Cours de Physique Atomique et Moléculaire
Cours de Physique Atomique et Moléculaire
Pascal Parneix 1
Institut des Sciences Moléculaires d’Orsay
Bât 520, Université Paris-Sud
91405 Orsay Cedex
1. e-mail : [email protected]
2
Table des matières
10 Annexes 165
10.1 Annexe 1 : Démonstration de la règle L+S pair pour (nl)2 . . . . . . . . . . . . . . . . 165
10.2 Annexe 2 : Terme diamagnétique dans le niveau 1 S0 de la configuration (1s)(ns) de l’hélium167
10.2.1 n=1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
10.2.2 n>1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
10.3 Annexe 3 : Calcul du facteur de Landé pour un niveau atomique J=0 . . . . . . . . . 170
10.4 Annexe 4 : Résonance magnétique pour un système à 2 niveaux . . . . . . . . . . . . . 171
10.4.1 Équation de Schrodinger dépendante du temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
10.4.2 Matrice densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
10.5 Annexe 5 : Au-delà de l’approximation dipolaire électrique . . . . . . . . . . . . . . . . 177
10.6 Annexe 6 : Forces de transition E1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
10.6.1 P ((J, M ) → (J ′ , M ′ )) = P ((J, −M ) → (J ′ , −M ′ )) . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
10.6.2 Règle de non polarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
10.6.3 Somme des forces de transition impliquant un état | J, M i . . . . . . . . . . . . 180
10.6.4 Application à une transition E1 entre J=1 et J’=2 . . . . . . . . . . . . . . . . 181
10.7 Annexe 7 : Couplage rotation-vibration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
Chapitre 1
Dans ce premier chapitre, nous allons traiter du système atomique le plus simple composé d’un
noyau, de numéro atomique Z, et d’un seul électron. Ce systême binaire, à symétrie sphérique, sera
le point de départ pour aborder dans les chapitres suivants le problème d’un système atomique ou
moléculaire à plusiers électrons.
p2r
H(r, pr ) = + Veff (r) (1.1)
2µ
avec µ la masse réduite du système {noyau + électron}, pr = µṙ et Veff (r) le potentiel effectif défini
par :
~l2
Veff (r) = V (r) +
2µr 2
−e2 ~l2
= + (1.2)
4πǫ0 r 2µ r 2
où ~l, le moment cinétique du système binaire, est une constante du mouvement.
Comme la masse du noyau M est très grande devant celle de l’électron m (voir Table 1.1), la masse
réduite µ (= MM+m m
) est très proche de celle de l’électron et nous considèrerons par la suite µ = m.
Les trajectoires de l’électron sont dans un plan perpendiculaire au moment cinétique ~l. Dans le
cas d’un potentiel coulombien, les solutions sont analytiques et les trajectoires, dans le cas du système
lié, sont des ellipses. Pour certaines conditions initiales, les trajectoires peuvent être circulaires. Dans
le modèle planétaire de Bohr, une condition semi-classique est imposée sur le moment cinétique de
1
2 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
Table 1.1 – Quelques données utiles pour l’ensemble du cours. Les grandeurs physiques sont exprimées
dans le système international (SI). ∗ La constante de structure fine est sans dimension. Sa valeur est
approximativement égale à 1/137.
l’électron (l = n~ avec n un entier positif) et on trouve que le rayon des orbites circulaires satisfait à
la relation suivante :
rn = a0 n2 (1.3)
avec H l’opérateur hamiltonien du système et E l’énergie propre du système associée à l’état propre
| φi.
1. La constante de Rydberg est homogène à une énergie. Elle peut s’exprimer en nombre d’onde σ à partir de la
relation E = hcσ (voir Table 1.11 pour la conversion). On trouve R∞ =109737,31568539 cm−1 .
1.2. PETIT RAPPEL SUR LES MOMENTS CINÉTIQUES 3
Sans tenir compte des effets relativistes, l’hamiltonien peut s’écrire comme la somme des opérateurs
d’énergie cinétique T et potentielle V comme :
H = T +V
~p2
= +V
2m
~2
= − ∆+V (1.8)
2m
~ et la notation habituelle ∆ (=∇
en utilisant p~ = −i~∇ ~ 2 ) pour le Laplacien.
Du fait de la symétrie sphérique du problème, les coordonnées sphériques sont les coordonnées
naturelles pour expliciter le laplacien. Dans ce système de coordonnées, l’hamiltonien s’écrit mainte-
nant :
−~2 1 ∂ 2 ∂ 1 ∂ ∂ 1 ∂2
H= r + sin θ + + V (r) (1.9)
2m r 2 ∂r ∂r r 2 sin θ ∂θ ∂θ r 2 sin2 θ ∂ 2 ϕ
Ceci permet d’écrire l’hamiltonien du système en faisant apparaı̂tre l’opérateur ~l2 tel que :
" #
−~2 1 ∂ ∂ ~l2
2
H= r − 2 2 + V (r) (1.11)
2m r 2 ∂r ∂r ~ r
[lx , ly ] = i~ lz
[ly , lz ] = i~ lx (1.12)
[lz , lx ] = i~ ly
On en déduit que ~l2 (=lx2 + ly2 + lz2 ) commute avec lz . Les harmoniques sphériques Ylm (θ, ϕ) sont
fonctions propres des opérateurs ~l2 et lz telles que :
~l2 Yl,m (θ, ϕ) = l(l + 1) ~2 Yl,m (θ, ϕ) (1.13)
et,
La valeur de l prend des valeurs entières supérieures ou égales à zéro alors que la projection du moment
cinétique, notée m, prend des valeurs entières comprises entre −l et +l.
4 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
(−1)l+|m| |m|+l h i
2 |m|/2 ∂ 2 l
Pl,|m| (x) = (1 − x ) (1 − x ) (1.16)
2l l! ∂x|m|+l
On remarque que :
∗
Yl,−m (θ, ϕ) = (−1)m Yl,m (θ, ϕ) (1.17)
Z Z
∗
al,m = f (θ, ϕ) Yl,m (θ, ϕ) sin θdθ dϕ (1.22)
θ ϕ
On peut définir les opérateurs d’échelle l+ = lx + ily et l− = lx − ily . L’action de ces opérateurs sur
les états | l, mi est telle que :
p
l± | l, mi = l(l + 1) − m(m ± 1) | l, m ± 1i (1.23)
avec l+ | l, li = 0 et l− | l, −li = 0.
l m Ylm (θ, ϕ)
q
1
0 0 4π
q
3
1 0 4π cos θ
q
3
1 ±1 ∓ 8π sin θ e±iϕ
q
5
2 0 (3 cos2 θ − 1)
q 16π
15
2 ±1 ∓ sin θ cos θ e±iϕ
q8π
15
2 ±2 32π sin2 θ e±2iϕ
On peut analyser comment est modifiée une harmonique sphérique lorsque l’on transforme ~r en -~r.
On passe donc de (r, θ, ϕ) à (r, π − θ, π + ϕ). On obtient alors la relation suivante :
P | l, mi = (−1)l | l, mi (1.25)
Les propriétés de parité sont donc uniquement liées à la valeur de l. Si l est pair (respectivement
impair), | l, mi est un état propre de l’opérateur parité avec la valeur propre égale à +1 (respectivement
-1). Certaines harmoniques sphériques sont reportées dans la Table 1.2.
En utilisant les propriétés des harmoniques sphériques et en posant U (r) = r Rnl (r), la fonction radiale
U (r) est solution de l’équation différentielle suivante :
d2 U (r) 2m
+ 2 [E − Veff (r)] U (r) = 0 (1.27)
dr 2 ~
avec,
l(l + 1) ~2
Veff (r) = V (r) +
2m r 2
e2 l(l + 1) ~2
= − + (1.28)
4πǫ0 r 2m r 2
6 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
3/2
n l a0 × Rnl (r)
1 0 2e−r/a
0
2 0 √1 1 − 2ar 0 e−r/2a0
2
1 r
1 √ e−r/2a0
a0
2 6
2 2r 2r 2
3 0 √
3 3
1− 3a0 + 27a 2 e−r/3a0
0
8√ r 2
1 − r 2 e−r/3a0
27 6 a0 6a 0
4 r2
2 √
81 30 a 2 e−r/3a0
0
k hr k i/ak0
1
-3 n3 (l+1)(l+ 12 )l
1
-2 n3 (l+ 12 )
1
-1 n2
2
3n −l(l+1)
1 2
n (5n2 +1−3l(l+1))
2
2 5
avec L(x) les polynômes de Laguerre. Certaines fonctions radiales sont données dans la Table 1.3.
Le nombre quantique principal, noté n, est un entier ≥ 1. Le nombre quantique orbital, noté l, est
un entier positif ou nul inférieur ou égal à n − 1. Finalement le nombre quantique m, appelé le nombre
quantique magnétique, est un entier compris entre −l et +l.
À partir de l’expression de la fonction d’onde, nous pouvons en déduire la probabilité de présence
de l’électron entre les sphères de rayon r et r + dr, notée Pnl (r). On obtient :
Z Z
Pnl (r) = | φ(r, θ, ϕ) |2 r 2 dr sin θ dθ dϕ
θ ϕ
2 2
= r Rnl (r) dr (1.30)
À partir de cette dernière expression, on peut facilement en déduire les valeurs moyennes de r k ,
notées hr k i, pour un électron nl comme :
Z ∞
k
hr i = r k+2 Rnl
2
(r) dr (1.31)
0
1.3. PROPRIÉTÉS DES ÉTATS STATIONNAIRES DE L’ATOME D’HYDROGÈNE 7
Ces valeurs moyennes, tabulées en Table 1.4 pour différentes valeurs de k, nous seront souvent utiles
par la suite.
À ce stade, la notion de spin n’apparaı̂t pas car les effets relativistes n’ont pas été encore introduits.
Comme l’hamiltonien ne dépend pas des coordonnées de spin, que nous noterons σ par la suite, la
fonction d’onde du système pourra s’écrire comme le produit de la fonction d’onde orbitale φ(~r) par
une fonction d’onde de spin, notée χ(σ), état propre des opérateurs ~s2 et sz . En notation de Dirac,
ces états propres peuvent s’écrire sous la forme | s, ms i et satisfont aux relations suivantes :
et,
sz | s, ms i = ms ~ | s, ms i (1.33)
s correspond à la valeur du spin pour l’électron et est égal à 12 . La projection du spin suivant
un axe de quantification (Oz) vaut donc ms = ± 12 . Ces deux états de spin satisfont aux relations
d’orthonormalisation :
avec γ symbolisant le jeu des nombres quantiques (n, l, ml , ms ) de l’électron, α symbolisant le jeu des
nombres quantiques (n, l, ml ) et le symbole + et − pour la fonction de spin correspondant à un spin
up (ms = 1/2) et down (ms = −1/2).
Par la suite nous noterons α(i) ≡ χ+ (σi ) et β(i) ≡ χ− (σi ).
m e4
R∞ = (1.37)
8 ǫ20 h2
8 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
µ
Isotope m Rµ (cm−1 )
1H 0,999455679 109677,5833598589
2H 0,999727766 109707,4414568717
3H 0,999818494 109717,3977040492
µ
Table 1.5 – Rapport et constante de Rydberg Rµ pour les isotopes de l’hydrogène atomique.
m
Cette approximation sera d’autant plus justifiée que le noyau sera lourd. Si l’on tient compte de la
masse finie du noyau, un terme correctif apparaı̂t et on trouve simplement :
Rµ
En = −
n2
µ R∞
= − (1.38)
m n2
Les valeurs de Rµ sont reportées en Table 1.5 pour les trois isotopes de l’hydrogène.
On peut maintenant introduire la notion de couche qui sera entièrement définie par la valeur du
nombre quantique principal n. La nomenclature utilisée pour ces couches est la suivante : quand n=
1, 2, 3, 4, ... on parlera de couches K, L, M, N, ... Cette notion de couche est directement liée à la
structure radiale des fonctions d’onde. En effet, nous avons vu que la valeur moyenne hri des fonctions
d’onde électroniques dépendait quadratiquement du nombre quantique principal n.
On peut également définir la notion de sous-couche, caractérisée par les valeurs de n et l. On
parlera d’orbitales atomiques. Quand l= 0, 1, 2, 3, 4, ... on parlera d’orbitales s, p, d, f , g, ... 2 . Cette
nomenclature est résumée dans la Table 1.7.
2. exception pour l=7 qui se note k et non j
1.4. NIVEAU D’ÉNERGIE ET DÉGÉNÉRESCENCE 9
Énergie
(Hartree)
2
- Z18 3s 3p 3d
2
- Z8 2s 2p
2
- Z2 1s
Table 1.6 – Longueurs d’onde associées aux 5 premières transitions de la série de Balmer. Ces lon-
gueurs d’onde sont obtenues à partir de l’équation (1.40).
La première obervation expérimentale des niveaux d’énergie de l’atome d’hydrogène date de l’année
1885 quand Balmer a enregistré le premier spectre d’émission qui correspondait à l’émission de lumière
visible associée aux transitions des niveaux d’énergie excités n (≥ 3) vers n=2 (série de Balmer). Les
longueurs d’onde, notées λn , associées aux transitions de Balmer n → 2 sont données par :
hc 4n2
λn = × 2 (1.40)
R∞ n − 4
Les 5 premières transitions de la série de Balmer sont reportés dans la Table 1.6. Quelques années
plus tard, Lyman et Paschen ont observé d’autres séries qui correspondaient aux transitions de niveaux
excités vers n=1 et n=3, respectivement. Il est à noter que ces observations expérimentales sont
antérieures aux fondements de la mécanique quantique, l’équation de Schrödinger datant de 1926.
10 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
Table 1.7 – Notations pour les couches et sous-couches atomiques. gn et gnl correspondent à la
dégénérescence d’une couche n et d’une sous-couche nl, respectivement.
2 hT i = t hV i (1.43)
Dans notre cas, V (r) est proportionnelle à 1/r. Cette fonction énergie potentielle est donc une fonction
homogène de degré -1. On en déduit hT i = − 21 hV i. Comme E = hT i + hV i, on trouve :
hV i = 2 E (1.44)
Comme l’énergie d’un état stationnaire pour un ion hydrogénoı̈de est proportionnelle à Z 2 , on en
déduit que hV i ∝ Z 2 et donc que h1/ri ∝ Z.
Orbitale 1s
2
Z=1
Densite de probabilite
1,5 Z=2
Z=3
0,5
0
0 1 2 3 4 5
r/a0
4πǫ0 ~2
[ ]=L (1.45)
m2
ce qui correspond au rayon de Bohr a0 .
12 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
e2 2 m
[( ) × 2 ] = M.L2 .T −2 (1.46)
4πǫ0 ~
L’unité d’énergie dans le système d’unités atomiques, appelée Hartree, est donc égale au double
de la constante de Rydberg R∞ l’unité de longueur est directement le rayon de Bohr a0 .
Dans le système d’unités atomiques (ua), l’hamiltonien d’un atome hydrogénoı̈de s’écrit :
1~2 Z
H =− ∇ − (1.47)
2 r
Les énergies propres de ce système, exprimées en ua, s’écrivent :
Z2
En = − (1.48)
2n2
avec,
1 1 dV (r)
ξ(r) = 2 2
(1.50)
2m c r dr
Ce terme peut s’interpréter classiquement en remarquant qu’un électron, de charge −e, de masse m
~ ressent, dans son propre référentiel, un champ
et de vitesse ~v plongé dans un champ électrique E
~
magnétique B tel que :
~
~ = E ∧ ~v
B (1.51)
c2
~ = 1 dV (r)
Dans le cas d’un champ Coulombien purement radial, on a E er dr ~r. On obtient ainsi :
~ = 1 dV (r) ~r ∧ ~v
B
e r dr c2
1 dV (r) ~
= 2
l (1.52)
m e r c dr
Le terme de spin-orbite HSO peut donc être vu comme une interaction entre un moment magnétique
~
M et le champ magnétique B~ tel que :
1 ~ ~
HSO = − M. B
2
1 dV (r) ~ ~
= − 2
M.l (1.53)
2merc dr
Le facteur 1/2 dans cette dernière équation provient d’effets relativistes et a été mis en évidence par
Thomas. En identifiant les relations (1.49), (1.50) et (1.53), on trouve que le spin de l’électron crée un
moment magnétique M ~ tel que :
M~ = − e ~s
m
2µB
= − ~s (1.54)
~
e~
avec µB (= 2m ) le magnéton de Bohr dont la valeur est donnée dans la Table 1.1.
Dans le cas d’un atome hydrogénoı̈de, l’énergie potentielle d’interaction est coulombienne et s’écrit
−Ze2
simplement V (r) = . Nous obtenons ainsi :
4πǫ0 r
1 Z e2 ~l.~s
HSO = (1.55)
2m2 c2 4πǫ0 r 3
Règles de commutation
Les moments cinétiques orbital et de spin sont maintenant couplés entre eux. Analysons les règles
de commutation de cet opérateur avec les opérateurs de moment cinétique.
HSO ne commute pas avec ~l et ~s mais commute avec ~l2 et ~s2 . Les états | lml sms i ne sont plus
états propres de H0 + HSO . Par contre, le système restant isolé, on en déduit que HSO commute avec
le moment cinétique total du système ~j et donc avec ~j 2 et jz . Ainsi H0 + HSO commute avec ~l2 , ~s2 , ~j 2
et jz . Les états couplés | sljmj i sont états propres de l’hamiltonien H0 + HSO . La matrice associée à
cet hamiltonien sera ainsi diagonale dans cette base.
Considérons dans le cas général deux moments cinétiques ~j1 et ~j2 . Les états propres communs aux
opérateurs ~j12 , j1z , ~j22 et j2z sont notés | j1 j2 m1 m2 i ≡| j1 m1 i⊗ | j2 m2 i. On parle d’états non couplés.
On définit le moment cinétique total J~ = ~j1 + ~j2 . Les états propres communs à ~j22 , ~j12 , J~2 et Jz sont
notés | j1 j2 JM i. On parle d’états couplés. Ils s’expriment dans la base des états non couplés comme :
j1
X j2
X
| j1 j2 JM i = hj j m m2 | j1 j2 JM i | j1 j2 m1 m2 i (1.56)
| 1 2 1 {z }
m1 =−j1 m2 =−j2
C.G.
relation dans laquelle apparaissent les coefficients de Clebsch-Gordan, notés C.G.. Ces coefficients sont
non nuls uniquement quand M = m1 + m2 et quand J est compris entre | j1 − j2 | et j1 + j2 . On peut
de même exprimer les états non couplés dans la base d’états couplés par :
jX
1 +j2 J
X
| j1 j2 m1 m2 i = hj1 j2 JM | j1 j2 m1 m2 i | j1 j2 JM i (1.57)
J=|j1 −j2 | M =−J
14 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
j1 j2 m1 m2 J M hj1 j2 m1 m2 | JM i
1 1/2 1 1/2 3/2 3/2 1
p
1 1/2 1 -1/2 3/2 1/2 1/3
p
1 1/2 1 -1/2 1/2 1/2 2/3
p
1 1/2 0 1/2 3/2 1/2 2/3
p
1 1/2 0 -1/2 1/2 -1/2 1/3
p
1 1/2 0 1/2 1/2 1/2 - 1/3
p
1 1/2 0 -1/2 3/2 -1/2 2/3
p
1 1/2 -1 1/2 1/2 -1/2 - 2/3
p
1 1/2 -1 1/2 3/2 -1/2 1/3
1 1/2 -1 -1/2 3/2 -3/2 1
Table 1.8 – Coefficients de Clebsch-Gordan dans le cas d’un couplage entre les moments cinétiques
j1 =1 et j2 =1/2.
Les coefficients de Clebsch-Gordan satisfont quelques propriétés intéressantes qui nous seront utiles
par la suite :
— Relations d’orthogonalité :
X
hj1 j2 m1 m2 | JM ihj1 j2 m1 m2 | J ′ M ′ i = δJJ ′ δM M ′ (1.58)
m1 m2
et,
X
hj1 j2 m1 m2 | JM ihj1 j2 m′1 m′2 | JM i = δm1 m′1 δm2 m′2 (1.59)
JM
— Propriétés de symétrie :
hj1 j2 m1 m2 | j1 j2 JM i = (−1)j1 +j2 −J hj2 j1 m2 m1 | j1 j2 JM i (1.60)
et
hj1 j2 − m1 − m2 | j1 j2 JM i = (−1)j1 +j2 −J hj1 j2 m1 m2 | j1 j2 JM i (1.61)
Les coefficients de Clebsch-Gordan sont tabulés et sont obtenus à partir de relations de récurrence,
relations établies en appliquant les opérateurs J ± (=j1± + j2± ) sur la relation (1.56). On obtient :
∆± ∓
JM hj1 j2 m1 m2 | j1 j2 JM ± 1i = ∆j1 m1 hj1 j2 m1 ∓ 1m2 | j1 j2 JM i
+ ∆∓
j2 m2 hj1 j2 m1 m2 ∓ 1 | j1 j2 JM i (1.62)
p p
avec ∆± jm = j(j + 1) − m(m ± 1) et ∆∓ jm = j(j + 1) − m(m ∓ 1). Comme illustration, nous don-
nons en Table 1.8 l’ensemble des coefficients de Clebsch-Gordan dans le cas d’un couplage de j1 =1
avec j2 =1/2. !
j1 j2 J
Finalement, définissons les symboles 3j de Wigner, notés , à partir des coeffi-
m1 m2 M
cients de Clebsch-Gordan :
!
j1 j2 J (−1)j1 −j2 −M
= √ hj1 j2 m1 m2 | j1 j2 J − M i (1.63)
m1 m2 M 2J + 1
1.7. HAMILTONIEN DE STRUCTURE FINE 15
ce qui montre que les 3j sont invariants par permutation circulaire et,
! ! !
j1 j2 J j2 j1 J j2 J j1
= (−1)j1 +j2 +J = (1.66)
m1 m2 M m2 m1 M m2 M m1
et,
! !
j1 j2 J j1 j2 J
= (−1)j1 +j2 +J (1.67)
−m1 −m2 −M m1 m2 M
Les propriétés d’orthogonalité des coefficients de Clebsch-Gordan entraı̂ne les propriétés suivantes
pour les coefficients 3j telles que :
! !
XX j1 j2 J j1 j2 J ′ δJJ ′ δM M ′
′ = (1.68)
m m
m1 m2 M m1 m2 M 2J + 1
1 2
et,
! !
XX j1 j2 J j1 j2 J
(2J + 1) = δm1 m′1 δm2 m′2 (1.69)
m1 m2 M m′1 m′2 M
J M
Calculons maintenant les éléments de matrice de HSO dans la base couplée pour un électron dans
une orbitale atomique nl. Si l = 0 (orbitale s), le terme de spin-orbite sera nul d’après la structure de
l’hamiltonien HSO [voir équation (1.49)]. Analysons maintenant le cas l 6= 0. Les valeurs possibles de
j sont l ± 21 . Calculons l’énergie dans un état | sljmj i. Comme ~l.~s = 21 (~j 2 − ~l2 − ~s2 ), on en déduit :
E = (p2 c2 + m2 c4 )1/2
p2
= mc2 (1 + 2 2 )1/2 (1.75)
m c
1.7. HAMILTONIEN DE STRUCTURE FINE 17
Atomes 2p 3p 3d
H 1/48 1/162 1/810
He+ 1/3 8/81 8/405
Li2+ 27/16 1/2 1/10
Table 1.9 – ASO (n, l)/α2 (en Hartree) pour différentes orbitales et pour différents atomes hy-
drogénoı̈des.
p2 p4
E = mc2 + − (1.76)
2m 8m3 c2
Le troisième terme, noté HR , correspond à la correction de l’énergie à l’ordre le plus bas due à la
variation de la masse en fonction de la vitesse. Ce terme peut s’écrire :
p4
HR = −
8m3 c2
T2
= − (1.77)
2mc2
2
p
avec T (= 2m ) l’opérateur d’énergie cinétique égal à l’opérateur H0 − V . Ainsi, l’hamiltonien relativiste
peut s’écrire :
(H0 − V )2
HR = −
2mc2
H − 2H0 V + V 2
2
= − 0 (1.78)
2mc2
car H0 commute avec V . En utilisant la théorie des perturbations au premier ordre, la contribution à
l’énergie s’écrit :
1
∆ER = − hsljmj | (H02 − 2H0 V + V 2 | sljmj i
2mc2
1 1 1
= − 2
(En2 − 2En KZh i + K 2 Z 2 h 2 i) (1.79)
2mc r r
e2
avec K = 4πǫ0 . En utilisant les expressions de h 1r i et de h r12 i (voir Table 1.4), on obtient :
1 2 KZ 2 K 2Z 4
∆ER = − (E − 2En + )
2mc2 n a0 n 2 a20 n3 (l + 12 )
Z 2 α2 1 3
= ( 1 − ) En (1.80)
n l+ 2
4n
Pour l’orbitale 1s, on trouve ∆ER (1s) = 45 Z 2 α2 E1 . Pour les orbitales 2s et 2p, on trouve
∆ER (2s) = 13 2 2 7 2 2
16 Z α E2 et ∆ER (2p1/2 ) = ∆ER (2p3/2 ) = 48 Z α E2 .
18 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
~2
HD = ∆V
8m2 c2
~2
= × 4πZK δ(~r)
8m2 c2
Ze2 ~2
= δ(~r) (1.81)
8ǫ0 m2 c2
À partir des expressions des fonctions d’onde hydrogénoı̈des, on obtient à partir de la théorie des
perturbations au premier ordre :
Ze2 ~2
∆HD = | ϕnlm (0) |2
8ǫ0 m2 c2
Ze2 ~2 Z3
= × δl0 δm0
8ǫ0 m2 c2 πa30 n3
Z 2 α2 −Z 2 R∞
= − ×( ) δl0 δm0
n n2
Z 2 α2
= − × En δl0 δm0 (1.82)
n
Comme seules les orbitales s sont non nulles à l’origine (r=0), la contribution de Darwin sera nulle
pour les orbitales telles que l 6=0.
Il est intéressant de noter que la prise en compte de ces trois termes de structure fine prévoit
que les niveaux 2s1/2 et 2p1/2 ont la même énergie. En fait ces deux niveaux ne sont pas exactement
dégénérés, la différence d’énergie étant égale à 0,035283 cm−1 (1057,77± 0,10 MHz) 5 .
5. Cette levée de dégénérescence a été mise en évidence en 1947 par Lamb et Retherford. On parle du Lamb shift.
L’explication de ce phénomène nécessite la quantification du champ de rayonnement (seconde quantification).
1.7. HAMILTONIEN DE STRUCTURE FINE 19
Table 1.11 – Tableau de conversion des unités d’énergie souvent utilisées en physique atomique et
moléculaire.
Exercice 1.3 : Déterminer la différence d’énergie, en Hartree puis en eV, entre le niveau 1s1/2 et
les niveaux 2p1/2 et 2p3/2 pour l’ion Li2+ .
20 CHAPITRE 1. L’ATOME D’HYDROGÈNE ET LES SYSTÈMES HYDROGÉNOÏDES
Chapitre 2
n(n − 1)
Du fait des termes d’interaction entre les électrons, l’hamiltonien n’est plus séparable,
2
X n
c’est-à-dire qu’il ne peut plus se mettre sous la forme H = Hi . Il est important de noter qu’il n’existe
i=1
pas de solutions mathématiques exactes à ce problème. Nous allons donc devoir utiliser différentes
approximations plus ou moins brutales pour traiter ce problème.
Pij Ψ(~r1 , ~r2 , ..., ~rn , σ1 , σ2 , ..., σn ) = −Ψ(~r1 , ~r2 , ..., ~rn , σ1 , σ2 , ..., σn ) ∀ i, j (2.4)
Pour satisfaire à cette condition d’antisymétrie, la fonction d’onde peut se mettre sous la forme d’un
déterminant de rang n, appelé déterminant de Slater :
ϕγ1 (~r1 , σ1 ) ϕγ1 (~r2 , σ2 ) ... ϕγ1 (~rn , σn )
1 ϕγ2 (~r1 , σ1 ) ϕγ2 (~r2 , σ2 ) ... ϕγ2 (~rn , σn )
Ψ(~r1 , ~r2 , ..., ~rn , σ1 , σ2 , ..., σn ) = √ (2.5)
n! . . . .
ϕγn (~r1 , σ1 ) ϕγn (~r2 , σ2 ) ... ϕγn (~rn , σn )
Si deux lignes du déterminant sont identiques (deux électrons caractérisés par le même jeu de nombre
quantiques), la fonction d’onde totale est alors identiquement nulle. Ainsi 2 électrons ne peuvent
pas avoir le même jeu de nombres quantiques, ce qui est connu sous le nom de règle de Pauli ou
1
principe d’exclusion de Pauli. Le facteur √ est un facteur de normalisation qui permet d’obte-
n!
nir | Ψ(~r1 , ~r2 , ..., ~rn , σ1 , σ2 , ..., σn ) |2 = 1 à condition de prendre des spin-orbitales mono-électroniques
normalisées.
Comme nous le verrons rapidement, la nature fermionique des électrons aura des conséquences
importantes sur la structure électronique des atomes.
ϕ(~r, σ) = Rnl (r) Ylm (θ, ϕ) χms (σ) = φnlm (r, θ, ϕ) χms (σ)
qui peuvent s’écrire en notation de Dirac | nlml ms i où le nombre quantique s n’est pas indiqué car
toujours égal à 1/2.
Pour tenir compte du principe d’antisymétrie de la fonction d’onde totale du système de n électrons,
nous avons vu que cette fonction d’onde peut s’écrire sous la forme d’un déterminant de Slater.
Analysons les conséquences du principe d’antisymétrie de la fonction d’onde totale sur le nombre
d’électrons pouvant occuper une même orbitale nl. Dans ce cas, les valeurs des nombres quantiques
l et s (=1/2) sont fixées. La projection ml peut prendre 2l + 1 valeurs entières comprises entre
−l et +l alors que ms = ±1/2. Ainsi le nombre d’occupation maximal pour une orbitale nl sera
2 × (2l + 1)=4l + 2. Associé à la configuration (nl)4l+2 , un seul déterminant de Slater existe, c’est-
à-dire un seul état quantique. On dit que cette configuration correspond à une sous-couche complète
qui est une fois dégénérée.
Comme illustration, considérons la sous-couche complète (ns)2 et écrivons le déterminant de Slater
associé :
Comme l=0, on aura une seule valeur pour la projection ml =0. Les deux jeux de nombres quantiques
γ1 et γ2 ne diffèrent donc que par la valeur de la projection du spin ms . On obtient ainsi :
1 β(1) β(2)
Ψ(~r1 , ~r2 , σ1 , σ2 ) = √ φn00 (~r1 )φn00 (~r2 )
2 α(1) α(2)
1
= √ φn00 (~r1 )φn00 (~r2 ) × (β(1)α(2) − α(1)β(2))
2 | {z } | {z }
Symétrique Antisymétrique
1
= √ Rn0 (r1 ) Y00 (θ1 , ϕ1 ) Rn0 (r2 ) Y00 (θ2 , ϕ2 )
2
× [β(1)α(2) − α(1)β(2)] (2.8)
Dans le cas particulier d’un système à deux électrons, la fonction d’onde bi-électronique s’écrit sous
la forme d’un produit d’une fonction symétrique des coordonnées d’espace par une fonction anti-
ms ms
symétrique des coordonnées de spin. En notation compactée, on la notera (m1 1 , m2 2 ) = (0+ , 0− ).
Dans cette notation le premier jeu de nombres quantiques correspondra à la premiere ligne du
déterminant de Slater et le deuxième jeu de nombres quantiques à la seconde ligne. Cette notation se
généralise à un système de n électrons. Par exemple, pour la sous-couche complète np6 , le déterminant
de Slater s’écrirait, en notation compacte, (−1+ , −1− , 0+ , 0− , 1+ , 1− ).
Comme les électrons sont considérés comme indépendants, l’ordre des orbitales est simplement lié
au nombre quantique principal n. Pour un atome à 2 électrons, 1s2 sera la configuration électronique
fondamentale (la plus basse en énergie). Pour les atomes possédant un plus grand nombre d’électrons,
on remplira d’abord les couches de plus basse énergie, c’est-à-dire n=1, puis n=2, .... Pour l’atome de
Lithium (Z=3), les configurations 1s2 2s et 1s2 2p sont, dans cette approximation simpliste, dégénérées,
c’est-à-dire de même énergie. Nous verrons plus tard que la prise en compte de l’interaction entre
électrons modifiera la situation.
Avant de justifier la dépendance de l’énergie des orbitales nl vis-à-vis du nombre quantique orbital
l, nous pouvons énoncer une règle empirique, basée sur des observations expérimentales, appelée règle
de Madelung-Klechkowski. Cette règle, permettant de procéder au remplissage des sous-couches
pour des atomes poly-électroniques, peut s’énoncer de la façon suivante :
24 CHAPITRE 2. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
Dans un système poly-électronique, le remplissage des sous-couches s’effectue suivant les valeurs
croissantes de n+l. Pour une même valeur de n+l, le remplissage s’effectue alors par valeurs croissantes
de n.
