chef de chœur
1re partie : environ 40 mn | Entracte 20 mn | 2e partie : environ 40 mn
Coproduction Théâtre des Champs-Elysées | Théâtre de la Scala de Milan
Diptyque, partenaire du Théâtre des Champs-Elysées
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Le chœur des peuples
Vincent Borel
Le culte romantique du génie (Mozart, Dante, Benvenuto Cellini) est au cœur
de la culture européenne du XIXe siècle. Il coïncide avec la construction de
nouvelles nations (Ukraine, Italie, Roumanie, Irlande, etc.) en lutte contre
l’absolutisme des empires. Ces révolutions ont nécessité de grandes figures à
même d’exalter la fibre patriotique, les mythes fondateurs s’édifiant en partie
grâce à la musique, aux arts et à la littérature. Le cas de Verdi est à cet égard
exemplaire, lui dont le patronyme devint l’acronyme même du Risorgimento
(Vittorio Emanuele Re d’Italia). La puissance émotionnelle de ses chœurs a
porté la longue marche des peuples italiens appelés à ne faire qu’un.
L’aspiration à la liberté
Le compositeur naît en 1813 avec la vague idéaliste qui submergeait l’Europe à
la suite de l’épopée napoléonienne. Le jeune Verdi, en quête de notoriété et
désireux de sortir de son Busenello natal, se dirigea vers Milan où il connut un
premier succès (Oberto) et un cuisant échec (Un giorno di regno). Bartolomeo
Merelli, le puissant directeur de la Scala, le convainc alors de mettre en musique
Nabucco, un livret de Temistocle Solera tout juste refusé par le compositeur
Otto Nicolai. L’imagination de Verdi s’enflamme à l’évocation des deux peuples
opposés, les Hébreux et les Assyriens. Le rideau se lève sur le massif « Gli arredi
festivi », scène chorale dans la lignée des vastes fresques bibliques comme
Mosè in Egitto de Rossini (1818) ou Il diluvio universale de Donizetti (1830).
Le 9 mars 1842, lorsque résonnent les derniers accords de l’opéra, le triomphe
est immense. La situation des Juifs victimes de l’arbitraire assyrien trouve un vif
écho auprès du public sous la botte austro-hongroise. Cependant le chœur qui
enflamma la patriotisme milanais ne fus pas le « Va, pensiero, sull’ali dorate »,
mais le chœur du quatrième acte, « Immenso Jehovah ». Le célébrissime chœur
des captifs n’est devenu l’hymne informel du Risorgimento qu’à partir des années 1860.
Après ce succès retentissant, Verdi choisit un autre sujet-miroir, I Lombardi alla
prima Crociata, également sur un livret de Temistocle Solera. La libération de
Jérusalem par les Croisés résonne avec la grandissante colère antiautrichienne.
Le 11 février 1843, moins d’un an après Nabucco, I Lombardi met un peu plus la
Scala en ébullition. Le chœur « Gerusalem » semble une liturgie du temps de
Saint Ambroise soutenue par une puissante assise de violoncelles et de cuivres.
4 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
« Signore, dal tetto natio » fit l’objet de nombreux rappels et devint vite un
hymne de résistance. Avec ce quatrième ouvrage, Verdi accéda également à la
notoriété internationale, I Lombardi étant monté à New York et Paris en 1847.
Mettre le feu aux poudres
Après ses succès milanais, Verdi cherche à conquérir Venise, la ville historique
de l’opéra. Victor Hugo avait fait date avec Hernani créé pendant l’année
révolutionnaire 1830. Le comte Mocenigo, directeur de la Fenice, lui propose
d’en faire un opéra. Le compositeur trouve dans ce sombre drame des
archétypes appelés à revenir souvent sous sa plume, comme celui du hors-la-loi
et du banni (les futurs Manrico du Trouvère et Rodrigo dans Don Carlo), ou celui
du puissant méditant sur le pouvoir, le Charles Quint d’Ernani anticipant Philippe II
et Simon Boccanegra. Tiré de l’opéra éponyme, « Viva Simon » acclame avec
ferveur l’entrée du premier doge de la république génoise.