Cette règle est schématisée en figure 2.1 pour les orbitales atomiques 1s à 7s.
1s 2s 2p 3p 3d 4d 4f
3s 4s 4p 5p 5d
n
5s 6s 6p
7s
n+l
Figure 2.1 – Règle empirique dite de Klechkowski ou de Madelung.
Par exemple, pour l’atome de carbone (Z=6), la configuration électronique fondamentale sera
1s2 2s2 2p2 . Pour l’atome de potassium (Z=19), la configuration électronique fondamentale sera 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 4s.
La règle de remplissage des orbitales atomiques structure le tableau de Mendeleı̈ev. Il apparaı̂t
clairement que certaines colonnes de cette table ont des structures électroniques identiques et sont
associés à des familles d’atomes qui auront des propriétés physico-chimiques communes.
Pour illustrer ce propos, regardons les configurations électroniques fondamentales des atomes de gaz
rare He, Ne, Ar, Kr et Xe (dernière colonne du tableau périodique). Ces configurations électroniques
sont reportées dans la Table 2.1. On remarque que ces atomes sont caractérisés par des sous-couches s
et p complètes, avec respectivement deux et six électrons sur leur couche électronique externe, ce qui
leur confère une grande stabilité et une faible réactivité (gaz inerte) car d’un point de vue chimique,
ces atomes n’auront pas la capacité à ”donner” ou “capturer” un ou plusieurs électrons pour construire
une liaison chimique.
Dans sa configuration électronique fondamentale, un atome alcalin 1 (lithium, sodium, potassium,
...) est composé de sous-couches complètes et d’un seul électron célibataire (électron de valence) sur
une sous-couche ns. Par exemple les configurations des atomes de lithium (Li) et de sodium (Na) sont
1s2 2s et 1s2 2s2 2p6 3s, respectivement. Ces atomes seront très réactifs et prompts à ”céder” un électron
pour faire une liaison chimique.
30
Potentiel d’ionisation (eV)
25
20
15
10
0
0 20 40 60 80
Z
La règle empirique de Madelung est toujours vérifiée pour Z ≤ 18. Pour les atomes plus lourds,
il existe certaines anomalies liées à la proximité en énergie des orbitales 4s et 3d mais également,
pour les atomes encore plus lourds, des orbitales 5s et 4d. Un exemple d’écart à la règle de Madelung
est l’atome de chrome caractérisé par sa configuration fondamentale 1s2 2s2 2p6 3s2 3p6 3d5 4s. Il est à
noter que, pour certains atomes, certaines orbitales sont si proches en énergie qu’il devient difficile de
caractériser la structure électronique de cet atome par une configuration unique, on parle d’interaction
de configuration car l’état fondamental est en fait une combinaison de plusieurs configurations.
Il est à noter l’existence d’une seconde règle empirique, appelée règle quasi hydrogénoı̈de, qui
sera mieux adaptée pour les atomes fortement ionisés. En effet, dans ce cas, le système tend vers
un système hydrogénoı̈de, l’effet de l’interaction entre électrons devenant de plus en plus négligeable
devant l’interaction entre les électrons et le noyau. L’énergie des orbitales sera alors croissante en
fonction du nombre quantique principal n et, pour une même valeur de n, l’énergie sera alors croissante
en fonction du nombre quantique orbital l (voir figure 2.3).
1s 2s 3s 4s
2p 3p 4p
3d 4d
4f
Atome He Ne Ar Kr Xe
Z 2 10 18 36 54
Conf. 1s2 [He] 2s2 2p6 [Ne] 3s2 3p6 [Ar] 3d10 4s2 4p6 [Kr] 4d10 5s2 5p6
Des électrons seront dits équivalents quand ils seront caractérisés par les mêmes valeurs des nombres
quantiques n et l, c’est-à-dire quand des électrons se trouveront dans la même sous-couche. Par
exemple, la configuration (2p)3 correspond à 3 électrons équivalents. Les déterminants de slater se-
ms ms ms ms ms ms
ront tels que (m1 1 , m2 2 , m3 3 ) = −(m2 2 , m1 1 , m3 3 ) (changement de signe par permutation de 2
lignes dans le déterminant). Ces deux déterminants de Slater correspondent à la même fonction d’onde.
Pour des électrons équivalents, si deux mêmes jeux de nombres quantiques apparaissent dans la forme
compacte, le déterminant de Slater sera identiquement nulle. Par exemple, on aura (0+ , 1+ , 0+ )=0.
Dans le cas contraire, les électrons seront dits non équivalents comme par exemple pour la configura-
ms ms ms ms
tion 2p3d. Notons que, dans le cas d’électrons non équivalents, on a (m1 1 , m2 2 ) 6= (m2 2 , m1 1 ) car
les deux valeurs du nombre quantique principal sont différentes. Prenons l’exemple des déterminants
(0+ , 0− ) et (0− , 0+ ). Le premier correspond à la fonction d’onde bi-électronique suivante :
alors que le second correspond à une fonction d’onde différente donnée par :
Dans le cas où les deux électrons sont non équivalents, le déterminant de Slater (0+ , 0+ ) est possible
et correspond, dans le cas de configuration 2p3d, à la fonction d’onde bi-électronique suivante :
Pour une configuration à x électrons équivalents (nl)x (avec 1 ≤ x ≤ 4l + 2), on peut se poser
la question du nombre d’états quantiques, noté N (x, l), associés à cette configuration (ou de façon
équivalente du nombre de déterminants de Slater associés). Pour dénombrer les états quantiques, il
suffit de déterminer le nombre de façons différentes d’obtenir x couples (ml , ms ) différents parmi les
(4l + 2) couples possibles. Ce dénombrement nous permet d’écrire :
!
4l + 2 (4l + 2)!
N (x, l) = = (2.12)
x (4l + 2 − x)! x!
Ce nombre correspond à la dégénérescence de la configuration, que l’on notera g par la suite. De cette
dernière relation, on retrouve
! bien qu’un seul état quantique est associé à une sous-couche complète
4l + 2
car N (4l + 2, l) = = 1.
4l + 2
On remarque également que N (x, l) = N (4l + 2− x, l). Ceci indique que le nombre de déterminants
de Slater sera identique pour les configurations électroniques (nl)x et (nl)4l+2−x . On parlera de confi-
gurations complémentaires.
Par exemple, pour la sous-couche np, les configurations np et np5 sont caractérisées par le même
nombre d’états quantiques égal à 6. Idem pour np2 et np4 pour lesquelles le nombre d’états est alors
égal à 15. Pour s’en convaincre, écrivons les 15 déterminants de Slater, sous forme compacte, pour la
configuration np2 . On trouve en notation compactée :
(1+ , 0+ ), (1+ , −1+ ), (−1+ , 0+ )
(1− , 0− ), (1− , −1− ), (−1− , 0− )
(1+ , 1− ), (0+ , 0− ), (−1+ , −1− )
(1+ , 0− ), (1− , 0+ ), (1+ , −1− ), (1− , −1+ ), (−1+ , 0− ), (−1− , 0+ )
Pour la configuration complémentaire np4 , on trouve également 15 déterminants de Slater qui
s’écrivent :
(−1− , −1+ , 0+ , 1+ ), (0− , −1+ , 0+ , 1+ ), (−1− , −1+ , 0+ , 1+ )
28 CHAPITRE 2. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
Considérons une configuration plus complexe n1 l1x1 n2 l2x2 n3 l3x3 impliquant plusieurs orbitales ato-
miques peuplées. Pour cette configuration, on a xi électrons sur l’orbitale atomique ni li (i =1 à 3 dans
ce cas). La dégénérescence, notée g, associée à cette configuration sera donnée par :
! ! !
4l1 + 2 4l2 + 2 4l3 + 2
g= × × (2.13)
x1 x2 x3
Pour une telle configuration électronique, chacun des déteminants de Slater se décomposera comme
une somme de n! fonctions angulaires fk ({θ}, {ϕ}). La notation {θ} (respectivement {ϕ}) correspond
à l’ensemble des n angles θi (respectivement à l’ensemble des n angles ϕi ). Chacune de ces fonctions
fk ({θ}, {ϕ}) s’écrira comme un produit de x1 harmoniques sphériques Yl1 m (θ, ϕ) par x2 harmoniques
sphériques Yl2 m (θ, ϕ) par x3 harmoniques sphériques Yl3 m (θ, ϕ). Les fonctions angulaires fk ({θ}, {ϕ})
pourront donc se mettre sous la forme :
x1
Y x2
Y x3
Y
fk ({θ}, {ϕ}) = Yl1 mi × Yl2 mi × Yl3 mi (2.14)
i=1 i=1 i=1
Nous pouvons nous poser la question de la parité d’un tel état quantique. Il suffit pour cela de regar-
der l’action de l’opérateur parité sur ces fonctions fk ({θ}, {ϕ}). Comme la parité d’une harmonique
sphérique Ylm (θ, ϕ) est liée à la valeur de (−1)l , il est évident que l’action de P se résume par :
La parité de la fonction d’onde sera ainsi indépendante des nombres quantiques n et m et ne dépendra
que de la configuration électronique (xi et li ). Tous les déterminants de Slater et donc tous les états
quantiques associés à une configuration donnée auront la même parité. Si x1 l1 + x2 l2 + x3 l3 est pair
(respectivement impair), la fonction d’onde sera paire (respectivement impaire).
Il est à noter qu’une sous-couche
! complète (xi = 4li + 2) n’interviendra pas dans le calcul de
4li + 2
la dégénérescence (car =1) et n’interviendra également pas dans les propriétés de parité
4li + 2
car une sous-couche complète est automatiquement paire comme 4li + 2 est pair. Comme illustration,
considérons l’atome d’azote (Z=7) ! dont la configuration fondamentale est 1s2 2s2 2p3 . La dégénérescence
6
de cette configuration sera g = = 20. Dans la table 2.2, les vingt états déterminantaux sont listés
3
pour cette configuration électronique.
La parité sera égale à (−1)3×1 = −1, les fonctions d’onde des états quantiques associées à cette
configuration seront donc toutes impaires.
2.3. MODÈLE DES ÉLECTRONS INDÉPENDANTS 29
À partir de cette définition et des règles de commulation de H avec les opérateurs de spin indivi-
duels, on en déduit que [H, S]~ = 0. De cette dernière relation on trouve que [H, S
~ 2 ] = [H, Sz ] = 0.
On peut également définir le moment cinétique orbital total L ~ comme l’addition vectorielle des
moments cinétiques orbitaux de chaque électron :
n
X
~ =
L ~li (2.17)
i=1
Comme l’énergie potentielle d’interaction ne dépend que des distances (électrons-noyau et électron-
électron), le système physique est invariant par rotation autour de n’importe quel axe. Ainsi l’hamil-
tonien commute avec L. ~ On en déduit [H, L~ 2 ] = 0 et [H, Lz ] = 0, ceci traduisant que le système est
isolé.
Le moment cinétique total du système, noté J~ est défini comme :
J~ = L
~ +S
~ (2.18)
À partir des règles de commutation obtenues précédemment, il est évident que [H, J~] = 0 et donc
[H, J~2 ] = 0 et [H, Jz ] = 0.
2.5 Termes LS
Les propriétés de commutation établies précédemment nous permettent de dire que H commute
~ 2 , Lz , S
avec L ~ 2 et Sz . Ainsi les états propres du système seront notés | LML SMS i. Comme H commute
avec les opérateurs vectoriels L ~ et S,~ on peut dès à présent affirmer que l’énergie ne dépendra pas
des projections MS et ML . La matrice, exprimée dans la base | LML SMS i, associée à l’hamiltonien
H0 + He , sera diagonale par rapport à ML et MS mais également diagonale par rapport à L et S, ce
qui peut s’écrire :
propre associée à un tel état quantique dépendra de la configuration électronique. Ainsi, par la suite,
l’état propre sera noté | γ, LML SMS i.
Pour une configuration électronique, la connaissance d’un couple (L, S) définira un terme LS (ou
terme Russell-Saunders) qui sera donc (2L + 1) × (2S + 1) dégénéré. La notation spectroscopique
pour ce terme LS sera 2S+1 L. Ainsi, la prise en compte de l’interaction entre électrons lève partiellement
la dégénérescence : d’une configuration électronique, on passe aux termes LS.
2S + 1 est appelée la multiplicité de spin. Quand 2S + 1=1, 2, 3, 4, .. on parlera de termes singulet,
doublet, triplet, quartet, ...
En s’appuyant sur les règles de couplage de moment cinétique, nous pouvons très facilement
établir quelques règles simples. Quand la configuration électronique sera composée d’un nombre pair
d’électrons, les valeurs de S seront entières. Par contre, quand le nombre d’électrons sera impair, les
valeurs de S seront demi-entières. Les valeurs de L seront bien évidemment toujours entières car elles
résulteront d’un couplage de moments cinétiques orbitaux li prenant des valeurs entières.
Notons que la symétrie du problème ne nous renseigne pas sur la dépendance éventuelle des énergies
par rapport aux valeurs de L et S. Il est important d’insister sur le fait que la configuration électronique
dont est issu le terme LS doit être précisée car on pourra obtenir des mêmes valeurs pour le couple
(L, S) alors que les énergies de ces termes seront dans le cas général différentes. La prise en compte de
la symétrie du problème met en évidence que la recherche des états propres du système atomique passe
par l’énumération des termes LS pour une configuration donnée. Nous avons donc à résoudre
un problème de couplage de moments cinétiques, contraint par le principe d’antisymétrisation de la
fonction d’onde multi-électronique. Nous allons maintenant regarder différentes situations physiques
pouvant apparaı̂tre pour des atomes complexes.
(−l+ , −l− , (−l + 1)+ , (−l + 1)− , ..., (l − 1)+ , (l − 1)− , l+ , l− ) (2.20)
Table 2.3 – Valeurs de ml et ms pour les 4l+2 électrons d’une sous-couche complète nl4l+2 .
d’addition des moments cinétiques car le principe de Pauli sera toujours respecté [(n, l) 6= (n′ , l′ )].
Ainsi L =| l − l′ |, | l − l′ | +1, ..., l + l′ − 1, l + l′ et S =| 1/2 − 1/2 |, 1/2+1/2. L prend donc
l + l′ + 1− | l − l′ | valeurs. Par contre S ne prend toujours que 2 valeurs, à savoir S=0 (Singulet)
et 1 (Triplet). Le nombre de termes LS associés à la configuration (nl)(n′ l′ ) sera donc égal à 2×
(l + l′ + 1− | l − l′ |).
Prenons l’exemple d’une configuration 2p3d. La dégénérescence de cette configuration est égale à
6 × 10=60. Les termes LS associés seront 1 P , 1 D, 1 F , 3 P , 3 D et 3 F . Nous pouvons vérifier que la
somme des dégénérescences associées à chacun des termes est bien égale à 60 (voir Table 2.4).
un nouveau tableau reporté en figure 2.4 (c). Il ne reste plus qu’un seul état quantique issu d’un terme
1 S. Ainsi, les termes LS associés à la configuration électronique à 2 électrons p équivalents sont 3 P ,
1 D et 1 S.
Notons qu’un état quantique | LML SMS i peut s’écrire sous la forme d’une combinaison linéaire
de déterminants de Slater. Pour la configuration p2 , analysons tout d’abord l’état quantique | 2200i
associé au terme 1 D. Cet état quantique correspond à la valeur maximale pour ML . Cet état quantique
est directement égal à (1+ 1− ). Faisons agir l’opérateur L− sur le ket | 2200i, nous obtenons :
√
L− | 2200i = 4 | 2100i
= (l1− + l2− ) (1+ 1− )
√ √
= 2 (0+ 1− ) + 2 (1+ 0− ) (2.21)
On en déduit que l’état quantique | 2100i s’écrit comme une combinaison lináire de deux déterminants
de Slater :
1 1
| 2100i = √ (0+ 1− ) + √ (1+ 0− ) (2.22)
2 2
En appliquant une seconde fois l’opérateur L− , nous obtenons :
1 2 1
| 2000i = √ (−1+ 1− ) + √ (0+ 0− ) + √ (1+ − 1− ) (2.23)
6 6 6
L’application de l’opérateur L− permettrait d’obtenir l’expression de | 2 − 100i puis de | 2 − 200i.
Partons maintenant de l’état quantique | 1111i associé au terme 3 P . Cet état quantique correspond à la
valeur maximale pour MS . Cet état quantique est directement égal à (1+ 0+ ). Faisons agir l’opérateur
L− , nous obtenons :
| 1011i = (1+ − 1+ ) (2.24)
En appliquant ensuite l’opérateur S − , nous obtenons :
1 1
| 1010i = − √ (−1+ 1− ) + √ (1+ − 1− ) (2.25)
2 2
Pour 3 P , l’application de S − et/ou de L− permet de déterminer l’ensemble des états quantiques
associés à ce terme atomique.
Le dernier terme de p2 est 1 S dont l’état quantique associé est | 0000i. Cet état quantique normalisé,
caractérisé par MS = ML = 0 doit être orthogonal aux états | 2000i (Eq. (2.23)) et | 1010i (Eq. (2.25)).
On en déduit :
1 1 1
| 0000i = √ (−1+ 1− ) − √ (0+ 0− ) + √ (1+ − 1− ) (2.26)
3 3 3
En suivant la méthode du tableau, on peut montrer que la configuration (nd)2 engendre les
termes 3 P , 3 F , 1 S, 1 D et 1 G. On remarque que pour les configurations à 2 électrons équivalents, la
somme L + S est toujours paire. Ceci est un résultat général pour une configuration à deux électrons
équivalents. Cette restriction est directement liée au principe d’antisymétrie de la fonction d’onde
multi-électronique. La démonstation est donnée dans l’annexe 1.
On peut également remarquer que le nombre de termes LS, pour une configuration à deux électrons
équivalents, sera donné par le nombre de déterminants de Slater tel que (ML , MS ) = (0, 0). En effet
chaque terme LS aura un état quantique tel que ML = MS =0.
34 CHAPITRE 2. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
MS MS MS
-1 0 1 -1 0 1 -1 0 1
ML ML ML
-2 0 1 0 -2 0 1 0 -2 0 0 0
-1 1 2 1 -1 0 1 0 -1 0 0 0
0 1 3 1 0 0 2 0 0 0 1 0
1 1 2 1 1 0 1 0 1 0 0 0
2 0 1 0 2 0 1 0 2 0 0 0
Figure 2.4 – (a) Nombre d’états déterminantaux pour chaque valeur du couple (ML , MS ) pour la
configuration électronique fondamentale np2 . (b) Nombre d’états déterminantaux après avoir enlevé
les états associés au terme 3 P . (c) Nombre d’états déterminantaux après avoir enlevé les états associés
aux termes 3 P et 1 D.
Pour certains atomes, des configurations à 3, 4 ... électrons équivalents apparaissent. Comme
exemple, considérons l’atome d’azote pour lequel la configuration électronique fondamentale est 1s2 2s2 2p3 .
Contrairement au cas d’une configuration à deux électrons équivalents où les termes LS sont déterminés
à partir de la règle L + S pair, il n’y a pas de règle équivalente pour des configurations impliquant
plus de deux électrons équivalents. La seule méthode à suivre est la méthode du tableau exposée
précédemment. Pour la configuration p3 nous avions reporté la liste des 20 états associés à cette confi-
guration (voir Table 2.2). En appliquant la méthode du tableau, nous trouvons les termes 4 S, 2 P et
2 D.
Notons que pour certaines configurations, le même terme LS peut apparaı̂tre plusieurs fois. Pour
illustrer ce propos, regardons la configuration spd à trois électrons non équivalents. Nous couplons
2.5. TERMES LS 35
tout d’abord par exemple les électrons s et p. Nous trouvons 1 P et 3 P que nous devons alors coupler
avec un électron d. On trouve 2 P , 2 D, 2 F , 2 P , 2 D, 2 F , 4 P , 4 D et 4 F . Ainsi les termes 2 P , 2 D et 2 F
apparaissent chacun deux fois. Par contre, ces deux mêmes termes LS n’auront pas la mêmel énergie.
Il est à noter que les termes, associés à la configuration spd, pourraient évidemment être obtenus en
couplant d’abord les électrons p et d puis en couplant avec l’électron s.
Pour les familles d’atomes suivantes, on peut déterminer le terme LS associé à leur configuration
électronique fondamentale :
• Gaz rare : 1 S.
• Alcalin : 2 S.
• alcalino-terreux : 1 S.
• Halogène : 2 P .
pd 1 P , 3 P , 1 D, 3 D, 1 F et3F p2 1 S, 3 P et 1 D
spd 2 P , 2 D, 2 F , 2 P , 2 D, 2 F , 4 P , 4 D et 4 F p3 2 P , 2 D et 4 S
Basé sur des observations expérimentales, Hund a proposé deux règles empiriques qui permettent de
déduire la stabilité relative des différents termes les uns par rapport aux autres. Ces règles empiriques
sont les suivantes :
— Pour une configuration électronique donnée, le terme de spin le plus élevé correspond à l’énergie
la plus basse.
— Pour une configuration électronique donnée et pour la valeur maximale du spin, le terme de
moment cinétique orbital le plus élevé correspond à l’énergie la plus basse.
Par exemple, pour une configuration électronique np2 , le terme LS d’énergie minimale sera le terme
3 P . Pour une configuration électronique nd3 , deux termes avec la valeur maximale de spin S = 3/2
Exercice 2.3 : Pour le terme de Hund 5 D de la configuration d4 , montrer que la fonction d’onde
triélectronique spin-orbitale associée à l’état quantique | SMS LML i =| 2222i s’écrit sous la forme :
Nous allons chercher à prendre en compte le plus proprement possible l’effet de l’interaction entre
les électrons dans le calcul des énergies propres associées aux termes LS obtenus précédemment. Pour
cela nous devons calculer, pour un terme donné issu d’une configuration γ, l’élément de matrice :
les fonctions d’onde mono-électroniques seront celles de l’atome hydrogénoı̈de (Z=2 pour He, Z=3
pour Li+ , ...). On trouve alors :
1
Ψ(~r1 , ~r2 , σ1 , σ2 ) = √ [R10 (r1 )R10 (r2 )Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 )] × [α(1)β(2) − β(1)α(2)]
2
1
= √ R10 (r1 )R10 (r2 ) × [α(1)β(2) − β(1)α(2)] (3.3)
4 2π
avec R10 (r) la fonction radiale de l’ion hydrogénoı̈de. Dans ce cas particulier à 2 électrons, le terme
LS peut s’écrire comme un produit d’une fonction radiale symétrique et d’une fonction de spin anti-
symétrique.
L’énergie E(1 S) se déduit alors :
E(1 S) = hΨ | H0 | Ψi + hΨ | He | Ψi
= −2Z 2 Rµ
Z Z
2 2 2 2 e2
+ R10 (r1 ) R10 (r2 ) Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 ) d3~r1 d3~r2 (3.4)
4πǫ0 r12
| {z }
J>0
R R
en utilisant θ ϕ sin θ dθ dϕ = 4π.
De cette dernière relation, on peut noter que si l’on néglige le terme de répulsion entre les deux
électrons, on retrouve naturellement l’expression de l’énergie dans le cas du modèle des électrons
indépendants (voir équation (2.6)). Si l’on regarde maintenant l’expression de cette double intégrale,
notée J et appelée intégrale de Coulomb, on remarque qu’elle est automatiquement positive, l’intégrande
s’exprimant comme un produit de grandeurs positives. Ainsi la prise en compte de cette interaction
répulsive déstabilise le système, l’atome se retrouve moins lié. Ce résultat est physiquement acceptable
car nous ajoutons une interaction répulsive entre les deux électrons.
Dans le cas de l’atome d’hélium (Z=2), l’énergie expérimentale mesurée du niveau fondamental 1 S
est égale à ≈ - 78,6 eV 1 . Quand on fait le calcul dans le modèle des électrons indépendants, on trouve
E(1s2 )=-108,8 eV. Le calcul de l’intégrale de Coulomb est analytique et on trouve J(1s, 1s)=34 eV, ce
qui donne une énergie égale à -74,8 eV. On voit que cette valeur se rapproche de la valeur expérimentale
(erreur relative égale à ≈ 4,8 %). Nous verrons plus tard comment il faut procéder pour améliorer
l’approche théorique.
Nous pouvons dès à présent identifier un point critique dans l’approche théorique utilisée. En effet,
la théorie des perturbations au premier ordre ne peut donner des résultats satisfaisants dans le cas
de l’hélium dans la mesure où l’interaction entre les deux électrons n’est pas négligeable devant l’in-
teraction des deux électrons avec le noyau. Il faudrait donc prendre en compte des ordres supérieurs
dans la théorie des perturbations, les états propres deviendraient alors des combinaisons linéaires
de différentes spin-orbitales (termes 1 S associés à d’autres configurations électroniques) construites à
partir des fonctions d’onde mono-électroniques hydrogénoı̈des. L’utilisation de l’approche perturba-
tionnelle au premier ordre sera d’autant meilleure que Z augmentera dans la séquence iso-électronique.
En effet quand Z augmente, l’interaction électrons-noyau, proportionnelle à Z 2 , devient de plus en
plus grande devant l’interaction entre les deux électrons, proportionnelle à Z.
Regardons maintenant le cas d’une configuration électronique excitée du type 1sns (avec n > 1).
1. Cette valeur est obtenue à partir de la mesure expérimentale de l’énergie d’ionisation de l’hélium.
3.1. SYSTÈME À 2 ÉLECTRONS 39
1
Ψtriplet (~r1 , ~r2 , σ1 , σ2 ) =
√ [R10 (r1 )Rn0 (r2 ) − Rn0 (r1 )R10 (r2 )] × Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 )
2
× α(1)α(2)
1
= √ [R10 (r1 )Rn0 (r2 ) − Rn0 (r1 )R10 (r2 )] × α(1)α(2) (3.5)
4 2π
On remarque que la fonction de spin pour l’état triplet est une fonction symétrique par rapport
à l’échange des électrons alors que la fonction spatiale est antisymétrique par rapport à ce même
opérateur. L’énergie E(3 S) se déduit :
1
E(3 S) = −Z 2 R∞ (1 + 2 )
n
Z Z
2 2 2 2 e2
+ R10 (r1 ) Rn0 (r2 )Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 ) d3~r1 d3~r2
4πǫ0 r12
| {z }
J(1s,ns)
Z Z
2 2 e2
− R10 (r1 ) Rn0 (r1 ) R10 (r2 ) Rn0 (r2 ) Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 ) d3~r1 d3~r2
4πǫ0 r12
| {z }
K(1s,ns)
1
= −Z 2 R∞ (1 + ) + J(1s, ns) − K(1s, ns) (3.6)
n2
où J(1s, ns) et K(1s, ns) sont appelées les intégrales de Coulomb et d’échange, respectivement. Dans
ces deux intégrales, il faut noter que r12 dépend de r1 , r2 et des 4 variables angulaires via la relation :
2
r12 = r12 + r22 − 2r1 r2 [cos θ1 cos θ2 + sin θ1 sin θ2 × (cos ϕ1 cos ϕ2 + sin ϕ1 sin ϕ2 )] (3.7)
Comme r12 ≥ 0, il est aisé de voir que l’intégrale de Coulomb sera toujours positive. L’interprétation
physique de cette intégrale est directe en notant que R10 2 (r )Y 2 (θ , ϕ ) d3~ 2 (r )Y 2 (θ , ϕ ) d3~
r1 et Rn0 r2
1 00 1 1 2 00 2 2
3
correspondent aux probabilités de trouver l’électron 1 dans le volume élémentaire d ~r1 et l’électron 2
dans le volume élémentaire d3~r2 , respectivement. Ainsi ce terme de Coulomb peut être vu comme une
interaction électrostatique entre deux électrons caractérisés par leur densité de probabilité. La vision
classique permet donc d’interpréter ce terme.
Le terme d’échange K(1s, ns) est par contre purement quantique et provient de l’indiscernabilité
des électrons et du caractère antisymétrique de la fonction d’onde par rapport à l’opérateur d’échange.
Le calcul explicite de cette double intégrale permet de montrer qu’elle est également toujours positive.
Déterminons maintenant l’énergie du terme 1 S, notée E(1 S). L’état propre | SMS LML i =| 0000i
s’exprime comme une combinaison linéaire des déterminants de Slater (0+ , 0− ) et (0− , 0+ ), à savoir :
40CHAPITRE 3. CALCUL DES ÉNERGIES PROPRES POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
1
| 0000i = √ (0+ , 0− ) − (0− , 0+ ) (3.8)
2
Après avoir explicité la fonction d’onde normalisée de cet état propre 2 , on obtient :
E(1 S) = h0000 | H0 + He | 0000i
1
= −Z 2 R∞ (1 + 2 ) + J(1s, ns) + K(1s, ns) (3.9)
n
Nous voyons donc que les termes 1 S et 3 S n’ont pas la même énergie, l’état triplet étant plus stable que
l’état singulet (car K(1s, ns) > 0), ce résultat étant en accord avec la règle de Hund. Ce résultat peut
apparaı̂tre surprenant car on trouve que l’énergie dépend de l’état de spin alors que l’hamiltonien n’en
dépend pas. Cette dépendance de l’énergie par rapport à l’état de spin est une conséquence directe du
principe d’antisymétrie et donc de la symétrisation de la fonction des coordonnées d’espace. En effet,
pour un état triplet, la fonction des coordonnées d’espace est antisymétrique. Ainsi quand les deux
particules tendent à se localiser au même point de l’espace (~r1 → ~r2 ), la fonction d’onde bi-électronique
tend vers zéro, ce qui indique que la probabilité de trouver les deux électrons au même point de l’espace
est nulle dans le cas d’un triplet. Par contre, pour la fonction d’onde singulet, la partie spatiale est
symétrique et la probabilité de trouver les deux électrons au même point de l’espace est non nulle, ce
qui renforce dans ce cas l’énergie de répulsion électron-électron. La différence d’énergie entre les deux
termes est égale au double de l’intégrale d’échange K(1s, ns). Pour la configuration 1s2s, on trouve
J(1s, 2s) ≈ 11,4 eV et K(1s, 2s) ≈ 1,2 eV 3 . La levée de dégénérescence, du fait de l’interaction entre
les deux électrons, est schématisée sur la figure 3.1.
Sans faire aucun calcul, on peut se poser la question de l’évolution des termes de Coulomb et
d’échange en fonction du nombre quantique principal n. Les valeurs finies de ces deux intégrales tra-
duisent l’interaction entre les deux électrons. Quand n augmente les distributions radiales entre les
électrons 1s et ns deviennent très différentes, ce qui tend à augmenter la distance moyenne entre
les deux électrons. Ceci a pour conséquence la diminution de l’intégrale de Coulomb du fait de l’in-
terprétation classique de ce terme. La diminution de l’intégrale d’échange peut également se com-
prendre en analysant le comportement des fonctions radiales Rn0 (r) pour différentes valeurs de n.
Quand n augmente, la fonction radiale Rn0 (r) devient de plus en plus oscillante (le nombre de noeuds
étant égal à n-1) et se décale vers les grandes valeurs de r. Le recouvrement avec la fonction radiale
R10 (r) devient donc moins favorable, comme illustré en figure 3.2, ce qui aura pour conséquence la
diminution du terme d’échange quand n augmentera. On s’attend donc à ce que la différence d’énergie
entre les états singulet et triplet diminue quand n augmente.
Pour illustrer cette évolution, la différence d’énergie entre le 1 S et le 3 S des configurations électroniques
excitées (1s)(ns) de l’atome d’hélium et de l’ion Li+ est reportée en fonction de n dans la Table 3.1.
1S
2 K(1s, 2s)
Énergie
3S
1s2s
avec un hamiltonien séparable. Dans cette approche de champ moyen, nous faisons l’hypothèse de la
conservation de la symétrie sphérique.
Analysons le comportement asymptotique de ce potentiel effectif. Quand r → ∞, l’électron est très
éloigné du noyau mais également du reste du cortège électronique (voir figure 3.3 (a)). Ainsi l’électron
“voit” une charge Z − (n − 1) dont la distribution spatiale est approximativement sphérique. Le
[Z − (n − 1)] e
potentiel électrostatique ressenti par cet électron s’écrit Ueff (r) = . Par contre, quand
4πǫ0 r
r → 0, l’électron ne ressent que le potentiel créé par le noyau atomique et ce potentiel s’écrit alors
Ze
Ueff (r) = .
4πǫ0 r
Cette notion de champ moyen peut se comprendre facilement en utilisant le théorème de Gauss.
Considérons l’atome d’hélium neutre (Z=2 et n=2) dans la configuration électronique fondamentale
1s2 . Calculons le potentiel électrostatique V (r) ressenti par un électron en fonction de sa distance au
noyau atomique. Pour une valeur de r fixée, Ueff (r) est sensible à la charge Zeff (r) × e contenue dans
la sphère de rayon r. On trouve :
e Zeff (r)
Ueff (r) = (3.10)
4πǫ0 r
avec,
Z r
Zeff (r) = 2 − r ′2 R1s
2
(r ′ ) dr ′ (3.11)
0
Dans ce modèle, l’évolution de la charge en fonction de r est visualisée en figure 3.4. Sur cette même
42CHAPITRE 3. CALCUL DES ÉNERGIES PROPRES POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
0,2
0,15 n=2
n=3
n=4
r R10(r)Rn0(r)
0,1
0,05
0
2
-0,05
-0,1
0 5 10 15
r/a0
Figure 3.2 – r 2 R10 (r) Rn0 (r) en fonction de r/a0 pour n=2, 3 et 4.
Table 3.1 – ∆En (=E(1 S)-E(3 S)) pour les configurations électroniques (1s)(ns) de He et Li+ .
figure, l’énergie potentielle V (r) (=−e U (r)) associée à l’interaction entre un électron et le reste du
système est comparée au cas coulombien.
Dans le modèle du champ moyen, l’hamiltonien s’écrira sous la forme suivante :
H = H0 + Hc (3.12)
avec,
n
X ~2 ~ 2
H0 = − ∇i + Veff (ri ) (3.13)
2m
i=1
et,
n Xn X
n
X Ze2 e2
Hc = − − Veff (ri ) + (3.14)
4πǫ0 ri 4πǫ0 rij
i=1 i=1 j>i
L’idée principale de ce type de modèle est d’incorporer au mieux l’interaction électrostatique dans
l’hamiltonien séparable H0 . Le terme Hc sera alors traité comme une perturbation de l’hamiltonien
3.2. MODÈLE DU CHAMP CENTRAL 43
e− e−
e− e−
e−
e−
(a) (b)
Figure 3.3 – Illustration des deux cas limites pour un système atomique à 3 électrons.
d’ordre zéro H0 . Notons que le potentiel effectif radial, choisi pour minimiser Hc , n’est plus un potentiel
coulombien. Comme ce potentiel est radial, les états propres mono-électroniques de H0 s’écrivent
simplement comme :
Pour illuster la notion de potentiel effectif, prenons l’exemple des atomes alcalins. En 1889, en
analysant les spectres de ces atomes, Rydberg a proposé une relation empirique pour décrire l’énergie
des niveaux. Cette relation s’écrit sous la forme :
Rµ
Enl = − (3.18)
(n − δnl )2
2
1,8
1,6
Zeff
1,4
1,2 (a)
1
0,1 1 10
r/a0
0 (b)
Veff (u.a.)
Non coulombien
Coulombien
-20
0,1 1 10
r/a0
Figure 3.4 – (a) Charge effective ”vue” par un électron au voisinage de He+ (1s) ; (b) Énergie
potentielle électrostatique entre le coeur ionique He+ (1s) et un électron. Le potentiel coulombien est
calculé avec Z=2.
Dans l’état fondamental, les atomes d’alcalin peuvent être assimilés à un coeur ionique autour
duquel gravite un électron célibataire sur une sous-couche ns. On se retrouve dans un problème à un
électron. Par exemple, l’atome de sodium (Na) aura un coeur ionique 1s2 2s2 2p6 et un électron sur
la sous-couche (3s). Ainsi cet électron externe se trouve en interaction avec une densité de charge
volumique, sphérique en première approximation, qui va créer un potentiel non coulombien. Pour les
premières configurations excitées de l’atome de sodium, nous aurons les configurations électroniques
[Coeur ionique]3p puis [Coeur ionique]3d puis [Coeur ionique]4s ... On peut modéliser l’énergie poten-
tielle non coulombienne, associée à cette interaction par :
e2 β
Veff (r) = − 1+ (3.19)
4πǫ0 r r
Ce potentiel modèle permet de mettre en évidence le lien entre le caractère non-coulombien du po-
tentiel et la levée de dégénérescence en l. On voit également que le défaut quantique diminue quand l
3.2. MODÈLE DU CHAMP CENTRAL 45
orbitale 3s
orbitale 3p
orbitale 3d
0
0 5 10 15 20 25 30 35
r/a0
Table 3.2 – Défauts quantiques expérimentaux du lithium pour les orbitales 2s, 2p, 3s, 3p et 3d.
augmente. Ceci peut se comprendre facilement en regardant les densités de probabilité radiales pour
les orbitales 3s, 3p et 3d représentées en figure 3.5. Pour une valeur de n donnée, quand l augmente,
l’électron pénètre de moins en moins au sein du coeur ionique, interagit moins avec celui-ci et et le
potentiel ressenti par cet électron devient ainsi de plus en plus coulombien. Le défaut quantique sera
donc d’autant plus fort que l’orbitale pénétrera dans la région du coeur ionique (petites valeurs de l).
Les défauts quantiques pour les premières orbitales du lithium, déduits des mesures expérimentales,
sont reportés en Table 3.2.
Il est à noter que dans le cas général le défaut quantique dépend de n et l. Le raisonnement présenté
précédemment peut être suivi pour expliquer la diminution du défaut quantique quand n augmente
pour une même valeur de l.
Se pose la question de l’optimisation du potentiel effectif pour que le terme Hc puisse être traité
comme une perturbation. Pour que ce dernier terme soit le plus faible possible, il faut donc choisir
Veff (r) tel que hϕ | Hc | ϕi ≪ hϕ | H0 | ϕi.
Nous allons exposer une méthode alternative basée sur le principe variationnel dont nous allons
rappeler les bases.
46CHAPITRE 3. CALCUL DES ÉNERGIES PROPRES POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
hEi = hΨ | H | Ψi (3.21)
L’état normalisé | Ψi peut se décomposer sur la base des états stationnaires | Ψi i du système comme :
X
| Ψi = ai | Ψi i (3.22)
i
X
avec a2i = 1.
i
On en déduit l’expression de l’énergie moyenne :
X
hEi = a2i Ei
i
X
= E0 + a2i (Ei − E0 ) (3.23)
i
Dans cette dernière expression, Ei − E0 ≥ 0, ∀ i. Ainsi l’énergie moyenne, associée à la fonction d’essai
| Ψi, sera toujours supérieure ou égale à l’énergie fondamentale E0 du système, l’égalité étant obtenue
quand | Ψi coı̈ncide avec l’état stationnaire fondamental réel | Ψ0 i. Nous devons donc chercher à nous
approcher au mieux de l’énergie réelle E0 de l’état fondamental, ce qui revient à minimiser hEi par
rapport aux paramètres λj . Cette condition de minimisation s’écrit :
∂hEi
=0 (3.24)
∂λj
pour j= 1 à m.
hEi(Z ∗ ) = hΨ | H | Ψi (3.27)
avec,
2
X ~2 ~ 2 2e2 e2
H = (− ∇i − )+
2m 4πǫ0 ri 4πǫ0 r12
i=1
2
X ~2 ~ 2 Z ∗ e2
= (− ∇i − )
2m 4πǫ0 ri
i=1
2
X e2
+ (Z ∗ − 2)
4πǫ0 ri
i=1
e2
+ (3.28)
4πǫ0 r12
∞ Z
∗ ∗2 ∗ e2
hEi(Z ) = −2Z Rµ + 2 (Z − 2) r2 R2 (r) dr
r=0 4πǫ0 r 10
Z Z
2 2 2 2 e2
+ R10 (r1 ) R10 (r2 ) Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 ) d3~r1 d3~r2
4πǫ0 r12
| {z }
J(Z ∗ )
e2 Z ∗
= −2Z ∗2 Rµ + 2(Z ∗ − 2) + J(Z ∗ ) (3.29)
4πǫ0 a0
avec l’intégrale de Coulomb J(Z ∗ ) qui dépend du paramètre variationnel Z ∗ . En unité atomique, cette
intégrale est égale à 5Z ∗ /8. L’énergie moyenne, en unité atomique, s’écrit alors :
5Z ∗
hEi(Z ∗ ) = −Z ∗2 + 2(Z ∗ − 2)Z ∗ +
8
27 ∗
= Z ∗2 − Z (3.30)
8
27
L’énergie moyenne passe par un minimum pour Z ∗ = 16 =1,6875 (< 2, reflétant l’écrantage du noyau
atomique par le second électron). On trouve alors hEi=-2,848 ua=-77,5 eV, à comparer avec la valeur
expérimentale égale à -78,6 eV. L’erreur relative est maintenant égale à ≈ 1,4 %.
Ce même calcul peut être réalisé pour les ions iso-électroniques à l’hélium de numéro atomique
5
Z (Li+ , Be2+ , ... ) dans la configuration électronique fondamentale 1s2 . On obtient Z ∗ = Z − 16 et
2 5 25
hEi = −Z + 8 Z − 256 .
La méthode variationnelle peut être étendue pour obtenir des résultats encore plus proches de la
valeur exacte en utilisant plusieurs paramètres variationnels. Par exemple, il est possible de choisir
des fonctions mono-électroniques exprimées comme une combinaison linéaire de différentes orbitales
hydrogénoı̈des.
48CHAPITRE 3. CALCUL DES ÉNERGIES PROPRES POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
n
X n X
X
H = hi + hij (3.31)
i=1 i=1 j<i
avec,
~2 ~ 2 Ze2
hi = − ∇i − (3.32)
2m 4πǫ0 ri
et,
e2
hij = (3.33)
4πǫ0 rij
Pour une configuration électronique, la fonction d’onde totale s’écrit sous la forme d’un déterminant
de Slater :
avec ϕi (j) une fonction spin-orbitale mono-électronique pour l’électron j avec un jeu de nombres
quantiques i. Ces fonctions seront choisies orthonormées entre elles.
L’énergie Hartree-Fock s’écrit :
E = hΨ | H | Ψi
Xn n X
X
= ǫi + (Jij − Kij ) (3.35)
i=1 i=1 j<i
avec ǫi une énergie mono-électronique qui s’exprime à partir d’une intégrale mono-électronique :
et Jij une intégrale de Coulomb qui s’exprime à partir d’une intégrale bi-électronique :
et Kij une intégrale d’échange qui s’exprime à partir d’une intégrale bi-électronique :
À partir du principe variationnel, nous allons chercher à minimiser l’énergie Hartree-Fock en mo-
difiant les spin-orbitales ϕi en imposant toutefois l’orthonormalisation entre ces spin-orbitales. Ainsi,
nous pouvons écrire :
n X
X n
δE − λij δ(hϕi | ϕj i) = 0 (3.39)
i=1 i=1
où les λij sont les multiplicateurs de Lagrange, homogènes à une énergie.
Établissons tout d’abord l’expression de δE :
n
X
δE = [hδϕi | hi | ϕi i + hϕi | hi | δϕi i]
i=1
Xn Xn
+ [hδϕi | Jj − Kj | ϕi i + hϕi | Jj − Kj | δϕi i] (3.40)
i=1 j=1
et,
On obtient ainsi :
n
X
δE = [hδϕi | F | ϕi i + hϕi | F | δϕi i)] (3.44)
i=1
avec i = 1, n.
Ce système d’équations peut s’écrire sous forme matricielle :
F̃ | ϕ
~ i = λ̃ | ϕ
~i (3.47)
50CHAPITRE 3. CALCUL DES ÉNERGIES PROPRES POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
À partir de ce nouveau jeu d’orbitales, les opérateurs de Fock doivent être recalculés (voir équations
(3.41) et (3.42)) et un nouveau système d’équations de Hartree-Fock est obtenue. La procédure doit être
répétée un certain nombre de fois afin de faire converger l’énergie Hartree-Fock. On parle de méthode
auto-cohérente ou SCF (Self-Consistent-Field). Cette énergie s’approchera de la valeur exacte par des
valeurs supérieures. L’énergie Hartree-Fock finale s’écrira :
n
X
E = hϕ′i | F | ϕ′i i
i=1
n
X
= ǫ′i (3.49)
i=1
Cette méthode tient compte des interactions électron-noyau et électron-électron via un champ moyen.
En pratique, les orbitales mono-électroniques ϕi sont décomposées sur une base d’états χp et
l’optimisation s’effectue sur les coefficients du développement linéaire. Plus la base sera étendue, plus
l’énergie Hartree-Fock s’approchera de la valeur exacte de l’énergie électronique, la différence d’énergie
étant appelée l’énergie de corrélation.
Exercice 3.1 : Expliciter la fonction d’onde bi-électronique spin-orbitale associée à l’état quantique
| LML SMS i = | 4300i de la configuration d2 .
Exercice 3.2 : Pour la configuration 1s2 de l’hélium, l’intégrale de Coulomb, notée J(1s2 ) s’écrit
en unité atomique :
Z Z
2 2 2 2 2 1 3
J(1s ) = R10 (r1 ) R10 (r2 ) Y00 (θ1 , ϕ1 )Y00 (θ2 , ϕ2 ) d ~r1 d3~r2
r12
√
avec R10 (r1/2 ) = 4 2 e−2r1/2 .
Quand deux orbitales s sont impliquées, cette intégrale peut se mettre sous la forme :
Z ∞ Z ∞
2 2 2 1 2
J(1s ) = R10 (r1 ) R10 (r2 ) r1 dr1 r22 dr2
r1 =0 r2 =0 r >
Nous allons aborder ici le problème de l’interaction de structure fine dans le cas d’un atome à
plusieurs électrons.
Jusqu’à présent, nous avons vu que la prise en compte de l’hamiltonien He associé à l’interaction
électrostatique entre électrons avait pour conséquence, pour une configuration électronique donnée,
de lever partiellement la dégénérescence. Les états propres du système sont alors les termes LS.
L’approche théorique suivie pour traiter l’interaction de spin-orbite va dépendre de l’importance de
cet hamiltonien de structure fine HSO par rapport à He . Nous allons tout d’abord nous placer dans
une situation physique dans laquelle la contribution du terme de spin-orbite est très faible devant
celle associée à l’interaction électrostatique entre électrons. On parlera de couplage LS ou couplage
Russell-Saunders.
4.1.1 Couplage LS
Dans cette approximation, on peut hiérarchiser les hamiltoniens de la façon suivante :
He ≫ HSO (4.2)
également être utilisée et la matrice de H0 +He sera également diagonale dans cette base. Nous verrons
que cette base est parfaitement adaptée pour traiter l’interaction de spin-orbite en couplage LS. Du
fait de l’interaction entre électrons, une levée de dégénérescence apparaı̂t et chaque terme LS va avoir
une énergie associée notée E(γ, 2S+1 L). La notation γ indique la configuration dont est issu le terme
LS.
Dans une seconde étape, l’hamiltonien HSO va être traité dans le cadre de la théorie des per-
turbations stationnaires. Du fait de cette interaction, chaque terme LS va être affecté et une levée
de dégénérescence devrait apparaı̂tre. Pour calculer cette modification de l’énergie du système, notée
∆E, nous allons utiliser la théorie des perturbations stationnaires au premier ordre. Ainsi, nous devons
calculer la valeur moyenne de cet hamiltonien :
Jz
~
L
J~
~
S
~ et S
Figure 4.1 – Modèle vectoriel dans le cadre du couplage Russell-Saunders. Les vecteurs L ~
~
précessent autour du vecteur constant J.
4.1. HAMILTONIEN DE STRUCTURE FINE 53
~ S
∆E = A(γ, SL) hγ, SLJM | L. ~ | γ, SLJM i (4.5)
A(γ, SL)
∆E = [J(J + 1) − L(L + 1) − S(S + 1)] (4.6)
2
La constante A(γ, SL) correspond à la constante de spin-orbite qui dépend de la configuration électronique
(symbole γ) mais également des nombres quantiques S et L. D’après l’équation (4.6), on remarque que
l’énergie dépend maintenant de J, il y a donc une levée de dégénérescence en J. On parle de niveaux,
que l’on notera en notation spectroscopique 2S+1 LJ . Pour un terme LS donné, le nombre de niveaux
sera égal à L+S+1-| L − S |. Ainsi, quand L > S, le nombre de niveaux est égal à 2S + 1. Par contre,
quand L ≤ S, le nombre de niveaux est égal à 2L + 1. Comme l’énergie ne dépend pas du nombre
quantique M , la dégénérescence d’un niveau sera égal gJ = 2J + 1. En couplage LS, pour un niveau
donné, l’énergie s’exprime donc comme :
A(γ, SL)
E(γ,2S+1 LJ ) = E(γ,2S+1 L) + [J (J + 1) − L (L + 1) − S (S + 1)] (4.7)
2
Comme exemple, prenons un terme 3 P . Dans ce cas, L = 1 et S = 1. En couplant ces deux moments
cinétiques, on obtient J=0, 1 et 2. Trois niveaux s’en déduisent, à savoir 3 P0 , 3 P1 et 3 P2 .
On peut noter que pour un terme atomique singulet (S=0), on aura J = L et donc ∆E = 0. Ce
terme ne sera pas affecté par le spin-orbite.
Au sein d’un même terme, on peut exprimer la différence d’énergie entre deux valeurs de J suc-
cessives :
A(γ, SL)
E(J) − E(J − 1) = [J(J + 1) − L(L + 1) − S(S + 1)]
2
A(γ, SL)
− [J(J − 1) − L(L + 1) − S(S + 1)]
2
= A(γ, SL) × J (4.8)
On remarque que cette différence d’énergie est proportionnelle à la valeur de J la plus grande avec
le coefficient de proportionnalité égal à la constante A(γ, SL). On parle de la règle des intervalles de
Landé. Nous pouvons noter que les niveaux ne sont pas équidistants entre eux.
Comme illustration, prenons la configuration p2 en nous focalisant sur les niveaux 3 P0,1,2 . On aura :
état étiquetté comme un état d’une multiplicité de spin donnée serait en fait une combinaison linéaire
d’états de multiplicité de spin différente. Par exemple, pour une configuration p2 , un état triplet serait
en fait une combinaison d’états triplet et singulet.
On peut facilement montrer, à partir de la relation (4.7), que l’énergie du barycentre d’un multiplet
est égale à l’énergie du terme LS non perturbé par le spin-orbite, c’est-à-dire :
PL+S 2S+1 L )
J=|L−S| gJ × E(γ, J
PL+S = E(γ,2S+1 L) (4.10)
g
J=|L−S| J
Quand A(γ, SL) > 0, on parle d’un multiplet normal et l’énergie des niveaux est alors croissante
avec J. Ceci est obtenu lorsque le nombre d’électrons sur la sous-couche incomplète est inférieur à la
moitié du nombre maximal d’occupation de cette sous-couche. On parle de remplissage pre-médian.
Dans le cas contraire (A(γ, SL) < 0), on dit que le multiplet est inversé et on parle alors de remplissage
post-médian. Les configurations complémentaires np2 et np4 donnent les mêmes termes LS. Le terme
le plus bas en énergie est le 3 P dans les deux cas. Pour ce terme LS, le niveau le plus bas sera 3 P0 et 3 P2
pour les configurations np2 et np4 , respectivement. Pour une sous-couche (p3 , d5 , ...), la constante de
spin-orbite est nulle et aucune levée de dégénérescence n’est produite par l’interaction de spin-orbite.
Pour résumer la philosophie du couplage LS, prenons comme exemple la configuration électronique
du silicium neutre (Z=14) qui se note 1s2 2s2 2p6 3s2 3p2 . Voici les différentes étapes du raisonnement :
1. En considérant uniquement l’hamiltonien H0 (électrons indépendants), une seule énergie est
associée à cette configuration. La dégénérescence est alors égale à gnl = C62 = 15.
2. La prise en compte de l’interaction entre électrons (hamiltonien H0 +He ) engendre une première
levée de dégénérescence et un éclatement en 3 multiplets 3 P , 1 S et 1 D de dégénérescences égales
à 9, 1 et 5, respectivement. Ces termes LS sont déterminés en considérant uniquement les deux
électrons équivalents 3p car les sous-couches 1s, 2s, 2p et 3s sont complètes et génère S = 0 et
L = 0 (terme spectroscopique 1 S).
3. Finalement la prise en compte de l’interaction de spin-orbite lève la dégénérescence des termes
LS et engendre une structure en niveau. Dans le cas du silicium (3p2 ), seul le terme 3 P va être
affecté pour donner 3 niveaux d’énergie différente, comme représenté en figure 4.2. Sur cette
même figure il apparaı̂t clairement que la différence d’énergie entre les niveaux à l’intérieur d’un
multiplet (de l’ordre de grandeur de la constante A(γ, SL)) est très faible devant la différence
d’énergie entre les termes LS d’une même configuration. Dans le cas présenté ici, la différence
d’énergie entre termes LS est de l’ordre de plusieurs milliers de cm−1 (≈ 6000 cm−1 et ≈ 9000
cm−1 ) alors que la différence d’énergie entre les niveaux est de l’ordre de la centaine de cm−1 .
On peut finalement vérifier la règle des intervalles de Landé pour la configuration fondamentale
du silicium. À partir des données expérimentales, nous obtenons :
E(J = 2) − E(J = 1)
= 1, 89 (4.11)
E(J = 1) − E(J = 0)
Cette valeur est relativement proche de la valeur théorique égale à 2 dans le cas d’un couplage
LS pur. On parlera d’un couplage LS approché.
Il est à noter que le couplage Russell-Saunders est généralement bien vérifié pour les atomes légers
(Z inférieur à typiquement 40). Pour mettre en évidence l’importance relative des hamiltoniens He et
4.1. HAMILTONIEN DE STRUCTURE FINE 55
H0 + He H0 + He + HSO
E
1S
1S
0
9095,5 cm−1
1D
1D
2
6149,2 cm−1
3P
2
3P
146,0 cm−1
3P
1
77,1 cm−1
3P
0
HSO , nous reportons en Table 4.1 les données spectroscopiques pour la série iso-électronique du sili-
cium dans la configuration électronique fondamentale 3p2 . Quand Z augmente, la différence d’énergie
entre les niveaux 1 S0 et 3 P0 , différence d’énergie sensible à l’interaction électrostatique entre électrons,
augmente. De même la différence d’énergie entre J=1 et J=0 dans le multiplet 3 P , sensible à l’inter-
action spin-orbite, augmente également mais plus fortement. Ainsi, on s’attend à ce que le couplage
LS devienne de moins en moins bon lorsque Z augmente dans cette série isoélectronique. Ceci est
effectivement observé expérimentalement en analysant l’écart à la règle de Landé (voir dernière ligne
de la Table 4.1). Ce rapport, égal à 2 dans le cas d’un couplage LS pur, diminue quand Z augmente.
Nous allons maintenant analyser un second schéma théorique adapté aux situations physiques dans
lesquelles le terme spin-orbite devient largement dominant par rapport au terme d’interaction entre
électrons. Ceci est un cas limite qui pourra se rencontrer dans les atomes lourds.
HSO ≫ He (4.12)
Ainsi une première étape consistera à déterminer les états propres de l’hamiltonien H0 + HSO puis de
traiter l’hamiltonien He comme une perturbation de H0 +HSO . Cette situation physique se rencontrera
56 CHAPITRE 4. SPIN-ORBITE POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
Si P+ S2+ Cl3+
Z 14 15 16 17
E(1 S 3 −1
0 ) − E( P0 ) (cm ) 15394,4 21576,6 27161,0 32547,8
E(J = 1) − E(J = 0) (cm−1 ) 77,1 164,9 298,7 492,0
E(J = 2) − E(J = 1)
1,89 1,84 1,79 1,73
E(J = 1) − E(J = 0)
Table 4.1 – Données spectroscopiques expérimentales pour les espèces isoélectroniques Si, P+ , S2+ et
Cl3+ dans la configuration électronique fondamentale 3p2 .
dans le cas d’atomes lourds pour lesquels l’interaction de spin-orbite (constante de spin-orbite ∝ Z 4
dans le cas d’un système hydrogénoı̈de, voir équation (1.74)) devient forte.
Regardons tout d’abord les règles de commutation de H0 + HSO avec les différents opérateurs de
moment cinétique. H0 est un hamiltonien associé à un système de n électrons indépendants. Donc H0
commute avec ~si et ~li pour i=1, n. Par contre l’hamiltonien HSO commute uniquement avec ~s2i et ~li2
mais également avec ~ji et donc avec ~ji2 , jiz . L’hamiltonien H0 + HSO est un hamiltonien séparable et
Xn
peut donc s’écrire sous la forme hi avec l’hamiltonien mono-électronique hi donné par :
i
~2 ~ 2 Z e2
hi = − ∇i − + ξ(ri ) ~li .~si (4.13)
2m 4πǫ0 ri
Au vu des règles de commutation, les états propres de cet hamiltonien mono-électronique hi sont les
états couplés | ni si li ji mi i, ji prenant des valeurs demi-entières comprises entre | li − 1/2 | et li + 1/2
car si =1/2. Si li =0 (électron s), on aura une seule valeur ji = 1/2. Par contre si li > 0, on aura deux
valeurs possibles pour ji , c’est-à-dire ji =li -1/2 et li +1/2.
Comme hi commute avec ~ji , les énergies propres de hi ne dépendront pas de la projection mi .
L’hamiltonien étant séparable, les états propres de H0 + HSO s’écriront sous la forme d’un produit
tensoriel des états propres mono-électroniques.
Par exemple, pour une configuration (n1 l1 )(n2 l2 ) à deux électrons non équivalents, les états propres
pourront s’écrire sous la forme :
| n1 s1 l1 j1 m1 i⊗ | n2 s2 l2 j2 m2 i ≡ | γ, j1 m1 j2 m2 i (4.14)
Dans cette expression, la notation γ englobe le jeu de nombres quantiques (n1 , l1 , n2 , l2 ) associé à la
configuration électronique étudiée, les spins s1 et s2 étant omis car toujours égaux à 1/2. Du fait des
règles de commutation données précédemment, nous pouvons écrire :
hγ, j1 m1 j2 m2 | H0 + HSO | γ, j1′ m′1 j2′ m′2 i = E(γ, j1 , j2 ) × δ(j1 , j1′ ) × δ(j2 , j2′ )
× δ(m1 , m′1 ) × δ(m2 , m′2 ) (4.15)
Le terme jj, noté (j1 , j2 ), sera donc (2j1 + 1) × (2j2 + 1) dégénérés. L’énergie E(γ, j1 , j2 ) peut
s’écrire :
La seconde étape consiste à traiter l’hamiltonien HSO . Il nous suffit d’utiliser les résultats obtenus sur
l’interaction de spin-orbite dans un système hydrogénoı̈de. Ainsi, si les nombres quantiques l1 et l2 sont
supérieurs strictement à zéro, on obtient un éclatement en 4 niveaux d’énergie chacun caractérisés par
le couple (j1 ,j2 ), à savoir (l1 + 1/2, l2 + 1/2), (l1 + 1/2, l2 − 1/2), (l1 − 1/2, l2 + 1/2) et (l1 − 1/2, l2 − 1/2).
En notant E(j1 , j2 ) l’énergie du niveau caractérisé par le couple (j1 , j2 ), on trouve :
ASO (n1 ,l1 )
E(l1 + 1/2, l2 + 1/2) = E0 + 2 × l1 + ASO (n
2
2 ,l2 )
× l2
E(l + 1/2, l − 1/2) = E + ASO (n1 ,l1 ) ASO (n2 ,l2 )
1 2 0 2 × l1 − 2 × (l2 + 1)
E(l1 − 1/2, l2 + 1/2) = E0 − ASO (n1 ,l1 ) ASO (n2 ,l2 )
2 × (l1 + 1) + 2 × l2
ASO (n1 ,l1 ) ASO (n2 ,l2 )
E(l1 − 1/2, l2 − 1/2) = E0 − 2 × (l1 + 1) − 2 × (l2 + 1)
Z 4 α2
avec la constante de spin-orbite, exprimée en unité atomique, ASO (n, l) = (> 0)
2n3 (l + 1)(l + 12 )l
dans le cas d’un potentiel coulombien.
Considérons la configuration électronique composée de deux électrons p non équivalents notée
(n1 p)(n2 p). Dans ce cas, on a l1 =l2 =1. On trouve donc :
E(3/2, 3/2) = E0 + 12 ASO (n1 p) + 21 ASO (n2 p)
E(3/2, 1/2) = E + 1 A (n p) − A (n p)
0 2 SO 1 SO 2
1
E(1/2, 3/2) = E0 − ASO (n1 p) + 2 ASO (n2 p)
E(1/2, 1/2) = E0 − ASO (n1 p) − ASO (n2 p)
Pour une configuration du type (n1 s)(n2 l) avec l > 0, nous avons l1 =0 et donc une seule valeur
pour j1 , à savoir j1 = 1/2. Il en découle l’apparition de 2 niveaux tels que le couple (j1 , j2 ) prend les
valeurs (1/2, l + 1/2) et (1/2, l − 1/2). Les énergies de ces deux niveaux sont données par :
1
E(1/2, l + 1/2) = E0 + 2 ASO (n2 , l) × l
E(1/2, l − 1/2) = E − 1
0 2 ASO (n2 , l) × (l + 1)
j1 m1 j2 m2 M
1/2 1/2 1/2 -1/2 0
3/2 3/2 3/2 1/2 2
3/2 3/2 3/2 -1/2 1
3/2 3/2 3/2 -3/2 0
3/2 1/2 3/2 -1/2 0
3/2 1/2 3/2 -3/2 -1
3/2 -1/2 3/2 -3/2 -2
3/2 -3/2 1/2 -1/2 -2
3/2 -3/2 1/2 1/2 -1
3/2 -1/2 1/2 -1/2 -1
3/2 -1/2 1/2 1/2 0
3/2 1/2 1/2 -1/2 0
3/2 1/2 1/2 1/2 1
3/2 3/2 1/2 -1/2 1
3/2 3/2 1/2 1/2 2
Table 4.2 – 15 états quantiques possibles pour la configuration p2 dans le couplage j − j. La valeur
de M (=m1 + m2 ) est également reportée.
donc obtenue en calculant la valeur moyenne de He dans la base | γj1 m1 j2 m2 i. Alors que les électrons
étaient indépendants jusqu’à présent, la prise en compte de l’interaction répulsive entre électrons fait
que l’hamiltonien n’est plus séparable. On définit le moment cinétique total J~ = ~j1 + ~j2 . Comme le
système est isolé, l’hamiltonien total H0 + HSO + He commute avec J~ et donc avec J~2 et Jz . Pour
calculer la valeur moenne de He , nous allons nous placer dans la base couplée | γ, j1 j2 JM i avec
J =| j1 − j2 |, | j1 − j2 | +1, ..., j1 + j2 . Nous devons donc calculer :
∆E = hγ, j1 j2 JM | He | γ, j1 j2 JM i
e2 1
= hγ, j1 j2 JM | | γ, j1 j2 JM i (4.18)
4πǫ0 r12
Sans faire aucun calcul et en utilisant un argument de symétrie, nous pouvons dire que cet élément
de matrice ne dépendra pas de la projection M , ceci étant la conséquence que He commute avec J. ~
Il n’y a pas de direction privilégiée dans l’espace et l’énergie du système ne peut pas dépendre de la
projection de J~ suivant un axe de quantification. En fait, on peut montrer que cet hamiltonien peut
être remplaçé par un opérateur effectif dans le sous-espace | j1 j2 JM i dont l’expression est donnée
par :
E H0 H0 + HSO
(j1 , j2 )
(3/2, 3/2)
3 ASO (n1 p)
2
(n1 p)(n2 p)
E0
(1/2, 3/2)
3
2 [ASO (n2 p) − ASO (n1 p)]
(3/2, 1/2)
(1/2, 1/2)
Figure 4.3 – Schéma énergétique en couplage j − j dans le cas d’une configuration électronique
(n1 p)(n2 p) en supposant 0 < ASO (n1 p) < ASO (n2 p).
De cette dernière relation, il apparaı̂t que pour un terme (j1 , j2 ) donné, une nouvelle levée de dégénérescence
va apparaı̂tre, l’énergie étant maintenant dépendante de J. On obtient une structure en niveaux qui
seront notées (j1 , j2 )J pour une configuration électronique à deux électrons.
Reprenons le cas d’une configuration électronique (n1 s)(n2 l) avec l > 0. Deux termes avaient été
déterminés (j1 , j2 ) = (1/2, l + 1/2) et (1/2, l − 1/2).
Pour le premier terme (1/2, l + 1/2), on obtient deux valeurs différentes de J, à savoir J = l et
J = l + 1. On obtient :
(
A′1 3
∆E(J = l) = − 2 (l + 2 )
A ′
∆E(J = l + 1) = 21 (l + 12 )
60 CHAPITRE 4. SPIN-ORBITE POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
Pour le second terme (1/2, l − 1/2), on obtient deux valeurs différentes de J, à savoir J = l et J = l − 1.
On obtient :
(
A′
∆E(J = l) = 22 (l − 21 )
A′2
∆E(J = l − 1) = − 2 (l + 12 )
En figure 4.4, nous reportons la structure énergétique pour une configuration n1 sn2 d obtenue en
couplage jj. Pour cette même configuration, les énergies sont données en Table 4.3.