Le Hernani hugolien garantit aussi d’efficaces conflits théâtraux. Les intrigues
débouchent, à l’acte III, sur un chœur de conspirateurs, « Si ridesti il Leon di
Castiglia ». En écrivant ce chant de combat, le librettiste, Francesco Maria Piave,
s’inquiéta de l’attitude de la censure. Comment allait-elle interpréter des vers
tels « Siamo tutti una sola famiglia », ou « Sarà Iberia feconda d’eroi ? » Mais les
fonctionnaires Habsbourg, d’abord soucieux des bonnes mœurs, laissèrent
passer. Les rythmes et les paroles furent aussitôt récupérés par les patriotes.
Après Nabucco et I Lombardi, Ernani fut le comburant de la fougue nationale.
Grandeur et contraintes du grand opéra
Durant la célèbre scène d’ouverture du film Senso (1954) de Visconti, ce n’est
cependant pas Ernani qui est utilisé pour le tumulte d’une Fenice en plein
Risorgimento, mais l’exalté « All’armi all’armi » du Trovatore (final du troisième
acte). L’opéra peut effectivement s’avérer un média dangereux. Le mercredi
25 août 1830, au Théâtre royal de la Monnaie, La Muette de Portici avait
déclenché des émeutes contre le pouvoir hollandais, prélude à l’indépendance
de la Belgique.
Mais de tels spectacles, qui avaient le pouvoir d’exciter les foules, n’en restaient
pas moins aux mains des élites soucieuses de leur bon plaisir. L’Opéra de Paris
pratiqua ainsi, au XIXe siècle, avec le genre du « grand opéra » inauguré par
Robert le Diable de Meyerbeer (1831) un véritable absolutisme du divertissement.
Verdi n’y échappa pas. Salle Le Peletier, I Lombardi devint Jérusalem, chanté en
français et pourvu d’un ballet, un prérequis obligatoire pour être joué à Paris.
C’était là un héritage de l’Ancien Régime. Les snobs et le Jockey Club devaient
pouvoir contempler les exploits de leurs maîtresses ballerines. Tout compositeur
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avait à se plier aux règles d’un spectacle qui devait comprendre une intrigue
médiévale ou antique, des chœurs, des décors somptueux et un maximum
d’effets spéciaux. Don Carlos (1867) relève de cette esthétique, avec son
autodafé sur le parvis de la cathédrale de Valladolid, au deuxième tableau de
l’acte III. Don Carlos comprenait également un ballet, La Peregrina. Il fut coupé
avant les premières représentations car sa longueur risquait de faire rater leur
train aux auditeurs habitant la banlieue.
Dix ans auparavant, Le Trouvère adapté pour Paris avait également été affublé
d’un ballet. Il n’est plus joué mais le chœur des gitans armés d’enclumes comme
les Nibelungen de Rheingold, continue de faire son petit effet.
Opéra géopolitique, Aïda fut créé au Caire, la veille de Noël 1871, pour marquer
la stratégique ouverture du Canal de Suez. Les décors et les costumes de
l’égyptologue Auguste-Edouard Mariette, la marche du triomphe, les danses
issues de la tradition du grand opéra français, la virtuosité des cuivres et les
chœurs grandioses (« Gloria all’Egitto ») ont contribué à lancer la carrière de
l’œuvre phare du répertoire verdien.
La force d’un destin
L’ouverture de La Forza del destino (Saint-Pétersbourg 1862), reste, avec celles
de Rigoletto et de Traviata, la plus connue de Verdi. Trois accords à l’unisson suivis
d’une formule orchestrale nerveuse illustrent la force du malheur qui va infiltrer
la tragédie. La même formule est reprise durant la prière de Leonora implorant
la paix, juste avant la catastrophe finale. Entre temps l’esprit guerrier se teinte,
durant « Nella guerra è la folia », d’un spectaculaire de bon aloi conçu pour plaire
au tsar. Situé au troisième acte, c’est un monumental tableau où interviennent
des tziganes, des vivandières, un colporteur juif et des soldats avinés. Il est
couronné par le chœur « Rataplan », lequel a tout d’un tube destiné à être bissé.