H0 H0 + HSO H0 + HSO + He
E
(1/2, 5/2)
3
2
ASO (n2 d)
(n1 s)(n2 d)
E0
− 32 ASO (n2 d)
1
(1/2, 3/2)
J
(j1 , j2 )
Figure 4.4 – Schéma énergétique en couplage j − j dans le cas d’une configuration électronique
n1 sn2 d.
Pour une configuration à électrons équivalents, le principe de Pauli doit être pris en considération
pour déterminer les valeurs possibles du moment cinétique total J. Illustrons ceci en regardant la confi-
guration p2 . Dans la Table 4.2, nous avons reporté les valeurs possibles de M pour les différents couples
(j1 , j2 ). Nous pouvons en déduire que les niveaux (j1 , j2 )J possibles sont (1/2, 1/2)0 , (3/2, 3/2)0 ,
(3/2, 3/2)2 , (1/2, 3/2)1 et (1/2, 3/2)2 . On retrouve bien une dégénérescence égale à 15.
Table 4.3 – Énergie associée à une configuration n1 sn2 d, de dégénérescence g = C21 × C10
1 = 20, dans
le couplage j − j.
alors caduques et on parle de couplage intermédiaire. Dans cette nouvelle situation, les deux hamilto-
niens He et HSO doivent être traités au même niveau. Il va falloir se placer dans une base et diagonaliser
alors la matrice représentative de l’hamiltonien H=H0 + HSO + He afin d’obtenir les énergies propres
et les états propres.
Pour une configuration électronique donnée (γ), nous pouvons utiliser la base | γ, LSJM i. Comme
H commute avec J, ~ les éléments de matrice seront donc donnés par :
La diagonalisation de cette matrice permet d’obtenir deux énergies propres. Les états propres seront
des combinaisons linéaires de 1 S0 et 3 P0 .
Pour J=2, on écrit l’hamiltonien dans la base formée par les niveaux 1 D2 et 3 P2 . Cette matrice
s’écrit :
√ !
E(1 D) 2A
√ (4.23)
2A E(3 P ) + A
La diagonalisation de cette matrice permet d’obtenir les deux dernières énergies propres. Les états
propres seront des combinaisons linéaires de 1 D2 et 3 P2 . Il est à noter que, suite aux deux diagonali-
sations, les états propres seront des combinaisons d’états singulet et triplet.
62 CHAPITRE 4. SPIN-ORBITE POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
En figure 4.5 sont reportées les 5 énergies propres en fonction du paramètre sans dimension
A/∆E(1 S −3 P ) avec ∆E(1 S −3 P ) = E(1 S) − E(3 P ). Quand ce paramètre augmente, la contri-
bution spin-orbite devient de plus en plus importante par rapport à l’interaction entre électrons et
nous passons d’un couplage LS à un couplage jj.
2
Couplage intermediaire pour une configuration p
1
S0
1
S
Energie
1
D 1
D2
3
P 3
P2
3
P1
3
P0
(1/2,3/2)2
(1/2,3/2)1
(1/2,1/2)0
0 1 2 3
1 3
A/∆E( S- P)
Comme nous l’avons vu précédemment, nous avons souvent fait appel à la notion d’opérateurs
effectifs dans un sous-espace réduit. Nous allons montrer que ces propriétés découlent d’un théorème
fondamental, appelé théorème de Wigner-Eckart. Définissons tout d’abord la notion d’opérateur vec-
toriel.
4.2. DÉTERMINATION DES OPÉRATEURS EFFECTIFS 63
[J0 , Aq ] = ~ qqAq
[J−1 , Aq ] = ~ 1 − q(q−1)
2 Aq−1
q
q(q+1)
[J1 , Aq ] = −~ 1 − 2 Aq+1
hJM | A1 | JM ′ i (1 − M + M ′ ) = 0 (4.25)
Cette dernière relation, vraie quelle que soit la valeur de M , permet d’affirmer que les éléments de
matrice de l’opérateur A1 sont proportionnels à ceux de l’opérateur J1 , le coefficient de proportionnalité
étant indépendant de M . Ce résultat peut s’écrire :
Ainsi les constantes de proportionalité C et C ′ sont égales et les éléments de matrice de l’opérateur
~ sont donc proportionnels à ceux de J.
vectoriel A ~
Ce résultat fondamental s’écrit :
~ | JM ′ i = C hJM | J~ | JM ′ i
hJM | A (4.31)
~ J~ = Ax Jx + Ay Jy + Az Jz
A.
= A0 J0 − A1 J−1 − A−1 J1 (4.32)
Ainsi nous en déduisons la relation entre les deux opérateurs dans le sous-espace | JM i :
~ ~
~ = hJM | A.J | JM i J~
A (4.34)
hJM | J~2 | JM i
Ce résultat est fondamental et va nous permettre d’établir l’expression des opérateurs effectifs utilisés
dans les sections précédentes.
4.2. DÉTERMINATION DES OPÉRATEURS EFFECTIFS 65
Le produit scalaire entre les moments cinétiques individuels peut alors s’exprimer simplement comme :
~ ~ ~
~li .~si = hLML | li .L | LML i × hSMS | ~si .S | SMS i L.
~ S~ (4.38)
~ 2 | LML i
hLML | L hSMS | S~ 2 | SMS i
Exercice 4.1 : On note O un opérateur qui s’écrit comme une somme d’opérateurs mono-
P
électroniques O(i), c’est-à-dire O = i O(i). Dans le cas d’un système à 2 électrons, montrer que
l’action d’un tel opérateur sur un déterminant de Slater satisfait la relation suivante :
O (mm1
s1
, mm
2
s2
) = (O mm
1
s1
, mms2 ms1
2 ) + (m1 , O m2 )
ms2
P
Pour la configuration électronique p2 , en déduire l’action de l’opérateur 2i=1 ~li .~si sur le déterminant
de Slater (1− , −1+ ).
Même question pour la configuration d2
Exercice 4.2 : Pour une configuration n1 l1 n2 l2 et quels que soient les nombres quantiques m1 , m2 ,
ms1 et ms2 , montrer que :
X2
( ~l2 ) (mms1 , mms2 ) = [l1 (l1 + 1) + l2 (l2 + 1)] (mms1 , mms2 ) (4.40)
i 1 2 1 2
i=1
P2 ~2
En déduire l’action de l’opérateur i=1 li sur un état quantique | LML SMS i.
Exercice 4.3 : Déterminer les niveaux (j1 , j2 )J pour la configuration pd. Vérifier que vous retrouvez
la dégénérescence de la configuration.
66 CHAPITRE 4. SPIN-ORBITE POUR UN ATOME POLYÉLECTRONIQUE
Chapitre 5
Une molécule est un assemblage d’atomes stabilisé principalement par les interactions électrosta-
tiques. Contrairement au cas des atomes, la présence de plusieurs noyaux apporte une petite difficulté
supplémentaire dans la mesure où chaque noyau est un centre de force pour les électrons, ces différents
centres de force n’étant pas localisés spatialement en un même point. La belle symétrie sphérique, point
de départ de toutes les approches théoriques en physique atomique, est maintenant perdue. Dans le
cadre de ce cours de physique moléculaire, nous nous restreindrons au cas de molécules diatomiques.
Précisons tout d’abord les notations que nous utiliserons par la suite. On note R ~ A et R~ B les
vecteurs positions des noyaux A et B, respectivement de masse MA et MB et de charge ZA et ZB .
On note R =|| R ~A − R
~ B || la distance entre les deux noyaux. On parlera de distance internucléaire ou
interatomique.
On note m la masse des électrons repérés dans l’espace par le vecteur position ~ri . Les distances
(A) (B)
entre l’électron i et les noyaux A et B seront notées respectivement ri et ri . La distance entre les
électrons i et j est notée rij . Le nombre d’électrons est noté n. Dans une molécule neutre, on aura
bien évidemment n = ZA + ZB . L’ensemble des notations est résumé sur la figure 5.1 dans le cas où
n=2.
L’hamiltonien non relativiste de la molécule, somme des opérateurs d’énergie cinétique et poten-
67
68CHAPITRE 5. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE À UN SEUL ÉLECTRON
~2 ~ 2 ~2 ~ 2 ZA ZB e2
H = (− ∇A − ∇B + )
2MA 2MB 4πǫ0 R
| {z }
HN
n
X ~2 2
~ 2 − e ( ZA + ZB ))
+ (− ∇
2m i 4πǫ0 r (A) r (B)
|i=1 {z i i
}
H0
n−1 n
X X e2
+ (5.1)
4πǫ0 rij
i=1 j=i+1
| {z }
He
Les états stationnaires, solutions de l’équation de Schrödinger indépendante du temps, seront ca-
ractérisés par la fonction d’onde Ψ(R~ A, R
~ B , ~r1 , ..., ~rn ) qui dépendra dans le cas général des coordonnées
nucléaires et des coordonnées électroniques.
Comme la masse des protons est très grande devant celle de l’électron, nous allons procéder à une
approximation fondamentale en physique moléculaire, appelée approximation de Born-Oppenheimer
ou approximation adiabatique, qui consiste à traiter les électrons pour une configuration fixe des
noyaux. En effet, du fait de la grande différence de masse entre ces particules, la dynamique des
noyaux est beaucoup plus lente que celle des électrons. Nous allons donc tout d’abord résoudre le
problème électronique, c’est-à-dire déterminer la fonction d’onde électronique de la molécule, pour
une configuration figée des noyaux. En notant TN l’opérateur d’énergie cinétique des deux noyaux,
l’hamiltonien H peut se scinder en deux termes :
~2 ~ 2 ~2 ~ 2
H = H (0) + (− ∇A − ∇ ) (5.2)
2MA 2MB B
| {z }
TN
avec,
n
" !# n−1 n
X ~2 ~ 2 e2 ZA ZB X X e2 ZA ZB e2
H (0) = − ∇i − (A)
+ (B)
+ + (5.3)
2m 4πǫ0 ri ri 4πǫ0 rij 4πǫ0 R
i=1 i=1 j=i+1
Comme les noyaux sont figés, nous allons tout d’abord résoudre l’équation de Schrödinger pour l’ha-
miltonien H (0) .
Par contre, il est important de noter que la fonction d’onde électronique, solution de l’équation de
Schrödinger avec l’hamiltonien Born-Oppenheimer H (0) , dépendra de la distance internucléaire via les
(A) (B)
distances ri et ri . On parlera de dépendance paramétrique par rapport à la distance internucléaire
R. La fonction d’onde électronique du système, solution de H (0) , s’écrira Ψ(~r1 , ..., ~rn ; R). Cette fonction
d’onde satisfait donc à l’équation de Schrödinger :
avec E(R) l’énergie propre associée à l’état stationnaire. Cette énergie dépendra de la distance inter-
nucléaire R.
5.2. RÈGLES DE COMMUTATION ET SYMÉTRIE MOLÉCULAIRE 69
m
r12
m
(B)
(A) (B)
r1 r2
r1
(A)
r2
R
ZA , MA ZB , MB
Comme en physique atomique, nous allons tout d’abord étudier le cas d’une molécule possédant
un seul électron, permettant ansi de s’affranchir du terme de répulsion entre électrons, puis nous
construirons un formalisme pour traiter le cas de molécules diatomiques possédant plusieurs électrons.
Un système moléculaire possédant un seul électron ne peut être bien évidemment qu’un système ionisé.
Partons du système moléculaire le plus simple, à savoir l’ion H2+ , composé de deux protons (masse
notée M ) et d’un électron. Dans ce cas, les deux noyaux sont identiques, on parlera de molécule
diatomique homonucléaire. Dans le cas contraire, on parlera de molécule diatomique hétéronucléaire.
L’ion H2+ est représenté schématiquement sur la figure 5.2.
(A) (B)
r1 r1
R
ZA = 1, MA = M ZB = 1, MB = M
e−
(A) (B)
~r1 ~r1
~r
A O B
-~r
(A) (B) (B) (A)
~r1 = −~r1 ~r1 = −~r1
Figure 5.3 – Action de l’opérateur d’inversion dans une molécule diatomique homonucléaire où A et
B sont deux noyaux identiques.
Nous pouvons également noter que tous les plans passant par l’axe internucléaire seront plans de
symétrie. L’axe (Oz) sera pris le long de l’axe internucléaire. Prenons les plans (yz) et (xz) comme
plans de symétrie et notons σyz et σxz les opérateurs de symétrie par rapport à ces deux plans. Comme
le système physique est invariant dans ces deux opérations de symétrie, l’hamiltonien commute avec
les opérateurs σyz et σxz . Les états propres moléculaires seront donc symétrique ou antisymétrique
par rapport à ces opérations de symétrie. Comme σyz 2 =σ 2 =1, les valeurs propres seront égales à +1
xz
(état symétrique avec la notation +) ou -1 (état antisymétrique avec la notation -).
A, à savoir φnlm (~r(A) ). En notation de Dirac, nous noterons cet état atomique centré sur A (respecti-
vement sur B) comme | nlmiA (respectivement | nlmiB ).
∂
1. lz φnlm (~r(A/B) ) = −i ~ φnlm (~r(A/B) ) = m~ φnlm (~r(A/B) ). Ainsi, nous pouvons écrire :
∂ϕ
On en déduit que :
avec λ =| m |.
2. I φnlm (~r(A/B) ) = φnlm (−~r(B/A) ) = (−1)l φnlm (~r(B/A) ). Ainsi, nous pouvons écrire :
Cet opérateur de symétrie est à considérer uniquement dans le cas des molécules homonucléaires.
3. Analysons l’action de l’opérateur σxz sur φnlm (~r(A/B) ) :
Comme l’hamiltonien ne dépend pas des coordonnées de spin et comme les opérateurs de symétrie
n’agissent pas dans l’espace des spins, on en déduit que ~s2 et sz commutent avec H, lz , lz2 , σV , σV′
et I. Les opérateurs σV et σV′ jouent le même rôle, seul l’opérateur σV′ sera retenu par convention.
L’opérateur lz ne commute pas avec σV′ alors que lz2 commute avec σV′ .
À partir de l’ensemble de ces résultats, on remarque que H, ~s2 , sz , lz2 , σV′ et I constituent un
ensemble complet d’opérateurs qui commutent entre eux (ECOC) pour une molécule diatomique ho-
monucléaire. Les bons nombres quantiques qui caractériseront un état moléculaire mono-électronique
seront s, ms , λ et les nombres quantiques associés aux opérateurs de symétrie σV′ et I.
Dans le cas d’une molécule hétéronucléaire, l’ECOC sera composé de H, ~s2 , sz , lz2 et σV′ . Les bons
nombres quantiques qui caractériseront un état moléculaire mono-électronique seront s, ms , λ et le
nombre quantique associé à l’opérateur de symétrie σV′ .
Notons finalement que s pourra être omis car il sera toujours égal à 1/2.
| ϕi = cA | ϕA i + cB | ϕB i (5.14)
Les fonctions d’onde atomiques ainsi que les coefficients cA et cB seront pris réels. L’énergie du système
moléculaire va s’écrire comme :
hϕ | H (0) | ϕi
E= (5.15)
hϕ | ϕi
(c2A + c2B + 2cA cB SAB ) E = c2A HAA + c2B HBB + 2cA cB HAB (5.16)
Dans cette dernière expression, on a HAA = hϕA | H (0) | ϕA i, HBB = hϕB | H (0) | ϕB i, HAB = hϕA |
H (0) | ϕB i et finalement SAB = hϕA | ϕB i, appelée l’intégrale de recouvrement entre les orbitales
atomiques centrées sur A et B. Notons que HAB = HBA quand les fonctions d’onde atomiques sont
réelles et que HAA = HBB si les deux fonctions d’onde atomiques sont identiques, ce qui implique
alors que la molécule est homonucléaire et que les deux orbitales soient identiques.
Analysons tout d’abord la dépendance de l’intégrale de recouvrement en fonction de la distance
internucléaire R, en explicitant cette intégrale à deux centres :
Z
1~ 1~ 3
SAB (R) = ϕA (~r − R) ϕB (~r + R) d ~r (5.17)
2 2
De cette expression, on remarque que limR→∞ SAB (R) = 0 et limR→0 SAB (R) = 1 (si les deux
fonctions d’ondes atomiques sont identiques). SAB (R) sera une fonction monotone décroissante.
5.4. CONSTRUCTION DES ÉTATS MOLÉCULAIRES PAR LA MÉTHODE CLOA 73
En utilisant les coordonnées elliptiques, cette intégrale à deux centres se calcule facilement. Dans
ce nouveau système de coordonnées, les 3 coordonnées sont η = (r (A) + r (B) )/R, ν = (r (A) − r (B) )/R
et l’angle azimutal ϕ. La coordonnée η varie entre 1 et + ∞. La coordonnée ν varie entre -1 et +1
alors que ϕ est comprise entre 0 et 2π. L’élément de volume d3~r est égale à 18 R3 (η 2 − ν 2 ) dη dν dϕ.
Dans le cas de deux orbitales 1s, l’intégrale de recouvrement en fonction de la distance R s’écrit :
Z 2π Z ∞ Z 1
1 1
SAB (R) = 3 dϕ dη dν R3 (η 2 − ν 2 )e−ηR/a0
πa −1 8
0 0 1
R 1 R
= 1+ + ( )2 e−R/a0 (5.18)
a0 3 a0
Cette intégrale de recouvrement entre les orbitales 1s de l’hydrogène est reproduite en figure 5.4.
1.25
1.00
SAB
0.75
0.50
0.25
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8
R/a0
On peut également expliciter les intégrales de Coulomb HAA et HBB qui seront une fonction de la
distance R. Pour l’élément de matrice HAA , nous trouvons :
~2 ~ 2 e2 e2 1 1
HAA (R) = hϕA | (− ∇ − ) − ( − ) | ϕA i
2m 4πǫ0 r (A) 4πǫ0 r (B) R
e2 e2 1
= EA + − hϕA | (B) | ϕA i
4πǫ0 R 4πǫ0 r
Z
e2 e2 1~ 1 1~ 3
= EA + − ϕ∗A (~r − R) (B)
ϕA (~r − R) d ~r
4πǫ0 R 4πǫ0 2 r 2
Z
e2 e2 1~ 2 1
= EA + − | ϕA (~r − R) | d3~r (5.19)
4πǫ0 R 4πǫ0 2 r (B)
| {z }
IAA >0
1~
avec r (B) =|| ~r + R ||.
2
De cette expression, on remarque que HAA tend vers l’énergie atomique EA quand R tend vers
l’infini. L’intégrale IAA , toujours positive, augmente quand R diminue mais moins vite que le terme de
répulsion entre les deux noyaux. Ainsi HAA (R) et HBB (R) sont des fonctions monotones décroissantes
(voir figure 5.5). Le calcul exact en coordonnées elliptiques entre deux orbitales 1s de l’hydrogène
74CHAPITRE 5. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE À UN SEUL ÉLECTRON
donne :
e2 a0
HAA (R) = EA + (1 + ) e−2R/a0 (5.20)
4πǫ0 a0 R
En considérant le cas | ϕiA =| ϕiB (possible uniquement dans le cas d’une molécule homonucléaire),
on aura HAA (R) = HBB (R).
2.5
2.0
1.5
HAA (u.a.)
1.0
0.5
R/a0
0
1 2 3 4 5 6 7 8
−0.5
−1.0
Figure 5.5 – L’élément de matrice HAA entre deux orbitales 1s de l’hydrogène en fonction de la
distance internucléaire.
Finalement, on peut expliciter les intégrales de résonance HAB et HBA qui seront une fonction de
la distance R entre les deux noyaux. Pour HAB , on a :
~2 ~ 2 e2 1 e2 1 1
HAB (R) = hϕA | (− ∇ − ) − ( − ) | ϕB i
2m 4πǫ0 r (B) 4πǫ0 r (A) R
e2 1 1
= EB SAB − hϕA | (A) − | ϕB i
4πǫ0 r R
2 2 Z
e e 1~ 1 1~ 3
= (EB + ) SAB − ϕ∗A (~r − R) ϕB (~r + R) d ~r (5.21)
4πǫ0 R 4πǫ0 2 r (A) 2
| {z }
IAB >0 ou <0
1~
avec r (A) =|| ~r − R) ||.
2
De cette expression, on remarque que cette intégrale de résonance tend vers zéro quand R tend vers
l’infini. Par contre, l’intégrale IAB apparaissant dans l’équation (5.21) peut être positive ou négative.
Notons que dans le cas d’orbitales atomiques ns, cette intégrale sera toujours positive quand R ≫ a0 .
5.4. CONSTRUCTION DES ÉTATS MOLÉCULAIRES PAR LA MÉTHODE CLOA 75
Les fonctions HAB (R) et HBA (R) sont des fonctions qui admettent un minimum pour une valeur
particulière de R (voir figure 5.6). Le calcul exact en coordonnées elliptiques entre orbitales 1s de
l’hydrogène donne :
e2 R 1 R 2 −R/a0 e2 R −R/a0
HAB (R) = (EB + ) 1+ + ( ) e − (1 + ) e (5.22)
4πǫ0 R a0 3 a0 4πǫ0 a0 a0
2.5
2.0
1.5
HAB (u.a.)
1.0
0.5
R/a0
0
1 2 3 4 5 6 7 8
−0.5
−1.0
Figure 5.6 – L’élément de matrice HAB entre deux orbitales 1s de l’hydrogène en fonction de la
distance internucléaire.
∂E
Afin de déterminer les coefficients cA et cB , l’énergie E doit être minimale, c’est-à-dire =
∂cA
∂E
= 0. On trouve alors deux équations :
∂cB
(
(HAA − E) cA + (HAB − E SAB ) cB = 0
(HAB − E SAB ) cA + (HBB − E) cB = 0
Une solution non-triviale de ce système de deux équations à deux inconnues est obtenue pour :
1 p
E= HAA + HBB ± (HAA − HBB )2 + 4(HAB − ESAB )2 (5.24)
2
• Si | HAA − HBB |≫| HAB − ESAB |, on trouve E1 ≈ HAA et E2 ≈ HBB . Les états propres associés
seront | ϕ1 i ≈| ϕA i et | ϕ2 i ≈| ϕB i. Les orbitales moléculaires coı̈ncident approximativement avec les
76CHAPITRE 5. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE À UN SEUL ÉLECTRON
fonctions d’onde atomiques. Dans cette situtation, l’électron est fortement localisé soit sur le noyau A
soit sur le noyau B. On parlera de liaison ionique.
• Si | HAA − HBB |≈| HAB |, l’électron sera délocalisé sur les deux centres et on parlera de liaison
covalente.
À partir de l’équation (5.23), on obtient alors une équation du second degré par rapport à E :
2
(1 − SAB ) E 2 + (2SAB HAB − HAA − HBB )E + HAA HBB − HAB 2
=0 (5.25)
La résolution de cette équation donne deux valeurs d’énergie qui dépendront paramétriquement de R,
à travers les grandeurs HAA , HBB , HAB et SAB .
Dans le cas d’une molécule homonucléaire, on a | ϕiA =| ϕiB et donc HAA = HBB . On en déduit
alors deux valeurs pour les énergies propres :
HAA +HAB e2 IAA +IAB
E1 = 1+SAB = EA + 4πǫ0 R − ( 1+SAB )
HAA −HAB e2
E =
2 1−SAB = EA + 4πǫ0 R − ( IAA −IAB
1−SAB )
1
| ϕ2 i = √
[| ϕA i− | ϕB i]
2(1−SAB )
Examinons les énergies E1 et E2 des deux orbitales moléculaires ainsi construites. Quand R → +∞, les
énergies E1 et E2 tendent vers EA (=EB ). L’électron se trouve alors soit sur A soit sur B et l’énergie
du système est égale à l’énergie de l’atome A ou B. Quand R → 0, on a limR→0 E1 = limR→0 E2 = +∞
du fait du terme de répulsion coulombienne entre les deux noyaux.
À partir des expressions précédentes pour E1 et E2 dans le cas d’une molécule homonucléaire, on
en déduit :
2
E2 − E1 = 2 (IAB − S I ) (5.26)
1 − SAB | AB{z AA}
| {z } >0
>0
Si la molécule est homonucléaire, ces états propres doivent être états propres de l’opérateur d’in-
version I. À partir des résultats obtenus précédemment, nous pouvons écrire :
1
I | ϕ1 i = p [I | ϕA i + I | ϕB i]
2(1 + SAB )
1 h i
= p (−1)lB | ϕB i + (−1)lA | ϕA i
2(1 + SAB )
(5.27)
et,
1
I | ϕ2 i = p [I | ϕA i − I | ϕB i]
2(1 − SAB )
1
= p [(−1)lB | ϕB i − (−1)lA | ϕA i]
2(1 − SAB )
(5.28)
Pour que | ϕ1 i et| ϕ2 i soient états propres de l’opérateur d’inversion, il faut automatiquement que
(−1)lA = (−1)lB . Considérons des combinaisons linéaires d’orbitales atomiques de même valeur du
nombre quantique orbital. Notons l cette valeur commune. On obtient alors :
(
I | ϕ1 i = (−1)l | ϕ1 i
I | ϕ2 i = (−1)l+1 | ϕ2 i
Énergie σu∗
nsA nsB
σg
Figure 5.7 – Orbitales liante et anti-liante issues des orbitales atomiques nsA et nsB centrées sur
les noyaux A et B, respectivement. Cette situation correspond au cas d’une molécule diatomique
homonucléaire.
*
σu
Energie
σg
Figure 5.8 – Énergie des états moléculaires σg et σu∗ en fonction de la distance interatomique R.
et
On en déduit que ϕ1 (x, y, z) = ϕ1 (x, y, −z) et ϕ2 (x, y, z) = −ϕ2 (x, y, −z) ∀ x, y et z. Il s’ensuit que la
fonction d’onde est automatiquement nulle dans le plan (Oxy), perpendiculaire à l’axe internucléaire,
pour l’état anti-liant | ϕ2 i. Pour cet état, la densité électronique ρ2 (x, y, z = 0) =| ϕ2 (x, y, z = 0) |2 = 0,
ce qui n’est pas le cas pour l’état moléculaire liant.
La densité de probabilité de présence de l’électron pour les deux états moléculaires peut facilement
se calculer explicitement. On trouve :
1 1~ 2 1~ 2 1~ 1~
2
| ϕ1 (~r) | = 2(1+SAB ) [| ϕ1s (~r − 2 R) | + | ϕ1s (~r + 2 R) | +2ϕ1s (~r − 2 R)ϕ1s (~r + 2 R)]
| ϕ (~r) |2 =
2
1 ~ |2 + | ϕ1s (~r + 1 R)
[| ϕ1s (~r − 12 R) ~ |2 −2ϕ1s (~r − 1 R)ϕ
~ 1s (~r + 1 R)]
~
2(1−SAB ) 2 2 2
σg
σu∗
À partir du principe d’antisymétrie, chaque état moléculaire pourra contenir deux électrons qui
diffèreront par la valeur de ms (=±1/2).
Dans le cas d’une molécule diatomique homonucléaire, pour mener à bien les calculs présentés
précédemment, il faut calculer les grandeurs SAB , HAB , HAA (=HBB ). Pour les deux états moléculaires
de la molécule H+ 2 issus des orbitales atomiques 1s, les fonctions d’onde atomiques peuvent être prises
égales aux fonctions d’onde atomiques 1s de l’atome d’hydrogène. Le minimum de l’énergie pour l’état
liant est obtenu pour R= 2,5 a0 et la profondeur du puits est égale à D0 =1,76 eV. Un calcul exact
donne R=2,0 a0 et D0 =2,79 eV.
Pour améliorer les performances de ce calcul CLOA, nous pouvons suivre une approche varia-
tionnelle. En effet quand R → 0, l’électron gravite autour d’un noyau d’hélium et la fonction d’onde
électronique devrait tendre vers une fonction d’onde hydrogénoı̈de de charge Z=2. Par contre, quand
80CHAPITRE 5. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE À UN SEUL ÉLECTRON
(a)
+ +
O z
- -
(b)
- + - + z
Figure 5.10 – Intégrale de résonance HAB : (a) entre deux orbitales npx ; (b) entre deux orbitales
npz .
R → +∞, l’électron gravite autour d’un noyau d’hydrogène et la fonction d’onde électronique doit
tendre vers la fonction d’onde de l’atome d’hydrogène. Ainsi, en fonction de la distance R, la charge
effective de la fonction hydrogénoı̈de évolue. On peut ainsi prendre comme fonctions de base des fonc-
tions d’onde hydrogénoı̈des de charge Zef f qui sera un paramètre variationnel pour chaque valeur de
R. Ces fonctions d’onde 1s s’écrivent :
avec λ un second paramètre variationnel tel que λ → 0 quand R → +∞. Le facteur de normalisation
5.4. CONSTRUCTION DES ÉTATS MOLÉCULAIRES PAR LA MÉTHODE CLOA 81
Énergie 2σ
nsB
nsA
1σ
Figure 5.11 – Orbitales liante et anti-liante issues des orbitales atomiques nsA et nsB centrées sur
les noyaux A et B, respectivement. Cette situation correspond au cas d’une molécule diatomique
hétéronucléaire.
qui est relativement proche des valeurs exactes R=2,0 a0 et D0 =2,79 eV.
σu∗
πg∗
Énergie
npA npB
πu
σg
Figure 5.12 – Orbitales moléculaires issues des orbitales atomiques npA et npB centrées sur les noyaux
A et B, respectivement.
Considérons le cas de deux orbitales atomiques np, c’est-à-dire caractérisées maintenant par l=1.
Dans ce cas, pour une molécule diatomique homonucléaire, l’état moléculaire | ϕ1 i est antisymétrique
par rapport à l’opérateur I. Ce sera un état ungerade (symbole u). L’état moléculaire | ϕ2 i sera par
contre gerade (symbole g). Quand l = 1, la projection du moment cinétique orbital peut être égale à
0, ±1.
82CHAPITRE 5. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE À UN SEUL ÉLECTRON
• Quand m = 0, les orbitales atomiques peuvent se noter npz et les états moléculaires peuvent se
construire comme dans le cas des orbitales ns pour donner des états σg et σu . Ainsi on aura :
1
| σu i = p [| npz iA + | npz iB ] (5.33)
2(1 + SAB )
et,
1
| σg i = p [| npz iA − | npz iB ] (5.34)
2(1 − SAB )
Ces états moléculaires sont états propres des opérateurs de symétrie σxz et σyz . Dans le cas d’orbitales
moléculaires construites à partir d’orbitales atomiques npz , l’intégrale IAB sera négative (voir figure
5.10) contrairement au cas des orbitales ns. Ainsi l’état σg sera liant et l’état σu sera non-liant et donc
E(σg ) < E(σu∗ ).
• Quand m 6= 0, on voit que les états atomiques | nlmi ne sont plus états propres des opérateurs de
symétrie par rapport aux plans (Oxz) et (Oyz) contenant l’axe internucléaire (voir équations (5.11)
et (5.13)). On note λ =| m |. Pour construire des états propres de cet opérateur, il suffit de prendre
une combinaison linéaire d’états | nlmi et | nl − mi de la forme :
(
| ϕ+
λ iA/B =| nlmiA/B + | nl − miA/B
| ϕ−
λ iA/B =| nlmiA/B − | nl − miA/B
Pour les états atomiques np, on note | npx iA/B =| np1iA/B − | np − 1iA/B ∝ sin θA/B cos ϕA/B et
| npy iA/B =| np1iA/B + | np − 1iA/B ∝ sin θA/B sin ϕA/B .
| npx iA/B et | npy iA/B sont des états propres de ces deux opérateurs de symétrie. En effet, on a :
et,
De même, on trouve σyz | npx iA/B = − | npx iA/B et σyz | npy iA/B = + | npy iA/B .
Les états npx iA/B et npx iA/B sont états propres de l’opérateur lz2 avec la valeur propre égale à 1.
Ces états sont donc caractérisés par λ=1 pour le cas d’orbitales np car les seules valeurs non nulles
sont m = ±1. On parlera d’états moléculaires π.
À partir de ces états moléculaires, on peut former deux états moléculaires gerade tels que :
1
| πg+ i = p | npy iA − | npy iB ] (5.37)
2(1 − SAB )
1
| πg− i = p | npx iA − | npx iB ] (5.38)
2(1 − SAB )
5.4. CONSTRUCTION DES ÉTATS MOLÉCULAIRES PAR LA MÉTHODE CLOA 83
1
| πu− i = p | npx iA + | npx iB ] (5.40)
2(1 + SAB )
Les deux états moléculaires gerade sont dégénérés, c’est-à-dire ont la même énergie. De même pour
les états moléculaires ungerade. On a donc :
hπg+ | H | πg+ i = hπg− | H | πg− i (5.41)
et,
hπu+ | H | πu+ i = hπu− | H | πu− i (5.42)
Les intégrales IAB entre les orbitales | npx/y iA et | npx/y iB sont positives (voir figure 5.10). Il
s’ensuit que les deux états moléculaires | πg i sont des états moléculaires anti-liants alors que les états
moléculaires | πu i sont des états moléculaires liants. Ceci est représenté en figure 5.12. On peut vérifier
que :
σxy | πu± i = σV σV′ I | πu± i =| πu± i (5.43)
et,
σxy | πg± i = − | πg± i (5.44)
À partir du principe d’antisymétrie, on en déduit que 4 électrons pourront se placer dans les orbitales
πg (idem pour πu ).
Considérons l’ion moléculaire H+ 2 . Si la distance entre les deux protons devient négligeable devant
la distance caractéristique entre l’électron et les noyaux, le système retrouve sa symétrie sphérique. Le
système moléculaire est alors assimilable à un électron gravitant autour d’un noyau de charge Z = 2.
Ce système coı̈ncide avec l’ion hydrogénoı̈de He+ dans le cas où R = 0. Les énergies des niveaux
sont pris dans l’ordre hydrogénoı̈de, à savoir E(1s) < E(2s) < E(2p) < E(3s) < E(3p). La parité
des orbitales atomiques nl est la parité atomique. Comme O coı̈ncide avec le noyau composé de deux
protons, l’opérateur d’inversion est équivalent avec l’opérateur de parité atomique. Ainsi le caractère
g/u sera donné pour une orbitale nl par la valeur de (−1)l . Si l est pair (respectivement l impair), on
aura un caractère g (respectivement u).
Si nous déformons légèrement le noyau, ce qui revient à imposer une valeur faible mais non nulle
de R, la symétrie sphérique est brisée au profit d’une symétrie cylindrique. L’électron est soumis alors
à un champ électrostatique avec une composante non nulle le long de l’axe interatomique (Oz), ce qui
peut être vu comme un effet Stark. Ainsi une levée de dégénérescence apparaı̂t et les niveaux d’énergie
dépendent maintenant de | m |= λ. D’un point de vue du modèle vectoriel, le moment cinétique orbital
précesse autour de l’axe interatomique (Oz), la projection m étant conservée. Une orbitale (ns) ne
génèrera qu’une orbitale σg . On la notera nsσg . Cet état moléculaire sera doublement dégenéré (2
valeurs possibles de la projection du spin ms ). Pour une orbitale np, les états moléculaires seront de
symétrie u car l = 1. De plus, le nombre quantique λ peut prendre deux valeurs égales à 0 ou 1. Les
étas moléculaires seront donc npσu (de dégénérescence égale à 2) et npπu (de dégénérescence égale à
4).
En suivant le même raisonnement, on trouve que les états moléculaires issus d’une orbitale nd
seront alors ndσg (de dégénérescence égale à 2), ndπg (de dégénérescence égale à 4) et ndδg (de
dégénérescence égale à 4). Pour tous les états moléculaires tels que λ 6= 0, la dégénérescence sera égale
5.5. DIAGRAMME DE CORRÉLATION 85
3dδg
3dπg
3d σu∗ 3s
3dσg 3s
σg 3s
3pπu
3p
3pσu σu∗ 2p
πg∗ 2p
2p
πu 2p
Énergie
3s σg 2p
3sσg
σu∗ 2s
2s
2pπu σg 2s
2p
2pσu
2s
2sσg
σu∗ 1s
1s
σg 1s
1s
1sσg
3dδ
3sB
3dπ σ3sB
3d
3dσ 3sA
σ3sA
3pπ
3p π2pB 2pB
3pσ
σ2pB
π2pA 2pA
Énergie
3s
σ2pA
3sσ
2sB
σ2sB
2sA
2pπ σ2sA
2p
2pσ
2s
2sσ
1sB
σ1sB
1sA
σ1sA
1s
1sσ
Dans le cas d’une molécule à plusieurs électrons, l’interaction entre électrons doit maintenant être
prise en compte. Nous pouvons partir d’un hamiltonien d’ordre zéro séparable construit comme une
somme d’hamiltonien monoélectronique en négligeant cette interaction entre électrons.
Table 6.1 – Configuration électronique la plus stable pour différentes molécules diatomiques homo-
nucléaires et hétéronucléaires.
Si nous considérons maintenant la molécule B2 , nous remarquons que la dernière orbitale peuplée
(πu 2p) n’est pas entièrement remplie car cette orbitale contient 2 électrons alors qu’elle peut en
contenir au maximum 4. Cette configuration électronique est donc dégénérée et le nombre d’états
moléculaires associé sera égal à C42 = 6. Les déterminants de Slater peuvent s’écrire sous forme com-
pacte (−1+ , −1− ), (+1+ , +1− ), (−1− , +1− ), (−1+ , +1+ ), (−1− , +1+ ) et (−1+ , +1− ).
D’un point de vue général, pour une configuration moléculaire (λu/g )x tel que λ 6= 0, le nombre
d’états moléculaires (ou de déterminants de Slater) sera égale à Cx4 (avec 1 ≤ x ≤ 4). En Table 6.1,
les configurations électroniques fondamentales de différentes molécules sont reportées.
Les configurations électroniques excitées des molécules seront construites en prenant un électron
de la dernière orbitale peuplée vers une orbitale plus haute en énergie. Par exemple, une configuration
excitée de la molécule Li2 pourra être (σg 1s)2 (σu∗ 1s)2 (σg 2s)(σg 2p).
On peut définir un critère de stabilité d’une configuration électronique, basé sur le paramètre
empirique χs défini par :
χs = (N − N ∗ )/2 (6.2)
1. Le dimère de Ne présente en fait un puits de potentiel de faible profondeur (D0 ≈ 50 cm−1 ) du aux interactions
de dispersion à longue portée (interactions de van der Waals).
6.2. DÉTERMINATION DES TERMES MOLÉCULAIRES 89
ππ ′ 1 Σ+ , 3 Σ+ , 1 Σ− , 3 Σ− , 1 ∆, 3 ∆
σπ 1 Π, 3 Π
σσ ′ σ ′′ 2 Σ+ , 2 Σ+ , 4 Σ+
Table 6.2 – Termes moléculaires pour des électrons non équivalents. Les nombres entre parenthèses
indiquent la prévalence du terme moléculaire.
Prenons comme second exemple, la configuration ππ ′ dont la dégénérescence est égale à C41 × C41
(=16). Comme m et m′ sont égaux à ± 1, on en déduit que les différents couples possibles (m, m′ )
sont (1,1), (1,-1), (-1,1) et (-1,-1) donnant respectivement Λ=2, 0, 0 et 2. Pour le spin, on peut suivre
le raisonnement utilisé précédemment et on trouve deux états de spin différents, à savoir S=0 et S=1.
Ainsi, la configuration ππ ′ va donner deux fois les termes moléculaires 1 Σ, 3 Σ et une fois les termes 1 ∆
et 3 ∆. Pour les deux termes 1 Σ (respectivement 3 Σ) on aura un terme 1 Σ+ (respectivement 3 Σ+ ) et un
terme 1 Σ− (respectivement 3 Σ− ). Les termes moléculaires 1 ∆ et 3 ∆ sont chacun doublement dégénérés
mais ne sont pas symétriques ou antisymétriques par rapport à l’operateur σV′ . Pour résumer, on trouve
6.2. DÉTERMINATION DES TERMES MOLÉCULAIRES 91
1 Σ+ (1), 1 Σ− (1), 3 Σ+ (3), 3 Σ− (3), 1 ∆ (2) et 3 ∆ (6), les nombres entre parenthèses correspondant à
la dégénérescence. La somme des dégénérescences est bien égale à 16.
Les termes moléculaires pour différentes configurations à électrons non équivalents sont reportés
en Table 6.2.
Regardons maintenant la situation pour une configuration à électrons équivalents. On s’attend,
comme en physique atomique, à ce que le nombre de termes moléculaires soit plus faible que pour
une configuration à électrons non équivalents du fait du principe de Pauli. Prenons la configuration
π 2 dont la dégénérescence est égale à C42 (=6) et dressons le tableau avec les valeurs des nombres
quantiques individuels (voir Table 6.3). On remarque que pour les états moléculaires ∆, seul l’état
singulet est possible. Pour les états Σ, on aura un seul état singulet (de symétrie +) et un seul état
triplet (de symétrie −). On aura ainsi les termes moléculaires 1 ∆ (2), 1 Σ+ (1) et 3 Σ− (3), les nombres
entre parenthèses correspondant à la dégénérescence. La somme des dégénérescences est bien égale à
6.
Pour cette configuration électronique, nous avons reporté en Table 6.3 les 6 déterminants de Slater.
Focalisons nous tout d’abord sur l’état du 3 Σ avec MS =+1. Ce déterminant de Slater s’écrit :
Regardons maintenant l’état 1 Σ qui doit être orthogonal à |3 Σ, MS = 0i. On obtient ainsi :
1 − + −
|1 Σ, MS = 0i = √ | π1 π−1 i− | π1+ π−1 i (6.5)
2
π2 1 Σ+ , 3 Σ− , 1 ∆
δ2 1 Σ+ , 3 Σ− , 1 Γ
π3 2Π
δ3 2∆
π4 1 Σ+
δ4 1 Σ+
Pour des configurations à 3 électrons équivalents, le calcul est très rapide en remarquant que cette
configuration est le complémentaire d’une configuration à un seul électron. Par exemple, la configu-
ration (π)3 donnera les mêmes termes moléculaires que (π), c’est-à-dire un terme moléculaire 2 Π de
dégénérescence égale à 2× 2=4.
Pour la molécule isoélectronique BH, les mêmes configurations électroniques et les mêmes termes
moléculaires seront obtenus. Seul le caractère g/u disparaı̂t car la molécule est hétéronucléaire.
En physique moléculaire, l’état électronique fondamental est noté par la lettre X. Les états électroniques
excités de même multiplicité que l’état fondamental X sont identifiés par convention par les lettres
majuscules A, B, C, .. par ordre croissant des énergies. Pour les états de multiplicité différente, on les
étiquette par les lettres minuscules a, b, c, .. par ordre croissant des énergies.
Nous avons vu qu’une configuration moléculaire peut engendrer différents termes moléculaires
qui pourront avoir des énergies différentes, du fait de l’interaction entre électrons. Pour connaı̂tre
la position en énergie des différents termes moléculaires, il faudrait calculer la valeur moyenne de
l’hamiltonien dans chacun des termes moléculaires. Pour illustrer ce propos, la position en énergie des
trois termes moléculaires associés à la configuration fondamentale (πg )2 de la molécule O2 est reportée
en figure 6.1. Dans ce cas, le terme moléculaire 3 Σ− g correspond à l’état électronique fondamental.
1 Σ+
g
≈ 0,6 eV
1∆
Énergie πg2 g
≈ 1 eV
3 Σ−
g
~
L
A Λ =| M | B z
X
au plan passant par l’axe internucléaire, est lié à la valeur de L + li . Si cette valeur est paire
i
(respectivement impaire), on aura un état moléculaire Σ+ (respectivement Σ− ).
Finalement, dans le cas d’une molécule diatomique (A ≡ B), l’opérateur
X d’inversion doit être
prise en compte. Le caractère u/g sera donné par la parité atomique (= li ) de l’atome uni, liée à sa
i
configuration électronique. Si la configuration est paire (respectivement impaire), les états moléculaires
seront de type g (respectivement u).
Nous pouvons analyser concrètement ce problème pour les molécules isoélectroniques Li2 et BH
composées de 6 électrons. L’atome uni est donc l’atome de carbone C de configuration électronique fon-
damentale
X 1s2 2s2 2p2 . Les termes LS sont 3 P , 1 D et 1 S. Les termes moléculaires seront tous gerade car
li est pair. Les termes moléculaires issus de ces trois termes atomiques sont résumés dans la Table
i
6.6 pour la molécule Li2 . Les premiers états ungerade seront issus d’une configuration électronique
excitée de l’atome de carbone, à savoir 2p3s, qui engendre les termes atomiques 1 P et 3 P . Les termes
6.2. DÉTERMINATION DES TERMES MOLÉCULAIRES 95
Termes Termes
P
atomiques Dégénérescence L+ i li moléculaires Dégénérescence
de l’atome uni C (2p2 )
1S 1 2 1 Σ+ 1
g
1D 5 4 1 Σ+ 1
g
1Π 2
g
1∆ 2
g
3P 9 3 3 Σ− 3
g
3Π 6
g
Table 6.6 – Termes moléculaires de la molécule Li2 dans la limite des atomes unis pour la configuration
fondamentale (2p)2 de l’atome de carbone.
Termes Termes
P
atomiques Dégénérescence L+ i li moléculaires Dégénérescence
de l’atome uni C (2p3s) de Li2
1P 3 2 1 Σ+ 1
u
1Π 2
u
3P 9 2 3 Σ+ 3
u
3Π 6
u
Table 6.7 – Termes moléculaires de la molécule Li2 dans la limite des atomes unis pour la configuration
électronique excitée (2p)(3s) de l’atome de carbone.
moléculaires issus de cette configuration excitée du carbone sont reportés en Table 6.7.
Regardons maintenant le cas des atomes séparés. Les atomes A et B sont chacun décrits par un
terme LS. Pour le spin, nous devons coupler deux spins SA et SB . Ainsi S sera compris entre | SA −SB |
et SA +SB . Pour la détermination de Λ, on remarque que, pour une valeur de L, on aura 2L+1 valeurs
différentes de la projection M .
Pour obtenir la valeur de Λ =| M |=| MA + MB |, nous devons donc énumerer toutes les valeurs
possibles des couples (MA , MB ). Pour deux atomes tels que LA = LB = 0, on aura automatiquement
(MA , MB )=(0,0) et donc un seul état Σ. Pour LA = 0 et LB = 1, on aura (MA , MB )=(0,0), (0,-1),
(0,1) et donc un état Σ et un état Π (doublement dégénéré). La détermination du caractère +/− des
états Σ est délicate et dépasse le cadre de ce cours. Il faut cependant noter qu’il dépend de la parité
des deux fragments atomiques. Les termes moléculaires dans différentes situations sont résumés dans
les Tables 6.8 et 6.9.
Reprenons le cas de la molécule Li2 . Pour l’atome de Li, la configuration électronique fondamentale
est 1s2 2s. Le terme LS est 2 S. Nous devons donc coupler 2 S avec 2 S, ce qui donnera 1 Σ+ 3 +
g et Σu . La
configuration électronique excitée la plus basse est 1s2 2p avec le terme LS associé 2 P . Nous devons
donc coupler 2 S avec 2 P , ce qui donnera les termes moléculaires 1 Σ+ 3 + 1 1 3 3
u , Σg , Πu , Πg , Πg et Πu .
96CHAPITRE 6. STRUCTURE ÉLECTRONIQUE D’UNE MOLÉCULE POLYÉLECTRONIQUE
Table 6.8 – Termes moléculaires dans la limite des atomes séparés pour une molécule diatomique
hétéronucléaire. Les nombres entre parenthèses indiquent le nombre d’apparition du terme moléculaire.
Table 6.9 – Termes moléculaires, issus de termes atomiques identiques, dans la limite des atomes
séparés pour une molécule diatomique homonucléaire. Les nombres entre parenthèses indiquent le
nombre d’apparition du terme moléculaire.
Chapitre 7
p~2 e 2
~ p) + e A ~ 2 + e~ge ~s.(∇
H= + V (r) + η(r) ~l.~s + (~ ~ + A.~
p.A ~ ∧ A)
~ (7.1)
|2m {z } |2m 2m{z 2m }
Hat Hint
~=1 B
A ~ 0 ∧ ~r (7.2)
2
e 2
Hint = ~+ e A
p~.A ~ 2 + ge µB ~s.B
~0 (7.3)
m 2m
~ p
1. [A, ~
~] = i~ divA
97
98 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
~ = 1 ~ 0 ∧ ~r)
~p.A p~.(B
2
1 ~ 0 .(~r ∧ p~)
= B
2
~ ~ 0 .~l
= B (7.4)
2
e2
Hint = µB B0 (lz + ge sz ) + B 2 r 2 sin2 θ (7.6)
8m 0
Le premier terme du membre de droite est appelé le terme paramagnétique alors que le second est
appelé le terme diamagnétique. Nous pouvons montrer que pour des champs magnétiques de l’ordre
du Tesla, ce terme est négligeable devant le premier. Il suffit de comparer, en prenant B0 = 1 T, µB B0
2
(≈10−23 S.I.) à em B02 r 2 (≈10−28 S.I.) en prenant r = 1 Å. Par la suite nous négligerons ce terme
diamagnétique (voir annexe 2).
Pour un atome à n électrons, l’hamiltonien d’interaction s’écrira simplement comme :
n
X
Hint = µB (~li + ge ~si ).B
~0
i=1
~ + ge S).
= µB (L ~ B ~0
= µB B0 (Lz + ge Sz ) (7.7)
L’hamiltonien du système atomique en interaction avec un champ magnétique statique s’écrira finale-
ment, en utilisant les notations utilisées dans ce cours, comme :
Nous devons maintenant analyser l’influence de la présence du champ magnétique sur l’énergie
des états atomiques. Pour cela, nous allons distinguer deux cas limites, appelés champ ”faible” et
champ ”fort”. Pour faire cette distinction entre ces deux cas, nous devons comparer l’action du champ
magnétique par rapport au terme spin-orbite HSO .
~0
B
~
L
J~
~
S
Figure 7.1 – Modèle vectoriel en présence d’un champ magnétique statique dans le cadre du couplage
Russell-Saunders. Le vecteur J~ précesse autour de B
~ 0 à la pulsation de Larmor ωL = egB0 .
2m
le cadre de la théorie des perturbations au premier ordre. Nous devons donc calculer la valeur moyenne
de Hint dans le sous-espace | γ, SLJM i. Nous notons E(γ,2S+1 LJ ) l’énergie du niveau 2S+1 LJ sans
champ magnétique. Pour ce niveau l’énergie en présence du champ magnétique, devient :
En utilisant le théorème de Wigner-Eckart (équation (4.34)), nous pouvons exprimer simplement les
valeurs moyennes des opérateurs Lz et Sz dans le sous-espace | γ, SLJM i. Nous obtenons :
~ J~ | γ, SLJM i
hγ, SLJM | L.
Lz = Jz (7.10)
J(J + 1)
et,
~ J~ | γ, SLJM i
hγ, SLJM | S.
Sz = Jz (7.11)
J(J + 1)
~ J~ =
Comme L. 1
(J~2 + L
~2 − S
~ 2 ) et S.
~ J~ = 1
(J~2 − L
~2 + S
~ 2 ), on en déduit directement :
2 2
1S 1S
0
9095,5 cm−1
1D 1D
2
Énergie
g(1 D2 )= 1
6149,2 cm−1
3P
2
3P
g(3 P2 )= 3/2
146,0 cm−1
3P
1
g(3 P1 )= 3/2
77,1 cm−1
3P
0
B0 = 0 B0 6= 0
Figure 7.2 – Effet Zeeman pour la configuration électronique fondamentale 3p2 de l’atome neutre de
silicium. Les valeurs numériques sont des données expérimentales.
avec g(2S+1 LJ ) le facteur de Landé dont l’expression est donnée, dans le cas d’un couplage LS pur,
par :
J(J + 1) + S(S + 1) − L(L + 1)
g(2S+1 LJ ) = 1 + (ge − 1) (7.15)
2J(J + 1)
Cette situation physique peut se représenter dans le cadre du modèle vectoriel (voir figure 7.1). En
champ magnétique faible, J~ précesse lentement autour de B ~ 0 alors que L
~ et S
~ précessent rapidement
autour de J~.
On voit, d’après la relation (7.14), que l’énergie dépend maintenant de la projection du moment
cinétique total J~ le long de l’axe de quantification engendré par la direction du champ magnétique
statique. Ainsi, la dégénérescence du niveau est levée. On parle de sous-niveaux magnétiques. De
cette même relation, il apparaı̂t également que l’écart entre sous-niveaux magnétiques est constant et
proportionnel au champ magnétique appliqué, le coefficient de proportionnalité étant lié au facteur
7.2. ACTION D’UN CHAMP MAGNÉTIQUE STATIQUE HOMOGÈNE 101
(a) (b) M
M
+ 3/2
+ 1/2
Énergie
Énergie
2P 2P
1/2 3/2 + 1/2
2 4
3 µ B B0 3 µ B B0
- 1/2
- 1/2
- 3/2
Figure 7.3 – Levée de dégénérescence pour un électron p sous l’effet d’un champ magnétique statique
dans le cadre du couplage LS. (a) niveau 2 P1/2 (g= 2/3) ; (b) niveau 2 P3/2 (g= 4/3)
de Landé du niveau 2S+1 LJ . Comme la valeur de ge de l’électron est très proche de 2 2 , on peut
approximer le facteur de Landé à :
3 S(S + 1) − L(L + 1)
g(2S+1 LJ ) ≈ + (7.16)
2 2J(J + 1)
Cette relation ne peut pas être utilisée pour les niveaux atomiques tels que J=0. Dans ce cas, le facteur
de Landé est égal 0 (voir l’annexe 3 du chapitre 10).
Sous l’effet de l’interaction de l’atome avec le champ magnétique statique uniforme, un mouvement
de précession de J~ autour de B ~ 0 va se produire, ce qui peut se démontrer facilement à partir des
relations de commutation. On sait que l’évolution temporelle des valeurs moyennes des composantes
Jα (α ≡ x, y et z) du moment cinétique est gouvernée par :
dhJα i ∂Jα 1
= h i+ h[Jα , H]i
dt ∂t i~
1
= h[Jα , Hat + Hint ]i
i~
1
= h[Jα , Hint ]i (7.17)
i~
car les composantes Jα ne dépendent pas explicitement du temps et [Jα , Hat ]=0, ∀ α.
Comme Jz commute avec Hint , on en déduit que Jz est une constante du mouvement, à savoir
2. Dans la théorie de Dirac, ce rapport est exactement égal à 2. Des corrections apparaissent dans le cadre de
l’électrodynamique quantique. La valeur expérimentale est ge =2,0023193043718.
102 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
hJz i=Cte . Regardons maintenant l’évolution temporelle des deux autres composantes. Nous obtenons :
d hJx i gµB B0
= h[Jx , Jz ]i
dt i~
gµB B0
= − hJy i (7.18)
~
et
d hJy i gµB B0
= h[Jy , Jz ]i
dt i~
gµB B0
= hJx i (7.19)
~
Nous obtenons ainsi :
2
d2 hJα i gµB B0
+ hJα i = 0 (7.20)
dt2 ~
avec α ≡ x, y.
~ 0 avec une pulsation
On en déduit que les valeurs moyennes hJx i et hJy i précessent autour de B
ωL , appelée pulsation de Larmor, telle que :
gµB B0
ωL =
~
egB0
= (7.21)
2m
Sur la figure 7.2, nous avons reporté le schéma énergétique pour la configuration électronique
fondamentale 3p2 de l’atome de silicium. Pour être plus quantitatif, nous avons reporté dans la Table
7.1, l’énergie pour tous les sous-niveaux magnétiques issus du terme 3 P en fonction de la constante de
spin-orbite A(α,3 P ) et du champ magnétique B0 .
Quelques remarques finales :
— L’énergie d’un niveau tel que J = 0 ne sera pas modifiée par le champ magnétique.
— Pour un niveau tel que S=0, le facteur de Landé sera égal à 1 car J=L.
— Pour un niveau tel que L=0, le facteur de Landé sera égal à 2 car J=S.
— Pour un champ magnétique de 1 Tesla, la différence d’énergie entre sous-niveaux magnétiques
sera de l’ordre de grandeur du cm−1 car µB =0,46686 cm−1 .T−1 .
— Ce schéma théorique aura un sens si µB B0 ≪ A(γ,2S+1 L).
L S J M E − E(3 P )
1 1 0 0 -2 A(γ,3 P )
1 1 1 -1 - A(γ,3 P ) − 23 µB B0
1 1 1 0 - A(γ,3 P )
1 1 1 1 - A(γ,3 P ) + 23 µB B0
1 1 2 -2 A(γ,3 P )- 3 µB B0
1 1 2 -1 A(γ,3 P ) − 23 µB B0
1 1 2 0 A(γ,3 P )
1 1 2 1 A(γ,3 P ) + 23 µB B0
1 1 2 2 A(γ,3 P )+ 3 µB B0
Table 7.1 – Analyse de l’effet Zeeman pour un terme 3 P dans le formalisme du couplage LS.
ML MS ML + 2MS ML × MS E − E(3 P )
-1 -1 -3 1 -3 µB B0 + A(γ,3 P )
-1 0 -1 0 - µ B B0
-1 1 1 -1 +µB B0 - A(γ,3 P )
0 -1 -2 0 -2 µB B0
0 0 0 0 0
0 1 2 0 +2µB B0
1 -1 -1 -1 - µB B0 - A(γ,3 P )
1 0 1 0 +µB B0
1 1 3 1 +3 µB B0 + A(γ,3 P )
Table 7.2 – Analyse de l’effet Paschen-Back pour un terme 3 P dans le formalisme du couplage LS.
104 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
3/2
1/2
2P
3/2
-1/2
Énergie
-3/2
2P
1/2
1/2
-1/2
B0
Figure 7.4 – Énergie des sous-niveaux Zeeman en fonction du champ magnétique B0 pour un électron
p.
Du fait de l’action du champ magnétique, une levée de dégénérescence partielle du terme LS apparaı̂t.
Dans le cas d’un terme 3 P , les valeurs de ML + 2MS sont reportées dans la Table 7.2.
La prise en compte du spin-orbite peut alors se calculer à partir de l’expression de l’opérateur
~ S.
effectif de spin-orbite HSO = A(γ,2S+1 L) L. ~ On trouve alors :
~ S
E = E(2S+1 L) + µB B0 (ML + 2MS ) + A(γ,2S+1 L)hγ, LML SMS | L. ~ | γ, LML SMS i
= E(2S+1 L) + µB B0 (ML + 2MS ) + A(γ,2S+1 L) ML MS (7.23)
Pour le terme 3 P , on en déduit le nouveau diagramme énergétique (voir figure 7.5), basé sur les valeurs
d’énergie calculées à partir de la relation (7.23) et reportées dans la Table 7.2. Ce schéma théorique
aura un sens si µB B0 ≫ A(γ,2S+1 L).
Nous allons maintenant analyser la situation dans laquelle le champ magnétique appliqué est tel
que µB B0 ≈ A(γ,2S+1 L). Nous allons nous placer dans la base | γ, LML SMS i, états propres de
H0 + He . Nous allons calculer les éléments de matrice de HSO + Hint , notés E(MS′ , ML′ , MS , ML ), puis
diagonaliser cette matrice pour en déduire les états propres de H0 + He + HSO + Hint . En transformant
7.2. ACTION D’UN CHAMP MAGNÉTIQUE STATIQUE HOMOGÈNE 105
ML + 2MS ML × MS
+3 1
+2
0
+1
0
-1
Énergie
3P
0
0
-1
0
-1
-2
0
-3 1
~ S
L. ~ = Lz S z + 1
(L+ S− + L− S+ ), on obtient :
2
~ S
E(MS′ , ML′ , MS , ML ) = hγ, LML′ SMS′ | A(γ,2S+1 L) L. ~ | γ, LML SMS i
+ hγ, LML′ SMS′ | µB B0 (Lz + 2Sz ) | γ, LML SMS i
= A(γ,2S+1 L) ML MS + µB B0 (ML + 2MS ) δML ,ML′ × δMS ,MS′
A(γ,2S+1 L)
+ × ∆− × δMS ,MS′ +1 × δML ,ML′ −1
2
A(γ,2S+1 L)
+ × ∆+ × δMS ,MS′ −1 × δML ,ML′ +1 (7.24)
2
avec,
p p
∆+/− = S(S + 1) − MS (MS ± 1) × L(L + 1) − ML (ML ∓ 1) (7.25)
À partir de la structure de cette matrice, il apparaı̂t que seuls les états de même valeur de ML +MS = M
sont couplés entre eux, ceci étant la conséquence de la commutation de l’hamiltonien avec l’opérateur
Jz .
Comme illustration, considérons le terme 3 P dégénéré 9 fois. Un seul état quantique (ML = ±1,MS =
±1) correspond à M=± 2. L’énergie est alors simplement égale à ±3µB B0 + A(γ,2S+1 L) . Pour M=±
1 et 0, nous aurons deux et trois couples (ML ,MS ), respectivement. Nous aurons donc à diagonaliser
une matrice (3 × 3), pour M =0, et deux matrices (2 × 2), pour M =-1 et 1. Pour simplifier l’écriture,
on note A la constante de spin-orbite dans le terme 3 P . On pose β = µB B0 /A, un paramètre sans
dimension.
106 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
0 1
β
Figure 7.6 – Évolution de l’énergie des états issus d’un terme 3 P en fonction du paramètre adimen-
sionnel β (= µBAB0 ) dans le domaine 0 < β ≤ 1.
3
P
Energie
0
0 1 2 3 4 5
β
Figure 7.7 – Évolution de l’énergie des états issus d’un terme 3 P en fonction du paramètre adimen-
sionnel β (= µBAB0 ) dans le domaine 0 < β ≤ 5.
p q
(1) 2
Les énergies propres sont E± = 3
2 µ B B0± 1
2 4A2
+ (µB B0 = )2 3
± A 1 + β4 .
2 µ B B0
L’évolution de la levée de dégénérescence, en fonction du paramètre β , d’un terme atomique 3 P
est reportée sur les figures 7.6 et 7.7.
~ + ge S).
H = Hat + µB (L ~ B ~ (7.27)
pi
dh~ 1
= h[~
p, H]i
dt i~
= −µB h∇((~ L ~ + ge S).
~ B ~ 0 )i (7.28)
~ et h∇H
en utilisant p~ = −i~ ∇ ~ at i = ~0.
~ = (B0 + az) ~uz − ax ~ux avec B0 et a des
Considérons un champ magnétique inhomogène B
constantes. On trouve alors :
dhpz i
= −µB a hLz + ge Sz i (7.29)
dt
108 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
Si le champ magnétique appliqué est suffisament faible, les états quantiques du système sont les états
couplés | SLJM i. Dans ce cas, on obtient
dhpz i
= −µB a g M (7.30)
dt
Cette grandeur, homogène à une force suivant l’axe (z ′ z) et proportionnelle au gradient du champ
magnétique a, va dépendre de la projection du moment cinétique le long de ce même axe. Un fais-
ceau d’atomes se propageant suivant l’axe (Ox) va ainsi être défléchi, les angles de déflection étant
dépendants du nombre quantique M .
La solution générale peut s’écrire sous la forme d’une combinaison linéaire comme :
La dépendance temporelle apparaı̂t à la fois à travers les états | Ψi (t)i mais également à travers les
coefficients ai (t).
La probabilité que le système se trouve, à un instant t, dans l’état | Ψ2 i est simplement donnée
par | a2 (t) |2 alors que la probabilité que le système se trouve dans l’état | Ψ1 i est donnée par
| a1 (t) |2 = 1− | a2 (t) |2 . Ainsi, suite à une perturbation dépendante du temps, le système va pouvoir
osciller entre les deux états, reflétant la possibilité d’induire des transitions entre ces deux états
stationnaires. Cherchons à résoudre l’equation de Schrödinger dépendante du temps :
h i ∂ | Ψ(t)i
H (0) + W (t) | Ψ(t)i = i~ (7.34)
∂t
7.4. CHAMP MAGNÉTIQUE DÉPENDANT DU TEMPS 109
En utilisant l’orthogonalité des états propres et les équations (7.31) et (7.33), on trouve deux équations
différentielles gouvernant l’évolution temporelle des coefficients ai (t) :
−iE t/~ −iE t/~ −iE t/~
i~ ȧ1 e 1 = a1 W11 (t) e 1 + a2 W12 (t) e 2
i~ ȧ e−iE2 t/~ = a W (t) e−iE1 t/~ + a W (t) e−iE2 t/~
2 1 21 2 22
i~ ȧ = a W ∗ (t) eiω12 t
2 1 12
avec ~ω12 = E2 − E1 et W21 (t) = W12 ∗ (t) car l’opérateur de perturbation est hermitique.
1
Rt ∗ (t′ ) eiω12 t′ dt′
a2 (t) = a2 (t = 0) + i~ 0 a1 (t′ ) W12
| {z }
=0
Focalisons nous sur l’évolution temporelle de a2 (t) dans le cas particulier d’une perturbation si-
nusoı̈dale de la forme :
W12 1 − ei(ω+ω12 )t
1 − ei(ω12 −ω)t
= + (7.36)
2~ (ω + ω12 ) (ω12 − ω)
| {z } | {z }
Terme non− résonant Terme résonant
Cette dernière approximation implique que la perturbation est faible ou agit sur le système pendant
un temps court, permettant de faire l’hypothèse d’une faible dépopulation de l’état | 1i. Quand la
110 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
fréquence d’excitation de la perturbation ω devient très proche de celle du système physique ω12 , on
remarque que le terme résonant va être largement prépondérant, le terme non-résonant pouvant être
alors négligé. Ainsi, la probabilité de transition entre l’état | Ψ1 i et l’état | Ψ2 i, notée P12 (t; ω), devient
égale à :
2
W12
P12 (t; ω) = sin2 [(ω12 − ω)t/2]
~2 (ω12 − ω)2
2 t2
W12 sin X 2
= × (7.38)
4~2 X
avec X = ∆ω × t/2.