Si les ballets des opéras de Verdi semblent parfois des greffes que les contraintes
socio-économiques rendaient obligatoires, le sabbat des sorcières de Macbeth
(Florence, 1847) s’intègre intimement à l’action. Dantesque et fuligineux, il contribue
à la couleur générale d’une partition remaniée à de nombreuses reprises.
L’adaptation de la tragédie shakespearienne recèle, en ouverture du quatrième
acte, un chef-d’œuvre, le chœur des proscrits écossais, « Patria oppressa », qui
semble être le lugubre jumeau de Nabucco. Il était sans doute trop sombre pour
les 300 000 personnes accompagnant le catafalque de Verdi lors de ses
funérailles en janvier 1901. La foule entonna le « Va pensiero », honorant ainsi le
grand artiste qui avait su transformer sa détresse en victoire. Viva Verdi.
6 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
Riccardo Chailly
© brescia/amisano | teatro alla scala
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Riccardo Chailly
direction
Originaire de Milan, Riccardo Chailly A l’opéra, on a pu le voir en fosse de
débute ses études muciales aux toutes les grandes maisons : La Scala
conservatoires de Pérouges, Rome et bien évidemment, mais aussi le
Milan, avant de terminer son cursus à Metropolitan Opera de New York,
l’Accademia Chigiana de Sienne auprès l’Opéra de Chicago, l’Opéra de San
de Francesco Ferrara. Francisco, Covent Garden, la
Bayerische Staatsoper, l’Opéra de
En 1980, il est nommé directeur musical Vienne et l’Opéra de Zurich. Il dirige
du Berlin Radio Symphony Orchestra, régulièrement aux festivals de
poste qu’il occupe jusqu’en 1988. Cette Salzbourg, Lucerne et aux Prom’s.
même année, il devient chef principal
de l’Orchestre du Concertgebouw Depuis plus de trente ans, Riccardo
d’Amsterdam, où il restera durant 16 Chailly enregistre en exclusivité pour
ans. Durant cette période, il est Decca. En 2018 est paru un coffret de 55
parallèlement directeur musical du CDs célébrant les 40 ans de leur
Théâtre de Bologne et de l’Orchestre partenariat. Dans cette discographie
Symphonique Giuseppe Verdi de Milan. riche de plus de 150 titres abondamment
récompensés, retenons notamment les
De 2005 à 2016, il a aussi été symphonies de Brahms et le Diapason
Kapellmeister de l’Orchestre du d’Or obtenu en 2020 pour ses
Gewandhaus de Leipzig. Cette même enregistrements avec l’Orchestre du
année, il succède à Claudio Abbado au Festival de Lucerne. En février dernier
poste de directeur musical de est paru l’album Verdi Choruses, à
l’Orchestre du Festival de Lucerne. l’occasion de son 70e anniversaire.
Depuis 2015, il est directeur musical de
La Scala et chef principal de l’Orchestre Il est Grand Officier de la République
Philharmonique de La Scala. d’Italie et membre de la Royal Academy
of Music de Londres. En 1998 il a été fait
Riccardo Chailly est l’invité régulier de Grand Croix de la République d’Italie,
toutes les grandes formations de par le ainsi que Chevalier de l’Ordre du Lion
monde : Wiener Philharmoniker, Berliner des Pays-Bas. En 2011, il a été fait
Philharmoniker, Orchestre Symphonique Officier des Arts et Lettres par Frédéric
de la Radio Bavaroise, London Symphony Mitterrand.
Orchestra, Orchestre de Paris. Aux Etats-
Unis, citons le New York Philharmonic,
l’Orchestre de Cleveland, l’Orchestre de
Philadelphie et l’Orchestre Symphonique
de Chicago.