Le caractère résonnant de la transition apparaı̂t alors clairement en traçant cette probabilité de
transition, à un instant t fixé, en fonction de l’écart à la résonnance ∆ω (voir figure 7.8). De la relation
1
(7.38) on remarque qu’aux temps courts (t ≪ ∆ω ), la probabilité de transition est proportionnelle à
2
t . Ce résultat a été obtenu en considérant une perturbation monochromatique.
Considérons un atome soumis à un champ magnétique B(t), ~ somme d’un champ statique B ~0 =
B0 ~uz et d’un champ magnétique oscillant B ~ 1 (t) tel que B
~ 1 (t) ⊥ B
~ 0 , ∀t. Dans ce cas, l’opérateur de
perturbation W (t) s’écrit en couplage LS :
~ 1 (t).J~
W (t) = µB g(2S+1 LJ ) B (7.39)
Considérons la situation dans laquelle B ~ 1 (t) oscille le long de l’axe (Ox) tel que B
~ 1 (t) = B1 cos(ωt) ~ux
µB g( 2S+1 L J ) B1
. En posant W = , on obtient :
2
W (t) = 2 W cos(ωt) Jx
= W cos(ωt) (J+ + J− ) (7.40)
Dans un niveau 2S+1 LJ donné, cet opérateur va coupler des états quantiques de valeurs de M
différentes. Des transitions entre sous-niveaux Zeeman vont donc pouvoir être induites. Notons | 1i ≡|
7.4. CHAMP MAGNÉTIQUE DÉPENDANT DU TEMPS 111
P12 (t)
t
P12(ω)
∆ω
Figure 7.8 – Probabilité de transition en fonction du temps (∆ω fixé) et en fonction de l’écart à la
résonnance (t fixé).
La probabilité PM →M ±1 (t; ω), en ne retenant que le terme résonant (voir équation ( 7.38)) dans
112 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
~0
B
~
B(t)
x
~ 1 (t)
B
Figure 7.9 – Champ magnétique oscillant dans les expériences de résonance magnétique.
W2
PM →M ±1 (t; ω) = [J(J + 1) − M (M ± 1)] sin2 [(ω12 − ω)t/2]
~2 (ω12 − ω)2
W2
= [J(J + 1) − M (M ± 1)] sin2 [(∆ω)t/2]
~2 ∆ω 2
W 2 t2 sin X 2
= [J(J + 1) − M (M ± 1)] ( ) (7.43)
4 ~2 X
avec ~ω12 = µB g(2S+1 LJ ) B0 la différence d’énergie entre deux sous-niveaux Zeeman adjacents et
∆ω = ω12 − ω et X = ∆ω t
2 . À partir de (7.43), on remarque que PM →M ±1 (t; ω) = PM ±1→M (t; ω) et
PM =1→M =0 (t;ω)
PM →M +1 (t; ω) = P−M →−M −1 (t; ω). Pour un niveau tel que J = 2, on aurait par exemple PM =1→M =2 (t;ω)
=
3
2.
On peut alors induire des transferts de population entre sous-niveaux Zeeman, l’efficacité de ce
transfert étant maximale lorsque la condition de résonance suivante est vérifiée :
~ω = µB g(2S+1 LJ ) B0 (7.44)
e
L’ordre de grandeur pour la pulsation ω est donné par m (en prenant B0 =1 T) ≈ 1011 S.I. (domaine
micro-onde).
Il est à noter que le traitement perturbatif n’est plus valide quand on se place exactement à la
résonance. Le traitement exact pour un système à 2 niveaux est présenté dans l’annexe 4 du cha-
pitre 10.
Cette technique de résonance magnétique permet de déterminer avec précision le facteur de Landé
pour un niveau donné, à condition de caractériser expérimentalement l’apparition du phénomène
dynamique. Nous verrons par la suite quels sont les protocoles expérimentaux suivis pour caractériser
ces transferts de population. Nous pouvons noter dès à présent que les populations des sous-niveaux
Zeeman évolueront en fonction du temps si et seulement si les populations entre sous-niveaux Zeeman
7.5. INTERACTION D’UN SYSTÈME AVEC UNE ONDE E.M. 113
avec Mi = (i − 1) − J.
Dans le niveau fondamental, on pourrait imaginer produire cette différence de population en re-
~ 0 très intense
froidissant le système. Cependant, il faudrait utiliser un champ magnétique statique B
et/ou abaisser très fortement la température telle que kB T ≈ g µB B0 .
M=+1/2
3s (2 S 1/2 ) gµB B0
Énergie
M=-1/2
-1/2 +1/2
Figure 7.10 – Résonance magnétique entre les deux sous-niveaux Zeeman du niveau fondamental
2S
1/2 de l’atome de sodium.
L’hamiltonien atomique est l’hamiltonien d’ordre zéro dont les états propres sont connus. Dans la
jauge de Coulomb (∇. ~ A~ = 0), on a vu que p~.A
~ = A.~
~ p. Dans le cas d’une onde électromagnétique, le
potentiel vecteur dépend explicitement du temps et le terme d’interaction en dépend également, nous
le noterons W (t). Ainsi, nous avons :
e 2
W (t) = ~+ e A
~p.A ~ 2 + e~ge ~s.B
~ (7.46)
m 2m 2m
Nous cherchons à analyser la probabilité de transition entre un état initial | ii et un état final | f i.
Comme cette probabilité de transition est directement liée à l’élément de matrice Wif (t) = hi | W (t) |
114 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
Table 7.3 – Longueur d’onde et pulsation dans les domaines du visible et de l’UV.
p
~ 2 p
~ 2
~
f i, nous devons travailler sur cet élément de matrice. Comme [H, ~r] = [ 2m +V (r), ~r] = [ 2m , ~r] = −i m p,
~
on en déduit :
m
hi | p~ | f i = i hi | [H, ~r] | f i
~
m
= i (Ei − Ef )hi | ~r | f i
~
= −i m ωif hi | ~r | f i (7.47)
avec ~ωif = Ef − Ei
Comme E ~ = − ∂ A~ = E ~ 0 eiωt−~k.~r et en considérant la pulsation de l’onde électromagnétique ω
∂t
voisine de ωif (transition résonnante), on obtient :
~ | f i = m ωif hi | ~r.E
hi | p~.A ~ | f i ≈ m hi | ~r.E
~ | fi
ω
Ainsi, la nouvelle expression pour l’opérateur de perturbation devient :
~E ~+ e2 ~ 2 ~
W (t) = −d. A + µB ge ~s.B (7.48)
2m
e~
avec d~ (=−e ~r) le vecteur dipôle électrique et µB (= ) le magnéton de Bohr.
2m
Dans le cas d’une onde plane, le champ électrique peut s’écrire E ~ =E ~ 0 cos(ωt−~k.~r) avec ~k le vecteur
d’onde porté par la direction de propagation de l’onde, de vecteur unitaire ~u. Le champ électrique a
une dépendance temporelle et spatiale. Comme E ~ = − ∂ A~ , on en déduit A~ = − E~ 0 sin(ωt − ~k.~r) et
∂t ω
~
u ∧ ~0
E
~ = ~k ∧ A
B ~= cos(ωt − ~k.~r).
c
| {z }
~0
B
Nous nous placerons dans des conditions d’intensité du champ électromagnétique telles que le
terme quadratique A ~ 2 sera négligeable devant le premier terme 3 . Finalement, comme E0 /B0 = c pour
une onde plane, nous pouvons montrer que le dernier terme est négligeable devant le premier. En effet
~E
d. ~ ea0 E0 ea0 c 2
| |≈ = = ≈ 274.
~
µB ge~s.B µ B
B 0 µ B α
grande devant la taille de l’atome (≈ a0 ). Cette approximation est très bien vérifiée dans les domaines
spectraux du visible et de l’UV (voir Table 7.3). Le traitement, au delà de l’approximation dipolaire
électrique, est présenté dans l’annexe 5 du chapitre 10.
Dans le cadre de l’approximation E1, nous obtenons :
iωt −iωt
~E~ | fi e + e
Wif (t) = −hi | d. (7.49)
| {z 0 } 2
Wif
avec ρω (ω) la densité de pulsation par unité de pulsation. On suppose que E ~ 0 est indépendant de
la pulsation ω du rayonnement et δω très grand devant la largeur spectrale naturelle. On suppose
également que ρω (ω) est une constante et égale à la valeur centrale ρω (ωif ), notée ρ0 . Ceci correspond
à la situation physique d’une excitation en bande large d’intensité constante.
La probabilité de transition Pif (t), intégrée spectralement, se calcule en intégrant sur toutes les
pulsations du rayonnement. En posant X = (ω − ωif ) t/2, on obtient :
2 2 Z X+ 2
2 Wif t sin X
Pif (t) = × ρ0 dX (7.51)
t 4 ~2 X− X
πWif2 t
Pif (t) = ρ0 (7.52)
2 ~2
On en déduit le résultat fondamental :
~E
Pif (t) ∝ | hi | d. ~ 0 | f i |2 t (7.53)
Nous remarquons que la probabilité de transition est maintenant linéaire en fonction du temps.
On définit le taux de transition Rif comme une probabilité de transition par unité de temps. Ce taux
de transition sera donc égal à une constante :
dPif (t)
Rif =
dt
~E
∝ | hi | d. ~ 0 | f i |2 (7.54)
nul, il faudra que les deux états soient de parités différentes. Ceci correspond à la première règle de
sélection.
Pour établir d’autres règles de sélection, nous devons expliciter le terme de couplage Wif . Nous al-
lons tout d’abord analyser le cas d’un atome à un électron. Dans le système de coordonnées cartésiennes,
les composantes du vecteur ~r sont x, y et z. Quand on avait discuté la notion d’opérateurs vecto-
riels, nous avons utilisé trois nouvelles composantes qui seront, dans le cas de l’opérateur ~r, r0 = z,
r1 = − √12 (x + iy) et r−1 = √12 (x − iy). Ces nouvelles coordonnées nous seront utiles par la suite.
• Considérons une onde polarisée rectilignement suivant ~uz . On parlera d’une onde π. L’état initial
sera un état | nlmi et l’état final sera un état | n′ l′ m′ i. Nous obtenons :
Wif = e E0 hnlm | z | n′ l′ m′ i
= e E0 hnlm | r cos θ | n′ l′ m′ i
Z Z Z
3 ∗
= e E0 r Rnl (r) Rn′ l′ (r) dr Yl,m (θ, ϕ) cos θ Yl′ ,m′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ
| {z } θ ϕ
I (rad)
r Z Z
4π ∗
= e E0 I (rad) Yl,m (θ, ϕ)Y1,0 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ (7.55)
3 θ ϕ
Y1,0 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) = A(l′ , m′ ) Yl′ +1,m′ (θ, ϕ) + B(l′ , m′ ) Yl′ −1,m′ (θ, ϕ) (7.56)
avec A(l′ , m′ ) et B(l′ , m′ ) des constantes qui dépendent des nombres quantiques l′ et m′ .
Par orthogonalité des harmoniques sphriques, on en déduit alors que l’intégrale angulaire sera non
nulle si et seulement si l′ = l ± 1 et m′ = m. Il n’y a pas de règle de sélection pour le nombre quantique
principal, la probabilité de transition entre n et n′ étant gouvernée par l’intégrale radiale I (rad) . On
remarque que, dans le cas d’une excitation π, l’élément de matrice Wif est proportionnel à hi | r0 | f i.
• Considérons maintenant une onde plane, polarisée circulaire gauche (voir figure 7.11 pour conven-
tion), se propageant suivant l’axe (Oz). On parlera d’une onde σ − . Le champ électrique tourne dans le
~ = E0 [cos(ωt) ~ux + sin(ωt) ~uy ]. L’élément
plan (Oxy) dans le sens trigonométrique et peut s’écrire E
de matrice Wif (t) s’écrit :
eiωt + e−iωt
Wif (t) = eE0 hi | x | f i
2
iωt
e − e−iωt
+ eE0 hi | y | f i
2i
eE0 eE0
= hi | x − iy | f i eiωt + hi | x + iy | f i e−iωt (7.57)
2 2
Le couplage va être induit par le second terme, appelé terme résonnant. Ainsi, la probabilité de
7.5. INTERACTION D’UN SYSTÈME AVEC UNE ONDE E.M. 117
transition entre les deux états sera gouvernée par l’élément de matrice Wif donné par :
eE0
Wif = hi | x + iy | f i
2
eE0
= hi | r sin θ eiϕ | f i
2r
2π
= − eE0 hi | r Y1,1 (θ, ϕ) | f i
3
r Z Z
2π (rad) ∗
= − eE0 I Yl,m (θ, ϕ)Y1,1 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ (7.58)
3 θ ϕ
Y1,1 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) = C(l′ , m′ ) Yl′ +1,m′ +1 (θ, ϕ) + D(l′ , m′ ) Yl′ −1,m′ +1 (θ, ϕ) (7.59)
avec C(l′ , m′ ) et D(l′ , m′ ) des constantes qui dépendent des nombres quantiques l′ et m′ .
Par orthogonalité des harmoniques sphriques, on en déduit que l’intégrale angulaire sera non nulle
si et seulement si l′ = l ± 1 et m′ = m − 1. On remarque que, dans le cas d’une excitation σ − , l’élément
de matrice Wif est proportionnel à hi | x + iy | f i ∝ hi | r1 | f i.
y (a) y (b)
~
E ~
E
~k ~k
x x
Figure 7.11 – Onde électromagnétique polarisée circulaire gauche (a) et polarisée droite (b).
• Considérons finalement une onde plane, polarisée circulaire droite, se propageant suivant l’axe
(Oz). On parlera d’une onde σ + . Le champ électrique tourne dans le plan (Oxy) dans le sens opposé au
sens trigonométrique et peut s’écrire E~ = E0 [cos(ωt) ~ux − sin(ωt) ~uy ]. L’élément de matrice Wif (t)
s’écrit :
iωt
e + e−iωt
Wif (t) = eE0 hi | x | f i
2
iωt
e − e−iωt
− eE0 hi | y | f i
2i
eE0 eE0
= hi | x + iy | f i eiωt + hi | x − iy | f i e−iωt (7.60)
2 2
118 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
Le couplage va être induit par le second terme, appelé terme résonnant. Ainsi, la probabilité de
transition entre les deux états sera gouvernée par l’élément de matrice Wif donné par :
eE0
Wif = hi | x − iy | f i
2
eE0
= hi | r sin θ e−iϕ | f i
r2
2π
= eE0 hi | r Y1,−1 (θ, ϕ) | f i
3
r Z Z
2π ∗
= eE0 I (rad) Yl,m (θ, ϕ)Y1,−1 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ (7.61)
3 θ ϕ
Y1,−1 (θ, ϕ)Yl′ ,m′ (θ, ϕ) = E(l′ , m′ ) Yl′ +1,m′ −1 (θ, ϕ) + F (l′ , m′ ) Yl′ −1,m′ −1 (θ, ϕ) (7.62)
avec E(l′ , m′ ) et F (l′ , m′ ) des constantes qui dépendent des nombres quantiques l′ et m′ .
Par orthogonalité des harmoniques sphriques, on en déduit que l’intégrale angulaire sera non nulle
si et seulement si l′ = l ± 1 et m′ = m + 1. On remarque que, dans le cas d’une excitation σ + , l’élément
de matrice Wif est proportionnel à hi | x − iy | f i ∝ hi | r−1 | f i.
Dans le cadre des transitions dipolaires électriques (E1), résumons les règles de sélection obtenues
pour un système atomique à un électron :
• Les états initial et final doivent être de parité opposée
• ∆l = l′ − l = ±1
• ∆m = m′ − m= 0, ± 1
Il est à noter que ces règles de sélection gouvernent les transitions en absorption mais également
en émission (induite ou spontanée).
Prenons l’exemple de l’atome d’hydrogène, initialement dans l’état fondamental 1s. Il pourra être
excité radiativement par transition dipolaire électrique vers n′ p (avec n′ > 1). Si on tient compte
maintenant de l’hamiltonien de spin-orbite dans l’hydrogène, on sait qu’une orbitale nl va se séparer,
quand l 6= 0, en deux niveaux nlJ avec J = l ± 1/2, qui s’écrivent en notation spectroscopique 2 LJ
avec J = l ± 1/2. Les règles de sélection vont être alors ∆l = l′ − l = ±1, ∆J = J ′ − J = 0, ±1 et
∆M = M ′ − M = 0, ±1. Ainsi, la transition entre 2p et 3d va être composée de 3 transitions comme
indiqué sur la figure 7.12.
Ces conclusions sont identiques pour les atomes à un électron actif tels que les alcalins. Par exemple,
l’atome de sodium possède deux raies d’émission très intenses dans le jaune, connue sous le nom de
doublet du sodium. Cela correspond aux deux transitions de 3p (2 PJ avec J=3/2 et 1/2) vers le niveau
fondamental 3s (2 S1/2 ), les longeurs d’onde associées à ces deux transitions étant respectivement
égales à 5889,95 Å et 5895,92 Å. La spectroscopie sur les alcalins permet de remonter aux valeurs des
constantes de spin-orbite mais également aux différences d’énergie entre les niveaux nl (l=0, 1, ...,
n − 1) provoquées par le caractère non coulombien du potentiel électrostatique ressenti par l’électron
célibataire.
Considérons maintenant le cas des atomes avec plus d’un électron actif. On se placera dans le
cadre du couplage LS. En notation spectroscopique, un niveau sera écrit 2S+1 LJ . Comme l’hamiltonien
d’interaction dipolaire électrique ne dépend pas du spin, on aura ∆S = S ′ −S = 0. Ceci est exactement
7.5. INTERACTION D’UN SYSTÈME AVEC UNE ONDE E.M. 119
2P 2D
3/2 5/2
3s 2S
1/2 3p 2P 3d 2D
1/2 3/2
Énergie
2P
2s 2S 3/2
1/2 2p
2P
1/2
1s 2S
1/2
Figure 7.12 – Transitions E1 impliquant les états atomiques nl (avec n ≤ 3) pour l’atome d’hydrogène.
vérifié dans le cas d’un couplage LS pur. Si le couplage LS est approché, cette règle de sélection
ne sera plus verifiée et des transitions ∆S 6= 0 pourront être induites. On parlera de transitions
d’intercombinaisons. Cependant l’intensité de ces transitions sera toujours beaucoup plus faible que
les transitions ∆S = 0.
Les deux configurations impliquées dans les deux termes LS devront être de parité opposée comme
le dipôle électrique est un opérateur impair. Cette règle de sélection est stricte. Rappelons ici que la
parité d’un terme LS est liée à la configuration électronique et en particulier aux valeurs des moments
cinétiques orbitaux individuels.
Les autres règles de sélection découlent du théorème de Wigner-Eckart qui permet d’établir les
éléments de matrice des composantes d’un opérateur vectoriel A ~ . On peut en effet écrire :
!
′ ′ ′ J−M J 1 J′ ~ ||| α′ J ′ i
hαJM | Aq | α J M i = (−1) × hαJ || A (7.63)
−M q M ′
avec q= 0, ±1. α et α′ résument la configuration et les nombres quantiques utilisés pour caractériser
les deux niveaux.
~ ||| α′ J ′ i est appelé l’élément de matrice réduit. Il ne
Dans cette expression, le scalaire hαJ || A
120 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
Trois règles très utiles, démontrées dans l’annexe 6 du chapitre 10, peuvent être déduites :
2. Règle de non polarisation : la somme des probabilités de transitions π est égale à la somme des
probabilités de transitions σ + qui est également égale à la somme des probabilités de transitions
σ− .
3. La somme des probabilités de transition à partir d’un état | J, M i est indépendante du nombre
quantique M .
Comme illustration des règles de sélection E1, considérons l’atome d’hélium dans le niveau fondamental
1 S + issu de la configuration électronique fondamentale 1s2 . Nous allons chercher les niveaux excités
0
accessibles par transition E1. Ces configurations seront du type 1snp qui génèrent les niveaux 1 P1− et
3 P − . Les transitions E1 les plus intenses sont telles que ∆S = 0. Ainsi, nous allons principalement
0,1,2
sonder les niveaux singulet de l’hélium (parahélium).
Focalisons nous sur ces transitions entre niveaux de même multiplicité. Expérimentalement, les
longueurs d’onde associées aux transitions vers les niveaux singulet des configurations 1s2p, 1s3p et
1s4p sont égales à 584,3, 537,0 et 522,2 Å, respectivement. Ces expériences de spectroscopie permettent
7.5. INTERACTION D’UN SYSTÈME AVEC UNE ONDE E.M. 121
de mesurer avec une grande précision la position en énergie de ces niveaux par rapport au niveau
fondamental. Dans la Table 7.4, nous avons reporté les énergies du niveau 1 P1 des configurations
électroniques 1snp mais également le coefficient d’Einstein d’émission spontanée proportionnel au
carré du moment de transition. On peut noter que A diminue quand n augmente, ceci étant du à la
diminution de l’intégrale radiale I (rad) quand n augmente.
Nous pouvons constater que nous ne pouvons pas obtenir la position du niveau 1 S0 de la confi-
guration 1s2s par une expérience en absorption. Comment obtenir cette information ? Imaginons que
nous excitons le niveau 1 P1 de la configuration 1s2p. Suite à cette excitation, l’atome va se désexciter
par émission spontanée, cette émission étant gouvernée par les mêmes règles de sélection. L’hélium va
donc se désexciter vers le niveau fondamental mais également vers le niveau 1 S0 de la configuration
1s2s. La longueur d’onde associée à cette dernière émission est observée à λ=20581 Å. Le principe de
cette expérience est reporté en figure 7.13. On peut ainsi en déduire l’énergie du niveau 1 S0 de 1s2s par
rapport au niveau fondamental. Ce niveau est dit métastable car aucune voie de relaxation radiative
E1 n’est possible. En fait ce niveau peut se désexciter via une interaction dipolaire magnétique (M1).
Le coefficient d’émission spontanée est égal à 1,272 10−4 s−1 , à comparer avec les valeurs reportées
dans la Table 7.4. Ceci illustre l’importance de l’analyse des spectres d’émission pour obtenir des
informations sur les niveaux associés à des configurations électroniques excitées. Pour obtenir de tels
spectres d’émission, il faut exciter initialement les atomes via des processus collisionnels en créant
un plasma à haute température. De tels milieux existent dans la nature, par exemple dans les at-
mosphères stellaires. En astrophysique, l’analyse de ces spectres d’émission permettent de remonter à
la composition chimique des étoiles ou à celle du milieu interstellaire.
Nous avons évoqué le fait que ∆S = 0 n’était pas rigoureusement vérifiée pour des transitions
E1. Par exemple, dans l’atome d’hélium, une transition E1 est observée entre le niveau fondamen-
tal et le niveau 3 P1 de la configuration 1s2p (voir figure 7.13). La longueur d’onde associée à cette
transition est λ= 591,4 Å. Par contre, le coefficient d’émission spontanée associé à cette transition,
égal à 1,764 102 s−1 (durée de vie τ = 1/A=5,67 ms), est beaucoup plus faible que les coefficients
associés aux transitions ∆S = 0 (voir Table 7.4). Comme ce niveau peut se désexciter vers le niveau
122 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
1s2p 1 P1−
1s2p 3 P1−
1s2s 1 S0+
Énergie
1s2s 3 S1+
1s2 1 S0+
Figure 7.13 – Absorption et émission E1 dans l’atome d’hélium. La ligne pointillée correspond à une
transition ∆S 6= 0.
3S de la configuration 1s2s, la position en énergie de ce dernier niveau peut être déduite. Ainsi la
1
différence d’énergie entre les états singulet et triplet, du fait de l’interaction électrostatique entre les
deux électrons, pour la configuration électronique 1s2s peut être déterminée expérimentalement.
Dans le cadre du couplage jj pur, on peut montrer que les règles de sélection E1 sont :
• Changement de parité
• ∆J = J ′ − J = 0, ±1 (transition entre J = 0 et J ′ = 0 interdite)
• ∆ji = ji′ − ji = 0, ±1 et ∆jk = jk′ − jk = 0, ∀ k 6= i
• ∆M = M ′ − M = 0, ±1 (transition entre M = 0 et M ′ = 0 interdite quand ∆J = 0)
Pour le moment, nous avons analysé les conséquences des règles de sélection dipolaire électrique
sur des atomes soumis à aucun champ magnétique statique. Dans cette situation, l’espace est isotrope
(aucune direction privilégiée de l’espace) et les énergies des niveaux atomiques ne dépendent pas de
M , projection du moment cinétique J~ le long de l’axe de quantification.
M2
+2
+1
0
-1
-2
Énergie
M1
+1
0
-1
π σ+ σ−
Figure 7.14 – Transitions E1 en présence d’un champ magnétique statique B0 d’intensité faible dans
le cas où J1 =1 et J2 =2.
Considérons tout d’abord le cas où J2 = J1 + 1. Les règles de sélection sont ∆M = M2 − M1 =0,
± 1. Si l’onde excitatrice n’est pas polarisée, toutes ces transitions seront possibles. On note ∆E0 la
différence d’énergie entre les deux niveaux quand B0 =0.
• Pour ∆M = +1, on obtient :
avec M1 = −J1 , −J1 + 1, ..., J1 . On obtient alors 2J1 + 1 transitions espacées de (g2 − g1 )µB B0 . Les
énergies des 2J1 + 1 composantes σ + (∆M = +1) sont symétriques par rapport à ∆E0 + g2 µB B0 .
• Quand ∆M = 0, on obtient :
avec M1 = −J1 , −J1 + 1, ..., J1 . On obtient alors 2J1 + 1 transitions espacées de (g2 − g1 )µB B0 . Les
énergies des 2J1 + 1 composantes π (∆M = 0) sont symétriques par rapport à ∆E0 .
• Pour ∆M = −1, on obtient :
avec M1 = −J1 , −J1 + 1, ..., J1 . On obtient également 2J1 + 1 transitions espacées de (g2 − g1 )µB B0 .
Les énergies des 2J1 + 1 composantes σ − (∆M = −1) sont symétriques par rapport à ∆E0 − g2 µB B0 .
Dans le cas où J2 = J1 + 1, on obtient le même nombre de composantes π, σ + et σ − (voir figures
7.14 et 7.15). La situation est identique lorsque J2 = J1 −1, le nombre de composantes étant cependant
égal à 2J2 + 1.
Dans le cas où J2 = J1 , le nombre de composantes π est égal à 2J1 + 1 (si J demi-entier) et à 2J1
(si J entier car la transition entre M1 =0 et M2 =0 est interdite quand J2 = J1 ) alors que le nombre
de composantes σ + et σ − est toujours égal à 2J1 . Cette situation est représentée en figure 7.16 pour
J1 = J2 = 1 dans le cas où g2 est légèrement plus grand que g1 . Le spectre est schématiquement
représenté en figure 7.17.
σ− π σ+
Énergie
Figure 7.15 – Spectre Zeeman en présence d’un champ magnétique statique B0 dans le cas où J1 =1
et J2 =2.
L’analyse des spectres en fonction du champ magnétique statique permet de remonter aux facteurs
de landé g1 et g2 . Il est à noter que la spectroscopie en émission permet par exemple de déterminer
le champ magnétique moyen des enveloppes stellaires en analysant la structure Zeeman des spectres
haute-résolution. Comme exemple, nous pouvons citer le travail observationnel publié en 2005 (T.
Ryabchikova et al, Astronomy & Astrophysics 445, L47 (2005)) qui met en évidence la présence d’un
champ magnétique intense (B ≈ 1,75 T ) au voisinage de l’étoile HD 178892. Ce résultat est obtenu
en analysant la structure Zeeman du spectre de l’ion Fe+ .
Nous pouvons finalement illustrer cette partie en évoquant l’expérience réalisée par Lamb et Rhe-
terford en 1947 sur l’atome d’hydrogène. Dans cette expérience, un faisceau d’atome d’hydrogène
métastable H(2s1/2 ) est produit. Ces atomes, plongés dans un champ magnétique statique B0 , inter-
agissent avec une onde electromagnétique non polarisée dans le domaine radio-fréquence (pulsation
ωRF fixée autour de 103 MHz). Pour certaines valeurs du champ B0 , des transitions sont observées
de 2s1/2 (M2 =-1/2 et M2 =+1/2) vers 2p1/2 (M1 =-1/2 et M1 =+1/2). Les facteurs de Landé pour les
niveaux 2s1/2 et 2p1/2 sont respectivement 2 et 2/3. À résonance, les différences d’énergie sont données
par :
Avec une onde radio-fréquence non polarisée, on peut induire 4 transitions (voir figure (7.18)) Pour
7.5. INTERACTION D’UN SYSTÈME AVEC UNE ONDE E.M. 125
M2
+1
0
-1
Énergie
M1
+1
0
-1
π σ+ σ−
Figure 7.16 – Transitions E1 en présence d’un champ magnétique statique B0 en champ magnétique
faible dans le cas où J1 = J2 =1.
un champ magnétique B0 pour lequel une transition (par exemple σ + pour laquelle on a M2 =+1/2 et
M1 =-1/2) est observée, on a pour une transition σ + :
Connaissant ~ ωRF et B0 , on en déduit ∆E0 . Ils ont ainsi obtenu une valeur précise de la différence
d’énergie ∆E0 entre ces 2 niveaux (voir figure (7.19)) qui a été trouvée égale à 1057,77 MHz.
Finalement, nous pouvons évoquer les transitions E1 en présence d’un champ magnétique fort (effet
Paschen-Back). Dans cette situation, les états propres sont notés | γ, LML SMS i. Les énergies propres
sont E = E(2S+1 L) + µB B0 (ML + 2MS ) + A(γ,2S+1 L)ML MS . Les règles de sélection sont ∆MS = 0
et ∆ML = 0, ±1 (transition de M1 =0 vers M2 =0 est interdite). On note ∆E0 et ∆E les différences
d’énergie entre les deux termes LS en présence et en absence de champ magnétique, respectivement.
On note A1 et A2 les constantes de spin-orbite dans les deux termes. En tenant compte de ∆MS = 0,
on trouve :
avec ∆ML = M2 − M1 .
Si l’on ne tient pas compte du spin-orbite (A1 = A2 =0), comme ∆ML = 0, ±1, on observe 8
transitions dans le cas d’une transition entre les termes 3 P et 3 D. Dans cette situation particulière,
on obtient seulement 3 énergies différentes (∆E = ∆E0 , ∆E0 ± µB B0 ).
126 CHAPITRE 7. INTERACTION D’UN ATOME AVEC UN CHAMP EXTÉRIEUR
σ− π σ+
Énergie
Figure 7.17 – Spectre Zeeman en présence d’un champ magnétique statique B0 dans le cas où J1 =
J2 =1.
σ− π π σ+
Énergie
Figure 7.18 – Spectre Zeeman de la transition 2s1/2 -2p1/2 en présence d’un champ magnétique sta-
tique B0 .
• Les 2 transitions non affectées par le champ correspondent à ∆ML = 0. En tenant compte du
terme de spin-orbite, ces deux énergies vont devenir ∆E = ∆E0 ± (A2 − A1 ).
• Pour ∆ML = +1, on obtient trois transitions telles que ∆E = ∆E0 +µB B0 . En tenant compte du
spin-orbite, les énergies deviennent ∆E0 + µB B0 + A1 , ∆E0 + µB B0 + A2 et ∆E0 + µB B0 + (2A2 − A1 ).
• Quand ∆ML = −1, on obtient trois transitions telles que ∆E = ∆E0 − µB B0 . En tenant compte
du spin-orbite, les énergies deviennent ∆E0 −µB B0 −A1 , ∆E0 +µB B0 −A2 et ∆E0 +µB B0 +(A1 −2A2 ).
σ− π π σ+
Énergie
Figure 7.19 – Spectre Zeeman de la transition 2s1/2 -2p1/2 en présence d’un champ magnétique sta-
tique B0 .
résonance). On excite ainsi le sous-niveau Zeeman M =0 du niveau excité 3 P1 (voir figure 7.20). Suite
à cette excitation optique, l’atome de mercure va se désexciter par émission spontanée (fluorescence)
de polarisation π.
Appliquons maintenant un champ magnétique oscillant B ~ 1 (t), de pulsation ω dans le domaine des
radio-fréquences, dans le plan perpendiculaire à l’axe de quantification. Si la condition de résonance
~ω = g(3 P1 ) µB B0 (2ème résonance) est vérifiée, des transferts de population entre sous-niveaux Zee-
man apparaissent. Ce phénomène peut alors simplement se caractériser en analysant la polarisation
de la lumière émise. En effet, lorsque la seconde condition de résonance est vérifiée, on voit apparaı̂tre
de la lumière polarisée circulaire droite (σ + ) et gauche (σ − ), comme schématisé en figure 7.20. En
balayant la pulsation ω, on peut déterminer la pulsation de résonance ωr et en déduire le facteur de
Landé du niveau excité 3 P1 par :
~ ωr
g(3 P1 ) = (7.71)
µ B B0
Cette méthode optique permet de caractériser le phénomène de résonance magnétique dans les niveaux
excités. Alfred Kastler a obtenu le Prix Nobel de physique en 1966 pour le développement de ces
méthodes originales.