8 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
Alberto Malazzi
chef de chœur
Alberto Malazzi
© brescia/amisano | teatro alla scala
Diplômé du Conservatoire de Milan en l’académie d’été du Mozarteum de
piano (classe de Mirina Longato) et en Salzbourg. Il a aussi enseigné la
composition, Alberto Malazzi travaille direction de chœur au Pontificio
depuis ses débuts de façon régulière Istituto Ambrosiano di Musica sacra de
auprès des théâtres et festivals Milan et est actuellement professeur de
internationaux, comme le Festival technique de direction de chœur à
Rossini et KlangBogen Wien. En tant l’Académie du Théâtre de la Scala.
que pianiste, il a participé à de très En 2016 et 2018, il a été chef de chœur à
nombreux concours et masterclasses l’Accademia Teatro alla Scala. Depuis
avec des artistes d’envergure comme 2011, il collabore avec Radio France en
Petre Munteanu, Regina Resnik, tant que chef invité. En 2018, il a été
Antonio Spruzzola, Alberto Zedda ou chef de chœur invité à l’Opéra de
Luciana Serra. On lui doit aussi de Gothenburg. De 2019 à 2021 il a été chef
nombreux enregistrements en soliste. de chœur au Teatro Comunale de
De 2002 à 2014, il est professeur Bologne. Il occupe ces mêmes fonctions
assistant d’Alessandra Althoff à à la Scala depuis septembre 2021.
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Orchestre et Chœur du Théâtre de La Scala de Milan
Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
© brescia/amisano | teatro alla scala
Orchestre Chœur
En 1854 Alberto Mazzuccato inaugure la Au Chœur du Théâtre de la Scala sont
prestigieuse dynastie des chefs d’orchestre associés prestige et qualité artistique,
de La Scala, dont Franco Faccio, Leopoldo aussi bien en Italie qu’à l’étranger. Ce
Mugnone, Edoardo Mascheroni ou Arturo niveau d’excellence est le fruit d’un
Toscanini. Franco Faccio a eu l’honneur travail patient et minutieux réalisé au
de diriger la première d’Otello en 1887, fil des saisons par des chefs de chœur
Edoardo Mascheroni celle de Falstaff en d’une grande sensibilité, parmi lesquels
1893, alors que Toscanini fait passer La Vittore Veneziani, appelé par Toscanini
Scala de théâtre privé en régie autonome dans l’immédiat après-guerre, Norberto
à compter de la saison 1921-1922. Le Mola, Roberto Benaglio (véritable
prestige international de l’orchestre ingiénieur du son dans les années 60),
n’a cessé de croître grâce à la présence Romano Gandolfi avec Claudio Abbado.
constante de grands chefs comme Plus récemment, citons Giulio Bertola,
Toscanini, Victor de Sabata, Wilhelm qui a su mettre sur un pied d’égalité les
Furtwängler, Herbert von Karajan, Guido répertoires symphonique et opératique.
Cantelli, Leonard Bernstein, Gianandrea Dans les années 1990, Roberto Gabbiani
Gavazzeni, Carlo Maria Giulini, Carlos consolide le répertoire contemporain
Kleiber, Claudio Abbado, Riccardo Muti, (Dallapiccola, Petrassi, Penderecki) et
Daniel Barenboim, Riccardo Chailly. les pages plus anciennes (Gesualdo),
Composé de 135 musiciens, l’orchestre, tout comme les œuvres de Strauss.
l’un des tout meilleurs au monde pour les Avec Bruno Casoni, véritable expert des
productions d’opéra, jouit également d’une voix, le chœur acquiert un son unique,
réputation internationale pour son activité puissant et émouvant. Alberto Malazzi a
purement symphonique. pris sa succession depuis 2021. Bien que
Sa caractéristique principale est sa le chœur se produise principalement à
capacité à offrir un son unique, à la fois l’opéra, sa flexibilité lui permet d’aborder
uniforme et complexe, d’une rondeur le répertoire symphonique ou la musique
généreuse typique qui se transmet de de chambre de toutes les époques, qu’il
génération en génération. défend dans le monde entier.
10 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
Giuseppe Verdi (1813-1901)
« Gli arredi festivi »,
extrait de Nabucco
Gli arredi festivi giù cadano infranti, Que les ornements sacrés tombent brisés,
il popol di Giuda di lutto s’ammanti! Que le peuple de Juda prenne le deuil !
Ministro dell’ira del Nume sdegnato Ministre de la colère de Dieu méprisé,
il Rege d’Assiria su noi già piombò! Le Roi d’Assyrie fond désormais sur nous !
Di barbare schiere l’atroce ululato L’atroce hurlement des hordes barbares
nel santo delubro del Nume tuonò! A résonné dans le saint temple de Dieu !
I candidi veli, fanciulle, squarciate, Déchirez vos blancs voiles, jeunes filles,
le supplici braccia gridando levate; Levez en gémissant vos bras suppliants ;
d’un labbro innocente la viva preghiera La fervente prière de lèvres innocentes
è grato profumo che sale al Signor. Monte vers le Seigneur comme un agréable
[parfum.
Pregate, fanciulle!... Per voi della fiera Priez, jeunes filles ! Grâce à vous, que la fureur
nemica falange sia nullo il furor! De la cruelle armée ennemie soit vaine.
Gran Nume, che voli sull’ale dei venti, Grand Dieu, qui voles sur les ailes du vent,
che il folgor sprigioni dai nembi frementi, Qui fais sortir la foudre des nuages frémissants,
disperdi, distruggi d’Assiria le schiere, Disperse, détruis les troupes assyriennes,
di David la figlia ritorna al gioir. Que la fille de David retrouve l’allégresse.
Peccammo! Ma in cielo le nostre preghiere Nous avous péché ! Mais que nos prières au ciel
ottengano pietade, perdono al fallir! Obtiennent la miséricorde et le pardon de ta faute.
Deh! l’empio non gridi con baldo blasfema: Hélas ! Que l’impie ne crie plus cet insolent
[blasphème :
«Il Dio d’Israello si cela per tema?» « Le Dieu d’Israël se cachet-t-il parce qu’il a peur ? »
Non far che i Tuoi figli vengano preda Ne laisse pas tes fils devenir la proie
d’un folle che sprezza l’eterno poter! D’un insensé qui méprise le pouvoir éternel !
Non far che sul trono davidico sieda Ne laisse pas s’asseoir sur le trône de David
fra gl’idoli stolti l’assiro stranier! Cet étranger assyrien, parmi ses sottes idoles !
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« Va’, pensiero, sull’ali dorate »,
extrait de Nabucco
Va’, pensiero, sull’ali dorate; Va, pensée, sur tes ailes dorées ;
Va’, ti posa sui clivi, sui colli, Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,
Ove olezzano tepide e molli Où embaument, tièdes et suaves,
L’aure dolci del suolo natal! Les douces brises du sol natal !
Del Giordano le rive saluta, Salue les rives du Jourdain,
Di Sionne le torri atterrate... Les tours abattues de Sion...
Oh mia patria sì bella e perduta! Ô ma patrie si belle et perdue !
Oh membranza sì cara e fatal! Ô souvenir si cher et funeste !
Arpa d’or dei fatidici vati, Harpe d’or des devins fatidiques,
Perché muta dal salice pendi? Pourquoi, muette, pends-tu au saule ?
Le memorie nel petto riaccendi, Rallume les souvenirs dans le cœur,
Ci favella del tempo che fu! Parle-nous du temps passé !
O simile di Solima ai fati Semblable au destin de Solime,
Traggi un suono di crudo lamento, Joue le son d’une cruelle lamentation
O t’ispiri il Signore un concento Ou bien que le Seigneur t’inspire une harmonie
Che ne infonda al patire virtù! Qui nous donne le courage de supporter nos
[souffrances !
« Gerusalem »,
extrait de I Lombardi alla prima crociata
Gerusalem... Gerusalem... la grande, Jérusalem ! Jérusalem ! la grande ville,
La promessa città! la cité promise !
Ho sangue bene sparso... le ghirlande Ô sang versé pour une bonne cause ;
D’Iddio s’apprestan già! les guirlandes divines se préparent déjà !
12 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
« O Signore, dal tetto natio »,
extrait de I Lombardi alla prima crociata
O Signore, dal tetto natio O Seigneur, tu nous a appelés
Ci chiamasti con santa promessa, de notre pays natal avec une promesse sacrée;
Noi siam corsi all’invito d’un pio, c’est avec joie que, à la voix d’un saint homme,
Giubilando per l’aspro sentier. nous avons parcouru le rude sentier.
Ma la fronte avvilita e dimessa Mais tes serviteurs, naguère hardis
Hanno i servi già baldi e valenti! et courageux, sont découragés et humiliés!