0
6s6p (3 P1 ) -1 +1
M=1
M=0
σ− π π σ+ M=-1
Énergie
6s2 (1 S0 )
0
M
M=0
de transition, l’atome de sodium va se retrouver piégé dans l’état M = +1/2 du niveau fondamental
2S
1/2 . On crée ainsi une dépopulation quasi-totale du sous-niveau M = −1/2. Comme la population
de M = −1/2 est proche de zéro, il n’y a plus d’absorption σ + .
Si on applique alors un champ magnétique oscillant dans le plan (Oxy), on peut induire des
transitions entre les deux sous-niveaux Zeeman quand la fréquence du champ magnétique oscillant est
en résonance. On retrouve alors un signal d’absorption pour l’onde EM σ + . Ce dispositif permet de
remonter au facteur de Landé dans le niveau fondamental 2 S1/2 .
Exercice 7.1 : Dans le cadre du couplage LS pur, déterminer le nombre de transitions E1 entre
les configurations p2 et ps puis entre p2 et pd.
σ+ π
3s (2 S1/2 )
-1/2 1/2
~2 ~ 2 ~2 ~ 2
H = H (0) + (− ∇A − ∇ ) (8.1)
2MA 2MB B
| {z }
TN
avec H (0) l’hamiltonien électronique. En utilisant la masse réduite du système formé par les deux
noyaux, nous pouvons transformer cet hamiltonien comme :
~2 ~ 2
H = H (0) − ∇ (8.2)
2µ R
avec la masse réduite donnée par :
MA MB
µ= (8.3)
MA + MB
Les fonctions d’onde, solutions de l’équation de Schrödinger, s’écriront sous la forme d’une fonc-
tion d’onde rovibronique Ψ(R, ~ ~r1 , ..., ~rn ). Dans l’approximation de Born-Oppenheimer, nous allons les
écrire comme un produit d’une fonction d’onde électronique Ψe (~r1 , ..., ~rn ; R), le problème électronique
étant traité pour une géometrie fixée de la molécule, et d’une fonction d’onde rovibrationnelle ΨN (R) ~
dépendant des coordonnées nucléaires :
Cette approximation revient à dire que la dynamique des noyaux et des électrons est totalement
découplée l’une de l’autre. Nous allons voir que cette approximation simplifie grandement la résolution
complète de l’équation de Schrödinger.
Notons Ψe (~r1 , ..., ~rn ; R) la fonction d’onde électronique, solution de l’équation :
Ce qui revient, après intégration sur les coordonnées électroniques, à la relation suivante :
2
~ ~2 ~ = E ΨN (R) ~
− ∇R + Ee (R) ΨN (R) (8.7)
2µ
~2 ~ 2
Cette dernière équation a été obtenue en négligeant le terme < Ψe | − 2µ ∇R | Ψe > qui est responsable
des transitions non-adiabatiques.
Sans faire aucun calcul, nous voyons dès à présent que les propriétés rovibrationnelles dépendront
de la masse des noyaux et seront donc affectées lors d’un changement isotopique (par exemple la
molécule HD n’aura pas les mêmes caractéristiques que H2 ).
En explicitant l’opérateur d’énergie cinétique en coordonnées sphériques (R, θ, ϕ), on trouve :
" " # #
−~2 1 ∂ 2 ∂ J~2 ~ = E ΨN (R) ~
R − 2 2 + Ee (R) ΨN (R) (8.8)
2µ R2 ∂R ∂R ~ R
Seul l’opérateur J~2 agit sur la partie angulaire. La fonction d’onde Ψ(rot) (θ, ϕ) doit être état propre
de cet opérateur et est donc simplement égale à l’harmonique sphérique YJM (θ, ϕ).
Pour la partie radiale, nous en déduisons facilement l’équation différentielle qu’elle satisfait, à
savoir :
!
1 d (vib) (R) J(J + 1)~2
2 dΨ 2µ
R + 2 E − Ee (R) − Ψ(vib) (R) = 0 (8.10)
R2 dR dR ~ 2µR2
À ce stade du raisonnement il est à noter que les fonctions d’ondes vibrationnelles seront affectées par
la rotation via le terme centrifuge quadratique en J et que les fonctions vibrationnelles dépendront
8.2. ÉTATS VIBRATIONNELS D’UNE MOLÉCULE SANS ROTATION 133
de l’état électronique à travers la fonction Ee (R). Dans le cas général, cette équation n’admet pas
de solutions analytiques. Nous allons tout d’abord considérer le cas d’une vibration pure, c’est-à-dire
traiter le problème vibrationnel pour une molécule sans rotation en imposant J = 0.
1
Ee (R) = Ee (Re ) + k (R − Re )2 (8.12)
2
avec Ee (Re ) une constante égale à la valeur de l’énergie potentielle en R = Re , et k la constante de
d2 Ee (R)
force telle que k = |Re . Cette approximation est visualisée en figure 8.1.
dR2
(a) (b)
Énergie
Énergie
D0 De
v=0
Re R Re R
Figure 8.1 – (a) Courbe d’énergie potentielle typique pour un état électronique lié accompagné du
potentiel harmonique. (b) Potentiel de Morse.
134 CHAPITRE 8. ÉTATS STATIONNAIRES ROVIBRATIONNELS D’UNE MOLÉCULE
v Hv (x)
0 1
1 2x
2 4x2 − 2
3 8x3 − 12x
4 16x4 − 48x2 + 12
5 32x5 − 160x3 + 120x
Les énergies propres vibrationnelles du système sont maintenant analytiques et sont données par :
1
Ev = Ee (Re ) + ~ωe (v + ) (8.14)
2
s
k
avec ωe = et v un entier positif ou nul appelé le nombre quantique vibrationnel. En figure 8.2
µ
est reproduit un potentiel harmonique et les niveaux vibrationnels équidistants entre eux. L’écart
d’énergie entre ces niveaux dépend de la forme du potentiel harmonique, à travers la constante de
raideur k, mais également de la masse réduite de la molécule diatomique.
Les fonctions d’onde vibrationnelles pour l’oscillateur harmonique s’écrivent :
√ a(R−Re )2
Ψ(vib)
v (R) = Nv Hv a (R − Re ) e− 2 (8.15)
Nv est un facteur de normalisation, a = ( µ ~ωe )2 et les fonctions Hv sont les polynômes d’Hermite
de degré v. Les fonctions d’onde vibrationnelles données par l’équation (8.15) sont orthonormées,
c’est-à-dire qu’elles satisfont la relation :
Z
(vib)
dR Ψ(vib)
v (R) Ψv′ (R) = δvv′ (8.16)
Ces fonctions sont données en Table 8.1 pour v compris entre 0 et 5. Les polynômes d’Hermite de
degré supèrieur peuvent se déterminer à partir de la relation de récurrence suivante :
v=5
v=4
v=3
Ev = ~ ωe (v + 21 )
v=2
~ωe
v=1
v=0
1 dk Ee (R)
avec V (k) = |R=Re .
k! dRk
Pour regarder l’effet de l’anharmonicité de la courbe de potentiel, nous pouvons traiter le premier
terme anharmonique (impliquant V (3) ) du potentiel anharmonique au premier ordre de la théorie des
perturbations. Cela correspond à la situation physique telle que V (3) 6= 0 et V (k) = 0 pour k > 3.
Les courbes de potentiel moléculaire Ee (R) peuvent très souvent être assimilées à un potentiel
de Morse (voir figure 8.1 (b)) dont l’expression est donnée par :
h i2
V (Morse) (R) = De 1 − e−α(R−Re ) (8.19)
De et α sont des paramètres qui peuvent être déterminés pour reproduire au mieux la courbe de
potentiel “réelle” Ee (R). De et α correspondent respectivement à la profondeur du puits et à la portée
du potentiel. L’intérêt fondamental de ce type de potentiel est qu’il admet des solutions analytiques
exactes. On peut montrer que les énergies propres suivent la relation suivante :
1 1
Ev = Ee (Re ) + ~ωe (v + ) − ~ωe χe (v + )2 (8.20)
2 2
q
avec la fréquence ωe = α 2 µDe et le paramètre sans dimension d’anharmonicité χe = 4~ωDee (>0).
On voit que, pour une masse réduite donnée, ωe dépend à la fois de la profondeur du puits de
potentiel (D) et de sa portée (α), ceci étant du au fait que ces deux paramètres influent sur la
136 CHAPITRE 8. ÉTATS STATIONNAIRES ROVIBRATIONNELS D’UNE MOLÉCULE
v=4
v=3
v=2
v=1
v=0
courbure du potentiel en R = Re . La différence d’énergie entre deux états vibrationnels n’est plus
constante et est simplement donnée par :
Comme le paramètre d’anharmonicité χe est toujours positif, l’écart d’énergie entre états vibrationnels
diminue quand le nombre quantique vibrationnel v augmente.
Par définition, on appellera la fréquence fondamentale, la fréquence égale à la différence d’énergie
entre v = 0 et v = 1.
Dans le cas général, les états propres vibrationnels et énergies propres vibrationnelles peuvent être
calculés numériquement, il suffit en effet de résoudre une équation de Schrödinger à une dimension,
connaisant l’énergie potentielle Ee (R) de l’état électronique considéré. Sur la figure 8.5 sont reportées
les fonctions d’onde vibrationnelles du dimère de krypton Kr2 dans un potentiel anharmonique.
35
H Cl
2
0,5
0
0 1 2 3 4
v
Figure 8.4 – Énergie vibrationnelle de la molécule H35 Cl en fonction du nombre quantique vibrationnel
dans les approximations harmonique et anharmonique.
positif ou nul.
d2 χ(R) 2µ
+ 2 [(E − Ee (R) − Be J(J + 1)] χ(R) = 0 (8.22)
dR2 ~
~ 2
avec Be = 2µR 2 , appelée la constante rotationnelle à l’équilibre. Cette constante rotationnelle dépend
e
de la masse réduite mais également de la distance d’équilibre. Elle est homogène à une énergie. Ce-
pendant, elle est généralement exprimée en nombre d’onde (σ) via la relation E = hcσ, ce qui permet
138 CHAPITRE 8. ÉTATS STATIONNAIRES ROVIBRATIONNELS D’UNE MOLÉCULE
Figure 8.5 – États vibrationnels du dimère de krypton Kr2 dans l’état électronique fondamental.
~
d’obtenir Be (cm−1 ) = . Comme les distances d’équilibre sont de l’ordre de grandeur de l’ang-
4πcµRe2
ström , il est utile d’utiliser la relation 1 :
16, 85763
Be (cm−1 ) = (8.23)
µ(u.m.a.)Re (Å)2
Dans la Table 8.3, les constantes rotationnelles à l’équilibre sont reportées pour certaines molécules
stables dans leur état électronique fondamental.
Comme dans l’équation (8.22) le terme centrifuge est une constante, il n’influera pas sur la
détermination des fonctions d’onde vibrationnelles. L’énergie rovibrationnelle s’écrira simplement
comme la somme d’une énergie vibrationnelle (Evib ) et d’une energie rotationnelle égale à Be J(J + 1).
Dans le cas de l’approximation harmonique pour la vibration, on aura donc :
1
E = Ee (Re ) + ~ωe (v + ) + Be J(J + 1) (8.24)
| {z 2 } | {z }
Rotation
Vibration
Les états rotationnels, caractérisés par une valeur du moment cinétique de rotation J, ne sont pas
équidistants. La différence d’énergie entre deux valeurs successives de J est donnée par :
Les propriétés rotationnelles de la molécule dépendent de sa masse réduite (sensible donc aux effets
isotopiques) mais également de sa géométrie. Comme cette dernière grandeur est dépendante de l’état
électronique, les écarts entre états rotationnels seront sensibles à celui-ci.
1. 1 u.m.a. = 1,660538782 × 10−27 kg.
8.3. PRISE EN COMPTE DE LA ROTATION 139
J(J + 1)~2
Veff (R) = Ee (R) + (8.27)
2µR2
Pour l’instant, nous avons considéré deux cas. Le premier cas traité était J = 0. Dans cette situation
tout se passait sur la courbe d’énergie potentielle Ee (R), le terme centrifuge n’influant pas sur la
vibration. Dans le second cas, nous avons pris en compte le terme centrifuge comme un terme constant
(indépendant de R) n’influant donc pas sur la position d’équilibre de la molécule.
Dans le cas général que nous voulons maintenant traiter, il faut calculer l’effet de J sur la po-
(J)
sition d’équilibre du potentiel effectif. On parlera de distortion centrifuge. Soit Re cette nou-
velle distance d’équilibre qui dépendra paramétriquement de J. Dans l’approximation harmonique
(J)
(Ee (R) = Ee (Re ) + 12 k (R − Re )2 ), la valeur de Re est telle que :
J(J + 1)~2
Re(J) − Re = (8.29)
(J) 3
µkRe
1 d2 Veff (R)
Veff (R) = Veff (Re(J) ) + |R(J ) (R − Re(J) )2 + ... (8.31)
2 dR2 e
140 CHAPITRE 8. ÉTATS STATIONNAIRES ROVIBRATIONNELS D’UNE MOLÉCULE
avec,
J(J + 1)~2 1
Veff (Re(J) ) = (J)
+ k (Re(J) − Re )2
2µRe 2 2
J(J + 1)~2 ~4
= (J)
+ 6 [J(J + 1)]2
2µRe 2 (J)
2µ2 kRe
J(J + 1)~2 ~4 2 ~4
≈ 2
− 2 6
[J(J + 1)] + 2 6
[J(J + 1)]2
2µRe µ kRe 2µ kRe
J(J + 1)~2 ~4
≈ − 2 6 [J(J + 1)]2 (8.32)
2µRe2 2µ kRe
~2
Be = (8.34)
2µRe2
et,
~4 2 2 4 Be3
De = = × B e = (8.35)
2kµ2 Re6 kRe2 (~ ωe )2
k
en utilisant ωe2 = . Ainsi, on obtient :
µ
2
De Be
=4 (8.36)
Be ~ ωe
~2 J(J + 1)
E(v, J) = Ev + hv | | vi
2µR2
~2 J(J+1)
X | hv | 2µ R2
| v ′ i |2
+ (8.37)
Ev − Ev′
v′ 6=v
Ainsi l’effet de la vibration sur les propriétes rotationnelles peut se déduire de cette approche pertur-
bative. L’énergie rovibrationnelle peut alors se mettre sous la forme :
E(v, J) = Ev + Bv J(J + 1) − Dv (J(J + 1))2 + ... (8.38)
Molécule Be αe B0 B1 B2
(cm−1 ) (cm−1 ) (cm−1 ) (cm−1 ) (cm−1 )
H2 60,85 3,06 59,32 56,26 53,20
D2 30,44 1,08 29,90 28,82 27,74
OH 18,871 0,714 18,514 17,800 17,086
CO 1,931 0,017 1,922 1,905 1,888
O2 1,446 0,016 1,438 1,422 1,406
Énergie
4
8 B1
3
2
1 Erot ≈ 101 cm−1
0
v=1
Une molécule est caractérisée par un ensemble d’états électroniques liés (courbe de potentiel
présentant un minimum pour une distance d’équilibre Re ) et d’états électroniques dissociatifs (courbe
de potentiel ne présentant pas de minimum). Comme illustration, les courbes de potentiel des premiers
états électroniques de la molécule d’oxygène sont représentées sur la figure 9.1.
∆v ≫ ∆r , les longueurs d’onde d’excitation vont se trouver dans des domaines spectraux très variés
(voir figure 9.2).
Visible
Radio Micro-onde IR UV
On note | Ψ0 i et | Ψ1 i les états couplés par le champ électromagnétique. Nous avons vu que la
probabilité de transition P0→1 , pour les transitions dipolaires électriques (E1), est telle que :
~E
P0→1 ∝ | hΨ0 | d. ~ | Ψ1 i |2 (9.1)
~ A, R
Ψ0 (~r1 , ~r2 , ..., ~rn , R ~ B ) = Ψe (~r1 , ~r2 , ..., ~rn ; R)
~ × ΨN (R)
~
9.1. TRANSITION AU SEIN D’UN MÊME ÉTAT ÉLECTRONIQUE 145
et,
~ A, R
Ψ1 (~r1 , ~r2 , ..., ~rn , R ~ B ) = Ψ′ (~r1 , ~r2 , ..., ~rn ; R)
~ × Ψ′ (R)
~
e N
Nous obtenons :
et,
Z
~ MA ZB − MB ZA ~
dN (R) = ( ) e ( dVe Ψ∗e Ψ′e ) R (9.7)
MA + MB e
On peut remarquer que d~N (R) ~ sera toujours le long de l’axe internucléaire. Dans le cas d’une
molécule homonucléaire, on aura d~N (R)
~ = ~0 car MA = MB et ZA = ZB . Pour calculer le moment de
~
transition d01 , nous devons maintenant analyser différentes situations physiques.
Ce vecteur sera nul car les fonctions d’onde électroniques seront soit symétrique (gerade) soit anti-
symétrique (ungerade) par rapport à l’opérateur d’inversion. Ainsi, pour une molécule homonucléaire,
aucune transition E1 dans un même état électronique ne pourront être induites.
Pour une molécule hétéronucléaire, d~e (R) sera colinéaire au vecteur unitaire ~uz porté par l’axe
internucléaire. Ce résultat est la conséquence du fait que | Ψe |2 est symétrique par rapport à tous
plans passant par l’axe internucléaire. Comme la fonction d’onde électronique est normalisée, l’intégrale
électronique apparaissant dans l’équation (9.7) est égale à 1 car hΨe | Ψe i=1. Ainsi, on aura :
Z
~ ~ (de (R) + dN (R)) Ψ′N (R)
d01 = ( Ψ∗N (R) ~ d3 R)
~ ~uz (9.9)
N
ZB −MB ZA
avec dN (R) = ( MAM A +MB
) e R.
La grandeur scalaire de (R) est fonction de la distance interatomique car la fonction d’onde électronique
dépend paramétriquement de R.
Les fonctions d’onde nucléaires se décomposent comme un produit d’une fonction d’onde vibra-
tionnelle et rotationnelle, c’est-à-dire que
et,
~ = YJ ′ ,M ′ (θ, ϕ) Ψv′ (R)
Ψ′N (R)
Le moment de transition s’écrit alors :
Z
~
d01 = ∗
Ψv (R) d(R) Ψv′ (R) dR
Z Z
∗
× YJ,M (θ, ϕ) YJ ′ ,M ′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ ~uz (9.10)
~
E
B
d~0
O
Y
A
ϕ
Figure 9.3 – Orientation de la molécule par rapport à un référentiel (O,X,Y,Z) lié au laboratoire.
d’énergie entre états rotationnels est de l’ordre de grandeur de la constante rotationnelle Bv ≈ 1-10
cm−1 , on voit que la longueur d’onde du rayonnement est λ ≈ 0,1-1 cm. On a bien évidemment
Ψv (R) = Ψv′ (R).
Considérons le cas d’un champ électrique colinéaire à l’axe (OZ), on parlera d’excitation π. Dans
cette situation, θ correspond à l’angle entre le champ électrique E ~ et le vecteur unitaire ~uz , comme
indiqué sur la figure 9.3. Comme hv | d1 × (R − Re ) | vi = 0 dans l’approximation harmonique, la
probabilité de transition devient :
R − Re ~ | J ′ M ′ i |2
P0→1 ∝ | hv | d0 + d1 × ( ) | vi |2 × | hJM | ~uz .E
Re
∝ d20 E 2 | hJM | cos θ | J ′ M ′ i |2
Z Z
2 2 ∗
∝ d0 E | YJ,M (θ, ϕ) Y1,0 (θ, ϕ) YJ ′ ,M ′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ |2 (9.12)
hν = E(v, J + 1) − E(v, J)
= 2Bv (J + 1) − 4Dv (J + 1)3 + ... (9.13)
grand nombre de valeurs initiales de J, une information sur la distortion centrifuge peut également
être déduite.
Pour l’absorption (J → J + 1) dans le cas d’une excitation π, on peut calculer l’élement de matrice
| hJM | cos θ | J + 1M ′ i |2 en explicitant les harmoniques sphériques et on trouve :
(J + 1)2 − M 2
| hJM | cos θ | J + 1M ′ i |2 = δM,M ′ (9.14)
(2J + 1)(2J + 3)
Une excitation π couple des états rotationnels de même valeur de M . Ainsi, la probabilité de transition
entre (J, M ) et (J + 1, M ) est donnée par :
(J + 1)2 − M 2
PJ,M →J+1,M ∝ d20 E 2 × NJ,M (9.15)
(2J + 1)(2J + 3)
H2
1
0,8
T = 50 K
Probabilite
0,6 T=300 K
0,4
0,2
0
0 2 4 6 8 10
J
CO
0,25
0,2
T = 50 K
Probabilite
0,15
T = 300 K
0,1
0,05
0
0 10 20 30 40
J
Quand la molécule n’est soumis à aucun champ magnétique externe, l’énergie des états | J, M i ne
dépend pas de M , ces niveaux rotationnels sont donc 2J + 1 fois dégénérés. Quand on considère le
spectre d’absorption d’une molécule à l’équilibre thermodynamique caracterisé par une température
T , différents états rotationnels de la molécule vont être thermiquement peuplés du fait des collisions
9.1. TRANSITION AU SEIN D’UN MÊME ÉTAT ÉLECTRONIQUE 149
entre molécules, la population NJ,M étant gouvernée par la distribution de Boltzmann (voir figure 9.4)
telle que :
e−βErot (J)
NJ,M = N P −βErot (J)
(9.16)
J (2J + 1) e
avec Erot (J) = Bv J(J + 1) − Dv J 2 (J + 1)2 , β = 1/kB T et N le nombre total de molécules interceptées
par le faisceau de lumière.
On peut alors en déduire la probabilité de transition entre J et J + 1 en sommant sur toutes les
valeurs possibles de M . On obtient :
+J
X (J + 1)2 − M 2
PJ→J+1 ∝ d20 E 2 N e−βErot (J)
(2J + 1)(2J + 3)
M =−J
d20 E 2
∝ N (J + 1) e−βErot (J) (9.17)
3
+J
X J(J + 1)(2J + 1)
en utilisant M2 = .
3
M =−J
Ainsi, en fonction de la température, le spectre d’absorption de rotation pure présentera une allure
différente. Plus la température sera élevée, plus grand sera le nombre de transitions rotationnelles ob-
servées (voir figure 9.5). Les intensités des transitions sont reliées à la population du niveau rotationnel
impliqué (sensible à T et N) mais également au dipôle permanent d0 .
Un montage typique d’absorption est représenté en figure 9.7. Une onde électromagnétique d’in-
tensité Iin (ν), supposée monochromatique, traverse une cellule remplie du gaz étudié, considéré à
l’équilibre thermodynamique, dont la température T et la densité volumique n sont parfaitement
contrôlées. L’intensité sortante Iout (ν) est alors mesurée par un détecteur. Cette intensité est directe-
ment reliée a la section efficace d’absorption σ(ν) par la loi de Beer-Lambert :
Quand ∆J = −1, on aura une émission induite ou spontanée avec l’énergie du photon émis donnée
par :
hν = E(v, J) − E(v, J − 1)
= 2Bv J − 4Dv J 3 + ... (9.20)
avec J ≥ 1.
Le spectre d’émission dépendra également de la température. En particulier, à T =0 K, aucune
émission ne sera détectée car seul le niveau rotationnel fondamental serait peuplé.
d1 2
P0→1 ∝ E 2 ( ) | hv | (R − Re ) | v ′ i |2
Re
× | hJM | cos θ | J ′ M ′ i |2 (9.22)
car hv | d0 | v ′ i = d0 hv | v ′ i = d0 δv,v′ .
Dans l’approximation harmonique, on a :
s
~ √ √
hv | (R − Re ) | v ′ i = ( v ′ + 1 δv,v′ +1 + v ′ δv,v′ −1 )
2µωe
avec J ≥ 1.
Dans le cas où l’on néglige la distortion centrifuge (Dv = Dv+1 = 0), ces énergies de transition
deviennent :
hν [P (J)] = ~ωe + (Bv+1 − Bv )J 2 − (Bv+1 + Bv )J (9.24)
avec J ≥ 1.
• Les énergies associées à la transition (v, J) → (v + 1, J + 1) (branche R) seront données par :
avec J ≥ 0.
Comme illustration, le spectre expérimental d’absorption de HCl au voisinage de la transtion v = 0
vers v ′ = 1 est montré en figure 9.11.
Dans le cas où l’on néglige la distortion centrifuge, ces énergies de transition deviennent :
hν [R(J)] = (~ωe + 2Bv+1 ) + (Bv+1 − Bv )J 2 + (3Bv+1 − Bv )J (9.26)
avec J ≥ 0
Si Bv+1 = Bv , les écarts d’énergie sont constants (=2 Bv ) pour les bandes P et R. Par contre, si
Bv′ 6= Bv , l’énergie des transitions n’est plus constante en fonction du nombre quantique rotationnel J.
Nous avons vu que plusieurs états rotationnels seront peuplés à température non nulle. Nous pouvons
alors représenter sur un diagramme de Fortrat l’énergie de la transition pour les bandes P et R pour
différentes valeurs de J.
• Dans le cas où Bv+1 < Bv , l’énergie associée aux bandes RJ passe par un maximum pour une
valeur particulière J ∗ . On parlera de tête de bande. Pour la molécule de CO, ce diagramme de Fortrat
est représenté en figure 9.12 où il apparaı̂t effectivement que l’énergie de la transition de la branche
R pour la transition fondamentale (v=0 vers v=1) passe par un maximum pour une certaine valeur
de J. Cette valeur critique est facile à calculer ( d hνdJ(RJ ) |J ∗ = 0) et on trouve :
3Bv+1 − Bv
J∗ = (9.27)
2(Bv − Bv+1 )
Ce phénomène sera observé expérimentalement si la température est suffisante pour peupler des états
rotationnels tels que J > J ∗ , la valeur de J ∗ étant fortement sensible à la différence entre Bv et Bv+1
induit par le couplage entre la rotation et la vibration. Pour une température donnée, ce phénomène
152 CHAPITRE 9. INTERACTION D’UNE MOLÉCULE AVEC UN CHAMP E.M.
sera d’autant plus facile à observer que la molécule sera lourde car la constante rotationnelle sera plus
petite et les états rotationnels de J élevé plus peuplés. Dans le cas où Bv+1 > Bv , une tête de bande
apparaı̂t alors pour la branche P .
Dans le cas anharmonique, les transitions les plus intenses seront toujours celles caractérisées par
∆v = v ′ − v = ±1 et les énergies associées à ces transitions seront données par les équations (9.23) et
(9.25) en remplacant ~ωe par ~ωe [1 − 2χe (v + 1)].
Par contre du fait de l’anharmonicité mécanique (les états propres vibrationnels ne sont plus
k d(R)
exactement les polynômes d’Hermite) et de l’anharmonicité électrique (dk = ∂ ∂R k 6= 0 pour k ≥ 2),
des transitions en absorption ∆v ≥ 2, d’intensité très faible, pourront être induites (voir figure 9.9).
On parlera des harmoniques (overtone en anglais).
En résumé, la spectroscopie d’absorption rovibrationnelle permet de remonter à la géometrie
d’équilibre de la molécule, à la forme de la courbe de potentiel mais également aux différents cou-
plages dans un même état électronique. Il est à noter que cette spectroscopie est généralement utilisée
pour sonder l’état électronique fondamental. Finalement, il est important de remarquer que la capacité
de la molécule à absorber ou émettre des photons sera ici reliée à la valeur de d1 (=Re × ∂d(R)
∂R |Re ).
Le domaine spectral sera maintenant dans le visible-UV car les différences d’énergie entre les
différents états électroniques sont de l’ordre de quelques eV. Nous allons considérer la transition entre
deux états électroniques stables, c’est-à-dire présentant chacun une géometrie d’équilibre. On note
Ψ”e et Ψ′e les deux états électroniques, orthogonaux entre eux, impliqués dans la transition. On note
R”e et Re′ les deux distances d’équilibre pour ces deux états électroniques. Dans le cas général, on a
R”e 6= Re′ . On note T ”e et Te′ les énergies électroniques pour les deux états électroniques caractérisés
par les distances d’équilibre R”e et Re′ , respectivement (voir figure 9.14).
L’énergie hν du photon associée à une transition électronique s’écrit :
hν = (Te′ − T ”e )
′ ′ 1 1
+ ~ωe (v + ) − ~ω”e (v” + )
2 2
′ ′ ′ ′ ′ ′
+ Bv J (J + 1) − Dv (J (J + 1))2 − Bv” J”(J” + 1) − Dv” (J”(J” + 1))2 (9.29)
Nous devons maintenant identifier les transitions E1 entre états quantiques qui sont réellement pos-
9.2. TRANSITION ENTRE DIFFÉRENTS ÉTATS ÉLECTRONIQUES 153
sibles. Les règles de sélection E1 découlent de l’analyse de l’élément de matrice d~01 donné par :
d~01 = hΨ0 | d~e + d~N | Ψ1 i
= hΨ”e Ψ”N | d~e + d~N | Ψ′e Ψ′N i
Z Z n
!
X
′ 3~
Ψ”∗N dVe Ψ”∗e Ψ′e
= −e ~ri ΨN d R
N e
| i=1
{z }
(e)
d~01 (R)
Z Z
MA ZB − MB ZA ~ Ψ′N d3 R
~
+ ( )e Ψ”∗N dVe Ψ”∗e Ψ′e R (9.30)
MA + MB N e
| {z }
hΨ”e |Ψ′e i=0
avec l’intégrale électronique, apparaissant dans le second terme du membre de droite, étant nulle du
(e)
fait de l’orthogonalité des deux états électroniques. Par contre, l’intégrale électronique, notée d~01 (R)
et appelée le moment de transition, n’est pas nulle en général car elle implique deux états électroniques
différents. Sa dépendance par rapport à la distance interatomique provient du fait que les fonctions
d’onde électroniques en dépendent paramétriquement.
On a donc :
Z
d~01 = Ψ′′∗ ~(e) ′ 3~
N d01 (R) ΨN d R (9.31)
N
Dès à présent nous pouver remarquer que cette intégrale sera nulle pour une molécule diatomique
homonucléaire quand les deux états électroniques seront de même symétrie par rapport à l’opérateur
(e)
d’inversion car on aura d~01 (R) = ~0. Les transitions gerade → gerade ou ungerade → ungerade seront
donc interdites. Seules les transitions E1 du type g/u → u/g seront permises. Ceci est une règle de
sélection stricte.
Les états électroniques seront notées 2S+1 Λ et 2S+1 Λg/u pour des molécules hétéronucléaire et
homonucléaire, respectivement. Nous avons vu que les états Σ (Λ=0) sont soient symétriques soient
antisymétriques par rapport à l’opérateur σV′ . On parlera d’états Σ+ et Σ− , respectivement.
Dans le cadre des transitions E1, les transitions électroniques possibles seront telles que ∆Λ =
Λ − Λ”=0, ± 1. Si le couplage spin-orbite est pris exactement égal à zéro, on aura ∆S = S ′ − S”=0.
′
En fait des transitions ∆S 6= 0 sont présentes mais les probabilités de transition seront toujours
beaucoup plus faibles que celles associées à ∆S=0.
(e)
Par symétrie, l’intégrale électronique d~01 (R) sera nulle si les deux états Σ sont de symétrie différente
par rapport à l’opérateur σV′ . Ainsi les transitions + → - ou - →+ seront interdites. Seules les transi-
tions Σ± → Σ± seront permises. Ceci est également une règle de sélection stricte.
Continuons d’analyser l’élément de matrice d~01 :
Z
~ (e) ′′∗ ′ 3~
d01 = d01 (R) ΨN ΨN d R ~ue
Z
(e)
= Ψ”∗v (R) d01 (R) Ψv′ (R) dR
Z Z
∗
× YJ”,M ” (θ, ϕ) YJ ′ ,M ′ (θ, ϕ) sin θ dθ dϕ ~ue (9.32)
154 CHAPITRE 9. INTERACTION D’UNE MOLÉCULE AVEC UN CHAMP E.M.
(e)
avec ~ue le vecteur unitaire colinéaire à d~01 (R). Suivant la symétrie des états électroniques, ce vecteur
moment de transition ne sera pas toujours porté par l’axe internucléaire.
(e) (e)
Faisons l’hypothèse que d01 (R) = d01 (R”e ) = de . On parlera d’approximation de Franck-Condon.