Deh! non far che ludibrio alle genti De grâce, ne permets pas, ô Christ,
Sieno, Cristo, i tuoi fidi guerrier! que tes fidèles guerriers deviennent la risée
[du monde.
O fresc’aure volanti sui vaghi Ô frais zéphyrs qui, dans les prés,
Ruscelletti dei prati lombardi! caressent les ondes des ruisselets lombards !
Fonti eterne! purissimi laghi!... Sources éternelles ! Lacs limpides !
O vigneti indorati dal sol! Ô vignobles dorés par le soleil !
Dono infausto, crudele è la mente Quel don funeste que cette mémoire cruelle
Che vi pinge sì veri agli sguardi, qui vous fait vivre avec tant de vérité devant
[nos regards
Ed al labbro più dura e cocente et qui rend plus pénible et plus cuisant à nos lèvres
Fa la sabbia d’un arido suol!... le sable de ce sol desséché !...
« Si ridesti il Leon di Castiglia »,
extrait d’Ernani
Si ridesti il Leon di Castiglia Que s’éveille le Lion de Castille,
e d’Iberia ogni monte, ogni lito que tous les sommets, toutes les rives d’Ibérie
eco formi al tremendo ruggito, résonnent de ses affreux rugissements
come un dì contro i Mori oppressor. comme lorsque, autrefois, contre l’ oppresseur maure,
Siamo tutti una sola famiglia, nous formions à nous tous une seule famille !
pugnerem colle braccia, co’ petti; Nous lutterons avec nos bras, avec notre poitrine.
schiavi inulti più a lungo e negletti Plus jamais nous ne serons d’inutiles esclaves
[et oubliés
non sarem finché vita abbia il cor. tant que la vie habitera notre cœur !
Morte colga o n’arrida vittoria, La mort nous attend, ou la victoire nous sourira,
pugnerem, ed il sangue de’ spenti nous combattrons... Et le sang des vaincus
nuovo ardir ai figliuoli viventi donnera au cœur de leurs fils un feu nouveau,
forze nuove al pugnare darà. donnera à leurs armes une force neuve.
Sorga alfine radiante di gloria, Enfin surgira au dessus de nous, radieux,
sorga un giomo a brillare su noi... un jour de gloire resplendissant,
sarà Iberia feconda d’eroi, l’Ibérie sera féconde de héros,
dal servaggio redenta sarà. et connaîtra la fin de sa servitude.
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« Spuntato ecco il dì d’esultanza »,
extrait de Don Carlo
Spuntato ecco il dì d’esultanza, Le jour de liesse est enfin arrivé,
onore, onor al più grande dei Regi! gloire, gloire au plus grand des rois !
In esso hanno i popol fidanza, Le peuple met en lui toute sa confiance,
il mondo è prostrato al suo piè! le monde se prosterne à ses pieds !
Il nostro amor ovunque l’accompagna, Notre amour l’accompagne partout,
e questo amor giammai non scemerà, et cet amour ne faiblira jamais,
giammai, giammai, no. non, jamais, jamais.
il nome suo è l’orgoglio della Spagna Son nom est l’orgueil de l’Espagne,
e viver deve nell’eternità. et il survivra pour l’éternité.
« Che faceste? Dite su!... S’allontanarono! »,
extrait de Macbeth
Che faceste? dite su! Qu’avez-vous fait? Allons, dites !
Ho sgozzato un verro. E tu? Que fais-tu là ? Dis-le moi !
M’è frullata nel pensier J’ai trotté dans la tête
La mogliera di un nocchier: de la femme d’un marin
Al dimon la mi cacciò... Elle m’a envoyée au diable...
Ma lo sposo che salpò Mais son mari qui est parti en mer
Col suo legno affogherò. Coulera avec son bateau.
S’allontanarono. N’accozzeremo Ils se sont éloignés. Nous nous réunirons
quando di fulmini. Lo scroscio udremo. Quand nous entendrons le bruit des éclairs.
S’allontanarono. Fuggiam!... S’attenda Ils sont partis. Fuyons !... Que l’on veille à ce
le sorti a compiere. Nella tregenda. Que les sorts s’accomplissent au cours du sabat.
Macbetto riedere. Vedrem colà, Nous verrons Macbeth revenir ici...
e il nostro oracolo. Gli parlerà. et notre oracle lui parlera...
14 Orchestre et Chœur du Théâtre de la Scala de Milan
« Patria oppressa! Il dolce nome »,
extrait de Macbeth
Patria oppressa! Il dolce nome Patrie opprimée ! Non tu peux
no, di madre aver non puoi, avoir le doux nom de mère
or che tutta a’ figli tuoi maintenant que pour tes enfants
sei conversa in un avel! tu es transformée en un tombeau.
D’orfanelli e di piangenti Au lever du soleil
chi lo sposo e chi la prole, Des cris d’orphelins ou de victimes
al venir del nuovo sole pleurant qui un époux, qui un enfant,
s’alza un grido e fere il ciel. montent vers le ciel et le blessent.
A quel grido il ciel risponde A ce cri le ciel répond
quasi voglia impietosito Comme s’il voulait par pitié
propagar per l’infinito, propager à l’infini ta douleur.
patria oppressa, il tuo dolor. Patrie opprimée
Suona a morto ognor la squilla, Le glas sonne toujours pour la mort
ma nessuno audace è tanto mais personne n’a l’audace nécessaire
che pur doni un vano pianto pour verser aussi de vaines larmes
a chi soffre ed a chi muor. pour celui qui souffre et qui meurt.
« Vedi, le fosche notturne spoglie »,
extrait d’Il Trovatore
Vedi! Le fosche notturne spoglie Vois ! L’immense voûte du ciel
De’ cieli sveste l’immensa volta; se démet des sombres dépouilles de la nuit;
Sembra una vedova che alfin si toglie Elle ressemble à une veuve qui enfin abandonne
I bruni panni ond’era involta. les vêtements noirs dont elle était enveloppée.
All’opra! all’opra! A l’ouvrage ! A l’ouvrage !
Dàgli, martella. Frappe du marteau.
Chi del gitano i giorni abbella? Qui embellit les jours du gitan ?
La zingarella! La bohémienne !
Versami un tratto; lena e coraggio Verse-moi à boire ; le corps et l’âme
Il corpo e l’anima traggon dal bere. Tirent entrain et courage de la boisson.
Oh guarda, guarda! del sole un raggio O ! Regarde, un rayon de soleil
Brilla più vivido nel mio/tuo bicchiere! Brille plus vif dans mon/ton verre !
All’opra! all’opra! A l’ouvrage ! A l’ouvrage !
Dàgli, martella. Frappe du marteau.
Chi del gitano i giorni abbella? Qui embellit les jours du gitan ?
La zingarella! La bohémienne !
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« Nella guerra è a follia »,
extrait de La Forza del destino
Nella guerra è la follia En temps de guerre, c’est la folie
Che dee il campo rallegrar; qui doit égayer le camp ;
Viva, viva la pazzia vive, vive la démence,
Che qui sola ha da regnar! qui doit régner seule ici !
« Gloria all’Egitto, ad Iside »,
extrait de Aida
Gloria all’Egitto, ad Iside Gloire à l’Egypte et à Isis,
Che il sacro suol protegge; Protectrice de la terre sacrée.
Al Re che il Delta regge Au Roi qui règne sur le delta,
Inni festosi alziam, ecc. Nous chantons des hymnes joyeux ! etc.
S’intrecci il loto al lauro Tressons le lotus et le laurier
Sul crin dei vincitori; En couronnes pour les vainqueurs,
Nembo gentil di fiori Qu’un léger nuage de fleurs
Stenda sull’armi un vel. Couvre l’acier de leurs armes.
Danziam, fanciulle egizie, Dansons, jeunes Égyptiennes,
Le mistiche carole, Les danses mystiques ;
Come d’intorno al sole Comme, autour du soleil,
Danzano gli astri in ciel! Dansent les étoiles dans le ciel.
Della vittoria agli arbitri Levez les yeux vers les dieux
Supremi il guardo ergete; Arbitres de la victoire,
Grazie agli dei rendete Remerciez les dieux
Nel fortunato dì, ecc. En ce jour heureux, etc.