Cela revient à dire que l’intégrale électronique est supposée constante par rapport à R et est calculée
pour la distance d’équilibre R”e comme :
n
X
de ~ue = −e hΨ”e | ~ri | Ψ′e i (9.33)
i=1
Xn Z
= −e Ψ”∗e (~r1 , ~r2 , ...~rn ; R”e ) ~ri Ψ′e (~r1 , ~r2 , ...~rn ; R”e ) dVe
i=1 e
~ | J ′ M ′ i |2
P0→1 ∝ d2e × | hv” | v ′ i |2 × | hJ”M ” | ~ue .E (9.34)
| {z } | {z }
F Cv”,v′ FJ ”,M ”,J ′ ,M ′
Dans cette dernière expression, F Cv”,v′ correspond au facteur de Franck-Condon. C’est un scalaire
positif qui est sensible aux recouvrements des fonctions d’onde vibrationnelles v” et v ′ chacune dans
les deux états électroniques différents (voir figure (9.15)).
Pour des états électroniques parallèles (R”e = Re′ ) et si les 2 courbes de potentiel E”e (R) et
Ee′ (R) sont harmoniques avec la même courbure, les états propres vibrationnels entre les deux états
électroniques sont orthogonaux. Dans ce cas, seule la transition de v” vers v ′ (=v”) sera possible car
F Cv”,v′ = hv” | v ′ i = δ(v” − v ′ ) du fait de l’orthogonalité.
Pour deux états électroniques déplacés, on pourra induire des transitions ∆v = v ′ −v”=0, ±1±2, ...
On parlera d’activité Franck-Condon qui génèrera une enveloppe vibrationnelle, l’importance de cette
enveloppe Franck-Condon étant liée à la valeur du déplacement Re′ − R”e . Sur la figure 10.1 est
représentée schématiquement les enveloppes Franck-Condon pour différentes valeurs de ∆R. Dans le
cas limite où les deux courbes de potentiel seraient fortement déplacées, la transition v” = 0 vers v ′ = 0
deviendrait très faible et même nulle. Dans cette dernière situation, on peut même exciter la molécule
au dessus de la limite de dissociation, c’est-à-dire vers des états du continuum. Ceci permet alors de
remonter à la valeur de l’énergie de dissociation (profondeur du puits De′ ) dans l’état électronique
excité.
Pour les nombres quantiques vibrationnels, il n’y a pas de règle de sélection. Les états vibrationnels
v′pouvant être excités lors d’une excitation dipolaire électrique seront liés aux recouvrement Franck-
Condon entre ces états et l’état vibrationnel initial v”.
Regardons maintenant le dernier terme, noté FJ”,M ”,J ′ ,M ′ . Les règles de transition associées à cet
élément de matrice seront ∆J = -1 (branche P), 0 (branche Q) et 1 (branche R). La transition J = 0
vers J ′ = 0 est interdite. Il est important de noter que la transition ∆J = 0 (branche Q) sera interdite
pour des transitions entre deux états électroniques 1 Σ.
Dans tous les cas, on aura ∆M =0, ± 1.
9.2. TRANSITION ENTRE DIFFÉRENTS ÉTATS ÉLECTRONIQUES 155
En négligeant la distortion centrifuge, la structure rotationnelle entre deux états vibroniques (T ”e , Te′ ,
v” et v ′ fixés) est donnée pour J ′′ 6= 0 par :
hν(Q(J”)) = (Te′ − T ”e )
′ ′ 1 1
+ ~ωe (v + ) − ~ω”e (v” + )
2 2
+ Bv′ J”(J” + 1) − Dv′ (J”(J” + 1))2
− Bv” J”(J” + 1) − Dv” (J”(J” + 1))2 (9.37)
pour J” ≥ 1.
En négligeant la distortion centrifuge, la structure rotationnelle entre les deux états vibroniques
est donnée par :
pour J” ≥ 1.
• Analysons finalement l’énergie des branches R (J’=J”+1). On aura :
hν(R(J”)) = (Te′ − T ”e )
1 1
+ ~ωe′ (v ′ + ) − ~ω”e (v” + )
2 2
+ Bv′ (J” + 1)(J” + 2) − Dv′ ((J” + 1)(J” + 2))2
− Bv” J”(J” + 1) − Dv” (J”(J” + 1))2 (9.39)
En négligeant la distortion centrifuge, la structure rotationnelle entre les deux états vibroniques est
donnée par :
Comme généralement R”e 6= Re′ , les constantes rotationnelles Bv′′ et Bv′ seront différentes et des têtes
de bande, comme expliqué précédemment, pourront être observées. Quand Bv′′ > Bv′ (respectivement
Bv′′ < Bv′ ), la tête de bande apparaitra dans la branche R (respectivement P).
156 CHAPITRE 9. INTERACTION D’UNE MOLÉCULE AVEC UN CHAMP E.M.
Pour résumer, la spectroscopie électronique permet d’obtenir la position en énergie des états
électroniques excités (Te′ − T ”e ), la forme des courbes de potentiel dans les deux états électroniques à
travers la structure vibrationnelle (ωe′′ , ωe′ et les constantes d’anharmonicité) et peut permettre l’ob-
tention de l’énergie de dissociation si les deux géométries sont suffisamment différentes, permettant
alors d’observer l’apparition d’un continuum de dissociation. Si la structure rotationnelle des spectres
électroniques est résolue, la géométrie de la molécule dans les deux états peut être déterminée (Be′′ et
Be′ ).
9.2. TRANSITION ENTRE DIFFÉRENTS ÉTATS ÉLECTRONIQUES 157
J = 0 → J′ = 1
T0
Intensité
J = 1 → J′ = 2
≈ 2Bv
Énergie du photon
J = 0 → J′ = 1
T1
Intensité
J = 1 → J′ = 2
J = 2 → J′ = 3 J = 3 → J′ = 4
≈ 2Bv
≈ 2Bv ≈ 2Bv
Énergie du photon
Figure 9.5 – Effet de température sur le spectre de rotation pure avec T1 > T0 .
158 CHAPITRE 9. INTERACTION D’UNE MOLÉCULE AVEC UN CHAMP E.M.
Figure 9.6 – Spectre d’absorption de rotation pure de CO dans l’état électronique fondamental.
Détecteur
Cellule
v=5
v=4
Fondamentale
v=3
1ère harmonique
2ème harmonique v=2
Bandes chaudes
v=1
v=0
J
Énergie
3
2
1
0
v=1
3
2
1
0
v=0
Figure 9.11 – Spectre d’absorption rovibrationnel de HCl dans l’état électronique fondamental.
150
125
Branche P
100 Branche R
75
J
50
25
0
1800 1900 2000 2100 2200 2300 2400 2500
-1
Energie de transition (cm )
0→1
Intensité
1→2
2~ωe χe 0→2
2→3 0→3
Énergie du photon
Figure 9.13 – Représentation schématique d’un spectre d’absorption de vibration pure, c’est-à-dire
sans représenter la structure rotationnelle.
9.2. TRANSITION ENTRE DIFFÉRENTS ÉTATS ÉLECTRONIQUES 161
Continuum
v′
États liés
Te′
v”=0
T ”e
R”e Re′ R
v ′ =3
v ′ =2
v ′ =1
v ′ =0
v ′′ =0
v′ 0 1 2 3 4
Intensité (unité arbitraire)
∆R
hν
Figure 9.16 – Enveloppes Franck-Condon pour 3 valeurs de ∆R dans le cas où v”=0.
164 CHAPITRE 9. INTERACTION D’UNE MOLÉCULE AVEC UN CHAMP E.M.
Chapitre 10
Annexes
f (θ1 , θ2 , ϕ1 , ϕ2 ) = Ylm1 (θ1 , ϕ1 ) Ylm2 (θ2 , ϕ2 ) + Ylm1 (θ2 , ϕ2 ) Ylm2 (θ1 , ϕ1 ) (10.2)
En notation de Dirac, nous en déduisons donc que l’état | S, MS , L, ML i peut s’écrire comme le
produit tensoriel de | S, MS i et de | L, ML i.
Analysons l’action de l’opérateur d’échange P12 sur l’état de spin | S, MS i qui s’écrit :
X
| S, MS i = h1/2, 1/2, m1 , MS − m1 | S, MS i | 1/2, MS − m1 i⊗ | 1/2, m1 i (10.3)
m1
En utilisant les propriétés de symétrie des coefficients de Clebsh-Gordan (Eq. (1.60)), on en déduit :
X
P12 | S, MS i = h1/2, 1/2, MS − m1 , m1 | S, MS i | 1/2, MS − m1 i⊗ | 1/2, m1 i
m1
X
= (−1)1−S h1/2, 1/2, m1 , MS − m1 | S, MS i | 1/2, MS − m1 i⊗ | 1/2, m1 i
m1
= (−1)1−S | S, MS i (10.4)
Analysons maintenant l’action de l’opérateur d’échange P12 sur l’état | L, ML i qui s’écrit :
X
| L, ML i = hl, l, m1 , ML − m1 | L, ML i | l, ML − m1 i⊗ | l, m1 i (10.5)
m1 165
166 CHAPITRE 10. ANNEXES
On en déduit :
X
P12 | L, ML i = hl, l, ML − m1 , m1 | L, ML i | l, ML − m1 i⊗ | l, m1 i
m1
X
= (−1)2l−L hl, l, m1 , ML − m1 | L, ML i | l, ML − m1 i⊗ | l, m1 i
m1
= (−1)L | L, ML i (10.6)
Nous en déduisons ainsi que la somme L + S doit être paire pour une configuration électronique à
deux électrons équivalents.
10.2. ANNEXE 2 : TERME DIAMAGNÉTIQUE DANS LE NIVEAU 1 S0 DE LA CONFIGURATION (1S)(NS) DE
avec,
e2 B02 2
Hdia (i) = r sin θi (10.9)
8m i
Hdia va être traité dans le cadre de la théorie des perturbations stationnaires à l’ordre 1. L’énergie du
niveau est donc modifiée de la valeur moyenne de la perturbation, notée ∆E, donnée par :
∆E = hΨ | Hdia | Ψi
= hΨ | Hdia (1) + Hdia (2) | Ψi
e2 B02
= hΨ | r12 sin θ1 + r22 sin θ2 | Ψi (10.10)
8m
Dans le chapitre 1, nous avons vu que la fonction d’onde normalisée s’écrit :
1
Ψ(~r1 , ~r2 , σ1 , σ2 ) = √ ϕ100 (~r1 ) ϕ100 (~r2 ) [α(1)β(2) − β(1)α(2)] (10.11)
2
On en déduit :
e2 B02
∆E = hΨ | r12 sin θ1 + r22 sin θ2 | Ψi
8m
e2 B02
= hϕ(1)ϕ(2) | r12 sin θ1 + r22 sin θ2 | ϕ(1)ϕ(2)i
8m
e2 B02
= hϕ | r 2 sin θ | ϕi
4m
Z Z
e2 B02 1 2
= 2π R10 (r) r 2 rdr sin3 θdθ
4m 4π r θ
Z
e2 B02 8
= R2 (r) r 2 rdr
8m 3 r 10
e2 B02 2
= h r i1s
3m
e2 B02 6 a20
= ×
3m 5Z ∗2
2
2e B0 a0 2
= × B0 (10.12)
5mZ ∗2
168 CHAPITRE 10. ANNEXES
10.2.2 n>1
Considérons maintenant la configuration excitée (1s)(ns) de l’hélium. Deux niveaux sont associés à
cette configuration, à savoir 1 S0 et 3 S1 . Nous allons effectuer le calcul de la susceptibilité magnétique
dans le niveau 1 S0 qui n’est pas affecté par l’interaction paramagnétique. Dans le chapitre 1, nous
avons vu que la fonction d’onde normalisée du niveau 1 S0 s’écrit :
1 ′
Ψ(~r1 , ~r2 , σ1 , σ2 ) = (A (~r1 , ~r2 ) + B ′ (~r1 , ~r2 )) (α(1)β(2) − β(1)α(2)) (10.15)
2
avec,
et,
On en déduit :
e2 B02
∆E = hΨ | r12 sin θ1 + r22 sin θ2 | Ψi
8m
e2 B02
= hϕ(1, 2) | r12 sin θ1 + r22 sin θ2 | ϕ(1, 2)i
16m
e2 B02
= hϕ(1, 2) | r12 sin θ1 | ϕ(1, 2)i
8m
Z Z
e2 B02 1 2 2 16
= ( ) (2π) [A(r1 , r2 ) + B(r1 , r2 )]2 r13 dr1 r2 dr2 (10.18)
8m 4π 3 r1 r2
avec A′ (~r1 , ~r2 ) = A(r1 , r2 )Y00 (1)Y00 (2) et B ′ (~r1 , ~r2 ) = B(r1 , r2 )Y00 (1)Y00 (2).
Z Z
e2 B02
∆E = A2 (r1 , r2 ) + B 2 (r1 , r2 ) + 2A(r1 , r2 )B(r1 , r2 ) r13 dr1 r2 dr2
48m r1 r2
Z Z
e2 B02 2 2
= (hr i1s + hr ins + 2 A(r1 , r2 )B(r1 , r2 )r13 dr1 r2 dr2 ) (10.19)
6m r1 r2
10.2. ANNEXE 2 : TERME DIAMAGNÉTIQUE DANS LE NIVEAU 1 S0 DE LA CONFIGURATION (1S)(NS) DE
On en déduit alors :
e2 B02
∆E = (hr 2 i1s + hr 2 ins )
6m
2e2 B02 1 n2 (5n2 + 1)
= ( + ) (10.21)
5mZ ∗2 2 12
En considérant une charge Z=2 pour l’électron 1s et Z=1 pour l’électron ns, on en déduit alors :
Z ∗2 Z ∗2 n2 (5n2 + 1)
χm (1s, ns) = χm (1s2 ) × ( + )
8 12
729 729 n2 (5n2 + 1)
= χm (1s2 ) × ( + ) (10.22)
2048 3072
Dans ce modèle, pour le niveau métastable 1 S0 associé à (1s)(2s), la susceptibilité magnétique est
multipliée par un facteur 20 par rapport à la configuration électronique fondamentale.
170 CHAPITRE 10. ANNEXES
g = hL, L, 0, 0 | Lz + ge Sz | L, L, 0, 0i (10.23)
X
| S, L, J, M i = hS, M − ML , L, ML | S, L, J, M i | S, M − ML , L, ML i (10.24)
ML
car M = ML + MS .
Dans notre cas particulier, cette relation devient :
X
| L, L, 0, 0i = hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i | L, −ML , L, ML i (10.25)
ML
Afin de calculer le facteur de Landé, appliquons l’opérateur Lz +ge Sz sur l’état couplé | LL00i exprimé
dans la base non couplée (relation prédente). Nous obtenons :
X
(Lz + ge Sz ) | L, L, 0, 0i = Lz ( hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i | L, −ML , L, ML i)
ML
X
+ ge Sz ( hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i | L, −ML , L, ML i)
ML
X
= (1 − ge ) ML hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i | L, −ML , L, ML i
ML
X
= (1 − ge ) ML (hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i | L, −ML , L, ML i
ML >0
− hL, ML , L, −ML | L, L, 0, 0i | L, ML , L, −ML i)
= | 0i (10.26)
car hL, −ML , L, ML | L, L, 0, 0i=hL, ML , L, −ML | L, L, 0, 0i. Ce résultat découle d’une des propriétés
des coefficients de Clebsch-Gordan (voir Chapitre 1) :
L’évolution temporelle de cette fonction d’onde est gouvernée par l’équation de Schrodinger dépendante
du temps :
∂
H | Ψ(t)i = i~ | Ψ(t)i (10.29)
∂t
~
Ce système est supposé être soumis à l’action d’un champ magnétique B(t) = B0 ~uz +B1 cos ωt ~ux +
B1 sin ωt ~uy , somme d’un champ statique et d’un champ tournant dans le plan perpendiculaire au
champ statique. L’hamiltonien d’interaction s’écrit :
ω1 ω0
i ċ =
b 2 e−iωt ca + 2 cb
Effectuons le changement de variable bb (t) = cb (t) eiωt/2 et ba (t) = ca (t) e−iωt/2 . On en déduit
alors :
ω−ω0 ω1
i ḃa = ( 2 ) ba + 2 bb
i ḃ =
b
ω1
2 ba + ( ω02−ω ) bb
172 CHAPITRE 10. ANNEXES
Les variables ba (t) et bb (t) sont alors solutions de l’équation différentielle du second ordre :
Ω2
b̈a/b + b =0 (10.31)
4 a/b
h p i
avec Ω = (ω − ω0 )2 + ω12 la fréquence de Rabi du système.
Considérons le système à t=0 dans l’état | ai. On a ainsi ba (t = 0) = ca (t = 0) = 1 et bb (t = 0) =
cb (t = 0) = 0. On en déduit bb (t) = −i ωΩ1 sin( Ωt
2 ). Ainsi la probabilité Pb (t) de se trouver dans l’état
quantique | bi est donnée par :
Pb (t) = | cb (t) |2
= | bb (t) |2
ω 2 Ωt
1
= sin2 ( )
Ω 2
ω12 Ωt
= 2 2 sin2 ( ) (10.32)
(ω − ω0 ) + ω1 2
ω12 (ω − ω0 )t
Pb (t) ≈ 2
sin2 ( ) (10.33)
(ω − ω ) 2
| {z 0 }
<< 1
X
| Ψ(t)i = ci (t) | ii (10.34)
i
ρ(t) = | Ψ(t)ihΨ(t) |
XX
= ci (t)c∗j (t) | iihj | (10.35)
i j
Les éléments diagonaux de la matrice associée à l’opérateur ρ(t) sont ρii (t) = hi | ρ(t) | ii =
ci (t)c∗i (t) =| ci (t) |2 . Ils correspondent à la population du système physique dans l’état | ii. Les
éléments de matrice hors-diagonaux ρij (t) = hi | ρ(t) | ji = ci (t)c∗j (t). Ces termes sont appelés termes
de cohérence (sensible au déphasage entre ci (t) et c∗j (t)).
L’opérateur de la matrice densité satisfait aux propriétés suivantes :
• ρ est un opérateur hermitique (ρji (t) = ρ∗ij (t))
10.4. ANNEXE 4 : RÉSONANCE MAGNÉTIQUE POUR UN SYSTÈME À 2 NIVEAUX 173
dρ
i~ = [H, ρ] (10.36)
dt
Plaçons nous maintenant dans le cas particulier de notre atome à deux niveaux | ai et | bi tel que
| Ψ(t)i = ca (t) | ai + cb (t) | bi. L’opérateur de la matrice densité associée à cet état quantique :
ρ(t) = | Ψ(t)ihΨ(t) |
= | cb (t) |2 | bihb | + | ca (t) |2 | aiha |
+ cb (t)c∗a (t) | biha | +ca (t)c∗b (t) | aihb | (10.37)
1
hJx i = (ρab + ρba )
2
1
hJy i = (ρab − ρba ) (10.38)
2i
1
hJz i = (ρbb − ρaa )
2
L’hamiltonien du système peut s’écrire sous la forme :
~ω0
H(t) = [− | aiha | + | bihb |]
2
~ω1 iωt
+ e | aihb | +e−iωt | biha | (10.39)
2
Nous en déduisons le système d’équations suivant :
i ~ ρ̇aa = ~ω2 1 eiωt ρba − e−iωt ρab
i ~ ρ̇ = ~ω1 e−iωt ρ − eiωt ρ
bb 2 ab ba
~ω1 iωt
i ~ ρ̇ ab = 2 e [ρ bb − ρ aa ] − ~ω0 ρab
~ω1 −iωt
i ~ ρ̇ba = 2 e [ρaa − ρbb ] + ~ω0 ρba
Effectuons le changement de variables bb (t) = cb (t) eiωt/2 et ba (t) = ca (t) e−iωt/2 . On en déduit ρ̃aa (t) =|
ba (t) |2 = ρaa (t) et ρ̃bb (t) =| bb (t) |2 = ρbb (t). Par contre ρ̃ab (t) = ba (t)b∗b (t) = e−iωt ρab (t) et ρ̃ba (t) =
bb (t)b∗a (t) = eiωt ρba (t). On en déduit le nouveau système d’équations :
2i ρ̃˙ aa = ω1 [ρ̃ba − ρ̃ab ]
2i ρ̃˙ = ω [ρ̃ − ρ̃ ]
bb 1 ab ba
˙
2i ρ̃ab = ω1 [ρ̃bb − ρ̃aa ] + 2(ω − ω0 ) ρ̃ab
2i ρ̃˙ ba = ω1 [ρ̃aa − ρ̃bb ] − 2(ω − ω0 ) ρ̃ba
174 CHAPITRE 10. ANNEXES
Considérons u(t) la partie réelle de ρ̃ab (t), on a donc u(t) = ρ̃ab (t)+ρ̃
2
ba (t)
.
ρ̃ab (t)−ρ̃ba (t)
Considérons v(t) la partie imaginaire de ρ̃ab (t), on a donc v(t) = 2i .
Considérons w(t) la différence de population entre les états quantiques | ai et | bi, on a donc w(t) =
ρ̃bb (t)−ρ̃aa (t)
2 .
On en déduit :
u̇ = (ω − ω0 ) v
v̇ = −ω1 w − (ω − ω0 ) u
ẇ = ω v
1
M~˙ (t) = Ω
~ ∧M ~ (t) (10.40)
p
~ le vecteur de rotation, de norme Ω = ω 2 + (ω − ω0 )2 qui correspond à la fréquence de Rabi,
avec Ω 1
donné par :
ω1
~ =
Ω 0
(10.41)
ω0 − ω
La norme du vecteur de Bloch est conservée au cours du temps, l’extrémité du vecteur de Bloch évolue
sur une sphère de rayon 1/2 dans un plan perpendiculaire à Ω. ~
Considérons le cas particulier d’une excitation résonnante (ω = ω0 ). Le vecteur rotation est alors
porté par l’axe x et le vecteur de Bloch va tourner dans le plan (yz) à la pulsation ω1 .
Si l’atome se trouve intialement dans l’état fondamental | ai, on a alors u(t = 0) = 0, v(t = 0) = 0
et w(t = 0) = − 21 et on obtient u(t) = 0, ∀t, v(t) = 21 sin(ω1 t) et w(t) = − 12 cos(ω1 t).
Appliquons un pulse radio-fréquence d’une durée t1 = 2ωπ 1 (on parle de pulse π2 ), on obtient
w(t = t1 ) = 0 et v(t = t1 ) = 21 . L’état quantique ainsi préparé est :
1 1 π
| Ψ(t = t1 )i = eiω0 t1 ( √ | ai + √ ei 2 | bi) (10.42)
2 2
Après ce pulse, le champ radio-fréquence est coupé, il y a donc précession libre du vecteur de Bloch
dans le plan (xy) à la vitesse angulaire ω0 . La différence de population w(t) reste égale à 0 (pas
de modification de la différence de population). Au bout d’un temps t2 tel que t2 − t1 = 2ωπ0 , le
vecteur de Bloch est porté maintenant le long de l’axe (Ox). On obtient ainsi u(t = t1 + t2 ) = 21 et
v(t = t1 + t2 ) = 0. L’état quantique ainsi préparé s’écrit :
1 1
| Ψ(t = t1 + t2 )i = eiω0 (t1 +t2 ) ( √ | ai + √ | bi) (10.43)
2 2
Lors de la précession libre, seul le déphasage entre les coefficients ca (t) et cb (t) est modifié au cours
du temps.
Si le pulse est d’une durée ∆t = 2t1 = ωπ1 (on parle de pulse π), l’état quantique ainsi préparé est
| Ψi =| bi et on obtient une inversion totale de population.
10.4. ANNEXE 4 : RÉSONANCE MAGNÉTIQUE POUR UN SYSTÈME À 2 NIVEAUX 175
B1
0
π
0 2ω1 temps
π
Figure 10.1 – Évolution temporelle de B1 pour un pulse 2.
L’intérêt fondamental du formalisme de la matrice densité réside dans le traitement des phénomènes
de relaxation de nature radiative (émission spontanée) et collisionnelle. Les temps de relaxation des
populations (ρ̃bb ) et des cohérences (ρ̃ab et ρ̃ba ) sont généralement différentes. On note T1 le temps de
relaxation des populations et T2 le temps de relaxation des cohérences.
ρ̃bb
ρ̃˙ bb = − (10.44)
T1
Comme ρ̃aa (t) + ρ̃bb (t) = 1, on obtient également :
ρ̃bb
ρ̃˙ aa = (10.45)
T1
On en déduit :
w 1
ẇ = − − (10.46)
T1 2T1
Reprenons les mêmes conditions initiales, à savoir | Ψ(t = 0) =| ai. On trouve alors u(t) = 0, ∀t. Nous
avons donc à résoudre le système de deux équations différentielles couplées du premier ordre.
Γ21 ω1 Γ1
La solution stationnaire est ws (t) = − 2 (Γ2 +2ω 2 et vs (t) = Γ2 +2ω 2 .
1 1) 1 1
La solution transitoire pour w(t) est donnée par :
3Γ1 √
λ± = − ± iω1 1 − ǫ (10.52)
4
La solution transitoire s’écrit alors :
−3Γ1
t
wt (t) = e 4 (A cos Ωr t + B sin Ωr t) (10.53)
avec,
s
Γ21
Ωr = ω1 1−
16ω12
√
= ω1 1−ǫ (10.54)
E ~ 0 cos(ωt − ~k.~r) ≈ E
~ =E ~ 0 cos(ωt) (10.56)
Nous allons maintenant effectuer un développement limité à l’ordre supérieur. En jauge de Coulomb,
le potentiel vecteur s’écrit :
~
~ = − E0 sin(ωt − ~k.~r)
A
ω
~
E0 ~0
E
≈ − sin(ωt) + (~k.~r) cos(ωt) (10.57)
ω ω
Nous allons tout d’abord analyser comment se transforme le terme d’interaction e ~ p qui apparaı̂t
A.~
m
dans l’hamiltonien d’interaction entre l’atome et l’onde électromagnétique.
e ~ e e ~
p=−
A.~ ~ 0 .~
sin(ωt) E p+ p) (~k.~r) cos(ωt)
(E0 .~ (10.58)
m mω mω
Le premier terme de cette dernière équation correspond à l’approximation dipolaire électrique qui
a déjà été traité. Nous nous focalisons donc sur le second terme.
1
(E p) (~k.~r) = −
~ 0 .~ ~ 0 .~r) (~k.~
[(E p) (~k.~r) − (E
~ 0 .~
p) − (E p) (~k.~r) − (E
~ 0 .~ ~ 0 .~r) (~k.~
p)]
2
1 ~ 0 ∧ ~k).(~r ∧ p~) + 1 ~
= − (E p) (~k.~r) + (E
[(E0 .~ ~ 0 .~r) (~k.~
p)]
2 2
~ω ~ 0 .~l + 1 [(E
= B p) (~k.~r) + (E
~ 0 .~ ~ 0 .~r) (~k.~
p)] (10.59)
2 2
~ B).(
Dans cette dernière relation, nous avons utilisé la relation (A∧ ~ C ~ ∧D)
~ = (A.
~ C)(
~ B.
~ D)−(
~ ~ D)(
A. ~ B.~ C).
~
m
Comme p~ = i ~ [~r, Hat ], nous obtenons :
~ω ~ ~ m ~
p) (~k.~r) =
~ 0 .~
(E B0 .l + E0 .([~r, Hat ]~r + ~r[~r, Hat ]).~k
2 2i~
~ω ~ ~ m ~
= B0 .l + E0 . [~r~r, Hat ] .~k (10.60)
2 2i~ | {z }
Tenseur d′ ordre 2
e ~ + e~ge ~s.B(t)
~
W (t) = ~p.A
m 2m
e ~
= µB (~l + ge~s).B(t)
~ + E(t).[~r~r, Hat ].~k (10.62)
2i~
Le premier terme est responsable des transitions dipolaires magnétiques (M1) alors que le second
est responsable des transitions quadrupolaires électriques (E2). Ces opérateurs vont coupler des états
de même parité, par exemple des états au sein d’une même configuration électronique.
10.6. ANNEXE 6 : FORCES DE TRANSITION E1 179
et,
Nous en déduisons :
Le même raisonnement peut être suivi pour montrer que Sσ− = C(α, J, α′ , J ′ )/3 et nous obtenons
ainsi :
Sπ = Sσ − = Sσ + (10.73)
-2 -1 0 1 2
J′ = 2
c f i
a d g
b e h
J =1
-1 0 1
Figure 10.2 – Diagramme de Grotrian avec les 9 transitions permises entre J=1 et J ′ =2. Les transi-
tions π, σ + et σ − sont représentées en bleu, rouge et vert, respectivement.
Si le niveau J ′ est à une énergie plus grande que le niveau J, SJ et SJ ′ sont reliés aux coefficients
d’Einstein d’absorption et d’émission stimulée, respectivement.
Nous aurons donc :
Après résolution de ce système d’équations, nous pouvons exprimer toutes les forces de transition
en fonction de c, par exemple. Nous trouvons a = 6c, b = d = 3c et e = 4c. Ce résultat est résumé sur
la figure figure 10.3).
182 CHAPITRE 10. ANNEXES
-2 -1 0 1 2
J′ = 2
c 3c 6c
6c 3c c
3c 4c 3c
J =1
-1 0 1
Figure 10.3 – Diagramme de Grotrian avec les forces de transtion exprimées en fonction de c.
Nous allons ici étudier le couplage entre la rotation et la vibration dans une molécule diatomique.
Partons de l’hamiltonien rovibrationnel pour une molécule caractérisée par un nombre quantique de
rotation J :
L’opérateur W va être traité comme une perturbation de l’opérateur d’ordre 0, noté H0 . Cet opérateur
d’ordre 0, traité ici dans l’approximation harmonique, correspond à l’hamiltonien de vibration pour la
molécule sans rotation (J=0). Les états d’ordre 0 seront les états propres de l’oscillateur
q harmonique,
notés | vi, dont les énergies propres associées sont Ev = ~ωe (v + 21 ) avec ωe = k
m.
En écrivant R = Re + (R − Re ), l’opérateur W peut se mettre sous la forme :
J(J + 1)~2 J(J + 1)~2 R − Re −2
W = = × 1+
2µ R2 2µ Re2 Re
−2
R − Re
= Be J(J + 1) × 1 + (10.78)
Re
10.7. ANNEXE 7 : COUPLAGE ROTATION-VIBRATION 183
1
E(v, J) = ~ωe (v + ) + Be J(J + 1)
2
+ hv | W1 + W2 | vi
| hv + 1 | W1 | vi |2 | hv − 1 | W1 | vi |2
+ +
Ev − Ev+1 Ev − Ev−1
| hv + 2 | W2 | vi |2 | hv − 2 | W2 | vi |2
+ + (10.81)
Ev − Ev+2 Ev − Ev−2
hv | W1 | vi = 0 (10.82)
3Be2 J(J + 1)
hv | W2 | vi = hv | aa† + a† a | vi
~ωe
3Be2 J(J + 1)
= (2v + 1) (10.83)
~ωe
r
Be
hv + 1 | W1 | vi = −2 Be J(J + 1) hv + 1 | a† | vi
~ωe
r
Be √
= −2 Be J(J + 1) v+1 (10.84)
~ωe
√ √
1. a | vi = v | v − 1i et a† | vi = v + 1 | v + 1i. On en déduit en particulier que aa† | vi = v + 1 | vi et
a† a | vi = v | vi.
184 CHAPITRE 10. ANNEXES
r
Be
hv − 1 | W1 | vi = −2 Be J(J + 1) hv − 1 | a | vi
~ω
r e
Be √
= −2 Be J(J + 1) v (10.85)
~ωe
3Be2 J(J + 1)
hv + 2 | W2 | vi = hv + 2 | a†2 | vi
~ωe
3Be2 J(J + 1) p
= (v + 1)(v + 2) (10.86)
~ωe
3Be2 J(J + 1)
hv − 2 | W2 | vi = hv − 2 | a2 | vi
~ωe
3Be2 J(J + 1) p
= v(v − 1) (10.87)
~ωe
On obtient alors :
1
E(v, J) = ~ωe (v + ) + Be J(J + 1)
2
6Be2 J(J + 1) 1
+ (v + )
~ωe 2
3 2
4Be J (J + 1) 2
−
(~ωe )2
18Be J 2 (J + 1)2
4 1
− 3
(v + ) (10.88)
(~ωe ) 2
4Be3
En introduisant le coefficient de distortion centrifuge De (= (~ωe )2
), cette dernière expression peut
alors se mettre sous la forme suivante :
1
E(v, J) = ~ωe (v + )
2
6Be 1
+ Be J(J + 1) 1 + (v + )
~ωe 2
9Be 1
− De J 2 (J + 1)2 1 + (v + )) (10.89)
2 ~ωe 2
Bibliographie
[1] Physique atomique : Tome 2, l’atome : un édifice quantique par B. Cagnac, L. Tchang-Brillet et
J.-C. Pebay-Peyroula. Édition Dunod.
[2] Spectroscopie atomique par Émile Biémont. Édition De Boeck.
[3] Spectroscopie moléculaire par Émile Biémont. Édition De Boeck.
[4] Physics of atoms and molecules par B. H. Brandsen et C. J. Joachain.
[5] The theory of atomic spectra par E. U. Condon et G.H. Shortley. Cambridge University press.
[6] Molecular Quantum Mechanics par P. Atkins et R. Friedman. Oxford éditions.
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